Docstoc

presentacion-frances

Document Sample
presentacion-frances Powered By Docstoc
					La perversion narcissique, une solution perversive à l’intérieur d’un équilibre
pathogène de solutions narcissiques. Position de l´analyste au-dedans de
l´incestualité.
                                                                               Eduardo Alberto Grinspon

Sur la contenance
     ….les pensées malaisées á penser, les affects difficiles á vivre, les fantasmes á peine germés, tout ce qu’un
    être en voie de formation ou en état d’inconfort majeur a grand peine á engranger et á malaxer, transitera par
    une psyché proche et bienveillante, qui va l’accueillir, l’héberger et le façonner, pour, finalement, le restituer á
son propriétaire d’origine : quel joli programme pour une << bonne>> mère ou un <<bon>> thérapeute ! Quelle
                                                                           aubaine pour un bébé ou pour un patient !
                                                                                  P C Racamier L´esprit des soins.



À partir de différentes évolutions cliniques dans lesquelles nous avons, dès le
début, envisagé l’incestualité et la perversion narcissique, nous avons ressenti la
nécessité de repenser ces diagnostics et leur changement clinique possible, à
partir des registres subjectifs de l’analyste en relation avec le processus
thérapeutique vécu avec ce type de famille ou de couples. Notre démarche s’est
centrée sur le travail de subjectivation historisante1 de la singularité de la
souffrance subie, dans lequel la manière de présence de l’objet et le travail de
l’affect sont déterminants.
Penser ces concepts à partir des accrochages transférentiels subis par la
personne de l’analyste à l’intérieur du « processus thérapeutique », nous a permis
de nous placer à l’intérieur du climat incestuel en vigueur dans ces familles. Dans
ce climat toxique où dominent les manœuvres abusives désubjectivantes,
disqualifiantes et intrusives, il est pertinent de différencier la détresse que « nous
pouvons imaginer » dans l´agent perversif narcissique, de la souffrance que nous
repérons dans la supposée victime, et qui est—un reste expulsé et disponible
pour un « autre sujet»2, nécessaire dans cette structure3.



1
  R Roussillon.
2
  R Roussillon.
3
  Il est pertinent de différencier la souffrance que nous repérons dans la solution algogène de la supposée
victime, de la détresse que nous pouvons imaginer dans la solution Perversive Narcissique


                                                                                                                      1
C’est-à-dire, qu’il existe sous-jacente, la tension générée entre les mouvements
pulsionnels dans sa valeur messagère et « en quête de l’objet disponible et
utilisable4», que nous décrivons comme « le pervertible encore pas encore
perverti » ; et les « mouvements perversifs »5, soutenus « à partir et à l’intérieur »
de l’alliance défensive pathogène parentale. Dans celle-ci, le supposé pervers
narcissique s’impose par son protagonisme ; mais dans une même famille, plus
d’un protagoniste est nécessaire pour soutenir la vigueur de ce type de pacte
denégatif pathogène6 où se produit la communauté de déni, non seulement face à
la différence des sexes, mais plus fondamentalement face à la différence des
générations, l’autonomie narcissique, la différence vivant-mort, et à l’interdiction de
l’interchangeabilité des êtres7. Nous entrons sur le terrain des alliances
narcissiques8 inconscientes défensives9 et pathogènes soutenues par plus d’une
personne et qui deviennent offensives et aliénantes10 en impliquant d’autres
personnes.
Cette position analytique nous a permis de sortir de la fixité occasionnée par le
registre de la destructivité et la consécutive démonisation du supposé pervers
narcissique, et de penser à la fonction de celui-ci à l’intérieur de l’économie
pulsionnelle relationnelle11 en cours dans l’incestualité. C’est-à-dire, de soutenir en
personne la vigueur de l’organisateur surmoïque, surantimoi selon Racamier,
garant de la continuité narcissique transgénérationnelle et pervertissant de la
différence intergénérationnelle12.
Ces registres sont apparus en réponse à notre endurance, en nous maintenant
psychiquement vivants, et en nous permettant de reconnaître « l’agent pervers
narcissique » en tant qu’« être humain comme nous-mêmes ».
4
  R Roussillon.
5
  PC Racamier. Le Génie des Origines.
6
  R Kaes.
7
  PC Racamier.
8
  P C Racamier.
9
  R Kaes.
10
   R Kaes.
11
   D Maldavsky.
12
   P C Racamier. Anticatastrophes . Il s’agit ici d’éviter á tout prix que rien ne change et que l’illusion de
l’antoedipe ne soit entamée. L’opération se mène en silence, et en famille ; elle est coûteuse ; mais ce sont
les autres qui la payent. Deux formes sont organisées sur cette base : la paranoïa rampante et la perversion
narcissique.


