Cours no 4

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Période 1. De l’antiquité à la fin du Moyen-âge

     Séance 3. De la fin de l’empire carolingien à la fin
     du Moyen-Age

                                          Plan

Histoire générale

I. Repères chronologiques ; de l’ordre féodal à l’ordre royal
     A. Eclatement de l’Empire carolingien
     Le partage de Verdun en 843
     B. L’avènement des Capétiens et la construction de l’Etat

II. La société médiévale : la société des trois ordres
     A. Prêtre  l’Eglise, le clergé : ceux qui prient
            (pour le salut de la communauté des hommes)
     B. Guerrier  les seigneurs, la noblesse : ceux qu protègent les deux autres ordres
     C. Paysans : ceux qui produisent et nourrissent les deux autres ordres


Histoire de l’éducation

                 La constitution des universités médiévales

I. La création des universités
     Naissance de l’université de Paris

II. L’organisation des études universitaires
     A. La structuration en facultés
     B. La constitution des collèges
     C. Le modèle pédagogique

III. Les grades de l’université médiévale


                                  >> Zoom sur un personnage : Robert de Sorbon
                                                                                                    2

Période 1. De l’antiquité à la fin du Moyen-âge

       Séance 3. De la fin de l’empire carolingien à la fin
       du Moyen-Age



Histoire générale

I. Repères chronologiques ; de l’ordre féodal à l’ordre royal
Ordre établi par Charlemagne va peu à peu se dissoudre. Même après le changement de dynastie
provoqué par l’avènement d’Hugues Capet (dynastie capétienne), l’atomisation du pouvoir
demeure forte. C’est vers 1030-1050 que cette atomisation du pouvoir est la plus forte. A un
pouvoir central fondé sur notions d’universalité, de droit écrit et de bien public (caractéristique du
pouvoir de Charlemagne), se sont substitués une multitude de pouvoirs régionaux et locaux.
On assiste ensuite à la construction progressive d’un pouvoir central fort.
Ainsi, en 1285, Philippe IV le Bel se présente comme le souverain le plus puissant de la chrétienté.
Il n’existe aucun pouvoir supérieur au sien dans la limite des territoires placés sous sa
dépendance.

A. Eclatement de l’Empire carolingien
>> Le partage de Verdun en 843
Le fils de Charlemagne, Louis le Pieux (778-840) tente de poursuivre l’œuvre de son père. Mais
son règne est marqué par de longues luttes successorales (conflits importants avec ses fils).
A sa mort, ses trois fils continuent à se disputer le pouvoir (guerres très meurtrières). Ces luttes
aboutissent au partage de Verdun (843).  3e naissance de la France – écrit en français et en
allemand et non plus en latin.
                  Charles le Chauve : Francie occidentale
                  Louis le Germanique : Francie orientale
                  Lothaire conserve le titre d’empereur et reçoit la Lotharingie
Fin du rêve d’unité impériale. Renforcé par le fait que Lothaire partage lui-même ensuite son
territoire en trois (pour ses fils).

