Subventions : qu'importe la couleur de la boite

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Subventions : qu'importe la couleur de la boite Powered By Docstoc
					Confédération paysanne

       13 BONNES
       RAISONS,
       [PARMI TANT
       D'AUTRES] DE
       SE MEFIER DE
       L'OMC
                        13 bonnes raisons de se méfier de l'OMC
Parmi tant d'autres !




                        Sommaire :



                        Marché mondial ? Kézaco ? _______________________________________________ 3
                        Malgré l'OMC, les pays pauvres commercent de moins en moins__________________ 4
                        Développement des exportations et augmentation du niveau de vie ne font pas bon
                        ménage. ________________________________________________________________ 5
                          L'exemple édifiant du Mali _____________________________________________ 5
                          Ou la guerre prévisible en Côte d'Ivoire __________________________________ 6
                        Histoire en forme de parabole : le prix mondial : ça n'existe pas ! _________________ 9
                        Subventions : l'argent n'a pas de couleur ! __________________________________ 10
                        Les paysans et les Etats n'exportent pas, ce sont les multinationales qui s'en chargent !
                        ______________________________________________________________________ 11
                        L'augmentation du commerce mondial de produits agricoles est une supercherie ___ 14
                        Le droit international revisité par l'OMC ____________________________________ 15
                        Suivant l'adage " Aide-toi, le ciel t'aidera "….. _______________________________ 17
                        L'agriculture européenne ? Simple monnaie d'échange ! _______________________ 18
                        PAC et OMC : qui influence qui ? Retour sur les calendriers…. _________________ 19
                        OMC 2003 : les négociations sont lancées, et bien mal lancées ! _________________ 21
                        Grâce à l'OMC : les multinationales sont de plus en plus grosses et de moins en moins
                        nombreuses ____________________________________________________________ 22
                            L'amont ________________________________________________________________________ 22
                            La production____________________________________________________________________ 24

                          L'aval et la distribution _______________________________________________ 25
                        Interview de Pascal Lamy, Commissaire européen, publié par Campagnes solidaires de
                        février 2003. ___________________________________________________________ 26




                                                                                                                    -2-
                        13 bonnes raisons de se méfier de l'OMC




                        Marché mondial ? Kézaco ?
Parmi tant d'autres !




                        Le commerce mondial des produits agricoles représente la part des productions qui n'est pas
                        autoconsommée dans le pays qui les produit.
                        Le commerce mondial ne représente donc qu'une fraction très réduite du volume des échanges
                        de produits alimentaires qui se réalisent au niveau local (marchés de proximité), régional ou
                        national.

                        Il existe cependant des variations significatives d'un produit à l'autre. Pour certains, la part de la
                        production annuelle qui se retrouve sur le marché mondial est significative. C'est le cas en
                        particulier de cultures tropicales comme le café ou le cacao, où les exportations représentaient
                        respectivement 83 % et 75 % de la production mondiale en 2001. En revanche d'autres au
                        contraire sont très peu intégrées au marché mondial. Il s'agit en règle générale des produits
                        alimentaires de consommation courante, les produits "vivriers", comme les céréales (blé, riz, mil)
                        les viandes, le lait. Ils sont autoconsommés, soit par les producteurs eux-mêmes, soit vendus sur
                        les marchés locaux, et ne participent donc pas à ce que l'on entend par mondialisation du
                        commerce.



                                   café

                                  cacao

                                    blé

                                     lait

                                   maïs

                          viande poulet

                           viande bœuf

                                     riz                      marché mondial
                                                              consommation locale
                            viande porc

                                            0%    20%         40%        60%        80%        100%


                        Graphique 1 : Consommations locales et exportations


                        Les règles édictées par l'OMC refusent de faire une distinction entre ce qui est consommé ou auto
                        consommé localement et ce qui est exporté. Le marché mondial de la viande de porc ne
                        représente que 4 % de la production mondiale annuelle. C'est malheureusement le prix de ces
                        4 % qui va être imposé à l'ensemble de la planète.

                        En refusant d'admettre que les marchés mondiaux ne reflètent qu'une part infime des échanges
                        agricoles, l'OMC place l'ensemble des producteurs de la planète en concurrence les uns avec les


                                                                                                                                 -3-
                        13 bonnes raisons de se méfier de l'OMC




                        autres, quelque soient leurs niveaux de développement technologique. Le paysan qui a les coûts
Parmi tant d'autres !




                        de production les plus bas les imposent à l'ensemble de la planète. De plus, les aides massives
                        versées par les pays de l'OCDE pour soutenir leur agriculture permettent aux producteurs de ces
                        régions de vendre leurs céréales en dessous des coûts de production. Les petits paysans des
                        pays du sud se trouvent par conséquent confrontés à une concurrence impitoyable et déloyale.




                        Malgré l'OMC, les pays pauvres commercent de moins en moins

                        Les PMA (pays les moins avancés) sont désignés selon des critères précis de l'ONU. Environ
                        10 % de la population mondiale, soit 614 millions de personnes, habitent dans les 49 pays les
                        plus pauvres de la planète. Ces pays ont un revenu par habitant extrêmement faible, leurs
                                                            ressources humaines sont peu développées et leurs
                                                               économies sont très vulnérables. Ils ont un produit
                                                                 intérieur brut par habitant de moins de 1 400 $. Leur
                                                                   revenu annuel moyen est de 438 $ (en dollars de
                                                                   1995) - à peine plus d'un dollar par jour. L'écart
                                                                   entre les PMA et tous les autres pays se creuse
                                                                  pour des indicateurs clés comme l'espérance de vie,
                                                                  la mortalité infantile, l'inscription à l'école primaire et
                                                                  le taux de croissance économique. Leur part du
                                                                  commerce mondial diminue depuis 20 ans et
                                                                  représente maintenant moins de 0,5 %.

                                                                     La part des PMA (20 % de la population mondiale)
                        dans le commerce mondial global est passée de 4 % en 1960 à 1 % en 1990. Dans le même
                        temps ces pays, qui importaient 13 % du commerce mondial en importent maintenant 26 %. Ils
                        connaissent donc une marginalisation accrue et l'OMC, qui cherchait à augmenter leur niveau de
                        vie en les intégrant aux échanges mondiaux, se trouve une nouvelle fois en échec.
                        L'importance du commerce des marchandises dans le commerce mondial est en diminution au
                        détriment du commerce des services. Les pays en voie de développement, sauf de rares
                        exceptions telles que le Brésil qui a développé ses exportations de volailles, la Malaisie celles
                        d'huiles végétales, le Viêt-Nam celles du riz, n'ont pas été en mesure de profiter de
                        l'accroissement du commerce des produits agricoles de base. La perte de parts de marchés et
                        l'incapacité à s'intégrer à des circuits dynamiques sont particulièrement marquées pour ce qui
                                                                 1
                        concerne les pays de l'Afrique, les PMA .

                        Ainsi entre 1970 et 1997, leur part du commerce mondial en produits non facturés passe de 4,7 %
                        à 1,2 %. S'ils avaient été en mesure de maintenir leurs parts d'exportations (indépendamment des
                        variations de prix) leurs exportations leur auraient rapportées US $ 41.500 milliards, contre
                        seulement 22.000 sur la moyenne des années 1996-1997, ce qui représente une perte annuelle
                                                                2
                        de près de 20.000 milliards de dollars.

                        Les règles du commerce international qui existent, jouent clairement en défaveur des pays les
                        plus pauvres en les excluant de fait des marchés mondiaux




                                                                                                                                -4-
                          13 bonnes raisons de se méfier de l'OMC




                        Développement des exportations et augmentation du niveau de vie ne font
Parmi tant d'autres !




                        pas bon ménage.

                        L'OMC, la Banque mondiale et le Fond Monétaire International (FMI) ont une théorie simpliste à
                        laquelle ils s'accrochent comme un naufragé à une bouée : lorsque qu'un pays augmente ses
                        exportations, cela se traduit automatiquement par une amélioration des conditions de vie des
                        populations concernées.
                                                                                                  La plupart des pays
                                900                                                               pauvres ayant des
                                800                                                               économies              où
                                                                                                  l'agriculture joue un
                                700
                                                                                                  rôle important, ils les
                                     milliers tonnes




                                600
                                                                                                  ont incités, et souvent




                                                                                                                                                     000 ha
                                500                                                               même        obligés,    à
                                400                                                               augmenter fortement
                                300                                                               leurs                agro
                          Graphique 2 :évolution des surfaces plantées                            exportations.         Les
                                200
                          en café au Viêt-Nam                                                     produits qui ont été
                                100
                                                                                                  privilégiés ont été
                                   0                                                              ceux qui ne risquent
                                                                                                  pas- ou peu- la
                                                                 91

                                                                 92

                                                                 93

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                                                                 95

                                                                 96

                                                                 97

                                                                 98

                                                                 99

                                                                 00

                                                                 01
                                                              19

                                                              19

                                                              19

                                                              19

                                                              19

                                                              19

                                                              19

                                                              19

                                                              19

                                                              20

                                                              20


                                                                                                              concurrence
                                                                                                  impitoyable           des
                        grandes puissances du nord qui soutiennent les agriculteurs qui leur restent à coups de milliards
                        de subventions.
                        Le café, le cacao et le coton ont ainsi eu le malheur de bénéficier des conseils avisés de ces
                        développementistes internationaux. Ils travaillaient ainsi au Viêt-Nam (cf. graphique 2) pour
                        multiplier par 10 les superficies plantées en café sans se soucier le moins du monde de ce que
                        leurs collègues pouvaient faire au même moment au Kenya, en Colombie ou au Brésil. Le résultat
                        ne s'est pas fait attendre: l'augmentation des surfaces et des rendements n'a pas rencontré une
                        augmentation comparable de la demande sur les marchés internationaux et les cours du café se
                        sont effondrés.

                                                                                                                                               A l'heure de la mondialisation, cette
                                                Evolution des surfaces au Mali et des cours du
                                                                    coton                                                                      absence de curiosité et de vision
                                                                                                                           surface
                         600                                                                                          90                       globale de l'agriculture frôle le
                                                                                                                           Cours
                                                                                                                      80                       mauvais goût ou la supercherie.
                         500
                                                                                                                      70
                                                                                                                                               L'exemple édifiant du Mali
                         400                                                                                          60
                                                                                                                                               Suivant la philosophie néolibérale
                                                                                                                      50
                         300                                                                                                                   prônée par l'OMC, le Mali est
                                                                                                                      40
                                                                                                                                               finalement parvenu à se convaincre
                         200                                                                                          30
                                                                                                                                               qu'il était doté d'un avantage
                                                                                                                               cts US$/livre




                                                                                                                      20                       comparatif, au moins partiel, en ce
                         100
                                                                                                                      10                       qui concerne la culture du coton. Les
                                                                                                                                               théoriciens de l'OMC, de la Banque
                        000 ha




                                 0                                                                                    0
                                                       1994

                                                              1995

                                                                     1996

                                                                            1997

                                                                                   1998

                                                                                          1999

                                                                                                 2000

                                                                                                        2001

                                                                                                               2002




                                                                                                                                               Mondiale et du Fonds monétaire


                                                                                                                                                                                       -5-
                        13 bonnes raisons de se méfier de l'OMC




                        international ont donc prié ses gouvernements successifs et les principaux pourvoyeurs d'aide
Parmi tant d'autres !




                        (ministère de la Coopération française et Fond Européen pour le Développement) de mettre tout
                        en œuvre pour développer les exportations de coton. Leurs judicieux conseils ont été suivis au
                        pied de la lettre.
                        Entre 1994, date d'entrée en vigueur de l'accord de Marrakech et 1998, les surfaces semées en
                        coton ont été multipliées par 2, passant de 250.000 ha à 500.000 ha, le Mali devenant le
                        deuxième producteur africain derrière l'Egypte.
                        Malheureusement, dans le même temps, suite à une surproduction mondiale structurelle, les
                        cours internationaux du coton se sont littéralement effondrés, chutant de 79 cents/livre en 1997 à
                        45 cts/livre en 2002, soit une baisse de plus de 57%, en 6 ans. Cette chute des cours a été dans
                        une très grande partie répercutée sur les prix payés aux producteurs, entraînant -fait unique dans
                                                                                           les annales de la paysannerie
                                                                                           de l'Afrique de l'Ouest- une
                                          exportations maliennes de coton
                                                                                           grève du coton, les paysans
                               250                                                         maliens refusant purement et
                                                                                           simplement de semer en 2000
                               200                                                              3
                                                                                           (les surfaces étant divisées par
                           millions US $




                               150                                                         deux) avant d'obtenir des
                                                                                           assurances de la part du
                               100                                                         gouvernement          sur        le
                                                                                           relèvement du prix garanti en
                                 50
                                                                                           2002. Cette chute drastique des
                                  0                                                        cours a eu un impact au niveau
                                        1995    1996    1997    1998    1999    2000       individuel, en entraînant la ruine
                                                                                           de     très   nombreux      petits
                        paysans, incapables de rembourser leurs emprunts. Elle s'est également soldé par une déroute
                        collective puisque les exportations de coton sont passées de 200 millions de dollars à 128 millions
                        en 2000, avant de littéralement s'effondrer suite à la grève et atteindre le niveau plancher de 83
                        millions de dollars US l'année suivante, soit une différence de 117 millions de dollars. Dans le
                        même temps, l'aide publique au développement que reçoit le Mali a baissé de plus de 20 % !

