LA PLONGEE PROFONDE EN MILIEU LACUSTRE by N6NGtF2Y

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									16/06/2012


    LA PLONGEE PROFONDE EN MILIEU LACUSTRE

  Ces informations concernent le cadre de la pratique de la plongée à l’air en milieu lacustre
                                dans la zone 40 / 60 mètres.
                           Ceci dans un objectif de prévention.


 Le Milieu Lacustre exerce des contraintes environnementales spécifiques auxquelles est
soumis l’organisme du plongeur, en particulier dans le cadre de la pratique de la plongée
profonde.

Ne pas prendre en considération les spécificités de ce milieu, improviser où banaliser la
pratique de la plongée profonde dans celui-ci, représente à mon sens autant d’erreurs
qui peuvent avoir des conséquences graves, voir fatales.



                                    LA PROFONDEUR :

      Toutes incursions subaquatiques au-delà de 40 mètres de profondeur nécessitent,
une vigilance accrue, un matériel adapté, une pratique régulière, associé à une bonne
condition physique et psychique.

                                         Pourquoi ?

Tout d’abord en raison de la Narcose, cette compagne dont on se passerait volontiers.
On a beau vouloir l’ignorer ou la reconnaître, elle est toujours présente


                                       L’Azote (et le gaz carbonique) contenu dans l’air
                                       respiré peuvent induire des “Troubles“ quand leur
                                       pression partielle devient importante.
                                       Ces manifestations s’amplifient avec l’augmentation de
                                       la profondeur.
                                       Physiologiquement à partir de 40 mètres, tous les
                                       plongeurs subissent une altération de leurs fonctions
                                       cérébrales.
                                       Parfois, ceux-ci ne sont pas conscient de cette narcose
                                       et présente même une impression de “bien être“ et de
                                       confiance en eux exagérée.
                                       L’entraînement à la plongée profonde crée
                                       simplement une adaptation à ce phénomène sans
                                       pour autant épargner le plongeur.
                                       Le phénomène de narcose peut être accentué en Milieu
                                       lacustre en raison de la visibilité réduite et la perte de
                                       repères visuels.

           La Narcose….



Mathieu Foudral MF2 / BEES1 / OWSI                                                               1
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La profondeur limite de la Courbe de Sécurité (plongée sans paliers) des tables MN90 ainsi
que de la plupart des ordinateurs de plongée étant atteinte, le plongeur entre dans un profil de
plongée avec Paliers de décompression.
Ainsi en plus de l’obligation du respect d’une vitesse de remontée,
 (préconisée en fonction de ses moyens de décompression), la palanquée doit obligatoirement
marquer des arrêts à des profondeurs précises.
 Ceci afin de laisser du temps à l’organisme d’éliminer l’excès d’azote accumulé au cours de
la plongée. Sans quoi le risque d’ADD (accident de décompression) augmente
considérablement.
L’accès à la surface ne peut donc plus se faire de manière direct sans « soucis », ce qui est
loin d’être anodin.

      Ne jamais oublier que la profondeur est un facteur aggravant pour tous types
                               d’incidents ou d’accidents.



                             LA TEMPERATURE DE L’EAU :


Dès l’immersion, notre organisme lutte contre le froid qui est une agression thermique.
(ou Stress Physique)
N’oublions pas que notre corps se refroidit environ 25 fois plus vite dans l’eau que dans
l’air.
La plongée en lac nécessite une bonne protection iso-thermique (gants,chaussons,cagoules..)
en raison des risques de l’hypothermie.
L’utilisation de vêtements étanche est vivement recommandée.
Le facteur temps est important et il faudra le prendre en considération
 (Paliers à tenir, Consommation..)
La ventilation d’air froid sur un détendeur accroît la déperdition calorifique.
“On se refroidit de l’intérieur“

L’exposition au froid en immersion est un facteur favorisant :

-le risque d’Accident de Décompression (ralentissement des échanges gazeux, augmentation
de la viscosité du sang)
-l’Essoufflement et ses conséquences (accélération du rythme ventilatoire + densité de l’air
plus importante en profondeur)
-le risque de Givrage des détendeurs (Basse température + condensation de la vapeur d’eau
contenue dans l’air + détente de l’air…)
-la panne d’air (consommation plus importante)
-la diurèse (reflux de sang pour préserver les organes vitaux, diminution du volume du plama
par production d’urine)

Il est important de se protéger du froid autant que possible avant et après la plongée.
Durant les périodes hivernales, les déperditions calorifiques après la plongée sont aussi très
importantes (trajet retour bateau, déséquipement en extérieur) d’où l’intérêt renforcé de
l’utilisation d’un vêtement étanche.




