La Sant� de l’homme by AissaRoi

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									numéro




         421
 Septembre-Octobre 2012




         Les jeunes et l’éducation
         pour la santé par les pairs
         Rennes : « Noz’ambule »,   Enquête          La dépression
         contre l’alcoolisation     sur la santé     en France
         excessive                  des collégiens
La revue de la prévention
et de l’éducation pour la santé                                                                            est éditée par :
                                                                                                           L’Institut national de prévention
                                                                                                           et d’éducation pour la santé (Inpes)
                                                                                                           42, boulevard de la Libération
52 pages d’analyses et de témoignages                                                                      93203 Saint-Denis Cedex
                                                                                                           Tél. : 01 49 33 22 22
                                                                                                           Fax : 01 49 33 23 90
                                                                                                           http://www.inpes.sante.fr
                                                               actualité, expertise et pratiques
                                                               méthodes d’intervention dans les domaines
numéro




         420                                                   de la prévention et de l’éducation
                                                                                                           Directrice de la publication :
                                                                                                           Thanh Le Luong
         Septembre 2012



                                                               pour la santé
                                                                                                           RÉDACTION
                                                                                                           Rédacteur en chef :
                                                  Ho




                                                                                                           Yves Géry
                                                    rs




                                                              Une revue de référence et
                                                    -s
                                                       ér




                                                                                                           Secrétaire de rédaction :
                                                         ie




                                                              un outil documentaire pour                   Marie-Frédérique Cormand
                                                                                                           Assistante de rédaction :
                                                               les professionnels de la santé,             Danielle Belpaume
                                                               du social et de l’éducation
                                                                                                           RESPONSABLES DES RUBRIQUES :
                                                               les relais d’information                    Qualité de vie : Christine Ferron
                                                               les décideurs                               <dired@inpes.sante.fr>
                                                                                                           La santé à l’école : Sandrine Broussouloux et
                              1942-2012                                                                    Nathalie Houzelle
              70 ans d’éducation pour la santé                Rédigée par des professionnels               <sandrine.broussouloux@inpes.sante.fr>
                                                                                                           Débats : Éric Le Grand
                                                               experts et praticiens                       <ericlegrand35@orange.fr>
                                                               acteurs de terrain                          Aide à l’action : Florence Rostan <florence.
                                                                                                           rostan@inpes.sante.fr>
                                                               responsables d’associations et de réseaux   Études/Enquêtes : François Beck
                                                                                                           < francois.beck@inpes.sante.fr>
                                                                                                           International : Jennifer Davies
                                                                                                           <jennifer.davies@inpes.sante.fr>
                                                                                                           Éducation du patient : Isabelle Vincent
                                                                                                           <isabelle.vincent@inpes.sante.fr>
                                                                                                           Cinésanté : Michel Condé

              La Santé de l’homme                                                                          <michelconde@grignoux.be>
                                                                                                           et Alain Douiller <alain.douiller@free.fr>
                                                                                                           Lectures – Outils : Centre de documentation
                                                                                                           <doc@inpes.sante.fr>
               intégralement accessible sur Internet                                                       COMITÉ DE RÉDACTION :
                                                                                                           Élodie Aïna (Inpes), Jean-Christophe Azorin
                  Depuis 2010, la revue est                                                                (Épidaure, CRLC, Centre de ressources préven-
                                                                                                           tion santé), Dr Zinna Bessa (direction générale
                  disponible gratuitement :                                                                de la Santé), Mohammed Boussouar (Codes
                          en version papier sur abonne-                                                    de la Loire), Judith Benrekassa (InVS), Alain
                                                                                                           Douiller (Codes de Vaucluse), Annick Fayard
                          ment pour les lieux collectifs                                                   (Inpes), Christine Ferron (Cres de Bretagne),
                          (centres de documentation, CDI,                                                  Laurence Fond-Harmant (CRP-Santé, Luxem-
                                                                                                           bourg), Jacques Fortin (professeur), Christel
                          organismes)                                                                      Fouache (Codes de la Mayenne), Annick Gar-
                          en version électronique, pour                                                    dies (Inpes), Zoé Héritage (Réseau français
                          tous, sur le site internet                                                       des villes-santé de l’OMS), Joëlle Kivits (SFSP),
                                                                                                           Laurence Kotobi (Université Bordeaux-
                          www.inpes.sante.fr                                                               Segalen), Éric Le Grand (conseiller), Claire
                                                                                                           Méheust (Inpes), Colette Menard (Inpes),
                  Vous y trouverez également :                                                             Félicia Narboni (ministère de l’Éducation natio-
                                                                                                           nale), Jean-Marc Piton (Inpes), Dr Stéphane
                   les numéros publiés depuis                                                              Tessier (Regards).
                   2000 en texte intégral
                                                                                                           Fondateur : Pr Pierre Delore
                   les index et les sommaires des
                   numéros parus depuis 1999.                                                              FABRICATION
                                                                                                           Réalisation : Éditions de l’Analogie
                                                                                                           Impression : Groupe Morault
                                                                                                           ADMINISTRATION
                                                                                                           Département logistique (Gestion des abonne-
               À noter : si vous souhaitez effectuer une recherche sur un thème précis, utilisez           ments) : Manuela Teixeira (01 49 33 23 52)
               le moteur de recherche du site de l’Inpes qui permet de trouver instantanément              N° ISSN : 0151 1998
               tous les articles de La Santé de l’homme ainsi que d’autres documents de l’Inpes            Dépôt légal : 3e trimestre 2012
               traitant cette thématique.                                                                  Tirage : 7 000 exemplaires

                                                                                                           Les titres, intertitres et chapô sont
                                                                                                           de la responsabilité de la rédaction

                                     Institut national de prévention et d’éducation pour la santé
                                     42, bd de la Libération – 93203 Saint-Denis Cedex – France
                                                                                                                                             numéro
sommaire                                                                                                                                              421
                                                                                                                                              Septembre-Octobre 2012




   ENQUÊTES                                                 Une expérience de « peer education »
Noz’ambule : une équipe de nuit                             en Suisse italienne
pour prévenir l’alcoolisation excessive                     Fulvio Poletti, Laura Bertini . . . . . . . . . 25
à Rennes                                                    Face à l’éducation par les pairs,
Françoise Mounier-Vogeli,                                   quel positionnement pour les adultes
Dominique Dubois . . . . . . . . . . . . . . . . . 4        référents ?
Enquête sur la santé                                        Jean-Christophe Azorin, Lorène Burcheri,
des collégiens en France                                    Marie Lhosmot . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27
Emmanuelle Godeau, Mariane Sentenac,                        « Sans clope, je suis au top ! » :
Virginie Ehlinger, Catherine Arnaud,                        quand l’éducation par les pairs
Félix Navarro, François Beck . . . . . . . . . . 7          fait un tabac
                                                            Marie-Ève Huteau, Adrien Granier,
                                                            Aude Arino, Christine Davy-Aubertin,
                                                            Christian Bénézis,
Dossier                                                     Anne Stoebner-Delbarre . . . . . . . . . . . . 30
                                                                                                                      Illustrations : Gaëlle Maisonneuve
                                                            Quelles méthodes pour l’évaluation                        http://gaellegraphiste.blogspot.com
                                                            des projets d’éducation à la santé
Les jeunes et l’éducation                                   par les pairs ?
                                                            Alexia Pretari, Mathieu Valdenaire . . . . . 32
pour la santé par les                                       Paroles de pairs : « Je me sens utile,
pairs                                                       mieux dans ma peau »
                                                            Éric Le Grand . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 34

Introduction                                                Haute-Normandie : un programme
Éric Le Grand, Jean-Christophe Azorin . . . 10              d’éducation par les pairs
                                                            au banc d’essai
Santé des jeunes. L’éducation par les                       Catalin Nache . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35
pairs : définition et enjeux
Éric Le Grand . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12      Pour en savoir plus
                                                            Sandra Kerzanet . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37
L’éducation par les pairs :
attentes et limites
François Chobeaux . . . . . . . . . . . . . . . . 15
                                                               LA SANTÉ À L’ÉCOLE
Place de l’éducation par les pairs                          Éducation à la santé en milieu
dans la santé des jeunes                                    scolaire : enquête franco-québécoise
Yves Géry. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17   Caroline Bizzoni-Prévieux, Corinne Mérini,
Québec : l’intervention par les pairs                       Didier Jourdan . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 40
investit la promotion de la santé
Bellot Céline, Jacinthe Rivard . . . . . . . . 18              ENQUÊTE
                                                            La dépression en France (2005-2010) :
Mission locale de Beaune : des jeunes                       prévalence, recours au soin
sensibilisés par leurs pairs sur la santé                   et sentiment d’information
Béatrice Bourgeois, Marie Clerc,                            de la population
Marion Noirot, Béatrice Certain,                            François Beck, Romain Guignard . . . . . . . 43
Barbara Clerc . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20

Des « correspondants santé »
                                                               CINÉSANTÉ
                                                            À perdre la raison
dans les lycées des Côtes-d’Armor
                                                            Michel Condé . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 46
Daniel Merrien, Svetlana Riverain . . . . . 22

Une expérience européenne d’éduca-                             LECTURES
tion par les pairs auprès d’adolescents                     Olivier Delmer, Céline Deroche,
Karin Delrieu, Adeline Priez . . . . . . . . . 23           Sandra Kerzanet, Valérie Verdier . . . . . . . . . . 49
enquête



Noz’ambule : une équipe de nuit
pour prévenir l’alcoolisation
excessive à Rennes
            À Rennes, le dispositif Noz’ambule de prévention de l’alcoolisation des jeunes dans la rue a
            été mis en place en 2008. Des intervenants vont à la rencontre des jeunes dans le centre-
            ville, le soir et la nuit, et font passer des messages de prévention. Noz’ambule vient de faire
            l’objet d’une évaluation. En voici les premiers résultats.

   Rennes est une ville jeune : un habi-          buer par des propositions à améliorer          turne et par l’instauration d’une préven-
tant sur deux a moins de 30 ans et on             la gestion de l’espace public.                 tion par les pairs combinée à une
compte 60 000 étudiants pour 220 000 ha-                                                         équipe de professionnels.
bitants. Les jeudis et vendredis soir, le         Évaluation du dispositif
centre-ville rassemble de nombreux                    Le Fonds d’expérimentation pour la            L’action se décline en deux volets.
jeunes qui se retrouvent et s’installent          jeunesse (FEJ) a commandité une éva-           En première partie de soirée, de 17 h 00
pour « faire la fête ». Dans un faible            luation du dispositif afin, d’une part, de     à 22 h 30, les intervenants sont des étu-
périmètre, un ensemble de places et de            vérifier si les actions mises en œuvre         diants salariés formés par La Mutuelle
squares relié par des rues piétonnes              permettaient d’atteindre les résultats         des étudiants (LMDE). La prévention a
favorise une circulation sans entrave.            attendus, et, d’autre part, de mieux           donc lieu par les pairs. Les intervenants
Ces rassemblements s’accompagnent                 connaître les effets sur les publics cibles.   débutent leur soirée à la sortie d’un
d’une alcoolisation affichée qui peut                 Un groupe d’enquêteurs est allé à la       lycée où ils installent une table sur
entraîner chez certains des comporte-             rencontre des jeunes lors des soirées          laquelle ils disposent du matériel de
ments d’incivilité. Après une période de          d’intervention de Noz’ambule et a              prévention routière destiné à tester les
heurts liés à la présence renforcée des           mené trois cent quatre entretiens semi-        réflexes lorsque l’on est en état
forces de l’ordre, la municipalité a sou-         directifs en face-à-face. Des entretiens       d’ébriété. Plus tard, trois binômes
haité impulser une politique alterna-             ont également eu lieu avec les élus et         arpentent la ville à la rencontre des
tive. Un plan global de prévention en             les agents publics de la ville et de la        groupes de jeunes dans leurs lieux de
direction de la jeunesse a ainsi été mis          préfecture, les acteurs des nuits ren-         rassemblement privilégiés.
en place avec, notamment, la création             naises1 ainsi qu’avec les riverains et des
en 2008 du dispositif Noz’ambule. Pour            débitants de boissons2.                            En seconde partie de soirée, de
l’équipe municipale, il s’agissait de pré-            L’évaluation des effets d’un tel dis-      22 h 00 à 2 h 00, cinq intervenants pren-
venir les conduites à risque chez les             positif est limitée par trois facteurs :       nent le relais avec un objectif de pré-
jeunes occupant le soir/la nuit l’espace          l’action de prévention n’est pas immé-         vention et de réduction des risques. Ce
public, tout en favorisant la tranquillité        diatement mesurable sur un public qui          sont des professionnels de l’Association
du centre-ville.                                  n’est pas captif. Nous avons néanmoins         nationale de prévention en alcoologie
                                                  pu observer que certains messages ont          et en addictologie (Anpaa) auxquels se
Prévenir les comportements                        touché le public. De plus, bien que les        joignent ponctuellement des parte-
à risque                                          intervenants s’attachent à faire passer        naires du champ social et de la santé.
    Le dispositif Noz’ambule vise princi-         des messages, leur discours n’est pas          Ils se tiennent autour d’une camion-
palement à prévenir et réduire les com-           systématique : il est adapté aux préoc-        nette et effectuent aussi quelques
portements à risque lors des pratiques            cupations du public. Il n’y a pas de           déambulations. Ce sont les jeunes qui
festives informelles des jeunes dans              discours « estampillé Noz’ambule » qui         viennent à eux. La présence d’infir-
l’espace public. D’autres objectifs vien-         puisse être interrogé. Enfin, il est diffi-    mières dans l’équipe permet, le cas
nent en complément : favoriser la com-            cile d’isoler les effets des messages          échéant, la prise en charge de jeunes
plémentarité entre les acteurs des nuits          délivrés par le dispositif parmi les nom-      en difficulté. Le discours se veut non
rennaises (forces de l’ordre, service             breuses et diverses sources d’informa-         culpabilisant et non moralisateur.
départemental d’incendie et de secours            tion à destination des jeunes.
(SDIS), éducateurs de rue et transports                                                          Les résultats de l’enquête
urbains), permettre une meilleure iden-           Un dispositif innovant                           L’évaluation du dispositif Noz’am-
tification de Noz’ambule, améliorer les             Noz’ambule est doublement inno-              bule a été conduite par le Centre d’infor-
connaissances de la ville sur les pra-            vant3 au niveau local : par sa présence        mation régional sur les drogues et
tiques festives en centre-ville et contri-        dans l’espace public en période noc-           dépendances (Cirdd) de Bretagne. Il en


 4   LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012
                                                                                                                    enquête


ressort que les jeunes qui sont dans la
rue les jeudis et vendredis soir sont
majoritairement des lycéens et des étu-
diants. Ils sont là avant tout par choix :
pour retrouver leurs amis (34 %), « faire
la fête » (14 %) et décompresser (9 %).
Les deux tiers d’entre eux sortent moins
d’une fois par semaine. La consomma-
tion d’alcool est surtout festive (56 %).
Bien que des jeunes circulent souvent
en état d’ébriété, la rue n’est pas le lieu
principal de la surconsommation qui se
déroule plutôt dans les espaces privés.
Les bars sont rarement des lieux de sur-
consommation, mais ils reçoivent, en
cours de soirée, un public fortement
alcoolisé.

    En effet, au moment où nous avons
interrogé les jeunes, 72 % avaient




                                                                                                                                              © Caroline Ablain
consommé de l’alcool, 7 % d’entre eux
avaient consommé six verres et plus.
Parmi ceux qui avaient consommé de
l’alcool dans un espace privé, 12 %
avaient surconsommé alors que ce
pourcentage est de 8 % dans l’espace          tie des cours n’est peut-être pas le            Que retiennent les jeunes ?
public et de 2 % dans les bars.               moment idéal pour nouer le dialogue.              Spontanément, les jeunes qui ont été
                                              Les déambulations permettent en                en contact avec Noz’ambule se sou-
Les thèmes abordés                            revanche d’entrer en contact plus faci-        viennent principalement avoir reçu des
   Pour amorcer le dialogue avec les          lement avec les jeunes. Les intervenants       informations sur : la consommation
jeunes qu’ils rencontrent, les interve-       vont vers eux et les abordent en adap-         d’alcool et la réduction des risques liés
nants commencent toujours par pré-            tant leur discours à la situation. Ils sont    à cette consommation (31 %), les outils
senter le dispositif. Les échanges por-       en général bien accueillis.                    de prévention (19 %), le déroulement
tent principalement sur l’alcoolisation,                                                     de la soirée (7 %), la sexualité (7 %).
les habitudes de consommation et la              En deuxième partie de soirée, ce
sexualité. D’autres sujets sont parfois       sont les jeunes qui viennent vers les               D’après les jeunes que nous avons
spontanément abordés tels que le loge-        intervenants. La camionnette suscite           questionnés, les messages les plus fré-
ment, les études, le travail, l’insertion,    parfois la curiosité. La facilité d’obten-     quemment abordés par les intervenants
etc. C’est parfois l’occasion pour les        tion d’outils de prévention, principale-       sont les suivants :
jeunes d’aborder des questions plus           ment des éthylotests et des préservatifs,         la manière de limiter les effets néga-
personnelles. En support des entre-           et la présence du dispositif dans un           tifs sur le corps de la consommation
tiens, les intervenants distribuent du        espace informel sont deux facteurs d’at-       excessive d’alcool ;
matériel de prévention (éthylotests,          traction. D’ailleurs, ces outils sont un           les conséquences sur la sexualité
préservatifs, brassards réfléchissants,       moyen efficace d’entrer en contact avec        d’une forte consommation d’alcool ou
stéribox, etc.).                              le public et de dispenser les messages         de drogue ;
                                              de prévention et de réduction des                 les risques liés à une consommation
L’adhésion des jeunes                         risques avec bienveillance.                    fréquente et importante d’alcool ou de
   L’évaluation montre que 60 % des                                                          drogue durant les soirées ;
jeunes interrogés connaissent l’exis-            Les jeunes sont plus sensibles à la            le rapport entre le taux d’alcoolémie
tence de Noz’ambule, mais ils en don-         pertinence du propos qu’à la modalité          et la sensation d’ivresse ;
nent une appréciation peu précise.            d’intervention. En effet, s’entretenir             les problèmes liés aux rassemble-
Parmi eux, 80 % sont satisfaits : c’est le    avec intervenants pairs ou profession-         ments festifs dans l’espace public ;
bon moment et le bon endroit pour             nels n’est pas un facteur déterminant             l’aide à apporter à un ami qui va mal
intervenir, le dispositif s’adresse au bon    pour les jeunes et ne semble pas avoir         lors d’une soirée ;
public. Les « plus âgés » considèrent         d’influence sur l’appropriation des               les conditions d’utilisation d’un éthy-
parfois que ce type de message                messages de prévention. Le dispositif          lotest pour un résultat fiable ;
s’adresse plutôt aux plus jeunes.             permet de facto d’accéder au public                les lieux d’accueil, d’écoute, sur la
                                              jeune dans l’espace public : le contact        santé, la sexualité, les consom-
   À la sortie des lycées, certains jeunes    est spontané, les jeunes n’ont pas de          mations.
s’approchent par curiosité mais la plu-       démarche particulière à effectuer pour
part n’entrent pas en contact avec les        obtenir du matériel de prévention ni             Parmi les messages dispensés par
intervenants qui considèrent que la sor-      pour échanger.                                 Noz’ambule, l’hydratation est celui qui a


                                                                                  LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012   5
enquête


été retenu par 75 % des jeunes qui se                Le Fonds d’expérimentation pour la
souviennent avoir abordé la question de           jeunesse est attentif à la transférabilité
la limitation des effets négatifs de l’alcool     du dispositif dans d’autres villes/com-
sur le corps. De fait, ce message avait fait      munes. Il conviendra alors de l’adapter
l’objet d’une action ciblée dès les débuts        dans ses aspects opérationnels à des
de la mise en place du dispositif : des           configurations urbanistiques diffé-
bouteilles d’eau avaient été massive-             rentes, principalement liées à l’étendue
ment distribuées, accompagnées de                 du périmètre des rassemblements.
messages de prévention relatifs à l’hy-
dratation. L’aide à apporter à un ami qui
va mal et les risques d’une consomma-
tion fréquente sont les autres thèmes qui
                                                     Pour rendre l’action efficace, mesu-
                                                  rable et lisible, ses objectifs doivent
                                                  tendre vers l’accomplissement d’une
                                                                                                             sommaire
ont retenu le plus d’attention.                   mission principale bien définie. Il
                                                  importe de clarifier ce que l’on attend
    À l’issue de trois années d’existence,        d’un tel dispositif.
le dispositif est identifié par les acteurs                                                                  Initiatives
de la nuit grâce aux réunions institu-               Les résultats de l’évaluation ont été
tionnelles auxquelles ils participent. Par        présentés aux représentants de l’équipe
ailleurs, les intervenants de Noz’am-             municipale. La réduction des compor-
bule ont noué des liens privilégiés avec          tements à risques des jeunes reste l’ob-
les éducateurs de rue et le SDIS avec             jectif principal du dispositif, même si la
lesquels des rencontres ont lieu pour             question de la tranquillité publique a
mieux appréhender les pratiques et les            été soulevée et demeure une préoccu-
rôles de chacun.                                  pation. Une campagne de communica-
                                                  tion conjointe Ville/État est d’ailleurs en                Locale
   Dans l’ensemble, ce dispositif est             préparation.
apprécié, mais son action est mal
connue. Chacun y reporte ses propres                                  Françoise Mounier-Vogeli
attentes : la tranquillité publique, la                                                   Consultante,
prise en charge des personnes alcooli-                                         Dominique Dubois
sées, la santé des jeunes. La présence                                       Chargé de mission,              Lu pour vous
du dispositif dans l’espace public laisse                      AIRDDS – Cirdd Bretagne, Rennes.
croire qu’il peut solutionner les pro-
blèmes que chacun voudrait voir
résolus.
                                                  1. Acteurs des nuits rennaises : deux éducateurs de la     Vu pour vous
    Les nuisances liées aux rassemble-            prévention spécialisée, deux responsables des forces
ments des jeunes et la question de                de l’ordre, trois membres du SDIS, un responsable du
                                                  service de transport urbain et péri-urbain.
l’ordre public constituent une préoccu-           Décideurs : trois élus de la ville en charge respective-
pation pour l’ensemble des publics                ment de la médiation, de la jeunesse et de la santé,
interrogés alors que le dispositif ne vise        trois agents publics des services de la prévention de la
                                                  délinquance, la jeunesse et la santé, un membre du
pas directement la résolution de ce               cabinet de la préfecture chargé de la coordination
problème.                                         prévention de la délinquance, vingt et un débitants
                                                  de boissons réputés recevoir une clientèle jeune dans
                                                  l’hyper-centre rennais.
Conclusion                                        2. Une réunion de quartier dédiée à l’évaluation du
    Noz’ambule touche son public du               dispositif en présence de dix-huit habitants du quar-
                                                  tier centre ainsi qu’un entretien avec deux représen-
fait même de sa présence dans la rue la           tants d’associations de quartier.
nuit. L’accès au matériel de prévention           3. Un dispositif similaire préexistait à Nantes avec des
est un facteur d’attraction des jeunes            professionnels uniquement.
vers un dispositif qu’ils semblent appré-
cier. Mais il reste difficile de mesurer
totalement les effets sur le plan de la
prévention. Toutefois, les messages
ciblés – comme celui de l’hydratation
qui a fait l’objet d’une action particu-
lière – retiennent l’attention du public           Pour en savoir plus
visé. Ainsi, la diffusion de messages              Rapport d’évaluation complet et téléchar-
positifs et répétés a plus d’impact qu’un          geable sur le site du Cirdd Bretagne : http://
discours général sur l’alcoolisation. Le           www.cirdd-bretagne.fr/fileadmin/docu-
dispositif apparaît également plus per-            ments/documentation/Evaluation-
tinent pour diffuser un message de                 Nozmabule-CIRDD-2011.pdf
réduction des risques.


 6   LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012
                                                                                                                    enquête


Enquête sur la santé
des collégiens en France
            Tous les quatre ans, l’enquête HBSC est réalisée auprès des collégiens de quarante et un
            pays dont la France. L’enquête 2010 vient d’être publiée et confirme la montée en puis-
            sance de l’utilisation des nouvelles technologies par les adolescents. Si celles-ci n’altèrent
            pas forcément l’intégration sociale, elles grignotent dangereusement le temps de sommeil,
            en particulier chez les élèves de troisième. Au rayon des surprises, les deux tiers des
            collégiens portent un regard positif sur leur scolarité et la même proportion pratique un
            sport en dehors de l’école.

   Depuis 1994, tous les quatre ans,          publié par l’Inpes, sous la coordination
l’enquête HBSC1 donne une photogra-           des docteurs Emmanuelle Godeau,
phie de la santé, du vécu scolaire, des       Félix Navarro et Catherine Arnaud (2).
contextes de vie (famille, école, amis)       Seules trois des thématiques dévelop-
et des comportements favorables ou            pées dans les quinze chapitres de l’ou-
néfastes à la santé des jeunes scolarisés     vrage seront abordées ici.
de 11 à 15 ans. En 2010, quarante et une
nations, essentiellement européennes,         La place grandissante
ont collecté des données de manière           des technologies
standardisée à l’aide de plus de quatre-      de l’information
vingts questions sur la santé et le bien-         L’enquête 2010 vient donc d’être
être, la nutrition, la consommation de        publiée en septembre 2012. Premier
substances addictogènes, la santé             constat : l’utilisation croissante des nou-
sexuelle, les violences et blessures, les     velles technologies de l’information et
loisirs, la famille, les amis, l’environne-   de la communication (TIC) – Internet
ment scolaire et les conditions socio-        et téléphones portables – par des ado-
économiques de vie (1). En outre, en          lescents qui ont grandi avec les réseaux
2010 en France, ont été ajoutées des          sociaux (Twitter, Facebook, etc.).
questions sur les styles éducatifs paren-
taux, les handicaps et les maladies              La communication électronique
chroniques, ainsi que le sommeil.             quotidienne avec les amis double entre
   Environ douze mille élèves ont été         la 6e et la 3e (passant de 22 % chez les
concernés du CM2 à la seconde, dans           garçons et 31 % chez les filles à 46 % et      çons de 11 ans sortaient quatre soirs ou
près de trois cent cinquante établisse-       65 %). Pour autant, loin des craintes des      plus par semaine avec leurs amis alors
ments publics et privés de France             adultes, l’utilisation de modes indirects      qu’ils étaient 14 % en 2006, tendance
métropolitaine2.                              de communication n’a pas entraîné de           qui se retrouve chez les garçons et filles
                                              repli massif exclusif des adolescents sur      de 13 ans. Les TIC permettraient ainsi
    Conduite sous l’égide de l’Organisa-      leur écran. Bien au contraire, plus de         de concilier des exigences familiales et
tion mondiale de la santé (OMS) au plan       93 % d’entre eux ont au moins trois            amicales souvent contradictoires à cet
international, l’enquête HBSC est coor-       véritables amis, en augmentation               âge (3).
donnée, en France, par le service médi-       depuis 2006 ; et les garçons ont fémi-             Cependant, l’équilibre ainsi trouvé
cal du rectorat de Toulouse, en partena-      nisé leur réseau amical. Il est vraisem-       se fait au détriment du temps de som-
riat avec l’UMR 1027 Inserm/université        blable que les échanges via les réseaux        meil. Contrairement aux collégiens qui
Paul-Sabatier et l’association pour le        ou le Net aient joué un rôle positif en        lisent avant de s’endormir et qui ont un
développement d’HBSC. Elle est soute-         permettant aux jeunes de s’affranchir,         temps de sommeil satisfaisant (8 h 52 vs
nue, depuis toujours, par le ministère de     du moins en partie, des jugements sté-         8 h 28 pour l’ensemble des autres), ceux
l’Éducation nationale (Dgesco et DEPP),       réotypés et des clichés dominant au            qui utilisent un ordinateur le soir dans
l’Observatoire français des toxicomanies      collège.                                       leur chambre dorment moins (8 h 06),
(OFDT) et l’Institut national de préven-         L’usage de ces technologies a pro-          et ceux qui disposent d’un téléphone
tion et d’éducation pour la santé (Inpes).    duit un autre effet sur les habitudes          portable équipé d’Internet encore
                                              sociales des collégiens : la diminution        moins (7 h 59). Or, si les seuils sont
   Dix-neuf auteurs ont participé à la        du nombre de leurs sorties pourtant            encore discutés, les spécialistes consi-
rédaction du rapport qui vient d’être         déjà rares. Ainsi, en 2010, 10 % des gar-      dèrent qu’au cours de la croissance, le


                                                                                  LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012   7
enquête


temps de sommeil ne doit pas être infé-           fois » ; cependant, 2 % « n’en avaient        week-end, plus de 80 % des jeunes
rieur à neuf heures par jour et, qu’en            pas envie quand c’est arrivé » et 14 %        petit-déjeunent. Comparés à leurs
tout cas, des nuits de sept heures ou             auraient préféré des premiers rapports        camarades qui sautent au moins un
moins ont des effets délétères à court            plus tardifs (les filles plus que les gar-    petit déjeuner dans la semaine, les ado-
(équilibres physique et psychologique,            çons et les élèves de 4e plus que ceux        lescents qui petit-déjeunent quotidien-
apprentissages, etc.) comme à plus                de 3e). Ainsi, loin de se montrer alar-       nement présentent de meilleures habi-
long terme (dépression, etc.). Une telle          mistes – au risque d’être contre-pro-         tudes alimentaires et sont moins sujets
situation alarmante de privation de               ductifs – et sans oublier qu’il peut exis-    au surpoids (9 % vs 13 %).
sommeil est vécue, en semaine, par                ter des cas d’espèce, les adultes plutôt
21 % des élèves de 3e (4).                        que de se focaliser sur les « dangers         Perception négative
                                                  d’Internet » devraient accroître leur         de leur corps
À 5 ans, la télé                                  temps de dialogue avec les primo-ado-             Les filles ont généralement de
dans sa chambre                                   lescents afin de les mettre en situation      meilleures habitudes alimentaires que
   L’utilisation des divers appareils             de choisir sans pression et sans              les garçons. Toutefois, elles ont bien
électroniques et audiovisuels dispo-              contrainte le moment de leurs premiers        plus souvent une perception négative
nibles dans la chambre des ados entre             rapports, de leur permettre de les retar-     de leur corps – sans doute en raison des
donc en compétition avec le sommeil.              der s’ils ne se sentent pas réellement        normes esthétiques qui pèsent plus
Jeunes et parents doivent apprendre à             prêts, sans toutefois stigmatiser la          fortement sur elles – et cela d’autant
gérer cette nouvelle donnée. Ceci                 minorité d’élèves précoces pour les-          qu’elles avancent en âge : 42 % des
nécessiterait la mise au point de mes-            quels il faut au contraire s’assurer qu’ils   adolescentes de 3e se jugent « un peu »
sages de prévention spécifiques desti-            aient intégré les informations utiles         ou « beaucoup » trop grosses (31 % en
nés à ces deux populations. Cependant,            concernant la contraception et la pro-        6e), alors que cette perception reste
les habitudes concernant le sommeil               tection contre les IST. Or, depuis 2006,      stable chez les garçons. En outre, parmi
– et, certainement aussi, celles concer-          on note une petite augmentation des           celles qui présentent une corpulence
nant l’usage, par un enfant seul, dans            élèves de 15 ans indiquant n’avoir uti-       normale ou insuffisante (selon leurs
sa chambre, de la télévision ou d’autres          lisé aucune contraception lors de leur        poids et taille déclarés), 31 % se trou-
appareils électroniques – se contractent          dernier rapport (de 7 % à 10 %), même         vent « un peu » trop grosses (deux fois
très jeune. Or, les médecins et les infir-        si les élèves de France utilisent beau-       plus que les garçons). De même, parmi
mières scolaires font de plus en plus             coup les préservatifs comparés aux            les 30 % d’élèves qui déclarent faire un
souvent le constat de la présence de ces          autres participants à l’enquête HBSC.         régime ou avoir besoin de perdre du
appareils dans les chambres d’enfant                                                            poids, 23 % déclarent un poids normal
lors du bilan de grande section de                L’impact du PNNS sur                          ou insuffisant. Les filles sont deux fois
maternelle, c’est-à-dire à 5 ans ! C’est          les habitudes alimentaires                    plus concernées que les garçons par
pourquoi, sur ce thème qui mériterait                Depuis 2001, à travers le Pro-             cette discordance (31 % vs 16 %). Ainsi,
largement la mise en place d’un pro-              gramme national nutrition-santé               en matière de contrôle du poids, l’insa-
gramme de santé publique tant ses                 (PNNS), les pouvoirs publics agissent         tisfaction corporelle apparaît détermi-
conséquences sont lourdes, les parents            en faveur de la promotion d’une ali-          nante. Ces perceptions sont à rappro-
pourraient être incités à favoriser la            mentation favorable à la santé. L’en-         cher des 5 % de collégiens interrogés
durée et la qualité du sommeil de leurs           quête HBSC apporte un éclairage sur           qui sont en insuffisance pondérale et
enfants dès le plus jeune âge, en tout            le suivi de certains repères nutrition-       des 11 % en surpoids (obésité incluse),
cas tant qu’ils peuvent encore assez              nels du PNNS. Entre 2006 et 2010, les         situant la France parmi les pays dont
facilement et directement gérer le                consommations quotidiennes de fruits          ces derniers taux sont les plus faibles
temps de leurs enfants, sans attendre             et de légumes ont augmenté chez nos           (ainsi qu’en 2006).
que les bouleversements et les conflits           collégiens (respectivement de 31 à
de l’adolescence rendent cette tâche              39 % et de 42 à 45 %), ce qui les place          Au total, si on enregistre une évolu-
« mission impossible ».                           dans le haut du palmarès international.       tion positive pour ce qui est des
                                                  Dans le même temps, la consomma-              consommations de fruits et légumes, il
    Par ailleurs, Internet et plus particu-       tion quotidienne de sucreries a baissé,       ressort que, pour aller plus loin, tout un
lièrement les réseaux sociaux suscitent           passant de 28 % à 24 %, celle de bois-        travail d’éducation serait à faire autour
l’inquiétude de nombreux parents qui              sons sucrées, rapportée par environ un        de l’image corporelle. À l’adolescence,
redoutent un impact négatif sur la vie            quart des jeunes, n’ayant pas bougé.          « où tout change », les évolutions phy-
sexuelle des jeunes (pornographie,                Résultats cohérents avec ceux du der-         siques apparaissent en effet souvent
falsification de profils, etc.). Or, en           nier Baromètre santé nutrition (7).           centrales aux principaux intéressés qui
2010, avec 11 % des élèves de 4e et                                                             n’ont souvent comme références que
24 % des élèves de 3e déclarant avoir                Tous les matins, 58 % des collégiens       celles véhiculées par les médias.
déjà eu des rapports sexuels, on ne               prennent un petit déjeuner, les garçons
note aucune tendance à l’augmenta-                plus que les filles (63 % vs 54 %), pro-          À ces considérations générales doit
tion par référence à ces dernières                portion identique à celle de 2006. Ce         être ajouté un « paradoxe français » : nos
années (5). L’âge moyen du premier                taux relativement faible pourrait s’ex-       collégiens se classent à la fois parmi
rapport, en France, n’a pas évolué (6)            pliquer par le manque de temps et le          ceux qui, en Europe, ont le moins d’ac-
et, globalement, les jeunes gardent une           lever précoce les jours d’école, ou par       tivité physique et le plus d’activité spor-
bonne impression de leur « première               le stress lié à la scolarité, puisque le      tive. L’activité physique quotidienne