                        Pour les paysans maliens, les recettes concoctées par la triade OMC, Banque Mondiale et FMI
                        sont un échec accablant. Elles ont réussi la gageure de les faire travailler littéralement deux fois
                        plus, pour gagner deux fois moins, et ce en moins de 5 ans !


                        Ou la guerre prévisible en Côte d'Ivoire
                        Les campagnes de la Côte d'Ivoire s'embrassent et un pays africain qui servait d'exemple tant
                        pour sa prospérité économique que par sa stabilité politique est au bord du gouffre et du chaos.
                        Les télévisions, les radios et la presse occidentale reviennent à loisir sur les tensions ethniques
                        sensées expliquer à elles seules les tueries et les massacres qui ensanglantent les villages de
                        brousse. Les allusions au génocide du Rwanda sont nombreuses. Le continent africain est
                        dépeint comme un territoire d'oppositions frontales entre tribus qui n'auraient pas atteint le degré
                        de civilisation suffisant pour bénéficier de la douce protection civilisatrice des Etats nations.
                        Les média se satisfont de se constat et se gardent de chercher des explications économiques qui
                        placeraient le français, buveur de café et coqueur de chocolat devant des produits bien noirs.



                                                                                                                                 -6-
                        13 bonnes raisons de se méfier de l'OMC




                        Comme au Mali, ou au Viêt-Nam, les recettes préconisées par la Banque Mondiale, le FMI et
Parmi tant d'autres !




                        l'Organisation Mondiale du Commerce se sont avérées être de véritables catastrophes et ce,
                        particulièrement pour le secteur agricole.


                                Exports - Qty (Mt)         exportations ivoiriennes de cacao
                                Exports - Val (1000$)




                                1200000                                                                     1600000
                                                                                                            1400000
                                1000000
                                                                                                            1200000
                                 800000
                                                                                                            1000000




                                                                                                                      000 us $
                                 600000                                                                     800000
                            t




                                                                                                            600000
                                 400000
                                                                                                            400000
                                 200000
                                                                                                            200000
                                       0                                                                    0
                                           1990 19911992 1993 19941995 1996 19971998 1999 20002001

                        La Côte d'Ivoire a longtemps été considérée par les instances multilatérales comme le bon élève
                        de la classe. Elle a développé une agriculture d'exportation dominée par le café et surtout le
                        cacao dont elle demeure le principal exportateur mondial. Le développement de ces deux cultures
                        de rentes s'est réalisé aux dépends de l'agriculture vivrière et la Côte d'Ivoire s'est trouvée dans
                                                                               l'obligation d'importer des quantités de plus
                                Importations de céréales par la Côte d'Ivoire  en plus importantes de céréales pour
                                                en 000 US $
                                                                               nourrir sa population urbaine ET rurale. En
                                                                               l'espace de 9 ans, la note de "restaurant"
                         500000
                                                                               est ainsi passée de 100 millions de dollars
                         450000
                         400000
                                                                               $ à plus de 450 millions de dollars. Juste
                         350000                                                pour se nourrir les ivoiriens doivent donc
                         300000                                                trouver      350    millions     de    dollars
                         250000                                                supplémentaires. Il convient de se rappeler
                         200000                                                que la dévaluation imposée à l'ensemble de
                         150000
                                                                               la Communauté financière de l'Afrique de
                         100000
                          50000
                                                                               l'Ouest, par Edouard Balladur, en 1994 a
                              0                                                fait doubler cette facture du jour au
                                  1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001      lendemain.

                        Malheureusement, dans le même temps le pays a vu une diminution drastique de ses entrées de
                        devises suite à un effondrement des cours du café et du cacao sur le marché mondial.




                                                                                                                                 -7-
                        13 bonnes raisons de se méfier de l'OMC
Parmi tant d'autres !




                                                                      Production et exportations ivoiriennes de café

                                                            400000

                                                            350000

                                                            300000
                                        000 t rt 000 US $

                                                            250000
                                                                                                                       Production (Mt)
                                                            200000                                                     export Qté (Mt)
                                                            150000                                                     exports Val (Mt)

                                                            100000

                                                             50000

                                                                 0
                                                                     1995


                                                                            1996


                                                                                   1997


                                                                                          1998


                                                                                                 1999


                                                                                                        2000


                                                                                                               2001
                        Une comparaison des années 1996 et 2001 est édifiante. En 1996, les exportations de café et de
                        cacao rapportaient 1,63 milliard de dollars à la Côte d'Ivoire. Ses importations de céréales lui
                                                            coûtaient 175 millions ce qui lui laissaient un solde de 1,45
                                             1996 2001 milliard de dollars. Cinq ans plus tard, les exportations ne
                        exportations café      230 230 ramènent plus que 947 millions de dollars, soit une baisse de
                        exportations cacao   1400 717
                                                            42 %, tandis qu'il faut maintenant qu'elle débourse 468
                        importations
                        céréales              -175 -468 millions de dollars pour faire bouillir la marmite
                                             1455 479 (augmentation de 250 % !). Le solde a été ramené à 479
                                                            milliards et la Côte d'Ivoire a perdu 1 milliard de dollars dans
                        l'opération.

                        Dans un pays où le PIB par habitant est évalué à 630 dollars par an et qui consacre 20 % de ses
                        revenus d'exportations à rembourser sa dette publique, cette perte brutale de richesse ne peut
                        avoir que des conséquences catastrophiques et ceci tout particulièrement dans les campagnes et
                        les zones de production de café et de cacao qui sont, comme par enchantement, celles qui sont
                        entrées en rébellion. Pendant ce temps, le gouvernement de la Côte d'Ivoire a continué à payer
                        ses dettes financières à la Banque mondiale et au FMI.
                        D'autres facteurs doivent être pris en compte pour expliquer cette guerre civile (pouvoir
                        despotique, tensions sur le foncier, histoire….) mais il serait fort surprenant que la chute des
                        cours des matières agricoles n'ait pas contribué au désastre.

                        La mise en concurrence des petits planteurs de cacao et de café par le système néolibéral ne se
                        limite pas à des courbes qui montent ou qui descendent. Derrière ces chiffres se trouvent des
                        enfants, des femmes et des hommes qui voient subitement leur vie basculer dans la misère
                        économique..

                        Entre les années 1950 et 1980, les principaux pays producteurs de café s'étaient organisés au
                        sein du Conseil International du Café (CIC) dont le siège se trouve à Londres. Le CIC fonctionnait
                        comme l'OPEP. Il régulait l'offre et la demande de café afin de garantir une stabilité des cours.
                        L'arrivée aux affaires de Ronald Reagan et de Margaret Thatcher au début des années 1980 a fait


                                                                                                                                          -8-
                        13 bonnes raisons de se méfier de l'OMC




                        voler cet accord en éclat. Les néo-libéraux ont imposé la loi de la jungle. Cette entente entre pays
Parmi tant d'autres !




                        producteurs a été démantelée non pas parce qu'elle ne donnait pas satisfaction mais parce
                        qu'idéologie libérale et intérêts des multinationales l'imposaient. L'exemple de la Côte d'Ivoire
                        montre qu'il est urgent de renverser cette tendance, de tourner le dos à l'OMC et de travailler à
                        l'échelon international dans un esprit de coopération et non plus de compétition.


                        Histoire en forme de parabole : le prix mondial : ça n'existe pas !

                        Le raisonnement qui se cache derrière le prix mondial des produits agricoles est aussi
                        stupide que si l'on créait un "marché mondial de l'enseignement", et que l'on fasse une
                        moyenne des salaires que perçoivent les instituteurs sur cette planète et que l'on dise :
                        L'instituteur mondial touche 90 € par mois, les instituteurs français sont payés 1200 €,
                        pour le même boulot. Versons leurs un salaire de 80 € mensuel, comme cela nos
                        instituteurs, ils deviendront plus compétitifs que la moyenne sur le marché mondial. Pour
                        pas qu'ils fassent exploser le pays en faisant la grève illimitée on leur ajoutera un
                        complément de 1000 €, que l'on appellera prime "d'enseignement territorialisée" ou PET.
                        S'ils se mettent à gueuler comme des putois, à descendre dans la rue, à faire la grève et
                        à raconter des conneries à nos futurs ouvriers, parce qu'ils ont perdu 110 € dans le
                        marchandage, on leur rajoutera un petit supplément de 20 €, si ils continuent on
                        poussera même jusqu'à 50 €. De toute façon, chaque année, on pourra rogner sur ce
                        PET, et comme ils deviendront de plus en plus vieux et de moins en moins combatifs, on
                        est sur de les avoir !
                        Cela laisse songeur mais c'est en gros ce qui est arrivé aux paysans de l'Union
                        européenne en 1992, pour les "préparer" à l'OMC, pour les aider à devenir compétitifs
                        sur le marché mondial. Depuis, chaque année, on leur rogne un bout de leur prime.
                        Chaque année ils sont obligés de se justifier, de convaincre, d'expliquer qu'ils ont un rôle
                        de jardinier, qu'ils créent des paysages, qu'ils mettent des pièges à nitrates d'un côté du
                        champ pour laver l'eau qu'ils polluent de l'autre côté du même champ.

                        Fière de sa trouvaille secrète du PET, la Commission européenne peut annoncer
                        fièrement à la face du monde, "nos instituteurs sont plus compétitifs que les votres,
                        regardez leur feuille de paie, juste 80 € par mois". Alors les gouvernements du Chili,
                        d'Iran, et d'ailleurs doivent baisser les salaires de leurs instituteurs à 80 € par mois,
                        parce que l'OMC a décrété qu'il ne devait y avoir qu'un seul salaire mondial d'instituteur !
                        Au début les instituteurs des pays du sud tentent bien de convaincre leurs
                        gouvernements respectifs que ce n'est pas possible que du jour au lendemain leurs
                        collègues du nord se soient retrouvés payés avec un lance-pierre, mais ceux-ci ne
                        veulent rien entendre.
                        Et puis peu à peu, ils sont bien obligés d'accepter le fait qu'il doit y avoir un truc et il
                        découvre le PET de la Commission européenne et alors là, ils se mettent en colère.
                        - Quoi ! Vous nous avez fait croire que vous payez 80 € vos instits, mais vous leur filez
                        un truc par derrière, une prime, une PET. Nous vous sommons d'arrêter vos manigances.
                        Et depuis 8 ans, l'Union européenne mène deux combats simultanés. Le premier
                        consiste à réduire la prime territorialisée qu'elle verse aux instituteurs, le second à
                        trouver des arguments complètements fallacieux pour convaincre les gouvernements du
                        sud à accepter cette foutue prime !


                                                                                                                               -9-
                        13 bonnes raisons de se méfier de l'OMC
Parmi tant d'autres !




                        Huit ans après la création de l'OMC, les méchantes subventions de la boite rouge ont
                        pratiquement disparues. Les technocrates de Bruxelles se sont amusés à les faire
                        passer dans les boites vertes et les boites bleues qui sont supposées n'avoir aucune
                        influence sur le commerce.


                        Subventions : l'argent n'a pas de couleur !

                        L'OMC a rangé les subventions agricoles dans des boites de quatre couleurs différentes,
                        rouge, orange, verte et bleue.

                        Les rouges sont les "pires". Elles consistent, horreur des horreurs, à payer le litre de lait
                        ou le kilo de blé au paysan à un prix lui permettant de payer ses fournisseurs (engrais,
                        fuel, semences, tracteurs), de rembourser ses emprunts et de garder un revenu pour
                        nourrir et habiller sa famille. Elles ont été impitoyablement pourchassées par les
                        technocrates de la Commission européenne et de l'OMC au motif que le prix qui était
                        payé était supérieur à celui totalement virtuel observé sur le marché de Chicago.
                        Aujourd'hui, il n'en existe pour ainsi dire plus dans l'Union européenne.

