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					Premiers manuels républicains écrits par des hommes célèbres…


Lorsqu’il arrive au pouvoir, le Ministre de l’Instruction publique Jules Ferry trouve une
situation assez floue concernant le choix des manuels. La solution qu’il préconise est
originale :elle va révéler une confiance nouvelle dans le jugement des instituteurs qui seront
les premiers à dresser les listes de manuels scolaires en usage dans les écoles publiques . A cet
effet ils se réuniront en conférence cantonale la première quinzaine du mois de juillet . Certes
une commission départementale, composée des inspecteurs primaires, directeur et directrice
des écoles normales , de l’Inspecteur d’Académie, se réunira au chef lieu du département,
révisera les listes cantonales et arrêtera le catalogue pour le département .Les supérieurs
hiérarchiques auront donc le dernier mot . Mais les instituteurs sont néanmoins les premiers
prescripteurs .
Quels étaient le livres les plus appréciés ,que furent dans les années 1880 les livres le plus
souvent choisis ? le lecture d’un catalogue départemental m’a permis de faire un relevé
quantitatif et j’ai retenu 16 ouvrages choisis dans plus de 50 départements, constituant ainsi
un corpus non pas aléatoire mais au contraire fait des manuels « plébiscités » par le peuple
enseignant.
Je m’attendais à trouver comme de nos jours, des manuels rédigés par des professionnels de la
pédagogie ,donc une liste de noms honorables certes mais obscurs, je découvrais au contraire
parmi les 16 ouvrages beaucoup de noms de contemporains célèbres ..Ainsi dans cette
conjoncture nouvelle qui a vu l’avènement de la 3° république et la mise en place d’une
nouvelle discipline « Morale et Instruction civique », détachée de le religion, des hommes
déjà célèbres, n’avaient pas dédaigné de prendre la plume pour rédiger de modestes manuels
de cours élémentaire et cours moyen . Qui étaient-ils exactement ? pouvait-on faire le lien
entre leurs œuvres majeures et les manuels pour enfants ? et surtout comment se constituait ,
sans concertation aucune, une sorte de pensée commune , simplifiée, épurée, pour les besoins
de l’enseignement, mais révélant d’autant mieux ce que pouvait être « l’idéologie
républicaine » dans la conjoncture de ces années 1880 ? Pouvait-on aussi, sur un fond
incontestablement commun déceler quelques différences, au moins des différences d’accent ?

Qui étaient les auteurs ?
Notre première surprise est donc de découvrir des écrivains réputés, qui ont déjà à leur actif
une œuvre importante, couronnée des récompenses les plus hautes. La plupart sont des
universitaires, mais qui occupent souvent les plus hautes fonctions dans l’enseignement public
(Sorbonne, Collège de France), beaucoup sont membres de l’Institut . Leur rôle politique n’est
pas moindre : 7 sont députés : Bigot, Bert, Burdeau, Compayré, Mézières, Simon, Steeg
parmi eux, quatre sont ou seront ministres (Bert, Burdeau, Simon, Steeg) Lorsqu’ils n’ont pas
de fonctions politiques directes, ils siègent au conseil supérieur de l’éducation nationale
comme Paul Janet .(voir tableau)
Nous constatons donc un fait étonnant que les modalités de constitution de notre corpus ne
laissait nullement prévoir : en choisissant nos manuels selon des critères purement
numériques nous n’isolons pas un lot d’auteurs inconnus dont il serait difficile de préciser
l’insertion sociale , de repérer les engagements. Au contraire nous découvrons des
personnalités de premier plan et des écrivains déjà connus. Tous ont déjà beaucoup écrit.
