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					 Université Paul Valéry         Baptiste CLEMENT
Département de musique            clement.baptiste@wanadoo.fr




  Université Paul Valéry :

      Quelle action culturelle ?




Mémoire de Maîtrise, sous la direction de Josiane Mas
                 Septembre 2001
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                                      Av a n t - P r o p o s




L’action culturelle et l’université sont deux domaines qui font régulièrement parler d’eux,
notamment au niveau politique. Malheureusement, ces débats ne mettent que très rarement à
jour des objectifs communs à la Culture et à l’Education, et lorsque ce rapprochement est
réalisé, aucune politique ne semble proposer des moyens efficaces pour une approche globale
du processus de construction de l’individu et d’enrichissement culturel de la société. Ainsi,
l’essentiel des travaux censés proposer une nouvelle université pour demain – y compris les
rapports et études ministériels – élude totalement la question culturelle, tandis que les politiques
culturelles semblent préférer la création en elle-même à l’apprentissage artistique et l’éducation
culturelle, que ce soit dans les établissements d’enseignement artistique du Ministère de la
Culture ou dans l’Education nationale.


Sensibilisé par mon double cursus (au conservatoire de Nîmes et à l’université Paul Valéry de
Montpellier) et par mon expérience de professeur de piano par la place de la Culture et de sa
transmission dans notre société, j’ai eu l’occasion d’observer tout à long de mes études cette
profonde coupure qui oppose le monde de l’Education et celui de la Culture. Sans doute est-ce
ce qui m’a petit à petit convaincu de travailler pour le rapprochement de ces deux mondes,
quelle que soit la forme que prenne ce travail. Aussi lorsqu’il m’a été proposé de participer à la
réflexion sur l’action culturelle de l’université Paul Valéry n’ai-je pas hésité à m’engager sur ce
chemin encore trop peu emprunté, voyant dans l’université un levier essentiel de la mise en
place de passerelles entre Education et Culture.


Les ouvrages de référence sont peu nombreux, et l’essentiel du travail réflexif a consisté à tirer
des ouvrages traitant isolément de Culture et d’Université des principes communs sur lesquels
pouvait se construire l’action culturelle universitaire. Heureusement, le travail et l’expérience
de pionniers de l’action culturelle à l’université, et plus spécialement l’association
“Art+Université+Culture”, m’ont permis de prendre assez tôt la mesure des enjeux soulevés par
cette question. J’ai alors pu me concentrer plus précisément sur l’université Paul Valéry pour
poser les jalons d’une action culturelle adaptée à sa spécificité. Mon stage réalisé au long de
l’année au sein du SCAC m’a permis d’étudier de l’intérieur le fonctionnement du Service
universitaire, et de rencontrer de nombreux acteurs de l’action culturelle et de la vie


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universitaire. Très enrichissante, cette expérience m’a offert l’occasion de m’investir au-delà de
mon travail de maîtrise dans l’élaboration de la politique culturelle de l’UPV.


De l’observation de ces orientations émergentes est apparue la nécessité de recentrer très
clairement l’action culturelle autour d’une idéologie forte, capable de donner une ligne de
conduite rigoureuse aux projets à venir. Aussi ce mémoire se situe-t-il à la croisée du travail
réflexif théorique et de l’élaboration d’un projet culturel concret pour l’université Paul Valéry :
il m’a en effet semblé essentiel de formuler un ensemble de mises en garde et de modestes
préconisations qui pourrait infléchir favorablement l’action culturelle à un moment crucial de
l’élaboration du projet de l’UPV. S’appuyant également sur l’expérience d’universités
engagées de longue date dans l’action culturelle, ces diverses réflexions tentent d’apporter un
recul supplémentaire aux discussions en cours à Paul Valéry et d’apporter des idées inspirées de
certains de ces models. Ce travail s’attache donc plus à défendre un ensemble de principes et à
mettre en avant certaines idées essentielles à l’action culturelle qu’à réaliser une quelconque
démonstration raisonnée, à présenter un état des lieux exhaustif ou à proposer un projet “ clef en
main ” pour l’UPV. Mêlant chacun de ces trois aspects, ce mémoire suit peut-être un
cheminement plus informel mais qui, je l’espère, permettra de faire évoluer certains points de
vue et contribuera à faire prendre conscience de l’urgence d’une nouvelle Utopie pour le Savoir
et la Culture.




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Je tiens par ailleurs à adresser mes plus sincères remerciements à toutes les personnes qui ont
concouru à la rédaction de ce mémoire : Josiane Mas, directrice du mémoire, responsable du
département de musique de l’UPV et directrice du SCAC, Claude Patriat, coprésident de
l’association “Art+Université+Culture”, Isabelle Mathieu, coordinatrice de l’association et
responsable de la rédaction des Cahiers d’Art+Université+Culture, Isabelle Miraval,
responsable administrative du SCAC, Guy Azema, responsable de la DIVIC, Jean-Claude
Wolff, compositeur et professeur d’écriture à l’UPV, Sylvie Golgevit, chef de l’ensemble
choral Ecume, Marguerite Seeberger, responsable des projections de films sur l’art à l’UPV,
Sarah Douhaire, responsable administrative à l’Atheneum de l’université de Bourgogne,
Tiphaine Marcault, chargée de l’élaboration d’un projet culturel pour l’université du Mans,
Germain Robin, responsable de l’AssoLettres, Lionel Laget, responsable du projet
court-métrage Miroir, Elise Bène, chargée de cours pour l’association Néfrou, Jean-Daniel
Estève, responsable de “Radio-Langa d’òc Besièrs”, Sandrine, de Radio-Campus et Antoine, de
l’association “As Known As”.




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7
Table des matièr es



AVANT-PROPOS ....................................................................... 5

INTRODUCTION ..................................................................... 15



I ERE PARTIE : CULTURE ET UNIVERSITE .......... 21

CHAPITRE 1 : QUELLE CULTURE ?                                                                                                         25

A. DES APPROCHES VARIABLES ........................................................................................... 26
  1. Du sens anthropologique à la notion de civilisation ....................................................... 26
  2. De l’idée de Civilisation aux “ subcultures ” ................................................................. 26
  3. Approche du ministère de la culture ............................................................................... 27
B.     LA CULTURE, POUR QUOI FAIRE ? .................................................................................. 28
     1. Le don de sens ................................................................................................................ 28
     2. Rôle social et quête d’identité ........................................................................................ 29
     3. La crise culturelle ........................................................................................................... 29
     4. L’individu et son autonomie ........................................................................................... 30
C. APPRENTISSAGE ET PRATIQUES ARTISTIQUES ............................................................... 31
  1. Un autre savoir ............................................................................................................... 31
  2. Culture artistique et culture scientifique ......................................................................... 32
  3. L’apprentissage de l’inventivité ..................................................................................... 32
     Rendre le savoir à tous ....................................................................................................... 34


CHAPITRE 2 : CULTURE ET EDUCATION : QUELLES POLITIQUES ?                                                                              35

A. LE FRONT POPULAIRE ET L’UTOPIE REPUBLICAINE ...................................................... 36
  1. Le tandem Jean Zay – Léo Lagrange.............................................................................. 36
  2. L’humilité au service de nobles idéaux .......................................................................... 36
B.     LE “ SCHISME ” DE 1959 ................................................................................................. 37
     1. Malraux et les Affaires culturelles.................................................................................. 38
     2. Le malentendu Malrussien.............................................................................................. 39
     3. Le sens de la “ compréhension ” .................................................................................... 39
     4. Le virage décisif ............................................................................................................. 40
C. UNE RECONCILIATION PROGRESSIVE ............................................................................. 41
  1. Le changement de cap ministériel .................................................................................. 41
  2. L’éducation artistique ..................................................................................................... 42
  3. Les partenariats éducation – culture ............................................................................... 42
     Vers des lendemains meilleurs ? ........................................................................................ 44


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CHAPITRE 3 : L’UNIVERSITE : QUEL ROLE ?                                                                                            45

A. LES TERMES DE LA LOI ................................................................................................... 46
  1. La loi dans le texte .......................................................................................................... 46
  2. La culture, élément essentiel du progrès ........................................................................ 46
  3. Les axes majeurs de la mission universitaire.................................................................. 47
  4. L’université, établissement culturel par excellence ........................................................ 47
B.     L’HERITAGE DU PASSE .................................................................................................... 48
     1. Mettre à mal la “ doxa ”.................................................................................................. 48
     2. L’inertie face aux mutations ........................................................................................... 49
     3. Les difficultés de l’université face à la massification..................................................... 49
     4. Le cloisonnement à tous les niveaux .............................................................................. 50
C. POUR UN NOUVEAU RAPPORT AU SAVOIR ...................................................................... 51
  1. L’interdisciplinarité ........................................................................................................ 51
  2. Multiplier les échanges ................................................................................................... 51
  3. L’université utile ............................................................................................................ 52
  4. Un pas vers une professionnalisation ............................................................................. 52
D. L’UNIVERSITE DANS LA CITE .......................................................................................... 53
  1. Contourner les flux de masse......................................................................................... 53
  2. L’art à l’abri des tempêtes budgétaires ........................................................................... 54
  3. Un bouillon de culture .................................................................................................... 55
  4. Distance critique ............................................................................................................. 55
     L’action culturelle au service du potentiel universitaire.................................................... 57


CHAPITRE 4 : QUELLE POLITIQUE CULTURELLE POUR L’UNIVERSITE PAUL VALERY?                                                            59

A. L’ENGAGEMENT VOLONTAIRE ....................................................................................... 60
  1. Les pionniers de l’action culturelle universitaire ........................................................... 60
  2. La culture : un choix politique........................................................................................ 61
  3. Des malentendus à dissiper............................................................................................. 61
  4. Une place à conquérir et à défendre ............................................................................... 62
B.     LES FONDEMENTS DE L’ACTION ..................................................................................... 63
     1. Un explorateur de la masse culturelle............................................................................. 63
     2. Une action dirigée vers les étudiants .............................................................................. 64
     3. L’université, laboratoire critique de la création.............................................................. 65
     4. La culture, élément névralgique du Projet d’établissement ............................................ 65
C. RENDRE L’ACTION EFFICACE ......................................................................................... 66
  1. Pour une action cohérente............................................................................................... 66
  2. Les projets étudiants ....................................................................................................... 67
  3. Les liens avec l’enseignement et la recherche ................................................................ 68
  4. Les moyens indispensables ............................................................................................. 68




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D. L’AMATEURISME EN QUESTION ...................................................................................... 70
  1. Se fixer des axes d’actions prioritaires ........................................................................... 70
  2. Choisir l’Art sans refuser l’éclectisme ........................................................................... 71
  3. Rendre l’art à la vie ........................................................................................................ 71
  4. La rencontre comme moteur de l’action ......................................................................... 72
     Les reflets changeant de l’action culturelle ....................................................................... 73




II EME PARTIE : PROPOSITIONS CONCRETES ... 79

CHAPITRE 1 : UN FONCTIONNEMENT A REPENSER                                                                                           83

A. LE FONCTIONNEMENT ACTUEL DU SERVICE CULTUREL ................................................ 84
  1. Le rôle du SCAC ............................................................................................................ 84
  2. Le rôle du conseil de gestion .......................................................................................... 84
  3. Le rôle de la commission culture .................................................................................... 85
  4. La composition des assemblées ...................................................................................... 85
  5. Fonctionnement observé sur l’année passée................................................................... 86
B.     LES FORCES DE TRAVAIL DU SCAC ............................................................................... 87
     1. Un travail multiforme ..................................................................................................... 88
     2. Le personnel supplémentaire .......................................................................................... 88
     3. Le paiement des artistes .................................................................................................. 89
     4. La licence d’entrepreneur de spectacle ........................................................................... 89
C. QUELLE ORGANISATION POUR LE SCAC ? .................................................................... 90
  1. Un pôle centralisateur ..................................................................................................... 90
  2. Le pôle théâtre ................................................................................................................ 91
  3. De multiples “ bureaux de travail ” ................................................................................ 92
  4. Des “ services communs ” au sein du SCAC ................................................................. 93
     Miser sur la richesse humaine ............................................................................................ 94


CHAPITRE 2 : POSER LES PREMIERES PIERRES                                                                                            95

A. LES LIEUX ET LEUR ARTICULATION ............................................................................... 96
  1. Le musée Empereur Antonin .......................................................................................... 96
  2. Le projet théâtre .............................................................................................................. 96
  3. La maison des étudiants.................................................................................................. 97
  4. Des lieux à inventer ........................................................................................................ 98
  5. Des salles spécialisées ? ................................................................................................. 99
B.     DES PARTENARIATS FORTS ........................................................................................... 100
     1. Avec les établissements d’enseignement artistique ...................................................... 100
     2. Avec les institutions culturelles .................................................................................... 101
     3. Avec la DRAC ............................................................................................................. 102
     4. Avec l’environnement universitaire ............................................................................. 102


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C. “ GRAND PUBLIC ” ET CIBLE STRATEGIQUE ................................................................ 103
  1. Politique tarifaire et public étudiant ............................................................................. 103
  2. Le public extérieur ........................................................................................................ 104
  3. Les lycées et collèges ................................................................................................... 105
  4. L’IUFM ........................................................................................................................ 105
     Une institution culturelle virtuelle .................................................................................... 106


CHAPITRE 3 : QUELQUES PISTES                                                                                                         107

A. UNE EXPERIENCE PILOTE POUR LA COMMUNICATION ................................................ 108
  1. Les carences de la communication traditionnelle ......................................................... 108
  2. Favoriser la communication directe ............................................................................. 109
  3. Un pôle d’information et de communication étudiant .................................................. 109
  4. Centraliser l’information et la diffuser ......................................................................... 110
B.     APPROCHE TRANSVERSALE .......................................................................................... 110
     1. Installer des rendez-vous .............................................................................................. 111
     2. Partager les responsabilités........................................................................................... 111
     3. Les associations étudiantes ........................................................................................... 112
C. APPROCHE SECTORIELLE ............................................................................................. 113
  1. Théâtre .......................................................................................................................... 113
  2. Musique ........................................................................................................................ 114
  3. Danse ............................................................................................................................ 115
  4. Arts littéraires ............................................................................................................... 115
  5. Histoire et patrimoine ................................................................................................... 116
  6. Arts plastiques et nouvelles formes d’expression......................................................... 117
  7. Arts du spectacle ........................................................................................................... 117
  8. Acteurs de la médiation et filières “ utiles ” ................................................................. 118
     Un bouillonnement organisé ............................................................................................ 120



CONCLUSION ....................................................................... 125


BIBLIOGRAPHIE .................................................................. 131


ANNEXES .............................................................................. 135
I.         L'UNIVERSITE, MAISON DE CULTURE....................................................................... 138
II.        CIRCULAIRE DES-DDF ............................................................................................ 141
III.       STATUTS DU SERVICE COMMUN D’ACTION CULTURELLE .................. 143
IV.        LA POLITIQUE CULTURELLE DE L’UNIVERSITE PAUL VALERY .............................. 147
V.         MINISTERE DE L’EDUCATION NATIONALE - NOTE D’INFORMATION N°01.14 ........ 151
VI.        VRAIE QUESTION POUR UN FAUX PROBLEME ........................................................... 157
VII.       LICENCE OBLIGATOIRE ............................................................................................ 159
VIII.      UN THEATRE A L’UNIVERSITE PAUL VALERY DE MONTPELLIER ........................... 161


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                                             I n t ro d u c ti o n




Le constat est stupéfiant : l’université n’est pas le lieu de la Culture par excellence qu’elle
prétend être, ou du moins que j’imaginais qu’elle était, bercé par des illusions pré-universitaires
qui l’assimilaient au bel idéal de l’Académie Platonicienne. Pas d’alter ego d’Apollon jouant de
la lyre, adossé à une colonne de pierre blanche, pas de tragédie donnée à la tombée du jour après
le cours de théâtre, pas de longues discussions “ péripatéticiennes ” entre de sages maîtres à
penser et leurs disciples charmés.


Si l’université est loin de ce cliché d’un autre âge, qui peut-être n’a jamais existé de manière si
idyllique, l’université reste le lieu des savoirs, et donc de la transmission des données
culturelles que des siècles de recherche ont engrangées, analysées, archivées. Assimilée à ce
savoir, la culture serait en effet au centre de la préoccupation universitaire, comme cela est posé
dans la loi.


Or Culture et Savoir sont deux choses différentes : le savoir s’élabore et se transmet, la culture
s’enrichit et se pratique. Tous deux marchent main dans la main, c’est indéniable : il ne suffit
pas d’être en présence de l’œuvre d’art pour que l’esprit en prenne complète possession, se
l’approprie pleinement. Si la force du ressenti peut en effet être au rendez-vous, celle-ci ne peut
suffire à saisir toutes les dimensions, les potentialités que recèle réellement l’œuvre. Aux
premières impressions sensibles doit répondre un travail plus cérébral qui permettra d’en
révéler chaque parcelle. Le savoir est le révélateur de ces impressions sensibles.


Education et pratiques culturelles sont aujourd’hui au centre d’une réflexion commune autour
de l’idée d’ “ éducation artistique ”, cheval de bataille de l’actuel ministre de l’Education
nationale, Jack Lang. De quoi donner enfin courage et espoir à ceux qui se battent depuis trente
ans pour que l’ éducation à la culture soit au centre des préoccupations universitaires.
Malheureusement, ce qui pourrait devenir une souhaitable réorientation de la pratique
universitaire n’apparaît pas encore comme prioritaire dans les travaux de la mission
gouvernementale, et les pages concernant l’enseignement supérieur restent encore
désespérément blanches1.


1
    Voir : http://www.mission-culture.org.




                                                     15
Abandonnée à elle-même, l’université désireuse d’œuvrer pour l’affirmation de la mission
culturelle de l’enseignement supérieur ne peut compter que sur la bonne volonté de ses
dirigeants et le dynamisme de ses usagers, avec cependant l’appui des instances ministérielles.
Reste donc à mettre en œuvre un projet capable de donner corps à ce désir d’épanouissement
culturel de la population universitaire. Un tel projet est d’autant plus difficile à élaborer qu’il
doit répondre aux spécificités universitaires, trouver sa place dans le contexte propre à
l’établissement, et savoir rassembler autour de lui la population la plus large tout en conservant
un niveau d’exigence artistique fidèle à l’idéal universitaire.


La réflexion qui va suivre s’efforcera donc de proposer les matériaux nécessaires à la
construction du projet culturel de l’université Paul Valery, en essayant d’associer réflexion
théorique, observation pratique et propositions concrètes :
    La première partie se propose de réfléchir sur le concept de culture, sur son sens, ses
     rapports avec le monde de l’enseignement et sur les liens à établir entre Culture et
     Université. Plus qu’une définition, le premier point de cette réflexion tentera de mettre à
     jour les enjeux profonds que soulève la culture, et plus largement de s’interroger sur la
     place de l’art et de l’apprentissage dans le processus de construction de l’individu. La
     confrontation de ces enjeux avec les politiques menées au cours des cinquante dernières
     années en matière d’Education et de Culture permettra de mieux saisir les difficultés et
     les paradoxes auxquelles doit s’attendre l’action culturelle. La spécificité universitaire
     conditionnera grandement la politique qu’initiera à son tour l’UPV, imposant une
     nouvelle réflexion autour du rôle de l’université dans la Cité, au-delà des idées
     entretenues par une tradition universitaire séculaire. De ces différents axes de réflexion
     émergeront les grands principes d’une politique culturelle universitaire, dont certains
     points restent encore à défendre et à argumenter plus précisément.
    La deuxième partie offre un ensemble de propositions concrètes pour une action
     culturelle plus efficace, plus lisible, ainsi que quelques idées à développer plus
     amplement. Il s’agit en premier lieu de proposer un model rationnel de fonctionnement
     interne pour le SCAC, de poser les bases d’une organisation qui lui assureront un
     développement moins hasardeux et un travail plus pertinent. Certains principes devront
     être précisés, notamment en ce qui concerne les lieux culturels du campus, leur
     destination et leur coordination au sein du SCAC d’une part, et l’ouverture de la faculté
     sur la Cité – aussi bien au niveau des partenariats avec les institutions culturelles que
     pour la conquête du public extra-universitaire – d’autre part. Le dernier point énumérera
     plusieurs idées qui pourront être creusées dès l’année prochaine, à condition qu’un large
     travail de réflexion autour du projet culturel de l’UPV soit engagé.

Sans à aucun moment prétendre apporter des réponses toutes faites à des questions que seule
l’élaboration et la mise en œuvre d’un projet détaillé seront en mesure de résoudre, la réflexion
ici menée tend espère apporter un éclairage utile à la quête culturelle aujourd’hui engagée par
l’université Paul Valéry. Si les recommandations sont nombreuses et parfois radicales, c’est
plus pour qu’une prise de conscience des enjeux réels de l’action culturelle s’opère, que pour
dicter à un Service universitaire une marche à suivre impossible à définir a priori. Le
tâtonnement en matière d’action culturelle universitaire semble en effet inévitable. Ce
tâtonnement peut être une force si l’université parvient à un niveau de conscience et de lucidité
suffisant pour que des erreurs naissent des orientations plus justes, et que les succès soient


                                               16
considérés avec moins d’importance que le travail accompli pour y parvenir. La prospection
culturelle que l’université Paul Valéry a initiée et qu’elle souhaite encourager chez ses étudiants
s’articule grandement autour de ces questions qui parcourent nécessairement les questions
d’Education et de Culture : éveil de la conscience, développement de l’esprit critique et
aptitude à se construire des repères. Reste à étudier la façon dont ses paramètres de la
construction de l’individu trouvent leur place dans l’enseignement supérieur et les moyens dont
dispose aujourd’hui l’université Paul Valéry pour faire évoluer son rapport au Savoir.




L’ensemble des réflexions et des propositions n’engage que l’auteur de ce mémoire. Bien que celui-ci se soit
efforcé de ne pas basculer dans un débat polémique, le sujet même du mémoire implique une réflexion critique qui
induit nécessairement une dose de partialité, qui peut bien entendu être sujette à controverse.