L’empire carolingien divisé, doit faire face à de nouvelles invasions : peuples scandinaves ou
vikings (embarcations rapides : drakkar). Ils s’emparent des monastères et richesses. En 911, le
roi Charles le Simple accorde à Rollon, chef normand (normand signifie : homme du nord) un
territoire autour de Rouen qui prend le nom de Normandie. Les normands sont peu à peu
christianisés.
En méditerranée, les Sarrasins lancent de nombreux raids sur les côtes d’Italie et de Provence.
Les cavaliers hongrois ravagent l’Europe de l’Est avant de s’installer dans la plaine du Danube.
Les rois voient peu à peu s’affaiblir leur autorité. Le pouvoir est progressivement transféré aux
comtes, aux grands propriétaires terriens locaux. Les grands propriétaires recrutent des hommes
libres pour assurer la protection des populations et, en échange d’un serment, leur attribuent une
terre. La terre (ou fief = feodum) est au cœur du serment qui lie le vassal à son seigneur. Au
début, à titre viager (durée de vie du vassal), puis le fief devient héréditaire. En dépit de
l’interdiction royale qui s’oppose à la construction de châteaux, ceux-ci se multiplient après 900.
Les paysans passent progressivement sous la dépendance de ceux qui possèdent la terre.
Seigneurs au niveau local s’attribuent pouvoir antérieurement le seul fait du roi : justice, levée
d’impôts, battre monnaie, faire la guerre…
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B. L’avènement des Capétiens et la construction progressive de l’Etat
En 987, Hughes Capet (v 941 – 996) est élu roi des français par une assemblée de grands
princes et de prélats désireux d’éliminer la lignée carolingienne alors en déclin.
Il fonde une nouvelle dynastie appelée à régner jusqu’à la fin de la royauté en France1.
Assure l’avenir de sa dynastie en restaurant un vieil usage carolingien : associer à la royauté son
fils aîné (Robert, connu sous le nom de Robert II le Pieux). Le pouvoir devient ainsi indivisible et
héréditaire  loi de primogéniture et loi de masculinité.
Mais sous Hugues Capet, le pouvoir encore bien limité. Le royaume est partagé en grandes
principautés territoriales (duché de Bourgogne, duché d’Aquitaine…), qui sont elles-mêmes
divisées en seigneuries vassales.
En outre, le roi est sous la dépendance de l’aristocratie qui l’a élu et du clergé qui l’a sacré.
Son règne ne s’étend guère au-delà du domaine royal (Paris et Orléans).
Puis, peu à peu, le pouvoir royal se renforce en exigeant l’hommage vassalique des petits
seigneurs, puis des grands féodaux.
Dans cette conquête d’un pouvoir unifié et d’un Etat centralisé, il convient de mentionner
l’importance du règne de Philippe II (Philippe Auguste) (1165 – 1223) >> règne à partir de 1180.
Sous Philippe Auguste, l’Etat se construit par le biais d’une administration centrale dont les
pouvoirs se renforcent. Le roi nomme des baillis dans les provinces (avant prévôts qui achetaient
leurs charges). Ils sont chargés d’exercer la justice, de prélever les impôts et de lever l’armée au
nom du roi. Les baillis constituent un personnel dévoué. Ce sont de petits nobles, agissant en
général par deux au début (à la manière des missi dominici de Charlemagne).
Philippe Auguste fait de Paris la capitale du royaume (avant, résidence itinérante des rois). Il fonde
la première forteresse du Louvres, crée les universités, pave les rues, et confie aux templiers la
gestion du Trésor royal.

Un phénomène important à relever : l’essor urbain. A partir du XIème siècle, la croissance
démographique et économique transforme les villes. Les foires se développent. Les corporations
s’organisent (réglementation de la qualité et des prix des produits). Les marchands et les villes
s’organisent en association, en guildes, en hanses.
C’est dans ce cadre que Philippe Auguste soutient les villes. S’établit ainsi une confiance nouvelle
entre le roi et la bourgeoisie des villes  permet de lutter contre l’influence de la haute
aristocratie.

Le règne de Philippe Auguste est donc un moment essentiel : constitution de l’Etat
moderne (pouvoir central avec délégations aux baillis) et, avec le développement urbain,
développement d’une nouvelle classe : la bourgeoisie.


II. La société médiévale
       La société des trois ordres
        Prêtres  l’Eglise, le clergé : ceux qui prient
               (pour le salut de la communauté des hommes)
        Guerrier  les seigneurs, la noblesse : ceux qu protègent les deux autres ordres
        Paysans : ceux qui produisent et nourrissent les deux autres ordres

La société médiévale est organisée en trois ordres. Il est intéressant à cet égard, comme le fait
l’historien Jacques Le Goff2 de mettre en relation cette situation avec les faits mis en avant par
Georges Dumézil (1898–1986). Cet auteur, dans le cadre de ses travaux de mythologie comparée

1
  Il convient toutefois de nuancer cette idée. On distingue généralement chez les Capétiens :
         - Les Capétiens directs (d’Hughes Capet en 987 à Charles IV le Bel mort en 1328)
         - Les Valois (de Philippe VI de Valois de 1328 à Henri III mort en 1589)
         - Les Bourbons (d’Henri IV en 1589 à la chute de Louis-Philippe en 1848).
Cette présentation est très schématique, car il conviendrait de mentionner d’autres subdivisions de branches
(Bourbons, Bourbons-Orléans…).
2
  Le Goff, J. La civilisation de l’occident médiéval, Paris, Flammarion, 1982.
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(religion romaine, Inde, mythologie germanique, mythologie japonaise…) élabore sa théorie des
trois fonctions ou théorie tri-fonctionnelle. Il montre que l’organisation mythologique se construit en
référence à trois fonctions (qui constituent la base de schémas mentaux de base) : fonction
sacerdotale (magico-religieuse), fonction guerrière (force, violence), fonction productrice (travail).

