Sara de Dariush Mehrjui

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Sara de Dariush Mehrjui Powered By Docstoc
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                                       Sara

                         FICHE FILM
                                       de Dariush Mehrjui
    Fiche technique

    Iran - 1993 - 1h42
    Couleur



    Réalisation et scénario :
    Dariush Mehrjui
    d’après la pièce de Henrik
    Ibsen Maison de poupée

    Montage :
    Hassam Hassandust



    Son :
    Asghar Shahverdi                                                      Sara (à gauche), une Iranienne en voie d’émancipation
    Sasan Nakhai



    Interprètes :
    Niki Karimi
    (Sara)
    Amin Tarokh                       Résumé                                         Critique
    (Hessam)
                                      Hessam doit partir à l’étranger pour y subir   Moins connu en Europe que ses collègues
    Khosro Shakibai                   un traitement médical. Sa femme, Sara,         et compatriotes Abbas Kiarostami ou
    (Goshtasb)                        paye les frais du voyage, invoquant l’argent   Mohsen Makhmalbaf, Dariush Mehrjui est
    Yassaman Malek-Nasr               obtenu de son père. Hessam revient guéri       pourtant l’auteur d’un film d’une exception-
                                      et reprend une brillante carrière de ban-      nelle qualité, La vache. Mais c’était en
    (Sima)                            quier. A l’insu de son mari, la nuit, Sara     1969, c’est-à-dire avant la révolution isla-
                                      travaille à des broderies, usant ses yeux      mique. Depuis, Mehrjui n’a jamais retrouvé
                                      pour rembourser la dette qu’elle a en fait     le même état de grâce. Du moins manifes-
                                      contractée auprès d’un collègue de bureau      ta-t-il, après la prise du pouvoir par les
                                      de Hessam nommé Goshtasb. Convaincu            khomeynistes, une certaine indépendance
                                      de faux, celui-ci demande à Sara d’interve-    d’esprit en choisissant de faire des person-
                                      nir auprès de son mari devenu directeur de     nages féminins le centre de ses fictions.
                                      la banque…                                     Réalisé il y a cinq ans, Sara est la plus
                                                                                     aboutie de ses tentatives dans cette veine.




