Titre : L'initiation chr�tienne au Qu�bec
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- 10/4/2012
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L'initiation chrétienne au Québec ou de la difficulté à enfanter
Par Gilles Routhier
Faculté de théologie et de sciences religieuses
Université Laval, Québec
Une révision du dispositif pastoral
À la fin des années 1950, à partir de son contexte propre, Karl Rahner tentait une réflexion
théologique sur la situation de l'Église dans le monde1. Réfléchissant à la question de la
sécularisation et à la situation de diaspora dans laquelle se retrouvait l'Église allemande au cours
de l’après-guerre, il essayait d'interpréter le Mystère de l'Église, lieu de l'offre de la grâce, dans le
cadre particulier de son accomplissement historique. Pour Rahner, le passage qu’il observait d’un
régime de chrétienté à une situation de diaspora ne devait pas être subi. L’Église qui se retrouvait
dans une situation minoritaire à l’intérieur des nations devait prendre la mesure de cette situation
et y répondre par une rénovation de ses méthodes. Dans un autre contexte, celui d’aujourd’hui et
celui du Québec, c'est à la même question que nous sommes actuellement renvoyés : penser la
situation de notre Église en termes de mission et de grâce.
Posé ainsi, le problème qui nous occupe au cours de cette session, celui de l’initiation chrétienne,
sollicite d’une manière originale la théologie, l’obligeant à dépasser les questions qui relèveraient
simplement d’un plan technique, celles qui se ramènent au « comment faire », pour aborder les
choses à un niveau plus fondamental. La situation présente ne saurait se satisfaire simplement de
quelques aménagements qui consisteraient à organiser les choses autrement ou à adapter un peu
les pratiques pastorales actuelles de manière à les rendre plus fonctionnelles ou plus adaptées à un
nouveau contexte social et ecclésial. La question est plus sérieuse puisqu’il s’agit d’imaginer
comment, à travers ses rites, l’Église peut aujourd’hui se présenter comme lieu de communion
entre les personnes et comme lieu de liberté où se réalisent, dans l’histoire, l’offre gratuite et
inconditionnelle de la grâce de Dieu et son accueil. La question déborde donc largement celles
qui se ramèneraient à constater les déplacements, les évolutions ou les problèmes rencontrées et à
fournir des pistes de d’action pastorale.
Vous m’avez invité en me demandant de vous proposer une lecture théologique de la situation
présente en initiation chrétienne2. Je tenterai de rencontrer cette attente et, si pour y parvenir, je ne
1
On verra en particulier Mission et grâce. Fondements d’une théologie pastorale pour notre temps (3 tomes),
Paris, Mame, 1962 (original allemand 1959).
2
J’entends par initiation chrétienne ce que le Rituel de l’initiation chrétienne des adultes comprend par cette
expression. On ne pourrait donc pas, à moins d’en réduire la réalité, la limiter à la célébration des seuls sacrements de
l’initiation. Par ailleurs, en collant au texte du Directoire général pour la catéchèse où les expressions « initiation
peux pas me contenter de décrire simplement, même en la contextualisant, la situation présente de
l’initiation chrétienne au Québec. Cette lecture théologique prendra pour point de départ le fait
que l’initiation chrétienne représente un processus de génération ou d’enfantement.
Un processus d’enfantement
En effet, le rituel du baptême, jusque dans son geste essentiel, surtout quand on lui donne tout son
réalisme, renvoie d’emblée à la symbolique de la naissance – et du péril de la mort qui n’en est
jamais éloigné. En cela, le rite est absolument cohérent avec l’Écriture qui, au sujet du baptême
parle de nouvelle naissance, de renaissance et de vie nouvelle. De plus, les prières et les textes de
l’Écriture qui sont proposés au rituel et au lectionnaire pour la célébration du baptême orientent
également notre attention en ce sens, ajoutant cependant une réalité complémentaire, celle du
« devenir enfant » ou de l’enfantement. Par le baptême, “bain de la renaissance”, on devient
“enfant de Dieu”. Le baptême, porte d’entrée de l’initiation, est donc un processus de mise au
monde, d’enfantement, de passage à une vie nouvelle. Le « bain de la regénération » est
assimilable à un processus génératif.
Nos pratiques baptismales – nous baptisons surtout des nourrissons – a contribué à nous faire
perdre de vue la portée d’une telle symbolique, tant et si bien que parler de naissance au baptême
semble aller de soi et magnifier la beauté des enfants ne provoque plus aucun étonnement. On a
domestiqué ces symboliques fortes, celle de la naissance et celle de l’enfantement, le baptême
devenant en quelque sorte une « fête de naissance » ou « de la vie » et l’état d’enfance est d’autant
plus émouvant et valorisé que l’on s’en éloigne en raison de l’avancée en âge et que les enfants
deviennent plus rares dans notre société vieillissante. On est loin, en effet, de l’interrogation de
Nicodème qui ne peut pas arriver à imaginer comment on peut renaître ; loin également du choc
que provoquait Jésus lorsqu’il disait qu’il fallait redevenir comme des enfants ou recevoir un
baptême qui impliquait le passage de la mort à la vie nouvelle.
Quoi qu’il en soit de ces évolutions, il demeure que, ce que propose l’Église à ceux qui
« cherchent consciemment et librement le Dieu vivant » (RICA no 36), c’est de devenir enfant de
Dieu, par le baptême. Ce qu’elle offre à quelqu’un qui croit, c’est qu’il passe, à travers le bain de
la régénération et, ce faisant, de la mort à la nouvelle naissance. En somme, si ma lecture de la
pratique baptismale de l’Église est correcte, ce que l’Église propose, c’est une nouvelle vie avec
le Christ et dans le Christ. Dans la prédication apostolique, le baptême n’apparaît pas comme une
chose en soi qu’il faudrait acquérir, mais un acte appelé par la foi comme réponse à la
prédication. Ce que propose cette prédication, c’est une nouvelle vie en Christ, une nouvelle
naissance en lui. De même, normalement, au terme de l’initiation chrétienne, le groupe ecclésial
aurait enfanté un disciple du Christ, engendré un chrétien et mis au monde un enfant de Dieu. Le
résultat visé n’est donc pas la célébration des sacrements de l’initiation, mais la célébration des
sacrements exprime réellement, sous le mode symbolique, cet enfantement et cette naissance.
Quelqu’un, à travers ce processus d’enfantement et de naissance, devient quelqu’un d’autre. C’est
dire que l’Église doit davantage s’appliquer à proposer l’expérience chrétienne et à mettre au
monde des enfants de Dieu que de se penser simplement comme espace de célébration et de
dispensation de sacrements.
