CHAPITRE TROIS by fjzhxb

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									Dix-huitième Fiche : l’aspect médian, dit progressif
      Valeur subjective du médian Valeur de BE Reconstruction du mode quasi-nominal Décantation du médian chez Shakespeare Valeur et sens de V-ing Cas particuliers d’emploi du médian

EXEMPLE DE DEPART « By the time he graduated from college, John Smith had forgotten all about the bad fall he took on the ice that January day in 1953. In fact he would have been hard put to remember it by the time he graduated from grammar school. And his mother and father never knew about it at all. « They were skating on a cleared patch of Runaround Pond in Durham. The bigger boys were playing hockey with old taped sticks and using a couple of potato baskets for goals. The little kids were just farting around the way little kids have done since time immemorial—their ankles bowing comically in and out, their breath puffing in the frosty twenty-degree air. At one corner of the cleared ice two rubber tires burned sootily, and a few parents sat nearby, watching their children. The age of the snowmobile was still distant and winter fun still consisted of exercising your body rather than a gasoline engine. » (Stephen King, The Dead Zone, New American Library, New York, 1979, p. 1) Ce texte révèle dès le premier abord, et ce sont les premières lignes du roman, qu’il y a une opposition entre les temps non progressifs et les temps progressifs, auxquels s’ajoutent les formes en V-ing non rattachées à des formes conjuguées. En fait il nous fout distinguer le cœur de cette opposition que nous avons mis en italiques et en encadré grisé dans lequel un seul verbe conjugué n’est pas progressif car il est une vérité atemporelle, éternelle. Ce texte pose bien sûr la valeur de ce progressif. Nous n’avons rien contre le terme de progressif, même si nous préférons le terme de saisie médiane. Mais cette utilisation de la forme V-ing, la forme V-ing elle-même, est une des questions les plus discutées, controversées par les linguistes et grammairiens avec des querelles d’écoles parfois délicates. La première remarque à faire est que le locuteur, ici Stephen King, aurait pu donner ce récit au preterite non-progressif. C’est son choix d’utiliser cette forme. La deuxième remarque est que, dans ce court extrait, on a déjà un signe que cet événement est capital dans le fait qu’il a été totalement oublié. La troisième remarque est que cet événement, dont nous ne donnons que le premier instant, est centré sur John Smith, sur les enfants, rejetant les parents présents et les pneus qui brûlent hors de cette saisie. La quatrième remarque est que la chute sur la glace de John Smith est capitale dans le roman car c’est elle qui va déterminer plus tard, après l’obtention de son diplôme universitaire, à l’occasion d’un grave accident de voiture, du pouvoir particulier que John Smith va découvrir à sa sortie de cinq ans de coma et utiliser dans une perspective surréaliste et, fait rare chez Stephen King, politique avec référence à la Shoah et au massacre des Juifs en Pologne lors de l’entrée des troupes Nazies. La conclusion qui s’impose est que l’emploi du progressif est donc dicté par la visée subjective de Stephen King qui veut que nous nous concentrions sur cet événement et donc que nous sachions dès le premier instant que cet événement est capital pour la suite du roman, alors même que nous n’en sommes qu’à la première page. Pourquoi cette utilisation du progressif permet-elle cet effet ? Il nous faut, pour répondre à cette question, revenir à une analyse de ses deux éléments, be et V-ing. Nous avons déjà dit que be établit une relation de sujet-thème à attribut-lieu, mais que le lieu est un ensemble auquel le sujet-thème est rattaché, un ensemble dans lequel le sujet-thème est positionné. Nous avons aussi dit que ce positionnement est ouvert sur une certaine permanence et donc ouvert sur l’avenir, et donc dynamique. Alors même que be est un verbe d’état que nous pourrions considérer comme statique, il établit en fait un lien dynamique ouvert sur l’avenir, tandis que, comme nous l’avons montré, have est lui aussi dynamique mais tourné vers le passé avec va et vient à partir du temps de référence. Dans les formes progressives, be conserve sa valeur. La forme V-ing est une forme originale en anglais, non pas dans sa morphologie que nous allons voir, mais dans son utilisation.

