LA VRAIE Vie revue et corriger 2 by VK3JE15

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									    LA VRAIE VIE
D’ALEXANDRE LE GRAND




       Si nous connaissions les autres comme nous-mêmes,
      Leurs actions les plus condamnables nous paraîtraient
                                       Mériter indulgence.




                                            André Maurois




              1 / 408
LA VRAIE VIE........................................................................................... 1
D’ALEXANDRE LE GRAND ................................................................... 1
Chapitre 1 .................................................................................................... 3
A l’origine ................................................................................................... 3
Chapitre 2 .................................................................................................. 17
Ne fais pas aux autres ….......................................................................... 17
Chapitre 3 .................................................................................................. 22
La vie aime à se moquer de nous .............................................................. 22
Chapitre 4 .................................................................................................. 47
L'enfant oiseau "du rêve à la réalité"......................................................... 47
Chapitre 5 .................................................................................................. 63
Les présentations, ce n’est jamais trèsimple ............................................. 63
Chapitre 6 .................................................................................................. 86
Investigation des processus psychiques .................................................... 86
Chapitre 7 ................................................................................................ 102
Origine, quand tu nous tiens.................................................................... 102
Chapitre 8 ................................................................................................ 127
Le cross ................................................................................................... 127
Chapitre 9 ................................................................................................ 143
La tête à la place du ventre...................................................................... 143
Chapitre 10 .............................................................................................. 157
Jesus and Mary Chain ............................................................................. 157
Chapitre 11 .............................................................................................. 159
Un effet d’optique ................................................................................... 159
Chapitre 12 .............................................................................................. 170
Quelques moments à une autre époque ................................................... 170
Chapitre 13 .............................................................................................. 192
L’histoire selon José 1............................................................................. 192
Chapitre 14 .............................................................................................. 207
Cyril…une baston et on est pote ............................................................ 207
Chapitre 15 .............................................................................................. 229
Video killed the radio star ....................................................................... 229
Chapitre 16 .............................................................................................. 244
chuuuuut !!! ............................................................................................. 244
Chapitre 17 .............................................................................................. 287
Everyday is like Sunday .......................................................................... 287
Chapitre 17 .............................................................................................. 307
Partir ........................................................................................................ 307
Chapitre 18 .............................................................................................. 347
L'histoire selon José 2… ........................................................................ 347
Chapitre 19 .............................................................................................. 375
La vraie vie…. ......................................................................................... 375
Bigmouth , Bigmouth............................................................................... 408




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           Cyril, ou… une baston et on est pote


                           Chapitre 1
                           A l’origine



Si je devais mettre un début à cette histoire, je dirais que tout a
débuté en classe de sixième.
Assise à sa table, la tête posée sur ses mains, elle passait le plus
clair de son temps à me fixer…


Au départ c’est assez surprenant voir même, flippant. Cette fille a
de grands yeux bruns semblables à des bigarreaux, un visage
rond et des pommettes roses lui éclairent les joues. Elle a de
longs cheveux noirs coiffés en natte, qu’elle affuble de ridicules
chouchous.
De tout ma vie je n’avais jamais été la proie de qui que ce soit ou
d’un quelconque prédateur. Mais là, pour la première fois de ma
vie je comprenais enfin Bambi.
Sur nos tables un morceau de papier bien en évidence permet au
professeur de se familiariser avec nos prénoms, sur le sien en
grosses lettres, bleu et rouge : Lydie.
La mère de Lydie est d’origine portugaise et bosse à l’usine avec
mon père. Elle a épousé un français. Petite remarque : il n’y a
rien de péjoratif quand je dis elle a épousé un français. C’est




                               3 / 408
simplement qu’il est plus rare qu’une personne issue de
l’immigration se marie avec quelqu’un d’une autre origine,
surtout quand on est portugais… enfin bref, toujours est il que
son père, français et boucher, a épousé la mère de Lydie après un
long séjour au Portugal. De là-bas, il a ramené un savoir-faire
culinaire, et sa femme.
A chacun de mes anniversaires, elle m’offre un cadeau qui
d’ailleurs est toujours le même : la panoplie du parfait petit
écolier.
Chaque année c’est la même chose. Au moment où je m’y
attends le moins, elle débarque de nulle part pour me tendre son
paquet. Assortie comme d’habitude d’un joli ruban rouge ou doré
et un sourire à peine discret qui vous dévoile toutes ses dents.
Imaginez la joie, l’excitation, quand elle me tend son cadeau…
un vrai glaçon sur le feu…
Je ne sais jamais s’il faut la remercier avant ou après avoir ouvert
le paquet. Avouez qu’il y a de quoi se poser des questions ? Une
trousse, un crayon et une gomme. Soit vous passez pour le type
qui se fout pas mal des cours et n’apportez aucun matériel, soit
vos parents sont tellement fauchés que vous n’avez qu’en tout et
pour tout qu’un stylo quatre couleurs.


En fin de compte, je la remercie, et peu importe l’ordre. Et
parce que je suis un peu vicieux (pas dans le sens vicieux :




                              4 / 408
obsédé, dépravé non : plutôt du côté rusé, malin) je l’embrasse
délicatement sur la joue.
Croyez-moi si vous le voulez, mais en baiser, je m’y connais.
Après ce léger baiser, ses signes vitaux sont quasiment nul, son
pouls affiche deux, seul ses pommettes roses qui ont viré au
rouge sang trahissent toute absence de vie dans ce corps. Elle
bout de l’intérieur, un énorme geyser prêt à exploser.


Je l’imagine s’effondrer sur le lino gris du couloir qui sent
encore la vieille serpillière javellisée. Prise de convulsions
amoureuses, elle s’agripperait à        mes jambes. Ses bras, sont
d’énormes tentacules arachnéens qui encerclent mes membres
inférieurs. Son visage aplati contre mes cuisses, appuyé, écrasé
par tout le poids du bonheur…


A vrai dire Lydie n’a rien du fan hystérique en proie à des cris du
ventre. Non, c’est plutôt un corps, immobile, transit, les bras
ballant et une bouche. Mais quelle bouche ! … en forme de quoi
au juste ? Un O, un OVALE ? Tout cela me laisse perplexe. Et
je ne suis pas le seul dans ce cas. Derrière elle, ou à coté d’elle,
son chaperon. Surnom donné par les élèves du bahut à sa fidèle
amie qui la suit de partout. Si l’on devait rajouter un douzième
commandement à la bible se serait celui-ci.
-Ou t’on maître t’emmènera, tu iras !




                              5 / 408
Et pour cause elle marchait, courrait, suivait Lydie là ou il était
humainement possible de suivre quelqu’un. J’ajouterais en
substance qu’elle marchait là ou Lydie marchait.
Un petit bout de fille, que ce chaperon. Pas plus haut que ça :
mon bras tendu à l’horizontale, elle ne doit pas dépasser les
1m20".
Et bien même, ce parfait toutou à sa maman             en avait la
mâchoire tendue.
Ensuite, deuxième vague de remerciement et hop je tournais
rapidement les talons vers un autre endroit, un autre cours, un
autre, tout court !


Je ne méritais pas autant d’attention. Ce genre de cadeaux était
fait pour quelqu’un de soigneux, ayant les deux pieds sur terre.
En clair, tout ce que je ne suis pas.
Vraiment ce genre de cadeau n’était pas fait pour moi et je me
rendais bien compte de la peine que je lui faisais. Je peux vous
garantir que c’est malgré moi qu’elle me surprit à différents
moments à mâchouiller l’extrémité de mon crayon à papier, à
déchiqueter des morceaux de gomme. Quoique, cela ne fût rien
en comparaison de ma trousse que je laissais se pourrir d’encre
.J’oublie trop souvent de refermer mon stylo à plumes.
De tout façon je n’y pouvais rien. Lydie avait choisi de poser son
dévolu sur moi et personne d’autre.
Réflexion numéro une : Pff, cette fille est grave, ou lourde.




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Réflexion numéro deux : ce n’est pas si grave et les cadeaux c’est
sympa.
Mais si seulement il n’y avait que les cadeaux.
Un soir mon père a déboulé dans ma chambre, alors que j’étais
en pleine étude extra scolaire. Dans mon jargon cela signifie : la
tête au repos total sur mon bureau.       Les causes principales : la
fatigue, la lassitude, l’essoufflement.
Causés ici par un devoir incompréhensible, à l’évidence trop de
réponses étalées sur une feuille tue la réponse. La superposition
de nouveaux mots entres les lignes, les trop grands nombres de
ratures à chaque nouvelle idée, vous entraîne dans la plus vaste et
bordélique des campagnes menée sur le front du devoir ! D’une
rédaction qui pourtant à la base vous paraissait simple.
Quand mon père débarque dans ma chambre c’est en général
qu’il a une idée bien précise. Il ne prend pas la peine de frapper,
non il entre c’est tout. Et ce soir il est bien décidé à se payer une
franche rigolade à mes frais.
Je suis donc couché sur mon bureau, le cerveau morcelé, quand
Monsieur mon père se plante dans l’encadrement de la porte, les
bras croisés. D’un ton suspicieux, il me raconte qu’une de ses
collègues de travail est venue le trouver au sujet de sa fille.
Aussi rapide que ma colonne vertébrale peut rendre possible
cette action, je me redresse.




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Elle (la mère de ma bienfaitrice) serait venue trouver mon père
afin de se plaindre de son comportement versatile et tyrannique
à mon égard.
Soi-disant : mon père, cet homme de bonté toute naturelle, aurait
refusé que j’accompagne sa fille à un bal, alors que quelques
mois auparavant il m’aurait donné son accord.
Comment avait il osé ? Nous faire cela ! À nous, le monstre !...


Imaginez la photo : Lydie et moi au bal, dansant une valse sur un
air du beau Danube bleu, ou pire, sautillant, bras dessus, bras
dessous sur un air de la danse des canards… J’en étais malade.
Qu’elle ait pu inventer une chose pareille soit ! Mais mêler mon
père à cela, à ça non ! J’étais humilié, blasé. M’achever
maintenant aurait été plus simple.
Mon père avait une fois de plus la chance de se foutre de moi et
il le faisait bien.
Le rire aux bords des larmes, il ne cachait pas sa joie. D’ailleurs
cela faisait rougir son visage de façon impressionnante.
Une fois l’humiliation terminée, il repartait en laissant la porte
de ma chambre grande ouverte et me qualifiait de nul.
Mon père, maintenant Lydie, décidément rien n’allait comme je
le souhaitais.
A l’école, ce n’était guère mieux. Déconsidéré à tort par mes
professeurs qui me voyaient comme un meneur de bande, un
fauteur de trouble, je décidais de me réfugier dans ce personnage




                              8 / 408
agitateur. Cette casquette de pitre n’était pas toujours à leur goût.
Ils préféraient me voir plutôt dehors que dans leur classe.
Cela a commencé très tôt à école primaire et s’est achevé
brusquement fin de sixième.
En primaire, il n’était pas rare que je prenne la porte une à deux
fois par semaine. Comme le hasard fait bien les choses, c’était
souvent en compagnie de mes meilleurs amis.
L’un d’entre eux se trouve justement être mon plus vieil ami,
celui avec qui je devais passer toute ma scolarité, du CP au
collège, j’ai nommé : Abdelganie, vite rebaptisé en Abdel. Je n’ai
jamais caché mon goût pour la facilité et les prénoms courts.
Abdel est d’origine algérienne. Il a une chevelure bouclée et
démesurée, un don inné pour le dessin, don qu’il met à profit en
caricaturant tout ce qui passe ou remodelant ses héros.
Abdel a toujours baigné dans un monde imaginaire, véritable
enfant de la bd et du cinéma, il voue un véritable culte au héros,
qu’il soit   bon ou méchant. De          SpiderMan à Blueberry, de
Charles Branson à Lee Marvin et surtout Lee van Cleef qu’il
adore par dessus tout.
Ses films préférés sont Le bon La Brute et Le truant, Les Douze
salopards et la horde sauvage de SAM PEKIMPAH.
Abdel est aussi musicien puisque avec sa bouche il fait du beat
box. Pour l’entendre arriver, c’est facile, il suffit de tendre
l’oreille et l’écouter jouer, pfout, poutchac chac…




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Son seul vrai défaut est sa capacité à se fourrer          dans des
situations invraisemblables. Ce qui n’est pas toujours pour plaire
à son père.
En même temps, son vieux, à part son bar café et les jeux de
loterie y’a pas grand-chose qui le botte.


-Votre sens inné de fatiguer vos professeurs n’a d’égal que votre
parcours scolaire! Voici les termes utilisés par notre directeur
pour nous décrire, Abdel et moi.


En sixième il n’était pas rare que mon père soit convoqué chez
Monsieur le directeur ou chez Monsieur le sous directeur. Les
raisons ne manquaient pas. Rien ne lui était épargné, même le
jour ou il fut invité à assister à ce que l’on peut appeler : ma
connerie.
En effet ce jour là, mon père et le directeur sont cachés dans une
classe afin de mieux apprécier la scène qui va se jouer.
Onze heure trente, la sonnerie du collège retentit, onze heure
trente et une, le premier flot d’élèves jusque là bloqué en salle
d’étude déboule dans la cour, il est grand temps de partir. Cinq
minutes plus tard, et c’est quelques cinq à six cent élèves qui se
bousculent. Pour certains, direction la cantine, pour les autres,
direction la sortie. Cependant dans ce flot d’individus qui se
croisent, une poignée de forcenés n’a pas la même vision du mot
sortie. En effet, sous prétexte que la sortie est plus loin donc




                              10 / 408
moins proche que tout (cigarette, maison, assiette) ils préfèrent
escalader le portail ouest, condamné depuis une dizaine
d’années (les raisons de sa fermeture quoi que plus douteuses ne
manquent pas) au lieu d’emprunter comme tout le monde le
portail sud.
Alors bien sûr, j’imagine la gueule de mon père          assis à la
première loge, qui assiste impuissant à mon ascension du mont
métallique en compagnie des autres mutins et Monsieur le
directeur qui le sermonne.
-Comme je vous le disais Monsieur, Alexandre fait partie d’une
bande organisée qui tous les jours escalade ce portail pour rentrer
chez lui… vous avez du mal à le croire ? Pas moi, c’est de la
racaille et croyez moi, j’utiliserai tous les moyens disciplinaires
pour les faire plier.


Monsieur Le gentil, est le directeur de notre établissement, qui
en passant n’a rien de gentil. Il faut dire qu’à l’époque on ne les
choisissait pas pour leur psychologie infantile mais plutôt leur
rapidité d’exécution à vous soumettre.
Cela avait même fait des petits au sein de l’établissement.
D’autres machines humaines sans concessions étaient apparues.
Exemple type de modèle Terminator éducatif : Notre prof d’EPS.
Grand, blond, musclé, plutôt beau gosse, il fait fondre les jeunes
filles à l’aide de ses jolis yeux bleus. Mais ne vous y fiez pas, ce




                              11 / 408
ne sont là que d’infâmes appâts, pour vous séduire et ensuite
vous soumettre à sa supériorité… cela ne vous rappelle rien ?
Son arme de répression favorite, le lancé du trousseau de clefs en
pleine gueule ou ailleurs. En fait tout dépendait d’où vous vous
trouviez et de la liberté de mouvement qui lui était accordé.
Ce dictat de la gym avait plus de point commun avec un nazi
qu’avec le gentil professeur en jogging bleu Kappa qui séduit les
filles en âge d’avoir des boutons ou des nichons…
Comme la plupart de ses confrères il est équipé d’un sifflet. Le
sien c’est autour du cou qu’il le porte.
Véritable ornement, ce sifflet est la prolongation de son organe
buccal. Il passe autant de messages par cet escargot argenté que
par sa bouche. Additionné et calculé en pourcentage d’utilisation,
sa bouche lui servait en tout et pour tout qu’à ces quelques
mots.
"-plus vite, ne pousse pas toi, et ho faut y’aller là !"
Un vocabulaire aussi riche que les pensées qui l’habitaient et
comme le pas de bol ne vient jamais tout seul, il se trouvait que
ce monsieur était aussi notre prof principal. Pas question pour
les allergiques au sport de sécher un cours, voire de posséder un
mot du doc, sans quoi l’allergie c’est lui qui l’aurait eue, et
envers vous.
Il nous réunissait une fois par trimestre, sur le parterre du
linoléum de la salle de multi sport.




                               12 / 408
Une vieille odeur résidait ici depuis… Depuis longtemps. Aussi
vieille que l’invention des baskets. Elle s’était suspendue dans
l’air, accrochée aux murs, au sol.
Ajoutez à cela nos odeurs de pied, d’aisselle après un marathon
interminable de 3 kilomètres et vous obtenez des élèves écœurés,
à la limite du suicide collectif. Nos baskets abritaient de pauvres
pieds fripés, éprouvés, tributaires d’une météo trop souvent
capricieuse. Qu’il pleuve, vente, ou neige nous courrions, rien ne
nous était épargné. Otages de nos chaussettes moites, nos pieds
hurlaient: rendez nous nôtre liberté.
Ce dictateur de la discipline avait trouvé sa voie et au diable le
français, les mathématiques. Il utilisait un vocabulaire simple et
des paroles coupées au massicot. Une philosophie à décapiter le
plus endurci des prof de philo.
Citation préférée en milieu tempéré :
-le carnet de liaison est le miroir de l’âme de son possesseur !
Putain, quand je vous disais que ce n’était pas la moitié d’un
philosophe, j’étais tout bonnement estomaqué, impressionné.
Derrière la brute au lancé de clefs qui vous défigure la tronche,
au jogging moule burne mis en évidence par le ballon de basket
calé sous ses fesses, se cachait en fait, un poète.
De toute façon, qui aurait voulu le contredire ? Personne.
Souvenez vous de Harrison Ford dans Blade Runner, et souvenez
vous surtout de Rutger HAUER le réplicant, il ne la jouait pas
fine le policier Deckard face à ce Roy Batty. Et bien nous c’était




                               13 / 408
pareil. De toute évidence tant d’honnêteté de la part d’un homme
forçait le respect.
Assis sur ce parterre dégueu chacun de nous expiais ses fautes
espérant ainsi se laver rapidement des ses pêchés. A chacune de
ses réunions j’espérais ne pas attirer son attention car si par
malheur il arrivait et pour un motif quelconque qu’il puisse
tomber sur mon carnet de liaison, j’étais mort.
Souvenez-vous : le carnet de liaison est le miroir de l’âme de
son possesseur !
Le mien était plutôt du genre… comment dire ? Épuisé.
Les feuilles partiellement découpées, au profit de boulettes de
papier, servant de décoration à de nombreuses salles de cours et
surtout à leur plafond. Les dessins, par quinzaine, posés à plat
dans la marge, au centre à droite, suffoquent les prises de notes
pour un prochain devoir…


Ma volonté déconcertante à ne pas rentrer dans le système
scolaire au profit des conneries, m’a souvent joué des tours et
cela malgré les années qui s’écoulaient et l’absentéisme que
j’allais incarner.
Pour certains élèves j’étais devenu une référence, un moteur à
idées. Près à tout pour m’égaler en connerie. C’était à celui qui
ré-enchérirait avec une connerie plus monstrueuse que la
précédente.
Un exemple type de leur déconnade pourrie ?




                             14 / 408
Chaque début d’année ils réussissaient à convaincre un bon
nombre d’élèves de la classe        de voter   pour moi     lors des
élections des délégués de classe.
Et ce, en dépit de mes adversaires qui eux avaient vraiment un
plan, une idée de ce qu’était le rôle de représentant de classe.
Une fois élus, ils m’applaudissaient et scandaient mon prénom,
pendant que la minorité perdante restait les bras croisés, dégoûtée
d’un tel suffrage ou d’une telle mascarade. Evidemment je n’ai
jamais accepté et pour cause. Mais quelle délectation de voir ces
visages heureux, et la tronche du professeur présent. A bout de
tout, décomposé.
« Consternation » voila le mot exact que l’on pouvait lire sur
son visage. Le pire est que je fus réélu chaque année de ma
scolarisation, quatre années ou ils prenaient un malin plaisir à
voter pour moi. Vous me direz, le bonheur des uns, fait le
malheur des autres…




bonheur n. m.
   1. Événement heureux, hasard favorable, chance. Cet
      héritage est un bonheur inespéré. -- Porter bonheur:
      favoriser, faire réussir. -- Au petit bonheur: au hasard. --
      Par bonheur: heureusement. Par bonheur, il est venu. 2.
      État de bien-être, de félicité. Au comble du bonheur.
      Faire le bonheur de quelqu'un, le rendre heureux. 3. Par




                              15 / 408
ext. Ce qui rend heureux. J'ai eu le bonheur de vous
rencontrer (formule de politesse). -- Prov. Le malheur
des uns fait le bonheur des autres.




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                           Chapitre 2
                    Ne fais pas aux autres …



Je dois bien l’avouer, malgré mon impatience à attendre les
vacances, une fois dedans je me fais carrément chier et quand on
s’emmerde tout vous parait plus long, et celles des périodes
hivernales plus que toutes.
Mon père déteste la neige, le fait de déneiger chaque matin sa
voiture le rebute. Mais ce qu’il hait par-dessus tout c’est son
boulot d’ouvrier derrière sa presse à injecter.
Donc c’est sur nous, sa famille qu’il défoule un grand nombre de
ses frustrations.
Pour pallier à cela, je décide de m’établir une base de repli au
Centre Culturel ou dorénavant je passe mes journées de 10h00 du
matin à tard le soir. J’évite ainsi les problèmes liés à l’éducation
mono parentale.
Au Centre Culturel il dispose d’une discothèque, idéal si l’on
veut écouter tout un tas de chose. Ce centre c’est un peu ma
profession de foi ici je peux voire, apprendre, lire ou simplement
m’isoler. Didier le gars qui s’occupe la discothèque est mon ex
prof d’études de primaire. Nous parlons souvent de musique. Il
connaît ma passion pour la musique et les difficultés que j’ai à
me procurer des disques. Question fric je n’en ai pas vraiment, au




                              17 / 408
mieux mon père me donne dix francs par semaine mais c'est tout.
Tout ce que j’ai à la maison est une veille platine vinyle et un
baladeur cassette. Alors pour remédier à ce manque de culture
Didier a trouvé une solution, un pacte secret entre nous a été
conclu. Il m’enregistre les albums que je veux, aux frais du
Centre Culturel et moi      en échange, je lui fais ma critique
minutieuse de chaque album. Plutôt sympa comme deal, non?
D’où l’intérêt à ce que cela reste      secret puisqu’il utilise le
magnétophone du centre pour mes enregistrements.
Dans les bacs on trouve de tout, des The Smiths à Nina Hagen
en passant par U2, Simple Minds, The mission, le Velvet
Underground, Art of Noise, Joy Division, les Clash, les Cure,
Killing Joke, Section 25, enfin y’a vraiment de tout. Coté revues
rock : Best, Rock et Folk. Mais celle qui retiendra le plus mon
attention   c’est   celle   tout   en    noir     et   blanc,   les
INROCKUPTIBLES .J’ai découvert ce magazine pendant les
vacances de printemps 1986. Ce qui m’a plu tout d’abord, c’est
cette devise annoncée au début de chacun de leurs numéros "Trop
de couleur distrait le spectateur" phrase de Jacques Tati.
Bien sûr le choix des groupes était un sacré argument. Je me
souviens du tout premier, celui de mars-avril 1986, acheté 15
francs à la presse en face du supermarché Coop.
La couve m’a tout de suite séduit, un Chris Isaak pleine page, et
des noms en caractère noir sur fond blanc posé les uns au dessus
des autres…Suzanne VEGA, Microdisney, Leonard Cohen, the




                             18 / 408
Damned, Dexy’s midnight runners ou en encore de Woodentops.
J’vous dis pas c’est le pied ! Les prochains numéros seront tous
aussi excitants.


Pour en revenir à Didier il est vraiment cool, déjà en primaire il
m’aidait pas mal à la lecture. Son père était le gardien de l’école.
Je ne me tromperais pas en disant qu’il aimait partager ce qu’il
savait avec nous et échanger des points de vue. En définitive il
venait presque de la même classe sociale que nous. La différence
c’est qu’il eut accès plus rapidement à la culture du fait que son
père eu travailler pour différentes écoles de la ville en tant que
concierge.
Son père d’ailleurs m’avait attrapé un matin à lancer des boules
de neige sur les bus qui déposaient les élèves qui habitaient dans
les environs de la ville. J’attendais le moment propice derrière les
voitures garées sur le parking de l’école et raclais leur pare brise
de la neige qui n’attendait plus que moi. Quand un bus passait
devant moi je lançais le plus fort possible histoire de réveiller
son chauffeur, qui lui n’attendait qu’une chose vider son car de
tous ces sales gosses bruyants. Un matin donc je prépare la boule
parfaite, ronde, sans bosse.
Camouflé derrière le 4x4 de madame Pattel, j’aperçois le
chauffeur qui vient d’ouvrir sa vitre pour allumer une clope,
l’occasion en or. Je serre une dernière fois ma boule, sors de ma




                               19 / 408
planque amorce mon bras comme une catapulte et………
direction la tronche du clopeur.
Touché, il vient de la prendre en pleine poire. Allumette, boite,
clope, tout s’envole au contact de mon parfait projectile.
La tête appuyée contre la carrosserie de la voiture, je ris aux
larmes… Puis un bruit de pas derrière moi. Trop tard, rapide
comme un éclair quelque chose vient s’étaler contre ma nuque,
ma tête heurte la carrosserie qui me fait rebondir et toucher le sol.
Deux secondes plus tard, j’ouvre les yeux. Ho, j’ai froid dans le
dos, j’ai froid partout. Le ciel est blanc et ma tête se trouve dans
un étau. Au-dessus de moi se dessinent des bottes en caoutchouc
vert. Un pantalon bleu qui se termine dans les bottes, et des
mains.
Mais quelles mains ! Elles sont énormes ! Mon bourreau a le
regard mauvais, mais content de lui.
-tient, voilà la monnaie de ta pièce ! » Aussitôt dit il m’agrippe
séance tenue par le col de mon blouson, m’entraînant ainsi
jusqu’au bus. Le chauffeur vient à peine de s’en remettre. Il se
tient droit comme un piquet devant son bus. Plusieurs tentatives
lui sont nécessaires pour allumer sa clope, un peu courbée. Après
un allumage de clope un peu foiré, il lève ses yeux sur moi.
D’abord surpris, il éclate de rire après. Franchement y’a pas de
quoi!




                              20 / 408
Je suis suspendu au bras du gardien, mes vêtements ont comme
soudainement rétrécis. Je crois même que mes pieds battent
l’air.
Le bras tendu, la voix grave, il me plante devant le chauffeur
"-Excuse-toi !" Ordonne-t-il.
Ok je m’exécute et en bonus je lui offre un sourire plein de
sincérité,
-je m’excuse.
Il se contente de faire rougir le bout de sa cigarette et de me
cracher sa mauvaise haleine a la figure … un nuage opaque
pénètre mes narines. Merde qu’est ce que ça pue.
Je dois absolument      garder    mon sourire bêta, ne pas me
dégonfler.
-C’est bon, rentre en classe ! Le concierge relâche la pression sur
mon épaule, il ponte de l’index la direction de l’école.
Je m’éloigne d’eux, avec un terrible mal de tête, j’essaie de
soulager la douleur tant bien que mal en y frottant un peu de
neige à l’endroit même ou il avait écrasé sa patte folle.
-enfoiré, tu ne perds rien pour attendre, dis-je à haute voix, enfin
pas trop haut quand même.
Ce fut la dernière fois ou j’eus affaire au père de Didier, il
mourut deux ans plus tard emporté par un cancer…
Pour le chauffeur de bus il n’en fut rien. Bien au contraire il
continua de supporter les cris et les chansons des élèves. Pour ma
part je lui servais une vengeance des plus froides. Qui consistais




                              21 / 408
à lui pourrir la vie, avec de nouveaux projectiles de toutes sortes,
par tout temps, invitant même parfois d’autres camarades à se
joindre à moi.




                           Chapitre 3
             La vie aime à se moquer de nous




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Je me souviens qu’à la rentrée de septembre 86 je suis parti avec
mes parents faire un tour à Lyon. Pendant une heure je me suis
perdu dans la grande ville. Je demandais à tous les passants qui
croisaient mon chemin de m’indiquer la direction de la FNAC.
Ca a bien dû durer une vingtaine de minutes le temps que je
trouve cette satanée place Bellecour et son magasin. Une fois
arrivé au bon étage, je me précipite aux bacs indé. Je balaie du
regard les noms inscrits sur les plaques jaunes .Voilà j’ai trouvé
New Order. L’album que je cherche a un design spécial si ce
n’est pas une pochette en carton on croirait de l’acier. Pas évident
à trouver quant on est aussi peu expressif , heureusement        un
autocollant y a été    collé « BROTHERHOOD » La première
chose que je fais est de retirer le vinyle de sa pochette pour
l’admirer de l’intérieur. Sur le stick blanc au centre on peut y
lire « FAC 150 »
De retour dans ma ville, une seule chose est vraiment
importante : ma chambre. Je m’y enferme à double tour, rien
n’y personne ne doit me déranger dans          un pareil moment.
J’ouvre le couvercle       qui protège ma platine, je souffle
astucieusement     sur mon vinyle et le dépose bien à plat.
J’accompagne le bras de lecture au dessus du disque, commence
alors le long sillon de l’aiguille sur la galette noir. Quelques
craquements dus à la poussière sous le diamant…




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Une batterie, un synthé, deux voix et une basse jouée bas, très
bas. A partir de maintenant, c’est 43 minutes de bonheur.
Les morceaux : Paradise, weirdo, s’enchaînent et se déchaînent
semblables à des éclairs. Les guitares déversées à coups de
pédales de disto ou d’effet, un raz de marée projeté contre les
murs de ma chambre. Et quand bien, même le calme se fraye
une place : « As It Was When It Was » cela ne dure jamais
longtemps. L’orage       gronde de nouveau, « broken promise »
viens balancer un déluge de cordes, et de riffs acides.
Je reste scotché à mon bureau la tête plongée dans mes bras, le
seul moment qui me fait rompre avec cette intimité est le fait
qu’il faille tourner le vinyle.
La face b ouvre de nouveaux rythmes, pour ne pas dire de ouvre
le bal, véritable objet de dance music que ce « Bizzare love
triangle ou state of the nation».
Le disque se termine par « Every little counts », balade et
pouffement de rire sur un texte aliéné :
Every second counts
When I am with you
I think you are a pig
You should be in a zoo
I guess I should've known
I'd end up on my own
Every second counts when I am with you…




                                  24 / 408
Le    disque     se   termine    par       spectaculaire   déraillement
radiophonique, puis fin.
Le silence règne, je suis soufflé.
Me croirez-vous si je vous dis que cet album a été dans mon
baladeur cassette pendant trois mois?
Et parce qu’un plaisir n’arrive jamais seul ce disque coïncide
aussi avec ma première vraie histoire d’amour.
Je dit « vraie histoire » car auparavant il n’y eu que de petit flirts
sans conséquence. Je pense à ce retour de classe verte calé au
fond du bus avec la fille d’un autre bahut, rencontrée pendant cet
agréable séjour à Chamonix (Désolé j’ai oublié son prénom) Par
contre sa façon de m’embrasser…non. Je crois même que c’est
de là que vient le terme « rouler des pelles »
Elle roulait, m’aspirait littéralement la langue, nous nous
sommes bécotés jusqu’à plus soif…
Au collège, cela commença avec Christina, celle qui ne se laisse
approcher par aucun garçon. Aucun sauf moi. Bien que je ne
sois pas vraiment pour grand-chose dans ce flirt ou rien de
volontaire si vous préférez.
Ce qui sera le cas pour tout ce qui suivra dans ma périlleuse et
caillouteuse quête de l’amour, une marque de fabrique en
quelque sorte.
Avec Christina tout commença un dimanche après midi ou je fus
entraîné par Jean Paul et Miguel dans le village voisin. Le
frangin de Christina avait organisé une petite fête dans le garage




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des parents. En réalité quand on me proposa cette fête je pris
d’abord un air faussement blasé. Et puis finalement pourquoi
jouer les difficile, j’aurais donné n’importe quoi pour ce genre
d’initiative. Une journée dehors c’était d’abord et surtout une
journée de moins à passer avec les parents qui, comme tous les
dimanches allaient         squatter le poste télé devant et avec M.
Jaques MARTIN. Vous parlez d’un programme ! C’est dire tout
l’intérêt de cette fête.
Pour m’aider à la tâche si difficile de la danse à deux, il ne
fallait pas moins que quelques éclairages plus ou moins tamisés.
Une bonne heure, que dit-je ! Une bonne grosse heure et demie
de slow à la guimauve, plus un blabla interminable pour me
retrouver à danser exclusivement avec Christina.
A force de danse et de            re-danse on finit par épuiser ses
cartouches, tout le reste est évincé au profit des regards qui
s’échangent (j’en ai la chair de poule).
Elle n’hésita que très peu de temps (moins de cinq secondes)
pour coller ses lèvres contre les miennes.
J'eus du mal à reprendre mon souffle tellement sa bouche
m’engouffrait. Sa langue se mêlait à ma langue, nos visages se
déformaient sous l’ivresse de nos baisers. Juste le temps pour
chacun de reprendre un peu de salive, de bref regard. Et déjà
l’appel de se laisser aller reprenait le dessus.
Ce fut ainsi     jusqu'à la fin de la journée, mais je ne vais pas
m’en plaindre bien au contraire.




                                 26 / 408
Je suis rentré chez moi aux alentours de vingt heures. Ma sœur
qui promenait de la miche de pain a tenté une discussion, mais
elle abandonna rapidement. Peut être s’était elle aperçue
l’inutilité de pareille discussion. Je flottais sur un nuage inhibé
par ses baisers. La nuit tombée, couché dans mon lit je scrutais la
lumière qui passait à travers les minis rectangles des volets
roulants. Une seule pensée, elle.
Ah, j’ai pensé « que c’est beau l’amour ». Dommage que cela
n’ait pas duré. Je fais bien sûr référence à cet état de dépendance
à ce moment précis. Car demain c’est une autre histoire.
Effectivement le lendemain matin j’avais oublié la passion de la
veille. Ce pourrait elle, qu’elle ce fut évaporer avec mes rêves ?
Sûrement sinon comment expliquer…
Je retourne donc en cours, l’esprit cool. Une fois le portail
d’entrée franchi, je circule dans cette mini rue piétonne entre le
bâtiment administratif et le petit hangar à vélos. La cour est déjà
bien pleine d’élèves. Ça braille, ça court. Je prends à droite,
passe devant la surveillante principale qui se tient comme tous
les matins au même endroit. Posée tel un soldat de plomb devant
la porte d’entrée du bâtiment. Les mains croisées dans le dos, elle
épie les faits et gestes de chacun. Certains même, l’ont affublé
d’un ignoble surnom : « gestapo », du fait de son long imper noir
ainsi que du sourire qu’elle na pas.
Passé le cap de la surveillance, je fonce au point de rencontre
habituel. Je lève la tête et devant moi se dresse le grand bâtiment




                              27 / 408
bleu et gris, celui qui abrite le préau et les toilettes. On y donne
des cours de Maths, physique, biologie et technologie.
A l’entrée sous le porche de l’aile, je retrouve mes potes. Nous
nous rassemblons tous les matins au même endroit .Comme
d’hab. c’est les mêmes têtes. Fernando, Miguel, JC, Jean Paul,
Abdel, José, Victo, etc… etc.
Mais ce matin c’est sur une autre personne que mon attention se
porte .Bien évidemment je fais mine de ne pas l’avoir remarquée.
Difficile de feindre l’ignorance quand on a six, sept, huit paires
d’yeux qui vous regardent. Ses copines me sourient, elle aussi.
Trop tard j’suis dans la mouise. Ce sourire ne me dit rien qui
vaille. La toile est tissée. Je ne peux plus faire marche arrière. Je
ralentis. Je m’dit qu’au pire elle va me faire un tout petit bisou.
Non, je ne me rue pas sur elle et c’est peut être pour cette
raison qu’elle ne s’en prive pas. Christina approche vers moi, je
me contente de sourire bêtement et de reprendre un peu de salive.
Elle s’agrippe à mon cou et m’embrasse, le sourire accroché à
ses lèvres, le mien plutôt embarrassé.
Un, deux, trois, voila, c’est à ce moment que pas mal d’abrutis
que je considère en temps normal comme mes potes, se
comportent en parfaits crétins. Ils nous sifflent, applaudissent.
Bref c’est pathétique.
Embarrassé, faut quand même que j’assure. Ce baiser doit avoir
l’air naturel. Rien ne doit transparaître. Mais c’est plus facile à
dire qu’à faire. Je l’ai à peine embrassée et croyez moi, elle n’est




                                28 / 408
pas dupe. Les regards se détournent de nous, sans doute
embarrassés à leur tour.
Pendant une fraction de seconde la question de savoir si oui ou
non j’étais un monstre m’a traversé l’esprit.     Mais pas    plus
qu’ça.
Cela ne   m’affecta pas beaucoup. Non c’était surtout pour elle
que j’avais un terrible goût amer, comme le sentiment de s’être
joué d’elle et pour cela j’avais beaucoup de peine. Lentement je
lui pris la main et l’attirai tout contre moi. Elle retira sa main,
mais je la saisis à nouveau.
On s’est mis à marcher à reculons jusqu'à se retrouver dos aux
portes battantes que je poussais sans difficulté pour nous
retrouver seuls dans le couloir. Je commençais par l’embrasser
lentement, mes lèvres frôlèrent les siennes. Juste de quoi sentir
son souffle et son cœur commencer à se déchaîner. Je fermais les
yeux pour ne laisser plus que ça, elle et moi. Sa tête penchée
contre moi je devinai qu’elle me regardait.
Mais au bout de quelques instants quelque chose commença à
se produire. J’ouvris les yeux et bizarrement ce n’était plus son
cœur mais le mien que je sentais battre la chamade.
Inexplicablement, je me suis souvenu de la musique et des
hélicoptères dans Apocalypse Now… Une fièvre, un effet de
kaléidoscope, et les hélices des hélicos. Tout cela me donnait
des vertiges. Les battements de mon cœur s’amplifiaient. Ma




                               29 / 408
boite crânienne était une parfaite caisse de résonance. Mes
jambes sont lourdes, mon corps ne répond plus.
Je l’ai vue qui remuait les lèvres, mais j’étais incapable de
l’entendre. Mes paupières devenues trop lourdes se ferment, tout
à présent est noir. Me voilà parti au pays des songes. Je glisse
dans ce long tunnel, jusqu’à apercevoir au bout de la lumière…


J’ai 12 ans je suis au CM2… (Oui ! j’ai redoublé mon CE2 et
suis rentré en CP avec1 an de retard) je disais donc, j’ai 12 ans et
je cours à toute vitesse dans la cour de récréation. Je ne regarde
pas vraiment où je vais, et dans quel but. Je cours si vite. Derrière
moi Abdel s’est lancé a ma poursuite. Il se marre. Le regard loin
devant, je me sens pousser des ailes. Mais pas le temps d’ouvrir
mes ailes, un terrible choc interrompt ma course. Je viens
d’entrer en collision avec le mur du son. Je suis envoyé au tapis
où devrais-je dire sur le goudron. Allongé au milieu de la cour,
les feuilles mortes me chatouillent le nez. Plus loin là-bas des
enfants se tiennent la main. Ils rient, ils sautent chacun leur tour.
Le bruit de leurs pas sur le goudron résonne dans mes oreilles,
ma tête me fait souffrir, ma vue se brouille, peut être ais-je du
sang qui coule de mon arcade. Un son cyclique, un train lancé à
toute vitesse sur des rails, mon cœur qui bat comme un
métronome, une sensation de frais sur ma poitrine, une ombre se
dessine alors, une voix que je connais. J’aperçois autre chose
couché pas très loin de moi, c’est flou, c’est…




                              30 / 408
« -Alexandre ? Alexandre ça va ? »
Là, j’entends que l’on m’appelle. D’autres silhouettes, je force
ma vue à faire une mise au point. Christina est agenouillée près
de moi, elle fronce les sourcils et me demande à nouveau si je
vais bien
-Qu’est ce qui s’est passé ? Me demande-t-elle.
-Sûrement qu’il n’a pas supporté ton baiser ! Lance quelqu’un.
Christina ne réplique pas, elle se contente de reprendre son
souffle.
-Alexandre, qu’est c’qui c’est passé ?
-Quoi, qu’est ce qui c’est passé ? Je me frotte les yeux, histoire
de voir plus clair.
-Où est le gamin ?
-le gamin ? Elle cherche autour d’elle puis me regarde à nouveau
- quel gamin Alexandre ? T’est sur que ça va ?
-Faudrait appeler la Gestapo ou un pion, non ? demande un autre
élève.
Je continue à penser que c’est un surnom horrible.
-Non ça va aller.
J’me redresse, c’est dingue je réalise que je ne suis plus dans la
cour de récréation de mon école primaire mais bel et bien dans le
couloir du collège. Le radiateur blanc, les murs en carton pâte, le
même carton que ces emballages gris pour les œufs.




                             31 / 408
Elle me tient la main mais un tout de même un peu gênée par
ceux qui nous entourent, elle fait mine de me tirer vers elle pour
m’aider à me relever. Les autres commencent déjà à s’éloigner. A
nouveau je tire sur ma nuque pour faire craquer mes cervicales.
Je lève la tête.
- « oh bordel !
-Qu’est c’qui s’passe Alexandre ! » Je viens d’effrayer Christina.
Abdel me regarde comme s’il venait de voir un ours, José lui
demande aux autres qui sont restés de se casser. Je fixe à
nouveau Christina.
-« Non rien, rien du tout.
- T’es sur Alex ? On dirait que ta vue un ours ou un monstre. »
En faite la raison pour laquelle je viens de sursauter, c’est elle.
Elle, avec ses     deux yeux ronds qui m’observent, ses joues
rouges, ses cils noirs broussailleux, on dirait un poisson énorme
mais ce n’est que Lydie. Putain j’dois vraiment avoir une tête de
monstre pour qu’elle fasse cette moue.
-Alexandre ça va ?
Christina n’a pas l’air convaincue que j’aille mieux, en même
temps je me comprends.
- Ouais ça va merci, c’est bon.
-tu m’as foutu les j’tons, Alexandre qu’est ce qui s’est passé ?
Je regardais par terre confus, le doigt sur ma nuque essayant tant
bien que mal de faire passer cela pour un vulgaire vautrage. Je la
regarde à peine. C’est vrai qu’elle a l’air vraiment flippée. Ses




                              32 / 408
yeux vont de gauche à droite très rapidement. Je dirais même
qu’elle est un peu pâlotte.
-Alexandre, c’est quoi cette histoire de gamin ?
Je ne lui répondis pas ou seulement par un
- rien, rien du tout »


Je m’éloignai aussitôt passant devant Marie qui s’apprêtait à
croquer dans son pain au chocolat quand un élève lui arracha des
mains et s’enfuit aussitôt. Du même entrain elle se précipita
derrière lui pour lui agripper les cheveux. Je pensai : pauvre gars
tu vas déguster.
Mes jambes à présent plus légères, c’est deux a deux que je
montais les marches de l’établissement. À peine remis de cette…,
l’idée que je ne puisse plus rester avec Christina me sembla
évident.
Trois jours plus tard dans une boum, organisée à l’occasion
de…? En fait y’avait pas d’occasion particulière, si ce n’était
pour nous l’occasion de sécher les cours.
Je rentre dans la salle des fêtes prêtée aux élèves du quartier
pour    l’organisation   d’un     quelconque   événement.    Salle
polyvalente mitoyenne à une église.
Eglise, qui je dois l’avouer, n’a rien d’une église tant son
architecture bizarre me fait plus penser à tout sauf à une église.
Enfin bref, j’entre dans la salle mon sac plein de vinyles, un




                                33 / 408
sourire large comme ça. J’étais paré à tout, à tout sauf à… A ma
vraie première histoire d’amour.
Près du porte manteau se trouve un groupe de filles déjà croisé
dans l’enceinte du collège, mais c’est sur l’une d’entre elles que
mon regard se porte. Elle est adossée au mur, je crois rêver. Elle
porte un manteau rose façon Janis Joplin. Des yeux noisette, des
cheveux bouclés qui lui tombent à merveille sur les épaules.
Mais tout cela n’était rien en comparaison de son sourire, et quel
sourire. Sa bouche s’étirait lentement, laissant apparaître deux
magnifiques fossettes aux joues. Comment n’être pas totalement
conquis par une si belle merveille, comment résister à la tentation
de ne pas se jeter à corps perdu pour n’importe quoi qu’elle
puisse vous demandez. Je ne pouvais la quitter des yeux.
Bien sûr ma pudeur m’empêchait toute attaque frontale, je devais
donc me satisfaire pour le moment de la contourner. Caché
derrière un poteau, je continuais de l’observer.
Ses lèvres remuaient, j’essayais de lire ce que je voyais, et
pendant un court un instant j’ai bien cru qu’elle me regardait et
prononçait mon prénom. « A-le-xan-dre » sa bouche sa langue
détachaient délicatement chaque syllabes.
Alors que je me précipitais derrière un autre de ces poteaux, je
fus saisi par un bras attiré comme une mouche par son araignée,
arraché au plus beau des mirages.




                              34 / 408
Seule dans une pièce, Christina commença à m’embrasser, ses
bras autour de mon cou, son corps qui se serrait contre le mien, je
sentais qu’elle me désirait.
Le hic c’est que mon cœur et ma tête n’y étaient pas. Elle
s’arrêta, fit un pas en arrière, peut être voulait elle m’observer ou
simplement avait elle saisi que c’était la fin.
Ses mains allèrent chercher les poches de son jean délavé. Son
regard perdu fixait à présent les chaises et les tables empilées
vers la fenêtre. Discret, je sortis de la pièce pas vraiment fier
mais soulagé. Avant de fermer la porte, je me suis retourné une
dernière fois.
Peut être ne s’attendait elle pas à ce que je me retourne. Et que ce
fut pour cette raison, que je la surpris à chasser du bout de ses
doigts quelques larmes sur ses joues.
Christina se tenait au milieu de tables et de chaises, elle ne dit
rien mais ses yeux rougis valaient tous les mots.
Une fois la porte refermée derrière moi, ma salive ravalée, je
n’eu qu’une seule pensée « Rock’n roll » ! Voila de quoi j’avais
besoin. Je me dirige droit vers le podium, enjambe l’estrade. José
a tout installé. Il porte son casque de walkman sur les oreilles, et
patiente tranquillement assis sur une caisse en plastique. Miguel
attend son signal pour mettre le jeu de spot en route.
José me dévisage un instant et d’un signe de la tête me donne le
feu vert pour ouvrir le bal. Sur la table de mixage, j’attrape le




                               35 / 408
casque, sort les disques de mon sac et jette un rapide coup d’œil à
l’assistance qui attend.
La porte de la pièce ou j’étais il n’y a pas cinq minutes viens de
s’ouvrir. Christina sort. Elle se fraye un passage au milieu des
autres élèves. Aussitôt mon majeur se lève et          relâche son
emprise sur le microsillon. Les rythmes de Blue Monday jettent
leur dévolu sur les premiers danseurs. Rythmique hypnotique,
dance floor magistral, l’effet est total. Les corps se dodelinent
sur la piste.
Je jette à nouveau un regard vers Christina qui s’en va, mais je
me perds à chercher celui de ma nouvelle muse. A ma grande
surprise ce n’est pas moi qui la cherchais mais elle qui me fixe.
Tel est elle prit qui croyait prendre. Elle m’avait conquis et
croyez-moi en ce qui concerne conquérir, je m’y connais !


“And I thought I was mistaken
And I thought I heard you speak
Tell me how do I feel
Tell me now how should I feel
Now I stand here waiting”




Bien sûr les jours, les semaines, passaient et j’attendais avec
impatience le moment où je pourrais l’approcher, lui parler de la
pluie et du beau temps, lui dire qu’elle a le plus beau sourire, que




                              36 / 408
ses yeux m’inspirent à la tranquillité, que j’aimerais lui prendre
la main, l’emmener sur d’autres continents afin de la posséder
rien que pour moi…Enfin tout ce genre de choses, de trucs, que
l’on dit quand on est amoureux.
Mais voila ! Le problème c’est que je suis incapable de tout cela.
Et malgré toute ma bonne volonté, le mieux que je puisse avoir
d’elle serra son sourire quand je la croise. Oui je peux aussi lui
dire bonjour, lui tenir la porte, lui demander si elle va bien?
Tout cela avec beaucoup de patience et un travail de soi in-com-
men-surable.    Alors     vous     parlez    de    la    séduire ?
Non…IMOPSSIBLE
« - I’m a loser baby, so why don’t you kill me”


Non évidemment tout n’est pas perdu et je garde bon espoir, cela
fait même vivre à ce qu’il parait. Mais un coup de pouce ne serait
pas de trop. Alors que j’attends un miracle quelconque, tout
s’enchaîne plus vite que prévu. Voir plus rapidement que je ne
l’imaginais. A l'approche de Noël et des vacances, du même
nom, une fête est organisée au collège.
Chaque année c’est comme ça, l’an passé par exemple, un prof
nous a projeté deux films géniaux : Retour vers le futur et
Indiana Jones et le temple maudit. Un magnétoscope, une télé, le
tout dans ces préfabriqués merdiques, et pourvu que le ciel ou
une tuile ne nous tombe pas sur la tête. Nous étions tous comblés.




                             37 / 408
Mais cette année point de pop corn trop sucré ou trop salé, de
jambes posées sur un dossier de chaise, non c’est décidé je ne
serai pas ce gros flemmard.
Cette année j’ai une bonne raison d’aller à la boum du collège.
Cette méga fête se tient dans le C.D.I, au dernier étage. Le
premier, lui, est destiné au cours de français ou d’anglais. Enfin
si vous aviez envie de passer un agréable moment de détente, je
vous aurais     conseillez le rez-de-chaussée. Harmonie des
couleurs (blanc et gris) linoléum marine presque pas abîmé, un
silence semblable à celui d’une résidence du troisième âge. C’est
ici dans cette enceinte de l’instruction que se cache le paradis
perdu, l’Eden, appelé plus communément l’infirmerie.
Certains, garçons, filles, se soignent pour un bobo mais pas
seulement, ils viennent aussi pour         s’y procurer quelques
substances afin d’anesthésier quelques minutes leur cerveau.
La bibliothèque sert aussi de salle de projection vu la place
qu’elle contient, c’est pourquoi elle a été choisie au détriment du
gymnase… en plus sa ne sent pas les pieds.
On pousse meubles, chaises, tables, et le tour est joué.
Des tabourets de gauche à droite alignés contre les murs en face.
Ils ont monté un podium. Je dis « ils », je veux bien sur parler des
élèves de troisième qui organisent la boum. En tout cas tout le
monde est là : garçons, filles, rendez-vous confirmé pour les uns
et pour les autres. Habillés pour la plupart en grande classe. Moi
j’avais opté pour ce qui allait être et devenir pour un certain




                              38 / 408
temps mon costume favori : Doc Marten’s, pantalon en toile noir
et chemise noire, bien évidemment.
Pour les cheveux, c’est simple un peu de patience, ne pas trop
s’en occuper et voila le tour est jouer pour un effet plutôt… en
tout cas effet ou pas, je peux vous garantir que j’ai bien dû sentir
une cinquantaine de regard se poser sur moi. Une main a même
agrippé mon épaule. Un peu surpris quand même, c’est ma prof
de maths qui rectifie mon col de chemise pour rabattre les
extrémités vers le bas.
-Pourquoi cela ne m’étonne même pas. Me dit-elle consternée.
-très coquet, ce noir vous va comme un gant monsieur
Alexandre » je lui rendis son compliment avec un clin d’œil.
La musique allait commencer mais peut parmi eux sont ceux qui
s’avancent seul pour aller danser. Effectivement, le raz humain
aura bien lieu mais cela après que les plus courageux aient ouvert
le bal. Heureusement pour moi je ne le suis pas.
Miguel m’a serré la main l’air très détendu, les cheveux peignés
la raie sur le coté, Abdel était lui aussi sur son trente et un, il
affichait son plus beau sourire. Celui qui lui remonte jusqu’au
oreilles et orne son visage. Jean-Paul aussi petit soit il, narguait
son prochain, critiquait tout le monde, bref on peut dire qu’il était
dans son élément. José lui discret comme a son habitude se
tenait près des enceintes un verre de jus de fruit à la main.
Comme il remarqua mon attention se porter sur lui, il me fit signe
du doigt, j’en fis de même. Je scrutais la salle et son ambiance




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lumière       tamisée. La musique n’a pas tardé de jaillir de ces
énormes enceintes, la voix de Michael Hutchence, chuchote « I
need you tonight ».
Les jeux de lumières bleues, rouges, vertes            aide les plus
réticents à se joindre aux premiers danseurs. Il n’en faut plus
que déjà la piste soit submergée de monde.
Je me sens bien, mais il me faudrait autre chose pour que cette
fête soit totale, et tout ce monde m’empêche de trouver mon
bonheur. Miguel l’a bien compris, à croire qu’il lit dans mes
pensées. Il se penche sur moi pour me chuchoter un truc à
l’oreille :
-Ne cherche plus c’est elle qui t’a trouvé !
Comme je ne l’ai toujours pas vue. Il me balance un coup de
coude et m’indique sa position du menton.
Putain, il ne s’est pas foutu de moi elle était là, « céleste ».
Un jean usé, une veste kaki, enfin je crois, difficile à dire avec
ces lumières. De tous petits pieds dans de magnifiques baskets.
Mon sang ne fit qu’un tour, je devais prendre un grand bol d’air,
mon courage à deux main et me lancer…plus facile à dire qu’à
faire.
J’ai du danser une dizaine de fois avec une dizaine de filles
différentes mais pas une seule n’arrivait à m’ôter l’idée de la tête
qu’il fallait d’une manière ou d’une autre que je l’approche et
apparemment je n’étais pas le seul dans ce cas.




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Au bout d’une de ces insignifiantes danses, elle jeta son regard
par-dessus l’épaule de celui qui avait tenté lui aussi sa chance en
l’invitant. Mais elle n’en avait que faire, c’est sur moi à présent
que son regard s’arrêta et sur nul autre. Le morceau fini, elle fut
rejointe par d’autres filles. Comme Miguel voulait à tout prix
provoquer notre rencontre, il lui adressa un signe de la main. Il
me balança un nouveau coup de coude et murmura, la bouche
déformée :
- Crétin, tu ne vois pas qu’elle attend que tu viennes.
-Ta gueule !
-Elles approchent.
-j’ai vu merci
-T’es dans la merde.
-C’est ça.
Abdel exécute une danse du ventre sûrement pour attirer l’une
d’entre elle, sûrement une forme de drague primaire.
Elle fit d’abord la bise à tout le monde puis, elle se posa devant
moi. Miguel, qui remarqua à quel point nous étions tristes à
mourir, finit par nous présenter.
-Nathalie, Alexandre, Alexandre, Nathalie
-salut
-salut.
Les présentions faites, chacun fit un pas vers l’autre. La bise eu
quelque chose de très solennel, ses joues était chaudes mais rien
en comparaison des miennes qui étaient arrivées à ébullition. On




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a bien du rester plantés là deux minutes sans dire un mot avant
que je ne lui propose de danser. Et tant pis si l’on a dansé un
slow sur un morceau qui n’en était pas un, de slow. De toute
façon j’adore « Luka » de Suzanne Vega.
Naturellement quand arrive le quart d’heure slow, cela colle
parfaitement à notre danse et la chanson des The Korgis
« Everybody's gotta learn sometimess ouvre le bal aux couples.
Petite parenthèse : saviez vous les Korgis sont une race de
chiens! Et qu’ils sont les préférés de la Reine d'Angleterre, non,
si !
Pendant que je me concentre à ne pas lui marcher sur les pieds
ou      lui mettre un coup de tête, erreur de placement, je me
surprends à épier le comportement des autres couples.
Certains dansent les yeux fermés, d’autres regardent en l’air ou
leurs pieds. Il y a ceux qui vous connaissent et vous balancent un
clin d’œil du style : « c’est bon mon gars tu l’as » Là, vous
souriez bêtement, ou leur retournez le compliment. Mais dans
tout les cas je me dis que j’ai beaucoup de chance d’être ce que je
suis.
Ensuite, et c’est bien ce qu’il y’a de plus malheureux, ce sont
celles ou ceux qui vous regardent. La tête posée sur une épaule,
ou le regard discret par-dessus une tête. Des yeux tristes qui
vous fixent, jalousant la place de l’un ou de l’autre membre de
votre couple.




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La main de Nathalie se déplace un peu dans mon dos et je
redescends sur terre. Du coup, je me dis que j’ai vraiment de la
chance et peut être parce que je suis un peu égoïste je la serre un
peu plus. Je sens son souffle sur ma joue, je me sens bien et je
crois qu’elle aussi.
Danser un slow sur un quart d’heure américain, sa sent la
guimauve...
Mais c’est tellement bon.
Au bout de quatre heures passées à danser, parler, rire, je sors
dehors rejoindre les autres pour me taper une partie de boule de
neige.
Les flocons tombent par dizaine de milliers, l’air frais entre et
sort de mes poumons…la nuit est belle et rien ni personne ne
peut changer ce que je vis, à cet instant.
La partie de boules de neige commence. Je me suis bien caché,
de façon à ce que personne ne puisse me voir ou me toucher.
Mon souffle est rapide, il fait plutôt froid mais j’m’en fout. Cette
cachette, je l’ai bien étudiée et pour cause, dans le passé elle m’a
bien servi, certes, certaines fois à mon détriment.
De temps en temps je sors la tête de derrière la voiture, puis, je
me rassois et m’adosse contre, je souffle dans mes mains pour
les réchauffer. Un groupe de fille passe en ricanant. J’ai la nette
impression qu’elles se foutent de moi. L’une d’entre elle porte
une veste à capuche rouge. « Le petit chaperon rouge » dis-je à
voix basse. Elle se retourne sur moi mais sa capuche lui cache le




                              43 / 408
visage. Les autres continuent à se foutre de moi, mais ça m’est
égal. Le petit chaperon rouge leur demande de s’arrêter, je fixe
leurs traces sur la neige, je relève la tête et déjà les voilà bien
loin.
J’ai les pieds gelés et toujours personne, puis j’entends un
craquement, une personne seule ? Je bloque ma respiration et
tend l’oreille, je me lève aussitôt le bras armé d’une boule bien
tassée, personne. A nouveau un craquement, merde, ce n’est pas
devant mais derrière moi qu’il y a quelqu’un, la neige craque
encore. Une voix…
C’est moi que tu cherches ? Je me retourne, pour lui faire face.
La nuit étoilée éclaire son visage, un sourire suspendu à ses
lèvres elle tient dans ses mains une boule de neige.
-C’est pourquoi ça ?
- je ne sais pas ? Me répond-elle,
-vous ne jouez pas à vous lancer des boules de neige ? Elle
regarde derrière moi.
-D’ailleurs, ta planque pas terrible.
-Ca dépend. Ils ont mis plus de temps à me trouver, eux. Je fis
signe de la tête, elle se retourna pour voir arriver à grand renfort
de boules de neige, les autres.
-tout le monde n’a pas la chance, que j’ai.
Miguel, s’arrête net, il       écarte les bras pour arrêter ses
compagnons d’armes, il murmure quelque chose, et les voila qui
rebroussent chemin.




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-T’as de la chance, je crois que tes potes se sont dégonflés.
-La chance n’a rien à voir là-dedans. Je regrettais déjà ce que je
venais de dire.
Elle sourit puis s’avance lentement vers moi, je ne peux plus lui
faire face tellement je suis intimidé, je fixe ses petits pieds
s’enfoncer à chacun de ses pas dans la neige et craquent la
masse compacte de ce parterre tout blanc. Elle s’arrête à dix
centimètres de moi, pose le bout de ses doigts sur ma joue rouge,
gelée. Curieusement mon cœur se relâche, mon souffle lui
s’évapore dans l’air comme celui d’un train à vapeur. Elle
approche son visage du mien. La lumière jaune du lampadaire
m’éblouit, j’arrive à peine à la         distinguer, mais je peux
reconnaître ce parfum. Le même qui pendant que nous dansions
m’avait envoûté. Et vous savez quoi ? J’adore l’être dans ce sens.
Je l’embrasse tendrement, sa bouche est chaude, sur ma joue son
petit nez froid me rappelle le froid qui nous entoure. Mais cela
nous est bien égal, enlacés, nous avons créé une sorte de petite
bulle que rien ne peut affecter, un pure moment égaré dans le
temps.
Au bout d’un moment, elle scrute mon regard, j’étais fasciné par
temps de beauté. Elle cligna des yeux lentement, avant de me
chuchoter :
- la chance n'a rien à voir là dedans, tu es sur… ? Elle
m’embrassa à nouveau.
Les flocons de neige se mirent à danser autour de nous.




                              45 / 408
Elle ne me lâchait plus, je ne la lâchais plus.
Comme elle est plus petite que moi elle se tient sur la pointe des
pieds, ma main droite tient son dos, ce qui m’oblige à me tenir
légèrement en arrière.
Mais je ne lâche pas prise. Je la sens qui faisait des pointes.
J’avoue que j’avais      de plus en plus de mal à garder mon
équilibre mais    pour rien au monde je ne voulais gâcher ce
moment. C’était pour moi notre moment, mon moment.
Je fis un pas en arrière pour prendre un nouvel appui sur mes
pieds, malheureusement une minuscule couche de verglas me fit
perdre l’équilibre. Je l’entraînai avec moi dans ma chute
heureusement pour elle c’est sur mon torse qu’elle se
réceptionna. Le choc fut sec mais pas brutal je passai ma main
sur ses cheveux pour voir si tout allait bien.
Elle leva la tête surprise, elle me sourit, je lui souris, son visage
rayonnait.
-Incroyable, dit-elle.
-désolé, c’est tout ce que je pus lui dire. Elle éclata de rire…. moi
aussi…




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                            Chapitre 4
           L'enfant oiseau "du rêve à la réalité"



Vous l’aurez remarqué, je ne suis ni un super héros ni un Don
Juan, et ce n’est pas faute d’avoir essayé.
Enfant, mon souhait pour plus tard était de devenir pompier. Je
me voyais déjà en haut de l’échelle, l’uniforme bleu, le casque
sur la tête, le visage barbouillé de noir.
Je sortirais par la porte du rez-de-chaussée, d’un immeuble en
flammes, plus ardentes que jamais, me lèchent les fesses.
Dans mes bras, une belle et jolie jeune fille. Elle porte une robe
de chambre et ses cheveux sont longs et soyeux. Cramponnée à
mon cou, son visage enfoui dans mon blouson. Quelques sanglots
font apparaître son visage blanc derrière la crasse noire de la
suie.
Dehors sur la pelouse les habitants du quartier prêtent main forte
aux pompiers, et quand je dis prêter main forte je devrais plutôt
dire prêter « voix forte ». Ils hurlent à s’étrangler, leurs doigts
pointent le moindre objet, animal, ou personne, qui sortirait de
ce brasier. Les visages se crispent, les regards s’ouvrent grand
très grand. L’émotion est telle qu’ ils passent du rire aux larmes,




                               47 / 408
comme ça. Puis viennent les applaudissements. Finalement ce
feu ressemble plus à un feu d’artifice qu’à une catastrophe.
Bien sûr ce geste de bravoure sera bientôt récompensé.
C’est dans cette masse de foule excitée par le spectacle des
flammes plutôt que par la bravoure des pompiers, qu’un badaud
me repère. Son doigt pointé vers moi il            hurle un truc
incompréhensible. Pas grave même si c’est du charabia, il s’est
fait comprendre, mes collègues se retournent illico. Ils ont du mal
à le croire, moi que tout le monde croyais perdu au beau milieu
de cet enfer, je suis vivant.
Les 1200 watts de projecteurs éclairent ma sortie triomphante, à
travers l’épais nuage de fumée. La foule m’applaudit, Les
journalistes se ruent sur moi. Leurs micros en avant …. En vain.
-Laissez-le ! Il a besoin de respirer ! Hurle le commandant à tous
ces vautours de journalistes. Lui, le dur à cuire qui en a vu plus
d’un, de ces feux, n’applaudit pas il se contente d’une tape sur
l’épaule.
Fatigué d’un tel exploit, c’est assis à l’arrière du véhicule de
pompier les mains sur mes genoux, un masque à oxygène, que je
regarde s’éloigner celle que j’ai sauvée. Allongée dans une
ambulance, elle me fait des signes de la main et m’envoie un
baiser. Je peux lire sur ses lèvres.
-Merci, merci.




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Devant moi un micro rond devant sa bouche, le regard rempli de
conviction un journaliste s’adresse une dernière fois à son
cameraman et au reste du monde.
-ça c’est un héros !!!
Absurde, voilà le premier mot qui me vient .Moi un héros c’est
une plaisanterie. Au mieux, quand je rêve, tout ce que j’arrive à
sauver est la dernière bûche d’une cheminé avant qu’elle aussi ne
termine carbonisée dans les flammes. De toute façon n’est-ce pas
le destin d’une bûche que de terminer rôtie ? Dans un dernier
effort aussi absurde qu’inutile, j’apporterai cette saleté de bûche
à sa    propriétaire. Effondrée d’avoir tout perdu, c’est dans
l’euphorie la plus totale qu’elle me remercie d’avoir sauvé sa
bûche, sa dernière bûche.
On est quand même loin du super héros de bande dessinée. Vous
voulez que je vous dise : même mes rêves ont un problème. Si je
me mets à rêver que je vole, il y a trois possibilités.
-Premièrement, j’écarte les bras à l’horizontal, ensuite je cours le
plus vite que mes jambes le permettent. Une fois au bord une
impulsion et hop je prends mon envol du haut d’un gratte ciel.
Voila je vole, et comme dirait l’autre « jusqu’ici tout vas bien »
Je plane et profite d’un courant d’air pour aller plus vite. J’ai
bien du parcourir des centaines de kilomètres à planer ainsi. Les
gens sont minuscules et les villes toutes petites, comparables à
un village de Playmobil.      Le vent me coiffe les cheveux en
arrière, mon corps flotte au dessus des nuages. Je suis grand,




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libre et fort tel un rapace fier, je continue à voltiger entraîné par
des courants forts.
Je joue, je suis l’homme oiseau pendant des heures et des heures.
Alors c’est quoi le problème ? Il est joli ton rêve Alexandre ?
C’est le souhait de tout le monde que de pouvoir voler et même
dans un rêve, mais oui !
Oui, Mais le seul hic : j’atterris, comment moi maintenant ?


Deuxième vol vers la liberté, tout se passe à merveille, un
agréable voyage. Vitesse de croisière atteinte. L’homme oiseau a
déployé ses bras, il va vite, les océans bleus s’ouvrent sur son
passage, il est en communion avec la nature. Je survole une ville
c’est marrant vue d’ici c’est toujours petit. L’idée d’y faire une
halte me plaît. Une fois sur la terre ferme je bombe le torse,
fiers, dans le style superman. Vous voyez ?
J’atterris tel un héros acclamé par une foule en délire. Fier de
moi je me tiens la tête haute.
C’est bizarre quand même pourquoi ai-je la sensation
désagréable, qu’en fait ils ne m’acclament pas, mais plutôt
qu’ils ce foutent de ma gueule ? Et pourquoi j’ai les pieds
gelés ?
Un rapide coup d’œil vers mes membres inférieurs, me permette
de voir que le seul vêtement qui m’habille est un slip bleu, et
même pas beau en plus, genre slip à mon père, kangourou quoi.




                                 50 / 408
C’est assez pénible ce genre de chose, difficile à supporter. Je
ferme les yeux, rien à faire le cauchemar continu et cette vision
de moi en slip kangourou, bleu, me rend petit, petit, petit.


Troisième, volet de mon excursion au dessus du monde.
La terre a peur et d’après le service très secret, je découvre que je
suis alors la dernière chance du moment (un pur hasard, le fruit
sans nul doute de mon imagination).
Je disais donc,    l’humanité tremble, et le seul qui puisse la
sauver, c’est moi, votre serviteur.
Du haut d’un building ; je prends conscience de cette tragédie,
plus une seule minute à perdre ! Je me lance dans une course
contre la montre. Du haut de ce gratte ciel, je cours le plus vite
possible afin de gagner les cieux, malheureusement après avoir
parcouru l’immeuble de long en large, en diagonal en rond moi
le super héros je reste cloué au sol, tel un ange déchu.
Assis, perplexe, incapable de quoi que ce soit le monde est à feu
et à sang
Alexandre rend toi évidence tu ne pourras sauver qui que ce soit,
pire je découvre que je ne peux pas voler, car en fait, je ne sais
tout bonnement pas voler… fin de l’acte !


