Partie 2 by RIM6jr

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									    On passa par le dépôt de la Cie au Lac Anaichiway, puis le
dépôt du Lac Beauséjour et on se rendit au Lac Revolver, au
camp de M. Girard où je travaillai avec Jean-Eudes Otis de St-
Fulgence. J'étais son assistant comme mesureur de bois, un
travail facile que j'aimais et que je fis tout l'hiver.
    Au printemps, quand je quittai ce travail, je me suis dirigé
vers Montréal où je passai quelque temps et après avoir dé-
pensé une bonne partie de ce que j'avais gagné durant l'hiver, je
décidai de m'engager pour travailler sur le "Nord Voyageur", un
bateau de la "Cie Clark Steamship Line" qui partait de Montréal,
arrêtait à Québec et ensuite repartait vers la basse côte Nord,
ayant comme premier arrêt Havre St-Pierre et ensuite chaque
petit village côtier jusqu'à Blanc-Sablon, dernier endroit du
Québec sur le détroit de Belle-île, en face de Terre-Neuve.
     C'était un travail qui me plaisait à bord du bateau, car on
voyageait beaucoup et étions bien payés. Travaillant à bord
comme serveur, j'avais la chance de rencontrer beaucoup de
monde. À l'heure des repas, je servais les passagers aux tables et
on me donnait souvent de très beaux pourboires, ce qui
augmentait sensiblement nos salaires.
     Le soir après huit heures, mon travail étant terminé, je
montais à la chambre des commandes où un Gaspésien, un M.
Francoeur, était premier maître à bord, m'expliquait tout con-
cernant les cartes de navigation, la boussole et comment piloter
en suivant le tracé sur la carte et les degrés sur la boussole,
c'était très intéressant. On naviguait rarement la nuit. Quand
on rentrait au quai dans un petit port à l'intérieur d'une baie,
surtout à marée basse, et le soir par surcroît, eh bien on y
passait la nuit.
     Les gens du village étaient admis à bord et se distrayaient
avec les passagers et l'équipage. C'était la fête au village! Chaque
fois que l'on arrivait au quai dans un nouveau village, tout le
monde se ramassait à cet endroit, afin de savoir s'il y avait de
la visite ou si quelqu'un était de retour au village.
     Un jour lors de l'un de ces voyages, nous avons eu à subir
toute une tempête dans le golfe St-Laurent. Pendant deux jours,
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 l'accès au premier pont était interdit, car si quelqu'un s'y était
 aventuré, il aurait risqué de se faire jeté à la mer par ces va-
 gues énormes qui balayaient les flancs du bateau.
      La troisième journée, alors que la mer s'était calmée, il y
 avait une brume épaisse qui recouvrait la mer. On ne pouvait
 voir à plus d'une centaine de pieds en avant. On entendait la
 sirène de notre bateau qui signalait sa présence par un cri
 strident à environ toutes les minutes. Soudain, nous entendîmes
 une autre sirène d'un bateau qui s'approchait, mais qu'on ne
 pouvait encore apercevoir à cause de l'épais brouillard. Enfin il
 nous croisa et très proche de nous et à vitesse très réduite
 comme nous d'ailleurs. Nous avons pu reconnaître "L'Empress of
 Canada", un énorme bateau blanc qui se dirigeait vers Québec,
 chargé de passagers qui nous envoyaient la main.
      Quelle sensation de rencontrer un tel géant après avoir
 subi une tempête et qu'on se croyait seul en mer.
      Le dernier voyage que je fis sur la basse côte nord me
 restera gravé dans la mémoire justement à cause de ces évé-
 nements qui survinrent. Alors que nous sortions d'une baie
 pour se diriger vers le large à marée basse, notre navire accrocha
 un rocher dans le fond, ce qui fit une échancrure d'environ deux
 mètres et demi de long par quatre à cinq pouces de large. L'eau
 s'infiltra rapidement entre le fond du bateau et le plancher où
 sont installés les moteurs. Le bateau s'inclina dangereusement
 et demeura ainsi pour le reste du voyage.
     Nous avons dû rassurer beaucoup de passagers qui furent
très ébranlés après cet accident imprévu. Nous avons dû re-
brousser chemin, afin de venir en cale sèche à la Davie Ship
Building de Lauzon, pour subir les réparations nécessaires.