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Il faut ici élargir le propos et considérer l’entier du mode quasi-nominal du verbe anglais. Il a été complètement reconstruit. Le participe passé a été assimilé au preterite, reconstruit sur le modèle du preterite et a perdu son préfixe d’achèvement ge- pour ne garder que le suffixe, en dernière analyse, dynamique issu du ou assimilé au suffixe du preterite, ce participe passé exprimant ainsi une certaine ouverture sur l’avenir, alors même que sa valeur propre et systémique est d’exprimer de l’accompli : on a donc un accompli mais ouvert sur de l’avenir. L’infinitif a perdu son suffixe propre mais a gagné une particule to qui est une particule de but, donc dynamique elle aussi et largement ouverte sur l’avenir, ce qui est conforme à la valeur systémique de l’infinitif qui exprimer de l’inaccompli, donc un procès vu comme potentiel, puissantiel, futur. Le participe présent a lui aussi été reconstruit. L’ancien participe présent, en –ende ou bien –ande, a été abandonné totalement au profit d’un nouveau participe présent issu de noms abstraits féminins dérivés de verbes grâce au suffixe –ung ou –ing rattaché au thème nu de l’infinitif (infinitif sans la terminaison caractéristique –en) renforçant ainsi la nouvelle construction du participe passé et la réduction de l’infinitif. Cette origine morphologique et ce positionnement systémique dans le mode quasi-nominal fait que la forme V-ing est à cheval sur la limite entre le verbal et le nominal. Elle peut aussi bien être un nom, qu’un adjectif, qu’un participe présent. En nom elle exprime l’activité qui correspond au verbe. En adjectif elle exprime une activité faite par le nom qui la porte. En participe présent elle exprime un procès saisi de façon sécante, c’est à dire une partie accomplie et une partie inaccomplie, un pied dans le passé et un pied dans le futur. Ce n’est qu’à l’époque élisabéthaine que la forme dite progressive, la saisie médiane, ou l’aspect médian se décante. Shakespeare l’emploi parfois. Il nous semble que c’est le développement de la forme romanesque, communication in abstentiae, qui va développer cet aspect et lui donner sa force actuelle. Chez Shakespeare on trouve tous les emplois : 1- Adjectif attribut : « You shall be more beloving than beloved. » (Antony and Cleopatra, I, 2, 21) 2- Nom d’activité : « I had rather heat my liver with drinking. » (Antony and Cleopatra, I, 2, 22) 3- Adjectif épithète : « E’en as the o’erflowing Nilus presageth famine. » (Antony and Cleopatra, I, 2, 43) 4- Base d’adverbe : « Therefore, dear Isis, keep decorum, and fortune him accordingly ! » (Antony and Cleopatra, I, 2, 68) 5- Participe présent apposé : « But soon that war had end, and the time’s state « Make friends of them, jointing their force ‘gainst Cæsar. » (Antony and Cleopatra, I, 2, 8687) 6- A la fois adjectif et nom : « She is cunning past man’s thought. » (Antony and Cleopatra, I, 2, 139) « This cannot be cunning in her. » (Antony and Cleopatra, I, 2, 143) 7- Forme progressive : « … Much is breeding, « Which, like the courser’s hair, hath yet but life « And not a serpent’s poison. » (Antony and Cleopatra, I, 2, 184-186) « … If you find him sad, « Say I am dancing. » (Antony and Cleopatra, I, 3, 3-4) La saisie médiane est une saisie aspectuelle de second niveau, c’est à dire une méta-saisie aspectuelle, car elle peut s’appliquer à toutes les autres formes du verbe, que ce soient les formes relevant de la saisie perspective (preterite et présent), les formes relevant de la saisie rétrospective (present perfect ou pluperfect), les formes relevant de la modalisation, ou toute combinaison des unes et des autres. C’est en cela d’ailleurs qu’elle relève bien du locuteur. Et c’est pour cela qu’elle ouvre un espace subjectif, comme la modalisation épistémique. Quand le locuteur intervient directement dans l’énoncé pour moduler ou suspendre l’assertion (modalisation objective positive ou négative), nous avons un espace de subjectivité qui apparaît. Il s’agit maintenant de comprendre la valeur de cette forme V-ing. Et c’est là que la plupart des discussions ont lieu. Tous sont d’accord pour dire qu’elle a une valeur spéciale. On a parlé d’arrêt sur image, de gel du procès. Il nous semble que ces expressions ne donnent pas la dynamique de cette forme mais simplement mettent en avant que le procès semble pris à un moment médian de son déroulement et le sujet de la forme progressive rattaché à une image gelée et un peu immuable de ce procès. Il nous semble qu’il faut rajouter du dynamisme dans cette vision.

