La Sant� de l’homme
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numéro
421
Septembre-Octobre 2012
Les jeunes et l’éducation
pour la santé par les pairs
Rennes : « Noz’ambule », Enquête La dépression
contre l’alcoolisation sur la santé en France
excessive des collégiens
La revue de la prévention
et de l’éducation pour la santé est éditée par :
L’Institut national de prévention
et d’éducation pour la santé (Inpes)
42, boulevard de la Libération
52 pages d’analyses et de témoignages 93203 Saint-Denis Cedex
Tél. : 01 49 33 22 22
Fax : 01 49 33 23 90
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actualité, expertise et pratiques
méthodes d’intervention dans les domaines
numéro
420 de la prévention et de l’éducation
Directrice de la publication :
Thanh Le Luong
Septembre 2012
pour la santé
RÉDACTION
Rédacteur en chef :
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Yves Géry
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Une revue de référence et
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Secrétaire de rédaction :
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un outil documentaire pour Marie-Frédérique Cormand
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du social et de l’éducation
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traitant cette thématique. Tirage : 7 000 exemplaires
Les titres, intertitres et chapô sont
de la responsabilité de la rédaction
Institut national de prévention et d’éducation pour la santé
42, bd de la Libération – 93203 Saint-Denis Cedex – France
numéro
sommaire 421
Septembre-Octobre 2012
ENQUÊTES Une expérience de « peer education »
Noz’ambule : une équipe de nuit en Suisse italienne
pour prévenir l’alcoolisation excessive Fulvio Poletti, Laura Bertini . . . . . . . . . 25
à Rennes Face à l’éducation par les pairs,
Françoise Mounier-Vogeli, quel positionnement pour les adultes
Dominique Dubois . . . . . . . . . . . . . . . . . 4 référents ?
Enquête sur la santé Jean-Christophe Azorin, Lorène Burcheri,
des collégiens en France Marie Lhosmot . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27
Emmanuelle Godeau, Mariane Sentenac, « Sans clope, je suis au top ! » :
Virginie Ehlinger, Catherine Arnaud, quand l’éducation par les pairs
Félix Navarro, François Beck . . . . . . . . . . 7 fait un tabac
Marie-Ève Huteau, Adrien Granier,
Aude Arino, Christine Davy-Aubertin,
Christian Bénézis,
Dossier Anne Stoebner-Delbarre . . . . . . . . . . . . 30
Illustrations : Gaëlle Maisonneuve
Quelles méthodes pour l’évaluation http://gaellegraphiste.blogspot.com
des projets d’éducation à la santé
Les jeunes et l’éducation par les pairs ?
Alexia Pretari, Mathieu Valdenaire . . . . . 32
pour la santé par les Paroles de pairs : « Je me sens utile,
pairs mieux dans ma peau »
Éric Le Grand . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 34
Introduction Haute-Normandie : un programme
Éric Le Grand, Jean-Christophe Azorin . . . 10 d’éducation par les pairs
au banc d’essai
Santé des jeunes. L’éducation par les Catalin Nache . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35
pairs : définition et enjeux
Éric Le Grand . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12 Pour en savoir plus
Sandra Kerzanet . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37
L’éducation par les pairs :
attentes et limites
François Chobeaux . . . . . . . . . . . . . . . . 15
LA SANTÉ À L’ÉCOLE
Place de l’éducation par les pairs Éducation à la santé en milieu
dans la santé des jeunes scolaire : enquête franco-québécoise
Yves Géry. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17 Caroline Bizzoni-Prévieux, Corinne Mérini,
Québec : l’intervention par les pairs Didier Jourdan . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 40
investit la promotion de la santé
Bellot Céline, Jacinthe Rivard . . . . . . . . 18 ENQUÊTE
La dépression en France (2005-2010) :
Mission locale de Beaune : des jeunes prévalence, recours au soin
sensibilisés par leurs pairs sur la santé et sentiment d’information
Béatrice Bourgeois, Marie Clerc, de la population
Marion Noirot, Béatrice Certain, François Beck, Romain Guignard . . . . . . . 43
Barbara Clerc . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
Des « correspondants santé »
CINÉSANTÉ
À perdre la raison
dans les lycées des Côtes-d’Armor
Michel Condé . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 46
Daniel Merrien, Svetlana Riverain . . . . . 22
Une expérience européenne d’éduca- LECTURES
tion par les pairs auprès d’adolescents Olivier Delmer, Céline Deroche,
Karin Delrieu, Adeline Priez . . . . . . . . . 23 Sandra Kerzanet, Valérie Verdier . . . . . . . . . . 49
enquête
Noz’ambule : une équipe de nuit
pour prévenir l’alcoolisation
excessive à Rennes
À Rennes, le dispositif Noz’ambule de prévention de l’alcoolisation des jeunes dans la rue a
été mis en place en 2008. Des intervenants vont à la rencontre des jeunes dans le centre-
ville, le soir et la nuit, et font passer des messages de prévention. Noz’ambule vient de faire
l’objet d’une évaluation. En voici les premiers résultats.
Rennes est une ville jeune : un habi- buer par des propositions à améliorer turne et par l’instauration d’une préven-
tant sur deux a moins de 30 ans et on la gestion de l’espace public. tion par les pairs combinée à une
compte 60 000 étudiants pour 220 000 ha- équipe de professionnels.
bitants. Les jeudis et vendredis soir, le Évaluation du dispositif
centre-ville rassemble de nombreux Le Fonds d’expérimentation pour la L’action se décline en deux volets.
jeunes qui se retrouvent et s’installent jeunesse (FEJ) a commandité une éva- En première partie de soirée, de 17 h 00
pour « faire la fête ». Dans un faible luation du dispositif afin, d’une part, de à 22 h 30, les intervenants sont des étu-
périmètre, un ensemble de places et de vérifier si les actions mises en œuvre diants salariés formés par La Mutuelle
squares relié par des rues piétonnes permettaient d’atteindre les résultats des étudiants (LMDE). La prévention a
favorise une circulation sans entrave. attendus, et, d’autre part, de mieux donc lieu par les pairs. Les intervenants
Ces rassemblements s’accompagnent connaître les effets sur les publics cibles. débutent leur soirée à la sortie d’un
d’une alcoolisation affichée qui peut Un groupe d’enquêteurs est allé à la lycée où ils installent une table sur
entraîner chez certains des comporte- rencontre des jeunes lors des soirées laquelle ils disposent du matériel de
ments d’incivilité. Après une période de d’intervention de Noz’ambule et a prévention routière destiné à tester les
heurts liés à la présence renforcée des mené trois cent quatre entretiens semi- réflexes lorsque l’on est en état
forces de l’ordre, la municipalité a sou- directifs en face-à-face. Des entretiens d’ébriété. Plus tard, trois binômes
haité impulser une politique alterna- ont également eu lieu avec les élus et arpentent la ville à la rencontre des
tive. Un plan global de prévention en les agents publics de la ville et de la groupes de jeunes dans leurs lieux de
direction de la jeunesse a ainsi été mis préfecture, les acteurs des nuits ren- rassemblement privilégiés.
en place avec, notamment, la création naises1 ainsi qu’avec les riverains et des
en 2008 du dispositif Noz’ambule. Pour débitants de boissons2. En seconde partie de soirée, de
l’équipe municipale, il s’agissait de pré- L’évaluation des effets d’un tel dis- 22 h 00 à 2 h 00, cinq intervenants pren-
venir les conduites à risque chez les positif est limitée par trois facteurs : nent le relais avec un objectif de pré-
jeunes occupant le soir/la nuit l’espace l’action de prévention n’est pas immé- vention et de réduction des risques. Ce
public, tout en favorisant la tranquillité diatement mesurable sur un public qui sont des professionnels de l’Association
du centre-ville. n’est pas captif. Nous avons néanmoins nationale de prévention en alcoologie
pu observer que certains messages ont et en addictologie (Anpaa) auxquels se
Prévenir les comportements touché le public. De plus, bien que les joignent ponctuellement des parte-
à risque intervenants s’attachent à faire passer naires du champ social et de la santé.
Le dispositif Noz’ambule vise princi- des messages, leur discours n’est pas Ils se tiennent autour d’une camion-
palement à prévenir et réduire les com- systématique : il est adapté aux préoc- nette et effectuent aussi quelques
portements à risque lors des pratiques cupations du public. Il n’y a pas de déambulations. Ce sont les jeunes qui
festives informelles des jeunes dans discours « estampillé Noz’ambule » qui viennent à eux. La présence d’infir-
l’espace public. D’autres objectifs vien- puisse être interrogé. Enfin, il est diffi- mières dans l’équipe permet, le cas
nent en complément : favoriser la com- cile d’isoler les effets des messages échéant, la prise en charge de jeunes
plémentarité entre les acteurs des nuits délivrés par le dispositif parmi les nom- en difficulté. Le discours se veut non
rennaises (forces de l’ordre, service breuses et diverses sources d’informa- culpabilisant et non moralisateur.
départemental d’incendie et de secours tion à destination des jeunes.
(SDIS), éducateurs de rue et transports Les résultats de l’enquête
urbains), permettre une meilleure iden- Un dispositif innovant L’évaluation du dispositif Noz’am-
tification de Noz’ambule, améliorer les Noz’ambule est doublement inno- bule a été conduite par le Centre d’infor-
connaissances de la ville sur les pra- vant3 au niveau local : par sa présence mation régional sur les drogues et
tiques festives en centre-ville et contri- dans l’espace public en période noc- dépendances (Cirdd) de Bretagne. Il en
4 LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012
enquête
ressort que les jeunes qui sont dans la
rue les jeudis et vendredis soir sont
majoritairement des lycéens et des étu-
diants. Ils sont là avant tout par choix :
pour retrouver leurs amis (34 %), « faire
la fête » (14 %) et décompresser (9 %).
Les deux tiers d’entre eux sortent moins
d’une fois par semaine. La consomma-
tion d’alcool est surtout festive (56 %).
Bien que des jeunes circulent souvent
en état d’ébriété, la rue n’est pas le lieu
principal de la surconsommation qui se
déroule plutôt dans les espaces privés.
Les bars sont rarement des lieux de sur-
consommation, mais ils reçoivent, en
cours de soirée, un public fortement
alcoolisé.
En effet, au moment où nous avons
interrogé les jeunes, 72 % avaient
© Caroline Ablain
consommé de l’alcool, 7 % d’entre eux
avaient consommé six verres et plus.
Parmi ceux qui avaient consommé de
l’alcool dans un espace privé, 12 %
avaient surconsommé alors que ce
pourcentage est de 8 % dans l’espace tie des cours n’est peut-être pas le Que retiennent les jeunes ?
public et de 2 % dans les bars. moment idéal pour nouer le dialogue. Spontanément, les jeunes qui ont été
Les déambulations permettent en en contact avec Noz’ambule se sou-
Les thèmes abordés revanche d’entrer en contact plus faci- viennent principalement avoir reçu des
Pour amorcer le dialogue avec les lement avec les jeunes. Les intervenants informations sur : la consommation
jeunes qu’ils rencontrent, les interve- vont vers eux et les abordent en adap- d’alcool et la réduction des risques liés
nants commencent toujours par pré- tant leur discours à la situation. Ils sont à cette consommation (31 %), les outils
senter le dispositif. Les échanges por- en général bien accueillis. de prévention (19 %), le déroulement
tent principalement sur l’alcoolisation, de la soirée (7 %), la sexualité (7 %).
les habitudes de consommation et la En deuxième partie de soirée, ce
sexualité. D’autres sujets sont parfois sont les jeunes qui viennent vers les D’après les jeunes que nous avons
spontanément abordés tels que le loge- intervenants. La camionnette suscite questionnés, les messages les plus fré-
ment, les études, le travail, l’insertion, parfois la curiosité. La facilité d’obten- quemment abordés par les intervenants
etc. C’est parfois l’occasion pour les tion d’outils de prévention, principale- sont les suivants :
jeunes d’aborder des questions plus ment des éthylotests et des préservatifs, la manière de limiter les effets néga-
personnelles. En support des entre- et la présence du dispositif dans un tifs sur le corps de la consommation
tiens, les intervenants distribuent du espace informel sont deux facteurs d’at- excessive d’alcool ;
matériel de prévention (éthylotests, traction. D’ailleurs, ces outils sont un les conséquences sur la sexualité
préservatifs, brassards réfléchissants, moyen efficace d’entrer en contact avec d’une forte consommation d’alcool ou
stéribox, etc.). le public et de dispenser les messages de drogue ;
de prévention et de réduction des les risques liés à une consommation
L’adhésion des jeunes risques avec bienveillance. fréquente et importante d’alcool ou de
L’évaluation montre que 60 % des drogue durant les soirées ;
jeunes interrogés connaissent l’exis- Les jeunes sont plus sensibles à la le rapport entre le taux d’alcoolémie
tence de Noz’ambule, mais ils en don- pertinence du propos qu’à la modalité et la sensation d’ivresse ;
nent une appréciation peu précise. d’intervention. En effet, s’entretenir les problèmes liés aux rassemble-
Parmi eux, 80 % sont satisfaits : c’est le avec intervenants pairs ou profession- ments festifs dans l’espace public ;
bon moment et le bon endroit pour nels n’est pas un facteur déterminant l’aide à apporter à un ami qui va mal
intervenir, le dispositif s’adresse au bon pour les jeunes et ne semble pas avoir lors d’une soirée ;
public. Les « plus âgés » considèrent d’influence sur l’appropriation des les conditions d’utilisation d’un éthy-
parfois que ce type de message messages de prévention. Le dispositif lotest pour un résultat fiable ;
s’adresse plutôt aux plus jeunes. permet de facto d’accéder au public les lieux d’accueil, d’écoute, sur la
jeune dans l’espace public : le contact santé, la sexualité, les consom-
À la sortie des lycées, certains jeunes est spontané, les jeunes n’ont pas de mations.
s’approchent par curiosité mais la plu- démarche particulière à effectuer pour
part n’entrent pas en contact avec les obtenir du matériel de prévention ni Parmi les messages dispensés par
intervenants qui considèrent que la sor- pour échanger. Noz’ambule, l’hydratation est celui qui a
LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012 5
enquête
été retenu par 75 % des jeunes qui se Le Fonds d’expérimentation pour la
souviennent avoir abordé la question de jeunesse est attentif à la transférabilité
la limitation des effets négatifs de l’alcool du dispositif dans d’autres villes/com-
sur le corps. De fait, ce message avait fait munes. Il conviendra alors de l’adapter
l’objet d’une action ciblée dès les débuts dans ses aspects opérationnels à des
de la mise en place du dispositif : des configurations urbanistiques diffé-
bouteilles d’eau avaient été massive- rentes, principalement liées à l’étendue
ment distribuées, accompagnées de du périmètre des rassemblements.
messages de prévention relatifs à l’hy-
dratation. L’aide à apporter à un ami qui
va mal et les risques d’une consomma-
tion fréquente sont les autres thèmes qui
Pour rendre l’action efficace, mesu-
rable et lisible, ses objectifs doivent
tendre vers l’accomplissement d’une
sommaire
ont retenu le plus d’attention. mission principale bien définie. Il
importe de clarifier ce que l’on attend
À l’issue de trois années d’existence, d’un tel dispositif.
le dispositif est identifié par les acteurs Initiatives
de la nuit grâce aux réunions institu- Les résultats de l’évaluation ont été
tionnelles auxquelles ils participent. Par présentés aux représentants de l’équipe
ailleurs, les intervenants de Noz’am- municipale. La réduction des compor-
bule ont noué des liens privilégiés avec tements à risques des jeunes reste l’ob-
les éducateurs de rue et le SDIS avec jectif principal du dispositif, même si la
lesquels des rencontres ont lieu pour question de la tranquillité publique a
mieux appréhender les pratiques et les été soulevée et demeure une préoccu-
rôles de chacun. pation. Une campagne de communica-
tion conjointe Ville/État est d’ailleurs en Locale
Dans l’ensemble, ce dispositif est préparation.
apprécié, mais son action est mal
connue. Chacun y reporte ses propres Françoise Mounier-Vogeli
attentes : la tranquillité publique, la Consultante,
prise en charge des personnes alcooli- Dominique Dubois
sées, la santé des jeunes. La présence Chargé de mission, Lu pour vous
du dispositif dans l’espace public laisse AIRDDS – Cirdd Bretagne, Rennes.
croire qu’il peut solutionner les pro-
blèmes que chacun voudrait voir
résolus.
1. Acteurs des nuits rennaises : deux éducateurs de la Vu pour vous
Les nuisances liées aux rassemble- prévention spécialisée, deux responsables des forces
ments des jeunes et la question de de l’ordre, trois membres du SDIS, un responsable du
service de transport urbain et péri-urbain.
l’ordre public constituent une préoccu- Décideurs : trois élus de la ville en charge respective-
pation pour l’ensemble des publics ment de la médiation, de la jeunesse et de la santé,
interrogés alors que le dispositif ne vise trois agents publics des services de la prévention de la
délinquance, la jeunesse et la santé, un membre du
pas directement la résolution de ce cabinet de la préfecture chargé de la coordination
problème. prévention de la délinquance, vingt et un débitants
de boissons réputés recevoir une clientèle jeune dans
l’hyper-centre rennais.
Conclusion 2. Une réunion de quartier dédiée à l’évaluation du
Noz’ambule touche son public du dispositif en présence de dix-huit habitants du quar-
tier centre ainsi qu’un entretien avec deux représen-
fait même de sa présence dans la rue la tants d’associations de quartier.
nuit. L’accès au matériel de prévention 3. Un dispositif similaire préexistait à Nantes avec des
est un facteur d’attraction des jeunes professionnels uniquement.
vers un dispositif qu’ils semblent appré-
cier. Mais il reste difficile de mesurer
totalement les effets sur le plan de la
prévention. Toutefois, les messages
ciblés – comme celui de l’hydratation
qui a fait l’objet d’une action particu-
lière – retiennent l’attention du public Pour en savoir plus
visé. Ainsi, la diffusion de messages Rapport d’évaluation complet et téléchar-
positifs et répétés a plus d’impact qu’un geable sur le site du Cirdd Bretagne : http://
discours général sur l’alcoolisation. Le www.cirdd-bretagne.fr/fileadmin/docu-
dispositif apparaît également plus per- ments/documentation/Evaluation-
tinent pour diffuser un message de Nozmabule-CIRDD-2011.pdf
réduction des risques.
6 LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012
enquête
Enquête sur la santé
des collégiens en France
Tous les quatre ans, l’enquête HBSC est réalisée auprès des collégiens de quarante et un
pays dont la France. L’enquête 2010 vient d’être publiée et confirme la montée en puis-
sance de l’utilisation des nouvelles technologies par les adolescents. Si celles-ci n’altèrent
pas forcément l’intégration sociale, elles grignotent dangereusement le temps de sommeil,
en particulier chez les élèves de troisième. Au rayon des surprises, les deux tiers des
collégiens portent un regard positif sur leur scolarité et la même proportion pratique un
sport en dehors de l’école.
Depuis 1994, tous les quatre ans, publié par l’Inpes, sous la coordination
l’enquête HBSC1 donne une photogra- des docteurs Emmanuelle Godeau,
phie de la santé, du vécu scolaire, des Félix Navarro et Catherine Arnaud (2).
contextes de vie (famille, école, amis) Seules trois des thématiques dévelop-
et des comportements favorables ou pées dans les quinze chapitres de l’ou-
néfastes à la santé des jeunes scolarisés vrage seront abordées ici.
de 11 à 15 ans. En 2010, quarante et une
nations, essentiellement européennes, La place grandissante
ont collecté des données de manière des technologies
standardisée à l’aide de plus de quatre- de l’information
vingts questions sur la santé et le bien- L’enquête 2010 vient donc d’être
être, la nutrition, la consommation de publiée en septembre 2012. Premier
substances addictogènes, la santé constat : l’utilisation croissante des nou-
sexuelle, les violences et blessures, les velles technologies de l’information et
loisirs, la famille, les amis, l’environne- de la communication (TIC) – Internet
ment scolaire et les conditions socio- et téléphones portables – par des ado-
économiques de vie (1). En outre, en lescents qui ont grandi avec les réseaux
2010 en France, ont été ajoutées des sociaux (Twitter, Facebook, etc.).
questions sur les styles éducatifs paren-
taux, les handicaps et les maladies La communication électronique
chroniques, ainsi que le sommeil. quotidienne avec les amis double entre
Environ douze mille élèves ont été la 6e et la 3e (passant de 22 % chez les
concernés du CM2 à la seconde, dans garçons et 31 % chez les filles à 46 % et çons de 11 ans sortaient quatre soirs ou
près de trois cent cinquante établisse- 65 %). Pour autant, loin des craintes des plus par semaine avec leurs amis alors
ments publics et privés de France adultes, l’utilisation de modes indirects qu’ils étaient 14 % en 2006, tendance
métropolitaine2. de communication n’a pas entraîné de qui se retrouve chez les garçons et filles
repli massif exclusif des adolescents sur de 13 ans. Les TIC permettraient ainsi
Conduite sous l’égide de l’Organisa- leur écran. Bien au contraire, plus de de concilier des exigences familiales et
tion mondiale de la santé (OMS) au plan 93 % d’entre eux ont au moins trois amicales souvent contradictoires à cet
international, l’enquête HBSC est coor- véritables amis, en augmentation âge (3).
donnée, en France, par le service médi- depuis 2006 ; et les garçons ont fémi- Cependant, l’équilibre ainsi trouvé
cal du rectorat de Toulouse, en partena- nisé leur réseau amical. Il est vraisem- se fait au détriment du temps de som-
riat avec l’UMR 1027 Inserm/université blable que les échanges via les réseaux meil. Contrairement aux collégiens qui
Paul-Sabatier et l’association pour le ou le Net aient joué un rôle positif en lisent avant de s’endormir et qui ont un
développement d’HBSC. Elle est soute- permettant aux jeunes de s’affranchir, temps de sommeil satisfaisant (8 h 52 vs
nue, depuis toujours, par le ministère de du moins en partie, des jugements sté- 8 h 28 pour l’ensemble des autres), ceux
l’Éducation nationale (Dgesco et DEPP), réotypés et des clichés dominant au qui utilisent un ordinateur le soir dans
l’Observatoire français des toxicomanies collège. leur chambre dorment moins (8 h 06),
(OFDT) et l’Institut national de préven- L’usage de ces technologies a pro- et ceux qui disposent d’un téléphone
tion et d’éducation pour la santé (Inpes). duit un autre effet sur les habitudes portable équipé d’Internet encore
sociales des collégiens : la diminution moins (7 h 59). Or, si les seuils sont
Dix-neuf auteurs ont participé à la du nombre de leurs sorties pourtant encore discutés, les spécialistes consi-
rédaction du rapport qui vient d’être déjà rares. Ainsi, en 2010, 10 % des gar- dèrent qu’au cours de la croissance, le
LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012 7
enquête
temps de sommeil ne doit pas être infé- fois » ; cependant, 2 % « n’en avaient week-end, plus de 80 % des jeunes
rieur à neuf heures par jour et, qu’en pas envie quand c’est arrivé » et 14 % petit-déjeunent. Comparés à leurs
tout cas, des nuits de sept heures ou auraient préféré des premiers rapports camarades qui sautent au moins un
moins ont des effets délétères à court plus tardifs (les filles plus que les gar- petit déjeuner dans la semaine, les ado-
(équilibres physique et psychologique, çons et les élèves de 4e plus que ceux lescents qui petit-déjeunent quotidien-
apprentissages, etc.) comme à plus de 3e). Ainsi, loin de se montrer alar- nement présentent de meilleures habi-
long terme (dépression, etc.). Une telle mistes – au risque d’être contre-pro- tudes alimentaires et sont moins sujets
situation alarmante de privation de ductifs – et sans oublier qu’il peut exis- au surpoids (9 % vs 13 %).
sommeil est vécue, en semaine, par ter des cas d’espèce, les adultes plutôt
21 % des élèves de 3e (4). que de se focaliser sur les « dangers Perception négative
d’Internet » devraient accroître leur de leur corps
À 5 ans, la télé temps de dialogue avec les primo-ado- Les filles ont généralement de
dans sa chambre lescents afin de les mettre en situation meilleures habitudes alimentaires que
L’utilisation des divers appareils de choisir sans pression et sans les garçons. Toutefois, elles ont bien
électroniques et audiovisuels dispo- contrainte le moment de leurs premiers plus souvent une perception négative
nibles dans la chambre des ados entre rapports, de leur permettre de les retar- de leur corps – sans doute en raison des
donc en compétition avec le sommeil. der s’ils ne se sentent pas réellement normes esthétiques qui pèsent plus
Jeunes et parents doivent apprendre à prêts, sans toutefois stigmatiser la fortement sur elles – et cela d’autant
gérer cette nouvelle donnée. Ceci minorité d’élèves précoces pour les- qu’elles avancent en âge : 42 % des
nécessiterait la mise au point de mes- quels il faut au contraire s’assurer qu’ils adolescentes de 3e se jugent « un peu »
sages de prévention spécifiques desti- aient intégré les informations utiles ou « beaucoup » trop grosses (31 % en
nés à ces deux populations. Cependant, concernant la contraception et la pro- 6e), alors que cette perception reste
les habitudes concernant le sommeil tection contre les IST. Or, depuis 2006, stable chez les garçons. En outre, parmi
– et, certainement aussi, celles concer- on note une petite augmentation des celles qui présentent une corpulence
nant l’usage, par un enfant seul, dans élèves de 15 ans indiquant n’avoir uti- normale ou insuffisante (selon leurs
sa chambre, de la télévision ou d’autres lisé aucune contraception lors de leur poids et taille déclarés), 31 % se trou-
appareils électroniques – se contractent dernier rapport (de 7 % à 10 %), même vent « un peu » trop grosses (deux fois
très jeune. Or, les médecins et les infir- si les élèves de France utilisent beau- plus que les garçons). De même, parmi
mières scolaires font de plus en plus coup les préservatifs comparés aux les 30 % d’élèves qui déclarent faire un
souvent le constat de la présence de ces autres participants à l’enquête HBSC. régime ou avoir besoin de perdre du
appareils dans les chambres d’enfant poids, 23 % déclarent un poids normal
lors du bilan de grande section de L’impact du PNNS sur ou insuffisant. Les filles sont deux fois
maternelle, c’est-à-dire à 5 ans ! C’est les habitudes alimentaires plus concernées que les garçons par
pourquoi, sur ce thème qui mériterait Depuis 2001, à travers le Pro- cette discordance (31 % vs 16 %). Ainsi,
largement la mise en place d’un pro- gramme national nutrition-santé en matière de contrôle du poids, l’insa-
gramme de santé publique tant ses (PNNS), les pouvoirs publics agissent tisfaction corporelle apparaît détermi-
conséquences sont lourdes, les parents en faveur de la promotion d’une ali- nante. Ces perceptions sont à rappro-
pourraient être incités à favoriser la mentation favorable à la santé. L’en- cher des 5 % de collégiens interrogés
durée et la qualité du sommeil de leurs quête HBSC apporte un éclairage sur qui sont en insuffisance pondérale et
enfants dès le plus jeune âge, en tout le suivi de certains repères nutrition- des 11 % en surpoids (obésité incluse),
cas tant qu’ils peuvent encore assez nels du PNNS. Entre 2006 et 2010, les situant la France parmi les pays dont
facilement et directement gérer le consommations quotidiennes de fruits ces derniers taux sont les plus faibles
temps de leurs enfants, sans attendre et de légumes ont augmenté chez nos (ainsi qu’en 2006).
que les bouleversements et les conflits collégiens (respectivement de 31 à
de l’adolescence rendent cette tâche 39 % et de 42 à 45 %), ce qui les place Au total, si on enregistre une évolu-
« mission impossible ». dans le haut du palmarès international. tion positive pour ce qui est des
Dans le même temps, la consomma- consommations de fruits et légumes, il
Par ailleurs, Internet et plus particu- tion quotidienne de sucreries a baissé, ressort que, pour aller plus loin, tout un
lièrement les réseaux sociaux suscitent passant de 28 % à 24 %, celle de bois- travail d’éducation serait à faire autour
l’inquiétude de nombreux parents qui sons sucrées, rapportée par environ un de l’image corporelle. À l’adolescence,
redoutent un impact négatif sur la vie quart des jeunes, n’ayant pas bougé. « où tout change », les évolutions phy-
sexuelle des jeunes (pornographie, Résultats cohérents avec ceux du der- siques apparaissent en effet souvent
falsification de profils, etc.). Or, en nier Baromètre santé nutrition (7). centrales aux principaux intéressés qui
2010, avec 11 % des élèves de 4e et n’ont souvent comme références que
24 % des élèves de 3e déclarant avoir Tous les matins, 58 % des collégiens celles véhiculées par les médias.