Non en fait tout ce que j’entreprends n’est que pur hasard, dicté
par l’instant.




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Pour ce qui est de sauver quelqu’un des flammes, ça m’est bien
arrivé mais pas de fille accrochée en robe de chambre à mon cou.
De toute façon vu sa            taille et son poids qui étaient
approximativement les miens, je n’aurais pas           pu la porter.
Attention ne me fait pas dire ce que je n’ais pas dis. Non, elle
n’était pas grosse, je dis que j’aurais eu du mal, nuance.
Ce qui me semblait être la seule alternative dans un pareil cas,
quand les flammes commencent à vous faire regretter de vous
être levé ce matin. Que les braises vous chatouille le visage, la
seul alternative possible : pousser et vite. L’aider à sortir du
brasier et peut importe comment.


Cette histoire de sauvetage des flammes s’est passée au mois de
janvier 88, faute de place dans l‘enceinte même du collège, on
nous confinait dans des locaux provisoires appelés préfabriqués.
Le genre de bâtiment avec un revêtement en amiante, brrr ça
fout les j’tons.
Cette bâtisse n’a que des inconvénients.
-Premièrement, pas de toilettes.
-Deuzio en hiver il fait froid, très froid, en été il fait chaud, très
chaud et sa pue.
Tercio...vous n’allez pas tarder à le découvrir.
Un matin où j’aurais volontiers troqué mes bottes de neige pour
des raquettes de ski. Il a neigé toute la nuit. Et ce matin le cours
de français a lieu dans un des préfabriqués. Ce bâtiment




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merdique est placé en face d’un autre dans son style, mais qui lui
fut destiné à un tout autre usage. Appeler « foyer » (baby foot,
échec, musique etc., etc.) plus fun, moins lugubre et tout et tout.
J’vous dis pas avec toute la neige qu’est tombée cette nuit,
j’aurais mieux fait de venir en luge tiré par des rennes. On est
tous couverts de neige, d’ici à ce que l’on nous confonde avec un
bonhomme de neige…
Une fois en classe commence alors le vacarme des claquements
de bottes sur le plancher en bois pour essayer tant bien que mal
de se débarrasser de la neige collée dessus, dessous. J’ai les
chaussettes tellement gelées que je ne sens plus mes orteils.
Au bout d’un moment quand même, la neige a fondu, créant ainsi
de mini bassins aquatiques, pratique quand on est un parasite,
une fourmi, désagréable quand on le regarde. Brrr ça vous donne
la chaire de poule.
Chacun à le sien, les pieds baignant dans le froid. Nos doigts
crispés arrivent à peine à tenir un stylo.
Vu la place stratégique que j’occupe, au fond de la classe au
centre, le spectacle est tout aussi désolant, à gauche comme à
droite. Peu importe sa place ou sa catégorie sociale, tout le
monde est logé à la même enseigne. Le poing serré contre notre
bouche insufflant un peu d’air chaud, histoire de se réchauffer un
peu.
Le cours n’a débuté que depuis dix minutes que Mehdi, élève
qui se trouve être     le plus prés       du poêle à fioul.   Décide




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d’augmenter le thermostat de la machine. Du même coup, il a
ôté ses chaussettes nauséabondes et humides et les fait sécher sur
le poil.
Christina est assise de l’autre coter du poêle , elle aussi est a
côté du poêle, mais de l’autre coté, enfin bref je ne vais pas vous
faire un dessin.
Regard méfiant, grimace douteuse à propos des chaussettes,
mais compatissante quand il s’agit d’augmenter la température
ambiante, elle lui   indique même le sens dans lequel il faut
tourner le bouton.
Au bout d’un quart d’heure il fait déjà meilleur .Trente minutes
plus tard il fait chaud, encore quinze minutes de plus et il fait
carrément trop chaud même le prof a fait tomber le pull.
Et parce que la poisse s’abat toujours sur les mêmes, Mehdi
surpris tombe de sa chaise,     laisse échapper de sa gorge un
énorme « putain !!! »
Le poil est devenu dingue. Il a brûlé le conduit en alu. Le bois a
gonflé et les chaussettes de Mehdi produisent de minuscules
boulettes incendiaires. Le, « putain ! », plus l’odeur, plus les
flammes, tout cela sort le prof de son état végétatif à discourir
avec lui-même.
La panique gagne les rangs. Ce qui était jusqu’à présent de
petites flammes s’est changé en Etna. Pour ceux qui auraient
oublié ce qu’est L’Etna, petite révision de géographie.
Etna: le plus grand volcan d'Europe




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L'Etna, qui est le plus grand volcan d'Europe par sa surface
d'environ 1250 km² et sa hauteur d'environ 3350 mètres au-
dessus du niveau de la mer, peut être également considéré
comme l'un des volcans les plus actifs du monde entier par les
manifestations éruptives continuelles qui se sont vérifiées ces
dernières années. Du haut de ses 3350 mètres il domine la Sicile
et les trois mers qui l'entourent, ainsi que la Calabre. L'Etna
offre de multiples aspects dont ses effroyables coulées de lave.

-Tout le monde dehors ! Hurle le prof,
Oubliez, les entrainements de secours avec la sonnette métallique
qui vous casse les oreilles, bienvenue au grand bordel de la fuite
en avant.
Il ne faut pas plus de quelques secondes pour que tout le monde
se retrouve dehors. J’ai le cul sur la neige puisque les escaliers
sont verglacés. J’ai le sentiment qu’il y’a comme un hic, mais
quoi ?
-Christina ! Hurle quelqu’un.
Christina ? Ah merde ! Christina est encore à l’intérieur et même
que l’on peut la voir… à la fenêtre.
Merde ! mais qu’est c’qu’elle fait encore dedans,
De la même façon que je suis sorti j’entre dans la chapelle
ardente.
J'me fraye un passage à l'aveuglette, tout droit dans le couloir
ensuite la première et unique porte gauche, enfin ce qu’il en
reste. Coup de pied violent j’entre, Christina hurle dans les




                                55 / 408
flammes, elle a ouvert le petit lavabo mais ça ne suffit pas. Je
cours droit sur elle (à dire vrai je n’ai aucune idée de ce que je
fais)
Bien sûr le poêle lui continu de cramer, le plancher craque à
certains endroits et le plafond ne vas pas tarder à lâcher. Les
braises volent un peu partout, j’ai du mal à respirer, mes joues
me brûlent. Je dois coûte que coûte tirer Christina de là.
Pas le temps de réfléchir, je décide de la pousser. De tout façon
y’a pas le choix, faut passer du côté fenêtre là où l’humidité et la
moisissure se sont installées. Dans un vacarme énorme, le mur
cède. C'est fait ! Nous sommes allongés sur la neige, j’ai le genou
qui me fait mal. Christina, assise, regarde sa main qui saigne puis
elle me regarde les yeux grands ouverts, hurle à nouveau
-putain !
-Quoi, qu’est ce qui y’a putain ? Elle ma foutu les j’tons et ses
cheveux ont un peu cramé.
-T'as la gueule, toute noire, Alex
-toi aussi, en plus t'as les cheveux qu’ont un peu cramé, ça sent
le poulet à qui on a brûlé ses plumes.
-et toi c’est le visage qu’a cramé, elle me dévisage de gauche à
droite, laisse échapper une grimaces. -tu saigne et ta des
boursouflures, tu dois souffrir le martyr ?
-Ah oui, fit-je en passant mes mains dessus -à bordel ça fait mal,
suffit d’en parler pour s’en rendre compte.




                              56 / 408
-Tu m’étonnes, tiens prend ça .Elle me tend une boule de neige.
Appuie ça sur ton visage.
Les sirènes des pompiers hurlent pas bien loin et une minute
plus tard des uniformes bleu et rouge arrivent en grand renfort.
L’un deux s’agenouille devant nous :
-ça va les enfants ?
-Alexandre, Christina !, hurle le prof en nous voyant, bordel
j’vous croyais à l’intérieur, moi !
-Ben non Monsieur, répond Christina.
-Bordel Alexandre tu peux me dire pourquoi               t’est rentré !
Question difficile à laquelle il fallait que je réponde
intelligemment.
-J'sais pas je l’ai vue à la fenêtre ? Je n’ai pas réfléchi.
Il avait une moue perplexe. Il se tourne vers Christina
-Et toi pourquoi tu es restée à l’intérieur, pourquoi t’as pas suivi
les autres dehors ? Il était au bord du gouffre il allait p’têtre bien
pleurer.
-J’étais du mauvais côté du poêle…
-Ah ? Du mauvais côté du… poêle.
Là on à bien cru qu’il allait s’évanouir ou un truc du genre.
Pas très originale comme réponse, je sais, mais qu’est ce que je
pouvais bien leur dire que j’avais les pied gelés. J’ai enlevé mes
baskets histoire de les chauffer un peut. Ensuite quand la classe
à pris feu je suis tombée en avant en les rechaussant, le temps de




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les relacer tout le monde était dehors. Franchement j’ai déjà
l’air assez conne comme ça pas la peine d’en rajouter.
Christina ouvrit à moitié la bouche puis se résigna, elle avait
sûrement ses raisons ou peut être n’en avait elle pas.
Le prof était rouge vif et tremblait, je continuais à me passer de
la neige sur les joues pendant qu’un autre pompier arrivait avec
une pharmacie. Christina n’allait pas tarder à fondre en larmes un
pompier nous fit signe de reculer, pendant qu’un autre nous
aidait à nous relever et surtout la pauvre christina.
A nouveau un vacarme de tous les diables, mais la ce fût le reste
du préfabriqué qui s’effondrait…je profitais du bruit pour poser
une question à ma collègue cascadeuse.
-Eh, au fait pourquoi t’es restée à l’intérieur ? Et j’espère que
t’as une bonne raison pour que je risque ma vie pour te sauver ?
Elle ne me répondit pas tout de suite, elle me fit signe de la tête
histoire de reculer encore et se mettre à l’écart.
-ok, si tu veux tout savoir, j’étais ? Silence suspect.
-Tu étais ?
-Oui j’étais, pied nu
-Ok, t’étais pied nu, et alors la moitié de la clase l’était aussi,
Christina ?
-Le lacet de ma chaussure était bloqué sous un pied du poêle.
-Merde, t’aurais pu sortir pied nu !
Un pompier nous montre du doigt, nous lui sourions du mieux
que nous pouvons.




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-ok, en tirant sur ma pompe, j’ai renversé mon sac.
-Ton sac ? Mais tout le monde à laisser son sac, moi le premier,
même monsieur machin la laisser, j’suis sur le cul que t’aie
risqué ta vie pour un sac à la con.
-Non, tu n’y es pas là Alexandre, ce n’est pas pour le sac.
-c’est quand même pas pour les cours ?
-Non bien sûr que non c’est autre chose. Je fais mine de ne pas
comprendre, mais c’est vrai que je ne comprends rien.
-Mon sac c’est renversé tu vois, elle mime l’accident, et puis un
truc c’est renversé, ou plutôt des trucs se sont renversés. Sa
gestuelle devient plus compliquée mais je crois que je commence
à piger.
-Tu vois le genre de truc qui n’appartient qu’aux filles ! Elle a
l’air excédé quand même sur la fin.
-Ouais, ok je ne suis quand même pas con a ce point là enfin là
j’ai compris, t’a tiré sur ton lacet, du coup ton sac s’est renversé
et tes tampons aussi, t’as voulu les rattraper et moi comme
Batman je nous ai sauvé à grands coups d’éclats de mur, qui lui
n’en n’était plus un de mur. En ni une ni deux on s’est retrouvé le
cul sur la neige    ce qui explique aussi qu’il te manque une
chaussure aux pieds.
-Hé oh ça va, j’t’ai rien demandé moi. Tu ne sais pas ce que c’est
toi, d’être une fille et d’avoir ses machins là, franchement c’est la
honte !
- T’as pas à avoir honte de quoi que se soit.




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-Non mais Alex, tu planes, toi encore t’es cool… Enfin ça
dépend pourquoi. Je vois ce qu’elle veut dire.
-Toi t’as l’esprit large, mais imagine un connard de la classe qui
tombe dessus, il se serait foutu de ma gueule et puis pourquoi
garder cela pour soi quand on peut partager sa connerie avec
d’autres. C’est sûr, vous les mecs, quant il s’agit de mater le cul
d’une fille, vous avez les yeux qui brillent, Mais passer ce cap,
vous êtes incapables de nous comprendre ou de comprendre que
nous aussi ça nous fait chier de vivre avec cette… et que c’est
volontiers que l’on s’en passerait, alors si je peux éviter que
quelqu’un tombe dessus. J’évite du même coup les blagues
pourries !
-Waouh, t’es possédée par Hipparchia. Apparemment ça ne l’ a
fait pas rire.
-Non c’est une plaisanterie, un truc con sur le féminisme. Ok,
faut vraiment que je trouve autre chose à dire.
-Toute façon à l’heure qu’il est ton sac et tes…tout ça à brûlé.


On a bien du rester plantés là encore dix minutes, pendant que
les pompiers se démenaient pour éteindre le reste de ce qui fut
notre dernier cours de français dans ce préfa. Ensuite ils nous ont
emmenés à l’hôpital. Pendant le trajet pas un mot.
On nous a soigné, j’ai eu le visage badigeonné d’une épaisse
crème. Ce qui n’a pas empêché plus tard de creuser des cicatrices




                              60 / 408
sur mes pommettes, Christina, quand à elle, a hérité de plusieurs
pansements.
Assis dans la salle d’attente, nous avons attendu que nos parents
viennent nous chercher.
-Alexandre ?
-Ouais,
- Pas un mot à personne sur ce que je t’ai raconté, t’à l’heure.
Je fixais les ambulances qui entraient et sortais de l’enceinte de
l’hôpital.
-De quoi est ce que tu veux parler…


Le directeur Mr Le gentil nous a convoqués, deux jours plus tard
dans son bureau. Il voulait prendre des nouvelles et nous féliciter
d’avoir fait preuve de calme et de discernement. Même si mon
geste était dangereux, il était content de moi. Ensuite il nous a
relâché, ouf.
-Christina ?
-Oui monsieur
-Un de vos collègues de classe a retrouvé votre sac, vous avez de
la chance, vous êtes la seule à qui le feu n’a pas brûler ses
affaires de cours, on peut dire que vous êtes chanceuse, sur ce
coup.
Christina serre la poignée de porte, prête à l’arracher, la langue
entre ses dents du fond, elle sourit à peine.
-merci m’sieur.




                               61 / 408
Nous partons en cours, Christina passe devant moi elle pousse les
portes battantes qui séparent l’administration de l’enseignement.
Je ne dis rien.
Pas elle.
-putain de merde !




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                           Chapitre 5
  LES PRESENTATIONS, CE N’EST JAMAIS TRES
                           SIMPLE….




Les vacances qui arrivent sont pour Abdel et moi l’occasion de
faire connaissance avec les différents amis de Nathalie ou
devrais-je dire sa cour, non je plaisante.
Présentation : Tout d’abord celle qui est ses yeux et ses oreilles,
indissociables l’une de l’autre j’ai nommé, Nadia, La tunar pour
« tunisienne ». C’est ainsi qu’Abdel l’appelait, d’ailleurs c’est
aussi de cette façon que certains algériens ou marocains
surnomment les tunisiens. Elle a de grands yeux noirs, des
cheveux frisés et un goût pour se mêler des affaires qui ne la
regardent pas. Une chose est sûre, là où pouvait être Nathalie
vous pouviez être sûr d’y trouver Nadia.
Ensuite y’a la petite Nora, petite parce que d’abord, elle est
petite, ensuite parce que sa coupe afro est démesurée, ceci
explique cela.




                              63 / 408
Du groupe d’amies c’est elle la plus cool. Cette fille possède un
talent fou pour ce qui est de faire la teuf. Les meilleurs plans
c’est Nora qui les a.
Sa mère était enseignante de français en Algérie, une fois arrivée
en France, elle a quitté son mari parce qu’il picolait pas mal et la
battait, du coup il s’est mit à picoler encore plus. Ce qui a fini par
le tuer. Ce n’est pas l’alcool qui l’a tué, où alors indirectement.
De toutes façon vu les litres qu’ils s’est envoyé dans le gosier
tout au long de son chômage, l’alcool où autre chose, il n’était
pas à ça près.
Ce qui l’a tué ? C’est un camion. Comment ? Renversé en allant
chercher les enfants à l’école. Pour plaisanter ses amis on dit le
jour de ces funérailles, que c’était un accident de travail.
Quand ? Un mardi matin à 11 h 20. Bourré comme un coing, il
sort du café Le petit Alger, de là il traverse la rue pour prendre sa
caisse située de l’autre côté. Quinze mètres le séparent de son
véhicule. Une fois arrivé il ouvre la portière, s’assoit au volant
mais là, petit problème. Impossible pour lui de mettre la clef dans
le neiman « nom utiliser pour la serrure d’une voiture d’après le
nom de son inventeur l’allemand Abram Neiman ». Donc après
cinq bonnes minutes de vociférations envers l’automobile, et
autant de hoquets, Il aperçoit une photo de famille sur le tableau
de bord, qu’il a du mal à prendre entre ses doigts. Bon avec
insistance, il arrive à écarter les yeux suffisamment pour se
rendre compte que ce n’est pas sa famille sur cette photo. Le




                               64 / 408
doute l’assaille, regarde autour de lui et aperçoit sur le trottoir
d’en face sa voiture. Il descend de l’automobile, court vers sa
voiture mais à mi-chemin s’aperçoit qu’il tient toujours entre ses
mains la photo de famille, qui n’est pas la sienne. Du coup, il
repart en arrière, zigzague jusqu’à la voiture, ouvre la portière et
chose nouvelle il aperçoit un jeune garçon assis sur la banquette
arrière du véhicule qui le regarde tout aussi bizarrement.
Pas plus surpris que ça il dépose la photo sur le tableau de bord,
fait signe au garçon et referme la porte du véhicule. A peine eu
t’il le temps de sortir la tête du véhicule afin de réajuster son
pantalon, à peine eu t’il le temps de reprendre un peu de souffle
et là, Boum. Un camion de livraison qui veut se garer en double
file le percute de plein fouet…


Depuis la maman de Nora vit bien à ce qu’elle dit. Elle a un poste
à la mairie, au service culturel.
J’ai d’ailleurs fait sa connaissance un samedi matin au marché.
Nora l’accompagnait aux courses, et c’est avec la plus grande
gentillesse qu’elle m’a été présentée.
Une dame très gentille, elle me félicita pour l’aide que j’apportais
à ma mère, un samedi matin pour porter les courses.
-Et bien un samedi matin avec ta mère aux courses qui plus est
au marché, au lieu de dormir comme le feraient la plupart des
autres de ton âge, bravo, ta mère peut être fier de toi Alexandre.




                               65 / 408
Quelle gentillesse de sa part mais elle n’y était pas du tout. Cette
fâcheuse habitude qu’avait prise ma mère de me traîner aux
courses me gonflait. Tous ça parce que mon père passait son
temps à râler sur le temps que ma mère passait aux courses. Du
coup, ne plus avoir un mari qui lui prenait la tête était salutaire, et
pour lui fini la corvée du samedi matin aux courses. Néanmoins,
le fait d’être à la maison ne l’empêchait pas d’avoir un œil collé
sur sa montre et de rouspéter.


Pour terminer les présentations : voici Chabura-vi, d’origine
vietnamienne, elle est la grosse tête du groupe, voir même celle
du collège. Derrière ce petit brin de fille secrète qui ne porte que
des jeans délavés et des cheveux courts, se cache un génie qui
n’a jamais une moyenne en dessous de 18.
Tellement secrète que je n’ai jamais su si elle m’appréciait où
pas. Cachée derrière ses montures de lunettes noires, elle me
déshabillait du regard, un peu gênant je l’avouerais. Car si son
regard à mon égard était méfiant, elle ne refusa jamais un slow
ou, un verre en ma compagnie. De toute façon cela m’était bien,
égal. Ce la ne me faisait ni chaud ni froid
Abdel, au contraire en avait fait son petit jardin secret. Chabura-
vi était celle sur qui il fantasmait. Il ne se passait pas un jour sans
qu’il   nous raconte     à José et moi, les folles histoires que
comptaient ces nombreux rêves…




                               66 / 408
Elle était la petite asiatique le dos courbé avec son grand chapeau
à travailler dur pour une société rizicole dirigée par une main de
fer ! Un riche propriétaire sans scrupules au fouet facile.
Lui se présentait en sauveur ultime dégainant son regard à la
Lee Van Cleef et malheur à celui qui aurait croisé son regard.
Deux coups de feu auraient réglé son affaire.
Bien sûr la fin de son récit a connu plusieurs remaniements et je
compte plus les fins tellement elles sont nombreuses. Que voulez
vous, c’est aussi cela que d’être autodidacte.
Bon, J’avoue quand même un faible pour celle où la petite
Chabura-vi est prise entre deux feux, agenouillée au milieu des
rizières, les mains collées sur ces tempes.
Abdel revolver au poing se jette à corps perdu dans un combat
sans merci, enjambe barrières et autre décor de paille.
Tout y est : le soleil qui vous aveugle la poussière en forme de
spirale et les gringos armées jusqu'aux dents.
Mais Abdel, ne craint rien ni personne il recharge son arme à
tout vitesse et les gringos tombent. Les sombreros volent, et les
paysans apeurés, s’écartent pour laisser place à notre héros qui
continue sa course folle au beau milieu d’une apocalypse ; la
chorégraphie est surprenante et digne d’un Sergio Leone.
Comme dans tout histoire de guerre avec un héros le nôtre prend
une balle, normal, c’est aussi ça être un héros, les risques du
métier. La douleur qui le déchire à l’épaule le met dans une
colère noire (goutte de sueur au front plus un regard sans pitié).




                              67 / 408
Sur son chemin les morts se comptent pas milliers, à présent le
voici nez à nez avec son ennemi juré, ce bourreau d’esclavagiste
capitaliste.
Dans un ultime combat au sabre, qui doit bien durer une bonne
heure, avec pour décor, un château, un saloon, et ? J’ai un trou.
Oui, plus des canons qui lui envoient des boulets, Abel ce héros
des temps modernes assène un coup mortel à son ennemi.
Transpercé de part en part, il tombe du haut d’une falaise, sa tête
broyé sur les rochers marque la fin de cet esclavagiste,
capitaliste, bref vous l’aurez compris la fin d’un tyran.
Puis c’est le happy-end, sous un soleil couchant rouge vif nôtre
héros harassé entre dans la petite baraque. Sa belle qui l’attend
s’occupe de ses blessures. Ensuite, ils vécurent heureux jusqu'à la
fin de leur vie, Préférant une vie bien rangée au chaos des armes
et de la violence…


Les bras tendu au ciel il nous regarde faire, José est mort de rire
et moi je n’ai qu’une chose à lui dire.
-Pff, mieux vaut pour toi que cela reste entre nous.
Il acquiesce du regard. Il est temps pour nous de se rendre chez
Nora qui a invité tout un tas de personne.
Quand je vous disais que cette nana adore faire la fête.
Elle habite un quartier calme, enfin plus calme que le mien, qui
surplombe la ville. Les bâtiments n’ont que cinq étages donc pas
d’ascenseur, du coup on prend son temps dans la cage d’escalier.




                              68 / 408
On parle de tout de rien. Une fois les cinq étages montés, nous
sommes devant un grave dilemme Sonner ou frapper ? Qui passe
le premier lui ou moi ou lui ?
La question ne se pose pas très longtemps puisque une main
vient d’agripper la rambarde de la cage d’escalier et
heureusement pour nous c’est un visage connu.
-hey, Fernando, ça roule? Il tire la langue.
-On t’attendait pour entrer, on sait dit tient v’la Fernando autant
qu’on rentre tous en même temps, moins de boulot pour Nora.
-Abdel, sacré enfoiré t’as toujours le mot juste. Abel lui répond
par un doigt d’honneur.
Fernando, lui ne répond pas tout de suite, il se contente de
sourire, normal il est à bout de souffle.
-Oh putain, j'suis cassé j'ai soif, c’est terrible.
-durs ses escaliers Fernand ?
-Tu m’étonnes, j’viens d’me taper le déménagement de la
maîtresse de mon père, j’suis déchiré. Il se penche en avant pour
respirer, les mains appuyées sur ses cuisses. C’est vrai qu’il
transpire pas mal.
Abdel et moi avons la même idée. Frapper à la porte,
-Vas y Fernand toi le premier t’es cassé, t’as soif…vas y. Il se
redresse peu à peu et nous balance un : - Bande d’enculés !
Bien sûr Fernand, mais c’est trop tard. Il est devant, nous
derrière, il se relève à peine quand la porte s’ouvre. Nora se tient
derrière, elle porte une main de Fatima dorée autour du cou. Sur




                                 69 / 408
sa veste une main jaune épinglée avec les inscriptions « touche
pas mon pote »
Elle a l’air inquiète pour Fernand.
-ça va Fernand ? T’es tout rouge
-Il a juste besoin d’un grand verre d’eau, et d’oxygènes. Réplique
Abdel avec une petite tape dans le dos.
-ça va merci, il entre, Nora nous interroge du regard.
-C’est pas bien grave juste un déménagement pour la maîtresse à
son padère, tien c’est pour toi. Rajoute Abdel qui lui a apporté
des fleurs. Nora accepte les fleurs et s’en va derrière Fernando
-Attends Fernando c’est quoi cette histoire de déménagement
avec ton père et…et sa maîtresse, c’est ça ? Mais j’ai toujours cru
que les portugais enfin presque tous les portugais, sauf lui. Elle
me désigne du doigt. -Etait monogame ? Catholique ? Non ?
-Je décide de ne pas répondre directement à cette attaque,- dit
moi Nora c’est quoi cette main jaune sur ta veste ?
On entre dans le salon, un simple spot rouge éclaire la pièce. Y’a
pas mal de monde. Certains assis sur des canapés, d’autres
debout dos au mur. Les regards entre filles et garçons
s’échangent à peine l’ambiance est, papier peint, c’est comme ça
que j’appelle tout ce qui ne bouge pas, ne communique pas. La
musique n’est pas terrible. Heureusement, Nora me demande si
j’ai une cassette.




                              70 / 408
-dit Alex, toi qu’as toujours un casque sur la tête tu dois bien
avoir une cassette, un truc qui ferait bouger ces plantes verte, je
ne sais pas..du Disco ou de la Funk ?
-Bien sûr, tient. Je lui tends une cassette, un sourire large.
-c’est quoi ?
-tu verras.
-d’accord. Elle tourne les talons et se dirige vers la chaîne hi fi la
musique s’interrompt un instant.
-C’est quoi ? Balance une des filles assise, d’un ton nonchalant.
Je les regarde vautrées sur le canapé, elles ont toutes les cheveux
crêpés, du fard à joue rose et du rouge à lèvres rouge. Mini jupes
pour certaines, jeans neige, déchirés pour les autres. Collants
verts ou rouges, chaussettes de gym sur des pompes vernies,
bienvenue dans les années quatre vingt.
Dés les premières notes, murs, vitres, membranes des enceintes,
nous, tout se met à trembler. Just Like Honey, échange
l’ambiance calme contre des pieds qui battent la mesure et des
corps qui se balancent. Les paroles défilent dans ma tête, comme
un mille-pattes prisonnier d’un labyrinthe sphérique.

Listen to the girl                 Ecoute la fille
As she takes on half the world     Comme elle prend la moitié du monde
Moving up and so alive             Remuante et en vie
In her honey dripping beehive      Comme son miel s'égouttant de la ruche
Beehive                            De la ruche




                                 71 / 408
Trois minutes de bonheur que ce morceau des Mary Chain. Très
rapidement ma cassette m’est restituée au profit de Prince et de
son « Kiss ». Que voulez vous ? Tout est histoire de goût dans ce
bas monde.
Son funk libère quelques ardeurs et les moins trouillards d’entre
nous commencent à chauffer le lino blanc du salon. Au fur et à
mesure que les morceaux s’enchaînent, les gens ont l’air moins
constipé ou alors c’est ma cassette qu’ils craignent. La fête bat
son plein, rires, conversation à voix basse, danse frénétique. Le
canapé devient le coin à draguer, enfin surtout les filles qui le
squattent depuis le début. Abdel s’allume une clope, Je lui fais
signe de la tête et il m’en jette une.
J’examine ma Camel un bon moment, non pas pour sa nuisance,
mais parc’que ma première clope était une Camel, je me souviens
l’avoir piquée dans le sac de ma sœur.
Ce qu’il y a de pire pour quelqu’un qui ne fume pas beaucoup
c’est la première de la journée. Elle vous file le vertige dés les
premières bouffées.
Abdel lui me traite de petit joueur. De fumeur du dimanche.
-Alors ok, soit j’suis un p’tit joueur, un fumeur à deux balle,
mais dit comment t’appelle ceux qui se lèvent le matin et hop une
clope au bec. Ou alors ceux qui la fument au lit : carrément
suicidaire tu ne trouve pas ? Non, tu sais quoi, les pires sont
ceux qui la fument aux chiottes…Si ça ce n’est pas dé-gueu-




                               72 / 408
lasse ? Alors très bien j’veux bien être une tanche, une tapette ou
ce que tu voudras.
Tenez, un exemple concret : la grand mère d’un pote qui est
insomniaque, donc qui ne dort quasiment pas, trois, quatre heures
par nuit au plus. Et bien pendant ces heures où elle est éveillée
vous savez quoi, elle trouve pas mieux à faire que de se griller
des clopes! J’sais bien que le tricot c’est pas le panard mais
quand même, de là à se griller une clope en pleine nuit. Au
secours !
Il est vrai aussi que dans certaines circonstances la clope peut
être un parfait alibi, si, si. Tenez là par exemple Nathalie vient
d’arriver, un rapide coup d’œil dans le salon, lui permet de
m’apercevoir. L’air de rien, je fais mine de tapoter sur ma clope
histoire d’enlever la cendre, Deux minutes plus tard elle pénètre
dans le salon … Divine.
Sur le reflet de la fenêtre j’aperçois Nadia qui lui chuchote à
l’oreille, je feins de ne n’avoir rien vu bien que cela aiguise ma
curiosité. J’avale ma salive et me tourne à peine que ses bras me
surprennent autour de ma taille. Pas le temps de dire un mot
qu’elle me retire la cigarette des doigts, pour la saisir entre son
index et son majeur. Ses lèvres pincent délicatement la Camel et
laissent une trace de son rouge à lèvres sur le filtre.
-Tu fumes ? Me demande-t-elle. La fumée expirée par ses
poumons s’envole. Je suis du regard ce ballet de contorsionniste
qui se dissipe dans l’air, ballet qui se termine écrasé au plafond.




                               73 / 408
-Non. Enfin si, enfin pas beaucoup… elle me dévisage
-J’suis pas vraiment clair hein ?
-Pas vraiment c’est vrai, mais est-ce vraiment important ?
-Pourtant Gemini Cricket ma bien soufflé la réponse.
-Ah oui ? Elle me reprend la cigarette des doigts pour tirer une
nouvelle bouffée, ce qui consume le papier et rougie le bout de
la cigarette. Un sourire malicieux s’échappe alors des ses yeux.
Par-dessus son épaule, j’observe les gens, ils ont l’air de
s’amuser, sur le papier peint fleuri du couloir Chabura-vi est
adossée au mur, Abdel lui fait face un bras appuyé contre le mur,
ils sourient.
Je me marre. Elle se retourne pour voir ce qui me fait rire.
-Qu’est qui te fais rire ?
Je lui réponds que c’est Abdel qui me fait rire ou plutôt c’est le
sourire d'Abdel qui me fait rire.
-Il a une dent fendu.
-Ah oui ?
-Oui
-Raconte.
- Je ne sais pas si je dois. C’est à mon tour de la dévisager
- Ok, un matin au bahut Abdel et moi on est là à se geler le cul
au froid. Il me dit qu’il boufferait bien un pain au choc, je lui que
moi aussi, il me dit qu’il se ferait bien un baby-foot, je lui répond
que c’est pas mon truc, mais bon.




                              74 / 408
Evidemment le seul endroit qui fournit le p’tit-dèj et le le baby
c’est le foyer. Donc on se pointe devant mais comme c’est les
quatrièmes et les troisièmes qui l’occupent à cette heure-ci et pas
les cinquièmes on est pratiquement sûr de se faire remballer.
Bon on se pointe quand même et là on tombe sur un espèce de
con filiforme, qui filtre les entrées et sorties de chacun.
Abdel me fait du coude pour que l’on se mêle au prochain
groupe qui entre. Le gardien de la porte, a compris l’esbroufe
(pas    si   con   que   ça   finalement)    il     nous      murmure
incompréhensible, Abdel fait mine de ne pas avoir entendu, là il
pointe sa main ouverte : du genre halte et nous dit de dégager.
Je souris, Abdel aussi, trop facile, j’attrape son bras et l’attire
vers moi. Surpris Il se casse la gueule le long des marches et
nous, on entre.
Abdel fait un tour au stand des pains au choc où il en chourave
deux. La nana qui vends les viennoiseries l’a capté furieuse est
lui montre un écriteau avec la mention « aider nous à partir en
voyages, arrêtez de piquer les pains au chocolat ! Merci »
On fait le tour du foyer personne ne nous remarque, ou plutôt ils
s’en battent.
On arrive au baby, Abdel s’échauffe, fait craquer ses
articulations, prêt pour une démonstration. Sur ce, un élève de
troisième se fiche devant, l’accès au baby n’est remis qu’à plus
tard.




                               75 / 408
Il s’adresse à nous d’une manière très hautaine. « -C’est
réservé ! » Fier, il bombe le torse, pour continuer il nous mate
de la tête au pied et à nouveau cet air supérieur.
-Vous devriez pas être en cours les bleus à c’t’heure là ? Abdel
s’approche de lui.
-Hein, mais tu veux quoi ? J’t’ai dit de t’casser toi et ton
corbeau. Le corbeau c’est moi.
Le mec doit bien faire quatre vingt kilos de cheveux et de poil.
Abdel qui le juge        lui balance directe      un coup de tête.
Malheureusement le gars recule, perd l’équilibre et la mâchoire
d’Abdel vient heurter le front du poilu. Du coup il se retrouve
avec un morceau de dent appartenant à Abdel enfoncé sous la
peau.
Un froid a été jeté et un silence de mort règne à présent dans la
pièce. Les élèves surpris ne       savent pas s’il faut en rire ou
pleurer. Toutefois quand le type décide d’extirper le morceau
d’incisive enfoncé dans ses épais sourcils, tout le monde se
marre.
Ce qui du coup me rappel la gueule d’Abdel une main sur la
bouche, la larme à l’œil, voilà.
Silence…..
Je la regarde qui sourit elle feint de se retenir, se mord la lèvre,
puis rompt le silence.
- En fait, toi et ton pote z’êtes des terroristes des bacs à sable, un
genre de bande a Baader, mais au collège.




                               76 / 408
Je la regarde déconcerté, et sur ce elle éclate de rire.
-non je rigole Alexandre.
-Ah oui ?
- Mais oui, n’empêche que quand même. Elle continue de rire
J’enfouis mes mains dans mes poches et je prends un air
dédaigneux. Elle continue de se marrer, je la regarde, j’ai envie
de la lui dire que je la trouve belle, me mord la bouche. Mais
l’envie de la regarder s’éloigner est la plus forte.
Tient, quelqu’un a eu le bon goût de virer les Wham et leur
Wake me up before you go go pour un très bon House of love.
Nadia chuchote quelques mots à l’oreille de Nathalie, mais sans
me quitter des yeux, j’avance vers elles, la voilà bien gênée.
Je murmure du bout des lèvres « tu es belle et je t’aime ».
Nadia recule un peu, elle ne m’a pas entendu, mais à
parfaitement lu sur ma bouche, les mots qu’elle avait formés.
Nathalie lit sur le visage de son amie son étonnement, aussitôt
son visage se tourne vers moi,- quoi ?
Prit de court, je lui retourne un « quoi ? »
-Je n’sais pas j’avais l’impression que tu t’adressais à moi ?
-Non.
Nadia recula encore, sûrement un peu gênée, je la fixe droit dans
les yeux. Nathalie se retourne vers elle puis vers moi, un sourire
aux lèvres. – Mais qu’est c’qui… je ne la laisse pas terminer sa
phrase. Je fais mine de ne pas comprendre.
-Ben rien. Que veux tu qu’il y ait ?




                               77 / 408
-Je ne sais pas. Laisse tomber.
Comme je ne savais comment désamorcer cette petite tension, je
me suis dit autant y aller franco.
-Alors c’est quoi toutes ces confidences ?
-la curiosité est un vilain défaut, ta maman ne te la jamais
apprit ?
-Eh bien, je me souviens vaguement d’une histoire de ce type,
mais ça devait pas être très important, vue que je l’ai oubliée.
-Qu’est c’qui n’est pas important que tu as oublié ? Balance José
qui passe entre nous deux. Il a l’air de chercher quelqu’un, ou
de l’éviter. Il tient un truc planqué dans sa main, je penche un
peu la tête et je découvre une cassette. Une fois devant la fenêtre
un rapide coup d’œil sa part vers le salon et hop, v’la la cassette
qui vole par la fenêtre.
Nathalie est un peu surprise, elle se tourne vers moi.
- Curieuse façon d’écouter une cassette, ce garçon a.
-Tu l’as dit Yoda.
-Voilà, ni vu ni connu. Fait il en se frottant les mains, plutôt
content de lui, il se plante devant nous.
- Alors cette chose importante ?
-Les house of love c’était toi tout à l’heure ?
-Oui
-La cassette que t’as balancé par la fenêtre, c’était les wham ? Il
prend un air soulagé.
-Oh, oui




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-Et sinon, t’as pas un truc de prévu là ? J’sais pas moi un
morceau à passer, une cassette à j’ter dans le vide ordure.
-Condamné !
-Quoi ?
Il me répond tout en se délectant à mater Nathalie, qui sirote un
jus de fruit à la paille, ou alors c’est le        jus de fruit qu’il
reluque?
-Le vide ordure, ils l’ont condamné, j’y ai bien pensé, mais tu
sais comment on traite les parasites aujourd’hui…
-Tu veux vraiment savoir ce qu’elle m’a chuchoté?
-Ouais. Je fixe José, - t’es sûr que t’as pas un truc à faire ?
Il prend un grand bol d’air -A merde, v’là la pétasse anglaise à
qui j’ai piqué la cassette, bon j’me casse, à plus.
-C’est à ton sujet, mais tu ne vas pas être content.
L’anglaise, furieuse passe entre Nathalie et moi, par chance
Nathalie qui la vue a reculé, ce qui a empêché que son jus de fruit
n’atterrisse sur son sweat.
-Ah, oui et pourquoi ? Elle vérifie quand même son sweat-shirt.
-tu sais c’est à propos des corbeaux.
-Des corbeaux ? La fille passe de nouveau entre Nathalie et moi.
Sauf que là Nathalie n’a pas l’intention de la laisser faire et
intervient.
- Excuse-moi, la fille se retourne. -Tu cherches quoi au juste ?
La fille se tourne vers nous, un peu désolée tout de même et un
léger accent.




                               79 / 408
-Ah ? ui Pardon, je cherche une cassette ? Heu, qui était ? Dans
le stéréo ? Elle nous fixe, les yeux grand ouvert histoire de voir
si nous avons bien tout pigé.
-Ta cassette tu vois, elle est sur le trottoir dehors. Nathalie lui
indique la rue. –Et si tu cherches quelque chose adresse toi à José
la prochaine fois, ok ?
La fille, semble avoir compris.
-Ok, José ? Le garçon avec un piull (toujours cet accent) marron
c’est ça ?
-C’est ça, José, il porte un pull marron et il traîne souvent vers la
stéréo. Nathalie reprend une gorgée de son jus de fruit.
La fille reste plantée là encore dix secondes puis s’en va. Arrivée
au   bout    du    salon   elle    se      retourne   vers   nous   en
murmurant « José » écarte les yeux, je crois qu’elle vient de
comprendre.


Cette parenthèse close, notre discussion peut reprendre.
-Donc si je comprends bien, elle t’a appelé pour te murmurer à
l’oreille, et te demander ton avis sur les corbeaux ?
-Non ce n’est pas… je lui coupe la parole -Te fatigue pas je sais
bien que ce n’est pas pour ton point du vue d’ornithologue
qu’elle ta demandé. Le corbeau, c’est pour               la façon de
m’habiller ou de me coiffer. Je sais c’est toujours difficile au
début, mais rassure là, on s’habitue rapidement. J’vais me
cherche à boire.




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En réalité je ne vais pas me chercher un truc à boire, mais plutôt
filer, et à l’anglaise comme ont dit.
Je sors sur le pallier, quand une main agrippe mon bras.
- La cuisine, ce n’est pas ici. Je me retourne et ses beaux yeux
tremblent, devant les miens.
-Viens, je vais te montrer quelque chose. Elle commence à
monter les marches qui conduisent au grenier, quand à mon tour
j’attrape sa main. Elle se retourne. –J’espère, que c’est cochon au
moins. Elle me donne un baiser et ébouriffe mes cheveux.
-Je crois que cela va te plaire.
Effectivement, une fois l’échelle plaquée sur le mur, la trappe
ouverte on se retrouve sur le toit de l’immeuble. D’ici on aperçoit
toute la ville, elle parait si petite quand fermant sa main on peut
la serrer dans son poing.
-Alors c’est quoi ici ?
-Notre coin tranquille. Elle fixe l’horizon
-Waouh, Tu veux dire que je me trouve dans le jardin secret
des filles.
-On peut dire ça. C’est ici que l’on vient pour parler de tout, de
rien, ou tout simplement prendre un grand bol d’air.
-Je vois.
- Ah oui ?
-Oui, vous parler d’ornithologie, et tu m’arrêtes si je me trompe
mais les corbeaux sont votre sujet favoris. Et puis de toute cette




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musique triste qui vous fait peur. De ces gars qui se maquillent
les lèvres, tout cela est…Etrange.
Ce n’est plus l’horizon qu’elle fixe à présent mais moi, ensuite
elle baisse les yeux.
-très bien j’suis désolée pour tout à l’heure.
-Pas grave, tu sais ça m’est bien égal après tout.
-Pas tant que ça apparemment. Ecoute je ne veux pas me répéter
mais, je me sens un conne         et    une nouvelle fois si je t’es
blessé… Mais si cela peut te rassurer sache que toutes nos
conversations ne porte pas sur toi. C’est simplement que Les
gens n’ont pas l’habitude c’est tout.
-Je sais, et tu sais ma réaction de t’à l’heure était débile et j’suis
désolé de m’être emporté et prendre la fuite, ce n’est pas ce que
je voulais.. C est juste que ça m’irrite un peu le fait de devoir
m’expliquer, sur mes choix ou…
-je comprends. Elle a vraiment l’air bouleversé.
Dans un cas pareil, un croyant lèverait les yeux au ciel pour
demander de l’aide. Malheureusement, où heureusement, je ne
suis pas croyant. Moi quand je lève la tête c’est pour voir les
nuages former un énorme cumulonimbus au dessus de nous et
sentir une légère brise.
-Il y a trois mois de cela de nouveaux voisins ont aménagé, mon
balcon et le leur est juste séparé par un mur.
-A oui,




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-Ouais, ils sont Tunisiens, j’dit ça mais en réalité j’men fous pas
mal des origines de chacun, pour moi il n’y a que deux façon de
voir le jour, l’un par l’extraction de l'enfant du ventre de sa mère
par incision de l'utérus l’autre par… -Je vois c’que tu veux dire.


-Enfin bref en clair on vient tous du même endroit. C’est fou
quand on y pense, croire que l’on puisse s’imaginer être
supérieur ou les élus de telle chose… Tu vas rire, mais petit je
pensais qu’on était tous de la même espèce. Quand je regardais
un western avec John Whayne ou King Kong, pour moi c’était
la même langue y’avait pas de baratin sur qui est étranger et qui
ne l’est pas.
- C’est sur.
- Tu me crois naïf ?
- Pas du tout, au contraire j’trouve même que pour un garçon de
ton âge tes loin d’être con.
- Merci je n’en demandais pas tant.
-Mais y’a pas de quoi, tu me demandes si t’es naïf, je te réponds
sincèrement, basée exclusivement mon expérience de fille.
-Ok…
Donc pour en revenir à mon sujet, tu vois ils sont cinq enfants et
souvent quand j’suis sur le balcon, y’a une des sœurs qui se fait
agresser pas son frangin, un sale con. Il lui dit qu’il est le grand
frère, en gros cela lui donne tout pouvoir pour l’injurier ou lui
taper dessus. Il n’arrête pas de répéter « tu fais la belle, patati




                               83 / 408
patata…, tu fais la belle, j’sui qui moi » et là il lui décroche un
pain…
J’imagine cette fille à ce moment victime de la brutalité de cet
homme.
-J’ai souvent envie de passer de l’autre coté du mur histoire de
lui expliquer que je ne comprends rien à sa théorie de grand frère,
tu vois : moi homme, toi femme. Moi fort intelligent toi rien toi
petite. Le mâle suprême quoi.
Qui a laissé cette espèce d’animal croire que l’on pouvait
disposer ainsi d’une personne.
Nathalie passe ses doigts dans le miens et me regarde
compatissante
-c’est dégelasse et monstrueux.
-oui
-Mais tu ne peux rien faire, Alexandre.
Non.    Quelque    chose    de    curieux   m’empêche     d’avaler
correctement ma salive, je repense à ce que ma grand-mère m’a
dit un jour. Un jour où mon père n’a peu contenir sa colère
envers moi et m’a marqué à jamais. Elle ma dit : les hommes sont
des animaux et celui qui me dit que l’on ne descend pas du singe
il se met un doigt dans l’œil. Et encore les animaux eu on plus de
respect entre eux, ils tuent, ils mangent. Nous nous mangeons
sans tuer.




                             84 / 408
Nathalie qui me tient toujours la main, s’avance un peu plus près
du vide, elle se penche légèrement en avant pour juger de la
hauteur. Ses pieds chevauchent le bord de l’immeuble et le vent
souffle sur sa chevelure frisée cachant ainsi une partie de son
visage. Du bout de ses doigt, ôte les quelques boucles venues se
plaquer contre ses lèvres. Son blouson en jean n’est pas bien
chaud,   elle passe    mes mains autour de sa taille pour se
réchauffer, se sert contre moi et elle m’embrasse sur la joue.
-N’ai pas peur Alexandre.
J’admire son calme, sa maturité, la façon dont elle me regarde.
Le vent souffle à nouveau et je dégage ses cheveux qui couvrent
son visage. L’air frais transporte son parfum que j’hume jusqu à
m’anesthésier le cerveau.
Parce que sa tête est posée contre ma poitrine je me sens plus en
confiance que je ne l’aie jamais été. Ses épaules se soulèvent, elle
se blottit un peu plus contre moi. Je la sers aussi. Je voudrais que
maintenant soit pour toujours ce que j’ai vécu de mieux. Je
m’extasie de la vue qui nous est offerte et surtout d’être là avec
elle…    au   fond    j’me   fous   pas   mal   de    ce   paysage.




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                           Chapitre 6
             Investigation des processus psychiques




Mon début de cinquième n’a pas été très glorieux ou tout au
plus, aussi branlant que ma fin de sixième. Passer de justesse
grâce à un professeur de français compatissant, à l’enthousiasme
de ma prof de dessin qui trouve mon approche de la peinture
intéressante, brut.
C’est vrai que je qualifierais mes talent de peintre de « brute »
mais de là à ce que cela soit intéressant, n’exagérons rien. Moi je
dirais que    c’est   surtout destroy, crade, le papier Canson à
gondoler sous l’effet de la flotte, beaucoup trop de dilution.
Toutefois, je ne veux surtout pas la contredire si elle trouve mon
approche de la peinture intéressante et bien va pour intéressant,
pour brut c’est J.M Basquiat qui ne va pas être content. Mon
anglais n’est pas trop dégueu, ma prof d’anglais, qui je crois
m’aime bien, trouve mon accent pas si mal pour une classe de
« j-m’en-foutiste », comme elle l’aime à le souligner. Elle m’a
même suggéré de me joindre à la troupe de théâtre du collège.
-Pourquoi pas.
Bref à en croire les délégués, mon cas n’a pas été facile, mais un
réel goût pour les arts et le français, aide le jury pour se
prononcer sur un        passage en cinquième, avec pour tout
commentaire « doit travailler dur ! »




                              86 / 408
Mon père lui ne se contente pas de mon passage, il exige un
travail sérieux. Que je puisse me foutre ainsi de ma scolarité
l’agace au plus haut point, il n’arrête pas de me dire « tu finiras à
balayer les rues » je lui réponds.
-Si c’est la volonté de dieu, qu’il en soit ainsi !
Un midi, parmi ces fameux midis où ma mère a cuisiné un plat
de pâtes accompagné         de    viande accompagné d’une sauce
tomates, ail, oignons et vin blanc. Un de ces midis assez rares
pour qu’il soit cité, où mon père mange avec nous ; normalement
à cette heure il se trouve devant sa presse à injecter de la matière
chaude.
De ce fait aujourd’hui et cela pour une durer déterminer (jusqu’a
la fin de cette semaine) faudra compter avec lui pour le déjeuner.
Un collègue tombé malade à du être remplacé sur le chanp. Ainsi
mon, père se retrouve à faire vingt heures, quatre heures du mat’
au lieu des ses midi, vingt heures habituelles.
En conséquence ce lundi          nous mangeons ensemble pour le
meilleur et surtout le pire, de délicieux spaghettis agrémentés de
cette délicieuse sauce à la tomate aux oignons, ail et vin blanc.
Quel plaisir !
Tellement bon, que la seul chose qui me fait lever le nez de mon
assiette est la tête de cochon que mon père affiche, il n’est pas
d’humeur, sauf peut être à vous écraser la tête dans votre assiette.
Ma mère roule les yeux à chaque fois que mon père expire




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longuement. Mon père qui la fixe, coupable de vouloir remettre
en cause son autorité.
La cause de son humeur …ou devrais-je dire, les causes à ses
nombreuses        humeurs, font parties d’une liste interminable.
Toutefois celle (la cause) qui nous intéresse aujourd’hui, se
trouve assise en face de moi.
Lauréate du grand prix de ce midi et ce, grâce à un réel désir de
tenir tête à mon vieux qui, lui, n’a aucune envie de la laisser
vivre sa vie. Même si elle à seize ans. Elle vit sous son toit et
c’est tout. Il a droit de vie et de mort, prend les décisions envers
et contre tous.
Penser par nous mêmes autant se mettre une fourchette dans
l’œil.
C’est avec une immense joie que j’attribue aujourd’hui la palme
de       la   révolution   pour     laquelle   j’entonnerais   bien
« l’INTERNATIONALE », j’ai nommé la grande ou la petite
(en taille) Feu grande sœur.
Ma soeurette qui, à l’inverse de moi ne se gave pas de pâtes à la
sauce tomates mais de soupe aux légumes, et qui n’a de regard
que pour celle-ci. Pas la peine d’être expert en communication
pour s’apercevoir que toute tentative d’unification est impossible.
Ce qui du coup, a rapidement abrégé ce pure moment de famille,
évitant ainsi tout incident diplomatique.
Mais pourquoi tant de haine?




                                88 / 408
C’est clair, cela mérite une explication et qui mieux que moi
peux vous faire profiter d’un tel moment.
Résumé de la situation : je regrette quand même que vous n’ayez
pas les images.
Ma sœur, s’est rendue chez la conseillère d’orientation du bahut,
et avec qui elle a beaucoup discuté coupe de cheveux, look et
mode… Et re-coupe de cheveux. Et re-mode et re-look.
Je soulignerai au passage celui de ma sœur, partagé entre la
dureté du maquillage façon Nina Hagen et les cheveux
ébouriffés, crêpés, ou courts avec une mèche qui vous tombe
devant les yeux façon : Siouxie Soux, kim wilde, et j’en passe
sûrement des meilleurs.
Finalement après une longue et plus ou moins bonne évaluation
de Madame la conseillère d’orientation, il est évident que le
métier de coiffeur est fait pour ma sœur. Où alors, esthéticienne,
styliste… En fin de compte coiffeur parait le plus raisonnable.
Ce qui ne déplairait pas à mon père, ce vieux radin qui du même
coup se retrouverait avec une coiffeuse à domicile et pas un rond
débourser.
Non ce qui le gêne c’est le fait qu’elle doive pour son
apprentissage se rendre cinq jours par semaine dans une autre
ville, qui à vol d’oiseau se trouve à une bonne trentaine de
minutes de son lieu d’habitation, sa maison.
Et ça ! Pour mon père il en est hors de question. Le truc, j’ai
seize ans je dors cinq nuits par semaine dans un autre lit que




                             89 / 408
le mien et bien cette idée là mon père la déteste au plus haut
point. Pire, mais que vont penser les autres, une fille de seize ans
à peine, avec d’autres filles. Laissées à la facilité de jeune mâles
en proie à de la jeune chair fraîche. Mon père ne le supporte pas,
il digère mal ce caprice d’adolescente.
Ah, je reconnais bien là l’homme qui nous a élevés, celui qui
n’a pas tout fait quitté le quinzième siècle. Lui, eux, et toutes
leurs bonne morale chrétienne…beurk
Du coup ma sœur a décidé de boycotter mon vieux et ses idées
archaïques. Désormais ses cheveux seront couleur bordeaux avec
une mèche verte.
Je ne vous raconte pas l’ambiance des repas familiaux, avec ma
mère qui cherche à désamorcer la tension en faisant du pied à
mon père l’encourageant ainsi à avoir un autre comportement.
Sauf qu’au lieu du pied de mon père c’est le mien qu’elle
touche…
 Zut, je me suis aventuré trop rapidement en terrain à découvert,
l’homme de cromagnon sort à l’instant de son mutisme.
-Alexandre c’est quoi ces notes de classe que tu nous ramènes.
Petites remarques il dit « nous » malin, le vieux, il mêle du coup
ma mère à cela, je suis bloqué sans aide extérieur, Le fourbe.
-Déjà t’es passé en cinquième de justesse tu ne vas quand même
pas recommencer à faire le clown à rêvasser à je ne sais quoi. Il
tape du point sur la table.




                              90 / 408
Il regarde ma mère, et poursuis ; tout tes professeurs me disent la
même chose tu es très intelligent mais tu gâches tout et… Il ne
finit pas sa phrase, il essaye tant bien que mal de garder son
calme.
-Si tu continu comme ça tu vas finir ta vie en remplissant les
rayons des supermarchés avec des boîtes de conserve.
Maman sans mêle, avec son accent et en léger différé de langue.
Sabes filho, tou peux pas aller comme ça tou es intelligent alors
pourquoi tou travaille pas. Je la regarde sans broncher.
C’est fou depuis le temps qu’elle est en France et elle sait
toujours pas dire une phrase correcte en français, mais je dois
bien l’avouer ça me fait franchement marrer. Mon père qui
revient d’un grand voyage dans son cerveau ajoute.
Ecoute, j’ai discuté avec ton principal et le directeur et avec ta
mère     on à décidé qu’il fallait peut être t’envoyer voir un
psy…Ma sœur qui sort à son tour de sa boîte crânienne, lui
coupe la parole.
-putain mais il n’est pas dingue !
Mon père la fusille du regard pour deux choses : primo elle lui à
couper la parole, secundo elle à dit putain, tout ceci ne me dit
rien qui vaille.
Ma mère reprend la parole et retirant un morceau de je ne sais
trop quoi d’entre ses dents.
Nao il est pas dingue… enfin deus quer que sim. « Traduction
après les trois petits points : que dieu le veuille bien ».




                               91 / 408
Voilà je suis maintenant reconnu d’intérêt pas public pour tous
mes concitoyens.


Le rendez vous est donc pris, ce sera tous les mardis et ceci à
compter de demain et pour une durer indéterminé, au centre
socio éducatif. Tout les mardis soir après les cours de natation de
l’école je rejoins mon père qui m’attend à l’entrée du centre.
Je longe un couloir avec tout un tas de dessin accrochée au murs
et aux portes, car ici des portes il y en à et de toutes les couleurs.
Mon père marche devant, j’ai ainsi tout le loisir de contempler
ces petits chefs d’œuvres.
Nous nous asseyons au fond du couloir dans une petite salle
d’attente qui en réalité       n’en ai pas une. C’est juste le
prolongement du couloir avec une table, des chaises et            une
plante verte, en plastique. Il y a aussi des parents avec leurs
enfants sensiblement plus jeunes que moi. Ont-ils eu aussi des
problèmes dits : émotif, hyperactivité, dédoublement de la
personne ou je ne sais quoi encore ?
Le petit blond qui se balance sur sa chaise en fixant le sol croit il
être la réincarnation de Jim Morrison ? Ou tenez celui qui essaie
en vain d’arracher sa mère au fauteuil pour y asseoir son ours
petit brun est p’têtre bien un futur serial killer ou alors un PDG
sans scrupule ?
Bordel dans quel pétrin ais-je mis les pieds. Et cette gamine qui
n’arrête pas d’essayer de me donner la main, elle veut quoi là !




                               92 / 408
-Alexandre ? Oui c’est moi, quelqu’un m’a appelé.
Je lève les yeux en direction de la porte qui vient de s’ouvrir, une
dame, à qui je donnerai bien l’âge de ma mère, s’approche de
moi. Elle me regarde le point légèrement serré et exquise un
léger sourire, elle à aussi un sourire pour les autres parents qui le
lui rende bien. Mon père se lève ; là sa veut dire qu’il faut que je
le suive.
-Non pas vous monsieur, on se verra après. Il acquiesce. Je
regarde à nouveau le petit blond sur sa chaise qui me fixe tête
baisser.
Franchement, malgré toute sa délicatesse Qu’est ce qu’elle y
connaît au rock’n roll.


Le bureau n’est pas très grand, une table marron foncé un
fauteuil en cuire, une commode, une pile de papier bien rangé.
On a peint les murs couleur pêche et punaisé tout un tas de
dessins, signé par leurs auteurs.
Une fleur qui a perdu ses pétales bleus tombé sur une pelouse
verte signée Camille. Un vélo        cassé signé bernard. L’extra
terrestre E.T et son gros doigt pointé en l’air signé Paul. Ou
encore Ahmoudi, Aurélie, Marie, Daniel …
Une fois ma visite des lieux terminée, elle me demande de
m’asseoir, ce que je fait. Ses mains posées délicatement sur le
bord de la table elle parait très calme, zen. Quand elle se met à
parler enfin c’est toujours très calmement.




                              93 / 408
-Tu aimes le dessin ?
-oui
-Tu aimes dessiner ?
-oui
-Si je te donne une feuille, tu pourrais me dessiner quelque chose
?
- maintenant ?
-Oui maintenant .Elle se retourne pour prendre une feuille parmi
la pile de feuille posée sur la commode, tire sur un tiroir d’où elle
prend des crayons de couleurs qu’elle pose devant moi
-Que voulez vous que je dessine ?
-Ce que tu voudras, c’est un dessin libre.
Après quelques seconde d’hésitation je saisi un crayon dans la
pochette, bien sûr je n’ai aucune idée de ce que je vais dessiner
Alors pourquoi pas une ville du vent dans les arbres et un gars
allongé, voilà.
-Tu as finis ?
-Oui.
Elle agrippe ma feuille de dessin qu’elle regarde attentivement.
C’est fou tout ce silence on pourrait entendre une mouche voler.
-Vous aimez le calme ?
-parfois il est nécessaire, tu ne penses pas ?
-si, si.
Ses mains poussent le dessin légèrement sur sa droite et à
nouveau ce silence.




                               94 / 408
J’entends des bruits qui viennent de l’extérieur, qu’est ce que je
donnerai pour y être ou même avoir une vue, sa m’aiderai à
supporter tous ce calme. Malheureusement les rideaux aux
fenêtres sont beaucoup trop épais.
Dites moi vos rideaux sont vachement épais ? Elle pivote sur son
fauteuil pour regarder les rideaux.
-C’est un genre de rideaux anti-feu ? Ou un truc comme ça ?
-J’opterai plutôt pour un manque de goût de la part du
décorateur. Elle me fixe gentiment.
-tu veux que je les ouvre ?
-Si cela ne vous dérange pas.
-Pad du tout.
Elle se lève, passe sa main derrière l’épais tissus, attrape une
chaîne qu’elle tire vers le bas, actionnant ainsi le mécanisme
d’ouverture des rideaux, une fois la mission accomplie elle
retourne s’asseoir a son bureau sur lequel elle s’accoude les
doigts croisés.
-Dit moi Alexandre, qu’est ce que cela te fait d’être ici ?
Je lève les sourcils.
Comment te sens-tu si tu préfère?
-Ici ?
-Oui ici. Elle s’enfonce un peu plus contre son fauteuil
-ben ça va, je me sens bien. « Tu parle j’ai une de ses envie de
pioncés la piscine ma claqué.- Le dessin vous plu ?
- Oui, Sais-tu pourquoi tu es là ?




                                95 / 408
-Je sais pas, D’après mes parents, mes professeurs, je vis dans un
autre monde, mes résultats à l’école sont pas brillant, et…? Je
hoche les épaules, parce que finalement dans ce genre de
situation, pourquoi répondre simplement quand on peut rendre
les choses plus difficile.
-et comment sont-ils?
- apparemment pas top ou pas assez bien, pour les profs d’après
eux j’ai des capacités mais je ne les mets pas en avant. On me
reproche aussi le fait que je passe beaucoup de temps dans les
étoiles.
Je la regarde, qui ne dit rein elle se contente de m’observer c’est
tout.
-Je suis passé de justesse en cinquième.
A sa mains saisi un stylo quatre couleurs, et prend note de ce
que je viens de dire, puis son regard se pose à nouveaux sur moi.
J’ai quand même l’air d’un rat de laboratoire, au début un dessin
après étude du comportement en milieu calme et maintenant
prise de note. Je m’demande si ma façon d’être assis à son
importance ou non dans mon étude. Et si mes parents avaient
raisons ? Suis-je vraiment taré ? N’y a t’il plus rien à faire, est ce
que j’ai déjà touché le fond ?
-En à tu parler avec un professeur ?
-Oui, avec ma prof d’anglais Mme Feliz, en fait c’est elle qui
m’a bloqué après son cour, c’est marrant son nom « Feliz » en
portugais cela veut dire » heureux ».




                                 96 / 408
J’ai à peine réussi à la faire sourire, elle croise les jambes, ça lui
donne un côté très sérieux à cet entretien.
- bref, Un soir elle ma retenue après son cour pour discuter de
tout de rien, elle enchaîne ensuite sur le fait que je manque de
concentration, ce qui à pour effet de nuire à mon travaille et
ajoute que c’est aussi l’avis de certains profs. Avant ils se
plaignaient mon comportement perturbateur. Je ne comprends.
Silence dans la pièce à nouvelle cette mouche qui vole.
-Qu’est que tu ne comprends pas ?
J’hésite un moment avant de répondre- Je ne comprends plus
rien, hier on me taxait d’agitateur et aujourd’hui que je suis on ne
peut plus calme, on me reproche le fait que « je plane »
-Tu planes ?
-Oui, apparemment, en tous cas c’est le terme qu’elle a utilisé
pour me décrire en classe.
-Et toi as tu l’impression de planer ? Pour cette question Elle ne
prend même pas pris la peine de me regarder, concentrer à
retranscrire ce que je dis. Finalement à bien y regarder le boulot
de psy c’est assez proche de celui de flic. On vous pose des
questions, vous répondez, il griffonne un truc sur une machine,
elle c’est sur une feuille A4.
Des coups je vais en profiter pour tirer sur mon caleçon qui c’est
méchamment collé sur mes fesses. J’ai horreur d’être assis sur
des chaises, c’est le genre de truc qui vous gratte quand vous




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avez encore la peau humide. Saleté de rendez vous, comme si
j’avais besoin de ça.
Si elle croit qu’on va continuer ce manège longtemps elle se
fourre un doigt dans l’œil la psy. Moi le trip j’te raconte tout et tu
ne me dit rien sa ne me branche pas des masses. Faudrait p’être
que je m’lève en me grattant le cul en, ça la forcerait sûrement
abrégé ce monologue
Elle décroise les jambes peut être a-t-elle des fourmis aux
jambes ? Je pense à mon père dans la salle d’attente, il doit
penser qu’on fomente un truc contre lui ou alors il à ses yeux
fixer sur l’horloge du couloir puis sur sa montre, y’en à
forcement une qui retarde.
Au fait j’y pense maintenant je devrais peut être et cela pour la
sécurité des enfants et celle de la psy la mette au courant de quel
genre de personne est mon vieux : Archaïques, lourdingue,
macho, j’oublie quoi encore… à oui homophobe. Il ne comprend
pas que l’on puisse t’être homosexuel, un pédé, pour reprendre
ses termes exact. Il adore se moquer, de ce genre de petit détail
insignifiant, assis devant sa télé à deux balle, il raconte à ma
mère des choses horribles, qui me dépassent complètement
– C’n’est pas possible, en plus ils font l’amour comme des
animaux.
Et, ptêtre bien que si je lâchai ça à la psy, il aurait tellement
honte qu’il se cacherai la tête dans une poubelle. Pour sur que la
psy lui passerai même sa corbeille à papier. Je me marre.




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-Qu’est ce qui te fais rire ?
Ah, miss détective revient à l’assaut.
-Non rien je, Elle interrompt son ouvrage et croise à nouveau les
mains.
-Tu me fais partager ? Bien sur que je vais partager tien.
-C’est une blague…une blague qu’un copain ma raconter, c’est
pour cette raison que je rie.
Voilà, c’est repartie elle me sourit à nouveau. Je crois bien
qu’elle attend ma blague.
Très bien allons-y pour une série de blagues, elle ne va pas être
déçue la psy.
-Qu'est-ce qui est pire que deux bébés dans une poubelle ?
-Ah, c’est une devinette ?
-Oui, oui c’est ça une devinette (ça me semble évident)
Quelques secondes de réflexion, accompagné d’une grimace.
-Non je ne vois pas.
-Un bébé dans deux poubelles
Pas un mot, elle se contente de lever ses sourcils, ses muscles
zygomatiques n’ont pas bronché, apparemment ça à l’effet
escompter.
-Bon Alexandre pour nous c’est terminer on va se revoir la
semaine prochaine, D’accord.
D’accord, d’accord de toute façon je n’ai pas bien le choix.
-Tu va retourner dans la salle d’attente et m’envoyer ton papa tu
veux bien.




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Je me lève aussitôt mes fesses retrouvent leur liberté et j’en
profite pour tirer sur mon caleçon le dégageant ainsi de toute
emprise de sur mes fesses.
Mon père est déjà quand je passe la porte.
- alors c’est fini ?
- oui, elle veut te voir.
-A très bien, il à l’air étonné, Bon ben j’y vais.
Il n’y a plus personne dans la salle d’attente plus qu’une dame
qui passe avec son caddie bleu de nettoyage, elle me sourit et me
dit bonsoir.
Sur mon fauteuil en plastique rouge, je me retourne pour scruter
le ciel qui c’est assombrit depuis tout a l’heure. C’est dingue,
suffit qu’on ne soit pas là pour que tout change. Une minute
avant il fait jour et hop on passe de la cuisine au salon et il fait
nuit, c’est dingue.
Sur le chemin de retour à la maison mon père ne dit rien, je
marche derrière lui et j’essaye de me souvenir d’un maximum de
blagues et de devinette qui franchement me fon rire.
Il se retourne sur moi, qu’est ce qui te faire rire comme ça ?
-Ho rien, rien juste une connerie a l’école… Zut, je viens de chier
dans la colle.
Son visage s’assombri, il serre les dents, ça se voit au muscle de
sa mâchoire quand il est énervé il fait travailler ses muscles.
Utiliser « connerie » et « école » dans la même phrase ce n’était
pas très fut, fut.




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Tant pis je vais continuer à ma bidonner.