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« When he asked me what view I took of death, how I imagined it, I said that the pictures would stop. Evidently I saw as pictures what Americans refer to as experience. » (Saul Bellow, Ravelstein, p. 149). Cette phrase montre bien ce que nous avons en tête. Si on ne parle que d’images gelées, d’arrêt sur image on a une vision morte de l’action. Il est nécessaire donc de parler d’expérience car cela fait référence à la vie, à un processus en déroulement, à quelque chose qui bouge, qui a une dynamique qui le fait avancer. Même quand la forme V-ing est un nom, nous avons immédiatement cette vision d’une dynamique, d’une activité qui se déroule, d’une expérience. C’est d’ailleurs là la valeur de la plupart des noms anglosaxons dérivés de verbes avec ce suffixe. Mais exemplifions cette dynamique : « She had original notions about walking, talking, shrugging, smiling. […] How to deal with his freaks, quiddities, oddities, his eating, drinking, shaving, dressing, and playfully savaging his students. But that isn’t much more than his natural history. Others saw him as bizarre, perverse – grinning, smoking, lecturing, overbearing, impatient, but to me he was brilliant and charming. […] Vela loved all the hand-kissing, bowing, fussing over the ladies, the corsages, and the toasting. […] After the Guillain-Barré he had worked very hard at walking and recovering the use of his hands. He knew that he had to surrender, to decline but he did it selectively. It didn’t matter that he was unable to operate the coffee grinder, but he did need his hand skills for shaving, writing notes, dressing, smoking, signing checks. » (Saul Bellow, op cit, p. 120, 160, 164, 169) Toutes les V-ing n’ont pas le même statut ici. Nous discuterons de cela plus tard (j’ai différencié les formes sans complétudes des formes avec complétudes). Mais Toutes ces formes expriment quelque chose qui a une permanence, quelque chose qui est saisi dans sa médianité, quelque chose qui est dynamique. En plus chaque passage contient des éléments qui insistent sur cette dynamique : his natural history, l’histoire naturelle est celle d’organismes vivants ; others saw him, voir est une activité vivante encore ; Vela loved all the …. fussing over the ladies, the corsages,…, toute cette description de Vela est une description dynamique et l’amour, même de choses ou d’activités, est une caractéristique du vivant humain ; had worked very hard, the use of his hands, he did it selectively, to operate the coffee grinder, his hand skills, autant d’éléments d’une lutte pour la vie, pour la survie, pour le pouvoir d’utiliser, de faire fonctionner ses mains bloquées par la maladie. Nous en revenons donc à cette déclaration : « ‘What would you imagine death will be like ?’ – ‘The pictures will stop.’ Meaning, again, that in the surface of things you saw the heart of things. » (idem, p. 156) La surface c’est le concept d’image ou d’arrêt sur image. Le cœur des choses c’est la dynamique, l’expérience derrière ces images, une expérience vivante et mouvante. Pour conclure sur ce point, prenons une forme médiane complète : « ‘Do you think that covers Rosamund’s case ? I almost never think of my calendar-years. I’m forever hiking across the same plateau with no end in sight. » (idem, p. 140) C’est exactement ce que la saisie médiane est : I. II. III. IV. V. forever : la permanence et donc la durée dans le temps the same plateau : la permanence et donc l’identité de moment en moment. across : le mouvement dans cette permanence. with no end in sight : la non prise en considération de la fin, pas plus d’ailleurs que du début car on est tourné vers l’avenir et le passé est sans importance. Le tout montre un niveau certain de responsabilité du locuteur, ici Chick, et donc une certaine agence dans cette posture qui est une action : Chick est quelque part actif dans ce choix d’attitude. Le subjectif est donné par le contexte : « ‘There are young women who think they can keep a husband alive forever,’ he said » (idem, p. 140), désignant Rosamund, et Rosamund est la nouvelle épouse de Chick, après Vela, et de plus une étudiante de Ravelstein.

VI.

Cela explique alors tous les cas particuliers de la saisie médiane. 1- Be : l’élément d’agence change le sens : You’re being a clown, vous faites le clown. « They thought they were being serious. » (Saul Bellow, idem, p. 153) 2- Like : l’élément d’agence change le sens : He looks as if he were liking chocolate, il a l’air de faire comme s’il aimait le chocolat. 3- Want : l’élément d’agence change le sens : He is wanting to go to London, il est plus qu’impatient d’aller à Londres. 4- Think : l’élément d’agence change le sens : He is thinking about the solution to this problem, il fait plus que penser, simple activité mentale (He thinks you’re a fool), il réfléchit et cherche une solution.

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Cela a enfin une dernière conséquence : l’action ainsi portée par la forme médiane est vue comme non achevée et cela, soit est incompatible avec certains emplois, soit a des conséquences au niveau du sens. Je n’écrirai pas à quelqu’un : I’m remaining yours faithfully car cela impliquerait que je n’en suis pas sûr, ou que ce n’est pas pour durer bien longtemps. Les deux phrases suivantes ont un sens très différent : I saw the old man crossing the street when a bus knocked him over. L’homme a été renversé au milieu de la rue. I saw the old man cross the street when a bus knocked him down. La phrase serait plus explicite avec and then à la place de when. Mais il n’en reste pas moins que l’homme a été renversé sur le trottoir d’en face. De même nous avons des compréhensions spécifiques aux phrases suivantes : The light flashed when he opened the door. La lumière n’a clignoté qu’une seule fois, ou un très court moment (même si deux ou trois fois). The light was flashing like hell when we arrived. La lumière clignotait depuis un certain temps, et donc a clignoté de nombreuses fois. The light flashed until dawn. Même interprétation. C’est l’élément temporel qui l’impose. Though he was tired, Bill kept crossing the street and managed to reach the other side. Il n’a traversé qu’une fois. Bill kept crossing the street all afternoon. Il a traversé de nombreuses fois. On s’aperçoit qu’il est nécessaire de prendre le contexte et le cotexte en considération pour interpréter correctement les énoncés où une V-ing intervient, raison de plus une forme médiane.

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