Angoisse et authenticit� dans l�existence capitaliste contemporaine

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Angoisse et authenticit� dans l�existence capitaliste contemporaine Powered By Docstoc
					         THE
RUPTURE
                 Mai-Juin 2008




Journal du Cercle des Etudiants en Philosophie


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Amis du soir, bonsoir ! 


Voici donc le dernier Rupture de l’année. J’avais un peu peur qu’il soit moins fournit et moins
intéressant que d’habitude, que du contraire. Un équilibre retrouvé (notamment par l’ajout de photos,
qui l’eu cru) en fait pour moi l’un des meilleurs. Trêve de masturbation, voici le programme du jour :


- « Angoisse et authenticité dans l’existence capitaliste contemporaine » par Jérome Thiry. Excellente
présentation qu’il a présenté dans le cadre de la semaine « Un autre monde est possible ». El Professor
à encore frappé (p. 3 -12)
- Un peu de détente ensuite avec Thomas qui nous propose un petit test et un schéma au combien
instructif (p. 13-14)
- « Responsabilité envers la richesse de l’Etre et de la Vie, en lien avec l’œuvre Jonassienne » par
Etienne Hacken. Darwin au placard (p.15-17)
- Une petite recette de soupe par Annick ainsi que des conseils pour notre bien-être quotidien (p.18)
- La rubrique économique habituelle ou comment l’inflation va bouffer les restes du pouvoir d’achat
mondial (p.19-21)
- Le récit d’une femme vivant en communion avec la Nature et les différents Règnes. C’est beau. Un
petit texte anonyme aussi. (p. 22-24)
- « Evolution intérieure et mutation actuelle des consciences par moi-même ». Une autre conscience
est possible, un autre monde l’est donc forcément. (p.25-31)
- « Travail de philosophie de la religion » par David Bodart. Ou comment repenser l’articulation entre
foi et raison (p. 32-36)
- Quelques citations pas piquées des hannetons choisies par Annick and myself. ( p.37)
- « Cercle d’abondance, randonnées et tontines ». Pour tout savoir sur ce système de loup déguisé en
agneau (p. 38-41)
- Enfin, quelques mantras méditatifs Esséniens (p. 43)


De l’éclectisme pur et dur. Pour tout les goûts, pour tout les âges.


Pour finir je vous signale que les Rupture seront dès à présent sur le site du CEP, à l’adresse
http://cepucl.be/


Voilim Voilum.


Portez-vous bien,
Delz



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      Angoisse et authenticité dans l’existence capitaliste contemporaine
       Mardi de la cithare de la semaine ‘un autre monde est possible’
                                    Par Jérôme Thiry

       En guise d’introduction et afin de vous présenter le plan de cet exposé, je dois d’abord
en légitimer le titre. En effet, on pourrait se demander ce que l’angoisse a à voir avec la
possibilité d’un autre monde. Je serai relativement loin de questions concrètes liées à
l’écologie, la politique actuelle, les inégalités, etc. et les solutions que je vais proposer ne
seront pas concrètes non plus. Nous ne parlerons pas de manifestations, de groupe d’achat
commun, de vie communautaire ou d’alter mondialisme, bien que toutes ces choses soient
importantes voire capitales. Ce que je vais tenter de faire dans cette conférence, c’est de vous
montrer qu’il est possible de faire un saut en arrière, non pas chronologiquement mais bien
ontologiquement, pour voir que certains de nos comportements rendant un nouveau monde
nécessaire trouvent en partie (je dis bien en partie, ce n’est qu’un facteur parmi d’autres) leurs
fondements au niveau existentiel. La prise de conscience de ce niveau existentiel et de son
influence sur notre existence est une condition de possibilité d’un autre monde, à la fois au
niveau sociétal et au niveau de l’existence individuelle (un autre mode d’existence pour un
nombre important d’individus impliquant une autre manière d’exister pour la société).

        Vous l’aurez deviné, ce niveau existentiel (on devrait dire existential mais il n’est pas
important de rentrer dans ce genre de détail ici) est celui du ressenti énigmatique qu’est
l’angoisse. Afin de saisir ce ressenti, la première partie de cet exposé se basera sur Heidegger,
et consistera en une analytique, une explication de ce qu’est l’angoisse. Ensuite, dans la
deuxième section, je me baserai sur Arnsperger, un jeune professeur de l’UCL ayant écrit
‘Critique de l’existence capitaliste – vers une éthique existentielle de l’économie’. Dans ce
livre, Arnsperger montre que certains de nos comportements quotidiens, et justement les plus
critiquables, sont aliénés ou inauthentiques parce qu’ils proviendraient d’un refoulement,
d’une non prise de conscience ou encore d’un colmatage de cette angoisse. Or la
quotidienneté de notre société est régie, en partie du moins, par l’existence économique
capitaliste. Selon les termes de Arnsperger : « les actes que nous posons au nom de la
rationalité économique masquent-ils en réalité nos angoisses devant nos finitudes
existentielles – et si oui, est-il possible de dépasser ces angoisses pour engendrer une société
plus authentiquement humaine ? ». La thèse est donc la suivante : si les choses vont mal dans
le monde, c’est parce que nous colmatons nos angoisses de façon inauthentique et il est
possible, à travers la prise de conscience de l’angoisse, d’aboutir à une société plus
authentique et donc meilleure. La nouvelle société doit, selon Arnsperger, rester capitaliste ; il
ne faut surtout pas voir le terme comme représentant d’office tous les maux de la terre. Mais il
s’agit de faire une thérapie du capitalisme, de l’améliorer et de le soigner ; le capitalisme en
lui-même n’est donc pas néfaste mais il y a de gros problèmes dans sa façon contemporaine
de s’actualiser, qui implique la concurrence, la compétition entre les hommes, la vision de
l’autre comme un ennemi, l’absence de sécurité et la constante réévaluation de nos acquis. Ce
sera à travers la prise de conscience de l’angoisse et le passage de l’inauthentique à
l’authentique, de l’immédiat au réflexif, que nous pourrons soigner la société, d’abord au
niveau individuel, puis au niveau axiomatique, c’est-à-dire au niveau des structures même de
la société. Après ces sections théorique puis pratique, il sera déjà temps de conclure, en
revenant sur nos acquis et en lançant quelques pistes de réflexion.

       Section 1 : Qu’est-ce que l’angoisse ?




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        L’angoisse est un ressenti, une disposition affective. Selon Heidegger, la philosophie a
longtemps manqué de s’intéresser à l’étude de l’affectivité, qui ne semblait pas capable
d’atteindre une quelconque vérité, comme le pouvaient la raison ou la spiritualité. Pourtant,
toujours selon notre auteur, les affects ont une primauté temporelle par rapport au savoir ou au
vouloir, ils sont plus originels, et possèdent par ailleurs une grande puissance révélatrice de ce
qui est. Et l’angoisse est la disposition la plus fondamentale de l’affectivité. Non pas qu’elle
soit la plus forte, la plus importante, ou la plus digne, mais bien parce qu’elle nous renvoie à
ce que nous sommes de la manière la plus épurée, à ce qu’est notre Dasein, sans artifices.
L’angoisse est donc un affect tout à fait particulier, et pour le comprendre véritablement la
voie la plus facile reste la comparaison. Ainsi l’angoisse n’a pas grand-chose à voir avec les
autres affects et, si on le confond parfois avec la peur (si on dit par exemple que les serpents,
le noir, les hauteurs nous angoissent) c’est à tort. Là où la peur est toujours liée à un étant, à
quelque chose qui nous semble effrayant, l’angoisse, elle, n’a pas d’objet. Nous verrons qu’il
est faux de dire qu’on s’angoisse devant rien, mais la disposition est totalement différente de
la peur. D’ailleurs lorsqu’on est angoissé, il est très difficile de dire, à un proche par exemple,
ce qui ne va pas. Nous sommes plutôt dans le coup de blues indéfinissable qui, une fois
disparu, nous semble bien incompréhensible : tout allait aussi bien (ou mal) que d’habitude.
Mais allons un peu plus loin dans l’analyse.

        Pour Heidegger, tout affect a trois niveaux qu’il faut analyser : le devant-quoi, le pour-
quoi et l’avoir. Voyons ce que cela signifie par rapport à la peur. Le devant-quoi de la peur,
c’est l’objet, la chose qui nous effraie, le pôle objectif. C’est le serpent, la vitesse, les
hauteurs, le noir. Le pour-quoi de la peur, c’est la personne ou la chose pour laquelle nous
craignons. Il peut s’agir de nous-même : j’ai peur pour ma vie face à un danger, tout comme il
peut s’agir d’un proche qui court un risque ou encore d’un objet que l’on aurait peur de
perdre. Enfin l’avoir-peur lui-même, qui est le ressenti subjectif de l’affect ; ce que le Dasein
ressent lorsqu’il a effectivement peur. L’analyse de Heidegger est très longue ; pour lui la
peur n’a rien d’une pathologie dont souffriraient les peureux ; c’est bien une affection
fondamentale et révélatrice. Toutefois je n’en dirai pas plus vu que nous voulons parler
d’angoisse ; j’ai évoqué la peur pour bien faire comprendre les trois niveaux d’analyse de
l’affect.

        Donc, tout comme il y a un devant-quoi, un pour-quoi et un ressenti de la peur, il y en
a pour chaque autre affect : la joie, la tristesse, l’accablement, etc. et l’angoisse. Mais nous
venons de le dire : l’angoisse n’a pas d’objet. Donc qu’est-ce qui peut constituer le devant-
quoi de l’angoisse ? Jamais un objet, même le plus redoutable de tous, ne pourra provoquer en
nous l’angoisse. Le devant-quoi de l’angoisse, c’est le soi-même, l’être-au-monde, le Dasein
dans toute sa nudité : il n’est pas un objet intra-mondain, il est fondamentalement indéterminé
(donc l’angoisse n’a pas d’objet), on ne sait pas d’où il vient, de partout et de nulle part, dans
l’expérience de l’angoisse nous sommes face à une menace d’effondrement de toute notre
existence. Nous n’avons plus de points de repères, plus de capacité à donner sens, c’est tout
notre monde commun qui devient insignifiant. A travers cette expérience d’effondrement,
c’est le rien lui-même qui devient manifeste, non pas en tant que non présence, mais en tant
que puissance destructrice, annihilante. Nous retrouvons d’ailleurs ceci dans la formule que
nous répétons encore une fois : face à l’angoisse nous ne savons que dire que « ce n’est rien ».
Effectivement, ontiquement ce n’est rien. Mais ontologiquement c’est empli de signification,
parce que à travers l’angoisse nous pouvons découvrir non seulement le rien, mais aussi notre
être-là comme tel, ainsi que le monde comme tel, dépourvu de sa quotidienneté et des
agitations qui l’accompagnent. Après le devant-quoi de l’angoisse, analysons le pour-quoi de
l’angoisse. Il est le même que le pour-quoi de la peur, et donc en même temps le devant-quoi


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de l’angoisse : « le pour-quoi de l’angoisse, c’est l’être-au-monde lui-même». Nous nous
angoissons, et nous nous angoissons pour nous, par rapport à la possibilité d’effondrement de
notre existence. Dans l’angoisse, toute notre existence quotidienne, nos activités et nos
agitations deviennent insignifiantes, et le Dasein est ramené à lui-même, esseulé, dans ce que
J. Greisch nomme le « pouvoir de singularisation propre de l’angoisse ».

        Enfin nous avons le s’angoisser lui-même, qui sera identique au devant-quoi et au
pour-quoi de l’angoisse. En effet, en tant qu’affection, le s’angoisser est un mode fondamental
de l’être-au-monde. Il place le Dasein devant lui-même en tant qu’être-au-monde, il le ramène
à lui-même en même temps qu’il lui expose le monde dans un recul. Mais en quoi consiste
exactement cette exposition ? L’affection révèle où l’on est, dans une certaine mesure. Si l’on
a peur, nous sommes dans un environnement effrayant par exemple. Dans l’angoisse, il est
inquiétant, étrange, le Dasein se trouve comme nous l’avons dit dans une sorte de rien et de
nulle part. Dans le ‘on’ et la déchéance, le Dasein est chez-lui, en sécurité, rassuré, mais
l’angoisse le ramène de sa déchéance, afin qu’il ne s’identifie plus au monde. Le monde
familier se brise, et le Dasein est soudain isolé, esseulé en tant que Dasein.

        Nous avons plusieurs fois déjà parlé du ‘on’ et de la déchéance, il est temps
d’expliquer de quoi il s’agit. Dans son existence quotidienne, le Dasein se situe dans le monde
du ‘on’, et subit sa dictature. C’est la déchéance, sans connotation éthique ou péjorative : nous
ne sommes pas dans l’authenticité que serait la pure appartenance à soi. Le Dasein, le plus
souvent, n’est pas lui-même, il est en perte de soi. Le monde du ‘on’ est celui des on-dit, des
injonctions collectives parfois tout à fait respectables comme ‘on ne parle pas la bouche
pleine’. C’est le premier monde qui nous est donné, celui qui ne demande aucune réflexion : il
suffit de se laisser guider, de faire comme tout le monde. Il n’implique aucune responsabilité,
vu que la responsabilité de tout le monde, c’est aussi celle de personne ; du moins c’est ce
qu’on se dit immédiatement : pensez aux questions écologiques. C’est aussi l’opinion de la
masse, de ce qui est bon, de ce qui marche ; pensez par exemple à la publicité. (‘On va
s’habiller de telle ou telle façon). Maintenant, il ne faut pas croire que c’est fondamentalement
mauvais, le monde du ‘on’ est un existential nécessaire à l’existence humaine, il révèle
quelque chose de la réalité, et on ne peut pas lui échapper. On retombe toujours dans le ‘on’,
donc dans l’inauthentique, l’éloignement de soi par rapport à soi. Le danger étant bien
entendu de s’y complaire totalement. Cela pourrait sembler possible au final, bien des gens
vivent uniquement dans le monde du ‘on’ et semblent heureux ; mais nous verrons par après
que l’inauthenticité pose problème pour diverses raisons, et que l’authenticité peut amener un
mieux-être. Le ‘on’ au final risque de mener à des conversations sous la forme du papotage,
du bavardage, du règne de la mode, de la distraction et de l’instabilité. Et la déchéance, ce
mouvement par lequel le Dasein se tourne le dos à lui-même, risque de devenir permanent,
alors même que le Dasein s’auto convainc que ce n’est pas le cas. C’est le cas le plus limite,
mais je rappelle que le cas le meilleur n’est jamais qu’un mouvement de balancier permanent
entre authentique et inauthentique ; on ne peut pas échapper à la vie quotidienne et ce n’est
d’ailleurs pas souhaitable.

        Maintenant si on revient à l’angoisse : ceux qui ont suivi doivent se rendre compte de
toute son importance, en effet l’expérience de l’angoisse nous renvoie à nos être même, c'est-
à-dire nous arrache brutalement de la dictature du ‘on’ et nous permet de créer notre réalité.
Elle est au fondement de l’authenticité, au sens fort du terme, vu que nous sommes totalement
tournés vers nous-mêmes. Et, si l’homme arrive à être disponible à l’angoisse, à l’affronter, il
pourra retourner dans sa quotidienneté et y retrouver une forme d’authenticité. Le Dasein
pourra rompre le mouvement de déchéance et la fuite dans le ‘on’.


