Discours de Simone VEIL A la Bibliothèque Nationale de

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					Discours de Simone VEIL A la Bibliothèque Nationale de France Dans le cadre de l’ouverture du Colloque sur la Pologne Les Juifs et la Pologne (1939-2004): aspects multiformes du passé Le 13 janvier 2005

Monsieur le Président ; Monsieur l’Ambassadeur ; Mesdames et Messieurs les Professeurs ; Mesdames, Messieurs ; Je suis heureuse d’ouvrir ce soir et en votre présence, ces différentes manifestations franco-polonaises : le colloque scientifique qui conclut la série de rencontres de chercheurs polonais et français et la programmation cinématographique qui l’accompagne, et qui s’ouvrira par la première projection du film « Belzec ». Ces manifestations sont, à mes yeux et pour la Fondation de la Mémoire de la Shoah, très importantes. Et je me réjouis, qu’une fois encore, elles se tiennent à la Bibliothèque Nationale de France réunissant ainsi un public aussi divers, prestigieux, jeune et érudit. En effet, alors que s’achève « Nova Polska », la Saison polonaise en France, qui a rencontré un très grand succès, je me réjouis que nous puissions nous y inscrire même si ces différentes manifestations s’insèrent aussi dans la série des commémorations du soixantième anniversaire de la libération des camps, au premier rang desquels, Auschwitz. De ce point de vue, ces manifestations revêtent, au moins, deux significations sur lesquelles je souhaiterais m’arrêter. Elles s’inscrivent d’abord dans le cadre du 60ème anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz. Pour moi, et pour ceux qui survécurent à l’enfer d’Auschwitz, cet anniversaire n’est pas un anniversaire comme les autres. Il est sans doute le dernier où survivants et résistants, nous pouvons encore témoigner de ce que furent la désolation de la Shoah et d’Auschwitz, les horreurs, les discriminations,