 8   LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012
                                                                                                                                        enquête


demeure largement insuffisante                        (8), mais la France se caractérise par                  collège et d’en présenter les résultats
puisque seuls 31 % des collégiens                     une altération plus marquée entre 11 et                 par classe offre la possibilité d’ajuster
répondent aux standards recomman-                     13 ans. Les raisons de ce « désamour »                  finement les interventions en milieu
dés à cet âge, les garçons étant plus                 sont évidemment nombreuses, l’entrée                    scolaire. Enfin, c’est parce qu’elle
actifs que les filles (39 % vs 22 %)3 chez            dans la puberté et les questionnements                  repose directement sur les perceptions
lesquelles l’activité physique diminue                de l’adolescence y participent, mais les                et le vécu des adolescents que l’en-
avec l’âge. En revanche, 63 % des col-                différences observées entre les pays                    quête HBSC apporte des enseigne-
légiens pratiquent un sport quotidien-                participants interrogent sur l’autre                    ments si riches sur la santé et le bien-
nement ou plusieurs fois par semaine                  grande cause possible : l’organisation                  être des adultes de demain.
en dehors de l’école.                                 du système scolaire. Un point en parti-
                                                      culier nous semble éclairant, le redou-                                        Emmanuelle Godeau1, 2
La tâche difficile du collège                         blement, longtemps spécificité fran-                       Adjointe du médecin conseiller du recteur
    Globalement, plus des deux tiers des              çaise. Or, redoubler altère nettement la                   pour la santé, la formation et la recherche,
collégiens portent un regard positif sur              perception de l’école. Ainsi, 22 % des                       responsable de l’enquête HBSC France,
leur scolarité, proportion en augmenta-               élèves qui ont redoublé au moins une                                                 Mariane Sentenac2
tion depuis la précédente enquête,                    fois dans leur vie n’aiment « pas du                                         Epidémiologiste, chercheur,
notamment chez les élèves de 15 ans (+                tout » l’école (pour 10 % des non-redou-                                              Virginie Ehlinger2
11 points entre 2006 et 2011). Cette per-             blants). Les systèmes éducatifs qui ne                                                    Biostatisticienne,
ception se dégrade avec l’avancée dans                connaissent pas le redoublement sem-                                                  Catherine Arnaud2
la scolarité. En 6e, 77 % des garçons et              blent moins affectés par la chute de cet                           Médecin épidémiologiste, maître de
85 % des filles affirment aimer l’école,              indicateur dont les conséquences en                                    conférence en santé publique,
mais en 3e, ils ne sont plus que 54 % et              termes d’absentéisme, de déscolarisa-                                                      Félix Navarro1
64 % dans ce cas. Le passage au lycée                 tion chronique et finalement de diffi-                            Médecin de santé publique, médecin
constitue une rupture positive, puisque               cultés d’insertion sociale mériteraient                                          conseiller du recteur,
les élèves de seconde ont une apprécia-               d’être plus finement appréciées.                                                          François Beck3
tion plus positive de l’école par rapport                                                                                               Chef du département
à ceux de 3e (y compris quand les effets                 Ainsi, l’enquête HBSC, par la variété                               Enquêtes et analyses statistiques.
de l’âge et du redoublement sont neu-                 des thématiques qu’elle aborde et la
tralisés). Cette différence doit être nuan-           possibilité de les croiser et d’en analy-                 1. Service médical du rectorat de Toulouse.
cée par le fait que les élèves qui accè-              ser les déterminants et les contextes,                         2. UMR U1027 Inserm/université Paul-
dent au lycée sont ceux qui ont les                   offre de nombreuses pistes pour les                       Sabatier, équipe « Épidémiologie périnatale,
meilleurs résultats, ce qui contribue                 acteurs de terrain, et plus largement les                   santé et handicap de l’enfant », Toulouse.
assurément à leur faire aimer l’école.                éducateurs, parents compris. En outre,                                                        3. Inpes.
    Toutefois, le collège s’avère être le             pouvoir suivre des évolutions dans le
niveau scolaire le moins apprécié des                 temps et se comparer avec des pays                      1. Health Behaviour in school-aged children.
                                                                                                              2. Tirage d’un échantillon national métropolitain
jeunes, puisque de manière symétrique                 voisins apporte un éclairage complé-                    représentatif des élèves de collège de 11-15 ans effec-
à ce que l’on observe pour le lycée, les              mentaire sur l’impact des plans et des                  tué par la Direction de l’évaluation, de la prospective
élèves de CM2 aiment bien plus l’école                programmes de prévention et de pro-                     et de la performance (DEPP) (ministère de l’Éduca-
                                                                                                              tion nationale).
que leurs homologues de 6e. Ce constat                motion pour la santé. Le choix de cen-                  3. Soit une heure d’activité physique (utilitaire ou de
est valable aussi dans les autres pays                trer la version 2010 de l’enquête sur le                mobilité) 5 ou 6 jours par semaine.




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                                                                                                 LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012           9
         421
numéro




  Septembre-Octobre 2012




           Les jeunes et l’éducation
           pour la santé par les pairs

          De nombreux projets de prévention/éducation/promotion de la
          santé par les pairs fleurissent en France, notamment à destina-
          tion des jeunes : « Suricates » en Haute-Normandie, « Noz’am-
          bules » à Rennes, les lycéens formés à la prévention du sida à
          Chalon-sur-Saône, le « Relais santé jeunes » à la mission locale
          de Beaune, les « correspondants santé » dans les lycées des
          Côtes d’Armor, des étudiants-relais pour parler du stress à
          Paris, de jeunes relais dans les milieux festifs, etc. (1-3). La
          multitude de ces projets incite à clarifier les fondements théo-
          riques et pratiques de cette démarche afin que chaque profes-
          sionnel en milieu scolaire, en mission locale, à l’université puisse
          s’en saisir de manière réaliste. Si ce dossier traite de l’éducation
          par les pairs menée par des jeunes, il convient toutefois de
          souligner l’existence de nombreuses actions menées auprès              Illustrations : Gaëlle Maisonneuve
          d’autres populations : personnes âgées, personnes en situation
          de prostitution, personnes en situation de précarité, etc.
                                                                                 les limites de ce type de projet ; une réflexion sur l’évaluation
          Faire appel aux compétences des jeunes                                 de la nature de ces actions.

          Ce dossier s’efforce de répondre à la question suivante : de   Interroger le positionnement
          quoi parle-t-on lorsque l’on évoque l’éducation par les pairs  des professionnels
          (peer education en anglais) ? Selon la définition donnée par
          le glossaire des termes techniques en santé publique de la     La pertinence d’une démarche éducative de pairs à pairs
          Commission européenne, « cette approche éducationnelle         interpelle le positionnement des adultes-experts-éducateurs.
          fait appel à des pairs (personne du même âge, de même          En effet, bien que ce soient des jeunes qui proposent et met-
          contexte social, fonction, éducation                           tent en œuvre des actions selon leurs aspirations et leurs
          ou expérience) pour donner de l’infor-                                                 valeurs, le rôle de l’adulte reste essen-
          mation et pour mettre en avant des
                                                            « Faire appel aux                    tiel dans ce type de démarche : il doit
          types de comportements et de                 compétences des jeunes                    accompagner sans imposer, aider
          valeurs ». Il s’agit donc de faire appel                                               sans « faire à la place », motiver ces
          aux compétences des jeunes eux-
                                                    eux-mêmes, pour informer groupes de jeunes, les rassurer par-
                                                                                                 fois, leur donner un cadre déontolo-
          mêmes, pour informer ou aider               ou aider d’autres jeunes,                  gique. L’éducation pour la santé par les
          d’autres jeunes, « leurs pairs ».
                                                               leurs pairs. »                    pairs apparaît donc comme une
          La richesse et la diversité des propos                                                 démarche exigeante tant pour les
          tenus dans ce dossier permettent de poser les jalons d’une     jeunes que pour les adultes. Le risque – futur ? – de l’éducation
          réflexion sur ce champ d’intervention autour de trois volets : pour la santé par les pairs résiderait dans le désengagement
          un cadrage théorique (4-6) ; une présentation d’actions en     de l’adulte et/ou la tentation de confier à des jeunes la réso-
          milieu scolaire et mission locale montrant la pertinence et    lution de problèmes sur lesquels ils ont peu de prises et qui



           10   La santé de L’homme - n° 421 - septembre-octobre 2012
engagent avant tout l’organisation sociale d’une structure                      Il est donc essentiel de se poser ces questions et de réfléchir
éducative, sociale ou culturelle. Les actions d’éducation pour                  au préalable aux modalités de sélection des pairs.
la santé par les pairs doivent être considérées comme des
stratégies de prévention complémentaires à tous autres types                    Faire confiance à la jeunesse
d’action, notamment celles portant sur l’amélioration de l’en-                  et à la valeur de la jeunesse
vironnement immédiat des jeunes. Ainsi, si les jeunes pairs                     Au-delà de la créativité et du dynamisme de ces jeunes inves-
souhaitent par exemple parler d’équilibre alimentaire, il est                   tis, l’application de programmes d’éducation pour la santé
essentiel que des actions portant sur l’amélioration des repas                  par les pairs permet, d’une part, de cerner de manière plus
au restaurant scolaire soient aussi menées par les respon-                      fine les aspirations des nouvelles « sociétés adolescentes »,
sables d’établissement.                                                         leurs besoins et attentes en matière de prévention, et,
Interroger la notion de pairs                                                   d’autre part, de dépasser l’image négative trop souvent
et d’égalité entre pairs                                                        accolée à la jeunesse et à sa santé. En effet, au travers de
                                                                                ces programmes, les jeunes font souvent preuve non seule-
Programmes de pairs aidants, de pairs-conseils, de pairs                        ment d’un altruisme certain, mais aussi d’un véritable enga-
facilitateurs, de pairs-soutiens, de pairs-tuteurs, d’assis-                    gement pour faire changer le regard de l’adulte sur la jeu-
tants, de médiateurs-éducateurs, etc., les désignations sont                    nesse et pour adapter des méthodes de prévention jugées
multiples pour des stratégies éducatives fondées sur l’hypo-                    parfois stigmatisantes et moralisatrices. Les programmes
thèse suivante : le public, et les jeunes en particulier, sont                  de prévention par les pairs nous invite donc, par la partici-
plus réceptifs à un message si la sensibilisation est menée                     pation effective des jeunes à la construction et à la mise en
par des pairs (7). Ce postulat questionne à la fois la définition               œuvre d’actions, à reconnaître la valeur de la jeunesse et à
de la parité (la notion d’égalité entre pairs et jeunes destina-                améliorer nos pratiques de prévention. Ce qui n’est pas sans
taires de l’information), la qualité de la relation entre pairs,                enjeux pour l’avenir de cette génération et de notre société.
et la cohérence du discours des pairs et de celui des adultes
et professionnels référents. En effet, suffit-il d’avoir le même                                              Éric Le Grand, Jean-Christophe Azorin
profil économique, social, linguistique et culturel pour mieux
se comprendre ? Appartenir à un même groupe défini par
l’âge, le sexe, la classe ou tout autre facteur est-il un gage
automatique d’empathie et de meilleure communication ? Le                         Dossier coordonné par Éric Le Grand, consultant en promotion de
vécu d’un jeune, voire une « formation » ou son expérience                        la santé, et Jean-Christophe Azorin, enseignant, Epidaure – Pôle
d’une période difficile (8), lui confèrent-ils une expertise suf-                 prévention du CRLC Val d’Aurelle, Montpellier.
fisante pour se poser en mentor vis-à-vis d’autres jeunes (9) ?




   Références bibliographiques
 (1) Villet H. dir., Lefebvre A., Frappier M. Les « Suricates » – Projet de    Vanves : CFES, coll. Séminaires, 1996 : 222 p.
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                                                                                             LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012      11
Santé des jeunes.
L’éducation par les pairs :
définition et enjeux
            L’éducation par les pairs en matière de santé connaît actuellement en France un regain
            d’intérêt. Développée par les pays anglo-saxons au cours des années 1970, et dans les
            stratégies de lutte contre le sida en France, cette démarche offre une opportunité de
            repenser la prévention en direction des jeunes. Bref retour sur l’histoire, la définition et
            l’intérêt de cette méthode « exigeante » qui n’est pas sans questionner notre rapport à la
            jeunesse et notre regard sur celle-ci.

    En 2006, dans un dossier de La Santé          recherche de priorités, l’identification        Angleterre, en Suisse et en France, et
de l’homme portant sur la promotion de            des besoins, le choix des stratégies, l’im-     s’accentuant au XXe siècle avec le déve-
la santé des jeunes, un article intitulé          plantation et l’évaluation de la promo-         loppement des coopératives scolaires,
« Le rôle des pairs dans la santé des             tion de la santé. » Dès lors, ce renforce-      des colonies et des camps de vacances.
adolescents » synthétisait les échanges           ment de l’action communautaire ne
tenus lors d’une session des Journées             peut être possible que par le dévelop-             Si ce courant pédagogique existe
de la prévention de l’Inpes (1). L’un des         pement de « véritables » démarches              depuis longtemps, son développement
intervenants indiquait notamment que              participatives impliquant une co-               dans le champ de la prévention de la
« lorsqu’ils sont en difficulté, les jeunes       construction et une co-décision entre           santé des jeunes est apparu récemment
vont essentiellement se confier à des             adultes et adolescents : « Les adultes          en France, notamment lors de l’épidé-
pairs, d’autres jeunes, qui peuvent être          travaillent avec les adolescents de             mie de sida. L’éducation par les pairs
des relais avec les adultes, des média-           manière à les assurer que leurs points          est devenue l’un des moyens les plus
teurs ou des détenteurs d’informa-                de vue sont entendus, valorisés et pris en      adaptés pour transmettre des messages
tions », démontrant ainsi l’intérêt d’une         compte » (5).                                   de prévention (lire l’article de Bruno
éducation par les pairs « à condition de                                                          Spire dans La Santé de l’homme
s’adosser à des professionnels, de suivre            S’il est difficile d’infirmer ou de          n° 419). Toutefois, cette éducation
une méthodologie et de former les pairs           confirmer l’une ou l’autre de ces hypo-         pour la santé par les pairs trouve son
pour garantir leurs compétences » (2).            thèses faute d’études disponibles, cette        origine dans de nombreux programmes
                                                  éducation par les pairs prend corps et          anglo-saxons dès les années 1970. Ces
   Depuis cette date, différents projets          peut, à terme, être une stratégie com-          programmes prenaient acte de l’échec
d’éducation par les pairs ont été mis en          plémentaire d’actions de prévention.            des campagnes de prévention fondées
œuvre en France, ce qui nous conduit                                                              uniquement sur l’apport d’informa-
à nous interroger sur cet essor qui est           L’éducation par les pairs :                     tions, sur la dramatisation des pro-
peut-être le reflet :                             définition (6)                                  blèmes de santé (notamment en utili-
      de l’échec de la prévention tradi-              Si l’idée même de « jeunes éduqués          sant la peur) utilisés comme levier de
tionnelle en direction des jeunes, trop           par des jeunes » apparaît aujourd’hui           changement de comportements. Dès
souvent fondée sur la seule acquisition           comme novatrice en France dans le               lors, il était plus important d’aider le
de connaissances et provoquant incom-             domaine de la santé, Oliver Taramar-            jeune à résister à la pression du groupe
préhension (3), saturation de messages            caz (7) montre dans le domaine péda-            et à développer un certain sens critique
et sentiment de stigmatisation au tra-            gogique que « l’entraide par les pairs a        par rapport à la réalité qui l’entoure.
vers d’une accumulation de théma-                 été mise en œuvre dans des contextes,           Cette dynamique s’inscrit dans le cadre
tiques – sexualité, alcool, drogues, etc.         dans des conditions et pour de multiples        du développement des compétences
(4) – qui fait prévaloir, dans certains           mobiles… Si l’approche pédagogique par          psychosociales, définies par l’OMS en
cas, l’idée d’un jeune « irresponsable »,         les pairs est considérée comme nouvelle         1993, et mises en œuvre en France
dangereux pour lui-même, voire pour               aujourd’hui, elle l’a été siècle après siècle   aujourd’hui par les acteurs de la pré-
les autres ;                                      depuis un millénaire. » Ainsi, cet expert       vention dans leurs programmes.
      d’une plus forte intégration, dans          retrace un mouvement pédagogique
la culture de prévention en France, de            commençant au XVIe siècle, se prolon-              Ainsi, on fait appel au pair (per-
l’application de l’un des axes de la              geant sous des formes diverses jusqu’au         sonne du même âge, de même contexte
charte d’Ottawa : « La communauté doit            XIXe siècle, avec notamment le dévelop-         social, fonction, éducation ou expé-
être activement impliquée dans la                 pement de l’enseignement mutuel en              rience) pour donner de l’information


12   LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012
et pour mettre en avant des types de
comportements et de valeurs. L’éduca-
tion par les pairs est « une alternative
ou un complément aux stratégies
d’éducation à la santé traditionnelles ».
Cette approche éducationnelle repose
sur le fait que « lors de certaines étapes
de la vie, notamment chez les adoles-
cents, son impact est plus grand que
d’autres influences » (8). Voilà la pro-
blématique de l’éducation par les pairs
posée. Elle se fonde sur différents pos-
tulats, faisant le lien avec les caractéris-
tiques de l’adolescence, en termes de
socialisation (les jeunes sont souvent
des sources d’information pour les
autres jeunes de leur âge), de soutien
(ils se tournent plus volontiers vers les
leurs quand ils ont des problèmes),
d’entraide, de phénomène génération-
nel et de connaissance (les jeunes sont
les mieux placés pour reconnaître et
comprendre les problèmes de leurs
pairs) et d’influence sociale positive
pouvant permettre l’adoption de com-
portements favorables.

    C’est donc sur cette question de la        et du jeune, l’éducation par les pairs          réfléchir ensemble, etc.) de change-
proximité d’âge et du postulat – qui           apparaît donc comme un modèle de                ment de mode de vie (plus de coopé-
peut être contesté – de l’égalité entre        « transmission horizontale » d’informa-         ration, etc.), et non pas selon un prin-
les jeunes (du point de vue de l’âge, des      tions, dont l’efficacité semble supé-           cipe d’acquisition de connaissances.
valeurs et des comportements : idée de         rieure à celle, « verticale », des adultes      De même, ces programmes sont davan-
« paritude ») que se fonde l’éducation         et des professionnels. L’éducation par          tage centrés sur les jeunes eux-mêmes,
par les pairs. Elle s’inscrit dans un ques-    les pairs est aussi une éducation entre         sur leur valeur, plutôt que sur des
tionnement autour de la santé des              pairs.                                          thèmes de santé abordés par le prisme
jeunes au regard des actions de préven-                                                        de l’image réductrice d’eux-mêmes en
tion menées par les adultes. Certaines         L’efficacité de l’éducation                     tant que sujets à risque.
études montrent ainsi que les jeunes ne        par les pairs
définissent pas la santé, comme nous,             Différentes études (lire « Pour en               Mais qu’en est-il de l’impact chez les
adultes, professionnels, pourrions la          savoir plus », p. 37), dont notamment le        jeunes qui reçoivent cette éducation
définir. Si pour eux la santé est avant        rapport de l’Inserm (lire l’article p. 17),     par les pairs ? Les effets sont plus diffi-
tout « une forme physique », elle s’inscrit    montrent que les principaux bénéfi-             cilement mesurables en termes de
cependant plus particulièrement dans           ciaires sont avant tout les pairs eux-          changements de comportements de
le domaine de la relation à l’autre, de        mêmes. La mobilisation de groupes de            santé. Cependant, plusieurs effets posi-
la joie de vivre, des relations amou-          jeunes, l’élaboration collective de pro-        tifs peuvent être constatés :
reuses. Les questions d’hygiène, de            jets, la recherche d’informations, l’ac-               une écoute et un intérêt plus
consommation, l’absence de maladie             quisition de techniques d’animation et          importants à ce que proposent ces
n’interviennent qu’en dernière position        de communication, permettent le déve-           jeunes pairs. En effet, le fait qu’un jeune
dans leur définition de la santé. De fait,     loppement personnel, le renforcement            s’exprime ou mette en œuvre une
ils abordent la santé dans une perspec-        de l’estime de soi et l’amélioration des        action (fondée bien souvent sur des
tive globale mêlant aspects physiques,         compétences relationnelles (écoute,             aspects ludiques) procure un regain
sociaux, sentimentaux, et non restreinte       communication, ouverture aux autres).           d’intérêt sur les questions de préven-
à la maladie. Un autre élément impor-          Ainsi, les programmes d’éducation par           tion et de santé ;
tant est à prendre en compte : aborder         les pairs favorisent, d’une part, l’enga-             une amélioration de l’utilisation par
la santé uniquement sous le prisme de          gement social des jeunes dans la santé,         les jeunes des ressources et services (de
« dangers futurs », de « conduites à           domaine qui est a priori éloigné de             santé ou autre). L’éducation par les pairs
risques » a une faible incidence sur leur      leurs préoccupations, et, d’autre part, le      peut, par exemple, mieux faire connaître
comportement car les jeunes se sentent         développement de leur autono-                   le rôle de l’infirmière et de l’assistant(e)
« invulnérables » (9).                         mie (10). L’efficacité de ces programmes        social(e) dans un établissement scolaire,
                                               repose sur le fait qu’ils sont définis          ou dédramatiser le rôle d’un psychiatre
   En raison des caractéristiques              avant tout en termes d’amélioration des         dans un centre médico-psychologique
– sociales et de santé – de l’adolescent       relations humaines (aller vers l’autre,         (CMP), et donc renforcer l’accessibilité à


                                                                                   LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012   13
ces services. Du côté des professionnels             une performance académique supplé-                  aussi faire face au développement de
et des adultes, la littérature scientifique,         mentaire (lire l’article de F. Poletti et           « l’empowerment » des jeunes, car il est
les expériences et projets menés mon-                L. Bertini p. 25). De même, le jeune pair           bien rare qu’à partir de programmes
trent surtout un changement de regard                peut éprouver un certain embarras à                 d’éducation par les pairs qui se construi-
en direction de la jeunesse et un accrois-           gérer des « tensions internes », par                sent à la base sur des thématiques de
sement des échanges entre adultes et                 exemple : « je parle de tabac, alors que            santé, d’autres revendications plus
adolescents. Ces pairs apparaissent peu              je suis fumeur » ; « je parle de préservatif,       larges n’émergent.
à peu comme des « sas », des passerelles             alors que je n’en ai pas utilisé » ou bien
entre le monde adulte et celui des                   à vouloir à tout prix aider l’autre dans            Les enjeux ou questions futures
jeunes, entre le monde des enseignants               ses difficultés. Il peut aussi être mis à           de l’éducation par les pairs
et celui des collégiens-lycéens. Au lycée,           l’écart de la communauté jeune, du fait                 Si actuellement une dynamique se
ces « groupes de pairs » peuvent prendre             de son nouveau rôle, les autres le défi-            crée autour de l’éducation par les pairs,
une place importante à côté des comités              nissant alors comme un « fayot » ou bien            celle-ci perdurera-t-elle et s’inscrira-
d’éducation à la santé et à la citoyenneté           un « bouffon ». Dans toutes ces situa-              t-elle durablement comme une « nou-
(CESC) et des conseils de la vie lycéenne.           tions, le rôle de l’adulte est primordial.          velle » pratique pédagogique complé-
                                                     Il ne doit pas s’effacer du programme               mentaire aux autres stratégies de
Limites de l’éducation                               ni chercher à infiltrer le « milieu jeune »,        prévention ? Permettra-t-elle une partici-
par les pairs                                        mais protéger, garantir aux jeunes pairs            pation accrue des jeunes à l’élaboration
   En dépit de ce tableau idyllique, la              leur identité, leur permettre de rester             des programmes de santé qui les concer-
mise en œuvre de programmes d’édu-                   eux-mêmes, veiller à ce que leur statut             nent ? (11). S’il est difficile d’anticiper les
cation par les pairs est une démarche                ne les marginalise pas. Les adultes doi-            réponses, l’éducation à la santé par les
exigeante, tant pour le jeune pair que               vent être avant tout « des référents ». Il          pairs pose en fait un enjeu majeur de
pour les professionnels référents et                 s’agit donc là d’établir un code                    société : celui de la place, de la valeur,
concernés. Elle peut bousculer tant les              déontologique.                                      de la confiance et de la reconnaissance
pratiques pédagogiques existantes que                                                                    sociale que nous souhaitons accorder à
les rapports de pouvoir, notamment                      Du côté des adultes, le risque d’ins-            la jeunesse aujourd’hui. L’éducation par
dans les relations adultes-jeunes (lire              trumentalisation des groupes de jeunes              les pairs, par le développement d’ac-
les articles de J.-C. Azorin p. 27 et                pairs peut exister (le fait, par exemple,           tions au niveau local et par son inscrip-
F. Chobeaux p. 15).                                  de leur demander de traiter des thèmes              tion dans les politiques de santé des
                                                     de santé qui a priori ne les intéressent            jeunes peut constituer un premier pas
   Du côté du jeune pair, le risque                  pas). Autre risque : vouloir définir les            vers cette reconnaissance et un moyen
consiste à vivre la prévention comme                 actions à la place des jeunes et refuser            de réduire la distance entre la société
un acte de « militantisme », en cherchant            de perdre son positionnement d’éduca-               française et sa jeunesse.
à convaincre à tout prix les autres pairs            teur pour celui d’accompagnateur. Ce
du bien-fondé de leur action ; risque                passage est pourtant nécessaire car il                                               Éric Le Grand
aussi, si l’action se déroule en milieu              permet le développement de l’autono-                                                  Sociologue,
scolaire, d’être considéré comme étant               mie des jeunes. Les adultes peuvent                           consultant en promotion de la santé.




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 Session 4 : l’éducation pour la santé par les       together: giving children and young people a        (9) Bantuelle M., Demeulemeester R. dir. Réfé-
 pairs. En ligne : http://www.inpes.sante.fr/jp/     say. Promoting children and young people’s          rentiel de bonnes pratiques. Comportements à
 cr/pdf/2006/jp2006_session_4.pdf                    participation. HDA 2004.                            risque et santé : agir en milieu scolaire. Saint-
 (2) Schoene M. Le rôle des pairs dans la santé      (6) Le Grand É. Jeunes et conduites à risques ?     Denis : Inpes, 2008 : 132 p. En ligne : http://
 des adolescents. La Santé de l’homme, juillet-      Prévenir par les pairs. Conférence donnée dans le   www.inpes.sante.fr/CFESBases/catalogue/
 août 2006, n° 384 : p. 32. En ligne : http://www.   cadre des Après’M de l’Observatoire de la protec-   pdf/1086.pdf
 inpes.sante.fr/SLH/pdf/sante-homme-384.pdf          tion de l’enfance. Lesneven, 8 avril 2010 : 16 p.   (10) Le Grand É. Sociologie de l’éducation par
 (3) Le Pape M.-C. Familles et école : un partena-   En ligne : http://www.odpe.cg29.fr rubrique Les     les pairs. Quelques réflexions. In : L’éducation
 riat éducatif ? La prévention des conduites à       Après’M de la protection de l’enfance.              par les pairs : bilan d’une expérience euro-
 risques juvéniles en milieu scolaire vue par les    (7) Taramarcaz O. L’approche pédagogique par        péenne et perspectives. Actes du congrès.
 familles. Agora débats/jeunesses, 2010, n° 54 :     les pairs : perspectives historiques. In : Bau-     Nice, 9 juin 2011. Mutualité française, Paca,
 p. 47-59. En ligne : http://www.cairn.info/revue-   dier F., Bonnin F., Michaud C., Minervini M.-J.     2011 : p. 22-27.
 agora-debats-jeunesses-2010-1-page-47.htm           Approche par les pairs et santé des adolescents.    (11) Pommier J., Laurent-Beq A. Analyse d’une
 (4) Peretti-Watel P. Morale, stigmate et préven-    Actes du Séminaire international francophone.       politique régionale de santé des jeunes :
 tion. La prévention des conduites à risque juvé-    Besançon, 5-7 décembre 1994. Vanves : CFES,         l’exemple de la Lorraine. Santé publique, 2004,
 nile. Agora débats/jeunesses, 2010, n° 56 :         coll. Séminaires, 1996 : p. 31-52.                  vol. 16, n° 1 : p. 75-93. En ligne : http://www.
 p. 73-85. http://www.cairn.info/revue-agora-        (8) Glossaire des termes techniques en santé        cairn.info/revue-sante-publique-2004-1-
 debats-jeunesses-2010-3-page-73.htm                 publique de la Commission européenne. En            page-75.htm




14   LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012
L’éducation par les pairs :
attentes et limites
            L’éducation par les pairs présente un intérêt indéniable pour l’éducation à la santé des
            adolescents et des jeunes adultes. Elle a été largement développée et mise en œuvre,
            notamment par les personnes atteintes du VIH-sida, les usagers de drogues et d’autres
            groupes : des personnes directement concernées qui sont intervenues en tant que pairs…
            auprès de leurs pairs. Mais ce n’est pas non plus une recette miracle, et elle ne doit pas
            provoquer un désengagement des adultes par rapport à leurs responsabilités d’interpel-
            lation, d’écoute et de soutien.