Qu`est ce que fait une femme belge, qui donne le bain à son bébé
et que l'eau est trop chaude... elle se met des gants.




Qu est-ce qui fait vingt mètres de long et qui sent le pipi ?..........
une farandole de petits vieux dans une maison de retraite.


Comment occuper une blonde toute la journée ?
Inscrire "retournez" de chaque côté d'une feuille...


Pourquoi les hommes portent-ils la cravate?
Ca a l'air moins con qu'une laisse


-Mort de rire…




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                           Chapitre 7
               Origine, quand tu nous tiens…



Avec Abdel, et sur le conseil de Madame Feliz, nous avons
décidé de s’inscrire au cours théâtre de l’école. C’est Mme
Laforêt qui assure les cours de théâtre et qui, pour un certain
temps remplace notre prof de français en congé maladie.
Pendant deux ans on prépare une pièce, puis à l’issue de ses
deux années, elle est présentée à l’ensemble du collège et à la
ville.
Ce lundi débute par un cour de français, qu’elle essaye de rendre
le plus attractif possible. Passant d’une lecture très vivante à une
nonchalance épuisante. Sa lecture, est un long monologue
ponctué de silence et de regard complice. Son intention est-elle
de provoquer en nous un orgasme littéraire ? Qui sait.
Malgré toute cette bonne volonté on ne peut s’empêcher de
jouer les trouble-fêtes. C’est du fond de la classe que les
chuchotements, les rires ont trouvé un écho, ce qui sans nul
doute provoquera      notre chute. A plusieurs reprises notre
narratrice a levé ses yeux accusateurs sur nous, normal un talent
oratoire pareil saccagé par une bande de zigotos, ça fout les
boules.




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La discrétion n’est pas nôtre fort, José qui se trouve à l’extrémité
de notre rang n’hésite pas à lever le bras bien haut pour nous
envoyer du bout des doigts d’énormes boulettes en papier.
Boulette bien roulée qui contiennent les questions de notre quiz
ciné, musique.       Ici c’est le nom d’un groupe que l’on doit
trouver, le seul indice gribouillé à l’encre bleue tiens en deux
mots : « YU-GUNG » vous avez trouvé ?
Il aura fallut au total dix minute pour renvoyer la boulette avec la
réponse à josé. Et oui, cinq minutes de recherche plus cinq
minutes à tromper la vigilance de notre professeur.
Donc après avoir prit la réponse en pleine tête José peut y lire la
réponse        « Einsturzende     Neubauten »       groupe    industriel
allemand. Il hoche de la tête vers le bas, c’est une             bonne
réponse.
La sonnerie retentie dans les couloirs, c’est la fin de notre cour
et d’une franche déconnade qui aura durée pas moins de deux
heures. C’est les griffes acérées que notre geôlière (qui soit disant
passant, a plus de point commun avec la jeune fille représentante
de   fromage     «     belle   des   champs »       qu’avec   l’autorité
pluridisciplinaire) s’est postée à la sortie.
A t’elle décidé de contrôler ceux qui sortent et ceux qui restent ?
Oui, puisque je me trouvais à moins d’un mètre quand son bras
s’est intercalé entre nous et la porte de sortie.




                                103 / 408
Tel le castor : mammifère rongeur d’Amérique du nord ou
d’Europe construisant des digues de branchage dans les cours
d’eau, elle s’est imposée à nous, empêchant tout accès à la sortie.
Si j’étais de mauvaise foi où avait fait mine de ne pas
comprendre, j’aurais d’abord cru à une séquestration. Ensuite
parce qu’elle portait souvent des robes blanches ou à fleurs,
j’aurais imaginé     que c’était un truc de ex-soixante-huitard
hippie, qu’elle nous proposerait des drogues, une danse autour
du feu ou plus si affinités.
Mais voilà, je ne suis pas de mauvaise foi et encore moins bête
que je n’en ai l’air et comme le dit si bien cette maxime : chacun
récolte ce     qu’il sème, je devais donc m’attendre à des
représailles de taille, vu le j’men-foutisme auquel j’avais pris
part. Abdel, ne discuta même pas, il alla s’asseoir sans un mot
sans aucune manifestation de mécontentement, aussi docile
qu’un mouton à l’abattoir. J’étais scié par se comportement de
lâche, cela cachait quelque chose.
-enfoiré ! Lui avais-je murmuré.
-J’ai pu remarquer à quel point vous portiez un certain intérêt
pour mon cours et la poésie de Victor Hugo. Regard malicieux,
elle ne va pas tarder à charger son fusil.
-Et si j’en crois ma vue et mes oreilles, le cinéma, la musique
occupe une bien plus grande place dans vos priorités.
Petit moment de silence…




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-Que mon cour ne vous plaise pas c’est une chose mais de là à
déranger le reste de la classe en est une autre.
A nouveau ce silence…
-j’avoue que ramasser vos carnets de liaison pour vous coller
une heure de colle tous les samedi matin pendant trois mois
excite beaucoup mon stylo à plume. Mais heureusement pour
vous cela ne colle pas vraiment avec l’image que je me fais de
l’enseignement, non je laisse plutôt ce genre de méthode à
d’autres collègues ou ?... elle lève les yeux au ciel, sa phrase
s’est suspendue dans les airs.
-dans votre malheur je sais comment canaliser vos ardeurs
culturelles, et c’est avec une immense joie que je vous invite à
rejoindre mon cours de théâtre. A moins que vous ne préféreriez
la première invitation ? Une heure tout les samedi matins pendant
trois mois.
Voilà son second monologue est terminé, remarquez cette fois
on la même pas coupée, mais qui aurai pu ? Faut dire que
d’entrée de jeux elle nous a mit la pression, trois mois ça fait
réfléchir. Abdel a pas moufté, on croirait presque qu’on lui a jeté
un sort. Et José a passé ses trois minutes à mater sa nouvelle
paire d’Adidas.


-je sais pas trop, être acteur, jouer devant un public ce n’est pas
mon truc, balance José en continuant de            mater ces   belle
Nastase, blanche et bleue.




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-Et bien si je peux vous aider, sachez qu’il reste trois places pour
ce samedi.
-écoutez, moi ça me branche le drame, la comédie, c’est pour
moi, ok sa marche, vous pouvez m’inscrire.
-Alexandre ?
-Moi être acteur, pas de problème et Abdel il a l’air sérieusement
emballé, non ? c’est claire on signe. Saleté de chantage.
-Attention, faire du théâtre c’est autre chose que le cinéma, cela
demande un vrai travail, un réel investissement de votre part. Au
théâtre, un texte s’apprend par cœur, On ne vous demande pas
seulement de jouer un personnage mais d’être cette personne.
-Ok, c’est quand ? A tiens, Abdel viens de sortir de sa torpeur.
- tous les jeudis après 16 H 30, au C.D.I. Si vous êtes retenu pour
la pièce qui se jouera en fin d’année prochaine vous n’aurez
ensuite qu’une heure de français à la place des deux heures
actuel.
-Et pour les maths c’est pareil ?
-Pour le français uniquement et à condition que vous soyez
retenus…




-Dans quelle galère on s’est foutu Alex ? Abdel est allongé sur
une des tables du foyer, il tire sur ses cheveux bouclés, et j’avoue




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que lui fendre la tête à coups de hache me séduit, dommage ici il
n’y en a aucune.
-faut voir le bon côté des choses, vous évitez la colle, la plus
longue de cette établissement, et vous serrez bientôt, presque
célèbre. Je viens d’annoncer la nouvelle à Nathalie qui trouve ça
extra, en tout cas ça n’a pas ébréché son sens de l’humour.
-Extra, vraiment ? On voit que ce n’est pas toi qui vas supporter
les délires d’une soixante-huitarde.
-t’exagère un peu là.
-J’exagère ? Non mais franchement t’as vu sa garde robe… -Je
m’attends au pire.




Quand les autres (nos potes) on apprit la nouvelle ça été d’abord
une vague de moqueries plus quelques insultes. Normal vu leur
Q.I. Ensuite, et parce qu’il le méritait bien, Abdel et moi on a
craché le morceau. Les cours d’art n’étaient en fait que le début
d’une grande et longue carrière. Qui commencerait par la
sélection des meilleurs et qui s’achèverait à la comédie française.
-Vous imaginez ? Tous à la comédie Française, et pas devant
n’importe qui, devant les plus grands noms du théâtre, voir
même du cinéma. Abdel acquiesçait et en rajoutait.
-C’est clair.




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Il n’en fallu pas plus, par peur de louper un quelconques début
de carrière, ces sales vautours quittèrent illico presto le foyer
pour aller s’inscrire.
Nathalie, qui tout ce temps avait fait mine de bouquiner, me jeta
un crayon à papier à la figure.
- Vous n’avez pas honte ? Pas vraiment non.
-Et toi ça, ne te dit pas ?
-Jaime pas la célébrité, et puis je préfère ne pas te déconcentrer
pour ta future carrière.
-Merci, j’apprécie ce geste, au moins tu me soutiens c’est déjà ça.
En fait ce qui botte vraiment Nathalie c’est de bosser en tant que
bénévole dans une asso, l’humanitaire, le caritatif voilà ce qui la
brancherait.
-Tu sais, il en faut quand même beaucoup plus pour me
déconcentrer.
-Je sais, mais c’est non.
Sur ce, Nat s’est levée pour aller chercher un journal sur le porte-
revues. Je la suis du regard, et croyez moi je n’étais pas le seul.
Depuis notre arriver au foyer, j’avais la sensation que l’on nous
observait. C’était comme si quelqu’un dans cette salle, avait posé
ses oreilles et ses yeux sur la table.
Nathalie, feuilletait une à une les revues de mode, quand le
sentiment que      notre espion allait se mettre à découvert se
matérialisa. Et qui d’autre pouvait bien se cacher derrière ce




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visage rose aux deux énormes globes oculaires, qui d’autre que
Lydie.
Les yeux prisonniers dans son bocal à poisson, elle nous étudiait,
observait nos moindre fais et geste à travers le verre rond du
bocal. Ce qui lui conférait un aspect étrange, un visage déformé,
allongé.
Un rapide coup d’œil sur ma droite l’avait démasqué, en plein
flagrant délit d’espionnage… Je lui adressais un signe de la main,
un salut quoi. Son visage se teint en rouge.
Nathalie écartée de son chemin, elle pouvait presque sans
problème se rendre à notre table. Abdel           somnolent, la tête
plongé dans ses bras, changea de position à son arrivée. Il ne put
s’empêcher     de   lâcher    un    énorme     soupir,     suivi   d’un
ronchonnement à peine imperceptible.
-Putain pas elle, si j’en avais la force j’aurais abadé.
Je m’inquiétais pour lui, D’abord pas un mot, devant Mme
France et là deux phrase en l’espace de vingt minutes, bizarre ?
-Aba quoi ?
-J’ai vu que tu t’étais inscrit au cours de Mme France?
Il m’aura fallu quelques secondes pour répondre à cette question,
peut être le temps que je m’adapte à sa présence.
- Oui. Sourire forcé. -Oui c’est vrai je me suis inscrit, j’adore le
théâtre.




                               109 / 408
-C’est vrai ? Je fais partie de la troupe depuis un bout de temps
maintenant, mais faute d’élèves rien n’a jamais vraiment été
concrétisé, jusqu'à maintenant en tout cas.
Je baragouine un truc incompréhensible du style, « et bien
maintenant tu vas être servie question élèves ».
-Pardon tu disais ?
Abdel lui aussi s’y met en cafouillage linguistique.
-Mais elle n’est pas encore partie celle là !
-Non, je disais OK, OK.
Avec la chance que j’ai, je vais me retrouver à jouer son truc fils
ou pire, son mari ; saleté de chantage.
-Bon et bien je te laisse, à jeudi ?
-Ouais c’est ça, casse toi. Nouveau grognement d’Abdel.
-jeudi ?
-Oui, jeudi…pour le théâtre.
-oui, bien sûr, jeudi, le théâtre… Abdel vient aussi tu sais ? Ca
n’a pas l’air de la ravir.


Une minute plus tard elle n’est toujours par partie, ou pas tout à
fait, figurez vous qu’elle vient d’écraser le pied de son fidèle ami
de compagnie ? Qui durant tout ce temps est restée bouche
cousue planquée derrière sa maîtresse. Je serais tenté de lui
demander comment vas Lassie, mais je n’en fait rien.


Nathalie revient s’asseoir, perplexe.




                               110 / 408
- c’est fou ce que cette fille peut avoir les joues rouges. Elle fixe
Abdel qui pionce.
-Ma tante nous à ramener un jus de fruit de son voyage en
Allemagne, un truc goût cerise je crois, l’étiquette de la bouteille
représente une fille avec les pommettes toutes rouges comme
elle.
-t’exagère pas un peu quand même ?
Abdel sort de sa léthargie.
-Franchement Alex, Nat à raison cette nana à un problème au
niveau des glandes ou un truc comme ça…
-Qu’est c’que les glandes ont à voir avec le fait qu’elle ait les
joues rouges tu peux me le dire ?
-Ah, tu vois toi aussi tu trouves qu’elle a les joues rouges.
-Nat, j’ai pas dit ça, je dis simplement… voilà je sais plus ce que
je voulais dire.
-Reconnais que cette nana a un problème et pas seulement
hormonale. Nat, tu veux savoir le meilleur, L’année dernière
pour son anniv. Abdel s’approche d’elle comme pour lui révéler
un secret.
-Cette dingue lui a offert une trousse, des stylos, une gomme...
Nathalie toujours perplexe regarde Lydie. Abdel renchérie.
-Une barge j’te dis !
- Cela n’a rien à voir le fait d’être cinglé, où je ne sais quel autre
comportement qui mérite un avis médical. Non c’est               tout
simplement de la gentillesse.




                              111 / 408
Effarée, voilà l’adjectif qui qualifierait le mieux, leur façon de
me regarder.
-C’est ça, dis plutôt qu’elle te drague mon vieux pote.
Je me tourne vers Nathalie, ses yeux inquiets dissimulent en
réalité un sourire, ouf j’ai bien cru pendant une seconde qu’elle
avait gobé sa théorie fumeuse.
-En tout cas, j’ai bien failli me cogner contre son ombre
-Tu parles de Lassie ?
Nat, me claque la revue sur la tête, avec un air faussement
désapprobateur.
-T’es horrible !
- Moi horrible, j’te signale au passage que ce n’est pas moi qui ai
fais la remarque concernant une prétendue couleur de joue ou
un pseudo problème psychiatrique chez Lydie.
-Alex
-De tout façon l’autre la suit de partout...
-Alexandre ?
-oui Nathalie.
-tu crois que je n’ai pas vu son manège.
-Hein, mais de quel manège tu parles ?
-Tu rigoles, depuis que l’on est ici, elle t’a pas lâché des yeux,
tiens même sa copine qui ne la lâche jamais, Lassie comme tu
l’appelles, et bien même elle n’a pas réussi à captiver son
attention comme toi.




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-Tes dingue, j’ai rien dit, rien fait, tient demande à Abdel c’est,
c’est pas vrai Abdel. Je lui tape sur les pieds vu qu’il se tient
comme un shérif, les pieds posés sur son bureau.
-Ce n’est pas de toi que je parle, mais d’elle.
-C’est clair Alex cette nana est raide dingue de toi. Moi à ta place
Nat je règlerais ça vite fait bien fait.
-Ah, ouais ?
-Ouais !
- Et dit moi monsieur, le redresseur de tort, monsieur le cow-boy,
tu ferais ça comment au sabre ou avec ton pistolet magique ?
-T’es un marrant toi ?
-Au moins on est deux.
-Hé ho, ça va tout les deux, c’est quoi ces délires de flingue ou de
sabre.
-Rien, de toute façon il a rien vu il dormait, pas vrai, Abdel ?
- Si, si c’est vrai je dormais, et puis j’veux pas être mêlé à vos
histoires de couple. Tout cela ne me regarde pas… Surtout quand
une nana essaye de piquer mon meilleur pote à ma meilleure
amie, Je trouve ça dégueulasse, franchement dans quel monde on
vit.
-Enfoiré.
Je me tourne vers Nathalie qui feuillette son journal
-Je te jure j’ai rien fais pour… elle me coupe la parole.
-T’en fais pas, Don juan, je sais très bien tout ça. D’ailleurs c’est
un secret pour personne.




                                113 / 408
-Quoi donc ?
-Laisse tomber
-Non vas y dit moi ?
-tout le monde ou à peu près tout le monde ici sait que ça date
pas d’hier qu’elle te court après, voilà.
Je suis bouche bée, les bras m’en tombent.
-Ah bordel, alors là je suis sur le cul !
-t’as rien à craindre, le secret sera bien gardé. Sur ce ils se
marrent.
-Ah tu parles d’un secret si tout le monde est au courant, de quoi
j’ai l’air moi. Et puis cela me gène pour…
-Pour moi ? Non, tu ne doit pas, à moins que bien sûr toi… ?
-A moins que quoi ? Non, non, non, non jamais, jamais de la vie
-Et bien voilà c’est régler, c’est elle qui te drague pas toi, ce que
pense les autres ont s’en fou.
Moment de calme, et re-éclat de rire
-Merci, et merci à toi mon soi disant meilleur pote, j’adore ton
aide. J’esquisse un sourire.
-Marrez vous, ça se voit que c’est pas vous qui êtes à ma place.
Je me lève furieux, mais pas trop quand même
-Alex mon pe-tit che-rie où vas-tu ?
-Où je vais ? Changer cette musique de merde qui à créé un
bouchon dans mes oreilles.
Cette daube va me provoquer une hémorragie de l’oreille.




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Ils me regardent d’un air dubitatif, ok je fais marche arrière pour
leur expliquer.
-D’abord ça se manifeste par une douleur à l’intérieur de
l’oreille, une surdité et un écoulement de sang. Elle peut se
produire lors d’une fracture du crâne ou lors d’une perforation du
tympan. Cet accident survient souvent à cause d’une chute. Dans
mon cas à moi c’est cette musique épouvantable. Les
hémorragies de l’oreille signalent une fracture du crâne si le sang
est mélangé à un liquide clair, qui est le liquide céphalo-rachidien
(liquide dans lequel baigne le cerveau et la moelle épinière). Ce
type d’hémorragie peut s’accompagner de maux de tête et parfois
de troubles de la conscience, exigeant d’alerter rapidement les
services d’urgence. Je dirais que dans ce cas précis le seul service
compétent, présent dans ce lieu merdique c’est moi et…
Monsieur Iggy pop.
Voila, ils ont enfin arrêter de rire.
-C’est pire que je croyais, Alexandre…t’es complètement taré.
Complètement d’accord, reprend Abdel, mon pote t’est fou !
José qui avait disparu, s’est pointé avec un sac plein de
viennoiseries qu’il jette sur la table.
-En même temps si aujourd’hui il se mettait à changer, c’est là
que je me ferais du souci.
-T’as pas tord le demi toss (toss pour portugais), tien j’te pique
un pain au choc.
-c’est fait pour mec. José m’adresse un clin d’œil.




                               115 / 408
-Comme le disais Dali à un certain Freud « La seule différence
entre moi et un fou, c’est que je ne suis pas fou ».
Du coup je suis parti virer ces hérétiques du bon goût, de la
chaîne stéréo. J’ouvre le compartiment à cassette et après avoir
éjecté Rick Ashley je dépose avec toute la délicatesse due à son
rang d’album culte, RAW POWER de Iggy et les Stooges
Dés les premiers accords de search and destroy, les enceintes
font voler la poussière des membranes.
Je monte sur une table et m’exécute dans une danse de fou,
Abdel et son pain au chocolat dans la bouche a prit une seconde
table. Nathalie ne sait pas si elle doit appeler les urgences
psychiatriques ou frappées dans ses mains et comme José a
l’habitude de ce genre de débordement il envoie cahier et feuilles
en l’air.
Arrivent ensuite Fernando, Miguel, J.C, Georges, Nora etc. tous
se joignent à nous, certains dansent sur les chaises d’autres sur
les tables, la musique provoque une hystérie collective.
Le foyer tremble de toute part, le plancher du sol craque. Ils
continuent à danser, sautent de partout, véritables puces, ils ont
perdu tout contrôle. Les murs devraient s’effondrer d’une minute
à l’autre mais au lieu de cela c’est toute la structure qui s’arrache
du sol, emporté dans les airs. Propulsée par deux énormes
réacteurs.
Raw power ! Chante Iggy ? Raw power! hurlent les élèves.




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J’aide Nathalie à monter danser sur la table, elle se déchaîne
comme jamais auparavant. Sur le plancher un énorme pogo est
organisé, la chaleur dans la pièce est passée de 23, 24 à 35
degrés.
Je suis si heureux, mon cœur bat la chamade, elle passe ses bras
autour de mon cou. J’ai la gorge sèche et la tête qui tourne.
A mesure que la chaleur monte nous perdons de l’altitude. Plus
que trois cent pieds, deux cent pieds. La descente aux enfers
sans escales. Nathalie rie et saute aux rythmes de la musique. Je
ris aussi et l’écho de mes éclats semble résonner dans ma tête. Le
foyer se consume sous les flammes. Je regarde autour de moi, la
gaieté se lit sur tous les visages, sans que les voix ou les rires ne
me parviennent, la musique est vraiment très forte. Plus que cent
pieds, cinquante. Ils se jettent les uns contre les autres, mon front
dégouline de sueur. Trente pieds, vingt, dix.
Ma tête tourne je perds l’équilibre, mes jambes sont molles, une
dernière expiration. Je glisse à travers les bras de Nathalie. Son
visage s’éloigne petit à petit, jusqu'à devenir flou et noir…




-Alexandre, à ta dernière visite on a discuté de toi et de ton papa,
tu t’en souviens ?
-oui




                              117 / 408
Bien Je t’avais demandé pour aujourd’hui de penser à certains
mots que tu utiliserais pour décrire ton père et pourquoi ?...
Elle fait une pause pour voir si j’ai bien tout compris, c’est
dingue plus je la regarde et plus je me dis qu’elle ne ressemble à
une personne que je connais. Elle ne se maquille pas ou très peu,
pas de vernis au doigt, elle porte des vêtements entre deux
modes, pull bleu marin col en v un jour et chemise rayée blanche
et verte l’autre. Seule fantaisie, son collier de perles nacrées,
enfin si l’on peut considérer cela comme une fantaisie.
Du coup, je m’demande si je ne suis pas tombé sur le genre de
bonne femme qui se fait tellement chier à la maison qu’elle a
décidé de s’occuper des autres plutôt que de ses enfants gâtés et
pourris. Et tous ça pourquoi ? Une bonne conscience ? Vous
parlez d’une chance.
Son mari lui ne rentre que très tard à la maison, sa vie se passe au
bureau ou devant un café à regarder se croiser et se décroiser les
jambes trop longues de sa secrétaire.
Ses gamins ont pillé le frigo toute la journée avec leurs potes et le
soir ils râlent parce qu’il n’ya plus de Perrier ou de yaourt nature
à zéro pour cent.
Je regarde dehors pour voir quel genre de voiture elle conduit.
Peut être cet ami 8 grise ? La 205, impossible beaucoup trop
sportive. De toute façon j’m’en fous.
Ils ont changé mon fauteuil à la place de ce gratte cul en bois ils
ont investi dans un fauteuil moderne qui tourne et tout et tout.




                              118 / 408
Une poignée sous le siège permet de monter ou descendre à
volonté et avec un peu d’élan, on peut exécuter un parfait trois
cent soixante degrés, ce qui me permet de voir tout autour de soi.
Elle n’apas l’air très jouasse la psy.
-Excusez moi madame mais j’ai beau regarder partout je ne vois
aucune photo de vos enfants.
Sa bouche délicatement ouverte elle frotte sa langue contre une
de ses dents, elle me sourit.
- C’est peut être parce que je n’en ai pas.
-Vous n’aimez pas les enfants ?
-Ne pas en avoir, ne veux pas forcément dire que l’on n’aime pas
les enfants, ou que l’on n’en désire pas, je me trompe ?
- je ne sais pas….peut être.
Elle me regarde, comme si elle attendait quelque chose, mais je
préfère le silence, et refaire un tour de la pièce sur mon nouveau
fauteuil.
-Et ce nouveau fauteuil, pas mal hein ?
Cette fois je ne fais qu’un demi-tour, mon talon a forcé l’arrêt,
pour faire face à la porte d’entrée. Ou de sortie, tout est question
d’endroit ou vous vous trouvez par rapport à elle.
-il m’a désiré moi ? Vous croyez ?
Silence… Je respire, mais je ne sais pas vraiment pourquoi je
respire.
-Alexandre, tu penses que t’on père ne t’aime pas ?




                                119 / 408
Je ne réponds par parce que la question est trop difficile, je ne
peux résumer une vie comme celle de mon père par un simple
oui ou non. Et puis a- t’il eu vraiment le choix ?


Les origines de mon père :


Mon père est né au Portugal, en 1945, dans une ville réputée
pour la pêche, il y a vécu jusqu'à l’âge de 6 ans.
J’ai lu un jour que le bourg de Viana de Castelo avait été fondé
au treizième siècle par Afonso 3 au moment de la reconquête.
Cette ville Du Minho       a vécu un bel essor économique du
quinzième siècle au seizième siècle grâce à l’audace de ses
marins.
Mon grand père lui est originaire de la Hollande, je ne connais
pas les raisons qui l’ont poussé à échouer dans ce village, tout ce
que je sais c’est qu’il a épousé ma grand-mère et qu’il lui a fait
plusieurs enfants. Mon père est alors âgé de 6 ans, quand son
vieux perd son boulot. Il décide donc de descendre avec sa
femme et ses 6 enfants dans le sud.
Je n’ai vu mon grand père qu’une seule fois et je n’en ai pas un
grand souvenir à part le fait qu’il titubait pas mal.
Père alcoolique il a tout pour plaire. Il bat sa femme, puni
sévèrement ses enfants, et c’est à coups de planche qu’il compte
bien les éduquer. Matériel double emploi puisqu’il est aussi
utilisé comme couche.




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Tout cette violence mon père en fait souvent les frais, trop
souvent d’ailleurs. Alcoolo notoire joueur invétéré il a fait
connaître à sa femme et à ses enfants une vraie vie de merde…


C’est dans la magnifique capitale de Lisbonne que mon père et
ma mère ont vécu, qu’ils se sont rencontrés et mariés. Elle en
était originaire.
Mes grands parents maternels ont recueilli la famille de mon
père à ses 11 ans. Grand père les ayant abandonnés (ce qui
n’est peut être pas un mauvais choix de sa part) dans la pauvreté
la plus totale.
Par la force des choses mon père se retrouve à 11 ans
manutentionnaire pour une entreprise de livraison de spiritueux
en tout genre. Il fait le tour de la banlieue de Lisbonne. Loures,
Odiveilas, pontinha...
Il alimente ainsi les différents bars en tonneaux de bière.
Entre deux tournées, assis sur la banquette en cuir côté
passager, il lit l’histoire de son pays et de sa capitale.
Quand ce n’est pas un livre d’histoire qui le lui apprend, c’est le
client habitué au comptoir : historien éthylique,            philosophe
déchu celui qui parle de tout, de rien. L’esprit plongé à moitié
dans le vrai et l’autre dans l’absurde. Il adore le fado et déteste
la politique de son pays qu’il n’hésite pas à critiquer. Des choses
qui ne changent pas quoi.
Mon père adore Lisbonne, ses gens, son histoire.




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Lisbonne, ville ouverte sur l’atlantique. Certains ont aimé à
penser que la ville fut fondée par le légendaire et très grand
Ulysse.
Mais ayant connu une multitude de civilisations la réalité
rattrape vite la légende. Celle d’un Lisbonne fondé par les
Phéniciens, les grecs les Carthaginois.
La ville est dotée de nombreux attributs qui lui confèrent une
place de choix pour le commerce.
Les romains la veulent pour eux seuls, pas question de partager.
Ensuite vinrent les wisigoths, avant de céder la place en 711 aux
maures.
Reconquise en 1147 par ses héritiers (Dom Afonso Henriques
premier roi du pays, Dom) elle devient            un méga port
commercial, plus de 3000 navires, font des va et vient entre le
Brésil, l’Asie…
En 1755 un tremblement de terre détruit tout, c’est le marquis de
Pombal qui se charge de la reconstruction. Ensuite c’est au tour
des troupes de Napoléon de squatter la ville, qu’ils pilleront
sans vergogne…
Comme chaque beau pays possède son mégalo, le Portugal a le
sien. En 1928, l’intégriste Salazar, prof d’économie politique, va
appliquer à son pays un sous fascisme chrétien et isole le pays
du monde . Le Portugal va vivre ainsi pendant 47 ans, les
richesses du pays s’amoindrissent. Les guerres avec les colonies
(Angola, Guinée, Mozambique) n’en finissent plus.




                            122 / 408
Il faudra attendre 1974 pour que l’empereur soit         renversé,
par des lisboètes écœurés, fatigués. C’est la révolution des
œillets le 25 avril 1974.
Mon père lui n’a pas tenu jusqu’ en 1971, deux ans avant ma
naissance il décide de payer des passeurs pour quitter le pays.
Ce n’est pas sans douleur qu’il quitte son pays mais contraint
par la pauvreté du pays et l’obscurantisme de son dictateur.
La tristesse au ventre il quitte sa terre natale. C’est un peu de
sa vie qu’il laisse derrière lui. Sa mère, ses frère et sœurs, il
repense à son mariage, à sa fille qui a vu le jour dans ce pays.
Tout cela s’éloigne au fur et à mesure que mon père gravit les
montagnes avec ma sœur aînée au bras.
Souvent, comme Lote et ses filles fuyant Sodome et Gomor, il se
retourne pour regarder son pays s’éloigner à chaque pas un peu
plus loin maintenant. Les manches grises de son manteau sont
encore imprégnées de ses larmes.
Lisbonne, sa famille qu’il adore, ce n’est que bien plus tard qu’il
ne les reverra.
C’est aussi le lourd fardeau des dizaines de milliers de
portugais, qui fuient       la misère, le service militaire et la
répression salazariste. Ils fuient clandestinement le pays. Après
la traversée des frontières espagnoles et françaises au péril de
leur vie, en barque, à pied à travers la montagne ou cachées
dans des camions, beaucoup débarquent gare d’Austerlitz à
Paris. Ou à Lyon, 9 sur 10 sont sans-papiers.




                               123 / 408
Je cligne des yeux, le plafond blanc, la lumière tamisée, et ma
respiration est lente, c’est une bonne chose peu à peu redescendre
sur terre.
-Alexandre ? Alexandre
Je la regarde qui me sourit, elle semble chercher quelque chose
dans mes yeux ou serait-ce ma mèche de cheveux qui la dérange.
Elle est d’une grande patience avec moi, malgré cela je ne veux
pas parler, non tout ce dont j’ai besoin c’est de ce calme,
d’apprécier la pelouse verte de Camille, c’est dingue je n’avais
pas remarqué qu’il y avait autant de feuilles mortes.
Elle me tend du papier blanc et des crayons de couleur, je dessine
un arbre nu au milieu de la mer.
La pendule indique 18h30 fin de la consultation, elle se lève pour
me raccompagner. Son bras se tend devant moi pour tourner la
poignée, je bloque l’ouverture du pied.
-Je vous ai menti la dernière fois.
Sa bouche s’ouvre, mais je ne lui laisse pas le temps.
-Mon père et moi on a jamais discuté, la seule fois ou j’ai posé
une question con, il ma cogné. Je fais une grimace, plutôt
marrante.
J’ôte mon pied de la porte pour sortir. Son bras retient mon
épaule quelques secondes. Cette étreinte, Sa main sur mon épaule
qui me retient tendrement, est une des choses qui ai été le plus
agréable depuis un moment… une éternité.




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Je n’ai pas attendu mon père pour partir, je remonte chez moi
tout seul, en faisant un détour par le quartier de Nathalie.
Je la remarque à côté d’un buisson qui fait pisser son chien.
-Mademoiselle savez vous qu’il est formellement interdit de faire
uriner son chien sur les buissons de la ville ? Qui plus est, un
arbuste classé monument historique. Je vais devoir verbaliser, de
plus le pv sera double à cause de la nature du chien.
-Vraiment, et de quelle nature est mon chien je vous prie ?
-Et bien c’est un caniche, et roux de surcroît. Ma gorge se noue,
elle s’approche vers moi.
-embrassez moi.
Je m’approche d’elle et l’embrasse, je peux sentir son nez frais
contre ma joue.
Son chien ne m’en veut pas trop puisqu’il décide lui aussi d’être
amical envers moi et cela d’une façon qui n’appartient qu’à la
race canine ; en me léchant le creux de la main.
Nathalie se détache de moi, elle passe ses doigts sur ma joue et
sur mes cils, encore humide. – Je m’inquiète pour toi Alexandre.
-Tu ne dois pas l’être, et puis je suis avec toi, là donc tout vas
bien.
-tu es sûr ?
-Oui … Ce qui m’est arrivé au foyer, l’autre jour, c’est un truc
qui m’arrive parfois, ça vient ça va. Tu n’as pas à t’inquiéter.
-Très bien…




                              125 / 408
Je ne sais pas      ce qui t’es arrivé, Alexandre, et je ne te
demanderai pas pourquoi ? J’espère seulement que tu es bien là
avec moi. C’est tout ce qui m’importe et peu importe tes défauts
ou vice de fabrication.
-Qu’est ce qui se passe, j’ai un truc sur le front ?
-Non, non rien, t’as pas oublié demain ?
-quoi donc ?
-C’est le cross du collège
-Oh putain quel merde ce cross, je l’avais oublié, le prof va pas
me louper. Tu vas voir qu’il va nous suivre et à tous les coups on
aura droit à son satané sifflet d’encouragement. On va tous
mourir !
-parle pour toi, c’est toi et les autres, qui êtes dans la merde moi
je ne court pas.
-Quelle chance.
-Oui, je crois qu’on peut dire ça.
-Et en plus ça te fait marrer…




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                              Chapitre 8
                               Le cross


Alors nous y voilà, à ce foutu cross du collège. Je peux vous
dire que ce matin on se les pèle, il a plu toute la nuit ce qui me
semble être une bonne excuse pour arrêter cette course ou
devrais-je plutôt dire spectacle. Car c’est ce qui va se passer un
énorme spectacle de cons, courant dans la boue. Vous connaissez
la chanson de : Michel DELPECH On dirait que ça te gêne de
marcher dans la boue, et bien moi ça me gène carrément, je
dirais même que ça me fout les boules.
Depuis ce matin j’ai bien du éviter une centaine de flaque d’eau
et plusieurs endroit marécageux. Y’a pas pire que la boue qui
s’accroche à vos basques. Déjà ce matin Je n’avais pas
spécialement envie de me lever, ma couverture était bien plus
chaude qu’il ne le ferait jamais dehors. Ma mère a débarqué dans
ma chambre (comme tout les matins d’ailleurs) en allumant la
lumière et hurlant comme une dingue          « il est l’heure, lève
toi »… Au secours !
Après ce réveille horrible, je m’suis traîné jusqu’à la fenêtre.
- Quel merde, c’était pire.
Si au moins on m’avait prévenu, mais non.




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Je suis resté planté devant mon radiateur, chaud, une bonne
dizaine de minutes à essayer de me convaincre que je n’y pouvais
rien.
-OK, il pleut, tu hais la pluie, et il pleut. Mais que veux-tu ? Tu
n’y peux rien, c’est comme ça, c’est l’œuvre de Dieu… Tu
parles d’une œuvre, j’ai soulevé ce maudit rideau, et la scène des
gouttes d’eau sur ma fenêtre m’a donné la chair de poule. Je ne
vous parle pas du goudron mouillé, tellement humide qu’on a
l’impression qu’il à été repeint cette nuit.
Je me suis retourné pour apprécier mon lit. Mon lit, qui doit être
encore chaud à l’heure qu’il est. Alors ma mère est entrée à ce
moment pour voir si j’étais debout
-Ah c’est bien tou* est lever… Je te hais maman.
Nouvelle irruption dans ma chambre.
-Habille toi bien chaud, il a plu beaucoup cette nouit*.


Bref, ensuite tout s’est enchaîné rapidement, de ma chambre
douce et chaude, je suis passé à un univers froid et hostile, assis
en survêt kaki, la tête enfoncée dans les épaules. Je regarde les
autres qui comme moi on l’air plutôt blasé d’être là. Bien sûr
chacun y va de son idée afin d’élaborer un plan pour fausser
compagnie à ce satané cross de merde.
Mais il faut reconnaître que la haute teneur en stupidité débitée
par chacun, frôle souvent le minable. Exemple type : Victor
avance une théorie douteuse, voir complètement foireuse selon




                              128 / 408
laquelle, si l’on se badigeonne la jambe avec du sel et que l’on
tape un bon coup dessus avec un marteau on casse l’os net…
A mon avis pas besoin de sel pour casser la cheville un bon
marteau de mécanicien fera l’affaire.
L’autre idée utilisée est de se blesser de façon accidentelle, mais
là encore je vous laisse seul juge ; Fernando et Nino sont juchés
sur un banc, les mains placées devant eux, ils jouent aux lutteurs
grecs. Afin de rendre le combat plus difficile nos lutteurs du
dimanche se sont noués les pieds. On assiste à un vrai tournoi
de coqs, regard méfiant, cris pour déconcentrer son adversaire,
prise de maillots, au dessus en dessous et même pari illégal sur
le gagnant si, si, je vous l’assure on frôle l’absurde. C’est au
premier qui tombera pour se casser n’importe quoi.
Effectivement au bout d’un moment, le combat s’est terminé
mais pas avec un vainqueur et un vaincu. Non, seulement avec
deux cons, tombés l’un sur l’autre et sans la moindre blessure
corporelle. Du moins sans plaie apparente, je ne parle pas de leur
cerveau, si toutefois on puisse prouver qu’un bout de gras a bien
séjourné dans leur tête.
J’ai beau retroussés mes orteils ça ne change rien, j’ai froid, j’ai
froid, j’ai froid. Et puis, j’ai du mal à croire que je vais devoir
courir pour la gloire sans but, ai-je déjà dans ma vie fait quelque
chose qui n’avait pas de but précis, non !
La porte du vestiaire s’ouvre bien grande, laissant ainsi
s’échapper le peut de chaleur jusqu’ici accumulée. Après le bruit




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et les cris la c’est le calme plat, serait-ce notre grand méchant
blond? Et bien pas du tout c’est Georges et Santiago, bras dessus
dessous et une haleine d’infirmerie, le jour de la grande visite
avec Madame le toubib ;
-bonjour, déshabillez vous, non laissez juste le sweat et le slip.
Vous faites du sport ? Vous fumez ? Vous mangez bien ?
Vaccination à jour ? BCG? DTP ? Bon, très bien on y va…
Merde, Encore ces piqûres !


Bref ces deux cons puent l’alcool à quatre vingt dix et cela se
sent à cent mètres. Ils tiennent un flasque avec de l’eau de vie
bien entamée.
Entamés, oui ils le sont presque tous les jours.
-bonjour, déshabillez vous, non vous pouvez garder votre slip,
non je ne veux pas vous mater. Vous fumez, vous buvez,
combien ? C’est un éthylomètre, non ce n’est pas pour mesurer
votre… Ouvrez la bouche et fait aaaaaah.
Si, ces piqûres sont obligatoire, je vous quelles sont
obligatoires…


Non franchement, cette journée ne me dit rien qui vaille.
Miguel jusque là silencieux bondit de sa chaise
–chut, chut, écoutez… un petit silence -Là vous entendez on
nous appelle. Silence presque religieux, oreilles tendues, regards
sceptiques.




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- La classe de cinquième b est demandée sur le départ la classe
de cinquième b !!
-Arrête de cracher dans le haut parleur trou du cul.
-Bien dit Nino ! Félicite Victor.
Dans le vestiaire, les rires et les chamailleries reprennent aussitôt,
j’aurais presque envie de leurs dire allez y les gars profitez en,
marrez vous. Mais la réalité est tout autre. Car si dans les cinq
minutes qui suivent nous ne sommes pas correctement alignés
derrière la petite ligne blanche. Thor va débarquer avec son
mètre quatre vingt trois et ses quatre vingt kilos de muscles. Et
croyez moi, ce n’est pas à coup de marteau qu’il va nous sortir
mais bel et bien à coups de pompes dans le cul.
Respirer, expirer, deux mots, voila, c’est le stricte minimum
pour arriver au bout de cette course.
. Dehors il fait plus froid que je ne le pensais et je suis outré du
comportement de certain qui sont là attendre avec pour seule
tenue un tee-shirt et un short, exécutant de petits sauts puces.
Franchement, n’y a-t-il aucun respect pour ceux qui ont froid
et, qui détestent ce genre de compétitivité absurde, pour courir
après je ne sais quoi ? Tient d’ailleurs on gagne à la fin, un
chocolat chaud servi pas une pom-pom girls, une médaille en toc
plus un bout papier portant la mention : bravo vous avez couru
trois kilomètres cinq cent comme un con sous la pluie et dans la
boue, nous sommes fiers de vous compter parmi nous ! Au diable




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la course et les honneurs, je ne veux rien et surtout pas de ce
chocolat en poudre mélanger à de l’eau.
Vous savez quoi        tout ceci me fait penser à cette saleté de
chanson des status quo : In the army now, et son clip ou des
gamins courent dans la boue en short, zut je n’ai pas signé pour
un truc pareil moi !


Les cuisses s’agitent et les pieds s’affolent certains baissent la
tête d’autres soufflent en l’air.
C’est monsieur Fayaud qui tient le pistolet, certains élèves lui
hurlent « gros pif » d’autres le sifflent.
Réponse directe de l’intéressé par un joli doigt d’honneur à la
foule, ce qui lui vaut un tollé aussi sec.
-houhouhou !
Explication de l’indignation publique : Fayaud,           joue dans
l’équipe de rugby de la ville. Sa place n’est pas très convoitée
puisqu’il passe la plupart d’un match sur le banc…chauffeur de
banc, vous voyez. Non ?
Il est rem-pla-çant.
Pourtant l’entraîneur a bien essayé de le faire jouer, mais c’est la
catastrophe ou il se fait plaquer immédiatement ou il envoie
quelqu’un à l’hôpital. Un mètres quatre vingt pour quatre vingt
quinze kilos, c’est sûr ça fait mal. Ce type pourrait être utilisé par
la police pour ouvrir n’importe quelle porte, j’vous assure un vrai
bélier.




                               132 / 408
J’en suis la preuve vivante :
Au cours d’une de nos luttes de possession de terrain, le ballon
entre les mains. Je cours aussi vite que mes jambes le permettent
pour arriver derrière la ligne de craie à peine distincte sous la
couche de verglas. Les poteaux ne sont plus très loin, quand
j’aperçois dans mon rétroviseur l’ombre du golgoth Fayaud,
lancé à ma poursuite tel un rhinocéros. Il se démène comme un
fou pour essayer de me plaquer, sans grand succès. Je cours
beaucoup trop vite et lui glisse beaucoup trop souvent.
Néanmoins le bougre n’a pas dit sont dernier mot et dans une
ultime tentative d’accrochage, l’animal se jette sur moi, mettant
ainsi fin à ma course.
Le coup est terrible, et mes pieds ne touchent plus terre, l’essai
n’était pas loin, Le poteau l’est encore moins.
Fin définitive de la course à onze heures huit, soit huit minutes
après le début du match, ma tête ayant percuté le poteau droit
des buts.
Allongés sur le verglas, je ne peux plus respirer pas le nez tant la
douleur est énorme, et je ne vous parle pas de ma tête qui vient
de prendre l’équivalent d’un semi remorque.
-Ca va gamin ? Le con il se marre.
-Est c’que j’ai l’air d’aller bien à vôtre avis ?
-Ok, C’est bon bouge pas on va te chercher de quoi t’essuyer.
-Merci ! Ce n’est pas que je n’aime pas le sang non, ni le boudin
non plus, que je déteste, mais là j’avale des litres par la bouche.




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Fernando se penche vers moi, il fait une grimace, question :
était-il obligé ?
-Je crois qu’il a le nez cassez M’sieur.
- je crois aussi gamin Fernando, je crois aussi.
Ils me sourient bêtement.
-Putain au lieu de me laisser à plat comme une crêpe, si vous
m’aidiez à me lever ?
-Tes sur gamin ?
Non, bien sur que non, je préfère me geler le cul couché par terre
c’est mieux…bien sûr que j’veux, de toute façon sa peux pas être
pire, j’ai les narines en feu !
-Putain Alex t’a le pif défoncé !
Je regarde Abdel et son air de con, il est au bord d’exploser de
rire.
-Merci, Ab j’n’avais pas senti, et t’était ou quand le buffle m’a
planqué ? Et défoncé le pif, hein ?
Aucune réponse.


 C’est parce qu’il doit bien y avoir dix personnes autour de moi,
et pas un seul capable de me filer un truc pour m’essuyer le
visage que quelqu’un de bien veillant me tend un mouchoir vert.
Un de ces mouchoirs à l’eucalyptus qui vous débouche le nez et
vous fait ensuite éternuer.
Je l’arrache violement des mains amicales sans même s’avoir qui
me porte secours. Je dois me moucher pour extraire le gros du




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sang dans mon nez. Ensuite et que cela plaise ou pas je crache
par terre un je ne sais trop quoi de …de sang coagulé.
Ce qui provoque chez mes spectateurs un énorme à l’unisson :
beurk !
On me tend un nouveau mouchoir, que j’accepte bien volontiers.
Sauf que cette fois ci, je prends le temps de regarder qui peut
bien ce soucier de moi.
J’aurais du m’en douter, mon bienfaiteur était comme toujours,
Lydie.
-merci, au moins si ça n’arrête pas le sang, ça aura au moins le
mérite de le déboucher.
Ensuite les pompiers sont venus me chercher avec leur brancard,
ils n’étaient pas moins de cinq pour un seul blessé.
Une fois dans le camion de pompier, Ils sont très sympas avec
moi, mais moins avec Fayaud.
-Fayaud est ton prof de gym ?
-Ouais. Pas de réponse juste des visages compatissant, enfin si
quelques mots quand même.
-Quel nul.
-Ouais c’est clair.
-Pauvre gamin.
-J’te l’fait pas dire.




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Bon malgré tout Fayaud a l’air vachement ennuyé, on le sent
pas à l’aise dans ses pompes, il s’approche du camion angoissé,
J’essaie d’avoir l’air décontracté.
-c’est pas grave Monsieur.
-Allez Alexandre ça va aller ?
-oui bien sûr vous en faites pas…
-Et gamin si ça peut te consoler, on dit que ça ne ce casse qu’une
fois.
-c’est bon fermer les portes !


Tout le monde est frigorifié alors pour se réchauffer chacun y va
de son saut de puces, chevilles tendue, pieds en pointe, de
parfaites ballerines en moins gracieuses cela va de soi.
Ils n’attendent qu’une chose le départ de la course. Vous avez
déjà assisté à une course de lévrier ? Non ? Ben c’est la même
chose.
Les jambes écartées, les mains sur les cuisses le grand blond
nous regarde une dernière fois, ensuite il adresse un signe de la
tête à Fayaud qui instantanément, tend son bras, serre le cross du
pistolet pour donner de l’index son petit mouvement sur la
gâchette.
Le silence est brisé par la détonation, la meute est lâchée.


On n’a pas fait deux cents mètres que l’on est déjà distancé par la
tête de file. Lancée à plein régime elle entame sa première




                             136 / 408
colline, puis la seconde, ça grimpe toujours et pas de signe
d’affaiblissement, ces gars là sont des machines.
L’herbe est sacrément mouillée, et le risque de se casser nous
pend au nez. Je lève les yeux sur mes potes, ils se marrent
comme des baleines, bientôt nous passons devant les premiers
profs, accroupis, un café à la main, ils applaudissent notre
exploit, Victor lève la main pour les saluer.
La vapeur qui sort de ma bouche est courte, mes bras vont et
viennent à la perpendiculaire de mon corps. On grimpe le talus,
on entre dans la forêt je ne vois déjà plus la tête de file.
J.C sort de sa poche un paquet de gâteaux, c’est la distribution.
On arrête presque de courir pour manger. Un peu plus loin,
d’autres profs, d’autres cafés, d’autres biscuits.
Les branche des arbres viennent fouetter nos visages rougis par
le froid, je hais ce temps de merde, je hais ce cross. Mes jambes
commencent elles aussi à haïr tout cela et je sens que ça tire de
partout, ce n’est pas le moment de flancher que je leurs fait.
Nous sortons quelques minutes du cœur de la forêt pour longer
l’étang. Là où cet été, à l’aide de bouteille en plastique et de
quelques appâts, on attrapait le goujon.
Je cours à reculons histoire de voir comment se débrouillent les
autres. C’est dingue cette course n’a pas du tout entamé leur
appétit de glouton puisqu’ils se partagent biscuits, chips, jus de
fruits, mais ou avaient ils planqué tout cela ?




                               137 / 408
Arrivés au bout de l’étang c’est la première chute. Santiago viens
de s’écrouler sur une grosse motte d’herbe. Gorges,         qui le
précède ne va pas tarder à faire marche arrière pour le rejoindre,
de toute façon c’était déjà un miracle qu’ils aient pu arriver
jusque là.


Le parcours en forêt reprend, et si je ne veux pas finir cette
course ici je dois faire gaffe à ne pas mettre les pieds n’ importe
où.
Je relève la tête et échappe de peu à me casser la figure sur
d’autres élèves tombés dans ce chemin semé d’embusques.
Racines, cailloux, feuilles, professeurs mangeant un poulet…
rôti ?
Mais bordel d’où ils sortent ça eux.
Je continue ma course et derrière moi on saute par-dessus les
autres toujours par terre. Fernando se marre, Nino les insulte,
Victor leurs jette de la nourriture et Abdel grogne sur un prof,
une cuisse de poulet à la main.
-Enfoiré !
Quand on n’a pas la chance d’être le premier, ceux qui court
devant vous, se foutent pas mal que vous puissiez éviter ou non
les branches humides en plus des toiles d’araignées que vous
bouffez      tout les deux mètres. Heureusement le calvaire est
bientôt fini j’aperçois le bout du tunnel, plus que vingt mètres
soit dix toiles d’araignées.




                               138 / 408
Virage à droite, dernier branchage, pour le je coup, je baisse la
tête et sortie. J.C passe devant moi en se marrant. Miguel et Jean-
Paul qui nous avaient distancés se tiennent à présent sur le bas
coté de la route les mains sur les hanches, ils crachent leurs
poumons.
On amorce la descente, les cinq cents derniers mètres avant la
fin. Mes jambes jusque là prisonnières de la douleur s’emballent,
et ce qui était jusqu'à présent une promenade de santé deviens
une véritable course folle.
Le rythme de la course vient de prendre une autre tournure.
Chacun essaye de dépasser l’autre, Les voitures nous klaxonnent,
les piétons applaudissent, J.C viens de perdre une basket.
-Et merde ! C’est à cloche pied qu’il doit récupérer sa basket,
mais c’est sans compter sur les blagues d’Abdel qui envoie d’un
coup de pied sa pompe au milieu de la route.
-Enculé !
Le collège n’est plus bien loin à peine cent mètres nous séparent.
Je longe le garage Peugeot, le dépasse, un double un, deux trois
concurrent de moins. Il me reste à traverser la rue pour entrée
dans le collège. Abdel qui convoite ma place percute l’un des
trois concurrents. Victor l’évite de justesse et arrose le premier
rang de supporter de son jus de fruit.
La foule est amassée devant le portail, celui qui m’est interdit
d’emprunter quand il est fermé. Au milieu j’aperçois Nathalie




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qui m’applaudit en sautant, ce qui me donne des ailes pour la
finir la course.
Le trait jaune d’arrivée n’est plus qu’à trente mètres je passe
devant le bâtiment des c.p.p.n, l’infirmerie. Dix mètres, ce sont à
présent des salves d’applaudissements, la foule est en délire. Qui
à dit : les derniers seront    les premiers et les premiers       les
derniers ! Je franchi    la ligne d’arrivée, derrière moi Victor,
Fernando qui se jettent sur moi.
J’agrippe mon brassard et le jette dans la foule qui nous
applaudis.
Je m’arrête enfin pour souffler et découvre ceux qui sont arrivés
en premier allongés au milieu de la cours un chocolat à la main,
un peu déconcertés par l’accueil qui nous ai donné.
C’est au tour de Miguel, jean Paul, J.C, Abdel de passer la ligne
d’arrivée, je les applaudis et ils se jettent tous sur moi. Bien
qu’ils m’étouffent de tout leur poids, je peux lire la joie sur leurs
visages. José qui n’a pas courut (problème de santé), vient me
tirer de là ses mains agrippées au miennes et me hisse hors de la
mêlé.
Nathalie se pointe derrière moi et m’embrasse dans le cou.
-Tiens monsieur.
-Du chocolat chaud ?
-Oui.
-merci. Elle pose sa main fraîche sur ma joue brûlante.
-Je peux t’embrasser ?




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-Mon chocolat avant. Elle se mord délicatement les lèvres en me
souriant.
-Tes incroyable.
-Quoi donc ?
-T’es le dernier, et tout le monde t’applaudit.
Le dernier vraiment ?
-Oui, non enfin pas loin. J’hausse les épaules.
-Mais tu m’aimes quand même, n’est-ce pas ?
-Tu sais ce qu’on dit : les premiers sont les derniers et les
derniers les premiers. Alors oui, je t’aime.
Nous échangeons un regard de malice, et je bois mon chocolat.


-Putain ! Alexandre t’a couru comme un barjo ! Nadia c’est
toujours trouver les mots justes.
-Merci Nadia, j’apprécie ton sens de… De quoi au juste ?


Voilà, après ça on est tous partis boire un café au p’tit bar près de
l’inter, histoire de se remémorer toute les conneries de ce cross
et dans rajouter un max, par ci par là.
Il ne devait pas être loin de treize heures quand j’ai raccompagné
Nathalie chez elle. Sur le pas de la porte on s’est embrassé… un
baiser qui a bien duré une bonne dizaine de minute quand même.
Dehors, il recommençait à pleuvoir et je me suis dit qu’il était
temps de rentrer au chaud.




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L’appart étant vide de tout parasite parental, j’ai enfin retrouvé
mon lit que je n’ai quitté que tard le soir pour manger.




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                           Chapitre 9
                  La tête à la place du ventre



On est allongé parterre les bras le longs du corps dans un silence
absolu. Petit à petit nos bouches s’ouvrent et se referment un peu
comme font les poissons. Puis nos bras, nos jambes s’étirent
lentement forment ainsi un parterre d’étoiles de mer.
Allongé sur le sol tout paraît plus grand, plus haut. Les fenêtres,
sont surdimensionnées, les rideaux noirs ont un coté théâtral.
-Maintenant vous allez fermer les yeux et vous détendre.
J’obéis, mais je garde mes yeux mi clos, sans bruit Mme France
circule autour de nous. Ses chevilles longent nos corps qui
reposent dans un calme absolu ou seule sa voix murmure nos
faits et geste.
-Vous pouvez rouvrir vos yeux.
Elle marche la tête haute, les bras élancés et mime les postures
qu’elle veut nous voir faire.
Son ventre se gonfle, c’est parce qu’elle vient de prendre une
longue inspiration. Ensuite elle bloque pendant deux secondes,
puis expire par le nez, son ventre se creuse.
Allongés sur le dos, nous sommes une quinzaine de la petite
troupe de théâtre à faire cet exercice de respiration par le ventre.




                                143 / 408
-Inspirez bien à fond, retenez, retenez Expirez lentement.
Elle déambule, dans la pièce un doigt sur le nez, l’autre posé sur
son ventre.
-Voila, comme ceci, à nouveau fermez les yeux et répétez ces
gestes.
Mes camarades on fermé les yeux, mais moi non, enfin pas tout
à fais. Je garde les yeux mi-clos, pour la suivre, pour voir.
Alors au bout d’un moment, elle nous fait asseoir, les plats du
pied joints l’un contre l’autre.
Délicatement elle passe et repasse ses mains sur son cou.
-Petit échauffement de la voix. Nous dit-elle
Cette petite voix me rappelle celle des sirènes dans jasons et les
argonautes. Cette même voix séductrice qui essaie d’attirer
l’équipage. Sauvé de justesse par Orphée et sa lyre.
-Cette nouvelle technique demande une mise en condition
corporelle, elle est utilisée par certains ou certaines chanteuses.
Abdel voit dans sa phrase une ouverture pour une vanne.
-Ho, Oui c’est la même qu’utilise Mireille Mathieu ou Nana
Mouskouri.
Vane vaseuse qui provoque un revirement du langage facial de
miss France (sans jeu de mot).
Le sourcil fier, un regard appuyé, une moue dubitative, elle
déroule son bras pour pointer l’index sur le fauteur de trouble.
La façon qu’à son index d’aller et venir est tout simplement
incroyable, une fois hypnotisé vous êtes à sa merci, incapable de




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réagir, c’est la soumission assurée. Et dans ce cas précis humilié,
le bouffon se lève. Devant le manque d’un quelconque recours,
obligé de se rendre à l’évidence tant sa blague était foireuse.
C’est penaud qu’il va s’asseoir près de sa maîtresse.
Du bout du pied elle lui indique sa place, dur, dur pour Abdel,
tué à même dans l’œuf.
Mais à ma grande stupéfaction, il s’exécute sans rechigner. Ce
qui du coup sonne la fin d’une espèce de mini rébellion qui
n’aura existée que le temps d’une vanne pourrie étouffée par une
main de fer. A moins que cela ne soit pas une rébellion ?
Trouble quand même, additionnée à celle de l’autre jour, je ne
vois qu’une seule explication, cet idiot est tombé amoureux de
sa maîtresse, tel un chien à sa maman. Ah le con.
Son visage reprend peu à peu celui d’un être humain. Souriante,
elle se tient droite, la tête haute.
-Comme je le disais à l’instant, avant qu’Abdel nous fasse part de
sa culture musicale. Elle le regarde, souriante, apitoyée. C’est
horrible.
- ce que je vais vous apprendre à pour nom la culture vocale.
Nous allons de nouveau nous étirer en levant les bras le plus haut
possible. Imaginez que vous êtes dans un trou, que l’on vous jette
une corde et pour ceci il faut vous étirer un maximum pour
l’attraper et sortir de ce trou.
-Madame ?
-oui Marie ?




                                   145 / 408
-Cela ne vous gêne pas si je pense à autre chose ? Non parce
que mon père et moi on a déjà fait l’expérience d’un trou pendant
la chasse et on est resté dedans pendant trois jours avant que les
secours arrivent et… avant que la décomposition ne reprenne
miss France la coupe.
- C’est bon, Marie tu peux penser à autre chose, à un arbre par
exemple, à cueillir des pommes ?
-Oui très bien, des pommes.
-Voilà tu t’étires…comme ça, tu ? Quelle tête elle fait je crois
qu’elle redoute le pire.
En tout cas ça à l’air de prendre, c’est fou ce que les pommes
peuvent redonner le moral au gens, vous ne trouvez pas ?
Je jette un coup d’œil aux autres au cas où Marie ne serait pas la
seule à avoir la phobie d’un truc, non jusqu’ici tout va bien.
Je regarde Marie qui essaye de choper une pomme, elle me
sourit je lui souris aussi et même que je lui adresse un signe de
sympathie et lui indiquant les hauteurs, on ne sait jamais au cas
ou il y aurait une pomme ?
-Ouvrez grand la bouche, allez, allez, Bâillez... C’est ça Le
bâillement est source de bien-être. Vous allez donc ouvrir votre
bouche et baillez. Sa bouche s’ouvre et, ho mon dieu on peut
voir ses dents, le fond de sa gorge rouge, sa glotte et même…
son estomac… Non en fait non je plaisante.




                              146 / 408
Bon faut que je fasse gaffe quand même, à force de la regarder
comme ça on va penser que j’sui un abruti qu’a jamais rien
vue… Non mais quand même, c’est énorme
-Alexandre ?
- Oui ?
-A toi vas-y baille un bon coup. Voilà à force de la mâter au fond
de la gorge, me suis fait chopper.
Ok je m’exécute avec un large sourire qu’elle me rend. Ma
mâchoire s’ouvre grande, j’offre ainsi le plus grand des
bâillements jamais atteint chez l’homme ou de tout le règne
animal, à part peut être bien l’alligator.
-Très bien, c’est de cette façon qu’il faut bailler.
Tu parle je viens de me débloquer les mâchoires.
–Bien, passons maintenant aux épaules. Tenez vous droit et
montez, montez         vos épaules le plus haut possible, et, et
relâchez. Faites ensuite des mouvements circulaires dans les deux
sens, simultanément ou alternativement avec la main droite,
massez l’épaule gauche, et faite de même avec la main gauche
sur l’épaule droite.
Elle passe entre nous, et aide ceux qui ont du mal… à se masser ?
Non je rigole, c’est vachement dur quand même.
-Voila on se détend au maximum, on laisse sa tête tomber en
avant, en arrière. Puis de la même façon qu’avec les épaules on
fait des mouvements circulaires dans les deux sens très




                               147 / 408
lentement, bouche entrouverte et mâchoire relâchée. Abdel, je te
regarde… oui, comme ça, encore, voila, tu y es.
A en croire la mine qu’il fait il a plutôt l’air content, le bougre.
-Très bien tout le monde, on continue. Soulevez votre bras,
amenez le à l’horizontale face à soi, attendez, attendez, attendez,
lâchez ! Même chose avec l’autre bras.
José m’appelle de l’autre bout de la salle, il mime Abdel en
jouant le pantin.
-Massez votre front. Elle tapote du bout des doigts
- le tour des yeux, le nez, le contour du nez, le menton... Massez
doucement la gorge en déglutissant, pour la chauffer. Ouvrez la
bouche, laissez tomber la mâchoire inférieure. Quelques rires
s’échappe ici et là de la grande salle blanche du CDI.
Miss aérobic trouve cela tout fait normal, donc pas de problème.
-Au début on rie et c’est normal, sa chatouille, allez, on continue
sur notre lancée. Souriez avec le haut du visage les pommettes
s’embellissent et vos yeux désirent quelque chose d’agréable.
Décomposez les deux attitudes, puis vous les enchaînez.
-Abdel c’est très bien que désir tu ? Il à l'air surpris, il ne répond
pas tout de suite, faut d’abord qu’il retrouve ses esprits.
–je…
-Oui… elle l’aide du regard à sortir ce qu’il a dire, mais il
semble figé. Impossible il reste muet comme une carpe. Elle va
boucher ce blanc.




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-Bien Abdel ce n’est pas grave, les autres aussi laisser votre joie
s’exprimer.
Elle effectue un Léger pivot de quarante cinq degrés à droite et
pointe son long et majestueux index sur Marie.
-Marie, toi qu’est ce qui te fait exploser de joie ?
Marie à l’air vraiment heureuse, pour vu qu’elle ne craque pas ?
- Oui, moi c’est le jour, ou papa est rentré avec un nouveau chien
à la maison… Coupure intentionnée.
-Très bien marie ? Continue un nouveau chien et…
-Oui papa avait tué notre ancien chien, Billy, en, voulant tuer un
lapin. Billy était passé devant papa qui suivait le lapin du bout
du son fusil et… Mme France lui coupe la parole, je crois que
comme nous, elle ne tient pas à entendre la suite.
-d’accord marie c’est très…comment dire, restons positive
d’accord ? Absence de Marie.
- d’accord ! On poursuit ce petit exercice par des mouvements de
la bouche.
Petit exercice ! Parle pour toi quand est ce qu’on joue, y’en a
marre de jouer les Véronique et Davina ! En plus tous ces
mouvements déversent une puanteur de dessous de bras, ça
commence à sentir le poney.
Comment fait-elle pour gérer cette situation de crise ? Pourquoi
ne fait-on rien pour évacuer la salle ?ouvrir les fenêtres serait un
minimum. Chaque seconde passée dans la pièce est devenue
insupportable, je m’étrangle un peu plus à chaque inhalation.




                              149 / 408
-Faite semblant de mâcher du chewing gum, Entrouvrez la
bouche déposez votre langue sur la mâchoire inférieure, puis
essayez de faire des mouvements circulaires avec cette mâchoire
inférieure. La langue se laisse porter .Vous avez un objet dans la
bouche et vous ne voulez pas qu’il tombe. Très bien tout le
monde, c’est fini nous allons passer maintenant a la suite.
Je n’y croyais plus ! Mais pourtant c’est vrai, je crois bien que le
seul objet que j’aurais pu tenir dans ma bouche est la clef qui
m’aurait permis de sortir de cette étable.
-Nous allons créer un rond, afin de nous présenter.
Rassurez vous, je n’ai nullement l’intention détaler sur ses pages
les prénoms et profils psychologiques de chacun des quinze
élèves présent dans cette atelier d’art dramatique.
Je vous rappelle pour mémoire que pour l’instant c’est moi qui
souffre de ne plus pouvoir respirer normalement.
Vous les découvrirez en temps en en heure. Et puis non, en faite
non je n’y vois aucun intérêt. De toute façon, je peux presque
dire sans me tromper qu’à ce moment de la journée vous vous
trouvez dans un bus ou dans un train, assis sur un siège ou debout
cramponner tant bien que mal pour ne pas tomber, vous délectant
d’une lecture au combien intéressante et instructive… non rayez
instructive.
Mon livre n’étant pas trop volumineux à la particularité au
combien génialissime de pouvoir se tenir d’une main, ce qui




                              150 / 408
vous en conviendrez est fort utile quand il s’agit de s’agripper à
une poignée ou tout autre chose.
Donc vous lisez, ou essayez de lire ce magnifique livre, quand
une horde de jeune adolescent se rue dans votre transport en
commun préféré. Le chahut des gosses qui hurlent pour se faire
entendre, leurs incessants beuglements, comme beuglerait un
mouton à qui l’on vient de trancher la gorge pour la fête de l’aid
al kabir vous agace. Alors devant un tel désarroi vous fermez le
livre et décidez d’augmenter le volume de votre baladeur.
Et que dire, quand debout dans le bus vous êtes peu à peu envahit
par une foule de gens, appelée aussi « utilisateurs des moyens de
transport en commun ». Vous privant ainsi de vos derniers
centimètres carrés d’espace. Serré comme une sardine dans une
minuscule boite en alu vous vous agrippez à la poignée fixée au
plafond, ou à tout autre chose. Ce qui empêche que vous vous
vautriez sur l’utilisateur moyen des transports en commun qui
de, plus à mauvaise haleine. En résumé, les mouvements de
foules, les arrêts brutaux du chauffeur et va-et-vient incessants
de ceux qui montent et qui descendent vous font perdre vos
moyens et le fil de l’histoire. Trop c’est trop, vous fermez votre
livre et descendez au prochain arrêt.


Et puis il y a ceux ou celles qui préfèrent les joies de la lecture
aux stupidités de la télévision et tiennent entres leurs mains
mon livre, blotti au chaud dans leur lit... que je les comprends.




                             151 / 408
Néanmoins, au bout de quelques minutes d’enthousiasme la dure
réalité d’une lecture assidue dans un lit refait surface.
Mais de quelle réalité s’agit-il ? La douleur.
Celle d’une nuque courbée, qui vous lance et vous oblige à
certaines modifications de votre confort : on commence par se
masser la nuque, à l’étirer un peu. Puis on change les coussins de
place : une fois dans le dos, une autre fois derrière les omoplates,
plus bas, plus haut. On se couche sur le côté droit sur la gauche.
Petite accalmie et hop retour sur le dos.
Ce n’est que très temporaire puisque ensuite c’est autour de vos
omoplates d’être soulagées. Alors on s’étire, on se penche en
avant en arrière, à nouveau la nuque qui s’étire, à gauche, à
droite, oh léger craquement des             articulations, le fameux
« bruit ».
Viens alors la lecture allongée, la tête en repos sur une main,
vous vous aidez de votre estomac pour tourner les pages avec
l’autre. Pour que cela marche un temps c’est à intervalle régulier
qu’il vous faut changer de jeux de paume sans quoi la douleur
vous rattrapera aussitôt.
Une autre idée ? bien se caler le dos entre deux coussins, les
mains derrières la tête, les jambes croisées l’une sur l’autre, le
livre bloqué au milieu.


Et enfin pour tous ceux qui croiraient que partager sa vie avec
quelqu’un est une chance, c’est une autre paire de manche.




