La désorganisation chronique

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					Cette réflexion est à propos du cheminement scolaire d’un collégien puis d’un lycéen ayant
ce qu’il est convenu d’appeler une spécificité handicapante de nature dyspraxique. Ce
handicap aussi nommé « handicap invisible » demande non seulement au jeune une énergie et
une combativité permanentes mais aussi à son entourage une détermination sans faille.
Pourtant le quotidien n’est pas exempt de découragement, d’incompréhension. Pour construire
l’avenir social et de ce fait le parcours scolaire de notre enfant, bien qu’aidé par notre
connaissance du milieu de l’enseignement, épaulé par un collège et un lycée compréhensifs il
a fallu sans cesse trouver des solutions, des méthodes pour compenser les troubles spécifiques
liés à la dyspraxie. Bien entendu à travers ce chemin scolaire c’est toute l’éducation dans sa
globalité qui est envisagée. A chaque écueil ou à chaque avancée tous les parents savent
combien il importe de recentrer les événements, les émotions et les ressentis dans une
perspective de maturité et d’épanouissement. L’enjeu n’est pas uniquement d’accéder à un
diplôme mais d’aider à construire une personnalité aboutie. C’est parce que le temps scolaire
et l’énergie consacrés à l’apprentissage intellectuel sont si absorbants que pour nous parents le
défi a été d’épauler sans cesse un enfant puis un adolescent volontaire et motivé.

Quelques spécificités propres au jeune dyspraxique créent bien des difficultés et déboires en
milieu scolaire tels que :
   - la désorganisation chronique jouxtée à la particularité du fonctionnement intellectuel,
   - la fatigabilité et autres difficultés plus physiques,
   - et ce que nous pourrions nommer « l’inhibition » relationnelle.

La désorganisation chronique :

que cela provienne :

  -   d’oubli : cahiers, feuilles perdues, vêtements abandonnés etc.. L’étourderie est un mot
      clé de la dyspraxie. Il induit énormément de nuisances matérielles et intellectuelles .

  -   de désordre : cartable- poubelle, confusion dans l’emploi du temps, manque de repères
      dans les locaux du collège, la non-anticipation pour apprendre et faire son travail de
      classe.

  -   d’une maladresse conduisant à la perte ou la destruction des outils de travail : trousse
      et objets de travail perdus ou cassés, livres abîmés, cornés, salis etc..

  -   de chutes causées par le poids du cartable et du sac de sport, exemple : en 6ème, dents de
      devant cassées avec vilain choc frontal pleine face, mais aussi dérapages variés et
      multiples dans les escaliers : vêtements traînant mal rangés hors du sac, lacets défaits.
      Petits avatars de bleus et plaies en toutes circonstances.

  -    de l’illisibilité de l’écriture, de l’incapacité physique à écrire (que l’on comprenne cet
       handicap comme un désordre d’ordre neurologique, psychomoteur, de troubles de
       l’intégration sensorielle etc. ) en découlent toutes les aberrations inimaginables :
       Dysorthographie- Perte fréquente du sens de la phrase, recopiée ou produite, lors de
       l’élaboration du geste de l’écrit.
       Prises de notes impossibles ou inutilisables, copies illisibles, compensation de toutes
       sortes de manières, incapacité à tenir correctement un cahier de texte : consignes non
      écrites, dates de rendu des devoirs non indiquées, mélange des jours etc.….
       La difficulté à écrire s’accentue avec le rythme qui devient au fur et à mesure de la


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    scolarité de plus en plus rapide. Ainsi pour essayer d’écrire vite notre enfant s’était
    inventé une sorte de sténo personnelle en supprimant des lettres, une sur trois, cela
    était non seulement peu efficace mais a rajouté des aberrations orthographiques à
    celles déjà présentes.

-   La gestion impossible des classeurs ne tenant pas qu’au fait de leur taille, de leur
    nombre. Tout est source de confusion : les feuilles s’arrachant, les intercalaires non
    exploités ( trier est difficile pour le jeune dyspraxique), le collage des photocopiés, le
    recopiage des cours à l’ordinateur. Même se pincer durement et régulièrement les doigts
    dans les anneaux ( le geste n’est pas toujours synchronisé avec l’intention !!!) rend le
    classeur ingérable.

-   Le mélange des principes méthodologiques : ce qui est demandé comme attitude en
    histoire : par exemple se documenter et mémoriser les mots clés n’est pas forcément
    identique en anglais avec des exercices à trous, à caractères répétitifs où l’enfant ne
    comprend pas ce qu’il faut faire.

-   De la difficulté à comprendre, à retenir des informations dans le bruit et l’agitation de la
    classe : lors de travail par groupe de 4 à 6 élèves retournant les tables, la manipulation
    et l’installation suffit à déconnecter l’attention du travail.

-   De l’exigence de cohérence « morale », exemple : signer le règlement intérieur avec
    comme règles légitimes la courtoisie et le respect entre élèves et professeurs laissait très
    perplexe notre jeune collégien quand des attitudes émotionnelles d’adultes :
    énervement, hostilité et même harcèlement allaient en opposition avec les exigences de
    correction . Idem quand des élèves se comportant mal et reconnus comme des fauteurs
    de troubles étaient excusés car « bons élèves » C’était plus que pour d’autres enfants,
    très déstructurant et perturbant et désorganisait aussi le bon déroulement de la scolarité.

Mais aussi

-   De la particularité de la construction du « langage intérieur » donnant l’impression de
    ce que je nomme « pensée qui s’effiloche et mémoire mitée » : des idées du coq à l’âne
    et des impropriétés, des mélanges un peu étranges de connaissances pourtant par
    ailleurs acquises, des ruptures d’argumentation etc.….

-   Utilisation de la mémoire comme outil de référence car écrivant difficilement le jeune
    retient tout par « souvenir du cours » donc aspect très fallacieux et peu fiable car
    mémoire engorgée. Relier les informations aux livres de cours.

-    engendre aussi des déconvenues car les cours des enseignants ne suivent pas toujours
    ceux des ouvrages scolaires et lors des contrôles attendent les mots clés important issus
    de leur cours.

-   Et surtout, ce qui spontanément commence à être associé à la dyspraxie quand on la
    signale : la difficulté à se concentrer. En effet, de manière extrêmement schématique
    on peut caractériser la dyspraxie comme l’impossibilité d’entreprendre deux gestes,
    deux actions, ou plusieurs en même temps : qu’il s’agisse de tracer un trait et tenir le
    double décimètre ou d’écouter en même temps et suivre les déplacements d’autres
    élèves dans la classe, ou de prendre des notes et regarder en même temps les


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      explications sur le tableau . On observera tous les efforts du jeune dyspraxique pour
      soutenir son attention au détriment du sens du cours. On comprendra son brio
      intellectuel à l’oral sans avoir à écrire sa démonstration donc à gérer les gestes
      multiples et sophistiqués que suppose « l’acte scriptural ».
      Mais on entendra aussi cette difficulté à se concentrer comme une résultante de ce qui
      pourrait se visualiser comme « fonctionner en circuit ouvert ». L’information bien
      qu’arrivant n’est pas forcément traitée, analysée. Qu’il s’agisse d’informations d’ordre
      physique tel que demeurer devant le robinet ouvert les mains offertes devant l’eau,
      incapable de poursuivre l’acte de se laver les mains, ceci pour les plus jeunes
      notamment. Mais aussi dans cette perspective d’actes inachevés, inaboutis on peut de
      même lors de l’organisation d’une idée, de son début d’argumentation voir le jeune
      dyspraxique perdre totalement le fil de son discours. Notre enfant résume cette fuite
      qui désorganise tout plan et organisation intellectuelle à l’image d’un bouquet de ballon
      de baudruche que l’on tient fermement serré. En prendre un, c’est non seulement
      risquer de le faire s’envoler mais si on le garde avec son fil, risquer de voir s’envoler
      tous les autres.