                                                                                           sexuel, l’action par des usagers de dro-
                                                                                           gues en milieu d’usagers, l’action plus
                                                                                           récente en milieux festifs liés à la
                                                                                           culture techno (Aides, ActUp, Techno
                                                                                           Plus, Asud, etc.). Des personnes direc-
                                                                                           tement concernées, pensant qu’elles
                                                                                           ont un pas d’avance sur la conscience
                                                                                           des choses, interviennent en tant que
                                                                                           pairs auprès de leurs pairs. Elles pré-
                                                                                           sentent tous les signes d’appartenance
                                                                                           au milieu, parfois ses marques de mala-
                                                                                           dies, et sont reconnues à ce titre. Leurs
                                                                                           discours ne sont pas interdictifs ; ils se
                                                                                           situent dans le large cadre de la réduc-
                                                                                           tion des risques, de leur gestion
                                                                                           raisonnée.

                                                                                              La seconde source est issue de l’ac-
                                                                                           tion humanitaire internationale, avec la
                                                                                           volonté légitime de soutenir l’émer-
                                                                                           gence de dynamiques collectives et
   L’éducation par les pairs a le vent en   pédagogies coopératives, dans le               communautaires dans les actions d’ur-
poupe. Ce dossier de La Santé de            champ de l’animation à l’éducation             gence humanitaire et d’aide au déve-
l’homme, ainsi qu’une rapide recherche      populaire, dans celui de l’action sociale      loppement. Une part de ces actions
sur Internet (écrire « peer education »)    aux actions dites collectives, coopéra-        porte sur le développement de compé-
montre son actualité. Et comment ne         tives, communautaires. On a connu              tences de personnes-relais, et parmi
pas y avoir pensé plus tôt ? Les pairs ne   aussi les « grands frères » et les dérives     celles-ci d’enfants et d’adolescents : la
sont-ils pas les meilleurs interlocuteurs   éducatives et sociales de cette                peer education est là. On ne discutera
de leurs pairs, donc les meilleurs vec-     démarche1. Immenses domaines.                  pas ici des réalités complexes de ces
teurs de bonnes pratiques ? Voici de                                                       dynamiques, simplement de leurs
façon raccourcie le principe qui fonde      Aux origines : mobilisations                   bases théoriques.
cette dynamique.                            communautaires et action
                                            humanitaire                                    Être pair : un positionnement
   L’analyse ne portera ici que sur deux       Deux sources me semblent identi-            difficile et mouvant
aspects de la vaste question posée :        fiables, qui alimentent actuellement             Voici alors que s’expérimentent, en
celui des pairs enfants et adolescents,     nos pratiques éducatives avec des             France, des actions d’éducation à la
avec un centrage sur les questions de       enfants et des adolescents.                   santé par les pairs à l’adolescence,
santé. Ceci parce que l’éducation par                                                     appuyées sur ces deux ancrages histo-
les pairs, dans une lecture large, ren-        La première vient des mobilisations        riques et pragmatiques. Et voici que la
voie dans le champ de la santé aux          communautaires liées à la prévention          machine à penser s’accélère, prenant
démarches de santé communautaire,           de la diffusion du VIH. L’action par des      pour acquis et évident ce qui ne l’est
dans le champ de l’enseignement aux         militants homosexuels en milieu homo-         pas tant que cela. Mon engagement


                                                                               LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012   15
                                                                                                   peine de savoir qui ils sont. Une solu-
                                                                                                   tion médiane consiste à identifier non
                                                                                                   pas les « gentils » volontaires, toujours
                                                                                                   prêts à relayer la parole adulte, mais les
                                                                                                   leaders existants, et à les accompagner
                                                                                                   alors dans leur évolution qui peut être
                                                                                                   porteuse d’identification pour le
                                                                                                   groupe. Et revoici l’histoire de Aides,
                                                                                                   Asud et Techno Plus. Donc procéder
                                                                                                   plus par une identification de ceux à
                                                                                                   soutenir que par des offres vers ceux à
                                                                                                   former.

                                                                                                   Responsabilité des adultes
                                                                                                   et contexte culturel français
                                                                                                      Resteront deux questions, l’une édu-
                                                                                                   cative et l’autre sociétale et culturelle.
                                                                                                   Porter attention à l’éducation à la santé
                                                                                                   par les pairs à l’adolescence ne doit pas
                                                                                                   décharger les adultes de leurs respon-
                                                                                                   sabilités d’interpellation, d’écoute, de
                                                                                                   soutien. On peut même penser que si
                                                                                                   des pairs sont actifs, cela donnera
personnel, professionnel, dans des                qui le maintient pair sans le faire exté-        encore plus de travail à des adultes
actions éducatives conduites auprès               rieur ? Quels degrés de similitude sont          attentifs.
d’adolescents et de jeunes adultes,               nécessaires, quels autres sont néfastes,
ayant à voir avec la santé, croisant les          ou en trop, ou en pas assez ?                        Les contextes culturels disent peut-
questions de la prévention collective                 Et il y a toujours, sous-jacent, le risque   être aussi les limites françaises de la
par les pairs, conduit à formuler                 du « pair-oquet ». Jeune sympathique,            démarche. L’éducation par les pairs
quelques réserves qui viennent relativi-          dynamique, prêt à toutes les bonnes              telle que nous la connaissons est née
ser les aspects peut-être magiques du             actions, il devient le porteur de la parole      dans la culture anglo-saxonne modelée
principe2.                                        sensée des adultes et en relaie les              par le protestantisme. Dans ce cadre,
                                                  bonnes pratiques. Souvent, sa seule pai-         l’individu est collectif, et cette collecti-
   Il ressort de ces observations que la          ritude est son âge, et cela y suffit-il ?        vité est responsable de ce qu’elle fait
mobilisation collective issue de l’in-                Si le pair est totalement comme moi,         car Dieu ne peut pas tout. Alors que la
fluence de quelques-uns ne dure qu’un             que peut-il m’apporter ? Mais s’il sait et       France est principalement de culture
temps, celui du traitement de la ques-            s’il dit des choses pas comme moi, est-il        catholique, avec en conséquence la
tion posée. Il n’y a pas ensuite de conti-        encore moi ? Est-il alors mon pair ? Et          construction d’un rapport direct entre
nuation, ni de transferts sur d’autres            en langage adolescent, s’il me bom-              la personne et son Créateur, sans une
questions. Du moins pas automatique-              barde de bonnes pratiques bien                   telle importance de la collectivité. S’al-
ment. Il en ressort également que l’at-           apprises de l’infirmière scolaire, c’est         lient ici les effets culturels de l’indivi-
tention positive à ses pairs n’a rien             un bouffon, pas un pair… mais un                 dualisation catholique, la conception
d’automatique. Plus les situations sont           « pair-oquet ».                                  de la République mère de tous ses
complexes et perçues comme dange-                     La place du pair serait alors plus un        enfants, la construction jacobine de la
reuses, plus elles se réduisent à un              entre-deux entre le message et son des-          décision politique, pour rendre plus
« chacun pour soi » dans une illusion             tinataire, celle d’un passeur, plus que          difficile la promotion de pratiques col-
auto-protectrice de dernier recours, en           celle d’un porte-parole. Un « juste              lectives participatives et émergentes,
dehors des adeptes convaincus d’un                comme moi-pas complètement comme                 car chez nous l’éducation par les pairs
avenir meilleur toujours possible à               moi » qui sait travailler sur ce subtil          n’est pas – encore ? – culturelle, elle
construire ensemble.                              décalage.                                        reste programmatique.

   Mais, au-delà de ces questions, au                 Revenons sur l’âge particulier de                                         François Chobeaux
fond, il ressort une question centrale            l’adolescence. On sait que le groupe,                         Responsable du secteur Jeunesse,
sur la notion même de pairitude, qui              les groupes d’appartenance sont essen-                    Centres d’entraînement aux méthodes
interroge la notion même de pair.                 tiels et que nombre de conformismes                                 d’éducation active (Ceméa).
                                                  juvéniles trouvent là leurs sources, en
Du pair au passeur :                              bien et en moins bien. Il est alors plus
pour un subtil décalage                           pertinent de chercher les moyens d’agir          1. Clientélisme, reproduction sexuée des rapports de
   Le pair est dit ainsi car il est               sur les dynamiques internes collectives          force, idéologie familialiste, enfermement culturel et
« comme ». Mais s’il est comme, com-              de ces groupes par l’action éducative            ethnique, etc.
                                                                                                   2. Chobeaux F. La prévention par les pairs : attentes et
ment peut-il être différent ? Comment             que par la tentative d’y introduire des          limites. Le Courrier des addictions, 2011, vol. 13,
se travaille alors le décalage nécessaire         agents modificateurs, alors bien en              n° 3 : p. 13-14.



16   LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012
Place de l’éducation par les pairs
dans la santé des jeunes
            Que disent les études scientifiques sur l’éducation par les pairs ? Une expertise collective de
            l’Inserm a passé en revue les études scientifiques au niveau international. Elle inscrit cette
            stratégie comme complémentaire des autres méthodes de prévention traditionnelles.


   En France, l’Inserm a publié, en juin     supervision effective pendant toute la       tions et leur capacité à communiquer
2001, une expertise collective sur le        durée du processus, de manière à évi-        avec les élèves et aussi avec les adultes.
thème : Éducation pour la santé des          ter les dérapages des pairs ou leur mise
jeunes : démarches et méthodes. La           en difficulté (…) La formation conti-         Effets sur les modifications
question de l’éducation par les pairs        nue (ou la supervision) des pairs,            comportementales des publics
est traitée dans le chapitre intitulé « À    apparaissent indispensables ». Les                Les experts soulignent « le manque
propos des démarches participatives          adultes aussi doivent être formés : en        d’évaluations quantitatives formali-
en éducation pour la santé et de             effet, on leur demande des « ajuste-          sées et rigoureuses permettant d’appor-
quelques supports ». À partir d’ana-         ments importants » afin d’accorder aux        ter un éclairage sur les effets sur les
lyses d’études scientifiques au niveau       élèves des responsabilités accrues.           comportements » des jeunes qui béné-
international, l’Inserm précise certains     L’expertise souligne l’intérêt d’un           ficient de cette éducation par les pairs.
points qui gardent – bien que datant         observateur externe pour aider à ana-         Même prudence pour toute comparai-
de 2001 – toute leur pertinence au           lyser la situation.                           son entre l’efficacité des pairs et les
regard des articles présents dans ce                                                       professionnels : « L’analyse de la litté-
dossier de La Santé de l’homme. L’ex-           L’un des obstacles majeurs pointé          rature ne fournit pas de preuve de la
pertise précise tout d’abord que             par l’Inserm – et par ailleurs souligné       “supériorité” des programmes animés
« Parmi les démarches qui ont tenté de       par de nombreux auteurs de ce dos-            par des pairs éducateurs par rapport
renforcer la position des élèves en tant     sier – est la difficulté de pérenniser ce     aux interventions menées par des
qu’acteurs de l’éducation et de la pro-      type de programme : « Un enjeu fon-           adultes », même si par ailleurs, le fait
motion de la santé, les approches par        damental, en particulier pour les pra-        que ce soit un jeune qui mène l’action
les pairs (…) ne constituent qu’une          ticiens du milieu scolaire, consiste en       produit des effets positifs dans la
stratégie complémentaire possible et ne      la pérennité de tels processus (…) En         réception de l’information. « Dans cer-
doivent pas se substituer aux services       pratique, seuls quelques articles témoi-      taines conditions, dont la première est
professionnels existants ni dédouaner        gnent explicitement d’une inscription         l’exigence de la formation et de la
les adultes de leurs responsabilités ».      dans la durée de l’approche par les           supervision, il semble bien cependant
L’Institut souligne aussi l’intérêt pre-     pairs », avertit l’Inserm.                    qu’elles puissent être tout aussi effi-
mier des échanges par les pairs : « Les                                                    caces ». Et l’Inserm de conclure : « L’ap-
pairs représentent une importante            Effets sur les pairs investis                 proche par les pairs représente une
source d’information, de soutien,               L’un des constats majeurs de cette         ressource potentielle qui peut être envi-
d’identification, alors que la commu-         expertise est que les « pairs éduqués et      sagée en complémentarité, mais cer-
nication avec les adultes est souvent        formés » sont les premiers bénéficiaires      tainement pas en substitution, des
plus difficile ».                            de cette démarche. Les effets sont            programmes et des responsabilités des
                                             « massivement reconnus ». Premier             adultes. Une question primordiale
Recommandations                              bénéfice constaté : « Le sentiment de         consiste alors à définir précisément le
    Malgré l’importante hétérogénéité        développement personnel, de compé-            rôle attribué aux jeunes et aussi ses
des programmes, l’Inserm n’en dégage         tences générales et d’empowerment »           limites ».
pas moins un corpus de constats              (…) L’amélioration du sentiment d’es-
convergents : « Tous les auteurs s’ac-       time de soi des pairs est relevée à plu-                                         Yves Géry,
cordent pour noter qu’il s’agit d’une        sieurs reprises (…), elle constitue l’ap-                                Rédacteur en chef.
démarche exigeante (…) Le cadre,             port personnel le plus souvent évoqué
l’adhésion institutionnelle, les objectifs   par les pairs ». Ce sentiment de déve-
et les limites du mandat des jeunes doi-     loppement personnel des pairs se tra-
vent être précisément négociés et            duit « en termes de confiance en soi,           Pour en savoir plus
définis avec les jeunes, mais aussi avec      d’affirmation de soi ou d’efficacité           Pour consulter l’expertise : www.inserm.fr,
les équipes éducatives (…) Cette             personnelle (…) ». Ainsi, les pairs for-       puis onglets « Santé publique » puis
approche suppose non seulement une           més développent des compétences                « Expertises collectives ».
formation initiale mais aussi une            relationnelles améliorant leurs rela-


                                                                               LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012   17
Québec : l’intervention par les pairs
investit la promotion de la santé
             Au Québec, l’intervention par les pairs est florissante. Elle est largement développée auprès
             des populations stigmatisées : prévention de la transmission du VIH, actions auprès de
             populations précarisées, etc. Si ces interventions ont incontestablement permis de renforcer
             la participation des publics concernés, les résultats de ces programmes demeurent inégaux.
             Deux principaux risques d’échec apparaissent : la non-reconnaissance de l’action du pair et
             la difficulté de le recruter.

    L’intervention par les pairs s’est lar-       La reconnaissance du pair                          Les champs d’intervention
gement développée au Québec au                    dans la communauté                                 du pair
cours des dernières décennies. Les                    L’idée de « pair » n’est pas nouvelle,           L’intervention par les pairs s’intègre
savoirs expérientiels des pairs permet-           puisque tout le monde est entouré de               dans trois grands paradigmes d’inter-
tent de toucher la communauté et de               pairs, dans la mesure où le pair désigne           vention : l’influence sociale, la res-
soutenir la prévention et la promotion            le semblable. Ce caractère du sem-                 source sociale ou le relais social.
de la santé. Toutefois, les principaux            blable s’exprime à travers des fonc-
risques d’échec sont la non-reconnais-            tions, des statuts, des rôles, des posi-           Influence sociale
sance de l’action du pair et de son rôle          tions et des valeurs qui sont similaires.              Le paradigme de l’influence sociale
social, ainsi que la difficulté de recruter       Ainsi, la notion de pair s’enchâsse                constitue certainement le champ d’action
des pairs. Ces interventions ont néan-            directement dans la question de l’iden-            le plus évident lorsqu’il est question d’in-
moins clairement contribué à bousculer            tité, du lien et donc de l’appartenance.           tervention par les pairs auprès des
les modèles habituels d’intervention,             Mais, la ressemblance dans la fonction,            jeunes. La littérature abonde pour pré-
en renforçant particulièrement la parti-          le statut, le rôle ou la position ne suffit        senter, décrire et évaluer ces modèles
cipation des publics concernés.                   pas à fixer la notion de pair. Encore              d’intervention d’inspiration éducative,
    Au Québec, l’intervention par les pairs       faut-il associer à cette ressemblance              où le rôle du pair est défini autour des
comme stratégie et outil d’intervention           une relation suffisamment forte pour               mécanismes d’influence qu’il peut utili-
s’est répandue sous de multiples formes,          que « l’autre » soit reconnu comme un              ser auprès de ses proches, dans une
dans divers champs d’intervention et              pair. Dès lors, la notion de pair est une          logique de prévention ou de promotion
auprès de publics différents (1, 2). Ce           notion dynamique où l’interaction                  de changements de comportements,
développement s’appuie sur un postulat            entre « le soi » et « l’autre » va définir cette   d’attitudes et de valeurs. Ce paradigme
originel selon lequel les pairs pourraient        ressemblance par la relation entrete-              s’appuie sur les perspectives de l’appren-
jouer un rôle spécifique, d’une part en           nue. Par conséquent au Québec, la                  tissage social : il soutient que le pair, par
prévention des difficultés que rencon-            notion de pair s’inscrit nécessairement            la proximité de sa relation avec son sem-
trent les jeunes ou d’autres populations          dans l’idée d’une communauté, que                  blable, peut jouer un rôle de modèle ou
vulnérables, et d’autre part dans une             celle-ci soit attachée à un comporte-              être perçu comme tel par celui visé par
dynamique de promotion de change-                 ment partagé, une difficulté, un trouble           l’intervention. Ainsi, au Québec, de
ment de comportements, de valeurs ou              ou un mode de vie.                                 nombreux programmes de prévention/
d’attitudes (3). En effet, les champs d’ap-           L’approche par les pairs s’appuie              promotion auprès des jeunes (sur le
plication de l’intervention par les pairs         sur cette dynamique de relation. Le                tabagisme, la drogue, la sexualité, le har-
sont vastes et vont de l’éducation à la           nouveau rôle endossé par le pair au                cèlement/racket) soutiennent des inter-
santé jusqu’à l’insertion sociale. Mais une       sein de sa communauté et dans le                   ventions dans lesquelles les pairs peu-
idée commune les relie : octroyer un              cadre d’une intervention permet de                 vent prendre un rôle actif. L’enjeu de ce
nouveau rôle au pair : celui de médiateur,        structurer l’approche et de soutenir sa            paradigme demeure celui de leur recru-
de « passeur ». Ainsi, dans le champ de           pertinence, son efficacité du point de             tement : suffisamment proches des
l’éducation, le pair n’est plus simplement        vue de l’action préventive ou de la                modes de comportements préconisés,
un étudiant ; dans celui de la santé, un          promotion de la santé (4). Cette dyna-             mais toujours à proximité des jeunes
malade ou un patient ; dans celui de l’in-        mique prend maintenant la forme d’un               visés, afin d’être perçus comme des
sertion, une personne exclue ou margi-            soutien public réel aux interventions              pairs. Les intervenants adultes conser-
nalisée. Ce travail à la construction et à la     qualifiées de « par et pour », dans une            vent un rôle déterminant pour la défini-
réalisation d’un rôle différent constitue le      logique de reconnaissance de la parti-             tion du cadre, des objectifs et des moyens
cœur de l’approche de l’intervention par          cipation des personnes aux prises                  d’action en prévention/promotion des
les pairs.                                        avec des difficultés (2).                          changements de comportements.


18   LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012
Ressource sociale
    Le paradigme de la ressource sociale          Exemples d’approche par les pairs au Québec
s’ancre plus globalement dans un modèle
de santé où la question des réseaux               Institutionnels
sociaux et du soutien social devient une          En milieu scolaire (secondaire et collégial) : nombreux projets de supports destinés aux élèves qui
condition nécessaire – mais non suffi-            éprouvent des difficultés (prévention du suicide, de la toxicomanie, du harcèlement/racket, etc.).
sante – pour améliorer le mieux-être des          Alternatifs
individus. Le rôle du pair se définit autour        Groupe d’intervention alternative par les pairs (Giap). En partenariat avec divers organismes
des relations d’entraide, d’échanges qu’il        communautaires, prévention de la transmission du VIH, des infections transmissibles sexuellement
entretient pour assurer son bien-être et          et par le sang, de l’hépatite C, et réduction des méfaits liés à la toxicomanie chez les jeunes en
celui des autres. Son intervention s’ap-          situation de précarité qui fréquentent les quartiers centraux de Montréal. Par le biais de l’empower-
puie alors sur les alliances et la circularité    ment, vise la reprise en charge de leur santé globale.
des expériences. Les pairs sont ainsi ins-          Service Inter-guide. En partenariat avec divers organismes communautaires, prévention de la
titués comme un groupe, lequel en se              criminalité auprès de jeunes issus de communautés ethniques, de leurs familles et d’autres acteurs
créant et en se maintenant devient une            d’importance du milieu (intervenants en milieu social, policiers), en s’appuyant sur le concept de
ressource pour l’ensemble de ses                  « malaise identitaire ».
membres. Empruntée aux modèles d’in-                Stella. Une initiative « par et pour » les travailleuses du sexe (tous âges confondus) pour amélio-
tervention développés par les groupes             rer leur qualité de vie, sensibiliser et éduquer l’ensemble de la société aux différentes formes et
d’entraide anonymes (AA, NA, etc.), sou-          réalités de ce travail, afin que les travailleuses du sexe aient les mêmes droits à la santé et à la
tenue par l’idée du « groupe-commu-               sécurité que le reste de la population. Favorise la création de plateformes d’échange sur le travail
nauté », cette approche par les pairs s’est       du sexe aux niveaux municipal, provincial, national et international.
diversifiée, passant d’une dynamique de
groupe thérapeutique à une mobilisation
politique en vue d’actions collectives. Au       traducteurs des deux mondes, leur                    conventionnels de l’intervention, en
Québec, ce paradigme est largement               action préventive et de promotion vise               renforçant la participation des publics
développé auprès des populations stig-           à rapprocher les deux univers en agis-               concernés par une intervention, du
matisées (personnes souffrant de pro-            sant comme des médiateurs ou des                     type préventif, clinique ou politique.
blèmes de santé mentale, usagers de              « passeurs ». Ces interventions exigent
drogues, transsexuels, etc.). In fine, l’en-     un dispositif complexe de relations par-                                                 Bellot Céline
jeu demeure la circularité de l’interven-        tenariales, de reconnaissance mutuelle                                          Professeure agrégée,
tion, qui, si elle constitue un répit pour       et d’adaptation perpétuelle (2). La for-                                   responsable de la maîtrise,
les personnes stigmatisées, ne parvient          mation et le suivi constants de tels types                                            Jacinthe Rivard
souvent pas à modifier de manière                de projets, posés en équilibre entre                                               Chargée de cours,
importante le regard social sur ces per-         deux mondes, constituent les défis les                                 coordonnatrice de recherche,
sonnes, confinant de fait les individus          plus importants des interventions déve-                                       École de service social,
dans un réseau social étroit dont il est         loppées dans ce paradigme.                                           université de Montréal, Québec.
difficile de sortir.
                                                 Des résultats inégaux
Relais social                                        Au Québec, l’intervention par les
                                                                                                           Références
    Le paradigme du relais social a              pairs est florissante (voir quelques
émergé plus récemment. Il prend forme            exemples dans l’encadré ci-dessus). La                    bibliographiques
davantage dans un modèle social qui              construction de modèles d’action fon-                  (1) Provencher H., Lagueux L., Harvey D.
tente de trouver de nouvelles façons de          dés sur la proximité et sur le savoir                  Quand le savoir expérientiel influence nos
rebâtir le lien social et les solidarités        expérientiel des personnes pour soute-                 pratiques… l’embauche de pairs aidants à
dans notre société moderne éclatée et            nir la prévention et la promotion se                   titre d’intervenants à l’intérieur des services
fragmentée. Ce paradigme se distingue            décline de diverses manières, mais ne                  de santé mentale. Pratiques de formation –
des deux premiers en s’attardant davan-          conduit pas toujours aux résultats                     Analyses, janvier-juin 2010, n° 58-59 :
tage sur les exigences de la cohabita-           escomptés, tant pour le pair que pour                  p. 155-174.
tion et du mieux vivre ensemble, plutôt          la personne aidée. En effet, l’instrumen-              (2) Bellot C., Rivard J., Greissler E. L’interven-
que sur une dynamique de rapproche-              talisation de ce type d’intervention –                 tion par les pairs : un outil pour soutenir la
ment des jeunes avec le reste de la              par les adultes qui l’ont conçue, le                   sortie de rue. Criminologie, 2010, vol. 43,
société. Le pair est alors celui qui, en         milieu institutionnel qui le chapeaute                 n° 1 : p. 171-198.
appartenant à des mondes sociaux                 ou encore le bailleur de fonds qui le                  (3) Shiner M. Defining peer education. Journal
opposés, différents, construit des pas-          finance – la non-reconnaissance de                     of adolescence, 1999, vol. 22, n° 4 : p 555-
sages symboliques ou réels entre ces             l’action et du rôle social du pair, les                556.
mondes. Dans ce paradigme, les pairs             difficultés à soutenir le travail de véri-             (4) McDonald J., Roche A.-M., Durbridge M.,
sont placés au cœur de dispositifs où            tables pairs vivant, eux aussi, des diffi-             Skinner N. Peer education: From evidence to
ils vont devoir agir tant dans le monde          cultés, la pertinence et l’adéquation de               practice. An alcohol and other drugs primer.
de la marginalité dont ils sont proches,         la formation des pairs, sont au nombre                 National Centre for Education and Training on
que dans le monde de la conventiona-             des déceptions recensées. Pour autant,                 Addiction (NCETA), Flinders University, Ade-
lité des services de santé et sociaux            ces interventions ont contribué à leur                 laide, South Australia 2003.
auxquels ils sont rattachés. Véritables          manière à refaçonner les modèles


                                                                                          LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012        19
Mission locale de Beaune :
des jeunes sensibilisés
par leurs pairs sur la santé
              La mission locale de Beaune en Côte-d’Or a formé une équipe de pairs pour mieux faire
              passer l’information et la prévention auprès des jeunes. Une initiative soutenue par le haut-
              commissariat à la Jeunesse et aux Solidarités actives.

    Depuis novembre 2010, un groupe                   Éducation par les pairs,                             politiques territoriales de santé des
de jeunes, encadré par des conseillers                partenariat, participation                           jeunes en situation d’insertion.
de la mission locale de l’arrondisse-                   La mission locale a retenu trois
ment de Beaune en Côte-d’or, anime                    modalités essentielles d’action.                           Le sens du relais santé pour les
un relais santé. L’objectif est d’amélio-                                                                  jeunes : leur participation doit leur per-
rer l’information sanitaire de leurs pairs                  L’éducation par les pairs : le relais          mettre de progresser dans leur projet
et de les impliquer dans la prévention                santé est construit par et pour les                  professionnel. Aussi, les candidats rete-
et l’éducation à la santé, en s’appuyant              jeunes, il est encadré par deux                      nus ont des perspectives dans les
sur des partenaires identifiés et les élus.           conseillères, et des limites sont fixées             domaines de la santé, du social ou de
L’expérimentation est soutenue par le                 pour rester dans le domaine de la trans-             l’animation. Les rencontres avec les
haut-commissariat à la Jeunesse et aux                mission d’information (et non dans la                partenaires, les élus, la dynamique de
Solidarités actives (lire l’encadré                   résolution de problématiques de santé).              construction d’un projet, le sentiment
ci-dessous).                                          La santé est rarement une priorité pour              d’être utile, valorisé et reconnu sont
                                                      les jeunes usagers des missions locales,             complétés par un appui renforcé de la
   Le choix a été fait d’utiliser le Ser-             d’autant qu’elle touche beaucoup à l’in-             mission locale.
vice civique volontaire, d’une part,                  time, au vécu et qu’elle peut susciter
pour donner à ces jeunes un statut à la               certaines appréhensions. Pour les                    Diagnostic auprès
hauteur de leur engagement citoyen,                   dépasser, seules des actions conçues                 de cinq cents jeunes
et, d’autre part, pour assurer la conti-              par des jeunes peuvent toucher leurs                     Dans le cadre du Relais santé jeunes,
nuité de l’action. Pendant la phase                   homologues.                                          un diagnostic santé a été réalisé auprès
expérimentale (octobre 2010 à juillet                                                                      de cinq cents jeunes suivis à la mission
2011), neuf jeunes filles se sont enga-                    L’implication des élus et des parte-            locale de Beaune et dans ses antennes1.
gées à développer le « Relais santé                   naires : le projet ne vise pas à créer un            Il a permis aux douze jeunes filles ayant
jeunes », trois autres ont aujourd’hui                pôle santé au sein de la mission locale,             animé le relais santé depuis 2010 de
pris la suite.                                        mais incite à la prise en compte par les             déterminer les actions de prévention et
                                                                                                           d’information à mettre en place.

 Jeunes hors du système scolaire : souvent à l’écart                                                           Neuf problématiques de santé ont
 de la prévention                                                                                          ainsi été identifiées : l’accès aux soins,
                                                                                                           le handicap, la sécurité routière, la
 Le projet de création du « Relais santé jeunes » a été retenu puis financé par le haut commissariat       violence, la sexualité, les addictions, la
 à la Jeunesse et aux Solidarités actives au regard d’un triple constat :                                  précarité, les troubles alimentaires, le
    les politiques publiques de santé pour la jeunesse s’articulent autour de la protection maternelle     mal-être/la dépression. Les jeunes
 et infantile pour les tout-petits et la médecine scolaire. Rien n’est organisé pour les jeunes ayant      filles relais ont rencontré l’ensemble
 quitté l’école alors qu’ils peuvent représenter 20 % de la tranche d’âge des 16-25 ans ;                  des acteurs du secteur sanitaire et
    pour la très grande majorité des jeunes suivis par la mission locale, la santé se résume aux seuls     social, tant pour construire un réseau
 aspects biologiques et, de ce fait, ils s’estiment en bonne santé. De plus, nombre d’entre eux ont        de partenaires que pour s’informer sur
 quitté tôt le monde scolaire et n’ont pas forcément bénéficié ou prêté attention aux actions d’infor-     les thèmes évoqués précédemment et
 mation et de prévention qui pourraient les concerner ;                                                    définir avec les professionnels leurs
    les conseillers de la mission locale constatent également que l’environnement social et psycho-        modalités d’actions. Elles ont réalisé
 logique et les comportements (modes de consommation, précarité du travail, vécu de l’adoles-              un guide santé sous la forme d’un
 cence) sont des freins à l’insertion sociale et professionnelle des jeunes, confrontés – en particulier   agenda perpétuel pour les jeunes afin
 en milieu rural –, à l’absence ou la faiblesse des réponses au niveau de l’organisation des services      de faciliter l’accès à l’information du
 de santé.                                                                                                 public accueilli en mission locale et
                                                                                                           par les professionnels partenaires2.


20   LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012
    Le relais santé a aussi testé différents
processus d’animation autour d’actions
de prévention : théâtre d’improvisation,
animation mono ou multithématique,
exposition itinérante, etc., pour définir
un cadre d’intervention qui réponde au
mieux aux attentes des jeunes. Enfin,
une lettre mensuelle et une page Inter-
net sur un réseau social ont été créées :
la lettre d’information fait vivre le parte-
nariat, et le réseau social permet d’être
en relation directe avec les jeunes.

Des actions de prévention
mises en place
    Dans un premier temps, une expo-
sition itinérante, qui consistait à déve-
lopper les neuf thèmes de santé choisis,
a été présentée dans plusieurs lieux,
notamment les missions locales.

