WRM BULLETIN # 24 by HC120520105049

VIEWS: 0 PAGES: 26

									                         WORLD RAINFOREST MOVEMENT
                  MOVIMIENTO MUNDIAL POR LOS BOSQUES TROPICALES

Secretariado Internacional                                                                      Tel: +598 2 413 2989
Ricardo Carrere (Coordinador)                                                                  Fax: +598 2 418 0762
Maldonado 1858; CP 11200                                                                   E-mail: wrm@wrm.org.uy
Montevideo - Uruguay                                                               Sitio web: http://www.wrm.org.uy

                                                                                                    Bulletin 66 du WRM
                                                                                                           Janvier 2003
                                                                                                     (édition française)

Dans ce numéro:

* NOTRE OPINION

- Les forêts dans le Forum social mondial

* LUTTES LOCALES ET NOUVELLES

AFRIQUE
- Afrique: ses forêts menacées
- Afrique: participation de la société civile au processus d'Application des lois forestières et à la politique des
forêts
- Kenya: lumières et ombres dans l'approche des forêts du nouveau gouvernement
- Madagascar: le colonialisme en tant que cause historique profonde de la déforestation
- Tchad / Cameroun: promesses et réalités d'un projet pétrolier financé par la Banque mondiale

AMÉRIQUE CENTRALE
- Honduras: un industriel crevettier est le "délégué officiel" auprès de Ramsar

AMÉRIQUE DU SUD
- Argentine: les "forêts du silence" ou les plantations de pins dans les Yungas
- Brésil: un espoir est né pour les peuples et les forêts
- Chili: une organisation environnementaliste met en question les standards FSC pour les plantations
- Equateur: le palmier africain et l'industrie du bois dans la région de Choco

CARAÏBES
- Puerto Rico: une forêt sauvée par la poésie

ASIE
- Bangladesh: le Projet de conservation de la biodiversité des Sunderbans mis en question
- Inde: les collecteurs d'eau pluviale et les protecteurs des forêts des collines d'Aravalli
- Indonésie: un rapport du WWF lie la déforestation généralisée aux plantations de palmier à huile
- Indonésie: l'industrie papetière accusée de violations des droits humains
- Vietnam: la construction de l'usine de papier et de pâte à papier de Kontum interrompue

OCÉANIE
- Papouasie-Nouvelle-Guinée: les scieries à petite échelle sont une bonne alternative

* GÉNÉRAL

- Enquête sur la certification de plantations par le FSC au Brésil
BULLETIN 66 du WRM                                                                                     Janvier 2003


                                                 NOTRE OPINION

- Les forêts dans le Forum social mondial

L'idéologie dominante tend à séparer, voire à opposer, les questions sociales et environnementales. Tel est le
cas des forêts, dont les gouvernements reconnaissent les valeurs environnementales mais les présentent
souvent comme un obstacle au "développement"; et la pauvreté est utilisée comme excuse pour déboiser des
surfaces toujours plus vastes, dans le but supposé d'améliorer les conditions de vie des gens.

Néanmoins, le résultat de l'application de cette approche a été l'inverse de celui qu'on disait rechercher: non
seulement la destruction des forêts n'a pas résolu des problèmes aussi graves que la pauvreté et la faim mais, en
privant les habitants des forêts de leurs moyens de survie, elle a augmenté le nombre des pauvres et des
affamés. Or, il s'agit là de centaines de millions de personnes.

Malgré l'expérience accumulée, on insiste sur de fausses analyses qui accusent "la pauvreté" de la destruction
des forêts, pour dissimuler le fait que c'est en réalité "la richesse" qui chasse les paysans des zones agricoles et
les pousse à ouvrir la forêt pour survivre, la richesse représentée par les grandes entreprises qui construisent des
routes et de grands barrages hydroélectriques, s'adonnent à l'extraction de bois à grande échelle, exploitent les
ressources pétrolières et minières, et remplacent les forêts par des monocultures agricoles et forestières. C'est
cette richesse-là qui anéantit les forêts.

Il est important de souligner que tous les impacts sur l'environnement de ce modèle appliqué par "la richesse" -à
son seul profit- se traduisent par des impacts sur la société. Il s'agit donc, de tous points de vue, d'un modèle non
durable. Mais il est encore plus important de remarquer que ce n'est pas le seul modèle possible, contrairement à
ce que prétendent ses bénéficiaires. Il existe d'autres manières d'envisager la production, avec un maximum de
profits socio-économiques et un minimum d'impacts sur l'environnement, comme nous le montrons par des
exemples dans plusieurs articles de ce bulletin, et en particulier dans ceux qui concernent l'Inde et la
Papouasie-Nouvelle-Guinée. Du modèle industriel à grande échelle qui avantage les grandes entreprises au
détriment des populations locales, il est nécessaire et possible de passer à un modèle participatif, de base
communautaire, et à petite échelle.

L'utilisation durable des forêts est compatible avec l'amélioration de la qualité de vie des gens, à condition de
partir de cette dernière approche. Bien entendu, cela ne s'applique pas aux seules forêts, mais aux activités de
production en tous genres, et le lieu idéal pour en discuter est évidemment le Forum social mondial qui, fin
janvier, se réunira pour la troisième fois dans la ville brésilienne de Porto Alegre.

Le Forum social mondial, sous la devise: "Un autre monde est possible", est né sur l'initiative de quelques
organisations brésiliennes, dans le but de créer un espace de recherche et de proposition de réponses concrètes
au défi de construire "un autre monde", où l'économie serait au service de l'être humain, et non l'inverse. Il est né
en opposition au Forum économique mondial qui, financé par 1000 entreprises des plus importantes du monde,
se tient chaque année à Davos, une petite et luxueuse station de ski en Suisse, où ceux qui se sont emparés du
monde se réunissent pour théoriser sur le perfectionnement de leur système de domination. Symboliquement, le
Forum social mondial se réunit aux mêmes dates.

Cette troisième réunion prévoit la participation de plus de 50 000 personnes du monde entier, en représentation
d'un large éventail d'organisations syndicales, politiques, indigènes, de genre, environnementalistes, etc. Il s'agit
sans doute d'un espace unique et pluriel, rassemblant des optiques et des intérêts divers, dans le but commun de
créer les conditions nécessaires à l'avènement de cet "autre monde possible". Le Forum a réussi à exister par
lui-même, et Davos est passé, à juste titre, au second plan.

Dans le cadre du Forum, les forêts ont eu jusqu'à présent une place relativement marginale, réduite en tout cas
aux problèmes de l'Amazonie et la Mata Atlantica. Tout en reconnaissant l'énorme importance de ces deux
formations forestières, il est clair que le sujet est beaucoup plus vaste et que la dégradation des forêts dans tous
                                                                                                                       2
BULLETIN 66 du WRM                                                                                      Janvier 2003


les continents affecte non seulement les populations locales (qui comptent, nous le répétons, des centaines de
millions de personnes), mais l'ensemble de la planète.

La responsabilité de cette marginalisation relative revient, bien entendu, à ceux qui travaillons dans ce domaine,
et qui n'avons pas suffisamment insisté pour que ce thème soit inclus dans les débats du Forum. C'est pour cette
raison que le WRM convoque à deux réunions prévues à Porto Alegre, l'une visant à créer des espaces de
coordination et de coopération pour ceux que le sujet intéresse, l'autre pour aborder de manière spécifique le
problème croissant des monocultures forestières à grande échelle qui ont des répercussions très graves sur la
société et l'environnement.

Mais nous essairons surtout d'établir des liens horizontaux entre la question des forêts et les autres thèmes
spécifiques, de la tenure de la terre par les paysans à la reconnaissance des droits territoriaux des peuples
indigènes, du genre à la biodiversité, des droits des travailleurs forestiers aux droits de l'homme en général. Nous
espérons ainsi apporter, à partir des forêts, une modeste contribution à la lutte commune pour cet "autre monde
possible". Car il est possible.
                                                                                                      page d’accueil

                                      LUTTES LOCALES ET NOUVELLES

AFRIQUE

- Afrique: ses forêts menacées

Nous avons le plaisir de vous informer que le WRM a publié un nouveau livre: "Afrique: ses forêts menacées". Ce
livre, disponible en français, espagnol et anglais, rassemble une sélection d'articles publiés dans le bulletin
électronique mensuel du Mouvement Mondial pour les Forêts Tropicales (WRM), à propos des processus de
destruction de forêts en Afrique et des luttes qui y sont menées pour les protéger et les utiliser de façon
appropriée.

Les Organisations non gouvernementales et les Organisations de Peuples Indigènes peuvent demander un
exemplaire gratuit au Secrétariat International du WRM et communiquer les renseignements nécessaires pour
l'envoi, à l'adresse: teresap@wrm.org.uy .

Pour d'autres organisations ou institutions, le prix du livre est de US$10 (port compris). Le paiement peut être
effectué par chèque au nom de "Fundación Movimiento Mundial por los Bosques Tropicales", envoyé à l'adresse
suivante:

WRM, Maldonado 1858, CP 11200, Montevideo, URUGUAY
                                                                                                      page d’accueil

- Afrique: participation de la société civile au processus d'Application des lois forestières et à la politique
des forêts

La réunion ministérielle sur le processus d'application des lois forestières et la politique des forêts en Afrique se
tiendra à Brazzaville, Congo, du 1º au 4 avril 2003. Des délégués gouvernementaux et des représentants de
l'industrie forestière, des organisations multilatérales et bilatérales ainsi que de la société civile sont attendus à
cette réunion, au cours de laquelle une déclaration ministérielle préliminaire sera rédigée. Cet article présente
brièvement le processus FLEG (Forest Law Enforcement and Governance process) et analyse la participation de
la société civile à cette réunion ministérielle.

Le processus FLEG est l'aboutissement d'une série de consultations, conférences et initiatives nationales
organisées par des institutions multilatérales et bilatérales afin de combattre le danger que constituent pour les
forêts la coupe illégale d'arbres et le commerce des grumes, la corruption et le braconnage. Le groupe des huit
                                                                                                                     3
BULLETIN 66 du WRM                                                                                       Janvier 2003


pays industrialisés a langé, en 1998, un Programme d'action sur les forêts qui a motivé l'association en
partenariat de la Banque mondiale, du Département de développement international du Royaume Uni et du
Département d'Etat des Etats-Unis, axé sur l'application des lois forestières en Asie de l'Est et, un peu plus tard,
en Afrique.

La conférence ministérielle du FLEG d'Asie de l'Est s'est tenue à Bali, Indonésie, en septembre 2002 et a réuni
près de 150 participants provenant de 20 pays différents. Des représentants du gouvernement du Cambodge, de
la Chine, de l'Indonésie, des Philippines, de la Thaïlande et du Vietnam y ont participé, ainsi que des
représentants des Etats-Unis, du Royaume Uni, du Ghana, du Japon et de la République du Congo. Plusieurs
organisations et ONG internationales y ont également participé, notamment la FAO (Food and Agriculture
Organization), l'Organisation internationale des bois tropicaux (ITTO – International Tropical Timber
Organization), le Centre de recherche forestière internationale (CIFOR), le World Resources Institute, Global
Witness, l'Agence de recherche environnementale et le Fonds mondial pour la nature (WWF), ainsi que des ONG
indonésiennes telles que AMAN, Telapak et WALHI.

La déclaration issue de cette conférence ministérielle inclut plusieurs engagements qui ont été pris dans le but de
s'attaquer au problème de la coupe illégale d'arbres et elle a été reçue avec enthousiasme par de nombreuses
personnes. L'élan créé par la déclaration de Bali a lancé le processus FLEG en Afrique (AFLEG – Africa Forest
Law Enforcement and Governance process), coordonné par la Banque mondiale et parrainé par les
gouvernements du Royaume Uni, de la France et des Etats-Unis.

D'après les organisateurs, le processus AFLEG sera différent de son prédécesseur asiatique dans plusieurs
aspects. D'une part, l'AFLEG n'a pas expérimenté le même type de montée en puissance que le processus d'Asie
de l'Est. D'autre part, davantage de pays participeront au processus -tous les gouvernements africains seront
invités- ce qui donnera naissance à un agenda beaucoup plus vaste.

Afin d'assurer la crédibilité et l'efficacité du Processus AFLEG, la participation de la société civile doit être
significative. Au processus asiatique ont participé un nombre réduit d'ONG indonésiennes et, même si cela a
contribué a l'obtention d'une déclaration positive, les ONG indonésiennes ont considéré que leur participation
n'avait pas été correctement instrumentée et qu'elles avaient intégré le processus tardivement. Par ailleurs, il n'y
a pas eu de participation de la part de la société civile vietnamienne et thaïlandaise.

Il est essentiel que les ONG africaines participent au processus AFLEG et partagent leur connaissance des
situations locales, en particulier en ce qui concerne les impacts causés par la coupe d'arbres illégale et non
durable sur les populations qui dépendent de la forêt pour survivre. Malheureusement, le temps disponible avant
la réunion préparatoire de Brazzaville, du 18 au 20 juin, a été insuffisant, et les ONG ont reçu peu d'information
concernant le processus AFLEG, en particulier les africaines. Nous espérons que la société civile disposera
davantage d'information avant la réalisation de la conférence ministérielle.

La participation de la société civile doit être significative et il est à espérer que les hôtes de cette conférence
donneront aux représentants de la société civile l'opportunité d'intervenir directement dans l'élaboration de la
déclaration ministérielle, résultat clé de la réunion. Deux initiatives sont en cours pour encourager et faciliter la
participation de la société civile au processus AFLEG.