Un passage à une vie nouvelle
La symbolique de la naissance est si prégnante qu’on ne s’étonne pas que, malgré une certaine
réserve à emprunter au vocabulaire des religions à mystère, l’Église ait adopté finalement assez
rapidement le langage de l’initiation chrétienne pour désigner ce processus par lequel des
chrétienne » et « initiation à la vie chrétienne » sont utilisées de manière équivalente, il est difficile de distinguer deux
réalités différentes auxquelles renverraient ces deux expressions également utilisées dans le Rituel.
personnes deviennent chrétiennes3. Ce langage semblait être le plus approprié pour décrire cette
expérience de passage à une vie nouvelle. En effet, comme le montreront les anthropologues,
l’initiation représente ce processus par lequel un individu accède à un nouveau statut et, de ce fait,
est agrégé comme membre d’un groupe. L'initiation, qui s’opère à travers une renaissance rituelle,
a pour effet de lui procurer une nouvelle identité personnelle et sociale en l’introduisant dans un
nouvelle communauté ce qui lui procure une nouvelle appartenance. L'initiation marque donc un
passage, l’entrée dans un groupe. Dans sa variante chrétienne, elle marque l’entrée dans le groupe
des chrétiens, permettant à un individu de devenir membre de l'Église, et l’acquisition d’un
nouveau statut, celui de chrétien ou de baptisé. Ce passage, effectué par l'expérience initiatique de
la renaissance, permet notamment à un individu d'acquérir, de manière expériencielle, les savoirs,
les connaissances, les pratiques et les habitudes propres au groupe auquel il appartiendra
désormais. On le voit, il était facile de passer de la compréhension du baptême comme
renaissance qui nous agrège au Christ et à l’Église conférant du coup une nouvelle identité au
croyant, à la notion d’initiation qui nous oriente également vers le passage qu’opère un individu
qui s’agrège à une nouvelle communauté et acquiert un nouveau statut.
Ce que je viens de dire implique deux réalités : 1. que la foi chrétienne ne se réduise pas
simplement à une adhésion individuelle mais comporte une dimension ecclésiale constitutive ; 2.
que la foi chrétienne ne soit pas simplement un savoir, mais un expérience globale qui se
communique par un processus concret qui permet une entrée dans le mystère.
Nous voilà ainsi situé au cœur de la question de l’initiation chrétienne qui ne se présente pas
comme autant de sacrements à offrir, de célébrations à préparer et de rites à recevoir. Il s’agit
avant tout d’enfanter et de naître ; d’engendrer et de devenir enfant. Tout effort de réflexion sur
l’initiation chrétienne qui ne prend pas comme point de départ le fait qu’il s’agit d’un processus
de mise au monde dans la vie en Christ ne parviendra pas à dépasser les impasses dans lesquelles
nous tiennent les logiques de l’administration des sacrements conçus comme des choses (De
rebus, CIC, livre troisième) administrées par des clercs au bénéfice des laïcs. Tout effort pour
repenser et relancer nos pratiques dans le domaine de l’initiation chrétienne, aussi généreux et
zélé qu’il soit, n’aboutira, au mieux qu’à une modernisation de la pratique actuelle, si l’on ne
parvient pas à se dégager du piège dans lequel nous enferme les logiques marchandes et
commerciales de l’offre et de la demande des sacrements. Au mieux, on réussira à gérer de
manière plus adéquate le flot de la demande et l’on parviendra à affiner davantage l’offre alors
que c’est sur un autre terrain qu’il faut oser se situer. Comme le signalait H. Bourgeois, « le
problème ne consiste pas tant à se préparer à des sacrements qu’à entrer dans la foi4. »
Révision globale de nos pratiques pastorales
S’il en est bien ainsi, cela suppose une révision importante du dispositif pastoral actuellement en
vigueur puisque cela conduira à privilégier une communication qui ne mette pas d’abord en avant
la célébration des sacrements mais la proposition de l’expérience chrétienne ;
formuler des propositions en amont de la célébration des sacrements et qui se situent davantage
au niveau de l’éveil spirituel, de l’éveil à la foi et de la première annonce de l’Évangile ;
déployer la catéchèse d’initiation de manière à assurer « une formation intégrale à la vie
chrétienne » (AG 14) ou une « initiation chrétienne intégrale » (CT 21) à ceux qui désirent devenir
chrétien ;
se donner les lieux nécessaires et les équipements communautaires indispensables pour conduire
une pastorale de la proposition de l’Évangile et de l’expérimentation de la vie chrétienne ;
3
Voir P.-M. Gy, “La notion chrétienne d’initiation. Jalons pour une enquête”, dans LMD 132, 1977, pp. 33-54.
4
H. Bourgeois, “L’Église est-elle initiatrice ?”, dans LMD 132, 1982, p. 133.
adapter le calendrier de nos interventions aux rythmes actuels de la société en privilégiant
d’autres moments que les saisons scolaires ;
élaborer des formes de sociabilité chrétienne qui permettront à des chrétiens trop isolés, en raison
de leur petit nombre, de poursuivre une vie chrétienne suffisamment nourrissante ;
favoriser l’embauche ou l’affectation des agents pastoraux en direction de la première annonce de
l’Évangile et de la catéchèse d’initiation ;
éventuellement proposer des célébrations du seuil pour les personnes qui voudront célébrer
religieusement certains passages heureux ou dramatiques de l’existence humaine.
On le voit, toucher à l’initiation chrétienne nous engage dans une révision plus globale de nos
pratiques pastorales et on ne saurait entrevoir un renouveau de l’initiation chrétienne sans
consentir, en même temps, à une révision en profondeur de notre dispositif pastoral conçu pour
l’encadrement des chrétiens plutôt que pour la mise au monde et l’enfantement de nouveaux
disciples. En effet, il n’y aura de sérieuse relance de l’initiation chrétienne que dans la mesure où
nous consentirons à une certaine conversion de nos pratiques pastorales. Pour ma part, j’ai
toujours cru que les véritables réaménagements pastoraux ne consistaient pas avant tout dans le
réaménagement des frontières paroissiales, dans la reconfiguration du réseau paroissial ou dans
une opération de remembrement paroissial. Cela viendra certainement un jour, j’en suis persuadé,
mais cela doit être porté par un projet pastoral mobilisateur ou être accompagné de la mise en
œuvre de nouvelles pratiques pastorales, notamment dans le domaine de la première annonce de
l’Évangile et dans celui de la catéchèse. Remembrer les paroisses et redéployer les effectifs
pastoraux restant sur un territoire redimensionné ne peuvent qu’accélérer la spirale de la
décroissance jusqu’à ce qu’elle ait achevé son œuvre, eu raison des derniers résistants ou fauché
les plus âgés qui tiennent encore. Si tout n’est pas mis en œuvre pour permettre à des gens
d’entrer dans l’expérience chrétienne ou pour enfanter de nouveaux chrétiens, dans quelques
années, des Églises catholiques du Québec, il ne restera plus que le minimum pour entretenir un
grand service public du religieux : des temples, un budget pour s’offrir les services de base et
quelques fonctionnaires du culte pour assurer les rites de passage, ceux donnés à l’occasion de la
naissance, de l’enfance, des épousailles et du trépas. Il ne restera pas une Église vivante, mais une
religion civique à symbolique chrétienne. Notre devoir n’est pas de planifier la retraite ordonnée
des troupes en leur assurant l’honneur ou de planifier la décroissance. Aujourd’hui, notre défi,
c’est d’enfanter à nouveau et de donner la vie. Lorsque, dans des paroisses, il ne reste plus que
quelques personnes âgées, souvent en majorité des femmes, il ne faut pas considérer simplement
que nos Églises manquent de prêtres, mais plutôt qu’elles manquent de chrétiens et croire qu’il
est urgent d’en mettre de nouveau au monde. L’évangélisation, cadre dans lequel il nous faut
situer l’initiation chrétienne, me semble, en final, le seul motif décisif capable de nous engager
dans des réaménagements pastoraux qui pourront avoir de véritables lendemains. Autrement, vaut
mieux abandonner dès maintenant la partie.
