Communication de l�AOPP et des OP fa�ti�res maliennes

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					               Atelier de Ouagadougou « Stratégies et dispositifs d’appui institutionnel aux OP »
                                            8-11 juin 2004, Burkina Faso




                          Les stratégies et dispositifs d’appui aux OP


    Réflexions de l’Association des Organisations Professionnelles Paysannes et des organisations de
                                     producteurs agricoles du Mali1




SOMMAIRE

1- QUEL TYPE D’OP PROMOUVOIR ?
Organisation généraliste / organisation par filière ?
Quels niveaux de structuration soutenir ?
Quels appuis fournir ?


2- QUELLES RELATIONS ENTRE LES OP ET LEUR ENVIRONNEMENT
INSTITUTIONNEL ?
Avant le programme d’appui, une situation conflictuelle
En quoi le choix d’appuyer l’AOPP a-t-il favorisé le rapprochement des OP avec les Chambres
d’agriculture ?

3- COMMENT APPUYER LES OP SANS LES INSTRUMENTALISER ?
« La maîtrise d’ouvrage paysanne : pertinence du dispositif d’appui à l’AOPP de 1995 à 2002 »
Vision des OP du Mali sur les dispositifs d’appui aux OP
L’expérience de l’appui à l’AOPP




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  Un atelier de réflexion interne à l’AOPP s’est tenu à Bamako les 24 et 25 mai 2004, suivi d’un atelier élargi les 26
et 27 mai, auquel ont participé des représentants de la Fédération des Organisations de Producteurs de Bananes
(FOPB), du Groupement des Syndicats Cotonniers et Vivriers du Mali (GSCVM), de l’Association des Pêcheurs
Résidents Au Mali (APRAM), de l’Union Nationale des Coopératives de Planteurs et Maraîchers (UNCPM), de la
Plateforme, de l’Union des Producteurs Laitiers (UDPL), de la fédération des centres de prestation de services de la
zone Office du Niger Faranfasi-so, de l’Union Régionale de Centre de Gestion de Fana (URCG Fana), de
l’Assemblée Permanente des Chambres d’Agriculture du Mali (APCAM), de la Fédération Bétail Viande
Interprofessionnelle du Mali (FEBEVIM), accompagnés par l’Association Gestion pour le Développement Rural
(AGDR), le réseau Agriculture Paysanne et Modernisation (APM), l’association Agriculteurs Français et
Développement International (AFDI) et le Service de Coopération et d’Action Culturel du Mali (SCAC).


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            Atelier de Ouagadougou « Stratégies et dispositifs d’appui institutionnel aux OP »
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1- QUEL TYPE D’OP PROMOUVOIR ?

« L’intérêt d’une organisation généraliste telle que l’AOPP, et autres réflexions des OP du
Mali sur les niveaux de structuration à renforcer et la nature des appuis à fournir »
Organisation généraliste / organisation par filière ?
L’ Association des Organisations Professionnelles Paysannes (AOPP) est une organisation
faîtière constituée d’environ 130 OP membres, structurées au niveau régional puis national.
Les organisations membres de l’AOPP ont fait le choix de se regrouper en son sein pour
défendre les intérêts de l’ensemble des agriculteurs dans leur diversité. Ce choix reflète le
caractère familial et non spécialisé de l’exploitation agricole malienne, qui doit pouvoir faire
face à des risques climatiques et économiques importants.
De nombreux exemples tirés de notre histoire montre l’intérêt d’un tel choix organisationnel :
      une organisation généraliste a plus de légitimité pour traiter les questions
       transversales de politique agricole et rurale : par exemple la gestion des conflits foncier,
       l’accès aux crédit, la sécurité alimentaire, l’accès à l’information, la définition du schéma
       de développement rural… ;
      une organisation généraliste peut prendre plus facilement en compte les dimensions
       socio culturelles de l’agriculture ;
      une organisation généraliste a une capacité de mobilisation plus large en faisant
       fonctionner la solidarité entre l’ensemble des producteurs pour défendre la cause d’une
       filière : on peut prendre l’exemple de la défense des producteurs de coton lors de la crise
       cotonnière, du soutien aux producteurs de l’Office du Niger dans leur lutte par rapport au
       taux de la redevance… ;
      une organisation généraliste peut jouer un rôle dans le règlement des conflits entre
       organisations de producteurs au sein d’une même filière ou entre filières : par
       exemple entre les deux syndicats cotonniers de la zone Mali Sud, ou entre riziculteurs et
       éleveurs de la zone Office du Niger.
Cette forme d’organisation n’empêche pas de s’intéresser aux problématiques des filières. En son
sein, l’AOPP a constitué des commissions de travail par filière
     au niveau national : commissions coton, céréales, fruits et légumes ;
     et au niveau régional : commission élevage.

