Partie 2 La régulation économique et sociale V La coordination par le marché V 1 Présentation Le thème du « marché » et de la concurrence a mobilisé de nombreux économistes Adam Smith by cY4YUTd

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									Partie 2 : La régulation économique et sociale
V . La coordination par le marché

V.1. Présentation
    Le thème du « marché » et de la concurrence a mobilisé de nombreux
économistes : Adam Smith, Ricardo, Walras Friedman, Debreu, Allais…
    Dans une économie fortement marquée par les échanges entre individus et
entreprises, le concept de marché est important. Comment en effet, dans une telle
économie, coordonner les décisions de production, d'achat ou de vente de millions
de producteurs et de consommateurs ? Le marché est un des moyens d 'y parvenir :
lieu de rencontre des offres et des demandes d'un bien ou d'un service, il permet de
mettre en adéquation des comportements que rien ne prédisposait à s'accorder .
    Étudier le marché revient à s'intéresser aux marchés, tant ceux-ci peuvent différer
les uns des autres : en effet, qu'y a-t-il de commun entre le marché boursier (localisé
géographiquement et organisé de façon institutionnelle), le marché des changes
(sans localisation spécifique ), ou le marché du travail ?
    Pour cerner véritablement la notion de marché, il est donc nécessaire, non
seulement de dégager la logique commune à tous les marchés, mais aussi d'en
présenter les différentes formes.
    Le marché est le lieu (réel ou fictif) de rencontre des offres et des demandes
d'un bien ou d'un service, sur lequel va s'établir un prix. Le marché est donc le cadre
dans lequel les agents économiques (producteurs, consommateurs ) vont effectuer
des échanges, selon un certain prix. Ainsi, par exemple, les constructeurs
automobiles vont vendre leurs véhicules aux acheteurs sur le marché automobile: ces
échanges vont se faire à un prix qui va -théoriquement -leur donner satisfaction. De
la même façon, c'est sur le marché du travail que les travailleurs ( offreurs de travail)
et les employeurs ( demandeurs de travail) vont confronter leur volonté de travailler,
et d'embaucher.
    Tout marché présente des caractéristiques spécifiques. Tout d'abord, les marchés
n'ont pas le même objet (d'échange) : sur certains, par exemple, s'échangent des
biens et services (automobiles, biens immobiliers, outillage industriel...) ; sur
d'autres, une force de travail (marché du travail), ou bien encore des titres de
créances (matérialisés par des actions et des obligations sur le marché boursier), etc.
On étudie généralement, en macroéconomie, des marchés agrégés, tels le marché
des biens et services, le marché du travail.
    La localisation géographique ou l'étendue d'un marché permet aussi de le
distinguer des autres: ainsi, certains marchés seront locaux, nationaux ou mondiaux,
alors que d'autres n'auront aucune localisation géographique spécifique. C'est
notamment le cas du marché des changes, sur lequel la vente et l'achat de devises
s'effectuent sans rencontre physique des offreurs et demandeurs, mais par
l'intermédiaire de dispositifs de télécommunication mondiaux.

   Jacques Ghiloni

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   Sur un marché donné, il y a donc des agents qui offrent le produit en question ;
d’autres qui en demandent. Le prix d’équilibre est atteint lorsque l’offre (la quantité
offerte à ce prix) est égale à la demande (la quantité demandée à ce prix).



V.2. L’institutionnalisation du marché

A. Le marché : ordre naturel ou construction sociale ?


    Le marché est si présent dans les économies modernes qu’il semble correspondre
à un « état naturel de l’économie », c’est-à-dire un mode d’organisation spontané de
l’activité économique. Cependant, nombre d’exemples nous montrent que les
relations marchandes n’ont pas toujours existé et contredisent l’idée du caractère
naturel, donc universel des relations marchandes.

