HOMME COMPATISSANT_ HOMME COMPASSIONNEL

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					CONFERENCES Aux sources de la violence. De l’enfance à l’adolescence, 8, 9 & 10 Octobre 2009, Paris. FFPP

HOMME COMPATISSANT, HOMME COMPASSIONNEL Myriam Revault d’Allonnes
[mrevau@wanadoo.fr] Philosophe, Professeur des Universités, Ecole Pratique des Hautes Etudes, Paris La réflexion anthropologique ne peut faire l’économie d’une pensée de la compassion. Cette pensée peutelle être pour autant directement transposée dans le domaine politique ? A cet égard, l’investissement massif de la compassion dans l’espace public est le signe d’une grande confusion. La compassion en effet ne peut acquérir de rôle proprement politique sans une élaboration : le rapport politique aux autres nécessités de prendre en compte la « bonne distance » qui rend possible la reconnaissance et la constitution d’un espace public d’apparition. Cette bonne distance ne se donne pas sans médiations, mais elle ne peut être non plus simplement le résultat d’un combat de la raison contre les affects ; elle exige que la compassion soit rendue politiquement pertinente par l’intervention de l’imagination. La compassion ne peut être directement « précipitée dans l’espace public » car, sans l’imagination du semblable, elle ne mène ni à la solidarité ni au sens de la justice. Elle peut sans doute être considérée à juste titre comme « le socle et le signe « pré-politique » de notre humanité » mais celui qui ne s’adresse aux hommes que sous la modalité de la co-souffrance les maintient donc finalement au niveau de leur existence purement sensible : il ferme du même geste la porte de l’existence politique, celle du vivre-ensemble, où l’intérêt n’a de sens que s’il renvoie à l’inter esse. Mais cette difficulté à accéder à la capacité politique se trouve redoublée par la mise en spectacle de la souffrance. A la différence de ce qui a lieu dans la tragédie grecque, le spectacle offert par nos médias n’est pas fictif. Si la compassion demande des médiations, la médiation du pur spectacle ne semble pas apte à remplir ce rôle. Car le « souffrir-avec » (qui est en l’occurrence un « souffrir-devant ») ne permet pas à lui seul l’entrée dans l’action : il reste à élaborer l’émotion, pour éviter à la fois le risque de la paralysie et celui de l’accoutumance. Il s’agit donc avant tout de ne pas oublier que l’individu politique (citoyen ou responsable politique) est un homme agissant autant qu’un homme souffrant. Si la compassion est le ressort anthropologique de la reconnaissance du semblable, elle n’a pas par elle-même de pertinence politique. Celle-ci ne peut s’établir que par le biais des institutions qui, intégrant l’imagination du semblable, expriment la capacité de l’existence collective à la justice et à la liberté. La distinction de « l’homme compatissant » et de « l’homme compassionnel » signifie que l’anthropologie ne peut pas être directement politique : il ne s’agit pas d’établir une définition de l’homme - de sa nature - pour penser ensuite son devenir politique, mais plutôt d’approcher ce qui dans l’existence politique, se dit de l’humanité.
• • • • Revault d’Allonnes, M. (1995). Ce que l’homme fait à l’homme. Essai sur le mal politique. Paris : Seuil (rééd. Champs-Flammarion, 1999). Revault d’Allonnes, M. (2002). Fragile humanité. Paris : Aubier-Flammarion. Revault d’Allonnes, M. (2006). Le pouvoir des commencements. Essai sur l’autorité. Paris : Seuil. Revault d’Allonnes, M. (2008). L’homme compassionnel. Paris : Seuil.


				
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