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        Car justement, nous arrivons au cœur du problème : lorsque le Dasein vit l’expérience
de l’angoisse, il n’aura que trop rarement la force de l’affronter, de vivre avec ce qui lui fait
face, et ce pour plusieurs raisons. Nous avons donc dit que l’angoisse mettait le Dasein face à
sa réalité même. Ça a quelque chose de profondément déroutant, d’inquiétant, d’étrange. Il a
l’impression de ne plus être chez lui ; il y a quelque chose de rassurant, de sécurisant, dans le
monde du ‘on’. En fait ce qui est en vérité le plus proche du Dasein, c'est-à-dire lui-même, est
ce qui lui paraît le plus étranger. Et ce vers quoi il a fuit, en devenant étranger à lui-même, lui
est le plus familier. Normal de vouloir y retourner. Mais, dans l’angoisse, je cite : « Cet
isolement ramène le Dasein de sa déchéance et lui rend l’authenticité et l’inauthenticité
manifestes en tant que possibilités de son être ». Mais la fuite est tellement plus simple, et
c’est cette fuite qui nous mènera aux diverses formes de colmatage, qui prendront des formes
telles que le bavardage, l’agitation du monde quotidien, le divertissement. Ce n’est pas un
mode d’être mauvais en soi, mais je pense que l’affrontement de l’angoisse permet par après
un choix, une possibilité d’auto-création authentique qui me semble être un mieux-être. Puis,
lorsque nous passerons à Arnsperger, nous verrons qu’en plus de tout ça, le colmatage
inauthentique mène à des actions mauvaises.

        Mais juste avant d’en arriver là, je dois aborder un dernier point. En effet, je disais que
l’angoisse nous ramène face à nous-même, nous faisait découvrir la futilité de nos actions
quotidiennes en nous remettant face à notre être pur. Au final, ça ne semble pas si terrible,
même si cela nous met face à nos responsabilités et à nos multiples possibilités. Il y a une
autre raison derrière la fuite : c’est que l’angoisse, nous mettant face à notre être propre, nous
met face à l’un de nos existentiaux, à savoir que le Dasein est être-pour-la-mort. C’est un
concept douloureux, quoi que nous essayions de nous dire, par exemple ‘je ne la crains pas’
ou ‘ça ne sert à rien de s’inquiéter on ne la contrôle pas’ l’homme est existentiellement
angoissé par sa finitude constitutive. Elle est en permanence présente, nous sommes des êtres
tirés vers une fin potentielle et certaine, celle de la possible impossibilité de notre existence.
L’angoisse de la mort nous révèle notre potentialité la plus propre, la plus absolue et
indépassable. Il est très difficile de vivre en permanence avec la certitude de notre
disparition ; il est bien plus facile de fuir. Lorsqu’on retourne dans la déchéance, dans le ‘on’,
la certitude de la mort disparaît, elle ne devient pour nous qu’une vague possibilité. Nous
affirmons certes qu’on est mortels, mais ce n’est pas appréhender le phénomène de façon
authentique. En effet, ‘on’ ne meurt pas, le ‘on’ est immortel et indéterminé par excellence.
Heidegger dira : « Le ‘on’ empêche le courage de l’angoisse de la mort de se faire jour ». Je
ne vais pas voir comment appréhender authentiquement le phénomène, c’est relativement
long et complexe et nous devons passer à la partie pratique de cet exposé. Jusque là j’ai donc
tenté de vous expliquer ce qu’était l’angoisse, ce qu’elle révélait et ce qu’elle permettait, ainsi
que pourquoi nous la fuyons et, par là même occasion, pourquoi nous nous fuyons nous-
mêmes, pourquoi nous vivons le plus souvent dans l’aliénation et l’inauthenticité. Nous
pouvons donc passer à la pratique : voyons ce que tout cela implique dans notre monde
quotidien, régit par des interactions économiques, et voyons pourquoi le fait que notre
existence capitaliste pose véritablement problème, qu’il ne suffit que chacun s’en détache
dans son coin.

       Section 2 : critique de l’existence capitaliste.

       Je l’ai déjà évoqué dans l’introduction, l’objectif d’Arnsperger est de procéder à une
thérapie du capitalisme. Le constat est simple, la manière qu’à le capitalisme de s’actualiser à
l’heure actuelle est néfaste. Mais cette façon de s’actualiser, selon notre auteur, est la plus
immédiate, la plus naturelle et la plus spontanée. Pourquoi ? Parce qu’elle serait la façon la


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plus efficace de masquer notre angoisse de finitude. Nous retrouvons ici l’idée du ‘on’ comme
mode d’être quotidien ; il faudra réfléchir et ramener à la lumière, dévoiler même, ces
soubassements existentiels, qui guindent nos actions sans que l’on ne s’en rende compte, pour
passer de la spontanéité à la réflexivité, ou de l’inauthenticité à l’authenticité, et ainsi
‘soigner’ le capitalisme. Nous devons d’abord nous demander si « les actes que nous posons
au nom de la rationalité économique masquent en réalité nos angoisses devant nos finitudes
existentielles». Cela revient à dire que les actes, intentions ou motivations apparents ne
coïncident pas avec les actes, intentions ou motivations réels ; il y a quelque chose de masqué.

        Il faut savoir que le recouvrement, le colmatage de l’angoisse, est une nécessité. Nous
le faisons tous. La question est de savoir si il y a des façons meilleures que d’autres,
concrètement parlant, de colmater. De plus, il faut se rendre compte que la possibilité de
soutenir l’angoisse de la finitude n’est pas quelque chose de purement individuel ; c’est un
phénomène social. Arnsperger définit la société comme étant : « un ensemble de règles et de
comportements qui permettent de répartir les finitudes entre les différents individus ». Ainsi,
tout en sachant que les mécanismes de refoulement ne neutralisent jamais totalement
l’angoisse, le rôle d’une société est de donner et de répartir les outils nécessaires pour assumer
la finitude. Ces outils sont des ressources matérielles, symboliques et spirituelles permettant
de rendre supportable notre angoisse, liée à notre condition de mortel.

        Nous pouvons dire qu’à la base, la société capitaliste s’articule autour des employés et
des employeurs : tout le monde devrait, pour survivre, être soit employé soit employable s’ils
ne sont pas employeurs (exceptions faites de certains cas particuliers, des personnes non
employables que la société aide par exemple). L’objectif est d’amasser du capital, afin de
consommer ou d’épargner pour consommer ultérieurement. La concurrence est une modalité
primaire du système ; diverses entités coopèrent et se font concurrence afin d’amasser au
mieux ce capital. Ceci nous mène à l’une des thèses importantes de notre auteur : « […] De
par sa logique de concurrence coopérative, le système capitaliste permet aux ‘gagnants’ de se
forger une infinitude illusoire (indépendance et immortalité imaginaires) aux dépens des
‘perdants’. […] Les ‘perdants’, eux, vivent les mêmes situations comme un échec existentiel
radical. En réalité, cette rationalité économique […] peut être réinterprétée comme une
rationalité factice, liée à une manière existentiellement aliénée de répartir les finitudes
individuelles ». En gros, plusieurs comportements liés à la rationalité capitaliste
proviendraient d’une tentative inauthentique de répondre à l’angoisse de la mort, notamment
en se forgeant une immortalité, illusoire bien entendu. Et, plus grave encore, en écrasant les
autres, comme si le fait d’être un ‘vainqueur’ du système rendait plus immortel que les autres,
les ‘perdants’. Et ces ‘perdants’ vivent leur échec au niveau du colmatage inauthentique
comme un échec existentiel radical, comme si il était important d’écraser les autres pour être
plus immortels qu’eux… Mais voyons plus en détail quels sont ces comportements
capitalistes, inauthentiques parce que masquant de façon inconsciente l’angoisse de la
finitude. Je vais vous en analyser trois : la consommation, l’épargne et la concurrence ; ce
sont trois manière d’agir liées à la rationalité capitalise.

       D’abord, la consommation. Il semble, de prime abord, que consommer soit
simplement inscrit dans un cycle d’offre et de demande, l’entrepreneur offrant un service que
veut le consommateur. Mais ce que l’entrepreneur attend, c’est de l’argent, c'est-à-dire la
ressource symbolique permettant d’assouvir tous les besoins, tous les désirs de
consommation ; c’est la ressource première recherchée pour colmater quotidiennement nos
angoisses. En demandant de l’argent aux consommateurs, l’entrepreneur leurs fait porter sa
propre angoisse, il leurs prendra ce qui leur permettait de la colmater. Puisqu’ils ont besoin


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que ce cycle se perpétue, les entrepreneurs vont créer eux-mêmes des besoins et des denrées
ou services permettant de les combler pour ainsi combler l’angoisse. C’est problématique, car
pour amasser de l’argent, donc pour recouvrir quotidiennement l’angoisse, les producteurs
vont aller de plus en plus loin dans l’idée qu’il faut consommer, combler tous les désirs pour
effacer notre finitude. Or cette finitude est constitutive, on ne peut pas l’éteindre tout comme
on ne peut pas tout avoir. Du côté des consommateurs - que sont aussi les entrepreneurs
d’ailleurs - la finitude n’est plus du tout assumée, et au lieu de saisir leurs désirs comme un
vide effectivement impossible à remplir, ils vont rentrer dans un cycle de consommation qui
faillira toujours à son objectif (à savoir éteindre le désir une fois pour toute). Entrepreneurs et
consommateurs se font ainsi mutuellement porter leur angoisse mais à l’intérieur d’un cycle
qui demandera une frénésie de consommation et de production de plus en plus grande, et ce
d’objets de moins en moins utiles ou nécessaires. En résumé, l’envie de posséder de l’argent
et de combler notre vide fondamental entraîne, et on le constate facilement, une frénésie de
consommation malsaine.

        Au niveau de l’épargne, le problème devient plus clair encore. Epargner à la base,
c’est prévoir pour l’avenir, permettre une consommation différée. En soi, ce n’est pas
nécessairement aliéné, prévoir des ressources pour l’éventualité de besoins futurs n’a rien de
malsain. Le problème c’est que face à l’angoisse de la finitude, l’homme désire l’infinitude, la
certitude (illusoire certes) qu’il existera de toute éternité. L’épargne aliénée, celle qui nous
fera accumuler sans raison le maximum de ressources, jusqu’à ce que la 90% des richesses
mondiales soient détenues par 10% des hommes par exemple, celle qui fait qu’on passe sa vie
à vouloir grossir notre compte en banque jusqu’à notre mort, sans jamais s’en servir ; cette
épargne aliénée provient de ce désir d’infinitude. C’est comme si le fait de posséder
suffisamment d’argent nous permettait d’imaginer des projets futurs à l’infini, et que
l’existence de ces projets et de cet argent impliquait nécessairement notre existence pour les
réaliser. La temporalité liée à la consommation est une voie royale pour l’apparition
d’illusions masquant notre angoisse existentielle. Car en fait il y a deux pathologies liées à
l’épargne. L’avarice, l’épargne outrageuse dont je viens de parler, où le fait d’épargner induit
l’existence nécessaire d’un avenir. De plus, on retrouve l’idée de compétition malsaine entre
les hommes : si j’épargne plus que l’autre, si j’ai plus d’argent que lui, je suis plus immortel
que lui… Ce qui fait qu’on garde pour nous les ressources de colmatage existentiel pour nous,
au détriment des autres. Puis il y a l’autre pathologie liée à l’épargne et à la temporalité
qu’elle implique : c’est l’incapacité d’épargner, donc la consommation frénétique. Plutôt que
de rendre notre existence nécessaire dans l’avenir, elle tente d’éliminer notre rapport à la
temporalité en nous faisant vivre dans un présent perpétuel. La projection induite par
l’épargne nous rappelle notre cheminement inéluctable vers notre mort, et il s’agira de nier
toute projection afin de vivre dans ce présent éternel ; la douleur de nos angoisses étant
recouverte par le plaisir de maintenant.

         Enfin, le cas de la concurrence. Le problème principal de la concurrence est que
l’activité concurrente nous mène à considérer l’autre comme un ennemi. L’autre est perçu soit
comme une source d’enrichissement, soit comme une menace ; pas besoin de longs épilogues
pour constater que c’est une façon bien triste de percevoir les autres êtres humains. Reprenons
ici une citation présente dans l’ouvrage d’Arnsperger : « le marché capitaliste, bien entendu,
n’oblige personne à maltraiter d’autres personnes […]; mais ce que fait le marché, c’est
obliger les personnes à manipuler des personnes, à les gérer, en un sens particulier. […] Le
business c’est, parmi d’autres choses, des personnes traitant d’autres personnes selon une
norme marchande – la norme qui dit qu’elles doivent être mises de côté si elles ne sont pas
capables de produire à un rythme qui satisfasse la demande. […] Le business transforme des


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producteurs humains en marchandise ». L’autre nous angoisse parce qu’il limite notre
infinitude, et parce qu’il nous renvoie à notre mortalité. Nous voulons posséder plus que lui
pour être plus immortel que lui, ce qui est à la base de l’instrumentalisation de l’autre, et de la
concurrence malsaine visant à le détruire économiquement (ce qui, dans cette logique, revient
à le détruire existentiellement) si on ne le conçoit pas comme un moyen, si il ne nous est pas
utile. Je n’en dirai pas plus sur la concurrence, je pense qu’avec ces trois exemples nous
comprenons que ce qui est néfaste dans le capitalisme peut, en partie, provenir de certains
soubassements existentiels, d’un colmatage inauthentique de l’angoisse de la finitude.

        A partir de là, il convient de se demander ce que nous pouvons faire, on ne va pas se
limiter à la dénonciation du problème. La première chose, c’est qu’il faut une prise de
conscience, un dévoilement, une mise à plat de ces rationalités aliénées, masquant les
angoisses. C’est déjà difficile en soi, car le système tend à perpétuer et nourrir les angoisses,
tout en prétendant être une réponse saine. Par exemple : le capitalisme, à travers notamment la
concurrence pathologique, nourrit notre peur de ne plus posséder de ressources de colmatage
existentiel, ce qui nous force soit à abandonner par désespoir - sortant ainsi du cadre de
l’existence capitaliste ce qui imposera la difficile tâche de donner sens à son existence en tant
que ‘rejeté de la société économique’ - soit à nous lancer avec d’autant plus d’énergie dans
cette lutte pathologique pour ces ressources. De plus, les ‘gagnants’ du système, donc les forts
de notre monde, auront eux aussi tendance à tout faire pour que ce monde se perpétue, que
rien ne change. Remettre en question tout notre mode d’existence, surtout si nous pensons
l’avoir réussi à merveille, n’est pas une chose simple. Les vainqueurs, les chefs d’entreprises
et politiciens, les capitalistes purs et durs (cf. le bal des capitalistes) vont tenter de maintenir
le système, les institutions et le mode de fonctionnement. Or tout changement sociétal doit
avoir les deux pôles : l’individuel et l’institutionnel. En d’autres termes, il faut qu’il y ait une
prise de conscience des soubassements existentiels par chaque acteur économique, chaque
personne, pour ensuite toucher le collectif et enfin les axiomes mêmes du capitalisme pour les
soigner. Tout un chacun, en tant qu’il est inscrit dans le monde, doit vivre d’une certaine
façon ses angoisses de finitude, et nous, occidentaux, les vivons en partie sous le mode d’être
capitaliste, de consommation et d’épargne. Le dévoilement des soubassements existentiaux
touche donc les personnes au niveau de l’existence capitaliste individuelle, et la thérapeutique
menant à l’authenticité aussi. Je vais donc voir avec vous comment les modes d’êtres
inauthentiques des personnes inscrites dans la société capitaliste peuvent être modifiés en
partant du dévoilement des rationalités factices, car non conscientes de l’angoisse.

        Là où, chez Heidegger, l’authenticité se trouvait loin du ‘on’, du monde quotidien,
Arnsperger pense qu’il est possible, grâce à la prise de conscience de l’angoisse, de rendre
notre agir quotidien plus authentique, de vivre dans ce qu’il appelle une ‘adéquation
existentielle’ (donc en adéquation avec soi-même, conscient du colmatage). L’adéquation
existentielle implique une véritable conscience de la finitude, de notre mortalité et de nos
limites, non faussée par les contraintes du monde capitaliste. C’est aussi directement une prise
de conscience de la place de l’autre, qui me renvoie à ma finitude, et que je ne peux pas
écraser pour être plus immortel. Nous savons que l’angoisse existentielle est fondamentale à
notre être-au-monde ; il ne s’agira donc jamais de tenter de dépasser nos finitudes ou faire
disparaître l’angoisse (c’est impossible d’ailleurs). Ce qu’il s’agit de montrer maintenant,
c’est la possibilité à l’intérieur même de l’existence capitaliste de vivre une existence
authentique, d’accepter autrement les finitudes. De les accepter, mais aussi de les partager. Si
nous ne pouvons pas nous en débarrasser, et ce n’est d’ailleurs pas souhaitable, nous pouvons
nous partager les ressources qui permettent d’y faire face et ainsi partager les finitudes. Il
devrait être possible de créer une situation où ce partage rend l’expérience de la finitude, de


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l’horizon de la mort, plus supportable pour tous. Il va de soi que le capitalisme tel que nous le
critiquons, non conscient de ses angoisses, tend à rendre ce partage inéquitable. Les différents
acteurs tentent de posséder et d’épargner plus que les autres, afin de s’immortaliser davantage
en réduisant l’autre et en prenant possession de ses ressources. Mais l’authenticité dans
l’utilisation des ressources économiques impliquerait une acceptation de notre finitude, que
ces ressources permettent de supporter sans jamais la nier.