déjà eu des rapports sexuels, on ne prennent un petit déjeuner, les garçons
note aucune tendance à l’augmenta- plus que les filles (63 % vs 54 %), pro- À ces considérations générales doit
tion par référence à ces dernières portion identique à celle de 2006. Ce être ajouté un « paradoxe français » : nos
années (5). L’âge moyen du premier taux relativement faible pourrait s’ex- collégiens se classent à la fois parmi
rapport, en France, n’a pas évolué (6) pliquer par le manque de temps et le ceux qui, en Europe, ont le moins d’ac-
et, globalement, les jeunes gardent une lever précoce les jours d’école, ou par tivité physique et le plus d’activité spor-
bonne impression de leur « première le stress lié à la scolarité, puisque le tive. L’activité physique quotidienne
8 LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012
enquête
demeure largement insuffisante (8), mais la France se caractérise par collège et d’en présenter les résultats
puisque seuls 31 % des collégiens une altération plus marquée entre 11 et par classe offre la possibilité d’ajuster
répondent aux standards recomman- 13 ans. Les raisons de ce « désamour » finement les interventions en milieu
dés à cet âge, les garçons étant plus sont évidemment nombreuses, l’entrée scolaire. Enfin, c’est parce qu’elle
actifs que les filles (39 % vs 22 %)3 chez dans la puberté et les questionnements repose directement sur les perceptions
lesquelles l’activité physique diminue de l’adolescence y participent, mais les et le vécu des adolescents que l’en-
avec l’âge. En revanche, 63 % des col- différences observées entre les pays quête HBSC apporte des enseigne-
légiens pratiquent un sport quotidien- participants interrogent sur l’autre ments si riches sur la santé et le bien-
nement ou plusieurs fois par semaine grande cause possible : l’organisation être des adultes de demain.
en dehors de l’école. du système scolaire. Un point en parti-
culier nous semble éclairant, le redou- Emmanuelle Godeau1, 2
La tâche difficile du collège blement, longtemps spécificité fran- Adjointe du médecin conseiller du recteur
Globalement, plus des deux tiers des çaise. Or, redoubler altère nettement la pour la santé, la formation et la recherche,
collégiens portent un regard positif sur perception de l’école. Ainsi, 22 % des responsable de l’enquête HBSC France,
leur scolarité, proportion en augmenta- élèves qui ont redoublé au moins une Mariane Sentenac2
tion depuis la précédente enquête, fois dans leur vie n’aiment « pas du Epidémiologiste, chercheur,
notamment chez les élèves de 15 ans (+ tout » l’école (pour 10 % des non-redou- Virginie Ehlinger2
11 points entre 2006 et 2011). Cette per- blants). Les systèmes éducatifs qui ne Biostatisticienne,
ception se dégrade avec l’avancée dans connaissent pas le redoublement sem- Catherine Arnaud2
la scolarité. En 6e, 77 % des garçons et blent moins affectés par la chute de cet Médecin épidémiologiste, maître de
85 % des filles affirment aimer l’école, indicateur dont les conséquences en conférence en santé publique,
mais en 3e, ils ne sont plus que 54 % et termes d’absentéisme, de déscolarisa- Félix Navarro1
64 % dans ce cas. Le passage au lycée tion chronique et finalement de diffi- Médecin de santé publique, médecin
constitue une rupture positive, puisque cultés d’insertion sociale mériteraient conseiller du recteur,
les élèves de seconde ont une apprécia- d’être plus finement appréciées. François Beck3
tion plus positive de l’école par rapport Chef du département
à ceux de 3e (y compris quand les effets Ainsi, l’enquête HBSC, par la variété Enquêtes et analyses statistiques.
de l’âge et du redoublement sont neu- des thématiques qu’elle aborde et la
tralisés). Cette différence doit être nuan- possibilité de les croiser et d’en analy- 1. Service médical du rectorat de Toulouse.
cée par le fait que les élèves qui accè- ser les déterminants et les contextes, 2. UMR U1027 Inserm/université Paul-
dent au lycée sont ceux qui ont les offre de nombreuses pistes pour les Sabatier, équipe « Épidémiologie périnatale,
meilleurs résultats, ce qui contribue acteurs de terrain, et plus largement les santé et handicap de l’enfant », Toulouse.
assurément à leur faire aimer l’école. éducateurs, parents compris. En outre, 3. Inpes.
Toutefois, le collège s’avère être le pouvoir suivre des évolutions dans le
niveau scolaire le moins apprécié des temps et se comparer avec des pays 1. Health Behaviour in school-aged children.
2. Tirage d’un échantillon national métropolitain
jeunes, puisque de manière symétrique voisins apporte un éclairage complé- représentatif des élèves de collège de 11-15 ans effec-
à ce que l’on observe pour le lycée, les mentaire sur l’impact des plans et des tué par la Direction de l’évaluation, de la prospective
élèves de CM2 aiment bien plus l’école programmes de prévention et de pro- et de la performance (DEPP) (ministère de l’Éduca-
tion nationale).
que leurs homologues de 6e. Ce constat motion pour la santé. Le choix de cen- 3. Soit une heure d’activité physique (utilitaire ou de
est valable aussi dans les autres pays trer la version 2010 de l’enquête sur le mobilité) 5 ou 6 jours par semaine.
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LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012 9
421
numéro
Septembre-Octobre 2012
Les jeunes et l’éducation
pour la santé par les pairs
De nombreux projets de prévention/éducation/promotion de la
santé par les pairs fleurissent en France, notamment à destina-
tion des jeunes : « Suricates » en Haute-Normandie, « Noz’am-
bules » à Rennes, les lycéens formés à la prévention du sida à
Chalon-sur-Saône, le « Relais santé jeunes » à la mission locale
de Beaune, les « correspondants santé » dans les lycées des
Côtes d’Armor, des étudiants-relais pour parler du stress à
Paris, de jeunes relais dans les milieux festifs, etc. (1-3). La
multitude de ces projets incite à clarifier les fondements théo-
riques et pratiques de cette démarche afin que chaque profes-
sionnel en milieu scolaire, en mission locale, à l’université puisse
s’en saisir de manière réaliste. Si ce dossier traite de l’éducation
par les pairs menée par des jeunes, il convient toutefois de
souligner l’existence de nombreuses actions menées auprès Illustrations : Gaëlle Maisonneuve
d’autres populations : personnes âgées, personnes en situation
de prostitution, personnes en situation de précarité, etc.
les limites de ce type de projet ; une réflexion sur l’évaluation
Faire appel aux compétences des jeunes de la nature de ces actions.
Ce dossier s’efforce de répondre à la question suivante : de Interroger le positionnement
quoi parle-t-on lorsque l’on évoque l’éducation par les pairs des professionnels
(peer education en anglais) ? Selon la définition donnée par
le glossaire des termes techniques en santé publique de la La pertinence d’une démarche éducative de pairs à pairs
Commission européenne, « cette approche éducationnelle interpelle le positionnement des adultes-experts-éducateurs.
fait appel à des pairs (personne du même âge, de même En effet, bien que ce soient des jeunes qui proposent et met-
contexte social, fonction, éducation tent en œuvre des actions selon leurs aspirations et leurs
ou expérience) pour donner de l’infor- valeurs, le rôle de l’adulte reste essen-
mation et pour mettre en avant des
« Faire appel aux tiel dans ce type de démarche : il doit
types de comportements et de compétences des jeunes accompagner sans imposer, aider
valeurs ». Il s’agit donc de faire appel sans « faire à la place », motiver ces
aux compétences des jeunes eux-
eux-mêmes, pour informer groupes de jeunes, les rassurer par-
fois, leur donner un cadre déontolo-
mêmes, pour informer ou aider ou aider d’autres jeunes, gique. L’éducation pour la santé par les
d’autres jeunes, « leurs pairs ».
leurs pairs. » pairs apparaît donc comme une
La richesse et la diversité des propos démarche exigeante tant pour les
tenus dans ce dossier permettent de poser les jalons d’une jeunes que pour les adultes. Le risque – futur ? – de l’éducation
réflexion sur ce champ d’intervention autour de trois volets : pour la santé par les pairs résiderait dans le désengagement
un cadrage théorique (4-6) ; une présentation d’actions en de l’adulte et/ou la tentation de confier à des jeunes la réso-
milieu scolaire et mission locale montrant la pertinence et lution de problèmes sur lesquels ils ont peu de prises et qui
10 La santé de L’homme - n° 421 - septembre-octobre 2012
engagent avant tout l’organisation sociale d’une structure Il est donc essentiel de se poser ces questions et de réfléchir
éducative, sociale ou culturelle. Les actions d’éducation pour au préalable aux modalités de sélection des pairs.
la santé par les pairs doivent être considérées comme des
stratégies de prévention complémentaires à tous autres types Faire confiance à la jeunesse
d’action, notamment celles portant sur l’amélioration de l’en- et à la valeur de la jeunesse
vironnement immédiat des jeunes. Ainsi, si les jeunes pairs Au-delà de la créativité et du dynamisme de ces jeunes inves-
souhaitent par exemple parler d’équilibre alimentaire, il est tis, l’application de programmes d’éducation pour la santé
essentiel que des actions portant sur l’amélioration des repas par les pairs permet, d’une part, de cerner de manière plus
au restaurant scolaire soient aussi menées par les respon- fine les aspirations des nouvelles « sociétés adolescentes »,
sables d’établissement. leurs besoins et attentes en matière de prévention, et,
Interroger la notion de pairs d’autre part, de dépasser l’image négative trop souvent
et d’égalité entre pairs accolée à la jeunesse et à sa santé. En effet, au travers de
ces programmes, les jeunes font souvent preuve non seule-
Programmes de pairs aidants, de pairs-conseils, de pairs ment d’un altruisme certain, mais aussi d’un véritable enga-
facilitateurs, de pairs-soutiens, de pairs-tuteurs, d’assis- gement pour faire changer le regard de l’adulte sur la jeu-
tants, de médiateurs-éducateurs, etc., les désignations sont nesse et pour adapter des méthodes de prévention jugées
multiples pour des stratégies éducatives fondées sur l’hypo- parfois stigmatisantes et moralisatrices. Les programmes
thèse suivante : le public, et les jeunes en particulier, sont de prévention par les pairs nous invite donc, par la partici-
plus réceptifs à un message si la sensibilisation est menée pation effective des jeunes à la construction et à la mise en
par des pairs (7). Ce postulat questionne à la fois la définition œuvre d’actions, à reconnaître la valeur de la jeunesse et à
de la parité (la notion d’égalité entre pairs et jeunes destina- améliorer nos pratiques de prévention. Ce qui n’est pas sans
taires de l’information), la qualité de la relation entre pairs, enjeux pour l’avenir de cette génération et de notre société.
et la cohérence du discours des pairs et de celui des adultes
et professionnels référents. En effet, suffit-il d’avoir le même Éric Le Grand, Jean-Christophe Azorin
profil économique, social, linguistique et culturel pour mieux
se comprendre ? Appartenir à un même groupe défini par
l’âge, le sexe, la classe ou tout autre facteur est-il un gage
automatique d’empathie et de meilleure communication ? Le Dossier coordonné par Éric Le Grand, consultant en promotion de
vécu d’un jeune, voire une « formation » ou son expérience la santé, et Jean-Christophe Azorin, enseignant, Epidaure – Pôle
d’une période difficile (8), lui confèrent-ils une expertise suf- prévention du CRLC Val d’Aurelle, Montpellier.
fisante pour se poser en mentor vis-à-vis d’autres jeunes (9) ?
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LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012 11
Santé des jeunes.
L’éducation par les pairs :
définition et enjeux
L’éducation par les pairs en matière de santé connaît actuellement en France un regain
d’intérêt. Développée par les pays anglo-saxons au cours des années 1970, et dans les
stratégies de lutte contre le sida en France, cette démarche offre une opportunité de
repenser la prévention en direction des jeunes. Bref retour sur l’histoire, la définition et
l’intérêt de cette méthode « exigeante » qui n’est pas sans questionner notre rapport à la
jeunesse et notre regard sur celle-ci.
En 2006, dans un dossier de La Santé recherche de priorités, l’identification Angleterre, en Suisse et en France, et
de l’homme portant sur la promotion de des besoins, le choix des stratégies, l’im- s’accentuant au XXe siècle avec le déve-
la santé des jeunes, un article intitulé plantation et l’évaluation de la promo- loppement des coopératives scolaires,
« Le rôle des pairs dans la santé des tion de la santé. » Dès lors, ce renforce- des colonies et des camps de vacances.
adolescents » synthétisait les échanges ment de l’action communautaire ne
tenus lors d’une session des Journées peut être possible que par le dévelop- Si ce courant pédagogique existe
de la prévention de l’Inpes (1). L’un des pement de « véritables » démarches depuis longtemps, son développement
intervenants indiquait notamment que participatives impliquant une co- dans le champ de la prévention de la
« lorsqu’ils sont en difficulté, les jeunes construction et une co-décision entre santé des jeunes est apparu récemment
vont essentiellement se confier à des adultes et adolescents : « Les adultes en France, notamment lors de l’épidé-
pairs, d’autres jeunes, qui peuvent être travaillent avec les adolescents de mie de sida. L’éducation par les pairs
des relais avec les adultes, des média- manière à les assurer que leurs points est devenue l’un des moyens les plus
teurs ou des détenteurs d’informa- de vue sont entendus, valorisés et pris en adaptés pour transmettre des messages
tions », démontrant ainsi l’intérêt d’une compte » (5). de prévention (lire l’article de Bruno
éducation par les pairs « à condition de Spire dans La Santé de l’homme
s’adosser à des professionnels, de suivre S’il est difficile d’infirmer ou de n° 419). Toutefois, cette éducation
une méthodologie et de former les pairs confirmer l’une ou l’autre de ces hypo- pour la santé par les pairs trouve son
pour garantir leurs compétences » (2). thèses faute d’études disponibles, cette origine dans de nombreux programmes
éducation par les pairs prend corps et anglo-saxons dès les années 1970. Ces
Depuis cette date, différents projets peut, à terme, être une stratégie com- programmes prenaient acte de l’échec
d’éducation par les pairs ont été mis en plémentaire d’actions de prévention. des campagnes de prévention fondées
œuvre en France, ce qui nous conduit uniquement sur l’apport d’informa-
à nous interroger sur cet essor qui est L’éducation par les pairs : tions, sur la dramatisation des pro-
peut-être le reflet : définition (6) blèmes de santé (notamment en utili-
de l’échec de la prévention tradi- Si l’idée même de « jeunes éduqués sant la peur) utilisés comme levier de
tionnelle en direction des jeunes, trop par des jeunes » apparaît aujourd’hui changement de comportements. Dès
souvent fondée sur la seule acquisition comme novatrice en France dans le lors, il était plus important d’aider le
de connaissances et provoquant incom- domaine de la santé, Oliver Taramar- jeune à résister à la pression du groupe
préhension (3), saturation de messages caz (7) montre dans le domaine péda- et à développer un certain sens critique
et sentiment de stigmatisation au tra- gogique que « l’entraide par les pairs a par rapport à la réalité qui l’entoure.
vers d’une accumulation de théma- été mise en œuvre dans des contextes, Cette dynamique s’inscrit dans le cadre
tiques – sexualité, alcool, drogues, etc. dans des conditions et pour de multiples du développement des compétences
(4) – qui fait prévaloir, dans certains mobiles… Si l’approche pédagogique par psychosociales, définies par l’OMS en
cas, l’idée d’un jeune « irresponsable », les pairs est considérée comme nouvelle 1993, et mises en œuvre en France
dangereux pour lui-même, voire pour aujourd’hui, elle l’a été siècle après siècle aujourd’hui par les acteurs de la pré-
les autres ; depuis un millénaire. » Ainsi, cet expert vention dans leurs programmes.
d’une plus forte intégration, dans retrace un mouvement pédagogique
la culture de prévention en France, de commençant au XVIe siècle, se prolon- Ainsi, on fait appel au pair (per-
l’application de l’un des axes de la geant sous des formes diverses jusqu’au sonne du même âge, de même contexte
charte d’Ottawa : « La communauté doit XIXe siècle, avec notamment le dévelop- social, fonction, éducation ou expé-
être activement impliquée dans la pement de l’enseignement mutuel en rience) pour donner de l’information
12 LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012
et pour mettre en avant des types de
comportements et de valeurs. L’éduca-
tion par les pairs est « une alternative
ou un complément aux stratégies
d’éducation à la santé traditionnelles ».
Cette approche éducationnelle repose
sur le fait que « lors de certaines étapes
de la vie, notamment chez les adoles-
cents, son impact est plus grand que
d’autres influences » (8). Voilà la pro-
blématique de l’éducation par les pairs
posée. Elle se fonde sur différents pos-
tulats, faisant le lien avec les caractéris-
tiques de l’adolescence, en termes de
socialisation (les jeunes sont souvent
des sources d’information pour les
autres jeunes de leur âge), de soutien
(ils se tournent plus volontiers vers les
leurs quand ils ont des problèmes),
d’entraide, de phénomène génération-
nel et de connaissance (les jeunes sont
les mieux placés pour reconnaître et
comprendre les problèmes de leurs
pairs) et d’influence sociale positive
pouvant permettre l’adoption de com-
portements favorables.
C’est donc sur cette question de la et du jeune, l’éducation par les pairs réfléchir ensemble, etc.) de change-
proximité d’âge et du postulat – qui apparaît donc comme un modèle de ment de mode de vie (plus de coopé-
peut être contesté – de l’égalité entre « transmission horizontale » d’informa- ration, etc.), et non pas selon un prin-
les jeunes (du point de vue de l’âge, des tions, dont l’efficacité semble supé- cipe d’acquisition de connaissances.
valeurs et des comportements : idée de rieure à celle, « verticale », des adultes De même, ces programmes sont davan-
« paritude ») que se fonde l’éducation et des professionnels. L’éducation par tage centrés sur les jeunes eux-mêmes,
par les pairs. Elle s’inscrit dans un ques- les pairs est aussi une éducation entre sur leur valeur, plutôt que sur des
tionnement autour de la santé des pairs. thèmes de santé abordés par le prisme
jeunes au regard des actions de préven- de l’image réductrice d’eux-mêmes en
tion menées par les adultes. Certaines L’efficacité de l’éducation tant que sujets à risque.
études montrent ainsi que les jeunes ne par les pairs
définissent pas la santé, comme nous, Différentes études (lire « Pour en Mais qu’en est-il de l’impact chez les
adultes, professionnels, pourrions la savoir plus », p. 37), dont notamment le jeunes qui reçoivent cette éducation
définir. Si pour eux la santé est avant rapport de l’Inserm (lire l’article p. 17), par les pairs ? Les effets sont plus diffi-
tout « une forme physique », elle s’inscrit montrent que les principaux bénéfi- cilement mesurables en termes de
cependant plus particulièrement dans ciaires sont avant tout les pairs eux- changements de comportements de
le domaine de la relation à l’autre, de mêmes. La mobilisation de groupes de santé. Cependant, plusieurs effets posi-
la joie de vivre, des relations amou- jeunes, l’élaboration collective de pro- tifs peuvent être constatés :
reuses. Les questions d’hygiène, de jets, la recherche d’informations, l’ac- une écoute et un intérêt plus
consommation, l’absence de maladie quisition de techniques d’animation et importants à ce que proposent ces
n’interviennent qu’en dernière position de communication, permettent le déve- jeunes pairs. En effet, le fait qu’un jeune
dans leur définition de la santé. De fait, loppement personnel, le renforcement s’exprime ou mette en œuvre une
ils abordent la santé dans une perspec- de l’estime de soi et l’amélioration des action (fondée bien souvent sur des
tive globale mêlant aspects physiques, compétences relationnelles (écoute, aspects ludiques) procure un regain
sociaux, sentimentaux, et non restreinte communication, ouverture aux autres). d’intérêt sur les questions de préven-
à la maladie. Un autre élément impor- Ainsi, les programmes d’éducation par tion et de santé ;
tant est à prendre en compte : aborder les pairs favorisent, d’une part, l’enga- une amélioration de l’utilisation par
la santé uniquement sous le prisme de gement social des jeunes dans la santé, les jeunes des ressources et services (de
« dangers futurs », de « conduites à domaine qui est a priori éloigné de santé ou autre). L’éducation par les pairs
risques » a une faible incidence sur leur leurs préoccupations, et, d’autre part, le peut, par exemple, mieux faire connaître
comportement car les jeunes se sentent développement de leur autono- le rôle de l’infirmière et de l’assistant(e)
« invulnérables » (9). mie (10). L’efficacité de ces programmes social(e) dans un établissement scolaire,
repose sur le fait qu’ils sont définis ou dédramatiser le rôle d’un psychiatre
En raison des caractéristiques avant tout en termes d’amélioration des dans un centre médico-psychologique
– sociales et de santé – de l’adolescent relations humaines (aller vers l’autre, (CMP), et donc renforcer l’accessibilité à
LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012 13
ces services. Du côté des professionnels une performance académique supplé- aussi faire face au développement de
et des adultes, la littérature scientifique, mentaire (lire l’article de F. Poletti et « l’empowerment » des jeunes, car il est
les expériences et projets menés mon- L. Bertini p. 25). De même, le jeune pair bien rare qu’à partir de programmes
trent surtout un changement de regard peut éprouver un certain embarras à d’éducation par les pairs qui se construi-
en direction de la jeunesse et un accrois- gérer des « tensions internes », par sent à la base sur des thématiques de
sement des échanges entre adultes et exemple : « je parle de tabac, alors que santé, d’autres revendications plus
adolescents. Ces pairs apparaissent peu je suis fumeur » ; « je parle de préservatif, larges n’émergent.
à peu comme des « sas », des passerelles alors que je n’en ai pas utilisé » ou bien
entre le monde adulte et celui des à vouloir à tout prix aider l’autre dans Les enjeux ou questions futures
jeunes, entre le monde des enseignants ses difficultés. Il peut aussi être mis à de l’éducation par les pairs
et celui des collégiens-lycéens. Au lycée, l’écart de la communauté jeune, du fait Si actuellement une dynamique se
ces « groupes de pairs » peuvent prendre de son nouveau rôle, les autres le défi- crée autour de l’éducation par les pairs,
une place importante à côté des comités nissant alors comme un « fayot » ou bien celle-ci perdurera-t-elle et s’inscrira-
d’éducation à la santé et à la citoyenneté un « bouffon ». Dans toutes ces situa- t-elle durablement comme une « nou-
(CESC) et des conseils de la vie lycéenne. tions, le rôle de l’adulte est primordial. velle » pratique pédagogique complé-
Il ne doit pas s’effacer du programme mentaire aux autres stratégies de
Limites de l’éducation ni chercher à infiltrer le « milieu jeune », prévention ? Permettra-t-elle une partici-
par les pairs mais protéger, garantir aux jeunes pairs pation accrue des jeunes à l’élaboration
En dépit de ce tableau idyllique, la leur identité, leur permettre de rester des programmes de santé qui les concer-
mise en œuvre de programmes d’édu- eux-mêmes, veiller à ce que leur statut nent ? (11). S’il est difficile d’anticiper les
cation par les pairs est une démarche ne les marginalise pas. Les adultes doi- réponses, l’éducation à la santé par les
exigeante, tant pour le jeune pair que vent être avant tout « des référents ». Il pairs pose en fait un enjeu majeur de
pour les professionnels référents et s’agit donc là d’établir un code société : celui de la place, de la valeur,
concernés. Elle peut bousculer tant les déontologique. de la confiance et de la reconnaissance
pratiques pédagogiques existantes que sociale que nous souhaitons accorder à
les rapports de pouvoir, notamment Du côté des adultes, le risque d’ins- la jeunesse aujourd’hui. L’éducation par
dans les relations adultes-jeunes (lire trumentalisation des groupes de jeunes les pairs, par le développement d’ac-
les articles de J.-C. Azorin p. 27 et pairs peut exister (le fait, par exemple, tions au niveau local et par son inscrip-
F. Chobeaux p. 15). de leur demander de traiter des thèmes tion dans les politiques de santé des
de santé qui a priori ne les intéressent jeunes peut constituer un premier pas
Du côté du jeune pair, le risque pas). Autre risque : vouloir définir les vers cette reconnaissance et un moyen
consiste à vivre la prévention comme actions à la place des jeunes et refuser de réduire la distance entre la société
un acte de « militantisme », en cherchant de perdre son positionnement d’éduca- française et sa jeunesse.
à convaincre à tout prix les autres pairs teur pour celui d’accompagnateur. Ce
du bien-fondé de leur action ; risque passage est pourtant nécessaire car il Éric Le Grand
aussi, si l’action se déroule en milieu permet le développement de l’autono- Sociologue,
scolaire, d’être considéré comme étant mie des jeunes. Les adultes peuvent consultant en promotion de la santé.
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p. 73-85. http://www.cairn.info/revue-agora- (8) Glossaire des termes techniques en santé cairn.info/revue-sante-publique-2004-1-
debats-jeunesses-2010-3-page-73.htm publique de la Commission européenne. En page-75.htm
14 LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012
L’éducation par les pairs :
attentes et limites
L’éducation par les pairs présente un intérêt indéniable pour l’éducation à la santé des
adolescents et des jeunes adultes. Elle a été largement développée et mise en œuvre,
notamment par les personnes atteintes du VIH-sida, les usagers de drogues et d’autres
groupes : des personnes directement concernées qui sont intervenues en tant que pairs…
auprès de leurs pairs. Mais ce n’est pas non plus une recette miracle, et elle ne doit pas
provoquer un désengagement des adultes par rapport à leurs responsabilités d’interpel-
lation, d’écoute et de soutien.
sexuel, l’action par des usagers de dro-
gues en milieu d’usagers, l’action plus
récente en milieux festifs liés à la
culture techno (Aides, ActUp, Techno
Plus, Asud, etc.). Des personnes direc-
tement concernées, pensant qu’elles
ont un pas d’avance sur la conscience
des choses, interviennent en tant que
pairs auprès de leurs pairs. Elles pré-
sentent tous les signes d’appartenance
au milieu, parfois ses marques de mala-
dies, et sont reconnues à ce titre. Leurs
discours ne sont pas interdictifs ; ils se
situent dans le large cadre de la réduc-
tion des risques, de leur gestion
raisonnée.
La seconde source est issue de l’ac-
tion humanitaire internationale, avec la
volonté légitime de soutenir l’émer-
gence de dynamiques collectives et
L’éducation par les pairs a le vent en pédagogies coopératives, dans le communautaires dans les actions d’ur-
poupe. Ce dossier de La Santé de champ de l’animation à l’éducation gence humanitaire et d’aide au déve-
l’homme, ainsi qu’une rapide recherche populaire, dans celui de l’action sociale loppement. Une part de ces actions
sur Internet (écrire « peer education ») aux actions dites collectives, coopéra- porte sur le développement de compé-
montre son actualité. Et comment ne tives, communautaires. On a connu tences de personnes-relais, et parmi
pas y avoir pensé plus tôt ? Les pairs ne aussi les « grands frères » et les dérives celles-ci d’enfants et d’adolescents : la
sont-ils pas les meilleurs interlocuteurs éducatives et sociales de cette peer education est là. On ne discutera
de leurs pairs, donc les meilleurs vec- démarche1. Immenses domaines. pas ici des réalités complexes de ces
teurs de bonnes pratiques ? Voici de dynamiques, simplement de leurs
façon raccourcie le principe qui fonde Aux origines : mobilisations bases théoriques.
cette dynamique. communautaires et action
humanitaire Être pair : un positionnement
L’analyse ne portera ici que sur deux Deux sources me semblent identi- difficile et mouvant
aspects de la vaste question posée : fiables, qui alimentent actuellement Voici alors que s’expérimentent, en
celui des pairs enfants et adolescents, nos pratiques éducatives avec des France, des actions d’éducation à la
avec un centrage sur les questions de enfants et des adolescents. santé par les pairs à l’adolescence,
santé. Ceci parce que l’éducation par appuyées sur ces deux ancrages histo-
les pairs, dans une lecture large, ren- La première vient des mobilisations riques et pragmatiques. Et voici que la
voie dans le champ de la santé aux communautaires liées à la prévention machine à penser s’accélère, prenant
démarches de santé communautaire, de la diffusion du VIH. L’action par des pour acquis et évident ce qui ne l’est
dans le champ de l’enseignement aux militants homosexuels en milieu homo- pas tant que cela. Mon engagement
LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012 15
peine de savoir qui ils sont. Une solu-
tion médiane consiste à identifier non
pas les « gentils » volontaires, toujours
prêts à relayer la parole adulte, mais les
leaders existants, et à les accompagner
alors dans leur évolution qui peut être
porteuse d’identification pour le
groupe. Et revoici l’histoire de Aides,
Asud et Techno Plus. Donc procéder
plus par une identification de ceux à
soutenir que par des offres vers ceux à
former.