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    La réussite du film tient à ce qu’il se        nisme protestant et nordique. Immergée        Une femme court dans la foule. Elle a le
    laisse regarder sous trois angles à la         dans l’Iran islamiste actuel, elle dégage     visage précieux des poupées iraniennes,
    fois, sans se départir d’une grande sim-       un troublant potentiel critique. Non qu’il    ceint d’un voile noir qui donne à son
    plicité dans la narration et dans la mise      s’agisse de vérifier la force de la pièce     regard quelque chose de spirituel. Seule
    en scène. Le premier angle, celui du           (qui en doutait ?), mais le film, dans son    contre la multitude, bravant les lois de
    récit, est un mélo autour du mauvais           indifférence affichée à toute théâtralité     la famille et de la société pour sauver
    parti réservé à une femme dévouée et           et à toute révérence envers un grand          son mari agonisant, sans aucune recon-
    entreprenante par son époux, dénoncia-         auteur, exprime avec une soudaine évi-        naissance extérieure et sans aucune
    tion explicite du sort cruel que la société    dence le sens de la vieille formule sur la    aide (ni de son mari lui-même, ni de sa
    islamique réserve aux femmes,                  modernité des classiques.                     meilleure amie), elle est cette force vive,
    aujourd’hui comme jadis. La force du                                 Jean-Michel Frodon      cette ligne de fuite qui brutalise le
    pamphlet est soutenue par le fait que                      Le Monde - Jeudi 7 Mai 1998       cadre, donne à chaque seconde du film
    les personnages n’appartiennent pas à                                                        une énergie que rien ni personne ne
    un univers archaïque, mais qu’ils sont                                                       peut corrompre. Et même lorsqu’elle
    des membres de la classe moyenne, tra-                                                       s’endort épuisée au milieu des robes
    vaillant dans des bureaux et utilisant         Respectueuse des traditions, Sara porte       blanches qu’elle coud la nuit en cachet-
    voitures et ordinateurs. L’imbécillité bru-    le tchador et obéit au doigt et à l’oeil à    te dans une cave pour gagner l’argent
    tale du comportement du mari, comme            son mari, un employé de banque dési-          qui lui servira à honorer une dette
    de l’ensemble de la société que l’héroï-       reux de s’élever dans la hiérarchie.          (jusqu’à s’esquinter les yeux), ou sur le
    ne doit affronter, est mise en relief par      Lorsque cet homme qu’elle vénère              canapé de son salon après la fête
    ce contraste entre le modernisme super-        tombe malade, elle n’hésite pas, pour         qu’elle y a donnée en l’honneur de son
    ficiel des objets et des comportements,        obtenir l’argent nécessaire à sa guéri-       époux, la douceur contient toujours du
    et l’obscurantisme des règles fonda-           son, à signer un faux... La renommée          défi, une soif inexorable de justice. Se
    trices, sinon des pulsions qui se déchaî-      d’Abbas Kiarostami et de Mohsen               détruire les yeux au travail, par trop de
    nent au moindre doute.                         Makhmalbaf, les chefs de file du cinéma       minutie, par trop peu de lumière, devient
                                                   iranien, a un peu éclipsé celle de leur       alors la métaphore d’un cinéma reclus,
    Croquis inédits                                aîné, Dariush Mehrjui, réalisateur, sous      mutilé par sa propre exigence de perfec-
    Le deuxième angle, le moins satisfai-          le shah, du Cycle, où il dénonçait avec       tion. Un cinéma qui se fait dans la cave,
    sant, est celui de la réalisation propre-      une rare virulence la misère du peuple. Il    où le metteur en scène est un contre-
    ment dite : Mehrjui y démontre un aca-         ne ménage pas, cette fois, la susceptibi-     bandier (lui gagne de l’argent en secret
    démisme attiré par la «belle image», qui       lité des autorités islamiques, en abor-       afin de rembourser, lui aussi, une dette
    plombe souvent sa narration ou la tire         dant le thème de l’émancipation des           qu’il a contractée contre la société tout
    vers un inutile folklore. Ainsi des scènes     femmes. Il le fait en adaptant une pièce      entière, prêt à perdre la vue pour hono-
    dans le bazar de Téhéran où se rend            fameuse, Maison de poupée. Chez               rer les aspirations qu’il s’est fixées ; en
    Sara pour toucher le prix de son travail       Ibsen, lorsque ses yeux le dessillent,        dépit des échecs (l’échec de Banoo, le
    supplémentaire effectué pour payer les         l’héroïne s’en va en abandonnant mari         précédent film de Mehrjui) et de la cen-
    besoins médicaux de son mari, qui lui          et enfants. Dariush Mehrjui n’a pas lais-     sure politique. Comme Sara qui met
    vaudra les soupçons et finalement l’hos-       sé aller sa Sara à de telles extrémités :     alors des lunettes pour mieux voir,
    tilité de celui-ci. Démonstrative, la          elle quitte, certes, le foyer conjugal mais   Daritish Mehrjui use de sa caméra pour
    caméra n’en parvient pas moins à saisir        emmène avec elle sa progéniture. On           retrouver la vue, encore plus nette, plus
    nombre de croquis inédits du mode de           peut y voir une concession faite aux cen-     critique, moins descriptive. Ce “mieux
    vie des classes moyennes qui ne sont           seurs du régime. Mais pour le reste, le       voir” guide tout le film : dans une scène
    pas sans valeur quand prévalent en             «message» passe, et passe bien. Dans          d’une incroyable tension dramatique,
    Occident une poignée de clichés sim-           un style de facture classique, avec un        Sara, alertée par quelque chose d’éton-
    plistes sur l’Iran.                            sens aigu du récit et des cadrages et         namment chatoyant, met ses lunettes et
    Troisième angle et mérite principal de         une impeccable direction d’acteurs, le        découvre dans l’assiette de riz qu’elle
    Sara : le film est inspiré de Maison de        cinéaste arrive à nous convaincre que         est en train de préparer un bouton doré
    poupée, la pièce d’Ibsen. L’adaptation         les bonnes causes font parfois de bons        qu’elle retire précipitamment. Bouton
    effectuée par Mehrjui a l’avantage de          films...                                      doré qui aurait pu, s’il n’avait pas été
    rendre perceptible l’actualité d’une                                      Joshka Schidlow    enlevé in extremis, trahir son activité
    œuvre conçue dans le cadre du purita-                     Télérama n°2521 - 6 Avril 1998     nocturne et interdite, la discréditant à