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Il faut être à la fois convaincant et vendeur, le tout est de
persuader son conjoint que ce que vous lisez, vaut la peine d’être
lu au détriment d’une lumière trop vive qui l’empêche de dormir,
d’un câlin tardif, ou d’une journée de travail devant la machine à
café, bousillée par une nuit blanche.
Je ne me tromperais pas donc en insistant sur le faite que tous
ses prénoms vous auraient achevé, ennuyé. Pour vous prouver ma
quiétude à votre sujet et pour tous les efforts déployés à lire mon
livre, j’ai relevé pour vous plusieurs situations de crise et leurs
solutions. Ce qui ne sera pas sans rappeler le cours de technique
respiratoire de Mme France :


Au volant de votre voiture, dans un interminable bouchon :
Exercice : appuyez votre tête contre l'appui-tête. Inspirez bien à
fond par le nez. Expirez doucement par la bouche en penchant la
tête vers l'épaule droite. Procédez de la même manière à gauche.
A faire plusieurs fois de suite.


Pour affronter un examinateur ou votre employeur
Exercice : Gilbert Garibal, psychosociologue, conseille la «
posture du cocher assoupi »: « assis, penchez-vous en avant, les
coudes sur vos cuisses et laissez pendre vos deux mains entre vos
genoux. Dans cette posture, les yeux fermés, concentrez-vous sur
l'ouverture et la fermeture de votre glotte, au rythme de vos
inspirations, expirations. Très rapidement, vous allez sentir




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votre larynx se décrisper. Détendu, moins stressé, la gorge
dénouée, vous serez prêt à affronter la personne en face de
vous. »


Quand on est bloqué dans un ascenseur seul ou en compagnie
d’une personne pour qui on vient d’avoir un coup de foudre :
Exercice : après avoir gonflé vos poumons à bloc, expirez à fond
en poussant à voix haute un grand « Hoow ! ». On expulse ainsi
d'un coup, l'air qui stagnait dans les poumons. Ensuite, inspirez
et expirez de nouveau, mais très lentement, jusqu'à ne plus avoir
d'air. Renouvelez l'opération à volonté. Petite parenthèse pour le
Hoow ! Essayer de simuler une toue un éternuement ou je ne sais
quoi. Sinon pour le coup de foudre faudra mettre une croix
dessus. »


Et enfin si pour une raison ou une autre : interro surprise, largué
par son copain ou sa copine, contrôle de police, inspection de
votre sac, cartable, ou de votre chambre par vos parents. Relaxez-
vous en moins d'une minute !
Exercice : placez vos mains, côte à côte, sur la cage thoracique,
sous la poitrine. Inspirez profondément par le nez, et vos mains
vont s'éloigner l'une de l'autre. Expirez profondément par la
bouche. Vos mains reviennent à leur position de départ.




                              154 / 408
Voila après ce cours de relaxation j’suis partis en direction du
Centre Culturel, là    je me suis assis sur un banc face à la
fontaine. Le genre de fontaine sculptée par un artiste…
talentueux ?    C’est vrai, cette fontaine ressemble à de le
guimauve ou à une glace italienne, des boules superposées les
unes sur les autres et qui auraient subit un sérieux coup de soleil.
Enfin toujours est- t’il que j’ai sorti de mon sac mon baladeur et
deux trois cassettes. J’ai mis en route mon baladeur, mais je n’ai
pas tout de suite posé mon casque sur la tête, je pouvais ainsi
écouter la musique des Bunnymen et les paroles de Killing moon
qui se mélangeait à celle de la ville. Les voitures vont et viennent
de gauche à droite, abritent autant de visages, qui ne sont jamais
les mêmes. Les passants marchent, courent, sifflent en se hâtent,
s’amusent et disparaissent au fur à mesure du temps.
Comme Ian Mc Culloch chantait toujours j’ai changé de cassette
et choisi la lecture boucle de Common pilgrim des Pixies,
énorme !
J’ai bien du rester collé sur ce banc deux ou trois heures, à coté
des chewing gum collés eux aussi sur ce banc. Les bras croisés je
regardais défiler le monde… J’ai alors repensé aux alligators.


L’alligator : Reptile carnivore de l'ordre des crocodiles. Les
alligators possèdent un museau large, plat et rond, alors que les
autres crocodiliens ont un museau long et pointu. Les alligators
se nourrissent de poissons, de grenouilles, de serpents, de




                              155 / 408
tortues, d'oiseaux, de mammifères et même de charognes. Ils ont
également    la    réputation    de      s'attaquer   à   l'Homme.
 Il hiberne en hiver et peut survivre plusieurs mois sans manger.
Quand il s'enfonce dans les marais, des clapets empêchent l'eau
de pénétrer dans les oreilles et dans la gorge. Comme c'est un
animal à sang froid, la chaleur extérieure est nécessaire pour
accélérer les fonctions de l’organisme. L'alligator du Mississippi
vit surtout dans les marais d'eau douce, les lacs et les bayous, au
sud-est des Etats-Unis…




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                          Chapitre 10
                      Jesus and Mary Chain




Je me souviens d’avoir acheté « Darkland » des JESUS AND
MARY CHAIN à la fin de l’année 1987 sublime album qui
vous scotche dès la première minute, le précèdait déjà « Psycho
candy, album de taille, chef d’œuvre Noisy absolu, carrément
renversant. Et je sais de quoi je parle, ce disque m’a carrément
foutu le cul par terre.
Discothèque du Centre Aragon le doigt sur le bouton Eject de la
platine cd. Le compact disque brillant trouve sa place au milieu
du compartiment. Un casque noir posé sur le haut de mon crâne.
Première note, première claque y’a de quoi, Just like honey.
Paralysé, la bouche entrouverte, il fallait que je m’assoie mais
déjà fallait il qu’il y est une chaise. Écouter cette album pour la
première fois doit être semblable à se taper le mur du son.
Darkland est plus sombre, moins saturé, quoique.
Si de Psychocandy s’échappait de l’acide à chaque riffe, ici leur
mélancolie déverse des torrents de lave. Il n’y a pour cela qu’à
écouter les titres Nine million rainy days ou Fall. Un album de
saison allant de l’automne à l’hiver jusqu’à la pluie de printemps.
Quelque chose qui vous remue les boyaux. Je ne me souviens
plus combien de fois j’ai tourné et retourné la cassette dans mon




                             157 / 408
baladeur. Combien de piles j’y ai laissé pour écouter et réécouter
cet archétype qu’est DARKLANDS


Je vais dans les ténèbres
Pour parler en rime
Avec mon âme chaotique
Aussi sur que la vie signifie quelque chose
Et toutes les choses se terminent dans rien


                            DARKLAND : Jesus and mary chain




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                           Chapitre 11
                       Un effet d’optique




J’ai bientôt 15 ans et comme les deux précédentes années, je
m’attends à ce que Lydie soit là, un sourire greffé sur ses lèvres
et ses deux petites mains roses tendues en direction des miennes
pour m’offrir un petit paquet cadeaux emballé la veille…


Assise à son bureau, le visage posé au creux de ses mains Lydie
semble être comme absente. Les nombreux posters de ses idoles
cachent presque tout son papier peint. Celui-ci même qui
quelques années plus tôt avait été la cause de beaucoup de
larmes.
Lydie, âgée alors de neuf ans, craque pour le papier peint rose
bonbon de la boutique de décoration. Magasin ou sa mère et son
père l’ont emmenée ce samedi après midi afin de choisir un
nouveau papier peint qui remplacerait celui des petits ours et
autres ballons volant à hélice.
La petite ne veut pas en démordre, ce sera le papier rose bonbon
et rien d’autres. Elle hurle, pleure, tape des pieds et refuse même
de lâcher ceux qu’elle tient dans ses bras. Devant une telle
pression les parents craquent, et opte pour le papier peint rose
bonbon.




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Aujourd’hui tout est différent, Lydie a grandi et ce qu’elle veut
serrer dans ses bras est différent. Sur sa mini chaîne hi-fi, elle
écoute les Duran Duran.
Sur son bureau, Lydie a minutieusement étalé ces petites
emplettes effectuées dans la journée. Stylo, gomme, trousse et
crayon à papier.
Pour emballer le tout, la vendeuse lui a conseillé un papier
cadeau rayé vert, violet et jaune plus un petit ruban doré.
Elle découpe le papier, tout en respectant la régularité des traits
de couleur et s’applique à donner le meilleur d’elle même dans
ce paquet cadeau. Une fois l’emballage terminé c’est autour du
ruban doré, elle serre le nœud mais pas trop, il ne faut en aucun
cas de plie sur le papier.
L’œuvre achevée c’est avec beaucoup de tendresse qu’elle
l’admire.
Une tasse de thé au jasmin, parfume sa chambre, ses mains
encerclent la tasse, et sa bouche souffle délicatement sur l’eau
chaude, ce qui la fait frémir. Elle sourit, et porte la tasse près de
son nez afin de respirer l’arôme qui se détache, à peine levés ses
yeux contemplent une nouvelle fois son œuvre. Heureuse, elle
verse une larme, certaine d’avoir réussi aujourd’hui quelque
chose de magnifique.
Alors, elle se laisse à rêver de la journée ou elle me tendra son
paquet et du sourire qui l’accompagnerait, moi sous le charme je




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la remercierais, peut être même qu’un début de je ne sais quoi
entre nous deux, éclorait.
-Qui sait ? Qui sait ? Se dit elle…


Mais voilà le jour de mon anniversaire, je ne suis pas allé en
cours.
Lydie a gardé le paquet dans sa poche toute la journée, espérant
me croiser dans la journée. Au fur à mesure que les heures
défilaient son visage lui, s’assombrissait.
Toute seule, lassée d’attendre devant la sortie du collège, elle
se rendit à l’évidence que son cadeau restera au fond de sa poche.
Qu’il n’y aurait ni échange de main ni de regard complice pas
plus que de sourire. Et encore moins de place pour un
quelconque je ne sais quoi d’espoir.
Elle finit par prendre le chemin de la maison. La tête basse elle
marche sans réel entrain. Son nez coule, malheureusement son
paquet de mouchoir est resté ce matin sur son bureau. Sa maison
couleur bleu ciel, le pommier, que son père planta pour elle à sa
naissance et qui au printemps donne des feuilles. Aujourd’hui
tout est nu, sans vie.
Sans conviction elle gravit une à une les marches qui la
conduisent jusque dans sa chambre. Adossée à la porte, elle
laisse son corps glisser le long du poster couleur de Flash dance.
Le regard vide elle fixe les volets fermés de sa chambre, qui
laisse pénétrer de petits traits de lumière.




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Il n’y à aucun bruit, dans la maison, pas plus que dans sa
chambre. Lydie, regarde son lit défait, Immobile, son ventre se
gonfle et se dégonfle. A mesure qu’elle respire, son souffle
s’accélère,   s’intensifie. Elle a beau fermer les yeux cela ne
change rien, sa poitrine se soulève, irrégulièrement. Seul,
Plongée dans la tristesse, elle a les mains qui tremblent. Et même
si le sol s’ouvre, que le toit s’écroule sur elle, ce qu’elle aimerait
tant, et bien malgré cela, Lydie n’est pas de celle qui va tout
renverser, tout casser. Bureau, chaise, lampe, posters sur les
murs, rien ne vole en éclat. Non elle à juste envie de se jeter sur
son lit. De laver sa tristesse avec des larmes…
Elle implore le corps allongé, cramponné à ses draps.
-je voudrai que tu me voies, je voudrais que tu me voies…
Une main ouverte laisse échapper ce qui fut jusqu'à ce matin un
magnifique paquet cadeau avec son ruban doré. Maintenant ce
n’est plus qu’un vulgaire paquet, écrasé, déchiré.
Ses lèvres qui tremblent murmurent à nouveau.
-je voudrais que tu me voies, je voudrais que tu me voies, je
voudrais      que     tu     me       regardes,     pour      moi….




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Il ne restait donc que quelques jours avant mon anniversaire, les
vacances qui s’achevaient ne seraient        bientôt qu’un lointain
souvenir. J’aurais pu fêter la nouvelle année 88 avec Nathalie,
Abdel, José et tous les autres, mais moi c’est le genre de truc qui
m’ennuie.
Reprise des cours, premières heures de math, horribles. Pour
continuer cette matinée de quatre heures, français. Point positif
pour un début difficile, le remplacement de M. Reybier            en
congé maladie par M. Landre. En effet l’affreux barbu est
malade et c’est tant mieux. Sûrement une grippe intestinale, le
genre de truc qui vous cloue au lit, pour ne pas dire aux chiottes.
Je l’imagine au bord du lit ou la tête dans la cuvette des toilettes,
« chérie passe moi le… je heuglble… » Ah, terriblement bon.
Je déteste ce type et c’est rien de le dire. Il ne vous connaît pas,
mais tans pis il vous déteste quand même, prétentieux de merde
va !
En cours il vous dévisage, en rang par deux dehors, il vous
déteste. Il aime se tenir droit la tête haute et vous soupçonne du
pire. A chaque cours c’est la même rengaine. Soit vous êtes dans
ses petits souliers, là il vous supporte. Soit vous êtes comme lui,
méprisant, là il vous hait. C’est mon cas.
Sa garde robe n’est composée que d’une seule chemise blanche,
un pull bleu marine noué autour du cou, et d’une pipe qu’il ne se
sépare jamais. Il donne son cours du haut de son estrade et si




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jamais vous aviez le toupet de le faire descendre, il vous jetait
votre cahier au visage en mordillant le tuyau de sa pipe.
Ses futals sont exclusivement en velours, j’exagère à peine il n’
y a que la couleur qui change, noir, marron ou vert kaki.
Je crois que l’on sera tous d’accord pour dire qu’élève on porte
autant d’importance la tenue vestimentaire d’un prof qu’à son
cours. Et ceux qui me diront le contraire sois je leur crève un
œil, soient ils occupent le premier rang de la classe.
Si je devais résumer mes deux précédentes années de collège, je
dirais que ce n’est pas chouette, chouette.
Je ne vous parle pas de ma rencontre avec Nathalie, belle,
intelligente, et de loin ce qui m’est arrivé de mieux. Ni du bon
temps passé avec mes amis, dingue et généreux. Ils sont les
meilleurs amis du monde.
Durant ces deux années, j’aurais fait de mon mieux pour passer
de la sixième à la cinquième et de la cinquième à la quatrième.
Or, en réalité je sens que tout va mal, je suis passé de la primaire
à la sixième sans problème, maintenant chaque travail que je
fournis me demande un effort de concentration phénoménal…


Toujours est-il que l’on m’a envoyé voir la conseillère
d’orientation. Conseillère de la même espèce que celle qui
orienta l’année derrière ma sœur vers son futur de relookeuse.
D’abord elle me souhaita une bonne et heureuse année.




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Ensuite, elle croisa ses doigts et prit un air très solennel et posa
sa seule et unique question.
-Dit moi Alexandre, de toi à moi, qu’elles sont tes bonnes
résolutions pour cette nouvelle année ?
Silence…
J’ai beaucoup réfléchi avant de lui donner une réponse, j’aurais
pu lui confier que j’aurais adoré marcher sur la lune, rouler en
porche décapotable en plein désert du Texas avec suffragette
city de Bowie à fond la caisse, gagner au loto sans jouer, et enfin
être un Jedi ou Highlander. Mais la seule réponse qui s’échappa
de ma bouche fut celle-ci:
-Je n’ai pas de nouvelle résolution, pas plus que l’année d’avant,
pas plus que la précédente et encore moins que celle d’encore
avant. Je ne crois pas non plus que les gens vivent ego, libres et
en parfaite harmonie. Je pense que rien ne va en s’arrangeant,
pire que le monde a basculé dans la folie et prêt à imploser.
Je suis, un détonateur, parmi tant d’autres.
Silence….re-silence…
Ses yeux venaient de former un cercle énorme, sa bouche
ressemblait à celle d’une carpe. Elle se pencha un peu plus sur
son bureau, ses seins écrasèrent ses gros doigts. L’un d’entre eux
n’avait pas la même couleur, peut être à cause de la bague qu’elle
portait.
Bague de mariage ? Je supposais.




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Mariage ou pas, ce doigt qui n’avait pas fini sa croissance à
l’âge ou la mariée s’est passé l’anneau souffrait maintenant de
la boulimie. Cette femme était restée trop longtemps assise à
donner des explications douteuses sur le sens de la vie et celle
des études à court termes.
Il semblait de façon évidente que le rôle de liens qui unissait
cette bague à sa consœur, celle fixée au doigt du mari, était plus
un prétexte masochiste qu’une réelle union.
Le voir réduit de façon aussi spectaculaire était une leçon de
courage de la part de ce doigt, j’exagère à peine.
Sur, que ce doigt n’avait pas le même aspect depuis la boulimie
et cette bague. Comprimé et boursouflé, voila comment il était !
J’avais beau regarder tous ses autres doigts à plat sur son bureau,
aucun, je dis bien aucun, ne semblait souffrir comme celui-ci.
Peut être qu’une amputation doit être envisagée ou le
remplacement par un autre doigt, je ne savais pas…De toute
façon elle était droitière. Je supposais donc, que sa main gauche
ou plutôt son annulaire gauche, ne lui servait à rien ou à pas
grand-chose ?
Pour cela quelques règles s’imposait, et avant qu’elle ne s’auto
ampute je m’en allais lui photocopier ses règles :
Les consignes à appliquer, en cas d'amputation digitale,
doivent être parfaitement connues. En effet, le non respect
des consignes simples et précises complique la tâche du
chirurgien (coton ou mercurochrome sur les plaies), mais,




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beaucoup plus grave, peut compromettre de manière
définitive le succès de la replantation (doigt au contact direct
de la glace). A. En cas de section complète le segment amputé
doit être placé dans un sac en plastique, étanche, déposé sur
des glaçons. Le but est de conditionner le segment amputé en
" ischémie froide " (sans circulation sanguine) autour de + 4°
C. La dégradation tissulaire est alors considérablement
ralentie malgré l'ischémie et ceci permet d'effectuer avec
succès une replantation digitale jusqu'à 24 h après le
traumatisme; le délai maximum de 6 h reste cependant
souhaitable pour obtenir le taux de succès le plus élevé.


Voilà en résumé l’état dans lequel je me trouvais actuellement,
amputé du reste du monde à supporter les idées moindre de cette
bonne femme. Réduit à me moquer d’elle, pourtant n’était elle
pas payé pour nous aider à un avenir des meilleur ?
Le hic, c’est que l’avenir je n’y croyais pas, ou peu, et que je
sentais que ma vie m’échappait et que je ne contrôlais nada.
J’ai bien essayé de me mettre à bosser, mais j’étais le seul à
croire en moi, et dieu sait que ça pesait pas lourd ce genre de
truc.
Bon, j’avais quand même pu échapper à l’emprise de ce vampire
et à ses nombreuses tentatives d’explication de reclassement. Qui
d’après elle pourrait m’être bénéfique. Franchement         soyons
sérieux, est ce au bout de trente minutes passées en compagnie de




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quelqu’un et qui plus est que vous connaissez à peine. Vous
savez ou pas ce qui est bénéfique ou ce qui ne l’est pas ?...
Je me suis levé en lui offrant un sourire de con, Idem pour elle.
Je peux même affirmer sans trop me tromper qu’elle pensait
avoir réussi dans sa tache… Lamentable.
 Je suis sorti du bureau, en lui empruntant un livre posé sur son
étagère, intitulé    « L’Enfant face à l’échec », manuel de
perfection à l’attention des conseillers d’orientation offert par le
Ministère de l’Education Nationale.
-Dés que j’en sais plus je reviens vous voir.
Heu, oui parfait.
Elle n’a même pas levé le nez de son compte rendu, pour sûr
qu’elle n’a rien vu, rien compris.
-Merci et bonne journée, madame.
Lundi pourri, j‘ai profité de la porte fermée pour m’avachir. Je
poussai un soupir de soulagement et promenai mon regard sur ce
couloir, rien n’était beau ici, pas même les plantes qui étaient
affreuses, vertes et en plastique. Le mauvais goût par excellence.


Si je n’avais pas insisté sur les plantes au pétrole, je n’aurais sans
doute pas remarqué que quelqu’un se tenait assis sur le banc, en
face du bureau du directeur. Ce quelqu’un, que je le connaissais,
pour être même plus exact je la connaissais.
Sans faire de bruit, je me suis redressé et tout un tas d’images me
son revenues en mémoire. Elle renifla une fois, sa main




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s’approcha de son visage, elle renifla une seconde et je me
décidai à lui adresser la parole. J’avançai lentement pour ne pas
l’effrayer ou la faire sursauter.
-Katherine ? Un peu surprise, elle tourna brusquement              son
visage vers le mien. Il était parsemé de taches rouges et ses yeux
cernés de larmes. Elle sourit, effort qui n’était pas sans cacher
quelque chose.
A mon tour surpris, incapable de quoi que ce soit je lui souris.
-Salut Alexandre.
J’étais bien tenté de dire quelque chose, mais j’avais subitement
le nez qui me piquait et la gorge nouée. Elle baissa la tête, et
renifla. A cet instant m’éloigner, pousser les portes battantes, me
semblait la seule solution. Fuir devant cette situation devant
laquelle j’étais impuissant.
Pourtant avant de m’engouffrer dans le couloir suivant, un petit
je ne sais quoi me murmura à l’oreille : Alexandre tu ne peux pas
t’en aller ainsi. A nouveau nos regards se croisèrent, elle sourit,
un mouchoir blanc à la main, elle essuya son nez…




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                         Chapitre 12
          Quelques moments à une autre époque



J’étais en classe de Ce2 quand Katherine a emménagé avec sa
famille dans la maison pas bien loin de l’école. Elle possèdait
un chien du nom de Raffy et comme moi avait une sœur, qui était
de 10 ans son aînée.
Katherine n’était pas bien grande, elle avait des cheveux bruns
coupés comme ceux d’un garçon et quand elle souriait deux
fossettes creusaient son visage, ce qui n’est pas sans me rappeler
quelqu’un.
Elle est arrivée en classe au cours de ma seconde année de Ce2,
seconde année redoublée grâce a l’ingéniosité de mes parents
qui, un an auparavant avaient eu la bonne idée de déménager en
plein semestre ce qui inévitablement me fut fatal… pas très fute,
fute, les vieux.
Je connaissais déjà Abdel puisque comme moi il habitait le
vieux quartier. Nous étions dans une classe mixte, il était au CP
et moi en CE1. Aux cours des grandes vacances, sa famille
déménagea vers la ZUP ; un an plus tard ce fut au tour de la
mienne.
Mais mon retard scolaire ne datait pas de la, en effet mon entrée
au CP se fit à l’âge de sept ans au lieu de six. Quand je vous




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parlais de cette vieille guerre qui nous unit, moi et le système
scolaire…
Enfin, toujours est-il que Katherine et sa famille emménagèrent
dans la maison pas bien loin du grand chêne, celui sur lequel
j’aimais grimper pour        admirer la ville. Ce chêne âgé de
plusieurs centaines d’années avait accepté que l’on puisse
graver nos prenons sur son énorme tronc, à l’aide d’un couteau
opinel, celui de Cyril. Qui lui est arrivé dans le quartier un mois
après avec sa mère.
Ce qu’il y a de vraiment fabuleux dans la maison de Katherine
mis à part le fait qu’elle domine toute la ville, est qu’elle a des
tonnes de fenêtre aussi larges que longues. Des escaliers dedans,
dehors.
Un jour, je suivais Katherine qui grimpait les marches une à une.
C’était un escalier en colimaçon qui avait un commencement
dans le couloir près du salon et une fin dans le grenier. Il
desservait 3 chambres : celle de Katherine,         sa sœur et des
invités, j’aurais voulu faire partie des invités.
Elle disparut dans le colimaçon plus rapide que moi, normal, je
prenais le temps d’admirer la vue derrière chaque fenêtre. Plus
je montais et plus    la ville en contrebas rapetissait. Ce n’était
pas sans me rappeler cette chanson apprise en maternelles :
J’ai une maison pleine de fenêtres, pleine de fenêtres en large
et en long
et des portes aussi, faut le reconnaître, et des portes aussi, il




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faut bien sortir
et des escaliers qui grimpent qui grimpent, et des escaliers qu
font mal aux pieds
et un ascenseur qui est toujours en panne et un ascenseur qui
fait mal au cœur…etc, etc


Dehors, au dessus de la porte du garage on avait fixé un panier
de basket, le top un panier de basket rien que pour soi, Katherine
m’expliqua qu’elle faisait partie d’une équipe de basket et se
panier c’était pour s’entraîner, j’hallucinai.
Quand on faisait le tour de la maison, on pouvait admirer le
plus beau des salicinées ; j’ai nommé le salix babylonica, plus
connu sous le nom de saule pleureur. De tous les arbres du
monde c’est celui que je préfère.
Katherine avait un grand père qui s’appelait François.         En
automne, en hiver, il passait son temps devant son barbecue à
faire griller des châtaignes et à boire du vin chaud. Quand il
était invité à l’école, c’était pour nous raconter la guerre,
comment à l’âge de 21 ans il est rentré dans la résistance et a
pris le maquis sous les ordres de Romans-Petit, chef
départemental des maquis de l’Ain et de l’armée secrète. Mon
maître d’école qui était féru de la seconde guerre mondiale et
sur laquelle il était pratiquement incollable a, à de nombreuses
reprises, invité cet ancien résistant afin de nous faire partager
son passé, sa vie, son histoire. Mon professeur etait aussi le




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directeur de l’école et     pt’être bien       un communiste. Je dis
communiste car il nous tutoyait              toujours même quand il
s’adressait à toute la classe.
Comme tout passionné, c’était avec des yeux d’enfant qu’il se
laissait prendre au jeu des histoires, et croyez moi les anecdotes
ne manquaient pas.


La grande sœur de Kathy était apprentie musicienne, elle aimait
la musique française et peu lui importait le style. Parmi ceux
que nous avions en commun il y avait : Téléphone, mais aussi
Gainsbourg et Jacques BREL, qu’elle adorait…
Une heureuse coïncidence a fait que mon prof de musique à
l’école se trouvait aussi être son prof de guitare, il n’était donc
pas rare qu’elle était présente au cours pour l’accompagner. Ils
jouaient tout d’eux d’un instrument, Monsieur Marc               au
synthétiseur et elle à la guitare.
Notre classe était une véritable petite chorale avec ses sopranos
et ses altos.
Nous apprenions les paroles de divers artistes français, comme
Francis Cabrel, Julien clerc ou Claude Nougaro.
Souvent, bien marrantes.


« Melissa, métisse d'Ibiza
Vit toujours dévêtue
Dites jamais que je vous ai dit ça




                                 173 / 408
Ou Melissa me tue...
Le matin derrière ses canisses
Alors qu'elle est moitié nue
Sur les murs devant chez Melissa
Y a tout plein d'inconnus » …
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Katherine, Abdel, Cyril et moi mangions tout les midis à la
cantine, nous prenions le car de l’école à onze heure trente,
pour    descendre jusqu’au restaurant municipal. La route
empruntée par le bus pour s’y rendre était pratiquement la
même que celle utilisée pour se rendre à la salle omnisport. Par
contre là pas de bus, C’est la marche forcée jusqu’au complexe
sportif, et peu importe le temps…
Petite anecdote d’un retour de gym : un matin en sortant de nos
deux heures de sport et alors que nous reprenions le chemin de
l’école. Je m‘exécutai dans un nouveau numéro de clown.
Comme je vous le disais auparavant j’ai toujours été doté d’un
sens innée pour les conneries, pas toujours très fines, je le
reconnais.
Enfin toujours est il que poussé par un élan de bêtise, j’ai décidé
d’arracher un sourire à Katherine. Sur l’instant, l’idée de me
couvrir la tête avec mon sac de sport me parut une excellente
idée. Sitôt pensé, sitôt fait, je passe la tête entre la fermeture




                             174 / 408
éclair et mes vêtement de sport,         et me voila affublé d’une
grotesque cagoule ou je peux à peine respirer et voir.
En plus d’être grotesque, c’était une idée stupide car comme
toute idée prise à la hâte je n’avais pas prévu la chute !
Chose faite, il n’y avait qu’à demander.
Je n’avais pas fait dix mètres que ma tête heurta un obstacle, et
quel obstacle ! Un fichu poteau électrique, dressé là sur mon
chemin, non mais !
Abasourdi par le choc j’ai eu du mal à retirer le sac de ma
tête, et mon nez m’a fait très mal. Sinon pour la blague, y’a pas
de problème, elle a marché du tonnerre, Katherine a ri aux
larmes et elle n’était pas la seule. Tous ceux qui ont assisté à la
scène se tordaient de rire. Moi je me tenais à l’arrêt, la tête
penchée en arrière, mes doigts baignaient dans mon sang qui
s’écoulaient de mes deux narines, j’avais vraiment l’air malin
maintenant.
Sur ce, le prof a fait marche arrière, sans quitter des yeux le
premier rang.    Témoin de ma bêtise, il s’est approché          à
reculons le regard rivé sur la route. Qui sait, juste au cas ou le
premier rang déciderait de se barrer, de prendre la fuite pour je
ne sais ou ?
Une fois à ma hauteur il a jeté un rapide coup d’œil à ma
blessure. Il a haussé les épaules et les sourcils.
-Et devant moins vite !
Conseil de premier soin, à un con victime de sa blague pourrie.




                             175 / 408
-Presse tes doigts contre tes narine .Cela fera coaguler le sang,
et ne penche pas ta tête en arrière ça ne sert a rien…




Chaque fois que l’on arrivait devant la porte de la cantine c’était
la lecture du menu. Menu qui,              de semaine en       semaine ne
changait pas vraiment :


                 Lundi            Mardi           Jeudi         Vendredi
               Betteraves        Carottes                       Concombre
   Entrée                                      Salade de riz
               vinaigrette        râpées                        vinaigrette

               Friand a la
                                                               Filet de colin
    Plat     viande ou steak                   Rôti de dinde
                                Spaghettis                       meunière
                 haché
                                bolognaise
                Pommes                          Chou-fleur      Epinard a la
  Légume
                 vapeur                          béchamel         crème

 Fromage       Camembert       Fromage frais   Fromage blanc   Vache qui rit

                               Compote de                      Flan nappé au
  Dessert         Fruit                            Fruit
                                  poires                          caramel




De retour de la cantine et quand le temps le permet on s’asseyait
sur le banc de la cour pour se partager le dessert, dessert qui lui
aussi dépendait de du temps. En hiver : mandarine ou papillotes,
au printemps : Compotes, fromage blanc et en été : bananes,
orange, pommes, perso je préfèrait celui d’hiver.




                                176 / 408
Katherine fut longtemps amoureuse de Loïc. Qui lui s’intéressait
plus au judo qu’aux filles. Il suffisait que ce garçon passe dans
la cour pour qu’elle fonde comme neige au soleil, ou qu’elle se
rétame par terre, comme si elle oubliait de lacer ses chaussures.


Assis entre mes camarades de classe et quelque part dans mes
pompes, je les écoutais parler de ci et de ça mais j’avoue ne pas
toujours tout comprendre à leurs histoires.
Cyril avait pour habitude de glisser ses mains sous ses fesses et
de balancer ses pieds d’avant en arrière au fil que la discussion
s’installait. Souvent, et je crois afin de rythmer le tout,      il
penchait sa tête une fois à gauche, une fois à droite, une fois
gauche, une fois à droite et vice versa…
A certain moment ses yeux verts clair brillaient plus que
d’habitude, mais pas pour les mêmes raisons que Katherine. Non
lui ce qui le faisait   s’ouvrir était de parler de son flipper
grandeur nature, identique à celui d’une salle de jeux et bien sûr,
son père. Celui qu’il n’avait jamais vu, néanmoins il attendait
son retour comme certaines personnes attendent la venue du
messie. C’est     son père qui d’ailleurs lui avait offert ce
magnifique flipper pour noël.


Muet ? J’approuvais de la tête, pour montrer à quel point j’étais
content pour eux et que je saisissais leur joie, leur bonheur,
cependant, et malgré tous les efforts à essayer de comprendre




                             177 / 408
mes amis je pigeais que dalle, j’avais du louper un truc, une
étape.
Comment son père qu’il ne voyait jamais avait put lui offrir un
flipper ? Et pourquoi Katherine s’obstinait à vouloir aimer un
garçon qui ne s’intéresse qu’au sport ? Et pourquoi Katherine
avec un k et pas un c ?
-Parc’que ma mère est d’origine Anglaise et bien que l’origine
du prénom soit grecque c’est sa forme anglaise de Katharos, tu
comprends ? Alexandre ?
-Bien sûr. A nouveau, je hochais de la tête en signe de
compréhension, j’étais sur qu’il fallait que je change de
chaussure un truc plus discret, et noir, mais quoi ?
Plus tard, et parce que certaines de mes questions restaient sans
réponse, j’ai appris par le biais de ma mère et de mon père que
deux personnes qui ne s’aiment pas, ou plus, se séparent. On
appelle cela le « divorce». Bien sur mon père a rajouté qu’il n’y
a que les faibles d’esprit, incapables de se prendre en main qui
divorcent.
Comme mon père a toujours une façon bizarre de voir la vie et
de la comprendre, j’ai décidé de me rendre à la bibliothèque de
l’école et d’effectuer mes propres recherches. Dans le gros
dictionnaire français j’ai découvert ceci.
Divorce : Nom masculin singulier, Verbe à l'indicatif présent 1e
personne du singulier
1 - dissolution d'un mariage civil résultant d'un jugement




                             178 / 408
2 - au sens figuré, désaccord profond


Papa était bien loin de la vérité.


Un jour d’automne posé comme d’hab’ sur le banc à manger
une Vache qui rit, comme toujours assis au milieu de kathe et
Cyril à regarder Abdel faire le pitre. J’allais faire connaissance
pour la toute première fois avec la grande sœur de Katherine.
Elle est entrée dans la cours, vêtue d’un jean noir, un foulard
violet autour du cou et un pull en laine deux fois trop grand.
Ses cheveux étaient teints couleur auburn et comme Katherine
son visage était clair, parsemé de taches de rousseur.
Ensuite elle s’est approchée de nous, sa caisse de guitare à bout
de bras.
-Tient c’est ton goûter pour l’étude ce soir. Je l’ai regardé tout le
long de son geste.
- Cool la guitare ! Que j’ai dit.
Elle m’a retourné mon compliment accompagné d’un clin d’œil
-Cool la coupe de cheveux.
-Merci, j’ai arrêté de les peigner.
-Hé ben ça ce n’est pas vu, bravo !
Je lui ai tendu la main pour me présenter,
- Alexandre. Elle a fait de même.
- Enchantée Alexandre, moi c’est Nadine.




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-Je suis content de serrer la main d’une artiste. Lui ai- je dis.
Sa main sentait la vanille.
-Je ne m’attendais pas à tant de compliments, merci.
Les portes des vestiaires se sont ouvertes, dans son dos, notre
prof de musique. Elle a jeté un rapide coup d’œil en arrière, il
lui a fait un signe de la main auquel elle a répondu. D’un
mouvement bien calculé elle a posé sa caisse à guitare sur son
épaule. Il était temps pour elle de nous dire au revoir, mais cette
fois, c’est elle qui m’ouvrit sa main la première.
-Bon, et bien ravie d’avoir fait ta connaissance Alexandre, je
crois qu’on va bientôt se revoir.
Elle passa ses mains amicalement sur les cheveux de sa sœur
-A ce soir ?
- Ouai, à ce soir. Katherine éternua. Nadine sortit un mouchoir
en papier de sa poche, elle tremblait.
Un nouveau clin d’œil et la voila partie.
J’me tournai vers ma camarade de banc, son nez était froid cela
se voyait. Elle n’arrêta pas        de renifler, en l’espace d’une
seconde le temps de s’essuyer le nez, il prit différente teinte.
D’abord rouge puis blanc et de nouveau rouge.
Je regardais la frangine s’éloigner. Ce fut ma première poignée
de main avec un artiste et p’têtre même la dernière.
-Pourquoi a-t-elle dit qu’on allait se revoir ?
-Je crois que Marc lui a demandé de l’accompagner à la guitare
pour les cours de chant, c’est son prof de guitare.




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-Ah, ok, cool…
Effectivement au cours des mois qui passèrent, elle était de plus
en plus présente au cours de chant et vu l’entrain que je mettais
à taper sur la table pour l’accompagner elle demanda a ce que
l’on me nomme au sein du groupe. J’eu le plaisir d’être désigné
officiellement accompagnateur rythmique. Tous les instruments à
bois sur lequel on peut taper sont passés dans mes mains.
Maracas, tube résonnant, tambourin, paire de claves, couronnes
avec cymbales…
J’eu même le plaisir en fin d’année pour la fête des écoles de la
ville, d’accompagner Marc et Nadine aux percussions, pendant
que mes camarades chantaient devant un public de huit cent
élèves.
Je pouvais lire la joie sur chacun des visages qui m’entouraient.
Pour le professeur de musique et mon professeur d’école ce fut
une réussite totale. Nadine jouait devant un public conquit et les
applaudissements rythmèrent chacune de nos paroles. Pour Les
enfants que nous étions et pour la plupart issue de la ZUP,
appelée aussi « cage à lapin », savoir que pour une fois nous
étions le centre d’intérêt de quelqu’un, de quelque chose, était
énorme. Nous étions le bouquet final de cette fête,        le feu
d’artifice comme nous l’avait si bien dit notre prof avant de
monter sur la scène…




                            181 / 408
J’ai revue Nadine plusieurs fois chez elle. Souvent attablés
comme des affamés dans la cuisine, c’est elle qui nous préparait
du pain avec un morceau de chocolat. Alors dans cette même
cuisine   elle   jouait    de    la    guitare   pendant   qu’Abdel
l’accompagnait au beat box. Cyril et moi n’avions plus qu’à nous
servir des bouteilles en verre, des casseroles, et des couverts et
laisser notre imagination faire le reste. Katherine frappait des
mains et dansait sur le sol, sur la table...


Plus tard, au cm2 je crois, je lui ai amené un tas de disques.
Parmi l’un d’entre eux figurait Joy division, comme son anglais
était assez bon, Elle n’eut pas trop de mal a comprendre les
textes, bien que les paroles de Ian Curtis soient souvent trop
personnelles.
Closer, se termine par la voix de Curtis         répétant sans cesse
cette phrase :
Where have they been, Where have they been".
A la fin du disque Nadine se tourna vers moi, elle passa ses
doigts dans mes cheveux, et saisit une mèche qu’elle passa
derrière mes oreilles.
Malgré son sourire, elle avait un je ne sais quoi de triste dans
ses yeux, j’étais pétrifié, comme si je savais, mais quoi ?
-C’est magnifique Alexandre, mais un gamin de ton âge ne
devrait pas écouter un disque pareil.




                                182 / 408
-Alexandre…Alexandre ça va ?
Au bout d’un moment mes souvenirs d’enfance s’estompèrent
pour laisser place au présent, ma vue quitta celle de Nadine pour
les yeux de Katherine.
Elle m’appelait, une main tendue vers moi et dans l’autre son
mouchoir blanc. Assise au bord du banc, le nez rougi, ses taches
de rousseur avaient comme augmenté.
Je sortis de ma poche mon mouchoir bleu à carreaux, celui que
ma mère glisse toujours dans mon pantalon.
Sa main blanche, ses doigts rouges tremblaient, je tremblais
aussi.
Je saisis sa main pour m’asseoir à côté d’elle. C’était horrible,
cette impression de vide qui vous entoure, votre amie est là seule
et vous ne pouvez rien.
Je fixai le néant et tout au fond de moi je savais que quelque
chose d’affreux était arrivé, chose que je ne voulais, que je ne
pouvais accepter.
Quelques élèves passèrent dans le couloir. Certain me regardaient
comme une bête curieuse, d’autres affichaient un sourire de
compassion, comme moi ils ne savaient rien.
Mon regard a parcouru les murs les portes comme si je
m’attendais à un peu d’aide. Et puis l’envie de la serrer très fort
dans mes bras est arrivée, c’est ce que j’ai fait...
Sa tête s’est blottie contre moi, ses poignet ont enroulé mon
blouson, elle renifla et j’ai senti un sanglot traversé mon jean.




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J’entendais des voix qui émanaient du bureau du directeur, le
timbre familier du dirlo qui passait outre les cloisons et puis une
lumière blanche jaillit dans le couloir, quelqu’un avait ouvert une
porte. Elle dessina sur le sol nos ombres qui ne formaient qu’une
seule et unique forme. Je me suis alors souvenu de cette œuvre
d’art ou un couple est enlacé.
La porte se referma et les ombres sur le sol disparurent.
J’entendis que l’on fermait une porte à double tour, l’éducatrice
passa devant nous sans se retourner elle avait l’air affligé, la
gueule d’un type sur qui le monde venait de s’écraser.
Elle se présenta devant la porte du directeur, sa main allait
frapper la porte, mais se ravisa, elle eu besoin avant d’une petite
toux histoire de se préparer.
Quelques secondes plus tard elle re-dégaina son poignet, se fut
quelque seconde de trop, puisque au moment ou elle devait taper
à la porte, la voilai qui s’ouvrit. Devant elle et un peu surpris le
sous directeur, une mine affreuse. Il fit un signe de la tête à son
collaborateur mais rien de plus.
Malgré le peu de temps ou            la porte resta ouverte je put
apercevoir les parents de katherine. Assis près l’un de l’autre, le
directeur avait lui aussi une mine défaite. Je lu sur ses lèvres ceci
-Entrez et fermez la porte. Pendant un instant je cru qu’il
s’adressait à moi, la porte se referma mes illusions aussi.
Kathy ne reniflait plus, à présent elle me regardait, sa bouche
délicatement s’ouvrit.




                                184 / 408
-Elle est morte, Alexandre. Elle est morte… Dit-elle tout bas.
J’avais mal, et je perdais pied et m’enfonçais un peu plus prés
d’elle, ses cheveux courts me piquaient le visage, mais ce n’était
pas grave. De tout façon cela était impossible, pas Nadine, je
refusais qu’elle puisse être… je refusais tout ceci…
-Elle est morte Alexandre, Nadine est morte… Elle s’est remise
à pleurer.
-non, non c’est impossible, elle est chez toi, elle joue de la
guitare, elle… J’ai de plus en plus du mal à respirer mon cœur
s’emballe et les ténèbres m’envahissent, les cris des enfants
résonnent dans ma tête, la voix de Nadine m’appelle.
Alexandre, Alexandre.
La lumière réapparu et avec elle le visage bouffit de Katherine,
ses doigts séchaient ses larmes et séchaient les miennes.
-Ca va ? Alexandre.
-oui, je serai sa main dans la mienne. –Oui, ça va
J’ai longtemps regardé la porte du directeur espérant que
quelqu’un sorte qu’il vienne à nôtre aide.
Quelqu’un, qui pourrait la rassurer, lui dire des mots gentils.
Lui dire le genre de truc que l’on dit dans ces cas. C’est dur mais
il faut que tu te battes, la vie ce n’est pas si dégueux. Et Peut
importe l’endroit où elle se trouve maintenant c’était toujours
mieux qu’ici. Nadine était en paix maintenant…
Mais rien, personne n’est venu souffler des mots gentils dire
toutes ces choses là quand on en a besoin.




                             185 / 408
J’expirais lentement par la bouche et j’avais beaucoup de mal à
lutter, contre la tristesse c’est comme si elle m’arrachait les yeux,
qu’elle me volait mon âme.
Et cette conne de porte qui s’obstinait à rester fermer.
Nous sommes restés assis ici encore une heure…


On a enterré Nadine un jeudi.
Je me suis approché du cercueil encore ouvert pour lui dire au
revoir. Elle était belle, calme, ses lèvres clos et malgré l’absence
de son parfum à la vanille je pouvais me souvenir des moments
passé à coté d’elle à l’écouter parler, son rire se cognait dans ma
tête. Son visage était celui d’un ange, blanc lisse elle ressemblait
à une porcelaine. On avait déposé entre ses mains jointes une
rose blanche…
L’afflux des personnes qui venaient lui rendre un dernier
hommage était magnifique. Certains pleuraient dans les bras des
uns, d’autres posaient un bouquet de fleur et sortaient
immédiatement. J’ai déposé un mot à côté des autres petits mots
étalés comme des pétales sur son linge. Ensuite et pour la
dernière fois j’ai caressé ses mains froides et déposer un baiser
sur son front accompagné d’un clin d’œil, le dernier.
Puis je suis sorti rejoindre, Abdel et José, qui se tenaient l’un à
coté de l’autre, j’ai allumé une clope et regardé les gens devant
nous. Des profs, des camarades de classe.




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J’ai sourit à la vue de François son grand père qui se tenait là,
une canne à la main et des lunettes pour couvrir ses yeux.
Vide, voila ce que nous étions vides…


Le bruit des pas des porteurs du cercueil craquaient sur la neige.
Le cortège suivait sans un bruit.
Le curé a donné son discours dans un silence absolu. Seul les
larmes,   les sanglots étaient autorisés à venir déranger cette
dernière minute.
Certains ont lancé une poigné de sable, d’autre une rose, une
dernière pensée avant le repos éternelle.
Comme je me tenais à côté de Katherine j’ai pu remarquer, une
fille qui avait fait un geste des plus jolis, en lançant un bouquet
de fleurs lacées avec des cordes de guitare, joli clin d’œil.
Ensuite parce que cela devenait           trop dur il fallu     que je
m’éloigne.
Plus loin dans le cimetière se tenait à distance notre professeur de
chant. C’est vrai que je ne l’avais pas vu jusqu'présent. Il tenait
un bouquet de fleurs blanches. Malgré la quelque vingtaine de
mètres qui nous séparaient je pouvais voir les larmes couler sur
ses joues. Les manches de sa veste essuyèrent ses yeux, puis des
membres de la famille sont allés à sa rencontre, l’un d’entre eux
l’a bousculé. Je ne pouvais pas entendre ce qui se disait, mais
quelques seconde plut tard il quittai le cimetière, la tête basse.
Je me suis délicatement éclipsé, pour lui courir après.




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-Monsieur, monsieur !
Il s’est retourné pour me dévisagé au bout d’un moment il
prononcé mon prénom.
-Alexandre.
-Oui, j’étais surpris qu’il me reconnaisse.
Il pleurait encore.
-Notre percussionniste, là aussi j’étais surpris qu’il s’en
souvienne. Il posa son bras sur mon épaule.
-Je l’aimais,     tu sais ? Je l’aimais. Répétait-il. Ses larmes
séchaient et malgré son sourire d’autre sanglot apparaissaient.
J’étais figé, bouche ouverte, impossible de dire quoi que ce soit,
enfin presque
-Vous et Nadine ?...
Il passa sa main sur mes cheveux, il eu une voix grave.
-faite gaffe à l’amour Alexandre,          Monsieur Alexandre LE
GRAND !et Surtout ne changez pas de coupe de cheveux,
d’ailleurs ne changez rien.
Sur ces dernier mot il bassa la tête et s’en alla, j’étais pétrifier par
ce que je venais d’entendre mais pas vraiment surpris, peut être
que les vérités son toujours plus dur quand elles sont dites.
Je levais la tête sur lui quand je remarquais une femme qui se
tenait à l’entrée du cimetière, elle frottait sa main droite, où ?
non en fait elle semblait tenir une bague, une alliance.
-Sa femme bien sûr, dis-je à voix basse




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Il ne m’avait pas entendu mais à mi chemin il se retourna pour
hurler.
-Alexandre le grand ! C’est comme ça qu’elle aimait t’appeler
Il leva le poing au ciel « Alexandre LE GRAND !
Puis il se retourna et disparut en compagnie de celle qui devait
sans nul doute être sa femme.
Je suis resté un moment à songer à ce qu’avait pu être leur vie
d’amants à tous les deux Nadine et marc.
Le vent me glaçait le visage, heureusement mon manteau était
bien chaud, je resserrais le col autour de mon cou.
-Au revoir, monsieur.
Silence.
-Au revoir Nadine.




Nadine était morte à cause de l’amour.
L’amour de quelqu’un qui ne serait jamais à elle.
À 25 ans à peine sa vie venait de s’interrompre, peut être trop
dure. Mais oui beaucoup trop courte. Trop courte, Comme la
corde à passer autour de son cou pour mettre fin à sa trop courte
existence…
Après le cimetière nous nous sommes tous retrouvés chez les
parents de katherine pour boire un verre en mémoire de Nadine.
Jamais auparavant cette maison ne m’avait semblé si triste si
vide. Quelques photos par ci par là de Nadine et de katherine




                             189 / 408
petites et puis plus grandes. La seule chose qui me vint à l’esprit
est l’image que l’une d’entre elles         ne grandirait plus, ne
vieillirait plus…
Epuisé et vidé je suis rentré à la maison, comme mon père
n’était pas là, j’ai bu une goutte de whisky. Il parait que c’est très
bon remède contre… contre quoi au juste ?
Derrière les vitres de ma chambre rien a changé, le parking plein
de neige est vide et sans mouvement. J’aurais tant aimé qu’il
pleuve, ou que tout explose. Ouai, peut être qu’un putain d’orage
aurait tout effacé.
Je me suis ensuite assis à mon bureau, sur la platine disque, une
pastille blanche a attiré mon regard j’ai soulevé le couvercle et
tiré sur le bras de lecture pour la mettre en marche.
Le plateau s’est mis à tourner et l’aiguille a commencé son
chemin sur le vinyle. D’abord la poussière qui craque sous le
passage du diamant, ensuite la musique. Les deux sons mélangé
créent une osmose, l’un ne vas pas sans l’autre.
Il a bien du s’écouler une éternité avant que je n’arrête
d’écouter et réécouter ce même morceaux. Dehors il s’est remis à
neiger, j’ai enlevé le disque de la platine qui a continué de
tourner, vide. Lentement je me suis laissé hypnotiser par le
mouvement circulaire de la machine, cette roue libre n’avait à
présent ni de début ni de fin.


Ce jour là, c’est mon anniversaire j’ai quinze ans…




                              190 / 408
ATMOSPHèRE ( joy division)


Walk in silence                  Marche en silence
Don't walk away, in silence.      Ne t'en vas pas, en silence
See the danger,                   Regarde le danger,
Always danger,                    Toujours le danger,
Endless talking                   Bavardage sans fin,
Life rebuilding                   La vie reconstruite,
Don't walk awing                  Ne t'en vas pas
Walk in silence,                  Marche en silence
Don't turn away, in silence       Ne te détourne pas, en silence
Your confusion,                   Ta confusion,
My illusion,                      Mon illusion,
Worn like a mask of               Porté comme un masque de
self-hate,                        haine de soi,
Confronts and then dies.          Confronté et puis meurt.
Don't walk away.                  ne t'en vas pas,
People like you find it ,         Les gens comme toi trouve
easy                              ça facile,
Naked to see,                     Nu pour voir
Walking on air.                   Marchant librement.
Hunting by the rivers,            Chassant à côté des rivières,
Through the streets,              A travers les rues,
Every corner abandoned            Tous les coins de rues abandonnés
too soon,                         trop tôt,
Set down with due care.           Posé avec le soin qui convient.
Don't walk away in silence,       ne t'en vas pas, en silence
Don't walk away.                  ne t'en vas pas,




                               191 / 408
                          Chapitre 13
                    L’histoire selon José 1



Je sais que les présentations on déjà été faite, mais quand est il de
mon histoire ? Et de son histoire ? Car c’est bien de cela qu’il
s’agit de La vraie vie d’Alexandre ?


Alors pour re-commencer je dirai que je m’appelle José mais ça
vous le savez, que j’ai aménagé dans le quartier au début de
l’année 1983. Avant j’habitais dans le 88, les Vosges, près d’
Epinal, vous voyez ? Non, ok je résume vite fait :
Alors Epinal c’est dans les Vosges en Lorraine. Numéro du
département le 88, Altitude 326 à 492 m, les habitants sont
appelés les Spinaliens. Epinal est la Capitale de la Lorraine du
Sud, Chef lieu de département. Ville située entre les stations
thermales et le massif vosgien. Distance qui nous sépares des
autres villes : Nancy 70 km, Strasbourg 135 km, Besançon 135
km, Bâle 145 km, Luxembourg 185 km, Paris 380 km, Lyon 380
km.


J’ai une petite sœur, une mère portugaise et un père français ce
qui explique en partie mon prénom. Mon père s’occupait de




                              192 / 408
cochon dans une grande ferme et puis son patron un monsieur
très gentil a décidé de prendre sa retraite, vous direz à 70 ans il
avait le droit.
A l’époque mon père aurait voulu racheter la ferme,
malheureusement, son minuscule et insignifiant compte épargne
ne suffisait pas pour le rachat de la société Alors sans emploi et
contraint de changer de profession, il décida du coup de changer
de département.
-il faut descendre plus bas dans la France, qu’il dit, là-bas y’a du
boulot des usines ouvre tous les jours y’a pas de chômage dans le
plastique.
-Le plastique pourquoi pas, dit ma mère, de toute façon un
travail est un travail.
Devant la carte de France qu’a collé mon père dans ma petite
chambre, je parcoure la distance qu’il faut pour se rendre dans
mon nouveau département, un peu moins de 300 kilomètres, 284
kilomètres pour être exact c’est vrai que c’est vachement bas
dans la carte. Et en plus au niveau des chiffres, on est perdant.
Ben oui. Du 88 je passe au 01, le début quoi.
En tout cas le nom du département est pas difficile à retenir c’est
le même que son nombre : l’Ain.
Quant on a déménagé le 14 janvier j’ai lu dans le journal qu’il
allait faire moins cinq degrés à Epinal et plus quatre degrés à
Oyonnax. Je me disais que c’était la première fois que j’aurai
tantôt très froid et puis plus chaud dans la même journée.




                             193 / 408
Dans la voiture, je suis assis devant à coté de papa alors que ma
maman elle tient ma sœur dans ses bras. Peut être a-t-elle, elle
aussi le mal du départ…
Mon père démarre la voiture, sa R21 blanche. Ses deux mains à
10 heure 10 comme il me l’a apprit. Un quart de tour dans le
contact et le moteur se met en route, nous aussi par la même
occasion. Je me retourne histoire de regarder une dernière fois
ma maison, enfin notre maison.
Je sais qu’elle ne peut pas me voir, mais tant pis je lui fais quand
même un signe, un dernier adieu, en espérant qu’elle ne soit pas
trop triste et essaye par la même occasion de mettre fin à ses
jours en s’effondrant. Mon dieu ce serait horrible…
-adieu maison.
La voiture passe près de mon école et de Madame Paturel ma
maîtresse.
-adieu école, adieu Madame Paturel.
- adieu boulangerie, adieu     fromagerie, adieu poteaux, adieu
sapin, adieu feu vert, adieu feu rouge, adieu l’herbe, adieu
montagnes, adieu vaches, adieu monsieur, adieu madame, adieu
les autres, adieu tous le monde, adieu, adieu…


Sur la carte routière de papa on peut relier les villes entre elles,
enfin toutes celles qui nous concernent bien sûr. Je fais
remarquer à mon papa, le panneau de chaque nouvelle ville dans
lequel nous entrons et chaque nouveau panneau qui annonce la




                             194 / 408
prochaine. Les automobilistes qui nous doublent sont vraiment
sympas, ils me font signe de la main alors je leurs réponds
immédiatement.
Vesoul, Qincey, Echenoz la meline, Besançon, Larnod, Lons le
saunier, Perrigny, Orgelet, Moirans en montagne, Jeurre,
Lavancia et Dortan. Voilà tout les villes traversées. Pour la
dernière, sur la plaque en l’entrée on peu lire « DORTAN VILLE
martyre ». J’ai demandé à mon père pourquoi laisser un tel
message, mais il n’a pas répondu. Il s’est juste contenté d’une
moue bizarre avec ses lèvres, et de regarder dans le rétroviseur.
Dehors, les sapins défilent devant mes yeux comme défilerait des
rails de train. Je crois que j’en ai compté plus de dix milles, la
voiture faite des zig - zag en grimpant une longue montée.
Arrivée au bout un nouveau panneau indique Oyonnax…


Je me souviens qu’à l’époque mon père m’avait acheté ce livre,
sur Oyonnax et ses alentours, histoire de savoir ou je mettais les
pieds, c’était un peu sa façon à lui de me rassurer.
Sur la couverture, un blason représentant un bouclier et deux
brebis. Bien sûr que je savais ce qu’était un blason, j’avais
comme tout le monde vu un jour à la télé Robin des bois, Fanfan
la Tulipe ou Les Quatre Mousquetaires. Toutefois, étant de
nature curieuse il me fallait une signification précise du mot et
pas juste une impression de savoir. Mon père avait une grande




                              195 / 408
bibliothèque et parmi les livres qu’il préférait il y avait le
Robert….
Assis dans le salon j’ai ouvert le dictionnaire à la lettre B, y’a
pas mal de chose à propos de ce mot mais il me semble que la
première définition est la bonne même si je n’ai pas tout
compris :
BLASON/ Nom masculin singulier
1 - en héraldique, armoiries d'un écu
2 - en poésie, poème court
3 - argotiquement, sexe féminin
Expressions autour de ce mot:
1 - redonner son blason : hausser sa cote, améliorer sa réputation




J’ai bien dû lire et relire se livre à plusieurs reprises afin de tout
bien comprendre, Oyonnax allait bientôt ne plus avoir de secret
pour moi…


Oyo Naxos signifie “ Ile des brebis ”et ça d’après un historien
du nom de Bacon Taco.
Toujours d’après lui, le nom aurait été donné environ 500 ans
avant J.C., au peuplement installé au confluent des deux rivières,
le Lange et la Sarsouille, qui forment ainsi une presqu’île où l’on
élevait des moutons.




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C’est à partir de cette théorie, longtemps jugée bonne qu’on été
composées les armoiries de la ville où figurent deux brebis ; Au
dessus dans le listel. Listel ? Mon dictionnaire :
Nom masculin singulier
Syn. listeau
1 - petite moulure plate utilisée en combinaison avec deux autres
molures
2 - cercle périphérique autour d'une pièce de monnaie.


La devise gravée dessus “ Improbo fabrum labore ascendit “ en
français traduit par papa qui a fait du latin, donne à peu près
ceci : « élevée grâce au labeur acharnée de ses habitants ».
Evidemment, La théorie de Bacon ne fait pas l’unanimité au sein
des historiens. Il faudra attendre des documents découverts en
1965 par monsieur Pierre Briffaut, un industriel d’Oyonnax,
pour mettre fin aux controverses.


Le nom de la ville prend son origine au douzième siècle quand le
Sire de Thoire et Villars autorise l'établissement de constructions
et de pâturages sur ses "oyenna", c'est à dire ses propriétés.
Oyenna se transformera alors en Oyennax, puis en Oyonnax,
nom actuel de la ville. Bourgade agricole, Oyonnax va se
transformer à partir du dix-septième siècle grâce à son artisanat,
pour devenir ensuite une cité industrielle.




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Une légende raconte qu’en 630, Clovis II, fils de Dagobert, roi
des francs, envoya à Genève une délégation chargée de
demander pour lui, la main d’une princesse saxonne, alors
esclave du roi des Burgondes. A la tête de cette délégation,
Leodogarus (futur St Léger) vu sa litière accidentée à l’entrée du
village d’Oyonnax au lieu dit“ Sous Nierme ”. Les oyonnaxiens,
habiles au travail du bois, eurent tôt fait de la réparer et,
généreux, comblèrent les voyageurs d’articles de leur fabrication
: magnifiques peignes de buis. Devenu évêque et ministre,
Léodogarus, en reconnaissance, concéda aux oyonnaxiens le
monopole de la fabrication des peignes dont usaient les guerriers
francs, pour ordonner leurs longues chevelures. Ce privilège fit
la fortune de la ville qui célébra Léodogarus, devenu St Léger,
comme saint patron.
C’est en 1667 qu'apparaît pour la première fois dans les annales
de la ville, le métier de "faiseur de peignes", on les appelle plus
couramment les "peigneux". Vers la fin du 18e siècle, début du
19e, l'artisanat devient une source essentielle de richesse. Dès
1820 le travail de la corne s'intensifie à Oyonnax pendant 60
ans. En 1825 la presse à aplatir est utilisée pour la première fois.
C’est a partir de 1880 et l’arrivé du plastique que la révolution
va avoir lieu avec tout d’abord le celluloïd, puis la galalithe en
1918, le rhodoïd en 1930 en enfin en 1935 le polystyrène et
d’autre matières plus adaptées aux techniques du moulage.




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Oyonnax et ses alentours entrèrent dans l’histoire de France par
des faits marquants. L’un deux fut pendant la seconde guerre
mondiale et sa sanglante empreinte qu’elle y laissa dans la
région.
A commencer par, Dortan, la ville martyre vous vous souvenez ?
Dont le château servit de refuge aux habitants lorsque le village
fut incendié. Le village de Lavancia fut totalement détruit par les
Allemands et après la guerre se vit offrir une église construite
totalement en bois et composée de 16 essences de bois, unique en
France.
Oyonnax quand à elle fut choisie pour le défilé des maquisards
le 11 novembre 1943 sous les ordres du commandant ROMAN-
PETIT. Afin de faire connaître la réalité du monde résistant dans
les maquis vis à vis des alliés. Véritable pied de nez aux 5 500
soldats allemands qui résidaient dans les parages…


En 1986 tout a bougé, partout du journal local en passant par la
radio. Au collège on nous apprend que la ville a inventé un
slogan. Oyonnax et ses communes (Arbent, Dortan, Bellignat,
Geovresset, Groissiat, Martignat, Montréal-la-Cluse) deviennent
la plastique vallée. La démographie d'Oyonnax va de pair avec
son essor industriel. 630 établissements dans la filière plastique
qui emploient 15600 salariés, pour 2.1 milliards d'euros de
chiffres d'affaires.
40780 habitants vivent dans 8 communes. La démographie




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d'Oyonnax va de pair avec son essor industriel. En effet, la ville
comptait en 1800 : 1000 habitants, en 1900: 7000 habitants et en
1990 : 24500.
Le besoin de main d'œuvre devient indispensable, de nombreux
immigrés sont venus s'installer dans la vallée. Les premiers
étaient italiens, suivis par les portugais, les espagnols et les pays
du Maghreb suivie de peu par les turcs.


Et puis nous voilà, mes parents, ma sœur et moi dans cette ville
du plastique, des machines transforme des billes de plastiques en
chaise, table, jouet, lunettes enfin tout ce qui touche de près ou de
loin au plastique. Vous comprendrez aisément ce qui a poussé
mon père dans le choix de cette ville plutôt qu’une autre.
C’est assis à l’avant de la R21 blanche familiale, et la musique
de Harry Nilsson et son everybodys talkin qui sort des hauts
parleurs, que je découvre ma nouvelle ville. Imaginez circulant
dans un énorme bol de soupe, tout là haut des sapins des
montagnes dressées comme des piquets vous guettent, vous les
simples particules. Arrive ensuite l’interminable file d’attente
d’usine qui colorent le paysage : grise, bleu, vert, rouge. Les
noms     d’entreprises apparaissent et disparaissent à fur et à
mesure que nous roulons: Berchet, Gergone, Bollé, Injectaplastic,
Manducher, Grosfillex, etc, etc…


-Cette route est vraiment longue.




                              200 / 408
Mon impatience fait sourire mon père qui d’un mouvement
rapide sur le levier de vitesse fait ralentir la voiture, On appelle
cela rétrograder. Arrêtés à un feu rouge, il m’indique l’horizon et
m’explique que c’est la route principale, elle s’étant du nord au
sud de la ville avec de chaque côté des habitations, un peu
comme le Far West finalement.
Sur le tapis de sol de la voiture mon père exécute une danse
rapide   des   pieds,   en   écrasant     l’embrayage   et   aussitôt
l’accélérateur, première vitesse la voiture se lève légèrement, à
nouveau le pied sur l’embrayage deuxième vitesse et la voiture
gagne en vitesse.
La voiture avance, au rythme de la musique, alors que sur ma
droite se dessine une grande place avec pour toile de fond un
bâtiment aux allures bizarre peint en jaunes et rouges, un toit
pointu et plein, mais alors, plein de fenêtre carré ! Ce n’est
d’ailleurs pas le seul bâtiment bizarre il y en a un autre plus loin,
celui-ci est beige avec un grand escalier. A en croire la croix
plantée sur le toit je dirai que c’est une église, mais rien à voir
avec celle qu’on a l’habitude de voir, avec leur toit pointu et les
dessins sur les carreaux, non celle-ci est différente… différente.




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Mon père s’adresse à toute la famille en jetant un œil dans le
rétroviseur interne de la voiture, il montre du doigt une école
primaire sur une petite colline.
-c’est là que ta sœur et toi allez aller.
Ma sœur qui n’a pas arrêté de dormir pendant le voyage, saute
sur les genoux de ma mère pour essayer d’apercevoir sa nouvelle
école, malheureusement pour elle            la montée et les quelques
virages qui arrivent empêchent toute visibilité.
-Nous y voilà. Dit il en soupirant.
Nous entrons à présent dans un énorme parking, sur la gauche
un panneau gris nous souhaite le bienvenu dans la Z.u.p. En
petite lettre on peut lire ci dessous : « Zone urbaine prioritaire ».
Qu’est ce que cela peut bien vouloir dire… ?


Attention, C’est à ce moment précis de l’histoire que ma vie va
changer.


Mon père qui a toujours été un excellent conducteur, très
attentif à la route, freine brusquement, lui qui en général n’était
jamais grossier, allait lâcher un énorme :


- merde, quel con ! Les pneus de la voiture crisse, mon père est
surpris mais pas encore très énervé, mais quand même. Etonné,
par le langage de mon père je le regarde callé dans mon fauteuil
la ceinture de sécurité appuyée contre mon menton.




                                202 / 408
Au même moment, un garçon vient de raser le par choc avant de
la voiture, la roue avant en roue libre, aussi sec je descends ma
vitre, de l’air frais s’engouffre dans la voiture, le garçon continue
devant lui sans se soucier de nous ou de la voiture.
-José remonte la vitre, hurle ma sœur. Je la regarde dans la
glace au dessus de ma tête, elle fait la moue, son menton posé
sur ses genoux, elle épie un signe de ma part. Mais quand ses
yeux croisent les miens c’est pour me tirer la langue. Je lui tire la
langue aussi.
Mon père remit de ses émotions, roule au pas.
-Désolé les enfants, il toussote, apparemment ce petit incident la
troublé. Il guette un garçon qui se tient sur un terre plein
central de peur qu’il déboule lui aussi devant la voiture. Il porte
un jean bleu, un col roulé rouge, ses cheveux bouclés forme un
énorme buisson. Il regarde derrière notre automobile, puis lève la
tête, le menton en avant il hurle au cycliste.
–Alexandre, fait gaffe y a une autre caisse derrière !
Aussitôt entendu le garçon se lève droit sur son vélos, les pieds
calé sur ses pédales il jette un œil derrière lui. En pas plus de
temps qu’il n’en faut pour dire ouf, il stop son vélo. La technique
est plutôt spéciale mais efficace. Son pied gauche lâche la pédale
et va écraser un patin de frein contre le pneu avant. Les mains
fermement accrochées sur son guidon, le vélo se lève à l’arrière
et s’arrête. Il n’est pas peu fier de sa technique, cela se voit à son
petit sourire.