Responsabilité des adultes
et contexte culturel français
Resteront deux questions, l’une édu-
cative et l’autre sociétale et culturelle.
Porter attention à l’éducation à la santé
par les pairs à l’adolescence ne doit pas
décharger les adultes de leurs respon-
sabilités d’interpellation, d’écoute, de
soutien. On peut même penser que si
des pairs sont actifs, cela donnera
personnel, professionnel, dans des qui le maintient pair sans le faire exté- encore plus de travail à des adultes
actions éducatives conduites auprès rieur ? Quels degrés de similitude sont attentifs.
d’adolescents et de jeunes adultes, nécessaires, quels autres sont néfastes,
ayant à voir avec la santé, croisant les ou en trop, ou en pas assez ? Les contextes culturels disent peut-
questions de la prévention collective Et il y a toujours, sous-jacent, le risque être aussi les limites françaises de la
par les pairs, conduit à formuler du « pair-oquet ». Jeune sympathique, démarche. L’éducation par les pairs
quelques réserves qui viennent relativi- dynamique, prêt à toutes les bonnes telle que nous la connaissons est née
ser les aspects peut-être magiques du actions, il devient le porteur de la parole dans la culture anglo-saxonne modelée
principe2. sensée des adultes et en relaie les par le protestantisme. Dans ce cadre,
bonnes pratiques. Souvent, sa seule pai- l’individu est collectif, et cette collecti-
Il ressort de ces observations que la ritude est son âge, et cela y suffit-il ? vité est responsable de ce qu’elle fait
mobilisation collective issue de l’in- Si le pair est totalement comme moi, car Dieu ne peut pas tout. Alors que la
fluence de quelques-uns ne dure qu’un que peut-il m’apporter ? Mais s’il sait et France est principalement de culture
temps, celui du traitement de la ques- s’il dit des choses pas comme moi, est-il catholique, avec en conséquence la
tion posée. Il n’y a pas ensuite de conti- encore moi ? Est-il alors mon pair ? Et construction d’un rapport direct entre
nuation, ni de transferts sur d’autres en langage adolescent, s’il me bom- la personne et son Créateur, sans une
questions. Du moins pas automatique- barde de bonnes pratiques bien telle importance de la collectivité. S’al-
ment. Il en ressort également que l’at- apprises de l’infirmière scolaire, c’est lient ici les effets culturels de l’indivi-
tention positive à ses pairs n’a rien un bouffon, pas un pair… mais un dualisation catholique, la conception
d’automatique. Plus les situations sont « pair-oquet ». de la République mère de tous ses
complexes et perçues comme dange- La place du pair serait alors plus un enfants, la construction jacobine de la
reuses, plus elles se réduisent à un entre-deux entre le message et son des- décision politique, pour rendre plus
« chacun pour soi » dans une illusion tinataire, celle d’un passeur, plus que difficile la promotion de pratiques col-
auto-protectrice de dernier recours, en celle d’un porte-parole. Un « juste lectives participatives et émergentes,
dehors des adeptes convaincus d’un comme moi-pas complètement comme car chez nous l’éducation par les pairs
avenir meilleur toujours possible à moi » qui sait travailler sur ce subtil n’est pas – encore ? – culturelle, elle
construire ensemble. décalage. reste programmatique.
Mais, au-delà de ces questions, au Revenons sur l’âge particulier de François Chobeaux
fond, il ressort une question centrale l’adolescence. On sait que le groupe, Responsable du secteur Jeunesse,
sur la notion même de pairitude, qui les groupes d’appartenance sont essen- Centres d’entraînement aux méthodes
interroge la notion même de pair. tiels et que nombre de conformismes d’éducation active (Ceméa).
juvéniles trouvent là leurs sources, en
Du pair au passeur : bien et en moins bien. Il est alors plus
pour un subtil décalage pertinent de chercher les moyens d’agir 1. Clientélisme, reproduction sexuée des rapports de
Le pair est dit ainsi car il est sur les dynamiques internes collectives force, idéologie familialiste, enfermement culturel et
« comme ». Mais s’il est comme, com- de ces groupes par l’action éducative ethnique, etc.
2. Chobeaux F. La prévention par les pairs : attentes et
ment peut-il être différent ? Comment que par la tentative d’y introduire des limites. Le Courrier des addictions, 2011, vol. 13,
se travaille alors le décalage nécessaire agents modificateurs, alors bien en n° 3 : p. 13-14.
16 LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012
Place de l’éducation par les pairs
dans la santé des jeunes
Que disent les études scientifiques sur l’éducation par les pairs ? Une expertise collective de
l’Inserm a passé en revue les études scientifiques au niveau international. Elle inscrit cette
stratégie comme complémentaire des autres méthodes de prévention traditionnelles.
En France, l’Inserm a publié, en juin supervision effective pendant toute la tions et leur capacité à communiquer
2001, une expertise collective sur le durée du processus, de manière à évi- avec les élèves et aussi avec les adultes.
thème : Éducation pour la santé des ter les dérapages des pairs ou leur mise
jeunes : démarches et méthodes. La en difficulté (…) La formation conti- Effets sur les modifications
question de l’éducation par les pairs nue (ou la supervision) des pairs, comportementales des publics
est traitée dans le chapitre intitulé « À apparaissent indispensables ». Les Les experts soulignent « le manque
propos des démarches participatives adultes aussi doivent être formés : en d’évaluations quantitatives formali-
en éducation pour la santé et de effet, on leur demande des « ajuste- sées et rigoureuses permettant d’appor-
quelques supports ». À partir d’ana- ments importants » afin d’accorder aux ter un éclairage sur les effets sur les
lyses d’études scientifiques au niveau élèves des responsabilités accrues. comportements » des jeunes qui béné-
international, l’Inserm précise certains L’expertise souligne l’intérêt d’un ficient de cette éducation par les pairs.
points qui gardent – bien que datant observateur externe pour aider à ana- Même prudence pour toute comparai-
de 2001 – toute leur pertinence au lyser la situation. son entre l’efficacité des pairs et les
regard des articles présents dans ce professionnels : « L’analyse de la litté-
dossier de La Santé de l’homme. L’ex- L’un des obstacles majeurs pointé rature ne fournit pas de preuve de la
pertise précise tout d’abord que par l’Inserm – et par ailleurs souligné “supériorité” des programmes animés
« Parmi les démarches qui ont tenté de par de nombreux auteurs de ce dos- par des pairs éducateurs par rapport
renforcer la position des élèves en tant sier – est la difficulté de pérenniser ce aux interventions menées par des
qu’acteurs de l’éducation et de la pro- type de programme : « Un enjeu fon- adultes », même si par ailleurs, le fait
motion de la santé, les approches par damental, en particulier pour les pra- que ce soit un jeune qui mène l’action
les pairs (…) ne constituent qu’une ticiens du milieu scolaire, consiste en produit des effets positifs dans la
stratégie complémentaire possible et ne la pérennité de tels processus (…) En réception de l’information. « Dans cer-
doivent pas se substituer aux services pratique, seuls quelques articles témoi- taines conditions, dont la première est
professionnels existants ni dédouaner gnent explicitement d’une inscription l’exigence de la formation et de la
les adultes de leurs responsabilités ». dans la durée de l’approche par les supervision, il semble bien cependant
L’Institut souligne aussi l’intérêt pre- pairs », avertit l’Inserm. qu’elles puissent être tout aussi effi-
mier des échanges par les pairs : « Les caces ». Et l’Inserm de conclure : « L’ap-
pairs représentent une importante Effets sur les pairs investis proche par les pairs représente une
source d’information, de soutien, L’un des constats majeurs de cette ressource potentielle qui peut être envi-
d’identification, alors que la commu- expertise est que les « pairs éduqués et sagée en complémentarité, mais cer-
nication avec les adultes est souvent formés » sont les premiers bénéficiaires tainement pas en substitution, des
plus difficile ». de cette démarche. Les effets sont programmes et des responsabilités des
« massivement reconnus ». Premier adultes. Une question primordiale
Recommandations bénéfice constaté : « Le sentiment de consiste alors à définir précisément le
Malgré l’importante hétérogénéité développement personnel, de compé- rôle attribué aux jeunes et aussi ses
des programmes, l’Inserm n’en dégage tences générales et d’empowerment » limites ».
pas moins un corpus de constats (…) L’amélioration du sentiment d’es-
convergents : « Tous les auteurs s’ac- time de soi des pairs est relevée à plu- Yves Géry,
cordent pour noter qu’il s’agit d’une sieurs reprises (…), elle constitue l’ap- Rédacteur en chef.
démarche exigeante (…) Le cadre, port personnel le plus souvent évoqué
l’adhésion institutionnelle, les objectifs par les pairs ». Ce sentiment de déve-
et les limites du mandat des jeunes doi- loppement personnel des pairs se tra-
vent être précisément négociés et duit « en termes de confiance en soi, Pour en savoir plus
définis avec les jeunes, mais aussi avec d’affirmation de soi ou d’efficacité Pour consulter l’expertise : www.inserm.fr,
les équipes éducatives (…) Cette personnelle (…) ». Ainsi, les pairs for- puis onglets « Santé publique » puis
approche suppose non seulement une més développent des compétences « Expertises collectives ».
formation initiale mais aussi une relationnelles améliorant leurs rela-
LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012 17
Québec : l’intervention par les pairs
investit la promotion de la santé
Au Québec, l’intervention par les pairs est florissante. Elle est largement développée auprès
des populations stigmatisées : prévention de la transmission du VIH, actions auprès de
populations précarisées, etc. Si ces interventions ont incontestablement permis de renforcer
la participation des publics concernés, les résultats de ces programmes demeurent inégaux.
Deux principaux risques d’échec apparaissent : la non-reconnaissance de l’action du pair et
la difficulté de le recruter.
L’intervention par les pairs s’est lar- La reconnaissance du pair Les champs d’intervention
gement développée au Québec au dans la communauté du pair
cours des dernières décennies. Les L’idée de « pair » n’est pas nouvelle, L’intervention par les pairs s’intègre
savoirs expérientiels des pairs permet- puisque tout le monde est entouré de dans trois grands paradigmes d’inter-
tent de toucher la communauté et de pairs, dans la mesure où le pair désigne vention : l’influence sociale, la res-
soutenir la prévention et la promotion le semblable. Ce caractère du sem- source sociale ou le relais social.
de la santé. Toutefois, les principaux blable s’exprime à travers des fonc-
risques d’échec sont la non-reconnais- tions, des statuts, des rôles, des posi- Influence sociale
sance de l’action du pair et de son rôle tions et des valeurs qui sont similaires. Le paradigme de l’influence sociale
social, ainsi que la difficulté de recruter Ainsi, la notion de pair s’enchâsse constitue certainement le champ d’action
des pairs. Ces interventions ont néan- directement dans la question de l’iden- le plus évident lorsqu’il est question d’in-
moins clairement contribué à bousculer tité, du lien et donc de l’appartenance. tervention par les pairs auprès des
les modèles habituels d’intervention, Mais, la ressemblance dans la fonction, jeunes. La littérature abonde pour pré-
en renforçant particulièrement la parti- le statut, le rôle ou la position ne suffit senter, décrire et évaluer ces modèles
cipation des publics concernés. pas à fixer la notion de pair. Encore d’intervention d’inspiration éducative,
Au Québec, l’intervention par les pairs faut-il associer à cette ressemblance où le rôle du pair est défini autour des
comme stratégie et outil d’intervention une relation suffisamment forte pour mécanismes d’influence qu’il peut utili-
s’est répandue sous de multiples formes, que « l’autre » soit reconnu comme un ser auprès de ses proches, dans une
dans divers champs d’intervention et pair. Dès lors, la notion de pair est une logique de prévention ou de promotion
auprès de publics différents (1, 2). Ce notion dynamique où l’interaction de changements de comportements,
développement s’appuie sur un postulat entre « le soi » et « l’autre » va définir cette d’attitudes et de valeurs. Ce paradigme
originel selon lequel les pairs pourraient ressemblance par la relation entrete- s’appuie sur les perspectives de l’appren-
jouer un rôle spécifique, d’une part en nue. Par conséquent au Québec, la tissage social : il soutient que le pair, par
prévention des difficultés que rencon- notion de pair s’inscrit nécessairement la proximité de sa relation avec son sem-
trent les jeunes ou d’autres populations dans l’idée d’une communauté, que blable, peut jouer un rôle de modèle ou
vulnérables, et d’autre part dans une celle-ci soit attachée à un comporte- être perçu comme tel par celui visé par
dynamique de promotion de change- ment partagé, une difficulté, un trouble l’intervention. Ainsi, au Québec, de
ment de comportements, de valeurs ou ou un mode de vie. nombreux programmes de prévention/
d’attitudes (3). En effet, les champs d’ap- L’approche par les pairs s’appuie promotion auprès des jeunes (sur le
plication de l’intervention par les pairs sur cette dynamique de relation. Le tabagisme, la drogue, la sexualité, le har-
sont vastes et vont de l’éducation à la nouveau rôle endossé par le pair au cèlement/racket) soutiennent des inter-
santé jusqu’à l’insertion sociale. Mais une sein de sa communauté et dans le ventions dans lesquelles les pairs peu-
idée commune les relie : octroyer un cadre d’une intervention permet de vent prendre un rôle actif. L’enjeu de ce
nouveau rôle au pair : celui de médiateur, structurer l’approche et de soutenir sa paradigme demeure celui de leur recru-
de « passeur ». Ainsi, dans le champ de pertinence, son efficacité du point de tement : suffisamment proches des
l’éducation, le pair n’est plus simplement vue de l’action préventive ou de la modes de comportements préconisés,
un étudiant ; dans celui de la santé, un promotion de la santé (4). Cette dyna- mais toujours à proximité des jeunes
malade ou un patient ; dans celui de l’in- mique prend maintenant la forme d’un visés, afin d’être perçus comme des
sertion, une personne exclue ou margi- soutien public réel aux interventions pairs. Les intervenants adultes conser-
nalisée. Ce travail à la construction et à la qualifiées de « par et pour », dans une vent un rôle déterminant pour la défini-
réalisation d’un rôle différent constitue le logique de reconnaissance de la parti- tion du cadre, des objectifs et des moyens
cœur de l’approche de l’intervention par cipation des personnes aux prises d’action en prévention/promotion des
les pairs. avec des difficultés (2). changements de comportements.
18 LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012
Ressource sociale
Le paradigme de la ressource sociale Exemples d’approche par les pairs au Québec
s’ancre plus globalement dans un modèle
de santé où la question des réseaux Institutionnels
sociaux et du soutien social devient une En milieu scolaire (secondaire et collégial) : nombreux projets de supports destinés aux élèves qui
condition nécessaire – mais non suffi- éprouvent des difficultés (prévention du suicide, de la toxicomanie, du harcèlement/racket, etc.).
sante – pour améliorer le mieux-être des Alternatifs
individus. Le rôle du pair se définit autour Groupe d’intervention alternative par les pairs (Giap). En partenariat avec divers organismes
des relations d’entraide, d’échanges qu’il communautaires, prévention de la transmission du VIH, des infections transmissibles sexuellement
entretient pour assurer son bien-être et et par le sang, de l’hépatite C, et réduction des méfaits liés à la toxicomanie chez les jeunes en
celui des autres. Son intervention s’ap- situation de précarité qui fréquentent les quartiers centraux de Montréal. Par le biais de l’empower-
puie alors sur les alliances et la circularité ment, vise la reprise en charge de leur santé globale.
des expériences. Les pairs sont ainsi ins- Service Inter-guide. En partenariat avec divers organismes communautaires, prévention de la
titués comme un groupe, lequel en se criminalité auprès de jeunes issus de communautés ethniques, de leurs familles et d’autres acteurs
créant et en se maintenant devient une d’importance du milieu (intervenants en milieu social, policiers), en s’appuyant sur le concept de
ressource pour l’ensemble de ses « malaise identitaire ».
membres. Empruntée aux modèles d’in- Stella. Une initiative « par et pour » les travailleuses du sexe (tous âges confondus) pour amélio-
tervention développés par les groupes rer leur qualité de vie, sensibiliser et éduquer l’ensemble de la société aux différentes formes et
d’entraide anonymes (AA, NA, etc.), sou- réalités de ce travail, afin que les travailleuses du sexe aient les mêmes droits à la santé et à la
tenue par l’idée du « groupe-commu- sécurité que le reste de la population. Favorise la création de plateformes d’échange sur le travail
nauté », cette approche par les pairs s’est du sexe aux niveaux municipal, provincial, national et international.
diversifiée, passant d’une dynamique de
groupe thérapeutique à une mobilisation
politique en vue d’actions collectives. Au traducteurs des deux mondes, leur conventionnels de l’intervention, en
Québec, ce paradigme est largement action préventive et de promotion vise renforçant la participation des publics
développé auprès des populations stig- à rapprocher les deux univers en agis- concernés par une intervention, du
matisées (personnes souffrant de pro- sant comme des médiateurs ou des type préventif, clinique ou politique.
blèmes de santé mentale, usagers de « passeurs ». Ces interventions exigent
drogues, transsexuels, etc.). In fine, l’en- un dispositif complexe de relations par- Bellot Céline
jeu demeure la circularité de l’interven- tenariales, de reconnaissance mutuelle Professeure agrégée,
tion, qui, si elle constitue un répit pour et d’adaptation perpétuelle (2). La for- responsable de la maîtrise,
les personnes stigmatisées, ne parvient mation et le suivi constants de tels types Jacinthe Rivard
souvent pas à modifier de manière de projets, posés en équilibre entre Chargée de cours,
importante le regard social sur ces per- deux mondes, constituent les défis les coordonnatrice de recherche,
sonnes, confinant de fait les individus plus importants des interventions déve- École de service social,
dans un réseau social étroit dont il est loppées dans ce paradigme. université de Montréal, Québec.
difficile de sortir.
Des résultats inégaux
Relais social Au Québec, l’intervention par les
Références
Le paradigme du relais social a pairs est florissante (voir quelques
émergé plus récemment. Il prend forme exemples dans l’encadré ci-dessus). La bibliographiques
davantage dans un modèle social qui construction de modèles d’action fon- (1) Provencher H., Lagueux L., Harvey D.
tente de trouver de nouvelles façons de dés sur la proximité et sur le savoir Quand le savoir expérientiel influence nos
rebâtir le lien social et les solidarités expérientiel des personnes pour soute- pratiques… l’embauche de pairs aidants à
dans notre société moderne éclatée et nir la prévention et la promotion se titre d’intervenants à l’intérieur des services
fragmentée. Ce paradigme se distingue décline de diverses manières, mais ne de santé mentale. Pratiques de formation –
des deux premiers en s’attardant davan- conduit pas toujours aux résultats Analyses, janvier-juin 2010, n° 58-59 :
tage sur les exigences de la cohabita- escomptés, tant pour le pair que pour p. 155-174.
tion et du mieux vivre ensemble, plutôt la personne aidée. En effet, l’instrumen- (2) Bellot C., Rivard J., Greissler E. L’interven-
que sur une dynamique de rapproche- talisation de ce type d’intervention – tion par les pairs : un outil pour soutenir la
ment des jeunes avec le reste de la par les adultes qui l’ont conçue, le sortie de rue. Criminologie, 2010, vol. 43,
société. Le pair est alors celui qui, en milieu institutionnel qui le chapeaute n° 1 : p. 171-198.
appartenant à des mondes sociaux ou encore le bailleur de fonds qui le (3) Shiner M. Defining peer education. Journal
opposés, différents, construit des pas- finance – la non-reconnaissance de of adolescence, 1999, vol. 22, n° 4 : p 555-
sages symboliques ou réels entre ces l’action et du rôle social du pair, les 556.
mondes. Dans ce paradigme, les pairs difficultés à soutenir le travail de véri- (4) McDonald J., Roche A.-M., Durbridge M.,
sont placés au cœur de dispositifs où tables pairs vivant, eux aussi, des diffi- Skinner N. Peer education: From evidence to
ils vont devoir agir tant dans le monde cultés, la pertinence et l’adéquation de practice. An alcohol and other drugs primer.
de la marginalité dont ils sont proches, la formation des pairs, sont au nombre National Centre for Education and Training on
que dans le monde de la conventiona- des déceptions recensées. Pour autant, Addiction (NCETA), Flinders University, Ade-
lité des services de santé et sociaux ces interventions ont contribué à leur laide, South Australia 2003.
auxquels ils sont rattachés. Véritables manière à refaçonner les modèles
LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012 19
Mission locale de Beaune :
des jeunes sensibilisés
par leurs pairs sur la santé
La mission locale de Beaune en Côte-d’Or a formé une équipe de pairs pour mieux faire
passer l’information et la prévention auprès des jeunes. Une initiative soutenue par le haut-
commissariat à la Jeunesse et aux Solidarités actives.
Depuis novembre 2010, un groupe Éducation par les pairs, politiques territoriales de santé des
de jeunes, encadré par des conseillers partenariat, participation jeunes en situation d’insertion.
de la mission locale de l’arrondisse- La mission locale a retenu trois
ment de Beaune en Côte-d’or, anime modalités essentielles d’action. Le sens du relais santé pour les
un relais santé. L’objectif est d’amélio- jeunes : leur participation doit leur per-
rer l’information sanitaire de leurs pairs L’éducation par les pairs : le relais mettre de progresser dans leur projet
et de les impliquer dans la prévention santé est construit par et pour les professionnel. Aussi, les candidats rete-
et l’éducation à la santé, en s’appuyant jeunes, il est encadré par deux nus ont des perspectives dans les
sur des partenaires identifiés et les élus. conseillères, et des limites sont fixées domaines de la santé, du social ou de
L’expérimentation est soutenue par le pour rester dans le domaine de la trans- l’animation. Les rencontres avec les
haut-commissariat à la Jeunesse et aux mission d’information (et non dans la partenaires, les élus, la dynamique de
Solidarités actives (lire l’encadré résolution de problématiques de santé). construction d’un projet, le sentiment
ci-dessous). La santé est rarement une priorité pour d’être utile, valorisé et reconnu sont
les jeunes usagers des missions locales, complétés par un appui renforcé de la
Le choix a été fait d’utiliser le Ser- d’autant qu’elle touche beaucoup à l’in- mission locale.
vice civique volontaire, d’une part, time, au vécu et qu’elle peut susciter
pour donner à ces jeunes un statut à la certaines appréhensions. Pour les Diagnostic auprès
hauteur de leur engagement citoyen, dépasser, seules des actions conçues de cinq cents jeunes
et, d’autre part, pour assurer la conti- par des jeunes peuvent toucher leurs Dans le cadre du Relais santé jeunes,
nuité de l’action. Pendant la phase homologues. un diagnostic santé a été réalisé auprès
expérimentale (octobre 2010 à juillet de cinq cents jeunes suivis à la mission
2011), neuf jeunes filles se sont enga- L’implication des élus et des parte- locale de Beaune et dans ses antennes1.
gées à développer le « Relais santé naires : le projet ne vise pas à créer un Il a permis aux douze jeunes filles ayant
jeunes », trois autres ont aujourd’hui pôle santé au sein de la mission locale, animé le relais santé depuis 2010 de
pris la suite. mais incite à la prise en compte par les déterminer les actions de prévention et
d’information à mettre en place.
Jeunes hors du système scolaire : souvent à l’écart Neuf problématiques de santé ont
de la prévention ainsi été identifiées : l’accès aux soins,
le handicap, la sécurité routière, la
Le projet de création du « Relais santé jeunes » a été retenu puis financé par le haut commissariat violence, la sexualité, les addictions, la
à la Jeunesse et aux Solidarités actives au regard d’un triple constat : précarité, les troubles alimentaires, le
les politiques publiques de santé pour la jeunesse s’articulent autour de la protection maternelle mal-être/la dépression. Les jeunes
et infantile pour les tout-petits et la médecine scolaire. Rien n’est organisé pour les jeunes ayant filles relais ont rencontré l’ensemble
quitté l’école alors qu’ils peuvent représenter 20 % de la tranche d’âge des 16-25 ans ; des acteurs du secteur sanitaire et
pour la très grande majorité des jeunes suivis par la mission locale, la santé se résume aux seuls social, tant pour construire un réseau
aspects biologiques et, de ce fait, ils s’estiment en bonne santé. De plus, nombre d’entre eux ont de partenaires que pour s’informer sur
quitté tôt le monde scolaire et n’ont pas forcément bénéficié ou prêté attention aux actions d’infor- les thèmes évoqués précédemment et
mation et de prévention qui pourraient les concerner ; définir avec les professionnels leurs
les conseillers de la mission locale constatent également que l’environnement social et psycho- modalités d’actions. Elles ont réalisé
logique et les comportements (modes de consommation, précarité du travail, vécu de l’adoles- un guide santé sous la forme d’un
cence) sont des freins à l’insertion sociale et professionnelle des jeunes, confrontés – en particulier agenda perpétuel pour les jeunes afin
en milieu rural –, à l’absence ou la faiblesse des réponses au niveau de l’organisation des services de faciliter l’accès à l’information du
de santé. public accueilli en mission locale et
par les professionnels partenaires2.
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Le relais santé a aussi testé différents
processus d’animation autour d’actions
de prévention : théâtre d’improvisation,
animation mono ou multithématique,
exposition itinérante, etc., pour définir
un cadre d’intervention qui réponde au
mieux aux attentes des jeunes. Enfin,
une lettre mensuelle et une page Inter-
net sur un réseau social ont été créées :
la lettre d’information fait vivre le parte-
nariat, et le réseau social permet d’être
en relation directe avec les jeunes.
Des actions de prévention
mises en place
Dans un premier temps, une expo-
sition itinérante, qui consistait à déve-
lopper les neuf thèmes de santé choisis,
a été présentée dans plusieurs lieux,
notamment les missions locales.