Qu’il me soit permis à ce chapitre de ne pas souscrire à la fable écologique rassurante qui
voudrait qu’après un incendie de forêt, repoussent d’abord les bleuets avant de voir réapparaître
les essences plus riches et plus nobles. Il y a des chrétientés qui sont disparus depuis des siècles,
chrétientés que l’on avait connues prospères. Il n’y a pas de règles de pérennité pour les
chrétientés. Elles naissent et elles meurent. Cela n’est pas simplement fonction des lois de la
nature, mais du jeu des acteurs sociaux et ecclésiaux.
Modifier notre compréhension des sacrements
S’il faut réviser le dispositif pastoral actuel qui correspond à un état antérieur de la culture et de la
situation ecclésiale du Québec, il faut également modifier la compréhension que nous avons de
l’Église et des sacrements. La première n’est pas un grand service public du religieux, dispensant
des biens symboliques au profit d’une clientèle qui a des droits, moyennant rémunération. Quant
aux sacrements, il est risqué de les dénommer simplement en utilisant l’expression « rites de
passage » qui est devenue commune. Lorsque l’on m’en parle en ces termes, je demande toujours
« passage de quoi à quoi » ? De l’état fœtal à l’état de nourrisson ? De l’enfance à l’adolescence ?
De vivant à trépas ? Cette question, trop importante, mériterait d’être traitée plus en profondeur.
Je me limiterai à dire au passage qu’il importe, pour l’Église, d’accompagner spirituellement les
passages de la vie humaine, mais pour cela, il n’est pas requis de faire des sacrements de
l’initiation des rites de passage et l’Église catholique, qui n’a pas été dépourvue d’imagination au
cours de son histoire, peut très bien proposer des rites, qui ne sont pas sacramentels, pour jouer un
tel rôle. Comme le souligne le Rituel du baptême des enfants en âge de scolarité (no 90 ; RR no
344), il faut « rendre manifeste que les trois sacrements du baptême de la confirmation et de
l’eucharistie sont les sacrements d’une unique initiation chrétienne, et non les sacrements
d’étapes psychologiques5 ».
Je termine ce que j’entrevoyais n’être que l’introduction de mon propos : concevoir l’initiation
chrétienne en termes de génération et d’enfantement m’apparaît être la première étape si l’on veut
regarder les choses autrement. Ce sera là, au plan théologique, ma ligne principale de lecture de la
situation présente. Il nous faut réfléchir à ce que cela peut signifier enfanter quelqu’un à la vie
chrétienne, au Québec.
Voulons-nous enfanter de nouveaux chrétiens ?
Introduction
Si les Églises catholiques du Québec n’arrivent que difficilement à enfanter, cela peut dépendre
aussi bien de leur savoir faire, là où l’on situe habituellement les questions, que de l’ordre du
désir leur plus profond. Je me propose d’aborder à la suite ces deux ordres de question,
m’attardant d’abord à interroger notre désir d’engendrer. Je formulerai une série de questions en
m’inspirant de l’histoire d’Abraham et de Sara, ce couple fameux qui désirait tant avoir des
enfants. Cela me servira de trame pour amorcer une lecture de la situation présente de notre
Église et m’amènera à formuler une série de questions qui, je l’espère, ne vous sembleront pas
impertinentes, commençant par celle, très contemporaine : « des enfants, en voulons-nous
vraiment ? »
Genèse 18,11
« Abraham et Sara étaient vieux et avancés en âge et Sara avait cessé d'avoir ce qu'ont les
femmes ».
« Avoir cessé d’avoir ce qu’ont les femmes... » À partir de ce moment-là, il n’y a plus beaucoup à
espérer. La loi de la nature a laissé tomber son verdict. Il ne reste plus rien à attendre et l’on peut
difficilement être surprise. Dans un tel cas, au mieux, c’est la résignation, au pire, la vie stérile
passée dans l’amertume et le dépit. Quoi qu’il en soit, tout semble désormais prévisible et rien
d’inédit ne semble pouvoir ou devoir perturber les années qui restent. Ne plus croire que l’on peut
enfanter encore, que l’ont peut porter du fruit et donner la vie, n’est-ce pas là un peu la situation
de nos Églises ?
Pourtant, la plupart du temps, nos débats sur l’initiation chrétienne portent sur le « comment
faire » : -privilégier la sous-traitance (faire-faire par les parents) pour pallier à nos essoufflements
5
On complétera mes indications trop brèves ici par mes réflexions dans mon article “Le devenir des rites d’initiation
chrétienne dans une société marquée par le pluralisme”, dans B. Kaempf (dir.), Rites et ritualités, Paris, Cerf, 2000,
pp. 131-151.
et à nos manques de maîtrise ou opter pour le « tout communautaire ? – adopter une formation
longue capable d’en décourager plusieurs ou adopter le « fast track » qui nous libère rapidement
des demandeurs importuns ? – reporter à un âge plus avancé ou faire des sacrements de
l’initiation des « rites d’enfance » ? – etc.
Certes, il ne faut pas se dispenser d’une réflexion approfondie – j’y reviendrai – sur ces
différentes matières qui sont loin d’être négligeables et qui ne sont pas simplement d’ordre
technique. Toutefois, en amont des aménagements sans cesse à repenser et des modalités
concrètes sans cesse à revoir, il y a une question qui s’impose : nous sommes-nous résignés à ne
pas enfanter ? En d’autres mots, nous croyons-nous encore en mesure de mettre au monde des
enfants de Dieu, d’enfanter des croyants ou nous sommes-nous, en pratique, résignés à vivre sans
enfants ? Mieux, dans une société où le taux de fécondité laisse parfois perplexe, sommes-nous,
comme Église convaincus qu’il s’agit d’une chose valable de proposer la vie de Dieu ? Au-delà
d’un titre accrocheur qui représente à lui seul tout un programme, croyons-nous vraiment que
« proposer la foi... est une force qui fait vivre ? ».
Les Églises seraient-elles stériles ?
On peut répondre à cette interrogation en protestant énergiquement de sa conviction et cette seule
mise en cause de la volonté réelle des Églises du Québec d’engendrer peut même susciter
l’agacement. Je voudrais bien tranquilliser mon esprit en recouvrant la question de vives
protestations qui la dirimeraient rapidement en donnant une réponse pleine d’assurance à cette
interrogation peut-être impertinente. J’aimerais également me suffire des déclarations officielles
et de protestations bien senties. Je suis cependant obligé de prendre en compte d’autres éléments,
dont les pratiques effectives pour ne pas parler des attitudes observées, si je veux donner une
réponse honnête à mon interrogation. Je dois d’une part constater que, depuis 1984, malgré
l’indéniable bonne volonté et la générosité d’un grand nombre, les Églises catholiques du Québec
ne disposent pas d’un dispositif crédible et complet d’initiation chrétienne, i.e. de processus qui
permette d’enfanter des enfants de Dieu. On a pris le parti d’assurer la préparation immédiate à la
célébration des sacrements sans se donner en même temps les garanties nécessaires pour que soit
proposée, de manière générale et préalable, la vie en Christ. Personnellement, je ne suis pas
étonné qu’un tel régime n’ait pas enfanté de chrétiens et que l’on constate actuellement une
certaine désertion dans nos églises. Le contraire m’aurait même surpris. On me dira que l’on a
fait, dans les circonstances, ce qui était possible et que gouverner c’est l’art du possible. Mais
alors, ma question rebondit de plus belle : est-il alors possible, pour nos Églises, de mettre au
monde ? Nos Églises ont-elles cessé d’avoir ce qu’ont les femmes ? Doivent-elles prendre le parti
de leur stérélité et faire contre mauvaise fortune bon cœur ?