        Arnsperger, pour parler de cette attitude authentique face à la finitude, parlera
d’héroïsme existentiel, héros à ne pas entendre au niveau de l’aventurier mythique
évidemment. L’héroïsme existentiel renvoie à un besoin de reconnaissance, d’être signifiant,
de faire sens, de dépasser les limites de notre finitude. Il peut être inauthentique : ce sera le
cas si la finitude est niée, si la peur de la mort est oubliée dans une infinitude illusoire, comme
c’est le cas actuellement dans le monde capitaliste. Par contre, le héros sera authentique s’il
est conscient de sa finitude, des angoisses liées à elle, et qu’il arrive à coexister avec autrui. Il
s’agit d’être capable d’accepter sa condition dans tout ce qu’elle peut avoir de plus cruelle, et
même de tenter de la rendre meilleure. Il s’agit aussi de ce qu’on pourrait nommer un courage
d’être, qui n’est pas sans nous rappeler la notion de surhomme nietzschéen seul capable
d’accepter le nihilisme et le non-sens de l’existence comme base pour recréer de meilleures
valeurs. Ainsi, si le héros inauthentique sera solitaire, tentant de se battre, de faire
concurrence et de lutter pour être le seul et le dernier à posséder les moyens d’infinitude,
l’espace d’habitation du héros authentique paraît bien plus sain. Il ne s’agirait plus de
performance à tout prix, d’être compétitifs, mais bien d’être capables, ensemble, d’assumer
lucidement nos finitudes, donc d’être le plus possible en adéquation existentielle avec nous-
mêmes, sans illusions. L’existence économique, notamment capitaliste, et avec elle l’espace
économique, peuplé de héros authentiques serait « l’un des lieux privilégiés où cherche à
s’assumer collectivement la lucidité face à la finitude ».

        Mais comme je le disait plus tôt, il reste le problème, et je cite Arnsperger : « aucun
individu ne changera seul si le système dans lequel il vit ne se modifie pas. A l’inverse, aucun
système ne changera si les individus qui le composent ne modifient pas leurs modes de vie ».
Il reste toujours cette nécessaire double articulation. Il faudra donc, à un moment, que la
société toute entière, dans ses rouages profonds, se rende compte que nous sommes en train de
colmater, tous ensemble, nos angoisses de finitude. Ce colmatage est inévitable mais il peut
prendre plusieurs formes et, surtout, ces formes ne sont pas éthiquement équivalentes (ni
existentiellement équivalentes d’ailleurs). Il ne s’agit pas de dire qu’on ne peut plus
progresser, que la richesse et la croissance n’ont plus aucune place, mais ces choses doivent
venir en second lieu lorsqu’on adopte une perspective existentielle, derrière une distribution
plus juste des finitudes et des moyens de colmatage existentiel. Nous pourrions alors arriver à
une société existentiellement adéquate, qui permet à la fois un accès égal aux moyens a priori,
mais aussi une redistribution a posteriori de certaines richesses et ressources symboliques
permettant le colmatage authentique. Cette société favoriserait l’héroïsme existentiel
authentique, notamment en intégrant un niveau de réflexion sur l’être-pour-la-mort et les
angoisses qui l’accompagnent. Dans le capitalisme soigné on retrouverait des formes
notamment de consommation, d’épargne et de concurrence saines, non teintées du déni de la
mort, d’un désir d’immortalité, d’être tout puissant, cause de soi – c’est l’idéal de l’homme
fort qui s’est fait lui-même - ou pire, soumettant autrui.

        Dans la rationalité économique authentique, personne ne va tenter de porter seul le
poids de sa finitude, ni de le faire porter par un autre en se détachant de lui ; au contraire
l’héroïsme authentique va mettre à jour l’angoisse existentielle dans un être-avec. Dans cette


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finitude partagée-avec, l’être-au-monde de l’homme ne devient pas plus angoissé et soucieux,
le partage permettrait au contraire de supporter au mieux cette angoisse. Nous découvrons
donc nos finitudes comme des situations partagées, qui demandent une répartition partagée
des moyens d’y faire face. Ceci nous mène, selon Arnsperger, à des modes d’être qui sont la
finitude partagée, le renoncement, la dépendance et la sollicitude. Il n’y a plus de jalousie
existentielle, nous renonçons à l’infini, à tout posséder ou à être immortel. Nous sommes
dépendants de la présence d’autrui, qui allège le poids de la finitude. Enfin dans la sollicitude
est dépassée l’idée de l’autre comme ennemi ou source de profit ; nous partageons la même
existence finie et sa condition appelle ma sollicitude, tout comme ma condition appelle son
aide. Voila donc les modes d’être qui découlent de la lucidité existentielle, et qui doivent
constituer des véritables changements de mentalités si pas de modes de vie.

         En guise de conclusion, quelques remarques. Arnsperger nous parle des modifications
institutionnelles qui devront avoir lieu pour favoriser l’héroïsme existentiel authentique ; il est
vrai qu’il ne nous dit jamais comment faire pour amener ces modifications, si ce n’est par la
prise de conscience. Il tentera plutôt de décrire comment fonctionnerait le capitalisme si ses
axiomes fondamentaux étaient modifiés. Je ne vais pas rentrer dans le détail, même si c’est
intéressant, je vous donne juste quelques exemples d’axiomes modifiés : le marché devient
l’échange, la rentabilité la solidarité, la concurrence la collectivité, le contre devient
l’ensemble, l’expansion devient l’écologie, le monétaire devient la gratuité. Vous
comprendrez que, d’une manière générale, il s’agit de structures permettant l’entraide, le
respect de soi et de l’autre, de l’environnement, tout cela parce que les finitudes sont
comprises comme des choses qui se partagent, et parce que l’angoisse a été dévoilée comme
soubassement existentiel. Ce sera donc le résultat du colmatage authentique.

        Il faut aussi savoir qu’il reste une grande part de mystère dans la question de
l’angoisse, ni Heidegger ni Arnsperger ne nous donne de manuel, de marche à suivre en 10
étapes pour vivre de façon authentique. Il est question d’affronter l’angoisse, de traverser la
nuit noire de l’angoisse, d’être disponible à elle, d’héroïsme existentiel, rien de tout cela n’est
vraiment clair. Je pense que ça ne peut pas l’être. S’il est possible de voir les résultats d’une
société plus authentique, le fait de se retrouver, dans l’expérience de l’angoisse, face à son
être propre, est éminemment personnel et peut-être non partageable. C’est aussi inquiétant et
douloureux, ce qui fait que la chute dans le ‘on’ et l’inauthentique est toujours une menace vu
que c’est toujours le plus simple. Même dans la société authentique, ou le nouveau monde
possible, l’inauthentique guète.

        Ce qui me mène à ma dernière considération. Nous sommes en train de parler de la
possibilité d’un nouveau monde. Celui-ci semble bien nécessaire, et pour certains auteurs
nous sommes déjà en train de vivre le changement. Ces auteurs, dont Arnsperger mais aussi
M. Luyckx dans son livre ‘La société de la connaissance – une nouvelle vision de
l’économique et du politique’ vont même décrire la façon dont s’organisera ce nouveau
monde. Si tout vas bien, il sera plus humaniste, basé sur le partage et l’entraide, il tiendra
compte de la dimension écologique, il retrouvera un lien avec la spiritualité, la dimension
intérieure, etc. Tout cela semble très bien évidemment, mais quel que soit les options prises
pour un nouveau monde, il est je pense fondamental de ne pas perdre de vue l’importance des
soubassements existentiels. La rechute dans l’inauthentique et dans certaines formes de
comportements, différemment répréhensibles et toujours une possibilité et un risque bien
présent. Ainsi par exemple, la dimension intérieure et la spiritualité. C’est un point positif que
de renouer avec elle, l’homme ne peut peut-être pas se passer de sa dimension intérieure. Mais
n’oublions pas qu’elle doit rester authentique, c’est-à-dire ne pas être une fuite face à quelque


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chose. Le risque le plus grand étant évidemment que la spiritualité soit une fuite face à
l’angoisse de la mort, en posant l’existence d’un autre monde où nous pourrions subsister
après la mort par exemple. D’autres problèmes peuvent se présenter aussi, comme les jeux de
pouvoirs dans la détention du savoir, de nouvelles autorités pour remplacer les autorités
économiques, le charlatanisme ou la capacité d’auto persuasion de l’homme. Ce n’est qu’un
exemple bien sûr, mais aussi une mise en garde ; tout type de société doit prendre en compte
la dimension existentielle, car tout type de société peut sombrer dans l’inauthentique. Il ne
faut pas croire que c’est l’apanage du capitalisme, de notre monde où tout va mal, et qu’il
suffit de s’entraider, de se respecter, d’être écologiste et spirituel pour que tout aie bien. C’est
justement ce genre d’auto-illusion et d’auto-persuasion qui nous mène directement à la
dictature du ‘on’, à la non réflexion et à la société inauthentique.




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Petit moment de détente après cet excellent article de Jérôme, par Thomas-Tristan Luyckx :

"Si les élections changeaient quelque chose, elles seraient depuis
longtemps interdites !"

Réfléchissez bien avant de répondre aux deux questions suivantes :

QUESTION 1 :
 Si vous saviez qu'une femme était enceinte, qu'elle avait déjà 8 enfants
dont 3 sourds, 2 aveugles et un mentalement en retard, qu'elle avait la
syphilis, qu'elle etait mariée à un ivrogne colérique qui a l'habitude de
battre ses enfants et les frapper sur la tete avec une canne, lui
recommanderiez-vous l'avortement ???

Vous avez choisi ? Maintenant, répondez à la deuxième question...

QUESTION 2
Voici les élections pour le leader de la planète. Votre vote est très
important. Voici un portrait des 3 principaux candidats...

Candidat A :
Parfois associé à des politiciens véreux, consulte des astrologues, a 2
maîtresses. A abandonné ses études de droit. Il fume comme une cheminée,
boit de 8 à 10 martinis chaque jour et se déplace en chaise roulante.

Candidat B :
Par deux fois, il été chassé de son emploi. Vaniteux et opportuniste, il a change trois fois de
parti suite à des calculs électoraux. Il dort jusqu'à midi
tous les jours et boit les trois quart d'une bouteille de whisky chaque
soir.
Pique régulièrement des crises de rage ou il invective virulemment son entourage. > > > >
Tendance à s'assoupir aux grandes conférences internationales où il
est censé défendre les intérêts de son pays. Est entré à l'Ecole militaire > > car
on le jugeait trop limité pour entreprendre des études universitaires.

Candidat C :
 Héros de guerre décoré, il est végétarien, ne fume pas et ne boit qu'une bière
de façon occasionnelle. Courageux, entreprenant, déterminé, capable
de redresser entièrement l'économie d'un pays au bord de la ruine en l'espace de
quelques années et d'amener la prospérité. Excellent orateur. Aime la
jeunesse, les chiens et les longues ballades en montagne. Il n'a jamais eu de
relation extra-maritale. Auteur et promoteur de la première grande
législation écologiste effective (en matière de protection des animaux et de
l'environnement). Féru d'architecture et de peinture, il est l'auteur de
plusieurs toiles qui, lors de vernissages réunissant l'élite de la société, se
vendaient à des prix prodigieux et valent toujours un prix inimaginable.

 Lequel de ces candidats aurait votre vote?
 Prenez d'abord votre décision, puis allez en bas de la page pour obtenir les
réponses...



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REPONSES :

Le candidat A est Franklin Delano Roosevelt
Le candidat B est Winston Churchill
Le candidat C est Adolf Hitler

Et si vous aviez répondu "oui" à la question sur l'avortement, vous
auriez tué Beethoven.

A méditer..

Un petit schéma, très drôle… 




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« Responsabilité envers la richesse de l’Etre et de la Vie, en lien avec
l’œuvre Jonassienne » Par Etienne Hacken

Cet article part du fait que les hommes s’attachent à sauvegarder la biodiversité par diverses
techniques, cependant, nous n’avons peut-être pas encore bien compris la particularité de ces
actions qui ne répondent ni à un danger, ni à un risque tel que nous pouvons les comprendre
dans le langage commun.


       À ce propos, Ulrich Beck lors d’une conférence en 2004, entend nous éclairer sur la
spécificité d’une action telle que la sauvegarde de la biodiversité qui caractérise notre monde
d’aujourd’hui. Tout d’abord, il commence par nous définir réciproquement les notions de
risque et de danger : le danger existe pour l’hommes depuis toujours, il est associé à une
menace extérieure par rapport à laquelle nous n’avons aucune emprise dessus, le danger est
qualifié d’incontrôlable et peut-être associé aux dieux ou à la nature. Inversement, lorsque
pendant la période moderne le concept de risque est apparu, il comprenait la notion de
contrôle car il n’existe que relativement aux hommes et aux décisions qu’ils prennent : « nous
cal-culons l’inconnu pour le rendre connu et le contrôler. ». U. Beck nous dira encore à
propos des risques que « nous pouvons les faire croître ou diminuer si nous le voulons. ».


     Deuxièmement, U. Beck nous dit que, aujourd’hui, cette distinction n’est plus valable.
Nous devons faire face à des risques incontrôlables. Cette contradiction interne dans les
termes de ‘risques incontrôlables’ nous invite donc à préciser notre compréhension de cette
société nouvelle. Beck identifie deux seuils qui sont en quel que sorte la frontière entre une
société vivant dans l’ « assurabilité » et une société du risque. Le premier palier est atteint
lorsque « le mouvement continu de notre processus de civilisation, les décisions
institutionnalisées qui donnent à la société sa structure, commence à avoir des conséquences
qui dépassent les capacités de contrôle social. ». Le deuxième palier est simplement la prise
de conscience de ce fait. En d’autres termes, nous sommes dans une société de risque lorsque
nous comprenons que les prédictions annoncées d’une action institutionnalisée se trouvent
erronées et irrattrapables. Par exemple, pour rester dans le thème de note travail, quand nous
avons pris conscience que la disparition de beaucoup d’espèces résultait de l’industrialisation
et de la pollution dans nos pays et que cette disparition n’était plus réparable, nous nous
sommes sentis vulnérables mais pas par rapport à un danger naturel, nous avons compris que
nos pays avaient pris des risques incontrôlables qui nous mettent en péril.


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Dans cette situation, nous avons donc vu que l’homme n’entend pas assumer les risques pris
par ses anciens et les subir mais qu’il préfère essayer de les réparer et de sauver ce qu’il peut.
Nous nous sommes posés la question de savoir en quoi ces actions étaient dès lors justifiées ?
Pour ce faire nous avons interrogé Hans Jonas qui entreprend justement de fonder un principe
de responsabilité sur une métaphysique particulière.


       La compréhension habituelle de la notion de responsabilité va comme ceci : il s’agit de
« répondre de ses faits et gestes, en subir les conséquences, réparer le tort causé à autrui;
l'ancienne responsabilité est donc mesurée sur ce qui a été fait, sur l'action effective ». En
d’autre terme, la responsabilité a coutume d’être comprise au regard du passé qu’il faut
assumer. H. Jonas va nous proposer une autre conception de la responsabilité par rapport à ce
qui doit être, nous avons la responsabilité de déterminer ce qu’il y a à faire. Précisément, pour
ce penseur,   c'est   la possibilité d'une perpétuation indéfinie de l'humanité dans l'avenir dont
nous sommes responsable. H. Jonas nous présente quatre impératifs dont voici une
expression : « Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la
permanence d'une vie authentiquement humaine sur terre ».