Puis des demi-journées de préven-
tion ont été organisées sur trois cantons
(Seurre, Pouilly-en-Auxois et Beaune)
sous la forme d’ateliers. Après ajuste-
ment, les trois jeunes filles relais qui ont
poursuivi le programme ont créé des
ateliers d’animation menés par binôme, naire essentiel dans la rencontre avec Le Relais santé jeunes réalise donc ses
au rythme d’une demi-journée par mois les jeunes. Le retour des ateliers nous objectifs de répondre aux besoins,
sur un thème donné, et sur tous les montre que les jeunes posent plus faci- connus ou inconnus, des jeunes de la
cantons (Beaune, Nuits-Saint-Georges, lement des questions sur leur santé à mission locale tout en associant les par-
Seurre, Saint-Jean-de-Losne, Pouilly- leurs pairs plutôt qu’à des adultes. tenaires et les élus. Par cette approche
en-Auxois, Arnay-le-Duc) afin de tou- d’éducation par les pairs, il crée une
cher un plus grand nombre de jeunes. Le principal obstacle rencontré dans dynamique territoriale qu’il aurait été
le fonctionnement du relais santé est la plus difficile à mettre en œuvre de façon
Les ateliers, souvent co-animés par mobilisation des jeunes, fragile pour plus institutionnelle. Il montre aussi de
des professionnels, ont été construits de plusieurs raisons : difficultés de mobi- manière forte que les jeunes peuvent et
façon ludique et interactive. Ainsi, un jeu lité, communication à développer, etc. savent s’engager. Enfin, au-delà de l’ana-
basé sur des questions/réponses a été Néanmoins, les jeunes présents jugent lyse des porteurs de projet, ce pro-
créé pour l’atelier sur les addictions et le positivement les différentes actions gramme d’éducation par les pairs a été
mal-être ; un parcours avec des pan- proposées, ils en sont demandeurs, évalué en externe, et les résultats seront
neaux de signalisation a été réalisé pour notamment dans les cantons où ils sont publiés au dernier trimestre 2012.
la sécurité routière. Les thèmes abordés plus isolés. Pour la plupart, les quelques
pendant l’année 2011-2012 ont été : la heures passées avec les animatrices du Béatrice Bourgeois, Marie Clerc,
sécurité routière, la sexualité, la préca- relais santé leur ont apporté de nou- Marion Noirot
rité, les addictions, le mal-être et le han- velles connaissances (sur le handicap, Animatrices,
dicap. Le choix des ateliers est validé par la sexualité, l’importance d’une alimen- Béatrice Certain, Barbara Clerc
un Groupe d’animation jeunes et un tation équilibrée, etc.). Référentes,
comité de pilotage3. Relais santé jeunes, Beaune.
Au niveau financier, au-delà de la
Quel avenir pour le Relais santé participation de l’ensemble des cent
jeunes ? quatre-vingt-quatorze communes de 1. Sur la base d’un questionnaire élaboré avec la
caisse primaire d’Assurance Maladie puis partagé
Dans une optique de pérennisation l’arrondissement au financement de la avec les élus et les partenaires lors du comité de pilo-
du dispositif, les pairs vont bénéficier mission locale, le projet reçoit, pour son tage (via quatre réunions sur le territoire).
2. Le contenu du « Guide santé » a été collecté par les
d’une formation en interne. Les anima- fonctionnement, le soutien de l’agence animatrices du relais santé auprès des professionnels
trices du relais santé formeront aussi régionale de santé. D’autres partenaires de la santé et du social de l’arrondissement de
tout nouveau pair pour assurer la conti- se sont associés sur des projets et théma- Beaune.
3. Le Groupe d’animation jeunes permet de vérifier
nuité du dispositif. tiques spécifiques (Mildt, Fondation que les thèmes correspondent aux attentes des jeunes.
Dexia, etc.). La négociation en cours Il a pour but de partager, échanger et interagir sur la
Nous avons constaté que les profes- d’un contrat local de santé devrait per- façon de promouvoir et de prévenir la santé par les
pairs. Il se fonde sur le même principe que le comité
sionnels et les organisations territoriales mettre d’inscrire le Relais santé jeunes de pilotage qui permet aux partenaires et aux élus de
considèrent ce relais comme un parte- dans la politique territoriale de santé. travailler avec les membres du « Relais santé jeunes ».
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Des « correspondants santé »
dans les lycées des Côtes-d’Armor
Dans le département des Côtes-d’Armor, durant l’année scolaire 2011-2012, quarante
lycéens « correspondants santé » ont été formés pour faire passer l’information en matière
de prévention et d’accès aux soins auprès de leurs pairs. Le rôle de l’animatrice santé, qui
a assuré le suivi et le lien entre les lycéens, les correspondants santé et l’équipe éducative,
a été essentiel.
La Maison des adolescents des Côtes- travail en commun entre équipes éduca- accompagne les jeunes correspondants,
d’Armor a expérimenté, de septembre tives et correspondants santé2, avec un diffuse des connaissances, apporte son
2010 à mars 2012, un dispositif de « cor- double objectif : faire connaître les ser- concours à la réflexion, favorise l’expres-
respondants santé » dans une dizaine de vices ressources3 et diffuser par et entre sion des jeunes – tout en les modérant
lycées du département. Cette expéri- pairs l’information en prévention pour un peu si nécessaire –, joue le rôle de
mentation, financée par la Mission d’ani- que les jeunes se l’approprient. catalyseur des échanges entre jeunes et
mation du fonds d’expérimentation jeu- « Tu me dis, j’oublie. Tu m’enseignes, adultes, etc. Elle est extérieure à l’établis-
nesse (MAFEJ), prend appui sur le livre je me souviens. Tu m’impliques, j’ap- sement, ce qui facilite une certaine neu-
vert Reconnaître la valeur de la jeunesse prends », disait Benjamin Franklin ; le tralité et rend l’action pérenne. C’est elle
(lire l’article d’A. Pretari et M. Valdenaire réseau de correspondants santé posi- qui instaure des temps d’échange d’égal
p. 32) qui stipule la nécessité de mettre tionne les jeunes comme sujets et non à égal avec les infirmières, CPE, assistants
en œuvre des relais de prévention dans comme cibles passives d’un message de sociaux. La confiance des jeunes envers
le domaine de la santé. Il fallait effective- prévention standardisé, ne prenant en l’équipe éducative s’en est trouvée ren-
ment commencer par reconnaître aux compte ni leur singularité ni l’environ- forcée. Et quelques élèves ont par la suite
jeunes de la valeur, des compétences et nement territorial et social. L’expérimen- sollicité un membre de cette équipe pour
de l’énergie pour bâtir en confiance, et tation a permis de constater que les des demandes personnelles.
avec eux, un projet innovant. jeunes sont sensibles à l’instauration Les prérogatives des correspondants
d’échanges durables et à la prise en santé ont été définies et des limites
Inciter les jeunes à consulter compte de leur opinion. Ils tiennent éga- posées. Ainsi, toutes les précautions ont
les services compétents lement à proposer des actions et à se été prises pour qu’ils restent dans leur
Force est de constater que les articles faire les porte-parole d’autres lycéens. rôle de vecteur d’information, ne se trou-
publiés dans la presse, les flyers, affi- C’est ainsi que des expositions, cinés- vent jamais en difficulté par rapport à
chettes, actions et sites Web d’informa- débats ont pu être organisés parmi une demande particulière d’un autre
tion de prévention en santé – qui ne font d’autres activités (ouverture d’un point jeune. En effet, ils n’ont pas à endosser
pourtant pas défaut – ont leurs limites info-santé, présentation d’outils particu- le rôle de sentinelle et doivent impérati-
en termes d’efficacité. De surcroît, le liers, visites de services, etc.). vement réorienter une demande d’aide
taux de suicide enregistré en Bretagne Les dix lycées sollicités ont décidé de individuelle vers les professionnels de
se situe à des niveaux particulièrement participer à cette expérimentation4. En l’établissement. L’animatrice santé a par-
élevés depuis un certain nombre d’an- deux ans, soixante jeunes se sont enga- ticulièrement veillé à conserver ce
nées (tout comme au niveau national), gés comme correspondants santé, majo- positionnement.
en particulier chez les 15-24 ans1. Pour ritairement des internes, disponibles
rendre les jeunes acteurs de leur santé, pour des rencontres mensuelles (hors Une charte d’engagement
un réseau de lycéens « correspondants heures de cours). Le réseau s’est étoffé partagé
santé » a été mis en place en Côtes-d’Ar- et partiellement renouvelé d’une année Pour formaliser l’engagement et
mor. Il a pour mission d’atténuer en sur l’autre : ainsi environ quarante cor- cadrer les échanges, une Charte du cor-
nombre et en gravité les comportements respondants santé étaient en fonction respondant santé5 a été élaborée. Des
à risques, amener les jeunes en difficulté lors de l’année scolaire 2011-2012, pour outils d’échange et de suivi ont été mis
à identifier leurs besoins, les guider pour un public bénéficiaire d’environ cinq en place. Les professionnels ressources
repérer et solliciter les différents services mille cinq cents élèves. ont été repérés au sein de chaque éta-
mis à leur disposition. blissement. Les fondamentaux avant
L’animatrice de santé : médiatrice toute intervention ont été rappelés : dia-
Dans certains cas, le plus convaincant La clé de voûte du projet réside dans logue avec leur famille, le médecin trai-
des prescripteurs pour un jeune c’est l’un la relation de confiance tripartite entre tant, etc. Dans un second temps, les
de ses pairs. Pour actionner ce levier, la l’animatrice de santé, les élèves et correspondants santé ont bénéficié de
Maison des adolescents a fait le pari d’un l’équipe éducative. L’animatrice de santé modules d’information pour améliorer
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leur connaissance des services et profes- professionnels des lycées (visite chez à compter de septembre 2012. L’objectif
sionnels ressources (santé, social, orien- l’infirmière, rencontre de l’assistante sera de continuer à capitaliser l’expé-
tation, etc.). Un carnet de bord réunit sociale), mais aussi en termes de prise en rience du projet et peut-être même de le
toutes ces informations. Échanges et compte des « problématiques de santé » développer encore.
suggestions sont consignés par écrit et que les correspondants santé pouvaient
un point périodique est effectué. Le dès lors mieux percevoir par leur dialo- Daniel Merrien
réseau de correspondants santé s’est gue avec d’autres jeunes. Dans certains Coordinateur,
également appuyé sur l’utilisation des établissements, un « espace santé » a été Svetlana Riverain
nouveaux médias : page Facebook, créé et animé par les jeunes eux-mêmes. Animatrice santé,
SMS, messagerie Internet. Des campagnes d’information sur la Maison des adolescents, Saint-Brieuc.
contraception d’urgence ont été organi-
Des professionnels davantage sées dans les établissements. Enfin, l’ex-
1. http://orsbretagne.typepad.fr/TB_suicide_2012/
sollicités périmentation a permis de mieux MORTALITE/FICHE-MORTALITE.pdf
Il ressort de l’évaluation qui a été faite connaître les professionnels ressources 2. Une dizaine de lycées publics et privés, d’enseigne-
de ce dispositif par un professionnel extérieurs à l’établissement, les modalités ment général, technique ou professionnel : la très
grande majorité des jeunes y sont scolarisés... on y
extérieur les faits saillants suivants : de prise de rendez-vous en Point accueil trouve notre public !
le rôle de correspondant santé valorise écoute jeunes (PAEJ), les consultations 3. Sanitaires, sociaux, associations, etc.
le potentiel des jeunes et permet d’acti- médicales, etc. 4. Guingamp (lycées Jules-Vernes, Montbareil, Pavie,
Kernilien, Pommerit-Jaudy, Notre-Dame), Saint-
ver les ressources existantes (internes au La période de fin d’expérimentation Brieuc (lycées Marie-Balavenne, Freyssinet, Jean-
lycée et externes) ; est parfois difficile à négocier, particuliè- Moulin), Rostrenen-Centre Bretagne (Lycée Rosa-
Parks).
parmi les difficultés majeures consta- rement lorsqu’émergent de part et 5. La charte du correspondant santé stipule notam-
tées, recueillir l’adhésion des profession- d’autre des souhaits de pérennisation de ment le caractère « volontaire et personnel » de l’enga-
nels tout d’abord, puis des jeunes, l’action. Faute de moyens complémen- gement qui doit être pris pour l’ensemble de l’année
scolaire. La fonction centrale du correspondant santé
réclame du temps. Mais les jeunes volon- taires, le dispositif a été mis en sommeil est de « véhiculer de l’information », surtout il « ne doit
taires se sont par la suite montrés après mars 2012. Des demandes de nou- en aucun cas se substituer aux professionnels (…)
constants ; veaux financements sont en cours pour auxquels il adresse les jeunes qui sollicitent une
aide ». Par ailleurs, il n’est « pas habilité à prendre en
des bénéfices immédiats ont été obser- reprendre ce travail auprès des mêmes charge les problématiques personnelles qui pour-
vés : une plus importante sollicitation des établissements afin de réactiver le réseau raient lui être exposées. »
Une expérience européenne
d’éducation par les pairs
auprès d’adolescents
Dans les Alpes-Maritimes, trente- locale d’Imperia (Ligurie, Italie) et Paca, le conseil géné-
trois jeunes pairs ont été formés à la l’Agence sanitaire locale d’Alba/Bra ral des Alpes-Mari-
prévention des conduites à risques, (Piémont, Italie), et a été mis en œuvre times, l’agence régio-
dans le cadre d’un programme euro- en parallèle avec un programme de nale de santé et la
péen. L’accent a notamment été mis coopération européenne Interreg Mutualité française
sur la formation des pairs, fortement impliquant l’agence sanitaire locale de Paca.
Support de prévention
épaulés par des adultes référents. Verbania (Piémont, Italie) et l’université
créé par les éducateurs
L’évaluation souligne l’intérêt de la des Sciences appliquées de la Suisse Le programme avec les pairs du lycée
démarche, sans occulter les difficul- italienne (SUPSI) de Lugano (Canton de vise la prévention du Pierre-et-Marie-Curie.
tés rencontrées. Tessin, Suisse). mal-être et des com-
portements à risques auprès de groupes
De septembre 2009 à mars 20121, le Objectif : prévention d’adolescents, dans le cadre scolaire ou
programme intitulé « Peer education » a des comportements à risques hors scolaire, avec la participation de
été mis en place dans les Alpes-Mari- Ce programme est né de la volonté pairs. Quatre structures d’accueil : le
times par la Mutualité française Pro- des différents partenaires européens collège Roland-Garros et l’association
vence–Alpes–Côte d’Azur (Paca) d’échanger sur leurs pratiques en pro- La Semeuse à Nice, le lycée Pierre-et-
auprès d’adolescents de 13 à 18 ans, en motion de la santé et de mettre en place Marie-Curie à Menton, la MJC « Centre
milieu scolaire et hors scolaire. Il s’est des actions communes de prévention social » Ranguin à Cannes, ont souhaité
déroulé dans le cadre du programme des conduites à risques chez l’adoles- s’engager et désigné des adultes réfé-
de coopération européenne Alcotra, en cent. En France, il a été financé par rents du projet, chargés de l’accompa-
partenariat avec l’Agence sanitaire l’Union européenne, le conseil régional gnement du groupe de pairs.
LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012 23
gramme avec les attentes des pairs et le
fonctionnement des structures d’ac-
cueil ; 2) l’acquisition de savoirs par les
pairs (habiletés psychosociales, notam-
ment) ; 3) la satisfaction des pairs et des
jeunes bénéficiaires quant aux activités
proposées. Ces résultats ont permis de
vérifier l’adéquation du programme au
projet pédagogique des établissements
scolaires et aux missions des structures
non scolaires.
L’implication continue des jeunes a
été rendue possible grâce aux liens
créés avec les adultes impliqués et ceux
tissés au sein même du groupe de
jeunes pairs. Les activités se sont ryth-
mées selon leurs besoins et leurs envies
et la nouveauté des situations a contri-
bué à maintenir leur intérêt au projet.
En milieu scolaire, le soutien de l’éta-
blissement aux actions menées par les
Le programme s’est déroulé en six sur le thème d’intervention, en pré- éducateurs par les pairs a particulière-
étapes : sence des référents adultes ; ment permis d’asseoir leur légitimité
la formation des adultes référents des des échanges entre pairs : trois auprès du public.
quatre structures d’accueil sur la métho- moments d’échange et de réflexion
dologie d’éducation par les pairs et ses entre pairs français, italiens et suisses S’adapter aux difficultés
modalités de mise en œuvre ; du programme, sur leur rôle et les inter- rencontrées
la mobilisation des pairs volontaires ventions mises en place. Différents ajustements ont été néces-
pour participer au programme ; saires. Le déroulement de la formation
la présentation du programme aux Au total, trente-trois jeunes pairs ont des pairs s’est adapté aux besoins et
parents des pairs volontaires ; été formés et vingt-huit interventions se spécificités de chaque groupe (âge,
la formation, dans chacune des struc- sont déroulées au profit de sept cent expérience, disponibilité) et à l’espace
tures d’accueil, des jeunes pairs volon- huit jeunes. confié par les structures d’accueil. Les
taires pour assurer un accompagne- difficultés rencontrées par les pairs lors
ment dans le projet et leur permettre Évaluation : l’importance de leurs interventions ont nécessité, à
d’acquérir les compétences nécessaires de l’adulte référent leur demande, de renforcer leurs
(compétences psychosociales, choix Une évaluation portant sur les connaissances sur certains thèmes de
de la problématique de santé, élabora- conditions de déroulement de l’action santé. Il a, de plus, été constaté que
tion de messages de prévention et créa- et son efficacité a été réalisée par la l’effectif des groupes de pairs et la nou-
tion d’un support de prévention). Selon Mutualité française Paca. veauté des activités avaient une inci-
les groupes, les thèmes choisis ont Parmi les éléments facilitateurs, l’im- dence sur la dynamique de projet dans
porté sur l’alcool, le cannabis, les rela- plication des structures d’accueil parte- la durée. La création d’outils de préven-
tions garçon/fille, la sexualité, l’homo- naires constitue un des éléments de tion a également constitué un élément
sexualité et la cyberaddiction. La durée réussite du projet. Chacune a mobilisé de motivation supplémentaire pour les
de la formation (de quinze à trente- et mis à disposition un adulte référent pairs.
quatre heures) s’est ajustée selon le (professeur, animateur, etc.) pour l’ac-
cadre défini par la structure d’accueil et compagnement des jeunes. La commu- Pairs : une meilleure
la disponibilité des pairs de chaque nication et les liens créés entre les dif- estime d’eux-mêmes
groupe. Ces formations ont été dispen- férents acteurs du projet (adultes/ L’évaluation de la Mutualité fran-
sées par un psychologue social, des institutions/jeunes) ont également for- çaise Paca a mis en évidence la com-
intervenants spécialisés dans les tement facilité la mise en œuvre du plémentarité du programme avec les
domaines de la santé publique, de la programme grâce, par exemple, à la programmes de prévention « plus clas-
création graphique et audiovisuelle ; mise à disposition d’adultes affectés au siques » ainsi qu’avec le programme
la réalisation d’interventions organi- projet, à la communication auprès des scolaire, et l’intérêt pour les bénéfi-
sées et animées par les pairs auprès de parents, à l’intégration du projet dans ciaires d’échanger sur les probléma-
leurs camarades de classe et des jeunes les heures de classe. tiques de santé qui font partie de leur
de leur communauté, à partir des mes- quotidien. En complément, une
sages de prévention élaborés lors de la Acquisition de savoirs recherche2 psychosociale, confiée à
formation. Ces interventions ont sur- par les pairs Jean-Baptiste Clérico, docteur en psy-
tout permis la création d’espaces Les résultats d’enquête ont permis chologie sociale au Centre d’entraîne-
d’échange et de réflexion entre jeunes, de constater : 1) l’adéquation du pro- ment aux méthodes d’éducation active
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(Ceméa) Paca, a permis de mesurer les
effets des activités mises en place sur
l’optimisme comparatif (c’est-à-dire la
tendance à voir son avenir de manière
plus favorable que celui d’autrui), la
Une expérience
norme (ce qui est valorisé positivement
par le groupe) et l’estime de soi des
de « peer education »
pairs et jeunes bénéficiaires des mes-
sages produits par les pairs. Cette
recherche montre que les pairs ont une
en Suisse italienne
meilleure estime d’eux-mêmes que
leurs camarades et surtout qu’ils sont À Lugano en Suisse, une école supérieure socio-
plus conscients des comportements à sanitaire a mené et expérimenté, pendant trois ans, un
risques pour leur santé. Les mêmes
résultats ont été constatés chez les programme d’éducation par les pairs. Des étudiants
bénéficiaires des interventions des édu- volontaires ont été formés pour assumer un rôle de pairs
cateurs par les pairs, mais dans une
moindre mesure. au sein de leur institution et d’autres instituts de la région.
L’éducation par les pairs vient s’ajouter à l’enseignement
Formation et échanges
d’expérience au niveau européen
traditionnel. Les promoteurs tirent de cette expérience
La coopération européenne s’est un bilan globalement positif, sans occulter les difficultés
traduite par :
à surmonter.
– la mise en place de formations com-
munes des acteurs du programme sur
la méthode d’éducation par les pairs ; Dans le cadre du programme Inter- à s’influencer réciproquement, se réa-
– des séminaires d’échanges entre les reg (NDLR : programme de coopération lise à travers la mobilisation de modèles
adultes du programme sur les expé- transfrontalière impliquant plusieurs culturels et de schémas comportemen-
riences menées sur les trois territoires pays de l’Union européenne), entre taux qui touchent profondément l’uni-
Alba/Bra, Imperia (Italie) et Alpes- 2009 et 2012, à Lugano en Suisse, nous vers symbolique et motivationnel des
Maritimes ; avons développé, au sein d’une école adolescents. Dans une telle perspec-
– l’organisation de trois summer schools supérieure formant des jeunes de 16 à tive, si l’adulte perd son rôle et son
à Nice, Verbania et Imperia qui ont été 20 ans aux professions socio-sanitaires, statut de « chef de séance » en raison de
de véritables espaces d’échanges entre un projet d’éducation par les pairs la prise de responsabilité des jeunes,
jeunes pairs italiens, suisses et (appelé aussi « peer education » : PE). son apport en tant qu’expert d’une thé-
français ; En parallèle à la déclinaison locale de matique socio-sanitaire, ou encore
– la valorisation du programme à tra- cette approche de promotion de la comme promoteur des échanges au
vers trois publications ; santé, nous avons entretenu des sein ou en dehors de son établissement
– un congrès final en Italie et en France échanges théoriques et pratiques avec est primordial et nécessaire. En effet,
pour favoriser la reproduction de ce les autres partenaires (Italie : Verbania, les peers communiquent un message,
type de programmes. Alba-Bra et Imperia ; France : Paca). mais les adultes sont les garants des
Suite à cette première expérience, la contenus et des compétences tech-
Mutualité française Paca a été sollicitée Principe de l’éducation niques nécessaires à la bonne réalisa-
par différentes structures, dont le recto- par les pairs suivi dans tion de cette communication.
rat de Nice, pour créer et accompagner le cadre de ce projet
de nouveaux groupes d’éducateurs par Le principe commun à la PE est l’ac- Formation des professionnels
les pairs dans les Alpes-Maritimes ainsi tivation d’un système de passage direct et des pairs
que dans le Var. de connaissances et de compétences Nous avons formé à la peer educa-
entre jeunes. Le but est de les rendre tion une dizaine d’enseignants volon-
Karin Delrieu plus attentifs, actifs et responsables vis- taires qui ont ensuite accompagné les
Coordinatrice régionale de l’Activité à-vis de leur santé et de les inciter à peers et promu le projet au sein de
de prévention et de promotion de la santé, développer leur bien-être. Principale- l’école. Suite à la candidature sponta-
Adeline Priez ment, il s’agit d’une approche éduca- née d’un grand nombre de jeunes (glo-
Coordinatrice Santé publique, tive qui prône la communication hori- balement environ une centaine), nous
Mutualité française Paca. zontale et la réciprocité, et par avons travaillé sur le choix des théma-
conséquence rend les interactions plus tiques de santé (celles-ci ont porté sur :
1. L’expérience de coopération européenne s’est arrê- fluides et émotionnellement plus la vie affective et sexuelle ; la santé glo-
tée en mars 2012, mais le programme d’éducation par
les pairs doit être renouvelé pour l’année scolaire « complices », créant ainsi un climat bale et la citoyenneté) et sur le déve-
2012-2013 grâce à des cofinancements de l’agence moins contraignant. Ce processus par- loppement de compétences néces-
régionale de santé. ticipatif de développement personnel saires à l’animation et à la gestion de
2. Mutualité française Paca, Ceméa, évaluation des
effets du programme Alcotra du projet « Peer educa- et de groupe, qui définit les jeunes groupes de pairs. Pendant cette phase,
tion ». comme acteurs principaux et les invite les quatre séminaires organisés, réunis-
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les emplois du temps liés à enseigne-
ment, stage et examens laissent peu de
temps disponible aux formations et aux
activités des peers ;
l’assimilation de l’éducation par les
pairs dans la logique purement scolaire
est à éviter ;
pour les enseignants : la crainte de ne
pas pouvoir contrôler la transmission
des savoirs au sein de la classe, une fois
la gestion de celle-ci confiée à des
peers ;
le risque que l’établissement scolaire
puisse confier aux peers des tâches
visant le maintien de l’ordre institution-
nel, ce qui les assimilerait au corps
enseignant.
Enfin, une autre difficulté a été poin-
tée, celle d’abandonner la logique de
l’évaluation méritocratique de toute
activité didactique, pour que la PE soit
idéalement ouverte à tout le monde
au-delà de la réussite scolaire.
En conclusion de cette expérience,
nous pensons que les programmes de
peer education peuvent contribuer à
rajeunir et à dynamiser le système sco-
laire par un renouvellement des pra-
sant pairs et enseignants des différents développement de leurs compétences tiques pédagogiques et méthodolo-
partenaires du réseau européen, ont eu sociales, relationnelles et communica- giques des enseignants. Ces pro-
un rôle fondamental – avec notamment tives pour la gestion des groupes de grammes de PE, s’ils évitent les difficul-
des échanges internationaux – pour pairs a effectivement été reconnu et tés évoquées précédemment, peuvent
approfondir la formation sur des confir mé par les résultats de permettre et offrir la possibilité d’une
thèmes spécifiques (affectivité, l’évaluation. meilleure coparticipation aux proces-
consommation, citoyenneté) à travers sus décisionnels de l’établissement sco-
des techniques particulières (gra- Les étudiants bénéficiant de l’inter- laire, tout en améliorant le potentiel
phisme, vidéo et théâtre). vention des peers ont profité de figures d’influence positive entre jeunes.
plus accessibles que les adultes pour
Retour d’expérience dialoguer sur des questions sensibles et Au stade actuel et à la lumière de
Tout au long du projet, nous avons délicates. L’amélioration du climat de l’expérience entamée, nous sommes en
utilisé un dispositif d’évaluation conçu l’Institut – la cohésion et le sens d’ap- train de relancer le projet sur une
par la Faculté de sciences de la forma- partenance au sein de la communauté échelle plus étendue, notamment nous
tion de l’université de Catane en Sicile. scolaire – a été aussi évoquée et per- nous intéressons aux contextes infor-
Ce dispositif visait plus particulière- çue. Du point de vue des professeurs, mels de l’agrégation juvénile (tels que
ment à évaluer les effets de cette expé- le projet leur a permis de remplir un les places, les rues, les centres récréa-
rience formative auprès des jeunes rôle éducatif « autre », lequel a donné tifs, les lieux de loisirs plus fréquentés
impliqués. De plus, notre équipe a lieu à de nouvelles formes de relations par les adolescents). Développer la
rédigé un carnet de bord pour accom- avec les peers, et a parfois stimulé une méthodologie de la PE dans ces nou-
pagner le processus de réalisation du remise en cause (ou un ajustement) de veaux territoires va, à notre avis, contri-
projet de façon réflexive. Le bilan de la didactique de l’enseignement. buer d’une façon significative à la pro-
cette expérience, très riche sur diffé- motion de la santé et du bien-être des
rents plans, comporte des éléments Cependant, la principale critique nouvelles générations.
positifs, comme aussi des points pro- formulée a été la difficulté de concilier
blématiques qu’il est important de une telle approche avec le « système Fulvio Poletti
mentionner. scolaire ». L’évaluation a cependant mis Pédagogue, professeur,
en exergue la difficulté de concilier Laura Bertini
L’enthousiasme des peers pour la cette approche de peer education avec Anthropologue, assistante,
reconnaissance sociale de leur rôle l’a le « système scolaire ». À savoir, nous département Santé,
emporté, ceci entraînant aussi une pouvons évoquer les problématiques Haute École professionnelle
amélioration de leur estime de soi. Le suivantes : de la Suisse italienne (SUPSI), Suisse.
26 LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012
Face à l’éducation par les pairs,
quel positionnement
pour les adultes référents ?
Le centre de recherches Epidaure, à Montpellier, a développé un programme « P2P : la
santé de pair à pair » qui mobilise jeunes et professionnels dans une démarche de pré-
vention. Le positionnement de l’adulte, de l’expert, donc du référent, a tout particulière-
ment été interrogé dans ce programme lors de son évaluation, car il tient un rôle central
qui doit être exercé avec une posture éducative très rigoureuse et dans un cadre éthique
très précis.
