BAUDELAIRE COMMENTAIRES by nskW5k

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									BAUDELAIRE, Charles
Quatre poèmes de la section « Spleen et Idéal » du recueil Les Fleurs du Mal.
L’ALBATROS,
Composition comprenant quatre quatrains d’alexandrins (rimes A, B, A, B), dont les trois premiers
furent écrits pendant le voyage de Baudelaire autour du monde (il avait assisté plusieurs fois à la
scène décrite) et dont le quatrième fut écrit quelques années plus tard pour illustrer la fonction du
poète.
Dans le premier quatrain, le poète nous montre les marins qui souvent capturent des albatros aux
longues ailes (« vastes oiseaux des mers ») qui pourtant sont pacifiques ( « indolents »), et
accompagnent le voyage des marins dans des conditions pénibles (« gouffres amers »)..
Dans le deuxième quatrain, les marins déposent les albatros capturés sur les planches du navire et
alors ces oiseaux, majestueux dans le ciel (« ces rois de l’azur ») deviennent maladroits et
éprouvent de la honte pour leur maladresse, car leurs ailes qui avant leur permettaient d’être les rois
du ciel, maintenant sont immobilisées, inutiles, comme le prouve la comparaison avec les avirons
qui « traînent à côté d’eux. »
Dans le troisième quatrain, le poète reprend la description de la maladresse des oiseaux opposée au
comportement pervers des marins. L’albatros est maladroit (« gauche ») et sans réaction (« veule »)
et les marins se moquent de lui en mimant leur situation actuelle et en le provoquant sadiquement
avec leur pipe. A noter que Baudelaire emploie le terme « brûle-gueule » pour insister sur leur
vulgarité. Les marins ici n’ont pas le beau rôle : Baudelaire veut susciter en nous de l’indignation
par rapport à leur comportement, alors qu’il veut susciter en nous de la pitié pour l’albatros, victime
du sadisme des marins.
Dans le quatrième quatrain, qui sert de conclusion, on parle de la figure du poète. Baudelaire, avec
une comparaison, nous conduit à comprendre le drame du poète qui n’a pas peur dans son élément
(le ciel, le monde supérieur, la poésie, la créativité) : allusion probable aux critiques des gens
communs ou aux critiques littéraires. Mais quand il rentre dans le monde de la contingence, dans le
monde de tous les jours, comme l’albatros qui devient un handicapé, le poète devient un marginal,
un incompris, que tout le monde peut martyriser, critiquer.
CORRESPONDANCES
C’est un sonnet (deux quatrains, deux tercets) d’alexandrins qui, malgré la forme classique révèle
une grande modernité, car c’est dans ce sonnet que se trouve le mot SYMBOLES qui sera utilisé
pour créer le mot symboliste qui définira l’école qui verra le jour en 1885.
Dans le premier quatrain, Baudelaire nous montre les caractéristiques de la Nature, vue comme un
temple où on entend « de confuses paroles » que l’on doit décrypter. En cela on peut déjà
comprendre que le poète a justement cette fonction de décrypter le mystère qu’il y a dans le monde,
qui semble se révéler à nous de façon familière, mais ce n’est qu’une apparence, car il y a des
symboles. Et donc le poète est un peu assimilé à un philosophe qui comprend le mystère de la
création.
Dans le deuxième quatrain, Baudelaire nous explique que la création est caractérisée par une unité
« ténébreuse et profonde », une unité obscure et illimitée, représentée par exemple par la
correspondance entre des éléments sensoriels différents : « Les parfums, les couleurs et les sons se
répondent. »
Et pour illustrer ce concept, Baudelaire va utiliser comme exemple différents types de parfums.
Les uns sont positifs (frais comme les chairs d’enfants, doux comme les hautbois, verts comme les
prairies. » exemple de synesthésie). Les autres sont négatifs, « corrompus », ce qui confirme que,
outre les correspondances horizontales entre les cinq sens (le toucher, l’ouïe, le goût, la vue,
l’odorat), on a aussi des correspondances verticales entre le monde sensible et le monde
suprasensible, le monde moral qui est de deux types, un positif, évoqué par la candeur, la pureté de
l’enfance et l’autre négatif, évoqué par la corruption de certains parfums. Cette thèse est confirmée
par le dernier vers qui nous explique que certains parfums exaltent le corps et l’esprit : «chantent les
transports de l’esprit et des sens. »