Cela se passait à la fin de septembre, je crois. Alors en octobre,
je quittai le navire pour aller passé les tests de la marine de
guerre au MMCS Donnacona de Québec, dans l'avant-midi. J'ai
passé les tests, mais je n'ai pas signé mon engagement tout
de suite, préférant y penser comme il le faut avant.
      Cependant dans la même journée, dans l'après-midi, un
nommé Alcide Rioux de Matane, que j'avais connu au Lac-des-
îles à Franquelin, où son père était contracteur pour la Québec
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North Shore, on décida d'aller passer les tests dé l'Armée ca-
nadienne aux Cove Fiels Barrack, sur les Plaines d'Abraham à
Québec et on signa pour trois ans. Une nouvelle aventure com-
mençait dont voici les détails.




                   Mon entrée dans le service militaire



              Ma vie militaire de 1948 à 1956
    Ce rêve d'un adolescent de treize ans de devenir militaire
se réalisait enfin. Je dois vous dire tout de suite que ce furent
les huit plus belles années de toute ma vie et ceci pour plu-
sieurs raisons dont voici les principales. Premièrement, ta sé-
curité d'emploi, ensuite couché, nourri, habillé, payé, soigné si
malade, sans compter un mois de vacances payées et les
voyages qui ouvrent nos connaissances sur le monde, nous
pouvions aussi suivre tous les cours que l'on voulait bien.
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     J'ai signé mon enrôlement le dix-huit octobre 1948 et rési-
gnai de nouveau pour cinq ans après le premier terme ter-
miné. C'est donc dire que le travail de militaire me plaisait et
que je réalisais mon rêve de jeunesse.
     N'ayant pas encore dix-huit ans lorsque je signai la pre-
mière fois, j'étais à vrai dire le plus jeune un peu partout où
j'ai passé mes premières années.
      Lors de mon examen médical à mon enrôlement, on constata
que j'avais une hernie du côté droit, alors on m'envoya subir
une opération à l'Hôpital militaire de Québec. A ma sortie,
environ dix jours plus tard, on me fit prendre un mois de
convalescence avant de m'envoyer à St-Jean d'iberville pour
mon entraînement.
      Rendu à St-Jean, c'est là que ma vraie vie militaire a com-
mencé. Mon ami Rioux, qui s'était enrôlé en même temps que
moi, avait déjà lui un mois et demi d'avance sur moi; alors je
me suis informé, j'en ai profité pour lui demander s'il aimait
l'expérience qu'il vivait et que moi je m'apprêtais à débuter. Il
me dit: "Ne t'en fais pas, car c'est beaucoup moins dur que le
travail dans les chantiers et tel que je te connais, tu vas aimer
ça"! En effet, je peux dire qu'il ne s'était pas trompé.
      La première chose qu'ils me firent faire en arrivant, ce fut
de m'envoyer voir le quartier maître pour me procurer mes
uniformes et tout le matériel dont j'avais besoin pour l'entraî-
nement. Le lendemain, ils formèrent un peloton de vingt-cinq
hommes et notre entraînement débuta immédiatement sous
les ordres d'un sergent.
     J'étais le plus jeune et le plus petit du groupe, âgé de dix-
sept ans et pesant à peine cent trente-cinq livres. Mon instruc-
teur m'encouragea en me disant que les meilleurs soldats
n'étaient pas toujours avantagés par leur grandeur et leur gros-
seur, mais que les plus habiles c'étaient ceux qui s'entraînaient le
mieux.
      Ce fut une raison suffisante pour me stimuler et que j'y
mette tout mon coeur, afin d'apprendre tout sur la façon de se
défendre et de vaincre l'ennemi dans un corps à corps si ja-
mais j'avais à vivre une telle situation un jour.
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     Un entraînement intensif de trois mois suivi, c'est ce que
l'on appelait le "Basic training". On nous a apprit à marcher au
pas militaire, tous ensemble et de façon égale, à entretenir
notre équipement de façon à ce qu'ils oit le plus efficace pos-
sible.