                        La Commission européenne et les gouvernements de l'Union se sont employés au cours
                        des huit dernières années, avec la complicité bienveillante des fonctionnaires de l'OMC
                        et de l'OCDE, à faire glisser ces subventions de la boite rouge vers les boites bleues et
                        vertes. Les montants globaux sont restés sensiblement les mêmes. L'exercice revenant
                        essentiellement à convaincre que les nouvelles subventions versées n'incitaient pas les
                        paysans européens à produire plus.

                        Précédemment les céréaliers percevaient un prix décent pour leur kilo de blé. Plus ils
                        produisaient de tonnes de blé et plus ils engrangeaient des subventions. Sur une surface
                        donnée, ils étaient donc incités à produire le plus possible, à faire des quintaux quelque
                        en soit le coût environnemental en utilisant sans compter des engrais azotés et des
                        produits phytosanitaires qui finissaient pour une part non négligeable dans les nappes
                        phréatiques. Ce prix était supérieur à celui observé sur les marchés mondiaux. Ainsi si
                        un paysan produisait 100 qtx, il percevait 20 % de plus que son voisin qui ne produisait
                        que 80 qtx.

                        A l'heure actuelle et depuis 1992, les subventions versées par l'Union européenne aux
                        céréaliers sont versées à l'hectare. Sur une exploitation de 100 ha, le paysan touchera le
                        même montant qu'il produise 8.000 qtx ou 10.000 qtx. Comme le prix qui lui est payé par
                        quintal ne couvre pas ses coûts de production, il n'a aucun intérêt à essayer d'augmenter
                        son rendement moyen à l'hectare en utilisant plus d'engrais et plus de produits
                        phytosanitaires. Ce type de subventions n'incite donc plus à la course au rendement et
                        leur impact sur les volumes produits est donc effectivement plus réduit. Elles n'en restent
                        pas moins très dangereuses pour le commerce international.

                        En effet, les subventions publiques, quelque soit leur couleur, arrivent en définitive dans
                        la poche du paysan européen, américain et japonais. Elles lui permettent de vivre en


                                                                                                                        - 10 -
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                        vendant leur blé ou leur lait bien en dessous des coûts de production réels (rémunération
Parmi tant d'autres !




                        du travail, location des terres, amortissements du matériel et achats des intrants). Elles
                        lui permettent donc d'être faussement compétitifs sur le marché mondial et de ruiner les
                        paysans du sud. En poussant cette logique jusqu'à son extrême, le paysan français
                        pourrait donner purement et simplement son blé à la collectivité et recevoir un salaire qui
                        lui assurerait l'équivalent du SMIC. Le prix du blé sur le marché mondial serait alors de 0
                        €, et les producteurs des pays du sud n'auraient plus aucune chance d'écouler le leur sur
                        leur marché local.

                        Avec un aplomb incroyable, la Commission européenne n'hésite d'ailleurs pas à déclarer
                        sur son site Internet "Un alignement des prix communautaires sur ceux du marché
                        mondial devrait donc permettre d’exporter sans subvention, et donc sans plafond
                        quantitatif (sic). Les produits communautaires pourront ainsi bénéficier des opportunités
                        d’un marché mondial dont le volume d’échange devrait, à moyen terme, s’accroître de
                        manière significative."4

                        La création des différentes boites n'est donc qu'une vaste supercherie. Elle permet aux
                        pays riches de continuer à déverser leurs surplus agricoles dans les pays pauvres et
                        d'exporter par la même occasion les problèmes économiques et sociaux qu'ils n'ont pas
                        le courage de régler chez eux.

                        Les pays du sud, qui jusqu' à présent avaient accepté sans broncher ce tour de passe-
                        passe, semblent enfin se réveiller. Pour la première fois, un groupe de pays, parmi
                        lesquels les Philippines, la Thaïlande et l'Argentine, propose d'interdire à un pays
                        d'exporter un produit agricole sur le marché mondial à un prix inférieur à son coût de réel.
                        Les Etats-Unis et l'Union européenne, principaux accusés ont, semble-t-il, décidé de
                        faire le dos rond en espérant que cette coalition ne prenne pas trop d'ampleur.


                        Les paysans et les Etats n'exportent pas, ce sont les multinationales qui
                        s'en chargent !

                        Qu'il soit céréalier dans l'Iowa, producteur de lait sur le plateau des Mille Vaches, ou planteur de
                        café en Colombie, le paysan n'exporte pas directement son produit. Il le vend à un intermédiaire,
                        dans la plupart des cas une multinationale. Le rapport de force n'est jamais en faveur des
                        paysans qui se trouvent obligés de céder leur produit au prix imposé par la multinationale. Cargill,
                        une société américaine, contrôle 40 % des exportations américaines de maïs, 35 % du soja, 20 %
                        du blé. Selon les Nations unies, trois firmes, Unilever, Lyons Tetley et Associated British Food,
                        contrôlent 85 % du marché mondial du thé.

                        Dans la même logique, les Etats non plus ne sont pas les acteurs directs du commerce
                        mondial de denrées agricoles. Dans nos régions riches, les famines et le prix du pain5
                        ayant cessé d'être une préoccupation, c'est la surproduction chronique qui est devenue
                        le problème central. Les états ont donc progressivement abandonné le contrôle des
                        approvisionnements alimentaires et de la gestion des stocks à des opérateurs privés.
                        Les grands courtiers de céréales d'origine européenne (Louis Dreyfus, Bunge) ou
                        américaine (Cargill, Archer Daniels Midland) émergent d'ailleurs pour la plupart à partir


                                                                                                                               - 11 -
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                        de la seconde moitié du XIX siècle 6 , lorsque le spectre des famines et des disettes
Parmi tant d'autres !




                        s'éloigne peu à peu7 . Même s'il existe encore des entreprises d'état ou para-publiques
                        dans les pays de l'OCDE, comme le Canada Wheat Board, qui a le monopole des
                        exportations de blé produit dans l'Ouest du Canada, elles ne sont maintenant plus que
                        des exceptions qui confirment la tendance générale.

                        Le terrain de jeu est donc libre pour les multinationales qui contrôlent
                        l'approvisionnement en alimentation de la planète. Les principaux acteurs sont Cargill,
                        Archer Daniels Midland (ADM), Conagra, Sara Lee, Louis Dreyfus. Ces entreprises, très
                        discrètes, sont peu connues du grand public. Leur culte du secret rend tout travail de
                        recherche excessivement difficile comme le raconte le Dr. William Heffernan, Professeur
                        de sociologie rurale à l'Université du Missouri :
                        "Nous avons commencé à rassembler des données [sur les quatre plus grandes
                        multinationales américaines] au milieu des années 1980, ces informations étaient
                        relativement faciles à obtenir dans des revues spécialisées, des rapports
                        gouvernementaux, ou les publications annuelles des transnationales. Des pressions ont
                        été exercées sur les journaux pour qu'ils ne publient pas certaines données, les agences
                        gouvernementales disent souvent que révéler la part de marché contrôlée par une firme
                        sur un marché aussi concentré revient à dévoiler des informations privées"8
                        Heffernan poursuit en racontant que lors d'un colloque sur la concentration du secteur de
                        la viande de bœuf aux USA, avec trois de ses collègues ils sont arrivés au fait que 4
                        compagnies contrôlent 75 % de la commercialisation de viande de bœuf. Bien qu'ils
                        classent ces entreprises dans le même ordre, ils obtenaient des différences de part de
                        marché de l'ordre de 6%, ce qui lui fait se poser des questions sur la validité d'une
                        démocratie qui est incapable, non pas de contrôler, mais tout simplement de connaître
                        précisément les activités d'acteurs économiques aussi puissants.

                        La guerre dite "de la banane" offre un exemple saisissant du pouvoir que ces
                        compagnies peuvent avoir sur les décideurs politiques. L'Europe, sous l'influence de la
                        France et de son passé de puissance coloniale, a pendant longtemps offert des
                        conditions privilégiées aux pays ACP (Afrique, Caraïbe et Pacifique). Une partie
                        importante de notre marché intérieur leur était réservé. Ils pouvaient y vendre 875.000
                        tonnes de bananes sans payer de droits de douanes. Ils obtenaient donc un prix
                        supérieur à celui observé sur le marché mondial. Cet avantage permettait à des petits et
                        moyens paysans de pouvoir écouler leur production alors qu'ils n'étaient pas compétitifs
                        comparés aux grandes multinationales installées en Amérique centrale. L'Europe en
                        acceptant de payer plus cher son approvisionnement, participait dans une certaine
                        mesure à la mise en place d'un commerce moins inéquitable et à un maintien de l'emploi
                        rural dans des pays du sud à faibles revenus. Cette contribution, prise en charge par le
                        consommateur européen, ne grevait pas le budget de la ménagère.




                                                                                                                    - 12 -
                        13 bonnes raisons de se méfier de l'OMC
Parmi tant d'autres !




                                 Comparaison de la production de bananes des
                                            USA et de l'Equateur
                                                                               Cet accord préférentiel, qui accordait
                                                                               un régime privilégié à certains états,
                                                                               entrait en contradiction avec l'OMC
                          7000                                                 qui stipule que toutes les nations
                                                                               doivent être traitées sur un pied
                          6000                                                 d'égalité (c'est le principe de la nation
                                                                               la plus favorisée). Cet accord fut
                          5000
                                                                               rapidement remis en cause par un
                          4000                                                 pays, les Etats-Unis, qui ne produit
                                                                               pour ainsi dire pas de bananes sur
                          3000                                                 son propre territoire et dont les
                                                                               intérêts économiques n'étaient pas
                          2000
                                                                               directement concernés. Quelle peut
                          1000                                                 être la raison de cet engagement
                                                                               américain ?
                             0
                                    Equateur         USA
                                                                             La réponse est simple. Le commerce
                                                                             de la banane est aux mains d'une
                                                                             poignée de multinationales, et en
                        particulier la Dole et Chiquita, sociétés à capitaux essentiellement américains. Elles ont
                        investi des milliards de dollars dans des plantations gigantesques en Amérique latine, à
                        tel point que le langage courant a adopté l'expression péjorative de "République
                        bananière". Le juteux marché européen, un des seuls solvables de la planète, leur étant
                        partiellement fermé, elles sont parvenues à réunir une coalition d'états (Guatemala,
                        Equateur, Mexique, USA) pour lancer leur offensive contre l'Europe et n'ont pas eu de
                        mal à convaincre le gouvernement américain de prendre la tête de cette croisade d'un
                        nouveau genre. Pour des raisons sur lesquelles nous reviendrons dans le chapitre
                        concernant la justice et l'OMC, elles devaient impérativement trouver un allié étatique qui
                        ait du poids sur la scène internationale.

                        La victoire de la Dole et de Chiquita a été totale. L'Europe se trouve maintenant
                        contrainte d'importer des bananes produites sur d'immenses plantations en Amérique
                        centrale. Le sort des ouvriers agricoles employés par ces multinationales reste peu
                        enviable et la plupart continue à être payé environ un dollar par jour.
                        Les petits producteurs des Antilles ou d'Afrique, qui sont dans l'incapacité de faire des
                        économies d'échelle, sont ruinés et viennent grossir les rangs de l'exode rural. Le
                        consommateur européen n'a pas observé de chute drastique du prix de la banane sur les
                        étalages des grandes surfaces. Seuls les actionnaires et les dirigeants de Dole et de
                        Chiquita ont perçu une nette amélioration de leurs dividendes ou de leurs salaires. Chez
                        Dole, les revenus nets par action, sont passés de US $ 0,74 en 2000 à US $ 1,41 en
                        2001, soit une augmentation de 90 % !

                        Cette lutte autour du marché européen de la banane montre à quel point les gouvernements des
                        pays du sud comme du nord, sont instrumentalisés -ou tout simplement achetés- par les
                        multinationales et comment elles parviennent à peser sur la politique étrangère d'une entité
                        économique aussi imposante que l'Europe de 15. Derrière toute plainte déposée à l'OMC par un


                                                                                                                           - 13 -
                        13 bonnes raisons de se méfier de l'OMC




                        état, se cache immanquablement les intérêts d'une firme planétaire et il devient de plus en plus
Parmi tant d'autres !