         Le marché serait un ordre naturel
    Adam Smith considère que les hommes ont un penchant naturel à échanger , les
hommes ont naturellement un goût prononcé pour l’échange. Ils seraient conduits
par une main invisible qui, en les incitant à s’enrichir librement et à œuvrer pour leur
intérêt propre (le principe d’action guidant les agents est l’égoïsme), contribuerait
naturellement au bien-être de la nation .
    Cet ordre naturel conduirait à l’équilibre de la société dans la mesure où chacun
peut poursuivre légitimement ses intérêts propres tout en concourant
inconsciemment au bien commun. Le bien être individuel et le bien être collectif
sont atteints simultanément sans qu’il soit nécessaire de se préoccuper le moins du
monde d’une quelconque solution collective. En effet, il faut que chaque producteur
s’efforce de prendre en compte les désirs des autres, puisque son bien être dépend
de leur acceptation de ses produits ou services. Ainsi l’égoïsme n’est pas en
contradiction avec l’attention aux besoins d’autrui.
    L’existence d’une concurrence entre offreurs et demandeurs garantit par ailleurs
que la recherche égoïste du bien être ne conduira pas à l’exploitation de l’un par
l’autre. L’intérêt bien compris de chacun est au contraire de se rapprocher d’une
relation traduisant la recherche des meilleurs termes de l’échange. C’est le principe
modérateur du système. Ce principe est renforcé par la signature de contrats libres
entre des individus libres : pourquoi accepter librement de signer un contrat (un
engagement) s’il n’est pas avantageux.
    On voit que cette vision repose sur une conception particulière de l’individu qui
serait un « homo œconomicus ».
    Elle est partagée par tous ceux qui considèrent que le marché est le système le
plus efficient pour assurer la circulation de l’information et la coordination de
multiples décisions économiques.



   Jacques Ghiloni

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    Les plus convaincus considèrent même que les mécanismes du marché
fournissent une réponse à des problèmes qui semblent a priori échapper aux « lois de
l’économie ». (cf. théorie du capital humain, théorie du mariage : Becker)

   Toutefois, pour de nombreux auteurs le marché n’est pas plus « naturel » que
systématiquement bénéfique pour la collectivité.

        Le marché, une construction sociale.
    Des anthropologues et les ethnologues ont montré que l’économie de marché,
contrairement à ce que laissent entendre parfois les économistes libéraux, n’est pas
naturelle puisqu’elle n’existe pas dans certaines sociétés premières (ou dites
primitives) où un système d’échange non marchand, parfois fondé sur le don,
domine. De même, l’idée d’une nature humaine fondamentalement acquisitive et
tournée vers l’accumulation est discutée par ceux qui ont étudié des sociétés dans
lesquelles la durée du travail est réduite à ce qui est strictement indispensable à la
production des biens utiles pour le groupe, ou encore celles qui sont caractérisées
par l’absence de hiérarchie économique et politique.
    Marshall Sahlins dans Age de pierre, âge de l’abondance (1972) montre que les
populations bushmen du désert de Kalahari (particulièrement aride et inhospitalier),
travaillent une petite partie de la journée , au maximum que cinq heures par jour en
moyenne, plus souvent entre trois et quatre heures, ce qui suffit à garantir leur mode
de vie. Et encore ce travail quotidien n’est que rarement soutenu, coupé qu’il est de
fréquents arrêts de repos ; ensuite qu’il n’implique jamais l’intégralité du groupe :
outre le fait que les enfants et les jeunes gens ne participent que peu ou pas du tout
aux activités économiques, ce n’est même pas l’ensemble des adultes qui se consacre
simultanément à la recherche de la nourriture.
       Karl Polanyi (1886 - 1964) affirme en 1944 dans La grande transformation ,
que le marché n’est devenu une institution centrale dans les pays européens qu’au
début du XIXème siècle (principalement sous l’influence de l’État) car, auparavant,
les rapports économiques n’étaient pas séparés des autres rapports familiaux,
sociaux, religieux ou politiques. Puis, un désencastrement de l’économie hors des
relations sociales s’est produit. Cette séparation de la sphère économique et de la
sphère sociale, a entrainé une autonomisation des marchés et l’instauration du
principe de marché autorégulateur : les marchés sont une partie indépendante de
l’organisation sociale et ils constituent un mécanisme automatique selon se
maintenant lui même en équilibre. Enfin, au XXème siècle, a eu lieu la « Grande
Transformation » qui a « réencastré » l’économie dans les relations sociales, grâce
notamment à la mise en place d’une législation sociale. Ainsi, des priorités sociales
sont retenues, ce qui contraint, dans une certaine mesure, l’économie à s’y
soumettre.
    L’historien français Fernand Braudel (1902 - 1985) a une autre conception de
l’histoire du marché. Depuis le Xème ou le XIème siècle en Europe, le commerce et le
marché se développent de manière continue. Certes ce développement est inégal et
irrégulier, mais il est sans équivoque et il accompagne la croissance de la productivité
   Jacques Ghiloni

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dans l’agriculture et dans l’industrie. Il n’est pas le résultat d’un choix historique des
hommes qui occupent le pouvoir en occident, cette région est simplement en avance
par rapport au reste du monde : le marché est universel.