Les acteurs de prévention espèrent municabilité « originelle », de reprendre plus grand que d’autres influences. Sur
toujours trouver l’entrée pour mieux se l’idée expérimentée, notamment en ce postulat, en 2010-2011 puis en 2011-
faire entendre du public jeune et susciter santé communautaire, dans les 2012, nous avons testé à Epidaure1 la
chez eux les comportements pertinents années 1990 (1), d’une démarche s’ap- pertinence de cette démarche en pro-
par rapport à leur santé. Cependant, puyant sur l’éducation par les pairs. mouvant un programme (P2P : la santé
bien souvent, dès l’instant où le message Cette approche fait intervenir des de pair à pair) d’actions éducatives de
est perçu par l’adolescent comme éma- membres d’un groupe pour introduire jeunes en direction d’autres jeunes, tout
nant d’un adulte prescripteur, quels que des changements d’attitudes chez en portant une attention particulière au
soient le fond et la forme du discours, la d’autres membres du même groupe en positionnement des adultes, experts
partie semble perdue d’avance. posant l’hypothèse que lors de cer- thématiques ou professionnels de
Aussi, la tentation est forte, pour taines étapes de la vie, notamment à l’éducation, impliqués dans un tel dis-
contourner l’obstacle de cette incom- l’adolescence, l’impact des pairs est positif (lire l’encadré ci-contre).
L’évaluation de ce programme a per-
Un programme « de pair à pair » mis d’établir le constat suivant : la
en Languedoc-Roussillon notion de parité (au sens d’égalité)
entre jeunes est difficile à mettre en
Le programme « P2P : la santé de pair à pair » a pour objectif de créer un terrain propice à la œuvre, et il est laborieux d’établir une
prévention des « risques santé » propres aux jeunes, par une approche double (adultes mais aussi relation équilibrée de collaboration
jeunes pairs), en utilisant un dialogue de pair à pair validé. Développé en région Languedoc-Rous- entre jeunes pairs et adultes. En parti-
sillon auprès des jeunes scolarisés de 10 à 18 ans, ce programme a pour ambition d’inscrire les culier, dès l’instant où le jeune est « ini-
jeunes et les professionnels qui les entourent dans une démarche partagée de santé. Il s’est tié » pour informer ses semblables, il
traduit concrètement par la réalisation, par les collégiens et lycéens, d’un outil d’intervention en n’est plus leur égal : en acquérant le
éducation à la santé à destination de leurs pairs. Les jeunes pouvaient interpeller les adultes statut d’expert, il devient un « ex-pair ».
ressources pour les accompagner. Le programme a donc permis de susciter la créativité des De plus, les programmes, dits d’éduca-
jeunes, leur capacité à transmettre des connaissances et promouvoir des attitudes auprès tion par les pairs, sont surtout béné-
d’autres jeunes. La place symbolique, idéologique et physique occupée par les adultes éducateurs fiques aux « pairs-formateurs » (2). On
entourant les jeunes était également interrogée. risque, par un effet pervers, de voir
La première session P2P s’est tenue lors de l’année scolaire 2011-2012. Le programme a été s’élargir le fossé entre celui qui donne
structuré selon trois axes : l’information et celui qui la reçoit, aug-
faire le point sur la santé et les risques en réalisant une enquête auprès de collégiens et lycéens mentant de fait les inégalités.
représentatifs sur cinq départements ;
échanger et se connaître, via une journée de rencontre « de pair à pair » (le 30 mars 2012 à Le mythe de la mise à distance
Epidaure à Montpellier) ; par les jeunes des modèles
agir en mettant en œuvre des actions et/ou des outils et supports innovants, créés avec les dominants
jeunes et, du côté des professionnels, avec la plus large palette d’acteurs de l’éducation pour la Nous avons observé, dans la qualité
santé concernés. et la présentation des productions des
La deuxième session 2012-2013 sera centrée sur la réalisation des actions proposées par les jeunes dans le cadre du programme
jeunes pour les jeunes. P2P 2010-2011, un conformisme à des
approches hygiénistes2 voire morali-
LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012 27
ont exprimé leur lassitude face à la
répétition et à la teneur des messages
de prévention et une certaine réserve
concernant la qualité des actions d’édu-
cation pour la santé mises en place
dans leurs établissements 3. Cela ne
signifie pas pour autant que ces adoles-
cents/élèves ne soient pas en demande
d’intervention de la part de l’adulte/
éducateur (lire le propos de Dominique
Berger dans La Santé de l’homme
n° 419 - mai-juin 2012), mais qu’ils
attendent autre chose. En premier lieu,
ils espèrent des réponses aux questions
qu’ils se posent, et non des prescrip-
tions pour satisfaire aux angoisses de
leur entourage familial ou éducatif.
Ainsi, ils préconisent aux profession-
nels d’interpeller les parents « Expli-
quez-leur ! » pour dédramatiser les
situations, tout en désirant paradoxale-
ment adresser eux-mêmes des mes-
sages « choquants » aux jeunes.
Concrètement, les collégiens souhai-
tent plus de participation à des actions
éducatives faisant appel à leur créativité
et aux nouvelles technologies, mais
réclament aussi des expériences de vie
santes et à des modèles éducatifs teinte et une prise de contrôle mas- en commun (comme des séjours col-
conventionnels ayant montré par quée, le risque est grand pour l’adulte lectifs hors milieu scolaire). Les lycéens
ailleurs leurs limites (3-5). La reprise par d’évoluer aux limites de la démagogie. aspirent quant à eux à la mise à dispo-
les jeunes pairs de telles méthodes ne Cela ne signifie pas pour autant qu’il sition dans leurs établissements de
les rend pas plus efficaces. Imprégné n’ait pas une juste place à prendre et un lieux de rencontre et de parole où ils
d’un déterminisme ambiant, le discours rôle éminent à jouer auprès des jeunes, pourraient accueillir les témoins de la
du « pair », bien souvent, va à l’encontre mais lesquels ? « vraie vie ». Par conséquent, il semble-
du résultat escompté. Parfois même, le rait que les jeunes soient davantage
« pair formé » est perçu, voire se com- Pour des échanges bilatéraux demandeurs d’un « faire ensemble »
porte, comme un « pair-oquet » (6) (lire rééquilibrés plutôt que d’un « faire pour ou à la place
l’article de F. Chobeaux p. 15), perdant Lors de la journée P2P 2011, quatre- de », les adultes étant invités à leurs
ainsi toute pertinence dans le pro- vingt-treize collégiens et lycéens ont côtés, mais cantonnés dans un strict
gramme et tout crédit par rapport à ses été interrogés sur le mode de commu- registre d’expertise et « d’intendance ».
camarades. Enfin, dans les échanges nication qui leur apparaît le plus perti-
exclusifs entre jeunes, on court le nent pour parler de santé. Ils sont 63 % Quels enseignements ?
risque d’une diffusion d’informations à choisir un dispositif où jeunes et Pair à pair : mythe et réalité
non valides et l’enfermement dans une adultes se parlent. Pour préciser leur Sans pouvoir détailler ici tous les
communication circulaire stérile. choix, ils déclarent attendre que l’adulte enseignements issus de l’évaluation, il
fasse part d’une expérience et apporte faut relever l’aspect illusoire d’un sys-
La neutralité chimérique une expertise de contenu. tème de communication construit sur la
de l’adulte seule supposition de relations isomé-
À travers les phénomènes décrits Le modèle de communication triques (équilibrées) entre deux
précédemment se dessine en creux « entre-soi », où les jeunes parlent aux groupes. D’abord parce que cette
l’influence, délibérée ou non, des jeunes, est retenu par 36 % des interro- symétrie apparaît imparfaite, fragile et
adultes dans un dispositif d’éducation gés. Ceux-là justifient leur choix par la instable, et surtout parce qu’on ne peut
par les pairs et leur difficulté à lâcher recherche d’empathie auprès d’autres imaginer qu’elle s’exprime sans le
prise. Pour de multiples raisons, l’édu- jeunes, mais aussi pour certains par le « parasitage » d’éléments extérieurs, fus-
cateur ou le professionnel « respon- refus du conseil moralisateur de sent-ils bienveillants. Le risque étant,
sable » est submergé par des enjeux l’adulte. même sans volonté délibérée de mani-
personnels ou institutionnels qui l’em- pulation, que ce système d’éducation
pêchent réellement de sublimer la L’expert : ni pair, ni père par les pairs soit dévoyé et serve des
recherche de sens des adolescents. Au fil des discussions qui ont eu lieu enjeux étrangers aux principaux inté-
Ainsi, entre un effacement en demi- tout au long du programme, les jeunes ressés, faisant écran à leurs réelles pré-
28 LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012
occupations. On se retrouverait alors part de responsabilité et d’animation codes, réseaux, technologies « embar-
dans une situation paradoxale proche dans une politique de santé publique, quées », ils sont leur meilleure ressource
d’un effet pervers d’étiquetage, dans nécessite de leur accorder une autre pour assurer une démarche d’échange-
laquelle décideurs et professionnels se place dans la société et, pour les adultes négociation-information efficace et
défausseraient sur une population, et professionnels, de porter un autre pertinente (8). À leurs côtés, les profes-
pour lui faire prendre entièrement en regard sur ces adolescents. Donc de sionnels verraient leur mission clarifiée
charge la responsabilité d’un problème rester respectueux de la richesse et de et repositionnée dans un rôle d’accom-
qui la dépasse (lire le dossier Stigmati- la sensibilité des adolescents qui « glo- pagnateur vigilant de leur épanouisse-
sation : quel impact sur la santé ? La balement vont bien mais se sentent sou- ment. Et le concept d’« éducation par
Santé de l’homme n° 419 - mai-juin vent mal traités » (7). Cela implique les pairs »6 s’orienterait alors davantage
2012). En cela, grande est la responsa- également de la part des adultes de vers une approche d’« éducation de pair
bilité des adultes/éducateurs de veiller renoncer à leur positionnement d’édu- à pair ». La parité porterait ainsi sur la
aux conséquences contre-productives, cateur pour passer à un statut d’accom- qualité de la relation entre les différents
voire stigmatisantes, d’entreprises édu- pagnateur, de descendre du piédestal protagonistes (pairs-formateurs, pairs
catives qui, pour des raisons de de l’expert vers un simple rôle de bénéficiaires, adultes, éducateurs,
« parité », se révéleraient inéquitables conseiller. Ces acceptations, loin de experts mais aussi institutionnels, col-
et/ou culpabilisantes. traduire un abandon des responsabili- lectivités territoriales, etc.) du pro-
tés, sont le socle d’une relation équi- gramme. Parce qu’effectivement, il y a
Plus d’éthique et plus de table propice à la co-construction du à apprendre des uns et des autres, par-
politique pour plus d’équité projet éducatif. Pour éviter tout angé- fois hors des cadres formels en des
Afin d’éviter cet écueil, lors de la lisme, il conviendra d’insister sur la lieux diversifiés, les jeunes sont deman-
deuxième session 2011-2012, nous nécessité de faire identifier et recon- deurs d’« expériences » à vivre ou à
avons reconsidéré notre approche pour naître à tous les échelons de la hié- entendre, de contacts concrets, de
interroger les jeunes4, puis les confron- rarchie (d’un établissement scolaire par confrontations. La société devrait pou-
ter à leurs interlocuteurs habituels (à exemple) la teneur du nouveau contrat voir y répondre. Et l’École pourrait être
savoir les équipes éducatives et de moral et co-éducatif instauré afin que un de ces lieux. À condition d’être
santé de leurs établissements) mais soient respectés les engagements de repensée dans son fonctionnement.
aussi aux « professionnels » de préven- chacun.
tion et santé de la région. Par ailleurs, Jean-Christophe Azorin
associer le plus large panel d’acteurs Tout à inventer ? Enseignant,
était une façon de ne pas se défausser Cette réflexion nous invite à propo- Epidaure – Pôle prévention
tout en acceptant la « responsabilité ser, pour l’éducation par les pairs, un du CRLC Val d’Aurelle, Montpellier,
émancipatrice » des jeunes. schéma de fonctionnement reposant Lorène Burcheri
sur une relation de complémentarité de Chargée de projet,
L’adulte attendu… qualité, entre jeunes et adultes. Pour Codes du Var,
mais espéré autre être opérationnel, à partir des préoccu- Marie Lhosmot
Paradoxalement, un dispositif pations émises par les jeunes, ce dispo- Docteur en pharmacie,
d’éducation pour la santé par les pairs, sitif serait alimenté par la parole experte École de santé publique, Nancy.
par et pour les jeunes, interpelle en partagée entre jeunes5 et adultes, mais
premier l’adulte ! Reconnaître la capa- animé par les jeunes pour échanger les
cité des jeunes à prendre en charge une messages de santé. En effet, par leurs
1. Epidaure – Pôle Prévention du CRLC Val d’Aurelle,
Références bibliographiques Centre Ressources Prévention Santé, académie de
Montpellier.
(1) Pissarro B. Médecine communautaire, peer education: insights from a process evalua- 2. Résultats de l’enquête « P2P » sur le site www.epi-
daure.fr
santé communautaire et promotion de la santé. tion. Health Education Research, 2000,
3. Voir sur le site www.epidaure.fr le film Prévention,
Paris : Faculté de médecine Saint-Antoine, vol. 15, n° 1 : p. 85-86. paroles de jeunes, réalisé à cette occasion.
1987 : 3 p. (6) Oakley P. L’engagement communautaire 4. Schoene M. Session 4 : L’éducation pour la santé
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(2) Hooks C. et al. Tanzania NGO cluster peer pour le développement sanitaire : analyse des Maison de la Mutualité, Paris, 29 mars 2006. En
education assessment report. Submitted by principaux problèmes. Genève : OMS, 1989 : ligne : http://www.inpes.sante.fr/jp/cr/2006.asp#4
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se dénient toute capacité d’expertise.
1998. (7) Chobeaux F. La prévention par les pairs : 6. L’Office des Nations unies contre la drogue et le
(3) Houssaye J. Le triangle pédagogique. Théo- attentes et limites. Le Courrier des addictions, crime offre cette définition de l’éducation par les
pairs : « le recours à des éducateurs ayant le même
rie et pratiques de l’éducation scolaire. Berne : juillet-août-septembre 2011, vol. 13, n° 3 :
âge ou la même expérience pour transmettre des
Peter Lang, 2000 (3e éd.), coll. Exploration : p. 13-14. messages d’éducation à un groupe-cible… » De
299 p. (8) Éducation à la sexualité, du social à l’intime : même, le Programme commun des Nations unies sur
le VIH/sida (Onusida) définit l’éducation par les pairs
(4) Houssaye J. Premiers pédagogues : de l’émergence d’Internet et des réseaux sociaux comme « une approche, un circuit de communication,
l’Antiquité à la Renaissance. Paris : ESF, coll. [dossier]. La Santé de l’homme, mars-avril une méthodologie, une philosophie et une stratégie.
Pédagogies, 2001 : 448 p. 2012, n° 418 : p. 9-43. En ligne : www.inpes. L’éducation par les pairs sert souvent à susciter un
changement au niveau de l’individu en tentant de
(5) Backett-Milburn K., Wilson S. Understanding sante.fr/SLH/pdf/sante-homme-418.pdf modifier ses connaissances, ses attitudes, ses
croyances ou ses comportements ».
LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012 29
« Sans clope, je suis au top ! » :
quand l’éducation par les pairs
fait un tabac
L’éducation par les pairs suscite un intérêt croissant chez les acteurs de la prévention.
C’est pourquoi nous avons testé cette méthode en prévention du tabagisme. Des élus du
conseil départemental des jeunes de l’Hérault ont conçu, réalisé et évalué le projet « Sans
clope, je suis au top ! ». En voici les principaux résultats.
bénéficié de l’aide de l’association
Champ-Contrechamp. Validé par le
médecin conseiller technique de l’ins-
pecteur d’académie, ce film de dix
minutes met en scène quatre jeunes :
deux acceptent une cigarette et deux la
refusent. Cette fiction est complétée par
l’interview d’un patient atteint d’une
broncho-pneumopathie chronique obs-
tructive (BPCO).
Les élus du conseil départemental
des jeunes ont animé les séances de
projection, aidés de professionnels de
l’animation (conseil général) et de la
santé (Souffle L’R, clinique du Souffle).
Dans un collège, des patients ayant une
BPCO sont venus témoigner. Chaque
séance comportait la projection du film,
un débat et un atelier éducatif : le test de
paille2. Les élus juniors ont également
Depuis 2001, le conseil général de proposent une synthèse de ces fonde- construit avec l’aide d’Epidaure3 un
l’Hérault, en partenariat avec la direction ments théoriques (lire l’article p. 18) (2). auto-questionnaire anonyme d’évalua-
des services départementaux de l’Éduca- Ainsi, par exemple, l’éducation par les tion pour le public.
tion nationale de l’Hérault, permet aux pairs semble indiquée en prévention Au terme du mandat, un entretien
collégiens de 5e et 4e d’exercer des res- tabac (3). En Languedoc-Roussillon, collectif qualitatif a été réalisé auprès
ponsabilités d’élus juniors au conseil l’âge d’initiation au tabac est de 13,5 ans des pairs éducateurs. Ils ont présenté
départemental des jeunes (CDJ)1. L’élu (4) et l’influence des pairs dans l’initia- en assemblée plénière, co-présidée par
junior est le relais auprès des jeunes de tion au tabac est majeure (5). le président du conseil général et l’ins-
son collège et peut (de fait) devenir pair pecteur d’académie, leur action de pré-
éducateur. L’éducation par les pairs est Descriptif du projet vention aux autres commissions. Le
par définition l’éducation des enfants, Les quinze élus juniors de la commis- conseil général a distribué ce film, dès
jeunes ou adultes par d’autres personnes sion Sport-Santé ont conçu, co-animé la rentrée 2011-2012, à tous les collèges
du même âge, ayant une histoire, une avec des professionnels, et organisé de l’Hérault.
culture ou un statut social commun. l’évaluation d’un projet de prévention
L’éducation par les pairs part de l’hypo- du tabagisme. Selon leur propre obser- Résultats
thèse qu’on est plus susceptible d’écouter vation, la prévention, pour être efficace, Sur les trois outils que les élus du
et de réagir à la sensibilisation si celle-ci doit être choc et faire vivre des expé- conseil départemental des jeunes sou-
est menée par ses pairs (1). Cette riences. Dans cette optique, ils ont haitaient développer, seul le film a pu
approche s’est développée au cours des décidé d’élaborer trois outils : un film, être réalisé sur l’année scolaire 2011-
dernières années sans qu’un fondement des affiches et l’organisation d’une 2012. Sa réalisation a nécessité cinq
théorique puisse être toujours clairement course (un cross). Pour réaliser le film, demi-journées de travail. Notons que
identifié, même si certains chercheurs les jeunes ont imaginé l’histoire, élaboré l’idée d’insérer au film le témoignage de
comme Céline Bellot et Jacinthe Rivard le scénario, joué les personnages. Ils ont patients malades n’a pas suscité, au
30 LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012
départ, l’unanimité des professionnels. et que 45 % l’avaient acceptée. L’inter- informations. Il s’agissait de profession-
Trente-deux séances d’une heure ont view du patient dans le film a suscité des nels provenant de secteurs différents
été menées auprès de sept cents élèves réactions. Il s’agit de l’élément qui a (animation, sport, santé, prévention,
de sept collèges4. Pour organiser ces recueilli la plus forte adhésion (53 %) éducation), et qui ont partagé leurs
séances, l’appui d’un encadrant a parfois des élèves. Le débat a par ailleurs néces- expériences et représentations avec les
été nécessaire afin d’aider l’élu junior. sité l’intervention des adultes car les élus juniors. Suivre les idées des élus
Durant le mandat, dix jeunes ont assuré pairs éducateurs manquaient de juniors leur a aussi permis de réfléchir
leur mission de bout en bout, trois ont connaissances approfondies sur le sujet sur l’évolution de leur propre pratique.
abandonné et deux ont dû partir à cause et de techniques d’animation. Les Ces résultats renforcent l’idée qu’en
d’un changement de collège. adultes étaient systématiquement pré- impliquant toute la communauté éduca-
L’évaluation met en évidence leur sents pour que les pairs éducateurs ne tive, dont les jeunes, on peut optimiser
plaisir d’avoir travaillé sur les étapes du soient pas seuls et donc en difficulté. l’efficacité des actions de prévention (6).
projet. Spontanément, ils estiment que Mais 42 % des élèves ont indiqué avoir
cela leur a permis de développer leurs préféré que ce soit des jeunes qui leur Marie-Ève Huteau
compétences psychosociales (estime de parlent du tabac. Certains trouvent plus Chargée de projets, tabacologue,
soi, confiance en soi), leur capacité à facile de discuter avec eux, tandis que Epidaure – Pôle prévention
travailler en groupe et à prendre la d’autres apprécient que les adultes aient du CRLC Val d’Aurelle, Montpellier,
parole. Une évaluation a également été plus d’expérience. Enfin, 75 % des Adrien Granier
réalisée auprès de 321 élèves, soit un élèves ont estimé que l’animation les Éducateur sportif et animateur au CDJ,
taux de réponse de 92 %. L’échantillon aidera à dire « non » à la cigarette et 76 % Hérault Sport, conseil général de l’Hérault,
était constitué de 53 % d’élèves en 6e, ont estimé qu’elle leur donnait envie de Aude Arino
47 % d’élèves en 5e avec 51 % de gar- conseiller à leur entourage d’éviter le Chargée de projets,
çons. Les élèves étaient majoritairement tabac. Comité régional des maladies respiratoires
non fumeurs (87 %), même si 38 % de l’Hérault (Souffle L’R), Mireval,
s’étaient déjà vu proposer une cigarette Conclusion Christine Davy-Aubertin
Ce projet montre la faisabilité d’une Médecin conseiller technique,
action d’éducation par les pairs en col- responsable départemental,
Remerciements
lège. La méthode est appréciée par les Direction des services départementaux
Nous remercions les élus juniors et leurs sup-
élèves et aurait un impact sur leurs capa- de l’Éducation nationale de l’Hérault,
pléants pour leur investissement :
cités à résister aux pressions extérieures. Christian Bénézis
Talib Akkouh, Margaux Berlou, Moïse Bernard,
Les pairs éducateurs, quant à eux, Conseiller général, vice-président
Siham Boulali, Léa Brousse, Yaël Chardet,
apprécient l’acquisition de compétences délégué à la santé, prévention, jeunesse,
Périne Cœuret, Célia Delaforge, Ambre
psychosociales utiles pour leur avenir. au sport, loisirs, bien vieillir,
Deleris, Théo Egnell, Amin El Amrani, Marine
Ils estiment avoir développé leur sens conseil général de l’Hérault,
Goutines, Thomas Hatchane, Abdelkader
de l’autonomie, des responsabilités et Anne Stoebner-Delbarre
Kébir, Théo Mangiapan, Julie Miquel, Victor
du travail en groupe. Les adultes ont été Médecin de Santé publique,
Nègre, Julien Pages, Gautier Pinard, Shane
indispensables pour accompagner les tabacologue, addictologue,
Santanastasio, Célia Seguier, Lucas Théron,
jeunes dans la démarche de projet, l’ani- Epidaure – Pôle prévention
Marine Thiebaut.
mation des séances et la validation des du CRLC Val d’Aurelle, Montpellier.
1. Le conseil départemental des jeunes (CDJ) permet
Références bibliographiques aux jeunes élus de participer à la vie de leur collège, en
découvrant l’activité politique et en expérimentant la
mise en œuvre d’un projet. Chaque mandat a un fonc-
(1) Harden A., Weston R., Oakley A. A review of http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/ tionnement et des thèmes de commissions qui lui sont
the effectiveness and appropriateness of peer- PMC2387195/?tool=pubmed propres. Pendant un mandat de deux ans, l’élu junior
delivered health promotion interventions for (4) Spilka S., Le Nézet O., Laffiteau C., est le relais auprès des jeunes de son collège. Il bénéficie
d’une formation initiale de trois jours. Puis, pendant
young people. London : EPPI-Centre, 1999 : Legleye S. Analyse régionale Escapad 2008. son mandat, il participe à onze journées de commis-
179 p. En ligne : http://eppi.ioe.ac.uk/cms/ OFDT, 2009. En ligne : http://www.ofdt.fr/ sions en réunions ou en assemblées plénières.
2. Le test de paille : non invasif et facile à réaliser, il
Default.aspx?tabid=255 BDD_len/ESCAPAD/2008_LANGUEDOC_
permet une prise de conscience et un ressenti direct
(2) Turner G., Shepherd J. A method in search ROUSSILLON.xhtml d’un manque d’oxygène sur sa respiration. Le matériel
of a theory: peer education and health promo- (5) Birkui P., Youssi D., Osman M., Lepetit D., se compose : d’un pince-nez, d’un morceau de spara-
drap troué en son milieu, de deux pailles de diamètre
tion. Health Education Research, 1999, Arcival C., Rubal J., et al. Prédominance de de 3 mm et 5 mm pour une longueur de 5 cm. La per-
vol. 14, n° 2 : p. 235-247. En ligne : http://her. l’influence du meilleur ami dans l’initiation au sonne se pince le nez, place le sparadrap sur sa bouche
oxfordjournals.org/content/14/2/235.abs- tabagisme des collégiens. Alcoologie et Addic- et y introduit l’une des deux pailles. Puis, elle reste sta-
tique ou réalise des mouvements simples. Au bout de
tract tologie, 2001, tome 23, n° 2 (suppl.) : p. 13S- quelques instants, elle perçoit progressivement le
(3) Campbell R., Starkey F., Holliday J., 17S. manque de souffle. Les personnes qui réalisent ce test
doivent être volontaires et ne pas éprouver de difficultés
Audrey S., Bloor M., Parry-Langdon N., et al. An (6) Carson K.V., Brinn M.P., Labiszewski N.A.,
pour respirer. Utilisée dans le cadre de ce projet, l’idée
informal school-based peer-led intervention for Esterman A.J., Chang A.B., Smith B.J. Commu- était de permettre aux collégiens de faire le parallèle
smoking prevention in adolescence (ASSIST): nity interventions for preventing smoking in entre ce test et l’interview du patient atteint de BPCO.
3. Epidaure – Pôle prévention du CRLC Val d’Aurelle,
a cluster randomised trial. Lancet, 2008, young people. Cochrane Database of Systema- Montpellier
vol. 371, n° 9624 : p. 1595-1602. En ligne : tic Reviews, 2011, vol. 7 : CD001291. 4. Collège de Bédarieux, Bessan, Fabrègues, Ganges,
Lodève, Montpellier (les Aiguerelles), Saint-Chinian.
LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012 31
Quelles méthodes pour l’évaluation
des projets d’éducation à la santé
par les pairs ?
Le Fonds d’expérimentation pour la jeunesse encourage les actions innovantes améliorant
l’accès à la prévention et aux soins pour les jeunes. Il a notamment développé et évalué
quatre projets de prévention par les pairs. L’évaluation souligne l’intérêt de ces actions, la
nécessité de les inscrire dans la durée avec un temps alloué suffisant, en particulier pour
l’accompagnement des jeunes médiateurs par les adultes.
