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439 LALIMENTATION

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439 LALIMENTATION Powered By Docstoc
					L’alimentation des personnes avec
infirmité motrice d’origine cérébrale




                  Colloque organisé le 9 mai 2003
        par la Ligue d’Aide aux Infirmes Moteurs Cérébraux
             de la Communauté Française de Belgique

     en collaboration avec l’Association Bobath Belge (ABBV)
et les Coccinelles, centre de vie pour personnes à mobilité réduite.



                                  Illustrations : Thierry De Coster
     Actes édités avec le soutien du Rotary Club Forêt de Soignes et du Club Probus Chant d’Oiseau
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                                     Introduction
                              Janine Gerard, coordinatrice, LIMC




Il n'est pas évident de vous expliquer toutes les raisons pour lesquelles j'ai tenu à organiser cette
année une journée sur le thème de l'alimentation.

Mais il y en a au moins trois :
 le désir de ne pas exploiter l'année européenne des personnes handicapées par divers artifices
   mais par un besoin vital et élémentaire : se nourrir !
 le souci de rappeler que la nourriture ne sert pas seulement à ne plus faire crier nos estomacs,
   mais surtout à répondre à nos émotions. Le bonbon donné à l'enfant le calme et prend aussi une
   dimension affective. La nourriture (pour autant de ne pas dériver) soigne la déprime ou l'ennui,
   porte réconfort dans les moments de détresse, ...Personne ne refuse sa part de gâteau lors d'un
   repas convivial. L'être humain est un être de communication.
 la nécessité apparente d'unir nos forces de parents et de professionnels afin que le handicap ne
   légitimise pas une alimentation sans désir, sans choix, sans saveur et sans joie.

La nourriture prend une place importante dans notre vie et pourtant bon nombre d'entre nous semble y
porter une attention insuffisante.
Manger c'est le plaisir de la table, le délice des sens.
S'alimenter est question d'appétit, de bien-être, de goût, de qualité, de quantité, d'ambiance aux repas,
...
La qualité de la nutrition joue un rôle primordial dans nos performances physiques et dans notre santé.
La santé vient en mangeant !
Nos magazines regorgent d'informations, plus ou moins intéressantes, sur la « bonne bouffe » avec ou
sans régime, sur nos habitudes et nos comportements alimentaires, sur les troubles spécifiés ou non,
comme l'anorexie et la boulimie. Les chaînes de télévision, toutes confondues, proposent des recettes.
Les industries nous vantent les apports protéiques, lipidiques ou glucidiques de leurs produits.
Se nourrir et manger à son goût nous apparaissent donc comme des évidences.

Et pourtant, les atteintes neurologiques et plus spécialement celles de la sphère bucco-linguale ainsi
que les difficultés de mastication ou de déglutition notamment peuvent faire prendre des virages
parfois importants dans les décisions des confectionneurs et aidants aux repas.
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   Comment doit-on adapter l'aliment ? Sa présentation et sa texture ?
   Faut-il le proposer liquide, mixé, haché ?
   Comment passer du biberon à une alimentation semi-solide et ensuite à une alimentation solide ?
   Comment faciliter la mastication ?
   Comment éviter des sous-alimentations ou des déshydrations quand l'enfant a de grosses
    difficultés pratiques d'absorber des quantités suffisantes et principalement de boire ?
   Comment en même temps porter attention aux troubles de l'élimination (constipation. ..) ?
   Comment aider l'enfant à avaler ?
   Comment éviter les reflux gastro-oesophagiens, causes de douleurs ou de vomissements ?
   Que faire quand il est impossible d'avaler quoi que ce soit ?
   Les pertes salivaires de certains enfants IMC ont-elles une répercussion sur leur mode
    alimentaire ?
   Y a-t-il une hygiène et des soins dentaires particuliers pour les personnes IMC ?
   Les troubles de l'alimentation peuvent-ils nuire à une bonne respiration de l'enfant ?

Parmi d'autres, les premières intervenantes de la journée, aborderont très certainement ces questions.
Elles vous diront peut-être aussi que pour parler, on utilise les mêmes organes que pour boire et
manger.
Et que dès lors une guidance nutritionnelle faite dès le plus jeune âge peut également prévenir
d'éventuels troubles du langage.

Et puis, il y a aussi, à côté ou indépendamment des troubles eux-mêmes, des déficiences motrices qui
nécessitent une installation adéquate de l'enfant, une bonne installation de l'aidant par rapport à celui-ci.
D'autres déficiences entravent l'autonomie à la prise d'un repas (comment - par exemple - porter les
aliments en bouche ?) et plus tard la capacité d'utiliser des couverts, de confectionner un repas.
S'alimenter, c'est manger en famille, à l'école, au travail... avec ou sans aide humaine, avec ou sans
support matériel, avec truc ou astuce, ou encore avec assistance mais sans maternage.
Le degré de participation de l'enfant, le temps qu'on lui laisse pour réagir et pour intégrer positivement
toutes les informations et même aux autres moments de la journée que celui du repas, la possibilité
qu'on lui donne pour ressentir ce qui se passe dans son corps ont également une importance capitale
dans son apprentissage.
La kinésithérapie et l'ergothérapie peuvent aussi être des auxiliaires précieux pour l'enfant I.M.C. afin
que la déficience ait des conséquences moins handicapantes dans la vie quotidienne.
La dernière intervenante de la matinée nous dira comment améliorer la fonctionnalité et l'autonomie.

L'après-midi sera peut-être un peu moins « technique » mais insistera néanmoins sur des facteurs
essentiels.
La diététique est la science des apports alimentaires nécessaires pour la santé et la forme. Sauf
maladies ou handicaps, la prise de poids est due à un déséquilibre énergétique. Pour perdre du poids,
il faut donc chercher à rétablir l'équilibre - ou à trouver un autre équilibre - entre l'énergie ingérée et
celle consommée. En cela, il faut tenir compte chez chacun de son comportement énergétique, de son
profil morphologique, de l'apport des nutriments et de l'hygiène de vie.

Alors qu'elle devrait être appréhendée dès le plus jeune âge parce qu'elle détermine aussi la
croissance, l'énergie et l'endurance, la diététique s'impose de plus en plus chez les parents âgés et
dans les institutions.
La prise de poids excessive de certains adolescents et adultes IMC diminue leurs capacités de
transfert ou minent la colonne vertébrale de leurs parents ou des éducateurs.
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Les carences vitaminiques et autres se font jour parce qu'on privilégie la facilité de la confection d'un
repas plutôt que sa teneur...
Le vieillissement et les problèmes de santé qui en découlent pourraient aussi être prévenus par un
meilleur équilibre alimentaire.
Et dans tous les cas, il s'ensuivrait une amélioration de la qualité de vie.
Une représentante des Coccinelles, centre de vie pour personnes à mobilité réduite, vous présentera
l'expérience mise en pratique avec la complicité de leurs résidents.

Et enfin, parce que le bon sens décrète que nous ne sommes pas des animaux carnivores, nous
essayerons de comprendre ce que la nourriture représente dans nos vies et dans nos psychés.
La nourriture détermine-t-elle la nature de nos sentiments, de nos aspirations, de nos désirs, nous lie-
t-elle à notre environnement, est-elle le fruit d'une idéologie, d'une culture, voire même d'une
dépendance physique... ?
Pouvons-nous nous en libérer ou forge-t-elle notre identité ?
Répondre à ces questions sera le dur labeur de notre dernier conférencier.




Je tiens à remercier très chaleureusement chaque intervenant pour la part active qu'il a prise dans
l'organisation de cette journée.
Avec un petit supplément affectif pour Nicole De Ruymaeker et Eliane de Brabandere qui ont été mes
compagnonnes de route pendant plusieurs années et pour Christian Huybrechts que la Ligue croise au
quotidien.
Je remercie également les personnes à mobilité réduite qui ont laissé leur voiturette électronique au
placard afin que nous disposions de plus de place.
Je conclus en précisant que nous avons opté pour des exposés dont la forme et le contenu ouvrent
davantage de questions et d’échanges lors des tables rondes.
Nous avons d’ailleurs déposé un petit feuillet sur chaque chaise, mais rien ne vous empêche de
prendre spontanément la parole sans passage à l’écrit.
Au cours de ces tables rondes et sauf opposition formelle de votre part, nous enregistrerons les
échanges afin de les retranscrire plus fidèlement dans les actes qui vous arriveront après les
vacances d’été.
Je vous remercie et vous souhaite une journée fructueuse et amicale.
                                                                                                    5




               A table... pas facile…
        ni pour les petits, ni pour les grands
                     Nicole de Ruymaeker - Dumont et Carine Boute
                   Logopèdes et thérapeutes Bobath et Mueller – ABBV



L'appétit est un critère important de bonne santé d'un nourrisson. Que demande-t-on à une jeune
maman fière de présenter son petit dernier ? « Tout s'est bien passé ? Bébé mange bien ? Il grossit
bien ? »
Mais si tout ne s'est pas « bien passé », cette question banale peut renvoyer à un vécu très difficile
pour bébé et ses parents, toucher à la question de la survie, dans un contexte très médicalisé où
chaque repas qui aurait dû être « nourrissant », pour la croissance et la relation, la communication,
devient un souci plusieurs fois par jour.
L'intérêt porté à comment se passe l'alimentation est pourtant fondamental pour aider très
précocement un enfant porteur d'une lésion cérébrale, non seulement pour le temps des repas, mais
en lien avec les autres fonctions de son développement global. Il faut savoir que les difficultés
respiratoires et alimentaires sont bien souvent les premiers signes d'une atteinte cérébrale.
L'enfant porteur d'une infirmité motrice cérébrale verra toujours sa posture et ses
mouvements affectés dans leur organisation et coordination, l'ensemble de son
développement en sera influencé. Une approche globale envisageant les liens entre les différentes
fonctions facilitera des progrès et des pistes pour l'autonomie, en tenant compte des possibilités de
chaque enfant, dans un souci de cohérence des multiples intervenants dont les parents sont les
acteurs les plus importants. L'approche logopédique selon le concept Bobath s'inscrit dans cette prise
en charge pluridisciplinaire, en ayant le souci du respect de l'enfant, de ses besoins à court terme et
de son développement futur.
Si la bouche, sert bien évidemment à manger, plus largement les fonctions orales sont impliquées
pour la respiration, la communication (les mimiques, les cris, rire et pleurer, chanter, gazouiller et
parler. ..), se moucher, se brosser les dents, ...
Nous parlerons souvent de l'enfant, du très jeune enfant car les difficultés commencent au berceau,
mais c'est tout au long de la croissance et encore à l'âge adulte que notre intervention peut trouver sa
place dans un projet de vie éducatif et thérapeutique. Que les adultes et leurs accompagnants, parents
et professionnels, nous sollicitent, nous essayons d'adapter nos réponses à leurs besoins spécifiques.
De même quand nous parlerons des parents, comprenez ici tout accompagnant, professionnel ou non
du quotidien du patient, petit ou grand.
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Quelles sont les difficultés les plus souvent évoquées pour l'alimentation des
personnes cérébrolésées ?

