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					La présence des Belges et de la Belgique en Espagne

De l’Antiquité au XVème siècle

L’histoire permet d’attribuer probablement à l’époque romaine le début des rapports,
rares alors, entre les habitants de nos contrées et de l’Espagne.
Ce n’est cependant qu’au Moyen Age, aux XIème et XIIème siècles, que s’établissent les
premières relations entre marchands flamands et espagnols, aux foires du Midi de la
France. Et nos pèlerins (pèlerins par dévotion et pèlerins par obligation puisque le
pèlerinage pouvait être une des peines infligées par la justice en expiation de l’un ou
l’autre délit), qui commencent à se rendre régulièrement au sanctuaire de Saint Jacques
de Compostelle, au Saint Crucifix de Burgos et à N. S. del Pilar à Zaragoza,
entretiendront ces relations.

Très vite, ce seront les commerçants qui suivront les traces des pèlerins: par voie de
terre, d’abord (Camino de la Costa ou le Camino Alto, à travers la Navarre, le Pays
Basque et la Galice).

Peu après, apparaissent les premières communications par mer: au XIIIème siècle,
d’autres habitants de nos contrées participent à des Croisades et expéditions contre
les Maures et on rapporte leur présence à la fameuse bataille de Navas de Tolosa, en
1212, qui ouvrit aux Castillans la voie de Seville.

A cette époque, l’industrie du drap prend son essor en Flandre et entraîne des
échanges commerciaux plus réguliers qui, dans un vaste mouvement, relient les
éleveurs de mouton des plateaux de Castille, les marchands des villes et armateurs des
ports de Cantabria et Vizcaya, les commerçants et banquiers de Bruges, Gent, Ieper et
plus tard Anvers, les tisserands de Flandres, du Brabant et du Hainaut. Entre le XIIIème
et le XVème siècle, les affaires se traitent principalement en Flandre, et notamment à
Bruges. L’intensité croissante de tels échanges fait que, en 1336 déjà, les commerçants
de Castille se constituent en «gremio» à Bruges. A partir du XVèmee siècle, il existe à
Bruges des «Nations» de Vizcaya, Navarra, Castilla et Aragón.Par après, quand les Rois
d’Espagne, pour assurer aux habitants de la Péninsule ibérique les avantages du
commerce avec les Indes, fixèrent à Séville l’étape des denrées et marchandises, nos
provinces durent aller y chercher les produits dont elles se pourvoyaient auparavant à
Bruges et Anvers.

Au début, ce furent évidemment les relations commerciales qui rapprochèrent les
Flamands des Espagnols, en particulier les Castillans et les Basques. Aux exportations
de laine, puis de vin de Jerez et de sucre des Canaries, correspondaient des envois de
tableaux à Cadix et aux Canaries.

Mais ce ne furent pas seulement les tableaux qui voyagèrent vers l’Espagne. Certains
peintres firent également le déplacement: Jan Van Eyck fit partie de l’ambassade que
Philippe le Bon envoya en 1427 à la Cour du Roi Alfonso V d’Aragon pour lui demander
la main de sa nièce. Il se rendit ensuite en Castille (1429).

Le séjour de Van Eyck en Espagne eut un tel retentissement que le Roi Alfonso envoya
son peintre, Luis Dalmau, en 1431 en Flandre pour étudier l’œuvre de notre artiste.

Preuve de son influence est également la présence du peintre brugeois Louis Alimbrot
(Allynbrood) à Valence en 1439.

A l’époque des Rois Catholiques, les oeuvres arrivant en Castille sont encore plus
nombreuses. La Reine, émulant son père Juan II, réunit une importante collection et
engagea de portraitistes officiels; c’est ainsi qu’en 1492 arrive Michel Sittow, formé à
l’école flamande, puis Juan de Flandes, en 1496. Ce dernier resta en Castille après le
décès de la Reine.
Souvent, les Espagnols établis aux Pays-Bas agissaient comme intermédiaires, ou même
comme agents, passant des contrats avec les artistes. Il en allait de même avec nos
concitoyens: le sculpteur Guyot de Beaugrant par exemple, s’installa à Bilbao entre
1530 et 1550 et vendit des tableaux flamands au Pays Basque comme à Burgos.

D’autres fois, c’étaient les marchands flamands établis en Espagne qui achetaient des
oeuvres pour les revendre ensuite dans les forres (Medina del Campo). Mais, à partir du
XVIème, il ne fut plus nécessaire de se rendre en Flandre, ni même d’avoir recours à des
Flamands: le nombre était si important que les achats se faisaient sur place.

Du XVème au XVIIème siècles

C’est entre le XVème et le XVIIème siècle que les relations entre nos contrées et l’Espagne
sont les plus intenses. Une longue période de l’histoire que l’Espagne et la Belgique ont
en partage pour avoir eu un Prince commun. Epoque qui a puissamment marqué
l’histoire de ce pays et qui reste –de ce fait- très présent à l’esprit des Espagnols.

Après la prise de Grenade, les Rois Catholiques mènent des négociations qui mènent à
une double alliance matrimoniale entre leurs enfants et ceux de l’Empereur Maximilien.
En 1496 se crée, ainsi, un lien dynastique entre la Maison de Bourgogne et l’Espagne:
le double mariage entre Philippe le Beau et Juana de Castilla (plus tard «la Folle»),
d’une part, et entre leurs sœur et frère respectifs, Marguerite et Don Juan, d’autre part,
scelle une union face à «l’adversaire» commun, le Roi de France. Les relations entre les
deux régions deviennent alors considérables: elles sont le fait des politiques, des
commerçants, des artisans et des artistes….

Une conséquence directe de ces développements sera l’engouement pour l’art
flamand.