                        difficile de faire la part des choses entre ce qui concerne les intérêts privés de quelques uns et les
                        positions de gouvernements sensés représenter l'intérêt collectif. La corruption planétaire aurait-
                        elle atteint un point de non retour ?


                        L'augmentation du commerce mondial de produits agricoles est une
                        supercherie

                        Pour l'OMC l'équation est simple, voire simpliste : toute augmentation du commerce mondial de
                        produits agricoles se traduit par un enrichissement équivalent des producteurs, et donc un
                        accroissement de la richesse planétaire. Les pauvres semblent malheureusement trop bêtes pour
                        comprendre, et continuent à refuser l'évidence. L'OMC a donc décidé de prendre tous les moyens
                        pour les contraindre à participer à la fête.
                                                                                                                     9
                        L'accord sur l'agriculture, signé en 1994, impose aux pays d'importer l'équivalent de 4 % de leur
                        consommation de produits alimentaires. Prenons l'exemple de deux pays imaginaires, le
                        Loiristhan et le Jurakistan. Le Loiristhan produisait 100.000 tonnes de riz en 1994 ce qui lui
                        permettait de couvrir les besoins de sa population. Il n'importait pas de riz et n'en exportait pas
                        non plus. De son côté, le Jurakistan se trouvait dans une situation similaire. Il produisait 200.000
                        tonnes de riz mangé localement et n'intervenait pas non plus sur les marchés mondiaux. Le
                        commerce de mondial de riz généré par ces deux pays avant 1994 étant donc nul au grand
                        désespoir des multinationales agroalimentaires, des transporteurs maritimes, des compagnies
                                                    er
                        pétrolières. A partir du 1 janvier 1995, le Loiristhan dû importer 5 % de sa consommation
                        intérieure soit 5.000 tonnes de riz, pendant que de son côté le Jurakistan ouvrait ses frontières à
                        10.000 tonnes. Le commerce mondial induit par ceux pays atteint maintenant 15.000 tonnes, à la
                        grande satisfaction de l'OMC qui peut annoncer fièrement que les mesures prises ont permis
                        d'augmenter les échanges de riz et la richesse de la planète. Les multinationales, telle que Cargill
                        citée ci-dessus, furent les premières bénéficiaires de cette clause aberrante. Grâce à elle, elles
                        ont augmenté de manière incroyable les volumes qu'elles contrôlent et les bénéfices qu'elles en
                        tirent.
                        Il est bien évidemment impossible de comprendre comment cette mesure a pu être imposée si
                        l'on ne sait pas que M. Pearce, responsable de Cargill, s'était glissé dans la délégation
                        américaine chargée de négocier cet accord. Il fut nommé responsable du dossier agricole par le
                        gouvernement US de l'époque.

                        Pour les pays industrialisés, le minimum obligatoire s'élève à 3% de la consommation intérieure
                        en 1995, avec une augmentation graduelle jusqu'à concurrence de 5% en 2000. En ce qui
                        concerne les pays en développement, le taux de départ est de 1% mais doit atteindre 4% en 2004
                        (Annexe 5 de l'Accord agricole, §7, alinéa 1). Il est convenu que, pour les contingents
                        d'importations correspondant à ces seuils de la consommation intérieure, l'accès doit se faire à un
                        tarif réduit par rapport au tarif en vigueur. L'accord dit "au meilleur tarif".

                        Pour les produits dont la consommation intérieure est importante, cette mesure d'accès est loin
                        d'être sans signification.
                        Dans l'ensemble, les conséquences au niveau global de cette mesure concernent des quantités
                        très importantes pour les principaux produits échangés. On estime que des débouchés
                        supplémentaires considérables seront fournis (aux exportateurs capables de profiter de


                                                                                                                                 - 14 -
                        13 bonnes raisons de se méfier de l'OMC




                        l'opportunité), par exemple pour les céréales secondaires (1,8 millions de tonnes), le riz (1,1
Parmi tant d'autres !




                        millions de tonnes), le blé (0,8 millions de tonnes) ou les produits laitiers (0,73 millions de
                                10
                        tonnes) (Solagral, 1995).

                        Il va de soi qu'après avoir réussi à imposer aussi facilement 5 % d'importations obligatoires, les
                        multinationales n'entendent pas en rester là. Le prochain objectif sera de 10 % puis de 15 % et si
                        personne ne bouge, gageons que certains responsables de Cargill et de l'OMC doivent caresser
                        le projet fou mais pas forcement inatteignable d'obliger le Loiristhan et le Jurakistan à importer
                        100 % de leur consommation de riz.
                        Aussi incroyable que ceci puisse paraître, la proposition de texte de travail que l'OMC a rendu
                        publique le 18 décembre 2002 va exactement dans cette direction. Il y est dit qu'il existe à l'heure
                        actuelle un consensus autour de la nécessité de contraindre les pays à ouvrir leur marché
                        intérieur. La seule interrogation porte sur le pourcentage qu'il faudra concéder.

                        Si cette mesure venait à être imposée à Cancun au mois de septembre, la souveraineté
                        alimentaire, défendue bec et ongles par Via campesina, aura du plomb dans l'aile. Les
                        conséquences seront également bien réelles pour les paysans européens. A titre d'exemple,
                        l'Union européenne sera tenue d'importer plus de lait de vache, les cours erratiques sur le marché
                        mondial permettront aux industriels de pratiquer un chantage à la baisse comme ils le font
                        actuellement, prétextant que le prix de la poudre de lait diminue sur le marché mondial.




                        Le droit international revisité par l'OMC

                        Depuis l'œil pour œil, dent pour dent de la bible, force est de constater que les
                           fondements du droit n'ont que très peu évolué.
                                       Lorsque M. Martin volait la vache de Mme Durand, le juge faisait
                                              rechercher M. Martin, il le condamnait a de la prison, l'obligeait à
                                                    redonner une vache à Mme Martin, à lui payer des
                                                         dommages et intérêts pour le manque à gagner sur le
                                                              lait non vendu, et à acquitter une amende
                                                                destinée à couvrir, entre autres, le salaire du
                                                                 juge, du greffier et du procureur….

                                                                          L'OMC, fort peu soucieuse de convenances et des
                                                                          habitudes séculaires, ouvre tout à coup de
                                                                           nouvelles perspectives. Dans l'affaire du vol de la
                                                                            vache racontée ci-dessus, elle autorise Mme
                           Durand à choisir qui va lui rembourser sa vache et qui va la dédommager. Au lieu de s'en
                        prendre directement à Monsieur Martin, elle demande à l'OMC de condamner les 100 habitants
                        du village de celui-ci, sans oublier le fabricant de panier en osier qui n'était au courant de rien, et
                        ne demandait rien à personne. Comme Mme Durand est une blagueuse et qu'elle a l'esprit
                        particulièrement retors, elle demande au passage que M. Martin et ses amis éleveurs soient
                        dispensés de payer l'amende, cela permettra, selon elle, d'animer les réunions du conseil
                        municipal et de réveiller au passage de vieilles querelles assoupies.




                                                                                                                                  - 15 -
                        13 bonnes raisons de se méfier de l'OMC




                        Aussi incroyable que cela puisse paraître, c'est exactement l'attitude adoptée par l'OMC pour
Parmi tant d'autres !




                        régler les différends commerciaux qui surgissent entre des multinationales et non pas entre des
                        pays comme ils cherchent à nous le faire croire.

                        Pour reprendre l'exemple connu de la guerre de la banane, les Etats-Unis, qui doivent être
                        considérés dans cette affaire comme le pistolero de la Dole et de la Chiquita n'ont pas frappé des
                        entreprises européennes qui tirent profit du commerce international de ce fruit.
                        Une fois que le jugement de l'OMC en leur faveur a été connu, ils ont choisi de taxer à 100 %
                        toute une liste de produits, parmi lesquels les cosmétiques exportés par l'entreprise écossaise de
                                                                     11
                        Ian       Russel          "Arran Aromatics" tant que l'Union européenne continuerait à accorder
                                                      des avantages aux producteurs de bananes des pays africains et de
                                                         la zone caraïbe, en leur offrant un quota de 875.000 tonnes sans
                                                              droits de douanes. Cette méthode, que l'on pourrait qualifier
                                                                  d'aveugle, est particulièrement redoutable.
                                                                      Ian Russel est remonté comme une horloge. Il hurle à
                                                                          l'assassinat économique, les élus de l'île d'Arran,
                                                                               perdue aux larges des côtes écossaises,
                                                                                craignent subitement de perdre une centaine
                                                                                 d'emplois et montent à l'assaut du
                                                                                 gouvernement britannique et Tony Blair est
                                                                                 obligé de gâcher les réunions du Conseil
                                                                              européen à Bruxelles.

                                                                  Cette affaire souligne également le fait que les
                                     multinationales implantées dans les états pauvres doivent impérativement être
                        appuyées par un état puissant si elles veulent avoir une chance de gagner à l'OMC.

                        En effet, partons du principe que Clinton ait renvoyé les PDG de Chiquita et de Dole dans les
                        cordes, en leur disant que les Etats-Unis, avec une production de 12 milles tonnes de bananes
                        (soit à tout casser un quart de banane par an et par américain), n’ont que faire du marché
                        européen, que ce serait-il passé ?

                        L'Organisme de Règlement des Différends aurait donné raison à l'Equateur et aux quatre autres
                        pays de la coalition. L’équateur aurait également eu la possibilité d'augmenter les droits de
                        douanes de 100 % sur une kyrielle de produits européens afin de récupérer les $US 250 millions
                        de manque à gagner. Et c'est là que les choses coincent car ces pays pauvres n'importent
                        pratiquement que des produits de première nécessité (alimentation, médicaments, produits
                        chimiques, machines outils). En augmentant les droits de douanes de 100 % ils punissent en
                        premier lieu leurs consommateurs qui ont déjà bien du mal à boucler leurs fins de mois.

                        Les dirigeants de ces pays ne peuvent pas non plus surtaxer les produits de luxe (champagne,
                        Mercedes, parfums, haute couture) consommés par la minuscule classe dirigeante, car ils ne sont
                        pas cons au point de se fâcher avec leurs familles et leurs copains. Résultat des courses, il est
                        impératif que ce soit les Etats-Unis qui se chargent d'appliquer la punition.




                                                                                                                                - 16 -
                        13 bonnes raisons de se méfier de l'OMC




                        Suivant l'adage " Aide-toi, le ciel t'aidera "…..
Parmi tant d'autres !




                        Comment être certain qu'au dernier moment les hommes politiques et les hauts fonctionnaires qui
                        les accompagnent ne signent pas des textes calamiteux pour le développement du commerce
                        international, et donc pour les profits des multinationales et de leurs actionnaires ?

                                           La réponse est double: soit en prenant purement et simplement leur place lors
                                           des grandes négociations internationales (cette méthode est facile à
                                           démontrer), soit en promettant aux négociateurs des fonctions grassement
                                           rémunérées au sein des conseils d'administration des multinationales pour les
                                           remercier de leurs bons et loyaux services. Cette seconde technique peut être
                                           assimilée à un conflit d'intérêt, voire à de la corruption pure et simple. En effet,
                                           comment être certain qu'un fonctionnaire en poste, lorsqu'il signe un accord
                                           calamiteux pour les citoyens de son pays, n'est pas déjà en train d'œuvrer
                                           pour les intérêts privés qui l'embaucheront alors que l'encre des signatures
                                            sur l'accord n'est pas encore sèche?

                                             La première méthode peut être illustrée par l'exemple que nous donne Cargill.
                                             En 1973, M. Pearce, son PDG, se fait nommé par Nixon au poste de
                                             Représentant Spécial Adjoint aux Affaires commerciales. Sa mission: relancer
                                             le commerce agricole des Etats-Unis qui s'est trouvé fâcheusement secoué
                                   par la crise financière qui perturbe la planète à cette époque. Les nouveaux marchés
                        arrachés à la concurrence tombent bien évidemment dans les griffes de Cargill. Cette expérience
                        de partage de compétence a dû être hautement concluante. Vingt ans plus tard, Cargill, toujours
                        très préoccupé par le bien public, se sépare momentanément d'un de ses Directeurs, M. Daniel
                        Amstuzt pour lui permettre d'exercer la fonction de Représentant des Etats-Unis pour le
                        Commerce, au moment des négociations finales qui allaient déboucher sur la création de l'OMC,
                        et obliger, comme nous l'avons vu précédemment, les pays à importer de force 5 % de leur
                        alimentation. Mission accomplie, M. Amstutz retrouvera sa fonction et sa paie chez Cargill.