 B. Le marché : une institution
    Contrairement à une idée communément admise, il ne suffit pas de laisser une
totale liberté au agents économiques pour que le marché s'organise et fonctionne de
lui-même. La difficile transition des ex-pays à économie planifiée vers l'économie de
marché est là pour en témoigner : la liberté doit s'accompagner de mécanismes
juridiques garantissant la sécurité des transactions commerciales, et la propriété
privée des agents (droits de propriété) ; à défaut, les agents économiques ne seront
pas sur un pied d'égalité pour affronter la concurrence. De la même façon, certaines
entreprises peuvent user si fortement de leur liberté que la situation de concurrence
se transformera vite en situation de monopole : une entreprise peut en effet choisir
de vendre ses produits à perte, à un prix très faible, pour éliminer ses concurrents, et
par la suite - étant seule sur le marché - rattraper ses pertes par une forte hausse de
prix. Il paraît donc nécessaire de mettre en place des règles instituant et préservant
le marché - règles dont la nature et l'importance varient suivant les États et les
marchés concernés.
    Au-delà des règles juridiques traditionnelles - telles celles garantissant la propriété
privée - préalables à l'existence d'un marché, de nombreux États ont édicté des
législations propres au fonctionnement des marchés. La législation française est
révélatrice de cette préoccupation : diverses règles élaborées au plan national, mais
aussi communautaire (européen) visent à mettre en concurrence les entreprises.
Ainsi, les entreprises sont libres d'entreprendre - dans la plupart des cas - toute
activité de leur choix sur quelque marché que ce soit (principe de liberté du
commerce et de l'industrie) ; et de fixer comme elles l'entendent - le prix des
produits ou des services qu'elles proposent. Le droit cherche aussi, par divers
procédés (affichage obligatoire des prix, des modalités de vente ), à garantir la
« transparence » du marché, afin que chaque agent économique puisse disposer de
toutes les informations nécessaires à son choix sur le marché. Voir la défense du
consommateur.
    Sur un autre plan, la législation française prohibe - lorsqu'elles entravent le libre
jeu de la concurrence - les ententes entre agents économiques.
    Finalement, à bien des égards, l'étude du concept de marché est indissociable de
l'étude du rôle de l'État dans la sphère économique. En effet, si d'un côté État et
marché peuvent s'opposer comme modes alternatifs de régulation économique, d'un
autre côté ils ont du mal à fonctionner l'un sans l'autre.
    Pour J.K Galbraith, Pour une société meilleure, Seuil, 1996, quatre facteurs, d’une
importance vitale, justifient le besoin d’intervention et de régulation des pouvoirs
publics. Il y a, en premier lieu, la nécessité actuelle de protéger dans le long terme la
planète, de mettre en place les réglementations que l’on décrit comme visant la
protection de l’environnement.
   Jacques Ghiloni

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    En second lieu, il faut protéger les plus vulnérables de ceux qui sont employés
dans l’appareil de production des effets pervers de la grande machine économique.
    En troisième lieu, il y a la propension, plus élevée qu’il n’est souhaitable, de
l’économie à produire et à vendre des biens ou des services techniquement
déficients ou préjudiciables physiquement.
    Et, en quatrième lieu, le système génère à l’intérieur de lui-même des tendances
autodestructrices dirigées contre sa propre efficacité. (cf. crises économiques,
financières).


V.3. Rapports marchands et ordre social
    Les rapports marchands se généralisent dans de nombreuses sphères de la
société. Ce processus, appelé marchandisation , risque de créer une société de
marché dans laquelle la sphère marchande serait étendue à l’ensemble de la société.
    Cette marchandisation concerne des services auparavant fournis gratuitement
(garde d’enfants, ménage, soins aux personnes âgées, par exemple). Elle touche aussi
certaines qualités de l’être humain ; le sens des relations, l’amabilité, la sympathie, le
sourire... qui étaient autrefois des qualités « sans prix » et qui sont aujourd’hui
échangées contre salaire.
    L’extension de ce phénomène dans toutes les sphères de l’existence et non plus
seulement dans l’économie pourrait donner naissance à une société de marché.
Même la famille et le couple ne sont pas à l’abri d’un fonctionnement calqué sur celui
du marché. Ainsi, les relations familiales sont parfois fondées sur des considérations
de type coût-avantage. Cela expliquerait par exemple l’existence d’un marché
matrimonial ou le fait que les relations conjugales peuvent prendre la forme d’un
contrat.
    De nouveaux domaines sont touchés par l’extension des rapports marchands et
font apparaître des risques (des dérives ?) d’ordre éthique. Les progrès scientifiques
et médicaux entraînent, par exemple, l’apparition de nouvelles techniques, dans les
domaines de la biologie et de la génétique.
    En l’absence d’élaboration de nouvelles règles, le libre jeu du marché peut
présenter des solutions moralement inacceptables, comme c’est déjà le cas en ce
qui concerne le trafic d’organes. Sur un autre plan, on constate que l’école publique
tend, elle aussi, parfois à se marchandiser, avec l’intrusion de l’entreprise dans
l’élaboration de certains outils pédagogiques.
    Certaines dérives dans le sport peuvent aussi le faire craindre : dopage,
rentabilisation du spectacle sportif au mépris de l’esprit du jeu, corruption d’arbitres
ou d’organisateurs...