Ce furent les pèlerins qui, les premiers, contribuèrent à la diffusion de l’art flamand en
Espagne (le terme «flamand» est utilisé, en Espagne, de façon extensive, puisqu’il
s’applique à tout ce qui est originaire de l’ensemble de nos contrées, ainsi que des Pays-
Bas et de la France du Nord. L’importance économique, commerciale, maritime et
sociale de Bruges, puis de Anvers, explique sans nul doute cette particularité.) ; ils
amenaient, en effet, avec eux des œuvres d’art inspirées par des thèmes religieux,
exécutées sur bois et peintes à l’huile. Ces diptyques ou triptyques, faciles à transporter
et à manipuler du fait de leur taille réduite, servaient d’image de dévotion. Ils étaient
également importés par de riches Espagnols pour embellir leurs chapelles ou leurs
demeures, ainsi que par des responsables religieux, captivés par une peinture qui allait
très vite servir de modèle aux peintres espagnols et engendrer l’école «hispano-
flamande».

Ainsi, au XVème siècle et au début du XVIème, la qualité des œuvres et les relations
commerciales font que le goût pour la peinture flamande triomphe en Espagne. L’intérêt
manifesté par Jean II et Henri IV de Castille s’intensifie avec les Rois Catholiques: la
Reine Isabel sera la première grande collectionneuse de peinture de nos contrées et elle
désignera Juan de Flandes comme peintre officiel de la Cour.

En Espagne, ce sont les célèbres foires de Medina del Campo qui, plus tard, attirent nos
marchands. Cette ville devient, au temps des Rois Catholiques, l’un des plus importants
centres d’achat et de commandes de tapisseries de Bruxelles et de Flandre, de
triptyques et de sculptures, ainsi que de… cloches (de Malines). Le commerce d’œuvres
d’art à Medina del Campo peut être qualifié d’extraordinaire: y sont négociées des
pièces telles que les triptyques de la Sainte Famille (Marcellus Coffermans) ou la
Descente de Croix (Ambrosius Benson).

De même, les navires chargés de laine qui partaient des ports de Cantabria à
destination de Bruges, ramenaient des œuvres d’art exécutées par des artistes tels que
le Maître de Flémalle, Roger van der Weyden, Hans Memling, Hugo van der Goes,
Quentin Metsys, Patinir et d’autres, qui inondèrent littéralement toute l’Espagne.

Elles étaient au goût des monarques, des nobles, du clergé et des autres acquéreurs
non seulement en raison des thèmes (religieux) mais surtout pour la façon de
représenter le sacré ou reproduire la réalité, ainsi que pour la qualité de la perspective,
du dessin, de la couleur…

Une autre conséquence directe de ces mouvements est l’établissement d’un service de
poste entre nos contrées et l’Espagne. Le 1er mars 1502, Philippe le Beau nomme
François de Taxis “capitaine et maistre de nos postes”. Il lui octroie un traitement
annuel de 12.000 livres pour transmettre, dans les délais fixés, les dépêches du
gouvernement vers l’Allemagne, la France et l’Espagne.

Le commerce est intense. Au XVème et au XVIème siècles, les centres producteurs de
laine de Castille et d’Aragon (Burgos, …) exportent jusqu’à 60% de leurs matières
premières vers nos contrées. De même, vu l’étroitesse du marché ibérique, des flottes
de caravelles amènent à Anvers des produits d’Espagne et d’Amérique, tels le cuir tanné
et, plus tard, des produits exotiques tels que la cochenille, l’indigo (utilisés comme
teinture rouge, noire et bleue), la vanille, le sucre, le quinquina du Pérou, le cacao, le
tabac. En échange, les navires ramenaient dans leurs cales des produits de Flandre et
d’Europe du Nord: du blé, des approvisionnements pour navires, des produits
manufacturés (tissus, tapisseries, livres, papier,…).

Le XVIème siècle voit s’établir en Andalousie nombre de marchands de nos provinces. En
effet, alors que la Reine Juana (la Folle) avait statué que nul navire ne pouvait faire
voile vers le Nouveau Monde s’il n’était pas espagnol ou s’il n’était pas chargé à Séville
et armé au nom du Roi, Charles V relâche quelque peu la sévérité de cette prohibition,
mais uniquement en faveur de nos compatriotes qui allaient s’établir en Espagne; il
permet aux marchands flamands, et à eux seuls, de développer leurs activités vers
l’Amérique, au départ de Cadix et Séville, sur un pied d’égalité et en concurrence
directe avec les Espagnols. On leur accorde des «lettres de naturalisation» qui leur
permettent de faire venir des chargements dans ces ports. Ce qui explique la prospérité
du commerce flamand à Cadix et à Séville.

Bientôt, les armateurs espagnols obtiennent de Philippe II le rétablissement de
l’interdiction, mais le commerce se poursuit: nos armateurs continuent à envoyer leurs
cargaisons, à leurs risques et périls, les correspondants espagnols prêtant leurs noms et
se bornant à prélever leurs commissions.

Ainsi, durant plus de deux siècles, des commerçants espagnols et «belges» vont
collaborer au développement des échanges entre leurs deux contrées et avec le
Nouveau Monde. S’il y avait des «nations» espagnoles dans nos principales villes, il y6
avait aussi des «nations» et des «maisons» flamandes en diverses villes d’Espagne,
notamment à Burgos, Toledo, Madrid, ainsi que dans les principaux ports (Séville, Cadix,
Santander, Barcelona..). Ces liens s’affaiblirent progressivement pour se rompre
définitivement lors de l’invasion française en Belgique, en 1792.

On assiste également à une intensification des migrations. Outre les commerçants, de
nombreux autres «Flamands» s’installent dans la Péninsule et aux Canaries attirés par la
demande en Espagne (les Espagnols de l’époque ayant tendance à dédaigner le travail
manuel), ils sont aussi poussés à émigrer par les tensions religieuses et par la relative
surpopulation de nos contrées.

D’Anvers arrivent des imprimeurs, des peintres,…; de Bruxelles, Mons et Tournai, des
tisserands et tailleurs; de Bruges et Gent, des verriers, des distillateurs d’eau et
d’alcools, des tonneliers, des cordonniers… Affluent aussi des militaires, des chanteurs
(de la «Capilla Real»), des médecins, chirurgiens, des tailleurs de pierre, des horlogers,
des orfèvres, des peintres de retables… Ils s’installent à Madrid, mais aussi à Séville,
Cadix, Toledo, Ségovie, Valladolid, Cuenca, Valence, Murcie, Grenade, ainsi qu’aux
Canaries (commerce du sucre et de teinture) et à Mallorca.

