Matadiseminaire sur le genre et le changement climatique

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					       LA GESTION DES RESSOURCES NATURELLES ET LA LUTTE CONTRE LE
                    CHANGEMENT CLIMATIQUE EN RDC
                                                     Par LOTOY ILANGO-BANGA B. Jean Pierre1

La gestion des ressources naturelles entretient des relations dialectiques avec la lutte contre le
changement climatique. Ainsi donc, plus cette gestion est « verte », plus l’atténuation et (ou)
l’adaptation sont plus significatives. Ce qui mettrait en cohérence les besoins d’exploitation du massif
forestier congolais et le souci de préservation ou de conservation de ce massif pour faire face au
changement climatique2.

En effet, le changement climatique ou la variabilité anthropique du climat altérant dangereusement la
composition de l’atmosphère mondiale par rapport à celle naturelle observée au cours des périodes
comparables3 constitue un défi mondial et l’attitude humaine vis-à-vis de ce nouveau phénomène un
enjeu de taille. La figure ci-dessous indique la relation dialectique qui existe entre les activités de
l’homme et le réchauffement climatique tout en signalant la marge critique avant la catastrophe
climatique.

Fig. 1 : Evolution du changement climatique d’après Cyrille Adebu (RRN et DGPA, Ibid., p. 9)




                                                                                                2030→

SITUATION PREINDUSTRIELLE              SITUATION ACTUELLE DE              CATASTROPHE CLIMATIQUE
                                       CHANGEMENT CLIMATIQUE


Que faire pour y remédier ? C’est la question que nous sommes en droit de nous poser si nous voulons
en éviter ou retarder l’avènement et sauvegarder notre planète terre.
Deux attitudes responsables sont possibles étant donné la centralité et la transversalité de cette
question se situant dans une logique systémique par rapport au monde entier (pays riches et pays
pauvres, populations urbaines et populations rurales). Il s’agit de l’atténuation et de l’adaptation4.



1
  Jean Pierre LOTOY est Docteur en sciences politiques et administratives. Les politiques publiques sont son
domaine de recherche et l’intelligence stratégique celui de sa spécialisation. Il est Professeur Associé à
l’Université de Kinshasa et Chercheur au Centre d’Etudes Politiques de la même Université. Il est également
Membre du Conseil Scientifique pour la protection de la Biodiversité de la République Démocratique du Congo
et s’intéresse des questions relatives aux peuples autochtones.
2
  Efoto Eale, Le climat et les forêts de la RDC, communication à l’Atelier sur le genre et changement climatique
organisé par ACDI, Kinshasa, inédit, décembre 2010, p. 1.
3
  CCNUCC, 1992, cité par RRN et DGPA, in ABC REDD : Comprendre REDD et ses enjeux, Kinshasa, inédit,
2009, p. 8.
4
  Kabasele, Changement climatique au Congo à l’heure de l’adaptation et l’atténuation, Communication à la
COP 16/CNUCC, Cancun, inédit, 2010, p. 3.
Pour répondre à cette question, nous nous inspirons d’une intelligence qui veut que le savoir social
entretienne une relation dialectique avec toute pratique sociale. Aussi, postulons-nous que les
politiques publiques constituent la clef de la solution au changement climatique dès lors qu’elles
peuvent en susciter une mobilisation populaire sous l’impulsion d’un leadership stratégique.

La démonstration de cette proposition s’organise autour de trois principales parties, à savoir : (i) les
ressources naturelles stratégiques de la RD Congo, (ii) les modalités de gestion de ces ressources et
(iii) le partenariat public-privé, une intelligence sociale pour faire face au changement climatique.
Une conclusion va suspendre notre intervention.



    1. Les ressources naturelles stratégiques de la RD Congo

La République Démocratique du Congo (la RD Congo) s’étend sur une superficie d’au moins
2.345.410 km² au cœur de l’Afrique, compte non tenu des eaux continentales et de la zone
économique exclusive au niveau de l’embouchure du Fleuve Congo. Elle comprend ainsi 8 % de
l’espace continental qui lui donnent droit à un « massif forestier riche et varié en écosystèmes »5 qui,
comprenant lui-même 60 % du Bassin du Congo, est considéré comme le deuxième poumon
d’oxygène du monde après l’Amazonie.