A ces constantes matérielles ou intellectuelles, nous parents avons du mettre un protocole de
surveillance et d’entraînement ou de compensation :

  -   Sur le plan matériel : vérification et nettoyage du cartable ( tous les jours puis toutes les
      semaines), renouvellement permanent et prévu du petit matériel : compas, règles ( les
      deux premières années presque tous les mois) et rappel discret mais présent à
      l’adolescence.

  -   Sur le plan des documents de cours : systématiquement reprendre par ordinateur les
      cours ; ce qui n’est pas évident quand il en manque la moitié, faire le lien avec le cours
      en classe et le cours dans le livre : ce qui n’est pas toujours possible .

  -   En répétant pour les intégrer les règles de chargement du cartable : repérer avec une
      mémoire gestuelle, ce qui est très difficile pour un dyspraxique : à ta main gauche dans
      pochette devant tu as la trousse etc. . Utiliser des astuces de couleurs : couvrir le livre et
      le cahier de la même couleur matière par matière et garder ces codes toute la scolarité
      collège voire lycée.

  -   En refusant les classeurs, quitte à déranger l’ordre établi, en privilégiant des petits
      cahiers, collant sur double page les grandes photocopies. (plus facile à manipuler et
      moins de problème d’espace).

  -   En vérifiant la circulation d’imprimés administratifs comme : la quittance de la cantine
      ( toujours perdue ou oubliée), les formulaires d’inscriptions, les fiches navettes, les
      dossiers d’inscription aux examens etc.…

  -   En contrôlant discrètement à chaque arrivée dans la voiture la présence du manteau, du
      cartable et du sac de sport ( ceci très longtemps jusqu’à ce que l’adolescent fasse cette
      vérification lui-même en réflexe ).

  -   En ayant répété la montée des escaliers à la maison pour ne plus vaciller avec le barda
      sur le dos, être sensible lors de la croissance à ce changement du centre de gravité.



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  -    Dans les jeunes classes du collège : une classe fixe avec un casier, avec en double les
      livres serait un soulagement surtout pour les collégiens de 6éme, pliant sous le poids du
      cartable et se déplaçant selon les besoins d’étage en étage par exemple salle de
      physique, de musique, lieu de sport, avec « le cartable-boulet ».

  -    En bref incarner matériellement les supports pédagogiques, cerner le déroulement
      temporel de la journée et de la semaine, faire un planning de travail, développer une
      meilleure appropriation de l’espace dans l’établissement ; bien repérer le chemin
      cantine, salle de permanence, infirmerie, CDI ceci pour le tout premier mois.

  -   Quand il y a obligation de se déplacer : penser à donner un temps plus important
      pour se rendre sur le lieu. Profitable aussi pour tous, cela crée de l’énervement de
      déambuler ainsi à la va- vite. Etre magnanime quand il y a retard, au lieu de compliquer
      encore : ainsi être en retard conduit à aller chercher un billet d’excuse et risquer de
      perdre l’accès au cours. L’enfant dyspraxique est très scrupuleux des règlements et
      panique quand il est en faute ou incapable d’être à l’heure .

  -   En ayant au collège, une matière détachée au CNED : le français, matière fondamentale
      ou sans concentration il n’y avait aucun résultat. Ce cours fait à la maison utilisant non
      seulement l’ordinateur mais l’oral.

  -   Demander et obtenir la liste des téléphones des camarades de classe (quand malade
      ou en rendez-vous médicaux ou rééducation il est indispensable d’avoir les cours au
      moment de la semaine où ils ont été fait), pour organiser les photocopies de leurs prises
      de notes. Utile pour lutter contre cette désorganisation mais aussi on le verra plus loin
      pour favoriser les contacts relationnels.

  -   Quelques enseignants d’eux-mêmes ont procuré les polycopiés de leur cours avant ou
      après ce dernier, permettant une réelle attention et concentration en cours ( ainsi en
      physique en terminale S).

  -   Et bien sûr beaucoup d’autres attitudes permettant d’intégrer les particularités qui
      désorganisent le travail scolaire comme rangement ritualisé du bureau et étagères. Cela
      semble ordinaire car beaucoup de jeunes et de parents rencontrent cette désorganisation,
      ici c’est à une échelle supérieure. Montres perdues ou volées, calculatrice idem, bonnet
      et manteau, livres le sont dans une proportion importante et régulière. A titre de
      représentation : en terminale bien que sachant la disposition particulière à la non-
      organisation, confiant à ce que nous croyions acquis comme protocole d’archivage des
      cours, de manière fortuite ( ménage de la chambre avec accord du jeune) en soulevant
      la masse d’un énorme classeur, j’ai eu un étrange pincement au cœur devant la masse
      en vrac des cours, non triés, non recopiés, pris tels quels du cartable au rayon stockage.
      Réponse de l’intéressé « de toute manière je n’arrive même pas à me relire, je gratte du
      cours pour ne pas avoir de remarques ni des profs ni des copains. » Ni insolence ni
      dépit juste un constat.

 Il y a double culture pour le dyspraxique : ce qu’il est censé faire comme les autres en
l’occurrence copier du cours et l’usage qu’il peut en faire et d’autre part son approche
intellectuelle basée sur une mémoire inouïe mais malgré tout chancelante. Il doit s’adapter à la
manière d’être en cours en études, mais jamais véritablement on s’adapte à sa manière à lui
d’apprendre, de retenir et de redistribuer ses acquis.


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Cette désorganisation finit par trouver des solutions qui améliorent un peu l’aspect matériel
des choses mais pour la partie plus spécifique « intellectuelle » de la vie scolaire il y a encore
à penser.

  -   Prise de conscience par l’élève, les parents et bien entendu les enseignants, de la
      nécessité d’oraliser : apprendre à haute voix les cours et avec support gestuel marcher,
      se balancer etc. , et de subvocaliser pour l’élève en prenant des notes : donc ne pas être
      ou hostile ou septique si l’élève chuchote légèrement ou écrit en mimant les mots. Ainsi
      de l’utilisation dominante du cerveau droit en fonctionnement analogie, impulsion,
      intuition, émotion donnant une pensée « qui s’effiloche »( pense du coq à l’âne, une
      mémoire mitée : « je sais mais je ne trouve plus où c’est ») il faut fonctionner avec le
      cerveau gauche analytique. On retrouvera au sein des travaux d’éminents chercheurs en
      pédagogie cognitive, le rôle et la mise en fonction du faisceau arqué favorisant la
      communication cerveau droit/cerveau gauche.

  -   La nécessité vitale pour arriver à construire une pensée cohérente et une mémoire
      solide d’expliquer avec minutie et ensuite analyser. (à l’ancienne manière et non sous
      forme formatée de questionnaires. )

  -   Non utilisation de documents en colonnes, d’exercices à trous car l’élève
      dyspraxique se perd dans les processus de rendu de connaissance sous cette forme. Il est
      efficace quand il explique ce qu’il a assimilé et organisé selon un plan personnel et non
      standard.

  -   Des textes sans excitations couleurs bigarrées, vives, sans composition en colonnes ,
      avec de rajouts partout. Il semble qu’on retrouve actuellement des ouvrages plus clairs,
      plus simples.

  -   Des photocopiés de qualité , lisibles et propres ( ce n’est pas toujours le cas). Bref tout
      ce qui évite confusion, amalgame, avec trop de stimuli. On peut aussi imaginer des
      blancs permettant des rajouts de notes de l’élève , bref tout un support pédagogique à
      expérimenter.

  -   Des textes composés sans se perdre dans l’espace de la feuille . Exemple : des
      documents de géographie avec texte sur des feuilles recto-verso qui ne sont pas
      évidentes à manipuler, avec aussi des compositions éclatées, dispachées etc.