Plus tard, sous Philippe II, de nombreux «Flamands» viennent s’établir en Espagne, pour
remplacer des Espagnols qui ont quitté pour le Nouveau Monde, et occupent des
fonctions dans l’administration, commerce et les forces armées.

Parmi les plus connus, citons les Bécquer, nobles flamands qui arrivèrent à Séville à la
fin du XVIe et dont des descendant seront des écrivains réputés au XIX ème siècle.

Autre conséquence: la naissance de fondations, hôpitaux, «chapelles de compagnons»
dans des villes telles que Séville, Cadix, Malaga et, en particulier, la Fondation Carlos
de Amberes (San Andrés de los Flamencos) à Madrid en 1594, destinée à aider les
«compatriotes» malades et en difficulté (la Fondation est, de ce fait, l’une de plus
anciennes en Espagne).

En effet, à la fin du XVIème siècle, un grand nombre d’émigrés flamands se trouvaient en
Espagne, à Séville et à Madrid en particulier. Un certain nombre d’entre eux, pauvres,
dépendaient de la charité. C’est ainsi que, dans l’esprit du sentiment religieux
caractéristique de l’Espagne baroque obligeant les personnes fortunées à secourir les
indigents, Charles d’Anvers, l’un des nombreux commerçants flamands établis à la Cour,
fit don de sa maison et d’autres petits bâtiments annexes pour -après son décès- servir
à héberger et à soigner les malades et les pèlerins flamands. Ainsi, la Fondation de
Charles d’Anvers devint un de ces lieux d’hébergement appelés «hôpitaux» accordant
une attention prépondérante aux besoins spirituels et servant de refuge aussi bien aux
malades qu’aux pèlerins en bonne santé mettant à leur disposition des confesseurs
parlant leur langue natale et l’accommodation où célébrer leurs festivités et cérémonies
religieuses.

Après le décès de Charles d’Anvers en 1604, son légataire l’archer Michel de Frêne plaça
le nouvel hôpital sous l’égide de Saint André, saint patron des Bourguignons.

Le 11 juin 1609, le Roi Philippe III accorda, par Cédule Royale, son patronage à l’Hôpital
Saint André et le 16 octobre 1616 il en ratifia les Statuts établissant que la Députation
(Directoire) de l’Hôpital devait être composée de membres ordinaires des Dix-Sept
Provinces des Pays-Bas ou leurs descendants et qu’ils devaient être de la bourgeoisie
pour assurer le bon fonctionnement de la Fondation. Ces Statuts furent confirmés par
Philippe IV et Charles II.

Notre contribution à la découverte du Nouveau Monde et à sa mise en exploitation doit
aussi être mentionnée: différents «Flamands» faisaient partie de l’expédition de
Christophe Colomb, tels que Pedro de Flandes, Gonzalo Flamenco, Alonso de la Calle
(Alphonse van der Straeten). C’est, par ailleurs, à Anvers que F. Magalhaes trouvait des
appuis puissants pour réaliser la circumnavigation du globe: le riche armateur hispano-
anversois Diego de Haro avança les ¾ de la somme nécessaire à cette fin, tandis que
l’empereur Charles V apportait le solde. Et, d’après les archives de Séville, au moins 5
Flamands se trouvaient à bord de ses navires. Leurs talents de timoniers et de tireurs
les rendaient rapidement indispensables à bord des navires en partance pour des
horizons lointains.

Aux XVème et XVIème siècles toujours, des industriels anversois s’intéressent activement
au développement des plantations et de l’industrie sucrière aux Canaries: en 1515, un
marchand anversois crée des plantations de canne à sucre et une raffinerie sur l’île de
Palma. Et il reste de ce séjour dans les îles l’assimilation et la traduction de quelques
noms tels que «Van Groenenbergh» devenu «De Monteverde», ou «Adriaenssens»
devenu «Adriani»…
Dans le domaine culturel et artistique de multiples rencontres entre peintres,
musiciens et autres artisans-artistes émaillent les débuts des Temps Modernes.

C’est surtout à Charles Quint, puis à Philippe II et à sa fille l’Archiduchesse Isabel, que
ces artisans doivent d’avoir vu leurs œuvres reconnues dès leur époque.

Ces deux Souverains, en effet, furent de grands mécènes et de grands collectionneurs
et attirèrent vers la Cour un nombre important d’artistes.

L’influence flamande se fit surtout sentir dans des domaines tels que:

Musique: La polyphonie flamande avec la «Capilla Flamenca», Johannes Ockeghem,
Josquin Desprez, provoquera l’engouement.

Charles Quint avait amené de Flandre ses meilleurs musiciens mais il n’avait pas
supprimé la “Capilla Castellana” dont il avait hérité; il se contenta de séparer les rôles:
les Flamands chanteraient la polyphonie et les Castillans, le chant «llano».

Tapisserie: Le goût des Espagnols pour les tapisseries est indéniable; elles ont été un
objet habituel de la vie de ceux-ci, un signe de noblesse, de pouvoir.

Antoine de Lalaing, qui accompagne Philippe le Beau en Espagne, remarque l’utilisation
qui en est faite, tant à l’intérieur des demeures qu’à l’extérieur. Et ce goût perdure
jusqu’à nos jours: à Toledo, lors de la procession du Corpus Christi, les parois de la
cathédrale sont couvertes de tapisseries de Bruxelles.

Le nombre de tapisseries flamandes et de Bruxelles détenues par l’Espagne est
impressionnant: le Patrimonio Nacional, détient l’une des meilleures collections au
monde; à lui seul, il en possède 3.000.

Au XVIème siècle, différents tapissiers flamands s’installèrent à Madrid, et il en fut de
même au XVIIème: Jean Metler, de Bruxelles, fut autorisé en 1694 à établir une fabrique,
tandis que Stéphane Banderberg fut appelé pour travailler à la Cour.

Peinture: Les œuvres de tous nos principaux maîtres se retrouvent dans l’Espagne
entière.