Nous évoquerons entre autres :
 le repas dure beaucoup trop longtemps
   le bébé tète, mais la succion est inefficace
   l'aliment ressort de la bouche, la langue sort
   c'est encore plus difficile pour la boisson, tout coule, la personne est trempée
   l'enfant avale de travers (fausses déglutitions), tousse, arrête de respirer
   il ne veut que certains aliments (sucrés), certaines consistances (mixé)
   refus des morceaux, de la cuiller, ...
   ne veut manger qu'avec telle ou telle personne et devient « tyrannique »
   l'enfant a faim, mais n'ouvre pas la bouche
   il mord sur la cuiller, sur le gobelet
   l'enfant s'agite, gigote, se pousse en arrière; il faut parfois être deux
   la première bouchée est la plus difficile
   mouvements nauséeux à la vue ou pendant le repas
   régurgitations, reflux gastro-oesophagien
   douleurs et pleurs après les repas
   constipation

Le moment des repas, moment privilégié quand tout va bien, devient vite une préoccupation et un
stress supplémentaires permanents, pour l'enfant et son entourage. On en arrive parfois à nourrir
l'enfant en dehors des repas pris en famille, n'importe quand ou comment, du moment que l'enfant
prenne quelque chose.
La crainte de la perte de poids, les risques réels de déshydratation ou malnutrition, les priorités
médicales et l'ensemble des autres soucis amènent parfois à l'indication
d'une alimentation complémentaire ou substitutive par sonde ou par gastrostomie.

Quelle peut être l'origine de ces difficultés ?

L'atteinte neuro-motrice a des répercussions directes sur le fonctionnement de la zone orale.
Les anomalies du tonus et des mouvements gênent l'enfant pour tenir assis, être stable, manipuler,
organiser et coordonner globalement et plus finement ses mouvements. La tête n'est pas stable, et
toute la fine motricité des joues, de la langue, des lèvres ne répond pas harmonieusement. Des
mouvements appartenant au registre de la toute petite enfance comme la succion persistent, sont
comme cristallisés à un stade qui ne permet pas d'évoluer .Ces mouvements sont par ailleurs peu
efficaces, parce que mal coordonnés entre eux, entretenus par des mouvements globaux en extension
ou en flexion; l'enfant ne peut redresser le tronc, la tête, fermer et ouvrir la bouche volontairement.
L'enfant peut également développer des troubles de la sensibilité: soit hyposensible, ce qui est
dangereux car il n'a pas de réaction de défense (toux ou nausée) ; le plus souvent il sera
hypersensible avec des réactions extrêmes allant jusqu'à la nausée à l'approche de la cuillère. Cette
hypersensibilité peut être liée au manque d'expérimentation orale, il n'a pu jouer avec ses mains, les
porter à la bouche, il n'est pas passé à une alimentation solide (mastication). L'atteinte centrale
perturbant le tonus, la sensibilité, les positions et les mouvements est donc à la base des difficultés
plus locales, orales impliquées pour l'alimentation.
                                                                                                        7




Notre intervention,

complémentaire et en synergie avec les autres intervenants, proposera des conseils pratiques et
réalisables par les parents, en mettant en perspective l'ensemble des fonctions motrices alimentaires
et de communication. L'ergothérapeute développera plus l'aspect de l'autonomie, nous nous
attacherons davantage à vous faire expérimenter quelques situations pour illustrer nos grandes
orientations pratiques.
Avant d'agir localement, nous essayerons donc toujours d'améliorer plus globalement la situation.

Remarque : pour connaître l’enfant, ses réactions, nous souhaitons toujours travailler d’abord en
dehors des moments de repas, pour chercher et habituer petit à petit l’enfant et ses accompagnants
au changement. En effet, ce n’est pas au moment où l’enfant a faim, l’assiette refroidissant devant lui
que cela se passera le mieux. Il est à noter que tout changement dans l’alimentation de tout
nourrisson, même sans lésion, est souvent problématique.

Comment faciliter les moments de repas ?

 Préliminaires :

Position :
Dans les bras, assis à table, ou dans une coque, ...il faut veiller à obtenir un redressement du tronc. La
tête sera dans le prolongement de la colonne, en très légère flexion.
Dès que possible, l'assis avec appui dynamique sur les pieds favorisera ces redressements et
permettra d'éviter les fausses déglutitions.
 De plus les épaules et les bras seront disponibles pour manipuler.
La respiration sera aussi plus aisée.
                                                         Voir quelques illustrations en pages 9 et suivantes
Mouchage:
Le mouchage est très important avant le repas, en effet, il est nécessaire de pouvoir respirer par le nez
pour laisser la bouche disponible pour l'alimentation.
De plus, l'odorat et par là, la stimulation de l'appétit, de l'envie de manger, seront renforcés si le canal
nasal est dégagé.
Un mouchage efficace se fait bouche fermée, en pompant une narine à la fois.

 L'alimentation :

Boire au gobelet découpé :
 contrôle tronc et tête, bouche fermée pour commencer
 épaissir si nécessaire
 présenter le gobelet à hauteur de la bouche (trop haut entraîne l'extension, trop bas la flexion )
 poser le gobelet sur la lèvre inférieure, (jamais entre les dents !), l'incliner pour amener le liquide
    en contact avec la lèvre supérieure
 lors de la déglutition, veiller à la fermeture des mâchoires, la tête toujours légèrement fléchie

Boire à la paille :

   veiller à garder la paille entre les lèvres et non les dents
   éventuellement, commencer en poussant sur un berlingot si l'enfant ne sait pas aspirer
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Manger à la cuillère :

     présenter la cuillère ni trop haut, la tête filera en extension, ni trop bas, elle tombera en flexion
     au milieu, de face, l'introduire à plat, éventuellement une légère pression médiane sur la langue
      pour inhiber la protrusion (langue qui sort) et la succion
     pour pouvoir happer le contenu de la cuillère: la lèvre supérieure doit pouvoir être active, éviter de
      racler la cuillère contre les dents supérieures !
     retirer la cuillère tout droit, faciliter la fermeture de la bouche pour aider à la déglutition

Nous préconisons les cuillères de petite taille, qui ne débordent pas sur les dents, peu profondes, en
plastic dur incassable. Le métal est à éviter pour les enfants qui mordent sur la cuillère-

Manger des morceaux :

     le passage à la mastication permet d'obtenir des mouvements plus variés, plus évolués et de
      normaliser la sensibilité.
     la consistance des aliments est à choisir en fonction des possibilités de la personne.
     introduire un petit morceau avec les doigts ou une petite fourchette (jamais avec la cuillère ), entre
      les molaires en présentant l'aliment de face.
     veiller toujours à fermer la bouche pour favoriser la déglutition.
     commencer par le côté le plus sain et alterner.

Essuyer la bouche :

     ne pas frotter, mais tamponner fermement de l'extérieur vers le milieu
     chez l'IMC les pressions sont toujours mieux tolérées que les effleurements, frottements qui «
      chatouillent ».


     En conlusion :

    Nous avons préféré vous proposer des gestes à utiliser dans la vie quotidienne, plutôt que des
    « massages » au doigt, à la glace, dans des situations artificielles, hors contexte.
    Manger peut être en soi une activité thérapeutique, boire et manger se fait plusieurs fois par jour et
    a du sens pour l’enfant.




              Les illustrations qui suivent ont fait l’objet de démonstrations en séance
                                                                                    9




                         a


                                                       b




Figure 84
(a) mauvaise position. L'enfant est nourri alors qu'il est en hyperextension ; la
   nourriture est mâchée par les dents supérieures, occasionnant des fausses
   routes et de la toux.
(b) L'enfant ne peut avoir une bonne déglutition lorsqu'il est en hyperextension
    avec un de ses bras placé derrière la maman




                b
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    a



a




                                                  Figure 80
                                                  (a) Mauvaise position. Le bébé est placé en face de
                                                      la mère, sur une cale en mousse qui repose sur le
                   bord de la table. Quand la cuillère lui est présentée, le bébé, sans contrôle, porte
                   la tête en arrière et ne pourra pas avaler proprement.
               (b) Position correcte. Si vous mettez votre main à plat sur la partie la plus basse de la
                   poitrine du bébé et si vous présentez la cuillère de face, vous l’aiderez à contrôler
                   sa tête et à avaler




               Figure 81
               Quand le bébé mange en position assise sur vos genoux, vous pouvez empêcher
               l’hyperextension en posant sur une cale le membre inférieur sous les genoux du bébé
               afin d’augmenter la flexion de ses jambes.
               S’il a besoin d’un appui sur le dos ou les épaules, posez votre bras sur un coussin placé
               sur la table. La nourriture doit se trouver en face de l’enfant.




                                     a


             Figure 78
             (a) le biberon: quand cela s'impose, la mère applique une pression sur la poitrine avec la
                main à plat et maintient la mâchoire durant la succion.
             (b) Le bébé pose les mains sur le biberon
             (c) Comment nourrir un bébé en position semi-assise avec la tête et les deux bras en avant.
                                                                                            11




                                                b




b
a
    c




a

a
          b




    Figure 89
    Bon exemple. Pour se nourrir, l’enfant a besoin d’un léger contrôle de l’épaule. La main
    qu’il n’utilise pas est posée autour de l’assiette ou du bol afin de la garder face à lui et
    d’éviter une position en extension.
                                                                    a




                                                                        b
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                 Les illustrations sont issues du livre
      « Education à domicile de l’enfant infirme moteur cérébral »
                  de N.R. Finnie – Ed.Masson 1979




                                                        b

       a




                                     c


     La question de l’autonomie
                   Eliane de Brabandere
     Kinésithérapeute et ergothérapeute Bobath – ABBV
                                                                                                     13



                                            Introduction

L’alimentation est une AVJ parmi d’autre. C’est, par définition, un élément fondamental de la toile de
fond de la vie de l’enfant
La question de l’acquisition de l’autonomie jusqu’à pouvoir se nourrir seul est un long processus qui se
vit à la fois au quotidien et même pluriquotidiennement … et à long terme.