       H. Jonas va justifier son éthique sur base d’une métaphysique inspirée par Leibniz. Il
va affirmer une thèse très forte selon laquelle il y a un bien objectif à tout être, nous
retrouvons ici l’origine leibnizienne de sa pensée – Leibniz qui se demandait déjà pourquoi y
a-t-il quelque chose plutôt que rien avant d’affirmer l’exigence métaphysique d’être. Chez H.
Jonas, cette exigence de l’être prend une valeur éthique : « il y a un droit moral du possible à
exister, simplement parce qu'il est possible ». Il y a donc une valeur suprême dans la pensée
jonassienne qui affirme la supériorité de l’être sur le non-être et cette valeur est objective et
effective car elle va nous obliger à être responsable de la vie.


                 L'avenir de l'humanité est la première obligation du comportement.
       [...]Manifestement l'avenir de la nature y est compris comme condition sine qua non, mais
       même indépendamment de cela c'est une responsabilité métaphysique en et pour soi, depuis
       que l'homme est devenu dangereux non seulement pour lui-même mais pour la biosphère
       entière.

Voilà comment avec Jonas nous pouvons justifier toutes les actions entreprises pour la
sauvegarde de la planète, c’est parce qu’elle est la condition première pour un avenir possible
de l’homme dont l’être nous oblige à laisser ce possible exister, dont l’être nous imprègne la
responsabilité de l’effectuation de cette possibilité. H. Jonas prend lui-même un exemple pour


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justifier et valider sa thèse selon laquelle il y a un devoir inscrit dans l’être, il s’agit du cas du
nouveau né qui est le modèle de toute responsabilité. La présence de cet être le plus faible et
vulnérable crée un obligation irréfutable – peut-être pas irrésistible – de l’aider, ou dans les
mots de H. Jonas « J'estime vraiment strictement qu'ici l'être d'un simple existant ontique
inclut de manière immanente et visible un devoir pour autrui, et qu'il le ferait même si la
nature ne venait pas au secours du devoir avec de puissants instincts ».


Finalement, nous aimerions attirer notre attention sur l’efficacité à long terme des procédés de
conservation si nous ne changeons pas notre mode de vie : comprenons par là notre
consommation, notre production, notre dépense d’énergie. En fait, nous sommes arrivés à un
point tellement critique que nous nous inquiétons de la disparition des espèces alors que nous
aurions dû, bien plus tôt, nous intéresser à la diminution d’apparition de nouvelle espèce !
Peut-être trop ancrés dans une perspective darwinienne, nous percevons les choses comme
ceci : il y avait une quantité énorme d’espèce de laquelle les mieux adaptés survivront. Ainsi,
nous oublions peut-être que, parallèlement à ce processus, il y a aussi un processus
d’évolution et d’apparition de nouvelles espèces. Dès lors nous nous posons la question de
savoir si l’humanité entend simplement subsister dans un monde ou si elle veut, comme nous
invite H. Jonas à le faire, assurer une vie authentiquement humaine aux hommes et une vie
authentique aux êtres comprise comme une succession d’apparition, d’adaptation et de
disparition ?


       Nous avons bien conscience que modifier radicalement notre mode de vie mondial, en
réseau, en communication, en guerre, en lumière artificielle, en voyage, en contact avec les
astres,… est une utopie, néanmoins si l’homme est le seul être à avoir été appelé à prendre
conscience de lui-même et du processus – du moins jusqu’au mur de Planck – dont il est issu,
ce n’est pas dans une optique de domination du monde, chère aux modernes, mais dans une
optique de reconnaissance. Dans les termes jonassiens encore une fois, nous sommes amenés
à reconnaître la valeur de l’être et la valeur de la vie par rapport à laquelle il ne faut pas, nous
pensons, en assurer une pluralité minimum mais plutôt la faire déborder au maximum.




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  Recette :




Annick nous présente ici une excellent soupe, la soupe au Maredsous. Voici la recette…

Préparation : 10 mn
Cuisson : 30 mn

Ingrédients (pour 4 personnes) :
- 3 oignons
- 3 gousses d’ail
- 3 pommes de terre
- 3 bouillons cubes de bœuf
- 1 petite boîte de concentré de tomates
- (sel et poivre)

Préparation :

Mettez 1,5 l d'eau dans une casserole avec 3 oignons, 3 ails et 3 pommes de terre pelés et
coupés en morceaux. Ajoutez 3 cubes de bouillon de bœuf et 1 petite boîte de concentré de
tomate. Portez le mélange à ébullition. Incorporez-y 1 barquette de fromage fondu Maredsous
et laissez mijoter le tout 30 mn à feu doux. Passez le potage au mixer, (salez et poivrez).

En sus de cette excellente soupe, Annick nous fait part de quelques conseils pour améliorer la
santé de notre corps et pour aider un peu la Nature :

- Presser un citron et le diluer dans un verre d’eau. Effet garanti niveau vitamines (salvateur le
lendemain de guindaille et quand la chiasse se fait sentir). Excellent même pour un corps sain.
- Faire beaucoup de soupe et de bouillons, vitamines et plaisirs au rendez-vous.
Ne pas prendre de douche tout les jours, c’est inutile. Se laver quand c’est nécessaire, le
plaisir est décuplé. (Note Delz : Même si cela paraît peu nécessaire, un bain peut aussi être
utile de temps en temps. Elimination des toxines et purification intense au programme).
- Acheter ses légumes aux marché. Voire mieux : les cultiver chez soi.
- Consommer moins de viande (on en mange toujours trop). C’est un cadeau pour soi
(lourdeur inhérente à la viande), pour l’environnement et pour les Animaux (êtres doués de
conscience et de sensations).
- Ne pas tirer la chasse à chaque fois, inutile (petite pisse innocente notamment)
- Lire un maximum de livres en tout genres.
- Réutiliser l’eau de la cuisson des pâtes pour faire de la soupe (très riche en vitamines).
- Favoriser l’achat de produits nationaux en priorité à ceux qui sont importés

Merci pour ces conseils Annick 




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Economie :

La traditionnelle rubrique économique avec les prospectivistes du GEAB (Global European
Anticipation Bulletin)

GEAB N°24 est disponible ! Crise systémique globale : Quatre grandes tendances pour la
période 2008-2013

-Communiqué public GEAB N°24 (15 avril 2008) –

En approchant du cœur de la crise systémique globale qui, selon LEAP/E2020, correspondra à la
seconde moitié de 2008, il est désormais possible de mieux appréhender les grandes tendances qui
définiront les taux de change, le commerce mondial et les dynamiques régionales à cinq ans. En effet,
certaines des principales caractéristiques de la phase dite de « décantation » de la crise commencent à
se dégager. LEAP/E2020 a donc décidé de présenter dans ce GEAB N°24 ses premières anticipations
sur ces grandes tendances à l'horizon 2011/2013. Ces anticipations sont bien entendu utiles aux
investisseurs individuels qui souhaitent avoir une certaine visibilité à moyen terme. Elles peuvent
également être tout particulièrement pertinentes pour les entreprises exportatrices et les autorités
économiques et financières qui ont besoin d'une telle visibilité pour élaborer leurs décisions
stratégiques, à un moment où s'effondre l'ensemble des repères et des certitudes qui ont fondé
l'économie et la finance mondiale de ces dernières décennies.

On a pu constater ces dernières semaines à quel point les opérateurs économiques et financiers de la
planète sont déboussolés tandis que les institutions en charge de réguler les marchés ou d'encadrer
l'évolution économique mondiale voient leur impuissance s'étaler au grand jour.

Nous développons dans ce GEAB N°24 quatre tendances particulièrement représentatives de la phase
d'impact de la crise systémique globale telles qu'elles vont se dévoiler entre la mi-2008 et l'horizon
2011/2013. Pour la première fois notre équipe commence à être ainsi en mesure de donner des
indications précises sur les tendances à 3/5 ans. Elles sont notamment complétées par des «
Recommandations stratégiques » dans ce numéro du GlobalEurope Anticipation Bulletin.

Crise financière mondiale – Epargnants et investisseurs piégés par 10.000 milliards USD d' «
actifs fantômes »

Crise des actifs libellés en Dollars US - Fin 2008 : La Réserve fédérale US et son réseau de «
Primary Dealers » en lutte pour leur survie institutionnelle et financière

Crise des taux de change - Horizon 2011/2013 : Bouleversement durable de la hiérarchie
mondiale des taux de change

Crise sociale mondiale – Des révoltes de la faim aux 25 millions de chômeurs de la Très Grande
Dépression US

Chacune de ces crises sectorielles est à la fois l'illustration de l'ampleur historique de la crise
systémique globale et la confirmation que nous ne sommes qu'au début de sa phase d'impact puisque
les « garde-fous » sautent les uns après les autres annonçant automatiquement de nouvelles
aggravations de la situation. C'est le processus « en spirale », comme l'a décrit LEAP/E2020 dans les
numéros précédents du GEAB, caractéristique de cette crise systémique globale.

Pour ce communiqué public, LEAP/E2020 a choisi de présenter une partie du premier point sur la
Crise financière mondiale : Epargnants et investisseurs piégés par 10.000 milliards USD d' « actifs
fantômes »


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Crise financière mondiale - Epargnants et investisseurs piégés par 10.000 milliards USD d' «
actifs fantômes »

Si votre banquier vous a fait investir dans les 10.000 milliards USD d'actifs fantômes qui hantent la
planète financière, alors vous avez probablement déjà tout perdu même si vous ne le savez pas encore .

Et ce ne sont pas les responsables des finances du G7 et de l'assemblée générale du FMI, réunis les 11,
12 et 13 Avril derniers, qui vont y changer grand-chose. Ils sont tous parfaitement impuissants face à
la crise en cours. Sur fond de réduction de personnel et de vente de ses réserves d'or afin de combler
son déficit, le FMI incarne dorénavant le naufrage des institutions créées dans l'après Seconde Guerre
Mondiale pour réguler l'économie de la planète. Les conclusions des travaux des réunions de la mi-
avril illustrent d'ailleurs l'incapacité à agir de l'ensemble des acteurs regroupés au sein du FMI et de
ses différentes branches : d'un côté, les institutions publiques souhaitent mieux encadrer les activités
bancaires pour éviter de futures catastrophes financières comme celles que nous connaissons
actuellement ; de l'autre, les banques préfèrent se contenter de promesses de meilleurs comportements.
Et le seul résultat tangible est l'inaction à court et moyen terme : la crise actuelle continuera à
s'aggraver pendant que les débats se poursuivront au FMI. D'ailleurs, même en terme conceptuel, le
FMI est dépassé.

Ainsi, selon nos experts, le chiffre de 1.000 milliards USD de pertes financières cumulées pour la crise
actuelle est dérisoire. C'est à 10.000 milliards USD de pertes qu'il faut désormais s'attendre pour les
deux années à venir. Autrement dit, attendons-nous à ce que plusieurs grandes banques mondiales
soient englouties dans ce maelström ainsi que de nombreuses entreprises au modèle économique
fragile ou trop dépendant du consommateur américain.

Car, et LEAP/E2020 souhaite à nouveau insister sur ce point, la nature du problème financier actuel
est à la fois très simple à définir et très difficile à bien appréhender : il y a actuellement sur la planète
environ 10.000 milliards USD qui n'ont qu'une existence fictive ; et les grandes banques vont
désormais essayer de s'en débarrasser à prix bradé pour limiter leurs pertes . Mais même ces prix
bradés seront encore des pièges car ces actifs n'ont plus aucune valeur réelle et n'en retrouveront pas .
Ils sont comme des « actifs fantômes » (« ghost assets ») qui ne parviennent plus à « s'incarner » dans
des actifs réels.

L'essentiel de ces « actifs fantômes » est composé de prêts hypothécaires US, de Dollars US, de Bons
du Trésor US et en général d'actifs libellés en devise américaine, mais aussi d'actifs libellés en Livres
Sterling. Ils ont été créés ex-nihilo dans l'euphorie financière de ces dix dernières années par les «
apprentis-sorciers » de Wall Street, de la City et des grandes places financières mondiales. Souvenez-
vous ! C'était la période désormais bien lointaine où tout le monde s'extasiait sur le « miracle » de la
nouvelle finance qui permettait de créer une « économie financière » égale à 1.000 fois l'économie
mondiale réelle. Et bien, depuis quelques mois, les heureux bénéficiaires de ces richesses infinies
virtuelles tentent en vain de leur trouver une incarnation bien tangible. Or, l'ensemble des marchés
d'actifs s'effondre ou donne lieu à des bulles toutes aussi fragiles qu'éphémères : immobilier, énergie,
bons du trésor US, dollars, actions, alimentaire,... Et ces immenses masses financières virtuelles
tournent à une vitesse croissante autour de la planète à la recherche d'un investissement rentable, d'une
incarnation durable... en vain. Ce phénomène crée des mouvements tectoniques de hausses et baisses
rapides (quelques semaines) de bulles d'actifs (alors que ces dernières décennies les bulles duraient au
moins quelques années), créant de facto une hausse généralisée des prix et se rapprochant chaque jour
un peu plus de leur logique ultime : l'inflation galopante... quand seule la peur de voir la valeur de tous
les actifs s'effondrer, y compris la monnaie référence, règne en maître.

Les « fabuleuses » réserves en devises ou Bons du trésor US de la Chine, du Japon, du Royaume-Uni
et autres font partie de cette cohorte d' « actifs fantômes ». Et ils vont hanter pour de nombreuses
années les bilans des banques, les pertes des investisseurs et les cauchemars des banquiers centraux.
La forme collective favorite de ces « actifs fantômes », quand ils ne parviennent plus à s'incarner,


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s'appelle l'inflation. Ainsi pour LEAP/E2020, l'inflation réelle (incluant nourriture, énergie,...) va
dépasser les 10% en moyenne annuelle aux Etats-Unis dès la seconde moitié de 2008 ; elle dépassera
les 5% en Europe ; et s'approchera des 20% en Chine. Dans les pays en développement, très liés aux
variations de la devise américaine, elle va littéralement « exploser » sous les contraintes multiples :
énergie, nourriture, faiblesses des devises... (article complet dans le GEAB N°24 - sur abonnement)


Note de Delz : l’inflation actuelle record de 3,3% a donc toute les chances de s’aggraver pour
tendre vers les 5% (Les Etas-Unis passeraient eux de 4 à 10 % et la Chine, de 8 à 20%).




Le pouvoir d’achat risque donc d’être « rogné » violemment. En cause, l’augmentation des
matières premières et en particulier celle du pétrole, qui vient de passer la barre des 125$ le
baril, comme le montre le graphique ci-dessous (il a plus que doublé en un an) :

Prix du Pétrole depuis un an jour par jour NYMEX (New York Mercantile Exchange):
( WTI = West Texas Intermediate )




Une optique décroissante (ou a-croissante) est donc plus que jamais à l’ordre du jour, tant à un
niveau individuel qu’à un niveau collectif.
Récit :

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Voici un joli récit d’une femme qui a vécu pendant 4 ans dans une cabane, en
communion avec la Nature.

« Lorsque j’ai vu la photo de cette cabane sur le petit écran d’ordinateur du marchand
de bien, j’ai su, d’emblée, qu’elle était taillée pour moi. Ou moi pour elle. On ne
voyait pourtant qu’un morceau de toit brun émergeant à grand peine d’un fouillis de
pins, et une foison d’herbe tout autour.




La route serpente depuis le village de Vauchassis jusqu’aux premières collines dans
les bois communaux. Cachée par une haie de hêtres la petite maison est invisible. Elle
surveille du haut de sa colline les bois et les champs environnants. Il faut grimper à
pied un court chemin bien pentu, entre une rangée de pommiers sauvages et un bois de
pins plantés de main d’homme et ravagés par la tempête récente. La cabane est
perchée là, sous une clairière, dans un silence absolu. Juste le cercle calme d’une buse
au-dessus d’elle. Depuis la galerie couverte, je vois s’étendre le paysage. Silence. Un
pommier enlace un jeune chêne juste devant moi, étend ses branches en fleurs au
milieu des glands. En contrebas, une sorte de pin tordu me semble venir d’une
estampe japonaise. Voilà. J’ai dit « Je prends » et la buse a ponctué d’un long cri aigu.
Sourire.