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Son vélo rouge n’a rien à voir avec ceux que l’on utilise pour ce
genre de cascade comme un BMX. Rien à voir non plus avec
mon vélo à rétropédalage, non c’est juste un banal vélo rouge,
un vélo de ville, qui en plus n’a plus de frein. Dans la foulée, il
rejoint le terre plein central ou se trouve l’autre garçon aux
cheveux démesurés. Laissant tomber son vélo pour se précipiter
sur un chien, sorti de derrière un sapin, ou juste avant, le corps en
équilibre sur trois pattes, il urinait sévèrement, un pinacée vieux
d’au moins cinquante ans.
Mon père braque lentement les roues de la voiture vers la droite,
j’ai l’impression qu’il vient de trouver sa place de parking. C’est
un peu loin nous dit il, mais je n’ai pas vraiment le choix, devant
tout est plein.
De toute façon moi ça m’est égal, à peine ai-je débloqué ma
ceinture de sécurité que je saute de la voiture.
Dehors le vent glacé me fouette le visage, mon corps tressaille,
peut être par peur, sûrement par excitation.
De l’autre coter du parking on hurle à nouveau, un garçon
apparaît derrière les buissons, une laisse sur son épaules et les
mains dans ses poches, il shoot dans les cailloux. Il porte un
blouson rouge et un bonnet rayé blanc et bleu qui couvre sa tête
laissant juste apparaître une mèche blonde.
-Dagobert, viens là !
Dagobert n’a apparemment pas envie d’obéir à son maître, non, il
préfère courir, sauté avec les deux autres garçons et ce malgré la




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laisse qui s’agite supposée ramener le chien vers lui, mais c’est
sans effet sur le quadrupède, qui préfère jouer avec le cascadeur.
-c’est bon Cyril arrête de gueuler sur ton chien ! Hurle, le garçon
frisé.
- Il n’est pas à moi il est à mon grand père.
-A ouais, c’est pour sa qu’il t’obéit pas, le cleps.
-Ouais c’est bon ta gueule, Abdel !
-Cyril, ça sert à quoi la laisse, c’est pour t’la pété ?
Cyril ne répond pas, il shoot à nouveau sur un caillou qui passe
tous près du pare-brise d’une voiture.
-Fait gaffe, Alex le chien peut te mordre
-Ouais c’est bon il est cool ton chien, en tout cas c’est sur il c’est
mieux se battre que toi.
Abdel est mord de rire, il jette des branches de sapin sur Cyril
qui les lui renvoies. Mais le jeune garçon n’a pas dit son dernier
mot, soudain il se jette sur le chien qui surpris détale aussitôt.
Ensuite la bête se déplace par petit bond, la langue pendante, il
attend le bon moment pour sauter sur son maître, et finir pas lui
barbouiller le visage de bave.
Cela fait rire ma sœur qui sorti de la voiture s’est emmitouflée
dans son blouson rose, la capuche sur la tête, on ne voit plus que
son petit nez rouge.
Mon père défait les sangles du toit de la voiture et je l’aide à
poser les valises sur des planches à roulette qu’il a fabriquées lui
même. Ma mère a l’air troublé par le comportement de ces jeunes




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garçons qui se chamaillent, et qui n’hésitent pas à être horrible
entre eux.
-Vas y Dagobert chope le ! Chope Abdel !...
Elle regarde mon père tout en serrant la petite main de ma
sœur.
-c’est des petit voyous ça ?
-je ne crois pas chérie, c’est juste des gosses qui s’amusent.
Mon père me passe la dernière valise en échange d’un petit clin
d’œil.
-Je suis sur qu’ils sont dans la même classe que toi, fiston.
Ma mère à marmonner un truc en portugais du genre –Ne m’dit
pas ?


Lentement, j’avance dans ce long parking, les deux mains
solidement agrippées à la corde qui tire les bagages. Derrière moi
tous semble déjà loin un peu loin, Ma maison, la ferme, mon
école tout cela a disparu, évanouit dans l’air.
Peu à peu mon nouveau quartier se dessine. Il prend forme dans
chose et vie dans chaque personne.
C’est aussi ma nouvelle vie.
-Bonjour parking, bonjour voitures, bonjour immeuble, bonjour
terrain de foot, bonjour trottoir, bonjour escargot, bonjour
montagnes, bonjour Madame, bonjour Monsieur, bonjour le
chien bonjour, Abdel, bonjour Cyril, bonjour Alexandre….




                               206 / 408
                           Chapitre 14
                 Cyril… une baston et on est pote




-Alors dit moi, comment se passe tes cours de théâtre?
-c’est chiant !
-A oui et pourquoi c’est…chiant
-Mme France veut que je tienne l’un des rôles principal dans la
pièce.
-c’est plutôt bien et de quelle pièce s’agit il ?
-Des chouans, elle veut me voir jouer le comte machin de
Montauran.
-C’est le Marquis de Montauran.
-Oui c’est ça, le marquis Je l’avais sur le bout de la langue mais
je l’ai avalé.
-d’après elle j’ai beaucoup de point commun avec les
aristocrates : la façon de me tenir de m’exprimer… ou alors…
-Ou alors ?
-Qu’elle n’est pas complètement indifférente à mon charme ?
Apparemment.
Elle prend un air sceptique
-Je plaisante.
-C’est ce que j’avais crus comprendre.




                               207 / 408
- Enfin bref, toujours est il que d’après elle je ferai un parfait
comte ou, marquis. De toute façon je ne vais pas le faire.
–Et c’est tout ? C’est l’unique raison pour laquelle tu va refuser
parce qu’elle trouve que tu te tiens comme un général des
armées. Elle mime le marquis, le torse en en avant, le menton
relevé, la tête droite et fière, elle m’offre son plus beau profil
d’aristo.
Je souris.
-Vous ressembler à Bonaparte comme ça.
-Je sais
-Ok vous avez peut être raison y’a rien de grotesque à jouer les
Aristo et à porter un pantalon qui vous moules les … en fait, le
problème c’est que mon pote Abdel s’est vu attribué le rôle d’un
paysan .Vous imaginez Abdel en paysan ? Et bien pas lui et moi
non plus d’ailleurs.
-Ce n’est qu’un rôle Alexandre.
-P’têtre bien mais pourquoi un paysan ? Pourquoi pas un
officier ? Ou un soldat ou je ne sais pas moi ? Le roi de France.
Ces yeux croisent les miens qui cherchent à éviter une réponse
évidente ou trop…. Soyez sérieux le roi de France n’était pas très
bronzé. Au diable l’authenticité vive l’infidélité.
-En plus, et la vous n’allez pas me dire que ce n’est pas fait
exprès ! Pour écraser le clou elle lui a expliqué avec le plus
grand des enthousiasmes quelle allait être sa tenue
vestimentaire... Bordel J’ai bien cru qu’Abdel allait l’égorger




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pour la fête de laid el kabir… Vous avez déjà entendu un mouton
qu’on égorge ?
-Non, jamais.
-M’ouais…moi non plus. Par contre toutes les années les turcs du
quartier expose les peaux sur le parking pour les faire sécher.
A nouveau, cet air incrédule
Si, si j’vous assure, d’ailleurs les gens se plaignent de l’odeur et
la police rapplique aussitôt. Les kardeches veulent juste faire
sécher les peaux de mouton et les flics eux leurs demandent de
tout enlever sinon ils confisquent tout… Oui bon, pour en
revenir à la pièce, Mme France est allée trop loin, elle n’a pas
compris combien Abdel est susceptible.


-Alors toi Abdel tu feras l’un des paysan, tes cheveux bouclés
sont parfait faudrait juste les laisser pousser. Elle passe ses
mains dans ceux d’Abdel. –Parfait ! Ils sont durs, pour la
représentation on mettra de la gomina histoire qu’ils fassent plus
sale. Pour les habits hum… elle réfléchit, se gratte la lèvre
inférieurs, ses yeux font le tour de la pièce, murmure un truc à
propos d’un bouquin qu’elle aurait amené. Son regard se
concentre    sur   un morceau de rideau coincé dans une des
bibliothèques en bois.
Je savais que je l’avais emmené ! Un livre rouge, à plat sur la
biblio voila ce qu’elle cherchait. En même temps un livre ici,
c’est normal non ?




                               209 / 408
Bien sûr Abdel lui, n’a pas vu le bouquin, non tout ce qu’il voit
c’est cet hideux rideau noir.
Ces yeux marron semblent rougir et sa mâchoire s’allonger. Il
n’est pas loin de la crise d’hypoglycémie, blanc comme un cul.
Jusqu’au moment où Madame France saisit le bouquin caché
sous le rideau, et seulement à ce moment il sort de son apnée.
Son p’tit doigt cherche un truc dans l’index du livre, puis
souligne un numéro. Elle tourne les pages jusqu'au sujet désiré,
s’éclaircit la voix, et lit un passage :
- Quelques-uns des paysans, et c'était le plus grand nombre,
allaient pieds nus, ayant pour tout vêtement une grande peau de
chèvre qui les couvrait depuis le col jusqu'aux genoux, et un
pantalon de toile blanche très grossière, dont le fil mal
tondu…blablabla. -A oui Les mèches plates de leurs longs
cheveux s'unissaient si habituellement aux poils de la peau de
chèvre et cachaient si complètement leurs visages baisés vers la
terre, qu'on pouvait facilement prendre cette peau pour la leur, et
confondre, à la première vue, ces malheureux avec les animaux
dont les dépouilles leur servaient de vêtement. Mais à travers ces
cheveux l'on voyait bientôt briller leurs yeux comme des gouttes
de rosée dans une épaisse verdure; et leurs regards, tout en
annonçant l'intelligence humaine, causaient certainement plus de
terreur que de plaisir….blablabl…- A voilà : Leurs têtes étaient
surmontées d'une sale toque en laine rouge, semblable à ce




                                210 / 408
bonnet phrygien que la République adoptait alors comme,
emblème de la liberté…
La lecture terminée elle se redresse souriante et pleine
d’enthousiasme.
-Voilà ! C’est exactement ce que je veux pour le costume des
paysans, Abdel qu’en penses-tu ?
Sa question resta d’en l’air un bon moment, voir même pour tout
le temps…
-Je pense que c’est parce qu’il n’arrivait plus à se contenir qu’il
à préférer se barrer. En même temps elle ne l’aurait pas volé…
-Maintenant vous comprenez pourquoi je ne peux décidément
pas jouer dans cette pièce de théâtre. Moi en aristo habillé la
classe et lui mon meilleur pote en paysan, habillé en peau de
bête. Franchement vous n’y penser pas c’est comme demander à
un hindou de s’habiller avec une peau d’éléphant.
Minute de silence dans le bureau, minute de réflexion, long
soupir…
-Au fait, j’vous ai dit que mon père à ramené un chat à la
maison ? Je ne lui laisse pas le temps de me répondre, il l’a
appelé Montagne, vous savez pourquoi ?
–Il l’a trouvé dans la montagne ?
–Exactement il l’a trouvé dans la montagne...ne me dite pas que
vous aviez déjà entendu un truc pareil ?
Elle expire par le nez, affiche son sourire complaisant sans un
mot. Les mains jointes, elle s’amuse avec sa bague de mariage.




                             211 / 408
–Mon mari a pour habitude de se promener tout les dimanche
matin dans les bois. Pour lui c’est un moment privilégié avec la
nature. Un matin donc, pendant une de ses promenades ou il
communie avec la nature, il trouve un oisillon blessé, un merle
des roches selon lui. Le petit oiseau a une patte cassée et une aile
dans un piteux état. Mon mari en a donc conclu qu’il était tout
bonnement tombé de son nid.
-De toute façon nid ou pas nid, je me dois de le guérir s’en quoi
l’oiseau court à une mort certaine. Abandonné injustement par
ceux de sa race…Dure réalité que celle de la vie sauvage » Elle
mima son mari : poing serré, les yeux perdus dans ses pensées.
J’étais aux bords de l’éclat de rire, mais pour rien au monde je ne
voulais gâcher la fin de l’histoire.
-Toujours est il que mon mari a passé un mois avec un ami a lui,
anthropologue, « un chercheur sur le comportement culturelle et
social » si tu préfères, dans une tribu Arapaho située dans le
Wyoming afin dit-il de s’imprégner de la spiritualité de ce
peuple. Après ce voyage il a vu et revue Little big man et est
devenu un amoureux de la nature Alors bien sur quand il a trouvé
l’oisillon il n’a pas trouvé mieux que de lui donner le nom de
« celui qui du ciel tomba ».
J’étais estomaqué son mari était aussi… barge que mon père.
-Merde, votre mari, il va mieux maintenant, j’veux dire il a arrêté
la spiritualité indienne et de donner des noms bizarre aux oiseaux
ou aux chiens ?




                               212 / 408
–Oui, je pense que oui, à vrai dire je n’en ai aucune idée, il est
parti un jour en Inde à la recherche de Bouddha.
J’étais forcé de me mordre la lèvre pour ne pas rire.
-Si tu veux, tu peux ?
-quoi donc?
- Rire, ça n’a jamais fait de mal à personne bien au contraire.
Comme le disait Chamfort « La plus perdue de toutes les
journées est celle où l'on n'a pas ri. »
Je n’ai finalement pas éclaté de rire. Je me suis contenté de la
regarder.
-et alors Montagne ça va ?
-Je ne sais pas.
–tu ne sais pas comment va-t-on chat ?
-Ce n’est pas mon chat, c’est celui de mon père…
E puis le chat ce n’est pas un animal que j’apprécie tellement…et
puis eux non plus ne nous apprécie pas tellement ou alors jute
comme boniche.
-Comment ça ?
-et bien prenez un chat, à part manger, dormir et vomir ses poils
n’ importe où, qu’est ce qu’il fait ? Rien. En plus, si vous avez le
malheur de le caresser ou le câliner en dehors des ses minutes
pour lesquelles il vous autorise à un peu d’affection, soit il
grogne, soit il vous griffe. Le chat est un parfait glandeur, ingrat
et chieur. A ça oui pour chier c’est le premier, mais quand faut




                               213 / 408
nettoyer y’a plus personne, si ça ce n’est pas le comble de la
fainéantise… En clair, j’me fous de savoir s’il va bien ou pas.
-Et bien, ta théorie est à approfondir…je lui coupe la parole, de
toute façon je ne l’écoute pas.
-C’est un peu comme les gens qui vous serrent la main pour vous
dire bonjour et vous demandent, ça va ? Alors qu’en réalité elle
s’en batte de savoir si vous allez bien ou pas…
-C’est d’abord une forme de politesse, Alexandre.
- Ouais, et bien J’en suis pas convaincu. De toute façon appart
chier, dormir et bouffer, ils font rien d’autre, personnellement je
préfère les chiens. Mon pote Cyril avait un chien.
-Cyril ? Elle feuillette ses précédentes notes.
-Il était cool.
-Qui Cyril ? Elle continue de chercher dans ces notes.
- Non le chien, pas comme cette chose, qui passe son temps à
rien faire… Je m’dit qu’il doit être heureux maintenant avec sa
nouvelle famille, sa nouvelle vie?
-Tu sais un chien n’a pas de mal à s’habituer à une nouvelle
famille ? Dit-elle, sans lever le nez de ces annotations.
– Le chien ? Non mais je ne vous parle pas du chien là, c’est de
mon pote Cyril qu’il est question!
-Ah pardon je croyais que tu…
-Si vous ne trouvez pas Cyril dans vos papiers c’est que je ne
vous en ai tout simplement pas parlé… c’est tout.




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Petite pause, afin d’avaler ma salive, ce liquide clair et filant
sécrété par mes glandes salivaires et excrété dans ma bouche
qui je dois bien l’avouer a bien du mal à lâcher la paroi supérieur
de ma bouche.
-Cyril, était un copain à moi, et il l’est toujours bien sûr, ces
parents ont divorcé quand il était petit, ça je l’ai compris que bien
plus tard. En fait, avant lui je ne savais pas que les parents
pouvait se séparer, je n’imaginais pas que cela puisse se faire, je
n’avais aucune raison de le penser... Par contre en sachant cela,
je ne comprends pas comment certaines personnes mariée ou qui
vivent ensembles ; c’est pareil, s’entête      à rester alors qu’ils
passent le plus clair de leurs temps à s’humilier ou à se pourrir la
vie.
-Les hommes qui frappent leurs femmes me font gerber...


-J’ai rencontré Cyril au cours de ma seconde classe de Ce2.
Sa mère et lui on aménagé dans le quartier, quelque temps après
que l’on s’y soit installé, ma famille et moi. Cyril était plutôt
beau gosse, d’ailleurs les filles de la classe ou celles qui l’ont
croisé pensaient qu’il se maquillait les yeux, tellement vert
qu’ils donnaient l’impression d’être cerclés de maquillage
noir.
Cyril vivait seul avec sa mère depuis qu’il était tout petit, et
n’avait pas vraiment de souvenirs distincts de son vieux.




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Cyril qui n’est jamais entré en contact, ou entendu la voix de
son père a toujours gardé un je ne sais quoi pour lui et
prétendait même que celui-ci lui envoyait des jouets à chaque
noël…
Sa mère était quelqu’un de très gentil et je ne pense pas me
tromper en affirmant qu’elle m’appréciait. C’est bizarre, je n’ai
jamais su ce qu’elle faisait dans la vie…
Ce qui est sur par contre, est qu’ils avaient réussi tout deux à
embellir ma vie à une certaine époque et à la rendre plus
attractif.
Comme par exemple, de m’emmener avec eux tout les mardis
soir à la piscine ou participer au goûter d’anniversaire de Cyril
chez son grand père, où pour la première fois de ma vie je
dégustais un chou à la crème…
J’ai tout de suite aimé cette famille, qui me le rendait bien…


Bref silence dans le bureau ou ma psy me regarde avec beaucoup
d’attention, finis les notes et les interruptions de phrases, elle me
laisse tout simplement discuter, me confier comme jamais au
paravent je n’ mettais confié.


-Et puis comme on mangeait tout les deux à la cantine, il me
racontait pas mal truc sur sa vie privée…




                              216 / 408
Comme elle continuait de m’observer sans un mot, j’ai décidé de
briser cette confession en m’étirant sur les fauteuils le torse
bombé je pouvais presque coller mes omoplates l’une contre
l’autre. Puis j’ai choppé un stylo sur le bureau et me suis amusé à
le faire circuler entre mes doigts.
Derrière elle le soleil commençait sa lente descente vers son
coucher, il grimait le ciel d’un rose délicat semblable à une
peinture de Bellini.
Elle rompit enfin avec le silence.
–Pourquoi as tu dis tout à l’heure que tu te demandais avec qui
il vivait aujourd’hui ?
-Ce n’est pas exactement ce que je vous ai dit.
-Non c’est vrai, tu a raison, pour reprendre exactement tes termes
tu as dit : Je me dis qu’il doit être heureux maintenant avec sa
nouvelle famille ? C’est bien ça ?
-Oui.


En fait, tout commença en Cm2, Cyril qui n’avait jamais connu
son père ou vu une quelconque photo de lui me confia qu’à
présent il savait ou était son père et quel métier il exerçait.
Depuis deux ans que je le connaissais il n’y avait jamais
vraiment eu de secret entre lui et moi… Enfin moins pour lui que
pour moi. Alors vous pensez bien que s’il y avait eu du neuf a
propos de son vieux, j’aurais été le premier au courant.
Toujours est il qu’un de ces midi après la cantoche il me raconta




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qu’il était tombé sur une lettre, lui étant adressée et écrite pas
son père.
Cyril n’en revenait pas, après tant d’années à croire, à espérer
un truc, un putain de miracle…Pardon.
-Ce n’est pas grave, continue.
-Ouai, donc sur la lettre son vieux lui expliquait qu’il
travaillait dans un cirque et qu’il serait bientôt dans la ville
pour une représentation. Cyril hallucinait carrément, du coup il
s’imaginait déjà partir avec lui, faire le tour du monde dans une
roulotte. Faut dire que depuis un moment Cyril ne supportait
plus le comportement de sa mère, qui sortait avec des hommes
autres que son père, pour lui c’était comme une trahison…
Même si ses parents ont toujours vécu loin l’un de l’autre, Cyril
n’a jamais douté qu’à un moment son père rentrerait à la
maison… un jour.
Finalement son père n’est jamais venu à Oyo et, Cyril n’est
jamais partis, mais l’idée de partir avec son père ne l’a jamais
quitté, bien au contraire, il savait pour son père.
Et puis, comme tous les gamins on a grandi, plus d’assurance
plus de…je ne sais pas trop, Cyril savais ce qu’il voulait…


Ensuite il y a eu la rentrée en sixième, ce premier jour est
particulier, c’est votre entrée dans la cours des grands.
Une grande école, une méga cours, plusieurs profs, tout cela à
de quoi vous impressionner.




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Perdu au milieu d’autres élèves paumés j’ai suivi le troupeau
sous ce grand préau, ça m’a fait penser à mon premier jour en
CP.
Fini les couchettes, fini les quatre heures avec Madame Dupuis
qui vous servait de lait chaud, quand j’humais l’odeur le nez au
dessus du bol. Finis les jeux plastiques avec lesquels vous
construisiez des formes, à peu près.
Il est loin ce bon vieux souvenir, ou dans une grande salle de
projection je découvris pour la première fois, toute la beauté de
la musique classique et de l’animation. Sûrement comme tous les
gamins qui étaient présent, j’étais hypnotisé, happé par la
musique de PROKOFIEV et ce petit garçon tout blond. Pierre,
fut mon premier vrai héros.


Sur le coup je me demande c’que j’ fous là, et puis devant
l’immensité du tableau d’affichage je mets plus de temps que les
autres à trouver mon nom.
Alors, parce que je fronce les sourcils son prénom apparaît au
dessus du mien. A première vue cela parait évident, et puis pas si
sur. Je matte à nouveau tous les prénoms qui recouvrent le
tableau à la recherche de quelque chose, Abdel, José,
Katherine… une impression terrible m’envahit mais quoi? Je
me retourne bouscule quelqu’un et jette mon regard le plus loin
dans la cours à la recherche de mes amis.




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Abdel est bien là habillé classe tout en noir et José porte son
regard discret sur les autres affublé de son casque de walkman
sur la tête, je continue ma recherche en survolant les têtes ou les
regards il est vrai que les collégiens sont nombreux, plus
nombreux que ceux mon ex petite école… J’aperçois Katherine
bras dessus dessous avec une copine, ses petite fossettes éclaire
tous sont visages…
A l’évidence ils étaient tous là, tous, sauf un.
Des milliers de fragments d’idée claire et pas claire me passent
par la tête, je prends un peu de recul pour regarder les centaines
de centaines de nom inscrit sur les listes blanches scotchées au
tableau. Ma jambe droite avance et puis mon bras gauche
s’étire, du bout des doigts j’effleure ces noms et prénom, Alain ,
Cédric, Corinne , David, Mathilde, Camel, Nadège, Ludovic,
Manuel, Frederik, Liliane, Pascal, Grégoire, Sabine, Christine,
Carlos, Emma, autant de mots, autant de vie. Allongés, étirés
sur des bouts de papier. Je me retourne à nouveau et scrute la
cours, l’entrée des élèves toujours aucun signe de mon amis. J’ai
la goutte au nez et ma tête se met à tourner. Je passe la main sur
mon visage et touche à nouveau le papier. Je viens de laisser
une énorme trace de sang sur la feuille, les autres me regardent
écœurés ou déconcertés, je sors de la foule pour m’isoler et me
demande ou as tu bien pu passer…




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J’ai attendu toute la journée, qu’il passe la porte d’un cours, en
imaginant la tronche qu’il ferait en rentrant pendant la première
heure de classe. Mais au fur à mesure que les heures tournaient
l’idée que Cyril ne viendrait pas, gagnait du terrain.
Je me suis bouffé les ongles jusqu'à la peau, et quand
finalement 16h30 s’est pointée, toujours pas de nouvelle de Cyril,
cette première journée au collège me laissa un goût amer.
Cependant il était hors de question d’en rester là, il fallait que
je sache…
J’étais rentré de vacances hier soir. Mes amis eux n’avaient pas
eu de contact avec lui, donc le meilleurs moyen de savoir était de
me faire ma propre idée, aller là ou il serait d’habitude.
A peine avais je mis le pied à la maison que me voilà déjà sorti
une brioche coincée entre les dents l’entrée du bâtiment 5. J’ai
pris l’ascenseur, écrasé la sonnette de sa porte, rien.
-Putain t’es ou ? Ok il faut réfléchir, vite.
J’ai repris l’ascenseur, suis allé chercher mon vélo tout pourri
et pédalé comme un malade. Pendant que je traversais le parking
pour ensuite prendre la route et enfin me fourrer à l’entrée du
sentier, l’image de Cyril qui s’éloignait sur la route se
propageait dans toute ma tête jusqu’a éclater dans mes yeux sous
forme de larmes. Je descendais le sentier bien fourni en gravier,
en pierres posées là comme des merdes, à croire que tout avait
été pensé pour me faire trébucher.




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Quelques années auparavant, alors que le sentier était recouvert
de neige, Cyril et moi descendions cette pente sur des sacs de
matière plastique, les mains bien cramponnées et le visage
fouetté par les haies mal taillées et les cailloux qui vous
éraflaient le cul…
Malgré ce sentier escarpé, mes jambes refusèrent d’accepter ce
qui pouvait être une éventualité, j’accélérais le rythme de
pédalage quoi qu’il m’en coûte.
Une fois sorti du sentier, j’aperçus la maison de ces grand
parents, je me hissai sur mon vélo, afin de passer la tête au
dessus de leur haie, le jardin me semblait vide et le saint
Bernard n’était ni sur le perron ni dans sa niche.
-merde !
Petit dérapage contrôlé devant le portail et dernier coup de
pédales jusqu'à la cours. Ici, Je jetai mon vélo sur les graviers et
me précipitai à la porte. La sonnette ne marchait toujours pas,
alors je fermai mon poing et frappai aussi fort que je pu sur la
porte en chaîne qui quelques fois me semblait être en béton
armé. Une fois…-Aller
Deux fois…- bon sang
Trois fois -personne.
Je fis le tour pour voir si la porte qui donnait sur la rue était
ouverte, idem pour celle-ci, fermée et toujours pas de sonnette
qui marchait.




                              222 / 408
Je reculai, histoire de voir si une fenêtre était ouverte, mais a
quoi bon ? Me soufflait une petite voix intérieure. De tout façon
tu ne vas escalader la maison et ce malgré le lierre qui court le
long des murs. C’était complètement dingue, compte tenu qu’en
plus de la difficulté, y’ avait pas mal de vieux dérangés,
d’anciens résistants qui hésiteraient pas à sortir le fusil chargé
de gros sel, la meilleure chose à faire pour le moment était
d’attendre, attendre et c’est tout.
Alors c’est ce que j’ai fait, Je me suis assis sur les marches du
perron attendant que quelqu’un vienne. J’ai bien du attendre une
heure et demi et croquer des centaines de bout d’herbe séchée
avant que je n’entende le moteur la vieille Quatre ailes, qui
passa devant moi avec à son bord le grand père.
Il tira le frein à main au beau milieu du jardin et me fit signe de
la main. Le Saint Bernard aboyais à travers la vitre, la langue
toujours plus longue chaque jour.
-Salut fiston, ça va ?
-Bonjour monsieur, vous allez bien ?
-Arrête avec ton monsieur, et ton vous… tu te prends pour qui le
prince Charles ? Il me regarda dans les yeux et me fit un clin
d’œil.
-Je suis content que tu sois là Alexandre, entre tu veux bien.




                              223 / 408
Une fois dans la maison, il s’excusa de m’avoir fait attendre, sa
femme et sa fille étaient parties faire des courses et lui, était allé
marcher en forêt.
Ensuite, il fit bouillir du lait et me servit une tasse de chocolat.
Affalé sur la table le menton écrasé sur mes mains je regardai le
lait s’écouler en continu du bec de la casserole.
-Et comment va le clown ? Le clown c’est Abdel.
-Il va bien.
-C’est un sacré numéro celui là… à la fin de ses mots ses yeux
tremblaient un peu, je le sentais, troublé et perdu.
-Tu es là pour Cyril ?... bien sûr, pour quoi une telle question...
Alors, le grand père me raconta que Cyril était parti à la
recherche de son père, il n’avait laissé qu’en tout et pour tout
qu’une lettre sur son chevet…
Ils avaient bien contacté la police mais cela n’avait abouti nulle
part. Finalement au bout de quatre jours à attendre, le
téléphone sonna, le même qui maintenant se trouvait à la
poubelle, en morceaux.
-Cyril, a retrouvé son père. Dit-il. Il est tombé sur une lettre.
Je repensais à la lettre dont il m’avait parlé, l’année dernière, la
première lettre depuis, depuis toujours.
-il a découvert une lettre en trillant le linge pour la machine,
bien sûr ma fille avait oublié de faire ses poches… pas de bol.




                              224 / 408
Une autre lettre, c’était donc la deuxième lettre sur laquele il
tombait… Mais alors combien de lettres lui avaient ils caché ? Et
combien de pensés lui avaient ils dissimulées ?...


Le courrier n’était pas directement adressé à Cyril mais à sa
mère...
La lettre chargée de tristesse, mentionnait, qu’il (son père)
suppliait à genoux, une nouvelle fois, et cela après 9 ans
d’attente de pouvoir enfin voir son fils.
-Une seule et petite fois, je t’en conjure, pour l’amour de dieu,
une seule petite fois...
Je pouvais facilement imaginer dans quel état venait de plonger
mon amis, déchiré par le chagrin, révolté dans la haine, lui qui
depuis le temps que je le connaissais ne rêvait que d’une seule
chose : son père. Toute ces années privé de sa compagnie, par
le seul bon vouloir de sa mère, quel gâchis.


La lettre avait été posté à Zurich mais ne mentionnait pas
l’adresse de l’expéditeur, il disait simplement que la troupe de
cirque serait à Lausanne tout le mois d’août. Que si elle lui
concédait cette faveur il descendrait ici, à Oyonnax, elle n’avait
qu’à lui indiquer l’heure et l’endroit. Par la même boite postale
que la dernière fois…




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Cyril a donc quitté Oyonnax un beau matin d’août pour
rejoindre son père à Lausanne. Cent trente kilomètres effectué
en stop, à 11ans, c’était un record…


Je parcourais la cuisine des yeux, mon regard un peu gêné
n’osait croiser celui d’un homme qui manifestement           avait
quelque chose de changé.       Lui qui m’avait toujours donné
l’impression   d’un homme solide comme un roc, semblait à
présent prisonnier de troubles du comportement. Son visage
accusait différentes grimaces et ses mains, allaient et venaient
sur la table pour essuyer une tâche, toujours la même tache. Il
soulevait la tête à plusieurs reprises, comme s’il voulait que je
réponde à la question : pourquoi ?
Que pouvais-je bien lui dire ?...        Pourquoi ? J’avais bien
plusieurs idée, et la plus évidente me mordait la langue, mais en
même temps qu’est ce que la parole d’un gamin face à une telle
chose ? Et puis voulait il vraiment qu’un garçon de mon âge y
réponde ?
Au bout d’une dizaine de minutes Monsieur Geoffrey se leva
pour aller fouiller dans une caisse en bois qui en réalité était un
vaisselier. La planque parfaite quand on veut cacher tout un tas
de truc. De la il sorti ce qui me sembla être un paquet de tabac à
rouler et une pipe, il semblait plus calme, moins agité. Il me
confessa une dernière chose.




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-La police m’a dit qu’il avait du prendre par les bois à la
frontière, sans quoi il ne serait jamais passé…Tu te rends
compte, par les bois… il soupira longuement et posa son regard
t le mien, songeur…
Les bois, la forêt nous la connaissions bien puisque que c’était
notre terrain de jeux favoris.
Un lance pierre à la main confectionné avec du buis, camouflés
en guérilléros nous guettions le passage de l’ennemi. Cachés
dans les arbres et sans faire de bruit nous regardions passer un
groupe de sangliers stressé par des chasseurs armés, tout autant
nerveux. Ce fut aussi dans les bois qu’eu lieu notre premier
cours d’éducation sexuelle. En effet alors que nous étions
allongés dans l’immense végétation, un couple vint s’allonger
pas bien loin de nous afin de vous savez quoi…


-Cyril a emmené le chien.
-Il a emmené Skip ?
Skip C’est comme ça qu’on avait baptisé le chien après qu’il ait
bouffé un paquet de lessive, à ma mère…
Il sortit de la maison la pipe à la bouche et alla caresser son
chien. Allongé sur la pelouse la tête posée sur ses pattes avant,
on aurait dit qu’il bronzait.


J’ai pris mon vélo et emprunté un autre chemin, les souvenir, les
anecdotes passés avec Cyril noyaient mon cerveau. Tous ces




                                 227 / 408
moments passés sur le banc de l’école ou il parlait et parlait
sans arrêt, quelque fois de trucs et autres sans queue ni tête. De
son score au flipper, du comportement qu’un enfant doit avoir
quand il reçoit un ou des adultes à la maison, parler quand on
lui donne la parole, ne pas allumer la télé etc. etc.
Cyril parlait de son père comme d’un aventurier, un super
héros. Il l’admirait par-dessus tout.
C’est sur aujourd’hui plus que jamais je peux affirmer que son
père était le seul vrai but de Cyril…




Ce soir en quittant la psy, j’ai fait un petit détour par la maison
des grands parents. Je voulais entrer dans la cours, leur dire un
petit bonjour. Je ne suis pas un lâche, mais je n’ai rien fait.
A quoi bon Alexandre ? Et puis se rappelaient-ils seulement de
moi ? Trois ans c’est un peu long et j’avais pas mal changé.
De toute façon la maison me semblait vide et je l’étais aussi.
Lentement je suis remonté par le chemin des braconniers… sans
me retourner.




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                        Chapitre 15
                  Video killed the radio star




Cela fait trois ans que Nat et moi sortons ensemble. Trois ans
c’est long, et pas vraiment…
Bien sûr notre relation a pas mal changé, nous avons grandi et
nos centres d’intérêt ainsi que nos amis aussi.
Mais depuis un certain temps j’ai l’impression que notre relation
tourne un peu en rond, le doute m’assaille, véhiculé par tout un
tas de circonstances, passant d’une région de mon cerveau à
l’autre. Allongé sur mon lit ou errant dans les rues, je ressasse
toujours la même question restée jusque là sans réponse.


Je ne peux pas dire que Nat et moi on ne s’éclate pas, non bien au
contraire régulièrement nous allons au ciné, sortons boire un
coup entre potes ou encore pleins d’autres trucs que font des tas
de couples…et c’est bien ça       le problème, à force de vivre
comme les autres on a fini par s’ennuyer l’un de l’autre, ou
s’ennuyer tout court.
N’allez surtout pas croire que je n’y mets pas du mien, bien au
contraire il n’est pas rare les soirs où je me couche avec une ou
deux bonnes propositions d’activité pour le lendemain. Et Le
lendemain, parlons en tiens, quelle belle chose, la nuit, le




                             229 / 408
conseil… tout ça sur le papier c’est très joli, dommage que dans
ma réalité toutes les idées de la veille aient été éclipsées par
cette nuit de repos et de conseil…
Alors quand il a fallut que je rende des comptes à Nathalie sur les
propositions afin de maintenir notre couple à flot, j’ai bien été
obligé d’accepter sa proposition. De toute façon la mienne
frôlait le ridicule, et pour cette raison, j’ai volontairement laissé
Nathalie régler notre problème de routine.
Son idée (finalement très simpliste) est que chacun de notre coté,
puisse exercer une activité et ainsi contribué à quelque chose de
concret et… bénéfique.
Ok bon, on n’a pas perdu de temps, chacun de son coté s’est
lancé dans sa petit activité extra «communale ». Nathalie fait du
bénévolat au secours catholique : en gros cela consiste à livrer à
manger pour des personnes de nature…vieille ou impotente ou
alors elle trille des fringues… plutôt moche faut l’avouer,
données par tout un tas de personnes, au goût plus que douteux.
Et quand elle n’a pas de repas à livrer ou de fringues à jeter,
enfin non, à triller, elle organise des tas jeux pour les plus vieux,
et aide les SDF à trouver un local pour dormir et arrêter de
picoler.
De mon coté, j’ai envisagé ma carrière dans l’aide humanitaire
d’une autre façon. En effet j’aide la gente humaine à retrouver les
vrai valeurs de la musique, longtemps perdu ou oubliées au profit




                              230 / 408
d’émissions aussi périlleuses que douteuses, comme et pour ne
citer qu’elle le top 50.
Dans cette perspective d’aider mon prochain, je me suis lancé
dans l’aventure comme animateur radio. Au départ nous étions
deux à animer une émission, J.C et moi. Ensuite pour des
raisons personnelles il a laissé tomber, je me suis donc retrouvé
seul à la technique et au micro.
Pour ce faire la radio locale T.S.F me paraissait être la meilleure
des solutions. En même temps pour l’instant, c’était la seule
radio qui existait le choix n’a donc pas été trop difficile.
Radio locale qui malheureusement souffrira de cette familiarité
proverbiale bien connue de tous puisque citer un peu n’importe
quand : « comme toutes les bonnes choses ont une fin » elle
ferma malheureusement faute de moyens, de finances et autres
obscures raisons plus que quelconques.
Sur les ondes du 88.2, je fais ma petite sélection de disques tout
en citant les derniers articles de rock. Si dès le départ je me suis
pris au jeu de l’animateur c’est parce que cet endroit est vite
devenu un autre chez moi, les posters, les murs de cassettes
audio, l’odeur de tabac froid m’inspirait plus que jamais.
Nathalie passe me voir régulièrement, accompagnée certaines
fois de son cortège d’amies qui           bizarrement partagent nos
discussions autour de la musique et tout un tas d’autres choses.
Ce n’est pas encore le débat du droit de réponse de Michel
Pollack mais cela y ressemble.




                              231 / 408
Evidement la plupart du temps je suis tellement absorbé pas
mon émission, que je ne lui prête guère d’attention. Alors quand
Nathalie a cessé de venir au studio, j’ai peu à peu senti à quel
point elle me manquait, à quel point sa présence dans le studio
me faisait un bien fou, je regrettais de ne pas avoir eu plus de
mots pour elle, elle qui me regardait à travers le hublot de la
salle dite « la salle de la table ronde », l’endroit réservé aux
débats et aux fumeurs. Je la revois encore une main calée sous
son menton à se ronger les ongles, le regard perdu quelque part
entre une affiche noir et blanc réunissant Brel, Brassens, Ferré et
celle du premier album de Louis Bertignac et les visiteurs.
Au bout d’un moment, lassée d’attendre, elle disparaissait sans
faire de bruit, le mégot de sa cigarette dans le cendrier fumait
encore.
Je me retrouvais seul avec pour unique compagnie ma musique
et ma casquette de pseudo animateur. Je ne pouvais pas la
blâmer. J’était fautif, centré uniquement sur moi-même… Et je
ne vous parle pas de tous ces rendez vous loupés avec elle. Elle
que je croyais encore présente de l’autre coté du studio, de l’autre
coter de la glace à fumer sa cigarette mais tous ce qui restait de
son passage c’était encore et toujours sa cigarette encore chaude
qui   fumait dans le cendrier. Depuis combien de temps avait-je
été absent ? Combien de fois avais-je essayé de la rattraper, en
dévalant à toute vitesse les escaliers du studio, une fois dehors
j’étais tous seul, avec mes faux espoirs.




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-Tu plaisantes Alexandre, ça fait belle lurette qu’elle est partie, et
t’es un gros con pour ne pas l’avoir vue.
Une fois mon émission terminée, je redescends en ville rejoindre
Nathalie et mes amis. Pour les trouver c’est simple à cette heure
ci ils squattent toujours le même bar : Le France.
J’adore ce moment ou je marche le long des rues en empruntant
différents trottoirs, partageant un bout de chemin avec de parfaits
inconnus. L’idée qu’on ait pu filer des noms de personnes aux
rues m’éclate. Mieux encore, qu’on les fasse cohabiter tout
ensemble, sans qu’il n’y ait aucun lien familial ou qu’ils n’aient
pas vécu à la même époque, je trouve moi, que ça frôle le génie.
Mon parcours commence chez madame Françoise Dolto, de là
j’accède à la rue de l’Orme. Ensuite, je tourne à droite et me
retrouve chez Jean Lavaud, je continue sur un peu plus de trois
cent mètres et me voila dans la rue Jean batiste Clément. Léger
virage à droite et petit passage chez Pasteur que je quitte pour
Voltaire. La rue Anatole France annonce la fin de mon parcours,
mais je reste sur le trottoir de droite afin de me faufiler dans le
passage Raclet. La petite rue monte et débouche directement sur
le Monoprix, je passe sur le trottoir d’en face, et rase les murs en
descendant la pente. Sous le petit arc place Emile Zola je me fais
tout petit ; voir sans être vue.
Le fait que je sois sur cette place et que je surplombe le café me
donne une vision globale de la rue. La circulation est comme
d’habitude très calme et les gens ne sont pas trop pressés. Ils




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regardent ici et là, les boutiques, les punks qui marchent une
bière à la main, bretelles lâchées sur leurs pantalons.
Nathalie est assise en terrasse rue de l’Alma, jambes croisées,
elle balance son pied au rythme de la musique. Elle porte sa
veste kaki, celle qui lui va si bien.
Là, de ma place forte Nathalie m’offre son plus joli profil, bien
que dans la réalité peu m’importe que se soit le gauche ou le
droit, je les aime tout les deux.
C’est avec beaucoup de soin qu’elle dégage une mèche de ses
cheveux venue troubler sa consommation habituelle de diabolo
grenadine, composée de limonade et bien évidemment de
grenadine.
Ses lèvres fermées autour d’une paille aspirent lentement le
liquide qui monte à travers le tube en plastique. J’enfouis ma
main dans une des poches de ma veste en lin noir, pour saisir un
de ces mégots abandonnés par elle dans le cendrier du studio.
Comme à chaque fois que je porte sa cigarette à mes lèvres je
remarque sur le filtre jaune un reste de rouges à lèvres rose ou
légèrement rouge, empreinte indélébile de ses lèvres.
La chaîne hi-fi du bar est branchée sur t.s.f et le patron vient
d’augmenter le volume, normal on joue Fisherman's Blues des
Waterboys, sait- il que je suis ici ?
A sa table, les rires de Nadia, Chabura vi et Nora résonnent et
autant d’échos se forment dans ma tête au sujet de Nathalie et




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moi. J’ai beau vouloir ne pas m’accrocher, cacher mes sentiments
envers elle, l’idée de la perdre m’est tout bonnement impossible.
Sur ce, je remets le mégot dans ma poche et pars dans sa
direction. Attiré comme un aimant et malgré la distance qui nous
sépare mes mains semblent déjà la toucher.
Je prends soin de la contourner par la gauche afin de marcher
dans son dos. La d’où j’arrive, seul ses amis peuvent me voir,
bien entendu je leur fais signe de rester bouche cousue.
J’y suis presque, allez Alexandre ne te fais pas remarquer, plus
que quelques pas. Je continue sur la pointe des pieds mon regard
se balance entre elle et ses amis, Nadia ne peut s’empêcher de
sourire…traîtresse !
Nathalie se méfie, elle vient de se pencher en avant, comme un
pressentiment que quelque chose va arriver … Nadia espèce de…
Elle est à porter de main, un mètre, un mètre vingt pas plus.
Immobilisé sur la pointe des pieds je prie pour qu’elle ne m’ait
pas entendu, qu’elle n’ait pas compris. Raté, dictée pas son
instinct, et… elle se retourne. J’ai plutôt l’air d’un con, ça oui,
démasqué tout près du bute… Nadia espèce de…
-Alors jeune homme que comptiez vous faire ?
-Moi ? Mais rien, je vous l’assure. Je cache mes mains dans mon
dos,
-A bon, j’avais crue que…oublions. S’il n’y a rien que je puisse
faire pour vous monsieur, je m’en retourne à mes occupations.
Pas le temps de répliquer, j’opte tout de suite pour mon regard




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noir afin d’éloigner au plus vite ses amis, et en ni une ni deux,
elles quittent la table.
-Lâcheuses, leurs balance t’elle.
Je m’assois en face d’elle, la mine rêveuse, une main calée sur
ma tête et l’autre à la rencontre de ses doigts. Quand enfin je
pose main sur la sienne elle la retire, pour saisir sa paille et
touiller sa grenadine.
Elle me dévisage un moment puis rompt avec ce silence.
-est ce que je t’ai déjà dit, que j’adore prendre de l’aspirine ?
-Pardon ?
-J’adore prendre de l’aspirine…elle tapote sa paille sur le bord du
verre - j’en demande souvent ma grand mère ?
-T’es malade ?
-non
-tes pas malade mais tu prends de l’aspirine ?
J’suis sceptique, mais pourquoi pas, à nouveau ce regard
immuable.
-En faite j’adore le goût de l’aspirine.
-A bon, tu trouves ça bon ? Ce truc là qui fond dans l’eau avec
un goût…surprenant… tu, trouve ça bon. Pourquoi pas ?
-C’est vrai le goût c’est pas top, mais j’adore ça. Dés que j’en
veux une, je dis à ma grand-mère que j’ai mal à la tête, et elle
m’en file une.
Elle est folle complètement folle.
-Donc t’es quoi ? aspirinophile.




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-tu te souviens, il y a un an je t’ai dis que j’adorais l’aspirine et tu
étais tout aussi étonné. Tu m’a demandé si j’était une pseudo
dépendante, une accro à l’aspirine, et je t’ai répondu : non, c’est
juste que j’aime ça…


- Ok, tu veux que j’aille à la pharmacie te piquer deux ou trois
boites ?
-J’aimerais assez oui !
J’ai subitement l’impression que l’on va se disputer.
-Ok…j’vais y aller, le temps de trouver une paire de bas, et un
revolver et j’te braque la pharmacienne et son mari.
Je prends ma voix de John Wayne et mime un pistolet avec mes
doigts.
-Vite de l’aspirine ou je tue le chien !
Sans commentaire.
L’effet escompté n’est pas arrivé, le seul choix qui s’offre à moi
c’est le chemin de fer, peut être que là ?...faut dire que ce n’est
pas l’envie qui me manque de me jeter ou passer par-dessus la
table pour l’embrasser. Lui dire combien je la trouve magnifique,
lui avouer à quel point je l’aime et puis tout un tas d’autre chose
qui font que je me sens bien avec elle. Mais bon je n’ai ni cape ni
masque, les gestes délibérés d’affection chez moi sont quelques
peut, enfouis ? Enterrés? En clair j’suis nullissime pour ce qui
est des relations humaines, doublé d’un crétin pessimiste, sans
parler du faite qu’elle risque de me rembarrer.




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-Ma mère te trouve très mignon.
-A merde. C’est mauvais signe ça.- Et comment en est t’elle
venue à parler de moi ?
-En fait. (Elle se frotte le nez) c’est de moi que l’on parlait.
-Pardon je… elle me coupe la parole.
-elle s’inquiète pour mon avenir, elle trouve que je pense trop à
faire la fête, à mes petits boulots en tant que bénévole, et...
-et ?
-et, à toi.
-Désolé, j’ai manqué de clairvoyance.
- Non tu n’as pas manqué de clairvoyance, c’est moi qui me suis
attachée à toi.
Elle ronge sa paille puis se penche en avant pour se cacher
derrière son verre de grenadine, ce qui lui confère une tête
démesurée. Ma réponse se fait attendre, mais je n’y suis pour rien
moi, c’est de la faute à Gemini criquet qui ne répond à mes
appels, décidemment on ne peut compter que sur soi.
-écoute, je, Nat… elle coupe me la parole une seconde fois et
fait non de la tête.
-Tes pas obligé Alexandre, ma mère s’inquiète pour moi c’est
tout, on ta croisé avant-hier en sortant de la coop.
-Avant-hier ? Mais pourquoi, tu…
- t’étais avec Miguel, tu nous a pas vu et je ne voulais pas…
Enfin bref, Ma mère n’est pas dupe, elle a bien remarqué avec




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qu’elle intérêt je te regardais, alors que l’on venait de se prendre
la tête… elle disait trop ou pas assez.
-Vous vous êtes prises la tête à mon sujet, ok je…
- elle trouve ton look un peu noir… qu’il te mincit.
-Vraiment ?
-Elle pense que tu devrais manger plus.
-Mais je mange. Pardon continue…
Elle pense que mon petit boulot comme bénévole au secours
catholique, plus toi c’est un peu trop pour moi.
-ok, je vais me faire poser une sonde alimentaire, prendre trois,
quatre repas par journée et p’têtre même que j’irai au resto du
cœur si je n’ai pas assez… elle sourit à peine, c’est déjà mieux. –
et toi qu’est ce que tu en penses ?
-Moi, je ne sais pas, Je me contente de jouer avec ma paille et de
boire une grenadine.
Malgré le fait que je sois prit au dépourvu, Nat à besoin de moi,
maintenant, il en va de notre sort a tous les deux. Gemini ? Je lui
reprends la main, cette fois elle blottit la sienne dans ma paume.
-Nat je t’aime, je …
Merde c’est puissant ça Alexandre, espérons que la prochaine
phrase qui sorte de ta bouche ait plus de consistance.
- C’ que j’veux dire c’est que ses dernier mois, je n’ai pas été
très attentif à tes besoins ou... finalement avec le recul je ne sais
pas si animer une émission était une si bonne idée. En clair je




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n’ai pas vraiment été à la hauteur, ajouté à cela que je me suis
comporté comme un … ?
-Un con ? Absent ? Égoïste ?
-c’est pas vraiment les termes auxquels je pensais …mais va pour
con, absent et le dernier…
-Egoïste ?
C’est ça, égoïste... Mais je t’assure, sans vouloir excuser mon
comportement, que je tiens à toi.
Bref silence
-Alex tu tiens une place très importante dans ma vie, et malgré
cela j’ai peur de l’avenir, de notre avenir...
Elle ne parle plus, son doigt joue a présent avec une minuscule
goutte d’eau tombée sur la table, je me sens un peu comme cet
goûte, qui ne vas pas tarder à disparaître… de sa vie
-Tu crois que l’on est comme ça ?
-Comment comme ça ?
Je ne réponds pas, j’indique seulement la goûte sous son doigt.
-tu veux dire, dépendant et limité dans le temps un peu comme
une date de péremption?
- oui en effet.
Bref silence
-Alexandre ?
-oui.
-Non, rien.




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Ses doigts effleurent les miens, lentement ils se dégagent pour
venir me réchauffer, la douceur de sa main calme les pulsions
électriques de mon cœur… je ferme les yeux pour me laisser
bercer par la musique qui sort des haut parleurs et ses caresses
sur mon visage :
Last night I dreamt
That somebody loved me
No hope, no harm
Just another false alarm
J’ai l’impression que l’on nous épie, peut être parce que le chahut
des tables s’est mu en silence ; L’arrivée et le départ d’autres
personnes, les verres qui s’entrechoquent, tout cela s’est figé le
temps d’une caresse sur ma joue. Les hauts parleurs jouent à
présent : It’s a feeling good, Nina Simone chante.
C’est dans ce genre de situation que je me sens pousser des ailes,
je me hisse sur le bout des pieds, écartant aux passages les verres
qui nous séparent, mes mains recouvrent             délicatement son
visage et mes lèvres viennent s’appuyer contre ses lèvres.
Qu’importe les regards, au diable ma timidité, prendre des
risques, se mettre à découvert pourquoi pas, elle le fait bien elle,
et pour toi.
-Je préfère le goût de l’aspirine à la grenadine.
-C’est vrai ?
-non !
Nathalie saisit le col de ma veste et m’embrasse à nouveau…




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-au fait, tu ne m’as pas dit ce que pense ta grand-mère à mon
sujet ?
-tu veux savoir ce que ma grand-mère pense de toi ?
-Oui, n’est elle pas ta confidente ? Ton amie ? Ca m’intéresse de
savoir ce que pense mère grand à mon sujet.
-Très bien, si tu y tiens, je te le dis, mais à une seule condition.
-Ca marche dicte moi ta condition.
Autour de nous la salle est encore plus silencieuse qu’avant,
même le patron qui fait mine de rien en lustrant un verre à baisser
la musique.
Elle me fait signe d’approcher pour me murmurer un truc à
l’oreille, ils essayent tant bien que mal de tendre les leurs, mais
j’ai bien peur ce soit peine perdue.
Elle pose sa main contre ma tempe de façon à cacher ses lèvres
Et comme elle parle très bas il n’y a que moi qui sois dans la
confidence.
Qui a dit toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire ?
Sa déclaration au creux de mon oreille esquisse un léger sourire
sur mes lèvres, mes yeux s’écarquillent de bonheur mélanger à de
la curiosité.
Je me rassoie, le cœur léger, toujours ce petit sourire, un sourire.
Ma réponse ne se fit pas attendre je lui adresse ma réponse à
peine perceptible par les autres. Fallait être à sa place pour voir
mes lèvres former un : oui.




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-Ok, je te préviens c’est à tes risques et périls et je ne saurais être
en aucun cas tenu responsable de ces propos, ok ?
-Je suis tout ouïe.
-Calle toi a bien et écoute plutôt ce que mère grand pense de
toi…




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                            Chapitre 16

                           Chuuuuut !!!




Demain c’est mon anniversaire j’aurais seize ans, à mon réveil je
ferai les trucs habituels d’une journée ordinaire. Me lever, me
laver, me brosser les dents, puis petit déjeuner devant la fenêtre
à mater le brouillard, les gens qui partent au boulot et les gamins
qui court en bas, à peine visible sous leur cartable trop grand.
Ensuite re-brossage de dents, j’aurai à l’esprit le décès et les
funérailles de Nadine, Déjà un an.
José m’a conseillé d’aller faire un tour du coté de l’hôpital.
-Qu’est c’qu’il peut bien y’avoir à foutre à l’hôpital
-Pas à l’hôpital, à coté. Un disquaire.
-Tu plaisantes ?
- Non, non.
-C’était quand la dernière fois qu’il y a eu un disquaire à
Oyonnax ?
- Je ne sais pas, je n’étais pas née.
Vous savez quoi, l’idée que cette ville pourrie puisse avoir un
disquaire, moi sa me rend plutôt content, mais perplexe.
C’est décidé, je vais profiter de cette journée sans cours pour
aller constater de mes propres yeux cette nouvelle œuvre de




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Dieu, ce nouveau temple du vinyle, qui sais peut être y
découvrirais-je le Saint Graal ?
Nathalie a même accepté de m’accompagner un moment. Un
moment dans son langage cela ce traduit par : pas longtemps,
cinq minute au plus. De toute façon elle avait déjà programmé
son après midi depuis lundi. Ensuite elle devrait rejoindre les
joyeux cavaliers du secours catholique, Nadia, Chabura-vi et
Nora.
Bien sûr arrivé chez Nat, rien ne s’est passé comme j’aurais
souhaité que cela se passe. Non, d’abord il a fallut descendre son
cleps, et comme l’animal n’est pas difficile on s’est tapé le tour
du quartier une bonne dizaine de fois. Après quoi, il a reniflé, des
pneus, des murs, des arbres, des cacas laisser ici et là par d’autre
chien. Et tout ça pour quoi ? Pour aller uriner sur un foutu
buisson qui sentais déjà la pisse… Ce n’est seulement qu’après
tout ce cirque que monsieur son altesse canine a bien voulu nous
laisser vaquer a d’autres occupations que celle de fournir à
monsieur, un chiotte sur mesure et partir main dans la main,
direction le centre ville… Saleté de clébard.


Sur le chemin qui traverse la ville je m’amuse à la regarder, et
quand surprise elle me remarque, je tourne aussitôt la tête dans
une autre direction. Sur ce, elle me lance un regard noir et me
traite de méchant, moi ça me fait marrer de la voir s’énerver...
Alors quand on est passé devant de l’église de la plaine, ce fut




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son tour de me rendre la monnaie de ma pièce, puisque ce saint
Lieu abrite dans son sous sol, la salle des fêtes ou nos regards se
sont croisés pour la première fois. Évidemment timide comme je
suis, je n’ai pas osé engager la conversation et aujourd’hui cela
se paye. Par diverses moqueries du genre : alors t’avais peur
que je te mange ? Ta maman n’était pas là ?... J’en passe et des
meilleurs.
C’est aussi l’endroit ou j’ai lamentablement plaqué Christina seul
dans cette salle de cours… quand j’y repense ce jour là je me suis
vraiment comporté comme le dernier des cons.


Un quart d’heure plus tard nous voila devant l’hôpital et toujours
pas de boutique.
-On ne doit plus être très loin ?
-J’sais pas trop, José a dit que c’était après l’hôpital, je suppose
qu’on y est bientôt.
-Ok.
Ce « ok » peu signifier deux choses : soit elle n’est pas
convaincue, soit elle est pressé de se barrer.
Je descends du trottoir pour examiner les commerces à venir,
rien.
Cent mètres après l’hôpital, Nat me tire par la main.
-Dit donc, ce ne serait pas ici ta boutique ?
J’étais tellement concentrer à lire le nom de chaque chose que
j’en ai oublié les magasins qui n’avaient pas de devanture.




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José ne s’était pas foutu de ma gueule, ça non. Y avait bien un
nouveau disquaire et quelle disquaire ! Petite parenthèse : je dis
nouveau disquaire, car j’ai omis ou négliger de préciser que
celui-ci succède à un bon nombre de son espèce, installés dans
cette ville qui malheureusement connaitront tour à tour le même
sort. Celui d’une durée de vie très courte, avec un mois pour les
courageux, voir un mois une semaine et deux mois pour le grand
champion, mais pas plus.
C’est pourtant pas la faute à la concurrence, elle est quasiment
nulle, voir même… inexistante.
Franchement le seul concurrent direct, si l’on peut appeler ça un
concurrent, c’est le rayon de disque du monoprix, le tout petit
minuscule rayon de disques du monoprix, tenu par une veille
chouette à lunettes qui ne les mets que pour vous espionner.
Cette horrible bonne femme porte des bagouzes en or à tous les
doigts ainsi qu’une chaîne en or pour ses montures et quand bien
même elle les aurait sur son pif, elle a constamment les yeux
hauts perchés au dessus, un vrai mirador que cette vieille mégère.
Elle porte toujours des chemises avec le col relevé ce qui lui
confère un aspect plus autoritaire.
Quand elle vous sert, c’est pour mieux vous dévisager et peu lui
importe l’âge, le sexe ou le rang social que vous occupez pour
cette malade du facing vous n’êtes là que foutre la merde ou
voler.




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Elle se tient toujours derrière vous, et comme la nature ne la pas
gâtée question taille elle pratique du talon et des pointes.
Démonstration : les pieds à plat un mètre cinquante cinq, une
légère flexion sur la pointe des pieds et hop un mètre soixante et
des poussières, talon un mètre cinquante cinq, pointe un mètre
soixante et des poussières. Et ainsi de suite… Pour signifier son
impatience elle et n’hésite pas non plus à faire tinter son
trousseau de clé, l’effet souhaité est plus ou moins variable selon
la personne et son obstination.
Moi perso, j’adore la faire chier avec mes questions et mon choix
d’une bonne dizaine de galettes de vinyle sorties des ses bac et
rangées bien entendu dans le désordre alphabétique le plus
complet.
Dans mon fort intérieur, joie et bonheur.
Sur son visage, dépression et colère. Sa colonne vertébrale plus
raide qu’un bâton, la nuque étirée à son maximum, elle ressemble
à une girafe à qui vous auriez refilé de la viande. Le visage
crispé, tiraillé de tous les côtés, elle semble vouloir dire quelque
chose.
-Non mais ? Mais ? Ça ne va pas ! Je ne… Une girafe énervée
voilà de quoi elle à l’air.
Devant le bordel que je viens de mettre, elle en perd son
trousseau de clé, je ne pense mas me tromper en affirmant que
dans un moment d’égarement professionnel, elle se jetterait sur
moi, pour m’écraser la tête contre les touches de sa caisse




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enregistreuse. Sa bouche bien ouverte hurlerait à mes oreilles -
ôte tes sales doigts de mon rayon espèce de sac a merde et ne
remet plus jamais les pieds ici!
Mais dans la réalité rien de tout cela ne ce passe, c’est une pro
trop consciencieuse et croyez moi, j’en profite.
-Qu’est ce que vous en pensez de celui là ? Le précédent album
vous l’avez ? Et combien coûte la cassette ?...vous l’avez en
noir ?


Heureux comme un enfant devant un étalage de pâtisserie, je
découvre la vitrine du magasin décorée selon l’album ou le
groupe du moment, de la carte postale en passant par les 45tours
tout y est. Les posters scotchés de The Cure, The Smiths et de
Killing Joke donne une certaine dimension à cette rue qui en
temps normal est une rue comme toutes les autres.
Je pousse la porte de cette caverne aux trésors comme l’aurait
fait Ali baba.
- Sésame ouvre toi.
Nathalie préfère ne pas rentrer. Elle sait qu’une fois dans le
ventre de l’animal faudra me virer pour que je sorte, et puis un
moment, c’est un moment.
-Bon à tout l’heure mon p’ti chéri, ne dépense pas trop d’argent.
Elle secoue son index comme le fait une maman à son enfant
pour le prévenir.
-bien maman, à tout à l’heure maman.




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Elle s’en va en se retournant une fois, petit signe de la main.
J’attrape la poignée de porte et aussitôt elle me rappelle. Je
lâche la poignée et la regarde, ses yeux me fixent et sa bouche
me    murmure : je t’aime. Du bout de ses lèvres, elle effleure ses
doigts. Dépose un baisé, qu’elle m’envoie… je lui retourne un
baisé, mais j’hésite à m’exprimer, peut être que je devrais la
rattraper, la convaincre de rester, peut être qu’elle n’attend que ça
que lui court après.
- je te regarde, et tu es déjà si loin…
J’attrape à nouveau la poignée de porte et l’abaisse afin de
pénétrer dans le magasin, un peu confus tout de même.
Une fois redescendu de mon nuage je suis agréablement surpris,
la vitrine n’était pas un leurre, en fait c’est encore mieux que
j’aurai pu l’imaginer. La boutique n’est pas bien grande, mais
les bacs sont bien pleins et rangés par style musical. Les murs
sont tapissés de photos et de pochettes d’albums aussi diverses
qu’il existe de courants musicaux allant des Pixies à John
Coltrane, de Chris Isaak à Léo Ferré. Au dessus d’une machine
café libre service, Morrissey pose avec Johnny Marr en lunettes
noires, quand à Diana Ross, elle est immortalisée pieds nus et
robe blanche. Derrière la caisse           Robert Smith m’observe
camouflé dans sa jungle psyché, l’album est énorme c’est
Désintégration.
Le vendeur a l’air plutôt sympa.




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-Salut. Il sourit les pieds posés sur son comptoir et mâche le reste
de ce qui pourrait être une tige de sucette, où alors un reste d’une
cuillère à café ? Le distributeur dans le coin, c’est ça.
Il me suit des yeux et retire son machouilli d’entre ses dents pour
s’adresser à moi.
- Si tu veux écouter un truc n’hésite pas. Il indique les platines
disques à côté de lui. Sa bouche reprend sa longue mastication
contre cet objet dépourvu de toute sensibilité. La tête plongée
dans sa lecture il fait les yeux doux aux Inrocks.
Les albums sont rangés et triés par ordre alphabétique et
occupent trois long bacs alignés les uns derrière les autres, quand
aux quarante cinq tours, maxi quarante cinq tours et autres
remix, ils occupent le fond du magasin, le repérage des lieux
terminé, passons à la pratique.
Alors que j’avance lentement entre les premières lettres de
l’alphabet, les mains baladeuses sur autant de vinyles que
j’aimerais en posséder, une affiche scotchée au dessus des
quarante cinq, attire peu à peu ma curiosité.
-Merde c’est quoi ça ? J’avance prudemment, on ne sait jamais
au cas où…serait ce, ce que je crois, que cela puisse être ? Merde
alors, je fronce les sourcils, jette un rapide coup sur le vendeur,
toujours concentré dans sa lecture, un dernier pas, et me voila à
présent nez à nez avec…
-Mon dieu, c’est bien ça.




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Punaisé sur le mur, c’est le récapitulatif des meilleures ventes du
top cinquante des quarante cinq tours et albums. Sur une feuille
double au fond d’orange et en lettre en capital noir, je découvre
un tableau exhaustif      du top cinquante des meilleurs albums
vendu entre la période d’octobre 1988 jusqu’a maintenant, c'est-
à-dire 1989, je vais m’effondrer.


Avant toute chose, je tiens à vous mettre en garde quand à la
gravité à laquelle vous vous exposer à lire les prochaines lignes
de ce livre. Et par pur respect pour mon prochain je tiens à
signaler que tout incident mental, ou attaque de style cérébral,
ne pourrait en aucun cas m’être imputé.
A présent que les choses sont claires, voici les six premiers de ce
top 50 des albums présentés dans un tableau tel qu’il m’est
affiché sous les yeux.




                                                   Nb
               Titre          de
   Date                             Artiste        Semaines
               L'album
                                                   N° 1
               Un         Roman ELSA & Glenn
   17/0/1988                                       6
               D'amitié             MEDEIROS
               Amor De Mis
   29/10/1988 Amores          (La PACO             5
               Foule)




                              252 / 408
                Pourvu Qu'elles Mylène
   03/12/1988                                        5...
                Soient Douces      FARMER
                                   David
   07/01/1989 High                                   5
                                   HALLYDAY
                Pour         Toi
   11/02/1989                      Divers Artistes   10
                Arménie
   22/04/1989 Megamix              BONEY M           6


Je reste sans voix devant une telle chose, comment après toutes
ces années de recherche musicale ? Comment après tout ces
milliers de bons disques vendus ? Comment de tels disques
peuvent ce vendre et figurer au top six des meilleurs ventes, au
nom de quels goûts ?... ce n’est pas possible, je suis sûr que
quelque part, sur cette planète il existe une réponse logique,
sensée a ce genre de chose… Ouais y’a forcement une réponse.
Je tourne le dos à cette plaisanterie et mon regard croise celui du
vendeur, qui a relevé le nez de sa lecture pour compatir à ma
consternation. Ses yeux fixent le reste des rayons et m’incite à ne
pas me décourager. Je me laisse donc aller jusqu'à la lettre « j »
comme si Joy Division pouvait encore sortir quoi que ce soit.
Malgré cet évidence je passe en revue les quelques disques
présents dans le bac et c’est avec une petite larme que j’en sors
Unknown pleasure, magnifique, un pur chef d’œuvre, même la
pochette est à tomber… Alexandre rend toi à l’évidence, Ian
Curtis mort, à part quelque bootlegs que peux-tu espérer ?




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« Faut que je porte mon attention sur une autre lettre ». je lève
les yeux le sourire reviens. Je fais le tour du rayon pour aller au
prochain bac, je ne quitte pas des yeux la lettre N. Je parcours
les noms inscris au feutre noir, sur de petite plaque en plastique
jaune, des new York Dolls a Nine below zero ou Caned heat…
et enfin : New Order. Mes doigts fébriles parcoure chaque
pochettes chaque d’album, remix, maxi 45 tours. Et pour que la
symbiose soit parfaite le vendeur a placé sous son diamant sur
les microsillons : insight. La batterie presque mécanique donne le
tempo à Ian Curtis qui psalmodie de l’au de là.


Those with habits of waste,
Their sense of style and good taste,
Of making sure you were right,
Hey don’t you know you were right?
I’m not afraid anymore,
I keep my eyes on the door
But I remember....


 Mes doigts, et mes yeux s’animent à chaque découverte, mais
ce n’est rien en comparaison de ce qui vient s’offrir a moi. Sur un
fond violet un Angelo apparaît plein de corrosion entre le bleu et
le vert, cet angelet Qui aurait pu avoir sa place au milieu d’une
Marilyn ou d’une Elisabeth Taylor sorti de la collection d’Andy
Warhol. La couverture est sans aucun doute          signée par le




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designer Peter Saville. Le seul indice concernant le titre est un
sticker blanc avec ce titre « TECHNIQUE ». Je tiens mon Saint
Graal.
Je pose avec toutes les précautions du a son rang le saint vinyle a
plat sur les autres vinyles. Mes mains fouillent mes poches à la
recherche de toute la monnaie disponible dans mon jean.
- j’espère que j’ai assez de monnaie sinon tant pis, je le vole.
Un billet de cinquante plus une pièce de dix franc encore dix, une
de cinq ce qui fait soixante quinze, une, deux, trois, quatre, cinq
pièce de deux, plus trois de un franc, le compte est bon. Quatre
vingt neuf franc, voila tout ce qu’il me faut. Ouf…
Vous n’avez pas idée, de ce que ce petit objet peut avoir comme
effet sur moi, c’est ma kryptonite, m’en priver c’est me tuer.
Inlassablement partir à la recherche du nouvel album à posséder
absolument, du dernier single ou du dernier pirate enregistré a la
sauvette sur bande magnétique qui le plus souvent a un son
crado et des voix presque inaudible. Mais ça on s’en fout.
Le truc, c’est de chercher, de       trouver et une fois possédé,
recommencer, passer à une nouvelle recherche et ainsi de suite
sans jamais se lasser.
Mon pouls retrouve peu à peu son rythme pour sur, j’ai de quoi
me payer cet album.
Que dire de plus qu’a ce moment précis de mon histoire ce
simple disquaire devenait mon disquaire.