  Les relations sociales entre les individus peuvent être de nature marchande ou
non. Si les rapports marchands connaissent aujourd’hui une forte extension, le
marché ne pénètre pas pour autant tous les rapports sociaux.

   Par ailleurs il existe des relations non marchandes reposant sur le don.
   Jacques Ghiloni

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    Le don et le contre don sont des relations d’échanges de produits et du lien
social.
    La réciprocité est un a priori fondamental de toute relation humaine, autant dans
l’échange marchand que dans le don : donner pour recevoir !
    Mais il y a une différence entre l’échange marchand et le don :
    La principale caractéristique de l’échange marchand c’est son caractère objectif.
Il n’y a pas de place pour le sujet : une fois la prestation effectuée, les partenaires se
libèrent de toute obligation. Le salarié repart le soir, il a fait son travail. Cela s’arrête
là, il s’est libéré de l’obligation envers son employeur. En retour il a reçu un salaire. Le
vendeur assure ses prestations dans le cadre du contrat. Un point c’est tout. Ce qui
se passe après, cela ne le regarde pas. Une fois que l’objet est payé, le client et le
vendeur sont quittes.
    A l’inverse, dans le don, non seulement la relation est plus subjective, mais le don
crée une obligation mutuelle qui maintient durablement la relation. Dans le don,
l’intention subsiste comme un lien invisible qui attache les deux personnes entre
elles.

   Des éléments d'une économie de don existe dans l'économie mondiale
contemporaine.
       le don de sang
   (Un don de sang est un processus par lequel un donneur de sang est volontaire
pour se voir prélever du sang qui sera stocké dans une banque du sang puis servira
lors d'une transfusion sanguine. En France et Canada c'est un don véritable, les
donneurs ne sont pas rémunérés, contrairement à d'autres pays.)
       Un logiciel libre est un logiciel dont la licence dite libre donne à chacun le
         droit d'utiliser, d'étudier, de modifier, de dupliquer, de donner et de vendre
         le logiciel. (Linux (1.02% parts de marché en février 2010), Mozilla (24.4%
         parts de marché en février 2010 pour Firefox) selon
         http://www.netmarketshare.com/, The Gimp, Open Office…) On utilise le
         terme freeware pour les logiciels propriétaires qui sont distribués
         gratuitement. Les freewares ne sont pas libres car leur code source n'est
         pas disponible et donc seul l'auteur original peut l'améliorer et publier des
         versions modifiées. En outre, la revente d'un freeware est souvent
         restreinte.




   Jacques Ghiloni

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   Document 1




         les projets comme Wikipédia
    Wikipédia est une encyclopédie collaborative en ligne universelle et multilingue
fonctionnant avec le principe wiki. Wikipédia a pour principe d'offrir un contenu libre,
neutre et vérifiable que chacun peut éditer et améliorer.
         Les dons de livres comme le Livre voyageur
    Le Bookcrossing, autrement appelé BC ou BX, est un phénomène mondial. Il s'agit
ici de faire circuler des livres en les libérant dans la nature pour qu'ils puissent être
retrouvés et lus par d'autres personnes, qui les relâcheront à leur tour. La base du
Bookcrossing est un site internet qui permet principalement d'enregistrer les livres et
de suivre leur parcours. Si quelqu'un décide de relâcher un livre en Bookcrossing, il
obtient sur le site un numéro identifiant unique (BCID pour BookCrossing ID) qui
permet de garder trace du voyage du livre.
    Une expression francophone du phénomène est Livre voyageur, Libérez un livre
ou Passe-livre.
    Plus récemment (2005)on a le postcrossing (consiste à envoyer à des inconnus et
à recevoir des cartes postales, partout dans le monde, en s’inscrivant sur un site
Internet).
         Les associations humanitaires
    Elles organisent la distribution gratuite de produits alimentaires (banques
alimentaires, restos du cœur, soupe populaire...) de vêtements (secours populaire,
croix rouge, secours catholique...), le plus souvent avec un accompagnement
reposant sur l’échange convivial.
   Jacques Ghiloni