C’est une préoccupation majeure de l’enfant, de ses parents et des professionnels. Cela concerne
l’enfant tant dans sa vie de famille que dans son lieu de vie extérieur à la maison, à la crèche, à
l’école, au centre de jour, et pour certains à l’internat …

Cette situation évoque déjà la notion de partenariat, question essentielle à laquelle je reviendrai plus
tard dans l’exposé.

L’alimentation implique beaucoup d’éléments de la vie de l’enfant.

En effet, à travers cette situation, vont être présents beaucoup d’enjeux de la vie de l’enfant :
 Au point de vue médical d’abord ; sa santé bien sûr
 Au point de vue sensoriel ensuite ; la sensation de plaisir, mais aussi parfois, et souvent pour
    certains, de déplaisir
 Au point de vue relationnel ; un moment privilégié. Avec au premier plan ; la relation mère / enfant
    et, ultérieurement la relation de l’enfant IMC avec toute personne qui lui donnera à manger, qui
    qu’il soit. La qualité de la communication est un facteur fondamental pour que cet apprentissage
    se fasse sereinement.
 Au point de vue éducatif aussi ; à travers l’alimentation, se jouent, bien naturellement, la recherche
    des limites, la possibilité de s’opposer… chez tout enfant et bien sûr, et encore plus chez l’enfant
    qui ne peut se déplacer ou s’exprimer oralement.
 Au point de vue social ; que ce soit à table en famille, au restaurant ou dans le cadre institutionnel,
    le contexte social du repas influence les priorités, les exigences établies.
 Au point de vue psychologique ; on ne peut nier l’importance et les enjeux de l’accès à cette
    autonomie et, parfois, le désir éventuel de rester dans la dépendance. En effet, comme chez tout
    enfant qui grandit, l’ambivalence à ce sujet est présente. Elle le sera d’autant plus chez l’enfant
    porteur de handicap, chez qui « autonomie » signifie souvent « effort » parfois intense, voire « un
    leurre », car l’effort peut être parfois si mal récompensé. Là, se joue donc aussi la souffrance du
    non accès à cette autonomie, la souffrance aussi que peut représenter la dépendance lorsque
    l’âge où on donne à manger est largement dépassé
 Autre critère essentiel dont il faut tenir compte quel que soit l’âge de la personne IMC, c’est bien
    évidemment l’aspect moteur et orthopédique. Il nous faut connaître les moyens dont l’enfant peut
    disposer et les répercussions de sa motricité spontanée, de sa fonctionnalité sur sa pathologie.
    Ceci à court terme, mais aussi à moyen et à long terme.
    Comment organise-t-il sa motricité, quelle est la qualité de son tonus ? Quelles sont les
    répercussions de son autonomie sur sa position, sur une asymétrie éventuelle ? Comment son
    positionnement global va interférer avec ses possibilités de mastication, de déglutition ? Comment
    arrive-t-il à combiner alimentation et respiration ?…
   D’autres aspects vont également entrer en ligne de compte : le temps que prend le repas, la
    fatigue que cela engendre, le confort possible…
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Tous ces facteurs sont bien évidemment à prendre en considération.

Et, lorsque, en tant qu’ergothérapeute, il nous est demandé de conseiller, il ne suffit donc pas de
connaître les aides techniques possibles.
 Il nous faut tenir compte de tous ces critères qui entrent en considération, au même titre que la
     sévérité et le type de handicap, l’âge, le contexte de vie … Ainsi, selon les situations, une gestion
     fondamentalement différente de cette autonomie doit être envisagée.
 Il nous faut nous renseigner auprès des parents et auprès des éducateurs pour que les
     propositions que l’on peut faire soient réalistes dans les différents contexte de vie.
 Il ne faut pas se précipiter tout en étant pragmatique et concret.
 On veillera toujours aussi à avoir une approche globale et qualitative, plutôt que fonctionnelle
     et isolée.
Conseiller représente un travail en continu, et qui nécessite d’être continuellement réajusté.
→ observer
→ voir comment améliorer
→ essayer, modifier,
→ réobserver, réessayer, remodifier....
En effet, toute suggestion ne peut se passer de cette analyse qui est toujours à recommencer. Et
jamais, il ne faut s’installer dans des choix qui durent dans le temps.
Mais par contre, il faut chercher à varier les propositions d’aides et d’installation de l’enfant.
Toute bonne solution, si elle se fige, n’en est plus une.
Il faut aussi être conscient que certaines aides sont bien acceptées parce qu’elles donnent plus de
confort à l’enfant, et d’autres, ayant des objectifs allant au-delà de cette notion de confort, constitueront
au contraire, des contraintes, en tout cas à court terme.



Aides techniques et matérielles concernent différents registres :
                                                                                     (présentation des dias)

    Les supports à la communication :
         en tout premier lieu, il faut que la personne, quel que soit son âge, puisse exprimer son désir
         ou son refus de boire ou manger, sa préférence pour ceci ou cela… Si elle n’a pas le langage
         oral, cela constitue parfois une grosse difficulté. Et il convient de chercher comment arriver à
         dépasser ces obstacles.
    L’installation
         - Choix de la chaise/ des chaises…
         - Repose-pieds
         - Adaptations de la table
         - Place à table…
         - Stations debout
    Les aides techniques proprement dites
         - Assiettes et bords d’assiettes, verres, couverts, antidérapant,…
    Les aides plus pédagogiques
         - Photos de référence, autocollants sur la table, places fixes…
    Autonomie plus large
         - Faire ses tartines, peler un fruit, couper sa viande, aide à la préparation d’un repas…
    Prévoir du temps et de l’espace pour rendre cela possible
                                                                                                    15




                                   Quelques               (b)
                                                                réflexions
                                   par rapport au               contexte

                                   Tout ce qui vient d’être évoqué ne peut l’être de la même façon,

Figure 85
(a) Mauvais exemple. Le verre est présenté par le haut et l'enfant se penche en arrière.
(b) Bon exemple. L'enfant est en position assise pour boire, avec le tronc et la tête bien en
    avant: le verre est présenté de face.

selon que le cadre soit institutionnel ou familial.
                                 En         tant       que
                                 professionnel, il est
                                 particulièrement
                                 important, face à la
                                 famille, d’interpeller les
                                 parents tout en gardant
                                 de la distance et du
                                 respect par rapport à
                                 ce qui s’y vit. Informer,
suggérer et aider doivent se faire progressivement, en
fonction de la demande des parents. Il convient de ne
                                  pas bafouer l’intimité
                                  et ne pas s’imposer, prendre le temps de créer un climat de confiance.
                                  En milieu institutionnel par contre, le professionnalisme doit primer. il
faut toujours interpeller, le plus diplomatiquement possible, et ceci n’est pas possible sans se laisser
    Figure 88
    (a) Mauvais exemple : L'enfant se nourrit sans contrôle en hyperextension, et dans une
       position asymétrique.
    (b) Bon exemple. L'enfant se nourrit à table, avec contrôle au niveau de l'épaule. la main
       en supination tient la cuillère.
    (c) On augmente la supination en tournant légèrement la main vers l'extérieur.

soi-même interpeller …



                                                    Quelle place est accordée aux repas ?
                                                    La réalité est que cela prend un temps
                                                    fou, chaque jour, et tous les jours !
                                                    Alors, profitons-en pour y réfléchir !

                                                       Comment est vécu ce temps ?
                                                        Le repas est il vécu comme une aide, une
    démarche thérapeutique ? Comme une démarche éducative au sens large du terme ?
   Prend-t-on le temps de bien s’installer ?
   Considère-t-on le repas comme un moment privilégié au point de vue relationnel et social ?
   Quelle place est laissée au plaisir et à la convivialité ?
   A-t-on le temps matériel d'être disponible à l’enfant, aux enfants ?…
   L’environnement et l’ambiance sont-ils adaptés ?
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Peut-être est-il judicieux de faire ici une parenthèse à propos de la gastrostomie.
Sujet que je n’aborderai pourtant pas car je ne le connais pas suffisamment. Mais, il faut néanmoins le
mentionner car elle concerne ceux pour qui le repas est source de tensions quotidiennes, voire
d’angoisses et de conflits.
En dehors de l’aspect médical, la gastrostomie est une grosse décision qui a des répercussions
importantes, et à long terme, sur la vie de la personne handicapée et des personnes qui partagent
son quotidien. Les facteurs d’ordre médical, doivent ici être conjugués avec tous ces facteurs qui
constituent le quotidien, et qui ont déjà été évoqués.
Il faut les prendre en considération avec une attention particulière au confort, à la diminution des
tensions et de la durée des repas, à la suppression du risque de fausses déglutitions. Moments qui
peuvent alors, être remplacés par autre chose, à vivre dans un autre plaisir partagé…
Mais ceci est un long débat qui sort du contexte de l’exposé, mais qui représente une alternative assez
nouvelle, et qui ne pouvait pas ne pas être évoquée.


Revenons à une autre idée évoquée en début d’exposé : l’idée de partenariat.

Un lien entre professionnels est fondamental. Une collaboration entre les éducateurs, qui le plus
souvent accompagnent les enfants pour les repas, et les paramédicaux est indispensable. Ces
derniers peuvent soutenir les éducateurs, les conseiller, les interpeller au sujet d’un enfant, mais se
doivent aussi de donner eux-mêmes régulièrement à manger, pour mieux connaître l’enfant et son
contexte de vie au quotidien. S’il faut varier les personnes qui l’accompagnent au cours du repas, il
faut aussi assurer une stabilité, ceci surtout chez le jeune enfant. Cette stabilité va lui permettre de
constituer des repères qui lui seront essentiels.