J’ai vécu là quatre ans. La cabane est petite, juste une pièce en fait, et une galerie au
sud. Il n’y a pas d’électricité, et pas d’eau. Je sors tout juste d’une grande longère
traditionnelle de l’Aube, et dois donc me séparer de mes meubles, de mes ustensiles
électriques inutiles (frigo, cafetière, aspirateur) avec une joie non dissimulée. Je
m’installe comme une ermite, dans le minimum vital que je cherche depuis si
longtemps. De quoi a t-on réellement besoin, au juste ? Le tout fait le bonheur des
amis…et me redonne ma liberté et ma simplicité. Je garde mes livres. Je suis tout de
même bibliothécaire…ça ne trompe pas. J’aime pouvoir les ouvrir au petit bonheur, là
sur la galerie au soleil. Et lire des passages à voix haute aux mésanges. Je monte un
mur entier d’étagères réservées aux livres. Pour le reste, une série de coussins en
angle, un poêle, une table basse, une gazinière et des bassines pour la vaisselle, un
matelas dans le recoin chambre. Et voilà. Je reviens d’une marche à Compostelle, et
j’en ai conservé le plaisir de ce que j’appelle le strict nécessaire. Cela m’est non
seulement suffisant, mais je dirais même que pour certaines choses, cela s’apparente
déjà à du superflu.

Chaque soir, j’attends avec plaisir le moment parfait où tombe le jour pour céder la
place aux étoiles. Je n’allume jamais les bougies avant ce moment. Je reste assise des
heures dehors, à regarder tomber la nuit. C’est un luxe : j’ai du temps. J’ai le temps de
voir passer le temps. Il m’arrivera souvent en été de dormir dehors sur la galerie.



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Encore un luxe. La lumière des bougies est chaude, solaire presque. Et je suis toujours
surprise chez mes amis lorsqu’ils allument leurs lampes, si agressives. J’ai perdu
l’habitude. A un point tel que quatre ans plus tard, dans ma maison acquise en hiver,
tous les soirs pendant une bonne quinzaine de jours, je chercherai à tâtons les
allumettes sans penser une seule seconde qu’il me suffit de poser le doigt sur un
bouton…

A la cabane, j’ai un grand réservoir à eau en grès, qui me tient l’eau au frais même au
plus fort de l’été. Je prends mes douches entre trois grands pins odorants, une toile
tendue entre eux, avec un efficace système de camping en plastique noir. Il n’y a rien
de plus merveilleux que de prendre une douche dehors au soleil entre les pins. Encore
un luxe…

Je redécouvre le passage des saisons, avec une telle douceur, une telle perfection. Elles
passent avec leurs odeurs, leurs nouvelles couleurs, leurs lumières particulières…je ré-
apprends à savoir lire l’arrivée des orages, à quel instant précis l’hiver n’est plus qu’un
pantin de neige qui se bat encore avec la présence du printemps…Je découvre le goût
fabuleux d’énormes pommes d’octobre que m’offre un pommier couché par la tempête
de 1999.

Chaque instant est un haïku offert au présent. Certaines nuits, les fleurs du merisier
sont plus lumineuses que les étoiles.

J’ai quelques hôtes réguliers, qui ont fini par accepter ma présence silencieuse : un
renard, qui vient chaque soir à heure fixe. Un lièvre qui traverse le haut du terrain. Un
grand pic noir dont le cri plaintif m’a tant surpris le premier jour. Et les buses bien
entendu. En saison, dès la tombée de la nuit, je suis au centre du brame des cerfs. Des
chevreuils viennent brouter dans la clairière, et émettent de courts jappements de
chiens si je fais un geste. Des sangliers encore, qui farfouillent bruyamment sous les
chênes. Les mésanges sont mélomanes, à la cabane. Elles restent perchées près de la
galerie, sur le jeune pommier, cessant toute activité dès que je mets le Salve Regina de
Vivaldi chanté par Gérard Lesne. (Oui, j’ai conservé la radio. Avec des piles…)

De ma chambre, je vois le pin à trois branches. Il est planté là, seul à avoir résisté à la
tempête de ce côté du terrain, comme le maître incontesté des lieux. De l’intérieur de
la cabane, j’entends vivre la nature : le bois laisse filtrer nettement les sons du dehors.
Oiseaux, pluie, grêle, vent dans les feuilles, chute des pommes de pins sur le toit…tout
est musique. Je suis dedans et dehors en un même mouvement. Mes nuits sont bercées
de nature. Ce silence bruissant de vie me manque tellement dans les maisons !

Avec le temps je m’organise : petit potager bien paillé pour éviter le manque d’eau,
plantation de simples et de fleurs sauvages, un rosier buisson à minuscules fleurs
blanches, un sumac de Virginie aux feuilles couleur de flammes en automne…Après
le travail, je coupe tranquillement les bois tombés au sol pour dégager peu à peu un
espace d’herbe. Je vois que la forêt reprend ses droits, et des centaines de jeunes
pousses de hêtres, chênes, alisiers, pins sortent du sol, à travers le chaos des arbres
déracinés en 1999. Dans quelques années, qui se souviendra encore de cela ? La
forêt ? Certainement pas…




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Je reste sereine devant l’incrédulité des collègues et personnes qui ne me connaissent
pas bien. Que leur dire ? Ce mode de vie n’est pas une preuve en soi, je n’ai rien à leur
prouver. J’ai choisi là ce qui correspond au plus profond de moi. Il faut savoir dire «
De quoi voulez-vous que j’ai peur ? » en souriant, expliquer que non, ce n’est pas un
mode de vie que l’on peut prôner pour tout le monde, que c’est exclusivement une
plongée personnelle dans l’harmonie entre la nature et moi. Ou même ne rien dire du
tout. Car ici tout y est mesuré à l’aune du silence et du rythme. Et des souvenirs
d’enfance, dans un chalet du haut Tyrol autrichien.

Quatre années. J’ai laissé en cadeau à mon pin quelques larmes dans ses trois bras, le
jour de mon départ. Ailleurs je démarre un projet de maison paille et bois
bioclimatique, nouvelle aventure, nouvelles découvertes de ce que peut-être
l’harmonie avec un lieu de vie et un autre engagement envers les êtres humains. Mais
je n’oublie pas…il est fort probable qu’un jour, de nouveau, l’ermite en moi pointe
son nez et me demande instamment : va vivre dans la cabane… »



Source : http://www.les-cabanes.com/accueil.html


Site excellent, à visiter sans modération.




Un petit texte ici dont l’auteur a préféré restait anonyme.



« Les instants de consciences nous sont externes, ils rentrent et puis ils sortent. Ils nous
changent et puis partent. Ils ne sont pas liés. Parfois, les accepter nous est difficile et il nous
en faut d’autres pour combler le malaise qu’il procure. L’effort tend vers l’immobilité et à la
fin nous ne sommes plus les mêmes. Le changement est, l’immobile n’est pas mais l’être n’est
pas le changement. L’oubli de l’être. Je ne suis pas ce que j’étais. C’est toujours la même
bière que j’avale et pourtant ce n’est pas la même. C’est quelque chose d’autre, de différent.
Je suis toujours la même entité physique et mentale et pourtant je sais que je n’ai pas toujours
été comme ça. Quel sentiment bien étrange que je vis là. Je me sens faire partit de l’englobant.
Il ne s’agit plus de savoir qui je suis, la question de mon identité n’a plus d’importance. Je
sais que je ne suis qu’une partie d’un tout, et une partie sans frontière. Je suis traversé par la
totalité du tout »




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Evolution intérieure et mutation actuelle des consciences :
Par Jérôme Delzenne

Pour commencer cette présentation, je vais revenir sur un point sur lequel je m’étais fort étalé
lors de mes deux dernières présentations à savoir la primauté du changement intérieur pour
changer le monde extérieur. Ce constat part de faits concrets : depuis des siècles et des siècles,
l’homme est en guerre, débordant de conquête, d’ambition et de valeur égotiques fortes. Les
différents systèmes mis en place, qu’ils soient politiques ou sociaux n’ont pu enrayer cela.
Résultat, on se retrouve au XXI siècle dans un monde toujours aussi violent, toujours aussi
empreint à la domination. La raison en est simple : si l’homme a progressé au niveau
scientifique et autre, il est resté le même dans ses conditionnements psychologiques.

Comment un homme remplis de colère, de frustration, de peurs, de désordres internes en tout
genre pourrait-il créer cet « autre monde possible » dont il est question cette semaine ? Si
l’homme ne change pas de l’intérieur, les schémas que l’ont connaît depuis plus de 2000 ans
sont condamnés à se répéter indéfiniment. La première clé pour la création d’un meilleur
monde pour demain est donc là : dans une révolution intérieure, dans un accroissement de
notre niveau de conscience et dans la résolution de nos conflits internes.

Dans mes deux dernières présentations, je m’étais surtout focalisé sur l’éveil en tant que tel,
considéré comme une dissolution de l’ego ou en tout cas comme une purification extrême de
celui-ci. J’en avais définis le caractère a-causal c’est à dire non provoquable consciemment. Je
reste en accord avec cette vision. Il n’empêche que si l’éveil en tant que tel est bien a-causal,
l’évolution de la conscience jusqu’à lui ne l’est pas totalement. Il est de plus, avec le recul,
plus intéressant de décrire comment la conscience se développe, évolue, ce qui est commun à
la majorité des humains que de décrire un passage, un évènement qui n’arrive au fond qu’à
une poignée d’homme sur la Terre.

C’est donc à cela que je vais m’atteler maintenant, en définissant premièrement l’évolution de
la conscience comme avant tout un vaste travail de guérison. En effet, la conscience, qui à son
début est embourbée dans des peurs, angoisses et dans des conflits internes en général, va
devoir les transmuter pour atteindre la paix. Elle va devoir réintégrer et guérir tout les
blocages, toutes les peurs, toutes les souffrances et blessures qu’elle a emmagasinée à travers
un véritable travail alchimique.
Pour que ce travail de guérison se passe mieux, l’être va pour cela devoir commencer à
s’aimer. Il ne s’agit pas ici de tomber dans une certaine forme de narcissisme, mais bien de
savoir ce que l’on est. Lorsque l’être ne s’aime pas et se dévalorise constamment, la
conscience reste bloquée dans des schémas de culpabilité, de dévalorisation personnelle, de
peur de jugements sur sa personne, de peur de ne pas être à la hauteur, n’arrive pas à être
authentique,… Par contre, si la personne commence à s’aimer, au contraire, de nouvelles
possibilités s’offre à elle : elle n’a plus besoin de prouver ce qu’elle vaut au autres, de se
justifier constamment, elle quitte les schémas de peur et la culpabilité diminue. Elle peut
commencer à être authentique, à être véritablement elle-même. C’est véritablement une base
pour l’évolution de la conscience et pour la guérison de notre être. Ce travail est évidemment
rendu difficile par moult facteurs dont notre société basée sur la compétition et sur la
concurrence. Il faut en effet tout le temps être à la hauteur, prouver qui on est, ce qu’on
vaut,…Très lourd à porter puisque ce genre de système développe de nombreuses peur (ne pas
être à la hauteur justement, rater sa vie,…) et fait porter à l’individu qui ne rentre pas dans la
norme un poids de culpabilité qui est parfois considérable.



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Je ne peux aussi ici que mettre en avant les dégâts et le poids très lourd inscrit dans
l’inconscient collectif par la religion. Même pour les athées c’est un poids vraiment non
négligeable. Le péché originel, comme si l’homme avait quelque chose à racheter, la
définition dans le christianisme de Jésus (Je Suis) comme unique fils de Dieu, crucifié sur la
croix pour les pauvres pêcheurs que nous sommes,… C’est, à mon sens, très grave. C’est du
vol de potentiel christique, c’est rajouter un poids de culpabilité sur la conscience humaine,
c’est crucifier un Avatar et nous en rendre responsable. La religion, malgré qu’elle ai pu
ouvrir des pistes à certaines personnes a ainsi servit la plupart du temps comme outil de
dévalorisation personnelle. Je tenais à le signaler.

Si la clé est donc de s’aimer soi-même, il va donc falloir voir comment c’est possible vu que
ce travail est rendu difficile pour les raisons sus-nommées. Je pense qu’il existe plusieurs
voies. Reste que je vais développer la mienne, qui est celle qui me parle le plus évidemment.
C’est celle de la Compassion envers nous-mêmes.

Car l’existence n’est pas facile et notre courage, en tant qu’Humain, nous honore. Que ce soit
pour celui qui meurt de faim en Afrique, pour un nihiliste ou pour un citoyen lambda. A celui
qui me dirais que je n’ai pas le droit de geindre un minimum, moi occidental en pantoufles, je
lui dirai une chose : Je t’emmerde. C’est ne pas savoir que la conscience est capable d’entrer
dans des souffrances sans précédent, pouvant mener au suicide. Ceux qui ont déjà vécus des
crises de la conscience, quelles qu’elles soient, ne me contrediront pas je pense. Quand au
citoyen lambda, qui n’a pas la chance de sortir de l’hypnotisme collectif, ses crises ne sont
peut-être pas aussi profondes, il n’empêche qu’en plein drame humain, remplis de colère, de
tristesses et de peurs, sa souffrance reste bien là. Et son courage d’assumer cette existence
difficile, bien là aussi. Car comme disait mon ami Jérôme en rentrant une fois de guindaille
« Chacun fait ce qu’il peut ». Je le pense aussi.

Cette vision du poids de notre fardeau et de notre courage à assumer l’existence peut à mon
sens déboucher sur une véritable compassion envers nous-mêmes, à un véritable respect de
notre être. La culpabilité peut alors se faire moins forte car l’on comprend que l’on fait de
notre mieux et la dévalorisation personnelle peut commencer à s’affaiblir. Ainsi peut-on alors
commencer à s’aimer. Soi-même, et autrui.

Et autrui, car si l’on a vu le fardeau que l’on porte, on peut comprendre que les autres portent
eux aussi leurs fardeaux. L’existence n’est pas des plus aisée pour moi, pour eux non plus
alors. C’est donc une porte d’entrée non seulement pour la Compassion envers soi, mais
envers l’autre aussi. Ainsi peut naître le Respect de l’autre, valeur à mon sens fondamentale.
Une égalité, une équivalence entre les êtres commencent à apparaître. On est tous dans le
même bateau et chaque être mérite le respect. De cette vision peut aussi naître la volonté de
ne plus alourdir le fardeau des autres. Le fardeau de chacun étant déjà assez lourd à porter,
pourquoi lui rajouter un poids supplémentaire ? « Ne fais pas à autrui ce que tu n’aimerais pas
qu’on te fasse » disait le Christ. Et il avait sûrement raison.

Dans cette existence qui n’est pas des plus facile donc, il y a heureusement des aides, un de
mes thème fétiches : les soutiens existentiels. L’amour et l’aide mutuelle que se porte un
couple en est sûrement un bel exemple. Je suis aussi d’accord avec Jérôme, l’amitié est un
colmatage authentique et beau. Des autres formes de soutiens sont aussi présentes, même si ce
ne sont que des aides temporaires. Dans tout les cas, à mon sens, chérissons ces personnes qui
nous permettent de garder le cap et le sourire dans le tourbillon de l’existence. La perte de
soutien existentiel a elle aussi son intérêt je pense. L’être n’a en effet alors plus que lui-même


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pour se soutenir dans l’existence et peut par là même renforcer sa puissance personnelle et son
autonomie spirituelle.