L'ONG Forests Monitor travaille actuellement dans le but de promouvoir une plus large participation à la
conférence ministérielle et ce, en réunissant ses efforts à ceux de la Rainforest Foundation du Royaume Uni et
du Centre pour l'environnement et le développement (Cameroun). Un atelier préparatoire réunira 18
représentants de la société civile, provenant du Congo Brazzaville, de la République démocratique du Congo, Du
Gabon, de la Guinée équatoriale, du Cameroun et de la République centrafricaine, en vue de débattre le
processus AFLEG et de choisir les 8 représentants participant à la conférence ministérielle. Les groupes pourront
discuter les principaux sujets associés à l'application des lois forestières et à la politique des forêts ainsi que
préparer les stratégies de lobbying à développer au cours de la conférence. Le résultat du processus

                                                                                                                        4
BULLETIN 66 du WRM                                                                                        Janvier 2003


d'auto-sélection ainsi que les comptes-rendus de l'atelier seront disponibles sur la section AFLEG du site Web de
Forests Monitor (www.forestsmonitor.org).

Une subvention a été accordée à l'Union mondiale pour la nature (UICN) pour développer un projet similaire de
participation des groupes de la société civile de l'Ouest, de l'Est et du Sud de l'Afrique au processus FLEG.
L'UICN organisera des ateliers régionaux au cours desquels aura lieu l'auto-sélection pour assister à la
conférence ministérielle en avril. Les groupes de l'Ouest, de l'Est et du Sud de l'Afrique qui souhaiteraient y
participer devront contacter le bureau régional de l'UICN ou Forests Monitor qui adresseront toutes les
candidatures reçues aux organisateurs de l'UICN.

Par: Forests Monitor, courrier électronique: mail@forestsmonitor.org. Veuillez visiter le site Web de Forests
Monitor si vous souhaitez avoir plus d'informations sur le processus AFLEG ainsi que sur la participation de la
société civile à ce processus. vous y trouverez également des liens vers d'autres sites pertinents.
                                                                                                     page d’accueil

- Kenya: lumières et ombres dans l'approche des forêts du nouveau gouvernement

Le président élu du Kenya, Mwai Kibaki, a nommé le docteur Newton Kulundu Ministre de l'Environnement, et le
professeur Wangari Mathai, un environnementaliste réputé, Sous-secrétaire d'Etat à l'Environnement. Le
nouveau ministre a déjà fait plusieurs déclarations publiques au sujet des forêts, qui semblent indiquer (enfin!) un
changement dans la bonne direction. Néanmoins, ses déclarations laissent dans l'ombre certains points
essentiels.

Au cours d'interviews dans les médias, le ministre a dit que "l'attribution irrégulière de terres forestières à des
investisseurs privés dans le pays sera bientôt révoquée", et que "des mesures disciplinaires seront prises contre
les fonctionnaires du gouvernement qui auront donné des terres forestières à des individus politiquement
influents." Il a ajouté que son Ministère allait contacter les départements concernés du gouvernement pour
obtenir l'annulation de ces octrois et la restitution des terres à l'Etat.

Tout ce qui précède est une bonne nouvelle. Cependant, le ministre n'approfondit pas beaucoup l'analyse des
causes sous-jacentes de la déforestation, et se centre sur le fait (véritable) que les forêts kényennes ont été
épuisées par "des individus égoïstes", en laissant de côté des points d'une importance au moins égale, tels que
les modes de tenure et les politiques macro-économiques, qui sont eux-aussi à la racine de la dégradation et de
l'anéantissement des forêts.

Les environnementalistes estiment que les colonisateurs britanniques et les fermiers kényens ont défriché à peu
près les trois quarts des forêts au cours des 150 dernières années, ne laissant qu'environ deux pour cent du
territoire sous le couvert forestier. Il serait sans doute facile de trouver, à l'origine de ce processus, des "individus
égoïstes", mais cela ne suffirait pas à expliquer ni à combattre les résultats d'un processus historique de
destruction qui se poursuit à l'heure actuelle. A moins que les causes sous-jacentes de la perte des forêts soient
identifiées, et que des mesures soient prises pour les attaquer, le problème ne sera pas résolu en l'attribuant
uniquement à la corruption.

Un autre point central de l'approche des forêts par le ministre est l'élargissement du couvert forestier. Le but de
M. Kulundu est d'augmenter le couvert forestier de 10% au cours des cinq prochaines années, mais il n'a pas
précisé où et comment cela allait se faire, ni ce qu'il entend par "couvert forestier". On peut espérer qu'il s'agira
de la restauration de la forêt indigène par les communautés locales ou par des projets agroforestiers
communautaires à petite échelle, et que cela se fera au profit de ces mêmes communautés. Mais cela pourrait
également signifier que l'on plantera de vastes monocultures d'arbres exotiques, qui auraient des effets encore
plus négatifs sur les écosystèmes autochtones, et particulièrement sur les ressources en eau, déjà décroissantes
et affectées par la disparition généralisée des forêts.



                                                                                                                        5
BULLETIN 66 du WRM                                                                                      Janvier 2003


Nous espérons sincèrement que le Projet de loi actuellement à l'étude sur la Politique d'aménagement forestier,
dont le ministre a dit qu'elle "visera à augmenter le couvert forestier dans le pays", tiendra compte de ce que le
journaliste kényen Mutuma Mathiu a conseillé en mai 2002 au Conservateur des forêts de l'époque, le Général de
Division Peter Ikenye, et qui se terminait comme suit:

"Et quelle est exactement la mission du Général Ikenye? Dire qu'il sera chargé des travaux de conservation serait
plutôt contradictoire, puisqu'il n'y a pas de conservation.

Les choses étant ce qu'elles sont, le travail semble avoir trois volets. La tâche la plus urgente est de définir les
forêts. Les étendues de forêt qui ont été déclassées de façon criminelle, font-elles encore partie de la forêt?
Peuvent-elles redevenir des forêts protégées? Il faut également définir la situation des squatteurs, des colons et
de ceux qui se sont approprié des terres dans les forêts. Beaucoup de squatteurs sont des familles très pauvres.
On ne peut pas les jeter dans la rue sans un "parachute". La mise en place d'un tel parachute demandera
beaucoup d'argent, de travail, d'idées et d'ascendant.

Le deuxième volet concerne la protection. Une fois les forêts définies, il faudra créer de nouveaux mécanismes
pour les protéger de façon durable. Très probablement, cela va entraîner une sorte d'amitié symbiotique entre les
forêts et les communautés voisines.

Et finalement, il faut réhabiliter ce qui a été détruit. Cela n'aurait pas de sens, de remplir notre pays d'arbres
exotiques uniquement. Je pense que le ministre de l'Environnement, Joseph Kamotho, qui a si bien supporté les
revers politiques, devrait maintenant encourager le pays à installer des pépinières d'arbres indigènes, et à les
planter".

Et voilà.

Article rédigé à partir d'informations tirées de: "Can Our Forests Breath At Last?", Mutuma Mathiu, The Nation
(Nairobi), 5 mai 2002 ( http://forests.org/articles/reader.asp?linkid=10735 ); "Govt to Act On Forest Grabbers ,
Says Kulundu", Hilton Otenyo, The East African Standard (Nairobi), 6 janvier 2003 (
http://allafrica.com/stories/200301060630.html )
                                                                                                      page d’accueil

- Madagascar: le colonialisme en tant que cause historique profonde de la déforestation

Le problème historique de la déforestation à Madagascar est lié aux politiques néfastes de l'Etat colonial
concernant l'utilisation de la terre et l'agriculture. La déforestation à Madagascar a commencé en 1896, lorsque
l'île a été annexée à la France en tant que colonie. L'annexion a été suivie d'une période caractérisée par un
climat politique incertain et par la famine, et de nombreux malgaches ont essayé de survivre dans les forêts. Ces
agriculteurs développèrent la méthode du nomadisme agricole ou culture itinérante, base de leur subsistance.

Depuis le début de l'époque coloniale, l'économie nationale malgache s'est caractérisée par la promotion des
exportations. Le principal produit exporté était le café, mais du riz et de la viande de bœuf étaient également
vendus à l'étranger. Originalement, le café était planté uniquement sur la côte Est, mais cette culture s'est
étendue sur la totalité de l'île lorsqu'il s'est avéré que les producteurs pouvaient obtenir de gros profits. À cause
de cette expansion du café, l'île a connu un développement économique accidenté. La demande excessive de
main d'œuvre de la part du secteur du café a entraîné des périodes de pénurie de riz et la "sécurité alimentaire"
de la nation s'est dégradée. La culture de riz était, par ailleurs, plus vulnérable aux changements climatiques et
aux cyclones, qui aggravaient les pénuries. Des paysans qui cultivaient du riz auparavant ont émigré vers
d'autres régions afin d'y cultiver du café et améliorer leurs revenus. Ils déboisaient des terres supplémentaires
pour développer des cultures itinérantes et obtenir ainsi les aliments nécessaires à leur subsistance.

En réponse à l'augmentation de l'agriculture itinérante, le Gouverneur général a interdit sa pratique en 1909. Le
but de cette interdiction était d'essayer de sauver ce qui restait du capital forestier du pays ainsi que d'imposer un
                                                                                                                        6
BULLETIN 66 du WRM                                                                                        Janvier 2003


"aménagement rationnel des ressources de la forêt". Mais les terres mises de côté par l'Etat pour y développer la
culture de riz n'étaient pas adaptées en raison de la qualité du sol et donc, cette politique n'a pas réussi à
résoudre le problème de la production de riz à Madagascar. Le gouvernement avait pensé, par ailleurs, que cette
interdiction lui permettrait de percevoir davantage d'impôts puisqu'il serait plus facile de localiser les citoyens,
obligés de rester sur place.

Mais les Malgaches ont interprété l'interdiction à l'opposé des intentions de l'Etat. Ils associaient le travail salarié
à l'esclavage, et de nombreuses révoltes ont eu lieu. Les Malgaches ont non seulement ignoré l'interdiction
mais, de plus, ils ont brûle illégalement de nombreuses acres de forêt en signe de protestation. "L'interdiction a
transformé la pratique du nomadisme agricole en un symbole d'indépendance et de liberté envers la domination
coloniale." Les Malgaches considéraient l'agriculture itinérante comme un moyen de subsistance sacré appris
de leurs ancêtres.

La dégradation des forêts s'est aggravée lorsqu'en 1921, l'Etat a décidé de céder en concession des forêts de l'île
à des exploitants forestiers. C'était assez ironique que l'Etat permit la coupe rase dans les concessions tandis
que l'interdiction des cultures itinérantes était encore en vigueur. Et la surface des terres déboisées a dépassé
largement celle accordée en concession étant donné que de nombreux propriétaires ont coupé des arbres en
dehors des limites qui leur avaient été fixés. Le Service des Forêts n'a pas été capable de réglementer les
concessions par manque de main d'œuvre ainsi que de volonté politique. Les autorités ont ignoré la plupart du
déboisement illégal et les amendes imposées étaient largement inférieures aux dommages réels causés par
celui-là. Ces politiques gouvernementales néfastes cumulées ont été à l'origine de "la destruction d'environ 70%
des forêts primaires au cours des 30 années comprises entre 1895 et 1925".

Il est intéressant de signaler que la croissance de la population, tellement publicisée, n'a pas été un facteur de
dégradation des forêts à Madagascar jusqu'en 1940, lorsque les vaccins ont réduit le taux de mortalité. Quarante
ans après, la population avait rapidement passé de 4,2 millions à 9,2 millions, et 4 millions d'hectares de forêts
avaient été complètement déboisés au cours de cette période de 40 ans allant de 1900 à 1940. Mais le gros de la
déforestation restait lié aux concessions, à la promotion des exportations et à l'insécurité quant à la propriété des
terres plutôt qu'à la croissance de la population elle-même.

Et ce qui est encore plus intéressant est que le processus décrit précédemment peut être comparé à ce qui s'est
passé dans de nombreuses autres anciennes colonies européennes de la région tropicale, où les causes
historiques profondes de la déforestation sont également clairement associées à l'expropriation et à l'exploitation
des ressources naturelles au bénéfice des puissances coloniales. La plupart de ces colonies sont aujourd'hui
formellement indépendantes mais il n'y a pas eu de changements significatifs dans le modèle économique non
durable, hérité du régime colonial, en fonction duquel des matières premières abondantes et bon marché sont
produites aux dépens des peuples et de leur environnement au bénéfice du Nord.

D'après: History and Current Crisis of Deforestation (Madagascar), revu par Alane O'Connor, Colby College,
1996. (http://www.colby.edu/personal/t/thtieten/defor-mad.html)
                                                                                                page d’accueil

- Tchad / Cameroun: promesses et réalités d'un projet pétrolier financé par la Banque mondiale

Le projet pétrolier Tchad/Cameroun (cf. Bulletins du WRM, Nº 45, 41, 35, 14 et 2) arrive à un point crucial. La
plupart des travaux de construction devraient être complétés en juillet 2003, et les premières ventes de pétrole
pourraient avoir lieu dès novembre 2003. La conclusion des travaux, initialement prévue pour la fin 2004, est
donc en avance de plus d'un an.

Le contraste est frappant entre la rapidité de la construction et le retard substantiel dans la prise des mesures
destinées à assurer le bien-être des habitants et la protection de l'environnement, dont certaines risquent de ne
jamais voir le jour.

                                                                                                                           7
BULLETIN 66 du WRM                                                                                    Janvier 2003


Un autre contraste saisissant du projet est à remarquer, entre le niveau de "confort" que la Banque mondiale a
réussi à se procurer, pour elle et pour les autres bailleurs de fonds, de manière à s'assurer le remboursement des
prêts par le Tchad et le Cameroun, et le manque de protection pour les populations vulnérables et appauvries des
régions concernées par le projet. La participation du Groupe Banque mondiale était la condition préalable pour
que le consortium dirigé par Exxon s'embarque dans ce projet de 3,7 milliards de dollars. Le secteur privé a
insisté sur la participation du Groupe Banque mondiale pour deux raisons: premièrement, parce qu'elle
représentait une assurance contre le risque politique, dans une région de grande instabilité; deuxièmement, parce
qu'elle permettait d'accéder à des sources de financement additionnelles, telles que la Banque européenne
d'investissement, des organismes de crédit à l'exportation nord-américains et français, des bailleurs de fonds
commerciaux et la vente de bons. La Banque protège ses prêts par l'ouverture d'un compte de garantie bloqué
off-shore, sur lequel seront déposées toutes les recettes de la vente du cru et dont on remboursera les prêts
avant que le solde du compte ne soit transféré au gouvernement du Tchad. Dans le cas du Cameroun, la
Banque lui fait payer une prime supplémentaire de 10% sur le montant du prêt, en prévision de problèmes
éventuels.

