Colloque de Moncton programme

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Colloque de Moncton programme Powered By Docstoc
					                La construction discursive du
       « locuteur francophone » en milieu minoritaire.
             Problématiques, méthodes et enjeux
                                  3 au 6 octobre 2012
                                 Université de Moncton

                                    PROGRAMME

                         Animateur du colloque : Matthieu LeBlanc

                              Le mercredi 3 octobre
                             Hôtel de Ville de Dieppe
                            333, avenue Acadie, Dieppe
17 h 30 Inscription et accueil

18 h     Mot du maire de Dieppe
         Yvon Lapierre

         Mot du vice-recteur à l’enseignement et à la recherche
         Neil Boucher

         Mot de la doyenne de la Faculté des études supérieures et de la recherche
         Lise Dubois

         Mot de la doyenne de la Faculté des arts et des sciences sociales
         Lisa Roy

                     Centre des arts et de la culture de Dieppe
                           331, avenue Acadie, Dieppe
18 h 30 Ouverture du colloque
        Annette Boudreau
        Centre de recherche en linguistique appliquée
        Université de Moncton

18 h 45 Conférence d’ouverture
        Présidente de séance : Stephana Olga Galatanu

         Jean-Marie Klinkenberg
         Université de Liège
         « Homo francophoniensis : réalité ou être de papier? »

20 h     Réception

                                             1
                                 Le jeudi 4 octobre
                         Local 136, Pavillon Léopold-Taillon
                                   Séance plénière
8h       Inscription (suite)


9h                                          Sylvie Dubois
                               Louisiana State University, Baton Rouge
                           L’homo francophonus existe-t-il en Louisiane ?

                                Présidente de séance : Myriam Richard

Local 136, Pavillon Léopold-Taillon                 Local 476, Pavillon Léopold-Taillon

            La construction du locuteur                 La construction discursive du
             francophone en discours I                      locuteur francophone
                                                              en milieu scolaire
                 Présidente de séance :                        Présidente de séance :
                   Annette Boudreau                              Marie-Ève Perrot
10 h     Ozouf Sénamin Amédégnato                   Jonathan Landry
         Université de Calgary                      Université de Moncton
         De la francophonie africaine comme         De la diversité à l’unicité : le cas du
         formation discursive.                      cours Parler acadien enseigné dans le
                                                    Grand Moncton.
10 h 30 Beau Brock                                  Martina Zimmerman
        Université de Toronto                       Université de Fribourg
        Images de la langue française au            « Francophones et francophiles,
        Canada.                                     bienvenue chez nous! » : les espaces
                                                    associatifs estudiantins comme lieux de
                                                    reproduction et de négociation culturelle
                                                    et langagière identitaire.
11 h     Pause café

11 h 30 Alfonso Del Percio                          Catherine Levasseur
        Universités Saint-Gall et de Fribourg       Université de Montréal
        Chocolat Suisse à la « française » :        « Moi j’suis pas francophone! » : les
        instrumentalisation économique              élèves de francisation au carrefour des
        d’un capital local.                         constructions discursives du
                                                    francophone à Vancouver.




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                        Local 136, Pavillon Léopold-Taillon
                                  Séance plénière
12 h                                   Stefana Olga Galatanu
                                        Université de Nantes
                 La construction discursive d’identités francophones individuelles
                                    et collectives en Roumanie.

                             Présidente de séance : Annette Boudreau
12 h 30 Dîner
        Salle Richelieu, Cafétéria Le Mascaret

Local 136, Pavillon Léopold-Taillon             Local 476, Pavillon Léopold-Taillon

            La construction du locuteur             Les migrants, des francophones ?
            francophone en discours II

                  Présidente de séance :                    Président de séance :
                     Claudine Moïse                          Chedly Belkhodja
14 h      Kelle L. Keating                      Mi-Cha Flubacher
          Pepperdine University                 Université de Berne
          « Mon français est aussi bon que      « La langue » comme clé pour
          le vôtre! » : Discours des artistes   l’intégration : l’effacement discursif du
          minoritaires sur la construction      plurilinguisme suisse dans les débats
          d’une identité francophone dans       politiques.
          divers espaces sociaux.
14 h 30   Alexei Prikhodkine                    Ghizlane Laghzaoui
          Université de Lausanne                University of Fraser Valley
          Francophonie « forte » et             La francophonie en CB : avec qui et pour
          « faible » : quel rapport entre       qui ? Représentations sociales, discours et
          pratiques langagières légitimes et    parcours identitaires chez les enseignants
          ethnicité ?                           immigrants francophones.
15 h      Pause café
15 h 30   Fanny Martin et Gilles Forlot      Marie-Laure Tending
          Université de Picardie-Jules VernesUniversités de Tours et de Moncton
          Hétérogénéité linguistique et poidsPortraits de migrants : figures
          des idéologies sur les pratiques   francophones ? De quelques histoires de
          linguistiques en Picardie.         langues de migrants originaires d’Afrique
                                             noire et de leurs constructions identitaires
                                             en francophonies plurielles et
                                             diversitaires.
16 h      Lila Medjahed                      Abdelhadi Bellachhab
          Université de Mostaganem           Université Charles de Gaulle/Lille3
          La construction discursive du      La francophonie en mobilité ou comment
          locuteur issu de la diaspora       s’identifient les immigrés marocains en
          algérienne dans le roman « beur ». France ?


                                                3
                         Local 136, Pavillon Léopold-Taillon
                                   Séance plénière


16 h30                                      Alexandre Duchêne
                        Institut de plurilinguisme, Université/HEP de Fribourg
                Quand légitimité rime avec productivité : l’exploitation des locuteurs
                              minoritaires dans l’économie néolibérale.

                                Présidente de séance : Isabelle Violette

                                 Repas au homard
                         Restaurant Daiquiri’s à Bouctouche

18 h     Départ de l’autobus - Stationnement du Pavillon Léopold-Taillon
21 h     Départ pour Moncton




                                Le vendredi 5 octobre
                         Local 136, Pavillon Léopold-Taillon
                                   Séance plénière

9h                                         Salikoko Mufwene
                                         University of Chicago
                 Évolution différentielle du français : une interprétation écologique.

                                  Présidente de séance : Sylvie Dubois

  Local 136, Édifice Léopold-Taillon               Local 155, Pavillon Léopold-Taillon

      La construction du locuteur                            Être francophone ?
francophone dans les anciennes colonies
                                                               Président de séance :
   Président de séance : Mourad Ali-Khodja                 Ozouf Sénamin Amédégnato
10 h     Vincent Bouchard                          Ana-Maria Cozma
         Université de Louisiane à Lafayette       Université de Nantes et de Turku
         Les liens entre la Louisiane et le        « Je suis francophone » : une prise en
         Canada francophone : entre survie         charge identitaire ?
         et construction identitaire.




                                               4
10 h 30 Virginie Marie                              Claudine Moïse
        Université de Nantes                        Université Grenoble 3
        L’expérience coloniale néo-                 Etre « francophone » en Ontario français.
        calédonienne : le français comme            Vingt ans de production de sens.
        lingua franca.
11 h    Pause café

11 h 30 Jean Chrysostome Nkejabahizi                Judith Patouma
        Université nationale du Rwanda              Université Saint-Anne
        Langue et identité culturelle au            Une nouvelle perspective du « locuteur
        Rwanda dans le contexte de la               francophone » en milieu minoritaire :
        mondialisation : enjeux et                  positionnement identitaire et discursif.
        problématiques.

12 h     Khouane Zahir                              Wim Remysen
         Université Yahia Fares de Médéa            Université de Sherbrooke et
         La problématique de la                     Geneviève Bernard-Barbeau
         francophonie en Algérie.                   CIRAL-Université Laval
                                                    Le locuteur francophone en situation de
                                                    majorité fragile : réflexion sur les
                                                    concepts de « majorité » et
                                                    de « minorité » à partir de discours sur le
                                                    français à Montréal.
12 h 30 Dîner
        Salle Richelieu, Cafétéria Le Mascaret



  Local 136, Édifice Léopold-Taillon                Local 155, Pavillon Léopold-Taillon

 Le locuteur francophone et la question                 La construction discursive du
              des frontières                         locuteur francophone en littérature

    Présidente de séance : Laurence Arrighi              Président de séance : Jean Morency
14 h      Cristina Petras                           Aminata Aidara
          Université Alexandru Ioan Cuza Iasi       Université Cheikh Anta Diop de Dakar
          Acadien, français acadien,                Appréhender le transculturel ou
          parler(s) acadien(s), variétés            l’esthétique de l’hétérogène dans le
          acadiennes, variétés du français          roman québécois contemporain.
          acadien... réalité linguistique,
          nécessité scientifique ou idéologie
          linguistique ?

14 h 30 Marie-Ève Perrot                            Wafa Bedjaoui
        Université d’Orléans                        Université d’Alger
        Discours médiatique et contacts de          La littérature beur(e) : le français au
        langues : Acadieman en question.            service de l’identité maghrébine.


                                                5
15 h    Samuel Vernet                         Yaya Coly
        Université Grenoble 3                 Université Cheikh Anta Diop de Dakar
        Rapport à la norme dans les           Approche sociolinguistique des discours
        discours métalinguistiques            romanesques francophones de la
        spontanés de francophones sur         périphérie en situation d’insécurité
        Internet.                             linguistique.
15 h 30 Pause café



                     Local 136, Pavillon Léopold-Taillon
                               Séance plénière


16 h                                      Cécile Canut
                                   Université Paris-Descartes
                       Besoin de langue : un assujettissement ordinaire ?

                             Présidente de séance : Annette Boudreau

19 h                          Soirée de poésie et de musique

                                 Centre culturel Aberdeen
                                140, rue Botsford, Moncton




                                          6
                                Le samedi 6 octobre
                             Hôtel de Ville de Moncton
                              655, rue Main, Moncton


8 h 30    Café et accueil
9h        France Martineau
          Université d’Ottawa

          L’Acadie et le Québec. Convergences et divergences.

