Colombe buvant by KyG0zhq5

VIEWS: 25 PAGES: 6

									                             Dossier : art romain

                  Le motif des colombes buvant (Villa
                              d’Hadrien)


Description

      La mosaïque des colombes buvant a été trouvée à la villa Hadriana.
L’œuvre est en bon état de conservation, seules quelques légères restaurations ont
été effectuées à l’époque antique, que l’on peut surtout remarquer sur le fond. Les
tesselles ont une taille de 1 à 2 mm, elles vont jusqu’a 5 mm sur la bordure et la
technique employée est l’opus vermiculatum, technique couramment employée
pour les scènes figurées. On parle donc d’emblemata vermiculata pour cette
œuvre, motif central qui constitue à elle seule un tableau, imitant de très près la
peinture. La mosaïque représente quatre oiseaux, trois colombes blanches, et un
quatrième, au plumage brun, de la même espèce, qui sont posés au-dessus d’un
vase d’or rempli de liquide. L’un des oiseaux boit dans la coupe, tandis qu’un
autre, dont le plumage se reflète dans l’eau, s’épluche. Les deux colombes de
gauche ont la tête dressée, et regardent de deux cotés opposés. Le récipient est
posé sur un socle rectangulaire plat et étroit de couleur claire, il est bordé par une
bande d’oves et se compose d’une panse ornée d’un personnage ailé, surmonté
d’une anse visible, et de trois pieds en forme de bobine. Un cordon de perles et
pirouette polychrome sur fond noir encadre l’image, cette frise est interrompu aux
quatre angles par une rosette. A une certaine distance de la scène centrale, un
encadrement extérieur en trois parties à fond sombre entourait autrefois le sol,
sans doute à équidistance des murs de la salle. Entre les deux cordons de perles
dont les couleurs sont assez faibles, on voyait, à l’origine, une frise composée de




                                                                                     1
palmettes et de fleurons alternés de deux types, comportant des feuilles soit lobées
soit pointues avec des pistils s’en échappant.
      La mosaïque se trouve aujourd’hui au Musée du Capitole de Rome. En
effet, elle a été découverte en 1737 dans une des salles de l’Académie par des
fouilleurs au service de Mgr Giuseppe Alessandro Furietti qui sera promut, par la
suite, cardinal. Ses héritiers vendirent la mosaïque et trois statues, en 1765, pour
15 000 écus, au Pape Clément XIII, qui la remit aux Musées Capitolins. Plusieurs
parties de la bordure sont conservées dans diverses collections et musées : c’est
lors de la découverte de l’œuvre qu’elles furent détachées du tableau central, et
données ou vendues à des collectionneurs. Actuellement, on connaît l’existence
de sept fragments, puisque trois ont été perdus, ils se situent au Musée de La
Haye, au Musée de Dresde, au Musée de Londres, au Musée de Munich, au
Musée de Berlin, et au Cabinet des Médailles de la Bibliothèque nationale de
France.

Pline l’ancien (23-79 après JC) et le motif des colombes

      Pline l’ancien cite deux décors de mosaïque célèbre dans son histoire
naturelle (XXXVI, 184), volume consacré au marbre et à d’autres pierres
diverses, avec un passage sur la mosaïque : “Dans le genre de la mosaïque,
l’artiste le plus célèbre fut Sosos qui fit à Pergame l’asarotos oikos (la salle non
balayée), ainsi nommée parce qu’il y avait représenté en petits cubes, teints de
diverses couleurs, les reliefs d’un repas qu’il est usage d’enlever avec un balai, et
qui semblaient y avoir été laissés ; nous y voyons aussi une colombe qui boit et
dont la tête fait de l’ombre sur l’eau, tandis que d’autres se chauffent au soleil en
s’épluchant sur le bord d’un canthare. ” Pline l’ancien attribue donc l’œuvre des
colombes à Sosos de Pergame, mosaïste sûrement très connu, puisqu’il est
mentionné par Pline, il faut aussi ajouter que c’est le seul mosaïste cité dans les
textes antiques, ce qui révèle son importance. Cependant, on connaît ce motif dés



                                                                                    2
le IV ème siècle avant JC, sur des reliefs funéraires, Sosos n’en est donc pas le
créateur. En effet, le motif des colombes est un motif récurrent dans l’histoire de
l’art, et ceci dès l’antiquité, et pendant de nombreux siècles, on peut citer des
pavements antiques ( Ostie, Rome, Amphipolis, Délos, Alexandrie, Pompéi,
Cnossos, Autun, Malte…), ou des mosaïques murales à la fin de l’antiquité
(Rome et Ravenne). De plus, l’iconographie de cette œuvre se maintiendra à
travers les siècles, en effet, dés sa découverte, la mosaïque de la villa eut un grand
succès au XVIIIe et au XIXe siècle, cela est du à l’identification immédiate mise
en relation avec le texte de Pline et à sa technique de haute qualité. Ce fut,
notamment, une des mosaïques les plus copiées par les spécialistes de la micro
mosaïque du Vatican.
      En fait, les styles sont souvent assez différents, ce qui fait que l’on ne peut
concevoir un type commun du motif des colombes buvant. Cependant, grâce au
texte de Pline, nous pouvons mettre en relation, de manière explicite et directe,
cette référence textuelle et cette œuvre, la mosaïque des colombes de la ville
d’Hadrien.
Interprétation et datation