   Puis des demi-journées de préven-
tion ont été organisées sur trois cantons
(Seurre, Pouilly-en-Auxois et Beaune)
sous la forme d’ateliers. Après ajuste-
ment, les trois jeunes filles relais qui ont
poursuivi le programme ont créé des
ateliers d’animation menés par binôme,         naire essentiel dans la rencontre avec           Le Relais santé jeunes réalise donc ses
au rythme d’une demi-journée par mois          les jeunes. Le retour des ateliers nous       objectifs de répondre aux besoins,
sur un thème donné, et sur tous les            montre que les jeunes posent plus faci-       connus ou inconnus, des jeunes de la
cantons (Beaune, Nuits-Saint-Georges,          lement des questions sur leur santé à         mission locale tout en associant les par-
Seurre, Saint-Jean-de-Losne, Pouilly-          leurs pairs plutôt qu’à des adultes.          tenaires et les élus. Par cette approche
en-Auxois, Arnay-le-Duc) afin de tou-                                                        d’éducation par les pairs, il crée une
cher un plus grand nombre de jeunes.               Le principal obstacle rencontré dans      dynamique territoriale qu’il aurait été
                                               le fonctionnement du relais santé est la      plus difficile à mettre en œuvre de façon
    Les ateliers, souvent co-animés par        mobilisation des jeunes, fragile pour         plus institutionnelle. Il montre aussi de
des professionnels, ont été construits de      plusieurs raisons : difficultés de mobi-      manière forte que les jeunes peuvent et
façon ludique et interactive. Ainsi, un jeu    lité, communication à développer, etc.        savent s’engager. Enfin, au-delà de l’ana-
basé sur des questions/réponses a été          Néanmoins, les jeunes présents jugent         lyse des porteurs de projet, ce pro-
créé pour l’atelier sur les addictions et le   positivement les différentes actions          gramme d’éducation par les pairs a été
mal-être ; un parcours avec des pan-           proposées, ils en sont demandeurs,            évalué en externe, et les résultats seront
neaux de signalisation a été réalisé pour      notamment dans les cantons où ils sont        publiés au dernier trimestre 2012.
la sécurité routière. Les thèmes abordés       plus isolés. Pour la plupart, les quelques
pendant l’année 2011-2012 ont été : la         heures passées avec les animatrices du                    Béatrice Bourgeois, Marie Clerc,
sécurité routière, la sexualité, la préca-     relais santé leur ont apporté de nou-                                      Marion Noirot
rité, les addictions, le mal-être et le han-   velles connaissances (sur le handicap,                                                 Animatrices,
dicap. Le choix des ateliers est validé par    la sexualité, l’importance d’une alimen-                    Béatrice Certain, Barbara Clerc
un Groupe d’animation jeunes et un             tation équilibrée, etc.).                                                            Référentes,
comité de pilotage3.                                                                                               Relais santé jeunes, Beaune.
                                                   Au niveau financier, au-delà de la
Quel avenir pour le Relais santé               participation de l’ensemble des cent
jeunes ?                                       quatre-vingt-quatorze communes de              1. Sur la base d’un questionnaire élaboré avec la
                                                                                              caisse primaire d’Assurance Maladie puis partagé
    Dans une optique de pérennisation          l’arrondissement au financement de la          avec les élus et les partenaires lors du comité de pilo-
du dispositif, les pairs vont bénéficier       mission locale, le projet reçoit, pour son     tage (via quatre réunions sur le territoire).
                                                                                              2. Le contenu du « Guide santé » a été collecté par les
d’une formation en interne. Les anima-         fonctionnement, le soutien de l’agence         animatrices du relais santé auprès des professionnels
trices du relais santé formeront aussi         régionale de santé. D’autres partenaires       de la santé et du social de l’arrondissement de
tout nouveau pair pour assurer la conti-       se sont associés sur des projets et théma-     Beaune.
                                                                                              3. Le Groupe d’animation jeunes permet de vérifier
nuité du dispositif.                           tiques spécifiques (Mildt, Fondation           que les thèmes correspondent aux attentes des jeunes.
                                               Dexia, etc.). La négociation en cours          Il a pour but de partager, échanger et interagir sur la
   Nous avons constaté que les profes-         d’un contrat local de santé devrait per-       façon de promouvoir et de prévenir la santé par les
                                                                                              pairs. Il se fonde sur le même principe que le comité
sionnels et les organisations territoriales    mettre d’inscrire le Relais santé jeunes       de pilotage qui permet aux partenaires et aux élus de
considèrent ce relais comme un parte-          dans la politique territoriale de santé.       travailler avec les membres du « Relais santé jeunes ».



                                                                                  LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012          21
Des « correspondants santé »
dans les lycées des Côtes-d’Armor
             Dans le département des Côtes-d’Armor, durant l’année scolaire 2011-2012, quarante
             lycéens « correspondants santé » ont été formés pour faire passer l’information en matière
             de prévention et d’accès aux soins auprès de leurs pairs. Le rôle de l’animatrice santé, qui
             a assuré le suivi et le lien entre les lycéens, les correspondants santé et l’équipe éducative,
             a été essentiel.

    La Maison des adolescents des Côtes-          travail en commun entre équipes éduca-        accompagne les jeunes correspondants,
d’Armor a expérimenté, de septembre               tives et correspondants santé2, avec un       diffuse des connaissances, apporte son
2010 à mars 2012, un dispositif de « cor-         double objectif : faire connaître les ser-    concours à la réflexion, favorise l’expres-
respondants santé » dans une dizaine de           vices ressources3 et diffuser par et entre    sion des jeunes – tout en les modérant
lycées du département. Cette expéri-              pairs l’information en prévention pour        un peu si nécessaire –, joue le rôle de
mentation, financée par la Mission d’ani-         que les jeunes se l’approprient.              catalyseur des échanges entre jeunes et
mation du fonds d’expérimentation jeu-                « Tu me dis, j’oublie. Tu m’enseignes,    adultes, etc. Elle est extérieure à l’établis-
nesse (MAFEJ), prend appui sur le livre           je me souviens. Tu m’impliques, j’ap-         sement, ce qui facilite une certaine neu-
vert Reconnaître la valeur de la jeunesse         prends », disait Benjamin Franklin ; le       tralité et rend l’action pérenne. C’est elle
(lire l’article d’A. Pretari et M. Valdenaire     réseau de correspondants santé posi-          qui instaure des temps d’échange d’égal
p. 32) qui stipule la nécessité de mettre         tionne les jeunes comme sujets et non         à égal avec les infirmières, CPE, assistants
en œuvre des relais de prévention dans            comme cibles passives d’un message de         sociaux. La confiance des jeunes envers
le domaine de la santé. Il fallait effective-     prévention standardisé, ne prenant en         l’équipe éducative s’en est trouvée ren-
ment commencer par reconnaître aux                compte ni leur singularité ni l’environ-      forcée. Et quelques élèves ont par la suite
jeunes de la valeur, des compétences et           nement territorial et social. L’expérimen-    sollicité un membre de cette équipe pour
de l’énergie pour bâtir en confiance, et          tation a permis de constater que les          des demandes personnelles.
avec eux, un projet innovant.                     jeunes sont sensibles à l’instauration            Les prérogatives des correspondants
                                                  d’échanges durables et à la prise en          santé ont été définies et des limites
Inciter les jeunes à consulter                    compte de leur opinion. Ils tiennent éga-     posées. Ainsi, toutes les précautions ont
les services compétents                           lement à proposer des actions et à se         été prises pour qu’ils restent dans leur
    Force est de constater que les articles       faire les porte-parole d’autres lycéens.      rôle de vecteur d’information, ne se trou-
publiés dans la presse, les flyers, affi-         C’est ainsi que des expositions, cinés-       vent jamais en difficulté par rapport à
chettes, actions et sites Web d’informa-          débats ont pu être organisés parmi            une demande particulière d’un autre
tion de prévention en santé – qui ne font         d’autres activités (ouverture d’un point      jeune. En effet, ils n’ont pas à endosser
pourtant pas défaut – ont leurs limites           info-santé, présentation d’outils particu-    le rôle de sentinelle et doivent impérati-
en termes d’efficacité. De surcroît, le           liers, visites de services, etc.).            vement réorienter une demande d’aide
taux de suicide enregistré en Bretagne                Les dix lycées sollicités ont décidé de   individuelle vers les professionnels de
se situe à des niveaux particulièrement           participer à cette expérimentation4. En       l’établissement. L’animatrice santé a par-
élevés depuis un certain nombre d’an-             deux ans, soixante jeunes se sont enga-       ticulièrement veillé à conserver ce
nées (tout comme au niveau national),             gés comme correspondants santé, majo-         positionnement.
en particulier chez les 15-24 ans1. Pour          ritairement des internes, disponibles
rendre les jeunes acteurs de leur santé,          pour des rencontres mensuelles (hors          Une charte d’engagement
un réseau de lycéens « correspondants             heures de cours). Le réseau s’est étoffé      partagé
santé » a été mis en place en Côtes-d’Ar-         et partiellement renouvelé d’une année           Pour formaliser l’engagement et
mor. Il a pour mission d’atténuer en              sur l’autre : ainsi environ quarante cor-     cadrer les échanges, une Charte du cor-
nombre et en gravité les comportements            respondants santé étaient en fonction         respondant santé5 a été élaborée. Des
à risques, amener les jeunes en difficulté        lors de l’année scolaire 2011-2012, pour      outils d’échange et de suivi ont été mis
à identifier leurs besoins, les guider pour       un public bénéficiaire d’environ cinq         en place. Les professionnels ressources
repérer et solliciter les différents services     mille cinq cents élèves.                      ont été repérés au sein de chaque éta-
mis à leur disposition.                                                                         blissement. Les fondamentaux avant
                                                  L’animatrice de santé : médiatrice            toute intervention ont été rappelés : dia-
   Dans certains cas, le plus convaincant             La clé de voûte du projet réside dans     logue avec leur famille, le médecin trai-
des prescripteurs pour un jeune c’est l’un        la relation de confiance tripartite entre     tant, etc. Dans un second temps, les
de ses pairs. Pour actionner ce levier, la        l’animatrice de santé, les élèves et          correspondants santé ont bénéficié de
Maison des adolescents a fait le pari d’un        l’équipe éducative. L’animatrice de santé     modules d’information pour améliorer


22   LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012
leur connaissance des services et profes-        professionnels des lycées (visite chez          à compter de septembre 2012. L’objectif
sionnels ressources (santé, social, orien-       l’infirmière, rencontre de l’assistante         sera de continuer à capitaliser l’expé-
tation, etc.). Un carnet de bord réunit          sociale), mais aussi en termes de prise en      rience du projet et peut-être même de le
toutes ces informations. Échanges et             compte des « problématiques de santé »          développer encore.
suggestions sont consignés par écrit et          que les correspondants santé pouvaient
un point périodique est effectué. Le             dès lors mieux percevoir par leur dialo-                                              Daniel Merrien
réseau de correspondants santé s’est             gue avec d’autres jeunes. Dans certains                                                   Coordinateur,
également appuyé sur l’utilisation des           établissements, un « espace santé » a été                                          Svetlana Riverain
nouveaux médias : page Facebook,                 créé et animé par les jeunes eux-mêmes.                                       Animatrice santé,
SMS, messagerie Internet.                        Des campagnes d’information sur la                         Maison des adolescents, Saint-Brieuc.
                                                 contraception d’urgence ont été organi-
Des professionnels davantage                     sées dans les établissements. Enfin, l’ex-
                                                                                                  1. http://orsbretagne.typepad.fr/TB_suicide_2012/
sollicités                                       périmentation a permis de mieux                  MORTALITE/FICHE-MORTALITE.pdf
    Il ressort de l’évaluation qui a été faite   connaître les professionnels ressources          2. Une dizaine de lycées publics et privés, d’enseigne-
de ce dispositif par un professionnel            extérieurs à l’établissement, les modalités      ment général, technique ou professionnel : la très
                                                                                                  grande majorité des jeunes y sont scolarisés... on y
extérieur les faits saillants suivants :         de prise de rendez-vous en Point accueil         trouve notre public !
  le rôle de correspondant santé valorise        écoute jeunes (PAEJ), les consultations          3. Sanitaires, sociaux, associations, etc.
le potentiel des jeunes et permet d’acti-        médicales, etc.                                  4. Guingamp (lycées Jules-Vernes, Montbareil, Pavie,
                                                                                                  Kernilien, Pommerit-Jaudy, Notre-Dame), Saint-
ver les ressources existantes (internes au           La période de fin d’expérimentation          Brieuc (lycées Marie-Balavenne, Freyssinet, Jean-
lycée et externes) ;                             est parfois difficile à négocier, particuliè-    Moulin), Rostrenen-Centre Bretagne (Lycée Rosa-
                                                                                                  Parks).
   parmi les difficultés majeures consta-        rement lorsqu’émergent de part et                5. La charte du correspondant santé stipule notam-
tées, recueillir l’adhésion des profession-      d’autre des souhaits de pérennisation de         ment le caractère « volontaire et personnel » de l’enga-
nels tout d’abord, puis des jeunes,              l’action. Faute de moyens complémen-             gement qui doit être pris pour l’ensemble de l’année
                                                                                                  scolaire. La fonction centrale du correspondant santé
réclame du temps. Mais les jeunes volon-         taires, le dispositif a été mis en sommeil       est de « véhiculer de l’information », surtout il « ne doit
taires se sont par la suite montrés              après mars 2012. Des demandes de nou-            en aucun cas se substituer aux professionnels (…)
constants ;                                      veaux financements sont en cours pour            auxquels il adresse les jeunes qui sollicitent une
                                                                                                  aide ». Par ailleurs, il n’est « pas habilité à prendre en
  des bénéfices immédiats ont été obser-         reprendre ce travail auprès des mêmes            charge les problématiques personnelles qui pour-
vés : une plus importante sollicitation des      établissements afin de réactiver le réseau       raient lui être exposées. »




Une expérience européenne
d’éducation par les pairs
auprès d’adolescents
Dans les Alpes-Maritimes, trente-                locale d’Imperia (Ligurie, Italie) et            Paca, le conseil géné-
trois jeunes pairs ont été formés à la           l’Agence sanitaire locale d’Alba/Bra             ral des Alpes-Mari-
prévention des conduites à risques,              (Piémont, Italie), et a été mis en œuvre         times, l’agence régio-
dans le cadre d’un programme euro-               en parallèle avec un programme de                nale de santé et la
péen. L’accent a notamment été mis               coopération européenne Interreg                  Mutualité française
sur la formation des pairs, fortement            impliquant l’agence sanitaire locale de          Paca.
                                                                                                                                     Support de prévention
épaulés par des adultes référents.               Verbania (Piémont, Italie) et l’université
                                                                                                                                     créé par les éducateurs
L’évaluation souligne l’intérêt de la            des Sciences appliquées de la Suisse                Le programme                    avec les pairs du lycée
démarche, sans occulter les difficul-            italienne (SUPSI) de Lugano (Canton de           vise la prévention du              Pierre-et-Marie-Curie.
tés rencontrées.                                 Tessin, Suisse).                                 mal-être et des com-
                                                                                                  portements à risques auprès de groupes
   De septembre 2009 à mars 20121, le            Objectif : prévention                            d’adolescents, dans le cadre scolaire ou
programme intitulé « Peer education » a          des comportements à risques                      hors scolaire, avec la participation de
été mis en place dans les Alpes-Mari-               Ce programme est né de la volonté             pairs. Quatre structures d’accueil : le
times par la Mutualité française Pro-            des différents partenaires européens             collège Roland-Garros et l’association
vence–Alpes–Côte d’Azur (Paca)                   d’échanger sur leurs pratiques en pro-           La Semeuse à Nice, le lycée Pierre-et-
auprès d’adolescents de 13 à 18 ans, en          motion de la santé et de mettre en place         Marie-Curie à Menton, la MJC « Centre
milieu scolaire et hors scolaire. Il s’est       des actions communes de prévention               social » Ranguin à Cannes, ont souhaité
déroulé dans le cadre du programme               des conduites à risques chez l’adoles-           s’engager et désigné des adultes réfé-
de coopération européenne Alcotra, en            cent. En France, il a été financé par            rents du projet, chargés de l’accompa-
partenariat avec l’Agence sanitaire              l’Union européenne, le conseil régional          gnement du groupe de pairs.


                                                                                      LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012             23
                                                                                               gramme avec les attentes des pairs et le
                                                                                               fonctionnement des structures d’ac-
                                                                                               cueil ; 2) l’acquisition de savoirs par les
                                                                                               pairs (habiletés psychosociales, notam-
                                                                                               ment) ; 3) la satisfaction des pairs et des
                                                                                               jeunes bénéficiaires quant aux activités
                                                                                               proposées. Ces résultats ont permis de
                                                                                               vérifier l’adéquation du programme au
                                                                                               projet pédagogique des établissements
                                                                                               scolaires et aux missions des structures
                                                                                               non scolaires.

                                                                                                   L’implication continue des jeunes a
                                                                                               été rendue possible grâce aux liens
                                                                                               créés avec les adultes impliqués et ceux
                                                                                               tissés au sein même du groupe de
                                                                                               jeunes pairs. Les activités se sont ryth-
                                                                                               mées selon leurs besoins et leurs envies
                                                                                               et la nouveauté des situations a contri-
                                                                                               bué à maintenir leur intérêt au projet.
                                                                                               En milieu scolaire, le soutien de l’éta-
                                                                                               blissement aux actions menées par les
     Le programme s’est déroulé en six            sur le thème d’intervention, en pré-         éducateurs par les pairs a particulière-
étapes :                                          sence des référents adultes ;                ment permis d’asseoir leur légitimité
   la formation des adultes référents des           des échanges entre pairs : trois           auprès du public.
quatre structures d’accueil sur la métho-         moments d’échange et de réflexion
dologie d’éducation par les pairs et ses          entre pairs français, italiens et suisses    S’adapter aux difficultés
modalités de mise en œuvre ;                      du programme, sur leur rôle et les inter-    rencontrées
   la mobilisation des pairs volontaires          ventions mises en place.                         Différents ajustements ont été néces-
pour participer au programme ;                                                                 saires. Le déroulement de la formation
    la présentation du programme aux                 Au total, trente-trois jeunes pairs ont   des pairs s’est adapté aux besoins et
parents des pairs volontaires ;                   été formés et vingt-huit interventions se    spécificités de chaque groupe (âge,
   la formation, dans chacune des struc-          sont déroulées au profit de sept cent        expérience, disponibilité) et à l’espace
tures d’accueil, des jeunes pairs volon-          huit jeunes.                                 confié par les structures d’accueil. Les
taires pour assurer un accompagne-                                                             difficultés rencontrées par les pairs lors
ment dans le projet et leur permettre             Évaluation : l’importance                    de leurs interventions ont nécessité, à
d’acquérir les compétences nécessaires            de l’adulte référent                         leur demande, de renforcer leurs
(compétences psychosociales, choix                   Une évaluation portant sur les            connaissances sur certains thèmes de
de la problématique de santé, élabora-            conditions de déroulement de l’action        santé. Il a, de plus, été constaté que
tion de messages de prévention et créa-           et son efficacité a été réalisée par la      l’effectif des groupes de pairs et la nou-
tion d’un support de prévention). Selon           Mutualité française Paca.                    veauté des activités avaient une inci-
les groupes, les thèmes choisis ont                  Parmi les éléments facilitateurs, l’im-   dence sur la dynamique de projet dans
porté sur l’alcool, le cannabis, les rela-        plication des structures d’accueil parte-    la durée. La création d’outils de préven-
tions garçon/fille, la sexualité, l’homo-         naires constitue un des éléments de          tion a également constitué un élément
sexualité et la cyberaddiction. La durée          réussite du projet. Chacune a mobilisé       de motivation supplémentaire pour les
de la formation (de quinze à trente-              et mis à disposition un adulte référent      pairs.
quatre heures) s’est ajustée selon le             (professeur, animateur, etc.) pour l’ac-
cadre défini par la structure d’accueil et        compagnement des jeunes. La commu-           Pairs : une meilleure
la disponibilité des pairs de chaque              nication et les liens créés entre les dif-   estime d’eux-mêmes
groupe. Ces formations ont été dispen-            férents acteurs du projet (adultes/             L’évaluation de la Mutualité fran-
sées par un psychologue social, des               institutions/jeunes) ont également for-      çaise Paca a mis en évidence la com-
intervenants spécialisés dans les                 tement facilité la mise en œuvre du          plémentarité du programme avec les
domaines de la santé publique, de la              programme grâce, par exemple, à la           programmes de prévention « plus clas-
création graphique et audiovisuelle ;             mise à disposition d’adultes affectés au     siques » ainsi qu’avec le programme
   la réalisation d’interventions organi-         projet, à la communication auprès des        scolaire, et l’intérêt pour les bénéfi-
sées et animées par les pairs auprès de           parents, à l’intégration du projet dans      ciaires d’échanger sur les probléma-
leurs camarades de classe et des jeunes           les heures de classe.                        tiques de santé qui font partie de leur
de leur communauté, à partir des mes-                                                          quotidien. En complément, une
sages de prévention élaborés lors de la           Acquisition de savoirs                       recherche2 psychosociale, confiée à
formation. Ces interventions ont sur-             par les pairs                                Jean-Baptiste Clérico, docteur en psy-
tout permis la création d’espaces                   Les résultats d’enquête ont permis         chologie sociale au Centre d’entraîne-
d’échange et de réflexion entre jeunes,           de constater : 1) l’adéquation du pro-       ment aux méthodes d’éducation active


24   LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012
(Ceméa) Paca, a permis de mesurer les
effets des activités mises en place sur
l’optimisme comparatif (c’est-à-dire la
tendance à voir son avenir de manière
plus favorable que celui d’autrui), la
                                                        Une expérience
norme (ce qui est valorisé positivement
par le groupe) et l’estime de soi des
                                                        de « peer education »
pairs et jeunes bénéficiaires des mes-
sages produits par les pairs. Cette
recherche montre que les pairs ont une
                                                        en Suisse italienne
meilleure estime d’eux-mêmes que
leurs camarades et surtout qu’ils sont                              À Lugano en Suisse, une école supérieure socio-
plus conscients des comportements à                                 sanitaire a mené et expérimenté, pendant trois ans, un
risques pour leur santé. Les mêmes
résultats ont été constatés chez les                                programme d’éducation par les pairs. Des étudiants
bénéficiaires des interventions des édu-                            volontaires ont été formés pour assumer un rôle de pairs
cateurs par les pairs, mais dans une
moindre mesure.                                                     au sein de leur institution et d’autres instituts de la région.
                                                                    L’éducation par les pairs vient s’ajouter à l’enseignement
Formation et échanges
d’expérience au niveau européen
                                                                    traditionnel. Les promoteurs tirent de cette expérience
    La coopération européenne s’est                                 un bilan globalement positif, sans occulter les difficultés
traduite par :
                                                                    à surmonter.
– la mise en place de formations com-
munes des acteurs du programme sur
la méthode d’éducation par les pairs ;                     Dans le cadre du programme Inter-            à s’influencer réciproquement, se réa-
– des séminaires d’échanges entre les                   reg (NDLR : programme de coopération            lise à travers la mobilisation de modèles
adultes du programme sur les expé-                      transfrontalière impliquant plusieurs           culturels et de schémas comportemen-
riences menées sur les trois territoires                pays de l’Union européenne), entre              taux qui touchent profondément l’uni-
Alba/Bra, Imperia (Italie) et Alpes-                    2009 et 2012, à Lugano en Suisse, nous          vers symbolique et motivationnel des
Maritimes ;                                             avons développé, au sein d’une école            adolescents. Dans une telle perspec-
– l’organisation de trois summer schools                supérieure formant des jeunes de 16 à           tive, si l’adulte perd son rôle et son
à Nice, Verbania et Imperia qui ont été                 20 ans aux professions socio-sanitaires,        statut de « chef de séance » en raison de
de véritables espaces d’échanges entre                  un projet d’éducation par les pairs             la prise de responsabilité des jeunes,
jeunes pairs italiens, suisses et                       (appelé aussi « peer education » : PE).         son apport en tant qu’expert d’une thé-
français ;                                              En parallèle à la déclinaison locale de         matique socio-sanitaire, ou encore
– la valorisation du programme à tra-                   cette approche de promotion de la               comme promoteur des échanges au
vers trois publications ;                               santé, nous avons entretenu des                 sein ou en dehors de son établissement
– un congrès final en Italie et en France               échanges théoriques et pratiques avec           est primordial et nécessaire. En effet,
pour favoriser la reproduction de ce                    les autres partenaires (Italie : Verbania,      les peers communiquent un message,
type de programmes.                                     Alba-Bra et Imperia ; France : Paca).           mais les adultes sont les garants des
    Suite à cette première expérience, la                                                               contenus et des compétences tech-
Mutualité française Paca a été sollicitée               Principe de l’éducation                         niques nécessaires à la bonne réalisa-
par différentes structures, dont le recto-              par les pairs suivi dans                        tion de cette communication.
rat de Nice, pour créer et accompagner                  le cadre de ce projet
de nouveaux groupes d’éducateurs par                        Le principe commun à la PE est l’ac-        Formation des professionnels
les pairs dans les Alpes-Maritimes ainsi                tivation d’un système de passage direct         et des pairs
que dans le Var.                                        de connaissances et de compétences                 Nous avons formé à la peer educa-
                                                        entre jeunes. Le but est de les rendre         tion une dizaine d’enseignants volon-
                                   Karin Delrieu        plus attentifs, actifs et responsables vis-    taires qui ont ensuite accompagné les
          Coordinatrice régionale de l’Activité         à-vis de leur santé et de les inciter à        peers et promu le projet au sein de
   de prévention et de promotion de la santé,           développer leur bien-être. Principale-         l’école. Suite à la candidature sponta-
                                   Adeline Priez        ment, il s’agit d’une approche éduca-          née d’un grand nombre de jeunes (glo-
                  Coordinatrice Santé publique,         tive qui prône la communication hori-          balement environ une centaine), nous
                      Mutualité française Paca.         zontale et la réciprocité, et par              avons travaillé sur le choix des théma-
                                                        conséquence rend les interactions plus         tiques de santé (celles-ci ont porté sur :
1. L’expérience de coopération européenne s’est arrê-   fluides et émotionnellement plus               la vie affective et sexuelle ; la santé glo-
tée en mars 2012, mais le programme d’éducation par
les pairs doit être renouvelé pour l’année scolaire     « complices », créant ainsi un climat          bale et la citoyenneté) et sur le déve-
2012-2013 grâce à des cofinancements de l’agence        moins contraignant. Ce processus par-          loppement de compétences néces-
régionale de santé.                                     ticipatif de développement personnel           saires à l’animation et à la gestion de
2. Mutualité française Paca, Ceméa, évaluation des
effets du programme Alcotra du projet « Peer educa-     et de groupe, qui définit les jeunes           groupes de pairs. Pendant cette phase,
tion ».                                                 comme acteurs principaux et les invite         les quatre séminaires organisés, réunis-


                                                                                            LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012   25
                                                                                                les emplois du temps liés à enseigne-
                                                                                              ment, stage et examens laissent peu de
                                                                                              temps disponible aux formations et aux
                                                                                              activités des peers ;
                                                                                                 l’assimilation de l’éducation par les
                                                                                              pairs dans la logique purement scolaire
                                                                                              est à éviter ;
                                                                                                pour les enseignants : la crainte de ne
                                                                                              pas pouvoir contrôler la transmission
                                                                                              des savoirs au sein de la classe, une fois
                                                                                              la gestion de celle-ci confiée à des
                                                                                              peers ;
                                                                                                le risque que l’établissement scolaire
                                                                                              puisse confier aux peers des tâches
                                                                                              visant le maintien de l’ordre institution-
                                                                                              nel, ce qui les assimilerait au corps
                                                                                              enseignant.

                                                                                                 Enfin, une autre difficulté a été poin-
                                                                                              tée, celle d’abandonner la logique de
                                                                                              l’évaluation méritocratique de toute
                                                                                              activité didactique, pour que la PE soit
                                                                                              idéalement ouverte à tout le monde
                                                                                              au-delà de la réussite scolaire.

                                                                                                  En conclusion de cette expérience,
                                                                                              nous pensons que les programmes de
                                                                                              peer education peuvent contribuer à
                                                                                              rajeunir et à dynamiser le système sco-
                                                                                              laire par un renouvellement des pra-
sant pairs et enseignants des différents          développement de leurs compétences          tiques pédagogiques et méthodolo-
partenaires du réseau européen, ont eu            sociales, relationnelles et communica-      giques des enseignants. Ces pro-
un rôle fondamental – avec notamment              tives pour la gestion des groupes de        grammes de PE, s’ils évitent les difficul-
des échanges internationaux – pour                pairs a effectivement été reconnu et        tés évoquées précédemment, peuvent
approfondir la formation sur des                  confir mé par les résultats de              permettre et offrir la possibilité d’une
thèmes spécifiques (affectivité,                  l’évaluation.                               meilleure coparticipation aux proces-
consommation, citoyenneté) à travers                                                          sus décisionnels de l’établissement sco-
des techniques particulières (gra-                    Les étudiants bénéficiant de l’inter-   laire, tout en améliorant le potentiel
phisme, vidéo et théâtre).                        vention des peers ont profité de figures    d’influence positive entre jeunes.
                                                  plus accessibles que les adultes pour
Retour d’expérience                               dialoguer sur des questions sensibles et        Au stade actuel et à la lumière de
   Tout au long du projet, nous avons             délicates. L’amélioration du climat de      l’expérience entamée, nous sommes en
utilisé un dispositif d’évaluation conçu          l’Institut – la cohésion et le sens d’ap-   train de relancer le projet sur une
par la Faculté de sciences de la forma-           partenance au sein de la communauté         échelle plus étendue, notamment nous
tion de l’université de Catane en Sicile.         scolaire – a été aussi évoquée et per-      nous intéressons aux contextes infor-
Ce dispositif visait plus particulière-           çue. Du point de vue des professeurs,       mels de l’agrégation juvénile (tels que
ment à évaluer les effets de cette expé-          le projet leur a permis de remplir un       les places, les rues, les centres récréa-
rience formative auprès des jeunes                rôle éducatif « autre », lequel a donné     tifs, les lieux de loisirs plus fréquentés
impliqués. De plus, notre équipe a                lieu à de nouvelles formes de relations     par les adolescents). Développer la
rédigé un carnet de bord pour accom-              avec les peers, et a parfois stimulé une    méthodologie de la PE dans ces nou-
pagner le processus de réalisation du             remise en cause (ou un ajustement) de       veaux territoires va, à notre avis, contri-
projet de façon réflexive. Le bilan de            la didactique de l’enseignement.            buer d’une façon significative à la pro-
cette expérience, très riche sur diffé-                                                       motion de la santé et du bien-être des
rents plans, comporte des éléments                   Cependant, la principale critique        nouvelles générations.
positifs, comme aussi des points pro-             formulée a été la difficulté de concilier
blématiques qu’il est important de                une telle approche avec le « système                                        Fulvio Poletti
mentionner.                                       scolaire ». L’évaluation a cependant mis                          Pédagogue, professeur,
                                                  en exergue la difficulté de concilier                                       Laura Bertini
   L’enthousiasme des peers pour la               cette approche de peer education avec                           Anthropologue, assistante,
reconnaissance sociale de leur rôle l’a           le « système scolaire ». À savoir, nous                                  département Santé,
emporté, ceci entraînant aussi une                pouvons évoquer les problématiques                            Haute École professionnelle
amélioration de leur estime de soi. Le            suivantes :                                          de la Suisse italienne (SUPSI), Suisse.



26   LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012
Face à l’éducation par les pairs,
quel positionnement
pour les adultes référents ?
             Le centre de recherches Epidaure, à Montpellier, a développé un programme « P2P : la
             santé de pair à pair » qui mobilise jeunes et professionnels dans une démarche de pré-
             vention. Le positionnement de l’adulte, de l’expert, donc du référent, a tout particulière-
             ment été interrogé dans ce programme lors de son évaluation, car il tient un rôle central
             qui doit être exercé avec une posture éducative très rigoureuse et dans un cadre éthique
             très précis.

    Les acteurs de prévention espèrent               municabilité « originelle », de reprendre             plus grand que d’autres influences. Sur
toujours trouver l’entrée pour mieux se              l’idée expérimentée, notamment en                     ce postulat, en 2010-2011 puis en 2011-
faire entendre du public jeune et susciter           santé communautaire, dans les                         2012, nous avons testé à Epidaure1 la
chez eux les comportements pertinents                années 1990 (1), d’une démarche s’ap-                 pertinence de cette démarche en pro-
par rapport à leur santé. Cependant,                 puyant sur l’éducation par les pairs.                 mouvant un programme (P2P : la santé
bien souvent, dès l’instant où le message            Cette approche fait intervenir des                    de pair à pair) d’actions éducatives de
est perçu par l’adolescent comme éma-                membres d’un groupe pour introduire                   jeunes en direction d’autres jeunes, tout
nant d’un adulte prescripteur, quels que             des changements d’attitudes chez                      en portant une attention particulière au
soient le fond et la forme du discours, la           d’autres membres du même groupe en                    positionnement des adultes, experts
partie semble perdue d’avance.                       posant l’hypothèse que lors de cer-                   thématiques ou professionnels de
    Aussi, la tentation est forte, pour              taines étapes de la vie, notamment à                  l’éducation, impliqués dans un tel dis-
contourner l’obstacle de cette incom-                l’adolescence, l’impact des pairs est                 positif (lire l’encadré ci-contre).