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A. Prêtres  l’Eglise, le clergé : ceux qui prient (pour le salut de la communauté des
hommes)
         1/ Clergé régulier et clergé séculier.
L’Eglise est très présente dans le monde du moyen-âge.
On distingue deux formes de clergé : le clergé séculier et le clergé régulier. Le clergé séculier
« vit dans le siècle » (d’où le nom « séculier ») au milieu des fidèles. Le clergé régulier est
constitué par les moines qui suivent dans les monastères une règle de vie (d’où le nom
« régulier ») fondée sur la prière, le service divin et le travail.
 Clergé séculier
Système hiérarchique : Pape (évêque de Rome) élu par les cardinaux  Eglise divisée en
diocèses dirigés par évêques  Diocèse divisé en paroisses dirigées par un curé.
La vie des hommes est liée à la place de l’Eglise. Les grands moments de la vie sont liés à aux
divers sacrements religieux : baptême, mariage...
Le clergé lève un impôt : la dîme.
Le christianisme est conquérant et hégémonique : condamnation des hérétiques, croisades (1095,
première croisade prêchée par Urbain II)…
 Clergé régulier : le monde monastique.
Pour certains, le monde est mauvais. Pour se rapprocher de Dieu, il faut se détourner du monde.
Les moines se retirent du monde au sein du monastère. Ils y observent une règle stricte qui
organise la vie quotidienne. Ils prient pour le monde et les hommes.
Le monastère est un lieu de prière, mais aussi un lieu de culture. C’est ainsi que les moines
copient et décorent les manuscrits (conservent, copient et recopient les textes antiques et
chrétiens). Ils disposent ainsi de bibliothèques avec des écrits sur la Bible, des manuels pour
apprendre le latin, des ouvrages sur la vie des Saints et des souverains…
Quelques ordres monastiques importants.
 Bénédictins. Règle de St Benoît de Nursie (VIème siècle) – voir cours précédents.
 Clunisiens créé au Xème siècle (vers 909). Cet ordre est constitué à partir de l’abbaye de Cluny
(25 km au nord-ouest de Macon). Il s’agit d’un ordre bénédictin. Les clunisiens expriment la
volonté de redonner une nouvelle vigueur à la règle de St Benoît. L’ordre devient très puissant. Il
prépare les futurs cadres de l’Eglise (évêques, Urbain II par exemple a été formé chez les
clunisiens). Peu à peu, l’ordre s’enrichit de manière considérable, ce qui l’éloigne de la règle de St
Benoît.
 Cisterciens. Cet ordre est constitué à partir de l’abbaye de Cîteaux. Il s’agit aussi d’un ordre
bénédictin. L’abbaye de Cîteaux est fondée en 1098 et devient à partir de 1110 le centre d’une
nouvelle réforme bénédictine. En 1115, Bernard (Saint-Bernard) fonde une abbaye à Clairvaux
(Aude) au cœur d’une forêt (recherche de l’isolement). Sa renommée sera grande à tel point que
tous les cisterciens recevront le nom de « bernardiens ».
Ces moines blancs, qui s’opposent aux moines noirs de Cluny partagent leur temps entre prière et
travail : recherche d’autarcie dans un idéal de pauvreté et de pénitence.
En 1150, 300 monastères sont affiliés à Cîteaux.

Préceptes de saint Bernard sur ce que doit être l'art monastique
"Je dois vous reprocher un abus à mes yeux plus grave, quoique devenu si fréquent qu'on n'y prête plus attention : vous
donnez à vos églises des proportions gigantesques, les décorez avec somptuosité, les faites revêtir de peintures qui
détournent irrésistiblement sur elles l'attention des fidèles (...). J'admets que vous le faites pour la gloire de Dieu. Mais
dites-moi, vous qui pratiquez la pauvreté de l'esprit, que vient faire tant d'or dans un sanctuaire ? (...) Mais surtout, quel
rapport avec votre vie de pauvres, de moines, de spirituels ?
Extrait de Bernard de Clairvaux, "Lettre à l'abbé de Saint-Thierry", 1125.

Mais comme Cluny, l’ordre cistercien s’enrichit fortement : relâchement des règles.
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 Ordres mendiants
Ils se constituent par opposition aux ordres existant avec la volonté de revenir au dépouillement de
l’Eglise primitive. Ne devaient rien posséder. Devaient vivre de la charité publique.
         Dominicains (fondés par St Dominique de Guzman en 1215-1216).
         Franciscains (fondés par St François d’Assise en 1217)
Les dominicains sont des prêcheurs itinérants voulant ramener les hérétiques à la foi. Les
franciscains insistent beaucoup sur exigence de pauvreté et de pénitence.
Les uns et les autres sont rapidement soutenus par la papauté et mis à son service. Exemple,
parmi les franciscains que sont choisis les missionnaires envoyés en Asie pour tenter de convertir
les mongols au christianisme.