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les bassesses, les humiliations et l’abjection, mais aussi parfois les actes d’héroïsme et de fraternité. Présence forte et pourtant ô combien déjà fragile ! Non que la transmission de la mémoire ne soit assurée. Il n’est que de voir fonctionner les institutions françaises, internationales, qui s’en sont chargées, pour constater que la prise de conscience du crime symbolisé par Auschwitz est bien devenue universelle même si aujourd’hui plus que le révisionnisme, ce soit les amalgames et la banalisation auxquelles nous devions faire face. De même, les nombreux projets de recherche, de films, de livres que la FMS est amenée à soutenir, comme les nombreux évènements qui marqueront ces différentes commémorations en janvier 2005, montrent combien la transmission de la Shoah, est plus que jamais au cœur des préoccupations de nos contemporains, en France mais aussi maintenant, dans les ex pays de l’Europe de l’Est qui sont aujourd’hui dans notre Europe et dès lors, portent une attention particulière à un passé trop longtemps occulté. On peut donc penser que la transition de la mémoire à l’histoire est assurée. Il a pourtant fallu du temps pour que ces institutions, ces travaux d’histoire, de mémoire et de pédagogie de la Shoah voient le jour. Les méandres du souvenir furent en effet tortueux. Actuellement, l’on critique aisément ce qu’on appelle le « devoir de mémoire » - et parfois à juste titre. Mais sans ce travail de mémoire, ces institutions n’existeraient tout simplement pas. Or cette mémoire, si installée – paraît-il - aujourd’hui, il a fallu qu’elle puisse s’exprimer puis l’entretenir avant qu’elle puisse prendre la place qui lui revient. Si pour certains, cette quête de la mémoire était ressentie comme une nécessité, pour d’autres elle était tout simplement impossible. Car se souvenir d’Auschwitz constitue encore pour quelques survivants l’indicible. Permettez-moi, donc, de m’arrêter quelques instants sur notre rôle, je veux parler du rôle des témoins ou plutôt des victimes. Car durant des années, la mémoire et l’enseignement de la Shoah ont été largement assumés par les survivants, alors que, justement, la Shoah ne devait avoir ni témoins, ni histoire. Le projet nazi ne consistait-il pas, en effet, à effacer, un peuple non seulement du monde des vivants mais aussi de l’Histoire et de la mémoire du monde. Tout était conçu, pensé, organisé pour ne laisser aucune trace. Nous ne devions pas survivre. La machine de mort nazie devait faire disparaître non seulement les Juifs et les Tziganes en tant que peuples, mais jusqu’aux traces de notre mise à mort. L’existence des chambres à gaz était, vous le savez, gardée comme un secret d’Etat. Mais la fin de la guerre est
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arrivée trop vite pour laisser aux SS le temps de nous exterminer jusqu’au dernier et d’effacer leurs crimes. Notre retour fut douloureux. Nous avions perdu nos familles, des êtres proches, des amis. A notre retour, nous avons voulu parler. Mais nous nous sommes heurtés à l’incrédulité des uns, voire à l’indifférence des autres. Quant à nos proches, la souffrance qu’ils éprouvaient à nous écouter les amenait, consciemment ou non à nous empêcher de parler. Personne ne comprenait ce que nous avions vécu. Nous avions le sentiment de gêner, en évoquant l’enfer qui avait été le nôtre. Nous revenions d’un autre monde, celui où tout sentiment humain était banni, où on avait cherché à faire de nous des bêtes, c’est cela que l’on ne pouvait ni entendre, ni même imaginer. Il a fallu des années pour que, dans nos pays respectifs, selon les circonstances, on accepte de nous écouter. Il a fallu des années, même en Israël, pour que l’on puisse en parler. Il a fallu le procès Eichmann, quelques historiens aux Etats-Unis, pour que nous soyons écoutés, entendus, voire sollicités. Il a fallu surtout qu’une nouvelle génération, exempte de complexes, cherche à en savoir davantage. En France, même les plus grands historiens spécialistes de la Shoah contestaient par principe la crédibilité de nos récits. Les victimes, à les entendre, ne pouvaient qu’exagérer. S’agissant d’une tragédie d’une telle ampleur, la mémoire n’est jamais facile à mobiliser ; elle est toujours pour les uns trop présente et excessive pour les autres : en réalité, elle traduit le besoin toujours inassouvi de connaître et de comprendre ce que fut cette époque. Cette mémoire, au demeurant, apparaît souvent comme une machine incontrôlable, signe vraisemblable des angoisses de notre temps. Mais aussi du besoin toujours inassouvi de comprendre ce que fut l’époque, tout de même pas si lointaine, des camps de concentration, des camps de la mort. Le camp d’Auschwitz, où périrent notamment plus d’un million de Juifs européens, près de 100 000 Polonais, des dizaines de milliers de prisonniers de guerre soviétique et de Tsiganes fut le plus fou des camps ! Le camp d’Auschwitz, faut-il le rappeler, est le plus grand cimetière juif au monde. Il l’est aussi pour les Polonais. Et notre insistance, je le dis souvent, à évoquer le caractère irréductible d’Auschwitz, n’exclut nullement que soient également évoqués pour mémoire tous les autres lieux du martyre des hommes, qu’il s’agisse des victimes du communisme soviétique, chinois, cambodgien ou d’autres. S’il est donc fondamental que de nouvelles institutions existent et assurent le relais de la mémoire des victimes de la barbarie nazie, j’ai la faiblesse de croire que la présence des survivants constitue pour peu de temps encore ce
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supplément d’émotion et de vérité indispensable apporté par le Témoin à l’Evènement. Des témoins, il y en a aujourd’hui dans cette salle et ils me pardonneront de pas tous les citer. Je souhaite, pourtant, saluer parmi nous la présence, ce soir, de M. Marek Edelman, l’un des dirigeants de l’insurrection du ghetto de Varsovie, et de M.Wladyslaw Bartoszewski, l’un des fondateurs de Zegota, ce Conseil d’Aide aux Juifs qui sauva des milliers de vies en Pologne pendant la guerre, et qui, vous le savez, est aujourd’hui le président du Conseil International du musée d’Auschwitz. Enfin, permettez moi d’ajouter que je me félicite que la Fondation pour la Mémoire de la Shoah , soucieuse de donner aux historiens et notamment aux jeunes historiens les moyens financiers de poursuivre leurs recherches, soit aussi consciente du rôle des témoins et de l’importance de leurs témoignages, puisqu’en effet, nous avons lancé, d’une part une Collection de témoignages écrits, en coopération avec les Editions Manuscrits.com, d’autre part, nous venons de lancer, en coopération avec l’INA une Collection de témoignages audiovisuels, dont Dominique Missika assure, pour la Fondation, le pilotage.

La deuxième dimension des manifestations qui s’ouvrent ce soir, et sur laquelle je souhaite m’arrêter, est, évidemment, leur caractère polonais. Pour des raisons géographiques, la Pologne, en effet, a eu le malheur d’avoir vu ériger sur son sol les camps d’extermination nazis. Auschwitz, Chelmno, Belzec – auquel est consacré la deuxième partie de cette soirée et je me réjouis que la Fondation pour la Mémoire de la Shoah ait largement soutenu ce projet– Majdanek, Treblinka, Sobibor étaient des localités presque inconnues, avant que l’occupant nazi ne les rende tristement célèbres. L’occupation allemande de la Pologne a été, en effet, l’une des plus tragiques d’Europe. Nous n’oublions pas qu’elle fut rayée de la carte, que sa capitale, Varsovie, fut entièrement détruite, fait unique en Europe. Nous n’oublions pas que près de 6 millions de citoyens polonais périrent au cours de la guerre, dont trois millions de Juifs, la quasi-totalité du judaïsme polonais, dans les ghettos et les camps d’extermination. Nous n’oublions pas que les élites polonaises furent éradiquées par les nazis qui assassinèrent massivement des prêtres, des enseignants, des officiers.