Cependant, ceux qui courent les plus grands risques sont les habitants des régions concernées. Leur santé est
sérieusement menacée par la pollution et la maladie. De plus, l'inflation suscitée par le projet a encore érodé
leurs revenus déjà maigres et, avec le prix des céréales multiplié par deux, la famine menace la région pétrolière.

Le Document d'évaluation du Projet (Project Appraisal Document - PAD) d'avril 2000, qui est censé pourvoir des
informations objectives sur la base desquelles le Bureau exécutif de la Banque pourra prendre des décisions bien
fondées, inclut les promesses de réduire la pauvreté au Tchad et de promouvoir le développement au Cameroun,
ainsi que les mesures à prendre pour faire face aux risques éventuels du projet. Mais ce n'est pratiquement que
du marketing. Il contient des affirmations discutables (par exemple, "le Tchad a réussi à mettre en place des
institutions politiques démocratiques" [PAD, p. 121]), prétend minimiser les risques, et dépeint les bénéfices du
projet d'une manière qu'il faudrait taxer, au mieux, de naïveté délibérée.

Le dernier rapport du Groupe international consultatif (GIC) sur sa mission au Tchad et au Cameroun qui s'est
déroulée du 15 octobre au 4 novembre 2002, ainsi que le rapport du Groupe externe de suivi de la conformité
environnementale (External Compliance Monitoring Group - ECMG), les deux organismes travaillant pour le
Groupe Banque mondiale, font un état assez détaillé de ces problèmes. Cependant, le GIC n'a pas le pouvoir de
mettre en œuvre ses recommandations, et doit se borner à exhorter la Banque mondiale, les gouvernements et le
consortium pétrolier à prendre sans délai des mesures qui sont indispensables pour que "le potentiel de
développement suscité par le projet" puisse se réaliser. Le GIC reconnaît de manière indirecte ses propres
limitations lorsqu'il demande des rapports détaillés et des plans d'action destinés à contrer les nombreux impacts
environnementaux et sociaux du projet, maintenant que la phase de construction arrive à terme au Cameroun.
L'intention à l'origine de la création du GIC était que ses rapports réduisent les risques et conduisent à l'adoption
de mesures correctives et à des actions de renforcement des capacités. Ces tâches sont maintenant reportées à
quelque projet futur.

D'autre part, le Panel d'Inspection de la Banque mondiale a mené une enquête à la suite de réclamations de
citoyens du Tchad qui se disaient lésés par la mauvaise application des politiques de sauvegarde de la Banque.
Le rapport du Panel du 23 juillet 2002 révèle qu'il y a eu des intimidations et des harcèlements allant à l'encontre
d'une "consultation totale et bien informée"; que la Direction du projet n'a pas respecté la Directive opérationnelle
de la Banque au sujet de l'Evaluation environnementale; que le projet n'a pas créé les capacités institutionnelles
nécessaires, ce qui compromet la réduction de la pauvreté dans les étapes finales de la construction et les
premières étapes de fonctionnement de l'oléoduc, et que rien n'a été fait pour résoudre le problème des
fluctuations et des excédents de revenus, qui représente un risque macro-économique sérieux susceptible de
menacer lui aussi l'objectif de réduction de la pauvreté. Dans le cas du Cameroun, le Panel d'inspection de la
Banque mondiale enquête maintenant sur une réclamation de citoyens et d'ONG camerounaises dénonçant que
le Plan pour les Peuples indigènes (PPI), qui devait être entrepris de façon participative, a été mis en oeuvre sans
consultation et n'inclut pas les étapes nécessaires pour garantir les droits fonciers des peuples indigènes.

                                                                                                                    8
BULLETIN 66 du WRM                                                                                    Janvier 2003


La plupart des activités visant les bénéfices du développement et la protection de l'environnement auraient dû
être exécutées avant ou pendant les activités de construction. Or, en janvier 2003 les travaux touchent à leur fin,
mais les activités en question n'en sont qu'à leurs débuts, et il n'est même pas sûr qu'elles soient en train
d'avancer.

Résumé de "The Chad/Cameroon Oil & Pipeline Project - Reaching a Critical Milestone" (le rapport complet peut
être consulté –en anglais- dans http://www.wrm.org.uy/countries/Cameroon/Horta.html ), par Korinna Horta,
Environmental Defense, janvier 2003, adresse électronique: khorta@environmentaldefense.org
                                                                                                page d’accueil

AMÉRIQUE CENTRALE

- Honduras: un industriel crevettier est le "délégué officiel" auprès de Ramsar

Le 23 novembre 2002, lors de la 8e Conférence des Parties de la Convention Ramsar pour la conservation des
forêts humides, qui s'est tenue à Valence, Espagne, l'organisation environnementaliste hondurienne
CODDEFFAGOLF (Comité pour la défense et le développement de la flore et la faune du Golfe de Fonseca) a
dénoncé des irrégularités sérieuses concernant la représentation officielle du pays, qui discréditent la Convention
Ramsar et portent atteinte aux tentatives de conservation des mangroves, lagunes et autres zones humides
littorales.

Le biologiste et environnementaliste Jorge Varela, Directeur exécutif de CODDEFFAGOLF, a publiquement
dénoncé à Valence que "le gouvernement de Ricardo Maduro, président du Honduras et actionnaire important de
l'entreprise crevettière Granjas Marinas San Bernardo (GMSB), n'a pas pris en considération le discrédit
international qu'il jetait sur son pays lorsqu'il a eu l'audace d'envoyer à la Convention internationale de Ramsar un
employé de cette entreprise tant critiquée, et lui a permis de présenter au Groupe de travail sur les mangroves un
Projet de Résolution du Pays qui n'a pas été soumis à la société civile ni approuvé par le gouvernement
lui-même".

Varela a ensuite dénoncé ces faits dans son pays, et un représentant de la presse écrite a demandé au Président
s'ils étaient vrais, sans obtenir de réponse. En revanche, l'Association d'éleveurs de crevettes du Honduras
(ANDAH) s'est permis de répondre en libérant de toute responsabilité Monsieur le Président de la République,
l'ANDAH elle-même et la propre GMSB. La responsabilité est donc rejetée sur le "Délégué officiel du Honduras"
et sur le Secrétariat de RAMSAR, en particulier sur Mme Margarita Astralaga qui connaissait la réclamation de
Varela depuis le début.

Varela affirme qu'il a été constaté que "le seul 'Délégué officiel' envoyé par le Honduras manque d'expérience et
de connaissances dans la conservation des zones humides. Il ne travaille pas pour le gouvernement; or, ceci est
une insulte à la bureaucratie étatique, puisqu'il est logique de supposer qu'elle compte des fonctionnaires
suffisamment qualifiés pour représenter dignement le pays, qui sont pourtant ignorés et écartés d'un processus
très important pour la conservation des écosystèmes des mangroves, lagunes, récifs, prairies maritimes, etc. Ce
qui plus est, le 'Délégué officiel' du Honduras, Héctor Motiño, a présenté dans un Groupe de travail un 'Projet de
Résolution de Pays' qui, en essence, vise à bénéficier l'industrie crevettière si critiquée au Honduras, en
proposant des politiques et en demandant des fonds que la communauté internationale destine à la conservation
des zones humides et à leur utilisation rationnelle".

Les plaintes indiquent que le 'Projet de résolution' en question "n'a été préparé de manière collective, ni par le
gouvernement, ni par la société civile, ni par les ONG du Honduras; par contre, il a probablement été rédigé en
cachette par des conseillers embauchés à cette fin, qui dans leur 'Projet' ne parlent que des écosystèmes de
mangrove et des 'industries' établies dans ces régions, et ignorent que le Honduras possède des écosystèmes de
zone humide importants et variés".



                                                                                                                      9
BULLETIN 66 du WRM                                                                                     Janvier 2003


Les conséquences de l'élevage de la crevette sur les mangroves sont connues et consenties par le
gouvernement du Honduras et, suivant Varela, "par le Secrétariat de la Convention Ramsar lui-même, dont une
employée, Margarita Astralaga, a déjà exprimé par le passé sa sympathie à l'égard de cette industrie et de GMSB
en particulier. De plus, on viole la Résolution de la septième Conférence des Parties de 1999, qui indique aux
gouvernements d'arrêter l'expansion de l'activité crevettière dans les zones humides tant que des études n'auront
pas été effectuées pour recommander des mesures d'atténuation et de neutralisation des impacts négatifs sur les
communautés locales et sur l'environnement".

La réaction à ces accusations a été également suspecte. L'Association des éleveurs de crevettes du Honduras
(ANDAH) a lancé des insultes, des calomnies et des menaces contre Varela et contre CODDEFFAGOLF, en
mettant en question la personnalité juridique de cette dernière et en ressortant de vieilles accusations contre ses
autorités. Or, ces accusations sont publiées dans des situations de ce genre, mais n'arrivent jamais au tribunal
compétent, parce qu'elles sont fausses et que leur seul but est le discrédit. Prétendent-ils détourner l'attention
des irrégularités qui ont donné à l'industrie crevettière le droit de parole et de vote à la Convention de Ramsar, et
qui lui ont permis -au nom du gouvernement du Honduras- de s'opposer à l'approbation d'une véritable
Résolution en faveur de la conservation des mangroves, des lagunes et autres zones humides littorales,
demandée par les ONG qui luttent dans le monde entier contre l'expansion des fermes crevettières dans ces
écosystèmes?

L'absence de réponse des autorités porte la société hondurienne à demander au Président Maduro si l'accusation
de CODDEFFAGOLF ne serait pas vraie. D'autres questions clé restent posées par CODDEFFAGOLF; autant les
autorités honduriennes que les fonctionnaires de Ramsar devraient y répondre, s'ils veulent sauvegarder la
crédibilité de la Convention: "Qui a nommé l'employé de GMSB Délégué officiel du gouvernement du Honduras
auprès de la Convention internationale Ramsar, et de quel droit celui-ci a-t-il osé présenter un Projet de
Résolution de Pays qui n'avait pas été approuvé par le gouvernement?"

En attendant, l'aquaculture industrielle et non durable de la crevette se poursuit toujours, avec tout ce qu'elle
implique: abattage des mangroves, destruction des lagunes et autres zones humides pour la construction
d'étangs d'élevage, contamination des estuaires. Pendant ce temps-là, les communautés locales se voient
interdites d'accès à leurs sources traditionnelles de nourriture, de bois de chauffage et de revenus, elles
subissent des atteintes aux droits humains dont témoignent les meurtres impunis de 12 pêcheurs et les nombreux
blessés de balles au cours d'événements associés à la surveillance des fermes crevettières. Pour
l'environnement, cette industrie incontrôlable représente la perte de forêts tropicales qui, à longueur d'année,
contribuent à atténuer le changement climatique mondial par la captation des gaz provoquant l'effet de serre; la
perte de l'habitat des oiseaux migrants indigènes; la perte d'un écosystème qui protège le littoral contre l'érosion
et contre les tempêtes tropicales, qui retient les sédiments nécessaires au maintien des récifs coralliens, et qui
est fondamental pour la diversité biologique locale, en tant que frayère de la plupart des poissons et refuge de
plantes et d'animaux exclusifs aux mangroves.

Article rédigé sur la base d'informations tirées de: "¿Será cierto, presidente Maduro?", Ramón W. Nuila, La
Tribuna, Honduras, 12 décembre 2002; "Vergüenza internacional", Convention Ramsar, COP 8,
CODDEFFAGOLF, Valence, Espagne, 23 novembre 2002, http://www.redmanglar.org/noticia28.htm;
"¿Corrupción en la Convención Ramsar?", lettre ouverte de Jorge Varela Márquez, Directeur exécutif de
CODDEFFAGOLF, aux collègues, associés, amis, sympathisants et membres de la Convention Ramsar,
envoyée par l'auteur, adresse électronique: cgolf@sdnhon.org.hn
                                                                                                  page d’accueil

AMÉRIQUE DU SUD

- Argentine: les "forêts du silence" ou les plantations de pins dans les Yungas

La région phytogéographique des Yungas, ou "forêt nébuleuse", est une forêt humide située dans des secteurs
montagneux reliés à la cordillère des Andes. Commençant au Venezuela, elle s'étend de façon discontinue sur
                                                                                                                   10
BULLETIN 66 du WRM                                                                                      Janvier 2003


l'Equateur et traverse le Pérou et la Bolivie jusqu'au Nord-Est de l'Argentine, où ses relictes se manifestent dans
les provinces de Salta, Jujuy, Tucumán et Catamarca. En général, la conservation de cette zone est conçue sous
le régime de Parcs nationaux: Baritú et Rey dans la province de Salta, Calilegua dans la province de Jujuy, et
Campo Los Alisos dans la province de Tucumán. Les Yungas est une des régions les plus riches en biodiversité
de l'Argentine; elle est aussi un écosystème des plus menacés dans le monde, en raison surtout de sa
fragmentation et de sa destruction rapide.

Selon leur altitude, qui va de 300 mètres à plus de 4000 mètres, on peut diviser les Yungas en quatre zones
échelonnées: la Selva Pedemontana ("forêt au pied de la montagne") qui est une zone de transition de type
subtropical, abritant 30% de toute la biodiversité de l'écosystème; la Selva Montana ("forêt de montagne") et le
Bosque Montano ou Bosque de Aliso ("forêt d'aulnes"), deux zones considérablement dévastées par l'abattage
sélectif d'espèces ligneuses autochtones; et les Pastizales ou Pradera Montana (des pâturages de montagne),
qui sont relativement bien conservés en raison des difficultés d'accès.