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18
19
20
                                       Ière Partie




C u l t u re e t U n i v e r s i t é




               21
Introduction

La place de la Culture dans le processus d’acquisition des savoirs est aujourd’hui de plus en
plus préoccupante. Il apparaît en effet très clairement que le niveau de références culturelles
d’un individu ne trouve que de très rares résonances dans son niveau de connaissances, comme
si Culture et Instruction étaient deux notions évoluant dans des sphères distinctes, isolées l’une
de l’autre. Si bien qu’un universitaire ayant une connaissance la parfaite et la plus complète
possible de son domaine de compétence trouvera très vite ses limites s’il est dépourvu de toute
capacité d’analyse originale, de toute inventivité dans ses prospections et de toute possibilité de
confrontation aux savoirs voisins. Cette ouverture à l’inconnu, cette fenêtre sur le possible et
l’impossible, une solide culture peut la lui offrir.


Or, il apparaît que si le milieu familial n’est pas en mesure de poser les bases culturelles qui
permettront à l’individu de se construire des références culturelles de plus en plus larges, de
plus en plus profondes et aux aspirations de plus en plus élevées, notre système éducatif ne sera
pas en mesure de lui ouvrir les portes de la culture. Certes, l’apprentissage de la lecture, de
l’écriture et du calcul sont les conditions indispensables à une prospection intellectuelle future,
mais loin d’être des conditions suffisantes. Il semble cependant que les directives en matière
d’éducation s’efforcent de diriger la pédagogie vers le chemin de la culture, de l’esprit critique
et de la sensibilité, parfois au détriment de la rigueur d’apprentissage qui pourtant offre les
garanties d’une évolution plus sûre dans notre système scolaire. Or, si les bases de
l’apprentissage ne sont pas saines, ce n’est plus le progrès culturel de l’individu et de la nation
qui se trouve mis en jeu, mais le potentiel de progrès qui devrait être accordé à tout homme.


Il apparaît donc que l’action culturelle ne peut se confondre avec l’enseignement, que même si
ces deux approches du Savoir, ces deux modes d’apprentissage, sont extrêmement proches et
doivent en permanence être associés, même s’ils nourrissent l’un de l’autre et participent de
concert à la construction de l’individu, il est nécessaire de miser sur une complémentarité des
approches, sur un partage équitable des compétences plutôt que de faire jouer à l’un un rôle qui
incombe à l’autre. Si le juste équilibre entre Action artistique et culturelle et Education est déjà
difficile à trouver au niveau du primaire, il semble de plus en plus délicat de le formaliser à
mesure que sont gravis les échelons du système scolaire. La question devient cruciale dans
l’enceinte universitaire, qui se veut par nature dévouée à la défense et à l’enrichissement du
patrimoine culturel, tout en souhaitant répondre plus efficacement aux demandes d’un Savoir
plus directement mobilisable.


Un cadre doit donc être posé pour permettre à l’action culturelle de trouver sa place au sein de
l’université. La particularité universitaire pose de manière on ne peut plus directe le problème
des rapports entre Culture et Education, éléments indissociables de la construction de l’individu
: l’action culturelle universitaire trouvera sa définition, son rôle et sa justification dans les liens
qui seront développés entre Culture et Université, dans les réponses qui seront apportées aux
problématiques issues de l’association de ces deux termes et dans l’approche qui sera
privilégiée pour les nombreuses notions dérivées de ces deux concepts.
      Ainsi d’interrogera-t-on sur le sens de la culture, sur les différentes approches de ce terme
      et les délimitations variables du domaine qu’elles mettent en jeu, sur la finalité du
      processus culturel et son imbrication dans les différentes facettes de l’apprentissage.


                                                 22
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     Un regard critique sur l’historique des rapports politiques entre Culture et Education
     permettra mieux saisir les difficultés que peuvent rencontrer les idéologies les plus
     inspirées face à la réalité du terrain. Des premières actions de Jean Zay et Léo Lagrange à
     la ligne adoptée par le Ministère Lang, en passant par la très enrichissante expérience
     Malraux, ce sont des trajectoires très différentes qui se dessinent, et dont chacune offre sa
     somme d’enseignements pour l’action culturelle universitaire.

     Pour mieux juger de la place qu’est en mesure d’occuper l’action culturelle à l’université,
     l’on s’interrogera sur le rôle qu’est censée tenir l’université au sein de la nation et sur les
     difficultés qu’elle éprouve pour y parvenir. Après avoir mis en balance les missions que
     lui confie la loi et la réalité de la pratique universitaire, l’on s’attachera à examiner les
     moyens dont dispose l’action culturelle pour proposer un nouveau rapport au Savoir pour
     l’Université, et une nouvelle Université pour la Cité.

     De ces constations et de ces prospections naîtront les bases d’une politique culturelle
     universitaire, disséquant les particularismes avec lesquels devra composer l’université,
     proposant les fondements d’une action efficace et tentant de résoudre les nombreux
     dilemmes qui s’offrent à l’action culturelle.


Loin d’espérer apporter des réponses définitives à des questions auxquelles l’action culturelle
butera sans cesse, cette première approche presque qu’exclusivement théorique aspire à poser
un large préambule à l’action en mettant en lumière les enjeux que soulève l’action culturelle en
milieu universitaire. Tout comme l’action culturelle, la réflexion ici menée tente de trouver
l’équilibre entre ambitions démesurées et calculs pragmatiques, entre aspirations humanistes et
efficacité mesurée.




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24
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    Quelle culture ?




                                                “ Acquérir une culture est pour l’homme d’aujourd’hui le moyen de retrouver
                                                son autonomie, c’est à dire la capacité de juger le monde qui l’entoure,
                                                d’exprimer sa relation avec les choses en même temps que de communiquer avec
                                                autrui. […] [La culture] est inséparable d’une tentative pour maîtriser le destin
                                                individuel et collectif et pour épanouir en chacun ses capacités de création et de
                                                bonheur ”.
                                                Commission des Affaires Culturelles au VIème plan – 19712




Les tentatives d’une définition de la culture ont déjà fait coulé beaucoup d’encre, révélant des
points de vue variables, le plus souvent au service de nobles idéaux qui tous convergent vers la
défense d’un rapport humaniste à la culture, malgré des prises de positions parfois violentes.
Défenseurs d’une culture née d’un esprit génial pour hisser l’homme vers un monde
transcendant ou partisans d’une culture se confondant avec l’essence de l’homme, les penseurs
de la culture ont tous cherché à œuvrer pour la démocratisation culturelle, pour une approche
plus vraie de l’art et des capacités créatives de l’homme. Il ne s’agit nullement ici d’imaginer
réussir à poser une définition de la culture. Il s’agit plutôt de s’interroger sur ce concept pour en
saisir la portée, de chercher dans la problématique même du rapport entre art, culture et
instruction les jalons qui pourraient guider l’action culturelle. A partir de l’examen des
frontières potentielles de la culture, des approches traditionnelles de ce concept, l’on
s’interrogera sur les interprétations possibles de ces définitions, sur les intérêts et les aspirations
que celles-ci font intervenir, en particulier face aux difficultés que la société contemporaine
connaît en matière de références culturelles. L’on s’efforcera enfin de saisir la place que peut
tenir la culture chez l’individu, et plus spécialement dans le processus d’apprentissage et de
construction des repères. Ainsi apparaîtront sans doute, à défaut d’une définition tranchée de ce
qu’est la culture, des grandes lignes directrices permettant de guider l’action culturelle, dans
l’espoir de lui donner des ambitions légitimes.




                                                  


2
 Cité par GIRARD (Augustin) – “Les politiques culturelles d’André Malraux à Jack Lang”, in Institutions et vie
culturelles. Paris, La documentation française, 1996, p.14




                                                     25
A. Des approches variables


Deux approches de la culture sont souvent opposées : une approche anthropologique, adoptée
par les sciences humaines, et une approche plus empirique, dessinant un cadre plus restreint et
mieux adapté à l’action culturelle. Du “ tout-culturel ” au culte académique, les définitions
possibles de la culture sont innombrables, dessinant les contours mouvant d’une action
culturelle difficile à normaliser.


1. Du sens anthropologique à la notion de civilisation
La culture est sans aucun doute l’élément premier de définition de l’être humain, le trait
distinctif qui fait indéniablement sortir l’Homme de l’animalité. Sur le plan anthropologique,
l’hominisation, vieille de 15 millions d’années a consisté comme le rapporte Denys Cuche3 à
passer d’une adaptation génétique à l’environnement naturel, à une adaptation culturelle
permettant la transformation de la nature par l’homme en fonction de ses besoins et de ses
projets. Tout produit de l’activité humaine peut ainsi être assimilé à la culture, puisque par
essence il témoigne de la spécificité humaine, de sa non-appartenance à la vie sauvage. Aussi
les concepts de culture et de civilisation sont-ils très proches, l’idée de civilisation ayant été
pendant des siècles opposée à l’idée du “ sauvage ”. Le continent des Lumières se sentait alors
investi d’une mission civilisatrice, souhaitant donner à la raison et aux valeurs socioculturelles
supérieures leur dimension universelle. L’ethnocentrisme qui a guidé ce viol culturel semble
aujourd’hui avoir très nettement reculé, la défense de la diversité culturelle et le refus d’une
hiérarchisation des cultures ayant pris le dessus.


2. De l’idée de Civilisation aux “ subcultures ”
Ce regard porté sur ces peuples considérés comme “ primitifs ”, sur ces cultures perçues comme
inférieures est le fruit d’un ethnocentrisme que la (re-)connaissance et la compréhension de la
diversité culturelle n’ont pas suffit à totalement effacer. Le poids de la culture “ occidentale ” et
du model de développement qu’elle induit est tel que le monde semble bien aujourd’hui avoir
adopté assez de repères et de signes de reconnaissance communs pour que l’on parle
aujourd’hui d’une civilisation mondiale unique, ou du moins unie. La diversité culturelle
persiste cependant, riche de particularismes et de traits culturels assez caractéristiques pour
qu’un ensemble de personne, qu’une frange d’une société donnée se reconnaisse comme entité,
avec une culture qu’il lui est propre et qui participe à son identité4. Ainsi, même au sein d’une
culture globale commune, chaque individu trouve à différents niveaux les signes lui permettant
de se reconnaître dans une culture qui lui est propre. S’il n’est plus permis aujourd’hui de parler
de “ sous-cultures ”, il existe bien des “ sub-cultures ”, pour reprendre le terme de P.-H.




3
  CUCHE (Denys), La notion de culture dans les sciences sociales, Paris, La Découverte, 1996, p. 3
4
  La définition qu’Edward TYLOR donne à la 1ère page de son ouvrage La civilisation primitive, Paris, Reinwald,
1876-78, permet d’affiner l’approche anthropologique en mettant en avant la dimension sociale de la culture :
“ Culture ou civilisation, pris dans son sens ethnologique le plus étendu, est ce tout complexe qui comprend l’art,
la morale, le droit, les coutumes et les autres capacités ou habitudes acquises par l’homme en tant que membre de
la société ”. La culture est ici à la fois ce qui permet de définir une société donnée et le fruit de celle-ci, tout comme
elle est à la fois l’élément principal de définition de l’homme et le produit de son activité.




                                                          26
Chombart de Lauwe5, forgeant l’identité de groupes sociaux. Selon lui, il est important de
ménager aux côtés de l’idée de “ la Culture ” ou de “ la Civilisation ” une place pour ces
“ subcultures qui se font et se défont ”6, expressions de l’identité d’un milieu social donné à un
moment donné et dont il faut encourager “ la libre expression et le respect réciproque ”7. La
tâche est délicate, car il convient de se préserver de l’attitude démagogique du “ tout-culturel ”,
tout en considérant la culture comme un domaine vivant qui se nourrit naturellement de ces
sub-cultures. Comme le fait remarquer P.-H. Chombart de Lauwe8, le plus délicat est en effet de
“ savoir, dans l’étude des programmes d’enseignement et dans l’action culturelle quelle part il
est possible et souhaitable de réserver aux subcultures pour permettre au fond commun de
s’enrichir et de se développer. ”


3. Approche du ministère de la culture
La valorisation de ces subcultures, renommées alors “ cultures minoritaires ” et dont les formes
d’expression supérieures deviennent “ arts mineurs ”, a été un axe fort de la politique de Jack
Lang, ministre de la Culture de 1981 à 1986, puis de 1988 à 1993 et aujourd’hui ministre de
l’Education nationale. Ainsi le ministère créé sous l’impulsion d’André Malraux en 1959 voit-il
son champ d’action initialement restreint aux arts, lettres et patrimoine s’élargir : on comptait
en 1997 dix services verticaux ayant en charge la musique et la danse, le théâtre, le livre et la
lecture, les arts plastiques, les archives, les musées, le patrimoine, l’architecture, le cinéma et la
langue française 9 . Chaque facette prend alors plus d’ampleur et d’autonomie, et incluent
chacune les pratiques appelées mineures : les musiques actuelles (ou “ populaires ”), les arts
décoratifs (mode, publicité, design), la pratique amateur :
                 “ Ces pratiques de “ création ” étaient certes déjà consacrées par leur succès auprès de la
                 jeunesse et leur popularité auprès de larges couches de la société. L’intuition de Jack Lang a été
                 qu’en élargissant le champ culturel consacré par l’Etat, on pouvait élargir en même temps le
                 public de “ la culture” au-delà des élites cultivées au sens traditionnel, et du même coup
                 populariser le concept de culture. ”10
L’élargissement du champ culturel ne peut aller sans certaines critiques et sans la suspicion de
n’avoir affaire qu’à une simple opération démagogique qui encourage chacun à croire que l’art
n’est qu’une affaire de loisir. Cet élargissement du champ culturel est sans aucun doute
souhaitable et bénéfique à la création, à laquelle un certain foisonnement, un bouillonnement
inventif est toujours bénéfique. Il convient donc d’accepter et de reconnaître toute expression
d’une identité sociale et personnelle comme ayant un caractère culturel, tout en s’attachant à en
définir les qualités, à savoir poser sur ces productions un regard critique. Si l’on préfère au
terme “ d’action artistique ” celui “ d’action culturelle ”, c’est bien que l’on estime bénéfique
de ne pas se limiter à la défense, à la valorisation et à la diffusion des formes les plus élevés de
la culture, c’est à dire à l’art, mais d’élargir cette action à des formes plus modestes, peut-être de




5
  CHOMBART DE LAUWE (Paul-Henry) – Images de la culture, Paris, Payet, 1970
6
  Idem, p.20
7
  Idem, p.21
8
  Idem, p.20
9
  MOULINIER (Pierre) – Les politiques publiques de la culture en France, Collection “Que sais-je ?”, Paris,
Presses Universitaires de France, 1999, pp.4 et 5.
10
   GIRARD (Augustin) – “Les politiques culturelles d’André Malraux à Jack Lang”, in Institutions et vie
culturelles. Paris, La documentation française, 1996, p.16




                                                      27
qualité moindre ou aux aspirations moins élevées, et qui elles-mêmes nourrissent l’art ou
participent à l’acuité du regard posé sur l’œuvre d’art, à sa compréhension.


L’approche empirique privilégiée par le Ministère semble la plus apte à donner un cadre
confortable à l’action culturelle, en prenant garde de ne pas verser dans l’excès d’un
“ tout-culturel ” qui ôte en définitive toute valeur à l’art, tout en s’attachant à défendre et à
promouvoir les formes d’expression “ minoritaires ” qui peuvent nourrir une pratique artistique
plus élaborée. Au-delà de l’appui des couches les plus larges de la société, cette reconnaissance
accordée aux “ pratiques mineures ” offre un échange à double sens entre des pratiques
amateurs ou populaires, qui ont besoin d’être tirées vers le haut, et des attitudes parfois élitistes
qui ont besoin de retrouver un public, d’être confrontées à la réalité sociale, à la diversité de ses
formes d’expression. Art et société doivent à nouveau avoir les moyens de se nourrir l’un de
l’autre.




B. La culture, pour quoi faire ?


Une fois posés ces éléments de définition, il convient de s’interroger sur le rôle de la culture
dans la société, afin de mieux saisir l’urgence d’une action culturelle maîtrisée à l’heure où des
industries de la communication de plus en plus puissantes sont en passe de prendre le contrôle
de l’essentiel de la production dite “ culturelle ”. Face à ce danger, il est urgent d’affirmer la
nécessité d’une éducation à la culture, capable de construire les repères indispensables à une
vision du monde plus juste, à une meilleure situation de l’individu dans son environnement, au
développement de son esprit critique.


1. Le don de sens
En s’écartant un peu de la bataille qui oppose les partisans d’une culture noble, digne de ce que
nous ont légué les grands hommes du passé, et les partisans (politiques ou anthropologues)
d’une notion démocratisée de la culture, il apparaît qu’un joyeux amalgame de ces deux
conceptions peut parfaitement parvenir à éclairer le chemin de l’action culturelle, en préférant
le “ sens-direction ” de la culture à “ son sens-définition ” toujours contestable. Selon Pierre
Lucier11, président de l’Université du Québec, cette “ unité profonde ” qui peut rapprocher les
deux approches traditionnelles de la culture trouve sa source dans la signification que l’homme
donne à son environnement, à l’explication que celui-ci apporte à sa vie sur Terre. Etroitement
lié au “ discours fondateur qui explique, illustre, justifie la trajectoire historique du groupe
considéré ”, ce don de sens parcourt chaque aspect de la vie de l’homme, des gestes les plus
simples de la vie quotidienne, inconsciemment “ stylisés ”, “ ritualisés ”, à l’expression
artistique, recherche consciente d’une dimension supérieure de l’expérience humaine. La
justification de la “ quête ” culturelle, du travail individuel et collectif vers une connaissance
globale de la culture se trouve dans la recherche même du sens, de la vérité. En amoncelant


11
 LUCIER (Pierre) - L’Université, maison de la culture - Allocution de prononcée le 11 décembre 1997 à la
Maison de la Culture de Trois-Rivières, disponible sur le site http://www.auc.asso.fr et en annexe 1.




                                                 28
toutes les cultures particulières, en autorisant la confrontation des “ vérités ” de chacun, sans
doute permet-on une compréhension plus juste du monde et, pourquoi pas, de la vie humaine.
Dans ces conditions, les différences qualitatives qui peuvent séparer les diverses façons de
traduire ce rapport au monde paraissent bien minces face au sens commun qui peut leur être
donné. Il s’agit donc pour l’action culturelle de reconnaître le rôle essentiel de la culture :
donner du sens au monde et à la place de l’homme, quel que soit le vecteur de ce sens.


2. Rôle social et quête d’identité
La reconnaissance dans un ensemble de codes, de productions, de repères culturels est un
facteur de cohésion sociale important, issue du sentiment d’appartenance au groupe social dont
ces manifestations sont issues. La culture est donc par essence un vecteur d’identité, qui
elle-même induit la reconnaissance extérieure du groupe en question par les groupes voisins.
Pour Claude Lévi-Strauss, cette affirmation d’une identité est même le moteur principal de
l’émergence d’une culture particulière, qui cherche naturellement à s’opposer à la culture
voisine en posant ses propres codes, en développant ses particularismes, entraînant à leur tour
une réaction du groupe social voisin12. Une culture particulière est donc à la fois l’essence
identitaire d’un groupe social, mais également la manifestation d’une prise en considération du
groupe voisin et de son identité. L’université de Lettres, Langues, Arts et Sciences humaines et
sociales trouve alors dans la culture une justification irréfutable, lui permettant de se
débarrasser d’un certain regard hautain que les adeptes du savoir utile, et plus spécifiquement
scientifique, peuvent parfois lui lancer. Sans doute cette méfiance envers le domaine littéraire
(dans le sens adopté par le système éducatif) réside-t-elle dans le fait que l’université
LLASCHS travaille sur le matériau culturel, sur une dimension supérieure au réel et qui touche
justement à l’irréel, au possible, à l’imagination et au sensible, à un tout complexe qui fait la
richesse humaine et qui demeure à jamais hors de portée de l’analyse scientifique. Plus que
n’importe quel autre établissement d’enseignement supérieur, l’université LLASCHS trouve sa
raison d’être dans sa vocation profondément culturelle. Sa fonction de transmission et
d’interprétation d’un Savoir par essence relatif et intuitif est sans doute ce qui permettra à
l’université de Lettres lutter contre les partisans d’un savoir absolu, plus rassurant et plus
directement utile. Refuser cette ornière, c’est affirmer sa différence et par conséquent son
identité. Tout comme les peuplades dont fait état Claude Lévi-Strauss, l’université LLASCHS
n’assurera un développement original qu’en proposant un autre rapport au monde du Savoir que
sa voisine scientifique, en forgeant son approche culturelle propre.