  -   L’utilisation de l’ordinateur serait la solution à l’écriture illisible, à la prise de notes,
      à l’organisation ensuite du travail à la maison. Ceci sous condition de subvocaliser afin
      de ne pas rester en fonctionnement cerveau droit au risque de fragilité psychique,
      ( observation de certains médecins scolaires).

  -    Dictaphone et « transcripteur » de l’oral dans l’ordinateur via un programme
      spécifique seraient des outils utiles.

  -   Savoir donner les consignes une par une, attendre que l’élève absorbe et comprenne
      la première avant de donner la seconde. Par écrit les dissocier en plusieurs phrases. Ceci
      surtout pour les plus jeunes.



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-   Laisser le temps de répondre en cours. Souvent le jeune dyspraxique sait, mais le
    temps qu’il recentre ses idées, fabrique dans sa tête la phrase, d’autres donnent la
    réponse. Donc quand il est interrogé, ni impatience et moqueries tolérées. Il n’est pas
    rare qu’il prenne un mot pour un autre avec le stress.

-   Pour garder les idées et leur développement mettre très vite les mots clés et se
    connecter à des pans entiers de « case-mémoire » . Travailler avec des plans types, avec
    des listes de connaissances afin d’éviter la fuite de toute connaissance vague ou mal
    intégrée. Pour exemple en Histoire : réciter tous les gouvernements entre 1870 et notre
    époque : nommer les numérotations des républiques et quand interviennent les
    gouvernements comme Etat Français ou gouvernement provisoire, les mémoriser
    fermement dans le déroulé comptable, sinon en condition d’examen, le stress fait perdre
    le fil des connaissances et tout se mélange, conduisant à écrire de vraies inepties.
    Prendre conscience des amalgames induits dans l’urgence à ne pas perdre les idées.
    Exemple pour agrémenter travail histoire au lieu d’écrire Sartre auteur des Mouches,
    puis Vercors celui du Silence de la Mer, on peut lire Sartre auteur de Vercors. De la
    même manière il y a aura confusion de sens entre les mots, impropriétés baroques
    donnant l’impression d’une pensée non seulement confuse mais proche de la stupidité.
    Pour les langues étrangères on verra aussi en situation de stress des confusions entre
    vocabulaire anglais et allemand, en mathématiques des lapsus d’écriture de signes etc.
    On pourrait comparer cette spécificité à ce que certains d’entre nous ont pu vivre quand
    ils ont expérimenté en ayant beaucoup travaillé le fameux « trou », où dans une spirale
    angoissante ils savaient où se situaient les connaissances, même de manière visuelle
    ( en haut page de gauche première partie) et n’avaient que ce blanc, ce vide à proposer.
    Le jeune dyspraxique vit l’embouteillage, la mauvaise circulation de son savoir quand il
    est obligé d’écrire vite, sans subvocaliser, et quand l’enjeu émotionnel est éprouvant.

-   Les cours particuliers, non seulement grèvent le budget mais génèrent d’autres
    complexités. Ils ne sont pas toujours en phase avec le cours et une sorte de tabou fait
    qu’on ne signale pas à l’enseignant « officiel » cette démarche.

-    Une solution de tutorat faisant office de liaison pédagogique, avec un personnel
    formé, serait plus adaptée et plus démocratique. Quand un parent, un proche peut
    apporter cette aide pédagogique ou logistique tant mieux, mais une personne formée et
    référente serait bien utile au sein de l’établissement. On parle de nouveau métier
    comme celui d’assistant pédagogique. Cela va au-delà de ce qu’il est convenu
    d’appeler l’AVS , qui gère l’aspect matériel, quelquefois logistique devenant secrétaire.
    Ce métier entre le « réadaptateur » et « le traducteur pédagogique » serait en quelque
    sorte l’ergothérapeute de l’enseignement. Le témoignage et l’expérience de parents
    ayant fait office de soutien pourraient être utiles à l’élaboration concrète de cette
    activité en collaboration avec le corps professoral, administratif et de santé. Il
    permettrait au principe d’équité de devenir un outil pédagogique et éducatif. Organiser
    en permanence, réguler les désordres « scolaires », aménager souvent dans l’urgence
    des solutions faute d’avoir pu anticiper les difficultés, se former dans des matières si
    différentes et si vastes, découvrir des approches cognitives adaptées, finissent par faire
    du parent un super spécialiste de l’éducation. Certains de part leur propre parcours y
    sont plus à l’aise, plus aptes que d’autres mais tous y sont confrontés comme une
    nécessité vitale. Sans cette implication, la réussite scolaire du jeune dyspraxique est
    quasiment impossible aux vues de l’exigence de qualité et de quantité demandées.



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   Passer un examen est un challenge terrible qui lui demande non seulement les
  connaissances, les savoir-faire mais aussi les savoir-retrouver et les « savoir-ne-pas
  perdre ». Un principe d’équité demande une amélioration des modalités d’examens
  pour ces élève studieux, curieux et cultivés.

  -   Redonner le fil directeur si à l’oral il perd le cours de son développement, ceci est très
      préjudiciable lors d’oral d’examen . Pour les oraux de français du bac, c’est notre jeune
      qui a donné les clés de son handicap à l’examinateur, en lui signalant que quelquefois il
      était arrêté non par ignorance ou confusion mais par une perte momentanée de sa
      pensée. Dans ce cas-là l’identification du handicap a permis de relancer grâce au plan
      présenté, le travail.

  -   Palier une mémoire qui peut se dérober. Pour les mêmes raisons en situation
      d’examen, il y a une grande fragilité du dyspraxique qui bien que connaissant la
      formule mathématique, ou le vocabulaire, la grammaire de la langue étrangère, les
      données historiques ou autres, les citations philosophiques etc.… n’arrive plus à
      trouver la réponse. Avoir le soutien du dictionnaire, d’une banque de données serait à
      réfléchir. Dans le stress, la fatigue, ce que l’on pourrait visualiser comme un
      embouteillage des chemins vers les lieux de stockage d’informations, donne la fausse
      impression d’ignorance. C’est très douloureux pour le jeune qui sait qu’il sait .


Quand il y a maîtrise d’un savoir, d’un savoir-faire c’est absolument intégré et
utilisable. Il faut du temps, une infinie patience, du répétitif et surtout que cela prenne sens
de manière extrêmement globale. Si un élément du savoir manque ou ne semble servir à rien
ou se relier difficilement à ce qui est déjà acquis, il y a une « paralysie » intellectuelle.
Finalement très analytique et très analogique le jeune dyspraxie peut acquérir une maîtrise
intellectuelle profonde. Sans que cela soit une règle absolue, on sait le nombre impressionnant
de jeunes dit précoces atteints de cette spécificité. Leur QI est souvent élevé, et on pose même
la question concernant l’apparente faiblesse intellectuelle de certains à savoir si cela ne
correspondrait pas à une « intelligence en friche » du fait de la non-utilisation de leur
spécificité cognitive.
Dans des domaines qui ne sont pas pour eux évidents, quand le support de l’intégration
sensorielle est utilisée pour apprendre,
 la capacité non seulement de comprendre mais d’utiliser les connaissances est étonnante .
Ainsi si la maîtrise de l’espace semble difficile à apprendre selon les normes cognitives
scolaires : géométrie, géographie, dans la vie ordinaire je n’ai jamais vu le sens intuitif de
l’espace faire défaut à notre enfant : repérage et emmagasinage d’un lieu sont parfait, pas
d’erreur d’orientation, pas confusion d’un fait dans son contexte géographique, navigateur sur
la mer émérite non seulement en utilisant les outils de navigation mais aussi un sens
particulier de la nature : vent, impression visuelle, odorat etc..
 L’utilisation des autres sens comme support cognitif est indispensable. Dans l’âge tendre du
primaire, c’est ce qui a permis les apprentissages fondamentaux : associer tous les sens pour
ainsi faire pénétrer l’acquis intellectuel : apprendre en marchant, en tournant ses leçons et en
chantant, en sentant physiquement les mots. Les mots devant absolument s’incarner pour être
retenus. Pas d’écriture avec nuances : adjectifs et adverbes, phrases complexes, figures de
styles, etc. sans ce protocole charnel de la langue. Curieusement le langage mathématique et
celui de la physique lui a été possible car enraciné dans des jeux d’enfant avec des
manipulations très sensorielles : apprendre à compter avec des « playmobils » en inventant de
jolies histoires, entendre les phénomènes physiques à travers le ressenti du corps et ensuite