Quels niveaux de structuration soutenir ?
L’AOPP et les grandes OP du Mali pensent qu’il faut appuyer simultanément l’ensemble des
niveaux en respectant trois principes :
   -   Cohérence d’ensemble des actions menées
       Le niveau national doit assurer un rôle de coordination, par exemple à travers
       l’élaboration concertée d’un plan de développement dégageant les priorités d’action à
       chaque niveau, tout en prenant soin de conserver la souplesse permettant à chaque niveau
       de l’adapter à ses réalités et à son territoire.
   -   Subsidiarité pour le pilotage et la mise en œuvre des activités




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       Le niveau national peut permettre de définir des orientations générales donnant de la
       cohérence aux actions menées, mais dans le cadre de ces orientations, le niveau le plus
       adapté doit ensuite être responsabilisé dans le pilotage et la mise en œuvre des activités.
   -   Respect de l’autonomie de chaque niveau
       Dans la mesure où elle respecte ses engagements vis-à-vis de la faîtière, chaque OP et
       chaque niveau doit conserver la liberté de mener d’autres activités et négocier d’autres
       appuis.

Quels appuis fournir ?
Au niveau national :
   - renforcement du leadership
   - appui institutionnel
   - renforcement des capacités organisationnelles et de structuration des OP
Au niveau régional :
   - appui institutionnel
   - renforcement des capacités organisationnelles et de structuration des OP
   - appuis productifs
Au niveau local :
   - renforcement des capacités organisationnelles et de structuration des OP
   - appuis productifs

Au Mali, la plupart des coopérations se tournent vers le renforcement des capacités sans donner
les appuis productifs qui pourraient permettre de valoriser ces capacités renforcées et d’améliorer
la compétitivité des exploitations agricoles.
Pour l’AOPP, une OP généraliste d’envergure nationale a des atouts pour représenter le
mouvement paysan dans sa diversité et aborder ses problèmes manière transversale. Pour les OP
du Mali, tous les niveaux de structuration des OP doivent être appuyés simultanément dans le
respect des principes de cohérence, subsidiarité et autonomie.


2- QUELLES RELATIONS ENTRE LES OP ET LEUR ENVIRONNEMENT
INSTITUTIONNEL ?
« L’évolution des relations entre l’AOPP et le réseau des Chambres d’Agriculture du
Mali »
Avant le programme d’appui, une situation conflictuelle
A l’époque de la mise en place de la Commission Paysanne, la première plateforme de
concertation entre OP maliennes, les relations entre les OP fondatrices et les Chambres
d’agriculture étaient particulièrement conflictuelles. L’Assemblée Permanente des Chambres
d’Agriculture du Mali (APCAM) souhaitait conserver le monopole de la représentation de la
profession agricole. Elle considérait la Commission Paysanne comme une duplication du
dispositif des Chambres qui n’avait donc pas de raison d’être. De leur côté, les OP considéraient
l’APCAM comme une institution d’Etat qui ne pouvait en aucun cas représenter les producteurs.
Ces rivalités se sont cristallisées lorsqu’il a fallu discuter de la localisation du fond d’appui de la
coopération française. Finalement, la coopération française a accepté de faire confiance à la
Commission Paysanne et de lui confier la maîtrise d’ouvrage du programme. La commission



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paysanne s’est par la suite formalisée et a pris le nom d’Association des Organisations
Professionnelles Paysannes (AOPP).