C’est moins la rareté des sources que leur très grande abondance qui constituera notre
problème : nous devrons choisir parmi leurs écrits en tous genres (traités- conférences-
discours politiques- manuels pour cours secondaires ou normaux- souvenirs d’enfance…)
ceux qui paraissent préciser, compléter, expliquer, les positions idéologiques des auteurs, et
éclairer le mieux les différences spécifiques des manuels . Pour comprendre comment il se
peut que seize auteurs, réunis par un tirage numérique, expriment finalement une idéologie
commune, il faut analyser leurs liens culturels (milieux de formation, influences
intellectuelles, références communes ) puis leurs liens politiques (partis, actions qui les ont
rassemblées)

Liens culturels
Ils sont parfois directs ;certains auteurs se connaissent et sont même liés par des relations
personnelles. Parfois ils sont plus indirects : ce sont les liens créés par une même formation
universitaire ou par l’appartenance à une même institution culturelle. Donnons quelques
exemples : pendant les années 1840 Jules Simon et Paul Janet sont tous deux disciples de
Victor Cousin ;ils bénéficient de sa ferme protection. En 1880 Simon, Janet, représentent
l’ancienne génération : ce sont des auteurs déjà très célèbres, qui ont marqué la pensée
politique et philosophique du siècle ; les autres s’y référent avec respect. Jules Simon devient
secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences morales et politiques (c’est Liard qui fera son
éloge en lui succédant en 1898) Paul Janet est également membre de l’Institut. Mézières est
membre de l’Académie française(1874) et président de l’association des journalistes parisiens
Paul Bert est membre de l’Académie des Sciences.
Mais l’institution à laquelle ils ont tous appartenu et qui constitue sans doute un lien essentiel
entre eux est l’Ecole normale Supérieure : Simon, Janet, Mézières, Compayré, Liard,
Mabillau, Lavisse, Bigot, Burdeau, tous sont d’anciens élèves de l’Ecole Normale,
professeurs agrégés (de philosophie pour 6 d’entre eux) . même si les hommes ne se sont pas
connus personnellement, la formation dans une même institution, dont on sait à quel point elle
donnait un esprit de corps , conduit forcément à une grande similitude de vue, à un style de
pensée, à des références communes ; dans les textes pour enfants, on percevra à quel point la
connaissance de Locke, pour les arguments sur la propriété, ou celle de Kant , pour la morale
du devoir et la défense des droits de l’Homme ont compté . L’Ecole Normale est alors la seule
voie d’accès aux plus hautes fonctions pour les enfants de la petite bourgeoisie, et même
quelques enfants du peuple tel Burdeau . Celui-ci , enfant très pauvre, boursier soutenu par ses
professeurs, véritable miraculé, deviendra même ministre . Il sera tout particulièrement érigé
en exemple de réussite par le travail, preuve éclatante que tout enfant du peuple peut accéder
aux plus hautes fonctions s’il en a la volonté et les capacités, en devenant le héros d’un beau
livre rouge à tranches dorés que l’on donnera aux distributions des prix .
Liens Politiques
Au retour de la guerre de 1870, Burdeau est parmi les jeunes normaliens partis au front qui
seront décorés de la légion d’honneur des mains de Jules Simon . En 1871 Jules Simon est
donc ministre de l’Instruction publique : il appelle Paul Janet à son « conseil intime »mais les
réformes préparées, en particulier la loi sur l’obligation scolaire, ne pourront encore voir le
jour car la réaction l’emporte. Il faut attendre quelques années pour que l’œuvre soit reprise
avec Jules Ferry qui devient Ministre de l’Instruction publique en 1881. Au conseil supérieur ,
ce sont Paul Bert et Paul Janet qui élaborent les lois Ferry. Quand le Ministère Ferry chute ,
Gambetta lui succède. Il prend Paul Bert comme Ministre de l’Instruction publique . le chef
de cabinet de Paul Bert est alors un jeune homme à qui Gambetta prédit un grand avenir :
Burdeau . On voit donc les liens serrés qui existent entre les hommes au niveau des cabinets
ministériels ou des commissions de réflexion sur l’enseignement
Il faut aussi considérer, plus largement les liens de parti : parmi les députés qui ont échoué
aux élection de 1877 mais qui sont élus en 1881 portés par la lame de fond qui met les
républicains au pouvoir on peut citer Compayré (député du Tarn) Mézières, Steeg . Non