3. La crise culturelle
Chacun s’accorde aujourd’hui à penser que nous vivons une crise culturelle profonde, tant sur
le plan artistique que social. La dévalorisation de la culture y est pour beaucoup : d’une part,
certaines productions appartenant aux loisirs de masse sont hissées au rang d’œuvres d’art,
affaiblissant par conséquent la portée de la notion d’art, tandis que l’examen critique est banni
de bien des expositions officielles ; d’autre part, l’individu, et particulièrement l’élève, est
encouragé à la paresse de l’esprit par la convergence d’un pédagogisme égalitariste qui ne vante




12
     LEVI-STRAUSS (Claude) – Race et histoire, Paris, Denoël, 1987.




                                                     29
plus l’excellence scolaire et d’un ensemble de médias qui encourage à la passivité13. Au lieu de
rendre ses lettres de noblesse à l’effort, au lieu de faire de l’acte artistique le fruit d’un travail
passionné, parfois ascétique, on a préféré transformer le sens de l’art, démocratiser cette notion
en remplaçant son contenu, en biaisant le sens du geste créatif. Si une définition tranchée de
l’œuvre d’art est encore plus improbable que pour la culture, il paraît clair qu’un des facteurs de
reconnaissance de l’œuvre est son originalité, son unicité, sa capacité à échapper à toute
standardisation. Or, c’est justement l’obéissance à des normes marchandes qui régit la
quasi-totalité de la production “ culturelle ” des médias de masse. La règle étant de ne déplaire à
personne à défaut de plaire à tous, les productions des industries de la diffusion technicienne
mettent à mal le principe premier d’opposition qui commande l’évolution culturelle et
artistique. La crise est d’autant plus grave que ce principe d’opposition, devenu normalité dans
l’art contemporain, perd à son tour tout son sens. Partagée entre une standardisation marchande
qui gangrène les productions de “ l’art-loisir ” et un principe d’opposition systématique
devenue académisme dans les milieux patenté “ art-contemporain ”, la production au potentiel
artistique réel sommeille entre ces deux milieux faussement artistiques, dans des niches encore
confidentielles. La marge de manœuvre qui permettra de sortir de cette crise est très mince. Les
erreurs du passé (et du présent) sont des écueils toujours dressés : l’action culturelle se heurtera
inévitablement au problème de la reconnaissance officielle, sœur de l’académisme artistique, et
de la dilution culturelle, dans laquelle la défense du pluri-culturalisme a naturellement tendance
à verser.


4. L’individu et son autonomie
Face à un apprentissage qui fait de plus en plus place à une accumulation de connaissances
comprimées dans un emploi du temps surchargé, l’individu n’a plus le temps de construire les
repères indispensables à une compréhension réelle de sa connaissance du monde. Or, ce
manque de repères que l’école aurait pu réduire, les médias de masse se chargent de le combler.
Si aucun système n’a appris à l’individu à garder une certaine distance critique face au flot
d’informations déversé par ces médias, les valeurs “ égalisantes ” que ceux-ci transportent ont
tôt fait de se substituer à toute valeur morale ou sociale, à tout repère culturel digne de ce nom
qui pourrait stimuler son enrichissement culturel et son esprit critique. Le détournement du rôle
éducatif par l’audiovisuel prend aujourd’hui des dimensions inquiétantes, favorisant de jour en
jour la reproduction des inégalités sociales dont Pierre Bourdieu accuse l’école 14 . Il est
incontestable que notre système scolaire est de moins en moins apte à fournir à ses élèves les
repères culturels, et de manière plus dramatique les savoirs fondamentaux qu’un milieu familial
“ défavorisé ” n’a pas pu lui donner, contribuant aveuglément à un déterminisme social très
préoccupant. Plus grave encore, un haut niveau d’instruction n’est plus aujourd’hui un gage de
culture, les hautes études poussant à une spécialisation rarement ouverte aux savoirs annexes.
Pourtant, l’accomplissement de l’individu passe nécessairement par une ouverture d’esprit à
l’inconnu, une connaissance qui tente de comprendre le monde, un fonctionnement intellectuel
qui pousse à un perpétuel questionnement, à une analyse toujours mise en question par l’esprit
critique. Chercher à donner du sens à son environnement est sans doute la caractéristique



13
   Voir à ce sujet : HAROUEL (Jean-Louis) – Culture et contre-culture. Collection Quadrige, Paris, Presses
Universitaires de France, 1998.
14
   BOURDIEU (Pierre) et PASSERON (Jean-Claude) – Les héritiers, les étudiants et la culture. Paris, Editions de
minuit, 1964.




                                                    30
première de l’humanité, se détacher de son contexte pour porter sur lui un regard critique la
condition même de l’autonomie de l’individu. L’autonomie passe donc par la culture.


Il paraît aujourd’hui urgent que l’action culturelle abandonne un débat stérile opposant les
partisans d’un champ culturel restreint à l’expression artistique (dont les limites sont au
demeurant aussi mouvantes que celles de la culture) et les défenseurs d’une culture ouverte aux
formes d’expression minoritaires, moins élaborées mais plus répandues. La réconciliation n’est
pas impossible si chacun concentre ses efforts sur le sens à donner à la culture, sur rôle que
celle-ci doit tenir dans la société face à la crise des valeurs et que tout le monde s’accorde sur le
bien-fondé de la démarche, quels que soient les chemins empruntés. En effet, l’action culturelle
a cela de noble et d’ambitieux qu’elle ne peut se fixer des objectifs aux résultats mesurables et
indiscutables, mais qu’elle doit travailler invisiblement sur l’esprit pour développer chez
l’individu le besoin de Savoir, l’aptitude à s’interroger et à s’intéresser à ce qu’il ne connaît pas.




C. Apprentissage et pratiques artistiques


Notre système éducatif est un des plus complexe du monde, un des plus sectorialisés et donc
parmi les plus spécialisés. Une des conséquences de ce découpage systématique est de
dissuader toute excursion vers des domaines non-rentables pour la spécialité choisie. Il va sans
dire que ce protectionnisme de l’apprentissage est particulièrement efficace envers le domaine
artistique, dont la démarche est très souvent opposée à la démarche scientifique. Pourtant,
l’approche d’une même réalité sous divers angles ne peut qu’en améliorer sa compréhension,
permettre d’en avoir une connaissance plus complète ayant recours à l’ensemble des
potentialités de l’esprit humain.


1. Un autre savoir
L’action culturelle se distingue de l’enseignement traditionnel par l’établissement d’un autre
rapport au savoir, plus adapté à la démarche artistique. Elle réhabilite l’approche sensible du
réel, redonne une place à l’émotion, encourage l’imagination, cherche à développer
l’inventivité, redonne droit de citer à la divagation vers l’impossible. L’université de Lettres a
même le devoir de défendre ces égarements de l’esprit hors des limites de la raison. Entre
poésie et œuvres de science-fiction (que l’on estampille “ romans d’anticipation ” pour mieux
les faire entrer parmi les classiques), l’expression artistique cultive souvent le goût du
surnaturel, cherchant la vérité ailleurs que dans le monde tel qu’il peut être disséquer, analysé
par la science. La connaissance du monde, la plus exacte et la plus absolue soit-elle, demeurera
toujours incomplète si elle n’est que le décryptage du monde tel qu’il est. L’étude du monde tel
que l’homme le perçoit est indispensable à une compréhension plus juste de notre
environnement, et ce n’est sans doute pas un hasard si la part la plus importante des œuvres de
l’esprit humain est consacrée à cette approche sensible de la réalité. Au niveau de l’étudiant, il
s’agit de mettre en lumière un autre fonctionnement de l’esprit humain, comme




                                                31
en atteste André Béraud, directeur du centre des humanités à l’INSA de Lyon :
                 “ Les épistémologues qui interviennent dans nos écoles sont toujours très étonnés de voir à quel
                 point les étudiants passés par le bac C sont peu conscients des mécanismes de fonctionnement de
                 l’esprit humain qu’ils mettent en œuvre, trompés par la monoculture qui est la leur et qui laisse
                 croire que ce mode de raisonnement est un absolu livré aux hommes par on ne sait quelle
                 révélation, en dehors de toute histoire, de tout tâtonnement, de toute question sur l’adéquation à
                 l’objet, méthode qui serait universelle pour faire face à tous les problèmes. La fréquentation de
                 professionnels des arts ou du sport est à cet égard capitale, parce que leurs exigences, si elles ne
                 sont pas moindres, sont d’un tout autre ordre que celles des scientifiques. ; le pianiste qui
                 cherche le bon phrasé pour telle mélodie de Schubert est aussi exigeant que le physicien dans ses
                 observations, mais il l’est tout autrement. ”15
Du reste, loin de s’opposer, approche sensible et approche scientifique se nourrissent l’une de
l’autre, l’imagination et l’intuition sensible fournissant un terrain favorable à l’élaboration
d’hypothèses de travail parfois pertinentes, et le progrès de la connaissance du réel traçant à
chaque découverte une nouvelle voie propice à la divagation.


2. Culture artistique et culture scientifique
La notion de culture technique ou de culture scientifique occasionne quelques réticences chez
les partisans de la culture traditionnelle, qui jugent plus enrichissant de connaître l’œuvre
d’Arthur Rimbaud que de Jérôme Cardan qui, en plus de la formule de résolution de l’équation
du troisième degré, a mis au point le système de transmission automobile que l’on trouve sur
tous les véhicules, et ce quatre siècles avant cette invention. Les grands hommes du passé ont
pourtant démontré avec brio que le travail de l’esprit s’accommodait de cadres très différents, et
que le véritable Savoir ne connaissait par de barrières entre médecine, mathématique, physique,
arts et littérature. Certes, les connaissances sont aujourd’hui tellement étendues qu’une vie peut
paraître bien insuffisante à en saisir le quart. Mais cette réalité ne doit en aucun cas excuser
l’ignorance totale dont souffre beaucoup d’individus à l’exclusion du domaine dans lequel ils
évoluent. Dès le lycée, le système scolaire prépare à la spécialisation de l’individu, lui refusant
le Savoir pour lui-même. Ainsi, en mathématiques, l’élève de série L (Littéraire) passera une
heure par semaine à manier les pourcentages, se retrouvant scandaleusement à refaire les
exercices déjà appris au collège. Le retard pris est alors tel que les portes de la science lui sont
pour toujours fermées. A défaut de pouvoir remettre à plat le système éducatif, l’action
culturelle doit pouvoir déverrouiller quelques portes afin que le savoir scientifique puisse
irriguer l’enseignement littéraire, et que les arts trouvent une place dans l’esprit du
scientifique16.


3. L’apprentissage de l’inventivité
L’action culturelle ne se limite pas à décloisonner le rapport au savoir, à faciliter la circulation
des productions culturelles et de leur interprétation, elle tente aussi d’instaurer un nouveau
mode d’apprentissage et d’investigation intellectuelle. Face à la “ logique d’accumulation des



15
  BERAUD (André) – L’ingénieur et l’Art - L’ingénieur artiste, in A+U+C n°2-3, 1991, p.21
16
  On peut toute fois remarquer que la fac de Sciences est plus avancée dans ce domaine que Paul Valéry : elle
propose un amphi aménagé pour la pratique musicale et théâtrale (avec l’association TAUST – Théâtre Amateur
de l’Université de Sciences et Techniques) ; elle permet par ailleurs la répétition de quelques groupes de musique
amplifiée.




                                                      32
savoirs qui guide souvent les réponses au “manque de culture” des étudiants ”17, elle introduit
une distance critique nécessaire à l’utilisation intelligente des connaissances, “ [en favorisant]
l’apprentissage de la capacité à problématiser un questionnement, [en valorisant] le sens de
l’innovation et de la créativité ”18. Cette démarche, en parfaite complémentarité avec les modes
d’apprentissages traditionnels, permettrait aux étudiants de se préparer aux démarches
d’investigation de la recherche et aux modes de fonctionnement du monde professionnel. Selon
Jean-Marc Lauret, “ les compétences mobilisées par l’engagement dans une pratique
artistique ou l’implication dans un projet culturel, ont effectivement une relation évidente avec
les compétences requises par l’exercice de responsabilités professionnelles ”19 : en plus de
l’aptitude à raisonner par résolution de problèmes, la pratique culturelle ou artistique peut
favoriser d’une part la capacité à travailler en équipe, avec le problème de gestion du temps et
du travail des individus en corrélation avec l’échec ou le succès collectif, et d’autre part la prise
en compte de la dimension qualitative dans la gestion d’un problème échappant aux principes
de la logique rationaliste traditionnelle. L’excès inverse, qui consisterait à prôner la supériorité
de l’approche sensible serait tout aussi absurde que de limiter les capacités de l’esprit humain
au rationalisme cartésien. Il s’agit plus “ raisonnablement ” de rendre à l’esprit sa capacité
d’invention, de création et de dépassement du réel, afin de regarder enfin vers “ un nouveau
rationalisme, un “rationalisme élargi”, un rationalisme de la générosité et de la liberté qui
ferait sa place à l’imagination, au sens et au sensible ”20.


Le niveau d’instruction d’une nation est un facteur essentiel de son développement. Chargée de
la formation des enseignants, l’Université a une lourde responsabilité l’échec ou la réussite des
méthodes privilégiées, et plus largement dans le rapport au savoir et à la culture que ces
approches véhiculent. Si bien que l’on peut penser que la “ doxa ” dont parle Pierre Bourdieu à
propos du milieu universitaire touche probablement l’ensemble du système éducatif français.
Nul besoin cependant de songer à refondre ce système. Le décloisonnement des disciplines et
des esprits peut se faire en douceur, à condition que l’Université retrouve profondeur et
humanisme dans son rapport au savoir, qu’elle se remette en question et qu’elle retrouve la
capacité d’inventer.




                                             




17
   LAURET (Jean-Marc) et BECQUET (Valérie) – Culture et Université, le partenariat entre institutions
culturelles et universités, Dijon, Les presses du réel, 1997, p.32
18
   Ibid.
19
   Idem p.33
20
   PATRIAT (Claude) – Eloge de la perturbation. Dijon, Les presses du réel, 1993, p.62




                                                33
Rendre le savoir à tous
Le chemin sera long avant qu’un nouveau rapport à la culture et au savoir soit envisagé.
Soumise aux vues (plus ou moins) courtes des ministres malgré un principe d’autonomie sans
aucun sens lorsqu’il n’est envisagé que sous l’angle budgétaire, l’Université a pourtant
aujourd’hui assez de pouvoir pour combattre la gangrène qui ronge le système culturel, et dont
la principale source d’infection est le tissu économique. En effet, l’université reste très
largement à l’abri de cet enjeu qui mine le principe d’égalité qui devrait prévaloir en matière
culturelle. L’exemple d’internet et de l’outil informatique est en cela frappant : les nouvelles
technologies auraient pu permettre au plus grand nombre d’avoir accès à la culture,
gratuitement (ou presque), en totale liberté et dans le plus grand confort. Chacun aurait pu
consulter et télécharger les plus grandes pages de la littérature mondiale, écouter les œuvres
majeures de l’histoire de la musique, les enregistrer pour son usage personnel, compulser les
catalogues des dernières expositions et tout connaître des œuvres principales d’un Delacroix ou
d’un Manet. Même les artistes ainsi “ pillés ”, si tant est qu’il soient nourris d’un minimum
d’humanisme, aurait trouvé dans ce beau rêve l’espoir que leurs œuvres trouvent enfin
l’audience qu’elles méritent, qu’un réel partage avec la multitude soient enfin possible.
Malheureusement, les puissances économiques, maisons de disque en tête, ont pris l’avantage
sans qu’aucun intellectuel en puissance ou qu’un partisan de la démocratisation culturelle s’en
offusque, réduisant à néant l’espoir d’un savoir universel mis en ligne pour tous, rendu à chacun
sans qu’aucun titre de propriété ridicule ne soit revendiqué. Si l’université décide que la culture
n’appartient à personne, ou plutôt à tous, peut-être trouvera-t-on en elle le moyen de redonner
un sens à la Culture, à l’Art, au Savoir. Elle détient en effet un pouvoir bien supérieur à tout
pouvoir politique ou économique, puisqu’elle a en charge l’éducation de la nation, et par
conséquent qu’elle est potentiellement en mesure de donner à l’individu la culture nécessaire
pour se libérer, de forger l’esprit critique de la nation et ainsi de tenter de changer en profondeur
la donne culturelle.




                                                34
                                                                                                   Chapitre 2


   Culture et éducation : quelles politiques ?




                                           “ “Les œuvres capitales”, et les œuvres tout court, naissent invisiblement, dans
                                           la crèche du petit nombre. Elles se font reconnaître naturellement, parfois très
                                           lentement, et même leur grande notoriété, lorsqu’elle se produit, est portée par
                                           le petit nombre. L’école, qui les nomme “classiques”, est seule à pouvoir
                                           accroître le nombre de leurs connaisseurs : les maîtres apprennent à connaître,
                                           ils font admirer mais aussi comprendre, goûter, imiter après avoir admirer, ils
                                           ne se contentent pas d’inviter à aimer ceci ou cela. […]
                                           “ La vraie culture, comme l’agriculture, est le parachèvement patient de la
                                           nature. ”
                                           Marc Fumaroli - L’Etat culturel, essai sur une religion moderne




L’étude, même sommaire, des choix politiques en matière de culture et d’éducation permet
d’affiner une première approche purement théorique, et de prendre conscience des difficultés
que rencontrent nécessairement ces nobles idéaux confrontés à la réalité du terrain. Le
phénomène le plus marquant de cette rapide histoire politique est sans doute la séparation en
deux ministères de la Culture et de l’Education, qui, naît de contingences humaines, marquera
durablement la gestion politique de ces domaines, jusqu’à influer sur la conception de ces deux
notions. Au-delà de l’aspect pratique de cette répartition des domaines de compétence est posé
le problème de l’action culturelle, de sa justification et de ses dangers : de l’expérience du front
populaire à la propagation actuelle de la dimension culturelle à un vaste ensemble de modes
d’expression, en passant par le culte de l’art et le désir humaniste de communion égalitaire dans
un patrimoine universel chers à Malraux, les visions politiques sont multiples et appellent de
nombreuses interrogations. L’expérience acquise au niveau national est un formidable
témoignage et une base de réflexion importante pour l’action culturelle à l’échelle universitaire.




                                             




                                                35
A. Le front populaire et l’utopie républicaine


Dans un contexte complexe qui mêle de grands bouleversements sociaux à l’intérieur de nos
frontières (avec en particulier la naissance des congés payés et par conséquent des loisirs) et de
la mise en place de la terrible idéologie nazie, l’expérience du front populaire présente une
certaine originalité qui a su éviter les pièges d’un dramatique dirigisme culturel alors très actif
en Europe et en Union Soviétique. Portée par deux jeunes ministres, la première politique
culturelle et de loisirs républicaine offre une intéressante association entre sport, loisirs, culture
et éducation, dont le caractère éphémère ne permet malheureusement pas de juger l’efficacité.
Elle offre cependant une vision politique, philosophique, de l’action culturelle d’autant plus
intéressante qu’elle est restée sans lendemain.


1. Le tandem Jean Zay – Léo Lagrange
Réunis jusqu’à Malraux au sein d’un même ministère, l’Education nationale et les Beaux-Arts
fonctionnaient de concert dans une visée culturelle commune. En 1937, le sous-secrétariat
d’Etat aux Sports et aux Loisirs est arraché à la Santé publique au bénéfice de l’Education. Le
ministère ainsi formé misait sur une complémentarité évidente : l’éducation était solidaire des
Lettres et des Arts, et les sports servaient le pendant naturel de l’école : les loisirs, eux-mêmes
indissociables de la culture. Avant même cette réunion, Léo Lagrange aux Sports et aux Loisirs
et Jean Zay à l’Education nationale et aux beaux-Arts avaient travaillé avec une optique
commune “ d’éducation populaire ”, dans laquelle les loisirs21 devait permettre de franchir les
frontières de l’art :
                “ Ouvrons les portes de la culture. Brisons les murailles qui entourent comme un beau parc
                interdit aux pauvres gens une culture réservée à une élite de privilégiés. […] Nous allons vers
                une Renaissance. Il est temps d’y travailler. ”22
Ainsi Jean Zay fait-il ouvrir le Louvre de nuit et organiser des visites guidées gratuites, tandis
que Léo Lagrange s’emploie à créer un réseau de bibliothèques, photothèques, discothèques, et
soutient des tournées d’artistes en province.
L’action culturelle sous le front populaire mise sur des moyens simples, à l’ambition modeste,
privilégiant les plaisirs simples d’une large couche de la population. Sans doute cette action
s’appuyait-elle sur l’idée que le progrès culturel de la nation pouvait naître de ce travail de
terrain, que ces graines plantées très modestement pourraient donner une grande et belle forêt
cultivée.


2. L’humilité au service de nobles idéaux
Organiser des loisirs de masses reste quelque chose d’assez délicat à cette époque qui doit faire
front au dirigisme culturel fasciste d’Hitler et de Mussolini, et qui se laisse tenter par celui de
Staline. Heureusement, l’idéal démocratique de la République reste une valeur




21
   Avec la naissance des loisirs de masses, conséquence de la création des congés payés en 1936 par le front
populaire, apparaît pour la première fois la question de l’organisation de ces loisirs par la République.
22
   SOUSTELLE (Jacques) cité dans FUMAROLI (Marc) – L’Etat culturel, essai sur une religion moderne, Paris,
éditions de Fallois, 1991, p.82




                                                    36
défendue en premier lieu, et chacun doit avoir la liberté de choisir ses loisirs :
                   “ Il ne peut s’agir, dans un pays démocratique, de caporaliser les loisirs, les distractions et les
                  plaisirs des masses populaires, et de transformer la joie habilement distribuer en moyen de ne
                  pas penser ”, déclarait Léo Lagrange23.
Derrière cette clairvoyance, cette prudence vis à vis d’un dirigisme culturel totalitaire qui sert
une manipulation des masses, se cache un idéal tout à fait remarquable, qui trouve sa source
dans la foi en l’individu, dans son potentiel de création et d’interprétation de l’œuvre d’Art. Au
lieu de considérer l’œuvre d’art comme une force d’émerveillement, un objet dont la seule
présence invite à la communion, cette idée de la culture place la force de l’œuvre non dans
l’objet plastique lui-même, mais au sein de l’individu qui pose son regard sur cette œuvre24.
Cette croyance en une “ lumière impartie plus ou moins à tous les hommes ” 25 , lumière
naturelle, universelle, et pourquoi pas transcendante, dessine des contours tout à fait singuliers à
l’action culturelle : il ne s’agit pas de dispenser une culture, de contraindre un groupe social à
recevoir des œuvres et des valeurs tombées du ciel, mais de conduire chaque individu “ vers les
formes en acte qui lui conviennent le mieux ”26. En un mot, il s’agit d’éduquer.


