Un prix Nobel de la paix amplement m�rit� by abiss56

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									           Un prix Nobel de la paix
             amplement mérité
En ces temps de défaitisme européen, l'attribution du prix Nobel de la
paix à l'Union européenne (UE) doit être accueilli avec joie. Il s'agit
d'une reconnaissance pour le chemin parcouru et d'un
encouragement pour l'avenir.

C'est un projet politique que salue le Comité Nobel. L'Europe n'est
pas la somme de ses graves difficultés économiques de l'heure. Elle
est une volonté politique, celle de fonder la paix sur une communauté
de valeurs qui ne nie pas les nations mais les sublime.

Le chemin est difficile. Le Monde le sait. Il a soutenu de manière
indéfectible la construction européenne depuis son lancement, lors
de la déclaration Schuman, le 9 mai 1950, qui proposait la mise en
commun du charbon et de l'acier. Décelant "une proposition
révolutionnaire", Le Monde a salué le lendemain "une contribution qui
pourrait être décisive pour la cause de l'union européenne et de la
paix".

Cette initiative a offert au Vieux Continent soixante années de
prospérité et de paix. Celles-ci ont aussi été assurées grâce à la
protection de l'OTAN et aux aides américaines. Mais rien n'eût été
possible sans la réconciliation franco-allemande. L'entente entre
Paris et Berlin est laborieuse, rugueuse, comme en témoigne l'échec
de la fusion entre les groupes aéronautique EADS et British
Aerospace. Mais elle est fondatrice, indispensable.

L'Union européenne a survécu à la chute du mur de Berlin,
traumatisme mal avoué pour les Français, qui voyaient dans l'UE une
France en grand. Entre-temps, l'élargissement aux pays de l'Est est
intervenu. Il est un succès, comme en témoigne le décollage
économique de la Pologne. Il existe certes de sérieuses menaces
antidémocratiques en Hongrie et en Roumanie, mais la situation y
serait plus délétère encore si ces pays étaient restés aux marges de
l'UE.
Reste l'euro. Le Monde a défendu le "oui" au traité de Maastricht en
1992. Il le referait aujourd'hui. Sans états d'âme. Là encore, le projet
était politique. Le traité était incomplet, la monnaie unique comportait
de graves failles de construction. Ces défauts sont en passe d'être
corrigés.

L'UE reçoit un prix Nobel de la "paix intérieure". Impuissante lorsque
éclate la guerre en Yougoslavie, elle n'a pas su devenir une force
extérieure singulière. Entité commerciale internationale, elle n'existe
pas militairement, diplomatiquement, bref politiquement - autrement
que par l'exemple qu'elle donne. L'eurodéputé Vert Daniel
Cohn-Bendit demande l'attribution à l'UE d'un siège au Conseil de
sécurité de l'ONU. Illusoire : le pacifisme allemand est inconciliable
avec les velléités de puissance britanniques ou françaises.

Le choix du comité pose à l'Europe une grave question : nul ne sait
qui, du président de la Commission, José Manuel Barroso, ou du
président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, prononcera le
discours du récipiendaire. Peut-être serait-il temps, enfin, de
fusionner ces fonctions. L'Europe aurait aussi un visage.

								
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