Soutiens existentiels essentiels car lorsque la conscience progresse, elle peut entrer en crise.
En effet, le mental et l’émotionnel devant se purger des refoulements, ils rencontrent parfois
des sortes de nœuds, traumas, difficile à évacuer. La conscience peut alors souffrir et le corps
aussi. Des tristesses à l’origine mal définies peuvent surgir, des sortes de mélancolies
anachroniques qui viennent du fait que d’anciennes mémoires sont traitées. Des crises
d’insomnie se présente aussi presque inévitablement. Je tiens à préciser ceci car l’on pourrait
penser que parce que parfois le mental entre en totale confusion ou parce que surgisse des
réactions qui ne parassent pas êtres de nous (colères,…), on aurait tendance à croire que l’on
n’évolue pas, que la conscience stagne, pire, régresse. Cela me semble faux et vient du fait
que les nettoyages sont cycliques et touchent tout les différents aspects de l’être. Pas de repos
en fait jusqu’à la libération totale et l’éveil dont j’ai parlé au début de ma présentation.

Malgré ce tableau qui paraît un peu noir, il est pourtant évident que lorsque la conscience
progresse, globalement et malgré les crises, une certaine sorte de stabilité naît, voire une
certaine paix. La conscience qui progresse peut vivre la vie plus légèrement, moins ancrée
dans les peurs, stress et rouages de la vie quotidienne contemporaine. Et elle peux mieux se
relier au choses, aux êtres. Une communion, une authentique relation peut alors se mettre en
place avec les différents règnes. L’humain bien sur mais pas seulement.

Encore quelques risques dont je dois parler. Premièrement, le manque d’ancrage. Lorsque la
conscience progresse en ne développant que son coté spirituel, elle a tendance parfois à se
faire une bulle, à ne vivre que le coté spirituel de l’existence, la tête uniquement dans les
étoiles. Cela se concrétise par une non prise en compte du coté matériel de l’existence, par un
délaissement total de celui-ci. C’est une erreur car le but est avant tout de spiritualiser la
matière. Cela peut se présenter aussi sous la forme d’un mépris du corps, qui n’est alors vu
que comme un réceptacle et non une partie intégrante de l’être. La solution ? Revenir à des
activités pratiques et concrètes. Jardinage, sports, vaisselle, tout ce que vous voulez.

Dernier risque, le plus grave : l’ego spirituel. Des clés étant données, l’être humain peut alors
parfois devenir prétentieux, dogmatique envers ses idées, intolérant envers celles des autres.
C’est pourquoi, à mon sens, beaucoup de gens dits « spirituels » sont insupportables
(Beaucoup de « gourous » en sont un bon exemple). Une seule solution, avoir des balises
sévères. Garder sur le chemin de la conscience et de la connaissance une humilité constante,
et une vision égalitaire des êtres. Ne pas croire que l’on sait tout, ce qui serait sous-estimer la
Vie, mais rester humble. Plus facile à dire qu’à faire évidemment.

Ce chemin de la conscience me parait important car l’hypnotisme collectif dans lequel l’on
veut nous maintenir est dangereux. Si l’on ne vit sa vie que sur des rails, presque comme un
mouton je dirais, l’on fait en grande partie le jeu de salopards qui n’attendent qu’une chose :
que l’on reste dans l’ignorance. C’est pourquoi même si certains auteurs peuvent être
critiqués (Eckhart Tolle, Krishnamurti), ils restent important car ce sont des « bombes » pour
le mental classique, spéculatif et redondant. L’être peut se réveiller de sa léthargie et prendre
le chemin.

Une fois que ce chemin est pris l’on peut alors sortir, au début pas longtemps, puis de plus en
plus, du caractère conditionné et redondant de notre mental. L’on peut commencer à être à
l’écoute. De nos pensées, sentiments. Les blocages et refoulements peuvent alors se présenter


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et être réintégrés par la conscience. La culpabilité, la colère, la tristesse s’atténuent et peuvent
laisser place, doucement, à une paix et à une légèreté décrite plus haute. Les conflits intérieurs
peuvent s’éteindrent. L’on peut commencer à se mettre à la périphérie du drame humain, et en
plein cœur de la Vie, centré, pour reprendre l’expression d’Heiddegger, dans son sanctuaire
intérieur. La dualité, qui polit le diamant de la conscience, s’atténue, même si elle ne
disparaîtra qu’à la toute fin lors de la dissolution de l’ego. Elle laisse place à une unité, qui est
en fait notre vrai substrat, en dépit de l’apparente diversité des choses et des êtres.

Pour finir, un extrait de Marcaz :
Une image parlante du monde est la chenille et le papillon., très parlant pour ce qui est du
processus alchimique.

 « Ce n'est pas du tout la même perception lorsqu'on est une chenille ou un papillon.
Il y a beaucoup de chenilles dans le monde, inconscientes de leur potentiel, de leur relation
intime avec le Tout.
Beaucoup de chenilles, pas toutes, trop inconscientes de la véritable magie de la Vie, sont
donc nuisibles de fait à leur environnement.
Certaines chenilles considèrent souvent avec arrogance et suffisance, crispation sur des
positions cristallisées que la seule façon de considérer le Monde est bien évidemment leur
perception limitée.
Le monde actuel est dirigée par des chenilles, avec des repères culturels, au sens large, de
chenilles. Les papillons apparaissent alors comme des gêneurs ou des doux-dingues et se
manifeste alors beaucoup d'incompréhension à leur égard.

Beaucoup de chenilles refusent de se transformer en papillons, où elles pourraient alors goûter
à une perception toute autre de la vie, beaucoup plus libérée, riche et découvrir d'autres
dimensions inconnues (mais en potentiel dans la chenille, souvent réprimé ou nié par
beaucoup de chenilles).
Les papillons sont alors souvent considérés par le monde des chenilles, avec condescendance
et pitié, mais les papillons se rendent bien compte que ce sont les chenilles qui se privent
elles-mêmes de la possibilité de se transformer et de découvrir d'autres aspects d'elles-mêmes.
Soit les chenilles nient d'emblée, n'y croient pas, que le papillon existe, et que donc elles-
mêmes peuvent se transformer en papillon ; soit elles répriment cette possibilité de
transformation par auto-dévalorisation, bien que croyant à une autre perception que celle de la
chenille.

D'autres vont constamment grogner et ronchonner, dénigrer les papillons et l'état du monde,
sans penser que c'est justement en ne se transformant pas en papillons qu'ils ne transforment
pas le monde (les chenilles restent dans l'horizontalité : la chenille qui rampe lourdement ; au
lieu de s'élancer, léger comme un papillon, vers la verticalité tout en assumant son
horizontalité comme base évolutionnaire, donc accepter de devenir un papillon et d'y
travailler assidûment).

Sans chenille, il n'y a pas de papillon. Mais la chenille a le papillon en elle, elle existe dans le
but de se transformer en papillon. Se refuser la possibilité de devenir un papillon, c'est un
manque d'Amour et de respect envers soi-même et le Monde.
La Vie est une véritable Alchimie, un processus constant d'évolution et de transformation.
Refuser la transformation engendre de grands blocages pour le monde entier, comme un
rouage bloqué entravant le fonctionnement du reste.
N'ayez pas peur de vous transformer ! »


                                                                                                  28
Dans la deuxième partie de cet exposé, qui va traiter de l’évolution actuelle des consciences,
je vais prendre plus de risques que dans la première car je vais développer des positions qui
sont souvent raillées. Souvent a-priori et sans écoute attentive. Je tiens à souligner qu’une
telle attitude est à mon sens non philosophique et involutive car elle ne permet pas au nouveau
de se créer. Des attitudes du même genre on déjà été commises par l’église envers les
scientifiques de l’époque et l’on peut en voir aujourd’hui la non-pertinence. Un jour peut-être
les scientifiques qui raillent certaines choses que je vais avancer comprendront qu’ils ont tenu
la même position que l’Eglise d’il y a 5 siècle et que le dogmatisme aveugle est une voie sans
issue. Voilà pour les précisions.

Je vais donc pour commencer parler du cycle actuel et de ses spécificités. Car le cycle que
nous sommes en train de vivre et que nous allons traverser n’est pas anodin, loin de là et les
anciennes civilisations, de tout continents le savaient depuis longtemps. Chez les Indous, nous
sommes à la fin du Kali-Yuga, à la fin de l’âge de fer. Chez les Cathares, véritablement
initiés, l’on retrouve cette phrase clé prononcé par le dernier Cathare en 1309 : « Il ne reste
que 700 ans avant que le laurier ne fleurisse ». Chez les Indiens d’Amérique, les décennies
actuelles sont un passage capital, celui du 4ème au 5ème monde. Dans le calendrier Maya, très
précis et exhaustif, la période actuelle est cruciale, elle signale même la fin de leur calendrier,
même si la date de 2012 est plus une balise qu’autre chose. Pour avoir longuement étudié le
calendrier en question, je peux vous assurer de leur maîtrise parfaite des cycles. Il est effarant
de voir à quel point les dates des découvertes scientifiques comme le Big-Bang ou l’évolution
humaine sont connues par eux depuis des millénaires.

Au final, il est surtout effarant et évidemment très difficile à admettre pour notre cerveau
rationnel que des civilisations n’ayant logiquement aucun moyen de communication entre
elles, puisque existante à des endroits et périodes différentes, puissent toutes définir la
période actuelle et les décennies qui arrivent comme capitales. Laissons au moins ouvert la
porte que ces peuples avaient des facultés et des moyens d’investigations qui n’étaient pas les
nôtres.

Dans un autre domaine, et sans tomber dans le new-âge mièvre, tout les maîtres Reiki actuel
vont le diront, les énergies sont de plus en plus intense depuis quelques années. Pour déjà les
ressentir à un certain niveau, je ne doute pas que ceux qui ont travaillés longuement ce type de
perception puisse affirmer cela. Et je ne me permet pas de dire cela aveuglement. Ayant
rencontré quelque uns d’entre eux, je peux vous avouer que ce ne sont pas des rigolos. Cœur
véritablement ouvert et dons vérifiés par moi-même au programme.

D’une manière générale, en regardant en moi et autour de moi, je ne peux qu’attester de la
mutation des consciences en court. Et je ne parle pas ici que de spiritualité, loin de là. Je parle
ici de crises faisant interroger l’être sur le sens de la vie, d’ouvertures du cœur réelles, de
sortie de l’hypnotisme collectif chez des gens pour qui cela semblait impossible, de
transmutation de vielles valeurs en valeur plus humaniste. Je vous invite à vous faire votre
propre idée en regardant en vous même, bien que ce soit difficile pour des raisons
d’objectivité et de manque de repères.

Il n’y a pas que des allumés qui pensent comme moi, au vu du dernier chapitre du livre de
Marc Luyckx :

« Les valeurs de la société de la connaissance sont en train de gagner du terrain partout, avec
une rapidité et une intensité assez incroyable. Et dans un silence parfait. Mais elles sont


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minoritaires partout et donc invisibles. Peut-être peut-on présenter les statistiques autrement et
dire que 20% de chacun est en train de muter et de changer de valeur en silence tandis que
80% de chacun de nous est encore ancré dans les vielles valeurs industrielles modernes et
rationnelles. Le changement fermente au plus profond de chacun d’entre nous. De toute façon
le changement est bien là. Les valeurs bougent. Mais ce n’est pas encore très visible. »

Je suis tout à fait d’accord avec Marc même si j’irai encore plus loin en disant que l’humanité
dans sa globalité est entrain de changer de niveau de conscience. Néanmoins, il a raison, cette
mutation est encore trop peu importante pour créer autre chose qu’un changement de valeur
chez 20% des gens.

Alors, pourquoi malgré cette mutation, le monde ne nous paraît pas entrain de changer ? Je
nuancerais néanmoins en disant que certaines choses font plaisir et sont perceptibles : Qui
aurait pu imaginer qu’un noir soit en tête d’une élection présidentielle aux Etas-Unis?
Néanmoins, ne nous leurrons pas, les effets réels ne sont pas encore très important. Pourquoi
alors ? Premièrement, le fait que les années qui viennent de s’écouler ne sont que des
prémices à un réveil global. Nous ne sommes qu’à la période de réveil, et non d’éveil. La part
d’ombre est encore bien présente en chacun. Deuxièmement, et c’est surtout là que le
problème se pose, le système semble profiter d’une certaine inertie. Un changement radical
dans la société passe avant tout par un changement des structures, hors celles-ci sont
fortement ancrées et il est très difficile de s’en défaire. Des fissures se crées, j’y reviendrai,
mais nous n’en sommes pas encore à l’effondrement du système capitaliste.

D’une manière générale, les moyens de contrôle sont nombreux. Ce n’est pas tomber dans une
théorie du complot que de dire que les «puissants » de ce monde ont tout intérêt à laisser le
monde dans l’état actuel. Aussi ils n’ont aucun intérêt à ce que les moutons que nous sommes
se rebellent. Il font donc ce qu’il doivent faire : nous laisser dans un état d’hypnotisme
collectif et d’endormissement de la conscience. Leurs outils sont inquantifiables : médias,
télévision, alcool et drogues (chute du niveau de conscience pouvant mener à des actes n’étant
pas du niveau standard de notre conscience), mise en avant de l’avoir, ondes déstructurantes,
etc, j’en passe et des meilleurs. Pour toutes ces raisons, les effets ne sont pas encore visibles.

En fait, nous sommes bien à un point d’inflexion. Les choses devant continuer à s’accélérer,
un monde meilleur est à nos portes. Néanmoins, pas question d’attendre comme des rats morts
que ce monde meilleur tombe dans nos mains. Si le meilleur est à venir, il va falloir le créer.
La première chose, comme je l’ai expliqué dans la première partie de ma présentation est la
nécessité de se transformer intérieurement et de se libérer de nos peurs, souffrances et
blocages internes. C’est la première chose pour aider le collectif, car par sa simple présence,
l’on peut commencer à offrir de l’amour à l’autre. Ce qui est capital pour passer les crises qui
s’annoncent. Car des crises s’annoncent belles et bien. Déjà la résistance de l’inconscient
collectif au changement de paradigme ne promet pas d’être facile. Ensuite, l’effritement de la
structure économique et du système financier et bancaire international. Que ceux qui me
prennent rigolo quand je parle économie restent sur leurs positions, je suis en effet un rigolo.
Reste que les gens de qui je reçois les infos ne sont pas des rigolos, loin de là. Et on peut
s’attendre à un beau merdier (je ne parle même pas aux USA où cela va être la déchéance).
Pour ce qui est du pôle écologique, je ne dirais rien, même si des catastrophes sont clairement
à nos portes. Il convient donc d’être solide et fortement centré pour passer ces transitions et
turbulences car elles risquent en effet d’être difficiles à vivre pour le peuple, habitué à être
pris en main et qui a développé une assuétude au système.



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Une aide pour le Collectif par le changement intérieur et le développement de notre puissance
personnelle donc. Bien, mais cela ne suffit pas. Il faut en effet être capable premièrement
d’imaginer et ensuite de réaliser ce que seront les structures du paradigme futur. Il convient
déjà de soutenir ces démarches, car elles existent, même encore à un état parcellaire. Ces
initiatives, qui pensent et qui sont entrain de créer les structures de demain se doivent donc
d’être appuyées. Que l’on pense aux éco-villages ou aux alternatives que nous présentera
Charlotte. Ce n’est sûrement qu’une première étape, c’est vrai, mais c’est déjà ça. Il est sur
qu’ensuite, de nouvelles initiatives devront se mettre en place, comme les Oasis de lumière.
Nom peut-être un peu pompeux, mais qui met bien en avant le caractère reposant et
ressourçant de ces lieux, qui devront être des endroits d’apaisement pour le mental et de
libération pour l’être.

Ainsi au final, la primauté reste de se transformer, encore et toujours. Unifier son être,
transmuter ses peurs et ses souffrances, élever notre niveau de conscience. C’est le coté
vertical de la démarche. Elle ne doit cependant pas nous faire occulter le coté horizontal de
notre mission, à savoir la création de structures qui permettent nous seulement un
développement des aspects supérieurs de l’être mais aussi une vie harmonieuse entre les
hommes et les différents règnes et un rapport à la Terre retrouvé.