Mathieu Foudral MF2 / BEES1 / OWSI                                                               2
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                                       LA VISIBILITE :


Toujours en lac, la luminosité diminue considérablement avec la profondeur et l’obscurité
peut être parfois totale.

Photo :

Daniel Mazza

http://www.scaph.ch/




Avec un bon phare, le problème est résolu si l’eau n’est pas chargée de particules en
suspension.
Si tel est le cas, la visibilité peut être considérablement réduite et l’utilisation d’un phare
puissant devient encore plus pénalisant car il augmente le phénomène de diffusion, créant
ainsi de véritables nappes de brouillard de particules.
La nature des fonds lacustre, souvent constituée de vase, n’arrange en rien les choses
surtout en cas de contact trop proche avec les palmes.

Le plongeur, dans ces conditions peut perdre tous repères visuels, ce qui en profondeur
peut accroître considérablement le phénomène de Narcose et de Stress.
Mais le risque essentiel réside dans le fait de perdre son ou ses coéquipiers si un contact
physique n’est pas maintenu.

 Imaginé aussi la difficulté d’une assistance réelle à un coéquipier en difficulté dans de
                                    telles conditions ?


                                    LA FLOTTABILITE :


En raison de sa densité, la flottabilité en eau douce diffère de celle de l’eau de mer.

Le plongeur mer devra donc prendre en considération cette différence et adapter son lestage
en fonction son équipement. (Vêtement étanche, combinaison 7mm…)
L’utilisation recommandée d’un vêtement étanche en plongée profonde en milieu lacustre
nécessite plusieurs plongées afin de trouver le lestage adéquat et de maîtriser sa flottabilité en
immersion.

Evidemment tout sur lestage ou sous lestage est à proscrire pour des raisons de sécurité.



Mathieu Foudral MF2 / BEES1 / OWSI                                                                3
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                              LA CONSOMMATION D’AIR :


Les spécificités du milieu lacustre (Froid, visibilité) interviennent directement ou
indirectement sur la consommation d’air.
Par exemple le manque de visibilité peut être source de stress chez certaines personnes,
modifiant ainsi la ventilation donc la consommation d’air.

              A ce sujet, j’ai pour habitude de dire aux personnes que je forme :
                    “L’Air c’est la vie, en plongée l’Air c’est la survie“

Non pas pour les effrayer, mais pour les sensibiliser sur l’importance de bien vérifier,
planifier et gérer son stock d’air.
Sans pour autant négliger celui de ses camarades même et surtout dans le cadre des plongées
en Autonomie (sans encadrement) Autonomie ne veut pas dire solo, bien au contraire !

 Il est consternant de voir le nombre d’incidents ou d’accidents consécutifs à une panne
                                            d’air !
(Omis le cas particulier du givrage du détendeur)


                                      LE MATERIEL :

Pour des raisons évidentes de Sécurité et de Confort, la plongée profonde en milieu lacustre
implique l’utilisation et la configuration d’un matériel adapté.

-Protection Iso-Thermique :

Vêtement étanche recommandé, cagoule , gants , chaussons..

-Détendeurs :

 Utilisation de détendeurs conçus par les fabricants pour la plongée en eau froide. Cela ne veut
pas dire qu’ils ne givreront pas, mais ils seront plus résistants à cet incident matériel.
Le givrage d’un ou plusieurs détendeurs peut être à l’origine d’incidents ou d’accidents
(surtout en profondeur)
Les plongeurs lacs confirmés ont pour habitude de monter le tuyau du direct système sur le
détendeur de secours.
On limite ainsi les débits d’air sur le détendeur principal lors de l’utilisation simultanée du
direct système et des inspirations.
Ce qui implique l’utilisation de 2 détendeurs complets (idem Guide de Palanquée)
   Le détendeur de secours doit être au minimum de performance égale au détendeur
                                             principal
                                 (ce qui n’est pas toujours le cas)




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Une alternative intéressante en cas de givrage est l’utilisation d’un bi-bouteilles séparé soit
par un robinet d’isolation central, soit par une configuration type spéléo avec 2 bouteilles qui
ne communiquent pas. Cette configuration matériel différente (2 manomètres..) demande une
pratique et une gestion différente de la plongée.
 (échange d’embouts, gestion de 2 stocks d’air)
En cas de givrage, le plongeur remonte en direction de la surface en respirant sur la seconde
bouteille. On évite ainsi toute fermeture de robinet en profondeur, manœuvre toujours délicate
à l’origine de plusieurs accidents.