Si la définition de la culture pose problème, celle de l’éducation n’est pas non plus une mince
affaire. Du sens que l’on donne à l’éducation découlent des programmes d’apprentissage
spécifiques, mais également des modes d’apprentissage. Au-delà de la question de savoir de
quelle manière l’on doit associer action éducative et action culturelle, il est primordial de se
demander quelle finalité l’on veut donner à l’éducation. Il ne s’agit pas seulement de s’instruire,
d’emmagasiner des connaissances dans l’hypothèse de s’en servir un jour, de connaître des
œuvres pour mieux comprendre l’esprit humain ; il s’agit avant tout de se construire, pour
mieux se chercher soi-même et peut-être un jour trouver un chemin. L’éducation, ce peut être
cela : guider, conduire chacun sur un chemin possible. Comment alors désolidariser les
sciences, les arts, les lettres, le sport, comment isoler la pratique artistique des loisirs ?




B. Le “ schisme ” de 1959


Le divorce entre culture et éducation s’est opéré sous la présidence du Général De Gaule, avec
Michel Debré comme 1er ministre. Le décret du 3 février 1959 qui nomme André Malraux
ministre d’Etat chargé des Affaires culturelles pose les fondations du ministère,




23
   cité dans FUMAROLI (Marc) – L’Etat culturel, essai sur une religion moderne, Paris, éditions de Fallois, 1991,
p.83
24
   Alors qu’on a aujourd’hui tendance à tirer la force d’une œuvre du le geste qui l’a fait naître, lorsque ce n’est pas
dans l’individu qui crée cette œuvre.
25
   FUMAROLI (Marc) – L’Etat culturel, essai sur une religion moderne, Paris, éditions de Fallois, 1991, p.120
26
   Idem p.121




                                                         37
fondations qui ne seront pas remises en cause avant 1982 :
                 “ Le ministère d’Etat […] a pour mission de rendre accessible les œuvres capitales de
                 l’humanité, et d’abord de la France, au plus grand nombre possible de Français, d’assurer la
                 plus vaste audience à notre patrimoine culturel et de favoriser la création des œuvres d’art et de
                 l’esprit qui l’enrichissent. ”
A partir de cette date, culture et éducation suivront des chemins séparés, réunis de manière
éphémère par Jack Lang de 1982 à 1986. Isolés les unes des autres, les diverses composantes
nécessaires à la construction de l’individu ne travaillent plus de concert dans un but unique, la
coopération transversale restant encore trop souvent marginale.


1. Malraux et les Affaires culturelles
Ministre de l’Information en 1958, André Malraux considérait “ que c’était à l’information que
devait être rattaché le corps enseignant”27. Un peu trop turbulent pendant la guerre d’Algérie,
De Gaulle décide d’écarter Malraux de ce poste, tout en souhaitant conserver près de lui son
“ ami génial ” : “ Taillez pour lui un ministère, [dit-il à Michel Debré qui le rapporte,] par
exemple un regroupement de services que vous pourrez appeler “Affaires culturelles”.
Malraux donnera du relief à votre gouvernement. ”28 Les Beaux-Arts (Arts, Lettres, Archives
et Architecture) sont ainsi arrachés au ministère de l’Education nationale, et le Centre National
du Cinéma à l’Industrie. Le budget est modeste, mais les ambitions sont grandes. Partant du
principe que “ le plus grand nombre ” se trouve plongé dans une “ misère culturelle ”, un grand
désir humaniste a parcouru de nombreux intellectuels tels que Malraux, le désir de faire
partager son bonheur d’être cultivé, bien souvent accompagné d’une commisération attristée
envers la masse des ignorants. Si ce désir de partage est noble et tout à fait louable, on peut tout
de même s’interroger sur la validité même de l’idée de transmission d’une culture. Le parallèle
avec la religion est assez courant lorsqu’il est question de l’action d’André Malraux au
ministère des Affaires culturelles : on parle de “ ministre prophétique ”29, les Maisons de la
culture sont comparées à des “ “Cathédrales du XXème siècle”qui devaient rassembler […] le
peuple de la France dans la célébration de son patrimoine ”30, tandis que Marc Fumaroli31
relève un “ vocabulaire de l’illumination culturelle [qui situe la culture] dans l’ordre de la
participation instantanée magico-religieuse ”. C’est cette volonté farouche d’évangéliser ces
“ païens ” de la culture qu’il faut mettre en cause : comme un intellectuel peut-il en effet vouloir
ériger sa culture comme valeur de référence ? Comment imaginer que ces valeurs, ces objets
décrétés “ œuvres capitales de l’humanité ” trouvent dans leur essence même le caractère
universel légitimant un partage inconditionnel ? C’est réduire la diversité de la nature humaine,
des sensibilités, à ces quelques hypothétiques dénominateurs communs, et affirmer qu’il suffit à
un artiste potentiel de se trouver face à quelque model pour que se révèle son talent32.



27
   FUMAROLI (Marc) – L’Etat culturel, essai sur une religion moderne, Paris, éditions de Fallois, 1991, p.54
28
   Idem p.55
29
   GIRARD (Augustin) Les politiques culturelles d’André Malraux à Jack Lang, in Institutions et vie culturelles,
La documentation française, Paris, 1996, p. 18
30
   LAURET (Jean-Marc) et BECQUET (Valérie) – Culture et Université, le partenariat entre institutions
culturelles et universités, Dijon, Les presses du réel, 1997, p.9
31
   dans L’Etat culturel, essai sur une religion moderne, Paris, éditions de Fallois, 1991, p.56
32
   Marc Fumaroli s’interroge par ailleurs sur “ les vrais désirs du plus grand nombre, qu’on nous présente comme
assoiffés de cette même culture dont quelques privilégiés auraient le monopole. ” – Dans L’Etat culturel, essai sur
une religion moderne, Paris, éditions de Fallois, 1991, p.53




                                                      38
2. Le malentendu Malrussien
Cette dangereuse sacralisation de l’art, d’appel à la communion autour de ces chefs d’œuvres
qui doivent illuminer l’humanité n’est pas la seule en cause. L’action d’André Malraux et
l’échec de ses Maisons de la culture trouvent principalement leur source dans l’idée
d’autonomie, et même de supériorité de l’expérience esthétique par rapport à l’activité
cognitive, comme en témoigne sa déclaration du 16 mars 1966 pour l’inauguration de la Maison
de la Culture d’Amiens :
                 “ L’université est ici pour enseigner. Nous sommes ici pour enseigner à aimer. Il n’est pas vrai
                 que qui que ce soit au monde ait jamais compris la musique parce qu’on lui a expliqué la
                 Neuvième Symphonie. Que qui que ce soit au monde ait jamais aimé la poésie parce qu’on lui a
                 expliqué Victor Hugo. Aimer la poésie, c’est qu’un garçon, fût-il quasi illettré, mais qui aime
                 une femme, entende un jour : “Lorsque nous dormirons tous deux dans l’attitude qui donne aux
                 morts pensifs la forme du tombeau”, et qu’alors il sache ce qu’est un poète.

                 “ Chaque fois qu’on remplacera cette révélation par une explication, on fera quelque chose de
                 parfaitement utile, mais on créera un malentendu essentiel. Ici les nôtres doivent enseigner aux
                 enfants de cette ville ce qu’est la grandeur humaine et ce qu’ils peuvent aimer. Aussi l’université
                 leur expliquera ce qu’est l’histoire. Mais il faut d’abord qu’existe l’amour, car après tout, dans
                 toutes les formes d’amour il ne naît pas des explications. ”33
Ainsi, Culture et Education sont-ils deux mondes distincts, chacun poursuivant un but qui lui
est propre, sans qu’à aucun moment ne soit posée la question d’une coopération. “ Il appartient
à l’université de faire connaître Racine, mais il appartient à ceux qui jouent ses pièces de le
faire aimer. […] La connaissance est à l’université ; l’amour peut-être, est à nous ”,
déclare-t-il le 8 décembre 1959 devant le Sénat34.
Au fil de toutes ces déclarations sont exposés les principes de l’action du ministère de la culture,
tandis que se dessinent ceux de l’Education nationale : les Affaires culturelles ont en charge le
patrimoine culturel de la France et se doivent de l’entretenir, de favoriser sa diffusion et
d’encourager son enrichissement ; l’Education nationale a en charge la connaissance, le savoir,
qu’elle doit conserver, transmettre et développer par la recherche.


3. Le sens de la “ compréhension ”
Tirée de la conception kantienne de l’expérience esthétique, la conception de Malraux fait de
“ l’explication ” et de “ l’amour de l’art ” deux modes de rapports à l’œuvre distincts et
antagonistes 35 . Ainsi, “ l’amour de l’art ” serait quelque chose de magique, naissant
directement de l’illumination que l’œuvre d’art procure naturellement à toutes et tous, même à
ce “ garçon quasi-illettré ”. Le contact avec l’œuvre suffit à remporter l’adhésion du public, à
leur offrir cette “ révélation ”36 : il faut donc multiplier les moyens de ce contact. L’explication


33
   André Malraux – Déclaration du 16 mars 1966 pour l’inauguration de la Maison de la Culture d’Amiens, cité par
LAURET (Jean-Marc) et BECQUET (Valérie) – Culture et Université, le partenariat entre institutions culturelles
et universités, Dijon, Les presses du réel, 1997, p.8
34
   Cité par LAURET (Jean-Marc) et BECQUET (Valérie) – Culture et Université, le partenariat entre institutions
culturelles et universités, Dijon, Les presses du réel, 1997, p.20
35
   Comme le rapporte et l’explique Jean-Marc Lauret dans Culture et Université, le partenariat entre institutions
culturelles et universités, Dijon, Les presses du réel, 1997, pp.8 et 9
36
   Selon Jean-Marc Lauret, “ Cette conception […] est à rapprocher de l’affirmation par Kant de l’universalité
des conditions subjectives du jugement esthétiques. C’est parce que la condition humaine nous est commune, que
l’œuvre d’art est dans la tradition kantienne, susceptible de “parler” à notre sensibilité. ” - Ibid. p.9




                                                      39
ne permet pas d’approcher cette “ vérité de l’art ”, elle crée même selon lui un “ malentendu
essentiel ”. Dissocier le choc artistique de l’analyse de l’œuvre, de sa connaissance
“ scientifique ”, est semble-t-il une erreur sur laquelle il faut revenir. “ Comprendre ” une
œuvre, c’est littéralement la “ prendre avec soi ”, se l’approprier dans l’ensemble de ses
dimensions, prendre conscience de toutes les richesses qu’elle recèle et qui se dévoilent à
mesure qu’on la connaît mieux. Dire que cette appropriation, cette “ compréhension ” est un
processus instantané et total, entièrement affectif et déconnecté du circuit cognitif est tout aussi
difficile à soutenir que de dire que l’explication seule suffit à connaître l’œuvre. Loin d’être
antagonistes, ces deux sortes de rapport à l’œuvre convergent vers sa “ compréhension ” réelle
et aussi complète que possible, nourrissant le processus inconscient d’interprétation qui donne
sa valeur à l’œuvre d’art. La foi inconditionnelle de Malraux dans l’art, dans sa valeur
universelle et transcendante, est peut-être à attribuer à une tradition romantique qui a placé
l’expérience artistique au-dessus de tous types d’expérience, la plus proche de la Vérité. Sans
doute Malraux et de nombreux autres intellectuels avides de faire partager la “ culture savante ”
qu’ils avaient en commun ont-ils oublié que le regard qu’eux-mêmes portaient sur cette culture
était chargé d’une éducation, d’un héritage culturel dont ils n’avaient pas conscience, mais qui
façonnaient ce regard. Nous ne sommes pas égaux devant l’art, contrairement à ce que croyait
Malraux. La démocratisation culturelle ne peut consister à montrer des œuvres à tous et à les
expliquer. La culture est un processus, une construction que l’éducation peut favoriser à
condition de lui redonner un sens.


4. Le virage décisif
Le virage qui s’est dessiné avec Malraux a été décisif, et sa conception pèsera pendant de
longues années sur l’action des ministères : le ministère de la culture semble encore aujourd’hui
plus préoccupé par les œuvres d’art et les manifestations culturelles sensées les mettre en
contact avec la population que par les établissements d’enseignement artistique, dont la gestion
est confiée aux collectivités locales et territoriales, et pour lesquelles l’intervention du ministère
reste très discrète. L’Education nationale, quant à elle, se dirige de plus en plus vers un savoir
utilitaire, tourné vers la professionnalisation et la spécialisation, avec toujours le danger de
dispenser un savoir à l’exclusion des autres. Les Sports sont rangés du côté de la Jeunesse,
auxquels on adjoint le plus souvent les Loisirs. En extrapolant ces associations (sans se soucier
des avantages de gestion quelles offrent peut-être), on pourrait en venir à la conclusion que la
Culture consiste à montrer des tableaux, des sculptures, ou faire entendre de la musique que
l’Etat a éventuellement subventionnée, que l’Education ne consiste plus à éduquer la
population mais à lui préparer un avenir professionnel, et qu’enfin le Sport ne concerne que la
jeunesse, à laquelle on doit souhaiter en priorité qu’elle se divertisse, qu’elle occupe son temps
libre. Sans aller jusqu’à prêcher pour un retour à un model antique dont rien ne prouve la
supériorité et encore mois le caractère profondément républicain et démocratique, il semble
essentiel de s’interroger sur le sens que les actes donnent aujourd’hui à des mots tels
qu’éducation et culture. De plus en plus, les actes semblent précéder la pensée. Peut-être
serait-il temps de nourrir une véritable réflexion capable de renouer avec un certain humanisme,
de repenser les priorités, pour qu’éventuellement Jeunesse soit associée à Education, que Sports
et Loisirs retrouvent une place aux côtés de Culture.


Si l’évolution du sens du mot “ culture ”, trop proche aujourd’hui de la notion d’art, ne permet
plus d’associer les Sports sans que l’on crie à la récupération démagogique, il semble nécessaire
de se souvenir le plus souvent possible de la dimension de construction de l’individu que sa
définition ancienne renferme. En cela, elle est extrêmement proche de la notion d’éducation,


                                                40
qui porte aussi en elle cette idée de développement harmonieux des facultés de l’individu. Une
partie du chemin semble parcouru, et l’ensemble des ministres de la culture et de l’éducation
semblent depuis Malraux décidés à trouver les termes d’une entente.




C. Une réconciliation progressive


La réalité d’un choc artistique assez puissant pour convertir la population la plus large à une
culture supérieure est alors assez ébranlée pour que le ministère de Jacques Duhamel
(1971-1973) cherche de nouveaux moyens pour l’action culturelle :
                 “ Il ne suffit pas à une œuvre d’art d’être exposée pour qu’un contact s’établisse […], la
                 nécessité d’une médiation s’impose, et c’est ce que l’on appelle animation ”, écrit-il en 1972
                 dans L’ère de la culture.37
Par ailleurs, le pluralisme culturel est reconnu et l’on commence à prendre en considération les
cultures “ minoritaires ”. Plus rien ne s’oppose à ce que l’école participe à l’action culturelle, et
une véritable réflexion se met alors en place autour de l’éducation artistique.


1. Le changement de cap ministériel
Le mythe de l’universalité de la culture “ légitime ” a été attaqué de manière très virulente par
les instruments même de la décentralisation culturelle initiée par Malraux. Réunis à
Villeurbanne le 25 mai 1968, les responsables de ces structures (Maisons de la Culture, Centres
dramatiques et troupes permanentes) dénoncent une action qui concoure à masquer une
évidente différence de classe entre les “ décideurs ” culturels et le public auquel ils s’adressent :
                 “ Ce que nous étions quelques-uns uns à entrevoir […] est devenu pour tous une évidence :
                 […]la coupure est profonde, […] c’est notre attitude même à l’égard de la culture qui se trouve
                 mise en cause de la façon la plus radicale. Quelle que soit la pureté de nos intentions, cette
                 attitude apparaît en effet à une quantité considérable de nos concitoyens comme une option faite
                 par des privilégiés en faveur d’une culture héréditaire, particulariste, c’est à dire tout
                 simplement bourgeoise. Il y a d’un côté le public […] et il y a de l’autre, un non-public : une
                 immensité humaine composée de tous ceux qui n’ont encore aucun accès ni aucune chance
                 d’accéder prochainement au phénomène culturel sous les formes qu’il persiste à revêtir dans la
                 presque totalité des cas. ”38
Le contact avec l’œuvre ne peut suffire à ouvrir les portes de la culture. Le ministère revoit alors
le sens à donner à son action : il reconnaît la nécessité d’une médiation, et abandonne l’idée de
démocratiser une “ culture cultivée ”, pour étendre son action en direction des modes
d’expression culturelle non légitimés par les institutions. Le virage qui s’opère avec le ministère
Duhamel (1971-1973) augure les options que prendra Jack Lang sous la présidence Mitterrand
(1981-1986) et prépare le terrain à la réflexion qu’il a récemment lancée autour de l’éducation
artistique.



37
   Cité par LAURET (Jean-Marc) et BECQUET (Valérie) – Culture et Université, le partenariat entre institutions
culturelles et universités. Dijon, Les presses du réel, 1997 – p.12
38
   Extrait de la déclaration de Villeurbanne, 25 mai 1968, citée dans URFALINO (Philippe) – L’invention de la
politique culturelle. Paris : La documentation française, 1996 – p.220




                                                     41
2. L’éducation artistique
Même si la “ démocratisation culturelle ” est reconnue comme “ une des missions
fondamentales du service public d’éducation ”39, celle-ci n’est pas nécessairement considérée
comme une fin en soi. Les interactions entre sensibilité et connaissance sont nombreuses, et
l’on se préoccupe dès 1968 d’intégrer ses bienfaits à l’enseignement40. Les pratiques artistiques
sont alors reconnues comme un facteur de développement cognitif, et non plus comme une
simple activité de détente qui favorise l’équilibre de l’enfant et la reconstitution de sa force de
travail. L’inventivité, la créativité trouvent une nouvelle légitimité, y compris dans les
domaines scientifiques qui reconnaissent qu’imagination et sensibilité peuvent être des forces
supplémentaires de production. Il faudra cependant attendre la nomination de Jack Lang au
ministère de la culture en 1981 pour que des actes succèdent au discours :
                 “ Les crédits [alloués à l’éducation artistique] sont multipliés par cent au cours de la période41
                 […]. Dans les lycées, plus de cent “sections de spécialité” préparent des baccalauréats à option
                 artistique ; 700 “classes culturelles” ont lieu chaque année à tous les niveaux ; une opération
                 “collège au cinéma” [impliquent] 120 000 élèves et 15 000 professeurs […]. ”42
L’augmentation du nombre d’intervenants artistiques au niveau du primaire est censée
compléter ce parcours artistique qui doit permettre à un enfant de se découvrir un intérêt pour
une pratique artistique dès le primaire et de poursuivre idéalement sa passion jusqu’à
l’université, dans lesquelles les filières artistiques sont sensées offrir un aboutissement. On ne
peut que se réjouir de la place enfin accordée à l’éducation artistique en milieu scolaire, et il ne
fait aucun doute qu’un intérêt, et même des vocations, naîtront chez de nombreux enfants grâce
à ce dispositif. Il faut cependant garder à l’esprit que, dans la réalité, l’arrivée au lycée impose
aux élèves des choix parfois cruels. Ainsi, nombreux sont ceux qui préfèrent se diriger vers la
série S (scientifique) afin de conserver un choix d’orientation assez large, et pour laquelle les
options artistiques ne sont pas proposées 43 . Le choix est encore plus drastique en ce qui
concerne les élèves d’établissements artistiques, tels que les conservatoires, au sein desquels un
travail très important est demandé, très difficile à mener en parallèle des études
traditionnelles44.


3. Les partenariats éducation – culture
La réconciliation entre éducation et culture semble aujourd’hui pleinement consommée : les
premiers encouragements en direction des pionniers de ce rapprochement laissent maintenant
place à une attitude volontariste, animée par la certitude que l’école peut être l’instrument idéal
de l’accès de tous à la culture. Facilitée par un premier protocole d’accord interministériel signé
en 1983, la coopération entre les ministères de l’Education et de la Culture a été depuis le


39
   B.O. N°31 du 30 juillet 1998.
40
   Année du colloque d’Amiens “ Pour une Ecole Nouvelle ”, accueilli dans les locaux de la Maison de la Culture,
là où Malraux avait affirmé de manière catégorique l’opposition culture – éducation.
41
   En cinq ans, ces crédits passent de 500 000 à 5 millions de francs.
42
   GIRARD (Augustin) – “Les politiques culturelles d’André Malraux à Jack Lang”, in Institutions et vie
culturelles. Paris, La documentation française, 1996, p.16.
43
   Mises à part les “ options légères ”, le plus souvent appelées “ ateliers ”.
44
   Certains élèves quittent le circuit scolaire traditionnel dès le collège pour suivre un enseignement par
correspondance. Ce choix induit des conséquences assez préoccupantes en ce qui concerne la vie sociale et
l’ouverture de l’enfant au monde, toutes deux nécessaires à son équilibre. – pour plus de détail sur l’enseignement
artistique, se reporter à l’annexe 5.




                                                      42
ministère Lang un axe d’action majeur pour les différentes équipes ministérielles, quel que soit
leur bord politique. “ Démocratisation culturelle ” et prise en considération de la sensibilité sont
désormais les deux piliers de l’action culturelle, et l’école doit en être le vecteur principal. C’est
ce qu’ont soutenu de concert Catherine Trautmann (alors ministre de la Culture et de la
Communication) et Claude Allègre (alors ministre de l’Education nationale, de la Recherche et
de la Technologie), réunis le 9 avril 1999 autour du thème “ Les partenariats éducation –
culture ” :
                    “ La démocratisation concerne l'accès de tous les jeunes aux arts et à la culture, d'une part, la
                    réduction des facteurs qui entravent cet accès, mais aussi, l'ouverture à la diversité des
                    expressions culturelles et artistiques ” - Allocution de Catherine Trautmann ;

                    “ Le développement de l'imagination, de la sensibilité, du rêve, de la délectation, de la créativité
                    individuelle ou collective font en effet partie de la vocation de l'école tout autant que
                    l'acquisition des savoirs ”, - Allocution de Claude Allègre45.
De manière plus concrète, l’accent est mis sur la nécessaire continuité de l’éducation culturelle
et artistique de la maternelle à l’université. Si les options prises varient d’une équipe à une
autre, les fondements théoriques restent communs, et le rapprochement de ces deux mondes ne
semble plus soulever d’opposition. Jack Lang, actuel ministre de l'Education nationale, a
rassemblé une équipe de conseillers artistiques au sein d'une mission pour l'éducation artistique
et l'action culturelle, créée par arrêté du 5 octobre 200046. Travaillant en collaboration avec des
personnels-relais des enseignements artistiques, cette équipe doit assurer la mise en place d’un
plan sur cinq ans dont l’objectif est la généralisation de l'éducation artistique et culturelle à
l’école.