On estime que 67% de la superficie originelle de la Selva Pedemontana argentine ont disparu, et que le reste a
été modifié. L'activité agricole qui accompagnait les concentrations urbaines de la région jusqu'au début du XXe.
siècle et qui a commencé à se substituer à la forêt, se caractérisait par la diversité de sa production (des cultures
de "yerba mate", thé, cherimoya, mangue, café) destinée à subvenir aux besoins locaux. Mais à partir de la
première décennie du XXe. siècle, avec l'inauguration des chemins de fer et l'établissement de moulins à sucre et
d'usines à tabac -par exemple, Ingenio Ledesma, à Jujuy- le modèle change et le pays s'engage dans une
économie à grande échelle à caractère industriel et commercial. De grands secteurs de la forêt Pedemontana
sont remplacés par de vastes plantations de monocultures intensives (canne à sucre, banane, agrumes)
destinées à l'exportation. Ce processus a impliqué la concentration de terres entre les mains de puissants
groupes économiques, tantôt multinationaux, tantôt à capitaux nationaux et provinciaux, sous la forme de
sociétés anonymes ou appartenant à des familles représentant le capital agro-industriel du Nord-Est argentin
(moulins, scieries, producteurs de fruits et de légumes). Cette appropriation a eu lieu au détriment de la
population locale et a provoqué la marginalisation, l'émigration rurale et le chômage; elle a d'ailleurs fait fi des
droits des communautés indigènes, telles que les Kollas qui habitent ces terres depuis des siècles et jouent un
rôle essentiel dans la défense des Yungas (cf. Bulletin Nº 18 du WRM).

Ces dernières années, un nouveau facteur de destruction est venu aggraver encore l'altération des Yungas: les
plantations à grande échelle de monocultures d'arbres, centrées sur les espèces exotiques à croissance rapide
telles que le pin, l'eucalyptus, le grevillea et le "paraíso" géant. Des plantations de ce genre, promues et
financées par des organismes multilatéraux comme la Banque mondiale, sont destinées en premier lieu à
approvisionner la puissante industrie de la pulpe et du papier, et pour satisfaire la consommation démesurée
exigée par l'emballage de marchandises dans le modèle actuel de mondialisation des marchés. Ces derniers
temps, les monocultures d'arbres sont présentées aussi comme "la" solution au changement du climat, car elles
fonctionneraient comme des puits de carbone. C'est donc pour cela qu'on abat des forêts indigènes! (Cf. Bulletins
38, 39 et 52 du WRM).

Jorge Baldo, biologiste spécialisé dans les vertébrés, Francisco Cornell, agent technique de tourisme, et Freddy
Burgos, garde forestier, ont en commun leur passion pour les oiseaux et leur conviction que si rien n'est fait pour
les protéger, bientôt il n'y en aura plus. Tous les trois habitent dans le quartier Los Perales de la ville argentine
San Salvador de Jujuy, située dans le très beau paysage de la forêt Montana, entre 1200 et 1500 mètres
d'altitude. Ils ont à ce jour identifié 240 espèces d'oiseaux, dont certaines endémiques de la région des Yungas
(par exemple Grallaria albigula), d'autres de passage, en provenance de l'hémisphère Nord (telles que Hirundo
rustica, Riparia riparia, Elanoides forficatus, Ictinia mississipensis, Vireo olivaceus). Ils sont également témoins du
danger et alertent sur les résultats d'un recensement suivant lequel 189 espèces d'oiseaux habitent dans une
superficie déterminée de forêt, et 23 seulement dans une plantation de pins des mêmes dimensions.

Dans ces plantations la biodiversité n'a pas de place. Ce sont des "déserts verts" qui ont perdu la multiplicité de
fonctions d'un écosystème, et les gens des lieux l'ont bien compris, qui les ont baptisés "les forêts du silence".
Jusqu'où le silence sera-t-il imposé aux forêts et aux peuples?
                                                                                                                      11
BULLETIN 66 du WRM                                                                                      Janvier 2003


Article basé sur des informations contenues dans les documents envoyés par Freddy Burgos, adresse
électronique: nyctibius@yahoo.com.ar; "Las Yungas, informe completo", Ing. Martín M. Herrán, Biol. Pablo G.
Perovic, Dra. Patricia Marconi, Geol. Néstor Aguilera, http://www.jaguares.com.ar/yungas/informe.html; "La
biodiversidad, los bosques y la gente. Casos de Argentina, Brasil y Colombia", Ecoportal.net,
http://www.ecoportal.com.ar/noti/notas452.htm.
                                                                                                 page d’accueil

- Brésil: un espoir est né pour les peuples et les forêts

En 2002, l'espoir a vaincu la peur. En 2003, l'espoir pourra se réaliser en un accord politique entre les électeurs
de classe moyenne qui, persécutés par le chômage et appauvris par la politique économique, ne craignent plus
les changements, et les électeurs populaires qui, harcelés par la pauvreté et la violence, n'ont plus peur d'être
heureux.

La possibilité de réorienter la politique environnementale est intimement liée aux expectatives de changement
d'une situation sociale détériorée. Suivant les déclarations du président actuel du Brésil, Luiz Inácio "Lula" da
Silva, "Il est clair qu'à l'heure actuelle la principale pression sur les ressources naturelles est provoquée par la
misère qui touche une partie de la population la plus pauvre. Le Parti des Travailleurs (PT) ne voit pas la
protection de l'environnemment comme isolée des autres politiques structurelles destinées à combattre la
pauvreté, telles que la réforme agraire, la politique agricole, la récupération des fleuves et des sources, la
politique nationale d'assainissement environnemental. Sans doute, de nombreuses situations de risque
écologique et humain pourraient-elles être évitées dans notre pays, si ceux qui se voient obligés d'émigrer à la
périférie des villes ou dans des zones de protection environnementale pouvaient rester dans leur lieu d'origine,
protégés par des politiques publiques appropriées.

C'est pourquoi nos propositions visent à concilier la protection environnementale et la création d'emplois, à partir
des nombreuses expériences mises en œuvre par des associations et des coopératives de producteurs, des
gouvernements municipaux et étatiques, des mouvements sociaux et des ONG. Il est même nécessaire de faire
au Brésil une étude socio-environnementale par zones, qui permette d'identifier la solution la plus appropriée à
chaque écosystème et à chaque secteur social. Comme on sait, la population la plus pauvre vit en général dans
des zones vulnérables, et pour pouvoir survivre elle finit par provoquer encore davantage d'impacts sur
l'environnement. Pour des cas de ce genre, nous aurons des programmes de réhabilitation environnementale qui
puissent en même temps donner du travail à ces personnes.

Quant à l'Amazonie, patrimoine naturel, culturel, économique et social d'importance stratégique pour le Brésil et
pour la planète, il faut préciser que nous allons modifier les politiques de peuplement et les politiques agricoles,
qui ont été dévastatrices et ne créent ni d'emplois ni de revenus pour la population locale. L'Amazonie est perçue
comme une frontière où l'on va chercher des profits faciles et rapides, sans penser aux conséquences sur
l'environnement et sur les communautés. Lorsqu'on parle de 'l'occupation de l'Amazonie', on a souvent l'idée qu'il
s'agit d'un 'vide démographique', une sorte de 'terre de personne'. De fait, rien moins que 20 millions de
Brésiliens y habitent, sans compter les nombreuses expériences qui allient la protection environnementale, les
objectifs sociaux, les innovations technologiques et institutionnelles et des bénéfices économiques significatifs".

Comme première mesure prometteuse, le nouveau gouvernement a nommé le sénateur Marina Silva ministre de
l'Environnement. Suivant la ministre, son arrivée au ministère est l'aboutissement d'un processus historique qui
comprend autant l'expérience de l'environnementaliste et ancien leader "seringueiro" Chico Mendes, assassiné
en 1988, que les gouvernements du PT dans l'Etat d'Acre. De 17 à 28 ans, la ministre a vécu avec Chico Mendes
et participé à tous les mouvements contre la dévastation de l'Amazonie qu'il a organisés, ainsi qu'à ceux en
défense des cueilleurs de latex d'Acre. "Ce qui arrive aujourd'hui est la preuve que le rêve de Chico Mendes n'a
pas été vain, et que les graines qu'il a plantées ont porté de nombreux fruits", a-t-elle dit.

Marina Silva promet d'appliquer une politique de réalisations dans le secteur. Elle a dit que le nouveau
gouvernement ne peut pas rester attaché à la "logique du possible", mais qu'il doit adopter une autre attitude face
                                                                                                                       12
BULLETIN 66 du WRM                                                                                       Janvier 2003


aux défis. "Nous avons besoin de fermer l'étape du 'ça ne peut pas se faire', et nous engager dans celle du
'comment le faire'", a-t-elle affirmé. Quant à sa nomination, elle estime que "c'est 'un signe que dans le
gouvernement Lula l'environnement jouera un rôle stratégique, car il s'agit d'un pays très varié dans sa
composition, et donc il faut qu'il y ait des relations d'éthique entre ceux qui possèdent la technologie et l'argent, et
ceux qui ont le savoir traditionnel et les ressources naturelles".

Suivant Marina, les priorités de son ministère sont l'Amazonie, la préservation des ressources hydriques, la lutte
contre la déforestation et les implantations urbaines. "En premier lieu, nous voulons faire en sorte que la politique
environnementale aille de pair avec les autres actions du gouvernement; en deuxième lieu, notre politique
environnementale doit privilégier le développement durable", a dit la ministre.

Elle a souligné l'importance de la participation de la société dans la prise de décisions concernant
l'environnement, et critiqué l'absence de contrôle de l'application des lois dans ce domaine. D'après Marina, "il
faut raffermir les institutions pour qu'elles soient en mesure de faire respecter la loi".

Article basé sur des informations obtenues dans: "Em defesa do meio ambiente", Luiz Inácio Lula da Silva, Linha
Aberta, Brasil, 11 juin, http://www.lainsignia.org/2002/junio/ecol_007.htm; "2003 promete ser um ano 'quente'",
Correio da Cidadania, http://www.correiocidadania.com.br/ed327/editorial.htm; "Para Marina, Lula mandou
recado para Bush com anúncio de ministério", Ricardo Mignone, Folha Online,
http://www1.folha.uol.com.br/folha/brasil/ult96u43391.shtml.
                                                                                                  page d’accueil

- Chili: une organisation environnementaliste met en question les standards FSC pour les plantations

Suivant l'information disponible dans la page web du FSC, sept entreprises propriétaires d'une superficie totale
de 262 168 hectares ont des "forêts" certifiées au Chili. Cependant, une seule d'entre elles (Las Cruces S.A.)
gère une véritable forêt, et celle-ci n'occupe que 3 588 hectares. Tout le reste (258 580 hectares) consiste en des
monocultures d'arbres qui, malheureusement, continuent d'être considérées comme des "forêts" par le FSC.

Dans sa page web, section "why we do it" ("pourquoi nous le faisons") le FSC explique son objectif de fournir "un
système d'étiquetage du bois et des produits en bois qui soit vraiment indépendant, international et crédible. Ceci
apportera au consommateur la garantie que le produit provient d'une forêt qui a été évaluée et dont la gestion a
été certifiée conforme aux normes établies, sociales, économiques et environnementales".

Cette affirmation est évidemment fausse dans le cas du Chili, tout simplement parce que le FSC ne peut donner
au consommateur aucune garantie que le produit qu'il achète provient d'une "forêt" bien gérée, du moment
qu'une telle forêt n'existe pas; à moins que les monocultures d'arbres exotiques soient considérées comme des
forêts.

Il est important de souligner que le FSC encourage l'établissement de normes nationales pour la certification, qui
doivent respecter les principes et critères généraux. Il existe au Chili, dans ce but, une "initiative nationale" qui
rassemble des exploitants forestiers et des ONG. Cependant, les standards nationaux ne sont pas faciles à
définir, comme il en découle des paragraphes suivants, rédigés par Malú Sierra, une activiste chilienne qui
défend la cause des forêts et qui s'est profondément engagée dans ce processus. En décrivant sa visite dans
une des plantations certifiées ("El Guanaco", 4 138 hectares, propriété de la société Forestal Millalemu du
Groupe Terranova), dans la Commune de Quirihue au Sud du Chili, Malú lie ce qu'elle a vu aux problèmes de la
certification de plantations:

"Après des mois, ou plutôt vraiment des années, de discussions autour d'une table, avec des papiers et des
projections de diapositives, toujours dans les villes du Sud ou à Santiago, Forestal Millalemu (qui a plus de 120
000 hectares de plantations certifiées au Chili) nous a invités à connaître sur le terrain une de ses plantations
certifiées par le FSC. Le directeur de l'entreprise au Chili, Jorge López, a généreusement sacrifié ses belles
cartes pour que notre groupe du Comité des Plantations puisse savoir exactement où il se trouvait. La pluie
                                                                                                                      13
BULLETIN 66 du WRM                                                                                      Janvier 2003


tombait sans relâche; dès que nous descendions des véhicules tous terrains, en plein novembre, le 7
exactement, le phénomène du Niño apportait de l'eau à profusion dans cette zone non irriguée de l'intérieur, et
nous trempait de la tête aux pieds, car nous n'étions pas suffisamment préparés pour la circonstance. Et nous
l'étions encore moins pour le spectacle des collines tondues d'arbres dans la cordillère de Quirihue.

Le propriétaire principal de Forestal Millalemu est l'entrepreneur suisse Stephan Shmidheiny, l'un des premiers à
avoir adhéré au concept de développement durable, et ses plantations au Chili sont apparemment des modèles
de durabilité économique, sociale et environnementale. Je dis bien apparemment…

Le label vert FSC garantit que Millalemu ne remplace pas la forêt indigène par des plantations, mais ne lui exige
pas de permettre à cette forêt de repousser par l'utilisation de méthodes de récolte plus soigneuses. Nous avons
vu les rejets de chêne là où les pins plantés il y a 20 ans étaient prêts pour la coupe. Une coupe qui emportera
aussi ces chênes qui témoignent que, bien avant 1994, les forêts ont été remplacées par des plantations. Le label
FSC exige aussi de prendre des mesures pour limiter la dégradation du sol; ainsi, les déchets de la coupe ne
sont-ils plus brûlés -c'est un progrès- mais moulus et laissés sur place pour qu'ils se transforment en terre au bout
de huit à dix ans.