                                                                                                               L’évaluation de ce programme a per-
 Un programme « de pair à pair »                                                                           mis d’établir le constat suivant : la
 en Languedoc-Roussillon                                                                                   notion de parité (au sens d’égalité)
                                                                                                           entre jeunes est difficile à mettre en
 Le programme « P2P : la santé de pair à pair » a pour objectif de créer un terrain propice à la           œuvre, et il est laborieux d’établir une
 prévention des « risques santé » propres aux jeunes, par une approche double (adultes mais aussi          relation équilibrée de collaboration
 jeunes pairs), en utilisant un dialogue de pair à pair validé. Développé en région Languedoc-Rous-        entre jeunes pairs et adultes. En parti-
 sillon auprès des jeunes scolarisés de 10 à 18 ans, ce programme a pour ambition d’inscrire les           culier, dès l’instant où le jeune est « ini-
 jeunes et les professionnels qui les entourent dans une démarche partagée de santé. Il s’est              tié » pour informer ses semblables, il
 traduit concrètement par la réalisation, par les collégiens et lycéens, d’un outil d’intervention en      n’est plus leur égal : en acquérant le
 éducation à la santé à destination de leurs pairs. Les jeunes pouvaient interpeller les adultes           statut d’expert, il devient un « ex-pair ».
 ressources pour les accompagner. Le programme a donc permis de susciter la créativité des                 De plus, les programmes, dits d’éduca-
 jeunes, leur capacité à transmettre des connaissances et promouvoir des attitudes auprès                  tion par les pairs, sont surtout béné-
 d’autres jeunes. La place symbolique, idéologique et physique occupée par les adultes éducateurs          fiques aux « pairs-formateurs » (2). On
 entourant les jeunes était également interrogée.                                                          risque, par un effet pervers, de voir
 La première session P2P s’est tenue lors de l’année scolaire 2011-2012. Le programme a été                s’élargir le fossé entre celui qui donne
 structuré selon trois axes :                                                                              l’information et celui qui la reçoit, aug-
   faire le point sur la santé et les risques en réalisant une enquête auprès de collégiens et lycéens     mentant de fait les inégalités.
 représentatifs sur cinq départements ;
    échanger et se connaître, via une journée de rencontre « de pair à pair » (le 30 mars 2012 à           Le mythe de la mise à distance
 Epidaure à Montpellier) ;                                                                                 par les jeunes des modèles
    agir en mettant en œuvre des actions et/ou des outils et supports innovants, créés avec les            dominants
 jeunes et, du côté des professionnels, avec la plus large palette d’acteurs de l’éducation pour la           Nous avons observé, dans la qualité
 santé concernés.                                                                                          et la présentation des productions des
 La deuxième session 2012-2013 sera centrée sur la réalisation des actions proposées par les               jeunes dans le cadre du programme
 jeunes pour les jeunes.                                                                                   P2P 2010-2011, un conformisme à des
                                                                                                           approches hygiénistes2 voire morali-


                                                                                               LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012   27
                                                                                               ont exprimé leur lassitude face à la
                                                                                               répétition et à la teneur des messages
                                                                                               de prévention et une certaine réserve
                                                                                               concernant la qualité des actions d’édu-
                                                                                               cation pour la santé mises en place
                                                                                               dans leurs établissements 3. Cela ne
                                                                                               signifie pas pour autant que ces adoles-
                                                                                               cents/élèves ne soient pas en demande
                                                                                               d’intervention de la part de l’adulte/
                                                                                               éducateur (lire le propos de Dominique
                                                                                               Berger dans La Santé de l’homme
                                                                                               n° 419 - mai-juin 2012), mais qu’ils
                                                                                               attendent autre chose. En premier lieu,
                                                                                               ils espèrent des réponses aux questions
                                                                                               qu’ils se posent, et non des prescrip-
                                                                                               tions pour satisfaire aux angoisses de
                                                                                               leur entourage familial ou éducatif.
                                                                                               Ainsi, ils préconisent aux profession-
                                                                                               nels d’interpeller les parents « Expli-
                                                                                               quez-leur ! » pour dédramatiser les
                                                                                               situations, tout en désirant paradoxale-
                                                                                               ment adresser eux-mêmes des mes-
                                                                                               sages « choquants » aux jeunes.

                                                                                                   Concrètement, les collégiens souhai-
                                                                                               tent plus de participation à des actions
                                                                                               éducatives faisant appel à leur créativité
                                                                                               et aux nouvelles technologies, mais
                                                                                               réclament aussi des expériences de vie
santes et à des modèles éducatifs                 teinte et une prise de contrôle mas-         en commun (comme des séjours col-
conventionnels ayant montré par                   quée, le risque est grand pour l’adulte      lectifs hors milieu scolaire). Les lycéens
ailleurs leurs limites (3-5). La reprise par      d’évoluer aux limites de la démagogie.       aspirent quant à eux à la mise à dispo-
les jeunes pairs de telles méthodes ne            Cela ne signifie pas pour autant qu’il       sition dans leurs établissements de
les rend pas plus efficaces. Imprégné             n’ait pas une juste place à prendre et un    lieux de rencontre et de parole où ils
d’un déterminisme ambiant, le discours            rôle éminent à jouer auprès des jeunes,      pourraient accueillir les témoins de la
du « pair », bien souvent, va à l’encontre        mais lesquels ?                              « vraie vie ». Par conséquent, il semble-
du résultat escompté. Parfois même, le                                                         rait que les jeunes soient davantage
« pair formé » est perçu, voire se com-           Pour des échanges bilatéraux                 demandeurs d’un « faire ensemble »
porte, comme un « pair-oquet » (6) (lire          rééquilibrés                                 plutôt que d’un « faire pour ou à la place
l’article de F. Chobeaux p. 15), perdant             Lors de la journée P2P 2011, quatre-      de », les adultes étant invités à leurs
ainsi toute pertinence dans le pro-               vingt-treize collégiens et lycéens ont       côtés, mais cantonnés dans un strict
gramme et tout crédit par rapport à ses           été interrogés sur le mode de commu-         registre d’expertise et « d’intendance ».
camarades. Enfin, dans les échanges               nication qui leur apparaît le plus perti-
exclusifs entre jeunes, on court le               nent pour parler de santé. Ils sont 63 %     Quels enseignements ?
risque d’une diffusion d’informations             à choisir un dispositif où jeunes et         Pair à pair : mythe et réalité
non valides et l’enfermement dans une             adultes se parlent. Pour préciser leur          Sans pouvoir détailler ici tous les
communication circulaire stérile.                 choix, ils déclarent attendre que l’adulte   enseignements issus de l’évaluation, il
                                                  fasse part d’une expérience et apporte       faut relever l’aspect illusoire d’un sys-
La neutralité chimérique                          une expertise de contenu.                    tème de communication construit sur la
de l’adulte                                                                                    seule supposition de relations isomé-
    À travers les phénomènes décrits                 Le modèle de communication                triques (équilibrées) entre deux
précédemment se dessine en creux                  « entre-soi », où les jeunes parlent aux     groupes. D’abord parce que cette
l’influence, délibérée ou non, des                jeunes, est retenu par 36 % des interro-     symétrie apparaît imparfaite, fragile et
adultes dans un dispositif d’éducation            gés. Ceux-là justifient leur choix par la    instable, et surtout parce qu’on ne peut
par les pairs et leur difficulté à lâcher         recherche d’empathie auprès d’autres         imaginer qu’elle s’exprime sans le
prise. Pour de multiples raisons, l’édu-          jeunes, mais aussi pour certains par le      « parasitage » d’éléments extérieurs, fus-
cateur ou le professionnel « respon-              refus du conseil moralisateur de             sent-ils bienveillants. Le risque étant,
sable » est submergé par des enjeux               l’adulte.                                    même sans volonté délibérée de mani-
personnels ou institutionnels qui l’em-                                                        pulation, que ce système d’éducation
pêchent réellement de sublimer la                 L’expert : ni pair, ni père                  par les pairs soit dévoyé et serve des
recherche de sens des adolescents.                   Au fil des discussions qui ont eu lieu    enjeux étrangers aux principaux inté-
Ainsi, entre un effacement en demi-               tout au long du programme, les jeunes        ressés, faisant écran à leurs réelles pré-


28   LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012
occupations. On se retrouverait alors                part de responsabilité et d’animation                   codes, réseaux, technologies « embar-
dans une situation paradoxale proche                 dans une politique de santé publique,                   quées », ils sont leur meilleure ressource
d’un effet pervers d’étiquetage, dans                nécessite de leur accorder une autre                    pour assurer une démarche d’échange-
laquelle décideurs et professionnels se              place dans la société et, pour les adultes              négociation-information efficace et
défausseraient sur une population,                   et professionnels, de porter un autre                   pertinente (8). À leurs côtés, les profes-
pour lui faire prendre entièrement en                regard sur ces adolescents. Donc de                     sionnels verraient leur mission clarifiée
charge la responsabilité d’un problème               rester respectueux de la richesse et de                 et repositionnée dans un rôle d’accom-
qui la dépasse (lire le dossier Stigmati-            la sensibilité des adolescents qui « glo-               pagnateur vigilant de leur épanouisse-
sation : quel impact sur la santé ? La               balement vont bien mais se sentent sou-                 ment. Et le concept d’« éducation par
Santé de l’homme n° 419 - mai-juin                   vent mal traités » (7). Cela implique                   les pairs »6 s’orienterait alors davantage
2012). En cela, grande est la responsa-              également de la part des adultes de                     vers une approche d’« éducation de pair
bilité des adultes/éducateurs de veiller             renoncer à leur positionnement d’édu-                   à pair ». La parité porterait ainsi sur la
aux conséquences contre-productives,                 cateur pour passer à un statut d’accom-                 qualité de la relation entre les différents
voire stigmatisantes, d’entreprises édu-             pagnateur, de descendre du piédestal                    protagonistes (pairs-formateurs, pairs
catives qui, pour des raisons de                     de l’expert vers un simple rôle de                      bénéficiaires, adultes, éducateurs,
« parité », se révéleraient inéquitables             conseiller. Ces acceptations, loin de                   experts mais aussi institutionnels, col-
et/ou culpabilisantes.                               traduire un abandon des responsabili-                   lectivités territoriales, etc.) du pro-
                                                     tés, sont le socle d’une relation équi-                 gramme. Parce qu’effectivement, il y a
Plus d’éthique et plus de                            table propice à la co-construction du                   à apprendre des uns et des autres, par-
politique pour plus d’équité                         projet éducatif. Pour éviter tout angé-                 fois hors des cadres formels en des
   Afin d’éviter cet écueil, lors de la              lisme, il conviendra d’insister sur la                  lieux diversifiés, les jeunes sont deman-
deuxième session 2011-2012, nous                     nécessité de faire identifier et recon-                 deurs d’« expériences » à vivre ou à
avons reconsidéré notre approche pour                naître à tous les échelons de la hié-                   entendre, de contacts concrets, de
interroger les jeunes4, puis les confron-            rarchie (d’un établissement scolaire par                confrontations. La société devrait pou-
ter à leurs interlocuteurs habituels (à              exemple) la teneur du nouveau contrat                   voir y répondre. Et l’École pourrait être
savoir les équipes éducatives et de                  moral et co-éducatif instauré afin que                  un de ces lieux. À condition d’être
santé de leurs établissements) mais                  soient respectés les engagements de                     repensée dans son fonctionnement.
aussi aux « professionnels » de préven-              chacun.
tion et santé de la région. Par ailleurs,                                                                                             Jean-Christophe Azorin
associer le plus large panel d’acteurs               Tout à inventer ?                                                                            Enseignant,
était une façon de ne pas se défausser                   Cette réflexion nous invite à propo-                                    Epidaure – Pôle prévention
tout en acceptant la « responsabilité                ser, pour l’éducation par les pairs, un                               du CRLC Val d’Aurelle, Montpellier,
émancipatrice » des jeunes.                          schéma de fonctionnement reposant                                                          Lorène Burcheri
                                                     sur une relation de complémentarité de                                                     Chargée de projet,
L’adulte attendu…                                    qualité, entre jeunes et adultes. Pour                                                         Codes du Var,
mais espéré autre                                    être opérationnel, à partir des préoccu-                                                    Marie Lhosmot
   Paradoxalement, un dispositif                     pations émises par les jeunes, ce dispo-                                          Docteur en pharmacie,
d’éducation pour la santé par les pairs,             sitif serait alimenté par la parole experte                              École de santé publique, Nancy.
par et pour les jeunes, interpelle en                partagée entre jeunes5 et adultes, mais
premier l’adulte ! Reconnaître la capa-              animé par les jeunes pour échanger les
cité des jeunes à prendre en charge une              messages de santé. En effet, par leurs


                                                                                                              1. Epidaure – Pôle Prévention du CRLC Val d’Aurelle,
   Références bibliographiques                                                                                Centre Ressources Prévention Santé, académie de
                                                                                                              Montpellier.
 (1) Pissarro B. Médecine communautaire,             peer education: insights from a process evalua-          2. Résultats de l’enquête « P2P » sur le site www.epi-
                                                                                                              daure.fr
 santé communautaire et promotion de la santé.       tion. Health Education Research, 2000,
                                                                                                              3. Voir sur le site www.epidaure.fr le film Prévention,
 Paris : Faculté de médecine Saint-Antoine,          vol. 15, n° 1 : p. 85-86.                                paroles de jeunes, réalisé à cette occasion.
 1987 : 3 p.                                         (6) Oakley P. L’engagement communautaire                 4. Schoene M. Session 4 : L’éducation pour la santé
                                                                                                              par les pairs. 2e Journées de la prévention de l’Inpes.
 (2) Hooks C. et al. Tanzania NGO cluster peer       pour le développement sanitaire : analyse des            Maison de la Mutualité, Paris, 29 mars 2006. En
 education assessment report. Submitted by           principaux problèmes. Genève : OMS, 1989 :               ligne : http://www.inpes.sante.fr/jp/cr/2006.asp#4
 PATH and FHI to USAID/Tanzania, October,            85 p.                                                    5. Il convient d’être vigilant pour éviter que les jeunes
                                                                                                              se dénient toute capacité d’expertise.
 1998.                                               (7) Chobeaux F. La prévention par les pairs :            6. L’Office des Nations unies contre la drogue et le
 (3) Houssaye J. Le triangle pédagogique. Théo-      attentes et limites. Le Courrier des addictions,         crime offre cette définition de l’éducation par les
                                                                                                              pairs : « le recours à des éducateurs ayant le même
 rie et pratiques de l’éducation scolaire. Berne :   juillet-août-septembre 2011, vol. 13, n° 3 :
                                                                                                              âge ou la même expérience pour transmettre des
 Peter Lang, 2000 (3e éd.), coll. Exploration :      p. 13-14.                                                messages d’éducation à un groupe-cible… » De
 299 p.                                              (8) Éducation à la sexualité, du social à l’intime :     même, le Programme commun des Nations unies sur
                                                                                                              le VIH/sida (Onusida) définit l’éducation par les pairs
 (4) Houssaye J. Premiers pédagogues : de            l’émergence d’Internet et des réseaux sociaux            comme « une approche, un circuit de communication,
 l’Antiquité à la Renaissance. Paris : ESF, coll.    [dossier]. La Santé de l’homme, mars-avril               une méthodologie, une philosophie et une stratégie.
 Pédagogies, 2001 : 448 p.                           2012, n° 418 : p. 9-43. En ligne : www.inpes.            L’éducation par les pairs sert souvent à susciter un
                                                                                                              changement au niveau de l’individu en tentant de
 (5) Backett-Milburn K., Wilson S. Understanding     sante.fr/SLH/pdf/sante-homme-418.pdf                     modifier ses connaissances, ses attitudes, ses
                                                                                                              croyances ou ses comportements ».



                                                                                                  LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012           29
« Sans clope, je suis au top ! » :
quand l’éducation par les pairs
fait un tabac
             L’éducation par les pairs suscite un intérêt croissant chez les acteurs de la prévention.
             C’est pourquoi nous avons testé cette méthode en prévention du tabagisme. Des élus du
             conseil départemental des jeunes de l’Hérault ont conçu, réalisé et évalué le projet « Sans
             clope, je suis au top ! ». En voici les principaux résultats.


                                                                                                  bénéficié de l’aide de l’association
                                                                                                  Champ-Contrechamp. Validé par le
                                                                                                  médecin conseiller technique de l’ins-
                                                                                                  pecteur d’académie, ce film de dix
                                                                                                  minutes met en scène quatre jeunes :
                                                                                                  deux acceptent une cigarette et deux la
                                                                                                  refusent. Cette fiction est complétée par
                                                                                                  l’interview d’un patient atteint d’une
                                                                                                  broncho-pneumopathie chronique obs-
                                                                                                  tructive (BPCO).
                                                                                                      Les élus du conseil départemental
                                                                                                  des jeunes ont animé les séances de
                                                                                                  projection, aidés de professionnels de
                                                                                                  l’animation (conseil général) et de la
                                                                                                  santé (Souffle L’R, clinique du Souffle).
                                                                                                  Dans un collège, des patients ayant une
                                                                                                  BPCO sont venus témoigner. Chaque
                                                                                                  séance comportait la projection du film,
                                                                                                  un débat et un atelier éducatif : le test de
                                                                                                  paille2. Les élus juniors ont également
   Depuis 2001, le conseil général de              proposent une synthèse de ces fonde-           construit avec l’aide d’Epidaure3 un
l’Hérault, en partenariat avec la direction        ments théoriques (lire l’article p. 18) (2).   auto-questionnaire anonyme d’évalua-
des services départementaux de l’Éduca-            Ainsi, par exemple, l’éducation par les        tion pour le public.
tion nationale de l’Hérault, permet aux            pairs semble indiquée en prévention                Au terme du mandat, un entretien
collégiens de 5e et 4e d’exercer des res-          tabac (3). En Languedoc-Roussillon,            collectif qualitatif a été réalisé auprès
ponsabilités d’élus juniors au conseil             l’âge d’initiation au tabac est de 13,5 ans    des pairs éducateurs. Ils ont présenté
départemental des jeunes (CDJ)1. L’élu             (4) et l’influence des pairs dans l’initia-    en assemblée plénière, co-présidée par
junior est le relais auprès des jeunes de          tion au tabac est majeure (5).                 le président du conseil général et l’ins-
son collège et peut (de fait) devenir pair                                                        pecteur d’académie, leur action de pré-
éducateur. L’éducation par les pairs est           Descriptif du projet                           vention aux autres commissions. Le
par définition l’éducation des enfants,                Les quinze élus juniors de la commis-      conseil général a distribué ce film, dès
jeunes ou adultes par d’autres personnes           sion Sport-Santé ont conçu, co-animé           la rentrée 2011-2012, à tous les collèges
du même âge, ayant une histoire, une               avec des professionnels, et organisé           de l’Hérault.
culture ou un statut social commun.                l’évaluation d’un projet de prévention
L’éducation par les pairs part de l’hypo-          du tabagisme. Selon leur propre obser-         Résultats
thèse qu’on est plus susceptible d’écouter         vation, la prévention, pour être efficace,         Sur les trois outils que les élus du
et de réagir à la sensibilisation si celle-ci      doit être choc et faire vivre des expé-        conseil départemental des jeunes sou-
est menée par ses pairs (1). Cette                 riences. Dans cette optique, ils ont           haitaient développer, seul le film a pu
approche s’est développée au cours des             décidé d’élaborer trois outils : un film,      être réalisé sur l’année scolaire 2011-
dernières années sans qu’un fondement              des affiches et l’organisation d’une           2012. Sa réalisation a nécessité cinq
théorique puisse être toujours clairement          course (un cross). Pour réaliser le film,      demi-journées de travail. Notons que
identifié, même si certains chercheurs             les jeunes ont imaginé l’histoire, élaboré     l’idée d’insérer au film le témoignage de
comme Céline Bellot et Jacinthe Rivard             le scénario, joué les personnages. Ils ont     patients malades n’a pas suscité, au


30    LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012
départ, l’unanimité des professionnels.               et que 45 % l’avaient acceptée. L’inter-             informations. Il s’agissait de profession-
    Trente-deux séances d’une heure ont               view du patient dans le film a suscité des           nels provenant de secteurs différents
été menées auprès de sept cents élèves                réactions. Il s’agit de l’élément qui a              (animation, sport, santé, prévention,
de sept collèges4. Pour organiser ces                 recueilli la plus forte adhésion (53 %)              éducation), et qui ont partagé leurs
séances, l’appui d’un encadrant a parfois             des élèves. Le débat a par ailleurs néces-           expériences et représentations avec les
été nécessaire afin d’aider l’élu junior.             sité l’intervention des adultes car les              élus juniors. Suivre les idées des élus
Durant le mandat, dix jeunes ont assuré               pairs éducateurs manquaient de                       juniors leur a aussi permis de réfléchir
leur mission de bout en bout, trois ont               connaissances approfondies sur le sujet              sur l’évolution de leur propre pratique.
abandonné et deux ont dû partir à cause               et de techniques d’animation. Les                    Ces résultats renforcent l’idée qu’en
d’un changement de collège.                           adultes étaient systématiquement pré-                impliquant toute la communauté éduca-
    L’évaluation met en évidence leur                 sents pour que les pairs éducateurs ne               tive, dont les jeunes, on peut optimiser
plaisir d’avoir travaillé sur les étapes du           soient pas seuls et donc en difficulté.              l’efficacité des actions de prévention (6).
projet. Spontanément, ils estiment que                Mais 42 % des élèves ont indiqué avoir
cela leur a permis de développer leurs                préféré que ce soit des jeunes qui leur                                             Marie-Ève Huteau
compétences psychosociales (estime de                 parlent du tabac. Certains trouvent plus                           Chargée de projets, tabacologue,
soi, confiance en soi), leur capacité à               facile de discuter avec eux, tandis que                                 Epidaure – Pôle prévention
travailler en groupe et à prendre la                  d’autres apprécient que les adultes aient                        du CRLC Val d’Aurelle, Montpellier,
parole. Une évaluation a également été                plus d’expérience. Enfin, 75 % des                                                        Adrien Granier
réalisée auprès de 321 élèves, soit un                élèves ont estimé que l’animation les                      Éducateur sportif et animateur au CDJ,
taux de réponse de 92 %. L’échantillon                aidera à dire « non » à la cigarette et 76 %            Hérault Sport, conseil général de l’Hérault,
était constitué de 53 % d’élèves en 6e,               ont estimé qu’elle leur donnait envie de                                                       Aude Arino
47 % d’élèves en 5e avec 51 % de gar-                 conseiller à leur entourage d’éviter le                                        Chargée de projets,
çons. Les élèves étaient majoritairement              tabac.                                                  Comité régional des maladies respiratoires
non fumeurs (87 %), même si 38 %                                                                                      de l’Hérault (Souffle L’R), Mireval,
s’étaient déjà vu proposer une cigarette              Conclusion                                                                  Christine Davy-Aubertin
                                                          Ce projet montre la faisabilité d’une                             Médecin conseiller technique,
                                                      action d’éducation par les pairs en col-                                responsable départemental,
 Remerciements
                                                      lège. La méthode est appréciée par les                       Direction des services départementaux
 Nous remercions les élus juniors et leurs sup-
                                                      élèves et aurait un impact sur leurs capa-                    de l’Éducation nationale de l’Hérault,
 pléants pour leur investissement :
                                                      cités à résister aux pressions extérieures.                                           Christian Bénézis
 Talib Akkouh, Margaux Berlou, Moïse Bernard,
                                                      Les pairs éducateurs, quant à eux,                              Conseiller général, vice-président
 Siham Boulali, Léa Brousse, Yaël Chardet,
                                                      apprécient l’acquisition de compétences                   délégué à la santé, prévention, jeunesse,
 Périne Cœuret, Célia Delaforge, Ambre
                                                      psychosociales utiles pour leur avenir.                               au sport, loisirs, bien vieillir,
 Deleris, Théo Egnell, Amin El Amrani, Marine
                                                      Ils estiment avoir développé leur sens                                 conseil général de l’Hérault,
 Goutines, Thomas Hatchane, Abdelkader
                                                      de l’autonomie, des responsabilités et                                      Anne Stoebner-Delbarre
 Kébir, Théo Mangiapan, Julie Miquel, Victor
                                                      du travail en groupe. Les adultes ont été                              Médecin de Santé publique,
 Nègre, Julien Pages, Gautier Pinard, Shane
                                                      indispensables pour accompagner les                                     tabacologue, addictologue,
 Santanastasio, Célia Seguier, Lucas Théron,
                                                      jeunes dans la démarche de projet, l’ani-                              Epidaure – Pôle prévention
 Marine Thiebaut.
                                                      mation des séances et la validation des                          du CRLC Val d’Aurelle, Montpellier.


                                                                                                          1. Le conseil départemental des jeunes (CDJ) permet
   Références bibliographiques                                                                            aux jeunes élus de participer à la vie de leur collège, en
                                                                                                          découvrant l’activité politique et en expérimentant la
                                                                                                          mise en œuvre d’un projet. Chaque mandat a un fonc-
 (1) Harden A., Weston R., Oakley A. A review of      http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/           tionnement et des thèmes de commissions qui lui sont
 the effectiveness and appropriateness of peer-       PMC2387195/?tool=pubmed                             propres. Pendant un mandat de deux ans, l’élu junior
 delivered health promotion interventions for         (4) Spilka S., Le Nézet O., Laffiteau C.,           est le relais auprès des jeunes de son collège. Il bénéficie
                                                                                                          d’une formation initiale de trois jours. Puis, pendant
 young people. London : EPPI-Centre, 1999 :           Legleye S. Analyse régionale Escapad 2008.          son mandat, il participe à onze journées de commis-
 179 p. En ligne : http://eppi.ioe.ac.uk/cms/         OFDT, 2009. En ligne : http://www.ofdt.fr/          sions en réunions ou en assemblées plénières.
                                                                                                          2. Le test de paille : non invasif et facile à réaliser, il
 Default.aspx?tabid=255                               BDD_len/ESCAPAD/2008_LANGUEDOC_
                                                                                                          permet une prise de conscience et un ressenti direct
 (2) Turner G., Shepherd J. A method in search        ROUSSILLON.xhtml                                    d’un manque d’oxygène sur sa respiration. Le matériel
 of a theory: peer education and health promo-        (5) Birkui P., Youssi D., Osman M., Lepetit D.,     se compose : d’un pince-nez, d’un morceau de spara-
                                                                                                          drap troué en son milieu, de deux pailles de diamètre
 tion. Health Education Research, 1999,               Arcival C., Rubal J., et al. Prédominance de        de 3 mm et 5 mm pour une longueur de 5 cm. La per-
 vol. 14, n° 2 : p. 235-247. En ligne : http://her.   l’influence du meilleur ami dans l’initiation au    sonne se pince le nez, place le sparadrap sur sa bouche
 oxfordjournals.org/content/14/2/235.abs-             tabagisme des collégiens. Alcoologie et Addic-      et y introduit l’une des deux pailles. Puis, elle reste sta-
                                                                                                          tique ou réalise des mouvements simples. Au bout de
 tract                                                tologie, 2001, tome 23, n° 2 (suppl.) : p. 13S-     quelques instants, elle perçoit progressivement le
 (3) Campbell R., Starkey F., Holliday J.,            17S.                                                manque de souffle. Les personnes qui réalisent ce test
                                                                                                          doivent être volontaires et ne pas éprouver de difficultés
 Audrey S., Bloor M., Parry-Langdon N., et al. An     (6) Carson K.V., Brinn M.P., Labiszewski N.A.,
                                                                                                          pour respirer. Utilisée dans le cadre de ce projet, l’idée
 informal school-based peer-led intervention for      Esterman A.J., Chang A.B., Smith B.J. Commu-        était de permettre aux collégiens de faire le parallèle
 smoking prevention in adolescence (ASSIST):          nity interventions for preventing smoking in        entre ce test et l’interview du patient atteint de BPCO.
                                                                                                          3. Epidaure – Pôle prévention du CRLC Val d’Aurelle,
 a cluster randomised trial. Lancet, 2008,            young people. Cochrane Database of Systema-         Montpellier
 vol. 371, n° 9624 : p. 1595-1602. En ligne :         tic Reviews, 2011, vol. 7 : CD001291.               4. Collège de Bédarieux, Bessan, Fabrègues, Ganges,
                                                                                                          Lodève, Montpellier (les Aiguerelles), Saint-Chinian.




                                                                                               LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012             31
Quelles méthodes pour l’évaluation
des projets d’éducation à la santé
par les pairs ?
             Le Fonds d’expérimentation pour la jeunesse encourage les actions innovantes améliorant
             l’accès à la prévention et aux soins pour les jeunes. Il a notamment développé et évalué
             quatre projets de prévention par les pairs. L’évaluation souligne l’intérêt de ces actions, la
             nécessité de les inscrire dans la durée avec un temps alloué suffisant, en particulier pour
             l’accompagnement des jeunes médiateurs par les adultes.

    Lancé à l’automne 2009, le deuxième            plus vaste de résultats de recherche sur     Jeunes médiateurs :
appel à projets du Fonds d’expérimen-              les politiques publiques. Leur spécifi-      des rôles variés
tation pour la jeunesse (Fej) encoura-             cité consiste toutefois à s’appuyer sur          Les quatre projets expérimentaux
geait à proposer des projets innovants             l’expérimentation pour isoler des situa-     sélectionnés reposaient initialement sur
permettant d’améliorer l’accès aux soins           tions particulières ou des aspects d’un      des formes différentes de prévention par
des jeunes. Cette démarche d’expéri-               dispositif dont on cherche à évaluer         les pairs, notamment du point de vue de
mentation trouve sa source dans les                l’impact.                                    la conception du rôle des jeunes média-
travaux de la commission de concerta-                                                           teurs. Considérés comme vecteur d’in-
tion sur la politique de jeunesse et dans          Quatre expérimentations                      formation auprès de leurs pairs, ils
la rédaction du Livre Vert Reconnaître la          de prévention par les pairs                  étaient dans certains projets également
valeur de la jeunesse, publié en                       Parmi les vingt-cinq expérimenta-        à l’initiative d’actions à destination des
juillet 2009. L’objectif de « mobiliser les        tions retenues par le Fej en matière de      autres jeunes. L’évaluation menée devait
jeunes sur la prévention et l’éducation à          santé, treize projets visent à innover       ainsi être en mesure d’analyser l’appro-
la santé » (1) fixé par le Livre Vert était        dans la conception et la diffusion de        priation par les territoires et les acteurs
assorti d’une méthode : il préconisait en          messages de prévention. Parmi ces            de cette nouvelle démarche, ainsi que
la matière de lancer des expérimenta-              projets, quatre1 proposent d’expéri-         l’adhésion des jeunes médiateurs et des
tions afin de soutenir de nouvelles                menter des formes de prévention par          jeunes ciblés, en procédant à une com-
démarches de prévention.                           les pairs. Le principe d’une évaluation      paraison des quatre démarches expéri-
    Le Fej, dans le cadre duquel ont été           commune à ces quatre projets a été           mentales. Les méthodes qualitatives
initiés ces projets, est un « laboratoire de       retenu, afin que l’évaluateur puisse         d’évaluation permettent cette comparai-
politiques publiques », qui finance l’ex-          développer une analyse comparative.          son. L’observation du déroulement du
périmentation de ces actions innovantes                Le Fej a identifié, lors de l’écriture   projet et le croisement des regards des
mises en œuvre à une échelle limitée et            de l’appel d’offres, trois axes de travail   différents protagonistes (discours sur la
évaluées de manière rigoureuse et sys-             pour l’évaluation :                          démarche initiée et réorientations éven-
tématique. Dès son lancement, chaque                  l’efficacité des modes de repérage        tuelles, interactions entre les acteurs,
expérimentation associe ainsi une struc-           des jeunes médiateurs et des modes de        etc.) aident ainsi à comprendre les
ture porteuse d’un projet à un évaluateur          sélection des jeunes ciblés ;                logiques opérationnelles à l’œuvre.
indépendant, sur la base d’un protocole                l’efficacité du rôle des jeunes
d’évaluation validé par des jurys de               médiateurs ;                                 Recueillir le point de vue
sélection. Les évaluations mobilisent des             et l’évolution des comportements de       des jeunes
méthodes multiples qui doivent s’adap-             santé et des trajectoires scolaire et pro-      L’évaluation menée permet d’analy-
ter aux objectifs et aux caractéristiques          fessionnelle des jeunes ciblés.              ser les mécanismes de prévention par
des projets (2). Il ne s’agit pas simple-              Afin de répondre à ces objectifs, une    les pairs en recueillant le point de vue
ment d’assurer le suivi des actions entre-         évaluation reposant, d’une part, sur la      des jeunes. Ce type de prévention
prises dans le cadre du projet ni de               confrontation des points de vue des          repose en effet sur la reconnaissance
contrôler la conformité au programme               acteurs, des jeunes médiateurs et des        des jeunes médiateurs comme pairs,
d’action défini : l’objectif principal est de      jeunes ciblés, et, d’autre part, sur des     considérés alors comme « personnes
recueillir des éléments de preuve afin de          phases d’observation, a été menée2. Ce       ressources » sur les questions de santé,
savoir si le dispositif expérimenté amé-           choix méthodologique tient au carac-         ainsi que sur la participation des jeunes
liore effectivement la situation des per-          tère exploratoire des dispositifs expéri-    ciblés à certaines de leurs actions. Une
sonnes qui en bénéficient.                         mentés ainsi qu’à la nécessité de com-       approche qualitative mêlant phases
    Les évaluations des projets expéri-            prendre les mécanismes à l’œuvre dans        d’observation et entretiens collectifs
mentaux s’inscrivent dans un ensemble              les projets de prévention par les pairs.     constitue pour ce faire un outil adapté.