     Nous avons appris aussi à se servir et tirer de la carabine et
de la mitrailleuse. On nous a montré à lancer des grenades, tirer
du mortier, du Bazouka et pratiquer aussi les charges à la
baïonnette dans un corps à corps.
     Notre équipement devait être entretenu et maintenu dans
une propreté exemplaire, car en cas d'utilisation pour se dé-
fendre, notre vie pouvait en dépendre.
     Nous avons eu aussi différents tests avec les différents gaz
tels que: Tears gaz, gaz moutarde et lacrymogène, tout ceci
afin d'apprendre l'usage approprié de notre masque à gaz en
cas de besoin, si l'ennemi avait fait usage d'une telle arme.
Une fois notre entraînement terminé, on nous envoyait où
nos services étaient requis et les plus utiles.
     Tous se voyaient offrir la possibilité de suivre des cours
d'apprentissage ou de perfectionnement dans le ou les mé-
tiers qui les intéressaient le plus et pour lequel ils avaient cer-
taines aptitudes.
    Moi qui n'avais jamais eu cette chance dans ma vie, il est
inutile de vous dire que j'en ai profité, car on était habillé,
couché, nourri, soigné et payé pour apprendre. On m'envoya
après mon entraînement, travailler dans un dépôt de muni-
tions à Ste-Thérèse de Blainville au 34 O.A.D. (ordonnance
ammunition dépôt) que tous appelait durant la dernière guerre le
"Plan Bouchard". C'était l'entretien et la maintenance des
munitions que l'on y faisait.
    Durant la guerre de Corée, nous avons eu a expédier beau-
coup de différentes sortes de munitions. Par train d'abord jus-
qu'au port de Montréal et par bateaux ensuite jusqu'à nos troupes
sur les différents théâtres de guerre.
    Quelques temps après, on m'envoya au camp de Longue-
Pointe pour y suivre l'un de mes premiers cours. Il s'agissait du
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cours de magasinier (storeman). Ce cours est essentiel pour
travailler dans les entrepôts de l'armée, ou n'importe lequel
entrepôt d'une entreprise civile. J'ai aussi suivi le cours de
storeman clerk, qui enseigne en plus du système de localisa-
tion, celui de la tenue à jour des stocks en inventaire.
      Ces sessions durent environ deux mois. Tous ces cours
étaient donnés en anglais, même si c'était au Québec, ce qui
fut plus difficile, mais ce qui ne m'a pas empêché de passer
mes examens avec succès.
      Plus tard, vu que j'étais pour être transféré à London, On-
tario, on m'envoya suivre un cours sur la langue anglaise d'une
durée de deux mois, de huit heures et demi du matin jusqu'à
cinq heures de l'après-midi. Ces cours étaient donnés par des
professeurs civils à Trois-Rivières, en haut sur le coteau
(aujourd'hui le terrain de l'exposition).
     En revenant à Ste-Thérèse, malgré mon jeune âge, on me
mit en charge d'un groupe d'une quinzaine de civils âgés de
vingt-cinq à cinquante-cinq ans, pour travailler dans la main-
tenance et le chargement de munitions.
      Etant un peu las de ce travail, pas tellement valorisant, j'ai
demandé à voir mon officier commandant pour lui demander
de m'envoyer suivre un cours de mécanicien en automobile et
diesel. Ayant obtenu son accord, je suis parti encore une fois
pour Trois-Rivières où j'ai fréquenté l'école technique sur la
rue St-François-Xavier. Après avoir passé mon cours de méca-
nicien avec succès, je revins à Ste-Thérèse d'où on me trans-
féra à London, Ontario, où on me muta dans un autre régi-
ment dont j'ai toujours été fier.
     J'étais maintenant dans le R.C.E.M.E. (Royal Canadian
Electricl Mechanical Enginers). À London, je me trouvais parmi ce
qu'il y a de plus anglais au Canada, l'endroit idéal pour mettre en
pratique l'anglais que j'avais appris à Trois-Rivières. J'aimais bien
London, ville surnommée "la ville forêt" à cause des nombreux
arbres que l'on pouvait voir partout dans la ville, même sur la
rue Dundas (rue principale).