         2/ Manifestation de la foi et construction des églises : art roman et art gothique
De très nombreuses églises sont construites tout au long du Moyen-âge. Au début, les églises sont
en bois et assez petites. Au Xème et XIème siècle, elles sont construites en pierre. Les contraintes
techniques imposent la construction d’églises massives et sombres. L’architecture romane utilise
des voûtes en berceau (en demi-cercle) très lourdes qui doivent être soutenues par des murs
épais où l’on ne peut percer que de petites fenêtres. Au siècle suivant (XIIème siècle), on utilise la
croisée d’ogives. La voûte est soutenue par des piliers consolidés par des arcs-boutants
extérieurs. Cette révolution architecturale définit le style gothique. Les cathédrales gothiques sont
plus hautes, et elles sont éclairées par des vitraux. Ogives, piliers et arcs-boutants assurent tout
l’équilibre de l’édifice. Les murs, déchargés de leur rôle de support, peuvent s’ouvrir très largement
à la lumière.

B. Guerrier  les seigneurs, la noblesse : ceux qu protègent les deux autres ordres
          Seigneurs, vassaux et monarchie féodale
La féodalité désigne le type de relation liant les hommes libres en Europe occidentale. L’insécurité
née des raids des Vikings et des Hongrois, pousse les hommes à se mettre sous la protection des
seigneurs.
La composante centrale de la féodalité est la vassalité : contrat qui lie un seigneur (suzerain) à
un vassal. Il s’agit d’un engagement réciproque (acte solennel).
Le vassal s’engage à ne pas nuire à son seigneur. Il lui doit aide (soit militaire, soit pécuniaire). Il
lui doit le conseil lors des délibérations du tribunal seigneurial.
Lors de la cérémonie le seigneur s’engage à protéger son vassal. Il doit l’entretenir, soit
directement à sa cour, soit en lui concédant un fief (terre).
Théoriquement, la vassalité devait être considérée comme une pyramide au sommet de laquelle
se tiendrait le roi, premier des suzerains.
Dans la réalité, comme nous l’avons vu plus haut, il y a de fortes résistances de la part des
seigneurs. Mais peu à peu, c’est cette organisation pyramidale qui prévaut, avec un roi qui domine
l’ensemble des seigneurs locaux.
          Noblesse et chevalerie
A partir du XIème siècle, les combattants à cheval forment la chevalerie qui devient rapidement
héréditaire. La littérature médiévale décrit la vie de ces guerriers professionnels, qui reçoivent une
éducation à la fois militaire et morale. Ils doivent en particulier se soumettre aux règles imposées
par l’Eglise.
Ces professionnels du combat à cheval sont initiés très jeunes. Cette éducation s’achève vers 18
ans par la cérémonie de l’adoubement. La présence du clergé donne un caractère sacré à ce rite
qui marque l’entrée dans l’âge adulte.
Le chevalier reçoit de son seigneur l’épée, le haubert, le heaume, des éperons, une lance, l’écu et
enfin la colée (coup sur la nuque). Ceux qui combattent sont au service d’un seigneur et ne sont
pas soumis à des taxes comme les paysans.
C’est dans ce cadre que se développe l’idéal chevaleresque : vaillance et loyauté et, à partir du
XIIème siècle, la « courtoisie » (conception de l’amour et de l’esprit chevaleresque : sens de
l’honneur, importance de la parole et du serment).
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Un chevalier modèle au XIIème siècle.
"Le fils de Pierre, Ansoud, fut assez peu semblable à son père par ses moeurs, plus grand par sa valeur. Il était en effet
d'un caractère excellent et plein de grandeur, courageux, puissant physiquement, très remarquable par sa loyauté de
chevalier (...) Il fréquentait les églises et prêtait une oreille attentive aux sermons sacrés.
Se contentant d'une union légitime, il aimait la chasteté ; il ne blâmait pas l'obscénité du désir comme un laïc par un
verbiage vulgaire, mais il la condamnait devant tous par de fins arguments, comme un docteur de l'Eglise. Il louait les
jeûnes et toute sorte de continence de la chair. Il s'abstenait totalement de commettre des rapines."
Extrait de Orderic Vital, "Histoire ecclésiastique".

C. Paysans : ceux qui produisent et nourrissent les deux autres ordres
Deux catégories : serfs (nom donné aux hommes non libres : attachés à une terre – la servitude
est héréditaire) et paysans libres (que l’on appelle parfois les alleutiers, car ils possèdent une
terre : l’alleu).
Les terres des seigneurs sont partagées en deux parties :
● Réserve.
Elle est exploitée directement par le seigneur. Elle est dirigée par un intendant qui assure le
contrôle du travail des serfs et des paysans libres.
● Seigneurie.
Elle est divisée en plusieurs lots de terres (tenures) confiés aux paysans. Ceux-ci doivent en
échange travailler sur la réserve et s’acquitter de diverses taxes.
Les paysans doivent travailler sur la réserve pour les moissons ou entretenir les routes et les
canaux. Ils remettent une partie de leur récolte ou de leur bétail. Ils payent des impôts (le cens et
la taille) et utilisent obligatoirement le four, le moulin et le pressoir du seigneur (banalités).
Toutes les redevances en nature ou en argent ainsi que les corvées sont dues à des dates fixes
qui suivent le calendrier des fêtes religieuses.
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Histoire de l’éducation

