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Les dommages � long terme de la consommation du cannabis – un probl�me sous-estim�?

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Les dommages � long terme de la consommation du cannabis – un probl�me sous-estim�? Powered By Docstoc
					Les dommages à long terme
de la consommation du cannabis –
un problème sous-estimé?


                                                                                   Introduction
Quintessence
b Tout comme les cigarettes, les joints de cannabis produisent environ 4000        Le cannabis est aujourd’hui la drogue illégale la
substances chimiques différentes qui ont un potentiel cancérigène connu et         plus répandue en Suisse. Un cinquième environ
un certain nombre d’autres maladies et effets potentiels sur la santé restant      de la population suisse a déjà fumé au moins une
à ce jour encore inexplorés.                                                       fois du cannabis dans sa vie. En particulier chez
                                                                                   les adolescents suisses, la prévalence de la
b On peut s’attendre à long terme à des dommages somatiques possibles, no-
                                                                                   consommation de cannabis a énormément aug-
tamment respiratoires, dus à la consommation régulière de joints de cannabis.
                                                                                   menté au cours des vingt dernières années. Dans
b On ignore si la consommation de cannabis pourrait être délétère chez les pa-     le dernier questionnaire de santé, plus de 6%
tients présentant des maladies cardiovasculaires mais cela semble vraisemblable.   des moins de 25 ans disaient fumer du cannabis
                                                                                   au moins une fois par semaine [1].
b La tératogénicité de la consommation de cannabis pendant la grossesse sem-
                                                                                   La fumée des joints de cannabis contient, comme
ble être cliniquement négligeable. On a toutefois noté des anomalies cognitives
                                                                                   celle des cigarettes habituelles, différentes subs-
pendant l’enfance après une exposition au cannabis in utero.
                                                                                   tances en partie cancérigènes, comme par exem-
b On peut s’attendre à long terme à ce que les effets négatifs de la consomma-     ple le benzopyrène [2]. On doit donc s’attendre
tion régulière de cannabis sur le psychisme s’exercent principalement chez les     à ce que des fumeurs réguliers de cannabis pré-
patients schizophrènes au cours de l’évolution de la maladie.                      sentent des lésions somatiques tardives simi-
                                                                                   laires à celles des fumeurs exclusifs de tabac.
b L’association entre consommation de cannabis et dépression semble être sur-
tout due à des facteurs communs qui augmentent aussi bien le risque de consom-     De même, il faut craindre la survenue potentielle
mation de cannabis que celui de dépression.                                        de lésions psychiques tardives. L’influence d’une
                                                                                   consommation plus ou moins régulière de can-
b Chez les adolescents, les problèmes psychosociaux sont plus fréquemment          nabis sur l’émergence, voire l’évolution, de trou-
à l’origine de la consommation de cannabis que l’inverse.                          bles psychotiques et dépressifs en général, et
b On a rapporté des déficits portant sur les performances cognitives à l’âge       sur des traits de personnalité et des capacités
adulte liés à la consommation chronique de cannabis; ces déficits étant toute-     cognitives, notamment mnésiques, dans des
fois réversibles après l’arrêt de la consommation.                                 sous-groupes vulnérables, est en partie contro-
                                                                                   versée. Citons également le débat sur l’origine du
b Malgré le nombre relativement faible de lésions tardives confirmées, il est      syndrome amotivationnel. Pour finir, le rôle du
médicalement prouvé qu’il faut déconseiller de fumer du cannabis et de le consi-   cannabis comme drogue d’introduction aux dro-
dérer comme une source de plaisir.                                                 gues dures («gateway drug») n’est pas avéré.
                                                                                   Dans un autre ordre d’idées, le débat porte aussi
Summary                                                                            sur le bénéfice médical possible du cannabis dans
Long term adverse effects of cannabis –                                            toute une série d’affections médicales. L’intérêt
                                                                                   du produit a déjà été démontré dans quelques cas
an underestimated problem?