Le FSC pose également des conditions d'ordre social, et nous avons vu passer de vieux cars qui conduisent les
travailleurs à la fin de leur journée. Auparavant le transport était fait dans des camions non couverts. Puisque
dans cette région il n'y a pas de communautés indigènes, l'entreprise n'a pas à faire face à des revendications de
la part des propriétaires originels des terres. Mais il y a des problèmes de ce genre avec les Mapuche dans
d'autres exploitations où, de ce fait, les plantations n'ont pu être certifiées.

Le FSC ne fait pas pour l'instant de recommandation sur la méthode de coupe. Or, celle qui est appliquée dans
les plantations du Chili est la coupe à blanc, la même qu'on utilise aux Etats-Unis, d'où vient d'ailleurs l'arbre
exotique le plus utilisé jusqu'à présent dans les plantations chiliennes: le pin de Monterrey (Pinus radiata). Le
FSC fixe des critères généraux que chaque pays doit adapter à sa réalité. Mais ces critères n'ont pas encore été
définis au Chili, en raison surtout de l'opposition des exploitants forestiers déjà certifiés, dont certains postulent
qu'il ne faut pas fixer de limites à la coupe, même pas à son étendue. L'une des justifications est que les grandes
entreprises telles que Mininco (qui n'a pas reçu de certification) abattent jusqu'à 2000 hectares continus.

Il importe de rappeler que le Chili est un pays montagneux et que, de ce fait, les coupes à blanc, dont les
conséquences sont toujours si négatives pour le sol, ont ici des effets doublement graves, la grande majorité des
plantations étant établies sur des pentes de plus de 35 degrés. De fait, c'est précisément pour cela que la coupe
à blanc de la forêt indigène est interdite par la loi. Il est donc clair que, du point de vue de l'environnement, une
telle méthode ne peut être acceptable dans aucune plantation et encore moins dans une plantation certifiée.

Les discussions peuvent durer encore un bon moment au Chili, mais l'organisation Défenseurs de la Forêt
chilienne a renoncé, auprès du Comité technique des plantations, à participer dans le processus. Il n'a pas
renoncé par contre au conseil de direction de l'ICEFI (Initiative chilienne de certification forestière indépendante),
ni à sa participation dans le FSC. Qu'il s'agisse de cinquante hectares ou de cinq cents que l'on coupe, le
problème n'est plus dans l'étendue: en aucun cas nous n'approuvons les coupes à blanc. Or, nous ne voyons pas
de progrès significatifs dans ce sens dans les réunions. Ce qui est encore plus grave, c'est qu'on néglige de
considérer comment doivent s'installer les nouvelles plantations forestières qui souhaitent la certification
environnementale, pour ne jamais laisser le sol à découvert, en particulier dans les zones en pente où, malgré les
mesures d'atténuation, l'érosion continue de se produire. Les précisions à ce sujet sont toujours remises à plus
tard.

Le consommateur qui fait confiance au label FSC n'aimerait pas voir ce tableau. Malheureusement je l'ai vu, et
mes yeux en ont gardé l'image".

Article basé sur le rapport de Malú Sierra, du groupe Defensores del Bosque Chileno: "Visita al Predio El
Guanaco, Forestal Millalemu, Comuna de Quirihue". Adresse électronique: gondwana@ads1.tie.cl
                                                                                                  page d’accueil

                                                                                                                    14
BULLETIN 66 du WRM                                                                                      Janvier 2003


- Equateur: le palmier africain et l'industrie du bois dans la région de Choco

En Equateur, les forêts d'Esmeraldas sont un des derniers réduits de la forêt tropicale sur la côte américaine du
Pacifique. Ces forêts font partie de la région biogéographique de Chocó, l'un des 10 "points chauds" de la
planète, qui s'étend du Sud du Panama au Nord d'Esmeraldas. Il y a dans cette zone quelque 10 000 espèces de
plantes, dont 2500 environ endémiques. Elle est le foyer des peuples Awá, Chachi et Tsachila, ainsi que de
communautés afro-équatoriennes qui gardent leurs modes de vie traditionnels.

Cependant, ces forêts disparaissent à un rythme impressionnant, en raison du déboisement provoqué par la
monoculture du palmier africain et par l'industrie forestière, qui ont bénéficié jusqu'à présent de la complicité du
gouvernement national.

Le 8 août 2002, le Président de l'Equateur, Gustavo Noboa, a émis le décret exécutif 2691, rédigé conjointement
par les ministères de l'Environnement, de l'Agriculture et des Relations extérieures. Ce décret destine à
l'agriculture un polygone de 50 000 hectares dans le Canton San Lorenzo, Province d'Esmeraldas. De cette
surface, 5000 hectares appartiennent au Patrimoine forestier de l'Etat équatorien, plus de 5000 hectares sont des
terres ancestrales afro-américaines, et plus de 1000 hectares se trouvent dans les territoires indigènes des Awá.
Or, du point de vue constitutionnel et légal, les terres communautaires sont indivisibles et intransférables. Le but
non déclaré du décret est donc de légitimer l'expropriation systématique de terres ancestrales et domaniales à
laquelle procèdent depuis quelques années les entreprises de plantation de palmier au Nord d'Esmeraldas. Ces
entreprises ont arraché leurs terres aux communautés par l'achat illégal et le délogement forcé des familles
traditionnellement établies. Il s'agit d'un décret destiné au bénéfice spécifique des grands cultivateurs de
palmiers, dont des membres de la famille du président sortant, Gustavo Noboa Bejarano.

Cette politique de dépouillement met à profit la conjoncture suscitée par le Plan Colombie à la frontière Nord du
pays. Pour atténuer les effets du conflit on a créé l'Unité de développement du Nord (UDENOR), et alloué des
fonds à l'aide aux communautés proches de la frontière colombienne. Cependant, le décret mentionné a permis
que ces fonds soient usurpés par les cultivateurs de palmier, au lieu d'être destinés aux communautés affectées.

La constitutionnalité du décret a été contestée par CONAIE, Action Ecologique et d'autres organisations locales
et environnementales, qui ont présenté une demande dans ce sens auprès du Tribunal constitutionnel.

D'autre part, le ministère de l'Environnement n'a pas respecté son obligation de contrôler le processus de
déforestation dans le Patrimoine forestier de l'Etat. Il n'a pas non plus évité que ces terres soient illégalement
octroyées par l'INDA (Institut national de développement agricole) aux exploitants forestiers ENDESA et
BOTROSA, qui appartiennent au groupe Peña Durini, l'un des plus puissants du pays. Au cours des enquêtes
menées en 2000 par le ministère de l'Environnement au sujet du domaine El Pambilar (l'un des nombreux
domaines en discussion), situé dans le Bloc 10 du Patrimoine forestier de l'Etat, il a été vérifié que les plus de
2800 hectares qu'il occupe avaient été illégalement octroyés par l'INDA à la société BOTROSA. A la suite de
cette affaire, la Commission de contrôle civique de la corruption a démontré qu'au moins 18 000 hectares
supplémentaires de forêts avaient fait l'objet d'octrois illégaux. Le rapport de la Commission de contrôle civique
de la corruption a provoqué l'intervention de la Contraloría General, l'organe de contrôle de l'Etat qui, en juillet
2002, a ouvert une enquête spéciale dans le ministère de l'Environnement et l'INDA, pour connaître l'état des
allocations de terres situées dans le Patrimoine forestier, et déterminer les responsabilités administratives et
civiles, ainsi que les indices de responsabilité pénale, autant des fonctionnaires que des acteurs directement
concernés.

Au cours de ce processus, la ministre de l'Environnement, Lourdes Luque, elle aussi parente du président Noboa,
a fait semblant de ne rien voir et avancé à pas de tortue pour bénéficier les cultivateurs de palmier et les
exploitants forestiers.




                                                                                                                       15
BULLETIN 66 du WRM                                                                                      Janvier 2003


En octobre 2002, le Tribunal constitutionnel s'est prononcé en faveur des paysans dépouillés de leurs terres, et
réclamé la sanction des fonctionnaires impliqués dans ces actions illégales, ainsi que la restitution des terres et le
dédommagement des personnes affectées par ENDESA et BOTROSA.

La forêt tropicale équatorienne, qui est le refuge d'une énorme diversité culturelle et biologique, est sur le point de
disparaître. Dans ce processus, le concept d'exploitation forestière certifiée n'a pas de place. Or, c'est ce que
prétendent les entreprises forestières ENDESA et BOTROSA, qui ont présenté à SMARTWOOD et au FSC une
demande de certification de leurs exploitations. Il n'est pas admissible non plus que des plantations ou des
projets de reboisement puissent remplacer la forêt primaire originelle.

Dans un tel cadre, le gouvernement du colonel Lucio Gutiérrez est confronté au défi de conserver le peu qui reste
de la forêt primaire. Il se peut qu'il n'obtienne que l'imposition d'un moratoire indéfini à l'exploitation commerciale
de la forêt.

Par Ivonne Ramos, Acción Ecológica, adresse électronique: creativo@uio.satnet.net
                                                                                                       page d’accueil

CARAÏBES

- Puerto Rico: une forêt sauvée par la poésie

Bien avant les évidences scientifiques de la destruction de l'environnement, les grands artistes et poètes
soulignaient ce phénomène dans des essais, des chansons et des poèmes. A Puerto Rico, des auteurs tels que
Enrique Laguerre, Abelardo Díaz Alfaro et Luis Llores Torres ont dénoncé la destruction, au nom de ce qu'on
appelle progrès, de nos beaux paysages et de nos richesses naturelles. Le grand poète Juan Antonio Corretjer a
lui aussi remarqué avec beaucoup de douleur l'avance irrésistible du béton et l'utilisation de produits chimiques
toxiques dans l'agriculture portoricaine.

Les dernières années de sa vie, il avait l'habitude de se promener à cheval sur les rives du fleuve Encantado,
dans le village de Ciales. Le fleuve Encantado, bien qu'il ne soit pas très connu, est une des merveilles naturelles
de Puerto Rico. Le long de son cours se trouvent des chutes d'eau majestueuses et des mares qui ont inspiré
plusieurs des œuvres les mieux connues et les plus célébrées de Corretjer.

En 1984, au cours d'une de ses dernières promenades à cheval le long du fleuve, le planteur de café Tato
Rodríguez lui a demandé ce qu'il pensait de son domaine. Le poète lui a répondu: "Il est très joli, mais il manque
d'ombre". En effet, les arbres feuillus et la végétation luxuriante avaient été arrachés pour planter une caféière,
dont on assurait la productivité à force d'insecticides et d'engrais chimiques.

Avec le passage des années, Don Tato et plusieurs de ses collègues ont pris conscience que ce genre
d'agriculture, que certains appelaient "moderne", était nuisible. "Les populations d'oiseaux se sont réduites à
cause du déboisement et des produits chimiques. Les papillons ont disparu ensuite. J'ai même vu des lézards
tués par les pesticides. Tout cela m'a fait réfléchir: si les petits animaux en meurent, c'est sans doute nuisible
pour moi aussi".

En combinant la poésie de Corretjer et les concepts les plus modernes sur l'agriculture écologique et la protection
environnementale, Don Tato, d'autres habitants de Ciales et des citoyens de tout le pays ont établi la forêt
Corretjer ("Bosque Corretjer"). Il s'agit précisément de l'ancien domaine caféier de Don Tato, où Corretjer aimait
se promener à cheval. La forêt, qui offre aux visiteurs un paysage spectaculaire de formations géologiques
presque verticales, s'étend sur 160 "cuerdas" environ (soit quelque 62 hectares).

La caféière envahie par les broussailles est petit à petit reboisée et repeuplée d'arbres mentionnés dans l'œuvre
poétique de Corretjer, ainsi que de nombreuses espèces autochtones. "Nous plantons des arbres fruitiers, des
arbres à bois et des légumineuses", nous a expliqué Don Tato. (*)
                                                                                                                     16
BULLETIN 66 du WRM                                                                                      Janvier 2003


Il ne s'agit pas d'une simple plantation d'arbres, mais de la création de tout un écosystème complexe, sain et
productif, qui fournisse du travail et des aliments et qui soit aussi une ressource touristique. Dès qu'ils ont mis en
œuvre le projet de reboisement et abandonné l'utilisation de produits chimiques, les oiseaux et les insectes
pollinisateurs, qui avaient disparu, sont revenus. "Les abeilles cantareas, que nous ne voyions plus depuis
longtemps, sont déjà là", a dit Don Tato. "Les sanpedritos, qui ressemblent à des perroquets miniature et
n'habitent que dans les grottes, étaient partis, mais depuis que nous n'utilisons plus de produits chimiques ils sont
de retour. Et la nuit nous entendons aussi les mucaros".

Le "Bosque" est un projet surtout éducatif. Depuis l'année dernière, des centaines d'écoliers de différents villages
l'ont visité, pour planter des arbres, apprendre à protéger l'environnement, et connaître la poésie de Corretjer.
Tous les arbres sont plantés par des enfants.

"Nous avons préparé des modules éducatifs inspirés de Don Juan Antonio et du paysage de la région qui l'a
poussé à écrire ces poèmes", a expliqué Marta Núñez, épouse de Don Tato. "Tout se fait avec l'accord des
principaux et des directeurs. Nous apportons les modules dans les écoles, les élèves du jardin d'enfants au
cinquième niveau les étudient, et ensuite nous emmenons les enfants en promenade pour qu'ils plantent des
arbres dans le Bosque.

"Il est beau de voir avec quelle tendresse ces fillettes et ces garçons de la première année d'école plantent les
arbres, la manière dont ils touchent les racines, leur regard sain, limpide, non contaminé".

"Les enfants plantent des arbres tandis que moi je plante du guineo, qui contribue à contrôler les mauvaises
herbes et à améliorer le sol", dit Don Tato. "On leur parle des arbres, et de l'utilité de chacun. Par exemple, le
capá prieto, on leur explique ce que c'est, comment il fleurit et à quoi sert son bois".