32    LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012
                                                                                                   dispensé par les adultes aux jeunes
                                                                                                   médiateurs en particulier. Donner les
                                                                                                   moyens à ces derniers de définir leur
                                                                                                   projet, d’en organiser la mise en œuvre,
                                                                                                   s’avère indispensable à la réussite, et les
                                                                                                   volumes horaires en jeu ont pu être
                                                                                                   sous-estimés. Il apparaît enfin capital de
                                                                                                   travailler à l’implantation du projet dans
                                                                                                   la structure concernée, l’adhésion de
                                                                                                   l’ensemble des acteurs concernés sup-
                                                                                                   posant que la démarche ait été bien
                                                                                                   assimilée, et pensée en complémentarité
                                                                                                   avec les propres projets de ces acteurs.
                                                                                                   Des actions de formation et de sensibi-
                                                                                                   lisation en direction de la communauté
                                                                                                   éducative pourraient à ce titre s’avérer
                                                                                                   efficaces.
                                                                                                       Les résultats détaillés feront l’objet
                                                                                                   d’un rapport final remis à l’automne
                                                                                                   2012 (lire l’article d’Éric Le Grand p. 34
                                                                                                   pour les premiers résultats). Si la déci-
                                                                                                   sion de poursuite des dispositifs appar-
                                                                                                   tient aux porteurs des projets eux-
    Le mécanisme de reconnaissance                     Une évaluation proposant une mesure         mêmes, le rôle du FEJ sera de travailler
dépend de l’identité des jeunes média-             chiffrée de l’impact des projets sur les        à leur diffusion et à leur capitalisation,
teurs et donc du processus de sélection            jeunes bénéficiaires pouvait apparaître         afin qu’ils permettent d’éclairer les
mis en œuvre par les acteurs. Celui-ci est         comme souhaitable. Il aurait été intéres-       décisions publiques et d’orienter les
lié aux représentations des acteurs sur la         sant, par exemple, de différencier l’effet      pratiques de dispositifs similaires sur
démarche de prévention par les pairs               d’une campagne d’information classique          d’autres territoires.
elle-même. L’évaluateur, par sa présence           de celui de l’implication de jeunes média-
prolongée auprès des jeunes et des                 teurs. En effet, la question de l’impact de                                       Alexia Pretari,
acteurs du projet, établit une relation de         l’identité de la personne donnant l’infor-                                    Mathieu Valdenaire
confiance et peut ainsi interroger les             mation sur la modification de comporte-             Fonds d’expérimentation pour la jeunesse,
conceptions de chacun, et observer les             ment a été peu traitée dans la littérature4.                         direction de la Jeunesse,
interactions des protagonistes, sans être          Les projets concernés ne réunissaient                    de l’Éducation populaire et de la Vie
un élément perturbateur3.                          toutefois pas l’ensemble des conditions                                 associative (DJEPVA),
                                                   nécessaires à la mise en œuvre d’une telle
                                                   évaluation, en particulier du fait de l’hé-
   Références                                      térogénéité des projets, du nombre réduit       1. Il s’agit des projets suivants, retenus lors du deu-
                                                                                                   xième appel à projets :
   bibliographiques                                de bénéficiaires et de la difficulté à          – Correspondants santé en Côtes-d’Armor (Maison
                                                   prendre en compte leurs spécificités.           des adolescents des Côtes d’Armor) : créer un réseau
                                                                                                   de jeunes correspondants santé en milieu lycéen afin
 (1) Commission sur la politique de la jeunesse.                                                   d’améliorer la prévention et l’accès aux soins des
 Livre Vert « Reconnaître la valeur de la jeu-     Premiers enseignements                          jeunes.
 nesse », juillet 2009. En ligne : www.experi-     de l’évaluation                                 – Paroles de jeunes : « Faut s’lancer… prendre sa santé
                                                                                                   en main (mission locale de Moulins) : mobiliser les
 mentationsociale.fr/img/pdf/livre_vert.pdf            L’ensemble de ces raisons ont poussé        acteurs de la santé dans une coordination de terri-
 (2) Ministère des Sports, de la Jeunesse, de      à la conduite d’une évaluation fondée           toire via la parole des jeunes.
                                                                                                   – Santé : un territoire rural mobilisé par et pour sa
 l’Éducation populaire et de la Vie associative.   sur des méthodes qualitatives. Les élé-         jeunesse (mission locale de Beaune) : sensibiliser aux
 Rapport du conseil scientifique du Fonds          ments transmis à ce jour par l’évaluateur       problématiques de santé des jeunes, mobiliser des
 d’expérimentation pour la jeunesse pour l’an-     suggèrent de premiers enseignements             jeunes volontaires pour la diffusion d’information
                                                                                                   auprès des élus sur la problématique santé.
 née 2011. En ligne : http://www.experimen-        quant à la mise en œuvre des projets, et        – Ensemble œuvrons pour que chaque jeune soit
 tationsociale.fr/IMG/pdf/Rapport_CS_              en premier lieu la nécessité d’inscrire         acteur de sa santé (Mutuelle de la Somme) : faciliter
 FEJ_2011.pdf                                      l’action dans la durée. En effet, les jeunes    l’accès aux soins et à la prévention des jeunes en pré-
                                                                                                   carité.
 (3) Ministère des Sports, de la Jeunesse, de      médiateurs en fin de scolarité secon-           Projets en ligne : http://www.jeunes.gouv.fr/minis-
 l’Éducation populaire et de la Vie associative.   daire ont pu regretter de n’avoir pu dis-       tere-1001/actions/fonds-d-experimentation-pour-la-
                                                                                                   1038/#top
 Rapport d’activité 2009-2011. Fonds d’expé-       poser d’un temps suffisant pour mettre          2. La définition de ces objectifs a donné lieu à la publi-
 rimentation pour la jeunesse. En ligne :          en place l’ensemble des actions envisa-         cation d’un appel d’offres.
 http://www.jeunes.gouv.fr/IMG/pdf/FEJ_            gées. La sélection des jeunes médiateurs        3. Pour un retour sur le recours aux méthodes quali-
                                                                                                   tatives au sein des évaluations du Fej, voir le rapport
 RA_20092011_CorpsRapport.pdf                      doit ainsi intégrer la contrainte d’une         d’activité du Fej (3).
 (4) Dupas P. Health Behavior in Developing        disponibilité pour le projet suffisamment       4. Pour une revue de littérature sur les mesures chif-
 Countries. Annual Review of Economics, sep-       longue. L’évaluateur met ensuite en             frées de la modification des comportements de santé,
                                                                                                   et notamment sur les questions d’impact de la diffu-
 tembre 2011, vol. 3 : p. 425-449.                 avant la question du temps dévolu au            sion d’informations, lire l’article de Pascaline Dupas
                                                   projet en général et à l’accompagnement         2011 (4).



                                                                                       LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012            33
Paroles de pairs :
« Je me sens utile, mieux dans ma peau. »
             Quatre expériences d’éducation à la santé par les pairs soutenues par le Fonds d’expéri-
             mentation pour la jeunesse (Fej) ont été évaluées. Une quarantaine de jeunes formés à la
             prévention ont été interrogés sur leurs motivations et leur ressenti personnel. Témoignages.

   Entre septembre 2010 et juillet 2012,           tion dramatique ne se reproduise chez           ment d’image des professionnels et une
une quarantaine de jeunes âgés de 15               d’autres jeunes : « Moi à 16 ans, je suis       amélioration de la connaissance des
à 23 ans, formés à la prévention par les           tombée enceinte, je n’ai pas osé le dire,       structures existantes sur un territoire :
pairs dans le cadre de quatre pro-                 personne ne m’a aidée, c’est pour cela          « Le CMP (NDLR : centre médico-psy-
grammes mis en œuvre sur des terri-                que je ne veux pas que cela se                  chologique), j’étais passé devant… ça
toires différents, ont été interviewés en          reproduise. » ;                                 me paraissait un peu bizarre, presque
mission locale, établissement scolaire                l’engagement de proximité : « Nous,          enfermé quoi, et quand on est rentré
et structure de loisirs (lire l’article            on entend des choses que les jeunes             dedans, c’était plus convivial, plus cha-
d’A. Pretari et M. Valdenaire p. 32).              disent, on sait leur problème, et ils ne        leureux… cela peut être utile pour moi
Nous donnons ici des résultats partiels            trouvent pas de réponses, on pourrait           et pour les autres jeunes ».
de ces entretiens1.                                les aider. »
                                                                                                   Le sentiment de proximité
Les motivations des jeunes pairs                   Les effets ressentis                                Ces différents éléments rejoignent
    Quelles sont les motivations de ces                Quels sont les effets ressentis par les     les analyses proposées par l’Inserm sur
jeunes à se porter volontaire pour s’ins-          jeunes pairs ? Voici, globalisées par           les effets ressentis par les jeunes pairs
crire dans ce type de programme ?                  grands thèmes, les réponses apportées           (lire l’article p. 17). Mais qu’en est-il de
    Quel que soit leur niveau scolaire,            par les jeunes lors de nos entretiens.          la perception, par les jeunes, de ces
social et leur appartenance géogra-                   La sensation d’un enrichissement per-        groupes de pairs formés ?
phique, l’une des raisons principales de           sonnel, d’avoir une utilité, une recon-             Les entretiens menés auprès de
leur engagement repose tant sur « le désir         naissance sociale : « Moi, dans mon             jeunes « ciblés » par des actions confir-
de montrer que les jeunes peuvent faire            quartier, dans ma famille, on me                ment l’importance du lien de proxi-
bouger des choses et changer le regard             demande des choses sur la santé, je me          mité : « C’est très bien que ce soit des
de l’adulte » que sur l’amélioration – liée        sens utile ». Un autre : « Je me sens bien      jeunes qui parlent de santé, cela nous
à leur proximité d’âge avec les autres             mieux dans ma peau. Moralement, cela            change. Les jeunes sont plus à notre
jeunes – de la prévention faite par les            va mieux, quelque chose de concret et de        écoute et à notre portée, on peut se
professionnels « stigmatisante, moralisa-          positif dans ma vie ». Ou encore : « Moi        confier plus facilement ». « Ils vivent les
trice ». « Qu’est-ce que les adultes savent        maintenant, quand je vais demander              mêmes choses que nous, la communi-
des jeunes ? Et puis on ne passe pas tout          quelque chose au conseiller principal           cation est plus facile parce que le jeune
notre temps à boire, fumer, faire                  d’éducation, il a appris à me faire             explique mieux »… Un autre : « C’est
l’amour » ; « Dès qu’un adulte parle, y a          confiance et il voit que je ne suis pas         moins pénible car on n’écoute pas les
tout de suite comme une morale, une                qu’une “déconneuse”, je lui montre que          adultes quand on est jeune ».
leçon ; alors le fait que nous, jeunes, on         le lycée peut aussi être un lieu où on ne           Si pour les jeunes ciblés, la proximité
parle à d’autres jeunes, ils vont prendre          fait pas que du bourrage de crâne ».            d’âge apparaît comme un atout favori-
plus cela pour de l’information que                   L’amélioration des relations person-         sant la communication des messages de
comme une leçon de morale ».                       nelles : les jeunes sentent qu’ils ont plus     prévention, la crédibilité et la confiance
                                                   de facilité à s’exprimer auprès de leur         accordées à ces « jeunes pairs investis »
     Cette volonté de faire « changer les          famille, de leur conjoint ou petit ami,         sont liées avant tout au fait qu’ils ont
choses » peut se combiner avec :                   voire auprès d’autres professionnels :          « fait des recherches et ont travaillé avec
   l’engagement pour répondre au mieux             « Je vais plus vers les autres, je suis moins   des professionnels de santé ». D’une cer-
à des problématiques ou à un manque                timide ». « Le fait de rencontrer des gens,     taine façon, l’adulte ne s’efface pas de ce
que les adultes ne perçoivent pas ou               de travailler en groupe, cela peut nous         type de programme.
parce qu’ils ont des discours inadaptés :          apporter que du bien, de présenter notre
« Le comble ici, c’est qu’il n’y a même pas        projet, on est plus à l’aise ».                                                     Éric Le Grand
d’infirmière » ; « la bouffe est dégueu-              L’amélioration des connaissances sur                                     Sociologue, consultant
lasse » ; « on ne sait pas où aller si on a        la santé : « Ma participation à ce pro-                                  en promotion de la santé.
des soucis de santé » ; « les internes, ils ont    gramme m’a aidée à mieux connaître
des problèmes de santé, mais peu de per-           mon corps, la contraception… Grâce à
sonnes s’en occupent » ;                           cela, j’ai pu voir que je faisais certaines
                                                                                                   1. Les résultats définitifs de l’évaluation paraîtront à
    l’engagement lié à une expérience              erreurs, j’ai donc changé ma contra-            l’automne 2012. Ils incluront aussi la perception des
personnelle pour éviter qu’une situa-              ception ». Second élément : le change-          porteurs de projets et des professionnels.



34    LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012
Haute-Normandie : un programme
d’éducation par les pairs
au banc d’essai
            En Haute-Normandie, le programme « Suricates » de formation par les pairs, axé sur la
            lutte contre le tabagisme, a été évalué en profondeur. Les résultats sont partagés : un
            impact positif est bien constaté, mais il est difficile de l’imputer au programme. Au rayon
            des certitudes : la formation des jeunes pairs et de leurs référents adultes concourt à la
            réussite, mais elle suscite parfois la réticence de certains professionnels.


     Le présent article prend appui sur       acteurs, la nécessité de conventions for-      réalisée a ainsi favorisé le renforcement
deux publications récentes (1, 2) qui         melles, l’apparition de nouveaux acteurs       des partenariats entre des acteurs qui
rendent compte des aspects méthodo-           en cours de projet et, enfin, des tempo-       n’étaient pas initialement en relation, et
logiques et de l’impact d’un projet           ralités différentes suivant la place occu-     la transformation des cultures profes-
d’éducation par les pairs, « Suricates1»,     pée par chaque acteur. En ce sens, les         sionnelles par le partage des expé-
mis en place par le comité régional           acteurs du programme ont établi des            riences et l’ouverture aux logiques
d’éducation pour la santé de Haute-           relations particulières, parfois différentes   professionnelles des autres, notam-
Normandie sur la période 2004-2008.           des logiques collaboratives qu’ils entre-      ment chez les professionnels du monde
     S’intéresser aux résultats d’un projet   tenaient habituellement. Et quelquefois,       associatif et ceux du milieu scolaire.
d’éducation pour la santé implique            au-delà des consensus, ils ont été
nécessairement un positionnement en           confrontés à des enjeux de leadership.          Résultats de l’évaluation
amont en matière de méthodologie de           Une telle évaluation peut donc compor-             Il ressort de cette évaluation que le
l’évaluation. Lors du programme « Suri-       ter le risque d’exposer les personnes          dispositif de prévention est bien adapté
cates », un référentiel d’évaluation a été    (dans leurs valeurs, croyances, et/ou          au contexte régional. Il s’inscrit dans
construit (3), partagé entre les différents   leurs compétences professionnelles), les       une chaîne de prévention du tabagisme
acteurs : le centre régional d’éducation      institutions (positionnements politiques       qui va du national au local et a été
pour la santé (Cres) – actuellement Ins-      et interinstitutionnels, etc.) et les struc-   perçu par l’ensemble des acteurs
tance régionale d’éducation et de pro-        tures associatives (en matière de posi-        comme innovant, de qualité, et original
motion de la santé (Ireps) – et l’observa-    tionnement par rapport aux autres par-         par sa démarche qui, contrairement
toire régional de la santé (ORS) ; les        tenaires associatifs et institutionnels mais   aux dispositifs habituels, vise l’autono-
établissements scolaires et différentes       également en termes de « survie » si l’on      mie des jeunes. Pour la plupart des
associations ; les acteurs individuels        considère les aspects financiers sous-         acteurs, la démarche proposée répond
(médecins tabacologues, infirmières           jacents au projet et aux futures réponses      globalement aux idéaux de l’interven-
scolaires, etc.). Ce référentiel développe    aux appels à projets).                         tion en éducation pour la santé. Dans
une approche participative entre les dif-                                                    les lycées, le projet a été perçu par les
férents protagonistes qui a permis            Impulser une dynamique                         personnels comme étant une sorte de
l’émergence de trois axes essentiels à        et renforcer les compétences                   « maillon manquant » par rapport aux
mesurer pour l’évaluation :                       Cependant, le recours à un référen-        actions habituelles de prévention qui
   l’adéquation du dispositif par rapport     tiel pour évaluer un programme selon           privilégient la transmission de conte-
au contexte ;                                 une approche participative permet              nus, voire même l’interdiction : « On
   son efficacité au regard des objectifs     d’accroître l’objectivité de l’évaluation,     voulait changer l’approche de la pré-
fixés et des résultats obtenus ;              car cela facilite notamment le partage         vention du tabac organisée de façon
   la pertinence des résultats à différents   de l’information entre les acteurs. Il         plus ou moins magistrale : information
niveaux (équipe de lycéens, établisse-        permet en effet, d’une part, d’identifier      des élèves assis, personne debout, même
ment scolaire, programme régional ou          les « goulots d’étranglement » et les          s’il y a des échanges » (une infirmière).
national d’éducation pour la santé).          causes des dysfonctionnements obser-
                                              vés – ce qui permet ensuite d’impulser          Difficile coordination
Partenariat et leadership                     une nouvelle dynamique au projet –,               Toutefois, le défaut de coordination
   L’élaboration et la mise en œuvre du       d’autre part, de contribuer au dévelop-        des acteurs a amoindri l’efficacité du
programme « Suricates » ont donné lieu        pement du savoir-faire des acteurs.            programme. Un certain nombre de dys-
à plusieurs constats : la multiplicité des    Dans le cas de « Suricates », l’évaluation     fonctionnements ont été relevés, avec


                                                                                  LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012   35
principalement le désintérêt des ensei-           animateurs de vie scolaire, etc.)2 et à la     communauté éducative dans leur
gnants (48 % du discours sur les dys-             volonté d’intégrer désormais dans leurs        capacité à être des référents accompa-
fonctionnements) : « Les infirmières              enseignements, ou dans le cadre du             gnateurs. Une réflexion préalable en
scolaires sont beaucoup impliquées ; les          comité d’éducation à la santé et à la          termes d’éthique est indispensable. Car
enseignants beaucoup moins. Dans un               citoyenneté (CESC), une dimension              l’enjeu n’est autre que de donner aux
lycée où tu as 250 profs, c’est l’infir-          « prévention du tabagisme ».                   jeunes, dans l’organisation des actions,
mière, qui parfois travaille à mi-temps,                                                         une place et donc, symboliquement,
qui porte tout ! » (un intervenant). Ce              L’une des transformations impor-            une part de pouvoir et de responsabi-
que l’on peut considérer comme une                tantes produite par le programme               lité dans la gestion de leur propre vie
confrontation de cultures profession-             concerne son impact sur les pratiques          et de celles de leurs camarades, au sein
nelles n’a pu être surmonté que très              professionnelles des professionnels            de l’institution. Une tâche qui peut être
progressivement malgré l’intérêt porté            intervenants-acteurs : la confrontation        très ardue.
par tous à l’approche par les pairs. D’où         des cultures, au-delà des clivages, a
un problème de coordination des inter-            provoqué de part et d’autre une prise                                                Catalin Nache
ventions, lequel a eu des répercussions           de recul critique favorable à une modi-                      Docteur en psychologie sociale,
sur les objectifs quantitatifs fixés et le        fication des pratiques. Ainsi, les éduca-            chercheur attaché au laboratoire ACTÉ,
nombre de désistements chez les                   teurs du monde associatif ont été                 Université Blaise-Pascal, Clermont-Ferrand,
élèves : « On a perdu des élèves “pairs”          confrontés aux limites de la relation                 Délégué général, Fédération nationale
en cours de route, ils ont fini à dix alors       d’égal à égal qu’ils adoptent habituelle-                       Agapsy, Ex-chargé de mission
qu’au départ, ils étaient dix-huit » (une         ment avec les jeunes dont ils ont la                           au Cres de Haute-Normandie,
infirmière).                                      charge, face à « l’attentisme » des                   en charge du programme « Suricates ».
                                                  lycéens. De son côté, le personnel édu-
Les élèves se sont mieux                          catif des lycées (enseignants, infirmiers,
approprié le programme                            CPE, etc.) a perçu les limites de la rela-
   Pour en revenir aux aspects positifs,          tion pédagogique verticale (du profes-
les transformations qualitatives obser-           sionnel vers l’élève) visant la transmis-      1. Programme expérimental de prévention du taba-
vées chez les acteurs sont de trois               sion de connaissances et exigeant un           gisme à travers une approche par les pairs mené par
types, relatives aux élèves ayant parti-                                                         le Cres de Haute-Normandie. Le projet s’articulait
                                                  plus grand contrôle des élèves lorsqu’il       autour des actions suivantes : mettre en place des
cipé au programme, à l’environnement              s’agit de l’approche par les pairs.            actions collectives sur les effets du tabac en consti-
(lycées et collectivité territoriale, c’est-                                                     tuant dix équipes de professionnels (un éducateur
                                                                                                 pour la santé et une équipe scolaire) couvrant le ter-
à-dire la région) et aux pratiques pro-           Impact des pairs : une efficacité              ritoire. Ces professionnels encadraient dix groupes de
fessionnelles des intervenants. La prin-          difficile à estimer                            quinze « suricates », élèves volontaires et motivés, pour
cipale transformation relevée chez les                Bien que l’efficacité ait été variable     conduire des actions de promotion d’une vie sans
                                                                                                 tabac au sein de divers lycées. Le « suricate » est le jeune
lycéens ayant été « pairs » concerne l’ac-        suivant les contextes, l’ensemble des          pair, il est préalablement formé pour mettre en place
cès à l’autonomie (l’engagement et leur           protagonistes s’accorde à dire que les         des actions collectives dans son établissement scolaire
capacité à s’approprier le programme              objectifs poursuivis auprès des jeunes         et informer/sensibiliser les autres élèves.
                                                                                                 2. Le corps des infirmiers étant généralement intégré
occupent 40 % du discours). Viennent              volontaires ont été atteints. Cependant,       « d’office » !
ensuite : la sensibilisation sur le taba-         il est difficile d’identifier la part attri-
gisme (18 %), la formation personnelle            buable à leur participation au projet
notamment à la démarche de projet                 dans les transformations observées :
(13 %) et corrélativement leur capacité           les élèves concernés n’étaient-ils pas
à mettre en place des actions de pré-             déjà autonomes, indépendamment de
vention (13 %).                                   l’action proposée ? Enfin, certains
                                                  adultes encadrants semblent plus à
   Dans l’environnement des lycées,               l’aise face aux actions formelles mises
les transformations relevées concer-              en place par les jeunes pairs que face
nent d’abord le rayonnement local du              à leurs initiatives informelles sur les-            Références
lycée (42 % des réponses) à travers des           quelles ils n’ont pas d’emprise. Ce                 bibliographiques
activités regroupant divers partenaires           constat vaut tout particulièrement dans         (1) Nache C., Baba-Moussa A. Impact d’un
locaux et régionaux et/ou destinés à un           le domaine de la promotion de la santé          dispositif d’éducation par les pairs : tranfor-
public plus large que celui du lycée et           où le recours aux « spécialistes »,             mations qualitatives de l’environnement, des
des liens tissés avec d’autres établisse-         notamment en milieu scolaire, est ins-          acteurs et des pratiques professionnelles.
ments. Ensuite, elles concernent l’ins-           crit dans une sorte d’« habitus collectif       Santé publique, 2010, vol. 22, n° 6 : p. 675-
tauration dans certains établissements            intemporel » laissant peu de place à la         683.
d’une dynamique collective de                     reconnaissance des compétences                  (2) Baba-Moussa A., Nache C. Proposition
réflexion et d’action pluridisciplinaire          d’autres personnes, à commencer par             d’une démarche d’évaluation de processus
(34 %). Enfin, elles se traduisent par des        des jeunes pairs. Donc, faire recon-            en éducation pour la santé. Santé publique,
changements des pratiques profession-             naître le concept d’élèves « acteurs de         2010, vol. 22, n° 4 : p. 449-459.
nelles des enseignants impliqués dans             prévention » dans un établissement              (3) Figari G. Évaluer : quel référentiel ?
le programme (24 %), par une ouver-               scolaire ne va pas de soi ; ceci nécessite      Bruxelles : De Boeck, coll. Pédagogies en
ture à d’autres corps de professionnels           en outre un renforcement des compé-             développement, 1994 : 196 p.
de l’éducation (conseillers d’éducation,          tences des adultes de l’ensemble de la


36   LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012
Pour en savoir plus
Les sources d’information proposées dans cette rubrique s’inscrivent dans une approche globale de l’éducation par les
pairs essentiellement auprès des jeunes. La littérature généraliste francophone sur ce sujet est à ce jour peu fournie.
Nous avons retenu quelques références anglophones. Dans un premier temps, les références proposées dressent un
rapide état des lieux de l’éducation par les pairs en proposant une sélection de références sur des actions efficaces
auprès des jeunes. Ensuite, des documents d’orientation et d’interventions pour la mise en place d’actions sont décrits.
Une brève sélection de sites Internet clôture cette rubrique. Les adresses de ressources et de sites Internet ont été
consultées le 17/09/2012.


   Généralités

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                                                   d’aujourd’hui à l’an 2000. Actes du 14e Congrès              Séminaires, 1996 : p. 81-84.
                                                   des communautés thérapeutiques. Montréal,                       Webster R.A., Hunter M., Keats J.A. Evalua-
                                                   Vamos et Corriveau, 1992 : p. 815-816.                       ting the effects of a peer support programme
                                                     Bohrn K., Fenk R. L’influence du groupe des                on adolescents’ knowledge, attitudes and use
                                                   pairs sur les usages de drogues. Psycho-                     of alcohol and tobacco. Drug and Alcohol
                                                   tropes, 2003, vol. 9, n° 3 : p. 195-202. En                  Review, 2002, vol. 21, n°1, p. 7-16.



38    LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012
   Évaluation                                                                                                           communauté éducative, en faveur de la réus-
                                                                                                                        site des élèves. Il dispose d’une base de don-
   Backett-Milburn K., Wilson S. Understanding                                                                          nées en ligne et propose des ressources vidéo.
peer education: insights from a process evalua-                                                                         Le réseau du CNDP comprend trente et un
tion. Health Education Research, 2000, vol. 15,                                                                         centres régionaux de documentation pédago-
n° 1 : p. 85-96.                                                                                                        gique. Ces structures offrent notamment : des
  Baeza C., Nache C. La Normandie teste l’édu-                                                                          outils d’enseignement pour la classe sur tous
cation par les pairs. La Santé de l’homme, jan-                                                                         supports ; des revues, des ouvrages de
vier-février 2005, n° 375 : p. 26-27. En ligne :                                                                        réflexion spécialisés sur l’activité pédagogique
http://www.inpes.sante.fr/SLH/pdf/sante-                                                                                et le système éducatif (tous éditeurs).
homme-375.pdf
  Bellot C., Rivard J., Greissler E. L’intervention par                                                                 4, avenue du Futuroscope Téléport 1
les pairs : un outil pour soutenir la sortie de rue.                                                                    BP 80158 86961 Futuroscope Cedex
Criminologie, 2010, vol. 43, n° 1 : p. 171-198.                                                                         Tél. : 05 49 49 78 78
  Capdupuy C. L’éducation pour la santé par les                                                                         http://www.cndp.fr/accueil.html
pairs au lycée. Les limites d’une expérience.
Diplôme universitaire en éducation pour la                                                                                 Institut national de la jeunesse et de
santé. Nantes : université de Nantes, 1996 :                                                                            l’éducation populaire (Injep)
65 p. +16 p.                                                                                                            L’Injep est un établissement public national
   Chobeaux F. La prévention par les pairs :                                                                            placé sous la tutelle du ministre chargé de la
attentes et limites. Courrier des Addictions,                                                                           Jeunesse. Il porte l’Observatoire de la jeunesse
2011, vol. 13, n° 3 : p. 13-14.                                                                                         et des politiques de jeunesse, ainsi qu’un centre
   Jacob E. Évaluation secondaire d’une                                                                                 de ressources destiné aux acteurs de la jeu-
démarche de prévention par les pairs. 2000 :                         Ressources                                         nesse et de l’éducation populaire. Le centre
32 p.                                                                et sites Internet                                  propose un fonds spécialisé sur les questions
   Mercier C., Fortier J., Cordova J. L’interven-                                                                       de jeunesse, d’éducation populaire, de vie
tion par les pairs auprès des jeunes de la rue                        Youth Peer Education Toolkit                      associative et d’animation. Le catalogue du
du centre-ville de Montréal. Rapport d’évalua-                     Youthnet. USA : United Nations Population            fonds documentaire est consultable sur Télé-
tion. Montréal : RRSSSM-C, 1996 : 172 p.                           Fund, 2005 et 2006.                                  maque, base de données bibliographiques du
E n l i g n e : h t t p s : / / d e p o t . e r u d i t . o rg /   Cinq ressources ont été conçues à l’intention        centre de documentation de l’Injep.
bitstream/000800dd/1/000262pp.pdf                                  des directeurs de programmes et formateurs
   Nache Catalin M., Baba-Moussa A. Impact                         des pairs-éducateurs pour les jeunes, en s’ap-       Centre de documentation de l’Injep :
d’un dispositif d’éducation par les pairs : trans-                 puyant sur la recherche, les preuves scienti-        95, avenue de France
formations qualitatives de l’environnement, des                    fiques et les expériences sur le terrain (Fonds      75650 Paris Cedex 13
acteurs et des pratiques. Santé publique,                          des Nations unies pour la population, FHI/           Tél. : 01 70 98 94 13
2010, vol. 22, n° 6 : p. 675-683.                                  YouthNet et Y-PEER, 2005-2006).                      documentation@injep.fr
   Walker S.A., Avis M. Common reasons why                         En ligne : http://www.fhi360.org/en/Youth/           http://www.injep.fr/
peer education fails. Journal of adolescence,                      YouthNet/Publications/peeredtoolkit/index.htm
1999, vol. 22, n° 4 : p. 573-577.                                  En ligne, on notera en particulier les trois docu-                               Sandra Kerzanet,
                                                                   ments ci-dessous :                                                            Documentaliste à l’Inpes.
                                                                   – The Training of Trainers Manual ;
                                                                   – Standards for Peer Education Programmes ;
                                                                   – Assessing the Quality of Youth Peer Education
                                                                   Programmes.