Pour terminer, je finis avec cette belle citation de Nagual que je remercie au passage pour tout
les changements qu’il a suscité en moi :

« Un autre monde est possible, prenons la responsabilité de le créer ensemble : cela est un
droit et non un luxe ou une voie dérivative. C’est le droit simplement d’Etre et de vivre enfin
dans un état d’amour et de joie, les pieds dans la terre et la tête dans le ciel. C’est la possibilité
de passer du vieux mental à la libération de l’être où la séparation devient inutile »




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                                    Travail de philosophie de la religion


           Nous allons analyser, dans le présent travail, l’article de Marc Maesschalck « Les modernes et
la liberté de penser en religion », publié dans la Revue théologique de Louvain. Nous commencerons
par en dévoiler la ligne directrice pour, dans un second temps, reprendre la structure et les différents
moments du texte. Nous verrons ensuite à quel niveau se situent les réflexions des philosophes
modernes par rapport aux débats politico-religieux contemporains abordés par M. Maesschalck et nous
comparerons les objectifs des philosophes modernes avec ceux des débats contemporains.


           A travers l’analyse des réflexions de philosophes des trois générations de la philosophie
moderne, M. Maesschalck cherche à envisager un dialogue fécond entre raison et foi au-delà de leur
apparente incompatibilité, ce dialogue permettant d’envisager l’autonomie et la liberté du croyant.
Chaque génération de la philosophie moderne a tenté, à sa manière, de penser l’articulation entre
raison et foi. Il y eu cependant certaines insuffisances, dans les deux premières générations
principalement, lors de la recherche de ce dialogue, celui-ci trouvant son accomplissement, selon M.
Maesschalck, dans la « religion philosophique » de Schelling. Nous verrons également, à travers cet
article, le rejet de la part des philosophes du côté superstitieux de la religion ainsi que la réaction de la
théologie face à cette pensée du dialogue entre foi et raison.


           Commençons donc le suivi, pas à pas, du texte de M. Maesschalck. Par rapport à la religion,
les modernes avaient donc pour but de redonner un rôle à la raison dans les croyances. Cela a impliqué
deux positionnements entre la raison et la foi : un dialogue productif et un refus de la raison de garder
la dimension superstitieuse de la religion, celle-ci impliquant l’intolérance et la peur. L’objectif
premier des philosophes modernes était de montrer la coexistence possible de la raison autonome et de
la foi.


          L’argument principal de Diderot pour montrer la légitimité de la raison était que celle-ci avait
été donnée par Dieu et que, s’il l’avait fait, ce n’était pas pour la retirer ensuite. Son deuxième
argument était que la suppression de la raison conduisait à un aveuglement du croyant, ce qui
impliquait que la foi sans raison n’avait plus de sens. Dans ses considérations, Diderot n’arrive
cependant pas à effectuer le pas décisif vers un dialogue entre foi et raison car il n’envisage la foi qu’à
partir de cette dernière.


           D’après Spinoza, il existe une compatibilité entre foi et religion du fait même de leur
indépendance l’une envers l’autre. Cette conception est illustrée par le fait qu’il traite dans son œuvre
de ces deux sujets de manière séparée. Dans l’Ethique, il élabore une réflexion scientifique sur le fait
que « l’univers est une modification infinie de la substance première, Dieu ». Dans le Tractatus


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theologico-politicus, il envisage ce qui est utile pour le Salut de l’âme, ce qui est pour lui le fondement
de la religion et la base d’entente commune pour tous les croyants.


        Ces considérations amènent Spinoza à envisager deux ensembles de vérité : ceux de la vérité
théorique et ceux de la vérité pratique, c’est-à-dire ceux de la raison et de la foi. Ces dernières
possèdent donc, pour lui, des méthodes et des objectifs différents. Par rapport aux textes religieux, la
raison peut servir à dégager les principes menant au Salut. Ces principes n’auront cependant pas
prétention à la vérité - ce qui entrerait en conflit avec la raison - mais auront plutôt comme but
l’obéissance du croyant.


        Avec Spinoza, les relations entre raison et foi restent cependant encore problématique et
Spinoza n’a pas pu aller plus loin car, dans sa démarche, c’est la raison qui détermine la foi et qui,
quelque part, la rend rationnelle. Le dialogue n’en est donc pas vraiment un et la différence entre foi et
raison est finalement tout simplement annulée, le pratique se réduisant en fin de compte au théorique.


        Kant, philosophe de la deuxième génération, arrive quant à lui à dépasser cette conception car
il distingue les domaines théoriques et pratiques à l’intérieur même de la raison. Ces domaines ont
deux types de nécessités différentes : « la raison théorique cherche à organiser les faits de conscience
reçus de l’expérience sensible et (…) la raison pratique cherche à déterminer les principes de l’action
libre en dehors de toute considération des conditionnements ».


        Dans ces deux domaines, la question de Dieu est posée de manière différente. « Pour la raison
théorique, Dieu est une idée-limite ». Celle-ci n’est pas accessible par l’expérience et son but est de
stimuler l’homme dans sa recherche de compréhension du monde. « Pour la raison pratique, Dieu est
un postulat rationnel ». Celui-ci permet d’avoir une visée morale qui va jusqu’à son terme. L’idée d’un
Dieu juste permet de lier nos actes moraux entre eux et de les envisager possiblement comme justes.


        Ces deux idées de Dieu, comme une idée-limite et comme un postulat rationnel, ne sont
cependant pas encore équivalentes au Dieu de la foi car celui-ci rassemble en lui les deux dimensions.
Pour penser ce Dieu-là, il faut pouvoir penser Dieu comme Dieu créateur. Cette idée est cependant
hors du champ des raisons pratiques et théoriques.


        Malgré cela, la moralité de la raison pratique a besoin de cette idée « pour s’assurer de la
concordance de son idéal avec les lois du monde, où cet idéal est censé se réaliser ou, tout au moins,
tendre vers sa réalisation. Autrement dit, la liberté voudrait se comprendre en accord avec l’ordre
même de la nature, comme si elle venait le couronner et le porter à son accomplissement ou le
parachever».


                                                                                                        33
        Kant envisage un type de jugement particulier, le jugement réfléchissant, dans lequel
l’important soit que la liberté, condition de possibilité de l’action morale, soit en accord avec les lois
de la nature et qu’elle soit considérée comme possible. L’important est que le monde soit ouvert à
l’action libre. Ce jugement correspond à une croyance. Dans le cas qui nous occupe, il s’agit d’une
« croyance en la finalité de la nature ordonnée à l’ordre moral ». Cette croyance, étant en dehors de la
raison théorique et de la raison pratique, possède un statut propre et une autonomie à l’intérieur de la
raison. La religion peut donc être acceptable pour la raison et l’homme peut espérer que son action
morale ait un horizon final. Il faut ajouter que le jugement réfléchissant sert également de lien entre la
raison théorique et la raison pratique.


                Pour Hegel, il existe encore chez Kant une incomplétude dans la pensée d’une
dialogue entre la foi et la religion car il se réduit au champ de la morale et ne pense pas la question de
la vérité révélée. Kant, de part sa conception de la logique, ne pense l’unité de la raison théorique et de
la raison pratique que par un « entre-deux », qui est le jugement réfléchissant. La logique que Hegel
promeut permet de concevoir cette unité plutôt comme « un passage que le sujet réalise dans l’objet
considéré, de manière à se reconnaître dans son autre (…) la révélation peut être définie comme le
mouvement où la conscience reconnaît dans son autre le destin de l’esprit absolu ». L’entre-deux
devient ici une unité plus mouvante, se situant à la fois dans l’un et l’autre pôle de la conscience et qui
les rassemble pour les dépasser. La révélation devient donc, dans cette perspective, un mouvement à
l’intérieur de la conscience.


        Schelling, quant à lui, partage la critique que fait Hegel par rapport à Kant, ce dernier envisage
une logique trop rigide et pas assez dynamique. Pour Schelling, raison théorique, raison pratique et
jugement réfléchissant ne sont pas radicalement indépendants l’un de l’autre, ils doivent plutôt se
concevoir comme l’affirmation d’une même unité. La révélation devient donc l’expression de la
totalité théorique et pratique de la conscience. Le dialogue entre foi et raison se conçoit chez Schelling
comme un appel fait à la raison de se convertir, ce qui renvoie à l’autonomie et à la prise de décision
de l’homme rationnel face à la révélation.


        Dans la perspective de la sauvegarde de l’autonomie du croyant, les philosophes modernes
développèrent un rapport très critique vis-à-vis de la dimension superstitieuse de la religion. Cette
superstition va justement à l’encontre de l’autonomie, à la fois religieuse et politique, du croyant. La
superstition pervertit le jugement du croyant et empêche tout dialogue inter-religieux. D’après
Spinoza, les conséquences politiques de celle-ci sont que la peur, liée à la superstition, empêche toute
prise de distance par rapport à un pouvoir manipulant cette peur. Pour combattre cette peur lorsqu’elle
survient, il convient de se remettre en question et de placer la situation sous le signe du doute. Pour


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Diderot, la superstition est elle-même « un obstacle à la croyance véritable, dans la mesure où elle
déforme le visage de Dieu et paralyse la liberté humaine qui se rapporte à lui ».


        Parallèlement au développement de la pensée philosophique moderne, la théologie à elle aussi
évoluée en profitant notamment des réflexions de la philosophie. Dans son rapport avec la raison, elle
s’est replacée dans une dynamique plus constructive. Spinoza, par exemple, permit à la théologie,
grâce à sa méthode exégétique, d’envisager un nouveau rapport avec les Ecritures et la Révélation. Ce
rapport s’établit à travers une analyse historique des Ecritures, notamment par le théologien Semler.


        Après toutes ces considérations, et pour conclure son article, M. Maesschalck se pose la
question de la création de « religion philosophique » avec le bannissement, par les philosophes, de la
superstition. Il serait cependant pour lui réducteur de comprendre celle-ci comme l’exécution de Dieu
par la raison, cela nierait l’effort véritable qui fut d’établir un véritable dialogue entre foi et raison. La
religion devrait être philosophique dans le sens où « elle devrait développer une attitude intériorisante
par laquelle la liberté parviendrait à se retrouver pleinement soi dans un rapport réel et non imaginaire
au divin, à l’autre ». La religion philosophique – terme utilisé par Schelling – permet donc de penser
et de vivre la religion en donnant une place à l’autonomie et la liberté.


        Nous allons à présent envisager la place de la philosophie moderne dans les enjeux des débats
contemporains en philosophie politique et en philosophie de la religion. D’après M. Maesschalck, il y
a une difficulté, à l’intérieur de la philosophie de la religion, de penser les dimensions d’action
collective du phénomène religieux, c’est à dire de concevoir les croyants en tant que groupes agissant
dans l’espace public.


        D’après la lecture de l’article, les philosophes modernes ne l’ont pas véritablement pensé non
plus, à l’exception peut-être de Spinoza qui envisage la question de la communauté des croyants qui se
rapportent à un dogme fondateur permettant de construire leur identité collective dans la perspective
d’un Salut de l’âme, ces dogmes permettant également d’établir les limites entre les différentes
communautés de croyants.


        Leur principale préoccupation était tout d’abord de redonner une place au croyant en tant
qu’individu rationnel au sein même de la pratique religieuse communautaire et instituée, ce qui n’était
pas le cas dans le monde médiéval. Ils ont cependant mis en lumière et légitimé la dimension réflexive
du croyant face à sa croyance, ce qui permet d’envisager une conception dynamique de la
communauté religieuse.




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        Par exemple, l’exégèse de Spinoza préfigure l’idée fondamentale d’une dimension
interprétative des textes religieux, cela permet à la philosophie de la religion de penser la différence
entre le code religieux et l’usage qu’en fait le croyant, ce qui renforce la caractère dynamique de la
religion. Un autre passage de l’article permet également de mettre en avant ce dynamisme :
l’intégration, par la théologie, des avancées de la philosophie moderne permettant ainsi l’ouverture
d’un dialogue entre raison et foi du côté de la théologie elle-même. Cette dimension dynamique est
parfois malheureusement oubliée par les Etats laïques contemporains dans leur rapport au phénomène
religieux, ceux-ci ayant une conception statique de la religion et des croyances.


        En guise de conclusion, nous pouvons affirmer que la philosophie moderne a quand même une
importance vis-à-vis des débats contemporains car l’instauration d’un dialogue entre raison et foi fut la
condition de possibilité des débats contemporains sur le rôle de la religion dans l’espace public.


        Les convictions ne peuvent être soumises à des critères de rationalité, selon la conception
rawlsienne, ou avoir la nécessité de se traduire avec des arguments acceptables, selon la conception
habermassienne, uniquement parce que la raison a pu progressivement trouver sa place au sein du
religieux. Sans cela, des telles idées ne pouvaient même pas être envisagées comme étant pertinentes.
La philosophie moderne a donc permis que la religion s’ouvre à la possibilité d’avoir un jour à faire
avec les problèmes des débats contemporains.




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Citations :
« On ne choisit ni le moment de sa mort ni la manière dont on meurt. On choisit seulement sa
façon de vivre » Joan Baez

« De même que devant le soleil, flambeaux et feux d’artifice perdent leur éclat, de même
l’esprit, le génie et jusqu’à la beauté se voilent et s’assombrissent devant la bonté du cœur »
Arthur Schopenhauer

« Plonger au fond du gouffre, enfer ou ciel qu’importe, au fond de l’inconnu pour trouver du
nouveau » Baudelaire

 « La surestimation de la raison a ceci de commun avec le pouvoir d’Etat : sous sa
domination, l’individu dépérit » C.G.Jung

« Les enfants ne jouent pas, ils vivent et cela paraît un jeu au adultes »

« Ce qui fausse probablement tout dans la vie, c’est qu’on est convaincu qu’on dit la vérité
parce qu’on dit ce qu’on pense » Sacha Guitry

« J’ai une envie d’aimer qui est abominable » Brel

 « Parce que nous nous élevons en spirale, nous avons toujours l’impression que le monde et
nous-même tournons en rond » Teilhard de Chardin.

 « La physique moderne nous laisse entrevoir ceci : l’esprit de l’homme émerge de
profondeurs se situant bien au-delà de la conscience personnelle ; plus on va profond, plus on
se rapproche d’un fondement universel qui relie la matière, la vie et la conscience »

« Il faut bien comprendre que l’art n’existe que s’il prolonge un cri, un rire ou une plainte »
Cocteau

« Nous ne finirons jamais de grandir, car il y a un espace infini à découvrir en soi » R.Fauze




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«Cercle d’abondance, randonnées et tontines » :
Explication d’un système mensonger et non-éthique :

Depuis quelques temps, on voit débarquer une nouvelle « mode », celle des cercles d’abondance,
appelée aussi « randonnées » ou « tontines ». Arrivée en France fin 2007 (surtout en Languedoc), elle
débarque progressivement en Belgique depuis 2008 et ce n’est sûrement que le début. Cette pratique,
liée à l’argent comme vous le verrez, a réussit à infiltrer de nombreux milieux et paradoxalement,
certains milieux dits « spirituels », car la motivation principale du système semble être l’entraide.
Vous allez voir dans quelques lignes l’explication du système. En réalité, ce n’est qu’un système
pyramidal comme un autre qui ne fait que reproduire des déviances capitalistes. Certains, au vu de ce
qui va être exposé, pourrait se dire qu’il faut être un peu stupide pour tomber dans ce genre de
panneaux. C’est sans compter la volonté de se faire de l’argent facilement (difficile de résister quand
on est pauvre) et surtout sur les facultés manipulatrices des gens qui promeuvent le système et qui ont
une habilité marketing et relationnelle à toute épreuve (dans un autre cadre j’ai pu en voir quelques
brides chez Euphony, c’est impressionnant). Je vous laisse donc avec la présentation du système et son
démontage argumentatif par Paur, qui tente d’éviter à une amie de se lancer la-dedans. Il vaut mieux
prévenir que guérir, je préfère donc en parler avant qu’on vous propose ce genre d’enroule.

Explication du système :

Selon les villes, on investit de 300 € à 10.000 €, on trouve 2 personnes qui apportent la même
somme et on repart avec 8 fois la mise, soit de 2.400 à 80.000 €.




