Beaudoin L 2004 03 16
Shared by: HC121001182020
-
Stats
- views:
- 0
- posted:
- 10/1/2012
- language:
- French
- pages:
- 4
Document Sample


Le Devoir, Montréal, Édition du mardi 16 mars 2004 – page A7 - Idées.
La Francophonie à l'avant-garde de la lutte pour la
culture
Marchandisation et diversité culturelle
Les États-Unis appliquent une stratégie évidente de multiplication
de négociations commerciales bilatérales pour contourner la
convention en préparation
Photo : Juan Carlos Ulate Reuter. “Plusieurs pays d’Amérique centrale viennent de signer, chacun
de leur côté, un accord commercial avec les États-Unis, leur permettant d’atteindre leur objectif de
libéralisation complète du secteur culturel.”
Louise Beaudoin Le bulletin des Coalitions pour la
Chercheuse associée au Centre Études diversité culturelle, publié en ligne
internationales et mondialisation depuis Montréal par le Secrétariat du
(CEIM) et professeure associée, comité de liaison internationale des
département d'histoire, Université du Coalitions pour la diversité culturelle,
Québec à Montréal daté du 5 décembre 2003, nous
http://www.ceim.uqam.ca/ apprend que les États-Unis appliquent,
pour «[...] atteindre leur objectif ultime
Louise Beaudoin, “La Francophonie à l'avant-garde de la lutte pour la culture …” 2
d'obtenir la libéralisation complète du
secteur culturel -- c'est-à-dire de traiter Presque 20 ans plus tard, en juin 2003,
les biens et services culturels sur le le sous-secrétaire d'État américain
même pied que le bois d’œuvre ou le responsable des organisations
secteur automobile --, une stratégie internationales, Kim R. Holmes, dans
évidente de multiplication de une lettre à Koïchiro Matsuura,
négociations commerciales directeur général de l'UNESCO,
bilatérales». Au total, il y a plus d'une écrivait à propos du projet d'une
vingtaine de négociations conclues, en éventuelle convention sur la diversité
cours ou annoncées. culturelle : «it seems to us both
unnecessary and unlikely to have any
Des accords de libre-échange sont déjà practical effect». Malgré cette mise en
conclus avec le Chili, Singapour, garde, la conférence générale s'est
l'Australie, le Salvador, le Guatemala, prononcée en faveur d'une résolution
le Honduras, le Nicaragua, le Costa invitant le directeur général de
Rica et avec un premier pays membre l'UNESCO à soumettre à la prochaine
de la Francophonie, le Maroc. Des réunion en 2005 «[...] un rapport
négociations sont en cours avec le préliminaire sur la situation devant
Botswana, le Lesotho, la Namibie, le faire l'objet d'une réglementation, ainsi
Swaziland et l'Afrique du Sud et que sur l'étendue possible de cette
d'autres sont annoncées avec, réglementation, accompagné d'un
notamment, les pays du Pacte andin. avant-projet de convention
Notons au passage que la vaste internationale sur la protection des
majorité de ces pays ne sont pas contenus culturels et des expressions
richissimes et en quête presque artistiques...».
désespérés d'investissements étrangers,
ayant un rapport de force inexistant Le représentant américain se rendant
quand il s'agit des États-Unis et de leur compte qu'une vaste majorité de pays
carnet de chèques. présents appuyait fermement cette
proposition ne s'est pas opposé à son
Stratégie américaine adoption, de sorte qu'elle fut adoptée
par consensus. Les Américains,
constatant leur échec, se sont-ils alors
Les États-Unis sont redevenus membre
ralliés à l'élaboration d'une convention
de l'UNESCO quelques mois avant
internationale ? S'agissait-il plutôt d'un
que ne s'ouvre la 32e session de la
recul tactique leur permettant de tenter
Conférence générale (29 septembre-17
de libéraliser la culture autrement, par
octobre 2003). Le gouvernement
d'autres méthodes et par d'autres
américain avait quitté l'UNESCO,
moyens ? Par exemple, en laissant
rappelons-le, au moment où celle-ci
l'UNESCO travailler de son côté
discutait d'un nouvel ordre mondial de
pendant qu'eux se prépareraient à
l'information et de la communication
rendre caduque cette convention avant
(NOMIC), en 1984, sous la présidence
même qu'elle n'ait vu le jour ? La
de Ronald Reagan, le NOMIC ne
question tombe sous le sens lorsque
faisant leur affaire ni sur le fond ni sur
l'on voit le gouvernement américain
la forme.