Ainsi donc, la RD Congo a été gâtée par la générosité divine avec 50 % des forêts tropicales
africaines, près de 50 % des réserves d’eau douce du continent, 13 % du potentiel hydraulique mondial
(3ème rang), une biodiversité exceptionnelle notamment une faune ichtyologique comprenant 1000
espèces avec 70 % d’endémisme, 120.000.000 ha des terres arables et quatre zones climatiques. Elle
détient à elle seule les cinq minerais de première importance dans la géostratégie du monde
contemporain, à savoir : le cobalt, le diamant, l’or, le cuivre et le colombotantalite (coltan). Sans
compter les terres rares (lithium et thorium), l’uranium, le pétrole et les gaz6.

D’autres atouts majeurs relèvent de l’écologie politique. Il faut signaler la promulgation, à partir de
2001 et sous le coaching international, des codes minier et forestier. Ce qui a conduit notamment à la
réforme du ministère de l’environnement, à dater de 2006, avec un diagnostic institutionnel dont
l’objectif majeur était et demeure encore la mise à niveau de son administration. Ainsi près de 3.000
agents ont été identifiés pour aller à la retraite avec la possibilité d’une ouverture jamais vécue dans
l’histoire des retraites en RD Congo, à savoir : le programme d’accompagnement à la retraite donnant
ainsi aux retraités l’accès à des opportunités d’auto-valorisation en faveur de la communauté7. Un
groupe important constitué d’agents d’exécution et des cadres de collaboration est déjà retraité et a
déjà touché ses indemnités au mois de mai dernier.

D’autres atouts managériaux existent. C’est le cas notamment du leadership confirmé de la RD Congo
en Afrique pour les questions environnementales, la capacité d’absorption qui semble avoir été
acquise par le ministère de l’environnement et la confiance retrouvée vis-à-vis des partenaires
internationaux, la restructuration des entreprises sous tutelle (ICCN, qui a absorbé l’IZCB, et l’ONT)
5
  F. Bultot, cité par Efoto Eale in Ibid., p. 1.
6
   Lotoy Ilango-Banga, L’Etat, les multinationales et le développement national en RD Congo. Pour une
accumulation de l’intelligence sociale d’adaptation, Thèse de doctorat, Unikin, Kinshasa, 2010, pp
7
  Il s’agit d’un mécanisme institutionnel qui permet de financer des projets présentés par des retraités dans le
secteur de l’environnement ou à les récupérer pour des prestations techniques diverses et à des titres divers
notamment comme consultants, à la manière du système de réembauche ou de volontariat des retraités
pratiqué au Japon.
et le renforcement des capacités institutionnelles du ministère. Un processus analogue semble en
pleine exécution au niveau du ministère de l’agriculture. Une sorte de capitalisation de l’expérience
« réussie » au ministère de l’environnement. Du côté des autres ministères s’occupant également des
ressources naturelles (mines, hydrocarbures, aménagement du territoire etc.), les choses semblent
bouger avec des projets des lois y relatives déjà déposés au parlement ou en pleine élaboration au
niveau du gouvernement de la république.

A bien des égards, les ressources naturelles de la RD Congo auraient pu donner à ce pays un avantage
par rapport au bien-être de sa population et cela, dans les domaines de l’éco-tourisme, des
compensations dues à la séquestration du carbone, notamment. Cependant, jusque-là, presque rien
n’est encore fait dans ce sens : la population attend toujours les effets induits découlant de ses
ressources naturelles, en l’occurrence des ressources forestières. Quelles en sont les causes ? Un
regard prospectif sur certaines politiques publiques en matière de gestion des ressources naturelles
peut permettre un diagnostic objectif.



    2. Les modalités de gestion des ressources naturelles

Les modalités de gestion des ressources naturelles ou les politiques publiques en la matière relèvent
des décisions ou initiatives des autorités publiques. Elles constituent également un espace où
interfèrent une multitude d’acteurs, avec à chaque occasion la possibilité d’avoir un groupe porteur de
la cause et un groupe de veto8. L’enjeu pour la gestion des ressources naturelles se situe au niveau du
consensus à trouver entre ces deux catégories de parties prenantes.

Lorsque l’on considère, par exemple, l’adaptation au changement climatique, on se rendrait
compte qu’il s’agit d’un processus « associant différents secteurs des ressources naturelles
(agriculture, forêts, gestion des ressources naturelles, élevage, pêche) et de nombreux
acteurs (publics, privés, société civile) à différents niveaux (national, régional, local) »9.
L’adaptation au changement climatique devient une sorte d’arène parce qu’elle « n’implique
pas seulement de développer des technologies innovantes au niveau des exploitations; elle
implique aussi de modifier le régime institutionnel et politique qui régit la production agricole,
les filières, et la gestion des ressources naturelles. Cela signifie que, pour obtenir une
adaptation efficace, les différents acteurs doivent réagir de façon cohérente afin d’assurer
une combinaison réussie de changements techniques, institutionnels et sociaux »10.