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Allez Alexandre, un dernier petit tour et cassos, direction la
maison et ma platine disque.
A la banque d’écoute le vendeur a posé un nouveau disque sur la
platine, j’avance vers la caisse, « Charlotte sometimes » n’aura
jamais été aussi mélodieux que ce jour.
Ma main est moite sans doute du aux pièces de monnaie que
je sers entre mes doigt, je croise un disque que je connais et puis
un autre moins, un carillon résonne, sûrement celui de la porte
qui viens de s’ouvrir. Un groupe de filles entrent, je change les
pièces de main, mon disque est bloqué sous mon bras droit. Zut
une des pièces se fait la malle, roule sous un bac. Je me baisse
pour la ramasser mon bras se tend ma main va le plus loin
possible. J’y suis. j’attrape la petite fugueuse à l’aide de mon
pouce et de l’index. Je me relève, avec prudence on ne sait
jamais un angle du bac pourrait me mettre la grosse tête.
C’est alors qu’au même instant alors que la musique change
pour « hand in glove », quelqu’un me bouscule je perds
l’équilibre et c’est toute les autres pièces qui se barrent.
-merde ! Une main à plat sur le sol, mon index est écrasé par une
chaussure vernie, je retire mon doigt de sous la chaussure et c’est
ma tête qui heurte le bac à disque. Ce n’est pas grave, je vais
rester assis deux secondes, j’suis plus à ça près.
-Excusez moi ça va ? Zut, Je suis sincèrement désolée, ça va ?
-Ca va merci, c’est cool. Putain non ce n’est pas cool j’ai perdu
mes pièces. Mes yeux se remette            à peine    du choc, mon




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agresseur debout devant s’excuse une nouvelle fois, je lève la
tête et…
-Bordel ! Ma mâchoire vient de ce décroché. Je dois rêver ou
alors c’est le coup à la tête. Non je ne rêve pas un, un ange se
tiens     devant moi…    Son visage est      blanc et ses cheveux
bouclées sont dorés, elle a de petites taches de rousseurs sur son
nez, lisse et des yeux bleu a faire craquer, mon ange est une fille
et quelle fille !
Question : Comment se fait il que je ne l’ai pas remarqué en
entrant ?
Réponse : Sûrement parce qu’elle vient d’entrer Alexandre.
Allez, reprend toi bougre d’imbécile et ne reste pas la comme un
con sans rien dire.
Elle s’agenouille pour m’aider à récupérer mon argent et me tend
le vinyle que j’avais complètement oublié.
-ça va, vous voulez que j’appel quelqu’un ou… ?
-Hein ? Quelqu’un ? Heu non ça va aller, et puis j’adore écouter
« Elephant stone » assis par terre, c’est comme… j’adore les
Stone roses.
-Je suis désolée de t’avoir bousculé, en faite la faute reviens à ma
soit disante amie c’est elle qui ma envoyer sur toi. Elle balance
un doigt d’honneur à son groupe d’amies, qui se marre cachés
derrière des pochettes de disque.
-Pardon.
-Pour ?




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-le doigt, et puis pour celui que j’ai écrasé.
-Pas grave, et puis l’autre commençait à se faire vieux.
Ça la fait sourire.
-Au faite pourquoi t’ont-elles poussée sur moi ? Ne sont-elles
pas sensée être tes amies ? C’est quoi un genre de gag, de
lynchage ? Elles me trouvaient tellement moche qu’il fallait
absolument m’envoyer au tapis ?
-Non au contraire, elles te trouvent très mignon.
-Ok, donc se comprend, quand elles trouvent quelqu’un de
mignon, elles te lancent dessus c’est ça ? Je plie mon index
histoire de voir s’il marche encore.
- Y’a un peu de ça, pour tout avouer au départ on t’a remarqué
derrière la vitrine, dehors quoi, je leurs ai dit que je te trouvais
mignon, on est entré et sur ce Najete ma poussé sur toi…
Je la regarde s’expliquer, sans vraiment l’écouter, elle porte un
sweat rose, un jean bleu et ses fameuses chaussures vernies, Son
visage m’est familier, mais je ne serais pas la resituer.
-Voilà tu sais tout.
-Pardon, tu disais ?
-Tes sur que ça va ? Si tu veux je peut t’accompagner à l’hôpital
ce n’est pas bien loin.
-Pourquoi tu veux être mon infirmière ? Elle se penche vers moi.
-Pardon ?
-Non je disais que ton visage m’était familier, mais c’est
sûrement du au choc.




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-En faite le choc n’a rien à voir là dedans, quand tu dis me
connaître.
Petit silence, je sourie.
-Comment ça ?
-Et vous deux ça va ? Le vendeur nous matte d’un air, mais que
font-ils sur ma moquette bleu.
-A oui merci ça va, en faite j’suis tombé, les pièces se sont
barrées… Que voulait-elle dire par, le choc n’a rien à voir là
dedans ?
-et !
- pardon ? Le disquaire hausse le ton.
-Non je disais t’es tombé, C’est ce que j’avais cru comprendre,
et ?
-Ouais c’est ça, j’sui tombé. Il tir une drôle de gueule.
-Et là tu compte rester par terre ? Si tu veux l’aspirateur est dans
le placard derrière, il m’indique une porte avec voix sans issue
placardé dessus.
-Non merci, ça va aller j’suis juste a la          recherche de ma
monnaie, et puis j’fais de l’asthme la moquette, l’aspirateur, tout
ça ce n’est pas mon truc
-Ben, bonne chance, surtout n’hésitez pas, si vous avez besoin de
moi j’suis à la caisse. Avec sa main il effleure les vinyles et
retourne se rassoir.
-Au fait tu disais quoi, sur le fait que je n’avais pas tords ?
Elle déglutit puis reprend de sa voix polie.




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-je ne te suis pas complètement étrangère car tu ma déjà vue, je
t’ai même parlé, je connais ton prénom, seulement tu ne t’en
souviens plus c’est tout.
Finalement je crois que je vais avoir besoin d’un médecin.
-Tu connais mon prénom ?
-Tu es Alexandre c’est ça ?
J’ai du mal à le croire - oui c’est bien mon prénom, comment tu
le connais ?
Ses copines continuent à se marrer et le vendeur sourit d’un air
affligé.
-Ok, tu connais mon prénom mais pas moi, ou plutôt j’men
souviens plus. Mais d’où est ce que tu me connais ? On n’est pas
dans le même bahut sinon je t’aurai déjà vue.
- On n’est pas du même bahut, Mais on peut dire que l’on est
voisin.
-Donc t’es au lycée Lumière, c’est ça ?
-Oui
-Oui, ok, bon mais ça n’explique pas que tu connaisses mon
prénom, ou que je te connaisse ?
Le vendeur reprend de la voix.
-Dites moi vous pensez rester pour le goûter ? Parce que j’ai
d’excellent choco B.N à partager si vous voulez, on s’assoie tous
en rond et puis, on goûte.




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-Bonne idée, que je lui fais, et puis si en plus vous pouviez
apporter du café, du thé ou un truc beaucoup plus fort ça
m’aiderait.
Il tourne le visage, vers les autres filles.
-Et pour vous se sera quoi ?
-Alors ou c’est qu’on s’est croisé ?
Elle me tend le reste des pièces.
-Si tu payais ton disque qu’on sorte
-ok ça marche j’y vais, et tes copines ? Elle se tourne vers elles,
vers moi.
-On s’en fout !
J’ai a peine regardé le vendeur,           il a mis une pochette de
protection transparente, un sac, j’ai payé et la seconde d’après
on était dehors.
Une fois sur le trottoir on s’est mis à marché, j’étais à la fois
excité et a la fois gêné par la tournure de cette histoire, comment
quelqu’un pouvait connaître mon prénom sans que je sache le
sien. Je regardais mon doigt et j’eu la sensation que ce n’était
que le début da sa confession. On a marché un bon moment sur
ce trottoir, sans que ni l’un ni l’autre ne parle, et puis…
-Pour commencer, on s’est croisé deux trois fois, une de ces fois
fut lors de votre boum du collège en 5éme si ma mémoire est
bonne. En fait elle est, je suis passée près de toi.
-A bon ? Mais ou ça dans la boum ? Je ne t’ai pas vue ? Et dieu
sait que la mémoire chez moi c’est ce que j’ai de mieux.




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-Non c’était dehors, plus tard après la boum, il faisait déjà nuit et
des garçons jouaient à s’envoyer des boules de neige.
Je commence à me souvenir, après la boum, Miguel, Fernand
José, j’étais planqué derrière une caisse.
-Il neigeait pas mal, tu étais adossé à une voiture je t’ai regardé et
j’ai perdu l’équilibre heureusement pour moi je ne suis pas
tombé, par contre les filles elles ça les a bien fait marrer.
-Maintenant que tu le dit je me souviens d’un groupe de filles
qui se foutait de m’a gueule…
-Ce n’est pas de toi qu’elles se foutaient, c’était de …
-C’était, de toi.
-elles avaient remarqué que j’avais rougi en te voyant, ça plus la
chute… évidemment, alors j’ai mi ma capuche et ça les a faits
marrer.
-Je me souviens parfaitement de ce moment, le groupe de filles
qui se fout de moi et la fille à la capuche qui leurs demandent de
se taire. En réalité J’étais planquer derrière cette voiture, pour
piéger le groupe de garçon que tu avais vue au paravent... mais
j’ai été piégé à mon tour…
Je repensais à ce jour, le jour ou j’ai embrassé pour la première
fois Nathalie…
-Tu as dit deux ou trois fois, c’étais quand l’autre ?
On passe devant le Monoprix pour faire une halte devant le
bureau tabac.




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-Je vais me prendre un Mars ou un Raider, tu veux quelque
chose ?
-Non merci.
Elle pénètre dans le tabac, et je la regarde sans honte, ses
cheveux on croisé mon visage en rentrant dans la boutique et son
parfums de vanille s’est fixé dans l’air. J’ai beau me résigner, je
n’arrive pas à détacher mon regard du sien quand elle ressort.
- Alors cette autre fois c’était quand ?
Son visage s’assombrit, on pouvait lire de la tristesse dans ses
yeux qui flottait de gauche a droite, sa bouche s’ouvrit a peine
pour croquer la barre de chocolat. Il y avait dans ma question
quelque chose d’embarrassant.
-ça va ?
-Oui… Pour l’enterrement.
-L’enterrement ? Qu’elle…
-Celui de Nadine…
Ma gorge se noue, Je m’attendais à tout, à tout sauf à ça. Elle
connaissait Nadine, ma petites Nadine.
-Tu connaissais Nadine ?
-oui, c’était ma prof de guitare
-Ta prof de guitare ?...
 C’est vrai qu’elle donnait des cours. Je repense à elle à sa
guitare sur ses cuisses et à ses doigts rapides sur les cordes.
-Elle me parlait souvent de toi.




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-Nadine te parlait de moi ? Pou… je perds mes mots et mes yeux
s’embuent. – Et, et à qu’elle sujet
-elle nous comparait.
- Ah, à oui. Ma voix tremble.
- Elle disait que tu étais gentil et cool mais que tu avais quelque
chose de mystérieux une triste…
-un peu comme toi et en plus au lieu de m’écouter tu planes, tu
vois t’as encore un point comment avec Alexandre. Quand j’te
dis que toi et lui z’êtes pareil, j’me trompai pas.


Nadine… je repense au cimetière, à Katherine, à sa famille et à
mes amis, aux fleurs jetées sur le cercueil, Marc le prof de chant
et mon nouveau patronyme Alexandre le Grand, les souvenirs de
cette journée me revienne comme si c’était hier. Abdel allume
une clope et José me sert dans ses bras. Mon cerveau puise dans
chaque mot chaque geste. Et puis...
-Je me souviens à présent
Elle me regarde presque rassuré.
-Tu es la fille du cimetière avec les cordes de guitare, tu étais de
dos, mais je sais que c’était toi. En te regardant jeter ses cordes,
je me suis dit que c’était le plus beau, le plus juste des cadeaux
qu’on pouvait lui faire.
-Tu t’en souviens ?




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-Comme si c’était hier…se souvenir de ces choses, du passé de
Nadine et puis du présent, Marc comment avait il survécu à tous
cela ?
-Toi, tu te tenais un peu à l’écart, il y avait deux autres garçons
avec toi, je t’ai observé un bon moment, tu semblais ailleurs à
errer quelque part…tu ressemblais à un fantôme.
-Vraiment ?
Oui, tu étais pâle et tes cheveux noirs n’arrangeaient rien, tu me
faisais penser à un comte comme celui des vieux films en noir et
blanc...
Je m’arrêtai, elle me doubla et se tourna vers moi. À nouveaux
ces regards silencieux, elle s’avança vers moi et saisit entre ces
doigts une mèche de mes cheveux. Le temps semblait figé, peut
être a-t-il compris, qu’il nous faut prendre une pause.
-On y va ?
J’acquiesce de la tête, et notre promenade reprend en direction du
lycée Paul Painlevé.
-Des bonbons ça te dit ?
-oui, ça me dit bien.
Nous faisons une petite halte chez le petit vieux, confiserie culte
d’Oyonnax pour tout mangeur de bonbon qui se respecte. Qui
entre vous et moi n’a rien de vieux, a mon avis il est plus grand
qu’il n’a l’air vieux, d’accord il ressemble un peu au major
d’homme de la famille Adams. Mais là encore c’est un point de




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vue, point de vue de ma part biaisé par le fait que je ne sois pas
extraordinairement grand.
Le sac en papier plein de ficelles de fraise ou de banane nous
longeons la petite rue en direction du parc de l’Oyonnalité.
A l’entrée des garçons jouent à saute mouton, pendant que les
filles évitent de se croiser les pieds à l’élastique.
Je monte regarder le petit plan d’eau ou en hiver on peut y
patiner. Rien que de regarder l’eau j’ai des frissons qui me
parcourent le dos et les bras.
-Un petit saut ?
Vanessa monte les marches en bois la tête un peu rentrée dans
les épaules, elle a l’air frigorifié rien que dans parler.
-J’suis courageux mais pas téméraire.
-vraiment ?
-vraiment.
Elle regarde l’eau de plus près, petit frisson.
-Brrr…
-j’te le fait pas dire.
Elle relève la tête et tourne sur elle même sûrement pour admirer
le parc dans son ensemble.
-Tu viens souvent ici ?
-Parfois… en fait je viens régulièrement. Tu vois le parc Nicod ?
-A coté ?
-oui, et bien c’est la que j’ai fait mon premier carnaval, avec
l’école.




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-C’est vrai ?
-oui, j’étais habillé en clown, mais ne le raconte à personne, on
pourrait le prendre pour acquis.
-promis.
Elle commence à descendre les marches, je la regarde, et j’ai la
nette impression d’avoir oublié un truc.
-Attend !
Elle se retourne
-C’est dingue ça fait bien une heure qu’on discute ensemble,
qu’on se raconte des trucs perso et je viens de m’apercevoir que
mais je ne connais toujours pas ton prénom ?
-Vanessa.


-Enchanté Vanessa. Je descends aussitôt les marches et lui tend
ma main, quelle sert aussitôt.
-Alexandre le grand pour vous servir. Je baisse la tête en signe
de prosternation mais nos mains restent liées l’une dans l’autre.
– C’est bizarre ?
-Quoi donc ?
-Et bien disons qu’en général dans de pareilles circonstances mon
pouls s’accélère et…
-ça n’a rien de bizarre, j’ai moi-même en ce moment mon cœur
qui s’emballe.
Petit silence, suivi d’un fou rire.
-Désolé, tu dois me prendre pour un idiot ?




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-Et bien disons qu’a un moment… à nouveau ce silence, elle me
regarde, et ne peut s’empêcher de rire, j’avance a nouveau.
-je plaisante !
-J’avais compris.
On arrive dans le parc pratiquement désert, seul quelques
mamans avec leurs enfants se sont risquées à venir malgré le
froid d’aujourd’hui.
-tu sais comment s’appelle ce parc ?
-le parc…….
-Ok.
On s’assoit sur un banc qui m’a l’air moins humide que les
autres. Ses yeux croisent les miens et puis son visage se tourne
vers les enfants qui jouent. Un pépé s’avance vers nous, il porte
un costume bleu marine et boite un peu.
-J’ai moi même dans le temps connu l’amour… Sa voix est
rauque mais agréable, il fixe le ciel et nous faisons de même.
-Je crois qu’il va pleuvoir, il nous regarde tout souriant.
-C’est pendant que la pluie tombait, que j’ai embrassé pour la
première fois ma femme. Il me fait un clin d’œil, ça me fait
marrer.
-tu es belle, comme ma femme l’était… au revoir les enfants, et
toi mon garçon pense à ce que je t’aie dit, il nous salue et s’en va.
Tout cela nous laisse songeur, le vent frais la fait frémir, pendant
un instant j’ai bien faillit la prendre dans mes bras mais je me
résigne. Je dois me contenter de…




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-ça va, t’a pas trop froid ?
-non
-Tu ma l’air frigorifié ?
-Un peu… ses yeux se plante dans les miens, je l’observe et
creuse dans ma mémoire à la recherche d’une image d’elle plus
net, plus claire. Je persiste à croire que ce visage, cette voix, ou
ais je pu déjà ?
-t’es la ?
-oui.
- tu m’avais l’air…
-Songeur ?
-absent.
-absent ? p’têtre bien, et encore ta rien vu ?
-Comment ça ?
- Et bien disons que dans certaines occasion je fais ce que l’on
pourrait appeler : un plantage.
-Un plantage ?
-Oui, mon cœur s’emballe, ma tête tourne, souvent je saigne du
nez, et puis c’est tout mon corps qui…je ne sais pas, mon corps
ne suit plus, disons qu’en règle général je m’évanouie, le trou
noir quoi.
Elle fait une drôle de tête, j’ai du la faire flipper avec mes
connerie.
-Mais là ça va ! j’suis en pleine forme… Qui sais, tu est peut être
mon aggelos.




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-Ton aggelos ?
- Mon ange gardien si tu préfères… désoler, je ne voulais pas te
faire flipper, je ne sais pas pourquoi j’ten ai parlé… Quoique tu
peux t’estimer heureuse t’es la première personne à qui j’en
parle ? Toi et ma psy.
Je prends conscience en même temps que ces mots sortent de ma
bouche que c’est la        réalité. Qui d’autre à présent connaît
vraiment ce qui passe quand mes crises arrivent, personnes, par
même Nathalie, ou Abdel ou José.
-cela t’arrive t’il souvent ?
Je redescends de mon nuage
-Pardon ?
-je disais, ces crises cela t’arrive t’il souvent d’en avoir ?
-Pourquoi t’es docteur ?
-désolée.
Bref silence.
-T’a pas à être désolée, c’est juste que je n’aime pas trop en
parler.
-Je comprends.
Une brise souffle sur ses boucles et une larme perle sur son
visage .
-Moi aussi ça me fait pareil des que le vent souffle, j’ai la larme à
l’ œil.
-Vraiment ?




                                270 / 408
-Oui… d’aussi loin que je puisse me souvenir mes premières
crise date de l’âge de neuf ans. Avant cela tout allai bien… elle
arrivent sans prévenir et reparte de la même façon, mais à chaque
fois c’est dur de s’en remettre, je me sent comme vidé …Ma psy
pense que cela viens du faite que je n’arrive pas à contrôler mes
émotions et que j’utilise cela pour fuir la réalité et les problèmes.
-en t’évanouissant?
-oui, c’est dingue hein, mon cœur qui s’emballe, ensuite je perds
conscience…Cependant il y a plus étrange dans cette défaillance.
Vanessa semble figée, elle fixe le néant.
-A, oui ?
-Oui…ça va te paraître dingue mais… Mais lors de mes
évanouissements je fais toujours le même rêve : Je cours pendant
une récréation, y a plein de gamins et je me retourne, mon pote
Abdel est lancé à tout vitesse derrière moi. Ensuite c’est le choc
je bascule en avant et puis plus rien je me réveille dans les bras
d’un telle ou d’une telle.
-Ce que tu me décris là est un accident, n’est ce pas ?
-Oui, ça l’a été, mais n’exagérons rien, c’est juste un souvenir qui
revient.
-Qui revient à chaque fois que tu t’évanouis, tu ne trouves pas
cela bizarre ?
-Et ben, j’sais pas trop, si peut être.
Ce regard je le connais c’est le même qui m’interroge chaque
mardi depuis un an, deux ans, non trois ans, que cela dure. Mes




                               271 / 408
mains tremblent alors pour me calmer, sa voix se fait douce et es
mains se posent sur les miennes.
-Alexandre, que s’est il passé pendant cette récréation?
Un long moment d’hésitation de souvenir qu’il faut faire
remonter à la surface…
-C’était en cm2, pendant la récréation de dix heures,
Comme d’hab on jouait à se charrier, à s’envoyer des vannes,
c’était a celui qui trouvait la plus grosse vacherie à faire à
l’autre. On jouait à des jeux stupides, des trucs de gosse quoi. Je
me souviens : Ce matin Cyril est monté sur mon dos, Abdel veut
faire pareil et sauter sur le dos de José qui surpris n’a pu le
tenir. Du coup, ils sont tombés tous les deux, moi ça me fait
marrer de les voir par terre comme deux abrutis, José rie la
bouche grande ouverte incapable de se relever et je n’arrive pas
à les relever tellement j’me marre. Abdel dégoûté me traite de
pédé. Alors quand il essaye à son tour de se mettre debout je le
pousse pour qu’il ne puisse pas se relever.
-A ouai , c’est comme ça, tu vas voir j’vais te jeter la gueule p’tit
con.
-Faudrait pour ça que tu puisses m’attraper mongol !
-Putain, tu vas voir !
Ensuite je cours ? Abdel est derrière moi et une seconde plus
tard, je suis par terre je viens de percuter quelque chose ou…
-Ou quelqu’un ?




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-oui, quelqu’un… Dans ce rêve il y a quelque chose que je
n’arrive pas à matérialiser, pas tout a fait mais je suis presque sûr
que l’on gémit, peut être de douleur j’arrive même à sentir son
souffle sur ma nuque, il doit être tout près de moi…
Malheureusement de cet accident je ne me souviens pas grand-
chose, les seules choses dont je sois sur, c’est ce que m’on
rapporté mes parents.
-Qui est ?
- Apparemment dans le speed j’aurais pas évité la porte des
vestiaires restée ouverte. Une sale bosse voilà c’que j’ai gagné à
courir comme un dératé…
-la porte du vestiaire?
-Ouai, la porte du vestiaire… Je n’ai pas l’air très convaincant,
normal j’suis pas certain de croire à la thèse de la porte.
-Ok, cela vas peut être te sembler stupide, mais je n’ai jamais cru
à la thèse du pilier et encore moins à la simple bosse, mes
parents je crois ont un peu minimisé les choses.
Elle s’est arrêté de caresser mes mains, pour se tenir un peu plus
droite, je sens venir un changement de comportement, elle parait
embarrassée.
-Alors ils ne t’ont rien dit. Son regard se fige sur le mien, la
douceur de ses yeux, cache quelque chose…
-dit quoi ?
-après toutes ces années je pensais…
-Et ho, dit quoi ? Qu’est ce qu’ils ne m’ont rien dit ?




                              273 / 408
-tout. Elle semble dépassée, affectée.
-Tout quoi ? Vanessa
- il n’y a rien de stupide dans le fait que tu ne crois pas au simple
accident, et malheureusement je crois que toutes ces années
personne n’a été sincère avec toi, Alexandre. Tu doutes, par ce
que l’on t’a menti, la vraie réponse, se trouve quelque part là,
dedans. Elle pose son index sur mon front.
-Tu ne sais pas, par ce que tu as oublié, c’est tout.
-oublier ? Mais quoi ? Pourquoi ?
A nouveau ce nouveau visage sombre, c’est à mon tour de lui
prendre les mains, de la rassurer, d’adoucir ma voix.
-Vanessa, j’te connais à peine et bordel ces trucs là c’est pas …
Les secrets, les confessions, j’ai pas l’habitude de parler
longtemps, même ma psy connais pas autant de truc que toi, et
j’suis pas le mec super cool que tu pourrais croire… Nadine avait
raison je passe plus de temps à côté de moi, qu’avec moi…


-La première fois que je t’ai vu Alexandre ce n’est ni dans la
cours du collège ni au cimetière. La première fois que je t’ai vu
c’est à l’hôpital. Pour cet accident dans la cour.
-L’hôpital ? Mais je ne suis jamais. Elle pose ses doigts sur ma
bouche.
-chut…
-La première fois que je t’ai aperçu Alexandre, ce fut lors de ton
admission aux urgence d’Oyonnax, Ce quelqu’un que tu as




                              274 / 408
percuté, car c’est bien quelqu’un que tu as percuté et pas une
porte, ce quelqu’un était un gamin.
Je l’écoute, transi, ma colonne vertébrale est parcourue par ce
petit froid qui vous fait sursauter. Appréhendant, que le plus
mauvais reste à venir.
-La silhouette, le souffle dans ta nuque tout est vrai, ils sont
ceux de mon frère.
Silence
-Ton, frère ? J’ai beau me rassurer, je crois qu’à présent tout va
mal, j’allumerais bien une cigarette mais mes main manquent de
coordinations.
-Quand tu courrais dans la cour pour éviter ton ami, Abdel, et
bien mon frère lui aussi courrait. Sauf que lui a trois ans de
moins que toi et quelques kilos en moins. Le choc a été très
violent, vous avez tous les deux         été projetés par terre,
inconscient. Au départ les profs ont cru que vous vous
réveillerez. Mais ce n’est pas arrivé.
Pas arrivé, ces derniers mots résonnent dans ma tête, comme le
choc quelques années auparavant.
Elle fronce les sourcils, je sens bien que c’est le point culminant
de notre discussion. Il est crucial que je sache la vérité. Est-il
seulement possible d’imaginer que cela soit bien réel, au lieu de
toute cette vie que je me serais fait…inventée ?
-quand tu dis : pas arrivé. Tu veux dire par arrivé comme un
truc qui… n’arrive pas ou jamais ? Ou simplement…




                             275 / 408
Elle m’observe, comme un chercheur observe son rat de
laboratoire.
- Vanessa… je suis mort ? Je retiens mon souffle, à moins que ce
ne soit pas de l’air, mais alors ?
-Non !
Je respire à nouveau
-Merde, j’ai bien cru une seconde que…
-Vous êtes restés inconscient un bon moment, alors on vous a
conduit à l’hôpital. Comme je te le disais, la première fois que je
t’ai vu c’était dans cet hôpital. Vous étiez, mon frère et toi
allongés sur un lit… Y’avais un médecin qui n’arrêtais pas de
venir vous voir, il prenait votre pouls, examinait vos yeux et
insistait pour qu’une infirmière reste auprès de vous.
Ensuite il est venu rassurer mes parents et les tiens qui flippaient
pas mal. Mon frère a été conduit en salle de réa et toi tu es resté
dans le couloir.
Je ne pouvais pas suivre ma famille alors je suis resté assise sur
un banc en fasse de ton lit. Je te regardais dormir, je me
demandais quand tu allais bien ouvrir les yeux. Tu étais tellement
inconscient qu’à un moment une dame s’est approchée de toi,
elle disait être ta mère, mais ce n’était pas ta mère puisque la
tienne discutais avec le médecin. Elle s’est mise à pousser ton lit,
j’ai eu peur qu’elle te kidnappe alors comme ta mère discutait
toujours, je suis allée prévenir l’infirmière qui s’occupait de toi et




                               276 / 408
de mon frère. Elle a rattrapé la vieille dame et t’a replacé ou tu
étais.
-N’ai pas peur, elle n’a plus toute sa tête, mais elle ne fera pas
de mal à ton frère.
Je lui ai dit que je n’étais pas ta sœur, mais elle s’était déjà
éloignée, avec la vieille dame. Qui avait bien toute sa tête,
puisque je la voyais.
-Complètement zinzin l’infirmière, elle a plus sa tête, je la vois
bien moi sa tête. Et toi aussi tu l’a verrais sa tête à la vieille
dame     si t’étais réveillé…je m’approche de ton lit pour te
murmurer a l’oreille :
- tu dors toujours ? C’est quand que tu te réveilles ? Hein c’est
quand que tu te réveilles ?...


Tu es resté une semaine à l’hôpital. Une semaine, ou je ne suis
pas allé à l’école pour pouvoir venir avec mes parents voir mon
frère.
Mes parents et les tiens passaient des heures dans le couloir de la
pédiatrie ou dans la salle d’attente à parler de vous.
Ils étaient tous autant inquiets pour l’un comme pour l’autre.
Ta mère a rapporté à mes parents que Les médecins étaient
optimistes quand a-t-on état mais beaucoup moins, sur le fait
qu’il y avait de forte chance que tu ne te souviennes de rien. Ils
parlaient d’une amnésie, un traumatisme crânien causé par le
choc… je me souviens bien de ta mère et de son accent, du jour




                                 277 / 408
où une amie à elle t’a apporté des livres en portugais. Au début je
voulais te lire les histoires, mais je n’y comprenais rien. Alors ta
mère à décider de me les lires. Mais comme un enfant est un
enfant je n’ai pas pu garder ma langue dans ma bouche
- Hé je ne comprends pas tout ce que tu dis, tu parles en
portugais ?
Cela à bien fait rire ta mère ma mère et son ami…
Ta mère et ton père venaient tous les jours voir mon frère,
prendre de ces nouvelles, j’ai même surpris un jour ton père qui
priait dans sa chambre.
-Hé monsieur, vous faite une prière ?
-Pour mon frère ?
-oui, pour t’on frère
-Vous croyez que ça va le réveiller ?
-oui, je pense que oui.
-Dieu, il est ou en ce moment ?
-Je…
-Dans la chambre de votre fils ?
-Peut être, chérie peur être…


Je t’ai souvent regardé dormir, tu étais tellement calme, Je me
disais : comment fais tu pour dormir autant ?
-T’a de la chance moi j’ai jamais rêvé aussi longtemps.
Je te voyais un peu comme le prince ensorcelé à la place de la
princesse dans son château.




                              278 / 408
-Est-ce que tu m’entends si je te parle dans les oreilles ?
Et si je pose ma main sur ton bras n’est elle pas trop lourde pour
quelqu’un qui ne bouge pas ?...
Pendant cette semaine ou tu étais là, j’ai fais la navette entre ta
chambre et celle de mon frère à vous surveiller, voir lequel de
vous deux se réveillerait le premier. Quand le vendredi tu t’ai
réveillé je voulais te voir, mais maman m’a dit qu’il fallait que tu
te repose.
-Encore ! J’étais triste de ne pas pouvoir te parler, savoir si ton
rêve était aussi bien que ça…
J’ai du attendre le lendemain, jour de ton départ pour te voir, tes
parents m’on apporté une poupée et on offert une peluche à mon
frère. Pendant qu’ils parlaient j’ai couru dans ta chambre.
-Bonjour tu es réveillé ?
Tu ne m’a pas répondu, l’infirmière ma dit que tu étais encore
très faible, et que l’on t’avait donné des médicaments pour te
reposer. Comme je n’avais pas de cadeau, je t’ai embrassé sur la
joue… Après le déjeuner je suis revenue te voir mais tu n’étais
plus là, parti le prince dormant…


Pour Ian ça été plus long, plus dur d’une certaine manière ou il
est resté trois jour dans le coma, puis en observation. Quand
enfin on l’a transporté dans sa chambre mes parents ont du lui
expliquer pour sa paraplégie, que pendant un certain moment il




                              279 / 408
ne pourrait pas se lever tout seul pour aller faire pipi… Enfin un
tas de truc que l’on ne s’imagine pas…
Ensuite il a passé son temps entre les centres de rééducation et
les   hôpitaux.   Aujourd’hui        il   marche   beaucoup   mieux,
pratiquement sans béquilles il a un léger retard à l’école mais
cela ne l’empêche pas de continuer à se battre bien au contraire.
Ian est un garçon qui a beaucoup de courage et de volonté…


Vanessa respire lentement, ses yeux fixes, hésite un moment puis
un court silence, que seul le vent vient déranger.


-Tu ne te souviens pas de lui, parce qu’il n’était pas de ton âge,
parce que… ensuite il a définitivement quitté les établissements
scolaire classique …. Et si je ne t’évoque rien, c’est tout
simplement parce que j’étais à cette époque dans une école
privée… Dommage que le seul moment que l’on ait passé
ensemble ait été dans cette chambre d’hôpital…
-Alexandre, je regrette que tu apprennes cette vérité, après toutes
ces années de silence. Qui plus est, de la bouche d’une
inconnue…
Elle inspire longuement par le nez, peut être veut elle contenir
tout sa tristesse, moi-même j’ai beaucoup de mal. Et si à présent
des larmes coules sur mon visage, ne sont elles pas la pour
évacuer toute cette tristesse.




                                 280 / 408
-Tu n’es pas une inconnue, bien au contraire, tu en sais plus sur
une partie de ma vie, que je n’en savais…
-Je dis souvent que la vie aime se moquer de nous. Et bien je
crois qu’elle vient de se payer à nouveau une bonne tranche de
rire, tu le crois ça ? Dire qu’il aura fallu ce disquaire implanté à, à
peine 100 mètres de l’hôpital, cet hôpital ou nos vies se sont
scellées. Ou tu m’as        protégé pendant une semaine, d’un
kidnapping organisé par une bande de vieux, il aura fallut cent
mètres et sept ans pour que nos vies se croisent à nouveau…


- oui, sept ans, c’est long. Bien qu’en réalité tu ne m’as jamais
vraiment quitté. Ton visage, ta façon de dormir tout cela je les ai
gardés en mémoire. Et aussi bizarre que cela puisse paraître la
seule chose que je ne savais pas de toi était ou tu habitais.
Le hasard a voulu que je rencontre Nadine, qu’elle devienne ma
prof de guitare et comme le hasard fait toujours bien les choses,
je te laisse imaginé le jour ou assise sur son lit Nadine découvre
sous une pile de partition un album de Bowie appartenant à
« Alexandre ».
-Alexandre a oublié cet album.
Alexandre, mon sang ne fit qu’un tour, Je n’y croyais plus, je lui
ai presque arraché le disque des mains.
-tu aimes Bowie ?
-Oui
-Alexandre, c’est un des tes élèves aussi ?




                               281 / 408
-Non Alexandre, est dans la classe de ma p’tite sœur à l’école en
haut. Je suis sûr qu’il te plairait, toi et lui j’suis suer que vous
vous entendriez super bien, il plane comme toi. Il est dingue mais
passionné, un vrai dévoreur…
-Un dévoreur…
-Oui quelqu’un qui dévore tout sur son passage, qui ne s’arrête
jamais, qui en veux toujours plus. Tu veux savoir comment je
l’appelle ?
-oui
-Mais attention c’est un secret, promis.
-promis.
-Alexandre le grand.


Elle te décrivait tellement bien, que je n’ai pas vraiment eu de
doute, qu’il s’agissait bien toi qu’elle parlait.
Ensuite il y’a eu ce concours de circonstance, la boum de ton
collège. Une copine qui va dans ton bahut nous a aidé mes amis
et moi à rentrer.
Quand je t’ai remarqué tu étais avec des potes, je suis passée tout
près de toi mais tu semblais chercher quelqu’un, je n’ai pas osé te
parlé, j’avais peur que toi ou un de tes amis me rembarre, ils se
foutaient de la gueule de tout le monde, je ne voulais pas en faire
partie. Je me suis alors contentée de te regardé. Toute la soirée…


-Et Vanessa, il te branche le corbeau ?




                               282 / 408
-Le corbeau
-Ouais le mec en noir, que t’arrête pas de mater
-pourquoi tu l’appelles comme ça ?
-c’est comme ça qu’on l’appelle ici, il est toujours habillé en
noir, d’où ce surnom. Mais en réalité je crois qu’il s’appelle
Alexandre.
-tu crois ?
-Ouais, non j’suis sûr il s’appelle Alexandre. Pourquoi t’es
intéressée ? J’te préviens il est bizarre, il ne parle pas souvent et
puis d’autres nanas ont essayé.
-Et alors ?
-Nada, il s’en fout, tu vois le mec avec les cheveux frisé à coté de
lui et celui avec le casque de walkman ?
-Oui
- Ben il ne le lâchent jamais, inséparables.
-C’est qui la fille qui parle avec lui ?
-Qui ? A oui Nadège, c’est son ex. il parait que quand elle l’a
quitté il a pété un câble et a commencer à s’habiller en noir.
-En tous cas ils ont l’air de s’apprécier.
-Tu m’étonnes, elle est amoureuse qu’est ce que tu crois.
-Je croyais qu’elle l’avait plaqué ?
-Bien sûr qu’elle l’a plaqué, mais y’a une autre fille qui
s’intéresse a lui, tu vois le genre : c’est plus mon mec mais faut
pas y toucher.
-Dis moi, t’a l’air de bien connaître le sujet ou je me trompe ?




                               283 / 408
…
-putain j’adore les Bangles, j’vais danser, tu viens ?
-non pas tout de suite.
-Tiens, regarde quand t’on parle du loup.
-qui ça ?
-le groupe de fille qui fait la bise a Miguel et bien la fille
complètement à gauche.
-Ouai et bien ?
-C’est le loup, Nathalie…


Alors après la boum dehors sous cette neige qui tombait, je t’ai
aperçu, les filles m’ont poussée à t’approcher mais moi tout ce
que je voulais c’était revoir ce visage, celui de ce petit garçon
aux cheveux noirs, qui dormait…


- Je ne sais pas quoi penser de tout cela, pourquoi m’avoir caché
l’accident, l’hôpital, et ton frère qui part ma faute est handicapé
aujourd’hui ? Et pendant tout ce temps tu ne m as jamais parlé,
jamais approché, pourquoi ?...
-Je…
Non, ne dit rien, je suis Désolé de t’avoir dit cela, je ne voudrais
pas t’accabler pour ce que tu n’as pas fait et tu avais sûrement
de bonne raisons de ne pas le faire. Au contraire tu devrais me
détester. Par ma faute ton frère est handicapé.




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-Alexandre je n’ai aucune raison de détester, c’était un accident !
Mon frère est handicapé et aussi horrible que cela puisse être, il
n’est pas mort. Et toi, n’a tu pas eu ton lot de souffrance ? Est ce
que tu ne continues pas à souffrir aujourd’hui? Alexandre toutes
ses pertes de consciences sont la preuve, que tu as bel et bien été
victime d’un traumatisme…Il y’a différentes raison pour
lesquelles je ne suis pas venue te voir plus tôt mais la première
est que je n’étais pas prête. Non je n’étais pas prête à me
retrouver seule en compagnie du grand Alexandre.
A ses mots elle me fit la révérence, je la regarde un peu
déconcerté et elle éclate de rire et j’éclate de rire à mon tour.
Ses yeux rouges, humides laissent quelques larmes s’échapper, je
m’approche pour lui essuyer ses quelques sanglots à l’aide de la
manche de ma veste et comme elle se trouve toute proche de moi,
je ne peux m’empêcher de la serrer dans mes bras et entendre
son cœur frappé...


Il me prit dans ses bras, son visage tout contre le mien ce fut
comme si les rayons du soleil venait me réchauffer, nous
étions enlacés l’un contre l’autre et je pouvais sentir les
martèlements de son cœur a travers son cou.
Il était là, comme le jour où à l’hôpital dans son lit trop haut
je m’étais allongée à ses cotés. Ma tête sur sa poitrine, je
pouvais sentir son corps tout entier respirer. Je jouais à
faire courir mes doigts sur son bras, puis comme il ne se




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réveillait toujours pas j’ai déposé un baisé sur chacune de ses
paupières et je suis sortie de la chambre. En tirant la porte
vers moi pour la fermer. je lui ai envoyé un baisé et murmuré
ces quelques mot :
- repose-toi bien mon Alexandre.


Je ne sais pas combien de temps nous sommes resté enlacés, et
je ne sais plus vraiment si c’est elle ou moi qui a commencé.
Mais ce dont je suis certain, c’est qu’au moment de nous éloigner
l’un de l’autre, nos joues ont glissé lentement jusqu'à ce que nos
bouches ne soit plus qu’a quelques centimètre l’une de l’autre.
Envoûté, elle me tenait.


En quittant les battements de son cœur, sa joue effleura         la
mienne, ses lèvres à peine ouvertes trahissaient toute sa
sensibilité. J’aimais cette fragilité. Il me tenait.


Demain c’est mon anniversaire, j’aurai seize ans. Alors que toute
l’histoire de ma vie vient d’être bousculée, je risque à présent de
tout faire basculer à mon tour. Tout en sachant où cela nous
conduirait, ou cela me conduirait, j’avoue que cette idée me
séduit sérieusement.




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                          Chapitre 17
                   Everyday is like Sunday


Ce matin mon petit-déj a du mal à passer. Ma mère qui
d’habitude est une vraie pipelette, reste bouche cousue, cela ne
devrait pas trop me déranger vu que j’suis plutôt à fleur de peau,
énervé, secoué avec une horrible gueule de bois.
Il y’a dans mon cas deux causes à ma gueule de bois : celle
provoquée par l’alcool que l’on a bien voulu boire. Comme ce
qui s’est passé hier pour mon anniversaire. Fêté dignement en
compagnie de mes amis qui ont eu la bonne idée de l’organiser.
Et l’autre provoquée par des événements qui m’on légèrement
dépassé…
Petit je ne comprenais pas pourquoi dans la vie ou dans les
films, y’avait toujours quelqu’un pour dire : quelle journée de
merde, sers moi un whisky tu veux bien.
A présent je n’ai plus aucun doute quand à l’effet du whisky sur
l’organisme.


J’ai lu et relu le dictionnaire afin dédramatiser cette situation :
mais pourquoi ci ? Et comment t’as pu ? Et le meilleur des mots
que j’ai trouvé pour résumer les actes dans leurs globalités fut la
« cause ». Effectivement c’est ce mot de cinq lettres qui semble
sonner le plus juste à ma situation.
Définition :




                              287 / 408
Une cause est ce qui amène un effet; ce qui fait qu’un événement
se produit, qu’une action humaine est faite; c’est la raison qui
explique qu’une action est entreprise. On peut distinguer des
causes immédiates et des causes profondes (ou lointaines). La
cause immédiate est celle qui semble avoir provoqué
l’événement. Elle est immédiatement antérieure à l’événement,
facile à identifier. ...


Chez moi l’effet de la cause ne sait pas fait attendre, puisque le
même jour, celui des révélations, j’ai trompé Nathalie avec
Vanessa.
Ensuite et cela afin d’entretenir le cause à effet. J’ai beaucoup
médité sur comment je devais leurs faire payer tout ces
mensonges, et le premier mot qui me vint à l’esprit, et pour
lequel j’ai une légère préférence c’est : « pugilat ».


La cafetière gronde et le goûte à goûte incessant du café dans la
verseuse me fait prendre conscience à quel point j’ai besoin de ce
café. Ma mère fait l’aller retour entre le placard à petit déjeuner
et la table sur laquelle je me suis répandu.
Ma tête ne dés-amplifie pas d’adjectifs pour qualifier un tel
comportement : traître, menteur, fourbe…
Et la psy était elle au courant ? Avait-elle feint de ne rien
s’avoir ? Après tout elle s’avait pour mes évanouissements ?




                              288 / 408
Ma mère sert le café, l’envie de roter émane de mon estomac, ma
mère déteste ça, surtout a table, ça tombe bien.
-Tou pourrait au moins te brosser les dents, tou pou l’alcool !


Je veux mon n’veux, hier j’ai arrosé mes 16 ans, comme il se
doit, à grand renfort de musique et d’alcool…
Très tôt le matin je suis descendu à la cabine à pièce, ou j’ai
bien du laisser tout ma monnaie afin d’inviter tout le monde à
boire un coup. Malheureusement personne n’était dispo, enfin ça
c’est ce qu’on m’a fait croire. Sur le coup, j’étais pas mal furax,
merde pour une fois où j’ai envie de fête mon anniv’, personne !
Pas même mes meilleurs potes : Abdel, José, Fernando et même
ma copine, personne. Merde !
Blasé je me suis posé à la biblio. Didier n’était pas là c’est
vraiment la loose.
- Alexandre c’est vraiment la fin des haricots.
Je suis sortis à 13 heures du Centre Culturel devant les affiches
de ciné j’ai croisé Andrew, il portait son vieux perfecto en cuir
salement amoché et avait une sale mine. Il m’a demandé si ça
allait bien je lui ai dit que je venais de passé deux heures a
écouter « A means to end » de Joy. Il sourit.
-y a que ça de vraie dans ce monde !
Il avait p’têtre raison, qui sait.




                               289 / 408
Et puis je suis tombé sur Georges, ou plutôt c’est lui qui est
tombé sur moi. Il a marmonné un semblant de phrase qui après
décryptage ressemblait a ceci
-Alex ! Houa j’te cherche depuis des plombes.. Silence…Ouai t’a
vue ça, non.
Son haleine était nauséeuse.
-Putain Georges, ta bu quoi ? De l’alcool à 90.
-A c’est cool, frangin t’étais ou ? J’tai cherché tout le midi et
même, un peu ce matin. Il me pointe du doigt, mais sa vue n’est
pas très nette et son doigt encore moins.
-Ho putain !
-Quoi, Tu veux vomir ?
-Ho putain !
-Georges écoute si tu veux vomir y’a un tas de poubelles qui se
feront une joie de t’aider, alors te..
-Ho putain non ! Est ce que ta vue le cul ! De cette fille !
Énorme !
-Hein ?    Mais de     quoi, de quelle fille tu parles ? Je zieute
derrière moi.
-Hou lala le cul, comme elle est goalé la fille.
-Hein mais …
-Putain la nana une bombe !
Georges, Georges regarde bien. Cette fille, ce n’est pas juste
une fille, c’est une… C’est une maman, cette fille comme tu
l’appelles doit bien avoir… trente cinq, quarante ans.




                               290 / 408
-Tu, tu, tu crois ?
-Oui, j’en suis même sûr, et fait gaffe tu penches là.
-Ben merde alors, je crois que je vais sortir avec des dames
maintenant.
-Tu m’en diras tant, au fait pour en revenir à moi, pourquoi tu
me cherchais ?
-A oui ! Il saute de joie –Nathalie t’attend chez Nora, elles
veulent t’emmener au secours catho-lique !
-Au secours catholique ? Ok, Bon très bien j’y vais. Georges tu
viens ou tu restes là vissé sur le sol à mater le cul de toutes les
mamans qui passent ?
-Oui, non je viens…


Voilà on est a présent devant la porte, ça pas été facile puisque
Georges a fait pas mal de haltes pour respirer et une longue
pause devant la pharmacie, sans compter qu’il est tombé à
plusieurs reprises dans les escaliers.
-Dis moi t’es sur que tu devais m’accompagner, elles t’on pas
juste dit de me trouver et de me prévenir ?
-Non, non elle m’on dit va le chercher, il doit sûrement se
planquer à la bibliothèque et ramène le pour la fête.
-la fête ? Qu’elle fête ?
-Ha,   mais la fête pour ton a-nn-iv... Il se tait.      Soit il va
dégueuler soit il a compris qu’il en avait trop dit.




                              291 / 408
-Ok Georges, je sonne. Tu ne vas pas vomir au moins ?
-non
-D’accord. Un dernier coup d’œil sur l’émissaire alcoolique. Je
sonne…dix, vingt, trente secondes plus tard, Personne.
Je me tourne vers L’ami alcoolique, son nez frôle le mur de
droite.
- Georges, y’ a personne.
-Y’a personne, tes sûr, t’as sonné ?
-Oui, j’ai sonné, tu n’as pas entendu, dit moi c’est bien ici qu’on
avait rendez vous ?
-Ha merde comment ça ce fait… Il se frotte les yeux – A mais
non, j’suis con elles m’ont filé la clef.
-Elles t’ont donné la clef, bien sur... Tiens, tu me la donne ?
Parce que là c’est la porte de la voisine que t’essaye d’ouvrir.
Il me tend la clef tant bien que mal.
Je tourne le verrou, la porte s’ouvre et Georges s’écroule dans
le couloir.
-tôt ou tard ça devait arriver.
Maintenant qu’il est en plein milieu du couloir, va falloir que je
fasse gaffe à ne pas lui écraser une main, un doigt ou la tête,
surtout que le couloir est vraiment mal éclairé. Je l’enjambe, et
marche à tâtons dans l’obscurité
-merde ! J’vois rien ! Heureusement que la porte d’entrée est
restée ouverte, merci Georges.




                               292 / 408
J’écarte le rideau de perles qui donne sur le salon : un flash, des
et un cri à l’unisson :
-JOYEUX ANNIVERSAIRE !
Je reste figé une perle du rideau dans les doigts…merde.
Ils sont tous là Miguel,        Nora Fernando, Abdel, Jean Paul,
Chabura, Nadia        Didier,     José, Nino… et,       Nathalie qui
m’apporte le gâteau d’anniversaire.
-Joyeux anniversaire, beau gosse. Clin d’œil, petit sourire…
Cette fille m’étonnera toujours.
Je souffle mes seize bougies, embrasse tout le monde et la fête
commence.
Pour l’occase ils ont trouvé un énorme fut de bière, il y a un
chariot de meccano sous l’un deux, je les vois venir.
Eric qui bosse à la radio m’offre le double album blanc de New
Order et me fait découvrir les My bloody valentine, ainsi que
l’album The infected de The The…Merci !
Premier verres, premières danses, Gamine chantent « voila les
anges », il ne s’était pas trompé.
-A glou a glou a glou…Fernando viens de boire l’équivalent de
deux sérieux en moins d’une minute, il a du mal à se relever
mais râle presque pour y retourner.
Dexis Midnight Runner, Simple Minds encore quelques danses et
plusieurs descentes de bière.
-Bande d’ivrognes ! Hurle Nora qui s’avance vers moi.
-tient au fait Alexandre, ou est passé Georges ?




                                293 / 408
- Georges, je ne sais pas, mais maintenant t’as un superbe
tapis à l’entrée.
Evidemment je n’ai pas put échapper au fut de bière et ce malgré
les avertissements de Didier sur les effets du lendemain.
-Maux de tête, bouche pâteuse, horrible.
-A glou a glou a glou…clament ils en tapant des mains. Une
heure plus tard me voilà sur la pente descendante, je vais pas
tarder à rejoindre Georges dans le couloir si ça continue…


Malgré les nombreux avertissements j’ai bu l’équivalent de ce
que l’on pourrait boire en deux ou trois anniversaires, et ce
matin j’ai l’impression que mon visage n’est pas mon visage,
mais plutôt un masque de cire exposé trop longtemps en plein
soleil.
-Aller Alexandre mange tes biscottes.
-pff… en faite je ne sais même pas pourquoi je lui ai demandé
des biscottes. Et mais attendez un peu, je lui ai rien demandé
moi !
-Maman pourquoi tu ma fait des biscottes ? j’ten ai pas demandé.
Elle me regarde sans répondre, elle fait une grimace parce que sa
langue fouille derrière ses dents.
- ho, ho maman je n’en veux pas de tes biscottes. Elle hausse les
épaules et disparaît dans l’autre pièce. J’aurais bien balancé ses
biscottes par la fenêtre mais elle se re-pointe. Du coup j’ vais
juste pas les bouffer et tant pis si ça la met de mauvaise humeur.




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Elle débarrasse son bol et essuie les traces de confitures laissées
sur la nappe en plastique. Sa saleté de nappe, toute moche avec
ses motifs de fruits et légumes. Elle ramène les miettes sur le
bord de la table qu’elle récupère dans sa main.
-il faut manger, pour y’aller à l’école, et avoir des forces pour
travailler.
-On dit pour aller maman, pas pour y’aller, franchement ça fait
combien d’année que tes en France ? Seize, dix sept, et tu parle
toujours aussi mal…
Comme dit le proverbe : il ni a pas de fumer sans feux, je viens
de gratter l’allumette
-Et alors hein ! Tou crois quoi, eu nao fui a éscola en frança eu
fiquei en casa para tu e tua irmae, so portuguesa nao françesa !
Une traduction s’impose.
-Et alors hein ! Tu crois quoi, je suis pas aller à l’école en
France moi, en plus j’ai du m’occuper de toi et de ta soeur, je
suis portugaise moi pas française.
Silence douloureux, que voulez vous que je réponde à ça. Au
moins ça le d’être clair.


Son visage est crispé, je suis parvenue à la mettre dans état de
colère total. Les griffes acérées, elle ressemble à Serval ; près à
me sauté dessus. Heureusement pour moi la sonnette d’entrée
retentie, elle tourne le dos puis s’en va, ouf il était moins une.




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Une minute plus tard retour en grande pompe dans la cuisine
moins énervée plus détendue, elle est accompagnée des deux
enfants qu’elle garde. Deux          frangins, un garçon une fille.
Maximes a 6, 7 ans et Mag (Magali) en a 10. Ma mère les garde,
les emmène à l’école, leur fait à manger et tout le toutim…
-Salut Mag ça va
-Bonjour Alexandre oui ça va merci.
-Salut Max, c’est quoi ce que tu tiens dans ta main ? J’indique sa
ma droite, il répond sans hésiter.
-Un Mister Freez.
-Un quoi ?
-un Mister Freez ! Il se répète, en haussant la voix
- Maximilien ne crie pas, réplique ma mère dans la pièce à coté.
Un Mister Freez? Je regarde ma mère qui entre dans la pièce.
-j’aurais bien aimé ça moi, pour mon p’tit dej… Et ça c’est quoi
dans ton jean ?
La tête enfoncée dans ses épaules il m’observe méfiant. Magalie
lui envoie un petit coup de coude, histoire de le faire parler, il
n’est pas très content de sa sœur qu’il le lâche et il lui fait savoir.
-hummm, grrr !
-Max, mais, tu grognes ?
Il me dévisage à nouveau le menton enfoncé très bas, il se décide
enfin a parler.
-C’est quoi que tu écoute ?
-Tu parles de la musique dans mon casque ?




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-Oui, évidemment.
-D’accord je te le dit à une condition.
Il se tord sur ses pieds.
-Ok, BON si tu me dis, qui est ce bonhomme dans ton jean avec
ce bandeau sur l’œil j’te fais écouté, sa marche ? Il n’hésite pas
un seconde     en ni une ni deux il sort le personnage de son
pantalon. Et hurle
-C’est un big Jim, c’est le capitaine Kirke et c’est le plus fort !
Ma mère débarque comme une furie.
-Maximes qu’est ce qu’ou je t’ai dit, ne crie pas.
Le gamin se tourne sur ma mère et lui fait les yeux ronds.
-Et bien on dit pas qu’est ce qu’ou je t’ai dit !
- Ah maximes tou ne répond pas, hein !
A, si même Maximes s’en mêles ma mère vas vraiment finir par
s’énerver… que du plaisir.
Sur ce, ma mère saisi la main de Magali et l’oblige à s’asseoir
pour déjeuner. Vien ensuite le tour de Maximes mais la ce n’est
pas gagné, il dirige le bras armé du capitaine Kirke sur ma mère
et fait mine de lui tirer dessus.
-Pan ! Pan !tati Loren est morte.
-A non Maximes ! tou fait pas ça , tati Loren elle est pas ça la vi-
o-lence.
-A c’est sur toi de toute façon t’aime rien. Que je murmure.




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Ma sœur qui a fini de sa maquiller déboule elle aussi dans la
cuisine un thé à la main et par la même occasion dans la
discussion.
-c’est pas Maxime qu’il faut engueuler, c’est Alexandre qui le
fait hurler.
Après ce bref passage éclaire de ma chère et tendre sœur dans la
cuisine ma mère se tourne vers moi.
-Alexandre tou laisse le p’tit tranquille, il crie après moi j’aime
pas.
In-croy-able, tout y est : l’expression, le visage, la détresse…
Y’a rien à redire, son jeu d’actrice est parfait. Franchement quand
je pense qu’on vient de filer l’oscar de la meilleure actrice Jodie
Foster…. Cette façon qu’elle a de vous engueuler, tout en
espérant que vous la compreniez c’est tout simplement
magnifique.
Je lance un regard à Magalie, qui comme moi est bord de
l’explosion de rire, mais son énorme tranche de pain cache bien
son jeu. J’ôte les écouteurs de mes oreilles pour le placer
délicatement sur celle de Maximes.
-Tien écoute, le morceau s’intitule Somebody. Il lève les yeux
vers moi.
-C’est qui ?
-Depeche mode
-on entend le cœur !




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-Oui.chuut… Mon index posé perpendiculairement sur ma
bouche je lui fais signe de se taire. Ce qu’il a plutôt bien compris
vu la rapidité à lequel il engloutit son pain au chocolat.
Confiné de force sur sa chaise, il gesticule comme un petit vers
que l’on tiendrait par un bout, il joue le clown, grimace et fini
son petit déjeuner avec plus de chocolat autour des lèvres que
dans son ventre. Magalie éclate de rire, ce qui me fait rire aussi.
Ma mère déboule, en découvre le visage de Maxime.
-Ah, le cochon. Elle fini par éclater de rire, les mains jointes
comme pour prier.
- Ah quel cochon, ce n’est pas poussible…
La sonnette de la porte retentie une seconde fois, cette fois ci
c’est pour moi…


Silencieux nous descendons la pente caillouteuse qui nous
emmènent au collège, les yeux rivé sur le chemin je choisi
judicieusement le parfait cailloux, bien rond près a s’envoler au
premier coups de pied. Un tir parfait la pierre décolle tout droit
pour aller se nicher dans un buisson… but. Les Quelques flocons
de neige qui tourbillonne autour de nous, sont plus froid les uns
que les autres. Abdel a la tête enfoncée dans son écharpe     et les
mains dans ses poches. Le caillou coupe sa trajectoire pour
frapper le buisson. Même José qui est occupé à rembobiner sa
cassette avec son stylo bic a vue cette pierre remuée le buisson.
Abdel marque une pause.




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-Toi, tu m’as l’air contrarié, je m’trompe?
-Qu’est ce qui te fais penser cela ?
-J’sais pas ?... hier t’étais plutôt content non ? Ta bu à te mettre
la tête l’envers, ta fais la fête plus que tout le monde, un vraie
dingue, et dans le bon sens du terme. Et là, le néant total… rien, à
part peut être, ce petit cailloux à qui t’a magnifiquement botté le
cul, si cul il a. Bien sur.
 Il s’accorde un répit et enchaîne.
-cela fait trop longtemps qu’on est pote. Que tu le veuille ou pas
tu peux ne rien me cacher.
Il marque un point.
-Très bien, répond à une question alors.
-Je t’écoute.
-Imagine, imagine que l’on t’ais caché un truc, depuis pas mal
de temps, un truc dégueulasse que personne t’ai jamais avoué
veux ni tes parents ou ni tes potes ? Il m’arrête net
-Stop, c’est quoi ça Alex, t’as un problème avec moi, un truc qui
vas pas, c’est quoi Alex ?
Sa bouche fait une grimace et avec sa main droite ouverte vers
moi il prend une pose que je connais trop bien. Celle du gars
acculé prêt à en découdre.
-Tu te souviens en cm2, un matin de récré, ou tu me courrais
après ?
-Ouais, ça fait pas mal de matin ça…




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-Le jour où je suis rentré dans ce gamin ? Il se gratte la tête du
bout des ongles.
-Un gamin ? Ben pas des masses, je me souviens que les profs
t’on emmené à l’infirmerie… Il passe sa main sur son visage
comme s’il se forçait à réfléchir à se souvenir. -Ensuite t’es pas
venu pendant une semaine, tes parents on dit que t’avait de la
fièvre, moi je me suis pas inquiété plus que ça … putain Alex ! je
me souviens à peine de ce que je fais la veille et tu me demandes
de me souvenir d’un truc qui s’est passé y’a six ou sept ans.
-et ce gamin tu t’en souviens ?
-pff…en faite pas vraiment, parce y’avait un attroupement autour
de vous, et puis y’avait ces gamines qui jouaient a la corde et en
voulant te rattraper je me suis pris les pieds dans leur élastique
de merde. J’avais une main en sang toute râpée et je me souviens
des graviers dans ma paume c’était dègue… Nan désolé je me
rappelle pas du gamin c’était qui ?
-Ian.
-Ian ? Je ne vois pas…Ian comment ?
- Ian… Ian j’ne sais pas trop, tout ce que je sais c’est son
prénom. Putain quel con j’ai oublié de lui demander son nom. - Il
devait être en classe de CP ou CE1 je ne me souviens pas bien de
lui, à part peut être, le fait qu’il avait les cheveux clair, et
court…. Bref à cause de moi ce gamin vie aujourd’hui sur une
chaise roulante… Abdel ouvre grand ses yeux, ronds et noirs, il
grimace aussi, l’air songeur.




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-Merde ça craint. Il regarda          José   passé devant nous qui
continue de rembobiner sa cassette autour de son stylo.
-J’était au courant de rien Alex, je te le promets…Pour moi t’es
tombé, on t’a emmené à l’infirmerie ensuite t’es resté chez toi
avec de la fièvre pendant quinze jours…Et c’est tout.
-C’est tout ! J’étais furieux.
-Mais bordel Je me suis cassé la gueule !
-et moi aussi !
-Ouai, mais t’as pas envoyé un gamin à l’hôpital toi, qui en plus
est devenu paraplégique! Merde ! Je me fous la gueule en l’air, je
vais pas en cours pendant dix ou quinze jours et c’est tout ce que
tu t’es posé comme question. Putain ! t’as pas essayé de savoir
plus ?
Il jette son sac par-dessus son épaule, vexé il me regarde droit
dans les yeux.
-Bordel Alex, on avait quoi neuf ou dix ans, tu voulais quoi que
je mène une enquête, que je fouille ta maison, mais merde !
j’sui pas Sherlock Holmes moi ! Il était vraiment furieux, au bord
de l’explosion, malgré tout il réussit à reprendre son calme
-Alexandre, tu t’es cassé la gueule dans la cours combien de
fois ? Et, et moi aussi, je suis sur que ce gamin en était pas à sa
première chute, et tout un tas d’autre gamin à travers le monde
se pète la tronche tous les jours dans plein d’autre cours de
récré…D’accord Alex, ce gamin est handicapé et j’ai pas assez
d’adjectif qualificatif pour qualifier ce qui lui est arrivé. En un




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mot c’est horrible, pour lui, pour sa famille et, et, pour toi.
Mais bon Dieu Alex, je sais pas quoi te dire, t’es mon meilleur
ami depuis, depuis toujours, alors crois moi, je suis sincèrement
désolé pour tout ce qui t’es arrivé, à toi et à ce gamin et si je te
dis que je savais rien c’est que je ne savait rien, nada… On était
des gosses, des putains de gosses ni plus ni moins.


Songeur et déconcerté, il sourit, mais ce n’est qu’un réflexe pour
déguiser son ennui. Ses doigts tremblent et même au travers de
la poche en jean de sa veste cela se voit. Il sort son paquet de
clope pour s’en allumer une.
-t’en veux une ?
-non merci, beaucoup trop tôt pour ce genre d’exercice.
Le bout brun de sa cigarette s’incendie à la première bouffée, la
fumée elle, recrachée par ses narines se mélange à la vapeur
d’eau crachée par l’air qui sort de ma bouche… Une seconde
bouffée et il la jette sur le chemin, peut être l’a t’elle écœuré ou
simplement rassasié. En tout cas il semble plus détendu.
-J’suis désolé.
-Ta pas être désolé, c’est toi qu’a raison, et puis si je dois m’en
prendre à quelqu’un c’est à mes parents, qui mon caché la vérité,
pas toi.
-Alex mon pote, je comprends que ça te turlupine toutes ces
histoires, tes vieux t’ont menti et je peux comprendre que tu ais




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les boules…C’est clair c’est hard… Mais malgré tout je pense
qu’ils avaient leurs raisons…
Il crache par terre et shoot à son tour dans un caillou, ça l’aide
pour respirer un bon coup.
-Ouais, qui à dit que personne n’était parfait… même le bon
Dieu lui même a fait des couilles. La preuve il a détruit ces
putains de dinosaures, résultat, maintenant c’est nous qui nous
bouffons la gueule. Et dire que l’on se prétend plus intelligent
que l’animal…Dieu aurait mieux fait de les laisser nous bouffer.
Il crache de nouveau par terre creusant la neige sous nos pied,
mais cette fois c’est un mollard plus gros, plus jaune, enfin bref
j’vous passe les détails.
-Si les parents étaient parfaits ça se serait, tiens prend mon vieux
à moi il est marié à une sainte qui se défonce pour me refiler à
moi et aux frangins la meilleur éduc et        mon père lui c’est
…C’est un pauvre type, qui quand il ne travaille pas passe tout
son temps au cani, ensuite c’est la prise de tête plus les coups de
poing qui pleuvent…tu parles d’une merde… Un jour où l’autre
Alex faudra que tu te rendes à l’évidence, ton père, ta mère font
p’tètres de leur mieux… Qui sait p’têtre bien qu’un jour toi et lui
aurez une vraie conversation d’homme à homme et tu lui
pardonneras tout ça… Et p’têtre bien que je comprendrais moi
aussi mon père, mais pour le moment, c’est comme ça. Tu ne
peux pas tout contrôler ni toi, ni moi, ni ce putain de Dieu là
haut…




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On est resté planté encore trente secondes sans bouger.
-Aller on y va, les gens vont finir par croire qu’on est pédé à se
mater comme ça. Il ramasse son sac et me tire par l’épaule.
-Allez viens, on va s’instruire
-au faite, t’en est ou avec ?
-avec ? Nathalie ?
Il sourit bizarrement, avec cet air de je ne sais rien, mais…
-Bien sur avec Nathalie, de qui tu voulais que ce soit ?
Merde, comment il sait pour Vanessa.
-Ok, très bien qui c’est qui te l’as dit ?
-Ben, je crois bien que c’est toi mon pote qui me la dit, et pas
plus tard qu’hier.
-A mon anniv ?
-A ton anniv.
Merde, putain, je m’disais aussi boire comme ça ne peut pas que
vous causer une sale migraine, Abdel accélère pour passer son
bras autour du coup de José.
-Attend tu fais quoi là ! Putain c’est quoi ça ?
José se retourne, un sourire de con. Enfoiré…l’animal est plié
en deux…putain Alex qu’est ce que t’as fait.
-Et ! Attendez, à part vous, qui êtes encore au courant ? Hein qui
d’autre ?… Ils ne répondent pas ? Bien sûr, ils sont trop cons
pour ça, non ils préfèrent se foutre de ma gueule, se marrer
comme deux hyènes. Je vais les tuer, les étrangler, mais avant
faut que je sache.




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- Et ! Attendez les gars, font qu’on parle, non, et, courrez pas
putain ! , attendez ! … saleté de migraine, saleté de cuite si
seulement j’avais écouté Didier ….




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                           Chapitre 17
                               Partir


Le plus loin qui m’ait été donné de partir sans mes parents fut la
fois ou en cm1 je me suis émancipé de leur autorité et cela pour
une durée de quinze jours, un vraie record. C’était ma première
classe verte, c’est dire si je m’en souviens. Pour que toute la
classe puisse partir, l’école et les parents d’élève on eu la bonne
idée d’organiser un méga couscous au profit de ceux qui comme
bon nombre d’entre nous n’ont pas les moyens d’envoyer leurs
enfants en classe verte et encore moins en vacances.
Cette année la destination choisie par les enseignants pour
emmener les enfants terribles prendre un grand bol d’air fut
Chamonix.
Pour beaucoup Chamonix c’était             le Mont blanc, les jeux
olympiques, l’Aiguille du midi. Alors que pour nous les gamins
de la Z.U.P, Chamonix c’était             d’abord et avant tout, les
remontées mécaniques, le lac de glace ou l’on rêvait de patiner,
son zoo alpin, avec ses loups mangeurs d’hommes et ses rapaces
qui vous attrapent et vous font voler. Les clôtures électrifiées sur
lesquelles on pissait et puis bien évidemment, les filles de l’école
voisine, celle que l’on draguait parce que justement elle venait
d’une autre école. Il y avait là un vrai défi à relever, se montrer à
la hauteur, concurrencer l’ennemi sur son propre terrain, montrer
que l’on n’était pas le dernier des couillons sur la question…




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Alors, embrasser une fille à l’arrière d’un bus un jour et s’en
débarrasser le lendemain parce qu’elle était trop collante ou trop
jalouse faisait partie du jeu. Personne, garçon ou fille ne se
souciait de savoir si c’était bien ou mal ; l’innocence à l’état le
plus pur…
Aujourd’hui Chamonix semble bien loin, et mis a part le fait
que mes souvenirs me fassent sourire, ma trahison envers
Nathalie mérite réflexion, un véritable cas de conscience.
La conscience vous voyez ? Ce petit truc là qui se greffe à votre
cœur comme le pire des virus…
Conscience :
1/ perception: esprit, génie, intellection, discernement, réflexion,
ingéniosité, cerveau, tête, intelligence, pensée, compréhension,
entendement, raison, jugement, sens, bon sens, sens commun,
jugeote, sagesse, intuition, notion, sentiment, impression,
sensation,   pressentiment,      instinct,    connaissance,     lucidité.
2/ moralité: honnêteté, scrupule, vertu, intégrité, sens moral,
mérite,mentalité,probité.
3/ application: minutie, méticulosité, scrupule, soin, exactitude,
précision,   attention,     exigence,      sérieux,   conviction,   zèle,
dévouement, diligence.