Lancé à l’automne 2009, le deuxième plus vaste de résultats de recherche sur Jeunes médiateurs :
appel à projets du Fonds d’expérimen- les politiques publiques. Leur spécifi- des rôles variés
tation pour la jeunesse (Fej) encoura- cité consiste toutefois à s’appuyer sur Les quatre projets expérimentaux
geait à proposer des projets innovants l’expérimentation pour isoler des situa- sélectionnés reposaient initialement sur
permettant d’améliorer l’accès aux soins tions particulières ou des aspects d’un des formes différentes de prévention par
des jeunes. Cette démarche d’expéri- dispositif dont on cherche à évaluer les pairs, notamment du point de vue de
mentation trouve sa source dans les l’impact. la conception du rôle des jeunes média-
travaux de la commission de concerta- teurs. Considérés comme vecteur d’in-
tion sur la politique de jeunesse et dans Quatre expérimentations formation auprès de leurs pairs, ils
la rédaction du Livre Vert Reconnaître la de prévention par les pairs étaient dans certains projets également
valeur de la jeunesse, publié en Parmi les vingt-cinq expérimenta- à l’initiative d’actions à destination des
juillet 2009. L’objectif de « mobiliser les tions retenues par le Fej en matière de autres jeunes. L’évaluation menée devait
jeunes sur la prévention et l’éducation à santé, treize projets visent à innover ainsi être en mesure d’analyser l’appro-
la santé » (1) fixé par le Livre Vert était dans la conception et la diffusion de priation par les territoires et les acteurs
assorti d’une méthode : il préconisait en messages de prévention. Parmi ces de cette nouvelle démarche, ainsi que
la matière de lancer des expérimenta- projets, quatre1 proposent d’expéri- l’adhésion des jeunes médiateurs et des
tions afin de soutenir de nouvelles menter des formes de prévention par jeunes ciblés, en procédant à une com-
démarches de prévention. les pairs. Le principe d’une évaluation paraison des quatre démarches expéri-
Le Fej, dans le cadre duquel ont été commune à ces quatre projets a été mentales. Les méthodes qualitatives
initiés ces projets, est un « laboratoire de retenu, afin que l’évaluateur puisse d’évaluation permettent cette comparai-
politiques publiques », qui finance l’ex- développer une analyse comparative. son. L’observation du déroulement du
périmentation de ces actions innovantes Le Fej a identifié, lors de l’écriture projet et le croisement des regards des
mises en œuvre à une échelle limitée et de l’appel d’offres, trois axes de travail différents protagonistes (discours sur la
évaluées de manière rigoureuse et sys- pour l’évaluation : démarche initiée et réorientations éven-
tématique. Dès son lancement, chaque l’efficacité des modes de repérage tuelles, interactions entre les acteurs,
expérimentation associe ainsi une struc- des jeunes médiateurs et des modes de etc.) aident ainsi à comprendre les
ture porteuse d’un projet à un évaluateur sélection des jeunes ciblés ; logiques opérationnelles à l’œuvre.
indépendant, sur la base d’un protocole l’efficacité du rôle des jeunes
d’évaluation validé par des jurys de médiateurs ; Recueillir le point de vue
sélection. Les évaluations mobilisent des et l’évolution des comportements de des jeunes
méthodes multiples qui doivent s’adap- santé et des trajectoires scolaire et pro- L’évaluation menée permet d’analy-
ter aux objectifs et aux caractéristiques fessionnelle des jeunes ciblés. ser les mécanismes de prévention par
des projets (2). Il ne s’agit pas simple- Afin de répondre à ces objectifs, une les pairs en recueillant le point de vue
ment d’assurer le suivi des actions entre- évaluation reposant, d’une part, sur la des jeunes. Ce type de prévention
prises dans le cadre du projet ni de confrontation des points de vue des repose en effet sur la reconnaissance
contrôler la conformité au programme acteurs, des jeunes médiateurs et des des jeunes médiateurs comme pairs,
d’action défini : l’objectif principal est de jeunes ciblés, et, d’autre part, sur des considérés alors comme « personnes
recueillir des éléments de preuve afin de phases d’observation, a été menée2. Ce ressources » sur les questions de santé,
savoir si le dispositif expérimenté amé- choix méthodologique tient au carac- ainsi que sur la participation des jeunes
liore effectivement la situation des per- tère exploratoire des dispositifs expéri- ciblés à certaines de leurs actions. Une
sonnes qui en bénéficient. mentés ainsi qu’à la nécessité de com- approche qualitative mêlant phases
Les évaluations des projets expéri- prendre les mécanismes à l’œuvre dans d’observation et entretiens collectifs
mentaux s’inscrivent dans un ensemble les projets de prévention par les pairs. constitue pour ce faire un outil adapté.
32 LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012
dispensé par les adultes aux jeunes
médiateurs en particulier. Donner les
moyens à ces derniers de définir leur
projet, d’en organiser la mise en œuvre,
s’avère indispensable à la réussite, et les
volumes horaires en jeu ont pu être
sous-estimés. Il apparaît enfin capital de
travailler à l’implantation du projet dans
la structure concernée, l’adhésion de
l’ensemble des acteurs concernés sup-
posant que la démarche ait été bien
assimilée, et pensée en complémentarité
avec les propres projets de ces acteurs.
Des actions de formation et de sensibi-
lisation en direction de la communauté
éducative pourraient à ce titre s’avérer
efficaces.
Les résultats détaillés feront l’objet
d’un rapport final remis à l’automne
2012 (lire l’article d’Éric Le Grand p. 34
pour les premiers résultats). Si la déci-
sion de poursuite des dispositifs appar-
tient aux porteurs des projets eux-
Le mécanisme de reconnaissance Une évaluation proposant une mesure mêmes, le rôle du FEJ sera de travailler
dépend de l’identité des jeunes média- chiffrée de l’impact des projets sur les à leur diffusion et à leur capitalisation,
teurs et donc du processus de sélection jeunes bénéficiaires pouvait apparaître afin qu’ils permettent d’éclairer les
mis en œuvre par les acteurs. Celui-ci est comme souhaitable. Il aurait été intéres- décisions publiques et d’orienter les
lié aux représentations des acteurs sur la sant, par exemple, de différencier l’effet pratiques de dispositifs similaires sur
démarche de prévention par les pairs d’une campagne d’information classique d’autres territoires.
elle-même. L’évaluateur, par sa présence de celui de l’implication de jeunes média-
prolongée auprès des jeunes et des teurs. En effet, la question de l’impact de Alexia Pretari,
acteurs du projet, établit une relation de l’identité de la personne donnant l’infor- Mathieu Valdenaire
confiance et peut ainsi interroger les mation sur la modification de comporte- Fonds d’expérimentation pour la jeunesse,
conceptions de chacun, et observer les ment a été peu traitée dans la littérature4. direction de la Jeunesse,
interactions des protagonistes, sans être Les projets concernés ne réunissaient de l’Éducation populaire et de la Vie
un élément perturbateur3. toutefois pas l’ensemble des conditions associative (DJEPVA),
nécessaires à la mise en œuvre d’une telle
évaluation, en particulier du fait de l’hé-
Références térogénéité des projets, du nombre réduit 1. Il s’agit des projets suivants, retenus lors du deu-
xième appel à projets :
bibliographiques de bénéficiaires et de la difficulté à – Correspondants santé en Côtes-d’Armor (Maison
prendre en compte leurs spécificités. des adolescents des Côtes d’Armor) : créer un réseau
de jeunes correspondants santé en milieu lycéen afin
(1) Commission sur la politique de la jeunesse. d’améliorer la prévention et l’accès aux soins des
Livre Vert « Reconnaître la valeur de la jeu- Premiers enseignements jeunes.
nesse », juillet 2009. En ligne : www.experi- de l’évaluation – Paroles de jeunes : « Faut s’lancer… prendre sa santé
en main (mission locale de Moulins) : mobiliser les
mentationsociale.fr/img/pdf/livre_vert.pdf L’ensemble de ces raisons ont poussé acteurs de la santé dans une coordination de terri-
(2) Ministère des Sports, de la Jeunesse, de à la conduite d’une évaluation fondée toire via la parole des jeunes.
– Santé : un territoire rural mobilisé par et pour sa
l’Éducation populaire et de la Vie associative. sur des méthodes qualitatives. Les élé- jeunesse (mission locale de Beaune) : sensibiliser aux
Rapport du conseil scientifique du Fonds ments transmis à ce jour par l’évaluateur problématiques de santé des jeunes, mobiliser des
d’expérimentation pour la jeunesse pour l’an- suggèrent de premiers enseignements jeunes volontaires pour la diffusion d’information
auprès des élus sur la problématique santé.
née 2011. En ligne : http://www.experimen- quant à la mise en œuvre des projets, et – Ensemble œuvrons pour que chaque jeune soit
tationsociale.fr/IMG/pdf/Rapport_CS_ en premier lieu la nécessité d’inscrire acteur de sa santé (Mutuelle de la Somme) : faciliter
FEJ_2011.pdf l’action dans la durée. En effet, les jeunes l’accès aux soins et à la prévention des jeunes en pré-
carité.
(3) Ministère des Sports, de la Jeunesse, de médiateurs en fin de scolarité secon- Projets en ligne : http://www.jeunes.gouv.fr/minis-
l’Éducation populaire et de la Vie associative. daire ont pu regretter de n’avoir pu dis- tere-1001/actions/fonds-d-experimentation-pour-la-
1038/#top
Rapport d’activité 2009-2011. Fonds d’expé- poser d’un temps suffisant pour mettre 2. La définition de ces objectifs a donné lieu à la publi-
rimentation pour la jeunesse. En ligne : en place l’ensemble des actions envisa- cation d’un appel d’offres.
http://www.jeunes.gouv.fr/IMG/pdf/FEJ_ gées. La sélection des jeunes médiateurs 3. Pour un retour sur le recours aux méthodes quali-
tatives au sein des évaluations du Fej, voir le rapport
RA_20092011_CorpsRapport.pdf doit ainsi intégrer la contrainte d’une d’activité du Fej (3).
(4) Dupas P. Health Behavior in Developing disponibilité pour le projet suffisamment 4. Pour une revue de littérature sur les mesures chif-
Countries. Annual Review of Economics, sep- longue. L’évaluateur met ensuite en frées de la modification des comportements de santé,
et notamment sur les questions d’impact de la diffu-
tembre 2011, vol. 3 : p. 425-449. avant la question du temps dévolu au sion d’informations, lire l’article de Pascaline Dupas
projet en général et à l’accompagnement 2011 (4).
LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012 33
Paroles de pairs :
« Je me sens utile, mieux dans ma peau. »
Quatre expériences d’éducation à la santé par les pairs soutenues par le Fonds d’expéri-
mentation pour la jeunesse (Fej) ont été évaluées. Une quarantaine de jeunes formés à la
prévention ont été interrogés sur leurs motivations et leur ressenti personnel. Témoignages.
Entre septembre 2010 et juillet 2012, tion dramatique ne se reproduise chez ment d’image des professionnels et une
une quarantaine de jeunes âgés de 15 d’autres jeunes : « Moi à 16 ans, je suis amélioration de la connaissance des
à 23 ans, formés à la prévention par les tombée enceinte, je n’ai pas osé le dire, structures existantes sur un territoire :
pairs dans le cadre de quatre pro- personne ne m’a aidée, c’est pour cela « Le CMP (NDLR : centre médico-psy-
grammes mis en œuvre sur des terri- que je ne veux pas que cela se chologique), j’étais passé devant… ça
toires différents, ont été interviewés en reproduise. » ; me paraissait un peu bizarre, presque
mission locale, établissement scolaire l’engagement de proximité : « Nous, enfermé quoi, et quand on est rentré
et structure de loisirs (lire l’article on entend des choses que les jeunes dedans, c’était plus convivial, plus cha-
d’A. Pretari et M. Valdenaire p. 32). disent, on sait leur problème, et ils ne leureux… cela peut être utile pour moi
Nous donnons ici des résultats partiels trouvent pas de réponses, on pourrait et pour les autres jeunes ».
de ces entretiens1. les aider. »
Le sentiment de proximité
Les motivations des jeunes pairs Les effets ressentis Ces différents éléments rejoignent
Quelles sont les motivations de ces Quels sont les effets ressentis par les les analyses proposées par l’Inserm sur
jeunes à se porter volontaire pour s’ins- jeunes pairs ? Voici, globalisées par les effets ressentis par les jeunes pairs
crire dans ce type de programme ? grands thèmes, les réponses apportées (lire l’article p. 17). Mais qu’en est-il de
Quel que soit leur niveau scolaire, par les jeunes lors de nos entretiens. la perception, par les jeunes, de ces
social et leur appartenance géogra- La sensation d’un enrichissement per- groupes de pairs formés ?
phique, l’une des raisons principales de sonnel, d’avoir une utilité, une recon- Les entretiens menés auprès de
leur engagement repose tant sur « le désir naissance sociale : « Moi, dans mon jeunes « ciblés » par des actions confir-
de montrer que les jeunes peuvent faire quartier, dans ma famille, on me ment l’importance du lien de proxi-
bouger des choses et changer le regard demande des choses sur la santé, je me mité : « C’est très bien que ce soit des
de l’adulte » que sur l’amélioration – liée sens utile ». Un autre : « Je me sens bien jeunes qui parlent de santé, cela nous
à leur proximité d’âge avec les autres mieux dans ma peau. Moralement, cela change. Les jeunes sont plus à notre
jeunes – de la prévention faite par les va mieux, quelque chose de concret et de écoute et à notre portée, on peut se
professionnels « stigmatisante, moralisa- positif dans ma vie ». Ou encore : « Moi confier plus facilement ». « Ils vivent les
trice ». « Qu’est-ce que les adultes savent maintenant, quand je vais demander mêmes choses que nous, la communi-
des jeunes ? Et puis on ne passe pas tout quelque chose au conseiller principal cation est plus facile parce que le jeune
notre temps à boire, fumer, faire d’éducation, il a appris à me faire explique mieux »… Un autre : « C’est
l’amour » ; « Dès qu’un adulte parle, y a confiance et il voit que je ne suis pas moins pénible car on n’écoute pas les
tout de suite comme une morale, une qu’une “déconneuse”, je lui montre que adultes quand on est jeune ».
leçon ; alors le fait que nous, jeunes, on le lycée peut aussi être un lieu où on ne Si pour les jeunes ciblés, la proximité
parle à d’autres jeunes, ils vont prendre fait pas que du bourrage de crâne ». d’âge apparaît comme un atout favori-
plus cela pour de l’information que L’amélioration des relations person- sant la communication des messages de
comme une leçon de morale ». nelles : les jeunes sentent qu’ils ont plus prévention, la crédibilité et la confiance
de facilité à s’exprimer auprès de leur accordées à ces « jeunes pairs investis »
Cette volonté de faire « changer les famille, de leur conjoint ou petit ami, sont liées avant tout au fait qu’ils ont
choses » peut se combiner avec : voire auprès d’autres professionnels : « fait des recherches et ont travaillé avec
l’engagement pour répondre au mieux « Je vais plus vers les autres, je suis moins des professionnels de santé ». D’une cer-
à des problématiques ou à un manque timide ». « Le fait de rencontrer des gens, taine façon, l’adulte ne s’efface pas de ce
que les adultes ne perçoivent pas ou de travailler en groupe, cela peut nous type de programme.
parce qu’ils ont des discours inadaptés : apporter que du bien, de présenter notre
« Le comble ici, c’est qu’il n’y a même pas projet, on est plus à l’aise ». Éric Le Grand
d’infirmière » ; « la bouffe est dégueu- L’amélioration des connaissances sur Sociologue, consultant
lasse » ; « on ne sait pas où aller si on a la santé : « Ma participation à ce pro- en promotion de la santé.
des soucis de santé » ; « les internes, ils ont gramme m’a aidée à mieux connaître
des problèmes de santé, mais peu de per- mon corps, la contraception… Grâce à
sonnes s’en occupent » ; cela, j’ai pu voir que je faisais certaines
1. Les résultats définitifs de l’évaluation paraîtront à
l’engagement lié à une expérience erreurs, j’ai donc changé ma contra- l’automne 2012. Ils incluront aussi la perception des
personnelle pour éviter qu’une situa- ception ». Second élément : le change- porteurs de projets et des professionnels.
34 LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012
Haute-Normandie : un programme
d’éducation par les pairs
au banc d’essai
En Haute-Normandie, le programme « Suricates » de formation par les pairs, axé sur la
lutte contre le tabagisme, a été évalué en profondeur. Les résultats sont partagés : un
impact positif est bien constaté, mais il est difficile de l’imputer au programme. Au rayon
des certitudes : la formation des jeunes pairs et de leurs référents adultes concourt à la
réussite, mais elle suscite parfois la réticence de certains professionnels.
Le présent article prend appui sur acteurs, la nécessité de conventions for- réalisée a ainsi favorisé le renforcement
deux publications récentes (1, 2) qui melles, l’apparition de nouveaux acteurs des partenariats entre des acteurs qui
rendent compte des aspects méthodo- en cours de projet et, enfin, des tempo- n’étaient pas initialement en relation, et
logiques et de l’impact d’un projet ralités différentes suivant la place occu- la transformation des cultures profes-
d’éducation par les pairs, « Suricates1», pée par chaque acteur. En ce sens, les sionnelles par le partage des expé-
mis en place par le comité régional acteurs du programme ont établi des riences et l’ouverture aux logiques
d’éducation pour la santé de Haute- relations particulières, parfois différentes professionnelles des autres, notam-
Normandie sur la période 2004-2008. des logiques collaboratives qu’ils entre- ment chez les professionnels du monde
S’intéresser aux résultats d’un projet tenaient habituellement. Et quelquefois, associatif et ceux du milieu scolaire.
d’éducation pour la santé implique au-delà des consensus, ils ont été
nécessairement un positionnement en confrontés à des enjeux de leadership. Résultats de l’évaluation
amont en matière de méthodologie de Une telle évaluation peut donc compor- Il ressort de cette évaluation que le
l’évaluation. Lors du programme « Suri- ter le risque d’exposer les personnes dispositif de prévention est bien adapté
cates », un référentiel d’évaluation a été (dans leurs valeurs, croyances, et/ou au contexte régional. Il s’inscrit dans
construit (3), partagé entre les différents leurs compétences professionnelles), les une chaîne de prévention du tabagisme
acteurs : le centre régional d’éducation institutions (positionnements politiques qui va du national au local et a été
pour la santé (Cres) – actuellement Ins- et interinstitutionnels, etc.) et les struc- perçu par l’ensemble des acteurs
tance régionale d’éducation et de pro- tures associatives (en matière de posi- comme innovant, de qualité, et original
motion de la santé (Ireps) – et l’observa- tionnement par rapport aux autres par- par sa démarche qui, contrairement
toire régional de la santé (ORS) ; les tenaires associatifs et institutionnels mais aux dispositifs habituels, vise l’autono-
établissements scolaires et différentes également en termes de « survie » si l’on mie des jeunes. Pour la plupart des
associations ; les acteurs individuels considère les aspects financiers sous- acteurs, la démarche proposée répond
(médecins tabacologues, infirmières jacents au projet et aux futures réponses globalement aux idéaux de l’interven-
scolaires, etc.). Ce référentiel développe aux appels à projets). tion en éducation pour la santé. Dans
une approche participative entre les dif- les lycées, le projet a été perçu par les
férents protagonistes qui a permis Impulser une dynamique personnels comme étant une sorte de
l’émergence de trois axes essentiels à et renforcer les compétences « maillon manquant » par rapport aux
mesurer pour l’évaluation : Cependant, le recours à un référen- actions habituelles de prévention qui
l’adéquation du dispositif par rapport tiel pour évaluer un programme selon privilégient la transmission de conte-
au contexte ; une approche participative permet nus, voire même l’interdiction : « On
son efficacité au regard des objectifs d’accroître l’objectivité de l’évaluation, voulait changer l’approche de la pré-
fixés et des résultats obtenus ; car cela facilite notamment le partage vention du tabac organisée de façon
la pertinence des résultats à différents de l’information entre les acteurs. Il plus ou moins magistrale : information
niveaux (équipe de lycéens, établisse- permet en effet, d’une part, d’identifier des élèves assis, personne debout, même
ment scolaire, programme régional ou les « goulots d’étranglement » et les s’il y a des échanges » (une infirmière).
national d’éducation pour la santé). causes des dysfonctionnements obser-
vés – ce qui permet ensuite d’impulser Difficile coordination
Partenariat et leadership une nouvelle dynamique au projet –, Toutefois, le défaut de coordination
L’élaboration et la mise en œuvre du d’autre part, de contribuer au dévelop- des acteurs a amoindri l’efficacité du
programme « Suricates » ont donné lieu pement du savoir-faire des acteurs. programme. Un certain nombre de dys-
à plusieurs constats : la multiplicité des Dans le cas de « Suricates », l’évaluation fonctionnements ont été relevés, avec
LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012 35
principalement le désintérêt des ensei- animateurs de vie scolaire, etc.)2 et à la communauté éducative dans leur
gnants (48 % du discours sur les dys- volonté d’intégrer désormais dans leurs capacité à être des référents accompa-
fonctionnements) : « Les infirmières enseignements, ou dans le cadre du gnateurs. Une réflexion préalable en
scolaires sont beaucoup impliquées ; les comité d’éducation à la santé et à la termes d’éthique est indispensable. Car
enseignants beaucoup moins. Dans un citoyenneté (CESC), une dimension l’enjeu n’est autre que de donner aux
lycée où tu as 250 profs, c’est l’infir- « prévention du tabagisme ». jeunes, dans l’organisation des actions,
mière, qui parfois travaille à mi-temps, une place et donc, symboliquement,
qui porte tout ! » (un intervenant). Ce L’une des transformations impor- une part de pouvoir et de responsabi-
que l’on peut considérer comme une tantes produite par le programme lité dans la gestion de leur propre vie
confrontation de cultures profession- concerne son impact sur les pratiques et de celles de leurs camarades, au sein
nelles n’a pu être surmonté que très professionnelles des professionnels de l’institution. Une tâche qui peut être
progressivement malgré l’intérêt porté intervenants-acteurs : la confrontation très ardue.
par tous à l’approche par les pairs. D’où des cultures, au-delà des clivages, a
un problème de coordination des inter- provoqué de part et d’autre une prise Catalin Nache
ventions, lequel a eu des répercussions de recul critique favorable à une modi- Docteur en psychologie sociale,
sur les objectifs quantitatifs fixés et le fication des pratiques. Ainsi, les éduca- chercheur attaché au laboratoire ACTÉ,
nombre de désistements chez les teurs du monde associatif ont été Université Blaise-Pascal, Clermont-Ferrand,
élèves : « On a perdu des élèves “pairs” confrontés aux limites de la relation Délégué général, Fédération nationale
en cours de route, ils ont fini à dix alors d’égal à égal qu’ils adoptent habituelle- Agapsy, Ex-chargé de mission
qu’au départ, ils étaient dix-huit » (une ment avec les jeunes dont ils ont la au Cres de Haute-Normandie,
infirmière). charge, face à « l’attentisme » des en charge du programme « Suricates ».
lycéens. De son côté, le personnel édu-
Les élèves se sont mieux catif des lycées (enseignants, infirmiers,
approprié le programme CPE, etc.) a perçu les limites de la rela-
Pour en revenir aux aspects positifs, tion pédagogique verticale (du profes-
les transformations qualitatives obser- sionnel vers l’élève) visant la transmis- 1. Programme expérimental de prévention du taba-
vées chez les acteurs sont de trois sion de connaissances et exigeant un gisme à travers une approche par les pairs mené par
types, relatives aux élèves ayant parti- le Cres de Haute-Normandie. Le projet s’articulait
plus grand contrôle des élèves lorsqu’il autour des actions suivantes : mettre en place des
cipé au programme, à l’environnement s’agit de l’approche par les pairs. actions collectives sur les effets du tabac en consti-
(lycées et collectivité territoriale, c’est- tuant dix équipes de professionnels (un éducateur
pour la santé et une équipe scolaire) couvrant le ter-
à-dire la région) et aux pratiques pro- Impact des pairs : une efficacité ritoire. Ces professionnels encadraient dix groupes de
fessionnelles des intervenants. La prin- difficile à estimer quinze « suricates », élèves volontaires et motivés, pour
cipale transformation relevée chez les Bien que l’efficacité ait été variable conduire des actions de promotion d’une vie sans
tabac au sein de divers lycées. Le « suricate » est le jeune
lycéens ayant été « pairs » concerne l’ac- suivant les contextes, l’ensemble des pair, il est préalablement formé pour mettre en place
cès à l’autonomie (l’engagement et leur protagonistes s’accorde à dire que les des actions collectives dans son établissement scolaire
capacité à s’approprier le programme objectifs poursuivis auprès des jeunes et informer/sensibiliser les autres élèves.
2. Le corps des infirmiers étant généralement intégré
occupent 40 % du discours). Viennent volontaires ont été atteints. Cependant, « d’office » !
ensuite : la sensibilisation sur le taba- il est difficile d’identifier la part attri-
gisme (18 %), la formation personnelle buable à leur participation au projet
notamment à la démarche de projet dans les transformations observées :
(13 %) et corrélativement leur capacité les élèves concernés n’étaient-ils pas
à mettre en place des actions de pré- déjà autonomes, indépendamment de
vention (13 %). l’action proposée ? Enfin, certains
adultes encadrants semblent plus à
Dans l’environnement des lycées, l’aise face aux actions formelles mises
les transformations relevées concer- en place par les jeunes pairs que face
nent d’abord le rayonnement local du à leurs initiatives informelles sur les- Références
lycée (42 % des réponses) à travers des quelles ils n’ont pas d’emprise. Ce bibliographiques
activités regroupant divers partenaires constat vaut tout particulièrement dans (1) Nache C., Baba-Moussa A. Impact d’un
locaux et régionaux et/ou destinés à un le domaine de la promotion de la santé dispositif d’éducation par les pairs : tranfor-
public plus large que celui du lycée et où le recours aux « spécialistes », mations qualitatives de l’environnement, des
des liens tissés avec d’autres établisse- notamment en milieu scolaire, est ins- acteurs et des pratiques professionnelles.
ments. Ensuite, elles concernent l’ins- crit dans une sorte d’« habitus collectif Santé publique, 2010, vol. 22, n° 6 : p. 675-
tauration dans certains établissements intemporel » laissant peu de place à la 683.
d’une dynamique collective de reconnaissance des compétences (2) Baba-Moussa A., Nache C. Proposition
réflexion et d’action pluridisciplinaire d’autres personnes, à commencer par d’une démarche d’évaluation de processus
(34 %). Enfin, elles se traduisent par des des jeunes pairs. Donc, faire recon- en éducation pour la santé. Santé publique,
changements des pratiques profession- naître le concept d’élèves « acteurs de 2010, vol. 22, n° 4 : p. 449-459.
nelles des enseignants impliqués dans prévention » dans un établissement (3) Figari G. Évaluer : quel référentiel ?
le programme (24 %), par une ouver- scolaire ne va pas de soi ; ceci nécessite Bruxelles : De Boeck, coll. Pédagogies en
ture à d’autres corps de professionnels en outre un renforcement des compé- développement, 1994 : 196 p.
de l’éducation (conseillers d’éducation, tences des adultes de l’ensemble de la
36 LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012
Pour en savoir plus
Les sources d’information proposées dans cette rubrique s’inscrivent dans une approche globale de l’éducation par les
pairs essentiellement auprès des jeunes. La littérature généraliste francophone sur ce sujet est à ce jour peu fournie.
Nous avons retenu quelques références anglophones. Dans un premier temps, les références proposées dressent un
rapide état des lieux de l’éducation par les pairs en proposant une sélection de références sur des actions efficaces
auprès des jeunes. Ensuite, des documents d’orientation et d’interventions pour la mise en place d’actions sont décrits.
Une brève sélection de sites Internet clôture cette rubrique. Les adresses de ressources et de sites Internet ont été
consultées le 17/09/2012.
Généralités
À propos des démarches participatives en
éducation pour la santé et de quelques sup-
ports. In : Arwidson P., Bury J., Choquet M., De
Peretti C., Deccache A., Moquet-Anger M.-L.,
et al. Éducation pour la santé des jeunes :
démarches et méthodes. Paris : Inserm, coll.