                                                                                   en pratique quotidienne. Le champ d’utilisation
b Cannabis smoking results in the uptake of some 4000 different chemical           potentiel du cannabis, voire de cannabinoïdes in-
compounds. While some of these possess well-known carcinogenic properties,         dividuels, inclut les applications thérapeutiques
the effects of others are at present unknown.                                      suivantes: douleurs, nausées induites par la chi-
                                                                                   miothérapie, états de carences alimentaires, spas-
b Possible adverse long-term effects on the respiratory system of habitual
                                                                                   ticité (par exemple dans la sclérose en plaques) et
smokers are probably to be expected.
                                                                                   le syndrome de dénutrition (cachexie) chez les
b There is suggestive evidence of adverse consequences from cannabis use in        malades du sida. On dit depuis peu que les canna-
patients with a compromised cardiovascular system.                                 binoïdes auraient des propriétés neuroprotectri-
b Cannabis use during pregnancy does not appear to be teratogenic. However,        ces également intéressantes. On veillera naturel-
some cognitive functions of children exposed to cannabis in utero appear to be     lement pour d’éventuelles utilisations médicales à
adversely affected.                                                                prescrire une forme de présentation dont la prise
                                                                                   sera la moins dangereuse possible.
                                                                                       tabac qui avaient une consommation hebdoma-
b Long term negative effects of chronic cannabis use on mental health are              daire de cannabis, et un risque trois fois plus
primarily observed on the long run in case of schizophrenia.                           élevé d’une dépendance à la nicotine dans un
b The association of cannabis use with depression apparently stems from                délai de trois ans chez des consommateurs quo-
shared genetic or environmental factors.                                               tidiens de cannabis pendant deux ans. Dans
                                                                                       le cas où ces résultats se confirmeraient et
b Psychosocial problems of young people are a cause of chronic cannabis use            qu’adolescents et jeunes adultes auraient plutôt
rather than the reverse.                                                               tendance, par leur consommation de joints, à
b Cognitive impairment in chronic cannabis users seems to be reversible after          consommer de la nicotine et à en dépendre, cela
cannabis use has stopped.                                                              signifierait aussi que ces consommateurs pour-
                                                                                       raient souffrir de dommages à long terme dus au
b From the medical point of view there is sufficient evidence to advise against        tabac, et notamment à la consommation de ciga-
cannabis use for recreational purposes.
                                                                                       rettes. Le cannabis a maintes fois fait ses preu-
                                                                                       ves dans le traitement des douleurs cancéreuses
                                                                                       et dans les nausées induites par la chimiothéra-
                                                                                       pie. Dans beaucoup de pays, le TCH chimique-
                                Lésions somatiques à long terme                        ment pur est autorisé comme médicament sous
                                                                                       le nom de Dronabinol et peut aussi être demandé
                                Au centre de l’intérêt se trouvent les conséquen-      en Suisse par prescription spéciale/importation.
                                ces d’une consommation de cannabis sur les             Par son effet, il se distingue en partie essentiel-
                                voies respiratoires, le système cardiovasculaire,      lement par le mélange de cannabinoïdes qui se
                                le système endocrinien, le système immunitaire,        trouve en quantité variable dans le chanvre.
                                sans oublier les conséquences de la consomma-          Des rapports sur les risques accrus de cancers
                                tion de cannabis par la mère pendant la gros-          d’autres sites anatomiques, comme les voies res-
                                sesse. On citera également les dommages à long         piratoires (tumeurs de la langue et lymphomes)
                                terme causés ou développés par une consomma-           restent à ce jour sporadiques, et sont en partie
                                tion de cannabis.                                      contradictoires et basés sur des études dont la
                                                                                       méthodologie est douteuse.