Lorsque l’on analyse la crise actuelle du transmettre, il faut mettre au nombre des éléments à
prendre en compte, le doute fondamental que nos sociétés entretiennent à l’égard de ce qui est
valable, de ce qui est bon à passer à l’autre génération. Cela n’est pas propre à la transmission
dans le domaine religieux. C’est comme si on ne savait plus ce qui est bon, à travers tous les
savoirs qui seront vite dépassés, ce qui est durable, ce qui peut faire vivre. La crise de l’initiation
chrétienne comme processus d’enfantement ne peut pas être séparée du « malaise dans la
filiation » de la « crise de la transmission » ou du phénomène de « déculturation » dont on fait si
souvent état aujourd’hui.
L’image d’un catholicisme honteux
Dans le cas particulier qui nous occupe, ce phénomène plus général se redouble par notre rapport
complexe à notre histoire religieuse et à ce qu’a représenté le christianisme dans cette histoire. Il
est clair que bon nombre de Québécois ont aujourd’hui un rapport polémique avec le catholicisme
à qui l’on prête les traits les plus détestables. Il serait autoritaire, obscurantiste, vénal, patriarcal,
abuseur, hypocrite, bigot, étroit, moralisateur, etc. Même parmi les catholiques qui n’ont pas
décroché, plusieurs se retrouvent dans une position ambiguë à l’égard du christianisme, au moins
du christianisme comme foi et comme expérience ecclésiale. Nous faisons actuellement
l’expérience d’un catholicisme honteux et il n’y a pas beaucoup d’image positive disponible de ce
que c’est être catholique. On est indéfiniment obligé de recourir à l’éternelle figure de Mère
Térésa lorsque l’on veut proposer une figure crédible d’un témoin, figure qui s’avère aussi
édifiante qu’inaccessible. Ce catholicisme méprisé, plusieurs ne veulent pas le donner en héritage.
Tout au plus, accepte-t-on d’en extraire ce qui en serait encore récupérable et qui pourrait
contribuer à un humanisme séculier : des valeurs morales. Les enquêtes nous apprennent que
c’est avant tout cela que recherchent les parents qui persistent à inscrire leur enfant à
l’enseignement moral et religieux catholique à l’école primaire et c’est souvent ce que les parents
recherches lorsqu’ils présentent leur enfant au baptême (c’est au moins la première réponse qui
leur vient spontanément à l’esprit lorsqu’on leur demande pourquoi ils font baptiser leur enfant).
Je prétends qu’actuellement, au Québec, le catholicisme est considéré, pour peu qu’il se limite à
être une grande Saint-Vincent de Paul au moment où l’État Providence recule ; qu’il se tienne
dans les frontières du grand service public du religieux, dispensant des rites de passage aux
enfants, assurant les funérailles nationales et les mariages des stars ; qu’il se borne à nous parler
des valeurs et à assurer l’éducation civique des citoyens ; qu’il représente un patrimoine culturel –
le seul qui nous reste peut-être. Ce sont là, me semble-t-il les quatre manières de rendre le
catholicisme soluble dans la culture québécoise présente. S’il veut outrepasser ces limites et se
situer résolument sur son terrain propre, celui de l’expérience du Dieu vivant, il se bute
rapidement à de fortes résistances et on lui fait réponse : on vous « entendra une autre fois sur
cette question ».
Les jeunes se font discrets
Les catholiques du Québec, surtout chez les jeunes, sont peut-être aujourd’hui comme les Gais
des années 1970 ou les divorcés des années 1940 : ils ne font pas de tapage et s’efforcent de ne
pas être remarqués. Souvent, sauf s’ils appartiennent à des groupes forts, ils n’ont pas de véritable
estime d’eux-mêmes et ils ne font pas montre de fierté. Pas étonnant qu’ils ne représentent pas un
groupe attractif et que le catholicisme québécois, contrairement à celui de ses voisins, le
catholicisme états-unien ou canadien anglais, ne soit pas assimilateur.
Cette expérience relativement nouvelle pour les Églises catholiques du Québec les laisse
désarmées et sans réflexe. Habituées à être socialement reconnues et objets d’estime et d’éloges,
elles n’ont ni les moyens ni les attitudes correspondants à la nouvelle situation. Jusqu’ici, elles
ont réagi en collant au plus près à ce qui est socialement accepté et à ce qui est culturellement
tolérable ne prenant pas le risque d’être signe de contradiction, sauf peut-être en matière sociale,
surtout mais pas seulement, au moment où cela était « in » d’être à gauche. Dans un contexte où
la dimension tertiaire de l’économie est fortement valorisée (l’économie des services), les Églises
ont pris le parti d’être de grands services publics du religieux. Il y avait là une demande et il y
avait là un créneau inoccupé, la société n’ayant pas cru important d’élaborer des rites et
d’imaginer des symboliques pour encadrer la vie des individus-citoyens. Au moins, dans ce
domaine, on fait encore appel à l’Église et elle peut trouver son utilité, voire s’avérer
indispensable.
Si nous réfléchissons à l’initiation chrétienne, non pas comme une réalité isolée ou détachée de
son contexte, il faut élargir notre réflexion jusque là. Pas de relance de l’initiation chrétienne au
Québec sans dépassement du catholicisme honteux. Cela passe notamment par un bon coup de
barre au plan de la communication publique ; par une reprise de contact avec certains groupes
(artistes, intellectuels, classe politique, monde des affaires) largement délaissés ; par un
repositionnement de l’activité des Églises dans l’espace public. De même que tout effort en
pastorale des vocations, si généreux soit-il, connaîtra des succès fort mitigés si le presbytérat ne
parvient pas à être socialement attesté, de même, tout effort de relance au plan de l’initiation
chrétienne ne produira pas tous ses fruits si, simultanément, on ne met pas tout en œuvre pour
rendre le catholicisme attractif au Québec. Repenser l’initiation chrétienne en l’isolant du
contexte dans lequel elle s’inscrit cela équivaut à limiter considérablement la portée du renouveau
entrevu. Il faut penser l’initiation chrétienne dans un ensemble qui la dépasse largement et ne
jamais la détacher du contexte social et ecclésial présent.
Genèse 18,15
« Sara nia en disant : 'Je n'ai pas ri', car elle avait peur »
Je crois que nous nous retrouvons dans une situation paradoxale : mangé par notre désir d’avoir
des enfants et saisi de crainte à l’idée de devoir enfanter. Je suis toujours étonné, dans quelque
diocèse ou paroisse que je me retrouve, d’entendre Sara, le cœur plein d’amertume, se plaindre de
ne pas avoir d’enfants. Ce désir frustré représente une véritable blessure dans nos Églises. On
voudrait tant voir la vie s’épanouir autour de nous. En même temps, cet ardent désir d'avoir des
enfants se double d’une crainte de devoir enfanter, car mettre au monde, ce n’est pas une mince
affaire et avoir des enfants, cela dérange.
Nos Églises, comme la société, n’est pas faite pour les enfants dont l’arrivée perturbe toujours
l’ordre établi. Dieu sait à quel point l’ordre est bien établi dans nos paroisses et, plus les
paroissiens vieillissent, plus l’ordre établi a la vie dure. Comme Sara, nous avons peur et cette
peur nous paralyse et nous empêche de prendre des risques.