Louise Beaudoin, “La Francophonie à l'avant-garde de la lutte pour la culture …” 3
signer, semaine après semaine, des Que peut faire un organisme comme
accords de libre-échange bilatéraux l'Organisation internationale de la
incluant, notamment, le secteur de la Francophonie ? Il faut d'abord rappeler
culture. que la Francophonie a été à l'avant-
garde de ce combat en devenant la
L'approche privilégiée, en ce qui première organisation internationale à
concerne la culture, est celle du statu voter une résolution en faveur de la
quo, c'est-à-dire que les négociateurs diversité culturelle au Sommet de
américains acceptent, en général, le Moncton en 1999. Décision réitérée et
maintien des politiques culturelles bonifiée par une demande à
existantes, donc le maintien des l'UNESCO de se saisir du dossier lors
mesures déjà en place mais en les du Sommet de Beyrouth en 2002.
gelant à leur niveau actuel. Autrement
dit, les pays qui concluent des accords La Francophonie a aussi compris
de ce type avec les États-Unis qu'elle ne devait pas en faire une
renoncent à leur capacité d'améliorer question uniquement francophone,
ou de renforcer les systèmes de mais qu'il fallait lui donner une
promotion de leur culture. Les dimension universelle en s'associant à
Américains remettent donc d'autres aires linguistiques, plus
directement en cause le premier particulièrement hispanophone,
objectif d'un futur traité, c'est-à-dire le lusophone et arabophone.
droit des États de déterminer
librement, pour le présent et le futur, Concrètement, la Francophonie doit
leurs propres politiques culturelles. continuer à sensibiliser, à expliquer et
à convaincre le plus de pays possible.
Par conséquent, que se passera-t-il en Les pays membres de la Francophonie
2005 à l'UNESCO au moment où le d'abord, pour qu'ils n'oublient pas
directeur général présentera à la qu'ils ont tous signé de multiples
conférence générale le projet de procès-verbaux et voté de nombreuses
convention si une trentaine de pays ont résolutions dans lesquelles et par
signé des accords bilatéraux avec les lesquelles ils acceptent de ne pas
États-Unis ? Ces accords auront-ils libéraliser leur secteur culturel, que ce
préséance sur ce nouveau traité soit dans un cadre bilatéral, régional ou
multilatéral ? Quelle articulation, quel multilatéral. Ils doivent se souvenir
lien établir entre ces accords et la aussi qu'ils ont décidé de soutenir à
convention ? Le nouveau droit culturel l'UNESCO l'adoption d'un traité
primera-t-il le droit commercial juridiquement contraignant.
existant ? C'est à toutes ces questions
que l'on doit répondre rapidement, car Les autres pays ensuite, en leur
le temps presse. fournissant un argumentaire
implacable en faveur d'un tel traité.
Le rôle de la Ces arguments se résument ainsi:
Francophonie - les diverses cultures doivent
continuer à exister;
Louise Beaudoin, “La Francophonie à l'avant-garde de la lutte pour la culture …” 4
- les identités culturelles doivent être pionnière pour construire la diversité
respectées; culturelle dans la mondialisation».
- les échanges à ce chapitre doivent
être mieux équilibrés; Pour nous Québécois, l'issue de ce
- la domination d'une seule culture, combat est existentiel, comme pour
d'une seule langue sur toutes les beaucoup d'autres pays qui ont la
autres n'est pas une option valable; même conscience de leur précarité. Si
- les oeuvres culturelles des pays en nous voulons continuer à vivre en
développement doivent mieux français et à nous donner des
circuler sur leur propre territoire et politiques culturelles qui permettent à
hors de leurs frontières; notre littérature, à notre chanson, à
- la coexistence pacifique des notre télévision et à notre cinéma
différentes cultures doit devenir d'occuper, ici et ailleurs, un espace
une réalité et les marchés culturels réel, la convention sur la diversité
mieux partagés. culturelle doit non seulement voir le
jour, mais aussi être un outil juridique
La seule conclusion possible à cet ayant valeur normative universelle au-
argumentaire est que les États delà des accords commerciaux. Après
souhaitant soutenir financièrement avoir accepté le principe de la
leurs secteurs culturels doivent protection de la diversité culturelle,
impérativement disposer d'un droit comme le monde semble l'avoir fait à
absolu de le faire. l'UNESCO, l'enjeu réel et concret est
là.
La Francophonie s'est déjà beaucoup
investie dans ce dossier. Elle l'a fait Pour y arriver tous ensemble, milieu
parce que sa composition même l'y a culturel, universitaires, intellectuels,
amenée. Sa raison d'être, dès sa partis politiques et gouvernement
fondation au début des années 1970, a doivent donner l'exemple d'une
été de réunir autour du partage de la détermination sans faille. Sans cette
langue française des pays et des volonté, la nôtre et celle de tous nos
gouvernements venant de tous les alliés, il y a grand risque que les
continents, dont l'histoire, les cultures, Américains, rejetant le
les langues sont on ne peut plus multilatéralisme comme ils l'ont fait
diverses. La Francophonie a donc pour Kyoto et pour le Tribunal pénal
vocation, comme l'écrit le sociologue international, imposent unilatéralement
français Dominique Wolton, à «être leur vision uniquement marchande de
la mondialisation.
Related docs
Other docs by HC121001182020
conf2011 pc 37 faith and order committee 3 reaffirmation of baptismal vows 0812
Views: 5 | Downloads: 0
Get documents about "