                     La constitution des universités médiévales

I. La création des universités : la naissance de l’université de Paris
A. Contexte de création
L’université de Paris se constitue dans un contexte particulier :
- Constitution progressive d’un pouvoir central fort (voir plus haut). Paris devient le centre effectif
  de la France
- Renforcement du monopole du haut clergé sur l’enseignement
- Effervescence intellectuelle liée à la référence à certains penseurs occidentaux importants
  (Pierre Abélard 1079-1142, par exemple) ou à l’apport de la civilisation et la culture arabe
  (médecine arabe très en avance sur la médecine occidentale par exemple)
- Important essor urbain
- Organisation de la civilisation urbaine en corps de métiers

A la fin du XIIème siècle et au début du XIIIème siècle, se constituent les premières corporations
enseignantes : ce sont les universités. Les universités ne renvoient au début à aucun bâtiment ou
à aucun contenu scolaire particulier. Le terme « université » (universitas) désigne une association,
un regroupement (des maîtres et des élèves)  idée de communauté.
La première université française est l’université de Paris (au préalable, création d’une université à
Bologne en 1180). Les universités se mettent progressivement en place sur la base des
nombreuses écoles épiscopales créées à la fin du Xème siècle et tout au long des XIème et
XIIème siècle.

B. Comment se constitue l’université de Paris ?
A Paris, les maîtres installés dans le Quartier Latin vivent des bénéfices concédés par le
chancelier de Notre-Dame et des honoraires perçus auprès des étudiants et des collectes faîtes
parmi les élèves. Ceux-ci viennent de partout. Ils peuvent être riches ou pauvres. Des
affrontements éclatent fréquemment dans les nombreuses tavernes dans lesquelles ils passent
une partie importante de leur temps. Vers 1200 une rixe particulièrement meurtrière éclate. Un
étudiant (par ailleurs évêque non investi de Liège) meurt (suite aux ordres du prévôt de Paris).
D’autres étudiants sont également tués à cette occasion. Maîtres et élèves menacent de quitter
Paris si le prévôt n’est pas puni. Il est effectivement désavoué par le roi, qui octroie une première
charte. Maîtres et étudiants sont désormais soustraits à la juridiction laïque (tout étudiant arrêté
par le prévôt doit être livré à des juges ecclésiastiques). C’est le premier pas vers l’émancipation
 « privilège du for » (voir texte).
En 1209, un conflit entre l’évêque et les maîtres et élèves incite ceux-ci à faire appel au pape
contre lui. Le pape Innocent III reconnaît leurs associations et réduit le pouvoir de l’évêque en
1213. En 1215, Robert de Courçon, légat du pape, accorde aux maîtres et aux étudiants le droit de
coalition, fixe la liste des ouvrages scolaires (Aristote pour la logique, Priscien pour la grammaire)
et détermine les conditions d’accès à la fonction enseignante.
On considère que cette date (1215) marque la création de l’Université de Paris : premier statut de
l’Université de Paris (voir texte). On voit ainsi qu’à son origine, cette association se construit sur
la base d’une certaine autonomie, vis-à-vis du pouvoir religieux local et du pouvoir civil.
D’autres universités furent ensuite créées : Montpellier, Orléans, Toulouse (au XIIIème siècle),
puis Avignon, Cahors, Grenoble… (aux XIVème et XVème siècles).
Tout au long de leur histoire, les universités médiévales sont confrontées par à une alternance
entre des temps de relative autonomie, des temps où elles sont plus soumises à l’autorité
pontificale et des temps où elles sont sous la coupe du pouvoir royal.
A partir du XVIème siècle leur déclin est sensible (université de Paris compte 1500 étudiants au
début de ce siècle… et 300 à la fin).
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II. L’organisation des études universitaires
A. La structuration en Facultés
L’Université de Paris est un corps à la fois ecclésiastique et laïc. La référence à la religion est
constamment présente (place faîte aux problèmes de la foi, temps pour les messes et les prières).
L’université s’apparente ainsi à un établissement confessionnel.
Elle est une corporation de maîtres et d’élèves exclusivement masculins.
L’organisation de l’enseignement est largement tributaire des écoles et traditions scolaires du
XIIème siècle durant lequel les grandes disciplines ont été déterminées : arts libéraux, Ecriture
sainte et théologie, droit civil et canonique, médecine. Ces disciplines sont à la base de la
structuration de l’université en quatre facultés (à partir de 1222 à l’Université de Paris) :
- Faculté des arts
- Faculté de droit
- Faculté de médecine
- Faculté de théologie