                                                                     Non-Violence Actualité (NVA) (centre de
                                                                   ressources)
                                                                   NVA a pour objectif de répondre aux demandes
                                                                   des particuliers et des institutions, en recherche
                                                                   de documentation, d’outils, de contacts ou de
                                                                   formations, sur les compétences relationnelles
                                                                   et sociales : en particulier la gestion des
                                                                   conflits et la médiation.

                                                                   BP 20241 – 45202 Montargis Cedex
                                                                   Tél. : 02 38 93 67 22 – Fax : 09 75 38 59 85
                                                                   www.nonviolence-actualite.org

                                                                    Centre national de documentation péda-
                                                                   gogique (CNDP)
                                                                   Le CNDP propose un site de ressources péda-
                                                                   gogiques et documentaires à destination de la



                                                                                                            LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012    39
                   la santé à l’école



                   Éducation à la santé en milieu
                   scolaire : enquête franco-québécoise
                               Trois chercheurs ont enquêté en France et au Québec sur les actions d’éducation à la santé
                               menées dans les écoles primaires. Si les écoles québécoises associent davantage la
                               famille et les communautés, des deux côtés de l’Atlantique, les programmes les plus
                               aboutis ont une approche globale de la santé, sont inscrits dans la durée, s’organisent en
                               réseau et en large partenariat. Ce type d’intervention est recommandé par les auteurs à
                               la place des actions ponctuelles jugées moins efficaces.
© Phovoir-Images




                      En France comme au Québec, les                 concevoir comme le développement          D’abord classifier les actions…
                   enseignants du primaire sont invités à            équilibré d’une série de rapports aux        Pour analyser le partenariat, nous
                   aborder l’éducation à la santé de                 autres, à soi, au milieu, au passé et à   avons classé ces actions selon la grille
                   manière systémique et à l’inscrire au             l’avenir (1), dont l’objectif, modélisé   de C. Mérini (3), et ses trois types de
                   plus près des apprentissages. Cela sup-           par Lange et Victor (2), est d’amener     structures organisationnelles en
                   pose qu’ils s’approprient l’éducation à           l’élève, par des opinions raisonnées,     réseaux, intitulés « réseaux d’ouverture
                   la santé et que l’école s’ouvre sur son           à faire des choix éclairés en matière     et de collaboration » (Roc) (Tableau 1).
                   milieu (famille, quartier). Les résultats         de santé.
                   présentés ici sont issus d’une recherche                                                        Chaque réseau a ses propres cri-
                   réalisée dans douze écoles primaires,                Pour analyser les actions en éduca-    tères de caractérisation et il n’y a pas
                   six au Québec (région de Montréal) et             tion à la santé mises en place dans les   entre eux de lien hiérarchique même
                   six en France (Auvergne).                         écoles, nous avons examiné tout parti-    si le réseau de type 3 (Roc 3) est sou-
                      La définition retenue de l’éducation           culièrement la dimension collective de    vent considéré comme le modèle à
                   à la santé est que celle-ci peut se               ces actions.                              atteindre (Tableau 1). Ainsi, l’école


                   40   LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012
                                                                                                    la santé à l’école


Tableau 1. Les critères de caractérisation des réseaux d’ouverture et de collaboration                     le professionnel rencontre les élèves
(Roc)                                                                                                   de la classe, présente un sujet précis qui
                                                                                                        est ensuite repris par l’enseignant
                                                                                                        (réseau de type 1 ou Roc 1) ;
                            Roc 1                     Roc 2                      Roc 3
                                                                                                           si cette visite se transforme en ateliers
                                                                             transformation             de formation pour les élèves, cette col-
 Enjeu                   information                formation                                           laboration prend la forme d’un réseau
                                                                                innovation
                                                                                                        de type 2 (Roc 2) ;
                                                   moyenne :             peut être très longue :           au-delà, si la collaboration prend la
                           courte :
 Durée                                        de quelques semaines          plus d’un mois              forme d’une action plus concertée avec
                        de 1 h à 1 jour
                                                    à 1 mois              à plusieurs années            d’autres acteurs et des objectifs éduca-
                                                                                                        tifs bien précis construit collectivement,
 Forme du réseau            étoile                    binaire                 multipolaire              il s’agit d’un réseau de type 3 (Roc 3).

 Forme                  regard posé
                                                      action                   foisonnant               Résultats de la recherche
 d’ouverture           momentanément                                                                       L’enquête met en évidence plusieurs
                                                                                                       résultats.
Tableau 2. Objectifs et exemples d’action en éducation à la santé selon le type de rapport                 Lorsque les écoles travaillent en par-
instauré                                                                                               tenariat, les réseaux de type 2 (enjeu :
                                                                                                       formation ; forme d’ouverture : action)
                                                                  Exemples d’actions                   sont les plus fréquents tant en France
                                       But
                                                                en éducation à la santé                qu’au Québec. Ces réseaux sont adaptés
                                                                                                       à des apprentissages construits dans
                      Mettre en avant l’ensemble des        Compétition de corde à sauter,             l’action. Autre intérêt : cela permet aux
                      interactions de l’élève avec ses      travail autour des droits des
                                                                                                       enseignants d’aller au-delà d’une infor-
 Rapport à l’autre    pairs, son environnement social et    enfants, jardin collectif, conseil de
                                                                                                       mation thématique de type prévention.
                      les normes.                           coopération, travail des codes de
                                                            vie.
                                                                                                          En France, quand l’École initie une
                      Chercher à amener l’élève à           Carnet et passeport santé, yoga,           action en éducation à la santé avec des
                      prendre soin de lui d’un point de     contrôle bucco-dentaire,                   partenaires territoriaux, le réseau mis
                      vue sanitaire (tabagisme, pratique    intervention tabac, alimentation.          en place est de types 2 et 3 (transfor-
 Rapport à soi        régulière d’activité physique) mais                                              mation/innovation, multipolaire). Par
                      aussi dans la maîtrise de ses                                                    contre, quand elle fait appel à d’autres
                      émotions.                                                                        intervenants extérieurs (comme les
                                                                                                       pompiers, les intervenants des diffé-
                      Travailler tant dans une perspec-     Plantation arboretum, jardin
                                                                                                       rentes ligues de lutte contre le tabac,
                      tive de protection de l’environne-    collectif, classe verte, arbre
                                                                                                       les toxicomanies, etc.), il est plutôt
                      ment que dans celle de l’embellis-    aventure, implantation d’un sentier
 Rapport au milieu                                                                                     question de sous-traitance avec des
                      sement ou l’organisation du milieu    d’interprétation.
                                                                                                       interventions thématiques de type pré-
                      scolaire pour améliorer la qualité
                      de la vie.
                                                                                                       ventif et hygiéniste. Interrogés sur le
                                                                                                       choix de cette forme de travail, les
                      Amener les élèves à identifier et à   Grands-parents lecture, classe             enseignants déclarent qu’ils considè-
 Rapport au passé     prendre en compte leur histoire ou    découverte sur thématique                  rent les intervenants comme des
                      l’histoire des peuples.               historique.                                experts de leur domaine et qu’ils sont
                                                                                                       mieux « outillés » pour répondre aux
                      Aider les élèves à se projeter dans   Voyages de fin d’année marquant
                                                                                                       questions des élèves.
                      la suite de leur cursus : passage     la fin du cycle primaire, rencontre
 Rapport à l’avenir   de la maternelle au primaire ou       avec le personnel d’orientation en
                                                                                                          Au Québec, quand l’École fait appel
                      bien vers le secondaire, réflexion    6e année, visite des maternelles à
                      sur leur projet de vie, etc.          l’école élémentaire.
                                                                                                       à des intervenants extérieurs, le parte-
                                                                                                       nariat prend souvent la forme d’un
                                                                                                       réseau de type 3, avec une implication
                                                                                                       forte des communautés et des parents ;
peut mettre en place plusieurs actions           mises en place pour réaliser cette                    alors qu’en France, ce sont plutôt les
les combinant, à travers un projet réu-          action : sous-traitance ou partenariat.               collectivités – essentiellement la com-
nissant toutes les classes et la commu-          En sous-traitance, l’école laisse un                  mune – qui sont impliquées.
nauté éducative élargie, par exemple.            expert extérieur intervenir auprès des
                                                 élèves pour parler d’un sujet précis sans              Interventions ponctuelles
…ensuite les analyser                            y associer les enseignants. En partena-                et approche systémique
    Dans un second temps, nous avons             riat, elle peut travailler avec ce même                de la santé
caractérisé ces actions selon leur objec-        professionnel en établissant des règles                  Concernant les actions en éducation
tif (Tableau 2). Puis, nous avons ana-           de fonctionnement selon les trois cas                 à la santé, en France, les écoles tra-
lysé le type de pratiques collectives            de figure définis par C. Mérini :                     vaillent majoritairement le rapport aux


                                                                                            LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012   41
la santé à l’école


 Comment les outils d’intervention français sont utilisés Outre-Atlantique
 Au Québec, le curriculum de formation initiale des enseignants1 en éduca-          avec l’éducation physique3. Une des solutions consisterait à ajouter une
 tion physique et à la santé inclut un enseignement spécifique sur l’éducation      colonne « éducation à la santé » en lien avec l’éducation physique dans le
 à la santé. L’université du Québec à Trois-Rivières, par exemple, propose          sous-thème « À chaque thème son activité » du livret pédagogique, et à
 un cours (cursus) de 45 heures. Objectif : acquérir des connaissances pour         prévoir des activités correspondantes. Plus largement, les coffrets seraient
 travailler l’éducation à la santé à travers la compétence disciplinaire « adop-    un excellent outil pour permettre à l’école de travailler collectivement le
 ter un mode de vie sain et actif » et le domaine général de formation (DGF)        thème « santé et bien-être ». De cette manière, chacun trouverait sa place
 « santé et bien-être2 ». Dans ce cours, les étudiants travaillent sur les multi-   et son intérêt à participer au projet commun.
 dimensions de la santé et ses déterminants, ainsi que sur les différents                                                            Caroline Bizzoni-Prévieux, Ph.D,
 modèles de planification des interventions en santé.                                                                                                 Virginie Roy, Msc,
 Depuis 2007, lors de ces formations, certains outils de l’Institut national de                                       Département des sciences de l’activité physique,
 prévention et d’éducation pour la santé (Inpes) sont utilisés (ex : les coffrets                                        université du Québec à Trois-Rivières, Canada.
 pédagogiques « Les chemins de la santé », « Libre comme l’air » et « Four-
 chettes & baskets »). Les étudiants placés en équipe sont invités à analyser
                                                                                    1. L’École primaire québécoise a un mode de fonctionnement similaire à l’école
 un outil, puis à compléter la grille d’analyse ad hoc pour porter un regard
                                                                                    secondaire québécoise ou le collège français : les élèves ont plusieurs enseignants.
 critique sur les points forts et les suggestions d’amélioration à apporter.        Il y a le titulaire de classe qui a la charge d’enseigner les disciplines telles que les
                                                                                    mathématiques, le français, l’univers social, et les enseignants en éducation pour
 Ainsi, pour la majorité d’entre eux, les outils « Libre comme l’air » et « Four-
                                                                                    la santé, en musique, en arts plastiques.
 chettes & baskets » semblent bien avoir leur place en éducation physique.          2. Dans le programme de formation de l’École québécoise, on retrouve différents
 Ils leur procurent des clés et des pistes d’intervention pour travailler leur      domaines de formation, dont « santé et bien-être », qui sont sous la responsabilité
 compétence disciplinaire « adopter un mode de vie sain et actif » en s’adres-      de tous les membres de la communauté éducative. Aucun cours spécifique n’est
 sant directement à leur champ disciplinaire par les différents thèmes abor-        présent dans le curriculum de formation des futurs enseignants peu importe leur
                                                                                    discipline.
 dés : la nutrition et l’activité physique pour « Fourchettes & baskets », la       3. À l’Inpes, on souligne que « Les chemins de la santé » ne sont pas spécifiquement
 respiration, le souffle et l’hydratation pour « Libre comme l’air ».               conçus pour offrir clés en main un cadre d’activité pour l’activité physique car l’ap-
                                                                                    proche est plus globale : si on parle d’air, on va parler respiration et souffle, rejoi-
 À l’inverse, l’utilisation des coffrets « Les chemins de la santé » leur paraît    gnant ainsi l’intérêt de pratiquer l’activité physique pour développer et entretenir ces
 moins évidente, cet outil offrant peu, voire pas du tout, d’activités en lien      capacités.



autres alors qu’au Québec, c’est plutôt                    Enfin, tant en France qu’au Québec,                      Un travail collectif en éducation à la
le rapport à soi. Il se pourrait que cela               les actions plus complexes (réseaux de                      santé demande une implication forte
soit lié au fait qu’en France, l’École est              type 3), rassemblent les compétences                        des enseignants, une façon différente
tournée vers une éducation citoyenne                    de différents acteurs, sont de grande                       de penser leur métier. Leur formation
alors qu’au Québec, c’est le développe-                 envergure et s’inscrivent sur une durée                     les amène à s’approprier leur métier
ment personnel de l’enfant qui est au                   plus longue. C’est le cas d’une action                      de façon plutôt classique, « seul avec
centre des préoccupations de la com-                    « voyage découverte » que nous avons                        ses élèves dans sa classe », et à trans-
munauté éducative. Par ailleurs, les                    analysée, laquelle combine le rapport                       mettre des connaissances ancrées
interventions thématiques ponctuelles                   à soi, le rapport aux autres et au milieu,                  dans des disciplines. Avec l’apparition
telles que les interventions sur le taba-               le tout sur une durée dépassant l’an-                       de ces nouvelles activités scolaires, ils
gisme, la sédentarité, etc., sont préférées             née scolaire. En outre, cette action                        ont à repenser leur métier en relation
à une approche systémique de la santé.                  regroupe un ensemble d’initiatives                          avec une demande sociale et à
                                                        concertées avec la présence d’acteurs                       construire des pratiques collectives et
                                                        dans et hors l’école, tels que la muni-                     systémiques. Pour autant, ce change-
     Références                                         cipalité, les enseignants, les parents,                     ment de pratique ne peut être mené à
     bibliographiques                                   les animateurs.                                             bien par les seuls enseignants : il doit
 (1) Mérini C., Victor P., Jourdan D. Analyse                                                                       être inscrit dans des dispositifs de for-
 des dynamiques collectives de travail des              Développer les réseaux                                      mation/recherche adaptés réunissant
 écoles impliquées dans le dispositif :                 avec une approche globale                                   enseignants et partenaires, pour
 « Apprendre à mieux vivre ensemble à                       En conclusion, pour travailler l’édu-                   construire des actions communes.
 l’école ». Rapport d’étude. Laboratoire Paedi          cation à la santé de façon systémique
 IUFM d’Auvergne, 2009. Université Blaise-              et prendre en compte sa complexité,                                              Caroline Bizzoni-Prévieux
 Pascal, Clermont-Ferrand.                              il est important de favoriser la consti-                                                           Professeure,
 (2) Lange J.-M., Victor P. Didactique curricu-         tution de réseaux de type 3 dans l’en-                                                   Université du Québec
 laire et « éducation à… la santé, l’environne-         vironnement scolaire. Or notre                                                        à Trois-Rivières, Canada,
 ment et au développement durable » : quelles           enquête démontre que, dans la majo-                                                             Corinne Mérini
 questions, quels repères ? Didaskalia, 2006,           rité des cas, ce sont des réseaux plus                                                                Chercheure,
 vol. 28 : p. 85-100.                                   restreints, de type 1 ou 2, qui enca-                                                            Didier Jourdan
 (3) Mérini C. Le partenariat en formation. De la       drent les actions, tant au Québec qu’en                                            Professeur d’université,
 modélisation à une application. Paris : L’Har-         France, essentiellement en raison des                                          Laboratoire ACTÉ EA 4281,
 mattan, 1999 (1ère éd.), 2006 (2e éd.) : 224 p.        obstacles rencontrés et de l’insuffi-                             Clermont universités/IUFM d’Auvergne,
                                                        sance des ressources financières.                             université Blaise-Pascal Clermont 2, France.



42    LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012
                                                                                                                           enquête



La dépression en France (2005-2010) :
prévalence, recours au soin et sentiment
d’information de la population
            En population générale, selon le Baromètre santé de l’Inpes, la prévalence de l’épisode
            dépressif caractérisé au cours des douze derniers mois apparaît stable entre 2005 et 2010.
            En revanche, la part de personnes qui présentent des troubles dépressifs mais qui n’ont pas
            utilisé les services d’un organisme, n’ont pas consulté un professionnel de la santé ou suivi
            une psychothérapie, a nettement baissé, passant de 63 % en 2005 à 39 % en 2010.


    Selon l’Organisation mondiale de la      Diagnostic Interview - Short Form                     (7,8 %). Cette stabilité est observée aussi
santé (OMS), les troubles mentaux            (CIDI-SF), recommandé par l’OMS, a                    bien chez les hommes (5,6 % en 2010 vs
constituent une des plus lourdes charges     ainsi été utilisé dans le Baromètre santé.            5,1 % en 2005) que chez les femmes
en termes de morbidité dans le monde,        Le recours aux mêmes méthodes et aux                  (10,0 % en 2010 vs 10,4 % en 2005), et
affectant environ 450 millions de per-       outils diagnostiques lors d’enquêtes                  les prévalences par tranche d’âge sont
sonnes. Les souffrances engendrées par       répétées de santé mentale permet une                  elles aussi relativement stables, même
les problèmes de santé mentale ainsi         surveillance temporelle de la préva-                  s’il semble y avoir une hausse parmi les
que les répercussions économiques et         lence de chacun des troubles globale-                 hommes de 35 à 54 ans (de 5,4 % à
sociales sont, de fait, considérables.       ment et au sein des différentes                       7,3 % ; p<0,05) (Tableau 1).
Ainsi, le coût annuel cumulé des troubles    sous-populations.                                         Les épisodes dépressifs caractérisés
mentaux aux Éats-Unis représenterait                                                               peuvent être classés en trois types selon
environ 2,5 % du produit national brut.      Prévalence de l’épisode                               qu’ils sont légers, moyens ou sévères,
En Europe, la part des dépenses consa-       dépressif caractérisé et                              en fonction du nombre de symptômes
crées aux troubles mentaux dans le coût      évolution par rapport à 2005                          déclarés et l’intensité du retentisse-
total des services de santé se situerait        La prévalence de l’épisode dépressif               ment. Ainsi, en 2010, 2,8 % des per-
entre 20 et 25 %, en ne tenant compte        caractérisé (EDC) au cours des douze                  sonnes âgées de 15 à 75 ans ont subi
que des hospitalisations (OMS, 2011). Le     derniers mois telle que mesurée par le                dans les douze derniers mois un EDC
Baromètre santé de l’Inpes permet, pour      CIDI-SF dans le cadre du Baromètre                    sévère, 4,3 % un EDC d’intensité
sa part, d’établir une estimation de la      santé de l’Inpes s’élève en France, en                moyenne et 0,7 % un EDC léger. Ces
survenue de l’épisode dépressif caracté-     2010, à 7,5 % parmi les 15-85 ans. Cette              chiffres s’avèrent également stables par
risé et de suivre cette estimation à un      prévalence est environ deux fois plus                 rapport à 2005 (respectivement 3,0 %,
rythme quinquennal.                          importante chez les femmes que chez                   3,9 % et 0,9 %).
    Les troubles mentaux sont suscep-        les hommes. Elle est de 6,4 % parmi les
tibles d’entraîner une souffrance psy-       15-19 ans, 10,1 % parmi les 20-34 ans,                Facteurs associés à l’EDC parmi
chique et/ou des retentissements sur la      9,0 % parmi les 35-54 ans et 4,4 % entre              les 15-75 ans
vie quotidienne. Ils sont répertoriés au     55 et 85 ans.                                            Parmi les hommes, la prévalence de
sein de deux classifications utilisées au       Parmi les 15-75 ans, cette prévalence              l’EDC est maximale parmi ceux âgés de
niveau international : la Classification     apparaît stable par rapport à 2005                    45 à 54 ans (10,3 %), puis diminue
internationale des maladies proposée
par l’OMS (CIM-10) et le Diagnostic
and Statistical Manual of Mental Disor-       Présentation du Baromètre santé 2010
ders (DSM-IV) développé par l’Associa-
                                              Les Baromètres santé sont des enquêtes quinquennales réalisées par téléphone. Elles interrogent
tion psychiatrique américaine. Les
                                              la population française sur ses attitudes, comportements, connaissances et opinions en matière
controverses autour de leur pertinence
                                              de santé. Ces enquêtes téléphoniques de type déclaratif utilisent la technique du sondage
et de la distinction entre le normal et le
                                              aléatoire. En 2010, l’échantillon comprenait 27 653 individus.
pathologique restent très vives (1). À
                                              Ici, l’étude porte sur les personnes ayant été identifiées comme ayant eu un épisode dépressif
partir de ces classifications, des ques-
                                              caractérisé par le CIDI-SF au cours des douze mois précédant l’enquête, ainsi que sur celles
tionnaires standardisés ont été élaborés
                                              d’entre elles n’ayant pas eu de recours aux soins tels que définis : 1) utilisation des services d’un
et intégrés à des enquêtes quantitatives
                                              organisme : hôpital, association, centre, ligne téléphonique, site internet ou autre ; 2) consultation
afin d’étudier la prévalence et les fac-
                                              d’un professionnel : psychiatre, psychologue, médecin généraliste ou spécialiste, thérapeute,
teurs associés aux troubles mentaux. Le
                                              infirmière, assistante sociale ou autre ; 3) recours à une psychothérapie.
questionnaire Composite International


                                                                                      LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012      43
enquête

Tableau 1. Prévalence au cours des douze derniers mois de l’épisode dépressif caractérisé                       violences dans les douze derniers mois
en population générale en France à partir des Baromètres santé 2005 et 2010.                                    (OR=2,1) ou des violences sexuelles au
                                Ensemble                          Hommes                        Femmes          cours de la vie (OR=2,3) sont associés à
                            2005           2010            2005        2010             2005         2010
                                                                                                                la survenue d’un EDC. La consomma-
                                                                                                                tion quotidienne de tabac y est égale-
                         n = 16 883      n = 8 238      n = 7 078     n = 3 686        n = 9 805    n = 4 552
                                                                                                                ment associée, mais pas la consomma-
                             (%)             (%)            (%)            (%)            (%)            (%)    tion d’alcool.
 Total 15-75 ans              7,8            7,8            5,1            5,6          10,4         10,0
 15-19 ans                    7,0            6,4            4,5            3,7            9,7            9,3    Un recours aux soins pour
 20-34 ans                    9,1          10,1             6,4            7,0          11,9         13,2       cause de dépression qui
 35-54 ans                    8,9            9,0            5,4            7,3          12,3         10,7
                                                                                                                s’améliore nettement
                                                                                                                    Selon le Baromètre santé 2010, la
 55-75 ans                    5,3            4,7            3,6            2,6            6,8            6,6
                                                                                                                part de personnes qui présentent des
Source : Baromètres santé 2005 et 2010, Inpes.                                                                  troubles dépressifs mais n’ont ni utilisé
                                                                                                                les services d’un organisme, ni consulté
Tableau 2. Personnes ayant souffert d’un épisode dépressif caractérisé dans l’année sans
                                                                                                                un professionnel de la santé, ni suivi une
recours à un professionnel de santé, à un organisme ni à une psychothérapie (en
                                                                                                                psychothérapie est de 39 % (Tableau 2).
pourcentage).
                                                                                                                La part des personnes présentant un
                                        Pas de recours à un                                                     épisode dépressif qui ne déclarent
                                      professionnel de santé,              idem + pas de recours aux            aucun recours aux soins et qui n’ont pas
                                      à une structure de soin              médicaments psychotropes             non plus utilisé de médicaments psy-
                                      ni à une psychothérapie                                                   chotropes pour ces problèmes est de
                                        2005                2010                 2005              2010         32 %. On observe une baisse très nette
 Ensemble                                 63                  39                  45                32          de la part de non-recours depuis 2005,
 Sexe                                                                                                           où il était de 63 %, ainsi qu’une baisse
 Hommes                                   67                  49                  53                39          du recours aux médicaments psycho-
                                                                                                                tropes seuls, ce qui est un signe encou-
 Femmes                                   61                  33                  41                28
                                                                                                                rageant pour la qualité de la prise en
 Âge
                                                                                                                charge de la dépression en France. Alors
 15-24 ans                                75                  49                  66                44          que seulement 20 % des personnes
 25-44 ans                                59                  33                  41                30          ayant eu un épisode dépressif caracté-
 45-64 ans                                56                  39                  37                28          risé dans les douze derniers mois avaient
 65-75 ans                                77                  41                  45                30          consulté un médecin généraliste pour
 Statut d’activité                                                                                              cette raison en 2005, ils sont désormais
 Travail                                  60                  39                  44                31          près de la moitié (47 %) en 2010.
 Etudes                                   66                  51                  56                44              Les hommes ont un recours aux
 Chômage                                  71                  40                  48                35          soins moindre que les femmes. Cette
                                                                                                                absence de prise en charge concerne
 Retraite                                 72                  33                  44                21
                                                                                                                davantage les plus jeunes (15 à 24 ans)
 Autres inactifs                          53                  25                  33                24
                                                                                                                et les ouvriers. La part de personnes
 Profession et catégorie sociale1                                                                               consommant des médicaments sans
 Cadres, professions                                                                                            déclarer d’autres recours aux soins est
                                          52                  37                  41                36
 intellectuelles supérieures                                                                                    particulièrement élevée pour les
 Professions intermédiaires               58                  34                  40                26          hommes, les personnes âgées de 45 ans
 Employés                                 66                  34                  43                26          ou plus et les retraités présentant un
 Ouvriers                                 71                  46                  50                36          épisode dépressif. Précisons qu’entre
 Autres                                   73                  57                  61                49          2001 et 2003, la France se situait dans
1. Chômeurs et retraités reclassés, étudiants et inactifs exclus.                                               une position moyenne parmi six pays
                                                                                                                d’Europe occidentale (Belgique,
Source : Baromètres santé 2005 et 2010, Inpes.
                                                                                                                France, Italie, Pays-Bas, Espagne, Alle-
jusqu’à 3,6 % parmi les 55-64 ans et                        les hommes, mais pas la consommation                magne) pour ce qui est du non-recours
1,0 % parmi les 65-75 ans. Le niveau de                     à risque d’alcool au sens de l’Audit-C.             aux soins des personnes ayant des
diplôme ou de revenu et la situation                            Parmi les femmes, la prévalence de              troubles de l’humeur (dont la dépres-
professionnelle ne sont pas associés à                      l’EDC au cours des douze derniers mois              sion fait partie).
la survenu d’un EDC. En revanche, le                        diminue globalement avec l’âge. Le fait
fait de vivre seul (OR=1,8), d’avoir subi                   d’être au chômage augmente la proba-                Un sentiment d’information
des violences au cours des douze der-                       bilité de survenue d’un EDC (OR=1,5) ;              qui s’améliore, mais reste bas
niers mois (OR=3,0) ou des violences                        parmi les chômeuses, 17,5 % présentent                  La moitié de la population se sent
sexuelles au cours de la vie (OR=2,1)                       les symptômes d’un tel épisode, contre              bien informée sur la dépression, ce qui
est fortement associé au risque d’EDC.                      moins de 10 % pour le reste de la popu-             situe cette thématique fort loin de celles
La consommation quotidienne de tabac                        lation. Comme chez les hommes, le fait              pour lesquelles le sentiment d’informa-
est également associée aux EDC chez                         de vivre seul (OR=1,4), d’avoir subi des            tion est globalement très élevé (entre 85


44     LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012
                                                                                                                                      enquête


                                                                                                           nationale d’information sur les troubles
 Définition de l’épisode dépressif caractérisé                                                             dépressifs à la fin de l’année 2007, et des
 d’après le CIDI-SF                                                                                        actions qui l’ont entourée. Les données
 Symptômes                                                                                                 d’évaluation de la campagne avaient
   Symptômes principaux :                                                                                  montré de très bonnes performances en
   – vivre une période d’au moins deux semaines consécutives en se sentant triste, déprimé ou              termes de diffusion et de réception du
   sans espoir, pratiquement toute la journée, presque tous les jours ;                                    message aussi bien auprès du grand
   – vivre une période d’au moins deux semaines consécutives en ayant perdu intérêt pour la plupart        public que des professionnels de santé
   des choses, pratiquement toute la journée, presque tous les jours.                                      interrogés. Parallèlement, l’étude d’im-
   Symptômes secondaires :                                                                                 pact du livret d’information diffusé dans
   – se sentir épuisé ou manquer d’énergie plus que d’habitude ;                                           le cadre de la campagne avait montré
   – avoir pris ou perdu au moins cinq kilos ;                                                             (suivi à trois mois) une évolution signi-
   – avoir plus que d’habitude des difficultés à dormir ;                                                  ficative des connaissances, croyances et
   – avoir beaucoup plus de mal que d’habitude à se concentrer ;                                           attitudes sur la dépression.
   – avoir beaucoup pensé à la mort ;                                                                          En termes d’information, le niveau
   – avoir perdu intérêt pour la plupart des choses comme les loisirs, le travail ou les activités qui     reste assez bas malgré cette hausse enre-
   donnent habituellement du plaisir.                                                                      gistrée entre 2005 et 2010. Toutefois,
 Types de troubles                                                                                         l’opportunité d’une nouvelle action très
   Épisode dépressif caractérisé : au moins quatre symptômes (dont au moins un symptôme                    visible sur cette pathologie serait à dis-
 principal) et ses activités habituelles perturbées par ces problèmes.                                     cuter à la lumière des controverses
   Épisode dépressif caractérisé léger : un maximum de cinq symptômes et ses activités                     récentes sur la légitimité de la distinction
 légèrement perturbées.                                                                                    entre tristesse et dépression, qui s’inscri-
   Épisode dépressif caractérisé sévère : un minimum de six symptômes et ses activités beaucoup            vent dans la continuité d’une réflexion
 perturbées.                                                                                               sur la délimitation entre le normal et le
   Épisode dépressif caractérisé : tous les cas entre légers et sévères.                                   pathologique, avec notamment la
                                                                                                           crainte d’une surmédicalisation de la
et 92 %), comme le tabac, la contracep-              n’est le cas que d’un tiers des 75-85 ans.            souffrance psychique qui serait orches-
tion, l’alcool et le sida. Il faut toutefois         Parmi les femmes, ce sentiment d’être                 trée par l’industrie pharmaceutique (2).
souligner la hausse significative du sen-            mal informé passe de 55 % à 15-19 ans                 Signalons par ailleurs que certains
timent d’information sur la dépression :             à 36 % à 75-85 ans. Le sentiment d’infor-             acteurs et organisations centrées sur
50 % en 2010 contre 45 % en 2005. Les                mation n’apparaît pas lié au niveau de                d’autres troubles psychiatriques reven-
hommes se sentent globalement moins                  diplôme. En revanche, il semble moins                 diquent que l’attention des pouvoirs
bien informés que les femmes à propos                bon parmi les personnes en détresse                   publics porte aussi sur d’autres patholo-
de la dépression. Le sentiment d’infor-              psychologique (au sens du MH51). Le                   gies mentales, en particulier lorsque
mation croît de façon continue avec                  statut d’activité n’apparaît pour sa part             celles-ci sont très invalidantes.
l’âge chez les hommes comme chez les                 pas du tout discriminant.
femmes, avec les deux tiers des jeunes                  Cette hausse du sentiment d’informa-                                                    François Beck
hommes de 15-19 ans se déclarant mal                 tion sur la dépression s’inscrit dans le                                         Chef du département
informés sur la dépression alors que ce              contexte de la première campagne                                      Enquêtes et analyses statistiques,
                                                                                                                                          Romain Guignard
                                                                                                            Statisticien, chargé d’études et de recherche,
Pour en savoir plus                                                                                                                                 Inpes.
  Beck F., Gautier A., Guignard R., Richard J.-B. dir. Baromètre santé 2010. Attitudes et compor-
tements de santé. Saint-Denis : Inpes (à paraître).                                                        1. La détresse psychologique a été mesurée grâce au
  Briffault X., Morvan Y., Guilbert P., Beck F. Évaluation de la dépression dans une enquête en            MH5, courte échelle de santé mentale intégrée dans le
                                                                                                           questionnaire de qualité de vie SF-36 (Leplège A., Ecosse
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http://www.invs.sante.fr/beh/2008/35_36/beh_35_36_2008.pdf                                                 Survey: translation, cultural adaptation and prelimi-
                                                                                                           nary psychometric evaluation. Journal of clinical epi-
  Chan Chee C., Gourier-Fréry C., Guignard R., Beck F. État des lieux de la surveillance de la santé
                                                                                                           demiology, 1998, vol. 51, n° 11 : p. 1013-1023).
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  Ehrenberg A., Lovell A. La maladie mentale en mutation. Psychiatrie et société. Paris : Odile
Jacob, 2001 : 311 p.                                                                                            Références
  Falissard B. Mesurer la subjectivité en santé. Perspective méthodologique et statistique. Paris :             bibliographiques
Masson, coll. Abrégés, 2e éd., 2008 : 116 p.
                                                                                                            (1) Horwitz A.V., Wakefield J.C. The Loss of
  Kovess-Masfety V., Alonso J., Brugha T.S., Angermeyer M.C., Haro J.M., Sevilla-Dedieu C.
                                                                                                            Sadness: How Psychiatry Transformed Nor-
Differences in lifetime use of services for mental health problems in six European countries.
                                                                                                            mal Sorrow into Depressive Disorder. New
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                                                                                                            York : Oxford University Press, 2007 : 312 p.
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                                                                                                            (2) Lane C. Comment la psychiatrie et l’indus-
  Sapinho D., Chan Chee C., Briffault X., Guignard R., Beck F. Mesure de l’épisode dépressif majeur
                                                                                                            trie pharmaceutique ont médicalisé nos émo-
en population générale : apports et limites des outils. BEH, numéro spécial santé mentale, sep-
                                                                                                            tions. Paris : Flammarion, coll. Bibliothèque
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                                                                                                            des savoirs, 2009 : 384 p.
beh_35_36_2008.pdf



                                                                                               LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012           45
                                   cinésanté



                                   À perdre la raison
                                               Les relations entre les individus sont parfois destructrices. Dans À perdre la raison, une
                                               jeune mère finit par commettre l’irréparable, piégée dans une relation ayant généré dépen-
                                               dance et culpabilité. Un triangle infernal entre trois êtres. Un film qui permet d’interroger
                                               les questions de genre, de domination, de dépendance et de générosité dévoyée.