                                                                                                            2
Récupérer le concept de mouvement tant pervertible que perversif nous a amenés
à nous déplacer de la fixité dérivée du terme « pervers » et à revaloriser le
mouvement perversif13, ses effets et ses possibilités.
Ces mouvements rendus fous et aliénants nous impliquent « au-delà du moment
de la séance » et ce sont précisément ces effets « inter-séance » qui nous ont
amenés à élargir le concept de transfert à celui de subjectivité transférentielle.
C’est une spatialité intersubjective où survient la possibilité de la pénétration
agie 14 du climat dans lequel ces familles survivent.
Il s’agit des familles dans lesquelles les alliances narcissiques structurent un
échafaudage        défensif   pathogène,   garant   de    la   continuité   identitaire
transgénérationnelle, à l’intérieur d’un type de masochisme gardien du clivage 15,
c’est-à-dire sans accès à l’objectalité et renforçant ce narcissisme familial fermé,
« insondable » selon l’expression de Racamier.
Les membres de ces familles survivent dans un climat affolant et paradoxal, à la
fois de sans issue et d’inséparabilité, dans lequel ce sont la réalité et la vérité
faisant partie d´ une querelle qui, en attaquant les registres perceptifs de celles-ci,
va produire un équivalent du délire « à deux », dans et avec des éléments de la
réalité16. Il y a un déploiement « en notre présence implicative» d’une frénésie
d’argumentations contestataires qui pervertissent la possibilité de se mettre
d’accord sur le sens de la réalité vécue et sur la singularité de la souffrance
psychique subie.
Ces alliances pathogènes maintiennent une assignation immuable à un
emplacement dans certains cas mortifère, à l’intérieur du fonctionnement familial.
Lors d’une demande de consultation, nous sommes confrontés à des moments de
vacillation de cet échafaudage défensif. C’est notre disponibilité subjective qui
ouvre la possibilité d’amorcer à partir de la demande, bien souvent déclenchée par




13
   PC Racamier.
14
   R Roussillon.
15
   E Grinspon.
16
   PC Racamier.


                                                                                     3
le passage à l´acte des enfants ou la dévitalisation du complice-victime, à
l´exploration de la valeur messagère des passages par le soma et par l´acte17.
Ce cheminement nous a aussi amenés à tenter de différencier la singularité
survenue chez ces couples ou chez ces familles qui endurent avec nous durant le
temps nécessaire pour accéder à une possible situation analysante18. Celle-ci,
sera générée par la progressive co-construction d’un objet thérapeutique
disponible et utilisable; c’est-à-dire « son analyste familial » et la générativité
associative intra et interpsychique réussie à partir du mouvement objectalisant qui
a conduit à la progressive variation de l’état des alliances défensives pathogènes.
C’est-à-dire sans porter atteinte à la continuité identitaire familiale.
Parler d’association libre dans ces familles ou chez les membres qui les
constituent est impossible. Ce caractère d’impossibilité provient du trans-agir trans-
subjectif en vigueur, et de sa nécessité de maintenir le climat de secret et de
paradoxalité fermée. Il convient mieux de penser la générativité associative intra et
interpsychique réussie, comme produit de la liberté et de la créativité apportées
par la personne de l’analyste19. C’est-à-dire, un objet disponible « subjectivement »
qui endure20 face à la tension surgie entre les mouvements pervertibles et les
mouvements perversifs. Des mouvements qui, même s’ils se présentent comme
désespérés et affolants, sont aussi, en quête d’un objet autre-sujet, dont la
présence subjective et pulsionnelle endure et permet à la pulsion de récupérer sa
fonction objectalisante et messagère.
Même si le début de notre démarche a été marqué par l’étude des effets
destructeurs de la perversion narcissique, les différentes évolutions cliniques nous
ont amenés à nous arrêter sur celui qui opérait comme complice-victime, et sur la
nécessité       de son déplacement positionnel à l’intérieur du lien incestuel, afin
d’accéder à un possible changement clinique.