-Prévention Panne d’Air :

Omis le cas particulier du Givrage, la panne d’air devrait être théoriquement inconcevable en
plongée.
Il s’agit en général plus d’une erreur humaine (mauvaise planification, mauvaise gestion,
oubli de vérification, négligence, banalisation, pas de vérifications mutuelles avec ses
coéquipiers dans le cadre des plongées en autonomie avant et pendant l’immersion et j’en
passe…………..) que des problèmes liés au matériel de plongée. Sauf si celui-ci n’est pas
entretenu ou “bricolé“.
Le stock d’air doit être en fonction des paramètres (temps/profondeur) et de sa consommation.
L’utilisation d’un bi-bouteilles est recommandé pour les plongées profondes.

Le bloc de sécurité doit être repérable facilement et accessible, prévoir 2 sources d’air avec un
manomètre de contrôle sur celui-ci. Il est préférable de le fermer après l’avoir vérifié, évitant
ainsi tous risques de fuites.


-gilet :

La pratique de la plongée profonde impose l’utilisation de gilets ayant un volume adapté pour
des raisons évidentes de sécurité.
Un vêtement étanche n’est pas conçu par les fabricants pour remplacer le gilet.

-Phare :

Les conditions de visibilité en lac impose l’utilisation d’une source d’éclairage par
plongeur surtout en profondeur.


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Un éclairage de secours même de faible puissance peut s’avérer utile en cas de panne du
principal.
Un combi-flash ne remplacera pas le phare mais peut s’avérer très utile aussi.
 Peu encombrant et avec une autonomie importante, il permet un repérage plus aisé de son
utilisateur.

-Compas :

Les fonds lacustre souvent constitués de vase génère parfois beaucoup de particules lors du
contact trop rapproché des palmes des plongeurs.
La turbidité de l’eau associé au manque de luminosité font que parfois le plongeur peut perdre
tous repères visuels.
Le compas devient alors indispensable pour retrouver le bon cap à suivre.
Surtout si le retour doit s’effectuer en pleine eau ou sur un fond plat et uniforme.



-Lecture des Instruments :

La visibilité étant réduite en milieu lacustre, privilégier les instruments à gros chiffres,
phosphorescents ou avec rétro-éclairage.


-Parachute de Palier :

Important, il permet de matérialiser sa décompression en surface et localiser les plongeurs.
Très utile surtout lors de la réalisation des paliers en pleine eau.
C’est un élément de sécurité important souvent négligé en lac.




                                      Photos : John Yarrow (Horizon Plongée)




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                                       CONCLUSION :

Cependant malgré ces contraintes, il est tout à fait légitime de revendiquer le droit et l’envie
de pratiquer la plongée profonde en milieu lacustre.
Même avec des conditions de pratiques plus contraignantes, la plongée en lac offre certaines
caractéristiques uniques appréciées et recherchées par de nombreux pratiquants (es)
(Paysages, reliefs sous marin, atmosphère et ambiance de plongée, faune spécifique)
Il n’y a pas de comparaison possible avec les plongées réalisées en mer.
Et même après un séjour plongée de rêve en mer rouge, nous sommes toujours heureux de
retrouver les eaux douce (les plongeurs lacs me comprendront.)




Mais il n’est pas nécessaire de descendre à des profondeurs pareils me direz vous ?
Je vous répondrais oui si la plongée n’a pas d’objectif.
En effet descendre le long d’une pente de vase uniquement pour afficher 60 mètres et
remonter aussitôt, non seulement c’est inintéressant mais c’est prendre des risques pour peu
de choses.




                       Par contre si le site offre certaines caractéristiques spécifiques
                       (tombant, belle épave..) voir Technique.
                       Où si par exemple on envisage une ou plusieurs plongées
                       d’accoutumance à la profondeur en vue de réaliser une plongée
                       particulière, alors pourquoi pas ?

                       Photo : Daniel Mazza



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Quand à ceux ou celles qui sont à la recherche des « sensations » procurées par l’ivresse des
profondeurs, ils procurent également beaucoup de soucis aux personnes qui assument la
responsabilité de la sortie ou de la structure (DP/Présidents de club)
(Dans ce cas, il est préférable qu’ils pratiquent hors structure, d’assumer l’organisation de
leurs plongées et les responsabilités qui vont avec)


Afin d’aborder ce type de plongée avec un maximum de sécurité, il convient avant tout de se
fixer quelques règles et de prendre quelques dispositions.


Au préalable, une bonne forme physique et psychique associé à une bonne hygiène de vie sont
les base élémentaires.

Une bonne connaissance de ce milieu et une pratique régulière.

Bonnes Conditions Météo (Annuler la plongée ou limiter si les conditions de surface peuvent
représenter des risques)

Un Profil correct (la profondeur la plus importante en début de Plongée..) et le strict respect
des procédures de décompression.