Jan Van Eyck, faisant partie de l’ambassade envoyée par Philippe le Bon en Espagne
pour demander au Roi Juan I la main de sa fille, y séjournera en 1428-29; il visitera la
Castille, Grenada et effectuera le pèlerinage à Santiago, exerçant une profonde influence
sur les «primitifs espagnols» et sur ce qui allait s’appeler «Ecole hispano-flamande».

Le fondateur de l’Ecole de Séville, Peter de Kempeneer (Pedro Campana), né à Bruxelles
en 1503, s’établit à Séville en 1537 où il exécute des œuvres conservées à la Cathédrale
et à l’église Sta Ana. En 1562, il rentre à Bruxelles, où il est nommé directeur de la
manufacture de tapisseries.

Cette influence se poursuivra sous les Archiducs Albert et Isabelle, avec les œuvres en
Espagne de Rubens (lui-même diplomate de la Cour), Van Dyck, Brueghel, Jordaens,
Pourbus, Sneyders et Franck.

Sciences: L’importance de la cartographie, suite aux Découvertes, mettra en valeur
Mercator.

Vesalius séjournera de 1559 à 1564 en Espagne, comme médecin attaché à la Maison
Royale.
L’Ecole astronomique de Louvain développera toutes sortes d’instruments pour Philippe
II.

Imprimerie: Platijn travaillera pour le Roi d’Espagne et éditera un «Vocabulario para
aprender Franches, Espanyol y Flaminco» en 1530.

Felipe II fit planter les jardins de ses palais à Valsaìn, Casa de Campo, El Escorial et
surtout Aranjuez «à la mode de Flandre». Même des éléments décoratifs mineurs, tels
que les «azulejos» utilisés pour enjoliver les sols et parois de ses palais furent
commandés à des artisans flamands travaillant en Espagne.

Le XVIIème siècle

On assiste à un renouveau de l’influence de la peinture flamande en Espagne à
l’époque du Baroque. On en veut pour preuve la collection du Musée du Prado, qui
représente l’un des ensembles les plus complets et de plus grande qualité en Europe. En
font partie les œuvres de P. P. Rubens des Brueghel, de Frans Snyders, de Pablo De
Vos, de David Teniers… ainsi que les miniatures de Simon Bening et de Guillaume de
Vrelant.

P. P. Rubens séjournera à Valladolid en 1603, en mission diplomatique, et le Roi Felipe
III lui commandera quelques premières toiles. Plus tard, il se rendra à Madrid (1628-
29). Invité par Felipe IV pour participer aux négociations de paix avec la G-Bretagne, il
exécutera une quarantaine de toiles, deviendra le secrétaire du Conseil Secret et
formera Diego Velazquez. Le Roi deviendra son meilleur client.

Dans le domaine militaire, il convient de rappeler que de nombreux officiers et soldats
de nos contrées combattirent dans les «tercios» espagnols en Europe et que c’est, par
exemple au Comte Charles de Lannoy que le Roi de France, François I er, remit son épée
sur le champs de bataille de Pavie.

Notons aussi que l’Académie militaire de Bruxelles (créée en 1680, sous le régne de
Charles II, Roi d’Espagne et Comte de Flandres, á l’initiative de l’ingénieur militaire
Sebastian de Fernandez Medrano) verra ses règlements de base servir de référence aux
Académies militaires des différentes armes qui seront créées en Espagne au XVIII ème
siécle. [1]

Le XVIIIème siècle

Cette période de notre histoire bilatérale est moins riche en évènements et échanges.
Les liens perdent en intensité et en solidité.

La politique du premier roi Bourbon d’Espagne, Philippe V, consiste en la substitution
des achats à l’étranger par une production sur le territoire national. C’est ainsi qu’il
encourage la création de «Fabriques royales», dont la plus fameuse est sans doute la
«Real Fabrica de Tapices». Vu l’absence de tradition en Espagne, le Roi doit recourir
à l’étranger: ayant échoué dans sa tentative de faire venir des tapissiers français, il
appelle en 1721 un tapissier renommé d’Anvers, Jacob Vandergoten, pour ériger et
diriger cette manufacture.

Les premières tapisseries reproduisent des cartons flamands, comme la série des
“chasses” de Felipe V, ou encore des “Teniers”.

Vers 1753, Peter Verboom dessine et développe le Parque de la Ciudadella pour le Roi
Felipe V.

Dans le domaine militaire, il convient de noter que les «Gardes Wallonnes», garde
rapprochée des Rois d’Espagne, unités de soldats d’élite créées en Espagne, seront
spécialement recrutées dans nos contrées de 1702 à 1822. Le Roi Felipe V, voulant
réorganiser la Garde royale, décida la formation de quatre compagnies de Gardes du
Corps, dont une «flamande». C’est ainsi qu’en 1703 furent créées les «Gardes royales
wallonnes», soit 100 hommes[2] répartis en deux bataillons de grenadiers et de
fusiliers. Les officiers provenaient de la noblesse des Pays-Bas espagnols et le français
fut la langue utilisées jusqu’en 1815.

Ces Gardes n’étaient pas exclusivement affectés à la garde des palais, mais participaient
également au conflits; c’est ainsi que des centaines d’entre eux (plus de 600, d’après un
chroniqueur) perdirent leur vie au service du Roi d’Espagne, au cours de la Guerre de
Succession, de l’expédition en Sicile (1718), du siège de Gibraltar (1726), les
campagnes d’Oran et Naples (1732-1734).

En 1814, le Roi Fernando VII modifia leur appellation en «Gardes de la personne du
Roi».

Sept ans plus tard, cette unité fut abolie par un décret des Cortes.

Notons, enfin, que plusieurs forteresses auraient été construites par des ingénieurs
«belges».