          Présidente de séance : Isabelle LeBlanc
10 h      Pause café

10 h 30   Table ronde
          « Que veut dire être francophone à Moncton ? » : Isabelle LeBlanc, Matthieu
          LeBlanc, Hubert Noël et Isabelle Violette

          Animation de la table ronde : Emilie Urbain
11 h 30   Monica Heller
          University of Toronto-OISE
          Synthèse
          Président de séance : Hubert Noël

12 h 30   Dîner


14 h                            Symposium d’art/nature
                  Parc écologique millénaire de l’Université de Moncton
                  (situé près de la Maison LaFrance et le Pavillon Pierre-A.-Landry)

                                Visite guidée et prestation musicale




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Conférences plénières




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Besoin de langue : un assujettissement ordinaire ?
De l’invention du locuteur francophone à la construction
d’un discours anti-francophone

Cécile Canut
CEPED, université Paris Descartes, Sorbonne Paris Cité


“La langue” est devenue au cours des siècles, selon une trajectoire consacrée à la fois par les
discours politiques et scientifiques, un objet d’assujettissement des sujets parlants dont les
paroles, les manières de dire ou encore les pratiques langagières répondent à tout sauf à l’unicité
supposé de LA langue. Comment, pour la langue française, par exemple, en est-on arrivé à la
production et l’appropriation de discours visant à sa capture comme objet de maîtrise, de pureté
et d’invariabilité ? Comment en est-on arrivé à produire le locuteur francophone qui, d’entité
périphérique et exotique s’est mué, au cours du XXe siècle, en entité commerciale, emblème d’un
nouveau label du capitalisme : le multiculturalisme. Certes, la condition d’appartenance comme
fondement de l’instrumentalisation politique des langues et de l’assujettissement identitaire
prolonge la doxa de la langue comme propriété telle qu’elle s’est constituée au cours des XVIIe
et XVIIIe siècles. En ce sens le multiculturalisme poursuit, sous une forme inversée,
l’essentialisation et le culturalisme au principe de la notion de langue. À partir de l’exemple des
discours de Mohamed Tabouré, lors des Journées ouvertes avec les travailleurs migrants
expulsés et refoulés, qui se sont déroulées les 15 et 16 mars 2008 à Bamako, nous évoquerons la
question des discours postcolonialistes et anti-francophones (Canut, 2011) qui ne font que
renforcer cette optique. Enfin, nous aborderons un autre versant de cette question en interrogeant
la notion de rapport de forces à partir de la définition de Deleuze et Guattari et celle de pouvoir
développée par J. Butler : si l’interdiscursivité joue un rôle majeur dans l’appropriation des
discours, peut-on uniquement conclure sur une réappropriation mécanique des discours
politiques, médiatiques et scientifiques par les sujets parlants ? Quels types d’agencements se
produisent dans ce contexte et à quelles fins ? Si la pratique quotidienne de l’hétérogénéité
langagière est la réponse la plus éclatante à de telles interrogations, se pose alors la question de
la portée des discours et de l’émancipation comme dépassement même du discours : lorsque le
langage est avant tout une praxis sociale inscrite dans des rapport de force renouvelés lors de
chaque interaction.




                                                 9
L’homo francophonus existe-il en Louisiane ?

Sylvie Dubois
Louisiana State University


En 1990, le recensement américain dénombrait environ 250,000 Louisianais parlant le français à
la maison; ce nombre chute de 20% en 2000 avec 198,784 locuteurs francophones. Le dernier
recensement de 2010 ne mentionne pas expressement le nombre de Louisianais parlant français à
la maison. Il identifie quatre catégories de locuteurs parlant une autre langue que l’anglais :
l’espagnol, les langues indo-européenes, les langues pacifiques et asiatiques, et les « autres
langues ». Malgré ce manque d’information, on peut cependant procéder à un calcul
approximatif suivant : le nombre de locuteurs parlant une langue indo-européenne à la maison
est de 168,293 en 2010. De ce chiffre, on doit soustraire le nombre de locuteurs indo-européens
ne maîtrisant pas l’anglais (30,098) puisqu’un louisianais natif francophone est bilingue par
défaut. Une fois ce calcul fait, on obtient le nombre 138,195. Ainsi, le nombre de Louisianais
parlant français à la maison en 2012 ne peut dépasser 138,000, ce qui correspond
approximativement à une perte de 30% depuis 10 ans et de 45% depuis 20 ans.

Cette restriction progressive du nombre de locuteurs francophones en Louisiane a modifié non
seulement le regard mais aussi les catégories par lesquelles on distinguait traditionnellement les
francophones. Pour certains, il semble désormais sans objet et même politiquement incorrect de
se référer aux catégories identitaires habituellement utilisées pour décrire la société louisianaise
(cadien, houmas, créole, etc), comme si le rétrécissement continu de l’espace francophone
rendait sa fragmentation inappropriée. Désormais c’est l’idéologie unanimiste qui prévaut. Le
francophone est si rare qu’il devient une catégorie en lui-même. Pour des raisons évidentes, les
militants de la cause francophone préfèrent insister sur l’homogénéité de la francophonie locale
alors que le locuteur natif saisit encore parfaitement l’immense hétérogénéité de la variation
sociolinguistique.




                                                10
Quand légitimité rime avec productivité : l’exploitation des locuteurs
minoritaires dans l’économie néolibérale

Alexandre Duchêne
Université de Fribourg


 L’objectif de cette conférence est de mettre en évidence la manière dont les processus de
légitimation des langues et des locuteurs s’articulent, à l’heure actuelle, à des logiques de
productivité économique et questionner les conséquences de ces processus sur les locuteurs
minoritaires francophones et italophones. En partant d’une recherche ethnographique conduite
dans un centre d’appel, site emblématique de l’économie néolibérale, situé dans une ville
ouvrière bilingue de Suisse, je montrerai que les compétences langagières des travailleurs
constituent un instrument central de l’activité de travail et qu’elles font, en ce sens, l’objet de
processus de régulation institutionnel (sélection à l’embauche, gestion des pratiques de travail).
D’une part, dans un secteur d’activité où la parole est la matière première du travail et où le
marché visé est national, le plurilinguisme (dans notre cas le français, l’allemand et l’italien) fait
l’objet d’une célébration en termes économiques (des employés plurilingues permettent une
gestion plus efficace du procès de travail) et constitue donc un idéal à atteindre dans la sélection
des travailleurs. La légitimité linguistique est ainsi construite à l’appui de l’argument de la
productivité. D’autre part, cet idéal se confronte à une réalité du bassin de travail, qui s’avère
moins plurilingue qu’escompté, obligeant ainsi à reconfigurer les exigences langagières, allant
dans le sens d’un monolinguisme germanophone et d’un bilinguisme en français et en italien.
Ces reconfigurations sont à comprendre en lien avec le marché national ciblé par les activités du
centre d’appel qui est majoritairement germanophone et minoritairement francophone et
italophone. Elles sont cependant aussi reliées au fait qu’une grande partie de la classe ouvrière,
dont sont originaires la plupart des travailleur de l’industrie des centres d’appels, est issue d’une
migration italophone socialisée avant tout en français. Si cette situation permet certes à cette
population marginalisée de convertir leurs compétences langagières en capital pour l’accès au
travail, elle induit également à deux conséquences : a) une hiérarchisation au sein des classes
ouvrières entre monolingues et bilingues et entre monolingues germanophone et monolingues
francophones et italophones et b) une banalisation et naturalisation des compétences langagières
des locuteurs les privant alors d’une valeur ajoutée, mais qui permet cependant à l’entreprise de
gérer de manière économiquement productive, en fonction du bassin du travail et des besoins du
marché, son procès de travail. Sur la base de ces constats je développerai alors l’argument que
l’instrumentalisation économique du bilinguisme français-italien est fortement relié à des enjeux
de classes sociales et de stratification sociale, qu’elle profite avant tout aux institutions de
pouvoir, et que l’adossement du plurilinguisme à une logique de marché et de transformations
industrielles conduit à reproduire les rapports de pouvoir entre les langues et les locuteurs, tout
en maintenant les citoyens les plus fragilisés économiquement dans des positions sociales
précaires.




                                                 11
« Homo francophoniensis : réalité ou être de papier? »


Jean-Marie Klinkenberg
Université de Liège

À venir.




                                     12
L’Acadie et le Québec, convergences et divergences

France Martineau
Université d’Ottawa


Les variétés de français au Canada se divisent en deux grandes familles, laurentienne et
acadienne. Entre ces deux familles existent des divergences, sources de positions identitaires des
locuteurs, mais aussi des convergences, importantes mais moins souvent explorées. À partir d’un
large corpus de documents textuels et oraux, en particulier un corpus de correspondance
familiale du 19e siècle, nous comparerons un certain nombre de traits morphosyntaxiques des
variétés acadiennes et québécoises, sur un axe diachronique (1850-2012). C’est ainsi qu’à la 1ère
p. du singulier de l’auxiliaire aller du futur, le français laurentien s’opposerait au français
acadien (et européen) par la non-utilisation de la forme m’as; il reste toutefois à comprendre
l’émergence d’un emploi plus neutre de je vas dans les deux variétés et la diffusion restreinte ou
nulle de m’as en français acadien (voir Martineau et Mougeon 2005). De même, à date ancienne,
le Canada français, laurentien et acadien, a connu certaines formes aujourd’hui restreintes à
certaines variétés acadiennes (la forme j’avons pour exprimer la 1ère p. du pluriel; l’adverbe de
négation point, par exemple). Quelle a été le mode de régression au Québec et dans les variétés
acadiennes qui ne présentent plus ces variantes?

Nous discuterons des sources de ces convergences, en examinant, outre les effets de contacts
entre groupes francophones à travers la migration, l’hypothèse de nouvelles normes linguistiques
se propageant de grands centres urbains vers la périphérie, dans l’espace atlantique
(France/Québec/Acadie). Au-delà de la question de la filiation entre les variétés canadiennes et
les sources du changement, cette conférence met en évidence l’importance du recours à
différents types de documents, dont des ego-documents, pour reconstruire la diachronie d’un
espace linguistique.




                                               13
Évolution différentielle du français : une interprétation écologique

Salikoko S. Mufwene
University of Chicago


C’est au XVIIe siècle, au même moment que l’Angleterre et la Hollande, que la France s’engage
dans la compétition coloniale avec l’Espagne et le Portugal et entre ainsi dans les dernières
phases de l’expansion territoriale indo-européenne. Cette aventure est une phase importante dans
l’émergence du français comme langue nationale. En Europe, comme dans les colonies, la
langue française s’impose aux dépens d’autres variétés néolatines dites « patois », alors que,
dans les colonies de plantations de la zone Américano-Caraïbe et de l’Océan Indien, et un peu
plus tard dans celles de la Nouvelle Calédonie, émergent des variétés « créoles » à partir du
contact des patois ou « français populaires » avec des parlers non européens. C’est aussi à cette
même époque qu’émergent de nouveaux « français coloniaux » à partir du contact
principalement des parlers populaires, apparemment par koinéisation, dans la Nouvelle France et
parmi les classes privilégiées des colonies de plantations. Il faudra attendre le XXe siècle pour
voir émerger, en Afrique, le « français tirailleur » et les « français africains ».

