Modele Karasek SL amy

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Modele Karasek SL amy Powered By Docstoc
					Séminaire : Pénibilité et Santé au Travail

Présentation du modèle demande/contrôle de Karasek –
Sébastien Lamy, Inserm U558

En réponse à la question : « l’organisation sociale du travail peut-elle causer de graves maladies
physique ? », Karasek propose un modèle théorique d’évaluation des contraintes psychosociales à partir de
deux dimensions : la demande psychologique et la latitude décisionnelle.
La demande psychologique englobe des aspects aussi bien quantitatifs que qualitatifs (la charge
psychologique du travail). La latitude décisionnelle (ou contrôle), Karasek la définit comme étant constituée
de deux concepts « skill discretion » et « decision authority » qui correspondent respectivement
à l’utilisation des compétences et l’autonomie dans la décision. Il s’agit pour la première, de la possibilité
d’utiliser et de développer ses compétences et ses qualifications. Pour la deuxième, cela correspond à la
liberté qu’a l’individu de choisir, en fonction de ses compétences qualifications, la solution qui lui semble la
meilleure.
La figure 1 représente le modèle et la catégorisation des emplois suivant les axes demande / contrôle.

                                                   Figure 1




Les deux diagonales A et B représentent respectivement l’évolution du risque de subir des contraintes
psychologiques (stress) qui aboutiraient à une expression physique (maladie liées au stress) et, le
développement de nouvelles compétences par combinaison de l’apprentissage et de la motivation
(processus d’adaptation).
La figure 2 représente une le même modèle sous une vision dynamique de la relation entre stress et
apprentissage.




 Karasek s’est basé sur les travaux de Yerkes et Selyes à propos l’existence d’un niveau de demande optimal
pour avoir une performance optimale ainsi qu’un niveau de stress optimal pour avoir un niveau de
contraintes psychologique minimale. Karasek considère que, jusqu’à un certain point, l’augmentation de la
demande, si elle est associée à une forte latitude décisionnelle, peut conduire à une réaction positive de
l’individu qui, via la combinaison apprentissage/motivation (cf. Robert White), va développer de nouvelles
compétences et s’adapter. Dans le cas contraire : si la latitude décisionnelle est trop faible pour permettre
l’apprentissage ou delà du seuil critique lié aux ressources dont dispose l’individu pour faire face à la
demande, la réaction de l’individu sera négative et la demande aura des conséquences délétère pour la
santé (situation d’excès de stress). A la fin des années 1980s, une troisième dimension a été introduite dans
le modèle de Karasek par Johnson et Hall. Il s'agit du soutien social au travail (soutien socio-émotionnel et
technique) de la part des collègues et des supérieurs hiérarchiques, qui interagit dans la relation entre
l’équilibre demande psychologique / latitude décisionnelle et la perception de cet équilibre (ou déséquilibre)
par l’individu : une situation combinant une demande psychologique élevée et une faible latitude
décisionnelle ("travail surchargé") est mieux supportée si la personne est soutenue par (ou peut compter
sur) son entourage professionnel. Le support social constitue une sorte de « tampon » dans cette relation.
Johnson utilise la terminologie « iso-strain » pour définir la situation d’accumulation du « job-strain » et de
« isolation » (l’isolement).[1]
Applications et limites du modèle en épidémiologie
En épidémiologie, le modèle s’applique par l’utilisation du Job Content Questionnaire (JCQ) [2]dont la large
utilisation a fait du questionnaire de Karasek le principal instrument d’évaluation des facteurs psychosociaux
au travail. De nombreuses études dans la littérature internationale témoignent de la validité prédictive du
modèle de Karasek (demande-contrôle et/ou demande-contrôle-support social) pour les maladies
cardiovasculaires [3-6], les pathologies mentales[7-11], la santé globale mesurée par des indicateur de type
santé perçue, qualité de vie, absentéisme pour raison de santé.[12, 13]


Les propriétés psychométriques du questionnaire JCQ ont été largement étudiées notamment pour les
versions : anglaise, hollandaise et japonaise [14-16]. La version française à été examinée au Québec sur un
échantillon de col blanc [17], puis sur la population active générale [18]. En France, le questionnaire à été
examiné dans la cohorte GAZEL d’employés d’EDF-GDF [19] et en population générale active dans la cohorte
SUMER [20]. Globalement, ces études montrent que les propriétés psychométriques sont satisfaisantes, de
plus, les études portant sur la relation entre les contraintes psychosociales au travail mesurées par le JCQ et
la santé présentent des résultats convergeant ce suggère un niveau satisfaisant de fiabilité. Enfin, la
cohérence du modèle avec certains mécanismes physiologiques du stress et du métabolisme à été mise en
évidence.[1]


Il faut toutefois remarquer que l’emploi du modèle de Karasek en épidémiologie pour l’étude de la relation
entre les facteurs psychosociaux et la santé au travail est sujet à certaines limites :
        Comme il a été déjà souligné lors de la préparation du séminaire II, le modèle de karasek est
         construit sur des concepts qui ont probablement évolué depuis les années 70s. De la même façon
         que la dimension psychologique a été intégrée dans le concept de « la demande » en complément
         de la charge physique du travail, le contrôle à aussi potentiellement évolué depuis la création du
         modèle.
        L’application du modèle en vue d’établir des prédictions et d‘identifier des professions à risque se
         heurte à des obstacles techniques relatifs à la définition des professions. En effet, suivant le pays, un
         même statut professionnel n’implique pas la même profession (et donc les mêmes risques). C’est le
         cas par exemple pour la profession d’infirmier qui, entre la France et l’Allemagne par exemple, n’ont
         ni les mêmes responsabilités, ni les mêmes fonctions.
        Le JCQ ne permet d’obtenir des informations que sur une fenêtre réduite au niveau de l’individu au
         travail : ce qui ce passe en dehors du travail n’est pas pris en compte. Or, il existe une discussion sur
         l’existence de signes d’interactions entre l’environnement familiale et l’environnement au travail.
         Chacun étant susceptible d’influencer la santé [21-23].
Et concernant la pénibilité ?
En reprenant ce qui a déjà été dit à propos de l’approche épidémiologique de la pénibilité qui inclurait toute
caractéristique à l’origine d’une dégradation de l’état de santé, le modèle de Karasek pourrait constituer un
outil pour l’identification de situation de travail pénible d’un point de vue psychologique et émotionnel. De
plus, au regard de ce que nous avons présenté précédemment il pourrait également être envisagé pour
l’évaluation de la qualité de vie au travail. Bien entendu, il ne faudrait pas occulter l’aspect physique de la
pénibilité au travail même si celle-ci semble déjà être communément admise (l’exclusion des professions de
marins-pêcheur et de mineur de la réforme actuelle des retraites en serait un exemple).


                                                   Références
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