Núñez a insisté sur l'importance de la composante culturelle de cette forêt. "Nous y retrouvons notre folklore, qui
est en train de se perdre et qu'on n'enseigne pas aux écoles. L'expérience est si belle que les instituteurs nous
disent en partant: 'S'il vous plaît, invitez-nous encore l'année prochaine'."

Par: Carmelo Ruiz Marrero, adresse électronique: carmelo_ruiz@yahoo.com. Version adaptée par l'auteur de
l'article publié dans Claridad le 29 novembre 2002.

(*) L'article en espagnol fait mention des espèces suivantes: Capá prieto (Cordia alliodora), Guaba (Inga vera),
Guamá (Inga fagifolia), Moca, Caimito (Chrysophyllum caimito), Maricao (Byrsonima spicata), Maga, Teca
(Tectona grandis), Ausubo (Manilkara bidentata), Cedro (Cedrela odorata), Palma real (Roystonea borinquena),
Moralón (Coccoloba pubescens), Carbonero.
                                                                                                   page d’accueil

ASIE

- Bangladesh: le Projet de conservation de la biodiversité des Sunderbans mis en question

L'organisation environnementaliste SBCP Watch Group est constituée par quatre organisations non
gouvernementales (ONG) locales: Actionaid Bangladesh, Rupantar, JJS et Lokaj. Elle a été créée en 2000 dans
le but de faire un suivi des activités réalisées dans le cadre du Projet de conservation de la biodiversité des
Sunderbans. Ce projet de 77,5 millions de dollars est financé par la Banque asiatique de développement, par le
Fonds pour l'environnement mondial et par le Fonds nordique de développement. Sa mission est de récupérer
l'écosystème original de la plus grande surface de mangroves qui existe actuellement sur la planète (voir Bulletin
Nº 44 du WRM).

L'organisation civile SBCP Watch Group pense que si une évaluation sérieuse du programme n'est pas réalisée,
les résultats de celui-ci seront négatifs. Le Projet de conservation de la biodiversité des Sunderbans n'a pas
réussi à identifier les causes profondes de la pauvreté et de la destruction de la biodiversité des Sunderbans. Il a
                                                                                                                     17
BULLETIN 66 du WRM                                                                                        Janvier 2003


tout simplement responsabilisé la population locale de cette destruction. L'éradication de la pauvreté dans
laquelle vivent les habitants de la "zone d'impact" ou "zone tampon" limitrophe de la forêt constitue l'un des
composants du projet. Cependant, d'après le SBCP Watch Group, le projet a été élaboré quasiment sans
participation des habitants de la zone concernée. Le projet n'a pas tenu compte, entre autres, de l'élevage
industriel de crevettes qui se développe dans la zone limitrophe des Sunderbans et qui a été qualifié par cette
organisation de "nouvelle malédiction qui pèse sur les communautés locales". Les fermes à crevettes ont déplacé
les occupations traditionnelles des métayers, des travailleurs agricoles, des petits pêcheurs et agriculteurs
-parfois marginalisés-, et des autres personnes expulsées par les exploitations de crevettes, qui se sont tournées
vers la forêt en recherche d'un moyen de vie alternatif et ont ainsi accru la pression exercée sur les ressources
d'un écosystème affaibli.

D'après un sondage réalisé par des ONG, la seule activité réalisée pendanttoute l'année dans les Sunderbans est
la collecte d'alevins de crevettes (crevette qui vient de sortir de l'oeuf). Dans la mesure où la plupart des sources
d'emplois ont disparu, de nombreux de travailleurs touchés par cette pénurie de travail ont été obligés de se
tourner vers la collecte sauvage de crevettes, alevins, crabes et coquillages, que les cueilleurs eux-mêmes
considèrent non durable. Les habitants locaux pensent que si le gouvernement interdisait l'aquaculture de
crevettes dans la région, les agriculteurs pauvres et marginalisés seraient favorisés, car de nombreuses
opportunités de travail se créeraient dans le secteur l'agriculture et ses activités connexes, ainsi que dans la
production de variétés locales de poisson, pour subvenir aux nécessités locales. La crevetticulture s'est heurtée à
la forte opposition de la population locale organisée et elle a déjà fait une victime dans la personne de
Korunamoyee Sardar, devenue un symbole de la lutte menée par les habitants sans terre de Bangladesh contre
l'élevage de crevettes ainsi que pour faire valoir leurs droits à la terre (cf. Bulletin du WRM nº 51).

D'après le sondage des ONG, l'exploitation industrielle de crevettes a également été à l'origine d'autres impacts.
A la suite de la diminution des activités agricoles, la paille pour les toits de chaume se fait rare et le foin sylvestre
des Sunderbans est surexploité. La salinité croissante de la région a tué toute la végétation et la pénurie de bois
de chauffage qui en résulte entraîne également la surexploitation des Sunderbans. La diminution de l'élevage fait
que l'on trouve moins de bouse de vache, utilisée en tant que combustible alternatif.

Le groupe environnementaliste SBCP Watch Groupe a adressé une série de recommandations à la Banque
asiatique de développement afin que celle-ci revoie incessamment les activités et la conception du Projet de
conservation de la biodiversité des Sunderbans en fonction des Intérêts et des principes authentiques de la zone
et présente un rapport public de cette évaluation. Le groupe signale également que les droits des plus
défavorisés aux ressources naturelles communes doivent être reconnus et qu'une interdiction doit être prononcée
concernant la prospection de pétrole et de gaz dans la zone des Blocks 5 et 7 (cf. Bulletins du WRM Nº 15 et 44).
Une des propositions du Groupe est celle de développer une production durable de crevettes, respectueuse de
l'environnement et des habitants locaux, à la place de la production commerciale. Il est suggéré également
d'élaborer et de mettre en place des politiques d'exploitation et d'aménagement des terres qui soient favorables à
l'environnement, ainsi qu'un processus de suivi du projet qui soit largement participatif.

La protection et l'aménagement durable de la Réserve forestière des Sunderbans ne sera possible que lorsque
les habitants participeront activement au projet depuis le début et lorsque l'environnement et les intérêts de la
population locale seront prioritaires sur les entreprises commerciales à grande échelle.

D'après: "Citizen's Forum for Conserving the Biodiversity of the Sunderban Reserve Forest",
http://www.cdp.20m.com/sundorbon.html; Holiday Publication, http://www.weeklyholiday.net/060902/count.html
                                                                                              page d’accueil

- Inde: les collecteurs d'eau pluviale et les protecteurs des forêts des collines d'Aravalli

Lors d'une visite récente au Rajasthan, en Inde, Patrick McCully, d'International Rivers Network, a pu constater
personnellement a quel point le travail de l'organisation locale "Tarun Bharat Sang" (TBS) a profondément
amélioré les conditions de vie de centaines de milliers de personnes. Il a été surpris d'apprendre que cette
                                                                                                                       18
BULLETIN 66 du WRM                                                                                    Janvier 2003


transformation sociale et environnementale avait été accomplie pour une minuscule fraction du coût économique
-qui s'ajoute au coût humain et écologique- correspondant à l'approvisionnement d'eau à travers de gros
barrages. Voici quelques extraits de son récit.

"Les générations précédentes n'ont jamais eu la chance que nous avons" m'a dit Lachmabai, une vieille femme
du village de Mandalwas, pendant que nous étions assis au bord d'un grand étang délimité par un barrage en
terre récemment construit. "Grâce à l'eau nous sommes heureux, notre bétail est heureux et la faune sauvage est
heureuse. Notre production agricole a augmenté, notre forêt est verte, nous disposons de bois de chauffage, de
fourrage pour le bétail, et nous avons de l'eau dans nos puits."

Les habitants de Mandalwas ont construit 45 structures de collecte d'eau de pluie au cours des 15 dernières
années et envisagent d'en construire d'autres. Tandis qu'avant les agriculteurs n'avaient de l'eau que pour les
grains, aujourd'hui ils peuvent cultiver des légumes nécessitant davantage d'eau et des cultures commerciales.
Des villageois qui étaient obligés, auparavant, de survivre en ne faisant qu'un repas par jour, font aujourd'hui
deux ou trois repas quotidiens et ont accès à une plus grande variété d'aliments plus nourrissants. Les tâches qui
reviennent aux femmes -amener de l'eau, du bois de chauffage et du fourrage-, ainsi que le pâturage et
l'abreuvage du bétail, prennent beaucoup moins de temps qu'avant. Un des bénéfices clé de la régénération
des forêts est l'augmentation de bois de chauffage et de feuilles d'arbres pour le fourrage.

Les bénéfices de l'eau que j'ai vus par moi-même ont été obtenus malgré le fait que la région est en train de
souffrir une des plus grandes sécheresses de son histoire. Certains villages ne reçoivent qu'une dixième partie de
la quantité "normale" de pluie, ce qui vient s'ajouter à la sécheresse des trois années précédentes. D'après
l'Union du peuple indien pour les libertés civiles (Indian People's Union for Civil Liberties), en novembre, la
sécheresse a causé au moins 40 décès par inanition au Rajasthan. Et de nombreuses personnes survivent en se
nourrissant d'herbe. Le contraste entre les zones améliorées par le TBS et les autres régions du Rajasthan est
pour le moins surprenant.

Mandalwas n'est que l'un des plus de 1000 villages où le groupe Tarun Bharat Sangh ("Jeune association
indienne") intervient. Depuis 1986, TBS a aidé les villageois à construire ou à restaurer près de 10 000 structures
de collecte d'eau à Alwar et dans les districts environnants des collines arides d'Aravalli, au Nord-Est du
Rajasthan, à seulement quelques heures au Sud de Delhi. De nombreuses structures additionnelles ont été
construites par les villageois sans aucune aide de TBS. Ceux-ci ont également creusé plus de 1000 puits afin de
profiter de l'augmentation du niveau des eaux souterraines qui a eu lieu suite à ces travaux.

Bien que la collecte d'eau soit un élément clé du succès de TBS, d'autres facteurs contribuent également aux
impacts de grande envergure qui ont été constatés suite à l'intervention de TBS. En rassemblant les villageois
pour résoudre leurs sérieux problèmes concernant l'eau, TBS les a amenés à prendre eux-mêmes le contrôle des
autres aspects de leur vie. Voici quelques-uns des résultats positifs obtenus: des normes ont été établies par le
village afin de protéger les forêts, les villageois se sont rassemblés pour faire pression sur le gouvernement et lui
demander des enseignants pour leurs écoles, les habitants se sont opposés aux demandes de pots-de-vin de la
part des autorités, l'agriculture organique a été mise en pratique et les soins de santé traditionnels et modernes
ont été améliorés.

Les structures de collecte d'eau sont principalement des barrages de terre à structure en croissant (johads) ou
des barrages rectilignes submersibles en béton et gravats peu profonds construits dans des ravins qui s'inondent
saisonnièrement (nalas). Des johads ont été construits au Rajasthan pendant des siècles mais la plupart est
tombée en ruines au cours du Xxe siècle suite à l'ingérence croissante de l'Etat dans l'approvisionnement d'eau
(basé sur des projets à grande échelle) et là l'affaiblissement subséquent des institutions villageoises chargées
de l'approvisionnement.

Les pluies de la mousson remplissent les étangs derrières les structures. Seulement les plus grandes structures
conservent de l'eau toute l'année; la plupart s'assèchent six mois après la mousson, parfois avant. Mais leur
principal objectif n'est pas de conserver l'eau superficielle mais d'alimenter les eaux souterraines. L'eau stockée
                                                                                                                  19
BULLETIN 66 du WRM                                                                                     Janvier 2003


dans le sous-sol ne s'évapore pas et ne favorise pas la prolifération des moustiques, elle est à l'abri de la
pollution des déchets des hommes et des animaux, et elle se redistribue afin d'alimenter les puits et de fournir de
l'humidité à la végétation dans une vaste zone.

Plusieurs cours d'eau qui, dans les dernières décennies, ne gardaient de l'eau qu'après les pluies de la mousson,
coulent actuellement toute l'année grâce aux eaux souterraines récupérées (même si certains tronçons des
fleuves sont en train de sécher suite à la longue et intense sécheresse). Les forêts ont repoussé car le niveau de
la nappe phréatique a remonté. Par ailleurs, la protection des forêts est un composant clé du message de TBS.
Le fait de reconnaître qu'un bon aménagement des sols est essentiel au bon aménagement hydrique est l'un des
principaux facteurs des réussites surprenantes de TBS. Parmi les conséquences bénéfiques de la repousse des
forêts dans les collines rocheuses d'Aravalli: la végétation ralentit le ruissellement en surface et réduit l'érosion,
ce qui améliore l'alimentation de la nappe souterraine et réduit la sédimentation dans les étangs des villages.

Les habitants bénéficiaires contribuent au tiers ou au quart du coût des structures de collecte d'eau à travers des
apports financiers et non-financiers. Les contributions non-financières consistent principalement en main d'œuvre
gratuite, mais peuvent inclure des matériaux de construction ainsi que la valeur de la terre occupée par la
structure de collecte et l'étang associé. Le TBS finance le reste. Toute la main d'œuvre nécessaire à la
construction des structures de collecte d'eau est fournie par les habitants locaux. En dehors de leur contribution
non-financière sous forme de main d'œuvre, les villageois perçoivent une rémunération pour leur travail, ce qui
fait que la construction des structures constitue également une source de revenus.

Alwar abrite une des plus connues réserves de faune de l'Inde, le Sanctuaires des tigres Sariska. Le TBS a
construit de nombreuses structures dans la "zone tampon" des environs du sanctuaire ainsi qu'à l'intérieur de la
réserve. Au début, les autorités du sanctuaire se sont montrées hostiles envers le TBS. Mais actuellement, elles
encouragent le TBS, ayant réalisé que le groupe a non seulement créé des sources d'eau pour la faune et
contribué à la repousse des forêts mais il a également dissuadé les habitants du braconnage. Par ailleurs, après
avoir livré une dure bataille dont une procédure devant la Cour Suprême, le TBS a obtenu la fermeture des
carrières de pierres qui étaient à l'origine de dommages environnementaux considérables à l'intérieur du parc,
notamment l'abaissement de la nappe phréatique qui avait fait décroître la collecte d'eau). Grâce à la diminution
du braconnage et à l'augmentation des animaux de proie, le nombre de tigres est passé de 18 à 25 environ.