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ELEVATION
Poème composé de cinq quatrains avec des alexandrins, aux rimes embrassées (ABBA).
Le titre, comme on verra dans l’analyse du poème, peut avoir deux interprétations, deux allusions :
une à la sphère religieuse (élévation du calice pendant le rituel de la messe) et une à la sphère
physique (allusion à la sexualité masculine).
Dans le premier quatrain, l’auteur nous montre l’élévation vers le plan supérieur comme un voyage
réel, caractérisé par des hauts et des bas, jusqu’à arriver finalement aux « sphères étoilées ».
Dans le deuxième quatrain, l’esprit qui va vers le plan supérieur est comparé un nageur qui « se
pâme dans l’eau », son élément naturel, en éprouvant un immense plaisir, représenté par une
allusion à la jouissance masculine dans le contexte sexuel, « avec une indicible et mâle volupté. »
Dans le troisième quatrain, le poète demande à son esprit de s’envoler loin du monde connu
représenté négativement « miasmes morbides » et d’aller se purifier dans un espace supérieur, divin,
limpide, ce qui signifie que le monde d’où il part est un monde corrompu : c’est une élévation
morale qui nous est représentée pour aller vers la pureté, le divin.
Dans les deux quatrains qui concluent le poème, le poète illustre le bonheur de celui qui a pu faire
ce voyage vers ce monde supérieur et qui maintenant est capable de comprendre « le langage des
fleurs et des choses muettes. » En effet, comme il l’a dit dans « Correspondances » le poète a un don
particulier qui lui permet de comprendre, de décrypter le réel, les symboles qu’il y a dans la nature.
Ici il dit que le poète a la possibilité de comprendre la signification de choses qui ne parlent pas,
donc qui ne communiquent apparemment rien. Il donne un sens à ce qui n’a pas de sens.
SPLEEN
C’est le quatrième poème ayant ce titre dans la section « Spleen et Idéal » du recueil Les Fleurs du
Mal.
Ce poème comprend cinq quatrains d’alexandrins aux rimes embrassées.
Ce qui caractérise tout d’abord ce poème, c’est la structure de l’ensemble : on a en effet trois
coordonnées temporelles introduites pas « Quand » (une par strophe), coordonnées à une autre
phrase par la conjonction « et » (v . 11-12), suivies de la principale (début de la quatrième strophe)
et suivie d’une coordonnée (fin de la même strophe). La strophe principale est également associée à
la précédente par la conjonction « et ». Ce qui fait qu’on doit lire le poème d’un seul jet et alors il
acquiert tout son sens, c’est-à-dire cette montée progressive de la crise qui va porter l’esprit à la
capitulation devant l’angoisse : l’esprit n’a plus aucun espoir de sortir de la crise.
Ce poème est souvent défini le poème des hallucinations, car Baudelaire nous montre une série de
sensations faisant références à des sens différents pour nous illustrer la situation de l’esprit « en
proie aux longs ennuis. » De quoi parle-t-il ? les images, les sensations, les hallucinations évoquées
dans ce poème sont suscitées par les drogues et alors le poème devient très simple à comprendre :
on a une succession de sensations qui culminent à l’idée de la mort de l’esprit, à l’idée de
capitulation, de passivité devant la crise qui monte. Pour mieux montrer la lutte intérieure de
l’homme sous l’effet des drogues, Baudelaire nous propose celle de deux personnages allégoriques,
l’Espoir et l’Angoisse.
Dans le premier quatrain, domine l’idée de la compression, comme à l’arrivée d’un orage.
Dans le deuxième quatrain, c’est l’idée de la prison de laquelle l’Espérance, comme une chauve-
souris tente en vain de sortir.
Dans le troisième quatrain, on a deux images dominantes, celle de la pluie dont la verticalité évoque
celle des barreaux d’une cellule et celle d’une occupation du cerveau (le concret pour l’abstrait,
technique très souvent utilisée par Baudelaire), par un peuple d’araignées.
Dans le quatrième quatrain, on passe à une situation auditive d’une grande force : les cloches qui
sonnent avec furie pour appeler au secours.
Par contraste dans la dernière strophe nous nous retrouvons devant le silence de la mort « sans
tambours ni musique ». L’hallucination est également visuelle : l’esprit a l’impression de voir des
corbillards, c’est-à-dire des chars funèbres qui occupent l’âme de l’homme et l’obligent à capituler
devant l’angoisse qui s’envahit totalement de lui (l’espoir a été vaincu).                         L. D.

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