Ainsi, l’évolution du rapport à la culture semble avoir modelé un consensus autour du rôle de
l’école dans l’action culturelle. Cette réconciliation entre culture et éducation est une avancée
certaine, et de nombreuses actions, des projets communs sont nés de ce rapprochement entre les
ministères et entre les différentes institutions qui en dépendent. Espérons que des prises de
position plus audacieuses, et pourquoi pas des réformes plus profondes suivront ces premières
expériences, afin que la dichotomie culture – éducation disparaisse pour de bon.




                                                       




45
     Allocution disponibles à http://www.auc.asso.fr/
46
     Voir le site de la mission : http://www.mission-culture.org.




                                                         43
Vers des lendemains meilleurs ?
Riche de quarante ans d’expérience, les politiques ont su faire évoluer l’action culturelle et
remettre en cause les premières conceptions, qui bien que portées par un souffle humaniste
certain et des intentions louables, n’ont pas apporté les résultats souhaités. Ces premiers
malentendus balayés, culture et éducation ont su retrouver la voie de la coopération, pour mieux
servir des intérêts et des objectifs communs. Forcément dépendante de la conception
philosophique dont on se fait de la culture, l’action culturelle induit un choix politique difficile,
une position affirmée qui en assure la lisibilité, mais qui nécessairement implique des remises
en question. L’action culturelle est un exercice délicat, qui nécessite un certain courage et une
grande lucidité : d’un côté se trouve le danger de prêcher pour une culture unique, qui
involontairement exclue les autres et nie toute relativité de l’art, et par conséquent minimise la
richesse d’expression de l’âme humaine ; de l’autre se trouve le danger de refuser toute
hiérarchisation, tout jugement de valeur au nom de cette diversité culturelle. Entre élitisme et
populisme, l’action culturelle doit être capable de faire des choix qui impliquent
nécessairement une part de dirigisme dont il faut avoir conscience.

Une grande absente semble portant absente des réflexions de nos décideurs : l’université. Seul
Malraux avait osé aborder le sujet, dans un temps où cette institution était encore attaquable, et
exprimer clairement son triste point de vue. La commission actuelle a pour l’instant laissé ce
chapitre vierge, et il semble difficile que ce passage délicat soit abordé avant les prochaines
élections. Avant cette respectable commission, d’autres commissions d’évaluations, de
réflexions avaient œuvré, soit pour le compte de l’Education nationale, soit pour celui de la
Culture. Il en ressort que dans aucun des travaux réalisés n’est posé le problème de l’action
culturelle et de l’éducation artistique à l’université47. Poussée par une volonté consciente ou
inconsciente d’un savoir productif, le principal soucis de ces rapports est l’efficacité du système
éducatif, sa compétitivité au niveau européen et mondial. Le niveau culturel de la nation n’est
pas la préoccupation première des décideurs et de leurs conseillers, malgré ce que les discours
auraient pu laisser croire. Il faut donc s’attendre à ce que l’action culturelle reste pour les
politiques quelque chose d’accessoire, presque décoratif : l’actualité démontre que la politique
ne se construit pas aujourd’hui sur le long terme, et seule une nouvelle vision prophétique, telle
celle de Malraux, même discutable, peut faire de la culture un élément essentiel de l’éducation,
conformément aux missions que confie la loi à l’université.




47
 Voir par exemple le dernier rapport : ATTALI (Jacques) – Pour un modèle européen d’enseignement supérieur.
Ministère de l’Education nationale, février 1998 – Disponible à http://www.education.gouv.fr




                                                  44
                                                                                                          Chapitre 3


    L’université : quel rôle ?




                                            “ Tout étudiant, si brillant soit-il, si riche et si profonde la formation qu’il lui est
                                            donnée, a besoin d’activité de culture pour écouter les autres savoirs, les autres
                                            arts, les autres récits… […] Il n’y a pas – s’il n’y en eût jamais –
                                            d’apprentissage universel, et cependant l’universel reste une exigence :
                                            l’université tient en cela, au moins, une des noblesses de son noms. ”
                                            Projet culturel de l’université de sciences humaines de Strasbourg – 1992




L’université, après des siècles d’un travail monastique au nom de la préservation du Savoir,
s’ouvre aujourd’hui de plus en plus sur la Cité. Le rôle séculaire d’élaboration, de conservation
et de transmission des savoirs se trouve de plus en plus remis en cause. On demande
aujourd’hui à l’université d’être utile, de préparer une main d’œuvre de qualification supérieure
et de s’attacher à “ rentabiliser ” le savoir qu’elle produit. Cependant, l’idéal du savoir pour
lui-même reste très fortement ancré dans la pratique universitaire, et plus particulièrement en
faculté de Lettres. L’université se trouve dans une position délicate : elle doit prouver son utilité
sans trahir son idéal, être à la fois rentable et désintéressée. Cette délicate redéfinition du rôle de
l’université dans la société revient à s’interroger sur sa place dans le processus culturel : la loi
de 1984 pose très explicitement cette vocation première d’établissement culturel, en
contradiction avec une pratique universitaire souvent empreinte d’archaïsme. De la
confrontation entre cette idéal posé par la loi et l’observation des handicaps de l’université se
dessine la possibilité d’un nouveau rapport au savoir, ainsi que les bases d’un nouveau rapport
de l’université avec la société.




                                              




                                                  45
A. Les termes de la loi


La loi n° 84-52 du 26 janvier 1984 dite “ loi Savary ” présente l’intérêt d’énoncer clairement la
vocation profondément culturelle de l’université tout en restant floue sur les moyens à mettre en
œuvre pour rendre “ visible ” de l’extérieur son caractère d’institution culturelle. Une
interprétation du texte s’avère donc nécessaire, ce qui explique les divergences de vue qui
peuvent être rencontrées sur le terrain universitaire concernant la place que doit occuper la
culture sur le campus.


1. La loi dans le texte
La loi n° 84-52 du 26 janvier 1984 sur l’enseignement affirme très clairement la vocation
culturelle de l’université :
               “ L’université contribue […] à l’élévation du niveau scientifique culturel et professionnel de la
               nation et des individus qui la composent ” et à “ la réduction des inégalités sociales et
               culturelles ” (Art. 2).

               “ Le service public de l’enseignement supérieur à pour mission le développement de la culture et
               la diffusion des connaissances et des résultats de la recherche. Il favorise l’innovation, la
               création individuelle et collective dans le domaine des arts, des lettres, des sciences et des
               techniques ” (Art. 7).
Présente dans huit articles du texte de loi, la dimension culturelle y apparaît comme un élément
essentiel de la pratique universitaire, et non comme accessoire. La loi s’oppose ainsi à la
tendance actuelle à rendre l’acquisition du savoir toujours plus utilitaire. Même si la préparation
à des métiers répondant toujours mieux aux besoins du pays afin de rendre les entreprises plus
performantes et plus compétitives à l’échelle mondiale est un objectif à défendre, la dimension
professionnelle ne peut être fixée comme but unique. Le savoir doit également être cultivé pour
lui-même, dans une optique de recherche pure qui conditionne le progrès technique sur le long
terme, en même temps que qu’il doit être cultivé pour l’individu lui-même, afin de forger à la
nation un niveau culturel convenable et préparer ainsi un progrès social. A travers cette
globalisation des paramètres science – culture – métier, l’Etat affiche sa foi dans un progrès à
long terme pour les individus et la nation. Il charge l’université d’une tâche beaucoup plus
complexe que la préparation de la jeunesse aux métiers de demain et que l’accumulation du
savoir : il s’agit former des individus, de les éduquer dans le sens premier du terme, et de
construire le progrès intellectuel et culturel du pays. Rompant avec la tradition malrussienne qui
chargeait l’université d’ “ [expliquer] l’histoire ”, la loi tourne résolument l’université vers
l’avenir, tout en gardant les pieds dans le présent : elle doit miser sur l’innovation et la création,
et assurer en même temps la diffusion de la connaissance en direction de la société.


2. La culture, élément essentiel du progrès
Associée dès l’article 2 à la notion de progrès social, la culture retrouve son sens presque
“ antique ” de construction de l’individu, quasi-synonyme de progrès lorsqu’elle agit sur
l’ensemble de la société. Affirmer le rôle capital que joue le niveau culturel dans le progrès
d’une nation est primordial : il contredit de façon salutaire le mythe qui assimile la culture à un
“ supplément s’âme ” accessoire et décoratif, qui doit se satisfaire de reliquats ou de moyens
systématiquement soumis à la règle du “ symbolique ” (le 1% est alors de mise). En perdant son
rôle premier d’élévation de l’individu et de la nation, l’action culturelle perd en effet toute
substance : placée en dernière ligne des priorités, elle n’accède jamais à une démarche
autonome, et se trouve irrémédiablement reléguée à un rôle complémentaire, annexe d’une

                                                   46
transmission des savoirs qui tend souvent à l’utilitarisme. Devenue instrument, l’action
culturelle peut même devenir, dans le pire des cas, une arme contre la culture : lorsque, au lieu
d’être une attitude qui modestement essaie de provoquer des rencontres, de lancer une
dynamique créatrice, elle devient une institution, le risque est grand que se mette en place un
semblant d’académisme qui sans le vouloir s’attache plus à établir des valeurs qu’à offrir un
support à la création.


3. Les axes majeurs de la mission universitaire
Ce texte de loi, malgré le flou qu’il laisse sur les moyens de remplir les objectifs fixés, a au
moins le mérite de placer la culture comme élément essentiel de l’apprentissage universitaire et
non comme abstraction flottant dans le “ symbolique ”. L’université se voit ainsi investie par
ces quelques lignes d’une double mission que tous (je pense) souhaiteraient voir érigée comme
objectifs prioritaires :
      Forger à ses étudiants une culture la plus solide et la plus large possible, faisant ainsi de
     la période universitaire de l’individu une “ parenthèse heureuse ” dans laquelle il forme
     son esprit critique et “ goûte ” à la culture, sous ses formes les plus diverses, afin de faire
     naître chez lui la nécessité de la fréquentation artistique ou de la pratique culturelle pour le
     reste de sa vie.

      Œuvrer pour l’élévation du niveau culturel de la nation, résultat naturel d’une curiosité
     éveillée pendant la vie étudiante de l’individu, d’une part, et résultat d’une dynamique
     créative nouvelle d’autre part, dont l’université peut apparaître par bien des aspects un
     ferment essentiel.
Ces deux aspects d’une mission ô-combien difficile à concrétiser sont sans doute les deux axes
prioritaires que doit suivre une politique culturelle, et peuvent se décliner de façons diverses, et
s’entrecroisent bien évidemment en de nombreux points.


4. L’université, établissement culturel par excellence
Ce texte de loi ne propose malheureusement aucun moyen pour répondre à la mission première
de développement culturel qu’il impose à l’université. La raison en est sans doute qu’il n’existe
aucune voie toute tracée, aucun model à suivre : chaque université doit trouver sa propre voie
de développement culturel, originale, adaptée à sa spécificité. La force essentielle à tirer de ce
texte naît sans doute de sa confrontation avec la réalité universitaire et des distorsions que l’on
est forcé de constater, entre la place centrale de la dimension culturelle inscrite dans le texte de
loi, et son absence (ou quasi-absence) de la pratique universitaire réelle. On peut aujourd’hui
espérer qu’une réorientation salutaire de la pratique universitaire naîtra de ces constatations,
une réorientation qui permettra non seulement d’opérer des transformations internes, au service
d’une plus grande efficacité de l’enseignement, mais aussi de repenser un rôle, une place dans
la société pour l’université. Au-delà de la dimension universitaire, ce texte permet de
s’interroger sur la notion même d’éducation, qui ici semble dépasser le cadre de l’apprentissage
d’un savoir pour s’étendre à l’ensemble de facteurs de réalisation d’un individu. C’est dans
cette optique qu’est menée actuellement la réflexion ministérielle autour de l’éducation
artistique et qui vise à offrir à chacun la possibilité de s’intéresser activement à la pratique
artistique tout au long de son cursus, de la maternelle à l’université. Peut-être naîtront de ces
réflexions les moyens absents de la loi, pour que l’université puisse répondre à ses missions
multiformes : dispenser un savoir à la fois précis et complet, dans un optique professionnelle,



                                               47
œuvrer pour la création et l’innovation, y compris dans le domaine de la culture, et permettre à
chacun de se forger une culture aussi large que possible, en fonction de ses affinités.

Ainsi, même dans une université de Lettres et d’Arts comme Paul Valéry qui défend encore le
savoir pour lui-même, sans assujettir sa transmission à un quelconque aspect utilitaire, la réalité
de l’enrichissement culturel, de l’ouverture au monde de l’individu pendant son parcours
universitaire reste à avérer. L’université doit aujourd’hui retrouver une identité, affirmer
qu’elle a un rôle à jouer dans la société. Pour cela, elle doit renouer avec la modernité, être un
acteur du présent et oser être le siège d’une nouvelle utopie pour le futur. Le texte de loi laisse
entrevoir cette utopie, dans laquelle l’égalité culturelle de la société est réalisée : reste à
l’université de puiser dans ce texte la force de donner corps à ce qui n’est encore qu’une vue de
l’esprit.




B. L’héritage du passé


Au regard de la modernité de ce texte vieux de dix-sept ans, dont les ambitions sont à défendre
avec ferveur, la tradition universitaire qui se perpétue depuis la naissance de l’université au
XIIIème siècle présente un archaïsme d’autant plus difficile à remettre en cause que ceux qui en
ont le pouvoir sont justement issus de ce système, et s’y sont naturellement habitué.
L’adaptation à la société moderne se fait le plus souvent à reculons, par petites touches
impressionnistes, là où une véritable révolution voulue et contrôlée serait nécessaire. Mais cette
remise en cause de l’institution par le sommet de l’état est impossible à réaliser, comme
l’actualité politique nous l’a récemment démontré. Comme le souligne très justement Pierre
Bourdieu, lui-même universitaire et s’adressant à des universitaires “ le système scolaire, lieu
d’examen par excellence, est une des institutions à laquelle on accorde le plus sans examen ”
48
   , entraînant l’université dans la spirale de l’immobilisme.


1. Mettre à mal la “ doxa ”
Cette difficulté de la remise en question, qui peut bien souvent surprendre de la part
d’universitaires, peut être mise sur le compte de ce que Pierre Bourdieu nomme dans Contre les
divisions scolastiques la “ doxa ”. Cette “ doxa ” serait un foi fervente qui enferme de
nombreux universitaires dans la certitude que l’université telle qu’elle existe aujourd’hui ne
peut être autrement, qui place ces mêmes universitaires réunis à Toulouse dans une impasse et
les force à constater qu’ “ [ils ont tous] tendance à lui accorder une foule de choses, c’est à dire
tout ce qui va de soi pour quelqu’un dont les catégories de perception sont le pendant de l’objet
auquel s’appliquent ces catégories de perceptions ”49. Issus de ce système, pétris de cette
pratique universitaire séculaire, les universitaires, présidents d’université compris, sont pris
dans le feu de cette pratique héritée du passé et qui accuse un retard certain sur la société.
Longtemps fermée sur l’extérieure, l’université a encore du mal, malgré la bonne volonté


48
   BOURDIEU (Pierre) – Contre les divisions scolastiques, in L’université au défi de la culture : Actes des assises
culturelles de Toulouse-Le Mirail (29 et 30 novembre 1990) – ADDOCC Midi-Pyrénées, 1990, p. 34.
49
   Ibid.




                                                      48
indéniable de la plupart de ses usagers, de se défaire d’une certaine tradition monastique
aujourd’hui éculée. La confrontation avec la réalité sociale, subie lorsqu’il s’agissait d’accepter
toujours plus d’étudiants de toutes origines confondues, doit maintenant être envisagée comme
une bénédiction permettant enfin de mettre à bas cette “ doxa ”. Seule une remise en cause
complète et critique de l’université par les universitaires paraît aujourd’hui salutaire pour une
université qui s’est certes modernisée dans les contenus de ses enseignements, mais qui accuse
encore un retard certain dans son fonctionnement et dans la vision de ce que peut être la
pratique universitaire.


2. L’inertie face aux mutations
La notion de “ doxa ” dont parle Pierre Bourdieu peut être contestée, et la méfiance envers les
réformes est bien souvent beaucoup plus vive chez les étudiants que chez les enseignants,
beaucoup plus “ réactifs ” que leurs aînés. L’inertie du système universitaire est cependant une
réalité, même si ses causes peuvent être discutées. L’université a cependant vécu, ou plutôt subi
une révolution tout à fait spectaculaire : en moins de quarante ans, le nombre d’étudiants des
seules universités a presque été multiplié par 7, passant de 214.700 étudiants en 1960 à
1.469.000 en 199650. Cette explosion des effectifs étudiants a profondément transformé le
public universitaire : non seulement l’université a dû faire face à un public dix fois plus
nombreux, sans que les moyens suivent de manière conséquente, mais elle a dû composer avec
des origines sociales les plus diverses, et donc avec des individus aux cultures beaucoup plus
variables que par le passé. La volonté de proposer une culture à laquelle chacun aurait accès à
l’université de manière égalitaire est un beau rêve qui aurait pu être réalité lorsqu’une certaine
frange de la population, privilégiée sur le plan culturel, composait l’essentiel de l’effectif
universitaire. L’entrée à l’université s’est démocratisée, et ce n’est certainement pas un hasard
si la mission de “ réduction des inégalités sociales et culturelles ” a été inscrite dans la loi en
1984, au cœur de la poussée des effectifs. Cette mission est d’autant plus difficile à remplir que
le niveau culturel moyen des étudiants est aujourd’hui sensiblement égal à celui du reste de la
population. C’est un véritable défi que doit relever l’université : se servir de la massification
dont elle a été victime comme d’un levier, pour contribuer à la réduction des inégalités
culturelles et à l’élévation du niveau culturel de la nation, conformément à ce qu’expose la loi
Savary. L’action culturelle peut être un outil formidable pour l’université : si il paraît
impensable de révolutionner la pratique universitaire, de remettre en cause les modes de
transmission du savoir en vigueur, l’action culturelle peut permettre d’élargir le champ d’action
de l’université, d’introduire de nouveaux modes de fonctionnement, afin de rompre avec le
dogme hérité du passé. Au-delà du renouvellement de la pratique universitaire, l’action
culturelle trouve une justification beaucoup plus profonde dans la nécessité d’élever le niveau
culturel de chaque individu pour élever le niveau culturel de la société de demain.




3. Les difficultés de l’université face à la massification
En réponse à cette massification sans précédent, l’université semble avoir joué le double jeu de
la standardisation des enseignements et de la spécialisation. Pourtant, l’équilibre entre


50
     ATTALI (Jacques) – Pour un modèle d’enseignement supérieur, Paris, Ministère de l’Education national, 1998




                                                      49
l’acquisition d’une “ culture générale ” à la fois solide et diffuse et une spécialisation dans un
domaine précis, offrant des connaissances et des compétences pointues dans un domaine donné,
ne semble toujours pas avoir été trouvé. Si bien qu’alors que certains trouvent que l’on
n’apprend pas grand-chose à l’université, d’autres se plaignent d’une trop grande
instrumentalisation du savoir, qui préfère la professionnalisation des personnes à la maturation
des esprits. Ces deux attitudes, volontairement évoquées de manière provocatrice, traduisent
cependant une réalité dont l’université semble avoir pris conscience depuis longtemps : si la
spécialisation est une nécessité indéniable, permettant d’affiner sans cesse chaque parcelle de
connaissance, un savoir exclusif reste éminemment dangereux.


4. Le cloisonnement à tous les niveaux
Le passé n’est là encore pas tout à fait absent des causes de cette segmentation : la division des
universités en facultés indépendantes s’est mise en place très tôt, balayant très vite le rêve
originel d’une communauté universitaire unifiée que regrette Marcel Bouchard :
                    “ L’Université ne mérite vraiment le beau nom que nous avons conservé depuis le Moyen-Age,
                    qu’à condition de constituer un corps où puisse se former et résider une âme, de rassembler dans
                    un même centre et dans un même foyer, tous les jeunes qui cherchent le savoir et tous les maîtres
                    qui le dispensent, non pas seulement pour leur commodité et parce que tous les étudiants sans
                    distinction doivent trouver autour de la même table, et dans le même logis, la nourriture et le
                    repos, mais aussi pour qu’ils se comprennent, pour qu’ils s’estiment réciproquement même et
                    surtout s’ils se destinent à des professions différentes, pour qu’entre juristes, physiciens,
                    hellénistes et naturalistes se forment cette unité et cette fraternité qui réconcilient les esprits en
                    enrichissant les cœurs ” 51.
En mêlant dans une approche symbolique éthique universitaire et gestion de l’espace, Marcel
Bouchard propose une vision très séduisante d’une communauté universitaire unie,
communiant dans le même amour du Savoir. Tous les sites n’ont cependant pas la chance
d’avoir une configuration géographique aussi pertinente que le campus dijonnais, configuration
à laquelle Marcel Bouchard a associé sa réflexion. Dans de nombreuses villes, la division en
facultés ne peut plus être remise en cause, en particulier à Montpellier où les sites universitaires
sont nombreux et dispersés. Ce peut par ailleurs être un gage d’une gestion plus efficace, plus
“ légère ”, faisant l’économie d’une centralisation trop loin de l’action du terrain et favorisant
une présence diffuse de l’institution universitaire sur le territoire. Le pôle universitaire de
Montpellier est par ailleurs là pour développer la coopération entre les facultés de la cité, mettre
en place des actions communes et coordonner les efforts. Mais bien au-delà de rapprochements
purement pratiques entre des domaines de savoirs complémentaires, c’est l’idée même d’un
savoir mis en commun, ouvert et à l’écoute de la connaissance de ses voisins que se doit de
développer l’université, dont l’idéal d’exhaustivité, d’excellence est à défendre en premier lieu.
L’action culturelle peut trouver les moyens de ce rapprochement entre des domaines de
connaissances souvent opposés, ou tout au moins partagés entre les facultés. La multiplication
des connexions permettra peut-être de renouer avec ce beau rêve d’une communauté
universitaire unie, travaillant de concert au-delà des divisions scolastiques et pratiques.