Au-delà de cette collaboration, et je devrais dire avant même de parler de cette cohérence entre les
professionnels, il faut créer et conserver un lien étroit avec la famille.
Il faut dialoguer avec les parents par rapport au quotidien de l'enfant et les informer par rapport à
nos observations.
Ce sont eux qui connaissent le mieux leur enfant au quotidien.
Parfois ce partenariat fonctionne assez bien, parfois,… trop souvent sûrement, il est insuffisant.
Tantôt ce sont certains parents qui déplorent ce manque de temps et surtout d’attention, de
bienveillance accordée à leur enfant, tantôt ce sont des professionnels qui n’arrivent pas à obtenir
cette collaboration car la famille reste en retrait.
Comme je l’ai déjà évoqué, en tant que professionnel, il faut s'interroger sur le pourquoi de cette
distance des parents. Tout en continuant à les solliciter, essayons de nous mettre par moments dans
leurs peaux pour mieux comprendre ce que signifient nos "bons" conseils au quotidien, et éviter de
critiquer sans proposer. Il nous faut chercher à nous adapter aux conditions psychoaffectives et
matérielles de la famille. Il nous faut être attentifs à leurs questions tout en leur laissant le temps et la
liberté de réagir à nos propositions.
 → la bonne information au bon moment !



Le repas du côté de l’adulte

Nous l’avons dit, le chemin vers l’autonomie est long, et parcouru d’embûches. Pour se donner les
meilleures conditions, il faut réfléchir à ce que représente cette situation pour l’adulte.
                                                                                                        17



   Tout d’abord pour la maman qui est, pourrait-on dire, par définition, celle qui connaît le mieux son
    enfant, ses petites habitudes, ses petites sources de joies et de confort, celle qui le comprend
    aussi le mieux. Si cette relation est très forte et bénéfique pour elle et surtout pour son enfant, il
    faut cependant être attentif et la soutenir pour l’aider à ne pas s’enfermer dans cette relation.
    Certaines mères arrivent à une situation où elles nous disent « Il n’y a qu’avec moi qu’il veut bien
    manger ! ». Dans certains cas, c’est vrai, et cela représente bien évidemment une très grosse
    difficulté, parfois bien difficile à dépasser. Il est donc important de prévenir cette situation.
   Le confort du positionnement pour l’adulte est aussi essentiel. Et trop souvent négligé. Il est
    fondamental pourtant, car il est nécessaire, pour être disponible à l’enfant, de prendre le temps de
    s’installer dans une situation confortable.
   L’objectif essentiel doit en effet rester celui de chercher à être en relation avec l’enfant, de lui
    permettre de vivre ces moments dans un contexte de plaisir.
   → Chercher à se donner le temps nécessaire pour être « relax », ce qui, sans doute, est le plus
    difficile…. Car ce n’est bien évidemment pas toujours une question de volonté.
   Etre aussi reconnu par les autres comme assumant une tâche tantôt agréable, tantôt difficile, ou
    encore parfois très décourageante, mais aussi parfois pleine de complicité.



Autonomie à tout prix ?

   NON ET SURTOUT PAS TROP VITE !
   Et il faut savoir que ce but ne peut être envisagé pour tous.
   De plus, les objectifs établis pour le repas, doivent être cohérents avec les autres objectifs
    thérapeutiques établis. Il faut pouvoir faire des choix et ne pas tout demander en même temps.
   Penser aussi au confort, à l’aspect convivial et à l’aspect social.
   Garder toujours en tête les enjeux orthopédiques… et donc bien connaître l’enfant

→ s'attarder sur le prix de l'autonomie
→ mesurer l'effort par rapport au résultat



Evolution selon l’âge

   La petite enfance peut être définie comme la période de l’investissement :
     instauration de repères, voire de rituels, ancrage de certaines habitudes, attention portée sur la
     mastication et la déglutition, sur la normalisation du tonus, l’alignement et contrôle de la tête et du
     tronc… seront les objectifs chez les plus jeunes.
   Ensuite, les exigences vont varier au fil du temps
   Reconnaître le désir d’autonomie à tout prix chez certains et le découragement chez d’autres ou
    simplement la recherche de confort…
   Chez un enfant jeune, les remarques ou les rappels pour une meilleure attitude à table l’aideront
    sans doute, mais chez le plus grand ; gardons-nous bien de faire des remarques continuelles…Il
    faut aussi pouvoir lâcher…
   Il est aussi important de connaître qu’il peut y avoir des jours avec et des jours sans … ceci aussi
    bien pour l’enfant que pour l’adulte qui l’accompagne ; que ce soit pour des raisons de tonus, de
    fatigue ou de stress, de manque de temps.
   Lorsque l’enfant IMC devient adulte, la dimension sociale devient alors essentielle. Une maman
    d’un enfant quadriplégique m’a dit à quel point, avec la complicité du centre, elle était heureuse
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     d’avoir insisté tout au cours de l’enfance de son fils sur tous ces petits éléments du repas.
     Aujourd’hui son fils, devenu adulte, mange seul, grâce au travail qui a été fait avec lui tout au long
     de son enfance. « Cela paraît très long, très répétitif quand on y est, mais après coup, on se rend
     compte à quel point cette période est passé vite… »
    A l’âge adulte, si le confort est précieux, il est aussi extrêmement important de veiller à garder ses
     acquis, ne fût-ce que pour garder son confort…

Et à tout âge donc, le positionnement reste essentiel. Si on est bien installé, il est plus aisé d’utiliser les
aides techniques et de manger tout simplement !




Conclusion

Cette question de l’autonomie va donc bien au-delà des aides techniques. Et celles-ci, à elles seules,
ne peuvent apporter des solutions. Mais lorsqu’elles sont utilisées de façon judicieuse, elles
permettent une réelle amélioration de la vie quotidienne. Parfois si essentielle qu’elles seront les
premières à être dans les bagages ne fût-ce que pour une journée d’excursion !
Il faut donc les connaître et les faire connaître.

Plus globalement, ce qui a été évoqué au sujet de l’alimentation et de l’autonomie dans ce domaine,
concerne bien évidemment les autres AVJ et d’autres composantes de la vie de la personne IMC.
Comme pour tout AVJ, le quotidien représente le compromis. Compromis qui est la résultante des
différents facteurs qui interfèrent et qui évoluent au fil de la vie, compromis entre la situation idéale et
ce qui est possible dans la réalité.
Il n’est donc pas nécessaire de se culpabiliser quand on arrive pas à ses objectifs, mais il convient de
ne pas les oublier parce qu’ils représentent ce vers quoi on tend.
                                                                                      19




Figure82
 (a) Quand l’enfant est a votre droite, le contrôle de la mâchoire est réalisé à
   l’aide de votre bras placé autour de sa tête, le pouce sur l'articulation de la
   mâchoire, l'index entre le menton et la lèvre inférieure, le majeur derrière le
   menton, appliquant une pression constante.
(b) Le contrôle de la mâchoire réalisé de face : le pouce entre le menton et la
   lèvre inférieure, l'index sur l'articulation de la mâchoire, le majeur fermement
   appliqué juste derrière le menton.




                                                    ..-,..




  Figure 94.
  Quand vous parlez à l'enfant. assurez-vous qu'il puisse observer votre bouche
  sans avoir à lever les yeux. Pour une bonne position, contrôlez-le au niveau des
  bras ou des épaules.
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                       Apports de la diététique
                           Docteur Joëlle Lenaerts- Les Coccinelles



Suite à l'étude des données que nous possédions au cabinet médical, il nous est apparu fin 1999,
début 2000, que l'alimentation fournie à nos usagers était déséquilibrée.
L'apport calorique était très important (supérieur à 3.000 kcal/ jour) avec une proportion lipidique
nettement trop importante (supérieure à 45 %) :  augmentation du poids et diminution des
mouvements et de l'autonomie !

Nous avons, dès lors, effectué une prise en charge nutritionnelle de façon à rééquilibrer le régime.
 D'un point de vue quantitatif, nous avons réduit l'apport aux environs de 2.000 kcal ( entre 1.800 et
   2.200 kcal. I jour) à moduler en fonction des bénéficiaires.
 D’un point de vue répartition, nous avons veillé à apporter une répartition mieux fractionnée au
   cours de la journée en insistant notamment sur un apport calorique important au petit déjeuner.
 Enfin, d'un point de vue qualitatif, nous avons réduit très nettement la fraction lipidique pour qu'elle
   représente 30 à 35 % max. de l'apport quotidien.

Nos recommandations devenaient ainsi strictement conformes aux sociétés savantes en matière de
nutrition. Nous apportions une alimentation : équilibrée - variée - saine.

Suite à ces adaptations nutritionnelles, nous avons procédé à une évaluation des bienfaits de notre travail.
Après 7 mois de plan alimentaire,
 on observe une perte de plus ou moins 1 kg de poids en moyenne ;
 au niveau du cholestérol, on assiste à une nette diminution puisque notre cholestérol total moyen
     avoisine le 1,84 gr/I, c’est à dire tout à fait conforme aux recommandations actuelles de l'OMS,
     Organisation Mondiale de la Santé, afin d'éviter les maladies les plus fréquemment rencontrées
     dans notre pays, à savoir l’obésité, le diabète de type Il, l'hypertension artérielle et
     l'hypercholestérolémie.
On sait, en effet, que ces différentes pathologies s'accompagnent d'un taux élevé de maladies cardio-
vasculaires qui représentent dans notre population, la première cause de mortalité.
Il a été parfaitement démontré qu'une amélioration du poids et du bilan lipidique permettrait de prévenir
efficacement les complications cardio-vasculaires.