17
   R Roussillon.
18
   JL Donnet.
19                                  19
  La subjectivité transférentielle , une spatialité pluripsychique qui nous implique et dans laquelle
l’analyste, à partir de sa disponibilité narcissique, rend possible l’accès à un après-coup ni confirmatoire ni
                                                                            19
explicatif, mais partie advenant de l’effet de subjectivisation historisante , impliquant aussi l’analyste.
20
   R Roussillon , objet détruit trouve.


                                                                                                             4
Ensuite, nous avons envisagé l’impossibilité de penser la perversion narcissique
comme entité isolée, et l’ouverture offerte de pouvoir la penser comme une
solution narcissique, par exemple, dans sa dérivation perversive tyrannique-
articulée à l’intérieur d’un équilibre pathogène et de façon inévitable à une autre
solution sacrificielle21.
Il est nécessaire de différencier ces situations familiales dans lesquelles, à partir
de notre registre subjectif transférentiel, nous détectons que la question de
l’ « identité de base », la différence « moi » « non moi », sujet-objet, le propre ou
l´étranger et le dedans-dehors, est relativement organisée par un organisateur
surmoïque œdipien, de celles dans lesquelles à l’intérieur de l´incestualité,
dominent les souffrances narcissiques identitaires22.
Les solutions narcissiques face à la souffrance narcissique identitaire sont des
situations limites ou extrêmes de la subjectivité et de la subjectivation23, dans
lesquelles les failles dans ces différentiations sont au centre de la question 24, et
sont elles-mêmes, comme le dit Roussillon, le témoignage de l’effort du psychisme
pour relier les expériences de douleur compulsivement hallucinées, en évitant la
rencontre avec la nécessité de l’objet. C´est à dire, l’expression des conflits
survenus lors de l´échec du partage esthésique et affectif premier25.
Ces solutions, par le type de complicité soutenue dans les alliances, demandent
une approche thérapeutique spécifique à partir de l’intersubjectivité, un type de
transfert sur le cadre26 dans lequel l’inclusion intra-structurelle de la personne de
l’analyste et de sa subjectivité déterminent la possible évolution.
Dans cet échafaudage défensif, nous distinguons la distribution positionnelle et
l’interdépendance fonctionnelle, entre cet être vivant placé comme l’agent de la
solution perversive27, et celui placé comme l´agent sacrificiel28-



21
   PC Racamier,
22
   PC Racamier
23
   R Roussillon.
24
   R Roussillon.
25
   R Roussillon. PC Racamier
26
   R Roussillon.
27
   PC Racamier l´inceste et L´incestuel pag 173. Agent perversive qui est l’objet –source de mouvement
pulsionnel