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     Les services informels entre ménages :
Document 2




     Les aides entre membres de la famille
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Jacques Ghiloni

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V.4. Les mécanismes du marché

A. Formation de l’offre, de la demande et du prix d’équilibre sur un marché



   a. La demande
   La demande (d'un bien ou d'un service) traduit l'intention d'un acheteur face au
prix de ce bien ; elle représente la quantité de ce bien ou de ce service que le
consommateur est disposé à acheter en fonction de son prix.
   On considère généralement que la demande est une fonction décroissante du
prix. En effet, il est tout à fait concevable de soutenir que les consommateurs ( dans
la mesure où ils détiennent des revenus suffisants) sont d'autant plus disposés à
acquérir une certaine quantité de biens que le prix en est faible. Un amateur de vidéo
achètera ainsi plus volontiers un DVD s'il coûte 8 € que 30 €.
   Exemple :
   La demande de Catherine pour des glaces
   Document 4
                Prix des cornets (EUR)                            Quantité demandée
                        0                                                12
                        0,5                                              10
                        1                                                 8
                        1,5                                               6
                        2                                                 4
                        2,5                                               2
                        3                                                 0




   Jacques Ghiloni

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   La demande du marché est la somme des demandes individuelles pour un bien ou
un service particulier.

   Document 5
   Prix des cornets (EUR)        Catherine      Nicolas         Marché
                0                    12              7                    19
                0,5                  10              6                    16
                1                     8              5                    13
                1,5                   6              4                    10
                2                     4              3                    7
                2,5                   2              2                    4
                3                     0              1                    1

   Document 6




   On peut alors considérer plus généralement que la diminution du prix d'un bien
ou d'un service va entraîner une augmentation de la quantité demandée par les
acheteurs. Une diminution du prix du DVD de 20 % pourrait ainsi entraîner une
augmentation de la demande de DVD de 20 % .
   Donc, nous avons vu que toutes les courbes de demande étaient décroissantes,
toutefois la pente des courbes est importante car elle exprime l’élasticité. Ainsi une
demande d’un bien peu élastique est peu sensible aux variations de prix.
   Il existe plusieurs types d’élasticité.


   b. L’élasticité prix de la demande

   Jacques Ghiloni

                                                                                         10
   Elle mesure le degré de réaction de la demande du consommateur à la variation
du prix du bien considéré.
                                               x
                              La formule est : x  e D p
                                               px
                                                px
    Par exemple si px = 5 €, la consommation = 5
                     Px = 4 €, la consommation = 10
    e D/p = -5, on met en valeur absolue, et çà signifie ici que la variation de la
consommation est 5 fois plus élevée que la variation du prix.
    Autre exemple : px = 100 € ; x = 20 ;
                       Px = 90 € ; x = 30 ;
    Le prix a baissé de 10 % et la consommation a augmenté de 50 %, donc
l’élasticité : 50/-10 = -5.
    On peut avoir plusieurs possibilités :
    Si - < e D/p < -1, la demande est élastique
   Document 7




   Si e D/p = -1, la demande varie proportionnellement au prix




   Jacques Ghiloni

                                                                                      11
     Si –1 < e D/p < 0, la demande est inélastique
     Document 8




     Si e D/p = 0, la demande est rigide.
     Et inversement lorsque le prix augmente.


   c. L’élasticité croisée
   Cette fois-ci on compare la variation de la demande d’un bien X avec la variation
du prix d’un bien Y
                                        x
                                         x  e Dx
                                        py       py
                                         py
   Si e = 0 : aucune influence
   Si e > 0 : py augmente et Dx augmente : les biens x et y sont
substituables (beurre/margarine);
   Si e < 0 : py augmente et Dx diminue : les biens sont complémentaires (lecteur
DVD/DVD).


d.       L’élasticité revenu de la demande



     Jacques Ghiloni

                                                                                       12
                                        x
                                         x eD
                                        R     R
                                         R

   Par exemple si R = 15, x = 10 et si R = 25, x = 17 ; alors e D/R = 1.05
   Là aussi il y a plusieurs interprétations :
   - Si e D/R > 1 : cela signifie que la quantité demandée augmente
proportionnellement plus que le revenu ; on peut dire que l’on a affaire à des biens
supérieurs ;
   - Si e D/R < 0 ; la demande diminue lorsque le revenu augmente : çà concerne
des biens inférieurs ;
   - Si 0 < e D/R < 1 : il s’agit de biens normaux.