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verbaliser, « mentaliser » conceptualiser. Une enfance au sein de la nature, auprès d’une
fratrie suffisamment nombreuse pour être tonique et stimulante, des rencontres culturelles
variées ont bien entendu favorisé cet éveil sensoriel et intellectuel. C’était une nécessité
impérieuse que nous avons mis en œuvre avec autant de délicatesse que possible afin de ne
pas transformer la vie de notre enfant en une perpétuelle séance de rééducation mais en
objectif éducatif. Nous avons été porté par sa soif d’apprendre, sa curiosité naturelle, sa bonté
et sa simplicité envers les autres, sa capacité à s’émerveiller. Le partage de l’univers plein
d’imagination de cet enfant en le guidant vers le concret et le réel, en l’aidant à incarner ses
rêves avec humour, a été et reste un régal.
     Leur rapport au temps les conduit à être non seulement des narrateurs remarquables,
alliant l’originalité de leur imaginaire à un goût prononcé des images et d’une approche
sensitive du récit. Ce sont des décrypteurs plein de finesse des textes et des codes. Ils sont en
général très investis dans le domaine de l’histoire aimant relier le déroulement des faits
historiques à celui des mouvements philosophiques, économiques et artistiques de la période
étudiée. Ils savent aussi manier les concepts les plus subtils de la morale voire de la théologie
et sont passionnés par tout ce qui suppose non seulement une éthique mais une déontologie.
Les rouages de la société les passionnent y compris ceux de la justice. Les domaines
scientifiques s’ils ont été approché de la manière cognitive qui leur est spécifique les
enthousiasment : astronomie, biologie, médecine.
 Si leur compétence écrite les prive en l’état du passage des examens avec brio dans ces
domaines si variés, c’est tout à fait dommage que notre société se prive de leur puissante
honnêteté.

  Notre mode de vérification et de notation des connaissances est tout a fait pénalisant
  pour le dyspraxique.


  Il suffit d’imaginer cette agitation permanente, cet affolement, ces dijonctages à ne pas
  suivre, à être perdu, à être maladroit, à tout mélanger pour ressentir la perte de confiance,
  de recentrage qui privent l’élève d’une partie de ses facultés avec tous ces parasitages
  permanents

C’est bien plus d’un allégement, d’un confort qu’il convient de comprendre mais d’une
adaptation à mobiliser le sens de l’ordre qui est le sien qui suppose du temps, de la
régularité, presque de la ritualisation, ( au collège suis-je en semaine A ou B c’est déjà
l’enfer !!!) La dyspraxie est en quelque sorte la maladie du lien.

Cela suppose une maturité de l’enseignant, qui n’a pas forcément de rapport avec l’âge mais
plus avec une personnalité bien structurée sans raideur, inventive et curieuse, bienveillante,
patiente et véritablement impliquée. Les jeunes dyspraxiques étant hyper sensibles à
l’incohérence des adultes, à l’hypocrisie, même cachée sous une fausse courtoisie ou attention
c’est en fait une pédagogie d’écoute, de respect, d’observation, de compétence et de curiosité
qui les aide . La question qui devrait être celle de tout bon pédagogue est « Mais comment
fonctionne donc ce gamin ? De quelle manière vais-je faire entrer la connaissance , le savoir-
faire et comment établir la capacité de l’élève à l’exprimer que ce soit par écrit ou par oral ? »

Former les adultes à la dyspraxie éviterait les jugements simplistes voire réducteurs de
négligence, de maladresse, d’étourderie, de paresse, d’originalité, et quelquefois même de
provocation. Ainsi on n’entendrait plus ou ne lirait plus : manque de rigueur, travail bâclé et
sale, organisation défaillante et négligence, de méthode non maîtrisée, d’investissement


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insuffisant. Tout qui peut apparaître comme vrai mais qui sont les manifestations de la
spécificité physique et psychique de l’élève dyspraxique à laquelle on peut apporter une très
grande amélioration en utilisant avec bon sens tout ce qui rassure, régule, précise le travail
scolaire. Il ne s’agit pas non plus de faire de comportements de cette nature un principe de
réversibilité, de manière simpliste : tout maladroit n’est pas dyspraxique et toute paresse
n’induit pas forcément cette pathologie.
 On note la dualité du corps enseignant désireux d’avancer vers des solutions « modernes » et
en même temps très suspicieux qu’il s’agisse d’outils matériels comme l’ordinateur ou
d’autres aménagements. Sans avoir l’audace de penser que : l’adage « apprendre dans la
douleur » serait de mise ou de l’obligation d’un « dressage intellectuel » ou d’une « initiation
par l’effort » soient des axes inébranlables de l’éducation scolaire, on peut cependant s’ouvrir
à la réflexion. Que dire d’apprendre surtout avec douleur, effort et formatage pour un enfant ?
Que dire de l’aisance, de la facilité, du plaisir, de la douceur du savoir ? Pour les parents il ne
s’agit pas d’une demande de mignardise, de dilettantisme, beaucoup s’interrogent sur leur
propre exigence à tant demander à leur enfant. Mais tous sont devant l’évidence de la
demande personnelle d’avancer en études émanant de ces jeunes intelligents et décidés. On
nous a dit que les examens ne pourraient être à la carte pour nos jeunes, qu’il s’agit d’un
principe institutionnel quasi inaliénable. Ils ne demandent pas de privilèges mais de l’équité.
A l’identique du permis de conduire qui adapte l’outil de circulation à la spécificité
handicapante il devrait être possible d’établir des protocoles d’examen et de scolarité qui
autorisent la circulation dans le monde socioculturel de ces personnes.

La possibilité du tiers-temps n’est pas évidente à mettre en place quotidiennement. Dans
notre société la vitesse et la rapidité sont très présentes, or en cours, lors du contrôle continu
pour le jeune dyspraxique cette exigence devient ingérable. Il est d’autant plus lent qu’il est
bousculé et précipité. Sa pensée peut même être très vive, fulgurante c’est la mise en œuvre
qui est ralentie. Rarement, il peut avoir un temps de travail allégé : quelques enseignants de
leur propre chef proposent moins d’exercices. S’il peut avoir plus de temps lors des examens
pour rédiger, se relire du fait du phénomène de sa fatigabilité c’est une aide à double
tranchant. Il sort vidé de ces épreuves si longues où il a peine le temps de se reprendre pour
recommencer à composer. C’est une grande inquiétude pour lui : « vais-je tenir ? » et il peut
se sentir coupable et dérouté face à cette aide qu’il n’arrive pas à utiliser pleinement. Il est à
noter la bienveillance des services cantine qui lui préparent un panier- repas pour au moins
avoir le temps de manger. Dans un climat serein, il n’est pas toujours dans ce cercle infernal
où il se décourage et échoue, ces petites attentions lui redonnent foi en ses « possibles ».

