Vers une hydraulique agricole mieux adaptée aux zones semi-arides

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					 VERS UNE HYDRAULIQUE AGRICOLE MIEUX ADAPTÉE
        AUX ZONES ARIDES ET SEMI-ARIDES
RÔLE ESSENTIEL DE LA COOPÉRATION INTERNATIONALE
                                        Jean VERDIER*
  Programme international pour la recherche et la technologie en irrigation et en drainage (Iptrid)



                                             RÉSUMÉ

Une importante amélioration des utilisations agricoles de l'eau est une des clés majeures d'un
développement durable des pays arides et semi-arides. La définition et la mise en œuvre des
politiques volontaristes que cela implique ne pourront se faire sans coopération internationale. En
complément des collaborations entre administrations, universités, centres de recherches et bureaux
d'études, il est apparu souhaitable de mettre en place de nouvelles formes de partenariat. L'Iptrid
est l'un de ceux-là. Au bout de dix ans d'existence, il est devenu nécessaire de réorienter ses
activités afin de mieux prendre en compte des acquis de terrain et des évolutions de la réflexion
internationale : moins de recherche et plus de transfert, moins de technologie et plus de
développement de compétences. Les activités de l'Iptrid en Tunisie illustrent ce qu'un pays semi-
aride peut attendre de cette forme particulière de coopération internationale.



                                            ABSTRACT

              Improving agricultural water management in arid and semi-arid areas
                         The essential role of international cooperation

Improving agricultural water management is a key issue for the sustainable development of arid
and semi-arid areas. The necessary wilful strategies cannot be identified and implemented without
international cooperation. Governments, universities, research centres and consulting firms have
co-operated for decades, but it appeared beneficial to supplement this traditional form of
collaboration by new partnerships, such as IPTRID. After ten years, IPTRID had to be reoriented
to incorporate better field lessons and new thinking: the revised strategy is less focused on research
and more on transfer, less technology and more capacity building. IPTRID activities in Tunisia give
an example of the benefits that may be expected by a semi-arid country from this specific type of
international cooperation.




* FAO/AGL/IPTRID – Room B-715 – Viale delle Terme di Caracalla – 00100 ROMA (ITALIE)
Adresse électronique : jean.verdier@fao.org – Internet : http://www.fao.org/iptrid
UNE PRESSION ANTHROPIQUE CROISSANTE SUR LES RESSOURCES EN EAU

« L’eau se fait rare ». « L’eau va manquer ». « L’eau manque ». « Des guerres de l’eau sont
inévitables ». Depuis une bonne dizaine d’années, la grande presse se complaît à relayer
périodiquement – de préférence aux alentours du 22 mars – des messages à l’alarmisme croissant
sur les possibilités de satisfaire durablement les besoins en eau douce de l'humanité. Ces
dramatisations, souvent excessives, entrent rarement dans la complexité des problèmes qu'elles
mettent en avant. Elles peuvent néanmoins avoir leur utilité, notamment en contribuant à faire
largement connaître l'un des défis majeurs auquel sont confrontés les pays arides et semi-arides :
une meilleure gestion de leurs ressources en eau douce renouvelables.

Ces discours médiatiques s'appuient sur des constats, souvent plus nuancés, qui se sont lentement
construits au fil de réunions internationales dont les plus marquantes ont été :
       la "Conférence des Nations Unies sur l'eau" de Mar del Plata en 1977,
       le "Sommet de la Terre" de Rio en 1992,
       le "Sommet mondial de l'alimentation" de Rome en 1996,
       le "Sommet mondial du développement durable" de Johannesburg de 2002,
       les trois "Forums mondiaux de l'eau" de Marrakech en 1997, de La Haye en 2000 et de
       Kyoto en mars dernier.