L’évolution différentielle du français dans tous ces territoires coloniaux s’explique en partie par
la variation dans les styles de colonisation. Dans les colonies de peuplement du XVIIe et XVIIIe
siècles ayant produit des créoles dans les économies de plantation et des variétés de français
coloniales dans le Nouveau Monde, le français est d’un usage vernaculaire. En revanche, en
Afrique, colonisée sur le modèle d’exploitation à partir de la fin du XIXe siècle, le français
servira une fonction véhiculaire. Il faut ajouter à cela que le français est introduit ici
exclusivement par le canal de l’école dans le but de former une petite classe d’auxiliaires
coloniaux, contrairement aux autres territoires où il se répand par des interactions surtout
informelles et est utilisé pour la communication régulière entre colons français et populations
assujetties.

L’évolution différentielle du français s’explique aussi par un certain nombre d’autres facteurs
dont la variation dans la nature des contacts entre les peuples et dans les structures de population
locales, qui rendent compte des différences structurelles entre les nouvelles variétés
coloniales—créoles et non créoles—où qu’elles soient parlées. Autre facteur aussi important est
le rôle des influences substratiques sur les créoles et sur les variétés de français en Afrique. Ces
influences pourraient justifier de classer ces variétés dans une même catégorie évolutive … si
seulement celles-ci avaient des structures communes qui les distingueraient des autres variétés.
N’oublions pas le rôle du substrat dans la différentiation du latin dans les anciennes provinces de
l’Empire romain ! Il se pose alors la question de savoir quels sont les critères utilisés pour
catégoriser certaines de ces nouvelles variétés de créole, français tirailleur, français joual, etc. et
ainsi de les distinguer, si pas marginaliser, par rapport à d’autres variétés. Quel est le rôle des
idéologies sociales et/ou politiques dans la pratique de ces discriminations de toute évidence
sociolinguistiques ?




                                                  14
Conférences individuelles




            15
Appréhender le transculturel ou l’esthétique de l’hétérogène dans le roman québécois
contemporain


Aminata Aidara
Université Cheikh Anta Diop de Dakar


Cerner l’idéologie du cosmopolitisme dans la littérature québécoise contemporaine nécessite
d’aborder les œuvres suivant l’approche moderne des littératures francophones, consistant à les
analyser à travers les « aperçus langagiers énoncés par les textes eux-mêmes » (Lise Gauvin,
2004). Cette démarche permettra de dévoiler les enjeux implicites que l’esthétique transculturelle
recouvre, puisque la littérature québécoise des années quatre-vingt a comme socle
l’hétérogénéité au plan discursif comme au plan thématique.

Si à un moment donné de l’histoire littéraire du Québec, se manifestait dans les récits une
idéologie de « défense et illustration de la culture québécoise », nous devons admettre
aujourd’hui, que le « nouveau roman » québécois s’engage dans la dialectique entre l’identité et
l’altérité. Cette vision doit amener à vérifier comment le va et vient entre le Moi et l’Autre
aboutit-il à un nouveau imaginaire chez le romancier contemporain québécois, celui de la
« transculturalité » qui dépasse largement une simple recherche de « lieu de parole » comme
disait Adrien Pasquali ou une simple poétique. Ainsi, trois approches méthodiques nous
semblent s’apprêter le mieux au roman québécois contemporain pour évaluer le transculturel :
une piste sociocritique, un volet stylistique et une analyse comparative de quelques ouvrages.




                                               16
De la francophonie africaine comme formation discursive


Ozouf Sénamin Amedegnato
Université de Calgary


Le propos de cette communication postule d’emblée le français comme langue minoritaire dans
le contexte africain dit « francophone ». Il s’agit là d’une réalité peu admise, mais pourtant
flagrante. Un examen, même rapide, de la grille d’analyse des situations linguistiques des pays
francophones, proposée par Robert Chaudenson, pour décrire les paysages sociolinguistiques de
pays et régions membres de l’OIF, suffirait à en convaincre tout observateur, même sceptique.
Pour les pays d’Afrique en effet (et en dépit de quelques disparités), les données de status (qui
concernent les usages institutionnels, légaux de la langue) sont très élevées, alors que celle du
corpus (qui mesurent la réalité du terrain), sont très basses. Par ailleurs, ce rapport Status/Corpus
du français contraste fortement avec celui des langues africaines présentes dans les mêmes
espaces.

Une fois ce constat établi, la communication va tenter de répondre, autant que possible – et pas
nécessairement dans l’ordre – aux neuf questions posées dans l’argumentaire du colloque, afin
de saisir les enjeux, mais aussi le caractère problématique du fait francophone dans les pays
d’Afrique. Cela revient, in fine, à se demander si l’étiquette « francophone » est justifiée ou si au
contraire il s’agit d’une fiction, c’est-à-dire un discours dont le dessein fut (et est peut-être
toujours) d’infléchir la réalité sociolinguistique dans une certaine direction.

Dans l’élaboration des réponses, la notion de formation discursive, telle que définie par Michel
Foucault dans L’Archéologie du savoir, sera particulièrement utile. Elle permet de comprendre
comment se construit le francophone africain et ce qui motive cette construction discursive.




                                                 17
La littérature « beur(e) »
Le français au service de l’identité maghrébine



Wafa Bedjaoui
Université d’Alger



Exclusion, marginalisation voire rejet de la société française, tous ces points sont au centre de la
construction discursive du personnage beur. C'est dans le cadre énonciatif et la forme
autobiographique particulière du roman beur que réside l'innovation du genre. En interrogeant la
syntaxe et le lexique des composantes discursives du récit ,on constate que le jeu de l'expressivité
"intra-française" fait sa richesse et son originalité : changements constants de registres, de
niveaux et de codes linguistiques franco-français ; ce qui donne vivacité et tension au texte, qui
dit sa francité de marge et marque son territoire verbal, afin d'exister aux yeux de l'autre :
urgence d'une communication pressante, nécessité d'une parole qui, par sa fonction souvent
introspective et communicative à la fois, est une sorte d'introspection à haute voix ; dramatisation
verbale qui dit et interpelle à la fois un destinataire à venir, d'où l'usage fréquent du monologue
intérieur où la voix de l'énonciateur est constamment habitée par cet interlocuteur absent, ou du
dialogue -si fréquent, si on le compare aux textes maghrébins- rarement intercommunautaire,
mais si pénétré d'émotion et d'intimité : dialogues entre jeunes, ou avec la femme aimée,
représentant souvent l'autre communauté, et constituant le fil d'Ariane de ce dialogue à créer,
médiatrice et annonciatrice d'une société régénérée. Ce discours, auquel l'école et la banlieue
donnent toute sa richesse, est travaillé également par le langage des média (télévision, journaux)
qui est en train de bouleverser l'écriture romanesque en général.

C’est en abordant quelques exemples de romans beurs que nous allons expliquer comment cette
littérature, française de prime abord, n’a pu échapper aux représentations de la société d’accueil.
Nous allons également discuter les différentes appellations données par les théoriciens en
littérature et vérifier leur validité. La littérature beur est elle francophone ou française, mineure,
marginale, minoritaire ?




                                                 18
La francophonie en mobilité ou comment s’identifient les immigrés marocains en France ?


Abdelhadi Bellachhab
Université Charles de Gaulle/Lille3


Cette communication se fixe pour objectif de tracer le cheminement identitaire en francophonie
d’un public francophone immigré. Il s’agit d’un public marocain installé en France. Ayant cet
objectif, notre communication s’interroge sur l’évolution ou non d’une certaine identité
d’appartenance à la francophonie. Deux questions majeures sous-tendent notre réflexion :
comment ces marocains immigrés se représentent leur identité francophone – une fois en France
– par rapport à d’autres qui n’ont jamais quitté le Maroc ? Le sentiment d’appartenance à la
communauté francophone se renforce-t-il ou bien s’affaiblit-il durant cette mobilité ?

Pour répondre à ces deux questions, un questionnaire auto-administré sera adressé à deux
groupes d’informateurs : un premier groupe constitué d’étudiants marocains installés depuis
quelques années en France et un deuxième composé d’étudiants marocains installés dans leur
pays d’origine. Son but consistera à faire apparaître les représentations sémantico-conceptuelles
qui sous-tendent, d’abord, le concept même de « francophonie » et la nature du sentiment
d’appartenance (fort ou faible) à la communauté francophone avant et après l’immigration dans
un pays fortement perçu comme le noyau dur de la francophonie. Leur statut de locuteurs
francophones sera également questionné.

Par ailleurs, notre réflexion s’appuie sur deux modèles théoriques, à savoir la sémantique des
possibles argumentatifs et la sémantique cognitive ; les deux permettront de reconstruire les traits
constitutifs des représentations sémantico-conceptuelles qu’ont les francophones en mobilité et
de déterminer comment ils se situent en tant que francophones immigrés en France.




                                                19
Les liens entre la Louisiane et le Canada francophone : entre survie et construction
identitaire


Vincent Bouchard
University of Louisiana at Lafayette



Les cultures francophones de Louisiane ont survécues de différentes manières. Alors que les
bourgeois créoles de la Nouvelle Orléans taisent progressivement leur langue au profit d'une
pratique privée au début du XXe siècle (Dorais, 1983), les fermiers créoles et cadiens du sud-
ouest doivent leur survie linguistique et culturelle a leur isolement : nous savons maintenant que
c'est en vivant de manière autonome dans des régions éloignées de l'influence anglophone que
ces familles ont su conserver leur culture. Ensuite, une normalisation de l'éducation en anglais
aux États Unis (1915) et le développement économique – créé en particulier par l'exploitation du
pétrole – a produit une mise en contacte brutale des cultures créoles et cadiennes avec la
modernité nord américaine (Ancelet, 2009). Sans la création du CODOFIL (1968), le fait
francophone aurait probablement disparu de la Louisiane. Cette survie linguistique et culturelle
n'a été possible qu'avec le soutien des grandes nations de la Francophonie – le Québec, la France
et la Belgique – et cela à plusieurs niveaux, dont le financement, les institutions culturelles et la
collaboration entre individus. Par exemple, la découverte de Montréal, en même temps que
Moncton ou Poitier, est vécue comme un choc et une inspiration par la plupart des artistes et
intellectuels de la génération de Zachary Richard, Deborah Clifton, Glen Pitre, etc.
Dans cette communication, je propose d'étudier la collaboration entre les cinéastes Acadiens
(Léonard Forest, Pellerin Ginette et Monique LeBlanc), Cadiens (Glen Pitre et Pat Mire) et
Québécois (André Gladu et Mireille Dansereau). Ainsi, je vais analyser la place du regard d’un
Autre, pas tout à fait « estranger », mais ami ou cousin, sur un processus de construction
identitaire.