En quoi le choix d’appuyer l’AOPP a-t-il favorisé le rapprochement des OP avec les
Chambres d’agriculture ?
Dans un premier temps, à l’aide du fond d’appui mis à sa disposition par la Coopération
Française, l’AOPP a élargi son assise, renforcé ses structures et ses leaders. A travers ses
Assemblées Générales, elle a pu informer de plus en plus de représentants d’OP sur les missions
et les fonctions du réseau des Chambres d’agriculture. Elle a pu faire émerger un leadership
paysan capable de s’affirmer face aux notables qui dominaient ce réseau.
Sur cette base, elle a élaboré et mis en œuvre progressivement une stratégie d’investissement des
Chambres d’agriculture par le bas. A travers les élections locales et régionales, elle a poussé ses
leaders paysans à se porter candidat. Avec le fond d’appui, l’AOPP a également soutenu
certaines activités des chambres régionales d’agriculture à plus de 5 millions de Fcfa et même le
fonctionnement statutaire de l’APCAM en finançant les sessions consulaires à hauteur de 1,5
millions de Fcfa.
Aujourd’hui, l’AOPP est devenue un acteur incontournable pour les Chambres d’agriculture.
Lorsqu’ils y sont conviés, les représentants des Chambres d’agriculture au niveau national,
régional ou local, ne manquent jamais de participer aux activités menées par l’AOPP. Cette
position de force a bénéficié à l’ensemble des OP qui ont vu leur légitimité renforcée. Même s’il
est vrai que le nombre de représentants du collège des OP demeure très faible dans le collège de
l’APCAM (5 sur 32) et bien qu’il n’y ait aucun représentant du collège des OP dans son bureau
exécutif (statutairement), le poids des OP est aujourd’hui plus important dans les orientations et
décisions prises par l’APCAM. Un des enjeux aujourd’hui est de provoquer et d’influencer la
relecture des textes des Chambres afin que les OP puissent être représenté substantiellement au
niveau du bureau exécutif de l’APCAM.
Grâce au dispositif d’appui de la coopération française, qui se caractérisait par une maîtrise
d’ouvrage « paysanne » du programme, les OP ont pu développer en toute indépendance leurs
stratégies pour faire entendre leur voix dans le réseau des Chambres d’agriculture. Finalement,
les relations entre les OP et le réseau des Chambres d’agriculture sont aujourd’hui bien
meilleures qu’elles ne l’étaient à l’origine.


3- COMMENT APPUYER LES OP SANS LES INSTRUMENTALISER ?
« La maîtrise d’ouvrage paysanne : pertinence du dispositif d’appui à l’AOPP de 1995 à 2002 »
Vision des OP du Mali sur les dispositifs d’appui aux OP
   -   La maîtrise d’ouvrage paysanne
   Pour l’ensemble des grandes OP du Mali, il ne fait aucun doute que les programmes d’appui
   aux OP doivent être pilotés par les OP !
   Au niveau national, et de la même manière au niveau intermédiaire et même local dans le
   respect du principe de subsidiarité, la maîtrise d’ouvrage des programmes d’appui doit
   revenir aux OP ou aux coordinations d’OP disposant d’assises et de structures fonctionnelles.
   Dans la mesure où elles ont les capacités de faire ou de faire faire, les OP doivent également
   être responsabilisées pour la mise en œuvre de ces programmes. Ainsi les responsables d’OP,
   qui doivent être outillés pour cela et qui doivent pouvoir mobiliser au besoin une expertise



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   additionnelle, sont en capacité de jouer leur rôle en identifiant et en répondant aux besoins de
   la base.
   -   La souplesse des appuis financiers
   La seconde caractéristique essentielle des dispositifs d’appui à laquelle tiennent les OP du
   Mali est la souplesse pour la mobilisation des fonds. La capacité de réaction des OP fait leur
   force politique. A l’heure actuelle, toutes les OP évoluent vers une plus grande planification /
   programmation de leurs activités mais il faut conserver une part de fonds souples
   mobilisables dans l’urgence.
   -   La conception des programmes
   Bien sûr, lorsqu’il élabore un nouveau programme, le bailleur doit organiser une concertation
   avec l’ensemble des acteurs : OP, Chambres d’agriculture, Etat ; mais de l’avis des OP du
   Mali, l’Etat doit se maintenir dans un rôle de portage institutionnel et éventuellement de
   contrôle du respect des procédures, mais il ne doit en aucun cas en assumer la maîtrise
   d’ouvrage pour que le programme conserve sa souplesse et que les OP conservent leur
   indépendance.