Ce qui fait que l’action publique aujourd’hui en RD Congo connaît une fragmentation
dommageable dans le domaine de la gestion des ressources naturelles. La gestion de ces
ressources naturelles ou leur exploitation est entachée d’une incohérence stratégique et
opérationnelle préjudiciable à l’intérêt général. Il y a le code forestier, le code minier, la loi
foncière, le code des hydrocarbures et bientôt d’autres codes, en l’occurrence celui relatif à
l’agriculture. Ces différents textes législatifs sont mis en œuvre par des administrations
diverses bénéficiant d’une autonomie organique et se faisant quasiment accompagner de

8
  La transformation d’un problème fondamental en demande sociale crée des controverses aux agendas, étant
donné qu’une politique publique est un espace concurrentiel. Lire à sujet : P. Lascoumes et P. Galès, Sociologie
de l’action publique, Paris, A. Colin, 2009, pp. 74-75.
9
   Abdoulaye Mbaye, Services d’appui à l’innovation pou l’adaptation aux changements climatiques dans la
République Démocratique du Congo (étude de cas), Kinshasa, inédit, 2010, p. 6.
10
   Ibidem, pp. 6-7.
cloisonnement et (ou) d’opacité. De sorte que si, par exemple, vous superposez les cartes
d’exploitation minière et d’exploitation forestière, tout en prenant en compte celle des
hydrocarbures, vous vous rendrez bien compte qu’il y a un problème. Les forêts dont nous
parlons au jour d’aujourd’hui, en l’occurrence des terres arables ou les forêts primaires,
risquent de ne constituer qu’une illusion par rapport à leur virginité et l’accès aux crédits
carbones un leurre11. La régulation pose ainsi problème, même dans le sens d’une
« convergence parallèle », en l’absence d’une vision holistique.

En effet, comme l’a écrit Abdoulaye Mbaye, la RDC « n’a pas de politiques spécifiques
relatives aux changements climatiques. Le Gouvernement Congolais a entrepris d’élaborer
des stratégies de réduction des émissions causées par le déboisement et la dégradation des
forêts (REDD), ainsi que des plans d’action nationaux d’adaptation sur les changements
climatiques, sans aucune vision globale. Il a également formulé des stratégies spécifiques
comme le Plan national d’action environnementale, la Stratégie nationale et plan d’action de
la biodiversité, la Stratégie de renforcement des capacités environnementales, et le Plan
directeur d’utilisation des terres. La plupart de ces stratégies n’ont cependant pas encore pris
effet »12, se préparent et se réalisent de façon cloisonnée.


A l’heure actuelle, il n’existe aucun cadre institutionnel formel pouvant servir d’arène pour
une prise en charge efficace des problèmes liés au changement climatique en RDC.13 « Le
cadre institutionnel actuellement utilisé pour traiter ces questions inclut déjà les différents
groupes de parties prenantes comme les organismes gouvernementaux, la société civile, le
secteur privé, ou la communauté agricole »14.

Selon cette étude de cas, les « organismes gouvernementaux sont organisés autour de trois
domaines : (i) le secteur agricole (comprenant les sous-secteurs de la production agricole,
de la santé animale, de la pêche et de l’aquaculture) qui dépend du Ministère de l’agriculture;
(ii) le secteur du développement rural (comprenant les sous-secteurs de l’approvisionnement