Analyser ce regard extérieur permettra de mieux comprendre comment chaque film devient le
point de rencontre entre le cinéaste et les personnes filmées et, ainsi, mieux comprendre
comment s'agencent le point de vue d'auteurs et les représentations collectives. Cette analyse
comparée permettra également de montrer en quoi et comment ces films participent à un
processus de prise de conscience identitaire en Acadie, en Louisiane et au Québec, c'est-à-dire,
modifier la perception dont les personnes filmées ont d’eux-mêmes, mais également leur
représentation à l’étranger.




                                                 20
« Images de la langue française au Canada »


Beau Brock
Université de Toronto



Selon Jules-Paul Tardivel, qui donnait un discours sur l’état de la langue française au Canada en
1901, certains groupes croyaient que le français parlé au Canada n’était pas le « vrai français »,
mais une langue corrompue. D’où vient cette perception du français canadien, et comment s’est-
elle répandue en Amérique du Nord ?

Il s’avère que les voyageurs au Canada, qui venaient surtout du Royaume Uni, exprimaient leurs
opinions sur le français canadien dans de nombreux récits de voyages. Hommes d’affaires,
membres de la noblesse, auteurs ; tous avaient une opinion quelconque sur la « qualité » de la
langue parlée au Canada, et ces opinions devenaient rapidement des « faits » pour les générations
suivantes, peu importe la vérité de ces écrits.

Dans cette communication, je vais donner un survol des critiques ou commentaires principaux
sur la langue française au Canada, vue par les voyageurs et immigrants anglophones. Certains de
ces critiques ne sont que des stéréotypes, qui ne sont aucunement basée en réalité, alors que
d’autres sont des observations plutôt objectives : la prononciation, le lexique, la culture, etc. On
verra qu’il y a une évolution évidente des critiques à travers le 19 ème siècle, et que cette évolution
était influencée par les événements importants, tel que les rébellions de 1837, la Loi
constitutionnelle du 1867, et la Première Guerre Mondiale, entre autres.




                                                  21
Approche sociolinguistique des discours romanesques francophones de la périphérie en
situation d’Insécurité Linguistique


Yaga Coly
Université Cheikh Anta Diop de Dakar



La problématique des constructions discursives/ langagières ou celle de la représentation des
discours francophones périphériques, à longtemps fait l’objet de controverse.

S’il est vrai que dans cette espace fortement marqué par la diversité tant culturelle que
linguistique, le problème de « la langue d’écriture » ("oscillant entre uniformisation et
différenciation") est plus que jamais d’actualité, la prise en charge des identités francophones
(non françaises) ainsi que l’expression culturelle dans les discours romanesques, demeurent
également une réalité. Cette situation assez symbolique du contexte périphérique, dominé par
l’Insécurité Linguistique, est à l’origine des variations constatées dans la construction et le
traitement des discours (M. Bakhtine : 1978) romanesques francophones en Acadie, en Flandre
et au Sénégal.

Ainsi, l’approche sociolinguistique des discours romanesques « en milieu minoritaire » que nous
nous proposons d’aborder, porte effectivement sur les stratégies discursives, la diversité
linguistique et culturelle, mais aussi l’authenticité des « littératures mineures en langue
majeure » (J.-P. Bertrand et Lise Gauvin : 2003) en francophonie périphérique (Nord et Sud).
Car, malgré les préjugés qui pèsent sur les discours littéraires (les énoncés des
personnages/narrateur), la création romanesque présente un français original, jalonné de
métissage et alternances codiques ainsi qu’un certain nombre de variables morphologiques et
sémantiques. Il s’agira donc d’élucider l’ancrage socioculturel des stratégies discursives dans les
productions romanesques de Charles DE COSTER, Cheikh Aliou NDAO et Antonine
MAILLET, appartenant respectivement à trois espaces francophones différents.




                                                22
« Je suis francophone » : une prise en charge identitaire ?


Ana-Maria Cozma
Université de Nantes




Dans cette communication, nous nous intéresserons aux situations où des locuteurs de français
parlent d’eux-mêmes en mettant en avant le fait qu’ils sont francophones. Le terme
‘francophone’ est un terme qui vise à unir tous les locuteurs de français à travers le monde, au-
delà des contextes géographiques, historiques, linguistiques ; entreprise probablement utopique.
Sans prétendre à un inventaire complet des contextes d’emploi de la langue et des attitudes
identitaires des francophones telles qu’elles se manifestent dans leurs discours, nous nous
limiterons à analyser un certain nombre de situations où des individus se disent ‘francophones’.
Les raisons de cette prise en charge de l’identité francophone sont diverses, selon les individus et
selon que l’on se trouve au Québec, au Sénégal, en Belgique, en Roumanie, en Argentine ou en
France métropolitaine, pour ne prendre que quelques exemples. Si pour les Québécois il est
essentiel d’affirmer son identité francophone, combien de Français se disent être des
francophones ?

Nous étudierons la construction discursive du locuteur francophone principalement à travers les
stéréotypes qui se manifestent lorsque le mot ‘francophone’ est employé, et plus précisément
dans des discours écrits et oraux où apparaissent des affirmations telles que « je suis
francophone » ou « nous sommes francophones ». Ce faisant, nous essaierons de répondre à un
certain nombre de questions : Pourquoi un individu ou un groupe dirait de lui qu’il est
francophone ? Qui est-ce qui ne le dit pas, alors qu’il pourrait le dire ? Qui rejette l’appellation
de ‘francophone’ ? Quelles sont les nuances qui peuvent apparaître selon qu’il s’agit d’un
individu, d’un groupe, d’institutions ? Comment les discours dominants – ou simplement
transmis – sur la francophonie sont repris par les locuteurs de français ? Quel est l’impact des
fêtes de la Francophonie sur les locuteurs ? Dans quelle mesure se dire ‘francophone’ équivaut à
une reprise des discours environnant et dans quelle mesure il s’agit d’une vraie affirmation
identitaire ? Comment interpréter notamment ces vidéos sur Youtube d’apprenants de français
qui font un devoir intitulé « Je suis francophone » ?




                                                23
Chocolat Suisse à la « française » : instrumentalisation économique d’un capital local



Alfonso Del Percio
Université de Saint-Gall & Université de Fribourg




L’objectif de cette présentation est de questionner le rôle de la langue (en particulier du français)
et de l’authenticité dans les processus de commercialisation de produits locaux et de chercher à
saisir les intérêts sous-jacents à et les tensions résultant de l’appropriation économique de
« savoirs » locaux.

Pour ce faire je vais me pencher sur le cas d’une entreprise de chocolat située à Fribourg qui,
après avoir subi de grandes pertes, a été rachetée en 1995 par un investisseur français. Ce rachat
a été accueilli en partie favorablement par la population locale dans la mesure où il permettait le
maintien d’une entreprise très investie émotionnellement (fierté locale) et la reconduction de ses
postes de travail. Il a suscité cependant des polémiques s’articulant autour du risque de perte
potentielle de l’authenticité locale du produit, induite par l’arrivée d’une direction française.
Dans ce contexte, je décrirai la manière dont le nouveau management français a cherché à
repositionner l’entreprise et ses produits. Je montrerai d’une part l’importance de la mise en
scène de l’authenticité dans la stratégie marketing (réactualisation des emballages de la marque
datant du début du siècle passé, usages d’éléments picturaux emblématiques de la région et de la
Suisse). Je soulignerai ensuite le rôle de la langue française comme élément récurrent dans tous
les dépliants commerciaux liés à la marque. J’argumenterai alors que ces deux éléments
permettent de gérer partiellement la tension entre a) la nécessité de repositionnement du produit
et de l’entreprise sur un marché régional romand et international - francophone et non
francophone - concurrentiel et b) de faire face aux critiques locales, en s’appuyant sur des
éléments de la fierté identitaire et en misant sur une nostalgie d’un passé qui est certes révolu
mais qui ne demande qu’à renaître de ses cendres.

Cette contribution conclura en cherchant à questionner les conséquences de ces logiques
économicistes en mettant en évidence comment ces choix tendent à essentialiser la langue et les
locuteurs, à reproduire certains rapports de pouvoir, tout en conférant une relative légitimité à la
langue française certes, mais dans des logiques commerciales qui s’avèrent souvent instables et
sujettes à variabilité.




                                                 24
« La langue » comme clé pour l’intégration : L’effacement discursive du plurilinguisme
suisse dans les débats politiques


Mi-Cha Flubacher
Institut de Linguistique de l'Université de Berne


En Suisse, les discussions politiques ayant comme objet l’intégration de la population étrangère
se concentrent dès les années 1990 sur la langue en la construisant comme facteur clé dans le
processus d’intégration des individus. Cette métaphore de la langue comme clé pour l’intégration
circule (surtout en Suisse alémanique) dans des domaines divers de la vie sociale (politiques,
sociales, économiques et médiaux). Cependant, ce que les acteurs entendent par « la langue »
n’est jamais explicité ni dans le domaine politique ni dans d’autres contextes ; au contraire, « la
langue » est présentée à la fois comme une idée abstraite et comme concept monolithe. Ces
discours politiques ont abouti à des articles législatifs au niveau fédéral mais aussi cantonal (p.
ex. dans le canton de Bâle ville) qui donnent aux autorités la possibilité d’exiger des migrant-e-s
la visite d’un cours de langue ou d’intégration à fin de d’obtenir un permis de séjour (exclus de
cette exigence sont les citoyen-ne-s de l’UE/AELE ainsi que les migrant-e-s hautement qualifié-
e-s).

Cette contribution présentera une analyse discursive des débats politiques qui ont amené aux lois
actuelles sur l’intégration en Suisse. L’analyse permettra de comprendre comment, sous quelles
conditions et avec quelles conséquences « la langue » émerge comme terrain
d’instrumentalisation politique servant à débattre de questions politiques et économique n’étant
que peu en lien avec la réalité linguistique suisse avec ses formes plurilingues sociales et
individuelles, ainsi qu’officielles et réelles. En se basant sur les procès-verbaux des débats menés
lors des sessions du parlement fédéral, je problématiserai comment cette idéologisation
discursive de « la langue » a des conséquences spécifiques, portant surtout sur un effacement de
l’existence non seulement des minorités langagières officielles en Suisse, mais aussi de
l’existence d’un plurilinguisme existant auprès de la population issue de l’immigration. En
particulier, je montrerai que le rôle intégratif potentiel du français en Suisse alémanique est
évacué. Finalement, l’analyse, en portant une attention particulière aux contributions des
politicien-ne-s francophones, minorisés dans le contexte politique fédéral, démontrera comment
l’espace francophone suisse se positionne dans cette lacune discursive.