Après bien des controverses, une quasi-unanimité s'est faite sur les données du problème :
       augmentation rapide des besoins en eau potable d'une population mondiale dont la
       croissance restera forte, surtout dans les pays en développement ;
       nécessité de développer l'agriculture irriguée (i) pour diminuer la sous-alimentation
       chronique frappant actuellement 840 millions d'êtres humains et (ii) pour répondre aux
       besoins alimentaires des deux milliards de personnes supplémentaires que devrait compter la
       planète dans une vingtaine d'années ;
       pressions urbaines et industrielles croissantes sur les ressources en eau ;
       fréquente urgence d'un meilleur respect des milieux naturels et de l'environnement.


LES UTILISATIONS AGRICOLES AU CENTRE DE LA PROBLÉMATIQUE

La satisfaction de ces besoins impose d'augmenter les prélèvements anthropiques d'eau douce.
Globalement, cela semblerait devoir pouvoir se faire sans difficulté majeure, le volume actuel de
ces prélèvements ne représentant que 3 % des ressources mondiales renouvelables et 8 % des flux
d'eaux bleues (eaux rejoignant l'océan sous forme liquide) [2]. Mais, à niveau économique constant,
le volume des besoins croit approximativement comme la population. Or la distribution des
ressources en eau est loin de suivre celle de la population. Si le Brésil, la République démocratique
du Congo ou le Bengladesh utilisent moins du centième de leurs ressources renouvelables, les pays
arides et semi-arides allant de la Tunisie au Pakistan en prélèvent plus la moitié* [1].




 *    L'Arabie saoudite et la Libye utilisent déjà plus que leurs volumes renouvelables en
pompant dans des nappes fossiles et en dessalant de l'eau de mer.
La situation déjà préoccupante de ces derniers pays devrait se détériorer encore dans les prochaines
décennies, surtout si, comme il faut le souhaiter, le niveau de vie des populations les plus pauvres
s'accroît notablement*. À cette surexploitation volumétrique s'ajoutent de graves dégradations de la
qualité des ressources en eau avec tous les problèmes de santé et d'environnement que cela entraîne.

Les meilleures études prospectives** confirment que la poursuite des pratiques du passé conduirait
ces pays à des situations catastrophiques du type de celles prédites par une certaine grande presse.
Mais ces mêmes études montrent également que d'autres approches pourraient permettre d'éviter de
telles crises majeures. En fait, une des clés fondamentales de ces approches vertueuses de
l'utilisation des ressources en eau est entre les mains des agriculteurs. En effet, l'irrigation
représente 70 % des prélèvements anthropiques d'eau douce et plus de 90 % des consommations
humaines (hors évaporation sur les retenues) [2]. Or, dans de nombreux pays arides et semi-arides,
les efficiences de la mobilisation et de l'utilisation de l'eau agricole reste fréquemment inférieure à
la moitié de ce qu'elles sont dans les pays les plus avancés. D'importantes économies d'eau
pourraient résulter de meilleures performances globales des périmètres irrigués, surtout si elles
étaient combinées avec des importations ciblées et économiquement viables d'eau virtuelle*** [4].


VERS UNE RÉVOLUTION BLEUE… OU DOUBLEMENT VERTE

Il est devenu banal d'affirmer la nécessité d'une meilleure gestion de l'eau agricole, surtout dans les
zones arides et semi-arides. Malheureusement, la définition des stratégies concrètes pour y arriver
n'est pas chose aisée et il est peut-être encore plus délicat de les mettre en œuvre que de les
élaborer. D'une part, il n'existe pas de précédents à des problèmes de cette ampleur, à l'évolution
aussi rapide et avec une telle étendue géographique. D'autre part, il n'est nulle part facile de faire
accepter des politiques conduisant à affecter plus de moyens humains et financiers pour l'utilisation
des parts décroissantes d'une ressource aussi essentielle et aussi symbolique que l'eau.

Mais la principale difficulté vient de ce que les problèmes à traiter sont fondamentalement
complexes : les solutions viables devront le plus souvent combiner des changements
technologiques, techniques, agronomiques, économiques, managériaux, législatifs et sociaux. De
plus, la mise en œuvre des stratégies retenues impose un développement des compétences des
divers acteurs de la gestion des eaux agricoles, la formation et l'encadrement des millions
d'agriculteurs étant souvent la partie la plus coûteuse, la plus longue et la plus délicate.