     À London, j'y suis demeuré quelques années et je me suis
fait de nombreux amis dont un entre autre qui demeurait sur
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la rue Sterling, un monsieur William Scully qui avait deux jeunes
garçons, Terry et Tommy. Je voudrais aussi mentionner ici son
épouse Irène, une charmante dame qui ne manquait jamais de
nous faire un bon café, le soir avant que l'on revienne à la base.
Si je dis "on" c'est parce que j'avais un ami, un nommé Arsenault
qui venait de lîle-du-Cap-Breton et qui jouait de la musique
avec moi quand nous allions veiller chez M. et Mme Scully.
     Quand je jouais de la musique à bouche accompagnée à la
guitare par mon ami Arsenault, le morceau "le bonhomme et la
bonne-femme (en anglais, "thé old man and thé old lady), eh bien
je leur faisais bien plaisir, car c'était un de leurs morceaux
préférés qu'ils nous demandaient de jouer à chaque fois.
     Quand je n'étais pas en devoir en fin de semaine, je tra-
vaillais au restaurant "The three little Pig Pantry". Je servais les
autos aux trottoirs, c'était toujours ce qu'ils appelaient "Fast
food".
     D'après le propriétaire, M. Nicholl, ce serait moi qui aurais
établi le record de vente pour la période de midi jusqu'à deux
heures du matin, soit dimanche après midi jusqu'à deux heures
le lundi matin. J'aurais vendu et servi à mes clients pour cent
vingt-huit dollars de hot-dog, patates frites, liqueurs, à dix
cents et des hamburgers à vingt-cinq cents chacun.
     Il fallait y voir, disons que j'avais ma clientèle régulière
que je m'étais fait parmi de nombreux anglais et qui aimaient
venir me voir seulement pour entendre mon accent anglais et
me demander souvent de leur traduire des mots de l'anglais
au français et quand ils revenaient, ils faisaient toujours leur
possible pour me répéter les mots de français que je leur avais
appris.
    Tout le monde m'appelait "Frenchie", c'était bien agréable.
J'aimais beaucoup ce travail à cause du contact avec tout le
monde et aussi à cause des pourboires et la grande qualité
d'amis que je m'étais fait. J'étais vraiment content d'être à Lon-
don. Pendant mon séjour dans cette région, comme j'avais une
moto, j'en ai profité pour explorer et mieux connaître ce coin
de pays. J'ai visité ainsi plusieurs des principales villes.
Comme l'essence n'était pas dispendieuse, soit environ trente
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coin de pays. J'ai visité ainsi plusieurs des principales villes.
Comme l'essence n'était pas dispendieuse, soit environ trente
cents le gallon, j'allais souvent à Niagara Falls, Hamilton, Windsor,
Buffalo, Détroit, Sarnia, Woodstock et beaucoup d'autres villes
et villages de moindre importance.
    Nous allions très souvent nous promener en groupe de
quatre pu cinq motos sur les grèves des lacs Ontario, Michi-
gan et Érié. Nos plages préférées pour la baignade c'était Port
Stanley, Grand Bend et Ipperwash.
    Ces beaux moments de ma vie militaire ne pouvaient durer
indéfiniment. Quelques mois plus tard, soit au début de
septembre, mon officier commandant me fit demander pour
m'annoncer que mes services étaient requis avec d'autres de
mes camarades et que l'on devait quitter pour aller rejoindre
nos troupes en Corée.
    On me fit prendre les deux semaines de vacances qu'il me
restait et j'en ai profiter pour me rendre en Gaspésie voir mes
parents et aussi mon amie de fille que je fréquentais et avec
qui je correspondais depuis au-delà de deux ans. C'était une
bonne et gentille petite fille de St-Siméon qui s'appelait Anna-
Belle Henri.
     Comme elle était orpheline de mère, elle s'occupait des
travaux ménagés pour son père M. Xavier Henri et ses frères.
     Quand je suis revenu à London après mes vacances, je ne
l'ai revue que quelque quarante années plus tard, lors d'un
voyage d'affaires en Gaspésie.