                                                                                                    5
Pour le premier, sa manipulation, la prééminence du composant actif d’emprise et
la décharge expulsive, sont une troisième voie entre le repli narcissique et l’accès
à l’objet, et pour le deuxième, sa solution algogène est garante d´être l´objet
irremplaçable, « unique » pour quelqu’un.                 Penser que ce dernier est celui qui
apporte la plasticité adaptative nécessaire au maintien de l’état de l’alliance
défensive pathogène, nous a permis de ne plus nous focaliser sur la supposée
victime comme témoignage de la destructivité en                      vigueur, et de penser à la
plasticité adaptative nécessaire de la situation analysante pour accéder au cadre
possible et singulier pour chacune de ces familles.
Le caractère pervertissant29 de cette articulation, est dû à la possibilité perversive
du narcissisme de l’autre, qui a partir de la prédation possible30, perd la singularité
de son mouvement pulsionnel et se transforme en un « objet non objet » ou
ustensile31.
Dans ce mouvement intrusif, se produit l’articulation d’une séduction narcissique
« venimeuse »32 avec une défense transagie, c’est-à-dire, déni réussi de la
souffrance chez l’agent perversif33 et à la fois son expulsion34 sur un autre membre
du milieu familial. Celui-ci à son tour, doit dévitaliser son registre de souffrance35, il
se produit un clivage efficacement colmaté d’une façon alloplastique, où se produit,
comme le dit Racamier, « qu’on ne souffre pas mais que l’on fait souffrir ».
En séance, nous assistons à la manière selon laquelle, face au mouvement intrusif
de l’agent perversif, se déploie chez le supposé (complice ou victime) une
adaptation en miroir avec l’intrusion. Plasticité banalisante des effets destructeurs,


28
  L´agent perversive à partir du clivage réussie de la pulsion (P Denis) et de la prééminence du composant
actif d’emprise-« Il est l’objet -source ?- »PC Racamier Entre los partenaires de una pareja incestual dos
configuraciones se distinguen: 1- uno de los partenaires es dominante y el otro es dominado, 2- Los dos
partenaires son igualmente comprometidos, igualmente tomados en funciones. El dominio puede ceder el
paso a la complicidad, la exigencia de la clínica indica que comencemos por el dominio, es la palanca del
accionamiento, o sea del actuar.
29
   PC Racamier
30
   PC Racamier, A Eiguer.
31
   PC Racamier.
32
   PC Racamier,
33
   Agent qui est l’objet –source de mouvement pulsionnel
34
     PC Racamier: mouvement d’expulsion “des douleurs narcissiquement blessantes”.
35
     PC Racamier


                                                                                                        6
laquelle avec le gain narcissique qu’elle en rapporte, est la variable d’ajustement
dans cette articulation.
L’agent sacrificiel enregistre cette toxicité pulsionnelle rendue folle et affolante,
comme une urgence propre qui lui prend au piège et produit en lui -dans son
insistance et dans sa quête trans-subjective un effet de source pulsionnelle propre-
étrangère. Ce sont des moments de violence aveugle qui fonctionnent comme un
impératif de syntonisation des “décharges viscérales de l’agent perversif”. Cette
stratégie défensive incestuelle est une forme très élémentaire de repli qui opère
comme un attracteur centripète de la subjectivité des autres membres de la famille.
Il y a des moments en séance lors desquels, face à la menace d´échec de la
défense transagie il se produit chez l’agent perversif un type d’angoisse qui le
pousse à un mouvement par lequel il provoque et il convoque de façon
désespérée un partenaire afin d’obtenir, par le moyen de la coparticipation, un type
de co-excitation libidinale génératrice de la quantité nécessaire pour maintenir le
niveau de tension de survie psychique. Un trop-plein toxique qui fonctionne comme
contenu pervers obstruant les failles d’une contenance adéquate36.
Cette possibilité perversive37acquiert des nuances quand elle est conçue à partir
du processus qui nous implique en revitalisant le fond hallucinatoire du
psychisme38 et en donnant lieu à un type particulier de rêverie 39 ou de rencontre
co-hallucinatoire qui nous emmène à des interventions antiperversives ou
anticolusives.      Dans ces situations familiales hautement toxiques, l’indice de
destruction possible est directement en rapport avec la présence et avec la
disponibilité subjective et narcissique de l’objet-autre sujet.
C’est l’analyste qui apporte cet « objet autre sujet » dont la mémoire, à l’intérieur
du processus parcouru, permet de registrer le confus parmi le singulier, propre ou
étranger, au mouvement pulsionnel.
Ce sont des moments lors desquels notre dévitalisation, désespoir ou étonnement
mettent en évidence la tension transférentielle surgie face à l’émergence de la
36
     PC Racamier Position, comme le dit Racamier, de cette psyché proche et bienveillante, qui va donner
forme à la souffrance intolérable pour finalement la restituer à son propriétaire d’origine.
37
   PC Racamier, Tópique interactive .
38
   R Roussillon.
39
   C Botella.


