Les tensions li�es au Jourdain by 1Z6o2ZC8

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									             Les tensions liées au Jourdain


    La situation géographique

       Le climat général autour du Jourdain est caractérisé par une aridité grandissante. La
région connaît des pluies fortement concentrées dans le temps et dans l’espace. En effet, elles
tombent principalement les trois mois d’hiver et, le reste de l’année, les fortes températures
font que seulement 15% des pluies restent au sol et sont exploitables. Le reste se perd en
évaporation. La pluie concerne surtout la côte méditerranéenne et les hauteurs, notamment le
Mont Hermon et le plateau du Golan qui sont de véritable château d’eau.


       C’est d’ailleurs là que naît le Jourdain, à la confluence de trois sources principales : le
Hasbani (Liban), le Dan (Israël) et le Banyas sur le plateau du Golan, sous contrôle israélien
mais revendiqué par la Syrie. Le Jourdain s’écoule du Nord au Sud, passant d’un climat plutôt
humide à une zone désertique. En effet, du Golan, le Jourdain traverse le lac de Tibériade
(environ - 200 mètres) pour se déverser en fin de course dans la mer Morte (environ - 400
mètres), soit une longueur totale de 360 kilomètres. A 10 kilomètres en aval du lac de
Tibériade, le Jourdain est rejoint par son principal affluent, le Yarmouk qui prend sa source en
Syrie et coule le long de la frontière jordano-syrienne.




    Les besoins et contraintes en eau

       Les sources et l’écoulement du fleuve soulignent le fait que de nombreux pays sont
concernés par le Jourdain et ses enjeux. Nous sommes donc en présence de plusieurs acteurs,
chacun ayant sa propre représentation du fleuve qui dépend largement de ses besoins et
contraintes en eau :


      Le Liban appartient avec la Turquie à la catégorie des pays riches en ressources
       renouvelables.
      La Syrie fait partie des pays ayant à disposition des avantages hydriques mais de façon
       insuffisante. Elle utilise les eaux du Jourdain dans une proportion de 2%, le
       complément lui étant apporté par l’Euphrate, le Yarmouk et l’Oronte. Il faut savoir
       que l’Euphrate, lorsque son lit quitte la Turquie pour la Syrie, accuse un débit moyen
       de 30 milliards de m3 par an soit 13 fois plus que le Jourdain.


      Israël, l’Autorité palestinienne qui dépend d’Israël en matière d’eau et la Jordanie
       forment ce que Eliyahou Rosenthal nomme le triangle de la soif, c’est-à-dire les pays
       dont le bilan en eau est alarmant.


       Pour la Jordanie, le Jourdain représente environ 120 millions de m3 par an, l’équivalent
de l’eau fournie par le Yarmouk alors que la majeure partie de son capital hydrique est fournie
par des eaux souterraines (environ 480 millions de m3 par an). Les ressources du Golan sont
importantes pour la Jordanie qui dispose d’une partie de la mer Morte. L’autre partie est
effectivement en Israël. Le Jourdain est dans celui-ci le fleuve le plus long et le plus large. Il
assure le tiers des ressources hydriques de l’Etat d’Israël.


       On constate donc une inégale répartition des ressources hydriques mais en ce qui
concerne les besoins en eau des Etats, il faut rester prudent. Les situations de développement
sont variées entre, par exemple, Israël qui a des besoins très importants et la Jordanie qui n’a
pas de problèmes eu égard à son développement agricole et industriel mais doit plutôt faire
face à une forte croissance démographique (sa population aura doublée d’ici 30 ans).


       Le Jourdain est fortement sollicité par tous ces pays, principalement Israël, et à son
arrivée en mer Morte il est réduit à un mince filet d’eau. La mer Morte s’assèche
progressivement. Certains experts parlent même de sa disparition dans les 50 ans à venir.