                        Les exemples suivants montrent les facettes de l'autre technique. Arthur Dunkel, Patron du GATT,
                        (l'ancêtre de l'OMC) de 1980 à 1993 s'en est allé tout naturellement rejoindre le Conseil
                        d'administration de Nestlé, la première multinationale de transformation de produits agricoles (4
                        milliards d'€ de profits en 2002). Son successeur à la tête du GATT, M. Peter Sutherland, a atterri
                        chez British Petroleum. Une question vient à l'esprit : ces hommes, ont-ils été impartiaux pendant
                        l'exercice de leur mandat au GATT ? Se sont-ils battus bec et ongles pour défendre les intérêts
                        des artisans, des petits paysans, des commerçants de quartier contre l'appétit insatiable des
                        multinationales ?

                        Chez Monsanto également on n'oublie pas les dévoués serviteurs : Michael Kantor, Secrétaire
                        d'Etat au commerce (équivalent de Ministre du Commerce aux Etats-unis) a pu rejoindre le
                        conseil d'administration de cette multinationale.

                        Les pratiques de pantouflages ne sont malheureusement pas l'apanage des américains. Selon un
                        article du Gardian qui n'a jamais été démenti, Mme Thatcher, ex-Premier Ministre du Royaume-
                        Uni a été embauchée par la multinationale Philipp Morris (Kraft Food, General Food) et a perçu
                                                     12
                        une rétribution de 550.000 £ pour ses services et ses conseils.


                                                                                                                                  - 17 -
                           13 bonnes raisons de se méfier de l'OMC
Parmi tant d'autres !




                          L'ancien Commissaire européen, chargé par l'Union européenne de défendre les intérêts
                          de ses concitoyens à l'OMC, le Vice-président de la Commission européenne qui
                          assurait, la main sur le cœur, qu'il n'y a pas d'autres voie économique possible que la
                          mondialisation, le très noble Lord Leon Brittan of Spennithorne13, a quitté ses fonctions
                          publiques en 1999 pour rejoindre l'année suivante le conseil d'administration d'Unilever
                          (50 milliards d'€ de chiffre d'affaires en 2001), avec le titre de Advisory Director (directeur
                          conseil). La courte biographie prend le soin de rappeler que l'homme aime les marches à
                          pied, l'opéra et le cricket et qu'il prend plaisir à retourner dès qu'il le peut dans le North
                          Yorkshire. Il aurait été plus utile d'indiquer le montant de sa rémunération annuelle.

                          Cette collusion entre les dirigeants politiques, l'OMC et les conseils d'administration des 15 plus
                          grandes multinationales de l'agro-alimentaire est édifiante. Au vu de cette liste, comment peut-on
                          penser un seul instant que ces hommes de pouvoir travaillent pour améliorer les conditions de vie
                          quotidienne de leurs concitoyens?.


                          L'agriculture européenne ? Simple monnaie d'échange !

                          Dans le cadre des négociations relancées à Doha, l'OMC oblige ses membres à arriver à un
                          accord global, ce qui signifie que tous les secteurs économiques sont dépendants les uns des
                          autres. Pour parvenir au lancement d'un nouveau cycle, il est nécessaire que les états se mettent
                          d'accord sur l'ensemble des dossiers. La question agricole ne peut être traitée de manière
                          indépendante des autres secteurs. En d'autres termes, les assurances européennes ne pourront
                          rien obtenir de juteux s'il y a un blocage sur la question des subventions aux exportations
                          agricoles.
                          Toutes les conditions d'un vaste marchandage planétaire sont en place où chaque partie prenante
                          va tenter d'obtenir le plus possible en faisant le moins de concessions possibles. Le Commissaire
                          européen au Commerce, Pascal Lamy, est donc tenu de procéder à des arbitrages entre les
                          différents secteurs économiques, étant bien compris qu'il ne sera pas possible de gagner sur tous
                          les tableaux à la fois. Il devra faire des concessions sur certains dossiers.



                                                              exportations     Que choisira-t-il de sacrifier ? Ou acceptera-t-il
                        1500                                de l'UE en Mds €   de lâcher du lest ? L'agriculture ou les
                                                                               télécommunications ? Le secteur laitier ou
                        1000
                                                                               l'industrie automobile ? Qu'est ce qui pèse le
                        500                                                    plus lourd dans la balance européenne, les
                                                                               1.300 milliards d'€ que représentent les
                          0                                                    exportations de biens et de services ou les 58
                               Industrie et   agriculture
                                 services                                      milliards des exportations agricoles ?

                                                                           Lorsqu'il faudra arbitrer entre les intérêts des
                          paysans et ceux des Vivendi, TF1, Nokia, Deutsch Telekom, Aérospatial, Carrefour, qui aura le
                          plus d'atouts dans sa manche ? Au passage, un indice, Daimler Chrysler, le fabricant allemand de
                          voitures, emploie plus de 460.000 employés (il reste 800.000 paysans en France) et génère un




                                                                                                                                    - 18 -
                        13 bonnes raisons de se méfier de l'OMC




                        chiffre d'affaire de 165 milliards € supérieur au Produit National Brut de la Pologne, des profits de
Parmi tant d'autres !




                        6,2 milliards € dix fois supérieurs au budget annuel du ministère français de l'environnement.

                        L'économie européenne a fortement développé son secteur tertiaire, les services, au cours des 25
                        dernières années. A l'heure actuelle, plus de 70 % des emplois européens sont dans les services
                        (de la coiffure à l'enseignement, en passant par les banques et les assurances). Suite aux
                        grandes délocalisations vers les pays du sud où la main d'œuvre est moins chère, les emplois
                        dans l'industrie ne représentent que 26 %. Les paysans et les pêcheurs se contentent des 4 %
                        restant. Dans certains pays comme le Royaume-Uni, ils représentent moins de 1 % de la
                        population active. Clairement, la paysannerie européenne n'existe plus en tant que force politique
                        susceptible de freiner les exigences des autres secteurs. Il serait fortement surprenant que les
                        Commissaires européens Fischer et Lamy interprètent ces données statistiques d'une manière
                        différente.


                        PAC et OMC : qui influence qui ? Retour sur les calendriers….

                        Il suffit de jeter un coup d'œil rapide sur le calendrier des différentes négociations pour
                        comprendre que c'est l'OMC qui a une influence sur la PAC et non l'inverse. En d'autres termes,
                        le pouvoir politique, déjà fortement dilué dans la construction européenne, ne se retrouve plus
                        qu'à dose homéopathique lorsque l'on arrive sur la scène internationale

                         Le GATT à Genève
                         fixe le cadre général de
                         négociations à savoir                           L'Union européenne se
                         une plus grande                                 débat pour adapter la PAC
                                                                         à la nouvelle philosophie
                         libéralisation
                                                                         et débouche sur la réforme
                                                                         de 92



                         L'OMC veut en 1998
                         amplifier la                                    L'Union européenne
                         libéralisation                                  anticipe en signant les
                                                                         accords de Berlin




                         2002, L'OMC veut
                         lancer un nouveau
                                                                         L'Union européenne s'y
                         cycle qui débuterait le
                                                                         prépare avec la révision de
                         1er janvier 2005
                                                                         la PAC à mi parcours




                        Les négociations du GATT qui allaient déboucher sur la création de l'OMC en 1995, se sont
                        ouvertes en 1986 à Punta del Este en Uruguay. Reagan et Thatcher imposaient au monde leur
                        vision ultra-libérale de l'économie. Les subventions agricoles étaient dans le collimateur. Les
                        gouvernements européens, facilement convaincus, mirent seulement six ans pour imposer une
                        nouvelle PAC qui soit acceptable dans l'enceinte de l'OMC. La première mouture vit le jour en
                        1992. Elle entérinait le principe d'un découplage des subventions publiques de la production et
                        permettait à l'Union européenne d'arriver à Marrakech en 1994 avec une position commune. La


                                                                                                                                - 19 -
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                        réforme de la PAC, qui va dans le sens d'une libéralisation des échanges, est intervenue avant la
Parmi tant d'autres !




                        réunion de l'OMC.

                        Pendant les cinq années suivantes, les pays membres de l'OMC vont s'efforcer d'appliquer
                        l'accord sur l'agriculture (les boites rouges, jaunes, vertes, bleues – la tarification, l'ouverture des
                        marchés….). Les gouvernements, satisfaits de voir que les opinions publiques, digèrent la
                        première dose de libéralisme sans trop tousser, décident en 1998 à Genève de passer à la
                        vitesse supérieure. Rendez-vous est pris pour l'année suivante à Seattle où l'OMC espère bien
                        faire encore baisser les protections agricoles et contraindre les pays à ouvrir plus encore leurs
                        marchés intérieurs aux importations.

                        Les ministres de l'agriculture de l'Union européenne se remettent au travail pour voir sur quoi ils
                        peuvent encore rogner sans risquer de se faire trop chahuter par les agriculteurs et en particulier
                        par les paysans français.

                        A Berlin, en mars 1999, ils se mettent d'accord sur l'Agenda 2000, qui instaure une baisse du prix
                        d'intervention des céréales et met en place un calendrier pour le démantèlement des quotas
                        laitiers. C'est ce texte que Lamy et Fischler sont chargés de défendre.

                        Une nouvelle fois, la PAC anticipe les desideratas de l'OMC et c'est le calendrier de l'Union qui se
                        plie à celui de l'Organisation mondiale. La Conférence de Doha arrive à point nommé pour effacer
                        l'impression calamiteuse laissée par celle de Seattle. Réunis au fin fond du désert, les ministres
                        du commerce de la planète parviennent à remettre le train de la libéralisation sur ses rails, en
                        adoptant in extremis un calendrier de travail précis et contraignant. Pour l'agriculture, il est décidé
                        que les pays devront faire leur proposition au plus tard, le 18 décembre 2002 afin de permettre
                        aux services de l'OMC de rédiger une proposition qui sera retravaillée à Genève du 25 au 31
                        mars 2003, avant d'être définitivement validée au Mexique en septembre 2003.

                        Les ministres européens se remettent au travail pendant toute l'année 2002 pour élaborer la
                        réforme de la PAC à mi-parcours. Le contexte cette fois est rendu particulièrement difficile par la
                        question de l'élargissement de l'Union européenne sur sa marge orientale. Au mois d'octobre
                        2002, les divergences entre les différents pays sont telles que tout laisse supposer que l'Union
                        européenne ne sera pas en mesure de remplir ses engagements. Les Etats-Unis qui ont rendu
                        publique leur propre proposition agricole dès le mois de juillet 2002 accuse l'Union de bloquer le
                        processus et de mettre en danger le lancement d'un nouveau cycle commercial international.
                        L'accord du 24 octobre entre Jacques Chirac et Gerhardt Schröder, (le 24 octobre, la veille du
                        Conseil européen) qui fixe le cadre des dépenses de la PAC jusqu'en 2013 et les conditions
                        d'entrée des PECO, permet de débloquer la situation.
                        Il reste alors moins de deux mois aux fonctionnaires européens pour peaufiner leurs propositions
                        à l'OMC. Il faudra finalement attendre le 16 décembre au soir, soit moins de 48 heures avant la
                        date buttoir, pour que celle-ci soit enfin rendue publique. Une nouvelle fois, les partenaires
                        sociaux n'ont pas été consultés et ne peuvent que se contenter de réagir sur un texte déjà ficelé.
                        Une nouvelle fois ce sont les engagements pris au sein de l'OMC qui marque le tempo des
                        négociations internes à l'Union européenne.

                        La première synthèse de l'ensemble des propositions, qui doit servir de base de travail à la
                        prochaine réunion de la Commission agricole de l'OMC en janvier 2003, est disponible comme


                                                                                                                                   - 20 -
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                        convenu dés le 18 décembre 2002, soit à peine une trentaine d'heures plus tard, sur le site
Parmi tant d'autres !




                        Internet de l'Organisation.

                        De deux choses l'une, soit le texte de l'OMC était déjà prêt, et la contribution de l'Union
                        européenne, premier importateur mondial de produits agricoles, n'a aucune importance, pas plus
                        que celle du Vanuatu ; soit les fonctionnaires de l'OMC de Genève sont dotés d'une formidable
                        capacité d'anticipation.

                        Ces trois exemples récents, réforme de 1992, accords de Berlin et Accord Chirac – Schröder,
                        montrent que la Politique agricole commune n'est plus un outil de cohésion sociale et économique
                        telle qu'elle avait été définie lors du traité de Rome en 1956, mais qu'elle est devenue l'instrument
                        privilégié de l'OMC et des multinationales pour imposer les politiques néolibérales sur le continent
                        européen.