Des peurs qui paralysent
Comme je l’évoquais plus haut, relancer l’initiation chrétienne va perturber en profondeur le
dispositif pastoral actuel car il nous fera passer d’un catholicisme d’héritage à un catholicisme de
proposition. Ce changement de paradigme, qui représente le seul réaménagement pastoral qui
vaille, touchera tous les aspects de la vie paroissiale, à commencer par le budget, les horaires et
l’affectation du personnel, etc. Or, si dans nos phantasmes nous désirons avoir des enfants, en
pratique, nous avons peur d’être dérangés. La réforme de nos Églises locales ou leur renouveau –
c’est bien cela le défi et pas simplement de réaménagements pastoraux ou de reconfiguration ou
de réingénierie du réseau paroissial – effraie un peu et dans la majorité des réaménagements que
j’ai observé, on finit toujours, après une première déstabilisation, à reproduire, dans un contexte
un peu différent, les mêmes habitudes et les mêmes fonctionnements, souvent plus bureaucratisés
qu’avant. Il n’y a pas de véritable renouvellement car, comme Sara, nous avons peur. Nous avons
peur de nous situer sur d’autres lieux que sur ceux que l’on maîtrise, en particulier le lieu
liturgique où nous monopolisons la parole et où l’action est réglée par le rituel. Or, l’initiation,
située dans le processus global de l’évangélisation, va commander de nous déplacer sur d’autres
terrains, terrains que l’on ne contrôlera plus ; va impliquer la perte du monopole de la parole pour
entreprendre le dialogue ; de rencontrer des personnes d’une autre génération et culturellement
différentes.
Il nous faudra, d’une part, imaginer d’autres types de rassemblement ou un « savoir-vivre
ensemble » pour que des hommes, des femmes et des enfants découvrent l’Église comme une
communauté possible pour eux. En effet, il n’y aura pas d’initiation chrétienne en dehors d’un
groupe ecclésial. À la limite, on peut préparer aux sacrements et l’on peut célébrer des sacrements
sans médiation ecclésiale forte. On ne pourra toutefois pas initier à la vie chrétienne en dehors de
cette médiation, médiation problématique mais indispensable, médiation qui peut prendre
plusieurs formes et qui est aujourd’hui à réinventer. Chose certaine, s’il n’y a pas une forme de
vivre-ensemble attractive et pertinente, il n’y aura pas de candidats à l’initiation. Il n’y aura, tout
au plus, que des demandeurs de rites de passages qui s’adresseront à un service public du
religieux. Cette question du renouveau de l’« être-ensemble » se pose autrement en ville que dans
les milieux ruraux, mais dans les deux cas, il faut imaginer des groupes ecclésiaux attractifs.
Comme le souligne le Rituel du baptême des enfants en âge de scolarité, « l’important est moins
la nature du groupe que sa qualité spirituelle. » (no 5 ; RR nos 308 et 311).
Il nous faudra aussi réapprendre à habiter la prière de l’Église et apprendre à prier dans des
langues qui nous sont inconnues. La dimension orante et rituelle de l’initiation commandera sans
doute, au-delà de l’assimilation des rituels disponibles, un nouvel effort de créativité.
Il faudra se remettre ensemble à l’écoute de l’Évangile, apprendre à le partager, à discerner les
signes des temps et à interpréter les quêtes de sens
Il faudra aussi, dans un monde où le christianisme n’organise plus la vie sociale, apprendre à
intervenir, en paroles et en actions, dans l’espace commun où se rencontrent toutes les bonnes
volontés du milieu.
Cette peur d’enfanter se jumelle à d’autres peurs : peur de perdre des joueurs, peur de perdre des
moyens, peur de ne pouvoir assumer cette responsabilité, peur d’affirmer la différence chrétienne,
etc. Ces peurs, jusqu’à présent, nous ont toujours fait différer notre rendez-vous avec la nouvelle
situation du catholicisme dans le Québec contemporain. Sur la base de ces peurs, on a toujours
cherché à échafauder des compromis qui nous mettraient à l’abri des risques de perdre des
moyens. Rétrospectivement, on peut se demander ce que l’on a gagné en nous laissant conduire
par nos peurs ?
Peur de perdre des joueurs ?
On est bien naïf si on évalue le dynamisme du catholicisme québécois sur la base de son
membership. Nos statistiques qui décomptent le nombre de baptêmes et de confirmation, si elles
sont rassurantes, n’en finissent pas de nous mentir et de nous faire illusion. Elles représentent de
fausses assurances.
Peur de perdre des moyens ?
Seize ans après les orientations de l’AEQ en matière d’initiation sacramentelle, les Églises
catholiques du Québec se retrouvent sans expertise ni dispositif catéchétique complet et cohérent
et apparemment démunies lorsqu’il s’agit de penser l’initiation chrétienne. Par ailleurs, sans
véritable moyens, des personnes ont innové, nous laissant entrevoir des nouvelles voies pour
initier des gens de tous âges à la foi. À quoi donc nous ont servi tous ces moyens que nous avons
cru sauvegarder ? Qui ont-ils initiés ? Ont-ils été autre chose que des citernes lézardées et aux
eaux décevantes ? Ici encore, tous ces moyens sur lesquels nous avons compté se sont avérés de
fausses assurances.
Peur de ne pouvoir assumer cette nouvelle responsabilité ?
Pour tout dire, je crois que toutes les paroisses n’auront pas la force ni la vitalité nécessaire pour
assumer leur responsabilité complète en matière d’initiation chrétienne qui comporte une période
importante de catéchèse d’initiation. C’est pourquoi il nous faudra assez rapidement envisager la
distribution des fonctions en ce domaine. Vraisemblablement, tout ne reviendra pas aux
paroisses, en tout cas, pas dans tous les cas. Il faudra penser concrètement, suivant les situations
et les circonstances, à distinguer entre ce qui peut et ce qui doit relever du milieu paroissial et ce
qui devra être confié à une instance régionale ou supra-paroissiale voire diocésaine. Quoi qu’il en
soit, il ne faut pas regarder les choses simplement en termes d’énergies à investir en négligeant le
fait qu’avoir des enfants redynamise une communauté et lui donne une vie nouvelle.
Peur d’affirmer la différence chrétienne ?
Il y a une difficulté particulière, pour les Québécois, à vivre l’altérité et à se poser comme
différent. Cela tient sans doute à notre expérience historique de minoritaire. Si, à un moment de
notre histoire, l’Église a tendu à absorber la nation, celle-ci existant comme chrétienté ;
aujourd’hui, alors que la survivance et le développement de la nation est assurée par l’État, le
catholicisme risque d’être absorbé pour servir de symbolique commune dans une société qui n’est
pas encore parvenue à se doter d’une religion civique. Dans les deux cas, il y a une superposition
entre Église et nation, la fin de la chrétienté n’entraînant pas le passage à un autre paradigme (les
chrétiens représentant l’autre de la société) mais simplement à son inversion. Il ne s’agit pas
d’affirmer la différence chrétienne de manière agressive ni de se lancer dans une croisade
identitaire. Il s’agit, plus sereinement, de développer une identité de croyants mieux articulée et
capable d’entrer en dialogue avec des gens d’allégeances différentes.
Vers un christianisme de proposition
Genèse 18,12
« Sara se mit à rire en elle-même et dit : 'Toute usée comme je suis, pourrais-je encore jouir ? Et
mon maître est si vieux ! »
Ces défis effraient et nous nous demandons si l’on peut encore repartir à l’aventure alors que nous
avançons en âge et que nous éprouvons une perte de maîtrise. Se pose alors la question du
« comment faire » au moment où les « savoir-faire traditionnels » semblent obsolètes puisqu’ils
étaient conçus pour fonctionner dans un christianisme d’héritage et non dans un christianisme de
proposition. Je voudrais donc faire un certain nombre de propositions concrètes à ce chapitre,
croyant que la crédibilité de mon propos tient aussi à sa capacité d’articuler empirisme et vision.