 Pour une meilleure organisation du temps scolaire, de la « manière » scolaire on devrait sans
que cela soit trop préjudiciable supprimer, alléger les matières « boulet » technologie avec
manipulation, dessin ou musique et activité sportive en l’état actuel. On peut envisager une
demande d’un exposé culturel dans ces domaines afin de préserver l’égalité entre les élèves.
On peut aussi proposer sans arriver à un enseignement à la carte un peu de souplesse : ainsi si
l’apprentissage d’une langue s’avère impossible ( ce que l’on sait généralement en cours
d’année ) avoir la possibilité de changer de langue ou de permuter par exemple avec de
l’informatique.

  L’expérience du TPE Travail Personnel Encadré au lycée est tout à fait intéressant
  comme mode d’examen. Les protocoles de mise en œuvre de la documentation, de
  l’élaboration du support au choix du mémoire , cd rom, DVD , livret, etc.…, les modalités
  de notation : livre de bord, fiche de synthèse, mémoire, et soutenance sont vraiment très
  adaptées. Pour notre enfant cela lui a permis d’être rigoureux, de cibler ses objectifs,


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  d’apprendre à expliquer oralement son travail ( y compris en travaillant sur la position de
  son corps en répétant en situation) . Il a pris un réel plaisir à élaborer un projet où toutes ses
  chances d’être capable étaient favorisées. Qu’il s’agisse d’un travail en équipe a été certes
  compliqué mais pas plus que pour d’autres. Un travail de cette nature et en individuel serait
  tout à fait indiqué pour un jeune dyspraxique. Il peut travailler à son rythme. Il ne se sent
  pas en porte-à-faux quand il trouve des aides humaines pour combler ses ignorances
  puisque cela fait partie du protocole, il peut ouvrir largement sa documentation . Le TPE
  fonctionne en englobant sur deux années : deux projets, trois matières par exemple pour les
  scientifiques mathématiques, physique et biologie. Cela les rend en phase avec les études
  supérieures à venir et surtout le monde du travail où toutes les compétences sont reliées.

Utiliser leur prodigieuse capacité à se cultiver, à s’informer, à réfléchir dans des domaines
les plus divers : histoire, géographie, ethnologie, paléontologie, anthropologie, technologie,
astronomie, biologie, littérature, philosophie, langues, etc. Non seulement autodidactes mais
souvent aussi érudits, ils sont créatifs et novateurs.
Il faut compter avec leur talent à cultiver leur imaginaire qui est puissant. Le monde du
théâtre, des animations, des jeux de rôle leur permet de mettre en scène leur originalité.
Ce sont aussi des êtres de la parole et dans les ateliers de plaidoirie, les débats
philosophiques ils sont épanouis et très stimulants pour les autres.
Ils sont animés d’un extraordinaire don d’empathie et épris de justice mais ce ne sont pas
des personnes violentes ou vindicatives et ils sont des médiateurs efficaces
On trouvera en eux d’autres dispositions spécifiques et utiles à la société.

Cette non-organisation qui infiltre tous les domaines de la vie scolaire peut être comprise et
jugulée. Désordre dysorthographique par exemple : A quoi bon noter ce type de travail
l’humiliation et le découragement sont au bout. Dans le primaire on voit l’émergence de
nouvelles dispositions de contrôle comme redistribution des mots difficiles sous forme de
liste, hors contexte « linéaire » du texte dicté à haute voix. Mais d’autres solutions de
vérification des acquis restent envisageables dans ce domaine très sensible. Les rééducations
de l’orthographe deviennent de plus en plus complexes, ainsi les orthophonistes se forment à
la dynamique très efficace de la neuropsychologie et on peut aussi envisager que les
enseignants du français suivent une formation de ce type. Pour un enfant dyspraxique une
orthographe réflexe « code de la route » ça ne marche pas. Même des règles apparemment
simples comme la notion de singulier et de pluriel sont très alambiquées dans son esprit.
Exemple la populations car dans sa tête population est un groupe de personnes donc
nombreuses et la foule avancent idem. Une reconnaissance de leur singularisme permet de
rééduquer efficacement leur défaillance.
 Le dyspraxique est extrêmement fin et subtil avec des nuances, certains diront
« d’ergoteur compliqué » . C’est ce qui a permis à notre fils de réussir en mathématiques
parce que c’est un code, un langage et qu’il l’a appris avec son père et ses sœurs plus âgées
tous scientifiques (mathématiques, physique, biologie, informatique, robotique) autrement
qu’à l’école.

Ce ne sont que des pistes à comprendre à rendre opérationnelles. Bien entendu j’ai
volontairement omis beaucoup de faits, d’anecdotes car il s’agit d’un état permanent et on
finit par fonctionner essentiellement comme « assistant pédagogique ». Tout l’art étant de
rendre responsable le jeune, autonome avec ce qui lui est propre et de comprendre ses
difficultés et d’y faire face avec des solutions adaptées.




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Compenser est hélas souvent impossible voire insurmontable avec la rigidité de notre
système scolaire. Les bonnes volontés, les idées pour résoudre telle ou telle difficulté sont
réelles mais il y a tant à faire.


 Des troubles physiques très divers leur compliquent le temps scolaire comme dans la vie
« ordinaire ». Autant que la problématique de la désorganisation chronique

                La fatigabilité du jeune est impressionnante. Il semble quelquefois se
débrancher littéralement.

On peut s’en rendre compte en observant sa posture « semi-avachie ». Les psychomotriciens,
les ergothérapeutes ont des réponses très techniques ainsi que les ostéopathes et autres
approches neurologiques. Cette posture créant bien des malentendus avec l’enseignant qui y
voie un manque de respect et de motivation.
En classe, en milieu scolaire, cela se traduit aussi par des absences ( regard dans le vague ),
semi- engourdissement et même quelquefois petit somme .
Pour ne pas basculer dans cette torpeur mon garçon avait trouvé le truc de tripoter un bout de
crayon créant de manière artificielle un tic. Certains donc tripotent, titouillent, bidouillent,
mâchouillent bref irritent leur entourage.
La fragilité conduit à moins résister aux diverses petites épidémies liées à la vie en
collectivité. La moindre grippe peut faire perdre pied car manquer les cours accentue les
difficultés à être dans le rythme.
Mais d’autres troubles moins évidents comme des nausées, des vertiges, des tremblements,
des crampes, des courbatures, des points soudainement aigus de douleur, accompagnent la
croissance. Quelques petits tracas pour certains comme ne pas réguler correctement au froid
mais surtout au chaud les mettent dans des situations parfois baroques : claquer des dents et
ne pas se rendre compte qu’il est urgent de se couvrir et idem être blême de chaleur sans boire
ou se découvrir : insolation et coup de chaleur sont fréquents.

La fatigabilité s’accompagne aussi d’une mauvaise gestion des signaux de la douleur.
Ainsi les abcès dentaires ne sont découverts qu’après des complications. Nous avons eu aussi
une frayeur lors d’une crise d’appendicite très forte où il a juste demandé après deux jours :
« est-ce que c’est normal d’avoir bien mal au ventre comme ça ? » , il a frisé la péritonite. De
la même manière : entorse du genou négligée durant deux jours parce qu’il nous a expliqué
« j’ai si souvent mal de partout que j’ai pris l’habitude d’attendre que cela passe » .

Pour les adultes qui les suivent en milieu scolaire il faut savoir qu’un teint vert, des dents bien
serrées racontent plus que des larmes ou des cris. Si d’ailleurs il y a larmes ou cris il faut
s’inquiéter car ce ne sont pas des enfants douillets. Ils sont reconnus comme aimables,
courageux ( ceci étant vérifié par de nombreux parents).