seulement ils sont députés républicains mais ils font partie du groupe qui soutiendra en toute
occasion Jules ferry (et sa politique scolaire et coloniale) Compayré est le rapporteur de la loi
sur l’enseignement secondaire en 1882 . Jules Steeg sera l’un des promoteurs de l’Union des
gauches (et son premier président en 1886) . L’appartenance au même parti, aux mêmes
combats politiques – dans l’opposition à l’Empereur et à l’Ordre Moral – puis dans la période
exaltante marquée par la vague des succès républicaines, crée sans nul doute une vision
identique, forgée au cœur même de l’action . Sans doute les idées , les lectures, ont posé les
bases de convictions identiques ; l’idéologie est constituée d’un ensemble d’idées et de
valeurs , héritées d’influences familiales ou intellectuelles . Mais elle ne prend sa force que si
elle se consolide dans un combat politique et si elle nourrit un projet de société . La
détermination des individus qui mettent en jeu leur carrière, leur sécurité, voire leur vie pour
faire avancer leurs idées, compte tout autant que la cohérence des idées. Peut on penser que la
situation de Ferdinand Buisson qui dut s’exiler en Suisse, parce qu’il refusait de prêter
serment à l’Empereur, l’engagement du jeune Burdeau, en 187O, la démission du jeune Bigot
qui dut quitter l’enseignement sous les pressions de l’Ordre Moral, les poursuites judiciaires
contre Jules Steeg, pour « outrage à la religion catholique » ont moins compté pour les
intéressés que les ouvrages qu’ils ont pu lire ? Comment ignorer les évènements extrêmes
comme la guerre de 1870 et la Commune, dans la genèse du sentiment patriotique et de
l’idéologie républicaine ? Tout la différence entre des idées, des modes de pensée et une
« idéologie » tient précisément au lien essentiel et direct entre l’ « idéologie » et une
expérience sociale et politique. Mais il faut aussi que les idées soient ensuite véritablement
acceptées, assimilées, pour devenir vraiment dominantes . Et pour cela elles doivent
correspondent à un besoin, donner des réponses vraisemblables, constituer une lecture de la
réalité sociale qui puisse donner satisfaction aux dominés
Les idées diffusées par ces républicains vont devenir réellement dominantes, parce qu’elles
expriment ,grâce à différentes formations de compromis, les intérêts de la petite bourgeoisie et
les aspirations du peuple ; parce qu’elle rationalisent, formalisent des représentations
imaginaires diffuses sous jacentes ( le « rayonnement du propriétaire privé
au centre de son enclos ») parce qu’elles correspondent à des besoins profonds (par l’épargne,
mieux vivre et donner un sens à sa vie) , parce qu’elles mettent l’accent sur le mérite, le
travail, ce qui à la fois valorise le travailleur et lui donne l’espoir d’améliorer sa condition
L’idéologie républicaine réactive un consensus antérieur, celui de la révolution de 1789 entre
la bourgeoisie et le peuple qui avaient pour une part les mêmes intérêts, mais elle l’enrichit
par un patriotisme plus récent lié à la défaite de 1870 et par une aspiration à la modernité que
l’on pourrait dire « révolutionnaire » tant il s’agit de bouleverser les formes de vivre et de
penser liés à la tradition , par les progrès de la science , le refus des routines et des
superstitions
Parmi les 16 ouvrages pouvons nous malgré tout relever des différences , déceler des
variations dans le discours en cherchant à les relier avec vraisemblance à diverses origines et
positions sociales ? L’origine de classe ne peut pas jouer car sauf Burdeau tous les auteurs
appartiennent à la bourgeoisie. Il nous a paru possible de trouver des accents différents en
nous référant à deux variables : la religion de l’auteur, et son sexe,( homme ou femme).

Différences selon la religion

La différence de religion est un critère dont on soupçonne l’importance dans cette période où
le débat est si vif et où les républicains sont présentés par leurs adversaires comme des
hommes sans Dieu, chantres de l’athéisme, suppôts de Satan … les nouveaux livres de
« Morale et Instruction civique » sont globalement rejetés par les monarchistes catholiques car
ils correspondent à une vision du monde totalement différente ; pour autant leurs accusations
d’être tous écrits par des protestants ou des francs –maçons n’est pas exacte.