                                Conséquences sur les voies
                                respiratoires et la tumorogénèse                       Effets cardiaques

                                Les fumeurs réguliers de cannabis peuvent pré-         Le système des cannabinoïdes endogènes sem-
                                senter toute une série de lésions pulmonaires          ble jouer un rôle central sur la modulation de
                                tardives. Il est possible que la charge en polluants   nombreuses fonctions vasculaires. Le THC exo-
                                ait toutefois été réduite au cours de ces derniè-      gène à faible dose protègerait contre la for-
                                res années dans certaines préparations de chan-        mation des plaques d’athérome, en particulier
                                vre avec l’augmentation de la concentration en         au niveau des coronaires. La consommation de
                                THC. Les dommages à long terme dus à une               cannabis augmente généralement la fréquence
                                consommation régulière de joints de cannabis           cardiaque ainsi que la pression artérielle systo-
                                comprennent les affections pulmonaires suivan-         lique, pouvant entraîner parfois des états inter-
                                tes: bronchite chronique et autres inflammations       mittents d’hypotension orthostatique [4]. Les
                                des voies respiratoires, particularités histo-         conséquences de la consommation de cannabis
                                pathologiques de la muqueuse bronchique et un          sur les patients sujets à des maladies cardiovas-
                                trouble fonctionnel de l’activité tumoricide des       culaires sont mal connues à ce jour. Il est toute-
                                macrophages pouvant entraîner des métaplasies          fois facile de concevoir que ces patients sont ex-
                                et finalement un cancer du poumon. Un résumé           posés à un risque accru pour la santé en raison
                                de récentes études est arrivé à la conclusion qu’il    d’une augmentation de la fréquence cardiaque,
                                n’existe à ce jour aucune preuve décisive d’étude      du taux comparativement élevé de carboxyhé-
                                observationnelle réalisée chez des consomma-           moglobine et de la survenue d’une hypotension
                                teurs de cannabis montrant une association             orthostatique. Des expériences réalisées in vitro
                                entre la consommation de cannabis fumé et le           et in vivo chez des animaux ont montré que le
                                cancer du poumon [3]. Il est tout à fait plausible     système endogène des cannabinoïdes cardia-
                                que les relations soient plus hétérogènes et com-      ques aurait des propriétés protectrices très pro-
                                plexes. Quelques études suggèrent que certains         metteuses contre l’infarctus du myocarde.
                                cannabinoïdes auraient des effets anticancéreux.
                                On a également décrit un effet bronchodilatateur
                                qui pourrait être favorisé par une des substan-        Effets endocriniens
                                ces toxiques contenues dans le cannabis.
                                Il faut aussi noter que l’on a trouvé un risque huit   On a montré dans les modèles animaux que des
                                fois plus élevé de consommation régulière de           administrations aiguës de cannabis pouvaient
                                nicotine chez des adolescents non-fumeurs de           influencer des systèmes hormonaux variés
comme les stéroïdes sexuels, l’hormone de crois-      Dommages possibles sur
sance, la prolactine et les hormones thyroï-          les fonctions psychiques à long terme
diennes. Chez l’homme toutefois, les résultats
d’études concernant des modifications hormo-          Une aggravation de l’évolution de la maladie est
nales par une consommation chronique de can-          vraisemblable chez les patients schizophrènes
nabis sont inconsistants et cliniquement tout à       qui ont une consommation régulière de cannabis.
fait négligeables.                                    On a toutefois rapporté également toute une série
                                                      d’autres dommages possibles à long terme. On
                                                      trouve à ce sujet des rapports sur un risque accru
Effets sur le système immunitaire                     de troubles psychiques ou de survenue plus pré-
                                                      coce. Ce qui suit décrit l’état des connaissances
A l’exception de la suppression de l’activité         pour des troubles individuels. On a montré à cet
tumoricide des macrophages alvéolaires qui a          égard que la relation entre cause et effet n’était
déjà été évoquée, l’état des données actuelles        pas généralement confirmée et qu’un trouble
(à vrai dire très clairsemées) montre que l’on ne     psychique entraînait plus souvent une consom-
doit pas craindre de dépression immunitaire           mation régulière de cannabis que l’inverse [6].