                                                                                                      7
différence entre ce qui était attendu par nous, de la part de notre groupe interne de
patients, et leurs réponses à travers l’actuel.
Parmi les mouvements perversifs40intra séance qui nous implique et dont leurs
effets ont ouvert des possibilités, nous avons remarqué :
a – des manœuvres disqualifiantes et l’imposition des situations dilemmatiques41
et paradoxales42
b – la décharge dans une injection projective organique43.
c – la présence d’un silence toxique qui nous implique inter viscéralement
A posteriori ou en concomitance avec ces mouvements, il se produit souvent, chez
l’agent perversif une manière de s’absenter « partiellement » de l’espace
thérapeutique à partir d’un mécanisme de fuite pathogène réussie qui le
transforme en un omniprésent en tant qu’un absent.
Ce sont des moments dans lesquels il lui devient insupportable sa présence dans
le « dedans-dehors familial » qui est l’espace thérapeutique, et il le quitte
abruptement. Ce « dedans-dehors » est l’expression du clivage possible du surmoi
incestuel face à la coprésence d’un autre organisateur possible, en vigueur et à
partir de notre surmoi psychanalytique44. Cette « fuite » nous montre sa nécessité
d’évitement compulsif et il devient pour nous impossible d´en arrêter.
Quant à celui qui opère de partenaire face à ce mouvement perversif du fait de
l’échec de la fuite possible se présente à lui la dévitalisation face á sa nécessite de
s´autosoustraire, laquelle peut aller jusqu’au suicide.
Pour évaluer nos types d’intervention face aux processus psychiques menaçants
dans un climat sans--issue, il est fondamental d’être respectueux de la nécessité
d’accès à la fuite possible, c’est à-dire, de pouvoir s´en sortir et se maintenir
physiquement éloigné de la source de confusion.
La pénétration agie de ce climat dans le transfert nous confronte avec la présence
de la négativité45, transformée en signe d’appel. Nous nous trouvons face à un

40
   PC Racamier.
41
   PC Racamier.
42
  PC Racamier.
43
   PC Racamier, D Maldavsky.
44
   PC Racamier.
45
   R Roussillon .


                                                                                      8
transfert paradoxal46 dans lequel il nous est demandé d’être le miroir de cette
présence de la non-présence et de sa dérivation souvent apparue comme un
attachement au négatif47. Ce type d’attachement est une stratégie de survie
psychique face à la souffrance narcissique identitaire-- dans laquelle la douleur est
le dernier témoignage subjectif de la non-présence adéquate de l’objet48, tant
dans sa fonction réfléchissante d´objet pour symboliser l´objet à symboliser, tant
dans celle d’entretien d’un organisateur œdipien des liens familiaux49.
Il se crée un climat toxique dans lequel persiste l’omniprésence de la dette, de la
plainte et du reproche comme une dérivation pervertie du lien, ainsi que la
nostalgie et le regret comme forme possible de temporalité.
Ce type de transfert nous place aussi face à la ré-pétition compulsive, génératrice
du retour par présence en acte et à travers l’actuel du clivé non encore
subjectivé50.
Une évolution possible de l’état51 des alliances défensives pathogènes52 à
l’intérieur de l’incestualité
Dans ces familles, à un certain moment, le contrat narcissique affiliatif 53 du couple
avec son pacte dénégatif fonctionnel54 complémentaire, se maintenait sur la base
de la réciprocité et d’une communauté d´investissements narcissiques et
objectaux, avec une communauté des mécanismes de défense non pathogènes. Il
se produisait une combinaison inter-défensive, une « métadéfense »55 qui
maintenait le sentiment de soi même. Puis, face à une “adversité” ou menace de la
stabilité du dit contrat narcissique, il s’est produit un pacte dénégatif pathogène qui
est parvenu à cliver et á expulser quelque chose à l’intérieur de la spatialité
familiale,     et qui a maintenu la continuité                 identitaire sous l’égide d’un type
d’instance surmoïque (surantimoi) pervertissante. Une alliance pathogène qui a