Expertise Collective, 2001 : p. 79-98. En ligne :
h t t p : / / w w w. i n s e r m . f r / c o n t e n t / d o w n -
load/7310/56261/version/1/file/Texte+integ
ral+education+sante+jeunes+%282001%29.
pdf
Baudier F., Bonnin F., Michaud C. Approche
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38 LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012
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2011, vol. 13, n° 3 : p. 13-14. et des politiques de jeunesse, ainsi qu’un centre
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32 p. et sites Internet propose un fonds spécialisé sur les questions
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tion. Montréal : RRSSSM-C, 1996 : 172 p. Fund, 2005 et 2006. maque, base de données bibliographiques du
E n l i g n e : h t t p s : / / d e p o t . e r u d i t . o rg / Cinq ressources ont été conçues à l’intention centre de documentation de l’Injep.
bitstream/000800dd/1/000262pp.pdf des directeurs de programmes et formateurs
Nache Catalin M., Baba-Moussa A. Impact des pairs-éducateurs pour les jeunes, en s’ap- Centre de documentation de l’Injep :
d’un dispositif d’éducation par les pairs : trans- puyant sur la recherche, les preuves scienti- 95, avenue de France
formations qualitatives de l’environnement, des fiques et les expériences sur le terrain (Fonds 75650 Paris Cedex 13
acteurs et des pratiques. Santé publique, des Nations unies pour la population, FHI/ Tél. : 01 70 98 94 13
2010, vol. 22, n° 6 : p. 675-683. YouthNet et Y-PEER, 2005-2006). documentation@injep.fr
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1999, vol. 22, n° 4 : p. 573-577. En ligne, on notera en particulier les trois docu- Sandra Kerzanet,
ments ci-dessous : Documentaliste à l’Inpes.
– The Training of Trainers Manual ;
– Standards for Peer Education Programmes ;
– Assessing the Quality of Youth Peer Education
Programmes.
Non-Violence Actualité (NVA) (centre de
ressources)
NVA a pour objectif de répondre aux demandes
des particuliers et des institutions, en recherche
de documentation, d’outils, de contacts ou de
formations, sur les compétences relationnelles
et sociales : en particulier la gestion des
conflits et la médiation.
BP 20241 – 45202 Montargis Cedex
Tél. : 02 38 93 67 22 – Fax : 09 75 38 59 85
www.nonviolence-actualite.org
Centre national de documentation péda-
gogique (CNDP)
Le CNDP propose un site de ressources péda-
gogiques et documentaires à destination de la
LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012 39
la santé à l’école
Éducation à la santé en milieu
scolaire : enquête franco-québécoise
Trois chercheurs ont enquêté en France et au Québec sur les actions d’éducation à la santé
menées dans les écoles primaires. Si les écoles québécoises associent davantage la
famille et les communautés, des deux côtés de l’Atlantique, les programmes les plus
aboutis ont une approche globale de la santé, sont inscrits dans la durée, s’organisent en
réseau et en large partenariat. Ce type d’intervention est recommandé par les auteurs à
la place des actions ponctuelles jugées moins efficaces.
© Phovoir-Images
En France comme au Québec, les concevoir comme le développement D’abord classifier les actions…
enseignants du primaire sont invités à équilibré d’une série de rapports aux Pour analyser le partenariat, nous
aborder l’éducation à la santé de autres, à soi, au milieu, au passé et à avons classé ces actions selon la grille
manière systémique et à l’inscrire au l’avenir (1), dont l’objectif, modélisé de C. Mérini (3), et ses trois types de
plus près des apprentissages. Cela sup- par Lange et Victor (2), est d’amener structures organisationnelles en
pose qu’ils s’approprient l’éducation à l’élève, par des opinions raisonnées, réseaux, intitulés « réseaux d’ouverture
la santé et que l’école s’ouvre sur son à faire des choix éclairés en matière et de collaboration » (Roc) (Tableau 1).
milieu (famille, quartier). Les résultats de santé.
présentés ici sont issus d’une recherche Chaque réseau a ses propres cri-
réalisée dans douze écoles primaires, Pour analyser les actions en éduca- tères de caractérisation et il n’y a pas
six au Québec (région de Montréal) et tion à la santé mises en place dans les entre eux de lien hiérarchique même
six en France (Auvergne). écoles, nous avons examiné tout parti- si le réseau de type 3 (Roc 3) est sou-
La définition retenue de l’éducation culièrement la dimension collective de vent considéré comme le modèle à
à la santé est que celle-ci peut se ces actions. atteindre (Tableau 1). Ainsi, l’école
40 LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012
la santé à l’école
Tableau 1. Les critères de caractérisation des réseaux d’ouverture et de collaboration le professionnel rencontre les élèves
(Roc) de la classe, présente un sujet précis qui
est ensuite repris par l’enseignant
(réseau de type 1 ou Roc 1) ;
Roc 1 Roc 2 Roc 3
si cette visite se transforme en ateliers
transformation de formation pour les élèves, cette col-
Enjeu information formation laboration prend la forme d’un réseau
innovation
de type 2 (Roc 2) ;
moyenne : peut être très longue : au-delà, si la collaboration prend la
courte :
Durée de quelques semaines plus d’un mois forme d’une action plus concertée avec
de 1 h à 1 jour
à 1 mois à plusieurs années d’autres acteurs et des objectifs éduca-
tifs bien précis construit collectivement,
Forme du réseau étoile binaire multipolaire il s’agit d’un réseau de type 3 (Roc 3).
Forme regard posé
action foisonnant Résultats de la recherche
d’ouverture momentanément L’enquête met en évidence plusieurs
résultats.
Tableau 2. Objectifs et exemples d’action en éducation à la santé selon le type de rapport Lorsque les écoles travaillent en par-
instauré tenariat, les réseaux de type 2 (enjeu :
formation ; forme d’ouverture : action)
Exemples d’actions sont les plus fréquents tant en France
But
en éducation à la santé qu’au Québec. Ces réseaux sont adaptés
à des apprentissages construits dans
Mettre en avant l’ensemble des Compétition de corde à sauter, l’action. Autre intérêt : cela permet aux
interactions de l’élève avec ses travail autour des droits des
enseignants d’aller au-delà d’une infor-
Rapport à l’autre pairs, son environnement social et enfants, jardin collectif, conseil de
mation thématique de type prévention.
les normes. coopération, travail des codes de
vie.
En France, quand l’École initie une
Chercher à amener l’élève à Carnet et passeport santé, yoga, action en éducation à la santé avec des
prendre soin de lui d’un point de contrôle bucco-dentaire, partenaires territoriaux, le réseau mis
vue sanitaire (tabagisme, pratique intervention tabac, alimentation. en place est de types 2 et 3 (transfor-
Rapport à soi régulière d’activité physique) mais mation/innovation, multipolaire). Par
aussi dans la maîtrise de ses contre, quand elle fait appel à d’autres
émotions. intervenants extérieurs (comme les
pompiers, les intervenants des diffé-
Travailler tant dans une perspec- Plantation arboretum, jardin
rentes ligues de lutte contre le tabac,
tive de protection de l’environne- collectif, classe verte, arbre
les toxicomanies, etc.), il est plutôt
ment que dans celle de l’embellis- aventure, implantation d’un sentier
Rapport au milieu question de sous-traitance avec des
sement ou l’organisation du milieu d’interprétation.
interventions thématiques de type pré-
scolaire pour améliorer la qualité
de la vie.
ventif et hygiéniste. Interrogés sur le
choix de cette forme de travail, les
Amener les élèves à identifier et à Grands-parents lecture, classe enseignants déclarent qu’ils considè-
Rapport au passé prendre en compte leur histoire ou découverte sur thématique rent les intervenants comme des
l’histoire des peuples. historique. experts de leur domaine et qu’ils sont
mieux « outillés » pour répondre aux
Aider les élèves à se projeter dans Voyages de fin d’année marquant
questions des élèves.
la suite de leur cursus : passage la fin du cycle primaire, rencontre
Rapport à l’avenir de la maternelle au primaire ou avec le personnel d’orientation en
Au Québec, quand l’École fait appel
bien vers le secondaire, réflexion 6e année, visite des maternelles à
sur leur projet de vie, etc. l’école élémentaire.
à des intervenants extérieurs, le parte-
nariat prend souvent la forme d’un
réseau de type 3, avec une implication
forte des communautés et des parents ;
peut mettre en place plusieurs actions mises en place pour réaliser cette alors qu’en France, ce sont plutôt les
les combinant, à travers un projet réu- action : sous-traitance ou partenariat. collectivités – essentiellement la com-
nissant toutes les classes et la commu- En sous-traitance, l’école laisse un mune – qui sont impliquées.
nauté éducative élargie, par exemple. expert extérieur intervenir auprès des
élèves pour parler d’un sujet précis sans Interventions ponctuelles
…ensuite les analyser y associer les enseignants. En partena- et approche systémique
Dans un second temps, nous avons riat, elle peut travailler avec ce même de la santé
caractérisé ces actions selon leur objec- professionnel en établissant des règles Concernant les actions en éducation
tif (Tableau 2). Puis, nous avons ana- de fonctionnement selon les trois cas à la santé, en France, les écoles tra-
lysé le type de pratiques collectives de figure définis par C. Mérini : vaillent majoritairement le rapport aux
LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012 41
la santé à l’école
Comment les outils d’intervention français sont utilisés Outre-Atlantique
Au Québec, le curriculum de formation initiale des enseignants1 en éduca- avec l’éducation physique3. Une des solutions consisterait à ajouter une
tion physique et à la santé inclut un enseignement spécifique sur l’éducation colonne « éducation à la santé » en lien avec l’éducation physique dans le
à la santé. L’université du Québec à Trois-Rivières, par exemple, propose sous-thème « À chaque thème son activité » du livret pédagogique, et à
un cours (cursus) de 45 heures. Objectif : acquérir des connaissances pour prévoir des activités correspondantes. Plus largement, les coffrets seraient
travailler l’éducation à la santé à travers la compétence disciplinaire « adop- un excellent outil pour permettre à l’école de travailler collectivement le
ter un mode de vie sain et actif » et le domaine général de formation (DGF) thème « santé et bien-être ». De cette manière, chacun trouverait sa place
« santé et bien-être2 ». Dans ce cours, les étudiants travaillent sur les multi- et son intérêt à participer au projet commun.
dimensions de la santé et ses déterminants, ainsi que sur les différents Caroline Bizzoni-Prévieux, Ph.D,
modèles de planification des interventions en santé. Virginie Roy, Msc,
Depuis 2007, lors de ces formations, certains outils de l’Institut national de Département des sciences de l’activité physique,
prévention et d’éducation pour la santé (Inpes) sont utilisés (ex : les coffrets université du Québec à Trois-Rivières, Canada.
pédagogiques « Les chemins de la santé », « Libre comme l’air » et « Four-
chettes & baskets »). Les étudiants placés en équipe sont invités à analyser
1. L’École primaire québécoise a un mode de fonctionnement similaire à l’école
un outil, puis à compléter la grille d’analyse ad hoc pour porter un regard
secondaire québécoise ou le collège français : les élèves ont plusieurs enseignants.
critique sur les points forts et les suggestions d’amélioration à apporter. Il y a le titulaire de classe qui a la charge d’enseigner les disciplines telles que les
mathématiques, le français, l’univers social, et les enseignants en éducation pour
Ainsi, pour la majorité d’entre eux, les outils « Libre comme l’air » et « Four-
la santé, en musique, en arts plastiques.
chettes & baskets » semblent bien avoir leur place en éducation physique. 2. Dans le programme de formation de l’École québécoise, on retrouve différents
Ils leur procurent des clés et des pistes d’intervention pour travailler leur domaines de formation, dont « santé et bien-être », qui sont sous la responsabilité
compétence disciplinaire « adopter un mode de vie sain et actif » en s’adres- de tous les membres de la communauté éducative. Aucun cours spécifique n’est
sant directement à leur champ disciplinaire par les différents thèmes abor- présent dans le curriculum de formation des futurs enseignants peu importe leur
discipline.
dés : la nutrition et l’activité physique pour « Fourchettes & baskets », la 3. À l’Inpes, on souligne que « Les chemins de la santé » ne sont pas spécifiquement
respiration, le souffle et l’hydratation pour « Libre comme l’air ». conçus pour offrir clés en main un cadre d’activité pour l’activité physique car l’ap-
proche est plus globale : si on parle d’air, on va parler respiration et souffle, rejoi-
À l’inverse, l’utilisation des coffrets « Les chemins de la santé » leur paraît gnant ainsi l’intérêt de pratiquer l’activité physique pour développer et entretenir ces
moins évidente, cet outil offrant peu, voire pas du tout, d’activités en lien capacités.
autres alors qu’au Québec, c’est plutôt Enfin, tant en France qu’au Québec, Un travail collectif en éducation à la
le rapport à soi. Il se pourrait que cela les actions plus complexes (réseaux de santé demande une implication forte
soit lié au fait qu’en France, l’École est type 3), rassemblent les compétences des enseignants, une façon différente
tournée vers une éducation citoyenne de différents acteurs, sont de grande de penser leur métier. Leur formation
alors qu’au Québec, c’est le développe- envergure et s’inscrivent sur une durée les amène à s’approprier leur métier
ment personnel de l’enfant qui est au plus longue. C’est le cas d’une action de façon plutôt classique, « seul avec
centre des préoccupations de la com- « voyage découverte » que nous avons ses élèves dans sa classe », et à trans-
munauté éducative. Par ailleurs, les analysée, laquelle combine le rapport mettre des connaissances ancrées
interventions thématiques ponctuelles à soi, le rapport aux autres et au milieu, dans des disciplines. Avec l’apparition
telles que les interventions sur le taba- le tout sur une durée dépassant l’an- de ces nouvelles activités scolaires, ils
gisme, la sédentarité, etc., sont préférées née scolaire. En outre, cette action ont à repenser leur métier en relation
à une approche systémique de la santé. regroupe un ensemble d’initiatives avec une demande sociale et à
concertées avec la présence d’acteurs construire des pratiques collectives et
dans et hors l’école, tels que la muni- systémiques. Pour autant, ce change-
Références cipalité, les enseignants, les parents, ment de pratique ne peut être mené à
bibliographiques les animateurs. bien par les seuls enseignants : il doit
(1) Mérini C., Victor P., Jourdan D. Analyse être inscrit dans des dispositifs de for-
des dynamiques collectives de travail des Développer les réseaux mation/recherche adaptés réunissant
écoles impliquées dans le dispositif : avec une approche globale enseignants et partenaires, pour
« Apprendre à mieux vivre ensemble à En conclusion, pour travailler l’édu- construire des actions communes.
l’école ». Rapport d’étude. Laboratoire Paedi cation à la santé de façon systémique
IUFM d’Auvergne, 2009. Université Blaise- et prendre en compte sa complexité, Caroline Bizzoni-Prévieux
Pascal, Clermont-Ferrand. il est important de favoriser la consti- Professeure,
(2) Lange J.-M., Victor P. Didactique curricu- tution de réseaux de type 3 dans l’en- Université du Québec
laire et « éducation à… la santé, l’environne- vironnement scolaire. Or notre à Trois-Rivières, Canada,
ment et au développement durable » : quelles enquête démontre que, dans la majo- Corinne Mérini
questions, quels repères ? Didaskalia, 2006, rité des cas, ce sont des réseaux plus Chercheure,
vol. 28 : p. 85-100. restreints, de type 1 ou 2, qui enca- Didier Jourdan
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42 LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012
enquête
La dépression en France (2005-2010) :
prévalence, recours au soin et sentiment
d’information de la population
En population générale, selon le Baromètre santé de l’Inpes, la prévalence de l’épisode
dépressif caractérisé au cours des douze derniers mois apparaît stable entre 2005 et 2010.
En revanche, la part de personnes qui présentent des troubles dépressifs mais qui n’ont pas
utilisé les services d’un organisme, n’ont pas consulté un professionnel de la santé ou suivi
une psychothérapie, a nettement baissé, passant de 63 % en 2005 à 39 % en 2010.
Selon l’Organisation mondiale de la Diagnostic Interview - Short Form (7,8 %). Cette stabilité est observée aussi
santé (OMS), les troubles mentaux (CIDI-SF), recommandé par l’OMS, a bien chez les hommes (5,6 % en 2010 vs
constituent une des plus lourdes charges ainsi été utilisé dans le Baromètre santé. 5,1 % en 2005) que chez les femmes
en termes de morbidité dans le monde, Le recours aux mêmes méthodes et aux (10,0 % en 2010 vs 10,4 % en 2005), et
affectant environ 450 millions de per- outils diagnostiques lors d’enquêtes les prévalences par tranche d’âge sont
sonnes. Les souffrances engendrées par répétées de santé mentale permet une elles aussi relativement stables, même
les problèmes de santé mentale ainsi surveillance temporelle de la préva- s’il semble y avoir une hausse parmi les
que les répercussions économiques et lence de chacun des troubles globale- hommes de 35 à 54 ans (de 5,4 % à
sociales sont, de fait, considérables. ment et au sein des différentes 7,3 % ; p<0,05) (Tableau 1).
Ainsi, le coût annuel cumulé des troubles sous-populations. Les épisodes dépressifs caractérisés
mentaux aux Éats-Unis représenterait peuvent être classés en trois types selon
environ 2,5 % du produit national brut. Prévalence de l’épisode qu’ils sont légers, moyens ou sévères,
En Europe, la part des dépenses consa- dépressif caractérisé et en fonction du nombre de symptômes
crées aux troubles mentaux dans le coût évolution par rapport à 2005 déclarés et l’intensité du retentisse-
total des services de santé se situerait La prévalence de l’épisode dépressif ment. Ainsi, en 2010, 2,8 % des per-
entre 20 et 25 %, en ne tenant compte caractérisé (EDC) au cours des douze sonnes âgées de 15 à 75 ans ont subi
que des hospitalisations (OMS, 2011). Le derniers mois telle que mesurée par le dans les douze derniers mois un EDC
Baromètre santé de l’Inpes permet, pour CIDI-SF dans le cadre du Baromètre sévère, 4,3 % un EDC d’intensité
sa part, d’établir une estimation de la santé de l’Inpes s’élève en France, en moyenne et 0,7 % un EDC léger. Ces
survenue de l’épisode dépressif caracté- 2010, à 7,5 % parmi les 15-85 ans. Cette chiffres s’avèrent également stables par
risé et de suivre cette estimation à un prévalence est environ deux fois plus rapport à 2005 (respectivement 3,0 %,
rythme quinquennal. importante chez les femmes que chez 3,9 % et 0,9 %).
Les troubles mentaux sont suscep- les hommes. Elle est de 6,4 % parmi les
tibles d’entraîner une souffrance psy- 15-19 ans, 10,1 % parmi les 20-34 ans, Facteurs associés à l’EDC parmi
chique et/ou des retentissements sur la 9,0 % parmi les 35-54 ans et 4,4 % entre les 15-75 ans
vie quotidienne. Ils sont répertoriés au 55 et 85 ans. Parmi les hommes, la prévalence de
sein de deux classifications utilisées au Parmi les 15-75 ans, cette prévalence l’EDC est maximale parmi ceux âgés de
niveau international : la Classification apparaît stable par rapport à 2005 45 à 54 ans (10,3 %), puis diminue
internationale des maladies proposée
par l’OMS (CIM-10) et le Diagnostic
and Statistical Manual of Mental Disor- Présentation du Baromètre santé 2010
ders (DSM-IV) développé par l’Associa-
Les Baromètres santé sont des enquêtes quinquennales réalisées par téléphone. Elles interrogent
tion psychiatrique américaine. Les
la population française sur ses attitudes, comportements, connaissances et opinions en matière
controverses autour de leur pertinence
de santé. Ces enquêtes téléphoniques de type déclaratif utilisent la technique du sondage
et de la distinction entre le normal et le
aléatoire. En 2010, l’échantillon comprenait 27 653 individus.
pathologique restent très vives (1). À
Ici, l’étude porte sur les personnes ayant été identifiées comme ayant eu un épisode dépressif
partir de ces classifications, des ques-
caractérisé par le CIDI-SF au cours des douze mois précédant l’enquête, ainsi que sur celles
tionnaires standardisés ont été élaborés
d’entre elles n’ayant pas eu de recours aux soins tels que définis : 1) utilisation des services d’un
et intégrés à des enquêtes quantitatives
organisme : hôpital, association, centre, ligne téléphonique, site internet ou autre ; 2) consultation
afin d’étudier la prévalence et les fac-
d’un professionnel : psychiatre, psychologue, médecin généraliste ou spécialiste, thérapeute,
teurs associés aux troubles mentaux. Le
infirmière, assistante sociale ou autre ; 3) recours à une psychothérapie.
questionnaire Composite International
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enquête
Tableau 1. Prévalence au cours des douze derniers mois de l’épisode dépressif caractérisé violences dans les douze derniers mois
en population générale en France à partir des Baromètres santé 2005 et 2010. (OR=2,1) ou des violences sexuelles au
Ensemble Hommes Femmes cours de la vie (OR=2,3) sont associés à
2005 2010 2005 2010 2005 2010
la survenue d’un EDC. La consomma-
tion quotidienne de tabac y est égale-
n = 16 883 n = 8 238 n = 7 078 n = 3 686 n = 9 805 n = 4 552
ment associée, mais pas la consomma-
(%) (%) (%) (%) (%) (%) tion d’alcool.
Total 15-75 ans 7,8 7,8 5,1 5,6 10,4 10,0
15-19 ans 7,0 6,4 4,5 3,7 9,7 9,3 Un recours aux soins pour
20-34 ans 9,1 10,1 6,4 7,0 11,9 13,2 cause de dépression qui
35-54 ans 8,9 9,0 5,4 7,3 12,3 10,7
s’améliore nettement
Selon le Baromètre santé 2010, la
55-75 ans 5,3 4,7 3,6 2,6 6,8 6,6
part de personnes qui présentent des
Source : Baromètres santé 2005 et 2010, Inpes. troubles dépressifs mais n’ont ni utilisé
les services d’un organisme, ni consulté
Tableau 2. Personnes ayant souffert d’un épisode dépressif caractérisé dans l’année sans
un professionnel de la santé, ni suivi une
recours à un professionnel de santé, à un organisme ni à une psychothérapie (en
psychothérapie est de 39 % (Tableau 2).
pourcentage).
La part des personnes présentant un
Pas de recours à un épisode dépressif qui ne déclarent
professionnel de santé, idem + pas de recours aux aucun recours aux soins et qui n’ont pas
à une structure de soin médicaments psychotropes non plus utilisé de médicaments psy-
ni à une psychothérapie chotropes pour ces problèmes est de
2005 2010 2005 2010 32 %. On observe une baisse très nette
Ensemble 63 39 45 32 de la part de non-recours depuis 2005,
Sexe où il était de 63 %, ainsi qu’une baisse
Hommes 67 49 53 39 du recours aux médicaments psycho-
tropes seuls, ce qui est un signe encou-
Femmes 61 33 41 28
rageant pour la qualité de la prise en
Âge
charge de la dépression en France. Alors
15-24 ans 75 49 66 44 que seulement 20 % des personnes
25-44 ans 59 33 41 30 ayant eu un épisode dépressif caracté-
45-64 ans 56 39 37 28 risé dans les douze derniers mois avaient
65-75 ans 77 41 45 30 consulté un médecin généraliste pour
Statut d’activité cette raison en 2005, ils sont désormais
Travail 60 39 44 31 près de la moitié (47 %) en 2010.
Etudes 66 51 56 44 Les hommes ont un recours aux
Chômage 71 40 48 35 soins moindre que les femmes. Cette
absence de prise en charge concerne
Retraite 72 33 44 21
davantage les plus jeunes (15 à 24 ans)
Autres inactifs 53 25 33 24
et les ouvriers. La part de personnes
Profession et catégorie sociale1 consommant des médicaments sans
Cadres, professions déclarer d’autres recours aux soins est
52 37 41 36
intellectuelles supérieures particulièrement élevée pour les
Professions intermédiaires 58 34 40 26 hommes, les personnes âgées de 45 ans
Employés 66 34 43 26 ou plus et les retraités présentant un
Ouvriers 71 46 50 36 épisode dépressif. Précisons qu’entre
Autres 73 57 61 49 2001 et 2003, la France se situait dans
1. Chômeurs et retraités reclassés, étudiants et inactifs exclus. une position moyenne parmi six pays
d’Europe occidentale (Belgique,
Source : Baromètres santé 2005 et 2010, Inpes.
France, Italie, Pays-Bas, Espagne, Alle-
jusqu’à 3,6 % parmi les 55-64 ans et les hommes, mais pas la consommation magne) pour ce qui est du non-recours
1,0 % parmi les 65-75 ans. Le niveau de à risque d’alcool au sens de l’Audit-C. aux soins des personnes ayant des
diplôme ou de revenu et la situation Parmi les femmes, la prévalence de troubles de l’humeur (dont la dépres-
professionnelle ne sont pas associés à l’EDC au cours des douze derniers mois sion fait partie).
la survenu d’un EDC. En revanche, le diminue globalement avec l’âge. Le fait
fait de vivre seul (OR=1,8), d’avoir subi d’être au chômage augmente la proba- Un sentiment d’information
des violences au cours des douze der- bilité de survenue d’un EDC (OR=1,5) ; qui s’améliore, mais reste bas
niers mois (OR=3,0) ou des violences parmi les chômeuses, 17,5 % présentent La moitié de la population se sent
sexuelles au cours de la vie (OR=2,1) les symptômes d’un tel épisode, contre bien informée sur la dépression, ce qui
est fortement associé au risque d’EDC. moins de 10 % pour le reste de la popu- situe cette thématique fort loin de celles
La consommation quotidienne de tabac lation. Comme chez les hommes, le fait pour lesquelles le sentiment d’informa-
est également associée aux EDC chez de vivre seul (OR=1,4), d’avoir subi des tion est globalement très élevé (entre 85
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nationale d’information sur les troubles
Définition de l’épisode dépressif caractérisé dépressifs à la fin de l’année 2007, et des
d’après le CIDI-SF actions qui l’ont entourée. Les données
Symptômes d’évaluation de la campagne avaient
Symptômes principaux : montré de très bonnes performances en
– vivre une période d’au moins deux semaines consécutives en se sentant triste, déprimé ou termes de diffusion et de réception du
sans espoir, pratiquement toute la journée, presque tous les jours ; message aussi bien auprès du grand
– vivre une période d’au moins deux semaines consécutives en ayant perdu intérêt pour la plupart public que des professionnels de santé
des choses, pratiquement toute la journée, presque tous les jours. interrogés. Parallèlement, l’étude d’im-
Symptômes secondaires : pact du livret d’information diffusé dans
– se sentir épuisé ou manquer d’énergie plus que d’habitude ; le cadre de la campagne avait montré
– avoir pris ou perdu au moins cinq kilos ; (suivi à trois mois) une évolution signi-
– avoir plus que d’habitude des difficultés à dormir ; ficative des connaissances, croyances et
– avoir beaucoup plus de mal que d’habitude à se concentrer ; attitudes sur la dépression.
– avoir beaucoup pensé à la mort ; En termes d’information, le niveau
– avoir perdu intérêt pour la plupart des choses comme les loisirs, le travail ou les activités qui reste assez bas malgré cette hausse enre-
donnent habituellement du plaisir. gistrée entre 2005 et 2010. Toutefois,
Types de troubles l’opportunité d’une nouvelle action très
Épisode dépressif caractérisé : au moins quatre symptômes (dont au moins un symptôme visible sur cette pathologie serait à dis-
principal) et ses activités habituelles perturbées par ces problèmes. cuter à la lumière des controverses
Épisode dépressif caractérisé léger : un maximum de cinq symptômes et ses activités récentes sur la légitimité de la distinction
légèrement perturbées. entre tristesse et dépression, qui s’inscri-
Épisode dépressif caractérisé sévère : un minimum de six symptômes et ses activités beaucoup vent dans la continuité d’une réflexion
perturbées. sur la délimitation entre le normal et le
Épisode dépressif caractérisé : tous les cas entre légers et sévères. pathologique, avec notamment la
crainte d’une surmédicalisation de la
et 92 %), comme le tabac, la contracep- n’est le cas que d’un tiers des 75-85 ans. souffrance psychique qui serait orches-
tion, l’alcool et le sida. Il faut toutefois Parmi les femmes, ce sentiment d’être trée par l’industrie pharmaceutique (2).
souligner la hausse significative du sen- mal informé passe de 55 % à 15-19 ans Signalons par ailleurs que certains
timent d’information sur la dépression : à 36 % à 75-85 ans. Le sentiment d’infor- acteurs et organisations centrées sur
50 % en 2010 contre 45 % en 2005. Les mation n’apparaît pas lié au niveau de d’autres troubles psychiatriques reven-
hommes se sentent globalement moins diplôme. En revanche, il semble moins diquent que l’attention des pouvoirs
bien informés que les femmes à propos bon parmi les personnes en détresse publics porte aussi sur d’autres patholo-
de la dépression. Le sentiment d’infor- psychologique (au sens du MH51). Le gies mentales, en particulier lorsque
mation croît de façon continue avec statut d’activité n’apparaît pour sa part celles-ci sont très invalidantes.
l’âge chez les hommes comme chez les pas du tout discriminant.
femmes, avec les deux tiers des jeunes Cette hausse du sentiment d’informa- François Beck
hommes de 15-19 ans se déclarant mal tion sur la dépression s’inscrit dans le Chef du département
informés sur la dépression alors que ce contexte de la première campagne Enquêtes et analyses statistiques,
Romain Guignard
Statisticien, chargé d’études et de recherche,
Pour en savoir plus Inpes.