Un matériel personnel adapté (voir ci-dessus) + matériel de sécurité.

PLANIFICATION de la PLONGEE (paramètres,gestion de l’air) avec prise en
considération de la gestion éventuelle d’imprévus ou d’incidents pouvant survenir au cours de
l’immersion.
Que fait on si ? (givrage, panne d’éclairage,perte de la palanquée …)

La vérification mutuelle de son équipement et celui de ses coéquipiers avant et pendant la
plongée ainsi que du comportement en immersion.

      En Plongée profonde, on encadre pas un plongeur,on s’assiste mutuellement“

Privilégier le système du binôme à la palanquée de trois avec des personnes qui se connaissent

L’après plongée : Pas d’efforts, se réchauffer et se réhydrater en eau abondamment.

Si la plongée se déroule en structure, le DP conscient de ses responsabilités accordera une
vigilance toute particulière à l’organisation et au déroulement de l’activité renforcé, pour ce
type de plongée.
L’indispensable briefing et les consignes particulières qui en découleront devront être
respecté.

Se souvenir que la profondeur n’est pas une fin en soi, elle ne prouve rien.




Mathieu Foudral MF2 / BEES1 / OWSI                                                                8
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Un proverbe connu dans le monde de la plongée dit
« Descend qui veut , remonte qui peut »
En effet la descente représente la phase facile de la plongée, gérer une exploration en
profondeur avec les contraintes physiques et environnementales en cohésion avec son ou ses
coéquipiers, représentent une étape plus difficile.
Gérer un problème personnel ou l’assistance d’un coéquipier en difficulté, voir un sauvetage
en profondeur avec les conditions rencontrées en lac augmentent de manière considérable les
difficultés de réalisation.

Que l’on soit niveau 1 ou MF2, personne n’est à l’abri d’un incident ou d’un accident et ce
quelque soit la profondeur.
                                 Le risque 0 n’existe pas

A mon avis, il faut rester humble dans ce milieu qui n’est pas le notre et se méfier des beaux
parleurs qui vantent leurs exploits (souvent derrière un bar)
Ce sont des gens dangereux avant tout pour eux-mêmes mais aussi pour leur entourage.
(fuyez ces personnes et les structures qui font preuves de laxisme envers ces individus, surtout
si vous êtes moniteurs car le risque d’accident augmente de manière considérable..)


Se souvenir aussi que vous êtes avant tout responsable de vous-même.
Limiter la profondeur ou Annuler la plongée si vous ne vous sentez pas bien ou si les
conditions sont plus difficiles que prévues, c’est une attitude de personne responsable.

Dernièrement un plongeur est malheureusement décédé lors d’une plongée club en lac à 60
mètres de profondeur.
L’autopsie parait il, a révélée un taux d’alcoolémie positif !
Cette personne est avant tout victime d’elle-même par son inconscience et celle de son
coéquipier.
Ce genre de drame, en plus de la famille et des proches, est préjudiciable à l’ensemble de la
communauté de la Plongée.




Si vous êtes attirés par la pratique de la plongée profonde, la plongée aux mélanges offre une
excellente alternative. (Nitrox / Trimix)
Par exemple le cursus de Trimix normoxique offre l’avantage de plonger jusqu'à 70 mètres
sans une configuration matériel trop lourde et surtout avec beaucoup plus de « lucidité »
L’utilisation des mélanges Nitrox offrent une meilleur désaturation, donc une bonne
prévention pour les risques d’ADD.

J’espère donc que vous avez compris qu’il faudra attacher une vigilance toute particulière à la
pratique de la plongée profonde et en particulier en milieu lacustre.

           Et que vous ne ferez jamais l’erreur de banaliser ce type de plongée.




Mathieu Foudral MF2 / BEES1 / OWSI                                                               9
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Conscient du caractère particulier de ce type de plongée en milieu lacustre et de ses risques,
les plongées club se déroulant dans notre structure (Horizon Plongée à Amphion les bains)
sont limitées à 40 mètres. SAUF autorisation exceptionnel du Directeur de Plongée.
Ainsi ce type de plongée en club garde un aspect dérogatoire.




A noter que les plongées réalisées en mer pendant certaines périodes de l’année peuvent avoir
des conditions tout aussi difficile (voir plus) que les plongées réalisées en milieu lacustre.
(Atlantique, Manche…avec les courants en plus !!)




                                    Salutations Aquatiques




                                       Matthieu Foudral
                                         (Meillerie)




Mathieu Foudral MF2 / BEES1 / OWSI                                                               10

								
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