En quoi ça consiste ?

On part d’une figure de cercles concentriques, dans lesquels sont inscrites 15 personnes selon
le schéma ci-contre. La personne du centre (n°1) reçoit, selon la mise de départ, de 300 à
10.000 € de chaque personne située dans le cercle extérieur (n° 8 à 15). Dès qu’elle a reçu les
2400 à 80.000 € elle sort et le cercle se divise en deux. Les personnes en position 2 et 3
deviennent à leur tour chacune la position 1 des 2 nouveaux cercles. Les autres personnes


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progressent aussi d'une position, et pour chaque nouveau cercle créé, il faut 8 nouveaux
arrivants pour regarnir le cercle extérieur. Et ainsi de suite, les cercles se multiplient et
deviennent en quelque sorte autonomes chaque fois qu'un n°1 récolte les 8 mises.




Bien que ce système soit présenté sous forme de cercles, la scission et la multiplication des cercles nécessite une
croissance exponentielle du nombre de participants, comme n'importe quel système pyramidal.

Voici maintenant l’argumentation de Paul :

« Sophie,

Je n'ai peut-être pas su te parler de façon aussi convaincante que les personnes qui t'ont expliqué ce
système lors de la réunion et je leur reconnais ce mérite, après tout c'est leur métier, pas le mien.

Le fait de poser par écrit ce que je voulais t'expliquer me permet donc de mettre mes idées au clair, et
j'espère que tu trouveras un moment pour lire ce qui suit, comme tu avais pris le temps d'écouter la
démonstration lors de la réunion où tu t'es rendue.

Si je prends la chose à cœur, au point de te relancer sur le sujet, c'est que j'ai trop d'amitié pour toi
pour te laisser mettre les pieds dans ce genre de chose sans que tu aies conscience de tout ce que ça
implique. Je ne suis pas en train de te juger ou d'insinuer que tu es dans l'erreur, je ne veux simplement
pas que tu souffres ou que toi ou tes proches se retrouvent dans la merde à cause de gens mal
intentionnés qui profitent de leurs rêves et de leurs espoirs. Je sais que, toi, tu es de bonne foi et que
c'est vraiment avec de bonnes intentions que tu nous en as parlé, c'est normal : on ne t'a pas tout dit.

Je soutiens que le système qui t'a été "vendu" est inexact, irréaliste et pire que tout mensonger. Il
débouche malheureusement sur la ruine d'une énorme quantité de gens, et c'est un point commun de
tous les systèmes pyramidaux.

Il est connu depuis des années sous différents noms et dans différents pays.

Tout d'abord voici ce que dit la loi française : 2ème alinéa de l'article L122-6 du Code de la
Consommation
Est interdit le fait de proposer à une personne de collecter des adhésions ou de s'inscrire sur une
liste en lui faisant espérer des gains financiers résultant d'une progression géométrique du nombre
de personnes recrutées ou inscrites.

Cet article est l'exacte définition d'un système dit "pyramidal". Cela veut dire que le gain financier est


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seulement issu de la multiplication des recrutés. Alors pourquoi est-ce que c'est interdit ?

C'est interdit non pas pour emmerder le monde, mais parce que cela débouche sur une escroquerie :
pour que toutes les personnes qui participent puissent gagner de l'argent il faudrait multiplier les
inscriptions à l'infini mais ni la population ni les ressources financières ne sont infinies.

En fait ce qu'on te cache quand on t'explique ce système, c'est le nombre de gens impliqués au bout de
quelques étapes, et c'est énorme, tellement énorme que cela atteint des chiffres qu'on arrive même plus
à se représenter.

Voici le calcul pour un système basique qui impliquerait un recrutement de 2 personnes pour toucher 2
fois sa mise de départ : à chaque pallier, on double donc le nombre de personnes nécessaires :

* 1* 2* 4* 8* 16* 32* 64* 128* 256* 512* 1024* 2048* 4096* 8 192* 16 384* 32 768* 65 536
* 131 072* 262 144* 524 288

Arrivé au 20ème pallier, si tout le monde a bien joué le jeu, plus de 500.000 personnes ont touché de
l'argent, et 524.288 personnes vont devoir recruter chacune 2 personnes soit 1.048.576 personnes...
Plus d'un million de personnes... Tu vois où je veux en venir ? Ce genre de système atteint
inexorablement un jour une limite géographique et démographique, le nombre de participants n'est pas
infini et au final, ceux qui se font avoir seront les derniers arrivés. Car comprends bien qu'il n'y a pas
moyen de gagner de l'argent avec ce genre de système s'il n'y a pas quelqu'un qui en perd en bout de
chaîne. L'argent ne tombe pas du ciel !

Ces systèmes ne peuvent pas fonctionner en circuit fermé : si tu mises 10.000 et que tu gagnes 80.000,
c'est que de l'argent a été injecté dans le circuit. Qui l'injecte ? Des gens comme toi, en bout de chaîne,
les potes de tes potes de tes potes, qui espèrent eux aussi multiplier leur mise par 8.
Alors bien sûr en début de chaîne les premiers arrivés gagnent le gros lot, mais tu as compris
maintenant que la chaîne n'est pas infinie et qu'on en atteint vite le bout.
Dans mon exemple où on gagne 2 fois sa mise pour 2 personnes recrutées, on arrive au bout de 20
étapes à plus d'un million de personnes impliquées.

Dans le système que tu nous as décrit il y a bien aussi une pyramide, c'est à dire une augmentation
exponentielle du nombre des inscrits pour payer les premiers arrivés, mais cette pyramide est
camouflée par la multiplication des cercles, or tu ne sais jamais combien de cercles sont actifs.
Il faut pour compléter un cercle et que tu puisses toucher 8 fois ta mise que tu recrutes 2 personnes,
qui recrutent 2 personnes, qui recrutent elles aussi 2 personnes ce qui donne : 1+2+4+8 = 15 personnes
impliquées. Toi + 14 autres personnes.

Au bout d'un cycle, tous les gens présents dans le premier cercle ont touché leur gain, le cercle s'est
divisé en 8 cercles contenant chacun 14 nouvelles personnes : 8x14=112 nouveaux inscrits, ce qui
signifie que pour que 15 personnes touchent leurs gains il aura fallu que 112 nouvelles personnes
injectent de l'argent.
Et ces 112 nouveaux veulent eux aussi multiplier leur mise par huit, alors on repart pour un cycle mais
cette fois il n'y a plus 1 cercle au départ mais 8 cercles, qui vont donc chacun se diviser en 8 et générer
eux aussi 15 gagnants et 112 nouveaux inscrits attendant leur argent. 112 x 8 ça nous fait 896
nouveaux au bout de seulement 2 cycles... Alors voici ce que ça donne au bout de quelques cycles si
on démarre avec 1 cercle composé de 14 personnes qui attendent de récupérer leur argent (la
quinzième au centre du cercle a déjà touché son gain). Chaque cycle représente une multiplication par
8 du nombre d'inscrits et au 10ème pallier on en est à 1 879 048 192 personnes.
Bon je m'arrête là, on est seulement au dixième cycle et ça devient ridicule, on en est à pas loin de 2
milliards de gens à trouver...

Et tu penses bien que même si quelques-uns des gagnants réinvestissent une partie de leurs gains, ce
sera une goutte d'eau dans l'océan, d'autant plus qu'ils multiplieront à nouveau leur mise par 8, c'est


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sans fin.

Le pire dans tout ça c'est que tu n'as aucun moyen de savoir à quel moment tu as pris le train en
marche. Alors une chose est sûre, le système va bloquer, toute la question est de savoir quand. Au
troisième cycle ? Au quatrième ? Au cinquième peut être ? Peu importe le but c'est de ne pas être
parmi les derniers de la chaîne car eux ne reverront jamais leurs 10.000 €, ils seront depuis longtemps
dans le coffre de ceux qui les ont poussés à payer et qui en plus auront la conscience tranquille. Mais
combien seront ces gens qui auront versé 10.000 € et se retrouveront en bout de chaîne ?
Et ces gens qui vont paumer 10.000 € parce qu'on les aura abusés avec une construction mathématique
complexe, à qui on aura fait un grand discours sur la solidarité, et qu'on aura en fait brisés un peu plus
en leur faisant perdre leurs économies et prendre des crédits pour rassembler la somme, ces gens là qui
sont-ils ?

Ces gens c'est ta famille, tes amis, les amis de ta famille, la famille de tes amis et les amis de tes amis.
Ceux qu'on te pousse à recruter.

A ce petit jeu, pour un gagnant, il y a plus de 7 perdants. Un perdant c'est un mec qui a cru à la
promesse : tu donnes 10.000, tu reçois 80.000. Un jour ou l'autre la promesse n'est pas tenue, le mec
s'est fait avoir. Et ça porte un nom : escroquerie.

Mais si les perdants se sont fait escroquer, comment est-ce que les gagnants pourraient être autre chose
que les escrocs ? Dans cette histoire il n'y a au final que des arnaqués et des arnaqueurs, celui qui
participe deviendra l'un des deux qu'il le veuille ou non.

Comment peut-on supporter de gagner de l'argent en l'ayant escroqué à d'autres personnes ? Les
gagnants n'ont pas tous conscience d'avoir gagné aux dépens de nombreux perdants car on leur a
masqué cette réalité avec de simples techniques de marketing. C'est pour ça que le système fonctionne
quelques temps : toutes les responsabilités sont diluées, les cercles se multiplient, le but est de se
voiler la face en niant l'existence des perdants, car au final avec un peu de chance le perdant ne sera
même pas une connaissance, juste l'ami d'un ami d'ami d'ami d'ami... Et on n'en entendra même pas
parler. Tant pis pour lui. Solidarité ? J'ai envie de vomir...

Si le perdant est un proche ? Pas de chance, cela peut même se retourner contre toi qui a eu la bonne
idée de le convaincre de jouer.

Si le perdant c'est toi ? C'est 10.000 € de perdus, le prix pour avoir voulu profiter d'un système qui
écrase 7 fois plus de monde qu'il n'en récompense. Ajoute à ces 10.000 € la destruction du lien qui
t'unissait à l'ami qui t'a recruté, ajoute encore la haine envers toi de ceux que tu as toi même recrutés.
Des familles, des villages, des villes, des régions entières ont été brisées par ce genre de chaîne.

Si tu gagnes ? Bien joué. Après tout tu n'es jamais qu'un voleur de plus. Le tout c'est de ne pas penser
aux victimes pour garder le sommeil léger quand tu dormiras sur tes 80.000 €, et pour pouvoir te
regarder dans la glace sans y voir le visage de l'escroc que tu es devenu un peu malgré toi, même si au
fond de toi tu sais bien que non, l'argent ne tombe pas du ciel...

Mais à qui profite cette exploitation de la misère humaine ? Aux organisateurs, les initiateurs de la
chaîne qui font bien sûr partie du premier cercle. Il suffit de 7 personnes au milieu d'un cercle (1+2+4)
pour monter cette arnaque.
Il faut ensuite amorcer la pompe et recruter 8 personnes. Ensuite elles feront elles-même le boulot de
recrutement. Il suffit de quelques réunions bien convaincantes pour que le système perdure quelques
temps jusqu'à l'irrémédiable chute.

Ingrédients à utiliser sans modération pendant la réunion :

* Caution d'expert : des mathématiciens espagnols (mais bien sûr... on peut voir les diplômes ?)


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* Caution socio/historique : les tontines africaines, les sociétés Inuits sur la banquise (pour les
amateurs d'ethnologie)
* Caution légale : prétendre que c'est autorisé en Suisse (ce qui est bien sûr complètement faux)
* Caution morale : c'est uniquement de la solidarité, on aide les gens à réaliser leurs rêves (tout en
liquide à la barbe du fisc, belle leçon de morale)
* Et la caution qui tue : des "notables", gloires régionales, politiques, médecins, comment ces vedettes
locales pourraient-elles participer à une arnaque... (et si c'était comme les autres : pour l'argent ?)

Ne pas oublier les recommandations :

* Ne jamais donner son nom (pas de nom = pas de responsable)
* Insister sur le fait que ça n'est pas, mais alors pas du tout un système pyramidal, la preuve : on a fait
des schémas tout ronds ! (CQFD...)
* Prévenir les nouveaux que tout ceci est très confidentiel (pour mettre en valeur la personne, exciter
sa curiosité et créer l'effet d'aubaine)
* Les avertir que des gens vont tenter de les convaincre que ça ne marche pas (pour inhiber la
réflexion)
* Les avertir que certains voudront briser leur rêve (pour qu'ils s'isolent de ceux qui réfléchiront à leur
place)
* Jouer sur l'affectif et la solidarité du début à la fin (pour qu'ils fassent ensuite de la même chose pour
recruter leurs proches)

Les 7 organisateurs sont quasiment sûrs de toucher leur fric, il suffit d'une grosse centaine de bonnes
poires et quelques semaines pour qu'ils empochent chacun leurs 80.000 € (soit 560.000 € au total)
largement de quoi se faire la malle et recommencer ailleurs... Pour les bonnes poires ce sera une autre
paire de manche... Il va falloir trouver plus de 8.000.000 € pour contenter tout le monde... Suprême
délicatesse : les organisateurs se permettent en plus de prendre une commission de quelques milliers
d'euros sur chaque gain, c'est encore ça de pris.

Qui portera plainte lorsque le système s'écroulera ? Ceux qui y ont pris part on participé à
l'escroquerie, ont essayé de s'enrichir de façon illégale à l'insu de l'Etat ? Tout le monde fermera sa
gueule, mort de honte et ruiné, et essayera de rembourser ses dettes avec de l'argent qu'il n'a plus.
Entraide, solidarité, générosité, un beau tableau de la nature humaine.

Ce qui est incroyable c'est d'avoir réussi à présenter ce système comme une forme de solidarité, alors
que la seule et unique motivation des participants est de gagner de la thune quoi qu'il en coûte, point
final ! Un système gagnant-gagnant ? Mais finalement qui aide qui si tout le monde gagne ? Y-a-t-il un
magicien dans la salle ?

En résumé :

    1.   C'est une escroquerie connue
    2.   C'est illégal partout dans le monde
    3.   Tu peux perdre 10.000 €
    4.   Tu peux faire perdre encore plus à tes proches
    5.   Si tu gagnes d'autres perdent : un nouveau concept "l'arnaque solidaire".

Voilà, avec du temps et sans pression j'ai pris la peine de t'écrire ce long mail, c'est donc que ça a un
sens pour moi, je ne suis pas chieur à ce point sur des sujets qui ne sont pas d'importance. Le fait que
tu aies tenté de me convaincre me donne de très bonnes raisons de me faire du souci pour toi et m'a
poussé à aller jusqu'au bout de la démonstration. J'espère que ça n'a pas été inutile et que tu as eu la
force de me lire jusqu'au bout.

Tu vaux beaucoup plus que tout ce vent.
A bientôt, Paul


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Et pour finir…
Voici des mantras méditatifs Esséniens. Ils montrent la puissance spirituelle de l’Humain,
qui est une composante inhérente à son essence. Ce sont de véritables médications
contre le manque d’estime de soi et la dévalorisation constante que l’on nous à fait porter
sur les épaules depuis bien trop longtemps.

"Je m'arrête pour honorer
L'éblouissant torrent de Sagesse
Qui guide chaque Être vivant vers sa demeure.
Ce voyage est mon voyage ;
Cette demeure est ma demeure.
Et cette Sagesse est aussi vivante en moi
Que dans les Êtres les plus élevés.
A mesure que je grandis en maturité spirituelle,
Je me rends compte que cette Sagesse
Est toujours disponible
Du moment où je me suis préparé à la recevoir".

Un autre mantra :

"Il y a un Savoir dans l'Univers
Qui ouvre les fleurs en leur temps,
Qui me donne la force de croître.
Il ne dépend que de moi de capter
La Sagesse de cette source primordiale.
Car je ne fais qu'Un avec Tout
Et il m'est donné de tout connaître."




Tout le meilleur à Tous !


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