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Nous n’oublions pas non plus qu’ils y furent aidés par l’armée soviétique, lorsque celle-ci occupa la Pologne le 17 septembre 1939 dans le cadre de ce quatrième partage du pays qu’était le pacte germano-soviétique et que l’Armée rouge a assisté, passive, à la destruction de Varsovie, sans intervenir pour apporter un soutien aux résistants qui furent pour la plupart, massacrés. La même Union soviétique qui provoqua la soviétisation de la Pologne, contre son gré… Il est donc heureux que l’année 2004 puisse être identifiée à l’entrée de la Pologne dans l’Union Européenne, fermant en quelque sorte la boucle infernale inaugurée en 1939 ! Et Nova Polska, la Saison polonaise, a salué, à sa manière cette intégration, mettant en avant la longue histoire des relations spécifiques qui unissent la France et la Pologne et lui donnant des dimensions nouvelles et en faisant connaître toute la richesse de sa culture ancienne et contemporaine. De fait, il faut aussi souligner que l’entrée de la Pologne n’est pas seulement une affaire d’économie ou d’ajustement du droit. L’histoire et la mémoire y ont également leur place. Il est d’ailleurs remarquable que l’une des premières investigations de l’Institut de la Mémoire Nationale, cette institution chargée de poursuive les crimes commis contre la nation polonaise, ait décidé de retrouver les auteurs polonais du massacre de la population juive de Jedwabne, dans l’Est de la Pologne. Et c’est encore l’honneur des historiens et responsables polonais d’avoir trouvé et dit que des massacres du même type avaient été perpétrés dans d’autres localités de la région. En Pologne, une discussion publique sans précédent, un exercice inhabituel de « mémoire démocratique », s’est, en effet, déroulé en 2001 après la découverte, 60 ans après, du massacre de la population juive de la bourgade de Jedwabne par ses voisins polonais. Je sais que le président Kwasniewski et les autorités de l’Etat se sont rendus sur place le 10 juillet 2001 pour une cérémonie d’expiation et que, l’Eglise, de son côté, a fait de même lors d’une messe exceptionnelle. Ce geste, que nous attendions, nous a réconfortés. Car nous avons toujours beaucoup de mal à comprendre comment, après la guerre, la haine des Juifs ait pu se manifester en Pologne lors du pogrom de Kielce de 1946, des événements de 1956, ou encore après la répression de 1968. Je n’oublie pas qu’à Yad Vashem, les Polonais constituent le nombre de Justes le plus important. Des Polonais, qui ont souvent payé de leur vie, eux et
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leurs familles, leur aide aux Juifs, comme Wladyslaw Marczak, qui avait abrité Emmanuel Ringelblum. Je n’oublie pas qu’en Pologne était menacée de mort toute personne qui apportait quelque aide aux Juifs et que les familles aussi étaient entraînées dans la perte. Et je trouve admirable, unique, le travail de Zegota, ce réseau destiné à créer des chaînes de solidarité pour les Juifs en détresse, réseau auquel appartenait Wladyslaw Bartoszewski . On ne peut s’étonner que la Pologne occupe aujourd’hui une place centrale dans cette Europe de la Mémoire puisqu’elle est le pays-qui est le plus à même de témoigner de ce que fut la folie meurtrière des nazis. Avec l’effondrement du communisme soviétique et la redécouverte de leur passé par les pays d’Europe Centrale et de l’Est, de nouvelles voies se sont donc ouvertes aux historiens. Des archives nouvelles ont été mises au jour qui concernent la Shoah dans son ensemble, notamment le fonctionnement des camps de la mort en Pologne occupée et leur libération par l’Armée rouge. Ces archives rendues publiques renseignent aussi sur les histoires nationales. Plus de 90% des Juifs de Pologne, des pays baltes, d’Ukraine et de Biélorussie ayant été assassinés dans les ghettos et les chambres à gaz, ou encore massacrés à ciel ouvert par les sections spéciales, les rares survivants n’avaient pas été en mesure de lutter contre l’oubli progressivement imposé par les régimes communistes. Aussi, faute de pouvoir accéder aux archives officielles, les historiens de ces pays n’ont pas pu travailler comme ils l’auraient souhaité. De même, l’ampleur des spoliations, l’application des lois anti-juives, la constitution des ghettos, le calendrier des déportations, les tueries improvisées ou planifiées, mais aussi les résistances locales et les réseaux de sauvetage, sont-ils moins bien connus en Europe de l’Est et en Russie qu’en Europe occidentale. Les chercheurs et les jeunes générations de ces pays commencent donc seulement à percevoir la réalité et l’ampleur de la Shoah, et à s’y intéresser. A ce titre, je voudrais saluer le travail accompli par l’Institut de la Mémoire Nationale dirigé par le professeur Léon Kiérès, non seulement sur les crimes commis du temps du nazisme mais également sur ceux commis sous la période communiste.. Je sais le courage, la lucidité et la persévérance qu’il faut pour mener une telle tâche. Je sais à quel point il est difficile, plus de 60 ans