Ces enfants sont si souvent voire constamment tombés, choqués, pincés, égratignés, tuméfiés
dans toutes sortes de circonstances ( nous avons connu le passage à travers la porte en verre,
les chutes en tout lieu : au cinéma, sur la digue, dans la rue…) , de toute nature : blessures
étranges ( paille dans l’œil, épine aussi, coupure sévère avec couteau suisse en épluchant une
pomme etc.) qu’ils ne se rendent pas non plus compte de la gravité de ce qui leur arrive. Ce
qui est spécifique c’est la fréquence de ces avatars.
 Mais le corps traduit dans des actes simples ses maladresses : manger de manière totalement
élégante n’arrive qu’avec les années, au collège le temps cantine ne met pas en valeur cette


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disposition. Souvent passant un temps plus important à contrôler leurs gestes ils ne mangent
pas suffisamment, certaines textures surtout chez les plus jeunes leur posent problème et là
encore ne favorisent pas une bonne alimentation générant une fatigue évidente.
Les activités supposant déshabillage posent aussi problème, longtemps les jambes s’emmêlent
dans les pattes des pantalons, les manches ne passent pas etc.


Les sorties extra-scolaires avec les situations inattendues demandent doigté et vigilance
en ce qui concerne la surveillance : fatigué le jeune peut s’asseoir un instant et perdre le
groupe, déconcentré il peut traverser sans faire attention, trop stimulé il n’arrive plus à se
concentrer et le processus de la fatigue l’envahit.
D’autres bizarreries les habitent comme : balancement réguliers des jambes, crispation des
doigts, on peut aussi parler pour certains du bégaiement, de la difficulté d’élocution. Ceci
requiert sans cesse concentration sur le geste, la posture et s’avère dévoreur de leur énergie.
D’autres souffrent longtemps d’énurésie avec toutes les hontes et humiliations qu’endurent à
ce sujet certains avec selon le degré de brûlure de la peau une gène à la marche. Les troubles
de la vision augmentent aussi leur fatigabilité en plus des déboires que cela suscite. Des
difficultés sensorielles variées notamment en ce qui concerne le tactile leur causent bien des
avatars et doivent être repérées. Bref les troubles sont infinis et pernicieux générant cet état
chronique de fatigue et de vulnérabilité .

Le paradoxe et pas des moindres est leur courage et leur résistance à toutes ces misères
du corps, qui sont quelquefois fluctuantes donc encore plus déroutantes.

L’infirmière de l’établissement doit savoir comment poser les questions et ne pas risquer de
renvoyer un collégien estropié en cours devant son laconique « ça va aller ». Contrairement
aux apparences, ils ne sont pas surprotégés car bien souvent on ne mesure pas du tout les
tracas physiques qui sont les leurs car ils ne se plaignent quasiment jamais.
Pour exemple bien qu’en terminale, notre enfant a reçu le retour de la porte de couloir ( type
coupe feu), en plein front lui faisant une belle entaille et juste préoccupé d’être en cours à
l’heure car contrôle, il s’est contenté de presser la plaie et d’éviter de mettre du sang sur la
copie. Un peu étourdi mais sans se soucier du choc tellement habitué à ce type de rencontre
brutale !!!. Ce sont les camarades , de solides gaillards, qui se sont inquiétés !!!

 Ce fonctionnement corporel se traduit directement dans certaines matières :
 En sport les performances directement liées aux possibilités du jeune dyspraxique sont
aléatoires.
En effet, quand après des efforts répétitifs invraisemblables pour savoir nager ( au-delà de la
centaine d’heures de leçons particulières , faire du vélo ( largement plus tard que la moyenne
des enfants), courir sans trébucher (un enfant dyspraxique qui court ressemble assez à un
pantin désarticulé) il semble avoir acquis certains gestes ; tout peut être remis en question sans
véritable explication. Ce manque de fiabilité peut s’avérer dangereuse. Pour exemple, bien
que sachant tout à fait skier, avec un apprentissage besogneux ( genou abîmé, chutes
spectaculaires, bizarreries de toutes sortes rendant le moniteur très perplexe) en pleine
descente le jeune pris de crampes violentes a du se faire assister par les secouristes. D’autres
témoignages d’enfants nageant et devenant incapables tout à coup de continuer les gestes
attestent des précautions constantes à avoir.
Par contre quand finalement lorsque les acquis après maints avatars sont stables ils finissent
par le demeurer. C’est donc une appréciation à long terme qu’il faut établir et continuer à



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encourager toutes les découvertes sportives. Oraliser le geste leur permet de l’intégrer et de
le mémoriser.
On commence à mieux percevoir leur difficulté d’équilibre, sensation nauséeuse quand les
gestes sont saccadés, vertige en situation de relief ( escalade, poutre, ) impression du sol qui
se dérobe ou glisse sous les pieds.
Lors des jeux de balle ou de ballon, la difficulté à accorder l’appréhension du point d’impact
de l’objet et la non possibilité de l’attraper les caractérise. Notre enfant avait cette phrase « je
sais où le ballon va arriver mais mes jambes ne peuvent être là à ce moment. ». L’espace leur
pose problème et la vitesse d’exécution aussi . La voile ou l’équitation , même l’aviron, sont
souvent des pôles où ils expriment le plaisir physique de l’effort associé aux sensations
sensorielles, activités pratiquées au sein des loisirs plutôt qu’au collège ou au lycée.
Quand ils sont capables de pratiquer un sport, l’esprit compétitif n’est généralement pas le
leur. Dans les sports, ils sont peu populaires sur les aires de basket, de foot ou autre sport
collectif toutefois ce sont des arbitres excellents très à cheval sur les règles et l’esprit de
courtoisie ainsi que spectateurs avertis. Ces talents aussi participent à la vie du sport.

Il importe de savoir que le dyspraxique se fatigue vite et ne se concentre pas facilement
et que cela peut se traduire en difficulté de santé face aux rythmes et aux exigences
scolaires.

En tant que parents si nous avons veillé à tout ce qui était pratique comme vêtement, à réguler
leur rythme de vie, à surveiller le temps de repos et de sommeil, à bien entendu avoir des
bilans santé réguliers et une alimentation la plus saine possible, il ne nous appartient pas
d’alléger l’emploi du temps de matières, surtout au collège, qui sont de véritables poids morts
pour l’élève. Cités précédemment, cela peut au collège, être la technologie à cause des
manipulations, la musique, le dessin et toute activité axée sur la psychomotricité fine.
Pour certains on aura aussi de grandes difficultés du moins en l’état actuel des modes
d’apprentissage en langues étrangères, en mathématiques, géographie, physique.
Pour notre jeune cela a été le cas de l’allemand LVII sitôt que le rythme (dès le second
trimestre de 4ème) s’est accentué, la fatigue se superposant avec la spécificité cognitive les
cours se sont transformé en pensum y compris pour l’enseignant. Quand l’impossibilité à
suivre le cours se met en marche on voit apparaître ce phénomène de torpeur. C’est un
révélateur très utile qu’il ne faut pas prendre pour du laisser-aller mais une réalité
physiologique.
Lutter contre cet endormissement est pour l’élève extrêmement compliqué, il suffirait
quelquefois de sortir se rafraîchir pour se « rebrancher » au cours. On sait que les enfants
hypoglycémiques doivent impérativement manger noisettes ou fruits secs pour ne pas
développer de malaise, pour les enfants dyspraxiques c’est la même urgence.