Je pense que ces résultats sont très encourageants. Nous avons d'ailleurs reçu pour ce travail les
félicitations du secteur de nutrition de l'Université de Liège (Docteur Nicolas Paquot).
Mais nous avons encore du pain sur la planche…
                                                                                                        21




           Ethique et toque de l’alimentation
                      Christian Huybrechts, philosophe, Paris 1 – LIMC




Ludwig Feuerbach proclame: "L’homme est ce qu’il mange" .
Dans ses Manifestes philosophiques il écrit : "Obéis aux sens ! Là où commencent les sens cessent
la religion et la philosophie". Et là commence la vie, pourrait-on ajouter.
Ailleurs il affirme que "le corps est le fondement de la raison, le lieu de la nécessité logique" ou que "le
monde des sens est le fondement, la condition de la raison ou de l’intelligence".
Dans "L’usage des plaisirs", Michel Foucault, la diététique est décrite comme ce que nous pourrions
appeler un art sans musée. Elle est lue comme une façon de "styliser une liberté", une logique du
corps en même temps qu’une apologie de la maîtrise. Le choix d’un aliment devient vraiment ce qu’il
est : un choix existentiel par lequel on accède à la constitution de soi. Une généalogie de la diététique
isole le souci médical comme principe fondateur : la santé est l’objectif du diététicien.
L’évolution de ce souci marque une autonomie progressive du mobile. Le régime alimentaire devient
une catégorie fondamentale à travers laquelle on peut penser la conduite humaine; elle caractérise la
manière dont on mène son existence, et elle permet de fixer à la conduite un ensemble de règles : un
mode de problématisation du comportement, qui se fait en fonction d’une nature qu’il faut préserver et
à laquelle il convient de se conformer. Le régime est tout un art de vivre. Manière dont on mène
l’existence, soit, mais aussi manière de rêver son corps, de fantasmer l’avenir, d’associer l’aliment et
le réel dans la futurisation. Il n’y a pas de diététique innocente. Elle renseigne sur la volonté d’être et
de devenir, sur les catégories archétypales d’une vie, d’une pensée, d’un système et d’une œuvre.
L’art de manger c’est l’art in fine. Foucault écrivait : "la pratique du régime comme art de vivre est toute
une manière de se constituer comme un sujet qui a, de son corps, le souci juste, nécessaire et
suffisant.". Ethique et esthétique confondues, la diététique devient science de la subjectivité. Elle
montre qu’il peut y avoir une science du particulier comme rampe d’accès à l’universel. La nourriture
comme argument perforateur du réel. Elle est enfin un biais pour la construction de soi comme une
œuvre cohérente. La singularité qu’elle autorise, l’élaboration de soi qu’elle permet ont serti le devenir
proverbial d’un aphorisme de Brillat-Savarin : "Dis moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es".
La diététique est donc un moment de l’édification de soi. L’alimentation est sans conteste la cause de
plus de comportements qu’on ne l’imagine. Elire son aliment, c’est élaborer son essence. En fait on ne
choisit pas son régime alimentaire: on trouve seulement celui qui est le plus en adéquation avec la
nécessité de son propre organisme. La diététique est la science de l’acceptation du règne de la
nécessité par la médiation de l’intelligence: il s’agit de comprendre ce qui convient le mieux au corps et
22



non de choisir au hasard suivant des critères ignorants de la nécessité corporelle. Le souci diététique
est illustration pragmatique de la théorie de l’amor fati en même temps qu’une invitation à l’ascèse du
"deviens ce que tu es".
Le régime est volonté d’adéquation avec soi-même, exigence d’harmonisation de l’appétition et du
consentement. Il suppose le choix de ce qui s’impose, l’élection du nécessaire.

Esquisse du rituel du repas familial.

Le rituel du repas familial a perdu de son importance avec le temps. Selon Jean-Pierre Poulain,
Sociologue à l’université de Toulouse «la non transmission de savoir faire d’une génération à l’autre
aurait pour origine le rejet du modèle poussiéreux de la femme au foyer". Et le chercheur de préciser:
"Celles que la cuisine n’intéresse pas sont les enfants des filles qui ont fait Mai 68".
Que l’éclatement familial consécutif à la diversité des centres d’intérêt, à la multiplication des activités
et à un certain individualisme du comportement ait pu à incriminer les évolutions sociologiques qui ont
marqué les années 70, il y a un pas que l’on doit franchir avec une extrême prudence, car d’autres
paramètres autrement plus néfastes que la déstructuration du noyau familial sont intervenus pour
expliquer la distance qui sépare la ménagère moderne de son fourneau. A commencer par l’immense
arsenal mis à sa disposition par l’industrie agro-alimentaire qui, relayée par la grande distribution, n’a
pas manqué de transformer une génération de cordons-bleus potentiels en muses du congélateur ou
en divas du micro-ondes; bien souvent avec la complicité de certains grands chefs financés par le
lobby du prêt-à-manger pour afficher leur minois toqués sur une gamme de ragougnasse industrielle.
Attirées par d’autres horizons, certaines familles expliquent ainsi leur désintérêt culinaire par une
redéfinition globale de l’acte alimentaire et une approche controversée de la table. En un premier
temps, du fait d’une mécanisation systématique de gestes jusqu’alors manuels, le légume est
désormais vendu épluché, le fruit pelé, la salade essorée, la sauce émulsionnée, et la soupe moulinée,
la volaille déjà découpée, la viande braisée et le poisson poché. A quand les produits déjà mastiqués,
voire prédigérés ? Et que dire de ces conditionnements individuels, conçus pour manger seul, qui
devant son écran, qui devant son bouquin. Ne sont-ils pas aussi des instruments de dislocation de la
table familiale ?
Manger n’importe quoi, c’est faire violence à son corps. Manger sans plaisir, écorche l’âme.
Véritable initiation au goût, la cuisine est une école de vie; parce qu’elle est patrimoniale et éphémère,
esthétique et spirituelle; parce qu’elle enseigne le sens de la nuance qui permet de manger mieux et
moins; parce qu’elle tisse des liens solides et sincères.
Pourquoi cuisiner? Précisément pour le plaisir. Pour réconcilier ce qui est bon et ce qui fait du bien.
Pour être ensemble. Dès lors que cuisiner n’est plus une obligation mais un choix, on réalise que le
repas, dans son approche culturelle, est l’occasion d’une découverte de soi-même, de l’autre,
d’horizons lointains, mais aussi d’un passé chargé de références. La nourriture nous parle, nous
soigne, nous réjouit. Elle constitue un vécu qui enrichit notre patrimoine sensoriel en même temps qu’il
affine et développe nos capacités émotives. Voilà pourquoi la cuisine devrait revenir à la maison. Elle
quitte le domaine de l’urgence répétitive pour celui du projet et celui de l’aliénation pour la distinction.
C’est vrai il faut un savoir-faire, une curiosité, un appétit. Cela prend du temps et de l’énergie. Mais
est-il un plaisir qui soit totalement offert ou gratuit? qui n’exige, au minimum, l’expression d’un désir?
une certaine disponibilité?
Même quand on vit au bord de la mer, la regarder n’est donné qu’à ceux qui savent en prendre le
temps. Parler cuisine, c’est parler du désir.
Donc d’irrationnel et de symbolique. Faire la cuisine, c’est satisfaire plusieurs désirs à la fois. Vital et
sacré. Charnel et spirituel. Esthétique et éthique.
Nous constatons malheureusement que manger, n’est plus une fin en soi, une préoccupation noble,
digne de pensée et matière à esthétique. Bien sûr, manger demeure vital, mais qu’il y a lieu de n’y
                                                                                                      23



point perdre son temps. Aussi n’est-il pas rare pour nos contemporains de manger en marchant, en
conduisant ou en travaillant. On découvre, et c’est atterrant, que ce monde est peuplé de vagabonds
solitaires qui mangent ce qu’ils trouvent, au plus proche et au plus vite, l’important étant de ne pas
avoir à y penser. Penser, d’autres le font, dont c’est le métier. Les plats se font en usine, comme les
voitures, objets de toutes les attentions, où l’on passe plus de temps qu’à table. Est-il bien raisonnable
de déléguer à des chimistes et des techniciens du marketing le soin de préparer notre nourriture? De
l’usine au supermarché, du caddie au congélateur ou au réfrigérateur, du micro-ondes à l’assiette: tel
est le nouvel itinéraire d’aliments industriels dont les goûts se ressemblent, tout comme les voitures se
ressemblent, mais la standardisation du goût porte bien plus à conséquence que celle de l’automobile.

On mange avec son esprit…

On mange avec son esprit, tout comme on pense avec son corps. Dans le domaine alimentaire, le
règne absolu de la raison ne vaut que dans les moments où la maladie l’exige. Sinon c’est le signe
d’un dysfonctionnement où corps et esprit s’opposent. Où l’un désire et l’autre interdit. Et à ce jeu, on
ne connaît que des perdants. Un individu qui ne se nourrirait que de manière strictement rationnelle se
couperait du monde et de lui-même. Un monde où la nourriture serait réduite à ses composantes
physico-chimiques programmées pour la seule subsistance, vidée de tout désir et de tout plaisir,
risque de crever.
La cuisine est à la nourriture ce que l’érotisme est à la sexualité : elle transcende et métamorphose les
besoins en plaisirs, la nature en culture, la routine en rituel. Et puis encore, et puis surtout, elle
constitue le fondement du lien familial et social, enseignant le don et le partage. Cuisiner, c’est n’être
pas seul. Le moins possible.
En ces temps troublés où l’on s’interroge sur l’avenir de l’homme et du monde, on est incapable de
s’intéresser au contenu de son assiette. Le geste le plus vital, manger, fait peur ; et le plus sacré,
nourrir, ennuie. On se défausse de l’un comme de l’autre, on le délègue aux industriels avec le seul
souci d’investir le moins de temps possible. L’équation reine de ses vingt dernières années -travail,
argent et peu de temps- a donné au "fast-food" l’essor que l’on connaît. Cette obsession du vite fait
n’est pas seulement une manière de nourrir, elle est une manière d’être caractérisée par les fausses
urgences, l’absence de pensée et la perte du sens.
Il y va de notre santé, de la convivialité, et du bonheur du goût. En un mot de civilisation. La question
alimentaire est ce qu’elle est, une question philosophique, éthique et esthétique.
Etre attentif à ce que l’on mange prédispose à une sélectivité plus globale. Il y a dans le rapport que
nous entretenons avec la nourriture, un continuum avec les autres choses.