Si auparavant je n’avais jamais été au pied du mur, voila un mot
qui lui m’y a bien collé. Je reconnais volontiers posséder de




                               308 / 408
nombreux défauts, néanmoins s’il y a bien une chose que l’on ne
pourra me taxer, c’est d’être un salaud …ou alors le moins pire.


Pas question pour moi de me défiler, je me suis sciemment jeté
dans cette double relation. A moi d’éviter que cela ne fasse trop
de casse… Ce matin la première étape consiste à prendre la
température, chez l’une comme chez l’autre. Le hic c’est par ou
commencer ? Et par qui ? J’ai beau me gratter la tête, me tirer
les cheveux et regarder les gens de la voirie nettoyer la place du
Marché rien ne me vient à l’esprit…
Sacré fichu Dilemme, doit-je décrocher le combiné de ce
téléphone pour, composer le numéro de Nathalie en espérant ne
pas tomber sur la grand-mère et son chignon. Où              appeler
Vanessa, qui je l’espère ne m’en voudra pas trop pour ces cinq
jours d’absence. Je sais, cinq jours c’est long et en même temps
pas tant que ça .Et puis je n’étais pas en état de réfléchir, surtout
pas après la cuite de mon anniversaire, c’est simple j’ai
carrément des trous de cette fête. Impossible de me souvenir à
quel moment on a quitté l’appart de Nora pour celui de Laure.
Impossible de me souvenir du moment où José, Abdel et Miguel
on vomit dans la cabane à outil de ses parents. Pendant que j’y
suis Laure je tiens à m’excuser pour les gènes occasionnés, dus à
l’absorption d’une trop grande quantité d’alcool et de ce fait du
comportement…irresponsable de certains d’entre nous, et je te
remercie pour nous avoir tous accueillis dans la maison de tes




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parents, afin de prolonger la fête… j’espère que tu ne nous en
voudras pas trop et j’espère avoir de tes nouvelles rapidement…
Laure que je     soupçonne d’être amoureuse de Miguel, sinon
pourquoi aurait elle prit la décision de nous inviter à finir la fête
chez elle, et par la même occasion me couvrir de ridicule dans un
témoignage pathétique sur ma vie amoureuse, sachant que nous
étions pour la plus part bourré comme des coings, donc
impossible à tenir. Et pourquoi aurait elle fait preuve d’une telle
maîtrise de soi, quand au petit matin (cinq heures trente) elle
nous a découverts, Miguel et moi dormant comme deux vieilles
chaussettes, écroulés sur son château de carte, si ce n’est
qu’elle en pince pour lui…
- Un mètre quatre vingt de haut, quatre vingt dix de diamètre
c’est la copie conforme du château de Bavière, en Allemagne. Ça
c’est ce que nous a dit le frangin la veille. Je me souviens qu’il
se tenait fièrement devant ce château de carte, un peu comme s’il
posait pour la couverture de maison et jardin ou pour le figaro
Madame.
- C’est la chambre d’amis si vous, ou un de vos amis a envie de
se reposer dans la soirée y a pas de problème, la chambre est a
vous.
-ok, merci, Heu… ?
J’ignorais son prénom et de toute façon j’étais incapable de
parler, la seul chose qui retenait mon regards a part la réplique
parfaite du château, c’était ce gamin habillé comme les castors




                              310 / 408
junior : un bermuda beige, une chemise marron clair et un
foulard rouge noué autour du cou.
-Au total, cela lui aura pris deux mois, pour réaliser ce château,
un peu a chaque vacances…
- J’ y crois pas, c’est qu’en plus il est vraiment content, deux
mois de vacance gâcher pour … ça ! Et lui, il est heureux. Merde
je crois que je vais dégueuler…
-Bravo ! Abdel applaudit.- Putain c’est clair, mec ça assure !
-Merci pour elle, je suis content de voir que cela te plait.
Sa assure que dalle ! Ce truc est affreux.
-lèche cul. Que je lui murmure pendant qu’il applaudit comme un
con.
-Ouais, je sais.
Abdel, vieille enflure, j’ai tout de suite compris son petit manège,
les applaudissements et les louanges tout ça c’est du flan, il n’a
qu’une idée en tête, s’attiré les bonnes grâces du frangin.
Il y a quelque temps Miguel nous confiât à Abdel, José et moi
que le père de Laure possédait une piscine, ainsi qu’une véritable
petite salle de cinéma… vous me suivez ? Si Abdel devient l’ami
de la famille, le pote du frangin, qu’est ce qui l’empêchera
ensuite de débarquer ici quand ça lui chante et de se mater un
putain de film sur grand écran. P’têtre même que le vieux de
Laure lui refilera de son meilleur cognac…




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-Dis moi t’es sur que c’est le frangin que tu veux draguer, parce
que la sœur est pas mal non plus, et pour le ticket liberté-ciné ça
pourrait aider ?
-T’inquiète mon pote j’ai tout prévue. Et, dit moi… Jérémie c’est
ça ? Jérémie, j’te paye un coup à boire, on a ramené un excellent
fut de bière tu vas voir il est extra…
Je suis stupéfait quand à la facilité avec laquelle il a embobiné ce
gamin. Il se barre, bras sur son épaule comme les meilleurs amis
du monde, et pour moi ce sera un doigt d’honneur dans leurs
dos… j’en reste songeur…
-Alex ?
-A tiens, José ça va ?
-ça va pas mal et toi, t’a l’air dans le cosmos ?
-ça se voit tant que ça ?
-Disons que tu n’as plus aucun secret pour moi… il regarde par
dessus mon épaule. -C’est quoi cette merde ?
-J’sais pas trop ? Nathalie un peu saoul avance vers moi, un verre
à la main.
Ça va vous deux ? Vous m’avez l’air bizarre. Elle m’embrasse
dans le cou. –Oh mon dieu… c’est bien ce que je crois que
c’est ?
-et qu’est ce que tu crois que c’est ? José croise les bras, c’est
vrai qu’il a l’air bizarre.
- Un paquet de jeux de carte en forme de château… Bref silence.
-Si on allait boire un coup ?




                                312 / 408
-je suis d’accord.
-Nat ?
-Absolument.
-Ok, direction le fut de bière. Cette fois si c’est moi
d’accompagner José et Nathalie boire un coup mes deux bras
allongés sur leurs épaules….
Evidement la fin de soirée ne s’est pas tout à fait passée comme
j’aurais souhaité qu’elle se passe, avec un vrai contrôle de soi.
Non après avoir enquillé plusieurs litres d’alcool je me suis
laisser aller à raconter ma journée avec Vanessa, à quel point je
la trouvais cool, attentive d’une gentillesse incroyable et de fil en
aiguille, le baiser a été évoqué. Et la ce fut mon quart d’heure…
Normal en même temps comment pouvais-je échapper à cela
puisque c’est eux qui m’on tout raconté. Souvenez vous,
l’amnésie, l’oubli du a l’alcool, et bien oui ici bas tous se paye…


– Tu tenais à peine sur le transat, et t’arrêtais pas de nous dire
combien elle est belle et gentille, que tu la méritais pas…
-Ouai !Vanessa par ci Vanessa par là, et de temps en temps :
Fernando, fait pété une binche !
-Mord de rire, dit moi Alex y’a un truc qu’on n’a pas compris
Vanessa tu l’as embrassé avant ou après être sortie du p’tit
vieux ?
- ah, ah, ah, oh putain le p’tit vieux comme plan drague, je n’y
avais jamais pas pensé, putain Alex t’es un génie.




                               313 / 408
Les moqueries on commencé le samedi matin avant d’entrer pour
un cours spécial de français ; le samedi c’est horrible surtout au
lendemain d’une cuite et s’est achevé au milieu de l’après midi
entre un Perrier et plusieurs cafés au bar de            l’île verte.
Heureusement pour moi aucune fuite n’a transpiré hors du cercle
des garçons ; s’il y a bien une chose que l’on ne peut pars leur
reproché c’est le fait qu’ils soient de vraies tombes.
Sans quoi, Nathalie aurait été sans pitié, je vous assure elle
n’aurait aucun mal à me crucifier ou m’empaler comme une
vulgaire brochette. Ma tête, décapitée et enfoncée sur un piquet
serait exhibée à l’entrée de la ville comme exemple. Vous
saisissez toute l’importance que ce secret reste un secret. En
même temps, l’aurai-je vraiment volé ? Pas vraiment non.
De toute façon j’ai toujours eu le chic pour me mettre dans des
situations d’amour invraisemblablement, et cela ne date pas
d’hier. A Chamonix j’ai embrassé deux filles en moins d’une
journée, une au parc animalier, l’autre dans le bus qui nous
ramenait au chalet. Ce qui m’a valu une bagarre, plus une mise
au piquet… ben quoi ? Je ne pouvais pas savoir que le frangin
d’une d’entre elle se trouvait dans la même classe… En primaire
il n’était pas rare que celles à qui je faisais du gringue se
disputent ensuite la chaise à coté de moi… Et puis il y a eu
Christina que j’ai planté dans cette salle pour les beau yeux de
Nat… le fait est, que ma vie amoureuse est un désastre et ma
façon de la gérer n’en parlons pas.




                              314 / 408
Je risque de finir ma vie à chanté : ho vie, ho désespoir.
Ou pire :
Je suis un être à la recherche
Non pas de la vérité
Mais simplement d'une aventure
Qui sorte un peu de la banalité…

Bon j’appelle Vanessa…Vanessa, Nathalie…Nathalie…Okay
Alexandre, respire lentement, d’abords pense a ce que tu vas
leurs dire… ensuite n’oublie pas de jeter un coup d’œil autour de
la cabine, on ne sait jamais. A droite personne, à gauche pas
mieux, très bien. Bon maintenant un peu de monnaie, j’vais
mettre tout sur le bottin téléphonique, avec la chance que j’ai en
ce moment, faudrait pas que je me retrouve à court de ferraille
en pleine conversation. Vous imaginez la scène :
- Salut Vanessa, c’est Alexandre…ouais ça va et toi ?... au fait
    je n’ai pas eu le temps de t’appeler plus tôt… j’suis vraiment
    désolé…oui sincèrement désolé… Non sinon, je me disais, je
    t’ai pas parlé de Nathalie ?…Non hein … Non bien sur. Ah
    ben ce n’est pas de chance j’ai plus de monnaie ça va
    couper…
Vous imaginez la loose. Sinon dans le même style :
- Vanessa, faut que j’te dise, j’ai pas été vraiment honnête avec
toi … Je sors avec une fille, depuis la sixième… ouais trois
ans…c’est sûr trois ans ce n’est pas rien…Zut plus de crédit ça
va raccrocher…




                              315 / 408
Non vaut mieux assurer si vous ne voulez pas passer pour un
tocard… Ou s’il vous reste une once d’intégrité.
Mon p’tit Alex, quand faut y’aller, faut y’aller.
Parmi le nombre surprenant de pièces jaunes posées sur le bottin
il y en a une qui se détache du lot : argentée et bien plus grande
que celle de deux francs, la pièce de cinq francs, idéale pour une
conversation sans coupure… je regarde à nouveau autour de moi,
personne, je glisse la pièce dans la fente et, c’est partis… Okay
ça sonne… une fois… deux fois… trois fois... attention je vais
raccrocher dernière tentative…
-Allo
Ah, merde qui c’est ça ?
-Allo ?
-Allo, oui bonjour madame, je voudrai parler à Vanessa s’il vous
plait.
-Bien sûr c’est de la part de qui ?
Moment de réflexion… pas trop quand même faudrait pas qu’elle
me prenne pour un gogol. Ho et puis merde des Alexandre y’en
a des tonnes, je n’ai aucune raison de m’en faire.
-Allo vous êtes encore là ?
- Oui, je suis là mon téléphone marche pas bien désoler, dite lui
que c’est Alexandre.
-Alexandre ?…
Bizarre y’a comme un truc de changer dans sa voix.
-Heu oui ?




                              316 / 408
-ça me fait plaisir de t’entendre,
-Ah oui ?
-Oui, Vanessa m’a dit pour vous deux.
Merde manquait plus que ça…
-Ah, oui?
-Oui, elle m’a dit t’avoir croisé chez le nouveau disquaire et que
vous avez discuté… Silence. -et que vous aviez noué de bonnes
relations.
-Oui, effectivement…le mot est on ne peut plus juste.
-Oui, je suis très contente pour elle, et pour toi bien
sûr…Vanessa n’a jamais caché son désir de te revoir…
Silence -Pour être honnête c’est un objectif qui ne là jamais
quitté…
-Ah oui ?
-Oui, Au début son père et moi, nous y étions opposés, mais
comme dit le proverbe il n’y a que les idiots qui ne changent pas
alors… il fallait se rendre à l’évidence ci c’est ce que voulait
notre fille, nous devions respecter son choix.
Je reste sans voix.
- tu es là toujours là ?
-Oui, pardon je…
-Ecoute Alexandre si le cœur t’en dit, nous serions ravis, mon
mari les enfants et moi de t’avoir un jour à la maison. Je pense
que Ian apprécierait beaucoup ta visite. Depuis que Vanessa et toi
avez renoué contact elle n’a cessé de lui parler de toi et de quel




                              317 / 408
garçon formidable tu es. Si tu es d’accords je vais programmer
un jour avec Vanessa, cela te conviendrait t-il ?
-Oui, j’en serais ravi…
-Bon et bien je suis heureuse d’avoir pu discuter avec toi, à
très bientôt Alexandre. Je t’appel Vanessa…
-A bientôt madame et merci.
C’est incroyable ce qu’on peut se sentir a l’étroit dans cette
cabine cette cabine
- Alexandre ?
-Madame ?
-tu peux m’appeler Aline. Oui j’aurais une petite question, si
cela ne te gène pas bien sûr?
-Pas du tout, madame Aline…Aline
-Dis moi, comment tes parents on prit le fait que toi et
Vanessa… A l’époque ils étaient tellement bouleversés…
Quelles personnes formidables, qu’elle sensibilités. Tu dois être
fiers d’eux, n’est ce pas ?
Silence…
-Alexandre ?
-Oui, je le suis… je crois que le temps a fait son travail, et
qu’aujourd’hui tout cela est de l’histoire ancienne…
Ses mots étaient durs pour moi, ils avaient jaillit de ma bouche,
comme un crachat après un long gargarisme, pourtant il me
semblaient tellement justes.
-Voilà Vanessa, au revoir Alexandre à très bientôt je l’espère




                                318 / 408
-au revoir madame…
-Alexandre ?
-Vanessa
-Comment ça va ?
-Cool, et toi ?
- Bien merci, Tu as eu ma maman ?
-oui
-ça va elle n’a pas trop joué a la police?
-Non ta mère a été formidable.
-Tant mieux… j’étais sous la douche alors pour décrocher…
-Pas de problème de toute façon tu ne pouvais pas savoir que
c’était moi.
-J’espère tu ne m’en veux pas trop ?
-Quoi donc ?
-A propos de mes parents de toi et de notre rencontre.
-Non c’est cool, j’espère au moins que ça ne t’a pas causé de
problème ?
-Non aucun, nous avons pour habitude de discuter, de ne rien
garder qui puisse nuire à la bonne ambiance familiale. Ma mère
n’a pas été surprise plus que ça, je lui avais déjà parlé de mon
intention de te revoir.
-Oui c’est ce que j’avais crus comprendre.
-Après cette journée, mes parents et moi on a pas mal discuté, ils
ont même évoqué la possibilité d’appeler un jour               tes




                              319 / 408
parents…Rassure toi je leurs ai dit que d’abord je t’en parlerai.
Rien ne se fera sans ton accord.
…
-Alexandre tu es toujours là ?
J’suis carrément scié. Cette fille a en une journée renversé ma vie
et n’hésite pas à chambouler       celle des ses parents… Aussi
incroyable que cela puisse paraître, je ne crois pas me souvenir
d’un jour ou j’ai pu discuter avec ma mère ou mon père…
-Alexandre… Elle murmure
-Oui j’suis là, désolé, je…c’est que tu m’impressionnes beaucoup
en quelques jours tu as modifié pas mal de chose dans ma vie et
celle de tes parents aussi, enfin je l’imagine…Et ton père
comment a-t-il réagi ?
-mon père… il était très…ému, il m’a serré dans ses bras, je crois
même qu’il a versé une larme de joie.
-C’est chouette… ta famille et toi vous m’avez l’air vraiment
soudé et… Je dégluti. - Ecoute Vanessa J‘suis désolé de ne
pas t’avoir appelé avant je… elle me coupe la parole
-tu n’as pas à être désolé Alexandre, de tout façon nous n’étions
pas là… Et puis ces quelques jours mon permis de réfléchir.
-Ha oui.
-Oui…Je pense que peut être toi, moi, c’est peut être allé trop
vite…




                             320 / 408
Cette cabine est un four, en plus ce téléphone pu la bave, je saisis
la manche de ma veste pour essuyer les larmes qui coule sur mon
visage et sur mon menton.
-Alexandre, tout va bien ?
Je m’éclaircis un peux la voix.
-Moi aussi, j’ai pas mal réfléchi que c’est peut être…
-Aller trop vite, tu le penses toi aussi ?
-Non, ce n’est pas ce que je voulais dire...
Bordel Alex, va bien falloir lui dire pour Nathalie, tu ne vas
quand même pas te racler le fond de la gorge en espérant que le
courage ouvre la porte de la cabine et te dise : salut Alex, si tu
veux bien me passer le téléphone j’ai tout ce qui faut dans mon
manuel pour savoir quoi lui répondre. Le combiné émet un bip.
-Vanessa ? »
-oui
-Je remets de la monnaie dans l’appareil ;
-ok, d’où appelles tu, tu te trouves en ville ?
J’attrape un maximum de monnaie que j’enfile les unes après les
autres dans l’appareil.
-Oui en fait je me trouve vers la place du Marché,
habituellement je me sers plutôt de la cabine du Centre Culturel,
mais là je ne sais pas pourquoi je me suis dit qu’il fallait que je
change mes habitudes… j’ai pour habitude d’aller au Centre
Culturel le samedi matin. Le gars qui s’occupe de la discothèque




                              321 / 408
est mon ancien prof d’étude de primaire, Didier. Je ne sais pas si
ça te dit quelque chose ?
-Non pas vraiment, je n’étais pas dans la même école que mon
frère tu sais.
-Oui c’est vrai j’suis bête.
-et bien qui sais, peut être que la prochaine que je m’y rendrais
on s’y croisera là bas et peut être que tu me présenteras ce,
Didier.
-Oui qui sais, tu verras il n’est pas bien grand, brun, le sourire
facile, les dents jaunis par la cigarette, mais ça c’est un détail…
écoute si, si ça te branche on pourrait y aller ensemble, enfin si,
si ça te dit ? Enfin tu vois si, si ça dit quoi ?
-Avec plaisir
-Ah ok, super !... Bon ben, me voila à présent un peu plus dans
la merde. Va falloir que t’assure mon p’tit Alex, maintenant que
tu l’as invitée à aller au centre maintenant va falloir que t’assure
méchamment pour pas finir empalé au bout d’une lance. Si
jamais Nat me voit avec elle je donne pas chère de ma peau.
-Alexandre tu es toujours là ?
-Oui, oui je remettais des pièces dans le mange disque, ce que
c’est pas mal glouton ce genre de bête.
Elle rie, ça prouve au moins que je n’ai pas perdu mon sens de
l’humour.
-Et ton frère, ça va?
-Ian ça va, il bricole sa chaise.




                               322 / 408
-Ah oui ?
-Oui il a l’intention d’en faire une formule1. Ma mère vient de lui
annoncer la bonne nouvelle…Il est tout excitée à l’idée que tu
viennes.
-Ah, oui ? Alors dit lui que moi aussi ça me fait vachement
plaisir.
-Il le sait…
-Il le sait, comment ça ?
-Je ne sais pas, matériellement c’est inexplicable. Toujours est
t’il que tu es et cela depuis longtemps le complice de tout ses
jeux. Les nuits on l’entend t’appeler, il s’adresse à toi quand il
joue dans sa chambre. il dit que dans une autre planète toi, le
capitaine Albator et lui vous êtes les meilleurs amis du monde…
pour Ian, tu es le frère qu’il n’a pas eu, mon père pense que cet
accident à crée un lien, un pont qui t’unie à lui. Vu qu’il est
assez renfermer tu es son seul confident, alors quand on lui a
annoncé la nouvelle sur t’a venue il nous a répondu :
-Je sais, il ne va pas bien et il a besoin de moi.
Je ne sais pas pourquoi mais je me suis mis à trembler sans doute
que ce garçon viens de toucher mon âme au plus prés. Je cale
combiné entre ma tête et mon épaule et j’appuie mes mains sur
le verre humide de la cabine. Au bout de quelques secondes mes
doigts moites calquent mes empreintes sur le verre.
-Cela me touche vraiment Vanessa… c’est bien là première fois
q’on veut de moi, surtout sur une autre planète.




                              323 / 408
-Tu comptes beaucoup pour lui… tu comptes beaucoup pour,
moi…
…
-Vanessa il faut que je te dise, je n’ai pas vraiment été honnête
avec toi, je…
-Je sais.
-Tu sais ?
-Pour toi et Nathalie je sais.
Tien quand on parle du loup. S’il vous plait y’a-t-il un bourreau
dans la salle ! Oui c’est pour moi, ne vous en faite pas, tranchez
moi la tête le reste est déjà mort…
-Je voulais t’en parler avant, t’appeler plus tôt mais je crois que
je n’ai, pas eu suffisamment de courage pour le faire… je me
rends compte à quel point j’ai été stupide et égoïste…
-Je l’ai été tout autant que toi, je savais pour toi et Nathalie bien
avant notre rencontre, bien avant de t’embrasser. Cela va te
sembler monstrueux, mais je voulais ce baiser. Je désirais ce
baiser plus que tout pire encore, t’avoir pour moi, et moi seul
cette journée était ce que je désirai le plus, et si cela devait se
refaire je le referais…
…
- Cependant sache que je serais me contenter de cette journée et
de ce baiser et aussi bizarre que cela puisse paraître surtout
après ce que je viens de dire, je ne veux pas semer le trouble
entre toi et Nathalie ou m’immiscer dans votre vie, je…




                                 324 / 408
-Tu n’as pas, rien… Le fait que tu soi au courant, c’est peut être
mieux ainsi et pour ce qui est de t’immiscer dans notre vie je suis
autant responsable que toi de cette situation, et même heureux
que tu t’y sois immiscé. C’est à moi et à moi seul de savoir ce
que je veux dans la vie, alors tu comprendras que pour ce qui est
de te juger… un proverbe chinois dit : Ce n’est pas le puit qui est
trop profond, mais c’est la corde qui est trop courte.
- Alexandre je ne voudrais pas que tu te sois senti obligé de
m’embrasser à cause de la situation...
-Attend je ne me suis jamais senti obligé de quoi que ce soit, et
même si certaines situations aident, je t’ai embrassé par ce que
je le voulais, et    en aucun cas je ne veux que tu te sentes
responsable de la situation dans laquelle je me suis m’y… C’est à
moi et à moi seul et coûte ce que cela me coûtera…
…
(Je n’aurais pas dû, pas en sachant pour elle et lui. J’aurais du
lui dire que je savais pour Nathalie, cela aurait peut être pu nous
dissuader d’un tel baiser, je m’en veux terriblement…)


-Vanessa ?
…
-Je t’ai mis dans l’embarras.
-Ne t’en fais pas.




                                325 / 408
Surpris je me retourne un gamin viens coller sa joue contre un
des vitres, il tient entre ses doigts un de ces jouets qui tourne
avec le vent. L’ombre des hélices ondule sur ma jambe droite,
pourquoi ne pas essayer de les attraper. Je trempe ma main dans
cette ombre chinoise qui à présent ondule sur ma paume, je peux
presque sentir les chatoiements des hélices. Puis aussi
brutalement qu’elles sont apparues elles disparaissent avec le
gamin qui s’en va courir dans les jupes de sa maman.


-Ok Vanessa je dois raccrocher, si tu veux je te rappelle demain ?
-Très bien, rappelle moi demain… Alexandre, ça va aller ?
-Oui bien sur que ça va aller, pourquoi ça n’irait pas…
Je t’embrasse, à demain
-Je t’embrasse également, à demain.


Le soleil montre le bout de son nez, et je me dis que cet peut être
le début d’une bonne journée, après tout pour quoi ça ne le serais
pas, ne devrais je pas avoir le cœur un peu plus léger ? Ouais…
enfin ce n’est pas encore gagner il me faut encore régler cette
situation avec Nat, malgré tout je me sens vraiment          lié à
Nathalie… Et paradoxalement lié au sentiment que je ne suis pas
libre… Je suis sûr que vous y avez déjà tous médité à un
moment de votre vie, je me trompe ?
Un ami m’a dit un jour, qu’il était hors de question pour lui de
s’attacher à quiconque, il ne ferait pas la même connerie que ses




                             326 / 408
parents mariés pour le meilleur et pour le pire…pour le pire :
s’engueuler, se détester, vieillir, mourir… à méditer.


Je remonte les rues les unes après les autres, croise des regards
familiers, quelques salut par ci par là, il est à peine treize heures
et les punks sont déjà au PMU encerclés d’une demi douzaine de
bouteille vide. Derrière la fumée de leurs clopes, ils lèvent le
coude plus vite qu’ils n’ingurgitent leurs bières, quelques uns se
sont posés là sur le trottoir, les pantalons retroussés au dessus
des tibias et   des docs marten’s noir, rouge, ou de plusieurs
couleurs. L’un d’entre eux s’est percé le nez, les oreilles et même
la joue avec des épingles à nourrisse, quelque part j’envie leur
j’m’enfoutisme… sexe, drogue, and rock’n roll… ouai !
pourquoi pas ? Pour cela faudrait que j’arrête de cotiser à la sécu
et la vraiment je pourrais vraiment gueuler, anarchie !...m’ouai.
-Eh le batcave. Je salut de la main celui qui m’interpelle
« batcave » c’est le surnom que m’on filé les punk du coin…pour
quoi pas ?» Dans ses bras une jeune fille rouquine, Sonia si je me
souviens bien, tient un pétard d’une taille surprenante, un trois
feuilles si je ne m’abuse… Ces types là tiennes un vrai cahier des
charges concernant la façon de rouler un joint. Le genre bible de
la qualité avec autant de nom qu’il y a de façon de rouler : tulipe,
moustaches, jumbo, sifflet brésilien, l’arbre, fusée, joints plat,
joints géométriques… sans parler des termes que l’on utilise
pour vous proposer une petite bouffée, tu veux un joint, pétard,




                              327 / 408
buzz (ou beuz), cône, stick, pet, tarpé, oinj, tonj, tos, pécos, oueb,
bedos…
-Alors ça roule mec ?
-Ca roule et vous ? Sonia…je lui fais signe de la tête
-c’est le panard, tu vois on crame un stick, on boit des bières
qu’est ce qu’on peut demander de plus.
-Et bien… je hausse les épaules de toute façon que peut on
répondre à une question pareille. -Bon ben à plus !
-Ouais, ça marche à plus mec… hé attend le bat ! Il se lève pour
me filer un tracte. Si ça te branche on va a un tremplin rock ce
soir tu vois avec que des potes à nous qui jouent, alors si ça te
branche c’est au gymnase bleu le … enfin tu vois…
-Oui je vois celui en face de la piscine
-Ok ben p’trête a’d tale
-ok, salut.
Je ne c’est pas si j’irais les rejoindre mais en tout c’est sympa de
sa part, si j’accepte je vais devoir me taper une bonne parties de
la nuit à écouter les Bérruriers noir, the Exploited, les Ramones,
Suicide, les Pistols, Crass, les Stooges, les New york dolls , les
Buzzcock, la Souris déglinguée , Gogol premier, the Cramps
…finalement c’est pas mal non plus.


-Noir, c’est noir… putain ce mec est fringué comme… ?
-Qui ça Alexandre ? Comme Robert Smith.
…




                              328 / 408
-Ouais aussi, mais c’est pas à lui que je pense c’est l’autre là…le
mec des Birthday party…
…
- Je ne vois pas.
-Nick cave ! Voilà…
…
-Non tu trouves pas ?
-Si tu le dis.
….
-et au fait comment tu connais son prénom toi ?
-Il animait ou anime, une émissions de radio sur t.s.f, c’est là que
j’l’ais connu…
-c’est vrai que tu voulais faire de la radio à un moment.
-Ouais à un moment… et tu sait quoi ?
-Non ? Mais j’suis sûr que tu vas me le dire.
-Une fois pendant son émission, j’suis passé pour qu’il
m’apprenne la technique tu vois… et ben un moment, il
m’attrape, et il essaye de…
-Non ?
Si, il essaye de me baiser.
-Ah ouais ?
-Ouais.
…
-Putain quand tu le vois comme ça il à pas l’air…
-En plus il voulait qu’on baise sur la table de mix




                              329 / 408
-sur la table de mix ?
…
-Putain tu sais quoi Sonia ?
-non
-t’es vraiment une pute…


Je dépasse le France, et me trouve presque sous l’arche qui mène
à l’église st Léger quand j’aperçois sur son parvis des têtes que
je connais.
-Si la p’tite Nora, Chabura-vi et Nadia sont là c’est que Nat ne
doit pas être bien loin. C’est dingue mais ce truc de bénévole
pour le secours catholique leurs prend tout leurs temps de libre…
Pourtant si je me bien, le dimanche saint ou le dimanche chômé
appeler le comme vois voudrez, ça n’a pas un rapport avec Jésus,
et la chrétienté
Je vais faire le tour histoire de lui faire la surprise, j’imagine
déjà la tête qu’elle fera en me voyant.
Je remonte la rue direction le Monoprix, je longe ensuite le petit
bar pour me retrouver dans la rue Eugène potier, juste à l’endroit
pile où je voulais être, derrière l’édifice. Je longe l’église et ses
renforts jusqu'à me retrouver à l’angle du premier arc de plein
cintre. Planqué derrière un renfort, je me penche légèrement en
avant pour apercevoir les filles qui n’on pas bouger d’un mètres.
Adossées aux colonnes, elles trient des vêtements pour adulte,
mais toujours pas de Nathalie, peut être elle dans l’église ?




                               330 / 408
Fait chier, d’ici je ne vois pas l’entrée et si je me penche plus je
risque d’être vue. Faudrait que je m’approche un peu plus, que
j’aille me planquer derrière la colonne sous le premier arc… Le
problème c’est que Nadia est juste pile en face de moi et si je
sors la connaissant elle va tout foutre en l’air…Alors à moins
d’un miracle, c’est mort…
-Nadia, sil te plait !
Vous parler d’un miracle, suffisait de demander, merci petit
jésus.
–oui j’arrive!
Je sors un pied, regarde en avant, c’est bon elle regarde ailleurs,
j’ai juste le temps de foncer me planquer derrière la prochaine
colonne.
-bouge pas Nadia je vais y aller.
- Nathalie ?
-merci Nat.
C’est bien ce qui me semblait…
Je retente une petite sortie de la tête pour zieuter du côté de
l’entrée… cheveux brun, deux mignonnes petite fesses dans un
501, une veste kaki, c’est bien elle … Visiblement elle est en
pleine discussion avec ce garçon, sûrement un bénévole.
Je me remets à couvert, histoire de réfléchir à la façon dont je
vais     la   surprendre…Un    dernier    p’tit   coup   d’œil   sur
l’entrée…c’est dingue, il est quand même vachement près d’elle
ce mec ? Ok, je me lance, de toute façon y’aller franco voilà la




                              331 / 408
meilleur façon de créer la surprise. J’avance d’un pas décidé,
personne ne m’a encore remarqué, je savais que c’était la
meilleur façon de procéder.
Je commence à me diriger vers elle quand… J’hallucine ou ce
type viens de passer sa main dans les cheveux de Nat… je
m’arrête net pour dévisager cette petite merde qui vient de passer
ses sales main dans les cheveux de ma copine, je sers les poings
à me faire péter les articulations, mes inspiration sont plus fortes,
mes expirations plus longues, mon pouls chevauche mes artères,
je ne vais pas tarder à exploser, à l’exploser…
Nadia m’a remarqué :
- merde qu’est ce qu’il fait là ? Elle marche vers moi espérant
que Nathalie n’ait encore rien vu, elle se plante devant moi une
main pour m’arrêter.
- Alexandre ce n’est pas ce que tu crois !
…
- Dommage je ne comprends pas ce que tu dis.
Je repars et passe devant Nadia qui, tout de suite fait signes aux
autres, celles qui ne m’avaient pas encore vu et qui espère à
présent    éviter le drame. Leurs yeux ronds prévenus du
danger…Nathalie hésite puis se tourne, mais c’est trop tard,
beaucoup trop tard.
-Alex non ne…
J’évite Nathalie et envoie un coup de poing à la figure avec
toute la force, avec toute la rage que je puisse contenir, ce




                              332 / 408
directe lui brise le visage qui se casse comme on casse une
branche… son arcade sourcilière s’ouvre, il vacille une première
fois mais ne tombe pas. Ses mains cherchent tant bien que mal à
se protéger, à m’arrêter mais dans cette veine tentative je lui
assène un crochet du droit balancer en pleine estomac, le choc
le fait plier et s’effondrer sur le coter… Le bras levé je pense à
l’achever.
-Alexandre non !
Sur son visage accablé de douleur il peine à se relever, ses mains
l’aide à s’agenouiller pour mieux respirer. C’est alors
qu’apparaissent les premières goûtes de sang, d’abord sur ses
mains puis sur la dalle grise, il lève la tête et m’observe comme
une bête curieuse. Sur mes lèvres le goût du sang tiède et fluide
envahi peu à peu ma bouche, ma gorge mélangé à ma salive. Mes
doigts tremblent sur mes lèvres et j’essuie ma bouche de tout ce
sang qui tache ma peau. Mon pouls frappe mes tympans et je
vacille une première fois. Il me tend son bras, je lui tends ma
main, je vacille une seconde fois, ma tête est prise de vertiges,
mes jambes ce dérobe, mon corps se laisse aller, une fois sur mes
genoux ensuite en arrière…
…
-Alexandre !
On m’appelle
-Alexandre !
…




                             333 / 408
-Putain Alex, si je t’attrape ça va chier !
Je cours Abdel est lancé à tout vitesse derrière moi. J’évite de
peu mon maître d’école.
- Alexandre, Moins vite ! J’accélère, Abdel n’est plus bien loin,
des gamins passent devant moi le ballon au pied, je saute afin de
l’éviter et repart à tout vitesse. Un rapide coup d’œil en arrière,
Abdel se prend les pieds dans le ballon, il perd l’équilibre mais
évite le pire en plaçant ses mains droit devant lui …Je me marre.
-Alexandre attend… Et soudain c’est le choc, un garçon lancé à
toute vitesse n’a pas le temps de m’éviter, le choc est        très
violent, et nous sommes tous deux projetés au sol avec beaucoup
de violence, c’est le trou noir… Je reviens à moi tant bien que
mal, une douleur horrible dans ma tête viens me percer la
boite crânienne, j’ai mal devant, derrière, sans parler de mon
ventre qui semble avoir été écrabouillé par un bulldozer.
Le visage planté dans le gravier, je remarque le corps d’un jeune
garçon allongé lui aussi, le visage dans le gravier, qui m’observe
… Ses lèvres semblent remuer, et sa bouche répéter des mots
que je ne peux discerner …Du sang s’écoule de son
oreille…j’essaye de l’attraper… il sourit et ferme les yeux…du
sang s’écoule par ses narines que je peux sentir dans ma bouche
et dans ma gorge... mes yeux se ferment à nouveau et au dessus
de moi des silhouettes, des robes rouges plissées, un élastique à
sauté violet…
-Hé ! il saigne du nez ?




                              334 / 408
-et de la bouche ?
-poussez- vous ! Faites leurs de la place !
-Et monsieur ! Ian a du sang dans l’oreille !
-Aller, aller, laissez les respirez, tout le monde rentre en classe.
-Alexandre est ce que ça va ?
…
-Faut appeler une ambulance !
…
-Non Alexandre, reste éveillé ! il ne faut pas t’endormir !
…
J’ai besoin de me reposer, je vais juste faire un petit somme
histoire de récupérer un peu. Voila je ferme les yeux et je me
laisse aller…
-Alexandre, Alexandre !
-son cœur bat vite
…
Je ne sais pas combien de temps je suis resté inanimé. Des
minutes, des secondes une heure, ou pas, recroquevillé comme
un fœtus, attendant le bon moment pour se réveiller.
Les battements de mon cœur semblent s’être calmés dans ma
cage thoracique et ce n’est pas l’envie qui me manque d’ouvrir
les yeux, mais       autour de moi tout paraît instable, j’ai
l’impression d’être assis dans un tourniquet, chose que je déteste
faire par-dessus tout, parce qu’il provoque en moi, tournis et
nausée.




                              335 / 408
Plongé dans le noir, les abysses semblent éclairés par un
minuscule rayon de lumière jaillissant des hauteurs. Sûrement
ma sortie…


- Alexandre, Réveille-toi !


Je le sais, je dois me réveiller, escalader ces parois est mon
unique chance de revoir le jour. Et quand bien même mes ongles
se ternissent et que mes doigt saignent sur la roche dans laquelle
je   creuse de minuscule cavité afin d’y passé mes main et
m’agripper à si peu. Mes doigts décharnés, grattent le sable
comme un animal apeuré, dans la lumière à demi teintée certaine
de ces cavités sont des visages familiers…
-Putain, Alexandre réveille toi nom de dieu !
Je vais me réveiller, je le sais
-faut appeler une ambulance.
J’arrive au bout du tunnel épuisé, exténué, mais tellement
heureux d’y être arrivé que la lumière, comme le soleil jaillit,
chaude et clémente…Je comprends maintenant pourquoi Icare
dans son ivresse de voler, c’est brûlés les ailes.
-Alex !
D’un soubresaut, je reviens à moi pris d’une énorme quinte de
toux, mes bronches évacuent l’air de mes poumons, je respire
l’air pur à nouveau. Autour de moi des visages que je connais et
d’autres que je n’ai jamais vu. Ils me regardent comme on




                               336 / 408
regarde un mort. Pareil à ce jour, ou petit j’ai contemplé ma
grande mère allongée dans son cercueil. Ses          mains étaient
jointes sur son ventre plat. Son front, bizarrement était plus lisse
qu’il ne l’avait jamais été et sa bouche légèrement fermée, ne
réagissait plus à mes paroles. Ses yeux clos ni ne bougeai ni ne
tremblai on aurait dit qu’elle dormait, mais avec une curieuse
façon de dormir.


-Putain c’est bon il est réveillé. Abdel est accroupis à coté de
moi une main sur mon épaule il m’aide à me redresser.
-t’en fait une gueule Abdel.
- tu crois, tu m’as foutu les j’tons Alex
Christine est là aussi, elle tient une bouteille d’eau qu’elle me
tend.
-Tiens boit !
…
-Merci
J’agrippe la bouteille par le fond ce qui a pour effet de l’écraser
un peu, Christine détache sa main de la bouteille et son regard du
mien, à en juger comme ça, elle à plutôt l’air furieuse…
Je crois deviner pourquoi.


Nathalie fume une cigarette…Enfin si l’on peut appeler ça
fumer.    En réalité elle passe sa détresse sur une jeune et
innocente petite cigarette relayée antidépresseur faute d’en avoir.




                               337 / 408
Ses gestes répétés et incontrôlés, sa consommation effrénée de
nicotine, tout cela témoigne de l’état d’anxiété dans laquelle
Nathalie se trouve. Nadia quand à elle,          sa main posée sur
l’épaule de Nat semble plus que jamais me détester.
…
-Ok, Alex je vais t’aider à te relever, mais fais gaffe tu risques,
la terre risque d’être plus basse qu’elle n’y paraît.
Sur le conseil d’Abdel je me relève doucement – Ho putain. Sur
ce point je crois qu’il n’avait pas tord, la terre semble bien plus
molle qu’elle n’y paraît.
-Ca va ?
-ça va, c’est juste que j’ai l’impression d’avoir un marteau
piqueur dans la tête, plus la terre qu’est basse…
-Je vois de quoi tu veux parler.
Un peu plus loin un type est adossé au mur, la tète penchée en
arrière, il presse un mouchoir sur sont front. José et Fernand
jouent les infirmiers et tente de le rassurer…
- merde. La mémoire me revient en bloc. –J’crois que là j’ai
vraiment déconné.
-J’osais pas l’dire… Tu l’as pas mal amoché dit moi. Et c’est qui
ce con ? Christine lui balance une claque derrière la tête.
-Hé ho, ça va, j’me renseignais… Non mais c’est vrai, t’a vu la
tête qu’il lui a mis…




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-J’ai vu, ouai, mais si tu veux mon avis je crois que vous avez
largement dépassé le quota de connerie autorisé pour une seule
journée, j’me trompe ?
-Vous ?
-Tu sais de quoi j’veux parler…
-Peut être ouai, mais si tu veux mon avis, il doit pas être blanc,
blanc Elephant man…
-Y’a pas que lui, si tu veux le mien… Christine porte à nouveau
son regard sur Nathalie, qui du bout des doigts éjecte sa cigarette,
y’a de l’orage d’en l’air…
-Ho merde…
Abdel vient de piger.
-Comment ça ce fait que t’es là toi ?
-ben avec José et… -Non c’est pas à toi Ab, que je m’adressais
c’est à Christine.
Elle hésite deux seconde à me répondre, puis,
-je faisais un tour avec mon frangin quand je sui tomber sur eux,
ils te cherchaient…
-Apparemment vous m’avez trouvé.
-Ouais, José sait dit que tu pourrais être là, on a donc suivi son
intuition.
-José a toujours eu de bonne intuition.
-Ouai, enfin ensuite on a vu un attroupement, et, Abdel a couru
pour te rattraper mais c’était trop tard.
-Merci quand même.




                               339 / 408
…
-Alors, toujours ces évanouissements ?
- toujours, mais c’est en bonne voix.
-Tant mieux.
-T’as une sacrée bosse à la tête, faudrait p’têtre t’emmener aux
urgences ?
Effectivement une bosse de la taille de celle d’un dromadaire a
poussé sur mon crâne.
-Ca va j’ai la tête dure et puis je crois qu’il en a besoin plus que
moi, non ?
José avance vers moi.
-T’as de la chance le cureton était pour porter plainte, mais le
gars là à qui t’as mis une tête au carré, il lui a dit de laisser
tomber.
-Ok, merci José.
José semble très affecté, il est sur le point de pleurer, mais   se
ressaisi.
-T’es tout dépeigné. Il passe ses doigts dans mes cheveux pour
les corriger.
-Pas grave de toute façon ça fait longtemps que j’ai arrêté. Il me
regarde à nouveau avec cet air accablé.
-T’as de la chance, avec la tête que tu lui mis moi j’aurais porté
plainte.
-Merci José
…




                             340 / 408
-Hé ho, ça va là les amoureux.
José reprend son air blasé de tous les jours, tourne la tête en vers
Abdel.
Lui et son humour à quatre francs.
-Ta gueule Abdel!
C’est au tour de Fernando de laisser le blessé pour nous rejoindre
en passant il s’excuse auprès du curé et du type que j’ai amoché.
Ensuite il passe une main sur l’épaule de Nathalie sûrement veut
il lui signifier qu’il est de tout cœur avec elle.
Il pause une main sur mon épaule.
-ça va la tête ?
-Et lui ça va ?
-Disons que tu l’as pas mal amoché…Mais ça va aller…Bon et si
on allait boire un coup ?
-D’accord, mais laissez moi juste deux minutes.
- ça roule, on t’attend au bas des marches.


Respirer, expirer. Avant tout bien s’aérer les poumons, prendre
de l’assurance, faire face à son, destin ? Je ne crois pas au destin,
alors appeler le comme vous voulez.
Ensuite j’avance et m’agenouille auprès d’elle. Assise sur les
marches, muettes, elle se contente de tirer une bouffée d’air sur
son énième cigarette et de l’index éjecte en une frappe le trop de
cendre consummée par la colère.




                               341 / 408
Nadia qui la couvait jusque là, s’écarte aussitôt pour aller
rejoindre le reste de la bande. Nora et Chabura toutes aussi
choquées l’une que l’autre n’ose pas me regarder et en toute
honnêteté je ne tiens pas forcement à m’expliquer, ni maintenant
ni jamais. Alors je détourne mon regard des filles pour celui de
Nathalie, triste et grave, marqué par de longues traînées noires de
mascara. Dans un dernier soupir elle se lève, écrase son mégot
et m’observe toujours dans ce silence qui en dit long... De toute
façon il n’est       jamais facile de parler dans de pareilles
circonstances, et pour dire quoi au juste ? Tu avais tord, j’avais
tord ?   Tout ceci     n’aurais jamais du arriver…et comment,
pourquoi ?… ensuite quoi ? on regrette, on s’excuse pour arriver
ou ? A quoi ?... Non je préfère le silence aux trop longs démêlés
qui souvent vous apportent plus de mal que de bien.
Je me lève à mon tour, la salive dans ma bouche a toujours ce
goût du sang, Nathalie tourne son regard vers celui du garçon
blessé, l’œil enflé, il n’ose pas trop croiser son regard alors elle
soupir, lève les sourcils… et médite.
Je sais à quoi tu penses Nathalie, moi même j’essaie de me
souvenir.
Lentement ses yeux se lèvent sur moi, chargés d’émotion,
d’incompréhension, ils s’embuent, les miens aussi.
…
-T’es chiant Alex ! T’es vraiment chiant.
…




                             342 / 408
T’es chiant Alex. Voila tout ce qu’elle m’a dit, ensuite elle a
enfoui ses mains dans les poches de sa veste kaki ; celle que
j’adore la voire porter. S’est approchée       pour me donner un
baiser et c’est toute seul qu’elle est partie. Elle a quitté le parvis
de l’église en s’excusant au près de l’amoché.
-Désolée, je… salut.
Nadia a voulu la suivre mais elle a décliné l’invitation et c’est
toute seule qu’elle a disparu à l’angle de l’église.
Alors j’ai fait de même sauf qu’a ce moment, là dans l’église on
joue un morceau de Joan Baez.


Here's to you, Nicola and Bart,
Rest forever here in our hearts,
The last and final moment is yours,
that agony is your triumph


Je me suis posé la question de savoir ci cette musique était jouée
là exprès comme pour le générique de fin d’un film ou était-ce
une pure coïncidence, en tout cas cela me redonna le sourire. Une
dame fit interruption au milieu de tout cela elle était tout aussi
affolée que furieuse découvrant le blessé. Elle se tourne vers
nous et beuglât, -Barbare ! N’avez-vous donc rien n’à faire que
d’embêter les honnêtes gens. Elle disparu ensuite avec le garçon
sous son empoignade et ferme la grosse porte en bois derrière
elle.




                              343 / 408
Abdel saisit mon bras et c’est à voix basse qu’il s’adressa à moi
- on y va ? Ils regardent les autres – on était bien là pour ça non ?
ils répondent tous à l’appel à leurs façon.
- Ok, allons-y.
Les escaliers de l’église se dévalent très rapidement, des skateurs
passent devant nous, ils portent le jeans bas mais ça ne les
empêche pas de sauter ou d’exécuter un grind, sur la barrière
devant nous.
J’ai de nouveau pensé à cette musique dans l’église, j’avais
appris les paroles en primaire le refrain me tenait, ma langue se
délia :
Here’s to you, Nicola and Bart
Rest forever here in our hearts
the last and final moment is yours
that agony is your triumph
José, Fernando, Abdel reprirent en canon la chansonnette
derrière moi.
Christine souriait… tant mieux.
-dites, ça vous branche un concert punk avec groupes locaux et
petit pogo ?
-Petit pogo ?
-Où grand, cela dépend de l’espace qui nous sera concédé.
-Why not…Non c’est clair ça peut être sympa
-Abdel ?
-y’aura de la bière ?




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-Plus que tu ne peux en boire
-Dans ce cas.
- José, j’ne te pose pas la question ?
-tu connais déjà la réponse.
…
-Christine tu veux te joindre à nous ?
-ça se passe ou ?
-Au centre omnisports
…
-Punk, bière, pogo, plus fumette j’imagine ?
-C’est le programme
- D’accord, je dis au chauffeur de venir me chercher ensuite.
-Cool….
-Dommage y’aura pas les Béru
-t’inquiète Ab, les autres s’en chargeront.


Abdel entonne alors une chanson des Bérurier noir, celle qui le
met de bonne humeur et la seule dont il connaisse les paroles par
cœur…


Allô Balance Service, J'ai trouvé un complice
J'l'ai vu fumer du shit, C'est s-rement un Chiite
Faites du sale boulot, Pour gagner le gros lot
As-tu collaboré avec les policiers?




                               345 / 408
Donne-moi tes papiers, T'as une gueule de drogué
T'es tellement basané que tu dois être pédé
Toutes mes condoléances, Je ne suis pas une balance
Je sais ce que je fais et foutez-moi la paix !
                                                 (Bérurier noir : Et hop)




                              346 / 408
                           Chapitre 18
                  L'histoire selon José 2…



Après quelques semaines difficile ou le temps m’es apparut bien
long, j’ai finalement accepté d’intégrer cette nouvelle ville et
d’oublier progressivement, la ferme, le lait de vache de Madame
Bouvier et les Vosges.
Au début mes parents avaient peur, peur de ce que l’on racontait
sur la zup et ses habitants. Ils m’interdisaient toute sortie en
dehors de l’école, en tant que grand frère j’avais pour mission de
nous emmener et de nous ramener ma petite sœur et moi saint et
sauf tous les jours à la maison.
Puis au fur et à mesure que le temps passait je me fis des amis.
Le premier d’entre eux ne fut pas tout de suite du goût de mon
père, et encore moins de ma mère, qui pour elle tous les gamins
du quartier était des voyous. Pourtant ma volonté était elle que je
réussi à les convaincre un jour de l’inviter à la maison.
Mes parents ne s’attendaient à rien de la part d’un gamin, ou
naturellement qu’il soit un voyou. Mais Alexandre n’était pas un
simple gamin
En un repas Alexandre fit voler en éclat toute l’inhibition qu’ils
avaient à son égard. Ma mère riais aux larmes, ma sœur appris




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les pires grimaces et mon père avait trouvé un nouveau public
pour parler peinture et esquisse…Enfin surtout les siennes. C’est
simple du dessert au goûter mon père lui sorti toute sa collection
« dite privée » de peintures, auxquelles il ajoutait ses
commentaires en bien ou pas bien, mais plus souvent en bien.
Bien sûr Alexandre ne le contredisait jamais.
-Ce petit est intelligent, et marrant, tu ne trouves pas ? Lança ma
mère en plein épluchage de pomme de terre pour le dîner.
-Oui, très. De plus il a un réel sens de l’observation. Ajouta mon
père.
J’étais accroupi, planqué derrière la porte du salon, et heureux
qu’il l’accepte.
Du même coup les sorties m’étais permis et adieu la ritournelle,
maison, école, école, maison. Avec bien évidemment beaucoup
de modération, les devoirs avant tout, répétait mon père les
copains ensuite.
En primaire, au collège, au lycée j’ai toujours été un bon élève,
classé parmi les meilleurs quand je n’étais pas le meilleur. Ce qui
me valut tout de suite une réputation de suce boules surnom que
me donnait les gamins du primaire. Leur jalousie n’avait aucune
limite et bien que mon père mon père m’ai donné une bonne
éducation et de beau livre en ce qui concerne la vie de rue, niet,
nichts, nada.
Heureusement, Alexandre, Abdel et Cyril veillent sur moi. Ils
me protègent de toute agression physique ou verbale, contre le




                             348 / 408
racket, ou l’intimidation en tout genre, faut dire que les trois
réunis c’est un peu comme s’en prendre à un char d’assaut et tout
seul il crée les mêmes dégâts.
Je me souviens de ce type David qui n’arrêtait pas de me foutre
par terre en tirant sur mon cartable et moi qui saignait des coudes
en pleurant par ce qu’il se foutait de ma gueule en me traitant de
pédé, de sale tanche. Alors un matin tout a changé, David s’est
pointé comme d’hab, derrière moi histoire de me faire goutter
une fois de plus les graviers, les pissenlits. Mais cette fois Alex
l’a interrompu et de façon définitive. Et bien que David soit plus
balaise que lui, il comprit que devant la force il devait répondre
par plus de force. Et c’est avec une pierre dans le creux de sa
main qu’Alex envoya David sur le goudron, un direct en pleine
tête et bien qu’il soit plus balaise David savait qu’il avait en face
de lui plus dangereux. Ce fut la fin de mon mauvais traitement et
le début d’une      amitié sans faille avec ce gamin aux cheveux
noirs, au jean trop long avec des baskets rouges...


Alex m’empreinte souvent         mon      walkman, il a un tas de
cassettes et écoute un tas de truc. Il possède un tourne disque, et
un magnéto cassette sur lequel il enregistre un tas d’émission de
radio.
Cyril possède un flipper offert pas son père qu’il n’a jamais vu
mais pour lequel il a beaucoup d’estime. Quand on goutte chez
lui après l’école, sa mère nous prépare des tartines au Nutella, je




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déteste la croûte alors je l’enlève. Ça fait rire tout le monde,
même sa mère qui refile la croûte à leur chien, skip.
-Au moins un qui pense toi.
Abdel exagère toujours, il en mange à se faire exploser
l’estomac. C’est à croire qu’il ne mange pas chez lui. Mais je
l’aime bien même si quelques fois il me pousse à bout.
En classe, Alexandre se retrouve souvent à la porte,
naturellement s’en suit le cortège de copains, toujours les
mêmes : Abdel, Cyril et moi. La cause est principalement liée au
fait de notre bavardage incessant. Comme sait si bien nous le
faire remarquer notre maître d’école.
-J’ai l’impression de vivre avec ma mère et ses voisines, dehors !
L’ordre de départ suit une logique presque calculable à l’ avance
d’abord Alexandre, suivi au talon par              Abdel. Vient trois
secondes plus tard Cyril et pour terminer, moi. Mais il arrive
quelques fois que l’ordre s’en trouve modifié, il suffit qu’Abdel
non content de la réponse qu’il attendait hausse le ton pour que
tout soit chamboulé et le nouvel ordre est Abdel.
-Vas te faire foutre ! Suivi de Cyril
-Vas te faire foutre toi même !
-Ho, ça chie là !
-José sort !
Il ne reste plus qu’Alexandre qui regarde le professeur.
-Quoi ? Tu veux sortir toi aussi ?
- Ben je ne sais pas trop, j’ai encore rien dit.




                               350 / 408
- Et bien prend de l’avance, commence par sortir.


Une fois tous derrière la porte, les discussions reprennent dans
l’atelier qui sert de fourre tout, situé au 1er étage de l’école pièces
voisines de notre classe. On range les feuilles de dessin, la
peinture, on répare les instruments que l’on a fabriqué, On se
déguise : souvent avec les mêmes Alexandre en « Dottore Peste »
Abdel celui de Casanova, Cyril en clown possédé, et moi celui
avec celui diable.
Sinon pour l’activité cuisine pas question de se retrouver sur le
banc de touche tout le monde veux jouer les chefs pâtissiers et
c’est à celui qui fera le meilleur gâteau. Derrière viens la
dégustation alors là, chacun y va de son avis, attribuant une note
plus ou moins mais jamais juste. Tout cela vole vraiment, en
comparaison l’école des fans fais figure de d’exemple. Surtout
quand on connait la quantité infime des ingrédients laissés à
notre bon soin pour un résultat de gâteaux qui souvent a un goût
de déjà vue.
En fin de Cm2 ce fut avec un réel plaisir pour nos différents
maîtres et maîtresses d’école (en tous cas pour ce qui ne finirent
pas en dépression) que de nous refiler à leurs confrères du second
cycle.
Bienvenue en sixième.




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Ha la grande école, le collège Ampère, avec ces            neuf cent
élèves, ces onze matières différentes et a peu près le même
nombre de salle pour chaque cours, rien n’a changé ou presque,
Cyril…
Qui a préféré partir pour rejoindre son père installé en Suisse
plutôt que de rester. En même temps, on ne pourra pas dire qu’il
ne nous avait pas prévenus…
Abdel eu beaucoup de mal a combler le vide que représentait le
départ de Cyril. Il est vrai que tous les deux, c’était un peu
comme chien et chat, un jour on s’adore, le lendemain on se
déteste. Sauf pour les conneries ou là ils étaient inséparables, voir
même complémentaires.
Alex n’a rien dévoilé de sa souffrance, il s’est juste contenté de
griffonner quelques mots sur un bout de papier. Ainsi il pouvait
laisser son chagrin exploser sans que personnes le sache. Puis les
mains dans les poches un casque de walkman sur les oreilles, il a
continué à vivre, à sourire, comme ci de rien n’était. Mais je sais
moi, que chez lui, la tempête c’est à l’intérieur qu’elle se passe.
Cyril et sa mère lui manquaient énormément, le temps passé avec
cette famille : cette mère, ce frère, cela ne pouvait que lui plaire.
Cyril parti, il ne restait qu’un Alexandre touché et blessé, que
l’adolescence n’allait pas épargner.




                              352 / 408
La sixième est une nouvelle étape importante dans la vie d’un
enfant. Garçon, fille prennent un nouveau départ, se débarrassant
des poids de l’enfance pour enjamber les nouveaux obstacles qui
conduisent à l’adolescence. Et je ne vous parle pas des
modifications physiques qui vont de paire,        mais, plutôt du
changement de comportement, qui s’opère en premier lieu à
l’intérieure puis à l’extérieure. Ceci dit là ou certains y vont à
tâtons, d’autres passent à la vitesse supérieure en un rien de
temps. Ce fut le cas pour d’Alexandre, pour qui cette fuite en
avant avait gangrené bien avant l’adolescence. La sixième fut son
premier alibi à tout un tas de nouvelle expérience.
Le début d’année fut animé par sa folie sans frein, chose qui
n’était pas sans déplaire à nos nouveaux camarades de classe, qui
voyaient en lui une grande gueule, un trouble faite, un porte
parole de tout les excès, bref tout ce qu’ils auraient aimé être
mais qu’il n’osait pas, faute de courage, peut être. Alexandre ne
tarda pas à s’attirer    les foudres de certains professeurs et
membres de la direction qui ne voyaient en lui qu’un trouble
faite, responsable de tous les mauvais résultats de la classe.
Alexandre ci, Alexandre ça, certain allant même à le
déconsidérer, le mépriser… Encore une fois c’était bien mal
connaître Alexandre.
Alors contre toute attente, au fil des moi, la mutation commença
à opérer, finies les singeries en classe, finis les face à face avec
les professeurs qui se terminaient à la porte ou dans le bureau du




                             353 / 408
directeur, fini de jouer l’agitateur, le porte drapeau d’une poignée
de boutonneux.        Et quand bien         même    certaines blagues
persistaient, petit à petit Alexandre s’effaçait, farder de noir et
l’esprit distant…
Quand il n’est pas en cours Alexandre est au Centre Culturel, là
il dévore chaque livre, écoute minutieusement chaque disque que
son père lui interdit d’écouter ; immorale selon Dieu.
Immorales       les   Stones,   immorales     les   Cure,   immorales
Téléphones nus sur leur pochette, immorales… Mais pour qui en
réalité ?
Cachés dans le petit jardin du centre, il observe les gosses de
riches apprendre à jouer d’un instrument… Avec l’argent que
lui à offert sa tante il s’est acheté un baladeur à cassette, l’isoloir
parfait, imperméable au monde qui le rejette ou qu’il refuse. Si je
ne connaissais pas aussi bien Alexandre, je dirais que ce baladeur
était son meilleur ami…
Bien entendu au collège il ne snob personne et fait parti du
groupe de potes installés tous les jours sous le même porche.
Enfin, jusqu’au jour ou les pions nous ont viré, et qu’on est allé
s’installé sous l’autre porche, l’aile gauche du bâtiment. Chaque
récré, chaque moment passé en leurs compagnies se passe de la
même façon: chahut, joute verbale explicite (souvent trop
explicite) prise de bec, jeux stupides, concours débiles, bref la
routine quoi.




                                354 / 408
Alors que ma chambre ressemble de plus en plus à un lieu de
culte voué à de nombreux artistes allant de Klaus Nomi aux
Depeche Mode en passant par Erasure, mon look lui ne semble
pas affecté. J’aime toujours porter mes jeans bleus usés, les
chemises à manches courtes (hiver comme été) les écharpes à
gros tricot en laine, et ma mèche de cheveux qui me tombe
devant les yeux.
Abdel non plus ne change pas il porte toujours ses foutues
baskets blanche rayée bleu, sa veste en jean et sa coupe de
cheveux en éponge change de taille suivant les saisons.
 Alexandre lui a troqué ses jeans bleu (très usés) contre un
pantalon noir, un tee-shirt noir, et suivant la saison une veste en
lin noir ou son perfecto en cuir…noir.         En bref il adopta
rapidement ce nouveau look, celui qu’il allait devenir sa
panoplie, son signe distinctif. Celui-ci qui comme son baladeur
limitait le nombre d’accès à son monde et dressait une barrière
entre lui et le reste du collège. Paradoxalement il était
impossible pour une personne extérieure au cercle de ne pas
avoir vu ou entendu parler d’Alex.
Remarquez, un type qui traverse la cour habillé des pieds à la tête
en noir, des cheveux peignés à la dynamite, ça ce voit. Et je ne
vous parle pas de son bronzage…
Là encore, si je ne connaissais pas mon ami comme je me
connaissais, j’aurais cru à la simple crise d’adolescence. Et non




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pas qu’en réalité cette volonté de s’exiler, n‘était en fait pour lui
qu’une échappatoire, pour caché tout le reste.
À commencer par son père ; empreint à de violente crise de
brutalité, il exerçait son autorité de façon tyrannique : je suis, je
t’ordonne, je, je, je … sans compter la religion véritable calvaire,
plus puissant que certains presses agrumes destinée à vous faire
expier du soir au matin et du matin au soir, vos moindres faits et
gestes. Le comportement d’Alexandre devait être irréprochable
afin de ne pas choquer la morale d’autrui, une conscience pure,
immaculée de taches, dans les pas de Dieu…
Et malgré toute la haine que j’ai pu avoir pour son père je n’ai
jamais pensé qu’il pouvait mépriser son fils. Non, il a juste chuté
ou d’autres font l’effort de comprendre…
Un jour, au cours d’une discussion, parmi une de ces
innombrables discussions sur Dieu et de son fils Jésus, conduit
par ma prof de cathé, Madame boule de poil ; de son faux nom
(je vous laisse deviner pourquoi) et de son vrai prénom Violaine.
La question suivante m’a été posée par boule de poil herself.
-José à ton avis que dois-tu faire pour être accepté de Dieu ?
-Pour être accepter de Dieu ? -je pense que ce n’est pas à moi de
l’accepter mais à lui de m’accepter… et tel que je suis.
-Mais José, il n’est pas à l’homme de diriger ses propres pas !
-Ho moi vous savez, un type qui n’a pas de jambe et qui vous
explique comment marcher, je trouve ça suspect…




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En plus des problèmes familiaux liés aux conflits perpétuels avec
son père, Alexandre était sujet à d’étranges évanouissements,
surgissant à n’importe quel       moment. Telle une marionnette
privée de ces ficelles, Il s’écroulait sur le sol, inanimé, du sang
plein les narines, seul, privée de toute aide extérieure. Il nous
laissait incapables, dans le désarroi le plus total.
Nonobstant, penser que cela pouvait nuire à Alexandre c’était
encore      bien mal le connaître. Car question filles Alexandre
n’avait aucun problème.
-J’tassure, Dieu lui à filer un putain de truc, une gueule mi ange,
mi démon, mi autre chose… et il aurait tord de s’en priver, tu ne
crois pas ?
-si, si, t’as raison Abdel…
-Et toi ?
-Quoi moi ?
-Ta pas une petite amie ? Quelqu’un que tu vois ?
-Non !
-Non ? Arrête tes conneries. Il a ce sourire malicieux.
-J’te crois pas, un beau gosse comme toi et pas de nana. Il
continue de me scruter avec cette air de malice qui n’appartient
qu’a lui…c’est air de con.
-Abdel, si je te dis que j’ai personne, c’est que j‘ai personne.
-OK, OK, j’te crois…je dis simplement qu’une belle gueule
comme la tienne c’est dommage… Non franchement t’es presque
aussi beau gosse que moi.




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Excédé, les bras croisés, je me tourne vers ce cabotin d’algérien
en chaleur.
-En même temps si j’avais quelqu’un tu serais bien la dernière
personne à qui je le dirais… Alexandre me sourit -Et à lui non
plus d’ailleurs.
Sur les marches du cinéma Atmosphère, Alex discute avec un
groupe de fille rencontré y’a pas dix minutes. Il traîne avec lui
avec lui cet air décontract, détaché, celui qui lui permet de
draguer sans en avoir l’air. Pour cela il lui suffit d’une ou deux
blagues, d’un regard espiègle adressé avec je dois l’avouer
beaucoup de… Classe. Sa façon a lui c’est du genre « je te
regarde rapidement, mais assez pour te faire comprendre que tu
m’intéresse, répéter plusieurs fois je peux vous garantir que cela
les faits craquer. A ce jeu du chat et de la souris, c’est à celle qui
sera la plus rapide, et alors là fini les copineries, l’amitié, ou je
ne sais encore…
-Tiens matte la brune.
-La brune, j’ai vue.
Abdel, à raison une petite brune viens de se détacher du peloton
avec beaucoup d’audace, laissant les autres loin, mais alors très
loin. Et je ne vous raconte pas la suite c’est tellement, horrible.
Pour le coup c’est carrément l’abattage pour les autres… c’est
sûr elle a de forte chance de repartir avec son trophée.
Vous verriez la façon qu’elle a de se penché pour lui demander
du feu, s’en est presque…obscène. Sa           manière de tenir sa




                              358 / 408
cigarette, entre son majeur et son index, de le regarder… qu’est
ce que je dis. De le bouffer ! Son audace n’a pas de limite
puisque dans la foulée elle tente de poser sa main sur celle
d’Alex, qui faisant mine de ne pas avoir assez de gaz, l’enlève
aussitôt…
-Dommage !
-Ha, le vent qui lui a mis ! Abdel étouffe un rire.
-C’était quand même bien essayé. Mais mal connaître l’animal,
Alexandre aime les filles tendre pas les amazones et de toute
façon si ce n’est pas elle, ce sera une autre.
Il profite du soit disant briquet qui ne marche pas pour nous
appeler en renfort.
-Enfin je commençais à désespérer. Et sinon José, ce n’est pas
trop dur pour ?
-Pour ?
-Ben tu sais quoi. Il désigne de la tête la braguette de mon
pantalon.
-Abdel, c’est horrible à quel point tu peux être con, vraiment t’es
pathétique,    à chier, complètement has been. Mais dans ton
malheur tu as beaucoup de chance que ce soit ta bite qui
commande à ta tête, et pas l’inverse.
- A, ouai ?
-ouai.
-Et ça veux dire quoi ça, au juste, ma bite qui commande à ma
tête et pas l’inverse ?