   Document 9




e. L’offre
    Corrélativement, l'offre représente la quantité de biens et de services que les «
offreurs » (constructeurs, vendeurs) sont prêts à échanger pour un certain prix. Il est
possible, comme pour la demande, de schématiser le comportement des offreurs par
rapport au prix. Ainsi, si les prix sont élevés, les quantités offertes par les vendeurs
seront importantes; à l'inverse, des prix faibles pourront les dissuader de maintenir
l'offre à un niveau élevé -en raison de la baisse des profits que peut engendrer une
baisse du prix. La fonction d'offre est donc croissante par rapport au prix. Toutes
choses égales par ailleurs, un constructeur automobile préférera, par exemple,
vendre ses véhicules à 100 000 francs plutôt qu’à 80 000 francs, et hésitera à
produire si le profit escompté est faible : une baisse du prix se traduira globalement
par une diminution de l’offre.
    La courbe d’offre est construite de la même manière en agrégeant les
comportements des entreprises, avec une pente qui exprime aussi l’élasticité de
l’offre par rapport au prix.

   Jacques Ghiloni

                                                                                           13
Par exemple voici l’offre du producteur Ben.

Document 10
                                Le « plan d’offre » de Ben
                       Prix des cornets (EUR)          Quantité offerte
                                 0                             0
                                0,5                            0
                                 1                             1
                                1,5                            2
                                 2                             3
                                2,5                            4
                                 3                             5




L’offre de marché est égale à la somme des offres individuelles.
Document 11
                               Plans d’offre individuels et du marché
      Prix des cornets (EUR)                   Ben                   Jerry         Marché
0                                  0                «+»             0        «=»            0
0,5                                0                                0                       0
1                                  1                                0                       1
1,5                                2                                2                       4
2                                  3                                4                       7
2,5                                4                                6                       10
3                                  5                                8                       13




Jacques Ghiloni

                                                                                                 14
   Document 12




   Déplacements de la courbe d’offre
   Imaginons que le prix du sucre baisse. Quel sera l’impact sur l’offre de glaces ?
   Document 13




f. La rencontre entre l’offre et la demande
    La rencontre entre l'offre totale et la demande totale du produit a lieu sur le
marché du produit.
    L'équilibre du marché est atteint quand l'offre et la demande sont égales, ce qui
se produit pour un prix unitaire égal à P* et une quantité totale échangée du produit
Q*.
    Si l’on reprend les offreurs et demandeurs de glaces :
   Jacques Ghiloni

                                                                                        15
                                     Document 14




   Les actions des acheteurs et des vendeurs amènent naturellement vers le point
d’équilibre.
   En effet supposons que le prix = 2,5 EUR → surplus de production (offre
excédentaire)
                                     Document 15




   → vendeurs ont leurs congélateurs encombrés de glaces invendues → ils vont
augmenter leurs ventes en baissant le prix des glaces.
   Quand prix baisse → offre baisse et demande augmente → retour vers l’équilibre
E.



  Jacques Ghiloni

                                                                                    16
   Maintenant supposons que le prix = 1,5 EUR → pénurie de marchandises
(demande excédentaire)
                                             Document 16




    → acheteurs vont devoir faire de longues heures de queue pour obtenir l’une des
rares glaces disponibles → vendeurs peuvent augmenter leurs prix sans perdre de
clients. Quand prix augmente → offre augmente et demande baisse → retour vers
l’équilibre E.
    Le mécanisme d’équilibrage est tellement important pour les marchés que l’on
parle de la « Loi de l’offre et de la demande ».
B. Rôle des marchés et régulation concurrentielle
Il peut y avoir des chocs exogènes, qui peuvent modifier l’équilibre de marché.
    Imaginons un été caniculaire. Comment cette chaleur touchera le marché des
cornets de glace ?
   Document 17