XIXème siècle

Ce siècle est marqué par la naissance de la Belgique indépendante, à laquelle a
contribué de façon non négligeable un descendant de Belges en Espagne, Juan Van-
Halen. Né près de Cadix en 1788, celui-ci fait une carrière militaire aventureuse dans la
Marine espagnole, puis lutte contre les Français (1808-9), doit s’exiler à Londres, avant
de lutter en Russie au service du Tsar Alexandre I. Revenu en Espagne à l’instauration
du régime libéral, il s’exile aux Etats-Unis à la chute de celui-ci (1823). Installé plus tard
à Bruxelles, il s’y trouve lors de l’insurrection contre les Hollandais. Son rôle dans la
libération de la capitale, puis du Brabant, lui vaudra la reconnaissance de la Nation, le
titre de Lieutenant Général et de Gouverneur du Brabant méridional, ainsi que son
effigie à la Place des Martyrs.

Il passa les dernières années de sa vie à Cadix et fut enterré au Puerto Santa Maria.

Ce siècle est aussi marqué par l’établissement de relations diplomatiques entre le
Royaume d’Espagne et le jeune Royaume de Belgique, dont le premier représentant à
Madrid sera M. J. B. Kaufmann, Chargé d’Affaires. Nous sommes en 1832.

Très vite, le dynamisme des industriels belges les amènera à s’intéresser à l’Espagne.

Entre 1851 et 1914, les Belges seront d’importants investisseurs en ce pays, se
situant en 3ème position derrière la France et la Grande Bretagne. Les investissements de
nos capitaines d’industrie se concentreront dans les domaines des mines, de l’industrie
et surtout des transports (tramways et trains), où ils seront les premiers entre 1890 et
1914.

Au début du XIXème siècle, souffrant de voir l’Espagne, riche en matières premières (et
spécialement en minerai de fer et en charbon) être tributaire de l’étranger pour la
presque totalité de ses besoins en métaux et en armes, des membres influents du
Gouvernement décident de favoriser la création d’une industrie métallurgique et
d’armement, ce qui rendait nécessaire l’exploitation du charbon sur le territoire national.

Comprenant qu’une assistance technique était nécessaire, ils la recherchent à l’étranger.
C’est ainsi que sont établis des contacts avec des industriels en Belgique et que sont
offertes à Nicolas Lesoinne (Liège) et John Cockerill (Seraing) «les plus grandes facilites
en matière de concessions minières» en échange de l’implantation en Espagne d’une
industrie métallurgique moderne.[3]

Privé du concours de Cockerill –qui s’était désintéressé de projet- les Lesoinne et leurs
associés espagnols reportent leurs ambitions métallurgiques pour se concentrer sur
l’industrie minière. Après de longues négociations et suite à une intervention royale
(espagnole), ils obtiennent la concession de «vastes territoires, dans la Principauté des
Asturies pour le charbon, et dans la région de Bilbao pour le fer».

Les promoteurs décident alors la création de la «Real Compañia Asturiana de Minas
de Carbón» en 1833.[4]

L’exploitation débute en 1836 et la compagnie devient immédiatement le principal
producteur de charbon en Espagne.Mais elle végète jusqu’en 1849: c’est à cette date
que la houille des Asturies commence à être utilisée pour fondre dans les hauts
fourneaux la calamine que cette même société exploitait en Guipuzcoa.

Les activités prennent un nouvel essor et la première «Asturiana» fait place en 1853 à la
«Compagnie Royale Asturienne des Mines. Société pour la production de zinc en
Espagne» qui a son siège à Bruxelles et dont ne font plus partie Ferrer et Riera.

La production, entamée en 1855 représente, dès 1858, cinq fois la consommation
nationale et fait de cette société (â majorité belge) «le plus grand succès industriel des
Asturies».

Ailleurs qu’aux Asturies, les débuts et le développement des mines de charbon furent
plus difficiles. Dans la province de Córdoba (2 ème bassin carbonifère d’Espagne), des
projets prirent corps dans les années 1860, en liaison avec le développement des
chemins de fer. Quelques sociétés furent créées, dont la «Houillère et Métallurgique
de Belmez», constituée à Paris en 1865 par Parent et Schaken, fameux constructeurs
belges de chemins de fer.[5]

Quelques années plus tard, la constitution à Paris, sous présidence de l’Anversois
Cahen, de la «Société Minière et Métallurgique de Penarroya», destinée à la fonte
(à Penarroya) du plomb de Badajoz et Ciudad Real, confirme la part des Belges dans le
développement de ce secteur important de l’économie espagnole.

Dans le domaine des chemins de fer, c’est dans les années 1850 que sont construites
les premières lignes en Espagne, sous l’impulsion du Général Francisco de Luxán,
Ministre du Développement dans le gouvernement libéral de l’époque. Une «Loi générale
des Chemins de Fer» (juillet 185…) crée un climat favorable aux investissements
étrangers.

Le Belge Edouard Otlet, propriétaire des mines de fer à Olvega (Soria), est le catalyseur
de la construction de la ligne Torralba-Soria. Grâce à une subvention de 10 millions de
pesetas, celle-ci est inaugurée en 1892 sous la dénomination de «S.A. de los
Ferrocarriles Soria-Navarra». Elle assure le transport de marchandises et de passagers.
En 1918, Otlet cède ses droits à des capitalistes espagnols. La gestion déficitaire fait
que, en 1941, elle est absorbée par la société RENFE.

Le matériel roulant belge, fort apprécié, sera utilisé par la «Compañia del Norte»
(Ateliers St. Léonard - Liège).

Il en ira de même pour les lignes de la «Cuenca minera de Riotinto», de Castejon et de
Bilbao.
Quatre grandes compagnies se répartissent alors le territoire: Ferrocarrriles del Norte,
MZA, Ferrocarriles Andaluces et Ferrocarriles del Oeste (1918). D’autres, moins
importantes, exploitent des lignes telles que Madrid-Cáceres-Portugal (MCP).

Cette compagnie acheta, entre 1895 et 1897, 23 locomotives en Belgique (21 de
Cockerill, 2 de Saint-Léonard), reparties en 5 séries différentes. L’un d’elles fonctionnait
toujours à Salamanca en 1968!

Dix autres locomotives construites en Belgique furent utilisées pour remorquer des
marchandises entre Salamanca et Plasencia.

Parmi les différentes compagnies qui fusionnèrent en 1941 pour constituer «RENFE»,
Central de Aragón et Gran Central Español (ou “Torralba-Soria”) comportaient
d’importants capitaux belges. Une grosse partie de leurs locomotives à vapeur furent
ainsi construites en Belgique.