Ainsi, décloisonner le savoir est un impératif essentiel pour une compréhension plus juste, pour
une approche moins exclusive de nombreuses questions, y compris culturelles. Si ce


51
     M. Bouchard, cité par Claude Patriat dans Eloge de la perturbation, Dijon, Les presses du réel, 1993, p30.




                                                          50
décloisonnement est délicat à mettre en œuvre dans le domaine de la recherche, et encore plus
dans des systèmes d’enseignement inévitablement lourds à gérer, l’action culturelle est un
vecteur essentiel de rencontres et d’échanges, qui s’affranchie très aisément de divisions
scolastiques contraignantes. A la fois moyen de s’ouvrir à d’autres horizons, de se rencontrer ou
mettre en commun ses talents pour chaque usager de l’université et moyen de réfléchir
ensemble, de travailler de concert sur un phénomène particulier pour l’ensemble d’une
communauté universitaire d’une cité, l’action culturelle tend à rassembler les gens, à confronter
les points de vue, à mettre en commun des compétences complémentaires.




C. Pour un nouveau rapport au Savoir


Le décloisonnement de l’enseignement supérieur, et au-delà de l’ensemble du système éducatif,
est une condition d’un progrès global pour la société, rassemblant les paramètres culturels,
artistiques, techniques et scientifiques qui tous concourent à l’élévation du niveau culturel de la
nation. Si la “ doxa ” est le principal obstacle à la remise en cause du fonctionnement
universitaire, il convient de trouver les moyens de le contourner pour enfin changer un rapport
au Savoir qui touche aujourd’hui à ses limites. Et l’action culturelle peut y aider.


1. L’interdisciplinarité
Les échanges entre facultés que propose le Pôle Universitaire Européen de Montpellier
s’opèrent bien évidemment au niveau administratif, et les différentes instances universitaires
n’ont pas attendu une quelconque action culturelle pour établir des relations d’un campus à un
autre. Si ces liens existent également entre chercheurs à l’occasion d’épisodiques partages de
compétences, pour des travaux nécessitant diverses spécialités, les passerelles proposées aux
élèves semblent quant à elles inexistantes. A quelques exceptions près, un étudiant de musique
aura de grandes difficultés à réaliser un double parcours de musicologue et d’acousticien, et
pratiquement aucune chance de compléter son approche du phénomène sonore par des études
sur la perception auditive. Cet exemple d’un parcours idéal, offrant un cursus composite
complet rassemblant la physique, la biologie et la musicologie, peut certes paraître excessif,
mais l’idée du nécessaire rapprochement de domaines aujourd’hui séparés est une voie de
développement pour l’université à ne pas négliger. L’action culturelle participe naturellement à
de tels échanges, même si son approche ne peut, et ne doit d’ailleurs pas rivaliser avec
l’enseignement. Les domaines qu’elle rassemble sont cependant assez variés pour provoquer
des rencontres entre filières, elles aussi en manque de communication transversale, entre
domaines de compétence, notamment pour la recherche, et entre universités.


2. Multiplier les échanges
Concernant les étudiants, il s’agit plus spécialement de provoquer un intérêt, une curiosité
envers un domaine qui n’est celui de leurs études. La création de liens aussi bien sociaux que
créatifs entre étudiants de filières différentes est également une des finalités de l’action
culturelle : si les enseignements ont pour finalité d’apporter un savoir, ou un savoir-faire,
l’action culturelle doit s’efforcer de provoquer les rencontres, le partage d’opinions et la
confrontation des points de vues. Ces échanges doivent s’opérer au-delà des barrières posées
entre les filières ou entre les universités, et proposer aux étudiants une ouverture sur des
domaines qu’ils ignorent. Ainsi, on peut très bien imaginer une exposition sur un aspect de la


                                               51
culture scientifique accueillie sur le campus Paul Valéry, une série de prestations associant les
filières de théâtre, de musique, d’arts plastiques présentées dans les facs de pharmacie, de
médecine, l’IUT, des débats associant étudiants et enseignants de droit autour de questions
philosophiques ou historiques, etc… Les rencontres que permet l’action culturelle sont
déclinables à volonté, et les échanges provoqués, au-delà d’une rencontre et d’une ouverture à
des approches différentes, sont d’un réel intérêt non seulement pour les étudiants, mais aussi
pour les universités. Pour les étudiants et l’ensemble des usagers des universités d’abord, à titre
individuel, car ces échanges sont tout simplement l’occasion d’apprendre, de compléter un
point de vue, ou plus largement de s’enrichir de quelque manière que ce soit. Pour les
universités ensuite, car la complémentarité des approches d’un même phénomène, d’une
problématique commune, permet d’apporter autant de manières différentes d’éclairer un même
sujet, et donc de parvenir à une approche plus juste, car plus complète et peut-être plus
antagoniste.


3. L’université utile
A la fois fruit d’un passé universitaire qui a longtemps rejeté l’approche technicienne pour se
réfugier dans l’abstraction et conséquence de la peur de l’instrumentalisation du savoir, le refus
d’une approche professionnelle à l’université semble aujourd’hui perdre du terrain. Si nombre
d’étudiants poussent des hauts cris à l’idée que des entreprises privées puissent mettre un pied
dans ce temple du Savoir que doit être l’université – étudiants d’université LLASHS en premier
– il faut bien reconnaître que ceux-ci ont tout à gagner de se voir offrir une insertion possible
dans la vie professionnelle. Les débouchés sont en effet beaucoup plus rares dans une université
comme Paul Valéry que dans les universités dont les savoirs trouvent naturellement une
application directe, “ utile ”, comme c’est le cas des universités de sciences, droit, médecine ou
pharmacie. Cela ne veut pas dire que la professionnalisation n’est pas possible dans une
université comme la notre, au contraire : à condition de trouver et de mettre en place des
formations spécifiques, de valoriser les potentialités des savoirs dispensés à Paul Valéry, il y a
fort à parier que les étudiants sortis des universités LLASHS auront des arguments intéressants
à faire valoir dans la société, de plus en plus tournée vers le loisir. Loisir est culture sont deux
éléments très étroitement liés, et l’université doit participer à justement tourner ces loisirs vers
la culture, afin de contribuer à l’idée d’élévation du niveau culturel de la nation.


4. Un pas vers une professionnalisation
Il n’est bien sûr pas question non plus “ d’instrumentaliser ” l’action culturelle pour en faire un
outil de la professionnalisation, mais la nécessité de faire appel à des professionnels dans une
action culturelle dirigée vers les étudiants et recherchant leur participation porte en elle une
certaine forme de professionnalisation. La mise en œuvre de projets complets, de leur
conception à leur réalisation, nécessite un ensemble de compétences que pourront acquérir les
étudiants s’impliquant dans de tels projets, compétences par ailleurs appréciées dans le monde
du travail. Participer à l’élaboration d’un projet permet ainsi à un étudiant, pour peu qu’une
exigence qualitative soit posée, de développer son sens de la responsabilité, son esprit
d’initiative, éventuellement d’apprendre à coordonner une équipe avec les contraintes
humaines que cela implique, bref, de développer une approche professionnelle. Pour cela,
l’action culturelle ne doit pas hésiter à offrir un encadrement professionnel aux projets qu’elle
met en œuvre ou aux initiatives qu’elle soutient. Elle doit multiplier les contacts avec les
professionnels et les institutions de la culture, afin de garantir à ses projets une qualité optimale,
en acceptant de s’entourer des compétences dont elle ne peut se prévaloir. La réalisation de
projets dans des conditions professionnelles n’est pas seulement très formatrice pour les


                                                52
étudiants ; elle participe à légitimer l’action culturelle de l’université, en la plaçant dans une
perspective d’excellence qu’impose la mission universitaire. De plus, l’intégration de
professionnels au tissu universitaire permet de créer de nouveaux liens avec la recherche : les
débouchés que peuvent offrir les entreprises s’adressent en effet à l’ensemble de la
communauté universitaire. Dans le domaine culturel, les intérêts que partagent l’université et
les professionnels de la culture sont nombreux, et les partenariats à mettre en place peuvent
s’avérer très fructueux pour chaque institution, ainsi que pour leur public respectif.


L’action culturelle peut permettre à l’université de tester un nouveau rapport au savoir, de
trouver de manière empirique le juste équilibre entre savoir utile, tourné vers le monde
professionnel, et savoir “ pur ”, destiné à l’enrichissement des esprits. Loin de s’opposer, ces
deux approches se complètent très étroitement, un type de savoir nourrissant l’autre. Ces deux
aspects sont donc à développer, afin de créer un nouveau dynamisme universitaire qui cherche
enfin à décloisonner le Savoir et qui s’ouvre sur la cité.




D. L’université dans la cité


Il semble que l’université ait aujourd’hui affronté l’essentiel de la vague de nouveaux étudiants,
et que les effectifs devraient se stabiliser, voire baisser. Il faut reconnaître que l’université s’est
bien sortie de ce défi, et que la qualité de l’enseignement s’est plutôt bien maintenue, malgré
des difficultés matérielles certaines. Il est tentant de penser que, ce combat en passe d’être
remporté, l’université va pouvoir à présent se concentrer sur une modernisation dont chacun
s’accorde à penser qu’elle est nécessaire, et même urgente. Ce serait alors l’occasion de
redéfinir la place de la culture dans l’enseignement supérieur, et de repenser en profondeur la
pratique universitaire, spécialement dans les facultés de Lettres, Langues, Arts et Sciences
Humaines en prise directe avec les formes traditionnelles de la culture. Mais ces universités ont
dès aujourd’hui un rôle à trouver et possède tous les atouts pour devenir une institution phare de
la nouvelle donne culturelle dans la cité.


1. Contourner les flux de masse
La crise culturelle est reconnue par de nombreux intellectuels, et c’est déjà pour combattre cette
crise de la création, pour provoquer un “ électrochoc ” artistique que Malraux s’était lancé dans
l’aventure culturelle. Aujourd’hui pourtant, le foisonnement semble bien réel : on publie
chaque année de plus en plus livres, chaque village possède sa salle polyvalente, chaque ville
accueille son festival, l’industrie du disque est florissante, celle du cinéma est riche, variée,
porteuse de renouveau. Est-ce alors un sentiment d’infériorité face aux génies du passé, une
certaine forme de snobisme teintée de nostalgie, ou un manque de recul sur la production
actuelle qui conduit chacun de nous à penser que l’humanité est en panne de talent ? Peut-être
ce sentiment d’appauvrissement de la proposition culturelle est-elle simplement le résultat de la
pression que les mass-médias imposent aux individus. L’une des réponses possibles à ce flux
d’informations, de plus en plus large et puissant, et de plus en plus mal dégrossi, consiste à
demander aux responsables des contenus d’ “ élever le niveau ”, de rendre le spectateur plus
intelligent. Cette attitude, pour toute personne qui veut garder confiance dans le libre-arbitre de
l’individu, dans son potentiel de choix, est difficile à soutenir. Ce procédé dirigiste a par ailleurs
montré ses limites dans le cadre des fameux quotas de chanson française imposée aux radios,


                                                 53
sans pour autant que le législateur remette en cause la décision. Il est vrai que les ondes
dispensent beaucoup plus de production française, mais il paraît bien difficile d’affirmer que la
chanson française se porte mieux : cela a permis aux “ anciens ” de perdurer, et à des maisons
de disques de sortir des produits strictement formatés, en français bien entendu mais inspirés
des modes outre-atlantiques. L’industrie est florissante, mais l’originalité, le “ niveau ” fait
encore plus défaut. Une autre réponse, infiniment plus ambitieuse mais dont le handicap réside
dans l’absence de résultats quantifiables à court terme consiste dans un effort d’ “ éducation au
goût ”, qui s’attache à fournir à l’individu les moyens de se construire des repères et lui évite
ainsi de s’approprier les repères standardisés de la production médiatique. En parfaite
corrélation avec l’éducation artistique et culturelle, elle permettrait à l’individu de retrouver
une plus grande capacité de jugement, une plus grande autonomie face au monde qui l’entoure.
Sans doute la proposition culturelle n’est-elle pas plus pauvre aujourd’hui qu’hier, mais
simplement absente d’un flux d’information qui a enflé sans la prendre en considération. Au
lieu d’imposer cette prise en considération par des groupes soumis aux contraintes de
l’économie, il serait peut-être envisageable de contourner ce flux, et d’être à l’écoute de flux
parallèles, de propositions “ alternatives ”. Ce choix ne peut être fait que par l’individu : aussi
faut-il trouver les moyens d’une prise de distance par l’individu des phénomènes de masse, et
de lui offrir la possibilité de s’ouvrir aux voies parallèles. La culture est sans conteste un moyen
de retrouver une autonomie d’appréciation, de choix, devenue aujourd’hui urgente. La France,
qui se veut un modèle de démocratie républicaine, se doit de se fixer cet objectif en se
préservant d’un dirigisme dangereux et stérilisant. Seul le système éducatif est aujourd’hui en
mesure de répondre à cet objectif, et l’université se doit d’en être l’exemple, de croire dans cette
utopie qui ne réduit pas la démocratie au droit de vote, mais qui en fait un modèle philosophique
d’éducation.


2. L’art à l’abri des tempêtes budgétaires
Les rapports entre culture et économie sont délicats : s’il est difficile d’accepter que le secteur
artistique soit soumis à un libéralisme total et que des pans entiers de la création soient
supprimés car non rentables, il est tout aussi gênant de voir les deniers publics investis dans des
créations hermétiques, réservées à une élite peu représentative de la population qui y a
contribué, et dont seul le temps est en mesure d’en juger la valeur réelle. Sans aller jusqu’à
prétendre que la misère est l’alliée de la création, il faut reconnaître q’un soutien financier ne
peut suffire à l’éclosion des “ génies ”. Un moyen terme consisterait à mettre à disposition des
artistes les moyens techniques nécessaires à leur travail, non en fixant comme but l’œuvre créée
en elle-même, mais en faisant de cette œuvre un sujet de découverte, d’étude, de recherche,
d’enrichissement. Il paraît difficile, idéologiquement, de se servir de fonds publics dans une
optique de création pure, même s’il ne s’agit que de soutien – d’autant plus que ce soutien se
justifie le plus souvent par le caractère non-rentable de la création. Il semble urgent de refuser
que la création artistique devienne un domaine de compétence de l’état, dont le résultat serait
forcément l’instauration d’un “ art officiel ”, quelle que soit la forme que cet art puisse prendre.
En revanche, encourager la création dans un but d’éducation, de développement de la personne
et de sa sensibilité, ou même de recherche, est une tâche qui peut incomber à l’Etat. L’université
présente en elle de nombreuses ressources utiles à ce “ travail social ” sur l’œuvre, à cette
“ rentabilisation ” de l’investissement public. Bien entendu, il n’est pas question pour
l’université de réduire la création à un produit utile, mais il est de son ressort d’encourager la
réflexion autour de cette œuvre, d’offrir à la population – et en premier lieu à sa population
étudiante – le moyen de comprendre l’œuvre et le geste créatif, de participer à son appropriation
intellectuelle. Moins encore que l’Etat, l’université ne peut être commanditaire d’une œuvre. Sa
mission est de “ [favoriser] la création individuelle et collective dans le domaine des arts, des


                                               54
lettres, des sciences et des techniques ”, non de la subventionner. L’université doit trouver une
place à part dans la société, entre des organisations privées qui ne peuvent ignorer les impératifs
commerciaux, dont dépend leur survie, et des artistes qui aimeraient bien pouvoir ignorer ces
mêmes impératifs. Elle ne peut à elle seule réaliser cet exercice périlleux, mais les compétences
que l’université est en mesure d’apporter permettra sans doute de compléter l’action actuelle
des institutions culturelles publiques, en faisant un peu plus déborder la pratique culturelle hors
du domaine marchand tout en retirant un intérêt pratique pour la société.


3. Un bouillon de culture
L’université trouvera sa place parmi les institutions culturelles à condition qu’elle conserve son
identité, et que le principe de complémentarité soit défendu par l’ensemble des partenaires.
Cette complémentarité se jouera sur le plan institutionnel, chacun s’appuyant sur la spécificité
de ses missions pour tirer d’une production un rayonnement optimum, mais également sur un
plan interdisciplinaire. L’université est par nature cosmopolite : enseignants, chercheurs,
étudiants sont autant d’individus avec des affinités artistiques diverses, dont la somme offre un
“ fond culturel ” riche et varié représentatif de celui de la société. Ses enseignements sont tout
aussi variés, et offre à l’action artistique et culturelle l’ensemble des compétences théoriques
dont celle-ci peut avoir besoin : du potentiel de création des filières artistiques à la démarche de
médiation culturelle, en passant par les compétences analytiques des sciences humaines ou les
éléments “ scientifiques ” mis à jour par la recherche, l’université possède les moyens humains
d’une approche totale d’un événement culturel. Deux obstacles semblent cependant empêcher
que ces potentiels se rencontrent et qu’une réaction survienne : le premier réside dans le
cloisonnement à divers niveaux de la pratique universitaire52 : cloisonnements au niveau des
enseignements, au niveau du rapport enseignement-recherche-études, et entre la pratique
universitaire et la pratique extérieure ; le deuxième se trouve dans la distance que l’université a
longtemps gardée vis-à-vis de la compétence technique, de la mise en pratique de ses vues
théoriques. La participation de professionnels, qui vivent la pratique artistique au quotidien est
d’autant plus indispensable que l’approche théorique, réflexive, est souvent recherchée par les
artistes ou les institutions. De ces échanges entre étudiants, artistes, enseignants, professionnels
de la culture, chercheurs, doit pouvoir naître une véritable dynamique créative et intellectuelle,
qui associe les compétences les plus diverses autour d’un même sujet, qui multiplie les
approches d’un même phénomène pour le rendre plus “ parlant ”, pour en avoir une
connaissance plus juste, une “ compréhension ” plus totale.


4. Distance critique
L’université recèle un potentiel précieux pour l’innovation artistique : en plus des outils
d’expérimentation qu’elle peut offrir au sein des laboratoires de recherches, des outils d’étude
et d’analyse que certaines filières peuvent mettre à disposition, elle peut apporter au milieu
artistique une distance vis-à-vis de la création actuelle que les “ initiés ” ne peuvent pas
toujours avoir. Ce rapport critique peut s’établir de plusieurs manières au sein de l’université :
la composition de sa population, très peu différente du reste de la population peut tout d’abord
permettre à l’artiste de “ tester ” la réaction du public face à son œuvre, et au milieu
universitaire de s’intéresser à la perception du phénomène artistique par ce même public. De


1
    Voir supra p.50




                                               55
manière plus approfondie, une confrontation entre les points de vues d’un créateur, d’artistes
d’horizons différents, d’étudiants connaisseurs ou néophytes, de chercheurs du domaine des
arts, des sciences humaines et même d’autres facultés (médecine, droit, sciences) serait
forcément enrichissante pour chacun. De plus, cette multiplication des points de vues, sans
déconnecter complètement l’œuvre du domaine de la sensibilité, peut permettre une certaine
objectivation de l’œuvre, peu probable dans un milieu purement artistique, et favoriser ainsi
une meilleure “ estimation ” de l’œuvre et de l’artiste –discutable mais nécessaire lorsqu’il
s’agit d’une commande publique, complètement caduque lorsqu’il s’agit d’initiatives privées,
d’un choix individuel guidé par des critères subjectifs. Cette prise de distance avec l’œuvre doit
être possible à l’université : même notre “ patrimoine ” devrait pouvoir être soumis à cet
examen, non pas pour détruire quelque mythe, mais pour tenter de mieux comprendre ce qui fait
sa force, ce qui a posteriori peut être reconnu comme signe de l’intemporalité, de tension vers
l’universalité d’une œuvre. Au-delà de l’enseignement que ce regard critique est en mesure
d’apporter à la connaissance de l’œuvre en elle-même, il est primordial de développer cette
attitude qui consiste à mettre en doute ce qui remporte a priori l’adhésion du plus grand nombre,
à s’interroger “ par défaut ” sur ce qui connaît une forme de reconnaissance. L’essence du
principe d’autonomie de l’université se trouve dans ce sens critique toujours éveillé,
indépendant de tout pouvoir et de toute doctrine, dont la transmission à la jeunesse est la
condition d’un rapport au monde moins conditionné, d’une nouvelle liberté : celle de l’esprit.


Il est décidément difficile de parler d’université sans élaborer à chaque paragraphe une nouvelle
utopie : elle offre en effet un monde en réduction qui semble propice à de telles prospectives. Le
riche potentiel qu’elle recèle associé à celui, complémentaire, des institutions culturelles
traditionnelles, pourrait faire de l’université un moteur important de la diffusion culturelle et de
la création artistique. Sa vocation d’éducation de la jeunesse dépasse largement la simple
acquisition d’un savoir, et doit être capable de marquer l’étudiant jusque dans son rapport au
monde. L’université doit par ailleurs pouvoir être le lieu de rencontre de paramètres jusque là
dissociés, d’offrir un rapport le plus complet possible à la culture et à l’art pour créer une
nouvelle dynamique : en partenariat avec les institutions culturelles, les artistes et même les
politiques, elle doit pouvoir créer des liens forts entre création, recherche savante,
enseignement et vie sociale. De la richesse de ces échanges pourront naître des projets
communs, associant ces différents acteurs, et dans lesquels chacun pourra y trouver un intérêt :
au-delà de simples co-productions aux charges financières partagées, il s’agit bien de permettre
un enrichissement mutuel entre artistes, enseignants, chercheurs, et étudiants, de faire se
rejoindre des mondes habituellement séparés, mais dont les sujets de travail sont bien souvent
communs.