Il serait totalement illusoire d'imaginer que chacun des pays confrontés à une croissance excessive
de ses demandes en eau agricole peut trouver, seul, des solutions adaptées à des problèmes de ce
niveau de complexité. Même les capacités d'analyse et de réflexion des pays les plus avancés sont
individuellement insuffisantes pour y parvenir.

Cette situation n'est pas sans rappeler celle de la lutte contre les famines endémiques de l'Asie du
Sud et de l'Est au lendemain de la seconde guerre mondiale. Celles-ci avaient pourtant pu être
durablement jugulées grâce à la remarquable coopération internationale ayant permis la "révolution



  *    Ainsi, au sud de la Méditerranée, les ressources en eau renouvelables, actuellement de
1 200 m³ par an et par habitant, devraient tomber à environ 500 m³ en 2025 alors qu'elles étaient de
3 400 m³ en 1960. [Information donnée au Forum mondial de l'eau de Kyoto, lors de la journée
régionale sur la Méditerranée et le Moyen-Orient]
**     Une des plus récemment publiées est celle conduite par la FAO à l'horizon 2015/2030. [3]
***    L'eau virtuelle d'un bien agricole est le volume d'eau consommé pour sa production.
verte". Le défi d'une meilleure utilisation des ressources en eau dans l'agriculture est de même
nature mais avec deux composantes supplémentaires :
       les ressources naturelles pouvant être mobilisées dans les zones arides et semi-arides sont
       limitées, alors que la "révolution verte" les considérait comme illimitées ;
       des contraintes environnementales de plus en plus fortes, ignorées par la "révolution verte",
       doivent impérativement être respectées.
On a pu parler de la nécessité d'une "révolution doublement verte". Lors de la Conférence du
millénaire (septembre 2000), le secrétaire général de l'Onu a préféré appeler à une "révolution bleue
en agriculture". L'objectif reste le même : accroître la productivité hydrique des cultures (quantité
de produits agricoles obtenus en consommant un volume donné d'eau) dans le cadre d'un
management durable des ressources en eau, respectueux de l'environnement.

Des efforts considérables ont été consentis pour réussir la "révolution verte". Entre 1945 et 1960, de
nombreux organismes internationaux – et non des moindres – ont créés pour améliorer l'agriculture
des pays en retard de développement. Il y a eu, bien entendu, l'Organisation des Nations Unies pour
l'alimentation et l'agriculture (FAO) qu'il n'est pas besoin de présenter. Ses activités ont été
alimentées par les productions d'une grosse dizaine d'instituts internationaux de recherche finalisée
regroupés au sein du Groupe consultatif pour la recherche agronomique internationale (GCRAI).
Enfin l'élaboration et la diffusion des progrès technologiques de toutes sortes (infrastructures,
techniques d'irrigation, gestion de l'eau à la parcelle) ont été grandement facilitées par la
Commission internationale des irrigations et du drainage (CIID) et ses comités nationaux.


UNE NOUVELLE FORME DE COOPÉRATION INTERNATIONALE

À partir du début des années 80, ces organismes multilatéraux créés dans la logique de la
"révolution verte" ont réorienté leurs activités pour pouvoir contribuer au développement de cette
révolution "bleue" ou "doublement verte". Dès 1984, un nouvel institut a même été créé
spécifiquement à cet effet au sein du GCRAI : l'IIMI (Institut international de management de
l'irrigation), devenu IWMI (Institut international de gestion des ressources en eau) en 1998. Pour
relever ce nouveau défi, ces structures multilatérales spécialisées ont joué – et continuent à jouer –
un rôle essentiel, surtout pour les régions les moins avancées.

Mais il est apparu que cette forme, devenue traditionnelle, de coopération internationale n'était pas
la mieux adaptée pour tirer le meilleur parti d'évolutions fondamentales récentes de nos sociétés :
autonomisation des centres de recherche, multiplication et dissémination des lieux de réflexion et
d'initiative, montée en puissance des capacités de la société civile, explosion des possibilités
d'échanges entre tous les points de la planète grâce à l'Internet. Cette évolution a induit le
développement de réseaux et des forums, plus ou moins structurés, de toutes sortes. Ce
foisonnement intellectuel a indéniablement beaucoup apporté, notamment en permettant une
accélération de la circulation des idées inimaginable il y a trente ans. En contrepartie il n'a que
rarement eu d'impacts concrets, sauf très indirectement.