L'illustration la plus remarquable de l'enthousiasme des villageois d'Alvar face aux bénéfices écologiques
apportés par la collecte d'eau est la création du "Sanctuaire du peuple et de la faune" créé par les habitants des
villages parallèles de Bhaonta et Koylala.

Les règles régissant l'aire protégée ont été peintes sur la façade du barrage-voûte à contrefort. Parmi celles-ci
figurent: "ne pas chasser dans cette forêt créée par Dieu", "sans autorisation du gram sabha (conseil du village)
et du sarpanch (chef) aucun arbre ne peut être coupé car Dieu est dans les arbres", "ne laisse pas le bétail, les
chèvres ou les chameaux détruire la forêt", "chaque goutte d'eau du bassin de ce village doit être accessible à la
faune et au bétail du village".

Je me suis assis sur le barrage et j'ai écouté les plus anciens discuter avec enthousiasme des animaux qu'ils
avaient aperçus dans le sanctuaire: des sangliers, des hyènes, des singes, des chacals, différentes sortes de
cerfs et de léopards. Et même si aucun d'entre eux n'en avaient jamais vu, ils étaient fiers de m'informer qu'ils
avaient trouver les traces d'un tigre à côté de l'étang que cette information avait été dûment registrée par la
Direction provinciale de la faune sauvage. Les habitants affirment que ces animaux n'avaient jamais été vus près
du village antérieurement aux activités de collecte d'eau et de protection de la forêt.

Les habitants de Bhaonta ont joué un rôle essentiel lors d'une initiative locale passionnante d'aménagement
participatif des fleuves. Le fleuve Arbari coule toute l'année grâce à la collecte d'eau, sauf pendant les années les
plus sèches. Les habitants du bassin de l'Arvari ont décidé de mettre en place des normes afin d'éviter la
surexploitation du fleuve récupéré et de promouvoir la protection des forêts. En 1999, des représentants des
conseils de 34 villages se sont réunis et ont déclaré formellement la création du Parlement d'Arvari.
                                                                                                                     20
BULLETIN 66 du WRM                                                                                    Janvier 2003


Aujourd'hui, 72 villages sont représentés dans ce parlement où sont discutés des sujets relatifs à la forêt et à
l'utilisation de l'eau. Le parlement d'Arvari a déjà amené le gouvernement provincial à rescinder l'autorisation de
pêche dans le fleuve Arbari accordée à un entrepreneur étranger. Bien qu'il ne dispose pas d'autorité légale, le
parlement a l'autorité morale d'imposer des amendes aux transgresseurs et de trancher des différends
concernant l'exploitation des ressources des villages.

Malgré le manque de soutien gouvernemental (et souvent malgré l'hostilité officielle expresse), les structures du
TBS ont permis l'irrigation à 140 000 hectares environ. Le TBS estime à 700 000 les personnes à Alwar qui
disposent maintenant davantage d'eau pour un usage familial ainsi que pour le bétail et les cultures. Chaque
structure est construite individuellement, mais les bénéfices obtenus avec le travail de TBS peuvent être
mesurés, sans aucun doute, à grande échelle.

Pas une seule famille n'a été déplacée pour effectuer ces travaux. Contrairement aux grands barrages, les johads
et les barrages submersibles n'ont abîmé aucun fleuve ni inondé de grandes surfaces de forêts et de terres de
culture; le travail de TBS a plutôt créé des fleuves et des forêts.

Le groupe a contribué à hauteur de 70 millions de roupies (1,4 millions de dollars) de fonds externes au coût de
construction des structures de collecte d'eau. C'est-à-dire 500 roupies par hectare irriguée et 100 roupies (21
dollars!) par personne approvisionnée en eau potable. Si l'on compare approximativement ces coûts à ceux du
gros projet du barrage de Sardar Sarovar (BSS) dans l'Etat de Gujarat, les conclusions sont tout à fait
surprenantes. Si l'on estime à 300 milliards de roupies (six milliards de dollars) le coût total du BSS, le coût
d'approvisionnement d'eau potable par personne est de 10 000 roupies, c'est-à-dire 100 fois plus que celui
d'Alwar. L'irrigation d'un hectare avec de l'eau provenant du BSS coûte 170 000 roupies, 340 fois plus qu'à Alwar.

Théoriquement, si le budget du BBS était mis à disposition des collecteurs d'eau du type TBS, ceux-ci pourraient
approvisionner en eau potable trois milliards de personnes (la moitié de la population mondiale) ainsi qu'irriguer
600 millions d'hectares (plus du double de la surface totale irriguée de la planète).

Le nombre de personnes ne disposant pas d'un accès digne à l'eau potable est estimé à plus d'un milliard de
personnes. La Banque mondiale et autres constructeurs de barrages et responsables de la privatisation de l'eau
se prévalent de cette honteuse statistique pour argumenter sur le besoin d'investir 180 milliards de dollars par an
dans le secteur de l'eau, et sur l'importance des corporations multinationales concernant la mobilisation de ces
grandes quantités d'argent. Ramenés aux coûts d'Alwar, 180 milliards de dollars suffiraient pour approvisionner
en eau 15 fois la population mondiale actuelle. Les besoins du milliard de personnes qui ne disposent pas d'eau
pourraient être satisfaits à un coût équivalent à celui d'un seul gros barrage.

Le brouillon de la nouvelle stratégie de la Banque mondiale concernant les ressources hydriques insiste sur la
nécessité de nouveaux méga projets et affirme que la plupart des options "simples et bon marché" ont déjà été
exploitées. En fait, les options simples et bon marché tells que la collecte d'eau n'ont pratiquement pas été
considérées par les autorités du domaine de l'eau.

Alwar n'est pas une utopie. C'est une région désespérément pauvre, où les services et les infrastructures
gouvernementaux sont dans un état déplorable, où l'analphabétisme est élevé et où la plupart des femmes sont
opprimées. Mais si une réponse existe au grave problème d'approvisionnement d'eau en Inde (et dans le monde),
elle est, sans aucun doute, associée aux collecteurs d'eau et protecteurs des forêts des collines d'Aravalli".

Par Patrick McCully, International Rivers Network, "Harvesting Rain, Transforming Lives". L'intégralité de l'article
(en anglais) sera publié dans le numéro de janvier 2003 du World Rivers Review.
                                                                                                   page d’accueil




                                                                                                                      21
BULLETIN 66 du WRM                                                                                      Janvier 2003


- Indonésie: un rapport du WWF lie la déforestation généralisée aux plantations de palmier à huile

L'Indonésie figure parmi les pays au taux de déforestation le plus élevé du monde. La moyenne enregistrée du
défrichement annuel a atteint un million d'hectares dans les années 80, 1,7 millions d'hectares dans la première
moitié des années 90, et se situe à l'heure actuelle entre 2,0 et 2,4 millions d'hectares, d'après les statistiques du
Ministère de l'environnement.

Comme nous l'avions déjà dénoncé (cf. Bulletin Nº 56 du WRM), les politiques mondiales promues par le Nord et
imposées par les organismes multilatéraux (le Fonds monétaire international et la Banque mondiale) dans les
années 80, jointes au poids d'une dette extérieure considérable, ont provoqué une montée subite des
exportations basées sur les ressources naturelles, dont l'huile que l'on obtient du palmier à huile cultivé sous le
régime de monoculture à grande échelle. La culture du palmier à huile s'est avérée lucrative pour les
investisseurs en Indonésie, car le coût de la main d'œuvre et le prix de la terre y sont souvent bas, les crédits
sont faciles à obtenir et les conditions du climat et du sol sont favorables.

La demande mondiale d'huile de palmier est insatiable. Il a été pronostiqué que le chiffre actuel de 22,5 millions
de tonnes par an montera à 40 millions de tonnes en 2020. L'Inde, la Chine, les Pays-Bas et l'Allemagne sont les
principaux importateurs d'huile de palmier crue, le dérivé primaire du fruit du palmier, qui est utilisé dans
l'élaboration de toute une gamme de produits alimentaires et non alimentaires. La filière commerciale mondiale
dispose de fonds apportés par les institutions financières étrangères de l'Europe, des Etats-Unis et de l'Asie
orientale. Les îles de Sumatra et Kalimantan et la Papouasie occidentale sont les principaux sièges des
opérations de grands conglomérats tels que le Groupe Salim, le Groupe Raja Garuda Mas et le Groupe Sinar
Mas, les mêmes qui contrôlent les activités d'extraction et de manufacture du bois et les industries de la pâte et
du papier.

Toutes ces affaires ont été montées au détriment des anciennes forêts dans les basses terres de l'Indonésie, et
aux dépens des moyens de vie des populations rurales. Dans un rapport récent du WWF, publié en décembre
2002, au sujet des plantations de palmier à huile et de la déforestation en Indonésie ("Oil Palm Plantations and
Deforestation in Indonesia"), on peut lire: "En Indonésie, il avait été approuvé que quelque sept millions
d'hectares de forêts soient convertis à l'agriculture pour la fin 1997, et il est presque certain que toutes ces terres
ont été défrichées. Mais la superficie convertie à la plantation de palmier à huile depuis 1985 est d'environ 2,6
millions d'hectares", dont la production est destinée à l'exportation d'huile de palmier. "Une des modifications
introduites en 1998 à la législation concernant le secteur de l'huile de palmier permet aux compagnies forestières
d'affecter 30 pour cent de leurs concessions à des cultures agricoles telles que le palmier à huile". Ce qui est
inquiétant, c'est que ces concessions sont, le plus souvent, dans des zones de futaie permanente.

Les grandes compagnies productrices d'huile de palmier ont envahi des terres domaniales sans avoir consulté ou
indemnisé de manière appropriée les millions de personnes qui vivent dans la forêt ou en dépendent pour leur
subsistance. Le problème des droits fonciers a été au cœur du conflit. Suivant le rapport du WWF, "le
développement des plantations de palmier à huile reste une des causes majeures de conflits à propos de la terre
et des ressources. Un des impacts de cette expansion sur la société est l'appropriation de grandes surfaces de
terres utilisées par des communautés paysannes et indigènes qui, dans la plupart des pays tropicaux, n'ont
jamais été les propriétaires des terres qu'ils ont traditionnellement occupées. Dans des secteurs en plein boom
tels que celui de l'huile de palme, les sociétés de plantation ont reçu des terres en concession ou même en
propriété, ainsi que l'aide du gouvernement pour réprimer l'opposition éventuelle des communautés locales".

Pour boucler le circuit, des plantations de palmier à grande échelle ont été à l'origine des incendies forestiers qui
ravagent l'Indonésie depuis 1997. Toujours d'après le rapport, "En septembre 2002, l'information satellitaire a
révélé que plus de 75 pour cent des foyers détectés au Kalimantan central et oriental au cours du mois d'août se
trouvaient dans des plantations de palmiers à huile et de bois d'œuvre, et dans des concessions forestières. Ceci
indique que le patron qui était devenu évident dans les années précédentes se répète en 2002: les compagnies
forestières et agricoles défrichent leurs concessions en mettant le feu aux forêts naturelles, après en avoir extrait
tout le bois de valeur et laissé des déchets facilement combustibles".
                                                                                                                     22
BULLETIN 66 du WRM                                                                                        Janvier 2003


Un projet bilatéral conduit par l'Indonésie et l'Union européenne (le Projet de prévention et contrôle des incendies
forestiers) "a conclu que la principale solution permanente au problème des incendies en Indonésie consiste dans
une planification beaucoup plus poussée de l'utilisation de la terre au niveau local, et dans le renforcement de la
gestion locale, cette dernière incluant la prévention des incendies. Le projet a trouvé que l'approche villageoise
de la gestion des ressources naturelles varie d'un endroit à l'autre, mais qu'elle va généralement dans le sens de
'l'utilisation rationnelle'."

La conclusion ci-dessus n'est pas nouvelle, et cela fait des années que des organisations indonésiennes insistent
sur le besoin de rendre aux communautés le contrôle des forêts pour assurer autant leur conservation que les
moyens de vie des habitants. Ce qui est nouveau, c'est la reconnaissance officielle que les approches
villageoises de la gestion des ressources naturelles vont dans le sens de l'utilisation rationnelle. Voilà au moins
un pas dans la bonne direction. Cependant, un certain nombre de questions restent posées. Le gouvernement
est-il prêt à changer de cap et à fortifier la gestion locale des ressources, aux dépens des sociétés nationales et
transnationales qui opèrent dans le secteur de l'huile de palmier? Est-ce que le FMI et la Banque mondiale vont
appuyer cette nouvelle approche, qui supposerait d'arrêter l'expansion future de la production -et de l'exportation-
d'huile de palmier? Les intérêts de la population et des forêts vont-ils prévaloir sur les profits des sociétés et sur
les politiques macro-économiques orientées à l'exportation?

Article basé sur des informations contenues dans "Oil Palm Plantations and Deforestation in Indonesia. What
Role do Europe and Germany Play?", WWF, http://www.panda.org/downloads/forests/oilpalmindonesia.pdf
                                                                                                 page d’accueil

- Indonésie: l'industrie papetière accusée de violations des droits humains

La police et les forces de sécurité de l'industrie indonésiennes sont responsables de violations réitérées des
droits humains dans les communautés indigènes concernées par l'industrie de la pâte et du papier à Sumatra, a
affirmé Human Rights Watch dans un nouveau rapport publié le 7 janvier 2003. Ces violations incluent
l'appropriation de terres sans compensation et des attaques brutales contre des manifestants locaux.

"Sans solution: les violations des droits humains et l'industrie de la pâte et du papier en Indonésie", tel est le titre
d'un rapport de 90 pages (rédigé en anglais) où sont abondamment documentés les liens sous-jacents entre le
mépris des droits humains et les pratiques destructives en matière de gestion des forêts.