                                             




                                               56
L’action culturelle au service du potentiel universitaire
Plus que jamais, l’université doit trouver le moyen de se poser comme un espace de rencontre et
de confrontation entre des mondes jusque là distants. Qu’il s’agisse de mettre en place des
passerelles internes, de provoquer la rencontre d’étudiants et d’enseignants de filières
différentes, de développer les liens inter-universitaires pour renouer avec l’idée d’une
Communauté du Savoir unie, ou de s’ouvrir à la réalité et à une approche plus pratique en
mettant en place des partenariats équitables avec les professionnels, l’université doit s’efforcer
de provoquer l’échange, d’éveiller la curiosité, d’ouvrir l’université sur le monde. La nécessité
de faire évoluer l’université semble acquise : l’université n’occupe pas aujourd’hui la place que
mériterait une institution emmagasinant, développant et transmettant une masse de savoir aussi
colossale. Les potentialités d’une telle structure sont phénoménales ; cependant, l’université
accuse un déficit certain en ce qui concerne les débouchés à offrir à certains aspects du savoir.
Elle doit prendre conscience de ces carences, et ne pas avoir de scrupules à trouver en dehors de
ses murs les moyens de les combler. La peur d’une main-mise des professionnels sur le savoir
est irrationnelle, et elle doit être combattue : elle n’est que le fruit de l’archaïsme dont souffre
encore cette vieille institution, qui touche aujourd’hui aux limites de sa pratique traditionnelle.

Peut-être serait-il temps de renouer avec le caractère premier d’institution culturelle que lui
confère la loi de 1984 : l’université est un service public à part entière, dont l’objectif principal
est d’entretenir, de développer et de transmettre la culture d’une nation. Cette culture doit donc
en toute logique parcourir l’ensemble du schéma d’organisation de l’université, et doit enfin
être considérée comme une fin en soi. L’action culturelle à l’université ne peut se contenter de
jouer un rôle accessoire, supplément éventuel des enseignements dispensés : elle doit être
considérée comme un véritable outil de progrès culturel pour l’université et ses usagers, et donc
participer au rééquilibrage culturel de la société ; elle doit également être envisagée comme un
moyen de modernisation de l’université, en offrant certaines possibilités “ d’expérimentation ”
pour les unités d’enseignement, pour une approche nouvelle du savoir ; elle doit contribuer à
faire de l’espace universitaire un terrain neutre de rencontre, de réflexion critique et
d’élaboration du savoir, ouvert à l’ensemble des personnes susceptibles de faire avancer notre
connaissance de monde, offert à l’ensemble de la société. Paradoxalement, c’est bien en se
ressourçant au cœur du texte de 1984 que l’université peut trouver les moyens de sa
refondation.




                                                57
58
                                                                                               Chapitre 4


    Quelle politique culturelle pour l’université Paul Valéry?




                                              “ Ne t’attarde pas à l’ornière des résultats ”
                                              René Char




L’action culturelle a pris cette année un nouvel essor très prometteur, avec notamment la
nomination de Josiane Mas à la direction du SCAC et le recrutement pour la rentrée 2001 d’un
ingénieur d’étude. La mise en service de la salle multifonction de la Maison des étudiants ainsi
que la construction du bâtiment Jean Hugo et de sa salle de spectacles appuieront un peu plus
cette montée en puissance de l’action culturelle. Parallèlement aux manifestations pratiques de
cet essor, l’université a ouvert très largement le débat autour du projet culturel de l’UPV et des
principes que celle-ci doit défendre en matière de culture. Le temps fort de ces réflexions a été
la réunion de la Commission culture le 24 avril 2001 à laquelle ont participé de nombreuses
institutions culturelles de Montpellier, ainsi que des enseignants et des étudiants impliqués
d’une manière ou d’une autre dans l’action culturelle. Un texte de politique culturelle est né de
ces échanges parfois animés, posant pour le Service Commun d’Action Culturelle des bases
idéologiques fortes, et dessinant des orientations phares pour ses projets à venir (voir
Annexe 4). Il paraît cependant inévitable que le SCAC éprouve certaines difficultés lors de la
mise en œuvre de cette politique qui appelle quelques éclaircissements et mises en garde, ainsi
que le rappel de grands principes. Le premier de ces grands principes est la nécessité de
l’investissement personnel des décideurs dans le combat pour l’action culturelle, qui malgré des
attaques inévitables devront défendre les fondements théoriques de la politique culturelle. Plus
en surface, l’action culturelle doit définir une ligne de conduite cohérente assurant l’efficacité
de ses initiatives, et éclaircir sa position vis-à-vis des pratiques culturelles et artistiques. Il s’agit
là encore de tenter de faire la part des choses entre ce qui touche à l’art et ce qui s’apparente plus
aux loisirs, ce qui revient à l’action culturelle et ce qui incombe à l’enseignement, afin d’assurer
un partage des compétences équitable. Cette répartition des compétences, loin de pousser un
service ou un autre à la cession de ses prérogatives, doit être ce qui permet à ces composantes
universitaires de travailler ensemble, de se fixer des objectifs communs et des moyens d’action
partagés.




                                                



                                                   59
A. L’engagement volontaire


L’élaboration d’un projet pour l’université Paul Valéry implique qu’une politique générale soit
fixée, afin de poser des bases assez solides pour soutenir et légitimer l’ensemble des actions à
entreprendre. Vouloir énoncer une politique culturelle pour un établissement d’enseignement
supérieur représente en lui-même un signal fort, l’acte officiel de reconnaissance de l’impératif
culturel.


1. Les pionniers de l’action culturelle universitaire
Les fondateurs d’une action culturelle à l’université sont d’autant plus méritants que rien n’était
alors en place pour encourager ce type d’initiatives. Certes, l’année 1968 a marqué les esprits,
rendant enfin possible l’émergence d’une action culturelle universitaire. Le colloque d’Amiens
du 15 au 17 mars 1968 intitulé “ Pour une école nouvelle ” a lancé l’idée d’éducation artistique
et culturelle à l’école. Le fait que cette idée ait mis trente-trois ans pour donner naissance à une
commission gouvernementale démontre combien le chemin est long entre la pensée et le geste.
D’autres faits marquants, suivant les aléas électoraux, ont ponctué le parcours culturel de
l’université, démontrant à chaque pas théorique franchi que l’action culturelle ne peut voir le
jour que grâce à la volonté d’hommes et de femmes déterminés à agir53. Seule cette volonté peut
sortir l’université du “ désert culturel ” dont parle Claude Domenach dans son rapport de
198454 et dont les exemples des universités de Dijon, Toulouse-Le Mirail et Rennes font figure
d’exceptions. Ainsi, l’université de Bourgogne s’est doté dès 1971 de la première Commission
des Affaires culturelles, sous la direction de Francis Jeanson, tandis que Toulouse inaugure son
Centre de Promotion Culturel (CPC) en 1977 sous la forme associative, et devenu depuis
Centre des Initiatives Artistiques du Mirail (CIAM). La multiplication des lieux culturels sur
les campus témoigne du développement considérable que connaît aujourd’hui le mouvement
initié par ces pionniers. Ainsi pouvait-on compter en 1996 dix-huit lieux culturels différents sur
les campus français : onze salles accueillant du spectacle vivant et huit galeries d’exposition,
lieux auxquels il convient d’ajouter un cinéma d’art et d’essai implanté à Lille 3 et une
bibliothèque sonore de poésie à Toulouse 2. La multiplication de ces lieux risque d’être très
nettement confirmée cette année par le nouvel état des lieux lancé par
“Art+Université+Culture” et témoignera sans doute du dynamisme qui semble aujourd’hui
habiter l’université. Cependant, même si la question des lieux culturels demeure essentielle, il
convient de garder à l’esprit qu’un lieu, si parfait soit-il, n’est aucunement un gage de succès
pour l’action culturelle, et que seul le projet entourant la création d’un tel espace est en mesure
de donner à l’université sa dimension culturelle. La dynamique actuelle est une chance qu’il
faut saisir, mais elle ne peut en aucun cas dispenser l’université de l’élaboration d’un projet
culturel original, dont le texte de politique culturelle est censé fixer les grands principes.




53
   Pour les dates essentielles du développement de l’action culturelle en milieu universitaire, notamment au niveau
politique, voir Histoire en pointillés in Les cahiers d’Art+Culture+Université n°12-13, janvier 1997, pp.18 et 19.
54
   DOMENACH (Claude) – “ Action culturelle en milieu universitaire ”. Ministère de la Culture, Direction du
Développement culturel, février 1984.




                                                      60
2. La culture : un choix politique
S’il est aisé de déclarer l’université lieu de culture, il est beaucoup plus difficile de rendre cette
culture évidente, de faire de l’université un lieu de rayonnement culturel. Donner une réelle
ambition culturelle à une université, replacer au premier plan la mission d’élévation du niveau
culturel que lui confère la loi ne peut être qu’un choix politique émis par la présidence de
l’université. Ce choix reste encore aujourd’hui extrêmement délicat, car même si le ministère
actuellement en fonction fait de l’éducation artistique un enjeu majeur de notre système
éducatif, l’enseignement supérieur est pour l’instant oublié du plan en élaboration55. Il faut
donc dans la pratique un certain courage pour faire de l’action culturelle un objectif prioritaire
dans le schéma de développement d’une université. Ce premier pas décisif a été fait par
Michèle Weil, notre présidente, avec le plan quadriennal 1998-2002, même si ce premier pas
n’est qu’une étape d’un parcours long et laborieux. L’université s’est ainsi doté d’un organisme
d’action culturelle, le SCAC (Service Commun d’Action Culturelle), qui a mis à profit cette
année pour établir une véritable politique culturelle. En effet, la première étape qui voit la
création d’un service culturel à l’université n’est que le point de départ d’une action qu’il faut
construire, de projets à mettre en œuvre, d’une dynamique culturelle qu’il faut “ faire monter ”
petit à petit. Tout au long de l’élaboration du projet, des choix sont nécessairement faits : il
convient en effet de définir le sens donné à l’action culturelle, la délimitation à établir pour son
champ d’action, les modes d’action privilégiés, soutenir certains domaines artistiques plus que
d’autres. Il faut donc qu’une prise de position tranchée, affirmée là encore avec courage, fixe et
réajuste régulièrement les grands axes de la politique culturelle de l’université. Par ailleurs, les
constantes remises en questions de l’action culturelle, si elles peuvent être constructives, ne
doivent cependant pas remettre en cause les fondements de la politique. Ainsi, la nécessité de
l’inscription de cette politique sur le long terme impose que la confiance accordée au plus haut
niveau à l’action culturelle passe outre les crises politiques ou budgétaires que l’université peut
parfois subir. Le choix de la culture implique cette constance dans l’effort, une foi fervente dans
une action par essence discutable – dans le sens premier du mot – et dont les bienfaits sont très
difficiles à estimer.


3. Des malentendus à dissiper
L’idée même de “ politique culturelle ” ne remporte pas toujours l’unanimité, et certains
intellectuels s’érigent contre l’ingérence de l’Etat dans le domaine artistique, qui doit rester pur
de toute compromission politique et doit refuser toute forme d’officialisation étatique56. Certes,
il convient de rester très prudent quant à une quelconque “ création de valeurs ” culturelles par
l’Etat ou tout autre instrument officiel. Il convient également de rester extrêmement modeste
sur le rôle que l’université, ou toute autre institution, peut jouer sur une quelconque “ relance ”
de l’activité créative 57 . Il n’est cependant pas moins vrai que l’Etat a une responsabilité


55
   Voir à ce sujet le site de la mission gouvernementale de l'éducation artistique et de l'action culturelle :
http://www.mission-culture.org , sur lequel sont détaillés les axes de travail, les projets en élaboration et ceux
réalisés. La page concernant l’enseignement supérieur est prévue, mais demeure pour l’instant vierge.
56
   Le plus illustre est sans doute l’académicien Marc Fumaroli dans : L’Etat culturel, essai sur une religion
moderne, Paris, éditions de Fallois, 1991
57
   Il est en effet facile de mettre en avant la création existante et de l’estampiller “ produit culturel ” dans le but
d’accroître notre patrimoine. Ce n’est pas alors le patrimoine qui se trouve enrichi, mais la notion de patrimoine
qui se trouve élargie : elle perd alors son sens et les objets associés s’en trouvent dévalorisés, par effet de
“ contagion ”.




                                                        61
vis-à-vis de l’accès de tous aux pratiques culturelles, qui sont une condition indispensable à la
création et à l’élévation du niveau culturel. Or ce sont bien ces deux derniers aspects d’une
politique culturelle qui sont confiées comme missions à l’université. Il convient par ailleurs de
conserver une certaine clairvoyance face à l’amalgame facile entre “ arts ” et “ culture ” :
certes, l’art est un élément fondamental de la culture, il en est même la forme la plus élaborée,
mais d’autres aspects de la culture qui ne peuvent être ranger sous la bannière des arts restent
dignes d’intérêt pour l’action culturelle et doivent être encouragés par l’université58. Un service
culturel n’est pas contraint d’agir systématiquement au nom de l’art, même s’il est souhaitable
que les manifestations organisées par l’université s’attachent à atteindre un certain niveau
d’exigence qui légitime les actions entreprises. De cette volonté d’exigence naît la nécessité de
partenariats avec des professionnels de la culture, source eux aussi de malentendus au sein de
l’université : s’il est vrai que ces partenariats ont pour ambition de monter des projets communs
impliquant professionnels, étudiants et enseignants, il n’est en revanche pas question que
l’université se substitue aux institutions dans le domaine de la création artistique, tout comme il
est exclu que ces institutions se substituent aux enseignements en place. La complémentarité
entre université et institutions culturelles se joue sur la différence des approches d’un même
phénomène, d’un partage des compétences issues de l’identité propre à chaque structure. Le
besoin de se situer par rapport à ses partenaires nécessite une réflexion sur son rôle, sur ses
missions et sur l’ensemble des éléments qui font l’identité universitaire : au lieu d’affaiblir
l’identité de l’université, l’ouverture sur l’extérieur, inhérente à toute action culturelle, est au
contraire un moyen d’affirmer cette identité, élément indispensable de la reconnaissance
extérieure tout comme du sentiment de “ communauté universitaire ”.


4. Une place à conquérir et à défendre
Dans le temple du savoir, l’action culturelle a un territoire à conquérir : en effet, l’affirmation la
plus impérieuse de la nécessité d’impliquer les étudiants (ainsi que l’ensemble des usagers de
l’université) dans les pratiques culturelles ne peut suffire à dissiper les doutes des uns et les
rancœurs des autres. La présence active de la culture ne peut être imposée : de la plus petite à la
plus grande échelle des unités de l’université, l’action culturelle doit être choisie, réfléchie et
ajustée aux attentes de chacun. On peut espérer que la dynamique créée au départ au sein d’un
noyau restreint, issu d’un secteur particulièrement actif, si elle est relayée de manière assez
efficace, permettra à l’action culturelle de s’étendre de plus en plus jusqu’à impliquer chacun
dans une forme d’action qui lui convient. Il ne faut cependant pas s’attendre que cette
“ contagion ” se propage d’elle-même : quand bien même un tel engouement naissait de
lui-même, l’action culturelle laisserait alors place à une floraison de manifestations
désordonnées qui, malgré toute la sympathie qu’elles peuvent faire naître, ne peuvent conduire
qu’à un discrédit de l’action culturelle. Les loisirs étudiants sont des axes d’action que doit
prendre en compte la politique culturelle. Le terrain à conquérir ne s’étend pas seulement sur le
plan horizontal, au niveau des départements ou des UFR, il doit aussi pouvoir suivre un chemin
vertical, gagner toutes les strates du système universitaire, de l’association étudiante aux
laboratoires de recherche, et même rayonner sur les établissements d’enseignement voisins.
Une réflexion préalable est indispensable pour que l’action culturelle s’organise en un projet
cohérent, constructif, capable de déborder le cadre du loisir pour apporter sa pierre au travail


58
  Ainsi est-il nécessaire d’encourager les pratiques amateurs des étudiants qui sont sans doute les meilleurs
“ médiums ” de l’art, les vecteurs principaux d’un intérêt pour l’art, de la fréquentation des œuvres et la condition
première de la création.




                                                       62
universitaire : il est donc impératif de donner à l’action culturelle les moyens de canaliser et de
structurer les initiatives, afin d’assurer sa crédibilité. L’intégration de la donnée culturelle à la
politique de développement de l’université est un gage de cohérence pour l’action culturelle, et
donc une condition de son efficacité. De plus, faire de l’action culturelle l’axe transversal du
plan quadriennal, parcourant l’ensemble des champs d’activité de l’université, peut être une
chance unique de ressouder une communauté universitaire qui est trop souvent éclatée :
porteuse d’image, l’action culturelle est à la fois vecteur d’une identité singulière pour
l’université Paul Valéry et moyen de réaffirmer l’identité universitaire vis-à-vis de l’extérieur.


Réaffirmer constamment sa foi en une politique culturelle mûrement construite demande un
certain courage, une certaine constance dans l’effort. Ce courage n’est rien en face à l’aplomb
et la superbe nécessaires à la remise en cause de la pratique universitaire, dont beaucoup
s’accordent à dire qu’elle doit être modernisée, sans pour autant se risquer dans la bataille.
L’action culturelle est un domaine assez vaste pour tenter certaines innovations, à condition que
son crédit au sein de l’université soit assez grand et ses appuis assez solides. Cette légitimité ne
peut s’acquérir qu’avec le temps, dans une action construite, réfléchie, qui aura su remporter
l’adhésion du plus grand nombre et dissiper les derniers malentendus. Au service de
l’université, l’action culturelle doit parvenir petit à petit remporter de nouveaux suffrages, non
pour se substituer à terme à l’enseignement, mais pour faire en sorte que la pratique
universitaire dépasse le cadre de l’acquisition d’un savoir.




B. Les fondements de l’action


Le milieu universitaire est assez particulier pour marquer très fortement l’action culturelle et
donner des orientations spécifiques à la politique culturelle. Certains principes forts sont à
placer à la base de la politique culturelle, afin de dessiner des orientations phares pour les
actions futures et pour mieux la préparer aux embûches semées par la tradition universitaire.


1. Un explorateur de la masse culturelle
Le premier obstacle qui peut s’opposer à l’action d’un service universitaire d’action culturelle
réside dans l’évidence même de la dimension culturelle à l’université : pour beaucoup
d’usagers, vouloir faire de l’université un établissement culturel est un non-sens, puisque
l’université est par essence un lieu de culture. Il convient de démontrer que le niveau de
pratiques culturelles des étudiants n’est pas très différent de celui du reste des français : si la
moyenne des étudiants n’est qu’à peine plus cultivée que le reste de la population, il est donc
évident que l’université faillit à sa mission d’ “ l’élévation du niveau […] culturel […] de la
nation et des individus qui la composent ”. Il est absolument incontestable que les
enseignements contribuent à l’élévation de ce niveau culturel, et que la somme des
connaissances mise à disposition des étudiants est un formidable témoignage des plus belles
richesses de l’esprit humain. La transmission de ce savoir fonctionne bien à l’université, mais il
semble nécessaire de proposer un complément à cette formation de l’esprit : au-delà de
l’apprentissage “ technique ”, l’enseignement supérieur doit pouvoir encourager le
cheminement de l’esprit, favoriser l’ouverture sur l’inconnu. De manière plus directe, on
pourrait dire qu’il convient de susciter l’envie chez les étudiants et parmi l’ensemble des
usagers de s’intéresser à la masse culturelle disponible à l’université. Cette culture est


                                                63
foncièrement présente, bien sûr à travers l’immensité des fonds documentaires, mais surtout à
travers la richesse des savoirs particuliers que renferment les enseignants, et même les
étudiants. Il ne s’agit pas de révéler ce patrimoine culturel enfoui à l’université, mais d’agir sur
la conscience, sur la perception de la pratique universitaire. L’action culturelle doit permettre
en quelque sorte d’inverser le processus en cours, qui force à la passivité : transformer
l’étudiant, et au-delà le “ citoyen ”, de réceptacle passif de la culture de masse en explorateur
critique de la masse culturelle. Se fixer un objectif aussi démesuré permet, même si ce but
s’avère irréalisable, de donner à la politique culturelle une ligne de conduite saine, s’appuyant
sur des principes profondément humanistes dignes de l’université.