    Les conséquences géopolitiques

       Ces tensions liées à l’eau sont compliquées par la situation géopolitique de la région.
Israël n’étant pas reconnu par le Liban et la Syrie, ce qui exclut d’emblée toute coopération
sur le Jourdain synonyme d’une reconnaissance de facto. Le plan de partage de la Palestine
voté en 1947 ne laisse pas Israël sans eau mais les sources sont contrôlées principalement par
le Liban et la Syrie. La guerre qui éclate en 1948 ne modifie pas cet état de fait. Il faut
attendre la guerre des Six jours en 1967 pour voir un changement intervenir.


       Néanmoins, entre ces deux dates, une série de conflits éclate liés à la déviation des
eaux du Jourdain. Nous pouvons prendre deux exemples pour illustrer ceci. D’abord, le
lancement en 1953 du programme israélien de Conduit National qui doit permettre
d’acheminer de l’eau vers le sud désertique. La conséquence directe est une tension armée
accrue avec les voisins arabes qui déposent également une plainte à l’ONU. Le deuxième
exemple concerne la construction d’un canal par les Syriens et les Jordaniens, en 1965, en
amont du lac de Tibériade, pour détourner les eaux du Jourdain vers le Yarmouk. Les
Israéliens répondent par le bombardement de ces installations.


       Il serait erroné de limiter les conflits sur l’eau à la question d’Israël et des pays arabes
de la région. En effet, la Syrie et la Jordanie se disputent aussi au sujet de l’eau, notamment à
propos de construction syrienne en amont du Yarmouk qui pénalisent fortement le Royaume
Hachémite.


       La guerre des Six jours change totalement la situation. Si avant le conflit 77% du
bassin du Jourdain était sous contrôle arabe, à présent Israël se place en amont du réseau
fluvial, contrôlant avec la conquête du Golan une partie des sources. La prise de la
Cisjordanie au Jordaniens permet de sécuriser l’écoulement du fleuve entre le lac de Tibériade
et la mer Morte, ainsi que l’acquisition de nombreux aquifères. La conquête du plateau du
Golan sur la Syrie constitue également un changement dans le rapport de force d’avant 1967.
La carte de la frontière israélo-syrienne montre comment celle-ci entoure les sources d’eau de
la région. Néanmoins, il serait inexact de voir en cette guerre une campagne pour l’eau menée
par Israël, comme il est parfois écrit. L’eau fait certes partie des préoccupations israéliennes
mais ne constitue pas la raison principale du déclanchement de la guerre.


       La signature du traité de paix entre Israël et la Jordanie, signé en octobre 1994,
représente aussi un tournant car il fait état d’une coopération sur l’eau du Jourdain. En effet,
Israël s’engage à fournir 50 millions de m3 d’eau par an à la Jordanie et de partager la rivière
Yarmouk pour que les Jordaniens en contrôlent les trois quarts. Il y a aussi des accords sur
d’autres sources d’eau et une entraide est prévue en cas de sécheresse.
       La question du Golan reste essentielle en ce qui concerne le Jourdain. La Syrie
revendique les frontières de 1967, soit le contrôle absolu des eaux du Golan ainsi que du
Yarmouk. Israël fait référence aux accords Sykes-Picot qui donne à la Palestine mandataire le
Haut Jourdain (la partie en amont du lac de Tibériade) ainsi que la totalité du rivage du lac.
C’est ce qui est repris par le plan de partage adopté en 1947 par l’Assemblée générale de
l’ONU. Mais cette zone a été conquise par la Syrie en 1948.


       Le Jourdain ne constitue pas un enjeu de navigation. Les différends se rapportent à
l’utilisation agricole de l’eau (irrigation) et dans une certaine mesure industrielle (production
d’électricité), l’ensemble dans un contexte de raréfaction de l’eau et de tension territoriale. Se
pose aussi la question des territoires palestiniens qui doivent obligatoirement passés par Israël
pour tout ce qui concerne l’eau. Il est évident que le partage du bassin du Jourdain sera une
question à résoudre au moment de la création d’un état palestinien, d’autant plus qu’il n’existe
aucun accord régional sur le Jourdain.




                                                                             DANINO Olivier
               Intervention du 9 janvier 2008 dans le séminaire de géopolitique de l’ENS-Ulm

								
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