L'industrie de la cellulose et du papier s'est rapidement étendue en Indonésie depuis la fin des années 1980, au
point que ce pays est devenu l'un des dix producteurs les plus importants du monde. Mais elle a accumulé des
dettes de plus de 20 milliards de dollars, et la demande croissante consomme de vastes étendues de forêts
tropicales dans les terres basses de Sumatra. Ces territoires sont réclamés par les communautés indigènes qui
en dépendent pour la culture du riz et l'extraction du caoutchouc. La perte de l'accès à la forêt, jointe au fait que
les sociétés embauchent des travailleurs à l'extérieur de la province, a eu des effets dévastateurs sur leurs
moyens de vie et provoqué des conflits violents.

Asia Pulp & Paper (APP) est le premier producteur de papier en Indonésie, et le propriétaire d'Indah Kiat, l'une
des usines à pâte les plus grandes du monde, à Riau, Sumatra. Le fournisseur principal de fibre pour l'usine,
Arara Abadi, a établi sa plantation d'arbres à pulpe dans les années 1980-90, durant la présidence de Suharto.
Arara Abadi, avec l'appui des forces de sécurité de l'Etat, s'est constamment approprié les terres des
communautés indigènes pour ses plantations, sans suivre les démarches nécessaires et en payant très peu, ou
pas du tout, de compensations.

Depuis la chute de Suharto en mai 1998, les habitants des lieux ont essayé de faire entendre leurs réclamations,
mais se sont vus confrontés à l'inertie à l'égard du respect des lois. Ne trouvant pas de solutions à l'injustice, les
communautés se sont tournées vers la création de leurs propres organisations de surveillance. Arara Abadi y a
répondu par la violence et les arrestations.

                                                                                                                       23
BULLETIN 66 du WRM                                                                                   Janvier 2003


Dans son nouveau rapport, Human Rights Watch présente dans le détail trois cas survenus en 2001, où les
habitants de Mandiangin, Betung et Angkasa/Belam Merah, frustrés par les différends non réglés avec Arara
Abadi, ont bloqué des routes ou commencé à couper les arbres de la plantation. Ils ont été attaqués par des
centaines de gardes de l'entreprise armés de gourdins, qui ont blessé neuf d'entre eux et arrêté soixante-trois
autres. La police indonésienne, qui a entraîné les milices civiles et qui était présente au moment des attaques, en
a été la complice dans les trois cas. L'année dernière, de nouvelles violences ont été rapportées à Riau, exercées
contre des paysans qui refusaient de livrer leurs terres aux fournisseurs d'APP.
Sur les centaines d'assaillants impliqués, Human Rights Watch ne connaît que deux cas de personnes jugées et
déclarées coupables d'agression suivie de violences, et les deux ont été libérées au bout de trente jours de
prison. Human Rights Watch n'approuve pas les actions illégales entreprises par les manifestants locaux, et
reconnaît le besoin de la compagnie de protéger son personnel et sa propriété. Mais l'usage abusif de la force de
la part des milices patronales et l'impunité des responsables des matraquages engendrent à leur tour la violence.
Human Rights Watch prévient que d'autres abus risquent de se produire, étant donné les conditions actuelles
d'impunité, les pressions financières et l'absence de normes de sécurité internes dans les entreprises.

La plupart des dépenses de la police et de l'armée (70 pour cent) sont hors-budget et dépendent de l'apport
d'entreprises, dont beaucoup appartiennent au secteur forestier. Il y a donc conflit entre les intérêts économiques
et l'application de la loi. D'autre part, le personnel de sécurité d'Arara Abadi n'est soumis à aucune norme sur
l'usage de la force, et n'est pas tenu pour responsable des violations des droits de la population locale.

Extraits du communiqué de presse "Indonesia: Paper Industry Threatens Human Rights", envoyés par Liz Weiss,
adresse électronique: weisse@hrw.org. Le texte intégral du communiqué peut être consulté dans
http://www.hrw.org/press/2003/01/indo010703.htm . Le rapport complet est dans
http://www.hrw.org/reports/2003/indon0103/
                                                                                              page d’accueil

- Vietnam: la construction de l'usine de papier et de pâte à papier de Kontum interrompue

Le 24 octobre 2002, les autorités provinciales ont annoncé l'interruption de la construction de la nouvelle usine de
papier et de pâte à papier à Dac To, dans la province de Kontum dans les terres hautes centrales du Vietnam,
d'une capacité prévue de 130 000 tonnes par an. La Vietnam News Agency, l'agence de presse du Vietnam, a
informé que la construction avait été interrompue "parce qu'un plan directeur crédible n'avait pas été conçu".

Six mois plus tôt, au cours d'un voyage de deux jours à Kontum, le premier ministre adjoint Nguyen Cong Tan
avait exigé à VINAPIMEX, société papetière du Vietnam, de publier un plan établissant l'origine des matières
premières qui approvisionneraient l'usine.

Vinapimex avait envisagé la construction de l'usine de Kontum sur la base de 20 000 hectares de plantations
disponibles, voire plus. Cependant, trois ans plus tard, seulement 15 000 hectares de plantations existaient, une
partie desquelles empiétait sur les terres et les maisons de la population locale. Postérieurement à l'arrêt de la
construction, les autorités provinciales de Kontum ont déclaré à la VNA que l'expansion de la surface occupée
par des plantations d'arbres destinés à fournir davantage de matière première était tout simplement infaisable.

Jaakko Poyry, la plus importante société d'ingénieurs conseil en foresterie du monde, était le consultant de l'usine
projetée. En 1998, Poyry a élaboré pour Vinapimex une étude de faisabilité de l'usine et a rédigé les documents
pour un appel d'offres en mai 2002. Le coût total de l'usine avait été estimé à 240 millions de dollars, dont 163
correspondant à du matériel importé d'Europe occidentale.

L'interruption de la construction de l'usine de Kontum n'est que l'un des problèmes auxquels doit faire face
Vinapimex, une société gérée par l'Etat et principale productrice de papier du Vietnam. Vietnam produit 360 000
tonnes de papier par an, environ 70% du papier consommé annuellement au Vietnam. Mais en août 2002, la VNA
a informé que la capacité maximale des entrepôts de Vinapimex avait été atteinte, dont 16 000 tonnes
correspondant à l'année précédente. La société a accusé les exportateurs étrangers de faire de la concurrence
                                                                                                                  24
BULLETIN 66 du WRM                                                                                      Janvier 2003


déloyale en écoulant du papier bon marché au Vietnam, mais la réalité est que le papier importé est plus bon
marché et, par-dessus le marché, de meilleure qualité. En 2002, le Vietnam a importé 52 000 tonnes de pâte à
papier et 290 000 tonnes de papier.

Dans l'espoir de concurrencer les importateurs, Vinapimex a baissé par deux fois les prix du papier au cours de
l'année 2002. Entretemps, les coûts de la production de papier ont augmenté en octobre, lorsque le
gouvernement a augmenté le prix de l'électricité. Vinapimex a sollicité au gouvernement de ramener les charges
d'électricité aux niveaux d'avant octobre 2002 et essaie d'obtenir également d'autres subventions
gouvernementales telles que des crédits à taux préférentiels et une réduction de la TVA.

Les perspectives d'avenir de Vinapimex ne sont pas bonnes. Cette année, d'après les normes de la Zone de libre
commerce de la ASEAN, le Vietnam doit réduire les tarifs d'importation de papier et les faire passer de 50% à
20%.

En 2000, Dang Van Chu, ministre de l'Industrie au Vietnam, a déclaré à la revue Pulp and Paper International
que la stratégie du Vietnam concernant l'industrie papetière de la prochaine décennie était claire. "En dix ans,
nous voulons approvisionner 80-90% de la demande interne, au moyen d'un taux de croissance de 10,4% par an"
a-t-il dit. Et il a rajouté que le Vietnam espère également augmenter sa participation sur le marché international.

À peine deux ans plus tard, les prévisions se sont écroulées. En juillet 2002, le premier ministre adjoint Nguyen
Tan Dung a demandé au ministre de l'Industrie
d'ajuster son plan de développement de l'industrie papetière jusqu'en 2010. Dung a établi que toutes les
nouvelles usines de papier devront tenir compte des plans d'approvisionnement en matière première.

Entretemps, Vinapimex poursuit ses plans d'expansion industrielle. La construction d'une usine de pâte à papier
Phu Tho est envisagée, de 250 000 tonnes annuelles de capacité, destinées à l'approvisionnement de la plus
grande usine de cellulose et de papier du Vietnam, située à Bai Bang.

En octobre 2002, le gouvernement a approuvé les plans de Vinapimex concernant la construction d'une usine de
cellulose et de papier, dont le coût s'élève à 104 millions de dollars, dans la province de Thanh Hoa. Sa capacité
de production sera de 50 000 tonnes de cellulose et 60 000 tonnes de papier par an.

Dans la province de Lam Dong, Vinapimex envisage d'installer une usine de cellulose de 250 millions de dollars,
d'une capacité allant de 200 000 à 400 000 tonnes par an. Le vice-président du Comité populaire de Lam Dong,
Hoang Si Son, a déclaré au Vietnam Economic Times que "Vinapimex a planté 10 000 hectares qui viennent
s'ajouter aux 30 000 déjà existants; nous envisageons d'augmenter la couverture forestière à 135 000 hectares".

Apparemment, Vinapimex considère que la construction de nouvelles usines de cellulose et de papier est le seul
moyen de survivre en tant qu'entreprise. Elle peut bien évidemment construire de plus en plus d'entrepôts de plus
en plus grands pour stocker les masses de papier peu rentable qu'elle produit. Par la suite, elle peut se tourner
vers le gouvernement et les agences de coopération internationale pour obtenir les subventions nécessaires au
financement de sa bureaucratie. Par contre, les impacts sur les communautés rurales vietnamiennes, sur leurs
forêts et sur leurs moyens de vie ne seront pas résolus aussi facilement.

Par: Chris Lang, courriel: chrislang@t-online.de
                                                                                                       page d’accueil

OCÉANIE

- Papouasie-Nouvelle-Guinée: les scieries à petite échelle sont une bonne alternative

La richesse des forêts de Papouasie-Nouvelle-Guinée (PNG) est bien connue, comme l'est le niveau de
dégradation qu'elles ont atteint en raison de l'abattage industriel. Cette activité non durable (très souvent liée à
                                                                                                                       25
BULLETIN 66 du WRM                                                                                        Janvier 2003


une forte corruption) a fourni aux sociétés des profits substantiels, tout en privant les communautés locales de
leurs moyens de vie.

Les Organisations non-gouvernementales du pays, groupées dans le Forum écoforestier de la
Papouasie-Nouvelle-Guinée, et les propriétaires fonciers locaux, encouragent la mise en place d'un modèle
différent d'aménagement forestier (cf. Bulletin Nº 44 du WRM).

L'aménagement durable des forêts peut inclure des activités aussi diverses que la cueillette de fruits, la récolte de
plantes médicinales et de rotin, la recherche scientifique et l'écotourisme, ainsi que l'extraction de bois et le
sciage à petite échelle et à base communautaire.

Cette dernière activité s'appuie sur l'utilisation de petites scieries portatives, relativement simples et à la portée
des communautés locales. Elles peuvent être déplacées dans la forêt pour scier le bois à l'endroit même où
l'arbre a été coupé. Ce système a de nombreux avantages, dont les suivants:

- Le genre de technologie utilisé s'adapte bien à la situation d'une communauté rurale.
- Son maniement est formateur et développe de nouvelles adresses techniques chez les habitants.
- L'activité crée des emplois et produit des revenus.
- Le bois scié peut être vendu ou utilisé dans d'autres projets de développement.
- Le fonctionnement de la scierie stimule l'estime et les capacités locales.
- Le taux d'abattage ne met pas l'écosystème forestier en danger.

Les ONG locales et la Pacific Heritage Foundation offrent aux personnes leur appui et la formation nécessaire.
Les communautés locales doivent obtenir la personnalité juridique et dresser un plan d'utilisation de la terre, et
leurs membres doivent apprendre à couper les arbres et à manier la scierie. Simultanément, les ONG poussent le
gouvernement à encourager et favoriser l'aménagement durable des forêts à la place d'initiatives d'extraction
industrielle.

Bien que les scieries soient maniées le plus souvent par des hommes, les femmes jouent un rôle important dans
la partie administrative de l'affaire. D'ailleurs, cette approche communautaire ne consiste pas seulement dans
l'extraction de bois mais inclut également la cueillette de beaucoup d'autres produits de la forêt, et dans ce
domaine la participation des femmes est essentielle.

Toutes ces activités apportent aux habitants des bénéfices économiques. Dans certains cas, leurs recettes sont
égales à ce qu'ils gagnaient en permettant aux sociétés d'exploiter leurs forêts. Mais même si les revenus
individuels étaient inférieurs, la communauté dans son ensemble partagerait toujours l'ensemble des bénéfices
économiques et non économiques. Et, ce qui est également important, dans tous les cas ces activités assurent le
contrôle de la communauté sur sa forêt, et sa participation à l'utilisation durable des ressources forestières.

Article fondé sur l'interview à Vassiti Mauta, de la Pacific Heritage Foundation (octobre 2002); information
obtenue dans le site web de Papua New Guinea Eco-Forestry Forum, http://www.ecoforestry.org.pg/
                                                                                                      page d’accueil

                                                      GÉNÉRAL

- Enquête sur la certification de plantations par le FSC au Brésil

Dans le bulletin Nº 64 du WRM (novembre 2002), nous avions inclu un article (Brésil: une enquête met en
question la certification de deux plantations par le FSC) qui résumait les conclusions d'une enquête réalisée dans
l'Etat de Minas Gerais. Le rapport complet (dont la version originale est en portugais) a été traduit en espagnol
et en anglais et il est disponible sur: http://www.wrm.org.uy/paises/Brasil/fsc.html /
http://www.wrm.org.uy/countries/Brazil/fsc.html
                                                                                                    page d’accueil
                                                                                                                         26

								
To top