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-laisse tomber, ils arrivent.
…
Pour reprendre les paroles de la chanson, les histoires d’amour
finissent mal et ne durent jamais longtemps avec Alex, quelques
jours, quelques heures et parfois même dévorées dans les minutes
qui suivent.
Jusqu'à ce jour de décembre, au bal de collège de Noël organisé
par les troisièmes. Ce bal où Alexandre n’eu de regard que pour
elle. Moi j’étais accoudé au podium près des enceintes mon
casque de walkman sur            les oreilles et je faisais celui qui
n’entendait rien. Mais en réalité il n’y avait pas plus de musique
dans mes oreilles qu’il n’y avait de cassette dans mon baladeur.
J’étais simplement là à l’affût des moindres paroles entre lui et
Miguel. La discussion, les regards portait sur cette fille brune
aux cheveux bouclés,            qui ne manquait pas non plus de
l’observer.
Cette fille je l’avais déjà croisé auparavant, que se soit dans les
couloirs du bahut, sur le chemin de l’école, ou au marché avec
ma mère.
Inexplicablement à chaque fois que je l’apercevais j’avais
l’intime conviction qu’à un moment ou un autre de ma vie cette
fille ferait partie de mon quotidien.
Inévitablement ce jour là arriva. Planqué derrière le garage à vélo
j’épiais Alexandre qui accroupi derrière une voiture attendais le




                                 360 / 408
passage des autres pour en découdre avec eux, boules de neiges à
l’appuie.
Mais au lieu d’un adversaire, ce fut une amante qui le débusqua.
Et alors que la neige continuait de tomber et que le froid gerçait
mes lèvres, sous le réverbère ils s’échangèrent leurs venins.
Appuyer contre la tôle froide du hangar à vélo, je suis resté là
assis plusieurs à mâcher un bout de lettre à sentir les flocons
fondre sur mon visage les doigts crispés sur mon baladeur pour
écouter et réécouter « Ceremony ».


Abdel eu moins de chance, ces vues sur Chabura restèrent
pendant longtemps comme de simples vues, et parce qu’il du se
rendre à l’évidence qu’il n’était pas le Casanova qu’il pensait
être. Blasé, mais pas achevé il décida de se tourner vers un autre
centre d’intérêt. Celui pour lequel son talent de raconteur
d’histoire allait exploser. A la tête d’un groupe de pote il a crée
un groupe de hip hop, mélange savant des Fat Boys pour le beat
box et de Run DMc pour la tchatche et les baskets blanches. Sur
scène il se donne à fond, le micro collé a ses lèvres, les mots
coulent sans interruption le public est conquis et les filles aussi.
Si je ne le connaissais pas aussi bien, je dirais que c’est une façon
détournée de dire : si je ne vais pas à elles c’est elles qui
viendront à moi…Sacré Abdel.




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Malgré le temps qu’Alexandre passe avec Nathalie, lui et moi
continuons nos petites habitudes, affalés sur le canapé, ou par
terre à tirer sur les fils de la moquette. La platine disques tourne
sans cesse et voit passer tout un tas de groupes. La musique est
pour nous un véritable centre d’intérêt commun.
Bien que mon rapport pour Alexandre va bien au delà de la
musique ou de la simple amitié.
Bien que sa vision du monde était un temps soi peu différente de
la mienne et souvent sans appel, j’étais convaincu de mes
sentiments envers lui
Un jour, alors que nous suivions des yeux l’interminables route
du diamant sur un vinyle des Pet Shop Boys, Alexandre me
confia ceci.
 - Les histoires d’amour n’on aucune chance…


Tu m’habilles, je suis ta marionnette
Tu m’achètes des tas de choses, j’adore ça
Tu m’apportes à manger, J’en ai besoin
Tu me donnes de l’amour, je le sens
Jette un oeil à notre couple, en toute sympathie
Avec tout ce que l’on voit
Je ne désire jamais rien, c’est facile
Tu achètes tout ce dont j’ai besoin
Mais regarde mes espoirs, regarde mes rêves
Et l’argent que nous dépensons




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Je t’aime oh, tu payes mon loyer
Je t'aime oh, tu payes mon loyer
Tu m'appelles le soir en murmurant
Et tu m'as acheté du caviar
Tu m'as emmené dans un restaurant en dehors de Broadway
Pour me dire qui tu étais
On ne se dispute jamais, on ne calcule jamais
L’argent que l’on dépense
Je t’aime, oh tu payes mon loyer, Je t’aime,
Tu payes mon loyer, Je suis ta marionnette…
J’adore ça…
                                               Pet Shop Boys« rent »




Nous avons rapidement laissé tomber les fête déguisées, avec du
jus d’orange au profit des clopes et de la bière. Et en l’absence de
cours on se retrouva tous à picoler allongés sur l’herbe d’un parc
ou à faire la fête chez untel, la vodka orange se buvait au goulot
et la fumée grise parfumer envahissait nos esprit. Vivre à cent à
l’heure, essayer de nouvelles choses, Sex Drug and Rock n’ Roll
en quelque sorte. En été, à l’heure ou les villas était désertées par
leurs habitants, il n’était par rare que l’on fasse le mur de ces
maisons    bourgeoise pour aller se baigner dans d’immense
piscine privée et quelque fois quand les clés de secours était mal
cachées, on écoutait de la musique sur des chaînes stéréo derniers
cris. Les vinyles trouvés appartenaient à de petits bourgeois en




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pleine mutation souvent atteint de crise révolutionnaire, leurs
disques étaient à leur image.


Dans une maison close
On les retrouve chacun dans leur chambre
Comme des fauves
Un secrétaire d'état, une Eurasienne
Les cosaques attaquent Natacha !
Le vice-consul préfère les coups de fouet
Une buddha affaire qui va éclater
Mais qui a fait tuer Léon Trotski
Les Yankees s'amusent à Varsovie
                    Les tzars (NicolaSirkis/DominiqueNicolas)


On était tous d’accord pour dire que c’était ce genre de moments
que l’on adorait. Et tant pis si on se faisait piquer par le proprio,
et tant pis pour la carabine chargée au gros sel. Vivre à cent à
l’heure sans se poser de question, sans se soucier des problèmes
que cela pouvait entraîner. Pendant que nos mères faisaient le
ménage dans un atelier de peinture ou dans une pharmacie, nous
on piquait de l’éther ou du trichlo à renifler, y avait toujours un
mini supermarché pour se procurer la bière ou des bouteilles de
champ. Qui de nous, n’étais déjà pas sortie d’une épicerie ou
d’un super marché en courant à tout vitesse pour échapper à un
vigile, au gérant voir aux deux à la fois. Fernand, sait de quoi je




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parle, il a faillit terminer au poste de police après s’être fait
piquer à chourer un pack de bière et des chips au petit
supermarché de la plaine. Tirer par le col de la chemise dans le
bureau du directeur de l’établissement il ne lui fallut qu’une
minute pour sauter par la fenêtre et se tirer a toute vitesse de la
scène de crime. Un minute, c’est le temps qu’a mit le dirlo du
super pour aller chercher la police à l’entrée du magasin… Quel
abruti ce type, quand même.
Je ne dirais pas que l’on n’était des voyous ou alors de tout petit
voyou mais rien avoir avec toutes inepties que l’on pouvait
entendre sur nous : c’est normal ils viennent de la Z.U.P, se sont
des gens pauvres et sans éducation, délaissés par des          parents
souvent absent.
Un matin ou je faisais la queue à la poste, en écoutent un
morceau des Passions « I'm in love with a german filmstar » une
discussion entre deux mammifères féminins attira ma curiosité.
Pour ne pas en perdre une miette, j’ai mis le volume à zéro et
tendu l’oreille pour écouter ce que cette grosse femme en
complet tunique de ménage bleu à fleur avec rien en dessous, ou
seulement ses gros bras et sa repoussante paire de gras sous les
aisselles racontait à cet autre grosse femme, victime elle aussi
des catalogues de vente par correspondance.
-Ce n’est pas de leur faute, ce sont les parents les fautifs qu’ils
aillent travailler au lieu de vivre sur les dos des autres.




                               365 / 408
-Ho ma pauvre je ne vous le fais pas dire, c’est vrai, c’est vrai. Et
vous ne savez pas la meilleure ?
-non
- il parait qu’on va leur construire, un terrain de jeux tout neuf et
un stade de foot !
-c’est pas vrai ?
-Si ! Et vous voulez la meilleure.
-oui.
- tout ça payer nos impôts.
-C’est pas vrai.
-Si
Du coup vu qu’elles étaient trop occuper à pousser leurs cabas de
courses avec leurs gros mollets épilés au rasoir et à s’essuyer le
front de toute cette gymnastique. J’en ai profité pour ne pas les
décevoir, et c’est avec mon plus beau sourire que je me suis
faufilé entre nos deux ménagères pour me retrouver devant la
guichetière. Bien sûr je ne pouvais pas en rester là, je me suis
donc adresser à elles, en empruntant une petite phrase qui je le
pense, ne manquera pas d’alimenter une semaine de conversation
autour d’un bon cassoulet servi dans un Tupperware.
-Heureux ceux qui sont conscients de leur pauvreté spirituelle,
puisque le royaume des cieux leur appartient. Et allez donc
troquer vos combi de ménage pour une tenue de sport.
…




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Saleté de bonnes femmes, nos parents ne chôment pas eux, ils ne
passent pas leurs temps derrières des queues interminables à
cracher leurs venins ou à se répandre en sourires hypocrite…
Nos parents travaillent comme des bêtes, pour survenir à un
loyer démesuré dans un quartier H.L.M. Habitation à loyer
modéré où les charges ne cessent d’augmenter ou les
dégradations ne cessent d’amplifier. Avant on pissait dans les
caves aujourd’hui c’est dans les ascenseurs. Alors à qui la faute ?
Aux parents qui ne leurs donnent pas d’éducation ?                  Mais
comment ? La moitié de leur vie ils la passent au travail et
l’autre moitié à dormir. Quand nos vieux ne font pas les trois
huit, ils bossent du matin. Cinq heures, quatorze heures, le soir,
vingt heures cinq heures. Et si tu n’en a pas assez pour manger,
il te reste toujours le samedi, le dimanche, et les jours fériés.
Quand enfin sonne l’heure du repos : la retraite. Tu choppes une
saleté de cancer qui t’emporte en deux, trois quatre mois. Ou
alors c’est l’arthrose causée par le surmenage, le stress
mécaniques, des mouvements rapides et répétitifs, des efforts
physiques dans des positions extrêmes voilà le lot quotidien de
nos parents.
Le travail, ils auraient tord de s’en priver puisque à cette époque
il y en à et pour tout le monde et pour cause en 1986, Oyonnax
capitale du plastique devient un nouveau concept la Plastic
Vallée. Qui regroupe 8 communes :




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Arbent, Dortan, Bellignat, Geovresset, Groissiat, Martignat,
Montréal la Cluse et Oyonnax.
Non cela n’a rien à voir non plus avec notre éducation ou une
pseudo absence parentale, non c’est juste qu’on ne se posait pas
la question de savoir ci c’était bien ou pas ou si nous avions les
moyens, on le faisait un point c’est tout. Avoir de l’alcool ou
autre chose, c’est « le pass V.I.P » pour n’importe quelle soirée.
Il n’est pas rare que l’on nous propose à Alexandre et moi de
nous charger de la programmation musicale, d’animer la soirée,
en bref de décoller des canapés ses jeunes fesses inanimées, pas
assez bourrées pour danser et déjà trop pour vous commander de
la musique comme on commande a son boucher un steak
haché…
-Heu excuse moi t’aurai pas un truc…tu vois…du style…tu
connais U2 ? Ben j’aimerais bien t’aurais l’aventurier ? le type
ce met a chanter- Bob Morane contre tout chacal, l’aventurier
contre tout guerrier….
J’avoue que dans ses conditions faire danses les invités n’est pas
chose simple, les écoutés me filent la migraine, et l’idée qu’il
faille passer de la musique pour leur plaire, me files des boutons.
Dans ces conditions un choix simple s’imposent, nous faire
plaisir et ensuite peut être accéderons nous à leurs demandent
: Ouverture avec Kraftwerk, suivie des B 52’s, les Talking
heads, Siouxie And The Banshees, Cabaret Voltaire, Happy




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Mondays, Echo And Bunnymen ,Blondie , les Doors, OMD ,
Bowie, etc etc …


-et les mecs! Vous n’auriez pas autre chose, par ce que là c’est un
peu…
-Vide ?
-Ben ouais
La fille qui organise cette soirée est en faite une copine d’une
copine à moi. Non pardon, Christelle est beaucoup plus qu’une
copine, c’est ma meilleure amie.
Son père est le boss d’une grosse boite qui emploie plus de 100
personnes, un gars plein au as comme dirait Abdel. Christelle est
quelqu’un pour qui j’ai une affection tout particulière. Elle n’a
rien à voir avec tout ceux de cette soirée, snob, puant, je suis la
plus belle et toi je ne te regarde même pas. Je porte un jean
troué mais attention, c’est un Ralph Lauren.
Malgré tout le fric que son père possède elle n’en a rien à foutre
de tout ce superflu de tout ces apparat de parade, elle ne juge
personne et excelle dans l’art d’envoyer chier tout les puants,
snobinard de seconde zone. Je sais aussi, qu’elle a le béguin
pour moi, mais moi pas. C’est juste mon amie, ma confidente et
je suis le sien, en quelques sortes nous sommes des amants sans
l’être.
En ce qui concerne la fête de ce soir, Christelle m’a raconté que
chaque soirée organisée chez cette fille commencent et finissent




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de la même façon. Pour commencer elle descend tout ce qui
passe : vin, tequila, bière, vodka, petit joint, cette fille a des yeux
partout. Ensuite par qu’elle pense que la soirée bat son plein et
que les bouteilles sont vides, elle se précipite dans la cave des ses
parents pour ouvrir une demi douzaine de bouteille de vin
millésimé, de champagne brut à trois quatre cent franc la
bouteille. La soirée s’achève pour finir, le clou du spectacle c’est
elle avec sa bande de potes, de gros nazes, tous fils à papa, issue
de la bourgeoisie 0yonnaxienne, futurs jeune cadres dynamiques
aussi amusant qu’un sketch de Michel Leb, et aussi intéressants
que la rubrique des rencontres des petites annonces
Je disais donc, la soirée s’achèvent alors que tout le monde se
tient devant la piscine, bras dessus bras dessous à demi à poil,
voir même pour certain complètement à poil et d’une
interminable holà suivie d’un plongeon collectif dans l’eau…
Pour rien au monde je n’aurai manqué ce spectacle, comico-
tragique, vraiment.
-écoute… je ne me souviens plus de ton prénom ?
-Juliette.
- Ecoute Juliette, la musique, le rock, ce n’est pas juste un truc de
connivence…Ce n’est pas un rouge à lèvres mauve que l’on met
par effet de mode pour s’attirer les bonnes grâces de je ne c’est
qui. Non la musique c’est autre chose inaccessibles pour certains.
Alors si tes amis ne danse pas, pose toi la question de savoir qui




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de ce soir est vraiment dans le coup, toi Juliette, ou eux ? Qui est
in, qui est out.
Alex ne décroche pas un mot il a juste ce sourire compatissent,
alors que Juliette nous observent hagarde, le temps pour elle de
rassembler son cerveau en miettes…
-D’accord c’est cool, je vais chercher du vin à la cave je vous
ramène une bouteille.
-Juliette ?
-Oui.
-tu lis dans mes pensés… la fille s’éloigne, titubant un ouvre
boite a la main.
-A ton avis, son père garde le vin dans des conserves ?
- Je ne sais pas trop…
…
-José on se casse, par ce que là du coup pour boire un coup c’est
mal barré.
-Attend il paraît que la fin c’est…terrible.


Comme je le disais au début de ce chapitre tout le monde
change, Abdel, Alexandre et moi n’échappions pas à cette règle.
Chacun de nous avance pour devenir celui ou celle qu’il sera
dans le futur. M’avait dit mon père
Et si le temps créait de nouveau lien que le cercle d’amis
augmentait que       nos caractères se forgeaient, malgré les
divergences d’opinion et les coups de gueules répéter nous
restions les meilleurs amis du monde, indissociables depuis la
primaire et aujourd’hui plus que jamais impliqués dans les
histoires de chacun sans pour autant comprendre ce qui ce passait
dans la tête d’Alexandre. Nous parlions souvent de sa distance du




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temps qu’il passait seul, à la bibliothèque, ou à la radio,
retranché quelque part dans son univers. Il devenait quasiment
intouchable, capable de disparaître d’une soirée, ou en apparence
il se sentait bien, sans aucun motif apparent…
Notre ami allai mal, et rien n’allai en s’arrangeant, ni les rapports
avec son père, ni sa thérapie avec cette psy et ne parlons pas de
ces malaises. Le fait qu’il se soit jeté sur ce garçon sans qu’il
n’ait eu d’explication au préalable, était un signe. Abdel et moi le
savions.


-Putain Abdel il lui a quand même déchiré la pommette !
-Mais c’est dur pour lui, José
-Oui, mais…
-Oui mais quoi ? Tu dis cela parce que tu n’habites pas le
cinquième de son immeuble toi, voilà tout!


Abdel a raison ce geste est des plus révélateur quand à sa santé
mentale et il nous faut l’aider, quoi que cela puisse nous coûter.
Il est temps de lui rendre ce qu’on lui doit, ce qu’il a fait pour
nous
Combien de fois m’a t-il tiré des pires ennuis en s’intercalant
entre eux et moi afin de m’évité les pires atrocités comme de
finir à poil, la tronche éclatés, racketté par des connards plus fort
que moi. Merci Alexandre, grâce à toi mon calvaire s’est arrêté.
Par considération pour Abdel il a refusé plein de chose parce
qu’il ne supportait pas que l’on puisse le diminuer.
-« C’est avec Abel, à mes cotés ou sinon c’est rien »




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Voilà comment après deux ans de répétition il claquait la porte à
Mme France et sa pièce de théâtre, les Chouans .
Il a quitté la troupe refusant un rôle plus ambitieux que celui de
son ami.
-« Un rôle de merde que vous lui avez filé à Abdel, voila c’que
c’est !
Abdel claqua lui aussi la porte.
-S’il part, je pars aussi!
Quelle bande de barges…ils étaient la à se marrer alors qu’ils
venaient de foutre en l’air deux ans de travail, plus la chance
inespérée de jouer la comédie devant une foule de personnalité
de la ville.
Tandis que je les regardais se marrer, je me remémorais le jour
de mon arriver dans ce parking de la Z.U.P ou ce gamin jaillit
de nulle part, à bien faillit passer sous les roue de la voiture de
mon père. Pendant que l’autre, s’amusait à le chronométrer sur la
pelouse tout en narguant un blondinet sorti de nulle part… J’ai
tout de suite compris que ces gamins avaient en eux un je ne sais
quoi de fou qui m’attirait. Dés cette première minute, il était
clair pour moi qu’il fallait que j’en fasse partie….


Voila c’est ici, sur ce banc du collège Ampère que mon histoire
s’achèvent, l’année prochaine j’irais au lycée et ma petite sœur a
son tour squattera ce banc puisqu’elle entre en sixième la rentrée
prochaine. Même si j’ai hâte de quitter le collège c’est avec une




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boule dans la gorge que j’envie ce moment. Car au fond de moi
je c’est que c’est la fin d’une époque, une fin longtemps
prémédité, celle du changement.
Je suis assis sur ce banc, et je ne sais pas si je dois ou si je ne dois
pas garder ces quelques notes. Je suis assis face à la cours et mon
regard parcourt d’innombrables visages d’élèves…mais je ne fais
que les parcourir car ce lui que je cherche, mon ami, mon
amant caché, reste introuvable…
Bientôt de lui dans l’enceinte de cet établissement il ne restera
que des souvenirs. Le son de sa voix, son sourire à peine éteint,
et son regard indéfiniment profond. Un fantôme qui traversait
chaque matin la cour en pensant : demain, demain…




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                            Chapitre 19
                          La vraie vie….


Au moment où vous abordez cette page, pour vous maintenant
les choses paraissent plus clair, le pourquoi du comment vous a
sauté au visage comme un jet d’eau précipité hors d’un tuyau
percé.
Alors que pour moi, rien ne semble s’être arrangé.
Ma vie amoureuse est un chaos merdique, mes études on prit la
flotte et la vie avec mon père ressemble à une conversation entre
sourd. Quand à mes nuits elles se font de plus en plus courtes. De
huit heures je suis passé à sept, de sept à six et de six à cinq. Un
nouveau mot est apparue dans mon vocabulaire celui de :
Insomnie
L'insomnie : est la diminution de la durée habituelle du sommeil
et/ou l'atteinte de la qualité du sommeil avec retentissement sur
la qualité de la veille du lendemain.
Effectivement il y’a du vrai dans cette définition surtout le matin
-Alexandre lève toi, il est l’heure, pour l’école.
Voilà je me lève, je me regarde devant la glace de la salle de bain
et fait couler de l’eau longtemps sur mes mains avant de refermer
le robinet. Je ne prends pas le temps de déjeuner, de toute façon
je n’ai pas faim, je passe la porte d’entrée et a chaque fois c’est
pareil l’envie de claquer la porte pour la dernière me démange.
Fatigué je descends me coucher à la cave, confiné entre la caisse




                              375 / 408
à outils et mon vélo j’ai planqué un duvet sur lequel chaque
matin je retourne m’allonger, regarder le plafond gris amianté de
cette cave humide et écouter la voix de Morrissey répéter sur
une bande bientôt trop usé


Bon moment pour un changement
Tu vois la chance que j'ai eue
Peux faire qu'un homme bon devienne mauvais
Alors s'il te plaît, s'il te plaît, s'il te plaît,
Laisse moi, laisse moi, laisse moi,
Laisse moi avoir ce que je veux cette fois
Je n'ai pas eu de rêve depuis si longtemps
Tu vois, la vie que j'ai eu
Peux faire d'un homme bon, un mauvais
Alors pour une fois dans ma vie,
Laisse moi avoir ce que je veux
Dieux sait que sa serait la première fois
                        Please, Please, Please Let Me Get What I Want (the smiths)



Je suis souvent réveillé par José qui après les cours me rend
visite. Il apporte avec lui bouquins et photocopies en rapport
avec les matières étudiées la journée. Il frappe trois coups avec
deux secondes d’intervalle entre chaque. Je me lève pour lui
ouvrir la porte et a chaque fois c’est la même chose, il me
regarde et sourit gentiment, puis me tend une barre chocolaté et
une bouteille de jus de fruit.




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-tient j’lai piquée à la Coop.
…
- tu as une mine horrible.
-Pas si horrible que la tienne
-tout le monde n’a pas la chance d’avoir son propre studio
Il regarde autour de lui, c’est comme s’il découvrait cette cave
pour la première fois.
-Tu reviens quand en cours ?
-bientôt
…
-Et avec Nathalie… comment ça se passe ?
-Ca se passe
- une clope ?
-Non merci trop tôt pour ce genre d’exercice.
Pour chaque cours loupé il m’apporte les siens, prend de son
libre pour m’expliquer la physique ou les maths. Quelque fois
on joue de la flûte, ce qui énerve pas mal le voisin du premier
Monsieur Zéoui qui descend à la cave, silencieux, l’oreille collé
à chaque porte il espère mettre la main sur ces faux musiciens qui
l’empêche de dormir après sa nuit de travail.
-Tu sais quoi José ?
-Quoi
-Avec tout ce que tu fais pour moi, c’est avec toi que j’aurais du
sortir.
…




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-J’suis pas ton style.
…
-C’est vrai, beaucoup trop poilu.


« Ca se passe » : voila comment résumer la situation entre Nath
et moi. Il est vrai que depuis mon altercation avec ce garçon les
choses ne se sont pas vraiment arrangées, je n’ai pour ainsi dire
rien fais pour que cela change.
En clair, je fais ce que je sais faire de mieux : tourner le dos et
me réfugier dans ma bulle… ça plus : biblio, ciné, radio.
Je continue de l’épier quand elle est au café, caché derrière, une
voiture, un arbre ou autre chose qui fasse l’affaire, je fume les
derniers mégots laissés, il y a quelque temps par ses soins dans
le cendrier. Sur les filtres oranges les traces laissées par sa
bouche, attire mes lèvres afin d’humecter son rouge à lèvres
rouge et de m’approprier un peu de ce qui lui est…
Les derniers reste de papier se consume et avec eux le sentiment
d’avoir échoué. Le filtre qui me brûle me rappelle a quel point je
suis imparfait et je repense Vanessa, à l’invitation de sa mère ; la
quel je n’ai toujours pas donné suite. Aux nombreuse fois ou elle
et moi sommes donner rendez vous, et auxquels je ne suis jamais
allé. La seul fois ou l’on s’est installé à un café ne fût en rien
provoqué, mais juste une rencontre fortuite à la sortie du ciné.
…
-Tu vas voir quel film ?




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-Beetlejuice, et toi ?
-j’en sort... on va boire un café ?
-d’accord.
Ce jour la j’ai tellement pris de café que je n’ai pas réussi à
fermer l’œil de la nuit et en plus on est tombé sur ma sœur et son
copain. Un gars très       gentil et poli ce qui ne gâche rien.
Euphorique, elle m’a confessé leur intention d’emménager
ensemble. J’ai trouvé ça précipité… toutefois ce n’est que mon
avis.
-si t’es heureuse.
-je le suis
-C’est bien, j’suis content pour toi.
...


Dernièrement, Abdel et son groupe de hip hop ont donné un
concert à l’occasion d’une fête organisée par une association de
jeunes, au profit de l’unification des peuples. Le concert était
génial, Abdel a donné le meilleur de lui-même, blagues, danse
invitations à toutes les communautés représentées à se donner la
main pour que demain soit meilleur qu’aujourd’hui : français,
Portugais, algériens, Marocains, tunisiens, turcs, Espagnols, et
Italiens tous ensembles pour fêter l’union. Je sais ce que vous
allez penser que ce truc c’est complètement utopiste, c’est vrai et
alors ! Sur ces bonnes paroles d’évangile (saint Abdel) José et
moi avons trinqué avec peu près tout le monde.




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-hé ! José trinquons à notre amitié ! A Abdel, à toi et à moi,
-et à Cyril !
-Et à Cyril !
-Tchin
-Tchin ! Hé zè,( diminutif de José en portugais) ça va ?
-oui, tout va bien ?
-T’a pas l’air dans ton assiette
-Tu te trompe tout va bien.
-OK, alors salute José !
-Salute ! Alexandre.
Nous levons nos verres de bière pour trinquer et au premier choc,
la mousse arrose le sol…
…
Alexandre se tourne vers Abdel à qui il porte un toast.
L’expression de son visage à ce moment, est une des plus belles
qui m’ait été donnée de voir. La joie et le bonheur s’y lit.
Heureux pour Abdel… loin de tous ces problèmes….
Comme il y a beaucoup de bruit, je lui murmure quelques mots.
Qui je le sais resterons sans échos
-Je suis si bien avec toi. Alexandre se tourne vers moi.
-Quoi ?
-non, je disais… rien.
-Parle plus fort j’entends nada!
- rien !
- OK ! Mais t’es sûr que ça va, tu fais une drôle de tête




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-sûr, c’est juste ma tête de tous les jours.
…
Apres avoir séché pas mal de cours je décide d’y retourner, une
fois assis à ma table, je remarque Christina qui les bras croisés
sur son bureau me guette du coin de l’œil. Je lui adresse un clin
d’œil. En retour, elle m’offre un sourire à peine visible. Mon
dieu que ce sourire cache quelque chose… j’ai bien senti à
plusieurs reprises ce regard, mais à chaque fois tu m’évites. C’est
la deuxième fois que je lis cette expression sur ton visage. La
première fût lorsque je t’abandonnais dans cette salle, seule…
avec rien d’autre que toi.
…
Alexandre plus je te regarde et plus je me demande jusqu’ou vas
tu aller ?... j’aimerai pouvoir t’aider, mais tu ne voudras
sûrement pas de mon aide. .Alors ne gâche pas ta vie et ne laisse
pas les autres te la gâcher…
…
Et puis un matin, ou comme d’ habitude je déambule dans les
escaliers attendant que la sonnerie annonce le début d’un cours
et juste après avoir poussé les deux énormes portes battantes qui
donne sur l’un des couloirs, je tombe sur une discussion assez
mouvementé entre Abdel et Nadia. Le peu de conversation qui
me soit venu aux oreilles révèle au cœur de cette querelle ma
présence ainsi que celle de Nat. Comme ils ne m’ont pas
remarqué, je fais demi tour et reprend les escaliers direction le




                               381 / 408
premier étage. Je passe les portes, traverse en long le couloir et
reprend les escaliers pour remonter. D’ici je suis plus près de ma
salle de cours et c’est avec beaucoup de discrétion que j’évite
Abdel, Nadia et l’embarras. Ce qui est certain c’est que mon
silence n’arrange, ou ma lâcheté prenez le comme vous voulez
n’arrange rien a la situation, pire le non dit on vraiment tout
pourri.
Devant une telle situation deux choix s’offre à moi : fuir à jamais
sur une île déserte et vivre de pêche et d’eau salée ou affronter la
vérité et subir le courroux de Nat.
…
 Un matin d’été, matin ou la lumière chaude du soleil fait
éclore les dernières tulipes, que l’herbe fraîchement coupée,
donne le sourire à tous ceux que je croise. Un matin qui
s’annonce pour moi comme une belle journée ou longeant le
grillage du collège j’effleure du bout des doigts son métal froid,
J’avance. Le son de mon baladeur poussé          au maximum en
parfaite harmonie avec le son des Smiths comme repère pour
chacun de mes pas.
Devant moi un couple d’amoureux se tient serré l’un contre
l’autre. Un mètre nous sépare quand je découvre le visage de
Lydie appuyé sur le cœur d’un garçon que je ne connais pas. Son
visage rayonne et le bonheur de ses joues rouge la flatte.
Ils ont l’air tellement amoureux accolés sous cet abri que je
trouve la scène en parfaite harmonie avec l’air du temps.




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Je croise son regard, mais elle se détourne du mien… en fait elle
m’a carrément ignoré. Du coup moi ça me fat bien marrer, et je
ne suis pas le seul. A cheval sur leurs cartables ou affalés dans
l’herbe, ma bande de potes ne se prive pas pour glousser à mon
sujet et sur celui de Lydie, gorges va même jusqu'à siffler l’air
de la panthère rose à mon arrivé.
-vous n’êtes vraiment qu’une bande de cons.
Depuis près de quatre ans maintenant que je les connais, il ne
s’est jamais passé, une journée sans que les idées les plus folles,
les plus tordu, ne traversent leurs esprits déranger. Ces types la
sont de véritables gosses attardés. Tenez, pas plus tôt que ce
matin J - C à acheter des boules puantes qu’il a refilé à chacun de
nous afin qu’elles puissent être placées sous chaque porte. Ainsi
à la première ouverture, au premier pas dans la classe ce serait la
puanteur collective dans tous les bâtiments... d’aussi loin que je
me souvienne ce type a toujours été barge. Grâce à sa connerie
naturelle beaucoup ne se relevèrent pas tout de suite. Comme par
exemple Ian déplâtré la veille au bras et qui fut replâtré le jour
suivant au même endroit. Ou encore Victor, à qui il cassa la
jambe droite dans un jeu stupide qui consistai à montés chacun
leurs tours sur le dos de l’autre. De courir à toute vitesse pour
effectuer un saut en longueur dans le bac a sable avec en plus
l’idée insolite de rajouté au fur et a mesure de la progression des
bancs en bois comme obstacle… Pour Victor un seul banc suffit,
la course fut belle mais tragique. En effet avec onze kilos de




                             383 / 408
moins que son cavalier, Victor eu à peine la force pour enjamber
l’obstacle qui, prit dans ses pieds, bascula illico…
Conséquences : un banc renversé, plus le gros J-C étalé de tout
son poids sur celui ci, plus une jambe droite écrasée.
Egale : une grosse fracture de la jambe pour Victor et un mois et
demi de plâtre.
Un autre matin, c’était à celui qui faisait un maximum de pas au
plafond porté à tour de rôle la tête en bas, les semelles de
chaussure passé au marqueur noir…ou encore à celui à qui
arriverai à volé la petite boite à pharmacie en métal planqué dans
le tiroir de l’infirmière, à piquer un max d’extincteurs ou de
démonter chaque table, chaque estrade, se trouvant dans une
classe… et quand il n’y a plus rien à piqué plus rien à démonter,
il nous reste , le jeu le plus bête, le plus méchant qu’il soit.
J’ai nommé : la statue.
Pour jouer, ce n’est pas compliqué. Il suffit de réunir quelques
fêlé, plus il y’a de fou plus c’est horrible. De crée deux lignes
avec de chaque coté le même nombre de personnes (si bien sûr
c’est possible) à une distance d’à peu près un mètre.
Une fois tout le monde placé, il vous faut maintenant désigné un
candidat. Pour ce faire, la courte paille paraît être la meilleure des
solutions. Je ne vous explique pas la règle vous la connaissez. Par
contre, je peux vous dire, que sur chaque visage on peut lire la
même chose « faites que ce ne soit pas moi » et pour cause. Celui
qui se trouve en possession de la plus petite devra venir se placer




                               384 / 408
entre les deux rangs et avancé jusqu'au bout de celle ci les yeux
fermer, afin qu’une, ou plusieurs personnes placé de chaque côté
lui assène une petite tape à l’épaule. Ensuite le malheureux doit
désigner son agresseur et dans le cas ou il y ait eu plusieurs : le
dernier.
Ah oui j’allais oublier, vous n’avez le droit qu’a un aller retour
dans l’arène, ensuite il vous faudra obligatoirement donner un
nom.
C’est à ce moment que les mots : jeux stupides et méchants
prennent tout leurs sens, et ce n’est rien de le dire.
Trois possibilités s’offrent à lui.
Premièrement : le condamné reconnaît sont agresseur. Dans ce
cas il est sauf et c’est l’agresseur qui devient l’agressé.
Deuxièmement : il ne le devine pas, mais il est assez rapide et
fort pour sortir de la mêler pour atteindre le trait qui le sauvera.
Troisièmement : il n’a ni le temps ni la force de fuir. Là c’est
l’assaut brutal contre lui, Coups de poing coups de pied rien n’est
épargné, voir même dans certain cas c’est plutôt expéditif.
Démonstration à l’appuie avec Eric. Un mètre cinquante trois,
rapide en athlétisme et pas du genre à se laisser faire. Bref, il
avance lentement les bras le long du corps et moyennement
décontracte, on discerne presque un petit sourire narquois.
Première aller : rien, aucune tape à l’épaule et toujours ce sourire
forcé. Le retour est moins décontracte on le sent plus tendu, ses
paupières tremble et ses poings se serres. Soudain une première




                               385 / 408
main ce dégage de la mêler, Eric est surpris, hésite mais préfère
se taire. Dernier aller retour, il reprend son souffle, lance un
dernier regard à tout les participants. Victor, J-C, Miguel, Abdel,
Robert, Georges, José, Nino, Eric, Fernando, Jean Paul et moi.
Puis il ferme les yeux, et se lance pour la dernière fois dans
l’arène.
Trois      pas et une première tape sur l’épaule en appelle une
seconde, quelques rires étouffé mais toujours rien de son côté,
une troisième, il sursaute mais c’est à la quatrième qu’il explose.
Les yeux grands ouverts et l’index pointé sur J-C il hurle à
s’égosiller. J-C dément toute action, normal, puisque tout le
monde sait ici quel est mauvais joueur il est. Eric qui sûr de
l’avoir reconnu, se jette sur lui et lui crache à la figure
- C’est toi espèce de merde !
Oui c’est lui, mais c’est Trop tard. Eric beaucoup trop prêt est
chopé directe à la gorge et l’étau qui rapidement se serre autour
de sa tête l’empêche de riposter. Il est bien mal barré surtout que
J-C soixante dix kilos projette Eric cinquante kilos, sur le gravier
comme un vulgaire sac de patate. Agrafé au sol, J-C l’écrase de
tout son poids et ce n’est qu’après une petite série de baffe au
visage d’Eric qu’il relâche son emprise pour le laisser se révéler.
Eric est encore plus furieux que jamais, il se mouche sur sa
manche, crache un énorme molard au pied de J-C et nous traite
de tout les nom -bande d’enculer, Pédé, fils de pute, allez vous
faire foutre etc, etc…




                                386 / 408
Okay je vous l’accorde, sur ce coup on n’a pas été super réglo…
De toutes façon ces deux là on jamais pu se blairer. Et ça ne c’est
pas arrangé… Le pire c’est que ce jeu stupide connaît une vraie
popularité, vous ne me croyez pas ? Et bien pourtant ça l’est.
Chaque jour il attire plus de monde, plus de barge, le cercle
grossi et les bobos aussi…
Pour en revenir à ce matin, J.C et Victor (qui sois disant passant
n’est jamais en reste) on décider d’organiser une statue pour 10h.
Avec pour seul plat unique cet espèce de grand dadais, qui deux
ans auparavant m’avait refuser l’entrer du foyer et auxquels
j’avais du recourir à la violence pour entrer. C’était bien avant
bien sûr, qu’il ne prenne douze kilos, dans chaque bras.
Dix heures cinq, entrée du bâtiment ouest, tous le monde est là.
Tout le monde, sauf l’autre attarder… tien quand on parle du
loup.
Victor, à plutôt l’air surpris, pas la prise de poids de leur inviter.
Il regarde J-C, qui lui est… comme d’hab, Zen.
-Putain, J-C ta vue ces bras ?
-Ouais j’ai vue, mais c’est que de la gonflette, c’est pauvre un
type, un looser. Effectivement ça n’a pas l’air de l’inquiéter plus
que ça. Il va même jusqu'à se faire pété les articulations des
doigts main, galber le torse, et rassuré ce pauvre Victor
-t’en fais pas j’ai mon idée. Et quelle idée…




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Ce qui avait poussé J-C et Victor à l’inviter, fut sa grande gueule.
Attendu que la veille il leur balançait ; sa poufiasse sous le bras
(son équivalent féminin avec un cerveau de la taille d’un oeuf)
-Franchement, dans votre jeu y’a que des gonzesses, je vais venir
et là ça va tout changer. Il finit à peine de parler que sa pouf
reprend aussi sec.
-c’est clair, un mec au milieu de nana ça change tout… Un
cerveau pour deux, de la taille d’un œuf.
-Putain J-C c’est qui cette conne !
- J’sais pas trop… une conne.


Monsieur gonflette, ne c’est pas dégonflé il déboule fier,
arrogant, les cheveux gominés et plaqués en arrière façon chien
mouiller. Une veste en cuir rappelant celle de Scarface, un
marcel blanc et une démarche d’abruti.
-Alex, tu savais que ce minable jouait dans un groupe de hip
hop ?
-Non, a quoi tu vois ça ?
-Je sais pas, peut être à cause de sa démarche, on a l’impression
qu’il a un truc a dire, mais lui-même ne sait pas quoi.
Entièrement d’accord avec José, Malheureusement sa bouche ne
resta pas longtemps fermer.
- Ma veste c’est Cent pour cent cuirs de vachette, nous dit-il en
soutenant le regard de chaque personne présente. –c’est la copie
conforme que porte Al, dans Scarface. Sur ces dernières paroles,




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un silence de mort s’imposent à chacun de nous…sauf pour José
qui fin une quinte de toux, afin de dissimulé un rire au bord des
larmes.
Ensuite il ôte sa veste, la plie avec beaucoup de délicatesse, pour
la poser sur le trottoir, juste à coter d’un petit seizième, pantalon
large les cheveux presque rasé à blanc un skate sous les pieds.
-Et gamin j’te la confie, fais y gaffe comme à la prunelle de tes
yeux. Réponse immédiate du gamin qui se lève, grimpe sur sa
planche et se casse.
-Fais y gaffe toi même à ta veste de merde, et puis apprend à
parler correctement, Scarface de mes couilles ! Monsieur muscle
ne bouge pas, estomaquer par ce gosse de dix ou onze ans, qui
viens de le clouer sur place. Et re-rire pour José qui venait à
peine de reprendre son souffle.
Sur ce J.C, plonge la main dans son sac à paille et le tirage peux
commencer.
-T’as vu le gamin comment il l’a mouché.
-J’ai vu Miguel et crois moi c’est pas fini. Sourire et petit clin
d’œil, que le destin fait bien les choses. L’heureux gagnant de la
loterie de ce matin, est : monsieur univers en personne.
Par un heureux tour de passe-passe J-C a réussi à refiler cet
abruti la plus petit paille, petit tour de passe qui je le crois
satisfera tout le monde. Victor a Juste le temps de lui expliqué les
règles qu’il approuve par un haussement des épaules, que le




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voila déjà partis s’échauffé comme un boxeur, avant un match a
pointé du doigt quelque personne du groupe.
-Toi, toi, toi j’te prends, j’vous prends tous !
Victor lui indique du doigt le trait au sol, le saint trait salutaire,
haut combien aimé de nous tous tomber un jour ou l’autre au
centre. Une fois terminer tout le monde se met en place.
Dans mon rang nous sommes neuf, en face huit. Sur la droite, à
six, sept mètres le saint trait et bien sur à ma gauche, au début de
l’arène… machin. Dans son dos, à quelques pas, l’entrée du
bâtiment avec ses deux portes battantes.
Début du jeu, machin avance les yeux fermés, il balance ses bras
derrière, devant mais personnes ne bronches. Rires nerveux ou
autre chose il se marre comme un con, du coup cela fait rire les
autres qui n’attendent qu’une seule chose lui rentrer dedans.
Arrivé au bout de la file, toujours rien. Il souffle un grand coup et
se retourne pour faire face de nouveaux aux files. Apres l’allé, le
retour, ce qui n’est pas une mince affaire, puisque maintenant il
va avancer le trait de craie blanche dans son dos…
Plus concentré et moins décontract, il avance avec cette
impression que d’une seconde à l’autre il va lui arrivé quelque
chose... Les bras le long du corps les poings fermés, il sursaute
quand une première main l’atteint. Il s’arrête net, ouvre les yeux,
un coup d’œil, à droite, à gauche, mais il n’est sûr de rien.
-Bordel ! Hurle-t-il, en tapant du pied. -Vous vous croyez
malins, hein ? ... En l'absence de réponse, il repart irriter, le




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menton dressé vers le ciel et d’un pas décidé. Bien entendu la
réplique ne ce fait pas attendre puisque       aussitôt, a gauche
comme a droite les tapes sur ses épaules pleuvent. Fou de colère,
il ouvre les yeux et se retourne, sur d’avoir trouvé son agresseur
qu’il pointe du doigt, sa bouche s’ouvre, hurle –toi ! Et là… Plus
un son, plus un geste. Plus rien, juste de l’incompréhension.
Perplexe, il laisse sa bouche se refermer, à mesure que son doigt
se rétracte.
Quel être crédule, comme si un seul d’entre nous avait l’intention
de le laisser gagner… Dans les deux files derrière lui tout le
monde à changer de place. Alors imaginer le, lui et son index,
tout aussi étonné, de trouver Jean-paul (le nain) sur leur ligne de
mire à se demander comment ? Oui comment, Jean Paul trois tête
de moins est pu atteindre son épaule. Malheureusement la
réponse restera sans réponse. Suspendu quelque part au pays des
questions sans réponse, Bloqué entre : qui de la poule ou de l'œuf
est arrivé en premier? Et : en cas de guerre nucléaire...
l’électromagnétisme produit par les bombes thermonucléaires
pourrait-il endommager mes cassettes vidéo ?...
La meute ne lui laisse pas le temps de réfléchir ou juste à peine
de quoi mettre un pied devant l’autre pour fuir, que déjà les
coups pleuvent. Le bougre se défend tend bien que mal, il se
ratatine une fois, quelques coups de pied, se relève, perce un
petit trou dans la défense, et réussi à sortir…. Il est dégagé
certes, mais pas dans le bon sens… Et alors que la liberté lui




                             391 / 408
tend la main, il va se produire une série d’actions plus ou moins
indépendantes de notre volonté, qui vont conduire ce crétin tout
droit vers une sortie définitive…


Début de l’action (en trois partie) un : machin qui parviens à
sortir de la mêler, croise le regard décider de Christina, laquelle à
cet instant déboule du couloir à grand coups de latte (bien
appuyés) sur les porte battantes .A bout de bras, son énorme sac
rouge et dans l’autre le grand cahier d’appel. Cahier polyvalent
puisqu’il fait aussi office de carnet d’absence.
Deux : Francis, un mètre quatre vingt, quatre vingt cinq kilos,
pilier droit de l’équipe benjamine de rugby, bien connue pour ses
cravates à la gorge et ses polos rayés. Pose son énorme pied
devant celui de truc muche qui stoppé nette par la paire de
Nastase blanche et bleu. Déséquilibré, mais pas à terre il se
dirige tout droit vers de Christina, le pied droit, à la recherche
d’un nouvel appuie…
Trois : Deux mètres à peine, le sépare de Christina, quand
flippée, elle laisse s’échapper le grand cahier de liaison, qui ne
trouve pas mieux que de se glisser sous le pied orphelin de
Machin… je ne sais pas si c’est le fruit du hasard ou d’un
malheureux présage, mais il viens de corner la page réservé
aux absences… Dérapages et prise de vitesse, il fonce tête
baissée vers Christina qui a, à peine le temps de s’adosser à la
porte ouverte, quand il la frôle. Propulsé telle une météorite, il




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passe les portes déboule dans le couloir et fini sa course : dans le
grand, le dur, et tout métallique radiateur à eau… Sur le coup
personne n’ose t’y croire, machin gît à terre, inanimé, les bras le
long du corps, la tête à plat sur le lino, non personne ne veut t’y
croire. A part peut être Christina qui à peine remit de ses
émotions m’interpelle.
-Tu devrais peut être faire quelque chose, avant que quelqu’un ne
débarque.
J’approche lentement, avec l’espoir qu’il remue un bras, une
jambe, un petit orteil, mais rien, rien ne semble le dérangé pas
même les autres qui dans mon dos prennent la poudre
d’escampette. Je me penche légèrement en avant, pour bondir
aussitôt et hurler.
-Putain, merde, fait chier, merde ! Le spectacle n’est pas très
beau à voir, il a la joue déformer par le lino cradingue, une
longue traîné de bave sur le menton et la plus grande, la plus
énorme, la plus rougeâtre des bosses qu’il m’est été donner de
voir. C’est simple si je ne le connaissais pas avant j’aurais juré
qu’il était né comme ça, une malformation, un truc à la Elephant
man… Je m’accroupi pour mieux l’évaluer, sa main gauche
soubresaute, je perds l’équilibre et me retrouve les fesses par
terre. -Bordel ! Ce con m’a fait flipper. Il est temps pour lui
comme pour moi de tirer la sonnette d’alarme et de filer.
J’agrippe la poignée fixer au mur, tire dessus, et là c’est tout le




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boîtier qui viens, plus un morceau de plâtre de la taille d’un
œuf… d’un gros œuf, celui d’une autruche par exemple.
-Putain, de bahut de merde ! Et bien évidemment c’est le
moment choisie pour le pion de faire son entrée par la porte du
préau… Ses yeux vitreux, sa maxillo-facial décroché, il cherche
une explication à cette scène ahurissante. Il fixe décontenancer
chaque chose, chaque personne : Machin, Moi, l’alarme dans
mes mains, re-moi, le trou dans le mur, l’alarme,             baleine
échouée à mes pieds et moi. C’est dur mais au bout d’un
moment sa mâchoire semble retrouver de l’élasticité
-toi, tu reste ici je vais chercher quelqu’un, okay ?
-Je… Allez-y, je ne bouge pas… Un quart d’heure plus tard les
pompiers débarque, sangle le corps de machin sur une civière, et
l’enfourne dans leur camion pour un aller simple à l’hôpital.
Pour moi c’est le       bureau du directeur. Je m’affaire à lui
expliquer dans quelle circonstance j’ai trouvé le corps de Bidule,
inconscient, allongée sur le lino. Je lui explique aussi pour
l’alarme dans mes mains et le trou dans le mur. Je ne suis pas sûr
qu’il est tout gobé, mais de toute façon c’était ma parole contre
celle de bidule, et bidule était a l’hôpital, et dans le cas contraire
aurait t’il avouer qu’il participait à un jeu interdis par le
directeur ?
-C’est comme je vous le dit, monsieur, je passais dans le couloir
tout à fait par hasard et c’est là que j’ai vue le corps de notre
camarade étendu sur le lino. J’ai tout de suite essayé d’appeler de




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l’aide, mais le matériel trop vieux met rester dans les mains. Sa
moue dubitative se change en moue grimaçante, aux mots :
matériel trop vieux.
-C ‘est a ce moment que Yves, le pion… il me reprend
-Le surveillant.
-Oui pardon que le surveillant nous a découvert moi et ?... Bref
il m’a demandé de rester prés du blessé, ce que j’ai fait, le temps
pour lui de prévenir le personnel compétent…
Je vois bien que sont crâne large et dégarnie est chauffé à blanc,
que ses doigt qui gratte son front cherche autre chose que ce que
je viens de lui donner comme explication, pourtant les fait sont là
et aussi douteux que cela puisse paraître, il lui fallait s’y résigner.
-Tu n’étais pas sans savoir qu’il est interdit de se promener dans
les couloirs, pendant la récréation ?
-Je le savais monsieur. Roulement de tambour sur sa chaise, il
hésite un moment puis reprend.
-En même temps grâce, à ce couloir que tu à emprunter
illégalement, tu as pu porter secours a Adèle… Attention ! Je ne
dis pas que le fait de désobéir au règlement intérieur est une
bonne chose, mais aux vues des circonstances, rien ne sera retenu
contre toi.
Adèle…Alors machin s’appelle Adèle… J’y crois pas. Mister
gonflette, monsieur Le sosie de Al Pacino porte, un prénom de
fille… J’y crois pas, Quel looser.




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 -Hum, en tant que représentant officiel des parents et directeur
de cet établissement, je tiens Alexandre à te remercier pour ton
aide, et de l’assistance porté envers ton camarade... Voilà tu peux
à présent retourner en classe. Il me raccompagne vers la sortie en
m’assurant qu’il mettra tout en œuvre pour changer le matériel
défectueux. D’un geste franc il abat sa grosse main sur la poigné
de porte, l’ouvre, et…
- Une dernière chose Alexandre ?
-Oui monsieur,
-Le jeu de la statue ça te dit quelque chose ? A nouveau son
regard perçant.
-La statue ? J’inspire par le nez mon ventre se gonfle, je retiens
deux seconde et j’expire par les narines, j’ai la tête du type qui
se donne de la peine... – Jamais entendu parler. Il relâche son
attention sur moi. Tien lui aussi a la tête du type qui se donne de
la peine.
-Très bien, tu peux retourner en cours. Il ouvre la porte en grand,
Je suis enfin dehors et content de l’être.
…
Ont c’est tous retrouvé à 13h 00 devant l’entrée du collège. Bien
sûr l’accident avait fait le tour du bahut tout le monde parlait sans
savoir vraiment ce qui c’était passé. JC, Victor et les autres ont
eu la bonne idée de mettre un terme à ce jeu stupide.




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-Trop risqué. Balance JC, les yeux rivés sur le trottoir à essayer
d’enlever la merde de chien collé sa basque. Il poursuit en se
marrant - et remarquez, c’est pas l’autre blaireau qui va l’ouvrir.
-Ok, une dernière et on arrête ! Balance Victor. Fou rire général
mais personne n’est contre.
-La der des ders, une méga statue avec un max de monde, voilà le
plan… j’avance, curieux d’entendre son plan, Francisco avance
aussi, ce plan l’étonne autant que moi. J’avance et quelqu’un
m’agrippe la main, m’extirpe hors du troupeau, je me retourne :
Nathalie…
Il ne faut pas plus d’un petit signe de sa part, pour que dans ses
mains je m’éloigne avec elle. Ses doigts s’entortillent aux miens
et son parfum pénètre mes sinus. Ses doigts m’étreignent un pu
plus, et je m’attarde sur un trou dans la poche arrière de son
jean… elle porte aussi cette veste kaki; vous ai je déjà dis à quel
point je l’adore…
Sûrement parce qu’elle préfère se tenir à l’écart des oreilles
indiscrète, elle choisie de s’asseoir de l’autres coter de la rue.
Replier sur elle-même, les bras autour de ses jambes, elle sourit
absente, les yeux vagues et la pupille qui tremble, je la regarde
sans bouger. J’essaye d’imaginer à qui, à quoi, peut elle bien
penser. Lorsqu’enfin son regard croise le mien je le fuis pour
m’attarder sur ses belles boucles brunes. Sur ses doigts long et
fin. Sur sa peau rose dévoilée par un autre trou dans son jean.
J’aimerais pourtant la serrer fort contre moi, l’embrasser comme
il y a longtemps, mais ce n’est pas le moment, ce n’est pas le bon
moment. Pour l’instant, il faut juste que je sois là, pour elle, prêt
à l’écouter, prêt à tout écouter...




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Un sixième (petite taille, et cartable démesurer) qui passe en
courant devant nous perd son équerre, Nathalie la ramasse et la
lui tend. -tiens.
-merci Nat
-tu le connais ? -oui, c’est… Elle fouille dans les poches de sa
veste et sort un paquet de tabac à roulé, plus quelques feuilles.
-tu fumes des roulés ? Je m’assois près d’elle
-Moins cher.
-bien sûr… Sa langue humecte la partie collante du papier, et
d’un geste précis referme la feuille pour lui donner une forme
cylindrique parfaite.
-qu’elle technique !
-j’apprend vite. Elle porte la cigarette à ses lèvres, l’allume, tire
une longue bouffée et me propose une taffe.
-Non merci je… aller oui pourquoi pas. Je tire une bouffé et ma
tête est prise d’un soudain vertige.
-Alors?
-A oui, c’est super, c’est… elle me coupe, et me reprend la clope
des doigts
-j’te parle pas de ça.
-Tu…tu n’es plus toi-même Alexandre …tu es bizarre ?
-je l’étais déjà avant.
-Bien sûr, et cela te vas tellement bien… Mais ce n’est pas de
cela qu’il s’agit… Ses yeux tremblent, et quand elle chasse la
cendre sur sa cigarette c’est avec beaucoup de force.
-Tu m’évites… on ne se parle plus, on ne se voit plus, ni ici ni
en bas de chez moi… nulle part. Et Je ne parle pas des cours que
tu sèches, ils sont tellement nombreux. Et quand bien même tu y
es, est tu vraiment ?
-tu n’es pas dans ma clase, qui ta raconté ça ?
-Ça n’a aucune importance.
-ça en a pour moi !
-A oui, et que vas-tu faire ? Lui casser la gueule ? Je m’étonne
de sa remarque.
-désoler, ce n’est pas ce que je voulais dire. Elle tire une taffe et
me retend sa clope. Je reste silencieux, la cigarette entre les
doigts, je sui le vole irrégulier d’un morceau de pollen.




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-petit à petit tu t’es éloigné de tout le monde…et encore eux c’est
rien. Elle indique la bande, toujours en pleine discussion. -Au
fond, ce que tu peux devenir, ils s’en foutent. Je les regarde à
mon tour. -De toute façon la plupart sont de vrai con. Non, c’est
surtout pour, José, Abdel et…
-Et toi. Elle crase sa cigarette du bout des pieds, mais ne me
répond pas –Ce n’est pas ce que tu pense ? Et puis je ne suis pas
si différent que ça.
-différent ? Non je ne pense pas, tu avais déjà cet air triste quand
je t’ai connue… non ce qui est différent, c’est ta volonté à
t’enfermer, à t’isoler. Toi et ce qu’il y a la dedans … elle tapote
mon crâne et reprend -quitte à nous mètres de coté …
-Et avec la psy, ça se passe comment?
Je ne réponds pas, happer par l’ouverture grinçante du portail.
Le pion a tout juste poussé la ferraille dans une buté, que le raz
de marré d’élèves déferle dans la cour, identique a celui des
fourmis regagnant leurs galeries ou a celui des zombies en proie
à de la chair fraîche.…
Nath, m’effleure du bout de ses doigts. A t’elle remarqué que je
n’étais plus là ? Avec le dos de sa main elle caresse la mienne,
nos regards se croisent, s’échangent quelque soupir mais pas un
mot. Dans se silence qui en dit long, ses lèvres se détachent.
-José m’a raconté pour la cave, pour les devoirs...et pour le reste
- Le reste ?
- qu’il te brutalise, qu’il te bat.
-Il t’a dit ça ?
-oui.
-Et qu’est ce que José t’a raconté de plus ?
-Que t’on père… Elle s’interrompt un moment, roule une autre
cigarette, humecte le papier et l’allume.- Que ton père t’avais jeté
dans les escaliers… elle tire une bouffé nerveuse, et me tend la
cigarette.




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-José a vue mon père faire ça? - En faite c’est Abdel qui lui a
raconté. Il lui a dit qu’il avait entendu du bruit, qu’il est sortis et
après ça t’on père ta pousser les escaliers… j’écarte les yeux
tout grand, stupéfait. -en faite il ne m’a pas pour ainsi dire
poussé, dans les escaliers.
-Ah non.
-Non, en réalité je cherchai à fuir sa ceinture. Apres plusieurs
coups portés dont deux portés au bras ; j’essayai de la lui
arracher des mains. J’ai ouvert la porte d’entrée pour me barrer, il
m’a balancé un coup de pied dans le dos, et comme j’étais au
bord des escaliers j’suis tombé … ensuite j’ai dévalé le reste des
escaliers à tout vitesse et suis partis me planquer le plus loin
possible… voilà.
-Abdel a essayé de te rattraper tu sais, mais tu étais déjà loin, il
t’a même appelé, mais apparemment tu cours trop vite…
Alexandre, depuis combien de temps ça dure?
-depuis combien de temps mon père me bat et tout le reste? -oui ?
-depuis quand, difficile a dire. J’essaie de me souvenir mais c’est
tellement… alors les images gravées d’un temps refont surface.
Du temps ou enfant il jouait avec moi, du temps ou il me
ramenait des camions de pompier en fer ou en plastique, tous
rouge et blanc. Du temps où il me coupait du pain pour glisser un
gros morceau chocolat noir, il savait que j’adorais le chocolat
noir. Du temps où il m’accompagnait à l’école, sa grande main
enveloppait la mienne. Et puis quand j’étais trop fatigué pour




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marcher il me portait jusqu'à la maison... -Depuis combien de
temps ? Je n’en ai aucune idée… Et toi ?
-moi ?
-Oui, toi, tu penses que toi et moi c’est fini ? Que je me suis
écarté de toi, d’Abdel ou de José ?... et quoi d’autre. Tu penses
pouvoir me comprendre parce que mon père me bat ?…Et la
psy ? Parlons en tient, combien de temps il lui a fallut pour en
arriver à la conclusion que je n’avais pas plus de problèmes de
comportement qu’un autre gamin. Combien de temps pour
avouer à mon père que si quelque chose ne tournait pas rond
dans ma tête c’est que je manquais cruellement d’affection de sa
part. Pire d’amour… et la il répondra ce qu’il m’a toujours
répondu, sa phrase culte tiré de la bible : La sottise est attachée
au cœur d’un garçon ; le bâton de la discipline, voilà ce qui
l’éloignera de lui. « Le bâton de la discipline », voilà sa façon à
lui de me prouver son amour... Et puis après, elle n’a pas
continué de vivre avec lui, elle. Non elle c’est juste contenté
d’apporté mon prénom à son grand cahier de stat. D’écrire une
banalité que Freud explique très bien par un quelconque truc de
sexe : désir, de refoulement chez l’individu etcetera… Tu
voudrais que je te dise que mon père était déjà un enfant battue,
que son père était le pire des salopards ? Ok, ben voilà je te le
dis, mon père était un enfant battu, et son père le pire des
salopards. Du coup il a suivit ce putain de schéma patriarcal…
Mais peut être que je me trompe, peut être que tu ne te sens pas




                             401 / 408
capable de pouvoir m’aider ? Qu’à l’âge que tu as, c’est trop
lourd à porter.       Mais rassure toi, je ne te demande aucun
sacrifice, ni à toi ni à personne. Même si c’est dure et si… si
j’aurais préférerais n’avoir jamais existé… Mais soit tranquille,
Je vais bien…Dure à croire aux vues des circonstances…
Nath jette sa clope le plus loin possible, remontée à bloc, elle
soupir longuement et prend appuie sur ses mains. Ses yeux
noisette croisent les nuages dans le ciel, nuages qui auront
bientôt raison de nous. Elle se redresse, fixe le portail et d’un ton
sec reprend.
-Qu’est ce que tu crois Alexandre, que je vais continuer à me
morfondre en t’attendant? Tu me crois insensible, que tes
absences ne me fond ni chaud ni froid ? Elle tremble en me
regardant, ses yeux rougis versent une larme puis une autre. J’ai
moi aussi cette sensation, que des gouttes d’eau embue mes yeux,
j’essuie délicatement ses larmes et m’approche d’elle, ma bouche
effleure la sienne.
- Si tu savais comme tu me manques…Ne pas te voir, ne pas te
toucher… je voudrais que tu ne sois qu’à moi… je passe mes
journées à te suivre à guetter les instants. Dans les couloirs du
collège quand tu rentres en classe, à une terrasse de café, ton
sourire, tes cheveux… le soir je m’assois sur le trottoir pour
essayer de te deviner à travers les rideaux de ta chambre….
-Je croyais que t’avais arrêté ?




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-C’est bien ça, j’essai d’arrêter. Ses doigts glissent le long de ma
joue, un peu comme le ferait une lame de rasoir. Elle me regarde
aussi loin que ses yeux peuvent le faire passe une main dans mes
cheveux et m’embrasse sur la joue.
-Je n’ai pas de solution c’est vrai, et si je te comprends ce n’est
pas par pitié ou par … c’est juste que moi aussi je sais ce que
c’est… et ça n’a rien avoir avec l’âge. C’est juste que je n’aie pas
plus de solution pour toi que je n’en ai pour mon père et moi…
Freud bien peut aller se faire foutre. Si ton père ne peut pas se
contrôler c’est lui qui devrait aller voir un psy. Si les autres ne te
comprennent pas c’est tout simplement parce que tu les dépasses
de loin. Tu sais ce qu’on dit, on a souvent peur de ce que l’on ne
connaît pas. Tu es un parfait inconnu pour eux. Ils se marrent
avec toi, mais ce que tu écris, comment tu t’habille, t’on
comportement, tous cela les effraie et en même temps c’est ce
qui les séduit chez toi. Tu es tout ce qu’un gamin de seize ans
aimerait être… Moi la première. Je me souviens de la première
fois que je t’ai vu, c’était pour notre rentré en sixième. Tu te
tenais là sous le préau devant ce grand tableau d’affichage,
j’imagine comme tout le monde, à la recherche de son nom sur
ces feuilles. Puis tu as tourné la tête vers moi. Pendant quelques
secondes j’ai bien cru que c’était moi que tu regardais…Mais
non. Pourtant tes yeux, ta bouche, tout portais à croire que c’était
à moi que tu t’adressais… À l’évidence ton regard cherchais
bien plus loin, ailleurs, tu était là sans y être…Une fois sortie des




                              403 / 408
rangs je tes regarder t’éloigné, et aussi ridicule que cela puisse
paraître, c’est d’abord ce regard qui m’a séduite, je savais à ce
moment précis, que ça ne pouvait être que toi… et je pense pas
en avoir jamais douté.
Nathalie se lève, regarde un peu ailleurs et poursuit. –tu n’es pas
seul Alexandre. Il y a des personnes ici qui t’aiment vraiment, et
parce qu’un jour tu as été là pour eux, ils sont toujours là pour
toi, aujourd’hui comme demain. Et Je suis sûr que dans quinze
ans rien n’aura changé, tu n’auras pas changé. Que tes rêves
d’enfants continueront a exercé leur magie sur toi… Alors que
moi, je serai devenu individualiste, aigrie, à faire mes trente neuf
ou quarante heures par semaine comme tout le monde, et quand
je repenserai a mes anciens petits copains avec, mon mari, ou
mes amis. Ce sera pour rire du bon vieux temps… ou à le
regretter. Elle s’accroupie et avec le revers de sa veste essuie les
larmes qui coulent sur ma joue, et m’embrasse une dernière fois
….alors ses yeux charger d’émotion explose, et dans sa bouche le
murmure des mots apaise tout mon être. –tous ce que tu portes en
toi Alexandre, est ce que tu es, et c’est ce qu’il y a de plus beau
dans ce monde… le reste n’a aucune d’importance…
Sur ses derniers mots, le silence se fait plus fort que tout,
Nathalie se mord les lèvres et puis se redresse. Derrière le pion
pousse le portail ; il crisse c’est horrible. Nathalie lui signifie
qu’elle arrive et avant qu’il ne le referme
-je vais y’aller… j’imagine que tu ne viens pas.




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-Non, pas aujourd’hui j’ai besoin de…tu vois
-Je vois. Alors entre ses mains elle saisi les miennes, écrase sa
joue brûlante sur elles, et de ses yeux affecté une larme glisse
jusque sur mes doigts. Nathalie redresse la tête et me murmure.
-Ne soit pas triste Alexandre.
Comment ne pas l’être Nathalie… j’étais tellement centré sur
moi et sur ma petite vie que j’en ai oublié que toi aussi tu pouvais
souffrir. Toi qui aujourd’hui encore es plus sincère que je ne l’ai
jamais été envers toi…tout ce que j’ai réussi à faire c’est te
blesser et de démolir la seule personne que jamais autant désirer
et aimer sur cette planète. J’espère qu’un jour tu me pardonneras
et que je serais me montrer à la hauteur… merci, merci du fond
du cœur.
…
Je suis resté planté là debout à la regarder s’en aller, passer la
porte verte métallique du bahut, elle s’est éloignée doucement
mes yeux ne pouvait se détacher de sa silhouette…Le pion c’est
adresser a moi une dernière fois et je lui ai sourit d’un sourire
énorme. Mais c’est tout ce que je pouvais lui adresser. Il a
refermé le portail.
J’extirpe de ma poche troué mon baladeur cassette, déroule mon
casque et poser les écouteurs sur mes oreilles.
- Hé Mon vieux, t’a la meilleure musique qui soit, des piles
    toutes neuves, et un gars près à bouffer la vie, alors pas
    question de me laisser tomber aujourd’hui et si jamais tu me




                             405 / 408
   bouffe une cassette… Je relève la tête, Nathalie est déjà bien
   loin et dans une seconde elle va tourner à droite pour
   disparaître derrière le bâtiment administratif. Je compte les
   pas qui lui restent à faire.
-un, deux, deux…Nathalie s’est arrêté. Derrière ses boucles
brunes sont visage apparaît. Malgré les 25 ou 30 mètres qui
nous séparent je distingue parfaitement son sourire. Mais à bien
y regarder, ce n’est pas seulement un sourire, non. Du bout de
ses lèvres elle formule quelque chose et vu la distance, la seule
façon pour moi de la comprendre est de lire sur ses lèvres. Alors
Je plisse un peu les yeux, fait le vide autour de moi afin de ne
concentrer ma vue que sur un seul point, sa bouche. Ouvre les
yeux en ne les concentrant sur qu’un seul point sa bouche
concentre sur sa bouche, plisse les yeux afin d’obliger à voir
plus loin à me ce concentrer d’avantage, Et elle disparaît. Je
me redresse reprend mon souffle et heureux d’avoir pu lire sur
ses lèvres
Sous le ciel gris, la pluie commence à tomber ; mais ça m’est
bien égal. C’est décidé à partir d’aujourd’hui ce genre de détail
n’aura plus d’importance. Il pleut des cordes, c’est une très
bonne journée pour marcher.
Je règle le volume à son maximum, traverse la pelouse du stade
de gym.
Je ne peux m’empêcher de rire.
-Miu-sique non stop!




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Sweetness Sweetness I was only joking
when I said I'd like to smash every tooth
in your head.
sweetness , Sweetness I was only joking
when I said By rights you should be
bludgeoned in your bed.
And now I know how Joan of Arc felt
Now I know how Joan of Arc felt
As the flames rose to her roman nose
And her walkman started to melt
Bigmouth, Bigmouth
Bigmouth strikes again
And I've got no right to take my place
whit the human race
Bigmouth, Bigmouth
Bigmouth strikes again
And I've got no right to take my place
with the human race
And now I know how Joan of Arc felt
Now I know how Joan of Arc felt
As the flames rose to her roman nose
And her hearing aid started to melt




                            407 / 408
Bigmouth , Bigmouth
Bigmouth strikes again
And I've got no right to take my place
In the human race
                           (Morryssey,marr)




                     Fin…




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