                        OMC 2003 : les négociations sont lancées, et bien mal lancées !

                        Le calendrier de travail décidé lors de la conférence ministérielle à Doha au Qatar stipulait que les
                        pays devaient remettre au plus tard leurs propositions avant le 18 décembre 2002. Les services
                        de l'OMC se réservaient ainsi trois mois pour concocté un premier texte de synthèse devant servir
                        de base à l'ouverture officielle de la négociation sur le volet agricole qui se tiendra à Genève du
                        25 au 31 mars 2003.

                        Les Etats-Unis, pressés de trouver des alliés parmi les pays du groupe de Cairns, ont fait
                        connaître leur proposition dés le mois de juillet 2002. L'Union européenne, engluée dans ses
                        difficultés liées à la réforme de la PAC à mi-parcours et à son élargissement aux pays de l'Est,
                        semblait incapable de se positionner sur un texte commun. Bien des analystes estimant qu'elle ne
                        serait pas en capacité à respecter les délais, commençaient à lui faire porter la responsabilité d'un
                        échec potentiel au mois de mars.

                        La Commission européenne a pris tout le monde de court en publiant sa proposition le lundi 16
                        décembre, soit moins de 24 heures avant la date ultime, coupant l'herbe sous le pied de ses
                        détracteurs étrangers et s'épargnant un débat pourtant indispensable avec les syndicats agricoles.
                        L'OMC peut donc se mettre au travail.

                        Pour mémoire, l'accord sur l'agriculture signé en 1994, imposait une réduction de 36 % des droits
                        de douanes, une réduction drastique des aides de soutien par les prix, une diminution des
                        restitutions aux exportations, et une ouverture obligatoire des marchés intérieurs (5% pour les
                        pays développés et 4 % pour les PVD).

                        Le cru 2002 est une copie conforme de 1994.
                        Comme il y a 8 ans, la Commission européenne propose trois grandes mesures :

                            -   une nouvelle réduction moyenne de 36 % des droits de douanes sur les produits
                                agricoles entrant dans l'Union européenne, avec un minimum de 15 % par ligne tarifaire.
                                Cette mesure, aurait pour effet de rapprocher encore plus les prix européens des produits
                                agricoles de ceux observés sur le marché mondial et créerait les conditions d'une
                                concurrence effrénée entre tous les producteurs de la planète.

                                                                                                                                - 21 -
                        13 bonnes raisons de se méfier de l'OMC
Parmi tant d'autres !




                            -   un abaissement de 55 % des soutiens internes de la boite orange (toutes les aides qui
                                sont considérées comme incitant les paysans a augmenter les quantités qu'ils produisent).
                                Il s'agit donc de découpler les subventions de la production et de faire glisser une partie
                                conséquente du budget agricole de l'Union européenne vers des aspects de
                                développement rural (second pilier de la PAC) et de respect de l'environnement. C'est la
                                logique qui est renforcé dans le cadre de la réforme à mi-parcours.

                            Comme le reconnaît cyniquement la Commission européenne, les deux mesures ci-dessus
                            permettraient à l'Union européenne d'exporter sans limite sur les marchés extérieurs sans
                            avoir à recourir aux restitutions, qui sont violement attaquées par les gouvernements des
                            pays du sud, des Organisations humanitaires et de développement et la Via campesina. Ce
                            qui lui permet donc d'offrir hypocritement sa troisième proposition :

                            -   Une réduction de 45 % des restitutions aux exportations, avec une suppression totale
                                pour le secteur du blé, l'huile d'olive, l'oléagineux.

                        Au passage, la Commission européenne réaffirme ses préoccupations non agricoles à savoir, le
                        bien-être animal et le rôle que joue l'agriculture dans l'aménagement du territoire.




                        Grâce à l'OMC : les multinationales sont de plus en plus grosses et de
                        moins en moins nombreuses

                                                         Depuis, une vingtaine d'année, les multinationales de
                                                            l'agroalimentaire, ont joué une partie de Monopoly planétaire.
                                                              A force de rachat, de concentration, elles ont atteint des
                                                               tailles gigantesques qui leur permettent maintenant de
                                                                dicter leurs conditions aux paysans, aux pouvoirs
                                                                 politiques en place et d'investir les organisations
                                                                  internationales décisionnelles du type de celle de la
                                                                    Banque Mondiale, du Fond Monétaire International, et
                                                                     enfin de l'OMC afin d'adapter leurs discours et leurs
                                                                      réglementations à leurs besoin à court terme. Leur
                                                                       vision néo-libérale du commerce est devenu le
                        paradigme de la pensée économique, même si, dans le même temps, elles sont parvenues,
                        paradoxalement, à ne pas s'inscrire dans cette logique concurrentielle. Les ententes entre ces
                        groupes en position dominante sont légion mais très difficiles à prouver.

                        L'activité agricole est maintenant totalement encadrée par ces multinationales, de la fourche à la
                        fourchette.

                        L'amont
                        Depuis la création de l'UPOV en 1961, les multinationales de la pétrochimie se sont rapidement
                        diversifiées dans le secteur des semences agricoles. Selon un rapport du parlement britannique,
                        les restructurations et les fusions qu'a connues le marché mondial des semences et de
                        l'agrochimie ces dernières années, permettent aux cinq plus grandes transnationales du secteur -



                                                                                                                             - 22 -
                        13 bonnes raisons de se méfier de l'OMC




                        DuPont, Monsanto, AstraZeneca, Novartis et Aventis - de contrôler 60% du marché mondial des
Parmi tant d'autres !




                                                                                                                 14
                        pesticides, 25 % de celui des semences et pratiquement 100 % des semences transgéniques.

                        Ces cinq majors se sont rapidement engouffrés dans les biotechnologies en focalisant leurs
                        efforts de recherche sur le développement de plantes adaptées à leurs pesticides maison
                        essentiellement en ce qui concerne le maïs, le soja et le coton.
                        Quarante millions d'hectares ont été plantés dans le monde avec des OGM issus des laboratoires
                        de Monsanto qui s'enorgueillit de posséder 50 % des produits manipulés génétiquement
                                                                        15
                        homologués par l'administration américaine.        Près de 90 % des surfaces OGM ont été
                                                                                                          16
                        emblavées avec des semences Monsanto. Dans son rapport aux actionnaires , Monsanto
                        estime que le potentiel de croissance est considérable. Concernant la culture du coton, ses
                        services de prospectives estiment à 60 millions d'ha, les surfaces qui pourraient être mises en
                        cultures avec des OGM contre seulement 6 millions à l'heure actuelle. Pour le soja, la marge de
                        progression est moins importante puisque déjà près de 65 % du marché solvable est couvert.

                        Monsanto entend maintenant concentrer ses efforts sur le développement de variétés
                                                                               transgéniques de blé, marché global estimé à
                           "Vous voulez acheter des semences de maïs. Si
                                                                               120 millions d'hectares. Cette expansion passe
                         Cargill est le seul acheteur de maïs dans un rayon    par la mise en place de réglementations fixant
                            de 200 Km et si Cargill n'achète qu'une variété    explicitement des seuils acceptables de pollution
                        particulière de maïs conçue par Monsanto pour ses      des semences non-transgéniques afin de se
                            élévateurs, ses moulins et ses machines pour       prémunir contre des risques potentiels de
                        alimenter le bétail, alors si vous ne plantez ce maïs,         1718
                                                                               procès .
                         vous n'aurez pas de débouché pour vos produits.
                             Vous avez besoin de crédit pour acheter les
                                                                               D'autres transnationales n'entendent pas laisser
                          semences. Rendez vous à la Banque contrôlée à        Monsanto faire cavalier seul dans le domaine
                         100% par Cargill, mais faites bien attention de leur  des biotechnologies. Malgré les revers subis par
                          indiquer au passage qu'elle variété de semences      Aventis avec sa variété de maïs "Starlink",
                         vous voulez acheter. Vous pouvez également leur       d'autres compagnies procèdent à des rachats et
                            dire que vous utilisez les engrais Saskerferco,
                                                                               à des fusions. BASF a investit plus de 5 milliards
                        actionnaire Cargill. Bon une fois que votre grain est
                        récolté, cela ne vous enchante plus de le vendre au
                                                                               de francs pour développer des plantes
                            prix fixé par Cargill. Qu'à ce la ne tienne. Vous  transgéniques adaptées aux besoins exprimés
                         pouvez vous en servir pour élever vos cochons et      par les consommateurs (sic). La multinationale
                              les vendre aux meilleurs acheteurs. Pas de       DOW s'est emparée pour sa part de la branche
                           problème Cargill's Excell corporation est le seul   semences de Cargill.
                               acheteur de cochon dans la région"

                              Brian Halveil – World Watch Institute"     Cette stratégie leur a permis de renforcer leurs
                                                                         ventes d'herbicides et placent les paysans dans
                                                                         une dépendance quasi-totale. Le commerce
                        international se concentre dans les mains d'un nombre de plus en plus restreint de
                        transnationales. Les fusions, les rachats et les restructurations ont créé une dizaine de
                        conglomérats gigantesques qui ont investi tous les secteurs de l'économie agricole, de la
                        production de semences aux produits phytosanitaires, de la production de viande et de fruits et
                        légumes, à la transformation. Les huit premiers groupes mondiaux génèrent un chiffre d'affaires
                        consolidé de 1.200 milliards de francs en 1999. Les alliances formées par Cargill et Monsanto leur
                        permettent de contrôler l'ensemble de la production, de la fourche à la fourchette.




                                                                                                                                    - 23 -
                        13 bonnes raisons de se méfier de l'OMC




                                                  Concentration du                          Société
Parmi tant d'autres !




                                                      marché

                        Blé maïs et soja           Six compagnies             Cargill, Continental, Louis Dreyfus,
                                               représentaient 85 à 90%              Bunge et Born, Toepfer

                             Café                  Six compagnies                   Rothos, Cargill, J.Aron,
                                                représentaient 85 à 90%          Volkart, Socomex, ED&F Man

                             Sucre               Quatre compagnies                   ED&F Man, Sucden,
                                                 représentaient 60 %                 Phibro, Tate and Lyle

                            banane                  Trois sociétés              United Brand, Castle & Coock,
                                                 représentaient 80 %                      Del Monte

                            Cacao                   Trois sociétés                 Gill et Duffus, Berisford,
                                                  représentaient 80%                         Sucden

                              Thé                Trois sociétés 85 %               Unilever, Lyons-Tetley,
                                                                                   Associated British Food




                        La production
                                                                 Les cinq plus grandes transnationales alimentaires
                                                                       de la planète gèrent plus de 75 % du
                                                                        commerce mondial des céréales. De tels
                                                                        niveaux de concentration existent pour la
                                                                                                                    19
                                                                         plupart des produits agricoles de base . Aux
                                                                         Etats-Unis Cargill vient de racheter son
                                                                         principal concurrent America's Continental
                                                                          et contrôle maintenant 42 % des
                                                                          exportations américaines de maïs et 33 %
                                                                                                             20
                                                                           des exportations de soja.            Lorsque le
                                                                           secrétariat d'état à l'agriculture défend les
                                                                           intérêts américains, il devient de plus en
                                                                            plus difficile de savoir s'il s'exprime en tant
                               qu'homme politique soucieux du bien être d'une collectivité, ou bien en tant que super
                        cadre commercial d'une firme privée.

                        Le phénomène de concentration ne se limite pas aux marchés des céréales. Les productions de
                        viande blanche (volailles et porcs) font le jeu également d'une partie de Monopoly à l'échelle
                                                                                                       21
                        mondiale. Ainsi dans l'Etat de Caroline du Nord, la compagnie Smithfield, Inc possède plus de
                        695.000 truies dans ses élevages, réparties sur 1.400 sites autonomes de taille variable. Elle
                        engraisse et commercialise ainsi près de 13,8 millions de porcs chaque année pour une valeur
                        finale de 24.5 milliards de francs. Chaque jour ce sont plus de 39.000 porcelets qui voient le jour
                                                              22
                        dans ses usines concentrationnaires.

                        Les industriels européens, et en particulier français, placent également leurs pions sur l'échiquier.
                        Le breton Doux, premier exportateur de volailles européen, chiffre d'affaires de 9 milliards de
                                                                                                                        23
                        francs, vient d'acheter la firme brésilienne Frangosul qui contrôle 60% du marché brésilien ce

                                                                                                                                - 24 -
                        13 bonnes raisons de se méfier de l'OMC




                        qui permet au groupe ainsi constitué de se positionner sur les marchés asiatiques et moyen-
Parmi tant d'autres !