   Lors de mon retour à ma base de London, les autorités
m'ont dit que mon affectation en Corée avait été annulée parce
que mes services étaient requis ailleurs, soit en Allemagne où
on avait des troupes qui y étaient stationnées, ou bien à
Kapuskasing dans le nord de l'Ontario avec l'Armée américaine.
    C'est l'endroit qui me fut désigné vers le début de novembre
1952. On m'envoya d'abord à Ottawa où on me confia la tâche
de conduire un gros camion chargé de matériel jusqu'à
Kapuskasing. On a pris deux jours pour s'y rendre, car on ren-
contra l'hiver avant d'y arriver.
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     Comme il n'y avait pas de base militaire dans cette petite
ville, on devait se loger et se nourrir nous-mêmes. L'Armée
canadienne nous donnait un surplus mensuel de salaire qui
était raisonnable qui nous permettait de payer ces dépenses.
      Nous faisions avec l'Armée américaine des expériences et
des tests avec l'équipement et les véhicules militaires à des
températures allant parfois jusqu'à cinquante degrés (50°) en
bas de zéro. On devait construire aussi une piste d'atterris-
sage dans un terrain marécageux.
      Moi, mon travail consistait à faire la maintenance et la
réparation des véhicules à gazoline et diesel.
      L'hiver aurait probablement été pas mal long si je n'avais
pas rencontré par pur hasard mon cousin Bertrand Danjou,
qui me présenta d'abord sa blonde et une des amies de fille de
cette dernière avec qui elle travaillait.
      Mon cousin travaillait dans les chantiers pour la Spuce Falls
Paper et il descendait à toutes les fins de semaine. Alors on
s'organisait pour aller danser ensemble le samedi soir à
"l'Orange Hall", c'était notre seul passe-temps, car il n'y avait
pas autre chose à faire, sinon aller au théâtre.
     J'ai sorti quelque temps avec la fille qu'il m'avait présentée.
J'allais l'attendre chez l'amie de mon cousin, car elles tra-
vaillaient toutes les deux ensemble. Cependant, mon amie fi-
nissait environ une heure plus tard que celle de mon cousin.
Alors après avoir soupe en ville, au lieu de retourner à l'aéroport
où nous travaillions et qui était environ à une dizaine de milles,
j'allais l'attendre chez l'amie de mon cousin. Cette dernière
s'appelait Fernande. Environ un mois plus tard, je me suis
aperçu que c'était cette dernière qui m'intéressait, non pas
celle qui m'avait été présentée par mon cousin. J'avais un
avantage sur mon cousin, car je pouvais la voir à tous les jours,
alors que lui c'était seulement la fin de semaine.
      C'est ainsi que rendu aux temps des Fêtes, elle ne sortait
plus avec lui, mais avec moi, au grand désarroi de mon cousin.
      Nous nous sommes fréquentés tout l'hiver et rendu à Pâ-
ques, nous nous sommes fiancés avant que je la quitte pour
retourner à ma base à London. Deux mois plus tard après avoir
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correspondu ensemble sur une base journalière, je suis revenu à
Kapuskasing en vacances et nous nous sommes mariés à
Fauquier en juin 1953, après avoir obtenu le consentement de
mon père et de mon officier commandant.
     Nous avons eu notre réception de noces au Lac Rémi de
Moon Beam, où elle avait déjà travaillé pour une madame
Trudel, la propriétaire de la salle.
     Nous sommes partis après la réception pour aller prendre
l'avion à Kapuskasing pour Toronto où nous avons passé quel-
ques jours à l'Hôtel Royal York en lune de miel et où les frais
de séjour n'étaient que de cinquante pourcent pour les mili-
taires.
     De retour à London où j'avais loué un logement avant d'aller
me marier, nous nous sommes installés au 50, rue Forward, au
coeur de la ville, dans un secteur résidentiel, garni avec de très




                           Âgé de 21 ans.

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gros et beaux arbres.
    Plus tard, à la fin de notre bail, nous avons déménagé sur le
rue King qui était située tout près de mon lieu de travail.
    Mon épouse avait commencé à travailler à la confiserie
McCormick et quelques temps après, étant devenue enceinte,
elle a dû quitter son travail à cause du mal de coeur aggravé
par la senteur de sucre sur les lieux de son travail.