Faire connaître clairement et systématiquement (feuillets paroissiaux ; au moment des demandes
de préparation au baptême ; dans les communications adressées aux parents d’élèves de l’école
primaire ; dans les médias ; etc.) que l’Église catholique initie à la vie chrétienne à tous les âges
de la vie : à la naissance, à l’enfance, à l’adolescence, à l’âge adulte. Il faut que notre
communication soit suffisamment claire pour que l’on comprenne que ce n’est ni l’âge ni le degré
scolaire qui détermine le moment de l’initiation chrétienne, mais le désir de devenir disciple. Il
nous faut, de manière décisive, tirer les conséquences de cette indication claire du Rituel romain
de la confirmation de 1971 (no 12 ; édition canadienne no 15 et 16) :
« Pour qu’un enfant soit admis à la confirmation, il ne suffit pas qu’il soit baptisé. S’il a l’usage
de la raison, il est nécessaire qu’un premier éveil et une première éducation de la foi lui aient fait
prendre conscience de l’engagement de son baptême et lui permettent de l’assumer
personnellement, à sa mesure.
Dans la situation actuelle de nombreuses régions, une telle démarche ne va pas de soi. Il sera de
plus en plus rare que les conditions soient rassemblées pour confirmer ensemble tous les enfants
d’un âge donné ou d’une classe précise.
Les enfants – et leurs responsables – doivent donc comprendre que l’accès à la confirmation est
une démarche personnelle. Il ne dépend pas de l’âge, de l’année de catéchisme ou de la bonne
conduite. Il doit correspondre à une certaine vie de foi, selon les capacités d’un enfant [...]. »
Cela, les enfants et leurs responsables ne peuvent pas le comprendre si on continue à leur dire
simplement le contraire.
Soutenir l’éveil spirituel et religieux de même que l’éveil à la foi dans les familles. Il m’apparaît
peu responsable de continuer à baptiser massivement au moment de la naissance sans initiative
correspondante pour soutenir les parents au plan de l’éveil spirituel, religieux et l’éveil à la foi.
Ce soutien pourra éventuellement prendre plusieurs formes.
Proposer des activités d’éveil à la foi en paroisse, i.e. former des groupes qui proposeront des
expérience de vie chrétienne, assurer des lieux d’expérimentation de la vie chrétienne et favoriser
des temps d’expérience chrétienne. Bref, en amont de l’initiation chrétienne proprement dite,
développer une gamme d’activités qui assureront la première annonce de l’Évangile. On se
souviendra que c’est seulement lorsque qu’une personne a été touchée par l’Évangile ou fascinée
par la vie chrétienne, moment où elle désire devenir disciple, qu’elle est invitée à entreprendre sa
démarche d’initiation. Cela suppose donc, en amont, que la foi soit suscitée, éveillée, excitée, par
une première annonce de l’Évangile ou par des activités d’éveil à la foi. Sans cet amont
indispensable, la démarche d’initiation chrétienne tournera toujours à vide et ne sera pas en
mesure de porter de fruits. Au mieux, elle apparaîtra comme une démarche régressive qui
consistera à faire avaliser par des enfants une décision prise par d’autres ou à les intégrer dans un
groupe qu’ils n’ont pas choisi sans représenter une ouverture vers l’avenir ou une démarche
dynamique suscitée par la liberté de la foi et soutenue par l’élan que représente le désir de devenir
chrétien. Avant même de revoir l’initiation proprement dite, il faut assurer ces fondements.
Autrement, on continuera d’édifier le deuxième étage de la maison sans avoir posé au préalable
des fondations capables de le faire tenir. On comprendra qu’en cette matière, l’amont est tout
aussi important que le suivi qui a été le seul à faire l’objet de notre attention au cours des
dernières années.
Créer des « maisons de la culture » …
Outre les lieux ecclésiaux dont nous disposons actuellement, il nous faut créer, au moins en ville,
des « maisons de la culture » pour permettre un premier contact avec la tradition chrétienne. Ces
maisons, je les imagine comme ces bibliothèques publiques ou comme certains musées où les
activités d’animation sont fort développées. On a beaucoup à apprendre de ces lieux si l’on veut
organiser des « maisons de la culture chrétienne » où un premier contact avec notre tradition
spirituelle deviendra possible. Dans une maison de la culture, il y a des ateliers pour les enfants et
pour les adultes, des ateliers et des activités de tous genres. Il y a projections de film, conférences,
expositions ; on y trouve aussi de la musique, des livres, des ateliers, des excursions et des
sorties, etc. C’est à ce niveau que les choses commencent. C’est comme ça qu’on peut apprivoiser
l’Évangile. Il nous faut des maisons où l’on peut voir et entendre, où l’on peut toucher et faire, où
l’on peut trouver tantôt une exposition sur le pays de Jésus, tantôt une exposition missionnaire ou
de dessins d’enfants ; des ateliers sur le vitrail ou les icônes ; ateliers de peinture ou d’écriture,
voire une chorale, un théâtre de marionnette, etc. Maison de la culture, qui permet à des gens de
s’approcher de la réalité religieuse et de la tradition chrétienne et, peut-être, de devenir désireux
d’en savoir davantage à propos de ce Christ dont on nous parle et en qui les chrétiens font
confiance jusqu’à mettre leur foi. Ces maisons de la culture pourront également organiser des
conférences, permettent des débats, comme les cafés philosophiques, offrir des services de
librairie, etc. Ces maisons de la culture chrétienne permettraient de vivre une première étape dans
l’annonce de l’Évangile. En effet, si vous regardez l’Évangile et les Actes des Apôtres, vous
découvrirez l’importance des premiers contacts, sur un terrain plus neutre, l’importance
également de ces espaces d’apprivoisement que représentent les « venez et voyez ». Il nous faut
donc des lieux pour les premiers contacts et pour les premières rencontres.
… multifonctionnelles
En plus de ce que je viens d’énumérer, je pense que ces maisons de la culture devraient être
multi-fonctionnelles. On pourrait y trouver des cénacles, des lieux où on peut se recueillir, mais
également des lieux où on apprend à lire la Parole de Dieu, à l’écouter ; des lieux aussi où on est
écouté et où on peut se confier, où il peut trouver de l’accompagnement spirituel et
éventuellement accueillir le sacrement du pardon. Ces maisons de quartier seraient des lieux où
des gens peuvent se présenter, des lieux de va-et-viens, à travers les rues, les maisons, des
hommes et des femmes d’aujourd’hui pour que se noue un premier contact entre l’Église et des
personnes qui ont perdu l’habitude de fréquenter l’assemblée. Il nous faut reconnaître que nous
avons aujourd’hui un parc immobilier adapté à une pastorale d’encadrement et qui s’avère moins
proportionné à une pastorale d’engendrement ou d’accompagnement. Il nous faut reconnaître
également que les gens qui ont pris leur distance et qui craignent de se faire récupérer ne
fréquenteront pas ces lieux conçus davantage pour des chrétiens faits que pour des sympathisants
et des craignants-Dieu.