   Jacques Ghiloni

                                                                                      17
   Translation de la courbe de demande vers la droite augmentation du prix et de la
quantité d’équilibre.
   Pourquoi le nouveau prix d’équilibre est-il supérieur à l’ancien ?
   Si prix reste inchangé, après translation de la demande, il devient inférieur au
(nouveau) prix d’équilibre → demande excédentaire → acheteurs trop nombreux au
regard des marchandises disponibles → vendeurs augmentent leurs prix sans perdre
de clients. Lorsque prix ↑ → demande ↓ et offre ↑ → on converge vers B.
                                       Document 18




   Maintenant, imaginons qu’un tremblement de terre détruise plusieurs fabriques
de glaces. Comment le prix et la quantité d’équilibre seront-ils affectés ?
                                       Document 19




   A prix inchangé (2 EUR), lorsque l’offre diminue, on est dans une situation de
demande excédentaire (car prix courant < prix d’équilibre) → acheteurs trop
nombreux → vendeurs augmentent leurs prix → offre ↑ et demande ↓ → on
converge vers B.

   Jacques Ghiloni

                                                                                        18
   L’intervention de l’État peut également modifier l’équilibre du marché. Par
exemple si l’État fixe un prix plancher, ou un prix plafond.
   Document 20




  Le prix-plancher sur le blé est > prix d’équilibre => excédent d’offre. L’État doit
donc acheter l’excédent pour le stocker, ou faire une politique de quotas.
  Le prix-plafond des loyers est < au prix d’équilibre => pénurie de logements.


   En guise de conclusion
   a) Les forces de l’offre et de la demande sont essentielles pour le fonctionnement
des marchés.
   b) L’offre et la demande déterminent ensemble les prix d’équilibre des biens et
services, ainsi que les quantités d’équilibre.
   c) Les prix sont des signaux qui guident les agents économiques dans leurs prises
de décisions et assurent l’allocation des ressources rares.
   Par exemple l’allocation des terrains en bord de mer. Ce genre de terrain est
limité en quantité → tout le monde ne peut s’offrir le luxe d’avoir un appartement
avec vue sur la mer. Qui bénéficiera de cette ressource rare ? Ceux qui sont prêts à
payer un prix suffisamment élevé car situation de demande excédentaire.


 C. La pluralité des situations de marché



   Stackleberg fait une classification des marchés en fonction du nombre d’offreurs
et de demandeurs :




   Jacques Ghiloni

                                                                                        19
   Document 21
                      OFFREUR
                      (VENDEUR)

                                       UN               QUELQUES          NOMBREUX


                                       Monopole         Monopsone
                      UN                                                  Monopsone
                                       bilatéral     contrarié


                                       Monopole         Oligopole
                      QUELQUES                                            Oligopsone
   Demandeur




                                    contrarié           bilatéral
   (acheteur)




                      NOMBREUX         Monopole         Oligopole         CPP


   La définition d'un régime de concurrence pure et parfaite repose sur les cinq
hypothèses suivantes :
       L’atomicité de l’offre et de la demande : le prix de vente d'équilibre et la
         quantité totale du produit échangée sur le marché résultant de la rencontre
         entre un grand nombre d'entreprises de petite taille et un grand nombre de
         demandeurs. L'offre d'une entreprise ne représente qu'une infime partie de
         l'offre totale du produit sur le marché et la demande d'un consommateur
         ne représente qu'une infime partie de la demande totale du produit sur le
         marché. Une seule entreprise (un seul consommateur) ne peut donc pas
         modifier l'équilibre du marché en modifiant son offre (sa demande).
       L'homogénéité du produit échangé sur le marché : toutes les entreprises
         offrant le même produit, les demandes individuelles s'adressent
         indifféremment à l'une ou à l'autre des entreprises présentes sur le marché.
       L'information parfaite des producteurs et des consommateurs sur le prix de
         vente et les quantités demandées et offertes du produit.
       La liberté, pour les offreurs et les demandeurs, d'entrer sur le marché et
         d’en sortir.
       La libre circulation des facteurs de production entre les entreprises
         produisant des produits différents.

    Dans la réalité il est très rare que les 5 conditions soient réalisées : les agents
peuvent parfois influencer les prix (ententes, grandes entreprises…), l’homogénéité
du produit n’est pas vérifiée (marques, produits différenciés…), l’accès au marché est
parfois réservé (à des clients, à des entreprises, lois), les facteurs de production ne
sont pas toujours libres de se déplacer, enfin l’information n’est pas toujours
parfaite.
   Jacques Ghiloni

                                                                                          20
                                         Document 22




   Précisons l’origine de certains marchés imparfaits.