Très tôt, certains organismes (initialement surtout des structures gouvernementales, des centres de
recherche et des grandes entreprises) ont souhaité dépasser cette limite. Pour cela, ils ont créés des
partenariats d'un nouveau genre (i) fondés sur des liens souples mais durables, (ii) centrés sur un
objectif précis et (iii) avec l'ambition de déboucher sur des impacts concrets et visibles. Ces
nouveaux partenariats se construisent le plus souvent autour d'un secrétariat (généralement de taille
limitée) ayant essentiellement un rôle d'animation, de promotion et de diffusion. La recherche
d'efficacité qui les caractérise implique une évaluation régulière des activités passées par une
structure de type "comité technique" et une orientation des activités futures par ce qui pourrait
s'apparenter à un conseil d'administration.

À une échelle mondiale et pour ce qui est de la gestion des ressources en eau dans les pays en
développement, les principaux partenariats de ce nouveau type sont :
       le Conseil mondial de l'eau, créé en 1996, pour promouvoir des prises de conscience et
       favoriser les décisions politiques en faveur de meilleurs managements des ressources en eau
       dans toutes ses dimensions et pour tous ses usages*,
       le GWP (Global Water Partnership), également créé en 1996, pour élaborer et proposer des
       méthodes et moyens pratiques d'amélioration du management des ressources en eau,
       l'Iptrid, créé en 1988, pour se centrer sur les problèmes spécifiques d'une utilisation plus
       efficiente de l'eau en agriculture.

Des structures partenariales régionales de même nature ont également vu le jour, notamment dans
les zones où les pressions sur les ressources en eau sont les plus fortes. Dans le bassin
méditerranéen, on peut citer le Plan bleu et l'Institut méditerranéen de l'eau.


L'IPTRID

L'Iptrid est le plus ancien de ces nouveaux partenariats et c'est le seul qui soit entièrement dédié aux
utilisations de l'eau en agriculture. Une évocation de son histoire permettra de mieux comprendre le
rôle particulier pouvant être joué par ces structures légères et ouvertes, mais très structurées.

L'Iptrid est né en1988 d'une initiative de la CIID, promue et soutenue par de nombreux organismes
internationaux, le principal étant la Banque mondiale. Son objectif initial était de contribuer au
développement de recherches technologiques en irrigation et drainage adaptées aux contextes des
pays en développement. Pour en comprendre la raison il faut se rappeler qu'à la fin des années 70 la
construction et la modernisation d'infrastructures d'irrigation et de drainage constituaient la voie
royale pour augmenter la production agricole. Or des évaluations ex-post convergentes avaient
montré que les investissements correspondants avaient généralement des impacts moindres que
ceux pouvant raisonnablement en être attendus. Une des causes déterminantes a été vue dans des
greffes exogènes de techniques difficilement appropriables par les gestionnaires et les agriculteurs
de pays en développement. D'où l'idée de constituer un partenariat entre instituts de recherche
appliquée pour répondre, de façon concertée, à des besoins spécifiques de pays en développement.

L'Iptrid a véritablement commencé à travailler en 1991, avec un secrétariat hébergé à la Banque
mondiale et sur des fonds principalement fournis par l'Allemagne, la France, les Pays-Bas et le
Royaume Uni. Les partenaires étaient essentiellement constitués de centres de recherche des pays
donateurs, mais il y avait également la CIID, la FAO et l'IIMI**.