46
   R Roussillon
47
   R Roussilon, D Anzieu.
48
   R Roussillon.
49
   PC Racamier : Faille dans la séduction narcissique “symétrique”
50
   R Roussillon.
51
   D Maldavsky.
52
   R Kaes.
53
   R Kaes.
54
   R Kaes .
55
   R Kaes.


                                                                                                9
maintenu l’illusion de vivre dans une « néo-réalité » « auto-produite » et avec « la
fantaisie d’auto-engendrement ».
Après un laps de            temps et face á la menace du retour du clivé on constate
l’apparition des manifestations symptomatiques et de leurs ré-adéquations
défensives nécessaires. L’état de l’alliance pathogène est devenu réussi-raté et
dans celui-ci l'expulsé s'est maintenu, mais le gain narcissique est déjà relayé par
des expériences de souffrance psychique. Chez le couple parental, il apparaît
d’une façon provoquant-convoquant entre eux mais « aussi » vers les enfants en
tant que partenaires forcés56, un mouvement dans lequel chaque membre, de
façon fixe et stéréotypée, maintient sa disponibilité afin d’apporter à son partenaire
le personnage nécessaire à la scène privée de ce dernier, celle-ci maintenant sa
singulière continuité narcissique identitaire en accord avec son contrat filiatif 57.
C’est-à-dire qu’il se produit un type de double au service du maintien de l’efficacité
du déni à l’intérieur de cette alliance “défensive”, en impliquant les enfants, celle-ci
devient pour eux aliénante58. Ces situations familiales hautement toxiques sont
habituellement préalables à la présence du passage par l´acte de l’un des
enfants59, qui amène finalement à faire échouer l’état de l’alliance défensive.
Présence du langage de l´acte60 qui peut donner lieu au retour en acte et à travers
l’actuel tant du clivé dans la subjectivité parentale, tant du clivé de la subjectivité de
l’enfant61. C’est dans ces moments que les mouvements perversifs deviennent les
plus destructeurs.
Nous sommes confrontés à l’effet de l’échec du clivage fonctionnel62 du couple
parental, face á la présence de l´« agieren », expression de la vacillation du
clivage structurel sous-jacent à l’intérieur de la fratrie.
 Le clivé dans la subjectivité parentale fait allusion à une catastrophe
générationnelle secrétée à l’intérieur d’un pacte denégatif pathogène. A partir du


56
   fils Unique captif et piégé dans la solution fétichisant du couple parental.
57
   R Kaes Contrat narcissique originaire à partir de l´autoconservation.
58
   R Kaes.
59
   PC Racamier. Placé en tant que fils agissant prédestiné.
60
   R Roussillon.
61
   R Roussillon.
62
   G Bayle


