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Nicolas Sarkozy, reviens !

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Nicolas Sarkozy, reviens ! Powered By Docstoc
					 Nicolas Sarkozy, reviens !

Alors qu'il reprend sa tournée, Guy Bedos est toujours aussi drôle
et mordant, même s'il a perdu son "client" préféré.

Sur scène et dans vos écrits, vous avez activement participé à la
défaite de Nicolas Sarkozy. Pourquoi vous manque-t-il aujourd'hui
?

Guy Bedos : Pour un humoriste comme moi, c'était un client
irremplaçable. C'était un extraordinaire générateur de satire, avec
son arrogance maladroite. Dans le boulot que je fais, il était
parfait... Même pas besoin d'inventer, y avait qu'à recopier... Et il
est bien difficile aujourd'hui, même si Jean-François Copé ne
ménage pas sa peine, de trouver une autre personnalité qui
accumule à ce point des bévues qu'il croyait très fines et
malignes. Mais je n'avais pas de haine envers lui, au départ. Et je
n'ignore pas que les électeurs n'ont pas tant voté pour François
Hollande que contre Nicolas Sarkozy. Alors oui, Sarkozy me
manque ! Nicolas ! Nicolas ! Reviens ! Juste pour rire...

Il est toujours là, pourtant, en retraite active. Certains parlent
même d'un retour possible en politique...
Cet été, il a fait un retour inopiné dans l'actualité à propos de la
Syrie. Epatant. Egal à lui-même. Magnifique. L'homme qui a reçu
Bachar Al-Assad en grande pompe autour du 14-Juillet 2008, qui
a fait défiler l'armée syrienne sur les Champs-Elysées, voici qu'il
critique l'attentisme, voire le pacifisme de François Hollande.
Maintenant, le voilà tout offusqué que Hollande ne se précipite
pas à Damas pour aller zigouiller l'horrible dictateur avec son petit
couteau... Ce qu'il avait fait, lui, Sarkozy, à la kalachnikov, en
Libye, pour liquider son autre grand ami Kadhafi avant qu'il ne
parle trop de leurs petites affaires.

Avez-vous rencontré Nicolas Sarkozy ? Oui, à sa demande
insistante lorsqu'il était ministre de l'intérieur, j'y suis allé par
curiosité, il m'appelait Guy et je l'appelais Nicolas. Nous ne
sommes pas allés jusqu'au tutoiement. Très malin, Sarko. Mais
ça se voit trop. Avoir l'air malin, ce n'est pas malin. Au cours de
nos conversations il a carrément cherché à me "kouchneriser !"
Raté.

Est-ce plus compliqué aujourd'hui de faire rire avec François
Hollande et Jean-Marc Ayrault ? Il est certain qu'ils prêtent moins
le flanc à la critique. Sincères, honnêtes, normaux, comme on dit
ces temps-ci. Pour un satiriste tel que moi, et je sais que c'est vrai
aussi pour mon ami Plantu, ce sont des cibles moins
réjouissantes que Sarko, Guéant, Morano, Copé and Co. Les
nouveaux, on ne peut les chambrer que sur leurs hésitations et
quelques promesses non tenues. Patientons. Heureusement, il
nous reste Valls, Montebourg, Fabius, et même, en coulisses,
Aubry, qui sont de très bons clients. Martine Aubry, par exemple,
qui a donné tous les arguments déplaisants sur Hollande à la
droite ("Quand c'est flou, il y a un loup", etc.). Laurent Fabius, qui
déclarait : "Hollande, président ? On rêve !", avant de baisser la
tête pour devenir ministre. Arnaud Montebourg, qui avait dit en
2007, à propos de Ségolène Royal, que son seul problème, c'était
son compagnon. Le voilà ministre du redressement productif, qui
fait virevolter son impuissance dans les usines sinistrées. Cette
comédie humaine est à la fois désolante et désopilante.

Vous vous êtes rendu sur le site industriel de Florange. Cette
solidarité avec les ouvriers victimes des licenciements boursiers
fait-elle partie de votre combat d'artiste engagé dans les affaires
de la cité ?
J'ai commencé à soutenir les sidérurgistes d'ArcelorMittal en
attirant les caméras et les micros sur Florange afin de rendre plus
visible et plus audible leur protestation. Mittal joue au Monopoly
avec des entreprises et aux dominos avec les salariés. Comme le
dit Edouard Martin, délégué de la CFDT, il s'agit d'un meurtre
social. Germinal au XXIe siècle, c'est insupportable. Arnaud
Montebourg parle d'un bras de fer entre le gouvernement et la
direction d'ArcelorMittal. Parler de bras de fer face à des
métallurgistes, ça frise la faute de tact ! A ceux qui me demandent
de quoi je me mêle, je réponds que je me mêle de ce que je
regarde.

La politique de Manuel Valls n'écorne-t-elle pas votre soutien à la
victoire des socialistes ? Manuel Valls a déjà fait beaucoup de tort
à Hollande en traînant des pieds sur certaines promesses : la
lutte contre le contrôle au faciès, le vote des immigrés naturalisés
aux élections locales... Mauvais signes vis-à-vis de ceux que les
sarkozystes ont déjà beaucoup maltraités. Valls, ancien immigré
espagnol, est dans la ligne de Sarkozy, issu lui aussi de
l'immigration. Comme dirait mon cher ami Boris Cyrulnik, ce ne
sont pas des résilients. J'avais dit, il y a longtemps : "Quand la
gauche ressemble à la droite, c'est la droite." Aux dernières
nouvelles, c'est le ministre préféré des Français... Décidément, le
peuple est insondable.