                        orientaux, en anticipant la baisse des restitutions européennes aux exportations de poulets, jugée
                                                                              24
                        inéluctable dans le cadre des accords de l'OMC . Les producteurs bretons, déjà fortement
                        secoués par les retombées de la faillite du groupe Bourgoin, seraient bien inspirés de réviser
                        rapidement leur stratégie.

                        Loin de se cantonner aux productions et aux pays du Nord, ce phénomène est particulièrement
                        rodé dans les pays du sud et en particulier en ce qui concerne les cultures d'exportations telles
                        que le café, le cacao ou le thé. Une étude publiée par la CNUCED en 1999 montre que 80% de la
                        production de thé est rachetée par Cargill.

                        L'aval et la distribution

                        Les cours historiquement très bas des produits agricoles tel que le café, le coton, le cacao, et en
                        constante diminution, fragilisent encore plus les économies des pays pauvres. Les paysans, pour
                        survivre, n'ont d'autre solution que d'augmenter leur production individuelle ce qui amplifie l'effet
                        négatif sur les prix. Le journal britannique ultra-libéral The Economist souligne qu'en 1950 la
                        valeur totale de l'agrobusiness s'élevait à $420 billions, et les agriculteurs conservaient un tiers de
                        la plus-value. D'ici à 2028, le marché pourrait atteindre $ 10.000 billions, les agriculteurs n'en
                                                    25
                        percevant plus que 10 %." . Ramené à un niveau individuel, alors que sur chaque dollar dépensé
                                                                                                                            26
                        pour acheter du pain en 1910 le fermier touchait 40 cents, il n'en perçoit aujourd'hui plus que 7 .

                        Ces évidences, que chacun d'entre nous perçoit instinctivement en faisant ses courses, ne
                        parviennent pas à ébranler la foi de l'Organisation Mondiale du Commerce dans un marché
                        mondial qui, selon elle, se résume à l'équation simpliste :

                        la baisse des prix mondiaux = baisse des prix de détail = augmentation de la production =
                        élévation niveau de vie des producteurs + augmentation du pouvoir d'achat des consommateurs.



                                                              Certaines agences des Nations Unies ne restent pas
                                           Chiffres d'affaires en
                                                              insensibles à ces deux tendances, la baisse des prix et
                                               US $ en 1999
                                                              le développement de transnationales en position de
                                           (branche alimentaire)
                                                              monopoles. Elles lancent un appel et souligne que cette
                              Nestlé           34.9           évolution doit être considérée comme "les premiers
                             Unilever          32.4           signes d'un dérèglement dans la redistribution des
                                                                                                                      27
                                                              bénéfices générés par le processus de globalisation."
                           Philipp Moris       27.8                        28
                                                              La CNUCED se pose la question de l'impact de cette
                              Cargill           21            concentration sur le commerce international. Elle
                             Pepsico           20.3
                                                              souligne que des signes de commerce inéquitable sont
                                                              apparents. Les hausses des matières premières
                             Diageo            19.5           agricoles sont toujours répercutées sur les prix au détail
                            Coca cola           19            tandis que les baisses ne le sont que très rarement. Elle
                                                              conclue qu'en présence d'une réduction des taxes à
                        l'importation prélevées par les états et d'une réduction des coûts logistiques, ce
                        phénomène ne peut être expliqué que par une augmentation des marges perçues par les
                        distributeurs En d'autres termes, les résultats bénéficiaires faramineux des géants de la

                                                                                                                                  - 25 -
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                        distribution et du commerce sont réalisés en premier lieu au détriment des producteurs, qui ne
Parmi tant d'autres !




                        reçoivent plus qu'une fraction de la valeur ajoutée des produits alimentaires qui sortent de leurs
                        champs.

                        Les regroupements sont tout aussi forts du côté de la fourchette que de la fourche.

                        Les profits générés par les dix plus importantes multinationales de l'agroalimentaire et de la
                        distribution atteignent des milliards de dollars, et sont pour leur part en constante augmentation.
                                                                                29
                        Le profit net – distribué aux actionnaires – de Nestlé est ainsi passé de 122 millions de francs
                                                                                                                        30
                        suisses en 1999 à 149 millions en 2000 soit une augmentation de 22 %. Pour sa part Unilever a
                        dégagé un profit net de 611 millions d'euros en 2000 (supérieur à 4 milliards de francs). De leur
                        côté les actionnaires de Nestlé ont engrangé des dividendes de l'ordre de 225 francs par action,
                        en augmentation de 27 % par rapport à l'année précédente. Ces chiffres sont à rapprocher de
                        ceux annoncés par le ministère de l'agriculture concernant l'excédent agroalimentaire de la
                        France qui ne s'élèverait qu'à 3,7 milliards de francs pour l'année 2000.

                        Mais pour aussi puissantes qu'elles soient, la plupart de ces transnationales doivent, lorsqu'elles
                        n'ont pas eu la sagesse de racheter des magasins, se plier aux exigences de la grande
                        distribution.
                        En effet, le marché de la grande distribution est en pleine restructuration. Les 10 principales
                        enseignes de distribution ont un chiffre d'affaire cumulé de 3.254 milliards de francs pour l'année
                        1999. Les deux premiers d'entre eux, WallMart et Carrefour, bénéficient d'une telle force
                        financière qu'ils sont en mesure de dicter leurs conditions à leurs fournisseurs. Leur chiffre
                        d'affaire consolidé est supérieur au budget de l'Etat français. En 1999 Carrefour a dégagé un
                                                                                                31
                        résultat bénéficiaire de 620 millions d'euros (3.96 milliards de francs) et le groupe annonce une
                                                                                                                32
                        augmentation de son chiffre d'affaire de 9,6% pour le premier trimestre de l'année 2001 .




                        Interview de Pascal Lamy, Commissaire européen, publié par Campagnes
                        solidaires de février 2003.

                        1.      quel est l'intérêt pour les petits et moyens producteurs européens de continuer
                                dans la voie de la libéralisation des échanges agricoles ?

                                L’intérêt pour les petits et moyens agriculteurs européens de continuer dans la voie de la
                                libéralisation est évident : elle ouvre des possibilités accrues d’accès aux marchés
                                mondiaux. L’agriculture européenne a de nombreux atouts : la qualité de ses produits,
                                unanimement reconnue, et leur diversité. Elle tire un grand parti de la variété de sa
                                géographie qui permet des productions locales uniques. C’est la raison pour laquelle la
                                Communauté est attachée au concept d’« indication géographique » qui permet d’affirmer
                                la valeur et la spécificité des produits européens. La reconnaissance de « l’indication
                                géographique » est un atout supplémentaire dans la conquête de nouveaux marchés.
                                Cette stratégie, couplée avec les propositions des réformes de la PAC, permet aux petits
                                et moyens agriculteurs d’accéder aux marchés mondiaux et d’y affirmer leur présence,
                                tout en bénéficiant du filet de sécurité qu’est la PAC.


                                                                                                                              - 26 -
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                             En effet, l’agriculture, ce n’est pas le charbon ! Son rôle va bien au-delà de la simple
Parmi tant d'autres !




                             production de produits agricoles. Dans ce domaine, l’Europe soutient fermement un
                             modèle d’agriculture européenne fondé sur la « multifonctionnalité » de l’agriculture. Cela
                             signifie que l’agriculture a bien sûr une fonction de production mais aussi, et de plus en
                             plus, une fonction sociale par l’aménagement du territoire, la garantie de sécurité
                             alimentaire ou la prise en compte de l’environnement. Dans l’enceinte des négociations
                             internationales, les considérations autres que celles d’ordre commercial représentent un
                             des piliers de la stratégie européenne. Grâce à ses efforts, le bien être animal,
                             l’environnement, la sécurité alimentaire feront partie des négociations. Le but est donc
                             d’étendre ces considérations à tous les membres de l’OMC.
                        2.   La délocalisation des productions de poulets et de porcs, vers des pays du sud où
                             les contraintes environnementales et sociales sont moins fortes que dans l'UE,
                             ne risque-t-elle pas encore de s'accentuer ?

                             Il est vrai qu’un accès accru aux marchés met aussi une pression sur le marché de la
                             Communauté.
                             S‘il est possible que la délocalisation de l’industrie avicole et des volailles se fasse vers
                             des pays où la main d’œuvre et la matière première sont moins chères, il est clair aussi
                             que la compétitivité n’est pas influencée seulement par des prix bas. Elle dépendra
                             surtout de la demande. Or, le marché communautaire est en croissance, et les
                             consommateurs demandent de plus en plus des produits sûrs et de qualité.
                             . Le succès des produits comme le poulet de Bresse et le poulet de Loué en est un parfait
                             exemple. Après la période productiviste, la PAC encourage désormais la qualité avant la
                             quantité.
                             A l’OMC, nous soutenons la légitimité des mesures ciblées sur la protection de
                             l’environnement, de la sécurité alimentaire, et du bien être animal, sujets qui préoccupent
                             fortement les citoyens européens. Nous travaillons pour étendre les règles que la
                             Communauté applique dans ces domaines à nos partenaires à l’OMC, et ce afin que le
                             producteur européen ne soit pas mis en position de désavantage.
                             3.le principal point de discorde entre les Etats-Unis et l'Union européenne porte sur
                             l'utilisation des organismes génétiquement modifiés en agriculture. La prochaine
                             conférence interministérielle ne va-t-elle pas contraindre les européens à adopter
                             ces technologies ?
                             Rien dans les 11 pages de la Déclaration Ministérielle qui fixe le programme des
                             négociations en cours, ne porte explicitement sur les OGM. A mon avis, il n’y a donc
                             aucune raison pour que la question des OGM soit traitée spécifiquement dans le cadre de
                             ces négociations.
                             L’UE considère cette question dans d’autres enceintes où les préoccupations sanitaires et
                             environnementales priment sur les questions commerciales. La Commission a fait
                             récemment des propositions concernant, d’une part, les denrées alimentaires et les
                             aliments pour animaux génétiquement modifiés et, d’autre part, l’étiquetage et la
                             traçabilité des OGM. En tant que Commissaire au commerce, je ne suis pas directement
                             en charge de ces dossiers. Ce sont mes collègues, David Byrne et Margot Walström, qui
                             en sont respectivement responsables.
                             Le débat avec les Etats-Unis concerne principalement l’utilisation des OGM dans
                             l’agriculture. Tout d’abord, il faut préciser que l’UE a déjà adopté cette technologie. En

                                                                                                                             - 27 -
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                             effet, plusieurs plantes génétiquement modifiées sont autorisées à la culture en Europe,
Parmi tant d'autres !




                             même si les surfaces cultivées sont encore modestes. Mais, les consommateurs restent
                             soucieux, notamment pour ce qui concerne les effets possibles à long terme +liés à
                             l’utilisation des OGM en agriculture. Il est vrai que ces effets ne sont pas faciles à prévoir.
                             C’est pourquoi, depuis 1998, aucune nouvelle autorisation n’a été accordée. Nous avons
                             préféré attendre la mise en place d’une nouvelle législation qui rendrait l’étiquetage des
                             OGM et leur traçabilité obligatoires. C’est cette décision qui n’a pas plue aux Etats-Unis.
                             La nouvelle directive réglementant la dissémination des OGM dans l’environnement est
                             entrée en application le 17 octobre dernier. La question de la reprise des autorisations
                             des OGM est donc à nouveau à l’ordre du jour. Cependant, cette question ne doit pas
                             être traitée dans le cadre d’un cycle de négociations à l’OMC. Des considérations ou des
                             pressions commerciales ne doivent pas entrer en ligne de compte dans les décisions
                             d’autorisation. Les autorisations doivent, en effet, être délivrées au cas par cas et sur la
                             base de l’évaluation de données scientifiques concernant les risques éventuels pour la
                             santé humaine, animale et pour l’environnement.
                             Une poursuite de l’UE devant l’OMC serait mal venue. Nous faisons notre possible pour
                             relancer le processus d’autorisation et il ne nous est pas possible de faire plus compte
                             tenu de la législation actuelle. A mon avis, une plainte des Américains à l’OMC ne ferait
                             qu’affecter les efforts que nous avons entrepris jusqu’à maintenant pour restaurer la
                             confiance des consommateurs. Il n’y a, par ailleurs, aucune certitude que la décision
                             finale sera favorable aux Etats-Unis. De plus, la confiance dans le rôle de l’OMC
                             risquerait, elle aussi, d’être fortement ébranlée.