Parmi les 16 auteurs nous relevons un seul protestant : Jules Steeg. Il fait partie du triumvirat
que Ferdinand Buisson évoque avec humour dans ses souvenirs : ‘le triumvirat venu tout droit
de Neufchâtel » les trois qui d’après un adversaire avaient « mis la main sur la France »
« Pécaut Steeg et moi-même » . Mais dans le manuel de Jules Steeg on ne peut trouver de
différence concernant la religion :.Comme dans ceux de Compayré, Mabilleau, Janet, on
trouve les mêmes notions sur la conscience morale, le devoir, l’âme, le corps, les Droits de
l’Homme, la liberté de penser, rien ne permet de mettre à part cet auteur protestant qui fait
abstraction de sa confession quand il rédige le manuel. Ainsi Jules Steeg, comme les autres
auteurs acceptera de parler de Dieu sans se référer à une religion particulière et il mettra
l’accent sur la tolérance .
Si l’on veut discerner des différences on peut prendre aux deux bouts de l’éventail, Jules
Simon et Paul Bert :
Jules Simon est un chrétien qui défendit toujours les droits de la Raison ; En politique comme
en religion, il fut toujours l’homme des compromis, des médiations Très attaché à la
tolérance, à la liberté de conscience, éloigné de tout sectarisme, il sait même faire preuve
d’une certaine virtuosité dans la conciliation . Ses analyses théoriques reviennent souvent sur
ce problème de la tolérance ; Ainsi il distingue soigneusement entre « intolérance
religieuse » et « intolérance civile » : une religion positive, ensemble de dogmes et de
préceptes révélés est selon lui, forcément intolérante « au dedans » . l’intolérance de l’Eglise
catholique , est logique, légitime , en accord avec le principe même sur lequel elle est fondée ;
Car « une religion ne se discute pas, ne se marchande pas ;elle est toute d’une pièce. Il faut la
prendre ou la laisser. La moindre hésitation , la moindre réticence rend la foi inutile( la
religion naturelle .. . Dans une Eglise le maître est infaillible, c’est Dieu même
Il en est tout autrement de l’intolérance extérieure ; malheureusement l’intolérance
« extérieure »,l intolérance « civile », criminelle celle-là, a été aussi le fait de l’Eglise
catholique ; Voulant faire entrer de force les incroyants dans l’Eglise, elle a utilisé la force et
le glaive grâce à ses liens avec le pouvoir temporel . La distinction est bien résumée dans cette
phrase
  « L ‘Eglise confondait le droit d’imposer ses doctrines à ceux qui reconnaissent son
autorité, avec le droit d’imposer son autorité à ceux qui, dans le fond de l’âme refusent de la
reconnaître . »
Paul Bert paraît très loin de Jules Simon . Il est membre de L’Institut, président de la société
de Biologie – où il succède en 1878 à Claude Bernard ; c’est un savant réputé. Il est parmi
ceux qui souhaitent aller le plus loin dans l’œuvre de laïcisation . C’est sans doute le seul
auteur qui semble positiviste et même matérialiste. Son action parlementaire s’accompagne
sur le terrain d’un ardent combat idéologique. Il se dépense sans compter en livres, articles,
conférences, voire feuilletons, qui ont tous le même but : diffuser l’esprit scientifique, faire
reculer les superstitions, et défendre les valeurs républicaines . Son « hostilité allègre » envers
les Jésuites est bien connue. Pour lui l’enseignement des Jésuites est un obstacle au progrès
du savoir et à la formation du Citoyen. Il débat toujours sur le ton de l’ironie joyeuse, plutôt
que du mépris . Dans une conférence du 28 août 1881 il s’en donne à cœur joie , soutenu par
un public favorable ; on peut voir aux applaudissements ce qui a les meilleurs échos : « Si
nous avons décrété l’éducation, nous aurons assez vécu (applaudissements prolongés) …nous
avons séparé l’Eglise de l’école, nous avons débarrassé l’instituteur du prêtre(Salve
d’applaudissements…) Il reste à faire la laïcisation du personnel.