Beck F., Gautier A., Guignard R., Richard J.-B. dir. Baromètre santé 2010. Attitudes et compor-
tements de santé. Saint-Denis : Inpes (à paraître). 1. La détresse psychologique a été mesurée grâce au
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des savoirs, 2009 : 384 p.
beh_35_36_2008.pdf
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cinésanté
À perdre la raison
Les relations entre les individus sont parfois destructrices. Dans À perdre la raison, une
jeune mère finit par commettre l’irréparable, piégée dans une relation ayant généré dépen-
dance et culpabilité. Un triangle infernal entre trois êtres. Un film qui permet d’interroger
les questions de genre, de domination, de dépendance et de générosité dévoyée.
a récemment bouleversé l’opinion
publique en Belgique –, le spectateur
en vient sans doute à s’interroger sur la
manière dont un bonheur familial
apparent peut se transformer progres-
sivement en étouffement, puis en un
sentiment de dépossession extrême.
À perdre la raison ne prétend pas
tracer de limite claire entre le normal et
le pathologique – toutes les épouses
malheureuses en ménage ne commet-
© Fabrizio Maltese/ef images/efp
tent heureusement pas de gestes aussi
extrêmes – mais pose à chacun la ques-
tion de ses propres limites et de ses
propres normes… Les débats suscités
par le film révèlent en tout cas une
grande diversité de perceptions liées
tant à la situation mise en scène qu’au
Un film de Joachim Lafosse quer – le drame qui s’est progressive- sens à lui donner.
Belgique, 2012, 1 h 54 ment noué entre les personnages.
Avec Émilie Dequenne, Niels Arestrup, Suggestion d’animation
Tahar Rahi À quel public s’adresse le film ? De la même façon que le fait divers,
Ce film s’adresse davantage à un dont le film est inspiré, a suscité la stu-
public adulte, capable d’entrer en peur dans l’opinion publique, À perdre
Le film empathie avec des personnages dont la raison peut provoquer différentes
À perdre la raison commence abrup- les réactions peuvent dérouter ou sus- formes d’incompréhension et de rejet,
tement par l’annonce d’un drame, la citer des résistances diverses. La vio- notamment auprès d’un public adoles-
mort des quatre jeunes enfants d’une lence des faits rapportés, à savoir un cent. Si l’histoire racontée décrit effec-
femme, Murielle, elle-même hospitali- infanticide – même si aucun geste n’est tivement une longue dégradation psy-
sée après une tentative de suicide. Le montré comme tel –, risque par ailleurs chologique, le geste meurtrier conserve
cinéaste remonte aussitôt le fil de l’his- de susciter des sentiments très vifs chez indéniablement une violence irréduc-
toire avec la demande en mariage que certains spectateurs qui se révéleront tible à toute explication, et certains
Mounir avait adressée à Murielle, qu’il parfois incapables de dépasser leur seront tentés de condamner morale-
aime manifestement et qui semble tout émotion première. ment aussi bien le personnage que
aussi amoureuse de lui. Entre ces deux l’auteur du film (accusé, par exemple,
événements terriblement contrastés, le Relations avec la problématique de se complaire dans le morbide).
film déplie les « mécanismes » souterrains santé
qui ont conduit à cette issue tragique. Comme on l’a déjà remarqué dans En situation d’animation, il convien-
Joachim Lafosse n’opère pas de cette rubrique, le cinéma de fiction pro- dra certainement, dans un premier
façon démonstrative et laisse au spec- pose rarement de « bons » modèles de temps, de laisser à chacun l’occasion
tateur la liberté de comprendre, d’inter- comportement, mais donne plutôt l’oc- d’exprimer ses réactions spontanées
préter mais aussi de juger les compor- casion de questionner des situations par rapport à cette situation exception-
tements des uns et des autres. Son problématiques qui révèlent les enjeux nelle. Ensuite, l’on suggérera d’appro-
regard n’est cependant pas neutre, et il souvent contradictoires auxquels cha- fondir la réflexion en mettant en parti-
souligne notamment les éléments d’une cun d’entre nous peut être confronté en culier l’accent sur l’intention supposée
dynamique familiale « perverse » (même matière de santé. Dans le cas du film de de l’auteur du film qui ne se contente
si aucun des personnages ne mérite Joachim Lafosse, qui met en scène une pas de rapporter un fait divers et qui
sans doute un tel qualificatif) qui éclaire situation tout à fait exceptionnelle – le s’attarde au contraire sur tous les évé-
– sans néanmoins totalement l’expli- cinéaste s’est inspiré d’un fait divers qui nements qui ont précédé ce drame1 :
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cinésanté
que cherche-t-il à expliquer aux spec-
tateurs à travers cette évocation de
l’existence quotidienne d’un couple
apparemment « sans histoires » ?
La réponse à ces questions n’est pas
évidente car le propos du cinéaste n’est
pas explicite, même si l’on perçoit faci-
lement la dégradation psychologique
© Fabrizio Maltese/ef images/efp
du personnage de Murielle. Beaucoup
de spectateurs signalent cependant
spontanément leur malaise (ou leurs
réserves) face à certaines situations
mises en scène et qui leur semblent
« anormales » ou « malsaines ». Cette
première piste de réflexion à soumettre
aux participants pose ainsi la question
de la « normalité », en particulier au sein sonnages. Murielle semble ainsi s’occu- considère le processus cumulatif décrit
de la cellule familiale. per seule des tâches ménagères et des par petites touches par le cinéaste.
enfants, même si les deux hommes lui
Déséquilibres donnent à plusieurs reprises un coup Des personnages piégés par
On remarquera que le public affiche de main : paradoxalement cependant, des contraintes
souvent une tolérance de principe face c’est le docteur qui semble le plus Certains spectateurs seront tentés de
à la diversité des comportements indivi- prompt à l’aider ; mais c’est lui aussi qui faire porter la responsabilité (sinon la
duels (« chacun fait ce qu’il veut »), affi- la poussera à renoncer à son propre culpabilité) de ce drame non pas à la
chant une mise à distance des normes travail d’institutrice pour s’occuper plus mère infanticide mais aux deux
qui restent néanmoins prégnantes. Le « facilement » de ses enfants. hommes qui l’entouraient au point sans
caractère extrême et exceptionnel de la Le voyage de Mounir au Maroc, sous doute de l’étouffer comme on peut en
situation oblige, en revanche, les spec- prétexte qu’il a besoin de repos, appa- avoir l’impression à plusieurs moments
tateurs à sortir de cette réserve appa- raît comme le sommet de ce déséqui- du film. Un tel renversement, qui pren-
rente et à questionner le caractère plus libre puisque le jeune homme échappe dra facilement des accents féministes,
ou moins « normal » de la situation fami- au huis-clos familial alors que son mérite également d’être discuté dans la
liale de Murielle. épouse semble à ce moment complè- mesure où les personnages masculins,
tement épuisée. Des remarques parfois loin d’être décrits de façon caricaturale,
Parmi les événements qui peuvent plus anodines traduisent la même iné- apparaissent plutôt comme animés de
susciter débat : la cohabitation entre le galité des rôles sexués, notamment bonnes intentions et apportant souvent
jeune couple formé par Mounir et celle du docteur qui, à l’annonce de la leur aide à la jeune femme. C’est le cas
Murielle, et André, le docteur devenu quatrième grossesse de Murielle, en particulier d’André, le père adoptif,
le père adoptif du jeune homme. On déclare : « cette fois, tu nous feras un qui semble au premier abord très bien-
remarque que Mounir, le jeune mari, garçon ! ». veillant, aidant financièrement le jeune
est rapidement engagé par son père couple, ne demandant semble-t-il rien
adoptif pour travailler comme secré- Stratégie de culpabilisation en retour, n’hésitant pas à plusieurs
taire dans son cabinet. Les interactions entre les person- reprises à s’occuper des enfants lorsque
nages révèlent également un déséqui- leur mère est en difficulté.
Un espace intime confus libre constant entre la mère et les deux Mounir lui-même, qui paraît sans
et mal délimité hommes. Ainsi, lors de la chute d’un doute plus égoïste, est également à
Même si le montage de Joachim enfant dans l’escalier, Mounir s’emporte l’écoute de sa femme ; mais plusieurs
Lafosse accentue cette impression, l’es- contre sa femme qui aurait oublié de séquences révèlent le système de
pace de l’appartement occupé par le fermer la barrière alors que lui-même contraintes dans lequel est pris le jeune
trio (auquel s’ajoutent rapidement les était censé le surveiller. Mais, comme il homme : s’il acquiesce d’abord à une
quatre enfants) apparaît alors comme s’excuse ensuite de s’être emporté, suggestion de Murielle (de s’installer au
passablement confus, mal délimité : le Murielle, déjà complètement culpabili- Maroc), il doit ensuite affronter la
docteur entre dans la chambre du jeune sée, ne peut évidemment lui faire sourde colère de son père adoptif qui
couple, la jeune femme nettoie le linge aucun reproche. Or, cette stratégie de s’estime abandonné et trahi, et Mounir
des uns et des autres et le range dans culpabilisation de la jeune femme se se sent alors effectivement incapable
les armoires sans qu’aucun espace répète à plusieurs reprises, qu’il s’agisse d’une telle ingratitude (« Je peux pas lui
propre ne semble réservé soit au couple des reproches de Mounir à l’égard de faire ça », dira-t-il un peu plus tard), ce
soit au père adoptif… la sœur de Murielle, ou de ceux que lui qui l’amène à rejeter le seul projet
Malgré cet aspect « fusionnel », beau- adresse le docteur à d’autres occasions. affirmé de Murielle.
coup de spectateurs seront également Le film de Joachim Lafosse oblige à Il est ainsi intéressant de réfléchir
sensibles à la différenciation des rôles s’interroger sur les effets possibles de avec les participants sur la dynamique
qui s’installe rapidement entre les per- telles situations, notamment lorsqu’on interne de ce trio de personnages en
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cinésanté
La deuxième dimension significative
est alors le processus de culpabilisation
à l’encontre de Murielle. S’il est « natu-
rel » pour des enfants de vouloir quitter
leurs parents, André joue un rôle beau-
coup plus ambigu – qui est relevé à
plusieurs reprises –, celui de quelqu’un
qui a choisi d’être un père d’adoption
pour Mounir mais aussi pour d’autres
© Fabrizio Maltese/ef images/efp
membres de sa famille. La dette à son
égard n’en est donc que plus grande
comme il le rappelle brutalement au
jeune homme (« Je me saigne pour toi
depuis vingt ans »). Mais autant il paraît
généreux, autant il culpabilise dès lors
Murielle comme une mauvaise « fille »
mais aussi comme une mauvaise
adoptant une démarche systémique2 : Le triangle se schématise ainsi : « mère », incapable de s’occuper correc-
est-il possible de comprendre les méca- André occupe une position supérieure, tement de sa « smala ».
nismes profonds et sans doute déséqui- Mounir se situe au milieu et Murielle Enfin, on peut s’interroger avec les
librés des relations entre ces trois per- tout en bas. Mais ce déséquilibre est participants sur le fait que Murielle
sonnages ? On peut notamment suggérer apparemment compensé par la géné- n’exprime jamais sa volonté de faire un
aux participants de construire une repré- rosité du père adoptif et la gentillesse choix. Ainsi, c’est Mounir qui lui fait
sentation schématique de la situation du mari… une demande en mariage (et l’on n’en-
avec des flèches de différentes formes La discussion pourra ainsi se pour- tendra pas sa réponse) ; puis elle
pour montrer l’orientation et la nature suivre sur la manière dont Murielle s’est connaîtra trois grossesses successives
des relations en cause. retrouvée enfermée dans cette dyna- acceptées mais pas vraiment décidées ;
mique familiale déséquilibrée. De par ailleurs, elle s’occupera aussi bien
Un triangle relationnel jeunes spectateurs seront sans doute de ses enfants que de l’ensemble du
déséquilibré moins sensibles à un « engrenage » dont ménage sans qu’à aucun moment elle
Ce trio de personnages ne constitue il leur paraît aisé de s’extraire, précisé- n’ait explicitement accepté ce rôle.
pas un triangle équilibré, même si, au ment parce qu’ils sont à un âge où l’on La seule décision à laquelle elle
début du film, Murielle et Mounir for- commence à envisager une première prendra part sera l’éventuel déménage-
ment apparemment un couple égali- rupture (ou au moins une prise de dis- ment au Maroc, mais celui-ci sera fina-
taire. On comprend immédiatement tance) avec la famille d’origine. Cet lement refusé par les deux hommes. À
que la relation entre Mounir et son père enlisement progressif est sans doute à l’inverse, Mounir ou le docteur lui font
adoptif est beaucoup plus intense et l’opposé du goût pour la liberté qui des « offres » qu’elle ne peut pas refuser,
durable que celle qu’entretiendront caractérise l’adolescence et le début de qu’il s’agisse de la demande en mariage
– presque de façon forcée – André et l’âge adulte (bien analysé par le socio- ou de la proposition d’aller cohabiter
Murielle. En outre, par rapport au logue Jean-Claude Kaufmann), et il est avec André… La jeune femme est ainsi
couple, André est dans une position sans doute difficile de comprendre prise dans une situation qu’elle ne
dominante puisqu’il donne du travail à alors comment des liens affectifs peu- semble pas avoir décidée, ce qui révèle
Mounir, fournit un logement aux jeunes vent se transformer en une sorte de sans doute l’importance de ce non-
gens, les entretient financièrement, etc. piège auquel l’individu ne trouve choix permanent dans le processus de
Et de cette dette, Mounir se sent beau- aucune issue. dégradation continue. Et le seul choix
coup plus redevable puisque sa rela- qui lui restera sera alors celui du pire…
tion à André est beaucoup plus forte. Un non-choix…
Par ailleurs, le couple que forment On suggérera trois pistes de discus- Michel Condé
Murielle et Mounir se révèle rapide- sion et de réflexion à ce propos. La Docteur ès lettres, animateur,
ment déséquilibré avec l’arrivée des première porte sur toutes les formes de Centre culturel Les Grignoux,
enfants, dont la jeune femme doit s’oc- dons qui impliquent une réciprocité Liège (Belgique).
cuper de façon principale sinon exclu- dont les limites restent indéfinies. Le
sive. En outre, la responsabilité – au personnage d’André (remarquable- 1. On ne parlera ici que du film et en aucune façon
sens le plus fort du terme – des enfants ment interprété par Niels Arestrup) des événements dont il est plus ou moins inspiré. La
fiction suggère des pistes d’interprétation qui ne por-
lui incombe entièrement, aux yeux de apparaît ainsi comme très bienveillant, tent pas sur le fait divers en soi mais qui peuvent inter-
son mari comme de son beau-père en particulier au début du film, et ne peller chacun d’entre nous de façon plus ou moins
adoptif. Et si l’argent d’André « des- donne pas l’impression de vouloir s’im- proche, plus ou moins lointaine.
2. Rappelons que l’approche systémique développée en
cend » vers le couple par l’intermédiaire miscer dans la vie du jeune couple ; psychologie par l’école de Palo Alto met l’accent sur le
de Mounir, c’est à la jeune femme qu’il mais d’autres scènes plus tardives révè- système familial et sur les interactions entre les indi-
incombe in fine de « rembourser » cette lent l’emprise affective qu’il exerce sur vidus dans ce système. Il ne s’agit bien sûr ici que
d’apporter un éclairage à une situation et non pas de
dette, ne serait-ce qu’en faisant le linge le jeune homme et indirectement sur sa prendre position en faveur de l’une ou l’autre
des deux hommes. femme. méthode thérapeutique.
48 LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012
lectures
Ados et prises de risques. Santé, égalité, solidarité.
Quelles actions de communication Des propositions pour humaniser la santé
pour les sensibiliser aux dangers du tabac, Sous la direction de Jean-François Mattéi
de l’alcool, de la route, etc. ? et Claude Dreux
Raphaëlle Camous Comment replacer l’humain au centre des
Cet ouvrage, rédigé par une professionnelle du marke- préoccupations des professionnels de
ting et de la communication, présente une méthodolo- santé et des acteurs psychosociaux ? Les
gie permettant de construire des dispositifs de commu- auteurs de cet ouvrage collectif dévelop-
nication pertinents pour sensibiliser les adolescents aux pent, dans leur champ d’expertise, la
dangers liés à certaines prises de risques. Il souligne notion « d’humanisme actif ». Il s’agit ici de
la nécessité pour les médias de prendre en compte les tenir compte de la complexité des indivi-
nouveaux modes de communication des adolescents dus par une prise en charge globale :
dans la mise en place de campagnes de prévention. médicale, psychologique et sociale, afin
L’ouvrage passe successivement en revue la construc- d’aider chaque individu à acquérir une qua-
tion identitaire et les comportements de prises de lité de vie meilleure. Une attention particulière est portée aux
risques des adolescents. La culture des 13-18 ans, personnes en situation de précarité.
leurs rapports aux médias, à la communication et la La déshumanisation de la santé serait principalement liée à deux
publicité sont ensuite abordés. L’auteur montre que la perception que les aspects : une économie de la santé détenant trop souvent un
adolescents ont du danger est particulière et que les messages de préven- rôle central lors de la mise en œuvre d’actions, et une judiciari-
tion doivent être adaptés. L’ouvrage s’achève par une analyse approfondie sation de la médecine conduisant à considérer chaque patient
de deux campagnes de prévention Boire trop, des sensations extrêmes de comme un plaignant potentiel. Les grands thèmes suivants vien-
l’Inpes en 2008 et Insoutenable de la Sécurité routière en 2010. nent alimenter cette réflexion : nécessité de repenser l’huma-
Des fiches repères, des fiches méthodologiques et des exemples concrets nisme médical (par la formation des personnels de santé et
illustrent la complexité de mise en œuvre des campagnes de prévention l’éducation pour la santé à l’école), santé responsable et
auprès des adolescents. citoyenne (prévention, dépistage et vaccination), prise en
charge personnalisée (comme l’éducation thérapeutique), mobi-
Sandra Kerzanet lisation contre les inégalités, etc. L’ouvrage se conclut par une
synthèse de propositions sur les réformes à entreprendre pour
Cormelles-le-Royal : Management et Société, 2011, 204 pages, 19,50 €. aider à préserver et améliorer la qualité de vie de chacun.
Céline Deroche
Prévention des conduites addictives Paris : Springer, 2011, 325 pages, 35 €.
et animation
MILDT, ministère de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et de la Vie
associative, ministère des Sports Innover contre les inégalités de santé
Sous la direction de Pierre-Henri Bréchat et Jacques Lebas
Élaboré dans le cadre du plan gouvernemental de
lutte contre les drogues et les toxicomanies 2008- Cet ouvrage collectif, qui réunit nombre de profes-
2011, ce guide méthodologique est destiné aux sionnels et acteurs de la prise en charge des
organismes qui assurent la formation aux diplômes patients précaires, n’aborde pas la question des
d’État des encadrants de l’animation. Il propose inégalités de santé sous l’angle du « gradient
différents apports théoriques, réglementaires et social » qui caractérise les inégalités sociales de
pratiques sur les conduites addictives dans les santé, mais traite plutôt des populations les plus
milieux de loisirs. Il peut être utilisé en milieu sco- défavorisées ou vulnérables.
laire, universitaire, sportif, éducatif, de loisirs. La précarité est analysée sous différents angles :
Conçu comme un outil aisément adaptable aux l’accès aux soins, la prise en charge interdiscipli-
différents niveaux de formation et de responsabi- naire, les structures, dispositifs et financement.
lité visés et aux contextes, ce guide contient des Les enjeux de santé et de société autour de la précarité et de la vul-
textes de référence et des présentations techniques et pédagogiques. nérabilité sont abordés en dernière partie. L’ouvrage développe des
Les équipes de formation y trouveront toutes les informations nécessaires concepts et modèles opérationnels présentés en introduction comme
à l’élaboration d’un projet de formation intégrant la thématique de la pré- innovants, tels que les concepts de « patients complexes » (regrou-
vention des conduites addictives. pant migrants, personnes âgées, patients atteints de maladies chro-
niques, etc.), ou celui de « centre de santé primaire polyvalent » ; les
S. K.
coopérations entre professionnels de santé ; ou encore un modèle
d’allocation de ressources au sein des territoires qui prend en compte
Paris : MILDT, 2012, 46 pages, gratuit. la notion de « handicap social ».
En ligne : http://www.drogues.gouv.fr/fileadmin/user_upload/site-
pro/04_actions_mesures/05_actions_2008-2011/Milieu_loisirs/pdf/ Olivier Delmer
guide_conduites_addictives_et_animation_04_2012_djepva_mildt.pdf Rennes : Presses de l’EHESP, 2012, 496 pages, 35 €.
LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012 49
lectures
Santé et conditions de vie des étudiants. Health promotion settings:
Enquête nationale et synthèses régionales principles and practice
Sous la direction d’Angela Scriven et de Margaret Hodgins
La Mutuelle des étudiants
L’ouvrage d’Angela Scriven et de Marga-
Écrit par La Mutuelle des étudiants (LMDE) et coédité
ret Hodgins allie données scientifiques,
par la Mutualité française et Rue des écoles, cet
exemples tirés de la vie réelle et études
ouvrage dresse un panorama de l’état de santé et de
de cas. Il montre comment une
la situation économique et sociale des étudiants en
approche environnementale (lieux de
France. Il présente les résultats de la troisième
travail, écoles, quartiers, villes, prisons)
Enquête nationale sur la situation sanitaire et sociale
en promotion de la santé peut fonction-
des étudiants (ENSE3), à l’initiative de la LMDE,
ner aujourd’hui.
conduite par l’observatoire Expertise et prévention
pour la santé des étudiants (EPSE) et l’Institut français Les deux coordinatrices de l’ouvrage
d’opinion publique (Ifop). sont entourées d’une équipe composée
de spécialistes en promotion de la
Huit mille cinq cents étudiants, de tout âge et de santé, de professionnels de la santé publique, d’universitaires
toutes académies, ont répondu à un questionnaire portant sur les thématiques et de chercheurs. Ils présentent notamment des projets
suivantes : conditions de vie, état de santé et recours aux soins, santé psy- locaux, nationaux, et internationaux, somme de leurs idées,
chique, consommations de tabac, d’alcool, de cannabis et autres produits, recherches, expériences concrètes. Les auteurs dressent
vie affective et sexuelle, habitudes alimentaires, rythmes de vie et loisirs. Les ainsi les cadres et les processus utiles à la fois aux profession-
résultats nationaux sont déclinés en synthèses régionales présentées sous nels et aux étudiants qui travaillent à l’amélioration de la santé
la forme de fiches détaillant les problématiques propres à chaque territoire. et s’appuient sur l’approche des milieux de vie en promotion
Céline Deroche de la santé. Cette approche environnementale est considérée,
dans cet ouvrage, comme un moyen d’engager les membres
Paris : LMDE, Mutualité française, Rue des écoles, 2012, 299 pages, des communautés, de construire des partenariats, de s’atta-
19,50 €. quer aux déterminants de santé pour une promotion de la
santé viable.
Valérie Verdier
25 techniques d’animation
pour promouvoir la santé Thousand Oaks : SAGE Publications Ltd, 2012, 258 pages,
Alain Douiller et coll. 23,87 €.
Préface de Bertrand Garros
Addictions, sexualité, nutrition, estime de soi, handi- Baromètre cancer 2010
caps, des sujets parmi d’autres susceptibles de faire Sous la direction de François Beck et d’Arnaud Gautier
l’objet d’interventions auprès de groupes dans un
objectif de promotion de la santé. Comment se prépa- Le premier Baromètre cancer, enquête
rer à l’animation de tels groupes ? Quelle technique thématique réalisée en population géné-
utiliser pour rendre les participants actifs, les aider à rale, publié en 2005, s’inscrivait dans le
s’exprimer, les faire débattre sur ces sujets souvent cadre du premier Plan cancer (2003-
sensibles et les accompagner dans leurs propres che- 2007). La deuxième vague, lancée en
mins vers la santé ? 2010 dans le cadre d’une collaboration
Dans ce guide, l’auteur, Alain Douiller, éclaire ces ques- entre l’Institut national du cancer (INCa)
tions à partir de son expérience et de celles de plu- et l’Inpes, vient de paraître en juin 2012.
sieurs autres acteurs de terrain. Directeur du comité d’éducation pour la santé Un échantillon représentatif de quatre
de Vaucluse, il développe, depuis vingt ans, des projets, forme des acteurs mille personnes de 15 à 85 ans a été
et anime des groupes en promotion de la santé. Pour écrire cet ouvrage, il interrogé, par téléphone, sur ses opi-
s’est entouré de la compétence d’autres formateurs : Pierre Coupat, Emilie nions et attitudes concernant les fac-
Demond, Sabine Gras, Laurence Marinx, Chantal Patuano et Dany Rebuffel. teurs de risque du cancer, sur ses représentations de la mala-
Après un rappel des fondements de la promotion de la santé, il amène le die, l’image des malades et la qualité perçue des soins. La
lecteur à s’interroger sur ses intentions et ses valeurs, puis présente la reprise de la méthodologie antérieure permet de mesurer les
démarche projet et plusieurs notions de dynamique de groupe. Il détaille évolutions et les avancées réalisées entre les deux enquêtes
25 techniques d’animation sélectionnées pour leur intérêt selon le même mais aussi les progrès qui restent à accomplir, en particulier
canevas pratique (description, objectifs, public, taille du groupe, durée mini- dans le domaine des inégalités sociales de santé. Leur réduc-
mum) et les illustre d’exemples d’utilisation. Enfin, il fournit au lecteur un tion est un élément pivot du deuxième Plan cancer (2009-
tableau pour l’aider au choix d’une technique adaptée à ses objectifs et donne 2013).
des conseils pour l’évaluation.
Saint-Denis : Inpes, coll. Baromètres santé, 2012,
Brignais : Le Coudrier, coll. Outils pour la santé publique, 2012, 275 pages, gratuit. En ligne : http://www.inpes.sante.fr/
191 pages, 29,50 €. CFESBases/catalogue/pdf/1405.pdf
50 LA SANTÉ DE L’HOMME - N° 421 - SEPTEMBRE-OCTOBRE 2012
Mangerbouger.fr
Créé en 2004, le site mangergerbouger.fr évolue régulièrement pour
répondre aux nouvelles attentes du grand public et des différents
professionnels qui bénéficient de rubriques dédiées.
Il aide chacun à mieux s’alimenter et à pratiquer une activité physique
régulière, en proposant :
menu pour consommer 5 fruits et légumes par jour, un menu économique,
une recette express, une idée de pratique d’activité physique.
redeviennent des occasions d’échange où les internautes peuvent
consulter les recettes et astuces postées par chacun et rejoindre eux-
mêmes la communauté.
planning des menus de la semaine…
Pour les professionnels, de nouveaux contenus sont mis en ligne
constituer une banque d’initiatives labellisées.
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Vous souhaitez développer un projet de promotion de la santé ? Les Ireps, instances régionales
d’Éducation et de Promotion de la santé, mettent à votre disposition leurs expertise et savoir-faire.
Évaluation
Retrouvez leurs coordonnées sur le site de leur fédération :
www.fnes.fr
La pilule est une contraception efficace.
Toutefois, si vous l’oubliez souvent,
Réf. Inpes 125-42112-R
parlez-en à un professionnel de santé.
Il vous aidera à trouver la contraception
qui vous convient. Plus d’informations sur
www.choisirsacontraception.fr
Getty/P. Hall
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