                                                25
La construction discursive d’identités francophones individuelles et collectives en
Roumanie


Stefana Olga Galatanu
Université de Nantes


L’analyse des discours « identitaires » fait apparaître deux fonctions complémentaires dans la
construction discursive des identités individuelles et collectives (nationales, linguistiques, etc.) :
une fonction attributive, identificatoire d’un ensemble de caractéristiques, comme configuration
définitoire, et une fonction discriminatoire, qui permet de distinguer, voire d’opposer l’individu
ou le groupe d’individus à d’autres individus ou groupes d’individus.

La désignation « francophone » renvoie le plus souvent, malgré la polysémie et le cinétisme du
mot francophonie, non pas au noyau même de cette entité lexicale, qui serait, selon notre
analyse, le fait même de <savoir/pouvoir/devoir parler français>, mais :

-d’une part, à la déclinaison des situations dans lesquelles on est amené à parler français et au
statut de la langue française dans chacune de ces situations : langue maternelle, langue seconde,
langue de la communication officielle, etc.,

- et d’autre part, à des représentations culturelles, voire institutionnelles, des francophones dans
différents espaces géopolitiques.

Je me propose d’analyser, à travers les mécanismes sémantico-discursifs d’activation du
potentiel discursif (argumentatif et axiologique) du mot francophone, les fonctions identitaires
que la francophonie joue encore en Roumanie, pays où la langue française n’est ni langue
maternelle, ni langue seconde (imposée ou revendiquée). La Roumanie appartient à la
Francophonie institutionnelle et a une longue tradition francophile et même francophone. Cette
tradition, encore défendue par une minorité de francophones roumains et par l’Etat et les
institutions et structures de rattachement à la Francophonie internationale, a joué des fonctions
identitaires d’affirmation de soi, sur le plan linguistique et culturel, et de résilience, dans
l’histoire du pays et des individus, fonctions qui laissent la place à de nouvelles formes de
construction d’identités pluriculturelles et d’affirmation d’une intelligence interculturelle.

L’analyse s’appuie sur deux corpus complémentaires. Le premier est formé de textes publiés sur
le site de la Ligue de Coopération Culturelle et Scientifique Roumanie –France, le second, qui
relève d’une démarche en sémantique argumentative et cognitive expérimentale, est recueilli au
moyen d’une enquête menée auprès de 40 francophones roumains.




                                                 26
« Mon français est aussi bon que le vôtre! » : Discours des artistes minoritaires sur la
construction d’une identité francophone dans divers espaces sociaux


Kelle L. Keating
Pepperdine University



Dans cette communication, nous examinons les résultats d’une étude sociolinguistique menée au
Centre culturel Aberdeen, à Moncton, au Nouveau-Brunswick, en 2010, dans une communauté
d’artistes de toutes disciplines et de diverses régions de la francophonie canadienne hors Québec.
Cette recherche fait appel à la méthodologie empiro-inductive « Grounded Theory » qui
comporte des entretiens semi-structurés et de l’observation ethnographique. Ce corpus se
constitue de 27 entretiens. Dans cette étude, les artistes sont associés à la notion d’agents
sociaux, soit ceux qui profitent du capital culturel et linguistique, et qui ont donc la capacité
d’influencer des discours sur l’usage de la langue qui circulent dans la société acadienne.

Dans le cadre de ce colloque, nous discuterons des discours variés sur le terme « francophone »
qui sont réparés dans ce corpus, spécifiquement dans le contexte des espaces sociaux et les
marchés linguistiques associés dans lesquels ces artistes créent ou vendent leur art, aux niveaux
local, régional, national et international.

Dans un deuxième temps, nous nous pencherons sur les discours que tiennent ces artistes sur leur
emploi du français dans la création et la vente de leurs œuvres dans les espaces francophones.
Autrement dit, emploient-ils un français régional dans la création de leur art ou bien un français
basé sur la norme internationale ? Leur pratique dépend-il de l’espace social pour lequel l’art est
dédié ? Quelles variétés sont privilégiées ? Au cours de cette analyse, nous examinerons les
stratégies de différenciation et d’uniformisation employées pour représenter les identités
régionales de ces artistes dans l’espace international de la francophonie.

En conclusion, nous tenterons de démontrer que les discours de ces artistes sur leurs pratiques
langagières s’alignent sur les descriptions d’une Acadie post-nationaliste et globalisante.




                                                27
La francophonie en CB : avec qui et pour qui ? Représentations sociales, discours et
parcours identitaires chez les enseignants immigrants francophones


Ghizlane Laghzaoui
University of the Fraser Valley


L’école francophone en Colombie-Britannique (CB), à l’instar d’autres provinces où le français
tente de se maintenir en milieu minoritaire, reste le fer de lance de la reproduction des discours et
des pratiques à l’œuvre dans la préservation de l’identité francophone canadienne. Au contact
grandissant des immigrants tant dans la population des élèves que dans le corps professoral,
l’école francophone en CB hésite aujourd’hui entre sa volonté d’ouvrir son espace francophone à
l’inclusion de l’autre francophone et le repli défensif sur les valeurs identitaires et l’idéologie
linguistique qui sont à son fondement. Cette étude, de nature qualitative, s’est penchée sur les
représentations sociales que construisent les enseignants immigrants francophones au contact de
la communauté éducative francophone et en particulier sur les identités en jeu, les interactions
professionnelles et personnelles, les discours institutionnels sur la diversité, le nous versus eux,
la double minorisation des enseignants immigrants, leur pratique professionnelle et leur
légitimité linguistique. L’analyse des discours de ces enseignants a permis de révéler chez eux un
sentiment d’exclusion lié à leur impuissance à s’intégrer dans un espace francophone encore
fortement marqué par une hiérarchisation linguistique et une vision essentialiste des identités.
Comment ces enseignants francophones d’un autre monde re-questionnent-il, à travers leurs
discours, les fondements de la définition identitaire de la francophonie au Canada et en
particulier en Colombie-Britannique ?




                                                 28
De la diversité à l’unicité : Le cas du cours Parler acadien enseigné dans le Grand Moncton


Jonathan Landry
Université de Moncton


Longtemps fidèle défenseure d’une langue française incarnant l’ « autorité » sur les marchés
linguistiques officiels (Bourdieu, 1982), une école de langue française du sud-est néo-
brunswickois, devant la prise de conscience que la stigmatisation des pratiques langagières non-
conformes au modèle linguistique scolaire génère de l’insécurité linguistique (Francard, 1994), a
souhaité contrer ce phénomène. Dans une volonté de reconnaitre et de valoriser la diversité
linguistique et culturelle de sa clientèle estudiantine, cet établissement scolaire a mis en place un
programme pédagogique se polarisant sur l’enseignement métalinguistique des variétés
régionales : Le parler acadien.

Au terme d’une ethnographie effectuée en salle de classe, il a été possible d’observer une
certaine contradiction entre les visées du cours et la façon dont le français régional est pris en
compte et la manière dont les enseignants et les administrateurs pédagogiques en traitent les
manifestations (comme l’a montré pour une autre situation De Pietro, 2008). Qui plus est, en
regard du rôle contradictoire assumé par les écoles francophones (Bernard, 1997; Gérin-Lajoie,
2006; Heller, 2002 et 2006), on ne peut gommer l’existence d’une tension entre la promotion
d’un « standard » considéré comme la pierre de touche de la mobilité sociale et l’ouverture à une
variété linguistique (le chiac en l’occurrence) qui souvent « symbolise l’aliénation linguistique
en reflétant le contact avec l’oppresseur » (Boudreau et Gadet, 1998 :58).

En dépit des intentions dont fait preuve l’institution scolaire pour atténuer l’insécurité
linguistique de ses élèves, mon enquête laisse croire que l’école reste un lieu par excellence de
« formation des prix » et qu’elle vient reproduire et cristalliser, consciemment ou non, la
distinction symbolique entre langue légitime et illégitime. Par conséquent, il importe de se
demander si valoriser des variétés linguistiques signifie forcément donner une valeur égale à
toutes les langues.




                                                 29
« Moi j’suis pas francophone! » : Les élèves de francisation au carrefour des constructions
discursives du francophone à Vancouver


Catherine Levasseur
Université de Montréal


En milieu francophone minoritaire canadien, l’école est souvent considérée comme le moyen
privilégié pour combattre l’assimilation linguistique. En plus d’instruire les élèves, elle a pour
mission la socialisation des nouvelles générations, la reproduction et le maintien de la
communauté francophone qu’elle dessert. Or, cette volonté de créer, de protéger et de reproduire
un espace unilingue et une culture dite francophone fait ressurgir plusieurs questions, dont les
suivantes : qui est considéré francophone ? À qui s’adresse l’école francophone ? Comment
transmettre une « identité francophone » aux prochaines générations ?

Ancrée dans le champ de la sociolinguistique critique, cette communication vise à présenter les
discours et les représentations identitaires d’enfants de six à dix ans qui ont reçus des services de
francisation dans une école francophone de la région de Vancouver, en les contrastant avec les
discours des parents et des professeurs qui les entourent. Les résultats de recherche qui seront
présentés sont issus d’une enquête ethnographique de huit mois dans le cadre de laquelle des
données de focus groups, d’ateliers, d’entrevues et d’observations ont été collectées en milieu
scolaire aux fins d’études doctorales.

Au cours de la présentation, nous tenterons de démontrer que ces enfants qui ont reçu des
services de francisation sont au cœur des enjeux actuels de l’éducation francophone en contexte
minoritaire car ils sont souvent réputés non-francophones étant donné leurs compétences jugées
limitées en français. Dans ce contexte, il devient pertinent d’analyser comment ils négocient avec
l’identité(s) francophone(s) que tentent de leur transmettre l’école et leurs parents et comment, à
l’inverse, ils contribuent à la remise en question des constructions discursives traditionnelles du
« francophone » et oblige l’École à repenser sa définition de la francophonie.