Progressivement, la Faculté des arts se constitue comme préparatoire à l’enseignement des
autres facultés. On y enseigne plus particulièrement les disciplines du Trivium. Les étudiants y
apprennent donc les fondamentaux culturels qui doivent leur permettre ensuite d’entrer dans les
autres facultés. La Faculté des arts tient ainsi lieu d’établissement secondaire.
La Faculté des arts est divisée en quatre nations constituées sur la base de l’origine géographique
des étudiants et maîtres.
- nation France (Île de France, provinces limitrophes, pays étrangers de langue romane)
- nation Normandie
- nation Picardie (dont font partie les Pays-Bas)
- nation Angleterre (à laquelle se joignent les pays germaniques)

B. La constitution des collèges
Au début, l’université est une association de maîtres et d’étudiants. Il n’y a pas de locaux
spécifiques. Les maîtres louent des bâtiments dans l’île de la Cité et tout autour.
Certains étudiants pauvres sont hébergés dans des établissements : les collèges (notion de
collégialité, vivre en collégialité). Les collèges sont donc exclusivement au début des lieux
d’hébergement.
Puis petit à petit, certains collèges disposent de bibliothèques et de répétiteurs. Attirés par de tels
avantages, les étudiants, pauvres ou riches, affluent dans ces collèges. Les maîtres, à leur tour, se
rendent dans les collèges pour dispenser leur enseignement. Les collèges deviennent donc
progressivement des lieux d’enseignement, en particulier pour la Faculté des arts. On assiste donc
à une structuration nouvelle avec des collèges dans lesquels on dispense les enseignements de la
Faculté des arts et les universités où sont enseignés le droit, la médecine et la théologie.

C. Le modèle pédagogique
L’enseignement a un caractère livresque. Ainsi en sciences par exemple, il ne s’agit pas
d’observer le réel, mais de savoir ce que les auteurs consacrés ont dit de tel ou tel aspect de la
question traitée.
On distingue différents types d’exercice (extraits d’un texte rédigé par Serge Tomamichel):
La pédagogie universitaire repose sur la combinaison de deux démarches : la lectio (lecture
ou leçon) et la disputatio (dispute). La lecture, dont le but est de donner aux étudiants une
connaissance d’ensemble des auteurs et des textes fondant leur discipline, est la méthode la
plus traditionnelle. Distinguons plus précisément les leçons "extraordinaires", qui consistent
en un exposé portant sur le contenu, le plan et l’auteur d’une oeuvre du programme, des leçons
"ordinaires", permettant au maître d’exposer, à partir de bases connues, sa doctrine
personnelle.
La disputatio ou quaestio disputata, exercice original de l’université médiévale, consiste en un
débat reposant sur une question, réglée suivant les règles de la dialectique aristotélicienne.
Certes, la pédagogie de la « question-réponse », dont on peut trouver les origines dans la
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maïeutique socratique, n’est pas une spécificité médiévale. Mais c’est la nature des questions
posées et l’autonomie de la dispute vis-à-vis des leçons qui constituent l’apport original de
l’époque. Il ne s’agit plus en effet d’un simple jeu d’interrogations intégrées au cours, visant à
apprécier les connaissances de l’étudiant et à lui faire assimiler des connaissances. La dispute
est davantage un exercice séparé portant sur une question de réflexion conçue par le maître et
débattue sous la forme d’une joute rhétorique par deux groupes d’étudiants (généralement des
bacheliers) les uns « répondant » (respondentes), les autres (opponentes) « s’opposant ». A
l’issue du débat, le maître présentera ses propres conclusions, la determinatio.
Sur le plan des techniques, une méthode fait son apparition : la reportatio, la prise de notes.
L’arrivée du papier -connu dès le IIe siècle en Chine et qui a progressé très lentement d’Est en
Ouest pour parvenir en Europe occidentale au XIIIe siècle-, bien moins onéreux que les peaux
dont on fait les parchemins, autorise cette révolution pour un apprentissage jusque là
essentiellement fondé sur la mémoire.
Pour Robert de Sorbon (cité par A. Léon et P. Roche), la technique de la disputatio « a pour
résultat d’éclairer tous les doutes. Rien n’est parfaitement su qui n’ait été trituré sous la dent de la
dispute ».
Remarque : Thomas d’Aquin, lors de ses deux séjours parisiens, a mené 518 disputes (environ
deux par semaine).
L’élève apprend en fait plus à critiquer et à réfuter l’argumentation d’autrui qu’à véritablement
raisonner. Le raisonnement « tourne à vide ». Rabelais critiqua ainsi les méthodes de cet
enseignement qui relève de ce que l’on a appelé la scolastique.
Enseignement médiéval est ainsi fondé sur l’étude de textes de base (« autorités » ; Priscien,
Aristote), et développant une pédagogie formelle à base de commentaires, de discussion et de
mise en jeu de modèles argumentatifs complexes.