Pendant une petite dizaine d'années, l'Iptrid (i) a sensibilisé bailleurs et décideurs à l'importance
d'une recherche-développement adaptée en hydraulique agricole, (ii) a aidé de nombreux pays à



  *    Les trois Forums mondiaux de l'eau de Marrakech, La Haye et Kyoto (déjà cités) ont été
organisés sous la supervision du Conseil mondial de l'eau.
  ** Outre ces trois structures internationales, les partenaires actuels de l'Iptrid sont le Cemagref
(France), le Ciheam de Bari (Italie), la DPGR (Espagne), HR Wallingford (Royaume Uni), l'Ilri
(Pays-Bas) et l'USBR (États-Unis).
formuler leurs besoins spécifiques de recherche (90 projets identifiés) et (iii) a trouvé des
financements pour plus du tiers des projets identifiés.

Mais, au cours des années 90, la donne a profondément changée. Le déclencheur en a certainement
été une sensibilisation aiguë (i) à l'invariance moyenne des ressources en eau douce renouvelables
et (ii) à l'importance des pressions anthropiques sur ces ressources. Cette prise de conscience
universelle a été concomitante avec la redécouverte de l'importance des facteurs humains dans le
fonctionnement des systèmes irrigués. Cela a conduit l'Iptrid à déborder, en 1998, de questions
purement techniques pour s'intéresser au développement des compétences des différents acteurs de
l'hydraulique agricole. Simultanément, son secrétariat quittait la Banque mondiale pour s'installer à
Rome, au siège de la FAO. Là, l'Iptrid a continué son évolution en suivant les recommandations
formulées, en 2001, lors de son évaluation triennale. Le transfert technologique a été jugé comme
devant primer sur la recherche technologique et, plus généralement, le développement de
compétences sur la production de connaissances. L'Iptrid a terminé son évolution en décidant de
centrer désormais ses activités sur le développement des compétences requises pour des gestions
durables des utilisations agricoles des ressources en eau.

L'évolution assez profonde des activités de ce "programme international" au cours de sa douzaine
d'années d'existence illustre bien les capacités de réaction et d'adaption rapides de ces nouveaux
partenariats.


ACTIVITÉS DE L'IPTRID EN TUNISIE

Cette manifestation conjointe de la SHF, de l'Inat et de l'Énit se déroulant à Tunis, quoi de plus
naturel que de montrer, un peu plus concrètement, ce qui peut être attendu de ces nouvelles
démarches partenariales en évoquant une activité menée par l'Iptrid en Tunisie.

En 1993, pour mettre en œuvre une politique globale d'amélioration de la productivité de l'eau dans
son agriculture, la Tunisie avait obtenu, de la Banque mondiale, un Prêt d'investissement dans le
secteur agricole (Pisa) visant l'amélioration de l'efficacité de l'irrigation et du drainage au niveau de
la parcelle. Une originalité de ce prêt était de réserver 1 % de son montant à des activités de
recherche contribuant à la réalisation des objectifs du projet.

Dans un cadre général défini par la Commission de programmation de la recherche dans le domaine
de l'eau de l'Iresa (Institution de la recherche et de l'enseignement supérieur agricoles), un
programme de recherche a été identifié en 1996. Le secrétariat de l'Iptrid, en collaboration avec le
Cemagref, a contribué à cette démarche en apportant un regard et une expertise extérieurs lors de la
sélection de projets pouvant raisonnablement être menés à bien, en quatre ans, par les équipes de
recherche tunisiennes. Un accent tout particulier a été mis sur l'originalité des contributions pouvant
être faites, sur leur prise en compte des spécificités de la Tunisie et sur leur adéquation avec les
objectifs du Pisa.

Les sept projets de recherche suivants ont finalement été retenus et menés à leur terme dans les
délais impartis :
        1. Amélioration des techniques d'irrigation de surface ;
        2. Amélioration et maîtrise de la conduite de l'irrigation localisée des agrumes dans le Cap
           Bon ;
        3. Amélioration du pilotage de la conduite de l'irrigation des cultures annuelles ;
        4. Besoins en eau et pilotage de l'irrigation du pêcher et du pommier ;
        5. Méthodologie de suivi des périmètres drainés et irrigués avec des eaux marginales ;
        6. Optimisation de la réutilisation des eaux usées traitées en irrigation ;
        7. Salinité des eaux et techniques d'irrigation.