                                                                                        10
non dit du dit, il s’est produit un reste expulsé comme indicible, lequel à son tour,
est resté clivé de la subjectivité des enfants.
Chez ceux-ci, la marque du rien a pris la place du dénié et a déclenché de
nouvelles modalités défensives. Ces dernières entretiennent à leur tour, dans la
présence du passage par l´acte et à travers l’actuel, la possibilité du retour du clivé
pas encore subjectivé63.
Quand nous réfléchissons à cette situation de retour dans « notre espace intra et
inter séance », il arrive que, ce qui était clivé « de la » subjectivité du fils devient
« le clivé dans » la subjectivité transférentielle qui inclut le fils, sa famille et nous-
mêmes comme « leur » analyste familial. Dès que cette subjectivité transférentielle
apparaît, on se trouve à l´intérieur d´un nouvel état des alliances, que nous avons
nommé « pathogène raté en quête de la différence »64.
Dans cette situation transférentielle, notre malaise remet en jeu notre disponibilité
à endurer aux manœuvres désubjectivantes et à donner progressivement accès
aux alliances intersubjectives trophiques afin de récupérer la fonction messagère
et objectalisante de la motion pulsionnelle65.
C’est notre survie créative, qui ouvre une voie d´accès vers le différent en rendant
possible ce type d’alliance, survenue seulement, avec un secteur de l’un des
membres pris au piège dans le mouvement incestuel. Cette ré-adéquation est
inévitable du moment que seuls quelques secteurs accèdent progressivement à un
type d’alliance différente, tandis que d’autres doivent soutenir l’alliance pathogène
pour ne pas porter atteinte à la continuité identitaire familial.
Dans ces moments-là, l’impératif surmoïque opérant en nous, nous mène à
“protéger un enfant des manœuvres perversives”, ce que permet à cet enfant
d’accéder à la différence entre être le fils unique captif et piégé dans la solution
fétichisant du couple parental, et être un enfant en termes intergénérationnels. Ce
positionnement analytique, a un effet a posteriori, puisqu’il implique aussi l’enfant




63
   R Roussillion. .
64
   E Grinspon
65
   R Roussillon.


                                                                                       11
qui fut auparavant celui qui est aujourd’hui l’agent perversif avec sa défense d´anti-
tendresse66.
Dans ces moments de vacillation de l’alliance garante du masochisme gardien du
clivage, il doit se produire un type de présence de l’objet thérapeutique familial,
pour soutenir la fonction réfléchissante- et la présence d´un surmoi œdipien .
Fonction phorique de l’analyste67, pour le maintien d’un cadre « inhabituel mais
non transgressif »68, or un environnement soignant et adapté sur mesure69 qui
permet sa fonction sémaphorisante productrice de signes « pour quelqu’un »70.
Dans les familles chez lesquelles le passage à l’acte a été la défense contre la
prise de conscience et l’élaboration de la souffrance, la valeur de l´acte et de ses
restes deviennent centraux au niveau de l’espace transférentiel, dans lequel
bascule l’interaction comportementale71 avec l’ “entre-jeu”72 rendu possible par
notre présence psychique.
Face à ce type de solutions narcissiques, l’évacuation du clivé sur l’autre, doit
pouvoir se transformer en “signe pour quelqu’un”. Cela transforme la forme fermée
et incestuelle73 du comportement en une interaction porteuse d’un message dirigé
vers un double potentiel, à partir de celui qui récupère sa valeur intersubjective et
la quête d’un sens appropriable et utilisable à l’intérieur de la situation
analysante74.
Ce qui serait un passage à l’acte dans l’incestualité familiale75, devient un passage
par l’acte dans notre espace subjectif transférentiel, dans lequel la valeur de l´acte
est pensée dans sa fonction messagère et en quête de l’objet « halluciné- créé-
détruit-trouvé»76.



66
   PC Racamier.
67
   R Roussillon
68
    M Berger. Albert Ciccone
69
   R Roussillon.
70
   Roussillon .
71
   PC Racamier,
72
   R Roussillon.
73
   A Ferrant y A Ciccone “autístique”.
74
   A Ferrant, A Ciccone.
75
   PC Racamier, Engrènement.
76
   R Roussillon.