« Comment avoir le goût de l’effort quand on est épuisé ? » m’a demandé un autre parent.
C’est la vraie question et il faudra bien y apporter des réponses pas forcément
médicamenteuses comme il est devenu presque de mode face à cet embarras. Comment les
sortir de leur apathie somnolente ? Que faire du zombie aimable , du rêveur sympathique, du
« fumeur de pétard » qui n’en n’est pas un ?
 On imagine bien que l’enseignant ne peut facilement gérer cette particularité, s’en souvenir et
y remédier lorsque les devoirs maisons ne sont plus rendus ( ceci surtout après des notes
catastrophiques ou au moment des révisions de contrôles ou d’examen) quand l’élève
décroche. Les familles découvrent bien souvent cette spirale du renoncement ou de la gestion
inappropriée des priorités quand le bulletin scolaire arrive. Il est trop tard ensuite pour
envisager ou une réduction des devoirs ou un délai supplémentaire. Dans les classes lycée,


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il est presque malsain d’avoir à s’immiscer dans les détails de cette nature et c’est finalement
une erreur. Le conseiller d’éducation pourrait faire la liaison discrète dans ce domaine mais ce
sont des personnes surchargées et du fait de la nature réservée de ces jeunes ils ne vont pas
demander de l’aide.
Anticiper a toujours été une des clés de ce chemin d’éducation mais il y a énormément à
envisager avec tellement de détails et d’imprévisible. Non seulement il faut anticiper mais ne
rien tenir comme acquis. Il faut toujours être sur ses gardes tout en manifestant une confiance
et un élan inconditionnel à ce jeune. Il suffit quelquefois par analogie de se poser la question :
s’il était asthmatique est-il en période d’insuffisance respiratoire, s’il était diabétique en
période de risque , s’il était dyspraxique…. Et bien il faut veiller à sa chute d’énergie.
 Ce qui complique encore l’observation c’est qu’il arrive que certains soient hyperactifs ou
considérés comme tels et ne semblent pas toujours épuisés. Pourtant en phase d’hyper
stimulation, ils commencent une action ou une découverte intellectuelle et changent
immédiatement d’activité. En circuit ouvert non seulement pour la main qui ne sait plus ce
qu’elle tient mais aussi dans une forme de papillonnage culturel. Cet inachèvement les fatigue
énormément. On peut aussi réfléchir par analogie : si c’était un dérèglement thyroïdien on
mettrait une limite à « trop de » : trop de désir de faire, d’être. On est encore à l’orée de bien
des découvertes neurologiques sur leur trouble et peu à peu les explications et les adaptations
deviendront de plus en plus cohérentes et efficaces. Sur le terrain du lieu scolaire il est évident
qu’il faut donner non seulement des clés aux enseignants mais la possibilité en toute légalité
d’aménager leur pédagogie.
A travers l’observation des symptômes du corps la dyspraxie devient plus crédible aux yeux
de l’entourage, bien que ces symptômes soient quelquefois entendus comme une « déviance
comportementale ». « Fatigué chronique » est un constat humoristique ou féroce selon le
niveau d’humanité du jugement qu’entend si fréquemment le jeune qu’il ne se vit pas toujours
lui-même comme courageux et entreprenant. Un suivi psychologique fait en connaissance
réelle de la dyspraxique peut être un soutien non seulement pour le jeune et sa famille mais
devrait aussi inclure l’équipe éducative qui perd quelquefois ses repères avec ce type d’élève.
Tout au long de leur prime jeunesse et souvent encore au collège et au lycée il a fallu
« reprogrammer » littéralement le fonctionnement corporel, inlassablement réactivant les
divers capteurs, neurotransmetteurs et autres circuits neurologiques. Sans rentrer dans cette
complexité de scientifique : visualiser pour les enseignants et les camarades cette altération de
l’intégration sensorielle, comprendre les disfonctionnements physiologiques serait donc très
utile. On pourrait dire que l’association de cette désorganisation chronique et de cette fatigue
crée une personnalité qui n’est pas de suite reconnue pour ce qu’elle est et nous conduit à
nous interroger sur :

ce qui ressemble à de « l’inhibition relationnelle ».

 Le regard des adultes perplexes parfois même irrités conduit aussi à fortifier le regard sans
tolérance des autres élèves à l’encontre du jeune dyspraxique si différent d’eux. Il semble
urgent de savoir expliquer aux camarades, aux enseignants et aux partenaires éducatifs la
spécificité dyspraxique. Quand l’information est donnée, souvent en raison de difficultés,
nous avons l’impression d’être suspects de vouloir dédouaner l’élève de ses travers scolaires.
Des remarques telles que : « Et alors il y a beaucoup d’autres élèves maladroits, distraits, on
n’en fait pas toute une affaire ! », « Ils peuvent quand même faire un effort non !!! », « Les
autres aussi doivent travailler durement », « la trop grande sollicitude est la porte ouverte à
toutes les compromissions. », « La dyspraxie est à la mode pour parler de la paresse »,
« Quand on veut on peut » et ainsi de suite.



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   Expliquer un mode de fonctionnement n’est pas excuser mais donner des outils de
pédagogie. Nous avons observé le même silence prudent avec d’autres jeunes ayant des
troubles handicapants. Quand le handicap est visible il y a sans doute moins de suspicion de
tricherie, d’abus. Les parents sont souvent vécus comme omniprésents, surprotecteurs alors
même qu’ils cherchent à établir une communication efficace, s’ils sont trop discrets il leur
sera reproché leur manque d’investissement et de confiance envers leur enfant. Le lycée où
notre jeune a suivi ses études envisage de réfléchir à comment annoncer en milieu scolaire le
handicap et comment permettre une meilleure relation entre tous les membres de la
communauté scolaire. Les bonnes volontés sont réelles, les compétences aussi il manque le
temps mais aussi un élan et une sensibilité à cette problématique de l’élève « hors-norme ».

Il semble en outre fréquent que la mauvaise appréciation des codes en ce qui concerne les
regards des autres créent des situations équivoques où non seulement le jeune se comporte en
décalage mais devient aux yeux des autres ridicule.
Ainsi se crée le cercle infernal de la discrimination et du rejet quant il ne s’agit pas de
celui du harcèlement.
C’est terrible pour ce type de jeunes qui sont pour la plupart extrêmement grégaires et ont le
goût de la communication. N’extériorisant que très peu leur peine face à leur solitude ils
semblent la rechercher ce qui n’est pas du tout le cas. Pudiques, timides, réservés, ils sont
dans l’attente des autres sans savoir toujours rentrer en contact avec eux.
Ils ne se dévoilent pas facilement ne révélant pas ce qu’il est convenu d’appeler le handicap
invisible, ne donnant pas non plus ni aux adultes, ni à leurs camarades les clés de leur attitude.
La fierté naturelle qui est la leur, fait qu’ils peuvent refuser les aménagements salutaires qui
leur sont autorisés comme le portable, car c’est révéler cette différence. Différence entendue
comme une vulnérabilité voire en schéma réducteur comme une forme de déficience
intellectuelle . Ils ont à prouver sans cesse leur capacité intellectuelle et leur honnêteté
scolaire quand ce qui est acquis ne l’est plus et cette suspicion les déroute.
Ils peuvent non seulement être perçus comme s’isolant mais comme étant narquois, certains
prenant leur réserve pour une forme ou d’insolence, de provocation ou d’évitement.
Evitement de leur part souvent en auto-préservation pour se protéger des humiliations des
vexations si souvent entendues, et du rejet des autres les prenant pour des nigauds. Evitement
qui se confond avec la prudence et la méfiance car tout ce qui est nouveau peut apporter son
lot de déconvenues et les conduit à être très pondérés et mesurés dans leurs gestes, leurs actes
et leurs paroles. Et pourtant au milieu de ces quiproquos relationnels je n’ai jamais entendu de
parole de médisance, de méchanceté ou de dénigrement de l’autre chez notre enfant, au
contraire une compréhension des faiblesses et des ignorances très matures pour son âge et
ceci très jeune.
« Se sentir sur un fil sans savoir où on va », crée une sorte de funambulisme relationnel,
oscillant sans cesse entre les émotions et les sentiments tels que la honte, la peine,
l’étonnement, la perplexité, l’attente, la gêne, etc.. le jeune semble anxieux alors qu’en fait il
ne sait pas bien se positionner aux autres, à lui-même. Cela est davantage de l’ordre d’une
inquiétude larvée, état peut-être lié à cette résilience qui les habite. Ils ont tellement tenu,
survécu aux avatars du quotidien dans une attitude de courage constant, sans pour autant par
humilité envers d’autres handicaps lourds ou des histoires de vie tragique, se sentir dans un
mécanisme héroïque . Notre enfant n’a pas manifesté de réelle dépression face à ces embarras
de vie, juste de l’impatience, de la tristesse désabusée quand les obstacles ne cessaient jamais.
Sa nature de marin a symbolisé cette aventure comme « vague après vague : tenir et
avancer ». Toute rencontre positive, tout événement agréable le rend heureux. Disposition de
caractère qui semble être celle de beaucoup de ces enfants. Gratitude naturelle en la vie ou
chemin intérieur se façonnant au fil des ans c’est là aussi la zone intime de chaque être.