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                                            SALLE D'ART ET D'ESSAI
                                            CLASSÉE RECHERCHE
                                             8, RUE DE LA VALSE
                                             42100 SAINT-ETIENNE
                                             04.77.32.76.96                                                                                    2
                                            RÉPONDEUR : 04.77.32.71.71
                                             Fax : 04.77.25.11.83
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    tout jamais aux yeux de son mari.             Propos du réalisateur                         A propos de Maison de
    Lunettes qu’elle cache aussitôt dans son
    sac, comme on dissimule une arme du                                                         poupée…
                                                  Avec l’échec de Banoo, mon précédent
    crime. Mais quel crime y a-t-il à possé-      film, je me suis senti trahi comme une
    der l’instrument de la vérité ? Librement     femme qui a tout sacrifié pour l’amour
    adaptée de Maison de poupée d’Ibsen,                                                        Créée en 1879, cette pièce est marquée
                                                  de son mari, et qui, au lieu d’être           par l’appartition du personnage de Nora
    Sara est un film sur le mouvement de la       “payée” en retour, se retrouve suspec-
    femme en même temps qu’une fable sur                                                        Helmer dans l’œuvre de l’écrivain norvé-
                                                  tée d’adultère.                               gien Henrik Ibsen (1828-1906). Il y déve-
    le cinéma, et leur commune course             Par ailleurs, j’avais en tête depuis long-
    émancipatrice.                                                                              loppe une intrigue qu’il allait souvent
                                                  temps l’œuvre d’Ibsen, Maison de pou-         reprendre lors de cette période où il trai-
                             Mathieu Orléan       pée, et j’étais passionné par le défi de la
        Cahiers du Cinéma n°525 - Juin 1998                                                     tait du “réalisme critique” : l’individu qui
                                                  transposer dans le cadre d’une société        s’oppose au plus grand nombre, à
                                                  patriarcale où les femmes sont traditio-      l’étouffante autorité de la société. Ainsi
                                                  nellement exploitées et brutalisées.          s’exprime Nora : “Il me faut découvrir
                                                  C’est la conjonction des deux qui m’a         qui a raison, de la société ou de moi”.
                                                  permis d’écrire et de m’identifier à Sara.    Si, en effet, l’individu - en se libèrant
                                                  J’ai fait ce film pour rendre hommage à       intellectuellement de l’ordre établi - pro-
                                                  toutes ces femmes qui luttent en silence      voque des conflits, Ibsen a une vue opti-
                                                  pour garder leur famille unie et heureu-      miste en estimant que celui-ci est en
                                                  se, mais qui sont aussi capables de vivre     mesure de parvenir à ses fins indépen-
                                                  libres et indépendantes. Les sociétés         damment des autres. Nora donne
                                                  traditionelles devraient beaucoup mieux       l’impression d’avoir une chance réelle
                                                  considérer les femmes et les prendre en       alors qu’elle est isolée face à un avenir
                                                  exemple.                                      indécis.
                                                  Beaucoup d’amis m’ont reproché d’avoir        Nombreuses sont les femmes qui se
                                                  fait du mari un homme trop antipa-            sont identifiées à elle dans leur combat
                                                  thique, un macho typique qui néglige sa       pour la libération et l’égalité de la
                                                  femme. Il ne me semblait pas devoir           femme. En ce sens, elle est probable-
                                                  nuancer ce personnage ; il devait repré-      ment la plus “internationale” des per-
                                                  senter cette société figée face à laquel-     sonnages d’Ibsen. Le succès de la pièce
                                                  le la richesse du personnage de Sara          fut stupéfiant, au point que même le
                                                  devait se révéler. Je pense en effet que      public bourgeois salua avec enthousias-
                                                  c’est dans le contexte familial que l’on      me cette femme qui - ayant violé la loi
                                                  peut le mieux découvrir la psychologie        pour l’amour de son mari, qui le lui
                                                  féminine, si complexe et parfois si éloi-     reproche - abandonne sa famille !
                                                  gnée de ce que l’homme considère                                    Dossier Distributeur
                                                  comme rationnel. Sara, comme Banoo
                                                  avant et comme Pari ensuite, est une
                                                  femme qui affirme ses idées. Elles sont
                                                  toutes trois le reflet du dilemne entre la
                                                  conception du monde idéal qu’ont les
                                                  femmes et le peu de place qu’on leur y
                                                  donne.
                                                                         Dossier Distributeur