                                                                                   12
À partir de l’interaction avec un autre sujet, le double encore méconnu par le sujet
de l’acte, mais secrètement espéré, fait son apparition. Un double qui possède sa
singularité et ses aspirations propres, différentes du double perverti régulateur de
la souffrance narcissique dominante.
L’inclusion intra-structurelle de l’analyste implique que nous soyons une fonction à
l’intérieur du système narcissique dominant dans ces familles. Il s’agit d’un type de
transfert qui nous implique en tant que personnes et ouvre une possibilité aux
agents de ces solutions, et surtout au démonisé pervers narcissique, pour que sa
souffrance identitaire et son vide constitutif, puissent entrer dans la ré-pétition vers
une différence. C’est-à-dire que, il ne reste pas, lui non plus, piégé dans son
personnage à partir de l’adaptabilité produite par la solution sacrificielle de son
partenaire.
Cette écoute depuis l’intérieur « demande » notre disponibilité, nos affects et notre
histoire pour recevoir les effets produits en nous par ce type de récit « en
latence », qui devient graduellement subjectivable, à partir de la générativité
associative intra et inter-psychique77 qui nous implique78.
 Au sujet de la co-construction de la situation analysante ou cadre singulier
possible pour la mise en analyse de ces familles. Espace thérapeutique non
clivé.
Il y a des moments lors desquels se produit en nous-mêmes une « peur des
conséquences du dire ». Il nous est alors impossible d’imaginer une séance dans
laquelle le temps de parole soit toléré, sans retomber dans la parole acte
provoquant et convoquant de la décharge toxique et « d´une régression pulsionnel
transgressive extinctive ».
Le registre subjectif de cet écueil clinique suscite en nous un type de malaise et
d’accrochage d’où une sortie possible est de continuer le processus thérapeutique
à l’intérieur de l’espace thérapeutique élargie non clivé. Cet acte analytique
consiste à accepter la limite de ces familles, celles qui entretiennent la « re-pétition
possible » nous montrent et nous impliquent dans des stratégies de survie
psychique.
77
     R Roussillon.
78
     PC Racamier.


                                                                                     13
C’est mettre en jeu une série de défenses trophiques qui apportent une temporalité
non urgente et une spatialité élargie, nous permettent d’imaginer un moment de
synthèse subjective postérieure79.
Cela signifie articuler graduellement la spatialité individuelle de l’un des membres
avec     celle    groupale   familiale,   en   étant   nous-mêmes   capables   « d’être
subjectivement les mêmes dans les deux spatialités. C’est accepter que, comme
« leur analyste familial », nous sommes déjà une fonction à l’intérieur du nouveau
et tendu système narcissique familial.
Concevoir la subjectivité transférentielle80 comme un espace “intersubjectif” dans
lequel advient la pénétration agie de la catastrophe générationnelle subie et
penser l’espace thérapeutique non clivé 81 comme “situation analysante”82, ouvre
des possibilités dans des situations cliniques lors desquelles le narcissisme
familial, mis au service de stratégies de survie, « crie » ses problèmes structurels
de constitution83.
A partir, de notre malaise, nous pouvons imaginer un type de masochisme
érogène subjectif transférentiel qui nous amène à soutenir un Moi peau
nécessaire, qui opère de « contenance » et « de conteneur » pour les moments de
retour du clive pas encore subjectivé. Une économie relationnelle d’urgence qui
essaye de récupérer un masochisme gardien de la vie face à l´échec du contre-
investissement narcissique pathogène qui fonctionnait comme un masochisme
gardien du clivage et de la survie psychique.
Un exemple d’échec de cette approche, se produit quand l’agent perversif se place
dans un au-delà de l’espace thérapeutique, c’est-à-dire ni intérieur ni périphérique
-sinon au-delà de…-, se refusant à continuer de se maintenir dans l’espace
thérapeutique non clivé. C’est un moment clé au service du maintien
transgénérationnel des clivages de la subjectivité, en se donnant comme
« possible » de continuer à vivre comme si rien ne s’était passé et en empêchant


79
   PC Racamier
80
   E Grinspon.
81
   E Grinspon.
82
   J L Donnet.
83
   R Rousillon.


                                                                                    14
« à ce moment-là»,» toute possibilité de subjectivation de ce qui faisait retour en
attente de subjectivation.


                                 -------




                                                                                15

				
DOCUMENT INFO
Shared By:
Categories:
Tags:
Stats:
views:4
posted:10/23/2012
language:French
pages:15