"L’homme mange, la bête se repaît, l’homme d’esprit seul sait manger " disait déjà
Brillat Savarin.
Manger ensemble est un acte de civilisation, de pacification. En revanche, sans horaire, ni partage, ni
règles d’aucune sorte, manger devient un geste solitaire, un besoin qui n’est plus pensé mais
seulement satisfait. Ainsi, ce qui pourrait être l’extrême de la civilisation et du don devient-il source
d’anxiété ou, pire, de déconstruction. Car si l’on veut privilégier le partage, manger ensemble et avec
plaisir, il faut se donner un peu de mal, penser aux goûts de chacun, varier, innover, surprendre ou au
contraire choisir de se souvenir ensemble en préparant "un plat totem" qui nous projette
instantanément dans une atmosphère nommée, identifiée et source d’émotion généralement reliée à
l’enfance.
Jamais société n’a produit autant de discours sur la nourriture ; jamais civilisation ne fut aussi
généreuse en aliments frais, crus, cuits, surgelés, congelés, lyophilisés ou en conserves. Jamais
légumes, fruits, céréales, viandes, volailles ou poissons n’ont voyagé aussi vite et aussi loin chaque
jour, défiant les saisons. Justement les saisons ?
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On ne sait même plus ce que c’est. Soit parce sue les aliments industriels sont intemporels; soit parce
qu’on trouve tout partout toute l’année. Déjà, au 18ème siècle, Jean-Jacques Rousseau refusait les
cerises en plein hiver, au nom de la santé, avant d’en déduire qu’il fallait préférer l’ordre de la nature,
donc l’égalité de traitement entre les individus.
On nous assure que, bientôt, on travaillera autrement, que l’on vivra autrement et de plus en plus
longtemps. Comment ne pas se dire, avec toutes ces mutations sociales, que notre rapport à la
nourriture va encore changer ? Pour le meilleur ou pour le pire ? Cela ne dépend que de nous. Les
femmes travaillent et cela prend du temps, de l’énergie. Le travail serait à l’origine des phénomènes
ayant détourné, selon les uns, ou libéré, selon les autres, la femme de sa vocation de cuisinière.
Travailler, gagner de l’argent, devenir autonome, c’est changer de place. Accéder à la visibilité incite à
constituer une nouvelle hiérarchie de priorités et de valeurs. C’est ce que l’on a nommé: la révolution
féminine, la découverte du choix.
Dans les faits, pour la grande majorité des femmes, ce fut l’apprentissage difficile de la conciliation du
privé et du public. Un espace public tout-puissant face à un espace privé réévalué grâce, à la
contraception, à l’industrie agro-alimentaire et à celle de l’électroménager. Cela peut choquer de voir
évoquer sur le même plan la pilule, le surgelé et le micro-ondes, mais sans la synchronisation de ces
inventions, la vie des femmes aurait changé de manière moins radicale. Si l’on ajoute à cela que les
années quatre vingt ont apporté sur la place publique ce qui jusque-là relevait du privé, tel que les
mœurs, la sexualité, les relations familiales, on peut s’interroger sur la permanence même d’une
sphère privée. Comme l’écrit Dominique Wolton «si tout est public, plus rien n’est privé», et cela ne va
pas sans conséquences. Outre une rupture d’équilibre, comment éviter alors l’homogénéisation des
manières de voir, de penser le monde et de se nourrir. Comment éviter que le temps et l’espace
nécessaires à l’intimité, et propres à chacun, ne soient balayés ?
Il n’y a pas de société, a fortiori démocratique, sans la prise en compte et le respect des différences.
L’une des plus fondamentales est celle qui distingue l’espace privé de l’espace public. A chacun
d’opérer la répartition qui lui convient. Mais la nourriture relève de l’espace privé, comme le couple et
la famille.

Mais qu’en est-il de cet espace privé dans certaines institutions ?

Dans certaines institutions, l’observance obligée d’un règlement qui s’immisce dans l’intimité du sujet
et programme tous les détails de l’existence quotidienne tient à ce que j’appelle de la "pathologie
institutionnelle".
Il y a un tragique de la dépersonnalisation, de l’embrigadement des hommes et de la planification
bureaucratique de leurs désirs et de leurs besoins qui ne doit rien à leur handicap.
En excursion, tel établissement décidera, quels que soient l’appétit, le gabarit ou l’envie de la personne
ce que sera le déjeuner: deux tartines pour tout le monde, et chacun devra se régaler de saucisson ou
de fromage, pas les deux, pas en même temps, pas le même jour.
Dans telle autre, le végétarien est assimilé à un dangereux anarchiste, qu’il faut rééduquer à tout prix.
Dénier le choix alimentaire à une personne fut-elle handicapée ou non, c’est lui voler l’autonomie de
l’acte de manger. S’il y a une éthique de ce côté là, c’est celle du renoncement et de la négation..
Toute la question éthique réside dans la détermination des limites. Il n’est aucun bien absolu, ni aucun
mal absolu. Mais je pense que savoir ce que tel ou tel aime ou déteste manger, ne serait ce qu’en
interrogeant son propre désir, son propre goût, est dans les limites du possible.
Heureusement, ces institutions ne sont pas légion, mais elles existent et il faut les dénoncer. Tout y
fonctionne dans une perspective d’instrumentalisation pure de l’homme dans laquelle toute jouissance
qu’elle soit gustative ou sexuelle est exclue. On y fabrique un homme calculable dans ses goûts et l’on
détruit son intelligence au profit de la docilité. Quid de l’appétence?
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Tout ce qui touche à la nourriture, à ses rites et à ses rythmes, a un effet "systémique", affectant le
système relationnel dans son ensemble. Tous les rituels alimentaires deviennent des routines
lorsqu’on cesse de penser, de prévoir, de préparer, de se réjouir de ce que l’on mange. Rituel ou
routine se reproduisent à l’identique au même moment, mais le rituel doit se réinventer chaque fois
dans la joie, par ceux qui le choisissent. Il est neuf tout en étant familier, tandis que la routine se
répète mécaniquement dans la contrainte. Le rituel est un moment sacré qui se partage. Un moment
désiré auquel on se prépare, qui crée ou renforce des liens, leur donne un sens et invite à la
communion. Il est associé à l’idée de fête ou de raffinement, à ce qui n’est pas ordinaire, fut-il
quotidien.
La routine, au contraire, est le bégaiement de certains gestes, horaires ou mets, qui ne sont ni désirés,
ni préparés, tout juste assemblés ou réchauffés. Les liens s’émoussent, perdent leur sens, se défont
parfois . L’œuvre de "l’idéal ascétique" est parachevé lorsque on finit par désirer ne plus avoir de désir
et par avoir du plaisir à n’en plus avoir.
On en arrivera à considérer le bonheur comme l’absence de malheur, la santé comme absence de
maladie ou le plaisir comme absence de désir. Le plaisir de manger ne coïncide pas intrinsèquement
avec le désagrément, comme aiment à le faire croire les tenants de la morale ascétique.
Ces désirs de "bonne bouffe" légitimes après tout, y sont puissamment contrariés, puis associés à des
camisoles morales tels, la faute, le péché, l’interdit, la peur.
Les résidents de telles institutions vivent bien souvent dans une temporalité figée et n’ont aucune
initiative personnelle.
Dans ce milieu clos, par ce qui lui reste de conscience de sa liberté, le résident s’affronte parfois à
l’institution en un combat nécessaire, car il représente sa seule défense contre l’aliénation
institutionnelle totale.
Et nous constatons, en revanche, une confiance non moins nécessaire envers le personnel de
l’institution et l’institution elle-même.
Rôle pathétiquement contradictoire. Une rigidité dans le corps, une souplesse dans l’âme.
Mais n’est-ce pas Hippocrate qui disait "que la nourriture soit un traitement".

Ethique gourmande.

La sagesse gourmande voudrait que la gourmandise soit la pierre de touche de l’éducation
alimentaire; et qu’à ce titre il soit conseillé de la cultiver, de l’apprivoiser afin de toujours maintenir le
désir en éveil. Depuis que le QE (quotient émotionnel) a remplacé le QI (quotient d’intelligence), il ne
fait plus de doute que la gourmandise est un effet de l’intelligence. Est-ce à dire que l’ère de la
diététique est révolue ? Certes non, mais la nécessité diététique est devenue inhérente au fait de se
nourrir. Elle invite à penser ce que l’on mange ou, mieux encore, à le sentir. Au lieu d’emprunter le
chemin de la douleur et de la privation, qui s’incarne dans les régimes alimentaires par définition
cycliques et frustrants, la sagesse gourmande installe un regard nouveau sur la nourriture, réconciliant
le corps et l’esprit, le bon et le bien grâce à un geste culinaire charnel, sensuel, raffiné. La quête n’est
plus seulement celle d’un corps institué, dicté par la société et conforme à un modèle surpuissant,
celui de la minceur. Elle est dans une attitude de bien-être qui suppose l’apprentissage de l’écoute de
son propre corps. Le passage de l’équilibre à l’harmonie est celui d’un corps rêvé à un corps habité. Il
nous invite à repenser notre relation à la nourriture en réhabilitant le goût qui donne sens au besoin de
manger. La sagesse du corps permet à l’organisme de "reconnaître" ce qui lui fait du bien et ce qui lui
fait du mal. Avec un minimum de connaissance de soi, chacun de nous peut parvenir à cet éveil. Ainsi
se forge avec le temps, une sorte de morale alimentaire personnelle. Ceux qui s’y tiennent, à l’opposé
de ceux qui font des régimes, réussissent à modifier leur regard sur les aliments, harmonisant leurs
goûts avec ce qui leur fait du bien. Cette manière d’être n’exclut ni la gourmandise, ni même parfois
certains excès. Le corps parle; il suffit de prendre la peine de l’écouter. Cette politesse minimum n’est
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pas donnée; elle se forge jour après jour, avec la conscience qu’il y a là un projet essentiel à réussir
pour vivre au mieux. La notion d’interdits alimentaires est alors dépassée annulant tout sentiment de
frustration ou de culpabilité et de ce fait, tout comportement compulsif de compensation. Le goût seul
décide. Le corps répond en toute liberté. Choisir de manger ce qui est désiré par son propre corps,
dicté par une voix intérieure et non plus extérieure, fut ce celle d’un spécialiste, est tout simplement
une preuve de santé. Les modifications des comportements alimentaires sont indissociablement liés
aux changements sociaux.
Si nous ne savons plus exactement ce que nous mangeons, ni ce qui est bon pour nous, tant les
discours sont contradictoires, il en découle que nous mangeons dans la crainte parfois, et le plus
souvent dans l’ennui, des aliments certes sains, mais désincarnés parce que coupés de la vie.
Et quand on sait combien l’alimentation est un pilier de l’identité, on peut légitimement s’interroger sur
les conséquences de ce vide. Ainsi, même quand il lui arrive d’avoir du goût, l’aliment moderne a
rarement une odeur. Et nous savons combien la trace olfactive construit la mémoire, évoque une
émotion, rattache à un être, une famille, une culture. " Le goût et l’olfaction sont les plus décriés des
cinq sens car ils montrent à l’envi combien l’homme qui pense et médite est doublé d’un animal qui
renifle et qui goûte". Michel Onfray. "Nous sommes ce que nous mangeons" cette expression signifie
qu’à tout le moins, ce que nous mangeons devient nous-mêmes… En incorporant les aliments nous
les faisons accéder au comble de l’intériorité. Ils participent ainsi de notre identité. Contrairement au
vêtement qui dit aussi qui nous sommes, mais demeure une parure au contact du corps, les aliments,
eux, prennent symboliquement corps et nous transforment de l’intérieur, par analogie à ce qu’ils sont.