L’instituteur souverain dans son école ,le prêtre libre dans son église ; libre même d’y crier
au martyre « (rires et applaudissements) ; la conférence donnera un bon aperçu des reproches
que fera Paul Bert à l’enseignement moral tel qu’il est pratiqué depuis 1850 . « J’y ai cherché
en vain ce qui correspond à l’amour de la Patrie, au respect de la dignité personnelle, à la
croyance au progrès, au sentiment de solidarité sociale, au culte de la liberté, à la tolérance »
Mais surtout il reproche aux jésuites de ne pas tenir compte des acquis scientifiques . Il raille
la floraison de miracles, qui se sont développé depuis 1870 (apparition de la Vierge à
Lourdes, puis en Mayenne (« dans la position de la statue de l’école et avec les fautes de
français des sœurs congréganistes ») . L’homme de science est rebuté aussi par la casuistique
des jésuites et leur manière de diviser, morceler, finissant par aboutir à une multitudes de
petits aphorismes qui prescrivent à la fois tout et rien…D’où la facilité avec laquelle, d’un
principe peut être excellent ils arrivent à déduire des conséquences bouffonnes ou
monstrueuses. Leur enseignement est selon lui un vrai « péril social » . Il dénonce l’emprise
des hommes d’Eglise sur les femmes . d’un côté ils ne sont que « caresses mystiques,
ondulation câlines de la voix et du geste…assemblées mystérieuses où l’on va les yeux baissés
sous le voile, en rasant les murs… avec soupirs, encens, enivrement des sens au fond des
chapelles obscures mais de l’autre , dans leurs écrits leur misogynie se manifeste de la façon
la plus grossière » Il juge qu’ils sont obsédés par la fornication et le lit des époux .
Quant il critique aussi violemment l’influence du prêtre , il représente certes l’aile la plus
anticléricale du courant républicain laïque. Mais dans les manuels on ne trouvera qu’une
exhortation à la tolérance .
Cependant qu’il s’agisse de Jules Simon, de Paul Janet– catholiques défendant la séparation
de la Raison et de la Foi – de Jules Steeg pasteur protestant - , ou de Paul Bert savant athée
rationaliste , un commun socle les réunit , qui est en fait le fondement de la morale laïque : le
principe selon lequel il ne peut y avoir de conduite morale sans l’autonomie d’une volonté
libre. C’est une conception commune de la responsabilité du Sujet moral, un même souci de la
liberté de conscience, et une même foi dans les bienfaits de l’instruction qui les réunit
Quand Paul Bert fait des bibliothèques les véritables temples de l’instruction du peuple, quand
Jules Simon trouve ses accents les plus sincères pour dire le dénuement de celui qui est
ignorant : « tout ce que les hommes ont découvert est perdu pour lui …aucun échange d’idées
ne lui est possible…ce n’est pas vivre que de vivre ainsi emmuré ! » …ils ne sont pas aussi
éloignés l’un de l’autre.

Parmi les 16 ouvrages se trouvent les 4 ouvrages qui seront condamnés par la Congrégation
de l’Index . Jules Steeg, Paul Bert, Henry de Gréville, Compayré. Après un intense jeu
diplomatique certains acceptent de revoir leur texte,(Paul Bert reprend les pages sur la famine
sous l’Ancien régime, et les abus du Clergé) et l’Index de se réunir à nouveau. ; mais le
résultat reste entièrement négatif ; le rapport dira que les livres « n étaient pas seulement
infectés par quelques plaies, mais entièrement corrompus par la gangrène » . Le fossé est
reconnu comme infranchissable. L’Eglise ne peut accepter que la morale soit indépendante de
la religion , mais aussi que les structures politiques et sociales soit indépendantes de son
influence . (voir thèse d’Etat p 328)

Différences selon le sexe
Parmi les auteurs nous relevons la présence de quelques femmes. Peut-on affirmer que le fait
d’être une femme infléchit les positions de l’écrivain par rapport à l’idéologie et en particulier
à la famille, à l’autorité paternelle et au rôle de la femme ?
Avant toute analyse il faut tout d’abord vérifier et confirmer le sexe de l’auteur , sous peine de
nous égarer sur des pistes fausses Il faut prendre garde aux pseudonymes .