                                                 30
L’expérience coloniale néo-calédonienne : le français comme lingua franca


Virginie Marie
Université de Nantes


Sur le plan institutionnel, après avoir été une colonie, puis un Territoire d’Outre-Mer dans la
République Française, la Nouvelle-Calédonie est désormais un POM français de 300 000
habitants (en 2008) situé dans le Pacifique Sud, à l’Est de l’Australie. C’est un terrain
multilingue, carrefour ethno-linguistique de l’Océanie où coexistent de nombreuses langues (24
langues kanaks ; polynésiennes ; indonésiennes ; asiatiques ; anglais australien ; pidgin
bichelamar du Vanuatu) et le français qui est la langue officielle, mais aussi dans ce pays
l’unique véhiculaire inter-groupes. Selon les termes de l’Accord de Nouméa signé en 1998,
l’archipel est en ce sens engagé dans un processus de décolonisation.

Après une brève présentation du contexte sociolinguistique calédonien et un rappel historique de
la politique linguistique en Nouvelle-Calédonie, nous tenterons de montrer comment la défense
de la langue française a pris une connotation politique particulière avec l’émergence d’une
revendication nationaliste mélanésienne dans les années 70 (CALVET, 1974). Nous essaierons
d’illustrer l’idée que cette citoyenneté multiculturelle contribue à nourrir cette « idéologie
francophone » (c’est-à-dire une Francophonie « débarrassée » de son poids colonial et visant à
construire un avenir commun) à travers l’étude sémantico-discursive (GALATANU, 1999) des
textes officiels des Accords de Nouméa (1998) et des rapports publiés par le Vice Rectorat
(1975-1980).




                                              31
Hétérogénéité linguistique et poids des idéologies sur les pratiques linguistique en Picardie

Fanny Martin
Université de Picardie-Jules Vernes
Gilles Forlot
Université de Picardie-Jules Vernes

Au cœur de la francophonie, nous aurons pour objectif dans cette communication de mettre en
lumière certaines pratiques linguistiques en Picardie, entendue au sens large de zone historique
picarde (en France : Picardie et Nord-Pas de Calais). Nous proposons d’interroger les discours
des sujets parlants de cette région sur la langue et sur leurs propres pratiques langagières, pour
finalement éclairer le concept d’identité linguistique régionale face à la domination d’un modèle
normé et central du français hexagonal.

Nous tenterons d’abord de montrer qu’enquêter sur le terrain des pratiques linguistiques
ordinaires en Picardie est une démarche complexe qui invite le chercheur à se questionner à la
fois sur les ressources du terrain, sur la manière de faire du terrain, sur la remise en cause
permanente du travail de terrain et sur le positionnement du chercheur. Ensuite, nous
rappellerons que la langue picarde, bien que se manifestant par une littérature considérable, est
aujourd’hui de moins en moins parlée et utilisée au quotidien. Ainsi la pratique du picard se
révèle au linguiste comme étant exercée par une minorité mais également comme étant
véritablement hétérogène au cœur même du domaine linguistique picard. Par ailleurs la
complexité de l’histoire de la Picardie et du Nord/Pas-de-Calais montre que la question de
l’identité linguistique est particulièrement prégnante.

L’imaginaire du même et du différent, le poids des idéologies du langage investissent les
discours. La situation périphérique (Francard 1993-94) du picard et sa collatéralité avec les
formes dites standard du français (Eloy 2004) en font une langue régionale apparaissant comme
une forme d’exotisme, une stéréotypie, parfois même une marginalisation qui renvoie à un
amalgame du mal parler alors qu’elle constitue une richesse considérable comme en témoigne la
littérature picarde et l’ensemble des manifestations autour de la langue (théâtre, ateliers de
lecture, ateliers de discussions, cours de langue, littérature) qui par ailleurs occupent une place
importante sur la scène régionale.

Finalement, les pratiques linguistiques pourraient être vues comme étant une forme de « soupe
langagière » (Laborit 1987) au cœur de laquelle on observe de plus en plus une dominance du
français et des marquages en langue régionale dans le parler ordinaire. Nous avancerons
l’hypothèse de la constitution, dans cet espace régional, d’une francophonie minoritaire – ou du
moins s’« auto-minorisant » – au sein même de la francophonie hexagonale, puisque de
nombreux locuteurs ne voient pas dans le recours à ces parlers picards une compétence
linguistique légitime (Forlot 2006), mais plutôt des formes locales, plus ou moins
approximatives, du français.

En résumé, cette communication sera orientée autour des questions suivantes : Quels sont les
discours des locuteurs eux-mêmes au sujet de leurs pratiques et de celles des autres ? Quels
discours sont produits sur les pratiques en langues picardes ? Quelle influence ont ces discours
sur les pratiques ? Nous nous demanderons également dans quelle mesure les notions de langue,
identité, culture, folklore, insécurité linguistique, situation géographique, s’entrecroisent et se
répondent dans cette perspective.

                                                32
La construction discursive du locuteur issu de la diaspora algérienne dans le roman
« beur »


Lila Medjahed
Université de Mostaganem


Les écrivains français d’origine algérienne avancent une conception particulière de la
traditionnelle opposition entre l’écrit et l’oral. Leurs écrits présentent les caractéristiques de
l’énoncé oral qui dépend du contexte de son énonciation. Celle-ci est en rapport avec le
sociolecte du groupe pluriethnique des jeunes issus de la minorité diasporique algérienne en
France.

Il est intéressant d’étudier l’ensemble des configurations discursives mises en place par quelques
formes de l’oralité qui marquent l’écriture « beur ». Les romans du corpus sont porteurs d’une
représentation de la voix dans la mesure où les jeunes luttent pour reconquérir leurs paroles dans
la cacophonie des voix. Cette voix essaie de se faire entendre dans la communauté d’origine où
les parents idéalisent la langue d’origine, l’arabe dialectal ou le berbère, sans pour autant
négliger le code linguistique du pays d’adoption. Celui-ci est l’objet de fascination pour
l’immigré maghrébin analphabète. Elle tente aussi concurrencer la voix du Français dit de
souche, cet Autre différent de par sa langue et sa culture.

Dans le contexte du plurilinguisme, les choses ne semblent pas si simples et la problématique de
la voix d’une génération prise dans les tenailles de l’entre-deux des langues et des cultures,
s’impose avec acuité. Ce qui donne matière à une satire de cette cacophonie qui est à la fois
étouffante et libératrice pour les narrateurs et leurs personnages.

Cette écriture romanesque est ancrée dans un espace urbain périphérique local et présente un
univers fictionnel permettant la circulation et la (re)construction des langues qui définissent
l’identité plurielle du sujet issu de l’immigration. Nous avons remarqué que ces écrivains offrent
particulièrement une satire des positionnements sociaux variables des jeunes à travers des choix
linguistiques différents. Elle révèle, sans doute, aussi un processus de légitimation des pratiques
linguistiques dominées, voire marginalisées dans le contexte français qui a hérité toutes les
politiques de standardisation de la langue française, à travers l’écriture littéraire.




                                                33
Etre « francophone » en Ontario français. Vingt ans de production de sens.


Claudine Moïse
Université Stendhal, Grenoble 3



Ces dernières décennies, ont vu, et notamment en Ontario, un grand changement dans le domaine
économique, de plus en plus dominé par le secteur privé, la libre entreprise, la privatisation des
investissements et les mises en réseaux via les nouvelles technologies. Ces bouleversements
entraînent des changements idéologiques et une vision du monde mondialisé par l’économique.
Les francophones se redéfinissent et deviennent, entre autres, bilingues. Les discours anciens qui
ont construit le fait français en situation minoritaire en Ontario traversent, malgré tout, ces
changements. La conception nationale du peuple canadien-français, construite au-delà des
frontières provinciales dans une cohésion maintenue par la langue, la religion et la famille,
émerge encore dans les discours actuels, toute comme celle de franco-ontarien qui avait trouvé
sa légitimité dans les années 70, à travers une conception forte de la nation politique, articulée
autour de l'État et des frontières provinciales.

Mais au-delà de ces nominations dans les discours en circulation, la définition de soi comme
membre de la communauté française de l’Ontario semble transcendée par le terme de
« francophone ». Si notre époque de mondialisation est aussi celle de l’individuation et de la
valorisation du sujet, je me propose dans cet article de montrer comment cette présentation de
soi, à travers des procédés discursifs à l’œuvre, permettent, sur 20 ans et à partir de discours et
d’entretiens menés entre 1991 et 2010, un type particulier de discours marqué socialement et
historicisé. Il s’agira aussi de voir comment cette nomination de « francophone » se construit de
façon dialogique avec celles de français-e, franco-ontarien-ne, ontarois, canadien-ne- français-e,
canadien-ne, bilingue, pour dire tout ce qui ne peut être dit.




                                                34
Langue et identité culturelle au Rwanda dans le contexte de la mondialisation: enjeux et
problématiques


Jean Chrysostome Nkejabahzi
Université nationale du Rwanda


La langue est un élément essentiel de la culture d’un peuple, d’une communauté. Les Rwandais
disent “ururími ni ingobyi y’úmucó” (C’est la langue qui porte la culture) et c’est justement par
la culture qu’un peuple décline son identité.

Si l’apprentissage d’autres langues est une très bonne chose, la mondialisation, à cause du poids
économique de certains États (USA, Royaume-Uni, Australie) présente cette ouverture comme
synonyme de connaissance de l’anglais et parfois de l’anglais seulement. Cette langue est
devenue une sorte de sésame de la réussite, une condition sine qua non pour pouvoir s’intégrer
dans l’économie ultralibérale qui passe par la maîtrise de la science, la technologie et
l’information. Beaucoup de pays, à travers notamment l’enseignement universitaire (pour attirer
beaucoup d’étudiants étrangers surtout au niveau Master et PhD et leur garantir une stature
internationale), abandonnent de plus en plus leur propre langue comme instrument de
transmission du savoir, de recherche et de publication, pour passer au “tout-anglais”.

Le Rwanda s’est engagé sur cette voie officiellement depuis 2008 en abandonnant la langue
nationale, le kinyarwanda (alors qu’il est l’un des rares pays d’Afrique où toute la population
parle une même langue). Il a tourné aussi le dos au français hérité de la colonisation mais déjà
implanté dans l’administration et l’enseignement avant 1994. Le pays a ainsi perdu la chance
qu’il avait de servir de pont entre l’Afrique de l’Est anglophone et l’Afrique de l’Ouest
francophone.

Nous analysons donc les questions et les enjeux soulevés par un tel choix en quatre points: le
kinyarwanda est-il une langue menacée ? Le « tout-anglais » est-il un bon choix ou un snobisme
béat ? Malgré tout ce qu’on peut-dire, le français garde une place importante dans le monde.
Enfin, nous proposons des solutions pour le Rwanda dont le maître-mot est le plurilinguisme.