Offrir une étape de discernement – qui ne soit ni inquisitrice ni obtue – aux personnes qui
demandent la célébration des sacrements et offrir également d’autres voies et parcours pour
célébrer religieusement les étapes de la vie humaine ou leur devenir chrétien. On comprendra en
effet qu’il n’y a de liberté que lorsqu’il y a un choix effectif, ce qui implique que nous puissions
faire d’autres propositions pour célébrer spirituellement les passages biologiques ou
psychologiques de la vie humaine.
Proposer effectivement le baptême et la confirmation aux adolescents et aux adultes et s’assurer
que dans chaque diocèse, région, zone ou unité pastorale il y ait des propositions en ce sens.
Vraisemblablement, toutes les paroisses ne seront pas en mesure de prendre des initiatives à ce
chapitre et il ne faudrait pas isoler des adolescents ou des adultes qui voudront devenir chrétiens.
Il faut leur proposer de marcher avec un groupe significatif de pairs et retrouver une assemblée
chrétienne qui représente pour eux un vivre ensemble pertinent et attractif.
Une démarche de l’initiation chrétienne
Au plan de la démarche elle-même de l’initiation chrétienne, il nous faut imaginer une démarche
qui respecte le fait que l’initiation chrétienne est un itinéraire structuré qui comporte des temps
que scandent des étapes correspondant à autant de célébrations liturgiques (RICA 41). Je soumets
quelques propositions, à titre indicatif et de manière à stimuler l’imagination, mais on
comprendra que ce travail devra être repris plus amplement. À brève échéance, il nous faudra :
Définir une entrée qui marque un premier passage. On peut imaginer que la célébration de la
remise de l’Évangile soit intégrée à cette étape.
Délimiter un temps prolongé, correspondant à celui du catéchuménat, temps de maturation où
l’accent est mis sur la catéchèse d’initiation, mais où d’autres moyens sont également déployés
pour conduire un apprentissage global de la vie chrétienne. Au cours de cette période, sont mis à
contribution non seulement l’intelligence, mais également le corps, le cœur et l’esprit. Au cours
de ce temps de maturation et d’approfondissement, il ne s’agit pas simplement de connaître Jésus
le Christ, mais également de faire l’apprentissage de la vie chrétienne dans ses diverses
composantes incluant la prière et la pratique chrétienne (éthique). Ce temps équivalent au
« catéchuménat » doit connaître quelques temps forts (camp de fin des semaine – réalisation d’un
projet d’engagement – participation plus active à une célébration liturgique – pèlerinage à un
sanctuaire ou à la cathédrale – etc.) et comporter quelques rites qui jalonnent la progression et
marquent le cheminement. On pense en particulier ici aux rites de la tradition du Credo et du
Pater, rites qu’il faudrait adapter aux divers âges des participants.
Prévoir un temps de préparation immédiate à la réception des sacrements de l’initiation.
Idéalement, ce temps devrait correspondre à la période du carême, temps d’entraînement ultime
qui introduit à la Pâques du Christ et du chrétien. Cette préparation immédiate peut être ouverte
par l’appel de l’évêque, quelque chose qui soit équivalent à la célébration de « l’appel décisif » ou
« l’inscription du nom » dans le rituel de l’initiation chrétienne des adultes. On peut imaginer
également, au terme de cette période, une veille de nuit équivalente à ce que l’on trouve dans les
grands rituels de chevalerie ou à la veillée d’armes qui précède la promesse scoute. Cela renvoie
d’ailleurs à la veille de nuit du catéchuménat antique, nuit du samedi saint, au terme de laquelle
était célébrée, à l’aube, les sacrements de l’initiation (pensez également aux nuits des JMJ, avant
la célébration des baptêmes à l’aube).
Aménager une période de mystagogie qui doit être clôturée, soit à l’anniversaire de la célébration
des sacrements de l’initiation, soit au terme de l’octave pascal.
Quels que soient les aménagements retenus, il faudra se rappeler les dimensions constitutives de
l’initiation chrétienne.
Au premier chef, il s’agit d’un itinéraire ecclésial. Bien que la famille puisse jouer un rôle
important dans l’éducation chrétienne, il importe de donner un caractère ecclésial à la démarche
d’initiation chrétienne, ce qui ne veut pas dire que tout doit être paroissialisé. Le lien avec
l’évêque doit être manifesté, idéalement à plus d’une reprise ; la dimension liturgique de la
démarche fortement valorisée ; l’inscription de la démarche dans un groupe de pairs grandement
encouragée ; le contact avec des chrétiens absolument nécessaire ; et le lien avec la paroisse,
l’unité, la zone ou la région pastorale indispensable. Il faut à tout prix éviter que nos pratiques
renforcent et accélèrent le mouvement de privatisation de la démarche de foi qui caractérise notre
société.
Un parcours qui s’inscrit dans la durée. Qu’il soit clair que l’initiation chrétienne connaît un
début et... une fin. Elle ne dure pas toute la vie et il n’est pas à propos de l’étirer indéfiniment.
Cependant, il ne faut pas croire que l’on fabrique un chrétien en quelques semaines, voire en
quelques mois. L’initiation chrétienne est un itinéraire spirituel et elle comporte une progression.
Si les temps ou périodes sont relativement bien délimités et circonscrites, chacune demandent du
temps et il n’y a pas d’initiation sans durée.
Un parcours rythmé par des rites et des célébrations liturgiques. On l’a vu plus haut, cet
itinéraire comporte des étapes qui permettent de franchir des seuils ou qui représentent des portes
que l’on passent. Ces étapes sont généralement manifestées par des célébrations liturgiques.
Suivant le cas, elles peuvent être réalisées en paroisse, en unité pastorale, en zone ou en région
pastorale, ou au niveau diocésain. Il faut veiller à un équilibre à cet égard. Il importe d’aménager
une étape à la cathédrale et ou à l’évêché, lieu fascinant et mystérieux pour plusieurs jeunes, de
façon à inscrire leur vie chrétienne dans un environnement plus large que celui de leur paroisse.
Enfin, il faut être soucieux de donner suffisamment d’ampleur et de decorum à ces diverses
célébrations.
En plus de ces célébrations qui délimitent des passages, d’autres rites et d’autres célébrations
pourront prendre place tout au long de ce parcours. On pense en particulier aux traditions du
Symbole et du Notre Père, un pèlerinage, une veillée d’armes et des célébrations qui marquent
l’inauguration et la clôture de l’initiation, etc. Il faut ici se faire inventif et faire preuve de
créativité pour que tout cela devienne parlant et fascinant (mystérieux) dans la culture présente et
suivant les âges.
Ce parcours doit aussi s’inscrire dans la vie liturgique de l’assemblée des chrétiens. Les
« catéchumènes » pourraient être invités à participer plus activement à l’un ou l’autre temps fort
de l’année liturgique : une célébration de carême ; la veillée pascale ; la veille nocturne du jeudi-
saint, etc.
Finalement, on devra soigner de manière particulière les célébrations au cours desquelles sont
conférés les sacrements de l’initiation chrétienne.
Une démarche qui fait une place importante à la catéchèse d’initiation. Comme le rappelle le
Directoire et comme le manifeste clairement le RICA, « La catéchèse [...] est un élément
fondamental de l’initiation chrétienne. » (no 66) Si la catéchèse en son entier ne peut pas être
absorbée dans l’inition chrétienne puisqu’elle la déborde (on connaît la catéchèse permanente de
la foi qui suit l’initiation), on ne saurait non plus situer la catéchèse d’initiation à l’extérieur de
l’initiation chrétienne. Puisque l’initiation a valeur de fondement, à cette étape, on doit donc se
soucier de proposer l’essentiel de l’Évangile, repris de manière systématique dans la confession
de foi de l’Église. La tradition du Symbole fournira donc l’architecture de la catéchèse conduite à
cette étape. Cette catéchèse, christocentrée, donnera tout l’essentiel de la foi chrétienne, mais
restera ouverte à l’étape qui suit l’initiation : l’éducation permanente dans la foi. Cette catéchèse
d’initiation « est plus qu’un enseignement : elle est un apprentissage de toute la vie chrétienne,
une ‘initiation chrétienne intégrale’ » (Directoire, no 67).