11
   Pour se faire une idée précise sur la fragmentation des politiques publiques, on peut se rappeler toutes ces
initiatives : (i) la Stratégie nationale de sécurité alimentaire pour 2015 (SNSA2015); (ii) le Document
stratégique de réduction de la pauvreté (DSRP) en juillet 2006; (iii) la mise à jour du Plan directeur de
développement agricole et rural (PDDAR); (iv) Le Plan national d’investissement à moyen terme
(PNIMT) pour la mise en œuvre du programme agricole lancé par le Nouveau partenariat pour le
développement de l’Afrique (NEPAD). Les principales orientations stratégiques formulées dans la note
indicative sur l’agriculture (2009) sont:: (i) d’augmenter les ressources du budget national allouées à
l’agriculture et au développement rural d’ici cinq ans; (ii) de restructurer les organismes des ministères
intervenant dans l’agriculture et le développement rural; (iii) de tenir compte des rôles et des
responsabilités des différentes parties prenantes (secteur public, ONG, secteur privé, associations
d’agriculteurs); (iv) de réhabiliter les infrastructures rurales de base et de rétablir des systèmes
durables d’approvisionnement d’intrants, la diffusion des technologies appropriées et des résultats de
la recherche, la gestion durable des ressources naturelles, des services financiers dans les zones
rurales, et les canaux de commercialisation des produits ou des intrants agricoles. Lire in Ibidem, p.
17. Lire aussi notre communication au séminaire sur « la forêt et le changement climatique : crédit
carbone » : Lotoy ilango-Banga, La RDC : puissance et impuissance environnementales, Kinshasa,
inédit, 21 décembre 2010, p. 2.
12
   Abdoulaye Mbaye, Idem.
13
   La Division du changement climatique (au sein de la Direction du développement durable du
Ministère de l’environnement), chargée des questions de changement climatique, n’est pas
suffisamment équipée pour assurer la bonne intégration des risques climatiques par tous les
intervenants aux différents niveaux de la planification.
14
   Abdoulaye Mbaye, Ibidem, p. 18.
d’eau en milieu rural et des routes de desserte agricoles) qui dépend du Ministère du
développement rural; (iii) le secteur environnemental (comprenant le sous-secteur de la
gestion des ressources naturelles et du tourisme) qui dépend du Ministère de
l’environnement. Bien qu’il y ait une claire tendance à la décentralisation et à la réforme de la
gouvernance, beaucoup d’organismes techniques décentralisés, surtout dans le
domaine de l’agriculture, n’ont pas encore les moyens pour donner aux agriculteurs
les conseils techniques nécessaires à affronter la question des changements
climatiques. La raison principale est imputable à la pénurie de personnel, au bas niveau des
salaires, et au manque de ressources financières et logistiques. À cet égard, la grande
réforme des organismes de l’administration publique, qui bénéficie de l’appui des partenaires
internationaux, offre la possibilité de revitaliser les services ruraux publics pour répondre aux
demandes des agriculteurs »15.

Dans ce cas, comment peut-on rationnellement préserver des forêts pour en faire des puits
carbones et bénéficier ainsi des crédits carbones, tout en poursuivant la distribution des
carrés miniers, en créant des lotissements ou en accordant des autorisations d’exploitation
des hydrocarbures ? Autrement dit, comment peut-on gérer les ressources naturelles pour
faire face au changement climatique ? Voilà une question qui devrait constituer une angoisse
existentielle pour tout patriote congolais, dès lors que 20 % des GES proviennent des
activités agricoles et que l’exploitation des ressources naturelles entraîne des pressions
anthropiques sur la forêt et l’écologie aggravant ainsi le changement climatique.

Au regard des faibles capacités institutionnelles et managériales constatées, un consensus
social autour de la gestion des ressources naturelles peut constituer une solution efficace
pour faire face au changement climatique. La logique systémique imposera ainsi un
partenariat public-privé dans lequel la société civile doit jouer un rôle significatif.

       3. Le partenariat public-privé, une intelligence sociale pour faire face au
          changement climatique

Une enquête menée en 2006, pendant la préparation du programme d’action national
d’adaptation (PANA) au changement climatique, a permis d’identifié les cinq risques
climatiques majeurs qui menacent la vie quotidienne des congolais. En ordre d’importance
décroissant des impacts, il s’agit : « des pluies torrentielles, de l’érosion des côtes, des
inondations, des vagues de chaleur et des sécheresses saisonnières. Les résultats indiquent
que la fréquence des pluies torrentielles tend à augmenter en causant des morts, en
détruisant des infrastructures et des logements (notamment dans les zones urbaines
pauvres), et en accentuant l’érosion. Les vagues de chaleur de plus en plus nombreuses
tuent les jeunes et les vieux surtout en milieu urbain, provoquent la déshydratation ou
d’autres problèmes liés à la chaleur, ou encore l’apparition de maladies cardiovasculaires
graves, et accroissent la vulnérabilité aux maladies liées à l’eau, au paludisme et à la
trypanosomiase. Pour finir, les sécheresses saisonnières perturbent sérieusement le
calendrier agricole des systèmes pluviaux de production agricole »16.