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Le travail des adultes est énorme dans ce domaine de l’encouragement et de la reconnaissance
pour l’aider à se construire or la méconnaissances des nuances de la dyspraxie rend cette tâche
complexe. Si ces jeunes ne se plaignent jamais et ne vont jamais signaler ni les malaises, ni
les ennuis, ni les peines, à plus forte raison ils n’évoquent pas les maltraitances dont ils sont
souvent victimes. Au collège ils appartiennent facilement à l’espèce dite des boucs-
émissaires.
Sans véritables troubles du comportement puisqu’ils ne sont pas agressifs, ils donnent la
fausse impression de ne pas être blessés ou foudroyés par le rejet ou la méchanceté. Et
pourtant ils peuvent, sans raison apparente, juste parce qu’ils n’arrivent plus à exprimer leurs
sensations, leurs émotions ou leurs idées avoir une colère aussi brève que fulgurante, sans
objet, sans véritable interlocuteur, bouffarde décompressante. Cela ne fait qu’enferrer le jeune
dans les moqueries, les taquineries permanentes. Il est impératif que les enseignants mesurent
à quel point cette attitude peut devenir le mode de fonctionnement d’un groupe d’élèves et ce
pendant plusieurs années. Titiller le garçon gauche et sensible semble un plaisir sans fin pour
certains esprits caustiques : ainsi reprendre à l’infini un lapsus de mot particulièrement décalé,
insister sur les travers de la maladresse, rien de bien original ni de bien dramatique pensent
parfois les adultes prenant cela pour un jeu de taquinerie entre jeunes et ils n’en soupçonnent
pas toujours la charge d’énervement contenu .
L’élève un peu étrange, original, à la dégaine gauche n’est pas davantage populaire auprès des
familles qui ne voient en lui que ce que leurs enfants racontent. Il est celui qu’on oublie
d’inviter, qui maladroit a renversé un objet ou dit une phrase déconcertante. Il est celui qui
invite et attend longtemps des camarades qui ne viennent pas toujours.
Il passe tellement de temps à compenser pour effectuer son travail scolaire que c’est au
détriment des joies simples et normales de son âge. Quand les autres jouent, se distraient en
bande, lui est chez l’orthophoniste ou le psychomotricien ou recopie ses cours.

Seuls des élèves ouverts aux autres, avec une qualité de cœur et de courage savent
reconnaître leur intelligence, leur sens de la justice , leur humour et leur bonté.

Une anecdote mais il y en a tant !!! en 5ème époque des clans, bien que sentant que quelque
chose n’allait pas, devant son mutisme acceptant d’attendre qu’il se livre , nous avons été
alerté grâce à la liste des téléphones des camarades par des parents horrifiés des récits des
harcèlements subis par notre enfant. Des manipulateurs pervers de 12 ans ont réussi sous l’œil
d’une équipe pédagogique pourtant solide à faire du collège un enfer : insultes, gestes
déplacés, destruction d’objets personnels, mise à l’écart systématique, dénonciations abusives,
brutalités en tout genre, humiliations…La réaction vigoureuse parce que sans complaisance
de l’administration n’a pourtant pas empêché un professeur de dire à un de ces tyrans en herbe
qui venait de subir une bonne admonestation « Oui d’accord mais on sait que tu es un bon
élève et ta mère est une psychiatre excellente !!! , X . doit être capable de se défendre sans que
cela devienne toute une affaire ». On touche à un tabou celle de l’image du bon élève qui est
intouchable alors que l’élève maladroit, brouillon, réservé est forcément un cancre donc un
problème.

 Non ils ne savent pas se défendre. Beaucoup de témoignages racontent l’amalgame fait
quant à une soi-disant attitude agressive de leur part alors qu’ils sont souvent battus par les
autres ou dénoncés pour des faits non commis par eux. Bien connaître leur mode de
fonctionnement éviterait des erreurs de cet ordre. Maladresse ne veut pas dire agressivité.
  Le jeune dyspraxique habité par sa rigueur morale refuse : les compromissions, de se plier à
la loi du silence quand il voit la tricherie en cours, les trafics y compris de drogue au sein de
l’établissement, les comportements incorrects à l’encontre des filles, les atteintes raciales


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etc.. . mais il ne sait pas gérer ces éléments. Il est observateur de nature, il a une mémoire
étonnante et une sensibilité exacerbée et rien ne lui échappe. Sa nature franche le rend
incapable de se taire et de ne pas réagir à ce qui le choque. Il prend très à cœur les règlements
intérieurs, les contrats citoyen, sa propre éthique mais avec la même maladresse coutumière
qui le caractérise il aura la phrase benête ou dérisoire ou décalée pour intervenir. Il devient
facilement la risée de camarades plus « affranchis » plus provocateurs. Ce n’est pas une
question de maturité mais d’adéquation au milieu. Ainsi le maladroit devient le naïf ou le
niais et sa prévenance, sa courtoisie sont tournées en dérision.
Ce type de situation peut faire surtout au collège une zone de non-droit , de nature carcérale
( terme employé par le proviseur du collège de notre enfant) et tue tout travail de finesse
éducative et citoyenne.
Cette attitude a pérennisé les quolibets, les railleries, les bousculades, les gestes déplacés
jusqu’à la seconde où la mère d’un jeune a demandé que son fils ne soit pas en coéquipier
avec le nôtre car cela pénalisait ses résultats !!! C’est en devenant d’une stature
impressionnante ( 1m95) qu’a cessé ce jeu imbécile avec une bonne bourrade contre un
poteau. Le très étonné : « Quand même, en venir à une position de force pour des idioties
pareilles je n’y crois pas !!! » a fait basculer les choses de manière ironique.
Bien entendu, les adultes qui sont présents dans les établissements ne cautionnent pas cette
approche de l’autre, en tout cas pas officiellement. Un groupe de travail dans chaque
établissement avec des parents d’enfants avec des spécificités handicapantes permettrait de
savoir annoncer, gérer la relation qui en découle.

Notre jeune a dépassé tous ces aléas en devenant plus solide physiquement, plus confiant en
ses capacités, épaulés par des adultes, d’autres jeunes. Il a puisé dans ses propres sources
vives ses joies, ses élans. Il est un être mûr, abouti, habité diront certains où nous espérons
que tous les émerveillements restent intacts, ainsi que le courage et l’enthousiasme préservés.
Cela demeure un long combat, une lutte permanente mais où existe aussi la jubilation de la
réussite et les saveurs des sentiments nobles comme l’entraide, la générosité, le dépassement,
la loyauté et l’honneur.
Cette expérience de l’éducation d’un adulte en devenir m’autorise à vouloir encourager,
stimuler d’autres parents, mais aussi de veiller à ce que les innovations quelquefois
généreuses restent adéquates. C’est dans cet esprit d’ouverture très pragmatique que je vous
remets ces quelques page


           Josie Marie-Stennevin




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