L                E                        F                      R               A                  N                   C                  E
                                           SALLE D'ART ET D'ESSAI
                                           CLASSÉE RECHERCHE
                                           8, RUE DE LA VALSE
                                           42100 SAINT-ETIENNE
                                           04.77.32.76.96                                                                                      3
                                           RÉPONDEUR : 04.77.32.71.71
                                           Fax : 04.77.25.11.83
D                 O                 C                  U                  M        E     N   T   S

    Le réalisateur                                  Filmographie

    Né le 8 décembre 1939 à Téhéran. En             Diamant 33                    1967
    1959, il quitte l’Iran pour étudier le ciné-    La vache
    ma en Californie. A cette époque, UCLA          M. Naive                      1971
    favorise l’enseignement technique et,           Le facteur                    1972
    après avoir rencontré Renoir qui lui            Le cycle                      1974
    apprend la direction d’acteurs, il décide       L’école où nous allions       1977
    de changer de voie et s’oriente vers la         Les pensionnaires             1986
    philosophie.                                    Shirak                        1987
    Après avoir obtenu son diplôme en               Banoo                         1992
    1964, il crée un magazine littéraire pour       Hamoon                        1990
    faire connaître les auteurs contempo-           Sara                          1993
    rains iraniens. Puis il retourne dans son       Pari                          1995
    pays et commence une carrière de jour-          Leila                         1996
    naliste et de scénariste pour la télévi-
    sion. En 1967, il réalise son premier film,
    Diamant 33, une parodie de James
    Bond.
    C’est avec le second, La vache, qu’il
    obtient une reconnaissance internatio-
    nales et s’attire les foudres des cen-
    seurs du Shah. Grâce à l’un de ses
    frères, le film est pourtant présenté “au
    pied levé” au Festival de Venise où il
    remporte le Prix de la Critique
    Internationale.
    La suite de sa carrière est une reproduc-
    tion de cette “contradiction” entre ses
    difficultés à travailler et faire connaître
    ses films du fait de la censure nationale
    d’une part, et ses succès à l’étranger
    d’autre part. C’est notamment le cas
    pour Le facteur, primé à Berlin en 1972.
    D’ailleurs, quand ces films sont distri-
    bués, ils le sont régulièrement cinq à dix
    ans après leur réalisation. Au moment
    de la révolution, il s’exerce aussi au
    documentaire et vient ensuite en France
    travailler comme réalisateur pour la
    télévision. Ce n’est qu’avec Les pen-
    sionnaires en 1986 et Hamoon en
    1990 qu’il est enfin reconnu à sa juste
    valeur dans son pays. A partir de Sara,
    retenant les leçons du passé, il prend la
    décision de produire systématiquement
    ses films. Son dernier, Leila, date de
    1996.
                           Dossier Distributeur




L                 E                          F                     R          A          N   C   E
                                             SALLE D'ART ET D'ESSAI
                                             CLASSÉE RECHERCHE
                                             8, RUE DE LA VALSE
                                             42100 SAINT-ETIENNE
                                             04.77.32.76.96                                      4
                                             RÉPONDEUR : 04.77.32.71.71
                                             Fax : 04.77.25.11.83