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après les évènements de procéder à des recherches historiques, à un travail pédagogique et à des enquêtes sur les crimes perpétrés. Des historiens, anthropologues, sociologues – une nouvelle génération sont parmi nous aujourd’hui, en nombre. Ils ont entamé des recherches qui nous apportent des éclairages nouveaux sur les relations judéo-polonaises sous l’Occupation. Leurs travaux portent, notamment, sur l’attitude de la population polonaise et de ses élites à l’égard des Juifs ; sur l’occupation soviétique en Europe orientale ainsi que sur la formation de la mémoire polonaise. Enfin, des chercheurs venus des Etats-Unis, d’Israël, d’Allemagne apportent leur concours à cette réflexion. Qu’ils soient tous les bienvenus. Permettez moi de remercier tout particulièrement les organisateurs des manifestations qui nous réunissent ce soir et dans les jours prochains : Pour marquer l’importance de cette manifestation que l’on peut qualifier à bien des égards d’européenne tant elle pourrait préfigurer de futures semblables opérations dans les autres Etats-membres, plusieurs institutions se sont en effet associées à la Fondation pour la Mémoire de la Shoah. Je veux d’abord saluer et remercier, tout particulièrement l’Ambassade de Pologne à Paris et son excellence l’Ambassadeur Jan Tombinski, l’Institut Adam Mickiewicz de Varsovie, de même que leur représentation en France, l’Institut Polonais. Je veux saluer à nouveau le soutien du Ministère des Affaires Etrangères. et celui de l’Ambassade de France à Varsovie qui, depuis deux ans, se trouve à l’initiative de cette coopération franco-polonaise, et tout particulièrement son excellence l’Ambassadeur Pierre Ménat et Jean Yves Potel, Conseiller de coopération et d’action culturelle culturel à l’Ambassade de France de Varsovie. Mes remerciements vont enfin, bien sûr, à Annette Wieviorka et Jean-Charles Szurek. Pour finir, j’adresse, à nouveau, ma gratitude, à notre hôte, la Bibliothèque nationale de France, qui cette année a bien voulu à nouveau nous accueillir, à la suite de la coopération qui nous avait réunis en 2004 pour la commémoration de la « destruction des Juifs de Hongrie ». Les manifestations de cette année 2005, ce retour sur l’année douloureuse et libératrice à la fois que fut 1945, ont également associé des partenaires nouveaux, médias soucieux de connaissance historique et de transmission du savoir. Je tiens à remercier « France Culture », ainsi que les magazines L’Histoire et Les Cahiers du Cinéma, dont nous apprécions tous la qualité. Je souhaite féliciter, tout particulièrement, l’Histoire dont le dernier numéro, largement
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consacré à Auschwitz, ouvre des nouvelles pistes de recherche sur des thèmes longtemps considérés comme des tabous. Enfin, sachez que j’ai l’espoir que la réflexion à laquelle nous allons nous livrer ces deux jours pourra être poursuivie, complétée et enrichie avec les autres nouveaux Etats-membres de l’Union européenne, dans un continent qui, ayant retrouvé son histoire et sa géographie, est aujourd’hui prêt pour examiner ce passé, ce passé ô combien douloureux mais dont la dimension européenne est source d’espoir. Pour conclure, je souhaite vous donner la primeur d’une information sur un projet très important que la Fondation pour la mémoire de la Shoah s’honore d’avoir permis de réaliser, projet à l’initiative de Serge Klarsfeld : je veux parler de la restauration de la JudenRampe au camp d’Auschwitz-Birkenau. qui sera inaugurée le 27 janvier 2005 par le Président de la République. Laissée à l’abandon depuis soixante ans, ce lieu de mémoire central de la déportation des Juifs d’Europe a été enfin restauré, avec la coopération du Musée d’Auschwitz, de la municipalité de Birkenau et des Chemins de fer polonais : sur ce lieu, en effet, de juin 1942 jusqu’en mai 1944, 500.000 déportés juifs dont 63.000 Juifs de France, parmi lesquels plus de 10.000 enfants arrivèrent. J’en étais. Je vous remercie.

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