L’action publique ou l’intervention de l’Etat ne saurait se réaliser efficacement, que ce soit en
termes de politique publique ou en ceux d’espace de négociation, si une vision claire n’en

15
     Idem.
16
     Ibidem, pp. 9-10.
constituait le soubassement, si un leadership stratégique n’en donnait l’impulsion, si un
comportement managérial ne la prenait en charge. Pour se déployer efficacement, tout Etat
normal a besoin de ses atouts comme préalables à une transformation sociétale à visage
humain.

Ainsi donc, l’Etat n’ayant pas toujours les aptitudes d’efficacité voulues, ni le temps à
consacrer à chacun de multiples problèmes qui se posent par rapport à ses domaines
d’intervention depuis lors nombreux, ni les moyens matériels et financiers à y consacrer, le
recours à d’autres acteurs collectifs ou individuels non-étatiques s’avère indispensable. D’où
l’idée du recours au partenariat public-privé dans la perspective d’une gestion consensuelle
et durable des ressources naturelles de la RD Congo.

En effet, l’Etat, en tant que « forme de pouvoir qui ennoblit l’obéissance » ou « forme de
volonté qui veut accroître sa puissance », demeure l’«administrateur de la société » dont
l’action vise le développement et l’accroissement de la qualité de vie de l’ensemble de sa
population.

C’est pourquoi, l’Etat, en tant que puissance publique, doit faire montre de créativité et
d’inventivité, donc d’adaptabilité dans une moule (effort réflexif et mode opérationnel) que
nous pouvons nommer « intelligence sociale ».

En effet, il se fait sentir la nécessité et l’importance de faire ancrer dans l’agir individuel et
collectif une intelligence sociale d’adaptation, c’est-à-dire une capacité ou une aptitude
intériorisée par chaque citoyen ou la majorité d’une population et qui influe sur le choix ou
l’imagination des alternatives raisonnables en vue d’une meilleure vie en société pour les
générations présentes et celles futures (développement durable). Cette intelligence sociale
se matérialise par une inculturation technologique et managériale dans la gestion des
ressources naturelles.

Pour en arriver là, il devient utile de saisir les causes qui rendent difficile l’adaptation, par
exemple, des agriculteurs et des services agricoles. Ces causes sont multiples. Mais les plus
importantes sont17 : (i) l’extrême pauvreté (52 % de la population rurale) et la malnutrition (38
%) accompagnées d’un très faible niveau scolaire et d’un difficile accès aux soins de santé
primaires aggravant ainsi la vulnérabilité de cette population rurale au changement
climatique ; (ii) le faible niveau de mécanisation agricole qui impose à la RD Congo un déficit
agricole de 30 à 40 %, avec des faibles rendements agricoles malgré l’utilisation d’une main-
d’œuvre abondante n’ayant pas accès aux outils et intrants agricoles (surtout pour les petits
exploitants), à cause des pratiques de gestion agricole inadéquates ; (iii) la mauvaise gestion
des ressources en eau et du sol se traduisant à travers une agriculture sur brûlis et itinérante
et une faible reforestation (reboisement) des terrains dégradés ; (iv) le délabrement des
infrastructures de desserte agricole et (v) l’exode rural.

C’est ainsi que l’on parle aujourd’hui de la nécessité de la valorisation des savoirs
traditionnelles et de l’adaptation des communautés locales au changement climatique18. Ce
travail important de vulgarisation ou de capitalisation est le produit d’une vision globale et

17
   Lire : Ibidem, pp. 10-11.
18
   Voir Conférence internationale de Dhaka au Bangladesh sur l’adaptation des communautés au changement
climatique (2009), COP 10 de Nagoya sur la biodiversité et le changement climatique(2010) et COP 16 de
Cancun sur le changement climatique (2010).
intégrée qui situerait la gestion des ressources naturelles dans une approche systémique
impliquant toutes les parties prenantes notamment la société civile.

Ce qui nécessite une mise en cohérence des textes législatifs et des pratiques managériales
des différents secteurs permettant à l’Etat de se déployer dans ce domaine. En effet, dans
une perspective systémique, toute action publique déployée avec un déficit d’intelligence
sociale ne peut produire que fragmentation ou saupoudrage, en retardant le décollage ou
l’émancipation nationale. Tel est le cas de la plupart des initiatives mises en branle sans une
approche globale et intégrée.