systémique significative due au cannabis ou aux
cannabinoïdes. On a rapporté à plusieurs re-
prises une amélioration de la symptomatologie         Syndrome amotivationnel
des patients présentant une cachexie associée au      et conséquences psychosociales
sida.                                                 délétères chez les adolescents
                                                      et les jeunes adultes
Grossesse                                             Beaucoup d’études sont consacrées à la question
                                                      de savoir si la consommation de cannabis a des
Chez l’être humain, peu d’effets tératogènes          conséquences sur la motivation et les perfor-
dus à la consommation de cannabis ont été ob-         mances chez les jeunes. A ce jour, la passivité,
servés à ce jour. Par rapport à la tératogénicité     la léthargie, le manque d’initiatives, un émous-
bien documentée de l’alcool, celle du cannabis        sement des affects et une perte de l’intérêt sont
semble être très peu importante et cliniquement       des effets considérés comme pouvant être liés à
non significative, si tant est qu’elle existe! Si     une consommation continuelle; l’existence d’un
l’on n’a pas observé de déficits cognitifs chez les   syndrome amotivationnel autonome induit par
enfants exposés au cannabis in utero, des tests       le cannabis est considérée comme obsolète. Des
ont toutefois montré une réduction des capacités      explications concernant le comportement amoti-
fonctionnelles d’exécution (portant notamment         vationnel doivent davantage être recherchées
sur l’attention et les problèmes de résolution de     dans le contexte social dans lequel le cannabis
tâches complexes) [5].                                est consommé. Les adolescents consommateurs
                                                      de cannabis adoptent plus rapidement un style
                                                      de vie non conventionnel, appartiennent le plus
Effets analgésiques                                   souvent à des groupes contestataires ou délin-
et neuroprotecteurs                                   quants de consommateurs comme eux («Peer
                                                      groups»), adoptent plus précocement des com-
Les cannabinoïdes sont probablement utiles            portements adultes et quittent aussi plus tôt
dans la lutte contre la douleur. Dans les douleurs    l’école et la maison familiale. L’examen systéma-
chroniques, les cannabinoïdes peuvent désor-          tique très complet des études longitudinales réa-
mais être utilisés en association avec les opiacés    lisées dans la population générale sur la relation
plus sédatifs dont ils peuvent aider à réduire les    entre la consommation de cannabis par des per-
effets indésirables. Outre un nombre important        sonnes jeunes et les dommages psychosociaux
de rapports anecdotiques concernant l’amélio-         [6] conclut à l’absence de preuve en faveur d’une
ration des symptômes chez des patients isolés         relation causale «robuste» entre la consomma-
atteints de sclérose en plaques et consommant         tion de cannabis et des conséquences psycho-
régulièrement des joints de cannabis, quelques        sociales. De plus, la force d’une corrélation
études cliniques contrôlées ont maintenant            avec des résultats scolaires plus faibles, d’une
démontré l’efficacité d’un spray de THC par voie      consommation d’autres drogues illégales, de
sublinguale sur la réduction de la spasticité         troubles psychiques ainsi que des comporte-
chez les patients atteints de sclérose en plaques.    ments singuliers serait généralement suresti-
Un domaine de recherche relativement nouveau          mée. Ceci est particulièrement net en particulier
étudie actuellement chez l’animal les proprié-        pour les troubles psychiques avérés. L’état des
tés neuroprotectrices spécifiques des cannabi-        données parle plutôt d’une causalité inverse.
noïdes.                                               Les problèmes psychosociaux seraient par
                                                      conséquent plus fréquemment à l’origine de la
                                                      consommation de cannabis que l’inverse.