Du fait de ses missions et de son rôle dans la recherche en irrigation et drainage, l’INRGREF (Institut
national de recherche en génie rural, eau et forêts) a été chargé de la gestion de ce programme de
recherche. Dans la réalisation de ces projets, les instituts tunisiens ont noué des partenariats avec le
Cemagref, partenaire scientifique privilégié de l'Iptrid pour le Pisa. La Faculté universitaire de
sciences agronomiques de Gembloux a également participé au projet n° 6. L’Iptrid a assisté
l’INRGREF dans ses démarches de recherche et de démarrage de ces partenariats. Il faut noter qu’à la
différence de la plupart des projets de recherche associant partenaires du nord et du sud, les projets
ont été initiés par la Tunisie et non par ses partenaires.

Comme prévu, les résultats des recherches ont été rapidement transférés aux bénéficiaires finals :
les irrigants et les gestionnaires de périmètres irrigués. La qualité des travaux et les impacts de sept
projets ont été évalués par une structure nationale d'évaluation de la recherche.

Cette expérience de cinq ans, menée avec le soutien de l'Iptrid, a permis aux chercheurs tunisiens de
développer leur aptitude à concevoir et à conduire des travaux susceptibles de répondre au mieux
aux besoins les plus urgents de leur pays dans le domaine de l'hydraulique agricole. Il leur a aussi
permis d'accroître leur capacité à rendre les résultats de leurs recherches utilisables par le monde
agricole.

Devant l'évaluation très positive de cette expérience, la Tunisie a décidé de la reconduire dans le
cadre du Piseau, nouveau prêt de la Banque mondiale, prolongeant le Pisa. Cette fois-ci, le choix
des priorités à donner aux activités de recherche s'est fait avec une implication moindre de l'Iptrid.
Celui-ci a essentiellement participé à une première définition de ces projets de recherche lors de la
mission d’évaluation de la Banque mondiale pour le Piseau. Il a ensuite participé à un séminaire de
formulation des de projets de recherche associant chercheurs, bénéficiaires, gestionnaires de
périmètres et experts internationaux. L'Iptrid n'avait plus grand-chose à apporter pour assurer le bon
déroulement de la démarche. Sa mission avait été remplie. Peut-être lui reste-t-il à en faire connaître
largement les résultats et c'est un des objectifs de cette communication.


CONCLUSION

Le pire n'est donc pas certain pour les pays aux ressources en eau limitées et aux besoins en
croissance rapide. Des espoirs raisonnables peuvent être nourris par la prise de conscience mondiale
de l'urgence de leurs problèmes et de la nécessité d'une mobilisation internationale pour appuyer
leurs efforts. On ne peut également que se féliciter de la réorientation des activités de nombreuses
structures mondiales et régionale d'aide au développement ainsi que de l'émergence de nouvelles
formes prometteuses de coopération internationale. Parmi celles-ci, une place toute particulière
revient à des partenariats légers et structurés d'un nouveau genre ; l'Iptrid en a été le prototype et en
reste un des meilleurs exemples dans le domaine spécifique de l'hydraulique agricole.
REMERCIEMENTS

L'auteur tient à remercier vivement madame Akissa EL BAHRI, de l’INRGREF, et monsieur François
GADELLE, ancien cadre du secrétariat de l'Iptrid, pour leurs précieux conseils et leurs relectures de
la partie consacrée à la Tunisie.


BIBLIOGRAPHIE

[1] Seckler, Amarasinghe, Molden, De Silva & Barker – World Water Demand and Supply, 1990
to 2025: Scenarios and Issues – Research Report No. 19 – Colombo, Sri Lanka: International
Water Management Institute, 1998

[2] FAO – Eau et agriculture : produire plus avec moins d'eau – Rome, Italie, 2002

[3] FAO – World agriculture. Towards 2015/2030. An FAO perspective. – Rome, Italie, 2003

[4] IHE Delft – Proceedings of the International Expert Meeting on Virtual Water Trade –
Value of Water Research Report Series No. 12 – Delft, Pays-Bas, 2003