Il y a des femmes qui ont pris des pseudonymes masculins : Bruno dont on sait qu’il s’agit
de Mme Fouillée, épouse d’un écrivain célèbre en son temps, qui a beaucoup écrit . Elle
même a produit des ouvrages pour enfant bien avant les nouveaux programmes de Morale et
Instruction civique :Francinet, le Tour de la France par deux enfants 1877. L’œuvre tout
entière mériterait un long commentaire . Elle nous semble avoir un accent totalement différent
des autres ouvrages quand elle parle de la guerre ; son pacifisme – presque inconscient-
tranche avec les autres textes . sa bonne connaissance – sans doute vécue – de la psychologie
des enfants lui permet de rédiger des ouvrages attrayants, émouvants, bien adaptés, qui ont
duré des années et séduit petits et grands .
 Henry de Gréville est aussi une femme c’est le pseudo d’Alice Durand (d’après Zeldin, fille
d’un grammairien) .Cet ouvrage présente une indéniable fidélité au canevas des programmes
et de bons sentiments républicains ; mais on y retrouve aussi une parenté d’allure avec les
anciens manuels , dans la manière de passer soigneusement en revue « devoirs envers les
supérieurs, envers les semblables, envers les inférieurs » , mais aussi dans les procédés qui
consistent à personnifier qualités et défauts en les référant à une bonne petite fille, et à une
mauvaise, dans l’accent mis sur la charité plutôt que sur la justice…
Mais par contre Henriette Massy n’est autre que Paul Bert, qui a pris le nom de sa mère pour
écrire une « Instruction civique pour les jeunes filles » . Pourquoi prendre ce nom de femme
pour s’adresser aux jeunes filles ? sans doute pour être mieux entendu : il s’agit surtout de leur
expliquer que les femmes doivent se mêler de politique , s’intéresser à la politique. Et il
distingue bien à cette occasion ce que l’on appellerait de nos jours la politique politicienne, et
tous les grands enjeux de la politique. Il combat, en prenant ce « déguisement « féminin,
l’idée reçue qui veut que les femmes « ne font pas de politique », et définit la différence entre
« Instruction civique » et « fairede la Politique » . Certes il ne semble même pas imaginer que
les femmes puissent voter ; mais l’absence de toute préoccupation concernant la vie publique
était tellement profonde et massive que ce souci de parler aux jeunes filles est malgré tout une
relative ouverture . le paradoxe est que cet ouvrage masculin a besoin de paraitre écrit par une
femme , pour mieux les convaincre de s’intéresser à des phénomènes qui sortent de la sphère
du foyer.
Dans les livres écrits par des femmes, on ne peut trouver aucune position différente quant au
rôle de la femme , à la famille, à l’autorité paternelle.

Ainsi pour donner à l’enseignement l’élan nouveau qu’ils jugeaient nécessaire, pour diffuser
les valeurs de la République, promouvoir l’éducation du peuple, des Hommes et des femmes
déjà célèbres, n’hésitèrent pas à prendre la plume et à rédiger eux-mêmes des manuels
élémentaires . Chez ces hommes d’Etat, hommes de lettres, savants, la rédaction de ces petits
ouvrages au fait de leur carrière universitaire ou politique, ne pouvait avoir d’autre
signification que la volonté de construire les fondements des pratiques morales et civiques dès
les premières années de l’école primaire ; c’est bien la fermeté de leur conviction républicaine
qui les pousse à faire comprendre la devise républicaine, à « faire aimer la république » à tous
les enfants du peuple. Estimant de manière cohérente que le suffrage universel ne va pas sans
l’élévation du niveau général d’instruction, et que l’école primaire obligatoire et laïque doit
défendre le régime républicain et la laïcité, ils veulent assurer par l’école la pérennité de cette
foi républicaine ; il faut d’ailleurs remarquer que cette situation fut d assez courte durée (10
ans environ ) elle correspond au premier élan fondateur. Assez vite, la production
pédagogique reviendra aux spécialistes , aux professionnels de la pédagogie, même si bien sûr
les premiers manuels continuent ensuite leur carrière (Compayré en 1900 en sera à sa 114°
édition)

				
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