De l’alimentation industrielle et des publicitaires.

Les produits industriels ne suscitent pas de discours symbolisés. Ils sont désincarnés, sans chair et
sans âme; sans histoire et sans amour. Et c’est alors le discours publicitaire qui donne comme objectif
de pallier tous ces manques. Il se doit d’essayer de donner vie à ces nutriments, à travers des mots et
des images, en espérant que les consommateurs se les approprient. On vend le produit avec son
discours, son supplément d’âme. Le "mode à rêver" accompagne le mode d’emploi. Sans discours,
ces marchandises ne susciteraient que méfiance (au même titre que des médicaments sans mode
d’emploi); elles ne seraient pas culturellement comestibles, précisément parce-qu’elles ne sont pas
vivantes. Reste qu’une marque n’est pas une personne. La marque nous assure et nous rassure au
mieux sur la qualité comestible ou savoureuse: on peut lui être fidèle mais il n’y aura jamais de lien
charnel avec elle, ni de retrouvailles privilégiées. La fonction de la publicité est d’essayer de faire de la
marque une personne. La question est bien celle du sens : pourquoi manger, et non seulement quoi
manger ? Quelle que soit l’inventivité des discours publicitaires, ils soulignent le manque essentiel de
ces nutriments surgelés, sous vide ou en conserves – qui se réchauffent mais ne se cuisinent pas -
leur caractère désincarné! Le fait de les appeler "produits" en constitue l’aveu; "aliment" leur donnerait
un peu de chair, à défaut d’une âme. Enfin, ils favorisent les repas en solitaire. C’est tout à la fois leur
vice et leur vertu. Une série de fractures s’installent au sein de la sphère intime, entre parents et
enfants, aussi préjudiciables que les fractures sociales dues au chômage. Le travail : ceux qui en ont
(à plein temps, à temps partiel) s’opposent, par leur mode alimentaire, aux chômeurs ou aux retraités.
Chez les inactifs, ce sont les repas qui structurent la journée, chez les actifs c’est le temps qui
structure l’alimentation. Le temps, donc, semble manquer, on croit nécessaire de manger dans
l’urgence. Or qui dit urgence dit dévalorisation du projet. Manger n’est plus un projet; on ne s’y prépare
pas puisqu’on ne prépare plus. On ne prend ni le temps du désir, ni celui du plaisir et du partage.
L’appétit est satisfait, il n’est plus cultivé quand il n’est pas trompé, comme c’est le cas dans la quête
éperdue de la minceur. Manger est de plus en plus une activité secondaire. On mange en marchant
dans la rue, en travaillant, en regardant la télé, en conduisant, en téléphonant etc… Qu’on se
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souvienne de ce que répondait Bouddha à ceux qui lui demandaient le secret de sa sagesse: "Quand
je dors, je dors. Quand je mange, je mange".

Des religions et de la culture.

Contrairement au christianisme, qui est devenu universel, pour avoir rendu licite toutes les nourritures
comestibles, le judaïsme et l’islam classent les aliments en deux catégories. Purs et impurs. Les
cuisines comme les langues, demeurent des lieux de résistance de la conscience identitaire.
L’enrichissement par le métissage, devient une expérience à tenter. Car une tradition culinaire, si riche
soit-elle, qui s’obséderait de pureté serait menacée de dégénérescence. Reste que l’application des
règles alimentaires dans la religion, illustre le propos de Lévi Strauss selon le quel la nourriture et bien
plus encore la cuisine sont un élément capital du sentiment collectif d’appartenance. En somme, ce
n’est pas seulement l’aliment qui construit le mangeur, mais symétriquement l’absorption d’une
nourriture inscrit le mangeur dans le groupe qui la pratique. Cuisiner, c’est faire œuvre de mémoire. Ce
besoin est encore plus grand chez ceux qui ont dû quitter leurs pays. C’est une façon de dire son
identité dans l’intimité, expression qui n’est en rien contradictoire avec la sincérité d’une volonté
d’assimilation dans l’espace public. On tente de ramener à soi, par la consommation de mets dits
typiques, ce "lointain intérieur" qui rassure. Nous sommes ce que nous mangeons, bien plus que ce
que à quoi nous croyons. Espace et temps, l’alimentation varie en fonction de ces deux paramètres. Il
semble évident qu’en pareille matière s’imposent la culture et l’éducation. Ainsi, si nous ne
consommons pas tout ce qui est comestible, c’est que tout ce qui est biologiquement mangeable n’est
pas culturellement comestible. Les Marocains se délectent d’intestins de moutons séchés au soleil
avant d’être frits; les Africains de criquets ; les Chinois de galettes confectionnées avec des punaises
d’eau; les Mexicains d’une blanquette de crapauds et je ne sais plus quelle population du globe, de
testicules de taureau et de vulve de truie. Sans oublier la frite, qui elle est le signe alimentaire de la
Francité. Eternelle question de l’inné ou de l’acquis. Y aurait-il des papilles spécifiquement britanniques
(les tremblotantes Jellies le laisseraient supposer), françaises, africaines ou asiatiques ? Mais il est
vrai que les cuisines, comme les langues, cohabitent mais se mêlent peu. En alimentation comme
dans d’autres domaines d’ailleurs, le terroir des uns est l’exotisme des autres. Et ce voyage en ailleurs
est, en soi, une initiation philosophique. La sagesse, ici gourmande, n’est- elle pas dans l’acceptation
de l’autre, dans ce qu’il a de plus spécifique, de plus différent ? Apprendre la différence, la nuance et
l’art de la saveur ajoutée, n’est ce pas une école en soi ? Le goût se forme par notre histoire familiale.
Il repose sur une trame liée à notre région. Il est tributaire de la culture du mangeur. Certes, il se
détermine à partir des quatre saveurs – salé – sucré – acide – amer, mais il est fortement teinté
d’affectivité et d’émotion. En matière de goût, l’indifférence est rare; on aime ou on n’aime pas.
L’irrationnel gouverne. La mode quelquefois. L’enfance surtout. L’éducation alimentaire transmise par
la mère, le milieu familial, le milieu de vie, consiste à apprendre à engranger des situations réelles.
Selon Joseph Hossenlopp, qui a enseigné l’analyse sensorielle, "ces expériences seront mémorisées
sous deux formes: les images sensorielles pour distinguer les produits, les différencier; et le plaisir
associé à ces images, souvenir des effets produits".
De cette manière se crée notre répertoire alimentaire personnel, unique et inaccessible aux autres.
Cette base de données peut être enrichie et modifiée par l’expérience. Fort heureusement, nos
comportements connaissent une certaine plasticité. Des décisions volontaires, comme le désir de
maigrir ou celui de devenir végétarien, peuvent aider à changer nos conduites alimentaires. Les
aversions comme les préférences sont le plus souvent apprises. On sait aujourd’hui qu’aucune saveur
(y compris le goût sucré) n’est transmise génétiquement.
Reste que la plasticité des comportements alimentaires est très variable selon les individus ; et
lorsqu’on a été un enfant difficile à table, ou lorsque le répertoire alimentaire des premières années a
été très étroit, il est rare que l’on devienne un adulte facile à nourrir et mangeant de tout. La résistance
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à la nouveauté croît avec l’âge. En cela le comportement alimentaire n ‘est en rien différent du
langage. Chacun sait qu’un enfant parle d’autant mieux et tôt qu’on lui a toujours parlé correctement,
comme à un adulte. Ensuite c’est la pratique de la lecture qui fait la différence. Pour la nourriture, c’est
la même chose. Plus tôt on l’initie aux saveurs, plus son palais sera sensible aux nuances. Il ne lui
restera plus qu’à associer les mets aux mots. Maman manger serait une personne fonction qui
imprègne définitivement l’inconscient de l’enfant. A la question: "Qu’est–ce qu’une maman?",
beaucoup d’enfants jusqu’à six ou sept ans répondent souvent: "C’est pour donner à manger". La
mère – manger est aussi celle qui apprend à l’enfant à parler en commençant par le vocabulaire
alimentaire et celui de l’amour, au point que se crée dans l’esprit de l’enfant, et pour toujours
l’association aliment maternel–amour. Cet apprentissage est décisif à maints égards. Tout d’abord par
la discrimination entre le comestible et le non–comestible, la mère introduit la morale et la notion
d’interdit. Le premier étant "ne mange pas ça", la première morale est bien une morale du comestible.
La mère est celle qui protège la vie en désignant, dans ce domaine le dangereux, le mortel. Ensuite,
en nommant les aliments dans leur forme, leur couleur, leur consistance et leur goût, la mère apprend
à parler à l’enfant. Ce sont là les premières expériences sensorielles nommées et décrites. En effet,
l’apprentissage du vocabulaire alimentaire fait appel à l’œil, l’oreille, le nez, la main et la langue.
L’enfant voit ce qu’il mange; il entend sa mère le nommer, il le sent, il le touche, il le goûte. D’où
l’importance de varier les aliments. Cette diversité enseigne la richesse sensorielle et celle des mots,
au point de les associer dans la sensualité. Gisèle Harrus–Reverdi explique: "Par le plaisir ou le
déplaisir du goût, l’enfant fera l’acquisition du goût ou du dégoût des mots". S’il aime le chocolat, il sera
porté à le dire et à le dire avec bonheur, doublant ainsi son plaisir. Car une chose est d’aimer, une
autre est de le dire. Qui a dit: "Il n’y a pas d’amour, il n‘y a que des preuves d’amour ?". Il n’est donc
pas impossible qu’une forme de pauvreté du langage et de la sensualité puisse être induite par une
nourriture monotone. Une des manières pratique de se nourrir, dont le hamburger est le prototype, ne
demande aucun effort, pas même celui de mâcher. Le hamburger aliment mou – doux universel, serait
au même titre que le nounours ou le chiffon, un "objet transitionnel" comme disent les psys, mais son
originalité est qu’il est périssable, alors que le nounours est dur à cuire. Reste que tous deux
remplissent la même fonction, ils rassurent par leur manque de nouveauté. Rappelons que, chez
l’enfant, le passage d’un stade de développement à un autre est toujours accompagné d’un
enrichissement progressif du régime alimentaire. Grandir, devenir adulte, c’est manger de tout, à
heures fixes. Cette évidence est de moins en moins partagée. Pour les petits comme pour les plus
grands, zapper est devenu un mode de vie, y compris dans le domaine alimentaire: on l’appelle
grignotage. Les industriels de l’alimentaire s’en réjouissent; la Sécurité sociale craque.
On peut pourtant comprendre le rôle fondamental de l’éducation alimentaire et de sa richesse. Elle
forme le goût, construit le lien de l’enfant avec sa mère et lui donne les moyens de devenir autonome
en lui enseignant la différence.
Différence entre le comestible et le non–comestible; entre le chaud et le froid; entre le mou et le dur; le
sucré et le salé etc… pour aboutir à la différence entre la mère et l’enfant; puis entre l’enfant et les
autres. Ainsi la diversité du goût, que la cuisine permet de développer, constituerait un apprentissage à
la diversité du vocabulaire, mais aussi à la capacité de jugement, au sens de la nuance.