         Les conditions techniques de production particulières
   Ces conditions techniques particulières vont expliquer l’existence durable de
monopoles.
   On parle d'un monopole naturel quand une entreprise seule peut fournir un bien
ou service au marché à un coût inférieur à celui auquel plusieurs entreprises
pourraient fournir le même bien ou service. Cette situation se rencontre
généralement en présence d'économies d'échelle (ou rendements croissants).
   La distribution d'eau, les voies de chemin de fer, lignes électriques… constituent
des exemples classiques de monopoles naturels. Par exemple, pour alimenter en eau
courante tous les habitants d'une ville, l'entreprise chargée de la distribution doit
construire un réseau de canalisations souterraines qui couvre toute la ville. Si
plusieurs entreprises devaient se faire concurrence dans ce service, elles devraient
toutes supporter le coût fixe de la construction du réseau nécessaire. Le coût moyen
de l'eau distribuée est donc inférieur si une entreprise unique alimente tout le
monde.
         La différenciation des produits
   La différenciation des produits est une stratégie des entreprises qui leur permet
de contourner les inconvénients de la concurrence portant sur les prix tout en
répondant aux attentes des consommateurs. Elle consiste à se démarquer des autres
firmes en offrant des produits légèrement différents, soit par leurs attributs, soit par
leur qualité. La concurrence ne passe dans ce cas plus seulement par le biais des prix
mais prend en compte les préférences des consommateurs et la capacité d’une
entreprise à s’y soumettre. La différenciation permet ainsi une concurrence dite hors-
prix.
   Il existe deux types de différenciation majeurs:
   - La différenciation horizontale (ou objective), qui correspond à une concurrence
spatiale ( concurrence entre hypermarchés avec la zone de chalandise, vendeurs de

   Jacques Ghiloni

                                                                                           21
glace sur la plage…)et joue sur les préférences des consommateurs (dentifrices dents
blanches, gencives sensibles, dents sensibles...)
    - La différenciation verticale (ou subjective), qui correspond à une concurrence de
qualité (par exemple Clio et Laguna).
          Le monopole légal
    Le monopole légal procède de l'intervention d'un organe règlementaire (État ou
collectivité) qui restreint la concurrence sur un marché donné afin d'atteindre un
objectif donné (aménagement du territoire, bien stratégique...). Le monopole légal
peut prendre la forme d'une licence d'exploitation exclusive accordée à un agent
privé ou celle d'un monopole public, opéré par la collectivité elle-même. Voir par
exemple la Française des jeux, et pendant longtemps EDF, SNCF, La Poste…
          L'asymétrie d'information
    Le marché des véhicules d’occasion étudié par l’économiste George Akerlof dans
un article célèbre, The Market for "Lemons", est l’exemple type. Les personnes qui
possèdent un véhicule en « mauvais état » (qui tombe souvent en panne, par
exemple), vont tenter de s’en débarrasser en le vendant d’occasion. Comment les
acheteurs peuvent-ils faire le tri entre les vendeurs qui ont de bonnes raisons de
vendre leur véhicule et ceux qui le font parce qu’ils ont acheté un « tas de tôle » ?
Devant le risque, les acheteurs vont être tentés de se retirer du marché, ce qui a pour
conséquence de faire baisser le prix. Les vendeurs de véhicules de bonne qualité
jugeant le prix trop faible vont renoncer à proposer leur véhicule et la proportion de
« tas de tôle » va augmenter, ce qui rendra encore plus méfiant les acheteurs, etc. À
la limite, le marché des véhicules d’occasion peut disparaître. En pratique il devient
« étroit ».
    Il existe des « parades ». Une parade repose par exemple sur la théorie du signal.
Un prix élevé peut être un signal fort envoyé aux acheteurs. D’autres signaux peuvent
être envoyés et se combiner (la garantie, les clauses contractuelles, etc.). Dans le cas
où le vendeur est une entreprise (et non un simple particulier comme dans l’exemple
étudié ci-dessus par Akerlof) celle-ci va en outre construire son offre dans la durée en
misant sur la réputation de ses produits. Ces phénomènes de réputation constituent
des barrières à l’entrée de nouveaux compétiteurs et nuisent donc à la fluidité des
marchés postulée dans le cadre du modèle CPP. C’est aussi dans ce cadre que l’on
peut analyser le rôle joué par les dépenses de publicité.




   Jacques Ghiloni

                                                                                           22

								
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