Choisir une langue unique aujourd’hui, fut-elle de renommée internationale, et surtout en
abandonnant sa propre langue, est non seulement improductif mais suicidaire. Au Rwanda, cela
met à mal le tissu social déjà fragilisé par une histoire mouvementée et surtout par l’une des pires
catastrophes de l’histoire, portant un coup fatal à l’identité culturelle de ce peuple moribond.




                                                35
Une nouvelle perspective du « locuteur              francophone »    en   milieu   minoritaire :
positionnement identitaire et discursif


Judith Patouma
Université Sainte-Anne


Aujourd’hui le « locuteur francophone néo-écossais » n’est plus seulement l’Acadien mais il
comprend aussi toute une population immigrante francophone qui vient d’horizons aussi
différents que la France, mais aussi l’Afrique, l’Asie, les DOM-TOM, …

Ces nouveaux aspects identitaires nous amènent à nous questionner sur la construction du
locuteur francophone néo-écossais aujourd’hui ? Quels sont les discours liés à ses praxis ?

Dans cette recherche exploratoire, nous tentons à travers le discours de 4 individus résidents de
la Nouvelle-Ecosse (deux Françaises et deux Acadiennes) de définir des positionnements
identitaires à travers des discours.

Dans cette optique nous utilisons des outils que nous avons développés dans notre thèse de
doctorat. Épistémologiquement, l’approche adoptée pose une axiologie et des positions
sociosubjectives souvent potentialisées (Lupasco), qu’un contexte vient mobiliser dans des
stratégies discursives variées appliquées au matériau linguistique (champs et réseaux
lexicosémantiques, actes langagiers…) en fonction d’une visée pragmatique. Le modèle
privilégie ainsi une perspective dynamique, créative, émergente au fil du discours (Varela), que
l’analyse se propose de décrire.




                                               36
Discours médiatique et contacts de langues : Acadieman en question


Marie-Ève Perrot
Université d’Orléans



Plusieurs linguistes ont analysé divers aspects de l’œuvre de Dano Leblanc, Acadieman, qui met
en scène une variété issue du mélange de langues devenue emblème identitaire, le chiac. De
l’avis de tous, la diffusion sur la chaîne de télévision Rogers du dessin animé Acadieman en a
fait un véritable phénomène de société.

Depuis 2005, année de l’apparition d’Acadieman à la télévision, la presse écrite s’est fait le relais
d’un succès et d’un enthousiasme grandissants, mais aussi des polémiques qu’il n’a pas manqué
de susciter. Nous souhaitons ici analyser la construction discursive du « phénomène
Acadieman » dans le discours de presse acadien. Notre corpus est constitué de l’ensemble des
articles du quotidien francophone L’Acadie Nouvelle mentionnant le nom Acadieman, de 2005 à
2012 (120 articles). Il sera complété par un corpus de textes du quotidien Moncton Times and
Transcript couvrant la même période, ce qui permettra un aperçu des discours de la communauté
anglophone sur le phénomène (40 articles).

Nous nous inscrivons dans le cadre de l’analyse linguistique des discours médiatiques qui
accorde une attention particulière à la « manière de dire », donc au fonctionnement et au rôle des
marques linguistiques, tout en les articulant aux contextes socio-historiques de production des
discours. Nous retracerons l’évolution du discours médiatique sur Acadieman, des débuts jusqu’à
une polémique toute récente dont nous analyserons les manifestations, les causes et les enjeux.
Parce qu’il exhibe, non sans distanciation ironique, diverses façons de se définir comme
francophone, Acadieman suscite des positionnements qui illustrent parfaitement la tension entre
uniformisation et différenciation caractérisant nombre de communautés minoritaires.




                                                 37
Acadien, français acadien, parler(s) acadien(s), variétés acadiennes, variétés du français
acadien… : réalité linguistique, nécessité scientifique ou idéologie linguistique ?


Cristina Petras
Université « Alexandru Ioan Cuza » de Iaşi


Les linguistes travaillant sur la variation se trouvent souvent confrontés à une difficulté à
(dé)nommer leur objet d’étude. Le cadre de notre discussion est le français parlé au Canada, plus
particulièrement dans ce qui est traditionnellement appelé l’Acadie.

Une lecture rapide d’une série de travaux traitant du sujet aboutit à la liste suivante : « acadien »
(Neumann-Holzschuh, Wiesmath, 2006), « français acadien » (Wiesmath, 2006), « parlers
acadiens » (Flikeid, 1991), « variétés acadiennes », « variétés du français acadien » (Neumann-
Holzschuh, Wiesmath, 2006), « parlers de la Nouvelle-Écosse » (Flikeid, 1991), « français
acadien du Nouveau-Brunswick », « parler acadien des Îles-de-la-Madeleine » (Falkert, 2006).
La diversité de ces dénominations répond tout d’abord à une réalité linguistique fragmentée,
difficile à envisager : il existe plusieurs manifestations du français en Acadie, comme il existe
plusieurs communautés, correspondant à une fragmentation de la population, façonnée par
l’histoire.

Une première remarque sur les dénominations citées concerne les instruments créés par les
linguistes pour faire référence à ce qui s’écarte d’une norme. La notion même de « variété »
convient mal dans ce contexte, puisque cette « construction » (Gadet, 2007 : 22) ne saurait se
superposer à une réalité linguistique très hétérogène. Un terme comme « parler » semble être
utilisé pour remplacer « variété ».

Une deuxième remarque vise la présence ou l’absence du mot « français » dans ces syntagmes.
« Français acadien » ou « acadien » tout court ? Cette distinction couvre-t-elle une réalité
linguistique ou renvoie-t-elle à une idéologie linguistique ? C’est l’une des questions à laquelle
se propose de répondre cette communication par une interrogation du discours scientifique et de
celui des locuteurs.




                                                 38
Francophonie « forte » et « faible » : quel rapport entre pratiques langagières légitimes et
ethnicité ?


Alexei Prikhodkine
Université de Lausanne



A l’instar de bien d’autres pays européens, l’acquisition des compétences en langue nationale est
présentée comme une composante principale du processus d’intégration des immigrants en
Suisse. Les compétences linguistiques étant, en outre, devenues un outil privilégié d’appréciation
des progrès en matière d’intégration, on peut se demander dans quelle mesure la maîtrise d’une
langue nationale permet une intégration (i.e. un traitement non discriminatoire) des personnes
issues de la migration. En effet, plusieurs études démontrent que, par exemple, dans le débat sur
intégration et langue nationale, celle-ci semble opérer comme une représentation métonymique
de la communauté locale, associant la langue à une appartenance ethnique particulière. Par
ailleurs, des recherches en sociophonétique indiquent que l’évaluation sociale d’un locuteur est
déterminée non seulement par ses pratiques langagières mais aussi par l’information sociale
disponible sur lui.

Dans cette présentation, nous discuterons les résultats d’une récente recherche en Suisse
Romande qui mesurait l’incidence de l’ethnicité véhiculée par les noms propres sur la perception
de la parole. Les auditeurs suisses romands (n=150) répartis en deux échantillons identiques
devaient évaluer plusieurs enregistrements sonores, seul le nom propre attribué à ceux-ci variant
entre les échantillons. L’origine exolingue des noms était représentée par des dénominations
lusophones et arabophones. Les six enregistrements soumis relevaient des locutrices ayant le
français pour langue première et étant au bénéfice d’un master universitaire. Ces locutrices
étaient notamment jugées quant à leur aptitude à occuper un poste de chargée de communication
dans une banque romande et quant à la présence d’un accent étranger.

Les résultats indiquent que la variété légitime du français est associée, dans une large mesure,
aux locutrices assorties de traits ethniques dominants, tandis que les compétences langagières
dotées d’une dénomination minoritaire/mixte sont jugées moins positivement. Rendant compte
de l’écart entre « nationalité culturelle » et « citoyenneté légale » (Brubaker 2010), ces résultats
pointent un décalage entre une qualification objective des personnes issues de l’immigration
pour une francophonie « forte » et l’idéologie de l’identité nationale qui place ces personnes en
position de francophones « faibles ». Un décalage que le concept de « thick & thin citizenship »
(Tilly 1995) peut contribuer à éclairer.




                                                39
Le locuteur francophone en situation de majorité fragile : réflexion sur les concepts de
« majorité » et de « minorité » à partir de discours sur le français à Montréal


Wim Remysen
Université de Sherbrooke

Geneviève Bernard Barbeau
Université Laval

Quiconque s’intéresse à la francophonie se rend compte rapidement que les concepts de
« majorité/minorité » sont relatifs. Si le Québec peut à juste titre être considéré comme une
société francophone majoritaire, sa situation linguistique demeure fragile à bien des égards en
raison de l’attrait que l’anglais continue à exercer non seulement en tant que langue de la
majorité au Canada, mais aussi comme langue internationale. Cette fragilité se manifeste surtout
dans la région montréalaise, où le poids démographique des francophones est en recul constant,
ce qui en inquiète plus d’un, comme on peut fréquemment l’observer dans les médias.

Les concepts de « majorité/minorité » ne sont donc pas suffisamment opérationnels pour bien
rendre compte de la situation des francophones au Québec, et d’autres concepts s’imposent. De
ce point de vue, celui de « majorité fragile », proposé récemment par Marie McAndrew (2010),
est particulièrement bien indiqué pour décrire la dynamique que l’on trouve dans des sociétés
qui, comme le Québec, se caractérisent par une « ambiguïté de dominance » en raison du rapport,
historique et actuel, entre différents groupes au sein de leur territoire même, mais aussi au sein
d’un État national plus large.

Dans cette communication, nous nous proposons d’analyser, à partir du concept de « majorité
fragile », une série d’entrevues menées à Montréal auprès de 18 personnes qui étaient invitées à
partager leur perception de la dynamique sociolinguistique de cette ville. Nous nous
intéresserons aux arguments invoqués par les Montréalais pour se présenter, tour à tour, comme
majoritaires ou minoritaires, à leurs attitudes à l’endroit du français et de l’anglais ainsi qu’aux
espaces géographiques et symboliques qu’ils évoquent, et ce, en analysant certains procédés
discursifs qui font état de la hiérarchisation des valeurs et des prises de position des individus.
Une attention toute particulière sera accordée aux différences, nombreuses, entre les groupes
d’âge. En bout de piste, c’est la question de l’identité linguistique montréalaise, changeante à
bien des égards, qui sera examinée.