La Central Aragón en acheta 24 (modèle Mogul) à Couillet, entre 1898 et 1903, puis 4
autres en 1927, de Tubize (ce furent les dernières locomotives à vapeur belges fournies
à l’Espagne).

Inauguré quant à lui en 1892, le chemin de fer Torralba-Soria fut desservi par 15
locomotives livrées par Saint-Léonard entre 1883 et 1891.

Citons enfin 2 curieux tracteurs-tender fabriqués par Cockerill pour Ferrocarriles del
Norte et APH (Alcañiz-Puebla de Hijar) et actuellement exposés à Valladolid et Vilanova.

Alors que la participation de la technologie belge fut importante dans le
domaine de la traction à vapeur elle le fut moins pour ce qui est de la traction
électrique et inexistante en traction diesel.

Pour ce qui est des tramways, différentes sociétés belges de financement sont créées.
«L’Union des tramways», constituée en 1895 par E. Otlet et d’autres, développera des
activités à Zaragoza. Il en ira de même avec «Les tramways réunis».

La «Banque d’Outre-Mer» détient, par ailleurs, un portefeuille de valeurs de sociétés
actives notamment à Barcelona.

E. Otlet est le prototype de ces Belges entrepreneurs. Baptisé «le Roi du tramway» par
les Français, il obtient de concessions de réseaux ou de lignes un peu partout, et
notamment à Madrid.

Ainsi, le capital belge jouera un rôle capital dans la modernisation du transport urbain à
Madrid, en accroissant l’extension des lignes de tramways madrilènes, leur
électrification et en unifiant la gestion. Cette influence couvrira toute la période allant de
la fondation de la première société belge (Société Générale de Tramways de Madrid et
d’Espagne) en 1886, jusqu’à la “municipalisation” du transport urbain madrilène en
1940.

Entre 1871 et 1902, sept sociétés vont exploiter des lignes de tramways à Madrid: 5 à
“voie large” et 2 à “voie étroite”. Le réseau se caractérisait donc par la pluralité et par
son hétérogénéité, ce qui rendait difficile sa gestion et sa modernisation.

C’est le capital belge qui va, en quelques années, remédier à ces inconvénients en
procédant à l’unification de la plus grande partie des compagnies opérant sur Madrid.

La Société Générale de Tramways de Madrid et d’Espagne (SGTME) est constituée en
1886 et s’orientera vers l’exploitation des tramways du nord de Madrid (1). Elle
rachètera progressivement d’autres sociétés et mettra en services d’autres lignes en
1905.

La Société Générale de Tramways Electriques d’Espagne (SGTEE), ayant-elle aussi- son
siège à Bruxelles, est constituée en 1899 par le Groupe Empain et «Les Economiques».
Ayant pour objectif la construction et l’exploitation de tramways et de chemin de fer
dans la péninsule ibérique et dans ses colonies, elle rachète rapidement 4 sociétés
espagnoles (3 à Madrid et 1 à Barcelone).

Ainsi, à la fin du 19ème siècle, la quasi-totalité des sociétés exploitant les tramways
madrilènes se trouvaient sous contrôle belge. L’électrification et l’unification tant au plan
financier que de gestion, seront réalisées au début du 20ème siècle.

Un accord signé en 1901 par les 2 groupes prévoit l’électrification et l’exploitation du
réseau de la SGTME par la SGFEE. En 1908, la «Compañía Eléctrica Madrileña de
Tracción» est rachetée par la SGTEE. Enfin, en 1910, un nouvel accord prévoit
l’exploitation commune de l’ensemble du réseau madrilène (75 km.). L’électrification du
réseau et son extension ont ainsi été réalisées en relativement peu de temps para deux
groupes belges.

Au cours de la deuxième décennie, on assiste à l’accroissement de la rentabilité, du parc
mobile (395 véhicules moteurs et 107 remorques en 1913), et à l’extension du service.
Après la Grande Guerre, l’accroissement des coûts et les tendances nationalisantes des
autorités entraîneront la cession de l’exploitation du réseau à la «Sociedad Madrileña de
Tranvías», fondé en novembre 1920.

Cette cession des intérêts belges entraînera également une réorientation de la politique
d’achats, jusque là orientés vers la Belgique: les carrosseries sont désormais fabriquées
en Espagne, mais le retard technologique fait que les moteurs continuent à être
fabriqués en Belgique.

Même s’ils ne représentaient plus qu’une minorité, différents Belges continueront à
siéger au C.A. de la CMT: ils étaient 4 sur 12 en 1947, à la veille de la
« municipalisation » entière de la société. Se fermait ainsi un long cycle de gestion
privée dans l’histoire du transport urbain madrilène, dont furent protagonistes les
Belges, qui contribuèrent de façon décisive à sa modernisation.

La montée des nationalismes rend de plus en plus difficile une gestion rentable, mais les
groupes belges actionnaires de ces sociétés multiplient les initiatives pour rester
opérateurs industriels dans ce secteur d’activité. Ils imaginent des formules
d’entreprises mixtes pour impliquer les municipalités dans l’exploitation des tramways.
Ainsi, à Bilbao, une convention de «empresa mixta» est passée en 1939 entre la société
exploitante, gérée par Electrobel, et l’Ayuntamiento. La société de tramways rétrocède
ses concessions (valables jusqu’en 1966) à la ville, qui accorde elle-même l’exclusivité
des transports en commun pour 50 années à la «empresa mixta», dont les bénéfices
sont partagés.

Sur le plan artistique, Constantin Meunier, Theo van Rysselberghe et Charlet
séjourneront à Séville en 1883, tandis que Darío de Regoyos fera partie du Groupe des
XX et influencera à son tour ses collègues espagnols (il accompagnera Emile Verhaeren
pendant son voyage en Espagne et illustrera le livre de ce dernier «España negra»,
publié en 1899).

Carlos de Haes (1826-1898), Bruxellois établi en Espagne, sera le maître du paysagisme
espagnol (cfr. Exposition Musée du Prado et Fondation Carlos de Amberes, en 2003).