III. Les grades de l’université médiévale
Dès l’origine, les statuts sont très précis et très exigeants quant aux programmes et à la durée des
études.
La Faculté des arts assure la préparation de trois grades
Il existe des variations selon les universités. En outre, tous les historiens ne présentent pas
l’organisation des grades de la même façon. La présentation suivante s’appuie sur l’ouvrage :
Rouche, M., Histoire de l’enseignement et de l’éducation, Paris, Perrin, 1981


● Le baccalauréat (déterminance)
Entré à 14 ou 15 ans à la faculté des Arts, le jeune écolier doit suivre son enseignement pendant
au moins 6 ans. A au moins 20 ans, il peut passer le baccalauréat ès arts. Cet examen a lieu
devant un jury de maîtres des nations. Après avoir prouvé par ses réponses, qu’il est apte, il est
admis à présenter une determinatio (déterminance). Il s’agit d’une disputatio (dispute) sur un sujet
de son choix devant quatre maîtres, pour prouver qu’il est capable d’argumenter et de faire un
cours devant ses camarades. Le bachelier est donc un élève professeur qui, d’auditeur, devient
assistant d’un maître.
● La licence
Au bout de 2 ans, peut se dérouler l’examen de licence. Si le candidat a effectivement résidé
auprès de la faculté et assisté aux leçons, accompli les exercices et lu les livres prescrits, il est
automatiquement inscrit sur la liste des reçus, selon l’ordre de son mérite, par les maîtres.
Les candidats peuvent aussi passer un examen devant un jury de maîtres et participer à une
dispute.
A noter : la licence est née avant l’université. La licencia docendi est nécessaire depuis le
troisième concile de Latran (1179) pour enseigner.
● La maîtrise ès arts
Elle sera appelée « doctorat » plus tard. Elle est attribuée peu de temps après la licence.
L’obtention de ce grade ne dépend pas de la réussite à un examen. Au cours d’une cérémonie
d’intronisation, la corporation universitaire autorise le candidat à enseigner dans un collège de la
Faculté des arts. Le nouveau maître peut également s’engager dans l’une des autres facultés. Il
sera soumis à la même hiérarchie de grades pour ces nouvelles facultés.
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                                      >> Zoom sur un personnage : Robert de Sorbon

Robert de Sorbon (1201-1274)

Chapelain puis confesseur de Louis IX (Saint Louis), il a fondé le premier grand collège
universitaire, qui deviendra la Sorbonne. Il en a rédigé les statuts.




Zoom : La croisée d’ogives



La croisée d'ogives est, avec l'arc-boutant, une caractéristique essentielle de l'architecture gothique.

L'architecture romane, qui précède le gothique, se caractérise par des arcs en plain cintre et des
voûtes. Ces voûtes romanes sont massives et très lourdes, elles nécessitent des murs d'appui épais,
le plus souvent renforcés par des contreforts accolés de place en place.

Avec l'architecture ogivale, le gothique amène une solution élégante aux problèmes de forces que
connaît le roman. L'idée centrale de la croisée d'ogives, est de faire des voûtes qui reposent non pas
directement sur des murs, mais sur ces ogives croisées, et les ogives elle-mêmes convergent vers
des piliers. La poussée n'est plus répartie tout au long du mur, mais concentrée sur un point au
sommet du pilier. Du coup, le mur lui-même ne sert à rien et peut être vidé (pour placer des vitraux,
par exemple) et la poussée reçue au sommet des piliers peut être facilement compensée par des arcs-
boutants.

La croisée d'ogives désigne les nervures diagonales formées par l’intersection de voûtes en berceau.
Elle peut être quadripartite ou sexpartite (selon qu'elle croise 2 ou 3 ogives, dessinant 4 ou 6
voûtains). La voûte d'ogives est dite barlongue lorsqu'elle forme, à chaque travée, un rectangle dont
le côté le plus long est perpendiculaire à la nef. Elle est dite oblongue dans le cas contraire.

Ses nervures se nomment ogives, liernes et tiercerons.

Un système par croisée d'ogives et arcs-boutants est beaucoup plus délicat à équilibrer qu'une voûte
simple en plain cintre (ce n'est pas une faute d'orthographe : plain = sans accident), cette technique
reflète une meilleure maîtrise de l'équilibre des forces. Cette même maîtrise se traduit aussi par
l'amincissement des voûtes : étant mieux calculées, d'une portée proportionnellement plus faibles, et
cloisonnées, elles peuvent être plus minces sans risquer de flamber. C'est ce qui donne l'impression
qu'« il n'y a rien de pesant » : effectivement, la voûte est intrinsèquement plus légère, et sa
construction donne une impression supplémentaire de légèreté. L'architecte habile ajoute des
procédés pour donner visuellement une impression de « flotter en l'air ».