              La vie de famille personnelle
    Étant enceinte depuis six mois et demi, ma femme perdit
son bébé qui était un garçon, selon son médecin le docteur
Copeland.
    Nous étions bien désappointés car c'était avec impatience
que nous attendions notre premier bébé. Nous avons décidé
alors de nous reprendre, car venant tous les deux d'une fa-
mille nombreuse, on ne pouvait s'imaginer vivre sans enfant.
Mon épouse tomba enceinte de nouveau quelques temps plus
tard, et tout alla bien cette fois là.
    Quelques mois plus tard, je fus transféré à la base mili-
taire de Longue Pointe, à Montréal. Nous avons élu domicile
chez M. et Mme Roland Gagné au 1291 rue Cartier. Nous y
sommes demeuré jusqu'à quelques mois après la naissance de
notre fils Michel.
     Après avoir suivi avec succès le cours de sous-officier à
l'école militaire de Longue Pointe, je fus transféré au 204 Base
Workshop, sur la rue Chabanel, dans le nord de Montréal. C'est
d'ailleurs là où les derniers souvenirs de ma vie militaire pre-
naient fin, après huit années de service. Licencié honorable-
ment, selon les normes et règlement de l'armée canadienne,
une nouvelle vie commençait pour moi.
    Je voudrais ici, après huit années d'une vie très active et
surtout enrichissante, je voudrais dis-je encouragé tous les
jeunes de dix huit ans et plus, d'aller joindre les rangs de l'ar-
mée canadienne. Ça va vous donner tout ce que ça prend pour
faire face à la vie, tels que stabilité, ténacité, courage, respect
de l'autorité, le respect de ses semblables et surtout le respect
de la vie, aussi paradoxale que cela puisse paraître. C'est là
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que l'on apprend à respecter notre adversaire, comme étant
un être vivant, comme nous, qui a une famille, un père, une
mère, un frère, une soeur, peut-être même est-il père de fa-
mille, lui aussi. S'il a à combattre un jour contre moi, ce n'est
peut-être pas son désir comme moi, ce sont les dirigeants de
nos pays respectifs, qui nous y forcent, et les raisons, nous ne
savons peut-être pas s'ils sont toujours bonnes.
    Nous étions maintenant de nouveau dans l'attende d'un
autre enfant, qui arriva peu de temps après mon licenciement.
C'était un autre garçon que nous avons appelé Robert.
    Avant que je quitte l'armée, j'avais trouvé un autre travail à
temps partiel, Je travaillais comme vendeur pour l'International
Stanless Steel. Je me faisais un salaire plus important que
celui de l'armée. Je vendais des batteries de cuisine en acier
inoxydable, qui était très en demande.
    Je voulais et gagnais plus que ma part des concours orga-
nisés pour stimuler les vendeurs. Après quelque mois je fus
nommé gérant de district, et je dirigeais un groupe de ven-
deurs, que j'avais engagés et entraînés.
    J'avais une commission sur les ventes faites par mes ven-
deurs, qui, ajoutée à mes ventes personnelles, me faisait un
très bon salaire.
    Nous avions depuis quelque temps, c'est-à-dire avant l'ar-
rivée de notre dernier enfant, Robert, déménagé au 3810 Boul.
St-Joseph Est à Montréal. Nous avions, qui restait chez-nous
depuis un certain temps, ma belle-soeur Lucie qui était venue de
Fauquier en Ontario, pour aider mon épouse à prendre soin des
jeunes. Quand j'ai reçu mon fond de pension de l'armée, j'avais
pris tout cet argent pour payer comptant tous les meubles que
nous avions achetés. Avant que l'on déménage sur le Boul. St-
Joseph, on louait meublés.
    Nous étions heureux d'avoir nos propres meubles, et par
surcroît, payé comptant.
    À partir de ce moment, tout commença à basculé dans
notre vie. D'abord, notre fils Robert, qui allait avoir bientôt
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deux ans, n'avait pas encore commencé à marcher. Nous som-
mes allés voir un médecin qui nous a dit que le problème était
dans sa tête (voulant dire par là qu'il était arriéré mental). Nous, on
pensait autrement et nous avions raison.