Le XXème siècle
L’intérêt des industriels belges pour l’Espagne ne faiblira pas au XXème siècle.

Ainsi, dans le domaine de la chimie, Ernest Solvay décide, en 1904, la construction en
Espagne d’une usine pour la production de la soude caustique à Torrelavega
(Santander). En 1920, c’est à Suria (Catalogne) que Solvay achète une mine de
potasse, tandis que l’usine de fabrication de PVC entre en activité à Martorell
(Barcelone) en 1972.

Aujourd’hui, Solvay est la doyenne des firmes belges en Espagne et compte 12 usines
dans ce pays, qui emploient plus de 2000 personnes. Elle constitue ainsi l’un des plus
importants groupes dans le domaine chimique et pharmaceutique d’Espagne.

Dans le secteur des transports et de l’électricité, la présence du Groupe Tractebel
en Espagne remonte, elle aussi au début du XXème siècle. C’est en effet en 1906 qu’est
constituée à Bruxelles la «Société des Tramways et de l’Electricité de Bilbao
(Tramelec)», société financière contrôlée par différents groupes belges (SGBEE, Sofina,
les Economiques). Ce holding rachète à un groupe allemand (AEG) la majorité des titres
de sociétés exploitantes locales, en l’occurrence la «Compañia Vizcaina de Electricidad»
et la «Tranvìa Urbano de Bilbao», qui exploitent des réseaux de chemins de fer
secondaires et de tramways dans cette ville. Une centrale thermique de 3500 kW est
construite pour ces réseaux; elle approvisionne également les environs immédiats de
Bilbao. En 1910, la société renonce à étendre ses installations et prend une participation
dans la société régionale de distribution, une filiale de «Hidroelectrica Iberica».

En 1954, Tramelec vend à un groupe espagnol ses parts dans les exploitations
Tramways et Autobus de Bilbao. Empêchée de transférer en Belgique ses avoirs, elle les
réinvestit en Espagne.

En 1928, à l’initiative d’un groupe belge, la Compagnie Générale d’Entreprises
Electriques et Industrielles, aujourd’hui Tractebel, était constituée la société REVA,
Regadios y Energía de Valence, S.A., dans le but de lancer un ambitieux projet de
régulation et d’exploitation des eaux du fleuve Turia et de prendre des intérêts
prépondérants dans plusieurs sociétés de distribution d’électricité de la région.

L’objectif était de mettre à profit la construction d’une série de barrages
hydrauliques pour générer de l’électricité et irriguer des milliers d’hectares de terres
rurales situées dans la région de Plá de Quart, à 15 kilomètres de Valence, qui, faute
d’eau, étaient jusque-là réservées exclusivement à la culture sèche. Pour cela, tous les
droits que détenait l’entreprise Fuerzas de Turia sur le fleuve furent acquis et des
projets de construction de trois barrages et de cinq centrales hydroélectriques furent
présentés.

Les installations de production d’énergie électrique (barrages, centrales, canaux)
doivent faire l’objet de concessions de la part de l’Etat espagnol, et le gouvernement
s’est engagé à co-financer l’entreprise.

En 1929, Electrobel et le groupe espagnol Pescara constituent le holding «Hispanobel»,
qui doiot regrouper les actifs de Electrobel en Espagne (Reva, «Tramways et Electricité
de Bilbao» et «Sociedad Madrileña de Tranvías»).

L’affaire de Reva promettait de devenir une affaire de premier plan; elle tourne
rapidement au désastre. La société rencontre des difficultés imprévisibles: elle n’obtient
pas la concession du fleuve, combattue par les riverains, et le concours financier de
l’Etat est abrogé. Le projet devient irréalisable, bien que Electrobel se soit très
fortement engagée, et même si 20 ans plus tard la société obtient un avis favorable, elle
décide de ne pas poursuivre. A l’issue de cette aventure, notre firme se retrouve à la
tête d’une participation importante dans une société locale de distribution d’électricité la
«LUTE. Cia de Luz y Fuerza de Levante» et, d’autre part, d’une importante plantation
d’agrumes.

Les participations du groupe dans le secteur électrique (LUTE) sont apportées en 1952 à
la société «Hidroelectrica Española», dont Electrobel restera un actionnaire important
jusque dans les années 1980.

Les Belges sont également présents dans le domaine de l’agriculture. En effet, lors de
sa constitution, REVA avait acquis 3000 hectares de terrain de culture sèche à Plá de
Quart, Pobla de Vallbona et Alcira. Suite au retard et aux turbulences qui connaissait le
marché hydroélectrique, REVA entreprit le réaménagement de ses propriétés et cultures
dans le but de continuer à les transformer en terres irrigables. REVA, exploitation
agricole, était née. Si les 20 premières années avaient été caractérisées par les
difficultés des projets hydrauliques et la réorientation consécutive de l’activité, les 30
années suivantes (entre 1945 et 1975) verraient REVA s’affirmer en tant que producteur
d’agrumes. Depuis lors et jusqu’à aujourd’hui, la société a investi dans de nouvelles
plantations, renouvelé les cultures pour lutter contre la maladie de la tristesse et
développé de nouveaux systèmes de production, généralisant l’irrigation localisée dans
toutes les fermes. De même, elle collabore actuellement avec diverses institutions
publiques spécialisées dans la recherche scientifique en milieu agricole. Tout cela fait de
REVA l’une des principales exploitations nationales d’agrumes, avec une production
annuelle aux alentours des 25000 tonnes pour une surface cultivable de 630 hectares
dans la province de Valence. En 2003, REVA fête son 75ème anniversaire.

Dans le domaine immobilier, les Belges vont également jouer un rôle non négligeable.

En 1910 ou 1911, le Roi Alfonso XIII rencontre, à Deauville, Georges Marquet,
propriétaire du Casino d’Ostende et du Palace de Bruxelles, ainsi que de la «roulette» et
du «trente-quarante» au Casino de San Sebastián. Il le charge de faire construire et
gérer un hôtel à Madrid qui fût digne de recevoir des Chefs d’Etats et personnalités du
monde entier. C’est ainsi que l’Hôtel Palace est construit par l’entreprise «Monnoyer et
fils» en 15 mois et inauguré en 1912. Premier hôtel d’Europe à disposer du téléphone
dans chacune de ses 500 chambres.