Enfin, la toiture au dessus des voûtes est nécessaire pour éviter des infiltrations d'eau de pluie, qui,
sinon, finiraient par ruiner le bâtiment. Effectivement, avant l'invention de la croisée d'ogive, la
seule manière de faire des grandes portées était de monter des murs verticaux, et de poser dessus
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une toiture, sans voûte intermédiaire (comme dans les basiliques paléochrétiennes). Le problème de
cet agencement est qu'il est beaucoup trop sensible aux incendies (la preuve a posteriori : aucun n'a
survécu).
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Privilège du For
Au nom de la sainte et indivisible Trinité, Amen. Philippe par la grâce de Dieu, roi de France.
Sachent tous présents et à venir que, à cause de cette affaire ignominieuse à l'occasion de
laquelle, à Paris, des clercs et des laïcs au nombre de cinq ont été tués par des hommes
malfaisants, nous ferons ainsi justice : nous maintiendrons Thomas, qui était alors prévôt et
qu'accusent avant tout les écoliers mais qui nie les faits, dans des chaînes perpétuelles et sous
étroite surveillance et maigre pitance tant qu'il vivra, à moins qu'il ne choisisse de subir
publiquement à Paris l'épreuve de l'eau ; s'il succombe, il sera condamné, s'il en sort libéré, il ne
sera plus jamais à Paris ou ailleurs sur nos terres notre prévôt ou notre bailli, il n'entrera plus de
nouveau à Paris, ni ailleurs si nous pouvons l'empêcher.
(…) Au sujet de la sécurité des écoliers à l'avenir à Paris, nous avons du conseil de nos hommes
ordonné ceci : nous ferons jurer à tous les bourgeois de Paris que, s'ils voient à l'avenir un laïc
chercher noise à un écolier, ils en rendront sans délai témoignage véritable, et ils ne se déroberont
pas pour ne pas voir le méfait. Et s'il arrive que quelqu'un frappe un écolier, à moins que ce ne soit
pour se défendre, si l'écolier est frappé surtout par armes, bâton ou pierre, tous les laïcs qui le
verront se saisiront de bonne foi du ou des malfaiteur(s) et le(s) livreront à notre justice, et ils ne se
déroberont pas pour ne pas voir le méfait, éviter de participer à l'arrestation ou de porter
témoignage.
(…) En outre, notre prévôt ou nos officiers de justice ne pourront mettre la main sur un écolier ou
renvoyer en prison pour aucun méfait, sauf si celui-ci semble tel que l'écolier doive être arrêté ;
dans ce cas notre justice l'arrêtera sur le lieu même sans le frapper, à moins qu'il ne se défende et
le rendra à la justice ecclésiastique qui devra le garder pour que satisfaction nous en soit faite ou à
la victime.


Le statut du cardinal Robert de Courçon (1215) - extraits -

Que tous sachent que nous avons reçu du seigneur pape le mandat spécial de transformer en
mieux le statut des étudiants de Paris.
(…)

A Paris, que nul n'enseigne les arts (nullus legat...de artibus) s'il n'est entré dans sa vingt et
unième année et s'il n'a suivi pendant six ans au moins l'enseignement des arts (quod sex annis
audieris     de     artibus     ad      minus)     avant     de    commencer         à    enseigner.
Qu'il s'engage à enseigner pendant deux ans au moins, sauf pour un motif raisonnable qu'il devra
prouver en public ou devant des examinateurs. Qu'il ne soit souillé d'aucune infamie. Qu'il soit
soumis à un examen, lorsqu'il se proposera d'enseigner (legere), dans les formes prévues par le
texte de monseigneur Pierre, évêque de Paris, dans lequel se trouve la paix conclue entre le
chancelier et les étudiants par l'intermédiaire des juges délégués par le pape, l'évêque et le doyen
de Troyes, paix approuvée et confirmée par Pierre, évêque de Paris, et Jean, son chancelier.

Que l'on commente (quod legant) les livres d'Aristote sur la dialectique, tant l'ancienne que la
nouvelle, de façon ordinaire, les deux Priscien ou tout au moins le second. Qu'ils n'enseignent pas
les jours de fêtes si ce n'est les philosophes, les oeuvres rhétoriques, les matières du quadrivium,
le Barbarismus, l'Éthique, s'ils le veulent, ainsi que le quatrième livre des Topiques. Qu'ils ne
commentent pas les livres d'Aristote sur la métaphysique et la philosophie naturelle, ni des
résumés de ces livres, ni les doctrines de maître David de Dinant, d'Amauri l'hérétique ou de
Maurice d'Espagne...

				
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