                             4.      Quels sont les autres grands désaccords entre l'Europe et les Etats-
                                     Unis ?

                             Outre les OGM, les autres désaccords substantiels entre l’Union européenne et les
                             Etats-Unis concernent le bœuf aux hormones, les questions commerciales liées
                             aux produits laitiers et, bien évidemment, le problème de la banane qui, comme
                             vous le savez certainement, a été résolu. Cependant, il s’agit ici de questions qui
                             doivent être considérées différemment que la question des OGM. Dans ces cas-ci,
                             en effet, l’UE et les Etats-Unis considèrent tous les deux que l’agriculture est un
                             secteur qui nécessite un soutien. Les deux Parties ne s’accordent, cependant, pas
                             sur la manière la nature de ce soutien.

                             Tant l’UE que les Etats-Unis soutiennent leurs agriculteurs. Au cours des dernières
                             années, le soutien octroyé aux agriculteurs a, en effet, été similaire des deux côtés de
                             l’Atlantique. Suite aux changements conséquents survenus depuis 1992, la politique
                             agricole européenne produit aujourd’hui beaucoup moins de distorsions sur les marchés.
                             L’UE continuera donc à financer plus significativement la dimension multifonctionnelle de
                             l’agriculture, et plus particulièrement l’environnement, que les produits. Cette approche,
                             de plus en plus partagée au sein de l’OMC, a même été comprise par un groupe de pays
                             en voie de développement.
                             Sous de nombreux aspects, la politique agricole américaine produit plus de distorsions de
                             marché que celle de l’UE. En effet, la nouvelle Loi agricole (Farm Bill) des Etats-Unis lie
                             les paiements à la production et non aux producteurs. Cette approche crée, de par sa
                             nature, des distorsions importantes dans les relations commerciales et sur les marchés,


                                                                                                                               - 28 -
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                             ce qui sape les arguments libre-échangistes des Américains au sein de l’OMC et réduit la
Parmi tant d'autres !




                             pression en faveur d’une libéralisation accrue dans le reste du monde.

                             Les agriculteurs, désireux de maximiser les subsides fédéraux pour lesquels ils sont
                             éligibles, seront encouragés, avec cette nouvelle Loi agricole à produire de façon
                             excessive.
                             Suite à l’adoption, par les Etats-Unis, de cette nouvelle Loi, la Commission a, à l’occasion
                             de nombreuses réunions de travail aux niveaux administratif, politique et sectoriel avec
                             ses partenaires américains, insisté sur les dangers que présente cette législation pour le
                             commerce mondial . Dans le cadre de l’OMC, la Commission a également travaillé, en
                             coopération avec d’autres partenaires commerciaux, à mettre en garde contre les
                             dangers engendrés par la nouvelle Loi américaine, ?.
                             La question de la compatibilité de la Loi agricole américaine avec les obligations des
                             Etats-Unis vis-à-vis de l’OMC est suivie de près par l’Union européenne. Cela dépendra,
                             entre autres, de l’évolution des récoltes, des marchés pour l’exportation et des
                             fluctuations des taux de change. Il est, dès lors, beaucoup trop tôt pour se prononcer de
                             manière définitive.

                             5.    comment répondez-vous à l'accusation faite à l'OMC de servir les intérêts
                             des multinationales aux dépends des consommateurs et des producteurs ?
                             On attribue à l’OMC des rôles et des faits qui ne lui appartiennent pas.

                             La question est donc plutôt de savoir si les multinationales ont plus de poids que les
                             consommateurs ou les petits producteurs dans les positions des pays membres de l'OMC
                             qui font valoir leurs intérêts dans cette même enceinte.
                             La réponse n’est pas univoque : il y a autant de situations que de pays membres de
                             l’OMC et tout dépend, dans chaque société, du poids respectif de ces différents groupes
                             et de leur capacité à faire valoir leurs points de vue.
                             Ce qui est certain, c'est que la transparence de l'OMC, comme celle de beaucoup de ses
                             membres, s'est considérablement accrue ces dernières années. La pression continue
                             exercée par certaines ONG y est pour beaucoup. Dans de nombreux pays, la définition
                             des positions se fait, en effet, de manière plus ouverte qu'auparavant. Ence qui nous
                             concerne, la Commission a mis en place un système de consultation de la société civile
                             qui place les organisations de consommateurs, de défense de l'environnement ou de
                             petits producteurs au même rang que les grands acteurs sur la scène économique et
                             politique.
                        6.   comment répondez-vous à ceux qui estiment que l'Union Européenne se sert de
                             l'agriculture comme d'une monnaie d'échange pour vendre ses produits
                             technologiques aux pays en voie de développement ?

                             Franz Fischler et moi sommes d’accord sur ce point. Notre capital de négociation dans le
                             secteur de l’agriculture, qui, il faut le rappeler, est significatif, devrait être récompensé
                             dans le cadre des négociations agricoles. Nous portons, en effet, beaucoup d’intérêt à la
                             question de l’accès au marché de nos produits de haute qualité et désirons, par ailleurs,
                             que nos préoccupations concernant les considérations autres que d’ordre commercial
                             soient aussi prises en compte. L’agriculture ne sera pas « vendue » en échange de
                             concessions dans d’autres secteurs où les négociations sont en cours. Cependant, je
                             souhaite que nous arrivions à un résultat équilibré à la fin de ce cycle et je n’accepterai,

                                                                                                                             - 29 -
                            13 bonnes raisons de se méfier de l'OMC




                                  dès lors, pas un accord ambitieux sur l’agriculture sans être satisfait dans les autres
Parmi tant d'autres !




                                  domaines.
                             7. de l'amont à l'aval de la chaîne agro-alimentaire, des multinationales telles que
                                Cargill, Monsanto, Nestlé ou Wallmart ont atteint des tailles telles qu'elles
                                échappent aux lois de la concurrence sur certains marchés. C'est
                                particulièrement vrai pour les agrochimistes. Pensez-vous que l'OMC soit en
                                mesure de contrôler leur activité ?

                                  L’OMC n’est pas omni-potente et contrôler les multinationales n’est pas son
                                  objectif. L’OMC est d’abord un forum de négociation.

                                  C'est aux politiques de la concurrence, avant tout nationales, de contrôler l'activité de ces
                                  grands groupes.
                                  Sur cette question, les négociations dans le cadre de l’OMC peuvent avoir une influence
                                  par le biais des négociations qui vont être lancées après la prochaine Conférence
                                  ministérielle à Cancun, en septembre 2003, et qui porteront justement sur les questions
                                  de concurrence. Idéalement, elles devraient conduire à ce que tous les membres de
                                  l'OMC disposent d'une politique de la concurrence dotée d'un socle de règles minimales,
                                  et notamment la lutte contre les ententes au niveau international.
                                  8.      des multinationales, notamment américaines, ne pèsent-elles pas d'un
                                  poids trop lourd dans les négociations notamment par le fait que certains de leurs
                                  administrateurs ont participé directement à la rédaction des accords de Marrakech
                                  C’est aux Etats-Unis de décider s’ils veulent être représentés par des entreprises
                                  multinationales ou par des agriculteurs. De toute façon, il y a un seul siège pour les
                                  Américains à la table des négociations.



                        1
                           PMA : Groupe des Pays les Moins Avancés au nombre de 48 (essentiellement des pays d'Afrique Sub-saharienne et des
                        Caraïbes)
                        2
                           World commodity trends and prospects – Nations Unies – Assemblée Générale – 24 août 2000. Page 6.
                        3 Source FAO www.fao.org stat
                        4 http://europa.eu.int/comm/agriculture/markets/crops/index_fr.htm
                        5 Les très mauvaises récoltes de céréales des années 1787, 1788 et 1789 entraînèrent une hausse vertigineuse du

                        prix du pain, des émeutes et contribuèrent très largement à la chute de Louis XVI.
                        6 "Merchants of grain" de Dan Morgan Ed. Back print
                        7 La dernière famine ayant affecté l'Europe occidentale date du milieu des années 1840 en Irlande. On estime que près
                        d'un million de personnes a trouvé la mort suite aux attaques de phytophtora sur les cultures de pomme de terre et qu'un
                        autre million a trouvé un salut dans l'émigration vers les Etats-Unis et l'argentine. Il convient de rappeler qu'à cette époque
                        l'Irlande produisaient suffisamment de céréales pour nourrir sa population mais qu'elles continuèrent à être exportées,
                        sous protection militaire vers l'Angleterre. C'est suite à cette catastrophe que le Royaume-Uni a définitivement abrogé la
                        "Corn Law", votée en 1815 à la fin des guerres napoléoniennes, qui protégeait son marché intérieur des importations à
                        bas prix. Un des principaux arguments avancés ç l'époque fut celui de venir porter secours aux populations irlandaise.
                        Cette abrogation marque la fin de l'Angleterre des propriétaires terriens et l'avènement des industriels. De cette époque
                        date la croisade anglaise pour le libre commerce basée sur les travaux de Smith et de Ricardo.
                        8 "Consolidation in the food and agriculture system" W. Heffernan
                        9 Il existe une différence entre le traitement des pays développés et celui des pays en développement. Les pays riches
                        sont tenus d'importer 5 % de leur consommation intérieure. Le pourcentage n'étant que de 4 % pour les pays en voie de
                        développement.
                        10 Calcul effectué par Solagral en 1995
                        11 Article du Guardian du 29 juin 1999
                        12 Edition du Gardian du 3 février 2002
                        13 Cf. le site Internet d'Unilever

                        http://www.unilever.com/company/unilevertoday/companystructure/LordBrittanofSpennithorne.asp



                                                                                                                                                          - 30 -
                         13 bonnes raisons de se méfier de l'OMC




                        14
Parmi tant d'autres !




                           Commission parlementaire parlement britannique.
                        15
                           Rapport d'activité 2000 - Monsanto. Page 15.
                        16
                           Monsanto page 11
                        17
                           Monsanto - page 34 "Although we believe that such threshols are explicit in existing law, the establishment of explicit
                        thresholds would clearly render the adventitious presence of biotechnology acceptable if it is below the established
                        threshold amounts.
                        18Dans le même temps, Monsanto n'hésite pas à traîner en justice des paysans qu'elle accuse
                        d'avoir ressemé illégalement des plantes transgéniques. Un fermier canadien vient d'être
                        condamné à $ US 45.000 d'amendes.
                        19
                           RAFI (Rural Advancement Foundation International) wwww.rafi.org
                        20
                           The Economist "Survey on agriculture" online wwww.economist.com – Mars 2000.
                        21
                           Smithfield Inc. Trade street 200 – Smithfield, Va 23430 – USA – Tél (757)365-3000 – Président Monsieur Joseph W.
                        Lutter, III.
                        22
                           www.hogwatch.org / site d'organisation de surveillance de l'élevage industriel porcin basée aux Etats-Unis. Très
                        instructifs en particulier pour ce qui concernent la problématique de la gestion des lisiers.
                        23
                           Télégramme – 30 novembre 1999.
                        24
                           " depuis les accords internationaux de Marrakech en 1994, les aides à l'exportation ont chuté de plus d'un tiers. Difficile
                        dans ces conditions pour un poulet standard produit 4 F le kilo d'affronter une concurrence brésilienne qui le propose à
                        2,20 F sur les marchés internationaux. Très dur pour une région qui exporte 42 % de sa production" Ouest-France – 18
                        mars 2000.
                        25
                           The Economist – Survey on agriculture – 23 mars 2000.
                        26
                           Brian Halweil – Where have all the farmers have gone – World watch institute – Septembre / octobre 2000.
                        27
                           Agriculture in the early XXI century : Agrodiversity and Pluralism as a contribution to Address Issues on Food Sécurity,
                        Poverty and Natural Resource Conservation – Filemon Torres, Martin Piñeiro, Eduardo, Trigo and Roberto Martinez
                        Nogueira – Rome, Global Forum on Agricultural Research – July 2000.
                        28
                           Conférence des Nations Unies pour le Commerce et le Développement – Etude sur le commerce international – août
                        1999.
                        29
                           Communication officielle de l'entreprise. Site Internet www.nestle.com
                        30
                           Communication de l'entreprise. Site Internet www.unilever.com
                        31
                           La tribune – 24 février 2000.
                        32
                           Communication officielle de l'entreprise. Site Internet www.carrefour.com


                        0000




                                                                                                                                                         - 31 -

				
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