Une démarche qui fait appel au corps, au cœur et à l’esprit. Si l’initiation fait un place
importante à l’intelligence de la foi, elle ne néglige cependant pas les autres dimensions de la
personne et les autres éléments de la vie chrétienne. On ne saurait réduire l’initiation à un
enseignement, à la transmission de connaissances. Elle engage la décision de la personne, son
engagement comme disciple qui se manifeste dans la réponse de foi par une adhésion au Christ
qui s’exprime dans la prière, la vie liturgique et la vie éthique, bref par une pratique chrétienne
intégrale. Il faudra se garder de transposer dans la vie paroissiale la classe de catéchèse que l’on
trouvait à l’école. Le mot initiation est autrement plus riche que les termes instructions ou
enseignement. Il suggère une expérience qui permet d’entrer dans le mystère. Distinguée de
l’enseignement et de l’apprentissage, l’initiation se présente comme un mode original du
transmettre. L’accent est mis ici sur la transformation de la personne initiée qui, à travers le
processus initiatique qui s’apparente à une nouvelle naissance, acquiert un nouveau statut ou une
nouvelle identité (la personne porte un nouveau nom) et est agrégé comme membre d’un groupe.
L’initiation engage donc toute la personne : corps, cœur, esprit, intelligence.
Genèse 18,10
« Ta femme Sara va t'enfanter un fils »
Plus haut, j’ai évoqué quelques peurs qui nous empêchent aujourd’hui encore de faire le pas. J’ai
tu, à ce moment, une des peurs capitales qui nous paralysent : la peur pour nos Églises de voir
fondre leurs effectifs et, partant, de voir leur influence diminuer dans la société en raison de la
diminution de leur poids démographique relatif. Tout observateur aura compris qu’il s’agit d’une
vaine peur puisque, de toute manière, les effectifs ne cessent de fondre et que tout report d’un
vigoureux coup de barre en initiation chrétienne ne peut qu’entraîner la décroissance jusqu’à
l’épuisement. Nos Églises, à la croisée des chemins, peut donc choisir entre laisser la pression de
la coutume et le jeu de la démographie lui assurer un recrutement automatique ou se livrer à la
grâce de Dieu qui peut lui donner un enfant, l’enfant de la promesse, alors même qu’elle n’en
attend plus. Voilà, me semble-t-il, le moment présent de notre Église. Elle ne peut entrer dans une
nouvelle étape de son histoire sans lâcher prise et, de ce fait, abandonner un certain nombre de
sécurité et, à nouveau, compter radicalement sur Dieu. Il ne s’agit pas de jouer le grand coup ni de
jouer à quitte ou double. Il s’agit réellement d’une démarche de foi là même où nous sommes
tentés d’assurer notre avenir par nos propres moyens. Nous ne pouvons entreprendre les
conversions qui nous sont proposés – car il s’agit bien de conversions – sans confiance en Dieu
qui nous appelle, comme Église du Christ, à entrer résolument dans une autre étape de sa vie
quadricentenaire au Nord de l’Amérique. Nous aussi, suivant notre expérience propre, nous
sommes appelés aujourd’hui à « avancer au large » suivant l’invitation que nous fait Jean-Paul II
au début de ce troisième millénaire (Novo millenio ineunte, no 1). Nous ne pouvons espérer que
des gens de tous âges et de toute condition passent dans le Christ au moyen de l’initiation
chrétienne si notre Église n’est pas prête elle aussi à vivre sa pâque et à se livrer elle-même à la
grâce de Dieu. Il serait vain et ce serait faux pour les Églises catholiques du Québec d’inviter des
gens à devenir chrétien si elles n’étaient pas prêtes elles-mêmes à entrer dans l’aventure de foi qui
les est aujourd’hui proposé et qui prend la forme d’un consentement à engendrer à nouveau. Il ne
s’agit pas simplement de réaménager nos pratiques, d’élaborer d’autres manuels ou d’autres
guides pédagogiques, de former d’autres bénévoles. Il s’agit avant tout de vivre tout cela comme
réponse de foi aux défis de l’heure. Quant à moi, cela dépasse, et de loin, la réaction que nous
devons avoir à la déconfessionnalisation du système scolaire du Québec et à celle que commande
les déplacements relatifs à la place de la religion à l’école suite de la loi 118.
Conclusion : « Élargis l'espace de ta tente, les toiles de tes demeures » (Is)
Depuis plus de trois ans, vous m’avez fait confiance en m’invitant dans vos diocèses pour
réfléchir avec vous aux réaménagements pastoraux dans une perspective plus missionnaire. Ce
matin vous m’avez renouvelé cette confiance en me donnant l’exigeante responsabilité d’ouvrir
votre session de travail en mettant sur la table quelques réflexions que votre expérience, votre
réflexion, votre sagesse, votre audace pastorale et votre esprit de discernement viendront colorer,
enrichir, corriger et éventuellement contester. Laissez moi vous exprimer, pour conclure, ma
satisfaction de vous voir aborder avec sérénité cette question si importante pour l’avenir de nos
Églises. Nous ne pourrons redonner à notre action pastorale le caractère plus missionnaire que
vous souhaitez et dont vous voyez de plus en plus l’urgence si nous renonçons à toucher à
l’initiation chrétienne. Je ne peux, pour ma part entrevoir les réaménagements pastoraux ou une
reconversion missionnaire de nos Églises sans un renouveau de l’initiation chrétienne. C’est ainsi
que je n’aurais pas pu, l’auriez vous même souhaité encore plus explicitement, vous parler de
l’initiation sans, en même temps, traiter plus largement de la situation des nos Églises au Québec,
des défis qui sont les leurs et, en particulier, sans vous parler de l’évangélisation processus dans
lequel vient s’inscrire l’initiation chrétienne et de la catéchèse comme « élément fondamental de
l’initiation chrétienne » (Directoire, no 66). Interpréter la situation de l’initiation chrétienne au
Québec devient en quelque sorte réfléchir sur le passage important que doit réaliser notre Église :
passer de l’héritage à la proposition ou encore passer d’une pastorale d’encadrement à une
pastorale d’engendrement. C’est la mission confiée à notre Église. C’est sa grâce d’en être
l’agente en notre monde. Il ne s’agit donc pas simplement de coudre une pièce neuve sur un vieux
tissu, mais de changer de perspective ce qui engage un renouvellement en profondeur du
dispositif pastoral actuel conçu pour un état antérieur de la culture et de la situation du
christianisme dans la société.
Dans toute cette recherche que je poursuis depuis près de dix ans sur l’initiation chrétienne, j’ai
toujours été mu par une grande espérance, espérance, celle de voir se réaliser la promesse de Dieu
qui nous promet une descendance et qui veut, en son Fils, se donner une multitude de fils et de
fille.
Extrait de la revue Lumen Vitae,
décembre 2001, n°4, pp.441-448 et mars 2002, n°1, pp.85-102
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