    Notre voisine, Mme Kavannagh, qui restait à l'étage au-
dessus de nous, voyant notre désarroi, nous suggéra d'aller
voir un spécialiste pour enfants à l'hôpital Notre-Dame où elle
travaillait. Elle parla du cas de notre enfant au Dr Jean-Louis
Picard, qui lui à dit de nous laisser savoir qu'il s'occuperait de
notre bébé, et de lui amener l'enfant afin qu'il puisse l'examiner.
    Le lendemain, on lui amena Robert à qui il passa un exa-
men complet. Ayant constaté la grande sensibilité douloureuse
de ses jambes et de ses bras, nous avons mentionné cet état
de fait au Dr Picard. Alors, ce dernier fit faire toute une série
de test et de radiographie de tous ses membres.
    C'est après avoir eu les résultats de ces tests qu'il nous
apprit que notre enfant souffrait d'un cas de rachitisme, très
rare et très peu connu du monde médical et qu'il devait l'hos-
pitalisé immédiatement.
    Dès ce moment, ce fut pour nous les parents, un vrai cau-
chemar, surtout lorsqu'on allait voir Robert à l'hôpital et qu'on
devait le laisser là pour revenir à la maison. Chaque fois, c'était
de sa part, des cris et des pleurs à nous fendre l'âme croyant,
dû à son jeune âge, que nous l'abandonnions. Ce fut ainsi pen-
dant près de cinq ans. Il était hospitalisé pour des tests et des
soins pendant un mois de temps à tous les deux mois. Le mé-
decin nous encourageait en nous disant qu'il croyait être ca-
pable de le guérir.
   Nous avons mis notre confiance en lui parce que nous nous
sommes aperçus qu'il ne négligeait aucun détail, et que le cas de
Robert était pour lui, un défi à relevé.
    À tous les ans, il allait passé un mois en France pour étudier
avec les spécialistes , ces cas rares. Il avait un long dossier sur
les expériences vécues avec Robert, donc, très utile pour les
études.
                                                                39
     Les os de Robert étaient très fragiles, car ils se décalci-
fiaient, étant résistant à la vitamine "D" vu que la glande qui
secrète cette vitamine ne fonctionnait pas.
     Pour comble de malheur, durant l'été 1958 lors d'un violent
orage électrique, nous nous sommes ramassés avec cinq
pouces d'eau dans la maison, ayant été inondés par le fait que
nous restions dans un demi sous-sol, le terrain et la rue étant
au même niveau que les fenêtres.
     La terre, la boue et tout ce que nous avons trouvé dans la
maison étaient indescriptibles. Nous avons pris notre courage à
deux mains et avons tout nettoyé pour finir de nous écoeu-rer
(et le mot n'est pas trop fort). Eh bien, trois semaines plus tard,
nous avons été inondés encore une fois, mais cette fois-là
c'était pour de vrai. L'eau des égouts entrait de partout:
toilette, portes, fenêtres et montait si rapidement que nous
avons dû évacuer la maison promptement. Dans le temps de le
dire, tout flottait dans une trentaine de pouces d'eau à la
grandeur de la maison.
    Avec les enfants, nous nous sommes rendus chez mon frère
sur la rue Bélanger à Rosemont. Il nous a hébergés quelques
jours soit le temps de se trouver un logement et d'autres meu-
bles, car ces derniers n'étaient plus utilisables pour la plupart.
     Inutile de dire que nous étions vraiment découragés, étant
obligés de se racheter des meubles et à crédit cette fois-ci.
L'assurance et la ville ne voulurent rien payer du tout invo-
quant la raison "Acte de Dieu".
     Cependant le propriétaire, lui qui était échevin à la ville
de Montréal, s'était fait payé quatre cent dollars pour dom-
mage à son plancher de notre appartement lors de la première
inondation et autant pour la deuxième fois.
     Par contre la première fois, il n'a fait aucune réparation ou
quoi que ce soit au plancher. C'est nous qui avons toujours
nettoyé et réparé. La deuxième fois, quand je lui ai dit que
nous quittions les lieux devenus insalubres à cause des eaux
d'égout et de la puanteur, il me dit: "Tu ne peux pas, parce qu'il te
reste encore presque deux mois sur ton bail".
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