Quid du plaisir ?

Renoncer au plaisir, faire le choix de la rationalité pour se soumettre à l’image de la normalité, celle
d’un corps institué ? Trop frustrant, sauf à enjoindre comme Jean-Jacques Rousseau, dont le
puritanisme plaidait pour la parcimonie, que "le frein même des pulsions soit vécu comme un plaisir".
Pourquoi pas ? Mais cela ne dure qu’un temps, ou alors cela devient pathologique. A l’inverse, choisir
la volupté au détriment de la santé, assumer un statut de marginal ? Crâne, mais dangereux. C’est
pourquoi, le "fondateur de la diététique moderne" conseillait déjà, dans "La nouvelle Héloïse", l’alliance
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du puritanisme et de l’hédonisme. Pris séparément, ils peuvent devenir deux formes d’intégrisme et
aboutir à bon nombre de délires, voire à la destruction du corps. Ils se nomment anorexie ou boulimie.
Les exemples ne manquent pas. L’équilibre recherché par l’hygiènisme est de nature biologique,
mathématique, rationnel. Il peut susciter une obsession de pureté toujours suspecte, parfois
dangereuse. Le végétarisme, qui se contente de supprimer la viande longtemps symbole de richesse
et de puissance, aujourd’hui pour ses adeptes, symbole de violence – ne semble pas menaçant pour
la santé de ceux qui le pratiquent, à condition de remplacer les protéines de la viande par celles
contenues dans les fruits, les légumes secs ou le poisson. Mais les "végétaliens", qui s’interdisent la
consommation de tout produit animal, y compris le lait et les œufs, font preuve de mysticisme. Or la
mystique alimentaire n’a de sens que pour les grands esprits qui y trouvent un support métaphysique,
comme ces bouddhistes japonais qui pratiquent "l’automomification", c’est–à–dire, en clair, qu’ils se
laissent mourir de faim. Pour le commun des mortels, le danger est le même, l’absurde en plus, car ils
n’ont pas la satisfaction d’attendre le Bouddha Amida ! Et puis, où s’arrêter ? "Gare au cri de la salade
lorsqu’on l’arrache à sa terre nourricière" comme le dit Annie Hubert. L’harmonie, au contraire de
l’équilibre est d’essence spirituelle; elle est celle du corps et de l’esprit; elle se donne comme projet, le
bien être, le plaisir – que certains appellent bonheur. Il appartient donc à chacun de définir la sienne,
mosaïque et paradoxale. Les interdits sont ceux que le goût choisit; les qualités, celles que le corps
réclame. Le lien entre nourriture et santé est commun depuis toujours à toutes les cultures; le lien
entre nourriture et plaisir signale, lui, les moments exceptionnels de la vie. Sous toutes les latitudes, on
ne conçoit pas de fêtes sans agapes. Mais au quotidien, trop peu de gens pensent plaisir en pensant
nourriture, comme si le fait de se réjouir en mangeant était réservé à certaines circonstances.
Pourquoi ne pas faire du quotidien une fête. Et si oui, ce que l’on mange et comment on le mange y
contribuent fortement. Alors intervient l’éthique culinaire qui, dans l’esprit du temps, signifie cuisiner
dans le raffinement. On aura compris qu’il s’agit non de luxe mais de pensée, non de niveau de vie
mais de mode de vie. En un mot de philosophie.

Final

Sociologues, économistes, juristes, historiens, démographes et philosophes, tous s’accordent à le
dire: il va nous falloir travailler autrement, et donc vivre autrement. Peut-être tout simplement
apprendre à vivre. Définir l’essentiel, retrouver du goût et du sens. Si donc le travail devient un moyen
de mieux vivre sa vie privée et non l’inverse, s’il n’est plus le seul vecteur de l’identité sociale, voire de
l’identité tout court, s’il cesse d’être le grand ordonnateur du temps et du sens, il nous faudra bien
investir d’autres champs identitaires et tenter de devenir ce que nous sommes. C’est à l’intérieur de ce
débat que se pose la question de la nourriture, du rapport aux aliments, de leur préparation, de leur
goût, du plaisir qu’ils procurent, des liens qu’ils sollicitent. Le philosophe Franco Ferucci dit que
"philosopher c’est voir les choses telles qu‘elles sont". Cuisiner c’est faire en sorte que les choses
aient le goût de ce qu’elles sont. La recherche de cette simplicité n’est autre que celle du bonheur.
Vivre autrement, c’est donc se nourrir autrement puisqu’on sait combien les changements sociaux
influent sur les modes alimentaires. Et si le fast food a triomphé ces dernières années où la denrée
rare était le temps, qu’est – ce qui dominera dans l’avenir, si nous retrouvons une certaine disponibilité
et une autre mentalité ? On peut espérer, qui sait, que peut être alors les jours auront un petit goût de
miel, et que nous regarderons les "abeilles" d’une autre façon. Vous savez les abeilles ? Ce sont ces
tout petits bouts de soleil si mal aimés.
                                     Table ronde




Les questions ont principalement porté sur : le passage des aliments, le réflexe de toux, la spécificité
entre enfants et adultes, les gestes techniques en dehors des repas, la sensibilité, les formations
spécifiques

La conclusion insistait sur l’importance du dialogue et de la collaboration : personne concernée –
parents – kiné – logo. Ensemble dans un projet cohérent, mettons en évidence les besoins, les
demandes, les problèmes et les pistes. Il y a un fil rouge pour les difficultés et un autre pour les
solutions. On est dans le compromis, dans les choix et dans le respect de la personne. C’est le
court terme et le long terme. Ne jamais capituler.




Ligue d’Aide aux Infirmes Moteurs Cérébraux de la Communauté Française de Belgique, asbl
rue Stanley, 69 - 71 à 1180 Bruxelles - tél 02. 343.91.05 – courriel : limc.cfb @ swing. be

ACCOMPAGNEMENT
Conseils individuels, soutien et accompagnement des familles, des enfants, adolescents et adultes
IMC, de leur entourage.
Informations sociales et législatives
Documentations sur le matériel, l’école, le travail, la rééducation, le logement, les loisirs, etc ...
Relais avec les institutions, les professionnels de la santé, de l’éducation, de la formation, etc...
EDUCATION PERMANENTE
Education permanente et formation continuée des adultes
Animation d’un groupe de réflexion pour adolescents et adultes
Présence à des colloques et journées d’études
Organisation de journées de travail et séminaires
REPRESENTATIVITE
Participation à divers conseils consultatifs et commissions
Partenariat avec des associations belges et étrangères
BIBLIOTHEQUE SCIENTIFIQUE
Plus de trois mille titres à la disposition des étudiants, des professionnels et de tous ceux qui
souhaitent les consulter.
EDITIONS
Un périodique trimestriel : “ Invitation à Mieux Communiquer ”
Un vade-mecum de conseils pratiques : “Laurent, Alex, Sophie et les autres”
Des cahiers thématiques


Association Bobath Belge, asbl
Chaussée de Gand 1007 à 1082 Bruxelles - tél/fax 02/428.55.39 - www.bobath.be

L’asbl A.B.B.V. (Association Belge Bobath - Belgisch Vereniging) est l’organisation belge pour
thérapeutes BOBATH.
Elle est reconnue par l’Organisation Internationale des thérapeutes Bobath et par l’E.B.T.A. (European
Bobath Tutors Association).
L’ association est la seule autorisée à enseigner le concept Bobath en Belgique.
L’ABBV a comme objectifs :
    1. d’améliorer et d’optimaliser le traitement des enfants et adultes IMC (infirmes moteurs
        cérébraux), des patients victimes d’un AVC (accident vasculaire cérébral) et des patients
        souffrants d’autres problèmes neuro-moteurs. Le concept Bobath est également indiqué pour
        les enfants qui présentent un retard du développement.
Les principes de traitement et de management des patients sont conformes au concept N.D.T
(Neurodevelopmental Treatment ) ou Bobath .
    2. d’organiser et d’enseigner des cours de base accessibles aux médecins et paramédicaux.
        Certains cours sont également organisés pour les infirmiers, les éducateurs et le personnel
        soignant. Ces cours permettent d’acquérir le diplôme et les compétences selon le concept
        Bobath. Des recyclages, cours avancés et des workshops sont également au programme des
        objectifs pédagogiques de l’association.
Certains cours sont également organisés pour les infirmiers, les éducateurs et le personnel soignant.
Le cours « Halliwick » (hydrothérapie) est accessible à tous.


Les Coccinelles, asbl
rue de la Halette, 150 à 4101 JEMEPPE - tél. 04. 234 99 39 - fax 04. 234 99 31


Centre de vie pour personnes adultes à mobilité réduite.
Agréé par l’A.W.I.P.H. comme service résidentiel et service d’accueil de jour.




                                 Les participants
103 personnes : adultes avec IMC, parents, éducateurs, ergothérapeutes, logopèdes, infirmières,
puéricultrices, assistants sociaux, kinésithérapeutes, médecins, cuisiniers, économes, instituteurs,
diététiciennes, philosophe et divers
                                        Sommaire
Introduction                                                                            p. 2
A table ! Pas facile…ni pour les petits, ni pour les grands (apports de la logopédie)   p. 5
La question de l’autonomie (apports de la kinésithérapie …)                             p. 13
Apports de la diététique                                                                        p. 19
Ethique de l’alimentation                                                               p. 20
Table ronde                                                                             p. 29
Organisateurs                                                                           p. 29
Participants                                                                            p. 30

				
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