Drogues : "la classe politique fran�aise campe sur des positions de principe"

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Drogues : "la classe politique fran�aise campe sur des positions de principe" Powered By Docstoc
					     Drogues : "la classe politique
       française campe sur des
         positions de principe"
Le ministre de l'éducation nationale, Vincent Peillon, s'est prononcé, dimanche 14 octobre, lors de
l'émission "Tous politiques" France Inter-AFP-Le Monde en faveur d'un "débat" sur la dépénalisation du
cannabis, "sujet majeur", selon lui. Lundi matin, parallèlement à une mise au point de Matignon assurant
qu'il n'y aurait pas de dépénalisation du cannabis, Vincent Peillon a précisé dans un communiqué que sa
déclaration de la veille était une "réflexion personnelle" et qu'il n'y avait "donc pas lieu à polémique".

Anne Coppel, sociologue, co-auteur avec Olivier Doubre de Drogues : sortir de l'impasse. Expérimenter
des alternatives à la prohibition (La Découverte, 2012), analyse cette incapacité française à s'emparer de
cette question.

Que révèle du débat français sur les drogues la polémique qui a suivi les déclarations de Vincent Peillon
?

Le débat public sur cette question est dans une impasse, enfermé entre laxisme ou répression, comme si
le débat se résumait à "pour" ou "contre" les drogues. Sur ce sujet, la classe politique française et une
partie de l'opinion publique campent sur des positions de principe. On ne raisonne jamais à partir des
chiffres. La France est à la fois un des pays les plus répressifs d'Europe et le pays où il y a le plus grand
nombre de consommateurs de cannabis. On sait que la réponse pénale ne diminue pas la
consommation. Pourquoi personne ne s'interroge sur cette réalité ?

Comment expliquer cette inefficacité en matière de lutte contre la drogue ?
Avec la loi sur les peines-planchers de 2007, la France a adopté une doctrine de tolérance zéro sur le
modèle américain de la guerre à la drogue. Or la loi de 1970 qui pénalise l'usage de drogue (un an
d'incarcération pour usage simple, et dix années pour usage et détention) est inapplicable : on ne peut
pas mettre tous les usagers en prison. Aujourd'hui, en France, les délits liés aux drogues représentent
environ une incarcération sur six, c'est-à-dire plus de 8 000 incarcérations par an au cours des trois
dernières années.

Or, les Etats-Unis sont eux en train de revenir sur cette conception du tout répressif. Là-bas, du début
des années 1980 à 2006, 31 millions de personnes ont été incarcérées pour des motifs liés à la drogue,
sans que cela diminue le nombre de consommateurs. La violence, elle, a continué d'augmenter. Le 20
avril, au sommet des Amériques, à Carthagène, en Colombie, le responsable de la lutte contre les
drogues des Etats-Unis, Gil Kerlikowske, a reconnu que l'incarcération de masse était "une politique du
passé".

D'autres pays ont-ils tenté récemment des alternatives à cette approche purement répressive ?

Fort du constat de l'échec de la guerre à la drogue, notamment la cocaïne, la Commission mondiale sur
la politique des drogues, qui regroupe plusieurs anciens chefs d'Etat d'Amérique latine et l'ancien
secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a rendu en juin 2011 un rapport dans lequel elle reconnaissait
que "la lutte mondiale contre les drogues a échoué, avec des conséquences dévastatrices pour les
individus et les sociétés du monde entier".

La dépénalisation proposée par cette Commission est progressivement en train d'être mise en œuvre en
Argentine, au Brésil et au Mexique. Elle permet de libérer les policiers des tâches inutiles d'interpellation
d'usagers pour qu'ils se concentrent sur les trafiquants.

Existe-t-il des exemples probants d'abandon de la prohibition ?

A la différence de la France, c'est d'abord au niveau local que plusieurs pays d'Europe du Nord ont
cherché à résoudre les problèmes de drogue. Les expérimentations sont venues des villes et des régions
à la recherche de solutions pragmatiques. Les municipalités de Francfort, Rotterdam, Zurich ou Lisbonne
ont par exemple commencé à offrir des réponses systématiques aux usagers pour qu'ils ne traînent pas
dans les rues ("salles de shoot" par exemple).

Aux Etats-Unis, on cite souvent en exemple le "miracle de Boston". Dans les années 1990, la police s'y
était fixée comme priorité première la réduction du nombre d'homicides, quitte à laisser de côté la chasse
aux usagers de drogues. Des exemples de bonne pratiques comme celui-ci commencent à se diffuser en
Amérique du Nord comme en Amérique latine.

Que prônez-vous ?

On ne peut pas aujourd'hui modifier les conventions internationales de prohibition mais on peut les gérer
autrement. A l'intérieur de ce cadre, on peut faire évoluer la politique des drogues en prenant en compte
la spécificité des produits et des problèmes. Il faut certainement une régulation spécifique, comme pour
les armes. En France, le débat se pose en terme de prohibition ou pas. La question devrait plutôt se
poser en terme de santé publique d'une part et de sécurité publique d'autre part. Il y a des choix à faire
en fonction des résultats que l'on veut obtenir. Toutes les politiques sécuritaires ne se valent pas.

François Béguin (propos recueillis par)

				
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posted:10/16/2012
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