      Selon Pline, la mosaïque se trouvait à l’origine à Pergame, et elle
constituait le centre d’un pavement de tesselles ou étaient représentés les restes
d’un repas tombé à terre, en trompe-l’œil : plusieurs interprétations ont été
avancées pour cette iconographie particulière. C’est ainsi qu’un rapport
symbolique d’ordre funéraire peut être évoqué : les colombes symboliseraient les
âmes assoiffées d’eau rafraîchissante, et la mosaïque non balayée qui l’encadrait
représenterait les mets destinés aux morts. On a pu aussi évoquer une
interprétation à double niveau : les deux images (les restes de repas et les
colombes) ont pour but de provoquer d’abord un effet d’étonnement chez celui
qui entre dans le triclinium, ainsi, il croit que le festin est terminé, puisqu’il ne
subsiste que des déchets de nourriture. Le motif des colombes qui se sont


                                                                                     3
emparées du bassin, désormais inutile pour les hôtes, a lui aussi ce sens. Le choix
de ces deux sujets correspond aussi à des personnages mythologiques, Bacchus et
Aphrodite, qui sont évoqués symboliquement : l’abondance et la variété des restes
évoquent le luxe du repas et donc le caractère dionysiaque, alors que les colombes
sont liées à Aphrodite à qui elles étaient consacrées, représentant souvent son
cortège.
      Pour Hadrien, ce lien qui existait à l’origine de la composition a été perdu
puisqu’il ne reste plus à la villa que le motif des colombes, de plus, on ne sait pas
si la pièce ou a été retrouvée la mosaïque était une salle de festin. Ici, les colombes
deviennent une nature morte. En fait, la mosaïque a été employée à profusion
dans la villa (les voûtes, les exèdres, les dallages, fontaine…) pour satisfaire le
goût luxueux de l’empereur qui s’était fait construire sa villa à Tivoli ou sont
reproduits les monuments du monde hellénistique qu’il a le plus aimé. L’œuvre
répond parfaitement à cette exigence, de plus, elle présente une qualité
d’exécution assez remarquable, et le sujet présente un aspect décoratif et
illusionniste qui plaisait au goût de l’époque. On connaît donc la passion de
l’empereur pour la Grèce et son goût pour les copies d’œuvres grecques, l’œuvre
des colombes, facilement transportable, fait partie de ces œuvres que l’empereur a
réunies après ses voyages en Grèce et en Asie Mineure. Hadrien aimait s’entourer
des références connues en matière d’art, et on peut penser que la mosaïque
constituait pour lui un véritable plaisir esthétique, parmi le gigantesque cadre
architectural d’exception qu’il s’était constitué.
      En fait, on ne sait pas si la mosaïque de la villa est un original de l’époque
hellénistique réemployé ou si c’est une copie romaine de l’époque d’Hadrien. En
effet, la datation fait toujours l’objet d’un débat actuel. La première supposition
est due à plusieurs éléments caractéristiques de cette période : on peut voir la
forme du vase et sa décoration ainsi que la plasticité du cordon de perle et des
rosettes de couleurs qui constituent la solution choisie par l’artiste pour résoudre
le problème des angles, de même, l’emploi de la technique de pose des tesselles


                                                                                      4
taillées et étroitement jointes les unes aux autres, avec un interstice réduit au
minimum (opus vermiculatum), ainsi que l’effort à rendre un effet illusionniste :
toutes ces particularités font pencher pour une datation haute dans le cours de la
période hellénistique, au II ème siècle avant JC. De plus, cette datation est
renforcée par le fait que l’emblema est travaillé non pas à l’intérieur d’un cadre
comme c’était le cas ordinairement, mais simplement sur une plaque de pierre, en
effet, les tableaux de haute qualité étaient exécutés à l’atelier sur des supports
mobiles en terre cuite ou en pierre pour être facilement insérés dans le
pavement (on parle d’emblema) : cette technique n’a été constatée que dans les
représentations de l’époque hellénistique. Il faut aussi ajouter que Pline ne décrit
pas la technique exacte de fabrication de cette mosaïque dans son passage sur les
différents types de pavements, et il ne fait aucune allusion à un artiste connu qui
aurait séjourné à Rome ou dans ses environs. C’est pourquoi il n’est pas exclu que
la mosaïque de Sosos soit bien celle citée par Pline, récupérée par Hadrien au
cours de ses nombreux voyages et réemployée dans sa villa. Cependant quelques
détails peuvent laisser penser le contraire : le reflet dans l’eau n’est pas celui de la
colombe en train de boire tel que l’indique Pline, et le terme de canthare pour
désigner le vase est faux, mais il est possible que cet élément soit un ajout tardif
sur le manuscrit. On peut donc aussi penser que la mosaïque est une réplique très
fidèle de l’original cité par Pline, datant du II ème siècle après JC : Hadrien aurait
ainsi voulu posséder une reproduction d’une œuvre connue par les textes, et
pouvoir ainsi contempler un chef d’œuvre de la période qu ‘il affectionnait, à
travers une réplique parfaite.


Bibliographie


Ouvrages


GUSMAN, La villa impériale de Tibur, 1904


                                                                                       5
PLINE L’ANCIEN, Histoire naturelle (livre XXXVI), 1981
CROISILLE, Poésie et art figuré de Néron aux Flaviens, 1982
LING, Ancient Mosaic, 1998


Catalogue d’exposition


Hadrien, trésors d’une villa impériale, Paris, Marie du Vème arrondissement,
1999




                                                                               6

								
To top