                                                                                                                                   a récemment bouleversé l’opinion
                                                                                                                                   publique en Belgique –, le spectateur
                                                                                                                                   en vient sans doute à s’interroger sur la
                                                                                                                                   manière dont un bonheur familial
                                                                                                                                   apparent peut se transformer progres-
                                                                                                                                   sivement en étouffement, puis en un
                                                                                                                                   sentiment de dépossession extrême.
                                                                                                                                      À perdre la raison ne prétend pas
                                                                                                                                   tracer de limite claire entre le normal et
                                                                                                                                   le pathologique – toutes les épouses
                                                                                                                                   malheureuses en ménage ne commet-
© Fabrizio Maltese/ef images/efp




                                                                                                                                   tent heureusement pas de gestes aussi
                                                                                                                                   extrêmes – mais pose à chacun la ques-
                                                                                                                                   tion de ses propres limites et de ses
                                                                                                                                   propres normes… Les débats suscités
                                                                                                                                   par le film révèlent en tout cas une
                                                                                                                                   grande diversité de perceptions liées
                                                                                                                                   tant à la situation mise en scène qu’au
                                   Un film de Joachim Lafosse                        quer – le drame qui s’est progressive-        sens à lui donner.
                                   Belgique, 2012, 1 h 54                            ment noué entre les personnages.
                                   Avec Émilie Dequenne, Niels Arestrup,                                                           Suggestion d’animation
                                   Tahar Rahi                                        À quel public s’adresse le film ?                De la même façon que le fait divers,
                                                                                        Ce film s’adresse davantage à un           dont le film est inspiré, a suscité la stu-
                                                                                     public adulte, capable d’entrer en            peur dans l’opinion publique, À perdre
                                   Le film                                           empathie avec des personnages dont            la raison peut provoquer différentes
                                       À perdre la raison commence abrup-            les réactions peuvent dérouter ou sus-        formes d’incompréhension et de rejet,
                                   tement par l’annonce d’un drame, la               citer des résistances diverses. La vio-       notamment auprès d’un public adoles-
                                   mort des quatre jeunes enfants d’une              lence des faits rapportés, à savoir un        cent. Si l’histoire racontée décrit effec-
                                   femme, Murielle, elle-même hospitali-             infanticide – même si aucun geste n’est       tivement une longue dégradation psy-
                                   sée après une tentative de suicide. Le            montré comme tel –, risque par ailleurs       chologique, le geste meurtrier conserve
                                   cinéaste remonte aussitôt le fil de l’his-        de susciter des sentiments très vifs chez     indéniablement une violence irréduc-
                                   toire avec la demande en mariage que              certains spectateurs qui se révéleront        tible à toute explication, et certains
                                   Mounir avait adressée à Murielle, qu’il           parfois incapables de dépasser leur           seront tentés de condamner morale-
                                   aime manifestement et qui semble tout             émotion première.                             ment aussi bien le personnage que
                                   aussi amoureuse de lui. Entre ces deux                                                          l’auteur du film (accusé, par exemple,
                                   événements terriblement contrastés, le            Relations avec la problématique               de se complaire dans le morbide).
                                   film déplie les « mécanismes » souterrains        santé
                                   qui ont conduit à cette issue tragique.               Comme on l’a déjà remarqué dans              En situation d’animation, il convien-
                                       Joachim Lafosse n’opère pas de                cette rubrique, le cinéma de fiction pro-     dra certainement, dans un premier
                                   façon démonstrative et laisse au spec-            pose rarement de « bons » modèles de          temps, de laisser à chacun l’occasion
                                   tateur la liberté de comprendre, d’inter-         comportement, mais donne plutôt l’oc-         d’exprimer ses réactions spontanées
                                   préter mais aussi de juger les compor-            casion de questionner des situations          par rapport à cette situation exception-
                                   tements des uns et des autres. Son                problématiques qui révèlent les enjeux        nelle. Ensuite, l’on suggérera d’appro-
                                   regard n’est cependant pas neutre, et il          souvent contradictoires auxquels cha-         fondir la réflexion en mettant en parti-
                                   souligne notamment les éléments d’une             cun d’entre nous peut être confronté en       culier l’accent sur l’intention supposée
                                   dynamique familiale « perverse » (même            matière de santé. Dans le cas du film de      de l’auteur du film qui ne se contente
                                   si aucun des personnages ne mérite                Joachim Lafosse, qui met en scène une         pas de rapporter un fait divers et qui
                                   sans doute un tel qualificatif) qui éclaire       situation tout à fait exceptionnelle – le     s’attarde au contraire sur tous les évé-
                                   – sans néanmoins totalement l’expli-              cinéaste s’est inspiré d’un fait divers qui   nements qui ont précédé ce drame1 :


                                   46   LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012
                                                                                                                cinésanté


que cherche-t-il à expliquer aux spec-
tateurs à travers cette évocation de
l’existence quotidienne d’un couple
apparemment « sans histoires » ?

   La réponse à ces questions n’est pas
évidente car le propos du cinéaste n’est
pas explicite, même si l’on perçoit faci-
lement la dégradation psychologique




                                                                                                                                                © Fabrizio Maltese/ef images/efp
du personnage de Murielle. Beaucoup
de spectateurs signalent cependant
spontanément leur malaise (ou leurs
réserves) face à certaines situations
mises en scène et qui leur semblent
« anormales » ou « malsaines ». Cette
première piste de réflexion à soumettre
aux participants pose ainsi la question
de la « normalité », en particulier au sein    sonnages. Murielle semble ainsi s’occu-         considère le processus cumulatif décrit
de la cellule familiale.                       per seule des tâches ménagères et des           par petites touches par le cinéaste.
                                               enfants, même si les deux hommes lui
Déséquilibres                                  donnent à plusieurs reprises un coup            Des personnages piégés par
    On remarquera que le public affiche        de main : paradoxalement cependant,             des contraintes
souvent une tolérance de principe face         c’est le docteur qui semble le plus                Certains spectateurs seront tentés de
à la diversité des comportements indivi-       prompt à l’aider ; mais c’est lui aussi qui    faire porter la responsabilité (sinon la
duels (« chacun fait ce qu’il veut »), affi-   la poussera à renoncer à son propre            culpabilité) de ce drame non pas à la
chant une mise à distance des normes           travail d’institutrice pour s’occuper plus     mère infanticide mais aux deux
qui restent néanmoins prégnantes. Le           « facilement » de ses enfants.                 hommes qui l’entouraient au point sans
caractère extrême et exceptionnel de la            Le voyage de Mounir au Maroc, sous         doute de l’étouffer comme on peut en
situation oblige, en revanche, les spec-       prétexte qu’il a besoin de repos, appa-        avoir l’impression à plusieurs moments
tateurs à sortir de cette réserve appa-        raît comme le sommet de ce déséqui-            du film. Un tel renversement, qui pren-
rente et à questionner le caractère plus       libre puisque le jeune homme échappe           dra facilement des accents féministes,
ou moins « normal » de la situation fami-      au huis-clos familial alors que son            mérite également d’être discuté dans la
liale de Murielle.                             épouse semble à ce moment complè-              mesure où les personnages masculins,
                                               tement épuisée. Des remarques parfois          loin d’être décrits de façon caricaturale,
    Parmi les événements qui peuvent           plus anodines traduisent la même iné-          apparaissent plutôt comme animés de
susciter débat : la cohabitation entre le      galité des rôles sexués, notamment             bonnes intentions et apportant souvent
jeune couple formé par Mounir et               celle du docteur qui, à l’annonce de la        leur aide à la jeune femme. C’est le cas
Murielle, et André, le docteur devenu          quatrième grossesse de Murielle,               en particulier d’André, le père adoptif,
le père adoptif du jeune homme. On             déclare : « cette fois, tu nous feras un       qui semble au premier abord très bien-
remarque que Mounir, le jeune mari,            garçon ! ».                                    veillant, aidant financièrement le jeune
est rapidement engagé par son père                                                            couple, ne demandant semble-t-il rien
adoptif pour travailler comme secré-           Stratégie de culpabilisation                   en retour, n’hésitant pas à plusieurs
taire dans son cabinet.                            Les interactions entre les person-         reprises à s’occuper des enfants lorsque
                                               nages révèlent également un déséqui-           leur mère est en difficulté.
Un espace intime confus                        libre constant entre la mère et les deux           Mounir lui-même, qui paraît sans
et mal délimité                                hommes. Ainsi, lors de la chute d’un           doute plus égoïste, est également à
    Même si le montage de Joachim              enfant dans l’escalier, Mounir s’emporte       l’écoute de sa femme ; mais plusieurs
Lafosse accentue cette impression, l’es-       contre sa femme qui aurait oublié de           séquences révèlent le système de
pace de l’appartement occupé par le            fermer la barrière alors que lui-même          contraintes dans lequel est pris le jeune
trio (auquel s’ajoutent rapidement les         était censé le surveiller. Mais, comme il      homme : s’il acquiesce d’abord à une
quatre enfants) apparaît alors comme           s’excuse ensuite de s’être emporté,            suggestion de Murielle (de s’installer au
passablement confus, mal délimité : le         Murielle, déjà complètement culpabili-         Maroc), il doit ensuite affronter la
docteur entre dans la chambre du jeune         sée, ne peut évidemment lui faire              sourde colère de son père adoptif qui
couple, la jeune femme nettoie le linge        aucun reproche. Or, cette stratégie de         s’estime abandonné et trahi, et Mounir
des uns et des autres et le range dans         culpabilisation de la jeune femme se           se sent alors effectivement incapable
les armoires sans qu’aucun espace              répète à plusieurs reprises, qu’il s’agisse    d’une telle ingratitude (« Je peux pas lui
propre ne semble réservé soit au couple        des reproches de Mounir à l’égard de           faire ça », dira-t-il un peu plus tard), ce
soit au père adoptif…                          la sœur de Murielle, ou de ceux que lui        qui l’amène à rejeter le seul projet
    Malgré cet aspect « fusionnel », beau-     adresse le docteur à d’autres occasions.       affirmé de Murielle.
coup de spectateurs seront également           Le film de Joachim Lafosse oblige à                Il est ainsi intéressant de réfléchir
sensibles à la différenciation des rôles       s’interroger sur les effets possibles de       avec les participants sur la dynamique
qui s’installe rapidement entre les per-       telles situations, notamment lorsqu’on         interne de ce trio de personnages en


                                                                                   LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012   47
                                   cinésanté


                                                                                                                                       La deuxième dimension significative
                                                                                                                                   est alors le processus de culpabilisation
                                                                                                                                   à l’encontre de Murielle. S’il est « natu-
                                                                                                                                   rel » pour des enfants de vouloir quitter
                                                                                                                                   leurs parents, André joue un rôle beau-
                                                                                                                                   coup plus ambigu – qui est relevé à
                                                                                                                                   plusieurs reprises –, celui de quelqu’un
                                                                                                                                   qui a choisi d’être un père d’adoption
                                                                                                                                   pour Mounir mais aussi pour d’autres
© Fabrizio Maltese/ef images/efp




                                                                                                                                   membres de sa famille. La dette à son
                                                                                                                                   égard n’en est donc que plus grande
                                                                                                                                   comme il le rappelle brutalement au
                                                                                                                                   jeune homme (« Je me saigne pour toi
                                                                                                                                   depuis vingt ans »). Mais autant il paraît
                                                                                                                                   généreux, autant il culpabilise dès lors
                                                                                                                                   Murielle comme une mauvaise « fille »
                                                                                                                                   mais aussi comme une mauvaise
                                   adoptant une démarche systémique2 :                   Le triangle se schématise ainsi :         « mère », incapable de s’occuper correc-
                                   est-il possible de comprendre les méca-           André occupe une position supérieure,         tement de sa « smala ».
                                   nismes profonds et sans doute déséqui-            Mounir se situe au milieu et Murielle             Enfin, on peut s’interroger avec les
                                   librés des relations entre ces trois per-         tout en bas. Mais ce déséquilibre est         participants sur le fait que Murielle
                                   sonnages ? On peut notamment suggérer             apparemment compensé par la géné-             n’exprime jamais sa volonté de faire un
                                   aux participants de construire une repré-         rosité du père adoptif et la gentillesse      choix. Ainsi, c’est Mounir qui lui fait
                                   sentation schématique de la situation             du mari…                                      une demande en mariage (et l’on n’en-
                                   avec des flèches de différentes formes                La discussion pourra ainsi se pour-       tendra pas sa réponse) ; puis elle
                                   pour montrer l’orientation et la nature           suivre sur la manière dont Murielle s’est     connaîtra trois grossesses successives
                                   des relations en cause.                           retrouvée enfermée dans cette dyna-           acceptées mais pas vraiment décidées ;
                                                                                     mique familiale déséquilibrée. De             par ailleurs, elle s’occupera aussi bien
                                   Un triangle relationnel                           jeunes spectateurs seront sans doute          de ses enfants que de l’ensemble du
                                   déséquilibré                                      moins sensibles à un « engrenage » dont       ménage sans qu’à aucun moment elle
                                      Ce trio de personnages ne constitue            il leur paraît aisé de s’extraire, précisé-   n’ait explicitement accepté ce rôle.
                                   pas un triangle équilibré, même si, au            ment parce qu’ils sont à un âge où l’on           La seule décision à laquelle elle
                                   début du film, Murielle et Mounir for-            commence à envisager une première             prendra part sera l’éventuel déménage-
                                   ment apparemment un couple égali-                 rupture (ou au moins une prise de dis-        ment au Maroc, mais celui-ci sera fina-
                                   taire. On comprend immédiatement                  tance) avec la famille d’origine. Cet         lement refusé par les deux hommes. À
                                   que la relation entre Mounir et son père          enlisement progressif est sans doute à        l’inverse, Mounir ou le docteur lui font
                                   adoptif est beaucoup plus intense et              l’opposé du goût pour la liberté qui          des « offres » qu’elle ne peut pas refuser,
                                   durable que celle qu’entretiendront               caractérise l’adolescence et le début de      qu’il s’agisse de la demande en mariage
                                   – presque de façon forcée – André et              l’âge adulte (bien analysé par le socio-      ou de la proposition d’aller cohabiter
                                   Murielle. En outre, par rapport au                logue Jean-Claude Kaufmann), et il est        avec André… La jeune femme est ainsi
                                   couple, André est dans une position               sans doute difficile de comprendre            prise dans une situation qu’elle ne
                                   dominante puisqu’il donne du travail à            alors comment des liens affectifs peu-        semble pas avoir décidée, ce qui révèle
                                   Mounir, fournit un logement aux jeunes            vent se transformer en une sorte de           sans doute l’importance de ce non-
                                   gens, les entretient financièrement, etc.         piège auquel l’individu ne trouve             choix permanent dans le processus de
                                   Et de cette dette, Mounir se sent beau-           aucune issue.                                 dégradation continue. Et le seul choix
                                   coup plus redevable puisque sa rela-                                                            qui lui restera sera alors celui du pire…
                                   tion à André est beaucoup plus forte.             Un non-choix…
                                      Par ailleurs, le couple que forment                On suggérera trois pistes de discus-                                            Michel Condé
                                   Murielle et Mounir se révèle rapide-              sion et de réflexion à ce propos. La                              Docteur ès lettres, animateur,
                                   ment déséquilibré avec l’arrivée des              première porte sur toutes les formes de                           Centre culturel Les Grignoux,
                                   enfants, dont la jeune femme doit s’oc-           dons qui impliquent une réciprocité                                           Liège (Belgique).
                                   cuper de façon principale sinon exclu-            dont les limites restent indéfinies. Le
                                   sive. En outre, la responsabilité – au            personnage d’André (remarquable-              1. On ne parlera ici que du film et en aucune façon
                                   sens le plus fort du terme – des enfants          ment interprété par Niels Arestrup)           des événements dont il est plus ou moins inspiré. La
                                                                                                                                   fiction suggère des pistes d’interprétation qui ne por-
                                   lui incombe entièrement, aux yeux de              apparaît ainsi comme très bienveillant,       tent pas sur le fait divers en soi mais qui peuvent inter-
                                   son mari comme de son beau-père                   en particulier au début du film, et ne        peller chacun d’entre nous de façon plus ou moins
                                   adoptif. Et si l’argent d’André « des-            donne pas l’impression de vouloir s’im-       proche, plus ou moins lointaine.
                                                                                                                                   2. Rappelons que l’approche systémique développée en
                                   cend » vers le couple par l’intermédiaire         miscer dans la vie du jeune couple ;          psychologie par l’école de Palo Alto met l’accent sur le
                                   de Mounir, c’est à la jeune femme qu’il           mais d’autres scènes plus tardives révè-      système familial et sur les interactions entre les indi-
                                   incombe in fine de « rembourser » cette           lent l’emprise affective qu’il exerce sur     vidus dans ce système. Il ne s’agit bien sûr ici que
                                                                                                                                   d’apporter un éclairage à une situation et non pas de
                                   dette, ne serait-ce qu’en faisant le linge        le jeune homme et indirectement sur sa        prendre position en faveur de l’une ou l’autre
                                   des deux hommes.                                  femme.                                        méthode thérapeutique.



                                   48   LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012
                                                                                                                                lectures


Ados et prises de risques.                                                        Santé, égalité, solidarité.
Quelles actions de communication                                                  Des propositions pour humaniser la santé
pour les sensibiliser aux dangers du tabac,                                                               Sous la direction de Jean-François Mattéi
de l’alcool, de la route, etc. ?                                                                          et Claude Dreux
Raphaëlle Camous                                                                                         Comment replacer l’humain au centre des
                     Cet ouvrage, rédigé par une professionnelle du marke-                               préoccupations des professionnels de
                     ting et de la communication, présente une méthodolo-                                santé et des acteurs psychosociaux ? Les
                     gie permettant de construire des dispositifs de commu-                              auteurs de cet ouvrage collectif dévelop-
                     nication pertinents pour sensibiliser les adolescents aux                           pent, dans leur champ d’expertise, la
                     dangers liés à certaines prises de risques. Il souligne                             notion « d’humanisme actif ». Il s’agit ici de
                     la nécessité pour les médias de prendre en compte les                               tenir compte de la complexité des indivi-
                     nouveaux modes de communication des adolescents                                     dus par une prise en charge globale :
                     dans la mise en place de campagnes de prévention.                                   médicale, psychologique et sociale, afin
                     L’ouvrage passe successivement en revue la construc-                                d’aider chaque individu à acquérir une qua-
                     tion identitaire et les comportements de prises de           lité de vie meilleure. Une attention particulière est portée aux
                     risques des adolescents. La culture des 13-18 ans,           personnes en situation de précarité.
                     leurs rapports aux médias, à la communication et la          La déshumanisation de la santé serait principalement liée à deux
publicité sont ensuite abordés. L’auteur montre que la perception que les         aspects : une économie de la santé détenant trop souvent un
adolescents ont du danger est particulière et que les messages de préven-         rôle central lors de la mise en œuvre d’actions, et une judiciari-
tion doivent être adaptés. L’ouvrage s’achève par une analyse approfondie         sation de la médecine conduisant à considérer chaque patient
de deux campagnes de prévention Boire trop, des sensations extrêmes de            comme un plaignant potentiel. Les grands thèmes suivants vien-
l’Inpes en 2008 et Insoutenable de la Sécurité routière en 2010.                  nent alimenter cette réflexion : nécessité de repenser l’huma-
Des fiches repères, des fiches méthodologiques et des exemples concrets           nisme médical (par la formation des personnels de santé et
illustrent la complexité de mise en œuvre des campagnes de prévention             l’éducation pour la santé à l’école), santé responsable et
auprès des adolescents.                                                           citoyenne (prévention, dépistage et vaccination), prise en
                                                                                  charge personnalisée (comme l’éducation thérapeutique), mobi-
                                                          Sandra Kerzanet         lisation contre les inégalités, etc. L’ouvrage se conclut par une
                                                                                  synthèse de propositions sur les réformes à entreprendre pour
Cormelles-le-Royal : Management et Société, 2011, 204 pages, 19,50 €.             aider à préserver et améliorer la qualité de vie de chacun.

                                                                                                                                      Céline Deroche
Prévention des conduites addictives                                               Paris : Springer, 2011, 325 pages, 35 €.
et animation
MILDT, ministère de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et de la Vie
associative, ministère des Sports                                                 Innover contre les inégalités de santé
                                                                                  Sous la direction de Pierre-Henri Bréchat et Jacques Lebas
                        Élaboré dans le cadre du plan gouvernemental de
                        lutte contre les drogues et les toxicomanies 2008-                            Cet ouvrage collectif, qui réunit nombre de profes-
                        2011, ce guide méthodologique est destiné aux                                 sionnels et acteurs de la prise en charge des
                        organismes qui assurent la formation aux diplômes                             patients précaires, n’aborde pas la question des
                        d’État des encadrants de l’animation. Il propose                              inégalités de santé sous l’angle du « gradient
                        différents apports théoriques, réglementaires et                              social » qui caractérise les inégalités sociales de
                        pratiques sur les conduites addictives dans les                               santé, mais traite plutôt des populations les plus
                        milieux de loisirs. Il peut être utilisé en milieu sco-                       défavorisées ou vulnérables.
                        laire, universitaire, sportif, éducatif, de loisirs.                          La précarité est analysée sous différents angles :
                        Conçu comme un outil aisément adaptable aux                                   l’accès aux soins, la prise en charge interdiscipli-
                        différents niveaux de formation et de responsabi-                             naire, les structures, dispositifs et financement.
                        lité visés et aux contextes, ce guide contient des        Les enjeux de santé et de société autour de la précarité et de la vul-
textes de référence et des présentations techniques et pédagogiques.              nérabilité sont abordés en dernière partie. L’ouvrage développe des
Les équipes de formation y trouveront toutes les informations nécessaires         concepts et modèles opérationnels présentés en introduction comme
à l’élaboration d’un projet de formation intégrant la thématique de la pré-       innovants, tels que les concepts de « patients complexes » (regrou-
vention des conduites addictives.                                                 pant migrants, personnes âgées, patients atteints de maladies chro-
                                                                                  niques, etc.), ou celui de « centre de santé primaire polyvalent » ; les
                                                                         S. K.
                                                                                  coopérations entre professionnels de santé ; ou encore un modèle
                                                                                  d’allocation de ressources au sein des territoires qui prend en compte
Paris : MILDT, 2012, 46 pages, gratuit.                                           la notion de « handicap social ».
En ligne : http://www.drogues.gouv.fr/fileadmin/user_upload/site-
pro/04_actions_mesures/05_actions_2008-2011/Milieu_loisirs/pdf/                                                                        Olivier Delmer
guide_conduites_addictives_et_animation_04_2012_djepva_mildt.pdf                  Rennes : Presses de l’EHESP, 2012, 496 pages, 35 €.




                                                                                          LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012        49
lectures


Santé et conditions de vie des étudiants.                                             Health promotion settings:
Enquête nationale et synthèses régionales                                             principles and practice
                                                                                      Sous la direction d’Angela Scriven et de Margaret Hodgins
La Mutuelle des étudiants
                                                                                                             L’ouvrage d’Angela Scriven et de Marga-
                         Écrit par La Mutuelle des étudiants (LMDE) et coédité
                                                                                                             ret Hodgins allie données scientifiques,
                         par la Mutualité française et Rue des écoles, cet
                                                                                                             exemples tirés de la vie réelle et études
                         ouvrage dresse un panorama de l’état de santé et de
                                                                                                             de cas. Il montre comment une
                         la situation économique et sociale des étudiants en
                                                                                                             approche environnementale (lieux de
                         France. Il présente les résultats de la troisième
                                                                                                             travail, écoles, quartiers, villes, prisons)
                         Enquête nationale sur la situation sanitaire et sociale
                                                                                                             en promotion de la santé peut fonction-
                         des étudiants (ENSE3), à l’initiative de la LMDE,
                                                                                                             ner aujourd’hui.
                         conduite par l’observatoire Expertise et prévention
                         pour la santé des étudiants (EPSE) et l’Institut français                             Les deux coordinatrices de l’ouvrage
                         d’opinion publique (Ifop).                                                            sont entourées d’une équipe composée
                                                                                                               de spécialistes en promotion de la
                         Huit mille cinq cents étudiants, de tout âge et de           santé, de professionnels de la santé publique, d’universitaires
toutes académies, ont répondu à un questionnaire portant sur les thématiques          et de chercheurs. Ils présentent notamment des projets
suivantes : conditions de vie, état de santé et recours aux soins, santé psy-         locaux, nationaux, et internationaux, somme de leurs idées,
chique, consommations de tabac, d’alcool, de cannabis et autres produits,             recherches, expériences concrètes. Les auteurs dressent
vie affective et sexuelle, habitudes alimentaires, rythmes de vie et loisirs. Les     ainsi les cadres et les processus utiles à la fois aux profession-
résultats nationaux sont déclinés en synthèses régionales présentées sous             nels et aux étudiants qui travaillent à l’amélioration de la santé
la forme de fiches détaillant les problématiques propres à chaque territoire.         et s’appuient sur l’approche des milieux de vie en promotion
                                                               Céline Deroche         de la santé. Cette approche environnementale est considérée,
                                                                                      dans cet ouvrage, comme un moyen d’engager les membres
Paris : LMDE, Mutualité française, Rue des écoles, 2012, 299 pages,                   des communautés, de construire des partenariats, de s’atta-
19,50 €.                                                                              quer aux déterminants de santé pour une promotion de la
                                                                                      santé viable.

                                                                                                                                     Valérie Verdier
25 techniques d’animation
pour promouvoir la santé                                                              Thousand Oaks : SAGE Publications Ltd, 2012, 258 pages,
Alain Douiller et coll.                                                               23,87 €.
Préface de Bertrand Garros

                         Addictions, sexualité, nutrition, estime de soi, handi-      Baromètre cancer 2010
                         caps, des sujets parmi d’autres susceptibles de faire        Sous la direction de François Beck et d’Arnaud Gautier
                         l’objet d’interventions auprès de groupes dans un
                         objectif de promotion de la santé. Comment se prépa-                               Le premier Baromètre cancer, enquête
                         rer à l’animation de tels groupes ? Quelle technique                               thématique réalisée en population géné-
                         utiliser pour rendre les participants actifs, les aider à                          rale, publié en 2005, s’inscrivait dans le
                         s’exprimer, les faire débattre sur ces sujets souvent                              cadre du premier Plan cancer (2003-
                         sensibles et les accompagner dans leurs propres che-                               2007). La deuxième vague, lancée en
                         mins vers la santé ?                                                               2010 dans le cadre d’une collaboration
                         Dans ce guide, l’auteur, Alain Douiller, éclaire ces ques-                         entre l’Institut national du cancer (INCa)
                         tions à partir de son expérience et de celles de plu-                              et l’Inpes, vient de paraître en juin 2012.
sieurs autres acteurs de terrain. Directeur du comité d’éducation pour la santé                             Un échantillon représentatif de quatre
de Vaucluse, il développe, depuis vingt ans, des projets, forme des acteurs                                 mille personnes de 15 à 85 ans a été
et anime des groupes en promotion de la santé. Pour écrire cet ouvrage, il                                  interrogé, par téléphone, sur ses opi-
s’est entouré de la compétence d’autres formateurs : Pierre Coupat, Emilie                                  nions et attitudes concernant les fac-
Demond, Sabine Gras, Laurence Marinx, Chantal Patuano et Dany Rebuffel.               teurs de risque du cancer, sur ses représentations de la mala-
Après un rappel des fondements de la promotion de la santé, il amène le               die, l’image des malades et la qualité perçue des soins. La
lecteur à s’interroger sur ses intentions et ses valeurs, puis présente la            reprise de la méthodologie antérieure permet de mesurer les
démarche projet et plusieurs notions de dynamique de groupe. Il détaille              évolutions et les avancées réalisées entre les deux enquêtes
25 techniques d’animation sélectionnées pour leur intérêt selon le même               mais aussi les progrès qui restent à accomplir, en particulier
canevas pratique (description, objectifs, public, taille du groupe, durée mini-       dans le domaine des inégalités sociales de santé. Leur réduc-
mum) et les illustre d’exemples d’utilisation. Enfin, il fournit au lecteur un        tion est un élément pivot du deuxième Plan cancer (2009-
tableau pour l’aider au choix d’une technique adaptée à ses objectifs et donne        2013).
des conseils pour l’évaluation.
                                                                                      Saint-Denis : Inpes, coll. Baromètres santé, 2012,
Brignais : Le Coudrier, coll. Outils pour la santé publique, 2012,                    275 pages, gratuit. En ligne : http://www.inpes.sante.fr/
191 pages, 29,50 €.                                                                   CFESBases/catalogue/pdf/1405.pdf




50   LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012
Mangerbouger.fr
Créé en 2004, le site mangergerbouger.fr évolue régulièrement pour
répondre aux nouvelles attentes du grand public et des différents
professionnels qui bénéficient de rubriques dédiées.

Il aide chacun à mieux s’alimenter et à pratiquer une activité physique
régulière, en proposant :




 menu pour consommer 5 fruits et légumes par jour, un menu économique,
 une recette express, une idée de pratique d’activité physique.

 redeviennent des occasions d’échange où les internautes peuvent
 consulter les recettes et astuces postées par chacun et rejoindre eux-
 mêmes la communauté.

 planning des menus de la semaine…

Pour les professionnels, de nouveaux contenus sont mis en ligne



constituer une banque d’initiatives labellisées.




                                 Abonnez-vous gratuitement !




                               Nous contacter : equilibres@inpes.sante.fr



                                     Les Ireps vous accompagnent
               Vous souhaitez développer un projet de promotion de la santé ? Les Ireps, instances régionales
              d’Éducation et de Promotion de la santé, mettent à votre disposition leurs expertise et savoir-faire.


                                    Évaluation



                               Retrouvez leurs coordonnées sur le site de leur fédération :
                                                          www.fnes.fr
                La pilule est une contraception efficace.
                Toutefois, si vous l’oubliez souvent,
                                                             Réf. Inpes 125-42112-R




                parlez-en à un professionnel de santé.
                Il vous aidera à trouver la contraception
                qui vous convient. Plus d’informations sur
                www.choisirsacontraception.fr
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