Des efforts louables déployés notamment par le ministère de l’environnement depuis 2008
ont besoin d’une telle intelligence sociale pour permettre, grâce à cette approche holistique
suggérée, d’amener les communautés locales, notamment les peuples autochtones, non
seulement à s’adapter au changement climatique mais aussi et surtout à profiter des effets
induits dus aux services écologiques et environnementaux de leurs forêts. Ceci sous-entend
que des « pratiques vertes » seront de mise, notamment l’agroforesterie, pour créer une
convergence entre adaptation au changement climatique et sécurité alimentaire des
communautés locales.

Que dire en guise de conclusion ?

Comme nous venons de le voir, le comportement des acteurs au devant de la scène demeure un
facteur déterminant pour amener une société à l’émancipation matérielle et spirituelle. Il en sera de
même pour s’adapter au changement climatique. Des modalités de gestion des ressources naturelles
y sont conviées. En effet, le développement, à l’instar d’une plantule, est une réalité endogène et
relève d’un processus d’inculturation. Il constitue ainsi « un engagement collectif et individuel pour
le bien-être social », la réponse ou la solution adéquate et durable à tout problème auquel fait face la
société.

Au regard des faiblesses institutionnelles, le partenariat public-privé, ce mode d’action publique
contractuelle, devient une sorte d’arène où doivent interagir toute les intelligences de la société en
vue de mieux s’adapter au changement climatique. Il est déjà de mise avec un peu de timidité dans
certains domaines du secteur public. Aujourd’hui, nous le voulons stratégiquement généralisé,
socialement valorisé et économiquement capitalisé.

Je vous remercie pour votre aimable attention!

                                                             Pr LOTOY ILANGO-BANGA Jean Pierre
LA GESTION DES RESSOURCES NATURELLES ET LA LUTTE CONTRE LE CHANGEMENT CLIMATIQUE EN
             RDC (Résumé pour présentation au Séminaire de Matadi du ROPEC)

                                              Par

                               Professeur Jean Pierre LOTOY19



La parole divine et deux proverbes ont servi de prétexte, voire de détonateur, à la présente
communication, en vue de leur capitalisation.

La parole divine : « Tout passera….. La terre passera ».

Le premier proverbe: « Le savoir précède le pouvoir ». Si nous voulons faire face au changement
climatique, nous devons d’abord et avant tout nous prémunir d’un savoir (même élémentaire) sur
cette question. Nous serons ainsi capables de faire quelque chose, capables d’agir ou de ne pas agir,
c’est-à-dire capables de lever une option. Nous serons ainsi capables d’avoir le pouvoir, c’est-à-dire
d’avoir l’initiative ou d’être détenteurs d’initiatives. Inversement, l’expression ngalaphone semble
mieux traduire la signification de ce proverbe, à savoir : « Kozanga koyeba ezali liwa ya ndambo »,
c’est-à-dire « l’ignorance précède la mort politique ou managériale ».

Le second proverbe découle de la nécessité d’une prise en compte du genre dans la mise en œuvre
des initiatives liées au changement climatique. Ne vous étonnez point : « Celui qui éduque une
femme éduque toute une nation ». En effet, personne n’ignore le rôle irremplaçable que joue chaque
maman dans son foyer, par rapport à la diffusion, à la vulgarisation des savoirs (pratiques) ou à la
communication interpersonnelle en vue de la transmission des informations (utiles).

L’auto-appropriation de ces deux proverbe dans la présente communication nous amène à
appréhender la relation dialectique entre la gestion des ressources naturelles et le changement
climatique en RD Congo : une gestion des ressources naturelles sans vision globale et intégrée pousse
les 70 % des Congolais (ceux vivant dans le milieu rural) à accentuer leur pression sur ces ressources,
à accrroître leur vulnérabilité et à aggraver ainsi le changement climatique, bien que la RD Congo soit
le deuxième poumon d’oxygène du monde après l’Amazonie.

Que faire ? Solution : Prise en compte d’une approche systémique faisant de la gestion des
ressources naturelles une gouvernance sous forme d’arène et le partenariat public-privé un mode
privilégié d’action publique.



.




19
   Jean Pierre LOTOY est Docteur en sciences politiques et administratives. Les politiques publiques sont son
domaine de recherche et l’intelligence stratégique celui de sa spécialisation. Il est Professeur Associé à
l’Université de Kinshasa et Chercheur au Centre d’Etudes Politiques de la même Université. Il est également
Membre du Conseil Scientifique pour la protection de la Biodiversité de la République Démocratique du Congo
et s’intéresse des questions relatives aux peuples autochtones.

				
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