Le Belge Marquet fait également construire, au centre de Madrid, le «Palais de Glace».
Cet établissement, où l’on peut patiner et/ou jouer au «trente-quarante», est inauguré
par LL.MM. le Roi et la Reine d’Espagne.

Pour sa part, une fois l’activité agricole consolidée, REVA se lança au milieu des années
’70 dans la promotion immobilière. La croissance démographique et urbaine de la
région métropolitaine de Valence avait graduellement rapproché la ville des terres de
REVA à Plá de Quart, sur les communes de Ribarroja de Turia et Chiva. REVA réalise
progressivement son patrimoine immobilier; la construction de l’autoroute Madrid-
Valence donnera une nette plus-value aux terrains encore détenus et REVA va les
aménager en zonings industriels et en lotissements d’habitations.

De cette façon, REVA, qui d’un côté demeurait une référence au niveau agricole dans la
communauté de Valence, était également devenue un acteur important du marché
immobilier valencien, s’érigeant en l’un des principaux promoteurs privés de terrain
industriel.

Par ailleurs, les affaires de transport à Madrid, dont une filiale d’Electrobel a continué
l’exploitation jusqu’en 1948, sont «municipalisées» à cette date. Les actifs sont alors
investis dans l’immobilier; c’est le développement de «Vallehermoso».

Au cours de la Guerre Civile espagnole, environ 2000 Belges seront volontaires dans
les Brigades Internationales. Pendant ce conflit, de nombreuses familles belges
accueilleront des réfugiés espagnols. Dès 1937, la Belgique accueille 5.130 enfants
réfugiés (Après la France, c’est le pays qui accueille le plus grand nombre de «Niños de
la guerra»).(cfr. Emission TVE en 2003).

De même, pendant la période du franquisme, nombreux seront les Espagnols qui
s’exileront en Belgique ou qui y étudieront (cfr. Liste anciens étudiants). La Belgique
réciproquait ainsi les gestes humanitaires posés à l’égard de la population belge,
pendant la Première Guerre Mondiale, par l’Ambassadeur d’Espagne à Bruxelles.

D’autre part, toujours sous Franco, le parc de motos de la Guardia Civil aurait été
composé de motos «Gillet».

Sur le plan dynastique, le mariage de S.M. le Roi Baudouin avec Doña Fabiola de Mora
y Aragón, en 1960, renforcera encore davantage les liens entre les deux pays.
C’est à Motril que S.M.le Roi Baudouin mourra en 1993.

La Fondation Carlos de Amberes est l’une des très rares institutions qui aient survécu
plus de 400 ans malgré toutes les difficultés, et qui ait su s’adapter aux temps
nouveaux. C’est en février 1988 que, sous le patronage du Roi d’Espagne, ses statuts
furent amendés pour lui donner un caractère plus culturel que social. En 1992, le siège
rénové de la Fondation –où est exposé le magnifique «Martyr de St. André» de Rubens-
fut inauguré par LL. MM. le Roi et la Reine d’Espagne et le Roi et la Reine des Belges. La
Fondation est, aujourd’hui, une institution reconnue pour la qualité de ses
manifestations (expositions, symposia, concerts, conférences…) et pour son
engagement en faveur de l’idéal européen.

Un aspect moins sympathique de nos relations est l’accueil réservé après la fin de la
Deuxième Guerre Mondiale par le régime de Franco à certains «collaborateurs»
belges. Le «général SS» Léon Degrelle, condamné à mort en Belgique, arriva en
Espagne en 1945. Naturalisé espagnol en 1954, sous le nom de Leon José de Ramirez
Reina, il devint un entrepreneur prospère et vécut jusqu’en 1994, année de sa mort,
sans être inquiété, malgré les différentes démarches effectuées par la Belgique. Cette
«affaire» ternit l’image de l’Espagne dans notre pays.

Depuis l’entrée de l’Espagne dans la Communauté Européenne, les relations
économiques et commerciales se sont intensifiées et le bien-être retrouvé de ce pays a
entraîné un nouveau mouvement de migrations, temporaires ou plus permanentes:
nombreux sont en effet les Belges venus se fixer en Espagne, attirés par la demande et
par la qualité de vie. C’est ainsi qu’environ 25.000 Belges résident en ce pays (à
comparer aux 44.000 Espagnols en Belgique). Ils se disent, sans doute, «E viva
España».[6]

Notes:

[1] Publications: “El arquitecto perfecto en el arte militar” (Anvers, 1708)// “El practico
artillero” (Bxl. 1680) Cfr aussi : Archivo de historia y cultura militar (Calle Martires de
Alcalá, 9 Tel: 91.547.03.00) (Source : Alfonso de Bullön y Mendoza, Marques de Selva
Alegre, Fiscal de la Orden del S. Sepulcro. Nov.2002).

[2] Le nombre variera au cours des années, en fonction des conflits.

[3] Sur initiative de Luis de Salazar, Ministre de la Marine, des «libéraux» exilés
(Joaquin Ferrer Cafranga et Felipe Riera Roses) devaient se joindre à des personnalités
tels que les Lesoinne, père et fils, et John Cockerill pour donner corps au projet. Venu
reconnaître le terrain en 1833, ce dernier préféra établir une entreprise en Catalogne
(en août 1834, la «Junta de Comercio» de Barcelona acceptait la demande d’un certain
Juan Coqueril de louer l3es bâtiments de la fabrique de canons pour y installer une
fabrique de machines).
[4] Les Belges Losainne et les Espagnols Ferrer et Riera détiennent à parts égales le
capital de 450.000 «reales».

[5] En 1856, la ligne de chemin de fer Belmez-Almorchón-Ciudad Real-Almagro-Linares
amène la houille aux fonderies de plomb de Linares.

[6] Cette chanson, véritable «hit» de l’été 1972, a pour compositeurs les Belges Leo
Caerts et Leo Rozenstraten.

				
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