                                                40
Portraits de migrants : figures francophones ? De quelques histoires de langues de
migrants originaires d’Afrique noire et de leurs constructions identitaires en francophonies
plurielles et diversitaires


Marie-Laure Tending
Université de Tours et Université de Moncton


Cette contribution prend appui sur un travail de recherche interrogeant la construction des
identités linguistiques dans les trajectoires migratoires et le processus d’intégration de migrants
africains plurilingues dont les parcours de vie s’inscrivent dans les espaces francophones pluriels
et diversitaires que constituent l’Afrique noire francophone, la France hexagonale et l’Acadie du
Nouveau-Brunswick. Elle repose sur une lecture sociolinguistique de leurs histoires de vie et
biographies linguistiques : approche qui permet d’interpréter les expériences mises en mots par
les migrants ainsi que les possibles reconfigurations de leurs rapports aux langues et plus
spécifiquement à la langue française, engendrées par la mobilité et la confrontation à des
environnements sociolinguistiques et socioculturels autres que ceux qui les ont institués en tant
que locuteurs. Ce sont ces expériences de vie, inscrites dans des trajectoires migratoires
traversant divers espaces francophones et conçues comme des aventures linguistiques et sociales
qui seront ici explorées d’un point de vue qualitatif, à travers les regards situés de quelques
migrants reconstruisant dans l’acte énonciatif du récit de soi, les significations liées à leur
parcours. Partant de leurs autoreprésentations discursives, nous interrogerons les expériences
linguistiques et identitaires vécues au travers de leurs rapports aux langues et à la langue
française affleurant dans ces expressions de soi : dans quelle mesure elles sont tributaires des
différents ancrages anthropo-socio-historiques formant le socle des imaginaires et idéologies
dont ces migrants africains plurilingues ont hérité ? Quelle place donnent-ils au français dans les
différentes étapes de leurs parcours de vie et que signifie « être francophone » ou « se dire
francophone » pour eux à chacune de ces étapes ?




                                                41
Rapport à la norme dans les discours métalinguistiques spontanés de francophones sur
Internet


Samuel Vernet
Université de Grenoble 3


La question de la construction discursive du locuteur francophone en milieu minoritaire est
étroitement corrélée aux idéologies linguistiques qui parcourent les sociétés francophones. Dans
une francophonie perçue comme monocentrique, possédant un centre et des périphéries, le
français tend à être une « langue une » (Canut, 2007), à la norme qui se veut unique,
hégémonique.

La construction des identités francophones et des espaces francophones passe-t-elle
nécessairement par cette idéologie de l’homogène ? On approche un domaine où certaines
idéologies linguistiques servent de vastes intérêts socio-politiques. Et dans ce cadre, il importe de
s’interroger sur le discours que les scientifiques ont produit sur les « francophones », à l’image
de Berrendonner (1982), qui relevait la puissance normative du discours des linguistes. Mais, le
grand-public n’est-il pas lui aussi responsable de la diffusion et de la perpétuation de l’idée d’un
français « unique », où, pour reprendre l’idée d’Althusser (1970), les sujets s’asserviraient eux-
mêmes à l’idéologie dominante ?

Le travail qui est présenté ici ne porte pas précisément sur un milieu minoritaire, mais explore les
discours métalinguistiques spontanés des locuteurs lorsqu’aucune sollicitation ne vient porter
leur attention sur un point linguistique donné. Nous proposons d’apporter quelques éléments de
réponse à une question essentielle quand il s’agit de comprendre comment les francophones se
construisent à travers leur discours : quels rapports entretiennent-ils avec « la norme » ?

Au cours d’une longue observation de forums sur Internet, nous avons réuni un corpus de plus
300 occurrences de discours métalinguistique spontané que nous proposons d’analyser. Nous
verrons que la norme est perçue comme une loi tacite et exerce une pression parfois lourde sur
certains locuteurs. Nous verrons aussi comment la pression normative peut être instrumentalisée
par les scripteurs, comment, en plaçant ses propres pratiques en opposition à celles des autres,
cet environnement normatif devient un élément prépondérant de la construction discursive des
francophones dans leur quête de légitimité.




                                                 42
La problématique de la francophonie en Algérie



Khouane Zahir
Université Yahia Fares de Médéa


Ma contribution se veut une réflexion sur la représentation que se fait l’Algérien de la
francophonie à une époque où la configuration linguistique dans le monde est de plus en plus
difficile à définir.

En effet, la mondialisation, avec son lot de transformation et de contrainte imposé à l’ensemble
des pays en matière de politique linguistique, n’a pas épargné l’Algérie. Elle a, bien au contraire,
contribué à redéfinir le statut du français dans ce pays et par voie de conséquence celle de la
francophonie.

Deux grands axes d’étude sont au menu. Le premier se présente comme suit :Le locuteur
Algérien s’approprie la langue française, l’adapte à son parler d’origine à tel point qu’il en
résulte un type de parler qui est sensiblement éloigné du français d’origine, notamment au niveau
de la formulation. Cela nous conduit à réfléchir aux conséquences de cette transformation sur
l’idée et la définition qui entourent la notion de francophonie.

Le second axe touche au rapport de l’Algérien, qu’il soit francophone ou non francophone, à la
langue française ; une langue qui évoque un passé douloureux, celui du colonialisme français qui
a duré cent trente deux ans, et dont les séquelles suscitent des débats virulents, voire une
instrumentalisation purement politicienne de part et d’autre de la méditerranée. Ce rapport
nourrit l’imaginaire social de l’Algérien quant à cette entité linguistico-culturelle qu’est la
francophonie.




                                                43
« Francophones et francophiles, bienvenues chez nous ! » Les espaces associatifs
estudiantins comme lieux de reproduction et de négociation culturelle et langagière
identitaire


Martina Zimmermann
Université de Fribourg, Université de Berne


En Suisse, la migration estudiantine interne a une longue tradition. Les étudiants circulent entre
des régions linguistiques pour diverses raisons : par nécessité, lorsque certains cursus n’existent
pas dans leur région d’origine, pour des questions de prestige lié à la renommée de certaines
institutions académiques et pour des questions de capital linguistique, la mobilité interne leur
permettant d’acquérir des compétences langagières valorisées dans le marché de travail. Cette
circulation s’accompagne souvent de création d’espaces plus ou moins institutionnalisés, comme
les associations estudiantines qui ont pour fonction de fédérer les étudiants issus de régions
linguistiques autres que celle de la communauté d’accueil. C’est le cas pour les francophones,
qui tout en s’installant en Suisse alémanique, s’insèrent dans des espaces associatifs
francophones. Celles-là constituent des espaces où sont produits des discours sur la langue
française, construite soit comme constitutive d’une identité francophone à préserver sur des
terres majoritairement germanophones soit comme espace de promotion de la « culture »
francophone pour la diaspora et pour la communauté d’accueil.

A l’appui d’un travail ethnographique (récolte et analyse de documents institutionnels, données
interactionnelles, observations) conduit dans le cadre d’une jeune association estudiantine
francophone à Zurich (AFZ) je chercherai à comprendre la manière dont la définition de ce qui
constitue un locuteur francophone se négocie et les tensions (en termes d’inclusion et
d’exclusion) qui s’en dégagent. Premièrement j’analyserai la manière dont l’association définit
ses publics et ses membres légitimes. Deuxièmement, j’examinerai, au sein des activités
proposées, comment l’hétérogénéité des publics et des membres (romands, français, belge,
francophiles etc.) conduit, par le biais de processus de catégorisations, à construire des
hiérarchies autour de ce qui constitue un locuteur francophone et un membre légitime, et
comment les processus d’(il-)légitimation s’articulent à une variabilité situationnelle liée à des
intérêts divers. J’argumenterai alors que cette association fait face à des tensions qui relèvent à la
fois d’une volonté de construire une homogénéité interne (avec la langue comme dénominateur
commun) et l’hétérogénéité des membres. Ces tensions constituent des révélateurs de
constructions idéologiques sur le terrain de la langue qui est tour à tour utilisée comme
instrument d’exclusion et d’inclusion.




                                                 44
          Comité organisateur du colloque – Université de Moncton

                                Laurence Arrighi
                                Annette Boudreau
                           Lise Landry, coordonnatrice
                                Matthieu LeBlanc
                                 Isabelle Violette

                                    Bénévoles

                                Isabelle LeBlanc
                               Yannick Nganhou
                                   Hubert Noël
                               Natacha Pominville
                                Myriam Richard
                                Audrey Roy-Côté
                                  Émilie Urbain


                Nos remerciements à nos partenaires financiers

                  CoDiRe & IRFFLE de l’Université de Nantes

     Le projet Le français à la mesure d’un continent – Université d’Ottawa,
subventionné par le Conseil de recherches en sciences du Canada dans le cadre des
                      Grands travaux de recherche concertée

                   Centre d’études françaises et francophones
                de la Louisiana State University de Baton Rouge

         Bureau des relations internationales de l’Université de Moncton

            Bureau du vice-recteur à l’enseignement et à la recherche

                 Faculté des études supérieures et de la recherche

           Institut canadien de recherche sur les minorités linguistiques

                                 Ville de Dieppe

                                Ville de Moncton
                                        45
            Comité d’organisation général des deux colloques


Le Centre de recherche en linguistique appliquée de l’Université de Moncton
                                     et
               CoDiRe & IRFFLE de l’Université de Nantes

   Avec la collaboration du projet Le français à la mesure d¹un continent,
 dirigé par France Martineau de l’Université d¹Ottawa, subventionné par le
Conseil de recherches en sciences du Canada dans le cadre des Grands travaux
                            de recherche concertée
               et du Centre d’études françaises et francophones
               de la Louisiana State University de Baton Rouge




                Laurence Arrighi (Université de Moncton)
 Abdelhadi Bellachhab (CoDiRe, Université de Nantes et Université Lille 3)
                Annette Boudreau (Université de Moncton)
                 Benoît Bourque (Université de Moncton)
                    Loïc Fravalo (Université de Nantes)
                   Olga Galatanu (Université de Nantes)
                   Tracy Heranic (Université de Nantes)
                Matthieu LeBlanc (Université de Moncton)
        Virginie Marie (CoDiRe – CERCI, Université de Nantes)
                Christophe Traisnel (Université de Moncton
     & Institut Canadien de Recherche sur les minorités linguistiques)
                 Isabelle Violette (Université de Moncton)
 Ana Maria Cozma (CoDiRe, Université de Nantes et Université de Turku)




                                    46

				
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