L’expérience de l’appui à l’AOPP
Au Mali, dès 1995 puis à nouveau en 1998, la coopération française a innové en faisant
confiance à l’AOPP pour piloter et mettre en œuvre son programme d’appui aux OP. Cette
approche, respectant l’identité et la souveraineté des producteurs maliens pour définir et
construire leur mouvement paysan, a produit des résultats tangibles qui démontrent sa
pertinence.
L’AOPP n’a pas été crée par le programme d’appui de la coopération française. Elle existait
depuis 1993, sous le nom de Comité de Pilotage puis de Commission Paysanne et s’autofinançait
sur la base des cotisations de ses membres. Mais c’est le programme d’appui de la coopération
française qui lui a permis de s’affirmer dans le paysage institutionnel malien, de se transformer
en véritable mouvement paysan organisé à l’échelle nationale et de se faire reconnaître à
l’échelle internationale (adhésion et participation active au ROPPA). C’est ce programme qui a
permis un apprentissage collectif et individuel aboutissant à l’émergence de nombreux leaders de
qualité comprenant et participants aux débats nationaux et internationaux. Il a permis également
le renforcement des capacités techniques et de gestion de nombreux producteurs à la base.
   -   L’outil principal du programme était le fond d’appui, un fond souple géré par les
       paysans en fonction de critères d’attribution qu’ils avaient eux-mêmes établi
   C’est ce fond qui nous a permis de faire entendre notre voix dans les débats de politique
   agricole et rurale (Schéma de développement rural, élaboration des programmes banque
   mondiale et AfD, participation au débat sur l’avenir de la filière coton, sur le foncier, sur la
   formation…), en toute indépendance et dans le temps imparti par l’administration. Il nous a
   permis de nous imposer devant toutes les autorités du monde rurales (directions nationales,
   Office du Niger, Office de la Haute Vallée du Niger…) et progressivement de faire changer
   les rapports entre pouvoirs publics et paysans, au bénéfice de tous (avec le service semencier
   national par exemple). La qualité de nos propositions s’est progressivement améliorée grâce
   au renforcement des capacités de nos membres.
   Le fond d’appui nous a permis également d’investir les chambres d’agriculture par le bas, au
   niveau local et régional, afin de faire des chambres un véritable outil des producteurs.




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   Il a permis également aux paysans de mener des réflexions et de conduire des actions pour
   combler le vide laissé par le désengagement de l’Etat des activités productives et
   commerciales (production et commercialisation des semences certifiées en particulier).
   -   La changement des relations Etat / profession a été renforcé également par un second
       outil : le Comité Paritaire de Concertation
   Le CPC réunissait semestriellement l’Etat, l’AOPP, l’AFDI et le SCAC, auxquels se sont
   associés les Chambres d’agriculture et d’autres bailleurs. Au Mali, nous avons refusé que ce
   cadre constitue un comité de pilotage du programme. Nous avons convaincu l’administration
   d’en faire un espace de dialogue avec les paysans sur nos problèmes, en fonction de notre
   ordre du jour. Le Ministre de l’Agriculture lui-même s’est prêté au jeu en présidant le CPC
   et en allant même plus loin puisqu’il a ensuite proposé au bureau de l’AOPP de le rencontrer
   en début de chaque mois. Le CPC a instauré le principe d’un dialogue équitable, d’égal à
   égal, entre Etat et paysans. La présence de la coopération n’a pas été facteur
   d’instrumentalisation des OP mais une « contrainte douce » (comme le disent les consultants
   qui ont fait l’étude pays), poussant l’Etat vers les producteurs.
   -   La cellule d’appui de l’AFDI
   Enfin la cellule d’appui de l’AFDI, troisième pilier du programme, nous a donné une
   ouverture internationale, nous a permis d’avoir un accès à l’information stratégique, nous a
   appuyé pour renforcer nos capacités d’examen des projets, a joué le rôle de médiateur pour
   faciliter notre rapprochement avec le réseau des chambres d’agriculture et enfin elle a assuré
   la gestion financière du programme. Elle a également participé au renforcement des capacités
   nationales en matière d’accompagnement des OP. Là encore, il n’y a pas eu
   d’instrumentalisation des OP maliennes mais un dialogue quotidien, d’égal à égal, entre
   représentants des producteurs français et maliens.
Ce dispositif s’est arrêté brutalement (tout comme les autres programmes d’appui de la
coopération française : Programme de Gestion Rural, Projet Centres de Prestations de Services).
Un nouveau dispositif basé sur un fond cogéré par les OP d’envergure nationale et
l’administration est en cours de démarrage. Ce virage était imprévisible pour l’AOPP qui avait
l’assurance par le SCAC de la continuité du dispositif. Il est symptomatique de la trop grande
dépendance des orientations stratégiques de la coopération aux individus en poste dans le
pays d’intervention.
Pourtant grâce à ce programme d’appui, se caractérisant par une maîtrise d’ouvrage
« paysanne », un mouvement paysan malien indépendant et structuré a pu émerger, s’affirmer
face aux pouvoirs publics et développer des services pour ses membres. C’est ce type de
démarche que plébiscitent les OP du Mali pour favoriser leur renforcement.




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