Est-ce votre sensibilité d'homme révolté, mêlée à vos origines
algériennes, qui vous a rendu si proche d'Albert Camus ? Comme
lui, je suis originaire d'Alger. Je l'ai à peine connu, mais notre
culture commune, c'est cette Algérie solaire et le combat pour les
libertés. "Gauche caviar", me dit-on parfois. Non, moi, gauche
couscous ! Comme mon ami Michel Onfray l'a écrit dans son livre
consacré à Camus, je préfère la gauche de Tipaza [ville côtière à
l'ouest d'Alger] à celle du Café de Flore. L'auteur de L'Homme
révolté m'a aidé à me réconcilier avec mon pays natal. Je le
considère comme quelqu'un de ma famille. Tout jeune, on m'a dit
qu'il trouvait beaucoup de charme à l'une de mes tantes. Camus
comme oncle par alliance, c'était pas mal !

L'Algérie et la France sont-elles réconciliées ? Sous Sarkozy,
j'avais dit que l'Algérie et la France ne pourront vraiment se
réconcilier que lorsque les deux pays auront changé de
gouvernement. Nous, c'est fait, pas eux. Vivement le printemps !

Quels sont vos amis de droite et qui sont vos ennemis de gauche
? Jean-Loup Dabadie n'est pas la réincarnation de Che Guevara,
il est plutôt conservateur, et c'est mon meilleur ami. Moins proche
de lui, je suis aussi très séduit par Jean d'Ormesson, éditorialiste
au Figaro, le chouchou paradoxal de mon fils Nicolas. En
revanche, je me souviens m'être chamaillé publiquement avec le
chanteur Renaud, très très à gauche, lui, lorsqu'il avait, dans une
interview de L'Humanité, demandé à Mitterrand de bombarder
Israël. Je suis plutôt propalestinien mais je n'oublie pas qu'à
Jérusalem et à Tel-Aviv, parmi les écrivains, les cinéastes, les
journalistes, il y a aussi des gens qui se sont toujours opposés à
la politique de Sharon et Nétanyahou. Contrairement à ce que
certains pourraient croire, je ne suis pas sectaire.

Les "comiques" font partie des personnalités les plus appréciées
des Français. Sont-ils de nécessaires soupapes ou bien de
nouveaux idéologues du divertissement ? D'abord ce mot,
"comique". Aussi bien pour mon cher Desproges que pour moi,
"comique" a toujours été un adjectif, pas un substantif. On ne dit
pas la "dramatique" Isabelle Adjani ni le "tragique" Francis Huster.
Et Dieu sait que, parfois, ils le sont ! Desproges était un frère pour
moi. Et j'ai été également le parrain de Coluche, de Le Luron,
bien à droite, lui aussi, mais vrai talent. Aujourd'hui, dans des
musiques différentes, Fellag, Michel Boujenah, François-Xavier
Demaison, Jamel Debbouze, le Comte de Bouderbala [de son
vrai nom Sami Ameziane], Sophia Aram, Christophe Alévêque me
plaisent beaucoup. Et il y en a d'autres, sûrement, que j'oublie.
Qu'ils me pardonnent.

Le milieu de l'humour souffre-t-il des mêmes affres que celui de la
politique ? Parfois. Laurent Ruquier m'a déprogrammé de son
émission parce que j'ai quitté la salle du spectacle de Gaspard
Proust, artiste dont il est le producteur. Le ton de ce spectacle me
déplaisait et je n'étais pas le seul. C'est mon droit. Et je déplore la
collusion entre un animateur du service public et un producteur de
spectacle, qui se trouve être à la fois juge et partie. Il y a donc
conflit d'intérêts. Et je ne vois pas pourquoi ce serait moins
répréhensible dans la sphère artistique que dans la sphère
politique. Cela dit, ne pas être reçu à "On n'est pas couché" ne
m'empêche pas de dormir.

Après une année de succès de votre spectacle "Rideau !", qui
devait ponctuer votre carrière scénique, vous êtes de nouveau
reparti en tournée. Vous avez du mal à quitter la scène ? J'ai
surtout beaucoup de mal à résister à l'affection que me témoigne
le public. Presque chaque soir, je finis mon spectacle devant des
salles pleines qui m'applaudissent debout. Peu d'artistes y
seraient insensibles. Ce n'est qu'un au revoir. Je publierai un
nouveau livre dans quelques mois et deux rôles dans des films
qui me plaisent m'attendent. Ma vraie retraite, je la prendrai au
cimetière d'un petit village corse où ma tombe est déjà prête. Je
prends mon temps.

Né en 1934 à Alger, il a passé sa jeunesse en Algérie française
avant d'apprendre le théâtre à Paris. Devenu artiste

de music-hall, humoriste, acteur et scénariste, il a joué

dans des films de Jean Renoir, Marcel Carné ou Yves Robert
("Un éléphant ça trompe énormément" et "Nous irons tous au
paradis"). Il a notamment écrit "Mémoires d'Outre-Mère" (2005)
ou "Plans rapprochés" (2011). Depuis 2011, il présente "Rideau
!", son dernier spectacle, dont le DVD sera disponible chez
Universal Music le 15 octobre

Propos recueillis par Nicolas Truong

				
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posted:10/14/2012
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