Les lésions cognitives de l’adulte                    marquer que la consommation de cannabis se-
                                                      rait plutôt associée à un risque élevé de psychose,
Les conséquences à long terme du cannabis sur         sans toutefois porter de conclusions définitives
les capacités cognitives ont surtout été recher-      [8]. Le fait que l’incidence de la schizophrénie au
chées jusqu’à présent dans les cas de consom-         cours des 30 dernières années soit stable, voire
mation intensive durant des années et après la        légèrement en baisse, rend douteuse au moins
fin de cette consommation. La poursuite de la         une relation causale entre la consommation de
consommation chez l’adulte semble entraîner           cannabis et une schizophrénie tardive, alors que
une diminution des capacités d’attention, d’ap-       la consommation de cannabis a quintuplé pen-
prentissage et de mémorisation à court terme,         dant le même laps de temps. En revanche, il est
tandis que les autres aptitudes cognitives restent    certain que la consommation de cannabis est
inchangées, notamment aussi la mémorisation à         associée à des évolutions plutôt défavorables des
long terme [7]. Après l’arrêt d’une consomma-         troubles schizophréniques.
tion chronique pendant des années, on peut            De nouvelles études prospectives montrent
probablement noter des déficits de contrôle de        des associations relativement nettes entre la
l’attention et de mémorisation pendant la pre-        consommation de cannabis et les dépressions
mière et la deuxième semaine après le sevrage.        tardives [9]. Quelques auteurs ramènent cepen-
Ces troubles se résolvent dans la plupart des cas.    dant ces relations aux facteurs communs qui
Les effets à long terme sur les capacités cogniti-    augmentent aussi bien le risque de consomma-
ves semblent visiblement être si peu importants       tion de cannabis que celui d’épisodes dépressifs
un mois après l’abstinence qu’ils sont très diffi-    [9]. Il existerait un risque accru de dépression
cilement mesurables et non significatifs clinique-    tardive chez les jeunes filles qui ont commencé
ment [7]. Un autre élément essentiel semble           précocement à consommer du cannabis.
toutefois être également l’âge d’entrée dans la       D’une façon étonnante, on en sait peu sur la
consommation de drogues douces. C’est ainsi           nature des risques que comporte une consom-
que les consommateurs à long terme qui ont            mation de cannabis régulière sur la genèse ou
commencé le cannabis avant l’âge de 17 ans            l’évolution d’autres troubles psychiatriques.
ont plus de difficultés après une abstinence de       Dans le trouble de la personnalité limite (person-
28 jours que ceux qui ont commencé plus tard.         nalité borderline), et notamment antisociale,
Ceci pourrait être uniquement un indice mon-          une consommation mixte de substances a été
trant que la consommation de cannabis débutée         rapportée dans la plupart des cas. C’est la même
plus précocement aurait besoin d’une régénéra-        chose pour le déficit de l’attention et l’hyper-
tion cognitive plus longue ou que les sujets pré-     activité. L’utilisation de substances multiples est
sentaient déjà des limites avant le début de la       retrouvée également dans les phobies. Cepen-
consommation.                                         dant, la consommation d’alcool et de benzodia-
                                                      zépines est ici au premier plan. On a rapporté de
                                                      façon sporadique des effets favorables chez des
Effets à long terme                                   patients atteints d’état de stress post-trauma-
de la consommation de cannabis                        tique (PTBS – Post-traumatic stress disorder).
et troubles psychiques
Dans la littérature, on a surtout associé la          Conclusions
consommation de cannabis aux différentes
formes de schizophrénies, ainsi qu’aux troubles       Les dommages somatiques possibles à long
affectifs [8, 9].                                     terme par consommation régulière de joints de
Il existe de nombreuses études portant sur une        cannabis sont: la toux chronique, l’inflammation
relation possible entre le cannabis et les troubles   des voies respiratoires, une dysrégulation de la
schizophréniques [8]. Le cannabis pourrait in-        croissance des cellules épithéliales et une inhibi-
duire une «psychose toxique» (c’est-à-dire un         tion, cliniquement significative, de la fonction
trouble psychotique induit par une substance)         des macrophages alvéolaires pouvant entraîner
légère et passagère, qui survient immédiatement       des métaplasies et, à un stade avancé, un cancer
après une consommation de cannabis ou dans            du poumon. La preuve de ces affirmations est
les 48 heures suivantes, qui dure de un à six mois    toutefois actuellement encore limitée et relative-
et qui ne peut être rapportée à d’autres causes       ment inconsistante. En cas d’instauration d’un
que la consommation de cannabis (DSM-IV-TR).          traitement médical par des cannabinoïdes, il est
Ce type de psychose toxique est toutefois rare et     cependant souhaitable de choisir une forme de
n’entraîne guère d’intervention médicale. Des         présentation permettant la prise du médicament
résultats d’études portant sur la question de         la moins préjudiciable possible en raison de ces
savoir si la consommation de cannabis pouvait         dommages pulmonaires plausibles à long terme.
être la cause d’épisodes psychotiques prolongés       Il n’est pas prouvé, mais il est probable, que la
chez des personnes vulnérables, sont en partie        consommation de cannabis soit délétère chez
controversés. Des études prospectives font re-        les patients présentant des maladies cardiovas-
culaires. La tératogénicité de la consommation       De plus, la consommation de cannabis est asso-
maternelle de cannabis pendant la grossesse          ciée de façon relativement nette à un risque accru
semble être cliniquement insignifiante. En re-       de dépression tardive, ce qui est probablement
vanche, des tests neurocognitifs ont rapporté        dû à des facteurs communs qui augmentent à la
l’existence d’une diminution des capacités exé-      fois le risque de consommation de cannabis
cutives chez le grand enfant.                        qu’une multiplication d’épisodes dépressifs. Il
Les effets négatifs à long terme de la consom-       existerait un risque accru de dépression tardive
mation régulière de cannabis sur le psychisme        chez les jeunes filles qui ont commencé précoce-
s’exerceraient principalement chez les patients      ment à consommer du cannabis.
schizophrènes au cours de l’évolution de la ma-      En conclusion, on doit faire remarquer que toute
ladie. De plus, on a rapporté chez l’adulte qu’une   une série de méfaits somatiques et psychiques
consommation chronique de cannabis entraînait        sont possibles à long terme, pouvant être respon-
des diminutions des capacités d’attention, d’ap-     sables de dommages tardifs. Toutefois, peu
prentissage et de mémorisation à court terme;        d’entre eux sont incontestables et quelques-uns
toutefois, ces anomalies semblent toutes être        encore ne sont probablement pas connus. Néan-
réversibles après l’installation de l’abstinence.    moins, l’état des preuves est suffisant pour
La relation associant consommation de cannabis       déconseiller d’un point de vue médical de fumer
et conséquences psychosociales chez les person-      du cannabis et de le considérer comme une
nes jeunes a été plutôt surestimée car les problè-   source de plaisir. Déconseiller n’est cependant ni
mes psychosociaux sont vraisemblablement plus        interdire ni punir. Peu d’éléments plaident en
fréquemment à l’origine de la consommation de        faveur du fait qu’une pénalisation entraîne une
cannabis, que l’inverse. La question portant sur     baisse de la prévalence de la consommation [10]
le fait de savoir si la consommation de cannabis     et que des études sur les conséquences – (dom-
pouvait être la cause d’épisodes psychotiques        mages à long terme) d’interventions policières
prolongés chez des personnes vulnérables est en      et de sanctions judiciaires sont impérativement
partie controversée. Des études prospectives in-     nécessaires.
diquent que la consommation de cannabis était        Autres informations sur le site suisse spécialisé
associée à un risque accru de psychose, sans         de ISPA, «L’institut suisse de prévention de l’al-
qu’une conclusion définitive ne soit apportée.       coolisme et autres toxicomanies»

				
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