2. Une action dirigée vers les étudiants
Même si en principe l’action culturelle s’adresse à l’ensemble de la communauté universitaire,
et même à toute personne “ attirée par la lumière ”, il semble nécessaire, dans un souci
d’efficacité, de fixer en tant que cœur de cible le public étudiant. Ce public est assez divers pour
pouvoir toucher “ par ricochet ” toute autre personne. Par ailleurs, malgré une volonté
indéniable d’impliquer l’étudiant dans la vie de l’établissement, l’université paraît organisée
par et pour les professeurs. Comme le remarque le jadis très contesté Claude Allègre, la
principale différence entre le model universitaire américain et le model français réside dans le
fait que les Etats-Unis placent l’étudiant au centre du système, alors que la France y place le
professeur. L’action culturelle a aussi pour mission de participer à cette délicate inversion de la
façon de penser l’université, ou du moins à effectuer une sorte de rééquilibrage. La participation
étudiante à la vie de l’université semble unanimement souhaitée par le corps enseignant, plus
particulièrement par les instances dirigeantes de l’université. La chose est plus difficile lorsque
le sujet est renversé : tandis que plus des trois quarts des étudiants estiment n’être à l’université
que pour étudier, l’autre quart, participant activement à la vie du campus, est par principe
méfiant à toute proposition “ d’alliance ” entre services universitaires et associations
d’étudiants. Or, la participation des étudiants à l’élaboration de projets et à leur mise en œuvre
est indispensable pour toucher le public-cible, et de manière plus profonde pour légitimer
l’action culturelle de l’université aux yeux de la population étudiante. Le principe paraît simple,
mais sa réalisation sera sans doute laborieuse : il s’agit d’organiser une espèce de “ circulation ”
des idées et des initiatives, entre la base des usagers et les organes de décision de l’action
culturelle. Bien plus qu’une simple représentation étudiante, dont on sait qu’elle est tout sauf
représentative59, il faut travailler à faire émerger des relais de l’action culturelle, dont on doit
souhaiter qu’ils soient actifs, attentifs, passionnés mais totalement dénué de tout intéressement
personnel. Ces personnes doivent être le moyen d’une circulation de l’information à double
sens, des besoins et des envies de la base de la population – au-delà de ceux exprimés par la
“ voix ” officielle des élus – et des propositions faites par les services universitaires. Centrer
l’action culturelle sur la population étudiante n’implique en aucun cas le rejet des enseignants,
ni des personnels administratifs : il est impératif de les intégrer à l’action culturelle, à la fois
comme acteurs que comme public. Les enseignants sont un formidable vecteur de
communication, et peuvent se révéler des “ relais ” d’autant plus efficaces qu’il est dans la
nature d’un enseignant de vouloir enrichir les esprits. L’action culturelle, même si elle choisit



59
   Lorsque la majorité, même absolue, est le résultat du vote de moins de 5% d’une population, cette majorité reste
irrémédiablement “ relative ”. Sans remettre en cause la place des “ représentants étudiants ”, l’honnêteté impose
de réfuter leur “ représentativité ”.




                                                      64
de se tourner vers l’étudiant, invite l’ensemble de la communauté universitaire à resserrer ses
liens, à travailler ensemble d’une autre manière.


3. L’université, laboratoire critique de la création
Les enseignants seront par ailleurs invités à associer leur savoir à l’action culturelle, à mettre
leurs compétences au service des compétences voisines. Ce travail de l’enseignant est
indispensable, et nécessite une réflexion spécifique sur les moyens administratifs et financiers
nécessaires à cette participation active. Associer les enseignants à l’encadrement de projets
dans lesquels s’investissent des étudiants est une manière efficace de créer des liens entre
enseignement traditionnel et action culturelle, d’ouvrir la pratique universitaire à la pratique
“ civile ”. Il s’agit de créer un palier supplémentaire entre apprentissage “ scolaire ”, encadré et
normalisé, et pratiques de loisir, souvent déconnectés de ce qui est appris en cours. La
participation de professionnels permettrait de décloisonner un peu plus la pratique universitaire,
de donner à un projet culturel issu de l’université une plus grande efficacité. Une formule
adaptée doit être trouvée pour ce genre d’atelier à mi-chemin entre pratique amateur, mise en
situation du savoir appris et confrontation aux exigences professionnelles, pour être associé au
cursus sans forcément être attaché à un diplôme. La confrontation des points de vue
complémentaires que sont ceux des professeurs, des artistes et des étudiants favorise un
enrichissement sur plusieurs degrés : enrichissement pour l’étudiant, bien entendu, qui trouve
rassemblées approche réflexive et approche sensible ; enrichissement pour l’artiste, qui reçoit
un retour critique et constructif du regard porté sur l’œuvre ; enrichissement pour l’enseignant,
qui se trouve en prise directe avec le geste créateur, qui remonte à la source du sujet disséqué.
On peut ajouter à ce triple enrichissement un échelon supérieur, englobant les trois autres :
l’enrichissement de l’Université, qui offre à travers la convergence de ces trois types de regards
un lieu unique pour la création artistique et pour la pratique culturelle dans son ensemble, un
laboratoire culturel qui relie le geste créateur à la pensée critique, qui propose au créateur, à
l’intellectuel et au public une approche plus complète du phénomène artistique.


4. La culture, élément névralgique du Projet d’établissement
Parvenir à un tel résultat nécessite de la part de l’université un engagement sans faille,
courageux, qui accepte la possibilité d’une pratique universitaire différente. Cet engagement
implique que le Projet culturel de l’établissement soit mûri, qu’il soit le résultat d’une réflexion
incluant toutes les facettes de la pratique universitaire actuelle. Même s’il l’action artistique se
construit lentement, pièce par pièce, il convient de fondre assez tôt les grands axes de la
politique culturelle de l’université au plan de développement de l’université. En plus des crédits
financiers qui peuvent être accordés à l’action culturelle par le ministère de l’Education
nationale dans le cadre du plan quadriennal, cette inscription de la dimension culturelle dans le
développement global de l’université permet de fixer de façon pratique les grandes étapes de la
construction de l’action culturelle. Elle permet de planifier son développement, par exemple en
fixant pour chaque année un grand chantier de développement culturel, capable d’influer
durablement sur la place de la pratique culturelle à l’université, et sur le rôle que celle-ci doit
jouer au sein de la cité. Ainsi pourra-t-on dessiner, d’année en année, de nouveaux contours
pour la pratique universitaire et rendre plus souple les rapports entre la cité et le monde
artistique.


La politique culturelle d’une université se doit d’être ambitieuse : elle doit éviter l’écueil d’une
action qui se complairait dans l’animation, pour véritablement intégrer la pratique culturelle au


                                               65
cœur de la vie universitaire, offrant un pont unique entre enseignements, recherche et loisirs, et
vers l’activité de la cité. L’université se doit d’œuvrer pour changer le rapport à la culture, en
s’appuyant sur le potentiel de demain : les étudiants. Elle doit par ailleurs pouvoir mettre son
potentiel “ savant ” au service des artistes, afin d’offrir à la cité de mieux appréhender l’art avec
l’arme même des artistes : le pouvoir de remise en question, l’esprit critique et le don de sens.
Donner une telle dimension à l’action culturelle nécessite un travail dans la durée, planifié,
parfaitement intégré au schéma de développement général de l’université. Seule cette
intégration profonde à la pratique universitaire quotidienne peut être en mesure de fournir une
pleine efficacité.




C. Rendre l’action efficace


L’efficacité d’une action culturelle est quelque chose d’extrêmement difficile à mesurer, et sera
sans doute perpétuellement remise en question. Il convient donc d’appuyer l’action culturelle
sur un projet précis, bien construit et solidement argumenté, qui aura le mérite d’exposer
clairement les choix retenus, en refusant le principe d’une action qui se veut la plus diffuse
possible, dans l’espoir de contenter chacun. Ces choix sont indispensables à la cohérence de
l’action, dont le budget forcément limité ne peut suffire à couvrir tous les domaines.
Malheureusement, le spectaculaire ne fait pas toujours bon ménage avec le travail de fond.
L’action culturelle devra privilégier l’efficacité au coup d’éclat : mettre sur pieds une
organisation capable de canaliser un foisonnement d’initiatives, soutenir en profondeur
l’élaboration de projets par les étudiants, intégrer l’action culturelle au cœur de la pratique
universitaire. Les moyens humains et financiers doivent suivre, mais à condition qu’ils servent
un projet solide, qui refuse l’éparpillement et privilégie la construction sur le long terme.


1. Pour une action cohérente
L’action culturelle ne peut se limiter à un simple foisonnement d’initiatives, comme c’est le cas
aujourd’hui à l’université Paul Valéry : les projets étudiants ne manquent pas, mais faute
d’encadrement stable demeure dans le domaine amateur et survivent rarement au départ de leur
initiateur ; d’autres projets sont des expériences uniques, sans approfondissement intellectuel et
n’offrant pas la possibilité de fixer un public et de donner du poids à l’action culturelle de la
faculté ; d’autres enfin restent confidentiels, réservés implicitement à un public issu d’une
filière particulière ou s’adressant à un corps universitaire particulier. Même dans le domaine de
l’animation culturelle, la reconnaissance d’une action universitaire qui dépasse le soutien à des
projets occasionnels nécessite que cette action soit organisée, intégrée dans un projet
d’animations cohérent. Pour cela, le service culturel ne doit pas se limiter au seul soutien
financier, mais proposer aux porteurs de projet de donner une dimension supplémentaire à leurs
animations, et mettre ce prolongement sur pied. Le service culturel doit par exemple pouvoir
organiser un débat à la suite d’une projection proposée par une association, afin que les
manifestations qui passent par le SCAC se dotent d’une dimension universitaire réelle. Le
SCAC doit par ailleurs travailler à rendre l’action culturelle visible et “ lisible ” : les
rendez-vous doivent être réguliers, organisés par thème ou par discipline, et la communication
se doit de gagner en efficacité. Le SCAC devra aussi gagner en cohérence dans ses principes
d’organisation : il paraît indispensable que toutes les “ niches ” culturelles de l’université soit
rattachées au service culturel, directement sous sa tutelle, ou bien faisant en sorte que la
personne responsable trouve une place au sein du service. Cette cohérence implique que chacun


                                                66
trouve sa place dans un projet global, qui, même s’il est relayé et structuré par un service de
l’université, permette à chacun de conserver la “ paternité ” de son projet, lui conférant une
personnalité, une identité particulière. Le SCAC doit trouver assez d’abnégation pour enrichir
des projets, organiser leur cohérence et leur promotion, accueillir tous ceux qui sont
susceptibles de s’investir dans l’action culturelle à l’université, sans rechercher un bénéfice
direct pour le service en lui-même et pour ses responsables.


2. Les projets étudiants
L’essentiel des projets culturels est l’œuvre d’étudiants, par le biais des associations. Quelques
associations sont encadrées, parfois de manière officieuse, par des enseignants, comme c’est le
cas pour ECUME (chorale dirigée par Sylvie Golgevit) ou pour l'association montpelliéraine
d'égyptologie Néfrou (encadrée par Jean-Claude Grenier, président, et Monsieur Aufrère, vice
président). Cet encadrement a le mérite d’offrir plus de stabilité aux associations, qui souffrent
souvent du départ des étudiants qui les dirigent, et apporte souvent un niveau d’exigence plus
pointu, plus professionnel. Il est vrai qu’une certaine méfiance existe parfois entre service
universitaire et ces associations : certains enseignants influents peuvent avoir plus ou moins
d’affinités avec les enseignants et “ leur ” association, tandis que les associations 100%
étudiantes se montrent très réticentes envers toute ingérence de l’université dans leur activité. Il
s’agit là encore de parvenir à instaurer la confiance indispensable à la coopération entre la
“ base ” active et le “ pouvoir ” du service culturel de l’université. Les membres du SCAC, en
particulier son directeur, doivent afficher assez d’indépendance et de désintéressement pour
que leurs décisions soient entourées d’assez d’impartialité, et pour que les associations se
sentent libérés de la peur de la “ récupération ” de leurs projets par l’université. Le soutien
financier des projets étudiants par le SCAC n’est cependant pas à remettre en cause : beaucoup
d’actions ne verraient pas le jour sans ses subventions. Il semble cependant nécessaire
d’entourer ce soutien de quelques précautions : la première est de soutenir en priorité les
manifestations artistiques, ou de cibler plus clairement l’aide financière sur l’aspect culturel
d’une manifestation plus tangente60. Ainsi, les “ apéros festifs ” sont-ils de la responsabilité du
FAVE, tandis que le SCAC peut encourager des concerts ou expositions en marge de
“ l’apéro ”. La deuxième réserve consiste à accompagner activement les projets étudiants un
peu faibles pour leur donner plus de relief, pour développer l’aspect culturel que le SCAC est
sensé défendre. La difficulté principale consiste à étoffer ces projets trop étriqués sans
dénaturer le caractère que veut leur insuffler l’organisateur. La dernière exigence du SCAC
devra être le suivi des projets, pour rendre l’expérience constructive pour l’étudiant, ou au
minimum pour attester de la réalisation du projet. On peut parfaitement imaginer qu’un
personnel en charge de l’élaboration de projets pour le SCAC travaille en étroite relation avec
les étudiants pour donner un caractère professionnel aux projets eux-mêmes, et pour offrir une
forme de professionnalisation aux étudiants qui les mettent en œuvre. Là encore, le SCAC doit
offrir les moyens d’un accompagnement des étudiants et de leurs projets sans pour autant leur
ôter leur identité étudiante.




60
  Il est impératif de mettre en œuvre une coopération efficace entre le SCAC et le FAVE : le SCAC peut s’attacher
à développer la portée culturelle d’une manifestation ou de pratiques de loisirs soutenues par le FAVE, et le FAVE
peut aider à apporter une touche sociale, festive à des manifestations artistiques. Si le rôle de chacun est bien
définie, le SCAC et le FAVE peuvent renforcer les liens indispensables entre action artistique et activités de loisirs.




                                                        67
3. Les liens avec l’enseignement et la recherche
Le travail du service culturel ne peut cependant en aucun cas se limiter au partenariat avec les
associations étudiantes. A terme, l’action culturelle doit trouver sa place au cœur du système
universitaire, en étroite collaboration avec les enseignements, la recherche et les autres services
universitaires. Les liens avec la recherche seront sans doute difficiles à établir, mais ils trouvent
leur justification dans la loi, qui invite l’université à “ [diffuser les] résultats de la recherche ”.
Il s’agit là d’une médiation d’un genre particulier, assez délicate à mettre en œuvre. Les actions
pouvant être initiées par le SCAC en vertu de cette mission de diffusion des connaissances sont
innombrables : le service culturel pourrait par exemple organiser des expositions
“ éducatives ”, développer les liens entre l’université et les établissements d’enseignement du
secondaire et même du primaire, travailler en relation avec le service des publications et les
nouveaux outils de communication, proposer des manifestations artistiques et des rencontres
accompagnant les publications des chercheurs de l’université. Les liens à tisser entre action
culturelle et enseignement sont tout aussi variés. Les filières artistiques offrent bien sûr un
terrain propice à de telles manifestations : on peut ainsi imaginer que des concerts soient
organisés pour illustrer certaines questions au programme du CAPES de Musique, ou que des
lectures, mises en scène ou non, soient organisées pour mettre en lumière certains cours ou
conférences de Lettres modernes. Ouverts à tous, ces “ cours ” d’un nouveau genre seraient un
formidable moyen d’enrichissement pour qui le désire, l’outil d’une compréhension plus intime
d’un sujet important pour ses études et un moyen d’ouverture sur l’extérieur inédit pour
l’université. La mise en place d’ateliers de pratique artistique devra aussi être étudiée.
L’université devra trouver le moyen de rendre ces ateliers accessibles aux étudiants de toutes
les filières et de tous les niveaux, tout en offrant une certaine reconnaissance pour ces pratiques,
afin de ne pas les cantonner dans une optique de loisirs purs. Le principe de “ l’UE libre ”
semble être une solution intéressante : il consiste à mettre en place une UE de pratique
culturelle optionnelle, ouvert à tous les étudiants, et qui s’ajoute aux UE traditionnelles du
diplôme61. Mais c’est sans doute dans les liens entre recherche et enseignement que l’action
culturelle peut trouver sa justification la plus profonde : la séparation entre ces deux mondes est
flagrante, alors que l’enseignant et le chercheur sont souvent une même et unique personne.
L’action culturelle doit favoriser la mise en place de ponts entre ces deux types d’activités, non
seulement pour permettre de nouveaux échanges entre enseignants-chercheurs et étudiants,
mais surtout pour faire sortir la recherche d’une certaine confidentialité, pour rendre ses
résultats plus accessibles et peut-être faire naître des vocations.


4. Les moyens indispensables
Parvenir à un tel degré d’intégration de l’action culturelle dans la pratique universitaire ne
demande pas seulement une volonté d’agir, d’améliorer la vie universitaire. Elle demande bien
entendu des moyens humains et financiers inséparables d’un certain niveau d’exigence. Les
moyens financiers sont souvent au centre des préoccupations de l’action culturelle. Or, il
apparaît que ces moyens financiers sont souvent à la base de la mise en place d’un projet, au lieu
d’en être le couronnement. L’action culturelle gagnerait en efficacité et en pertinence si des
projets étaient placés en amont des revendications pécuniaires, et non l’inverse. Par ailleurs, un


61
  Voir à ce sujet l’expérience de l’UV libre de Grenoble “Eloge de la main” rapporté dans A+U+C n°8 – Eté 1993,
p.12, et celle de L’Université Bordeaux I avec l’UV “Art et Sciences” dans Les Cahiers d’A+U+C n°4 – Janvier
1996, p.6.




                                                    68
projet bien pensé, construit et organisé est souvent le meilleur moyen de lever des fonds. De
manière plus pratique, la dynamique actuelle qui entoure l’action culturelle et artistique dans le
système éducatif est propice à l’élaboration de tels projets. La circulaire DES-DDF du 25 juin
1992 62 encourage la mise en place de ces projets, et pose les modalités de soutient des
Ministères :
                   “ - Pour les services de l'Éducation nationale, attribution d'une subvention globale dans le
                  cadre du contrat Établissement/Ministère lorsque l'état d'avancement du projet le justifie et que
                  le calendrier de signature du contrat ou de révision à mi-parcours le permet, ou aide spécifique
                  de la Direction des enseignements supérieurs (DESUP) aux projets qui ne peuvent être inscrits
                  dans les contrats et aux projets en cours d'élaboration (soutien incitatif).

                  “ - pour les services de la Culture, attribution d'une subvention de la Direction régionale des
                  affaires culturelles (DRAC), et si possible établissement d'une convention entre la DRAC et
                  l'établissement d'enseignement supérieur. ”
Malheureusement, le paramètre financier, certes indispensable, n’est pas la condition suffisante
à l’efficacité de l’action culturelle ; même une somme importante, à laquelle peut prétendre
l’université Paul Valéry, serait même inutile si une réflexion ne précédait pas l’action, si une
cohérence n’était pas recherchée avant toute chose. Il est par ailleurs indispensable que la
totalité de la somme concédée par le ministère de l’Education nationale pour l’action culturelle
revienne effectivement à l’action culturelle63. Les moyens humains dépendent directement des
moyens financiers. Dans le cas de l’université Paul Valery, le personnel du service culturel est
rémunéré directement par l’université, qui investie ainsi directement dans l’action de son
service. Il paraît souhaitable que l’université continue de rémunérer directement le personnel
permanent de l’action culturelle, principalement le personnel administratif et technique, mais il
est indispensable que le SCAC trouve dans ses fonds propres les moyens de rémunérer du
personnel supplémentaire (intervenants, artistes, professionnels de la médiation et de la
communication…) et de gratifier les étudiants et les enseignants qui fournissent un travail
“ extra-scolaire ” (conférences, cours publics, encadrement d’ateliers, performances…). Le
recours à des professionnels, à des étudiants avancés, à des enseignants est indispensable. Le
bénévolat a ses limites, et l’exigence d’un certain niveau de réalisation des projets nécessite
d’investir dans un encadrement professionnel. Une gestion rigoureuse, associée à une
planification, une organisation réfléchie de l’action culturelle, sont les conditions d’une
utilisation optimale du budget qu’il faut sans cesse défendre et justifier.


Deux grands principes sont à la base d’une action culturelle efficace : le premier est la
recherche de la cohérence de l’action culturelle, dans ce qu’elle propose et dans son
organisation. Seul un projet bien construit, à la fois réaliste et au service d’une exigence
d’excellence, est en mesure de garantir cette cohérence. Le deuxième grand principe est
l’intégration de l’action culturelle à la pratique universitaire quotidienne. L’action culturelle
doit servir de pont entre les deux éléments fondamentaux de cette pratique : l’enseignement et
la recherche. Les moyens humains et financiers doivent suivre, mais à condition qu’ils servent
un projet solide, qui refuse l’éparpillement et privilégie la construction sur le long terme. Même
s’il est indispensable à une action efficace, le paramètre financier n’est pas facteur de


62
  Voir Annexe 2 – les conditions de ce soutien y sont détaillées.
63
  En 2001, sur les 250.000 frs annuels accordés par le MEN à l’action culturelle de l’université Paul Valéry, seuls
200.000 francs ont été effectivement touchés par le SCAC.




                                                      69
cohérence : sa gestion est très délicate et demandera toujours plus de contrôle à mesure que le
budget augmentera.




D. L’amateurisme en question


La recherche de cohérence dans l’action culturelle implique que des pistes d’action soient
privilégiées au détriment d’autres. Rancœurs et frustrations sont inévitablement au
rendez-vous, même si l’action culturelle se doit d’impliquer toute personne désireuse d’œuvrer
dans ce domaine. L’action culturelle est alors confrontée à de nouveaux paradoxes : être
déterminée à remplir certains objectifs prioritaires tout en restant assez souple pour exclure le
moins de projets possibles, encourager la pratique amateur tout en la “ tirant vers le haut ”,
privilégier les arts sans dédaigner les modes d’expression minoritaires.


1. Se fixer des axes d’actions prioritaires
La planification de l’action culturelle nécessite que soient fixés des objectifs, de poser des
jalons qui, à mesure qu’ils seront atteints ou abandonnés, dessinent les contours d’une action
culturelle, construite, ordonnée. Ainsi, un projet peut-il s’orienter plus volontiers vers le soutien
à la création, grâce à des résidences d’artistes, vers la diffusion, par l’organisation de
performances et d’expositions, ou vers la pratique amateur. Il est bien entendu souhaitable que
ces trois différents types d’actions trouvent une place dans le projet culturel d’un établissement.
Cependant, plus le budget sera limité, plus il sera nécessaire de privilégier un axe d’action, qui
lui-même peut être décliné de diverses manières. Ainsi, les liens entre un artiste en résidence et
l’université peuvent-ils s’orienter de préférence vers la recherche, vers l’enseignement ou vers
la pratique amateur. Dans une université telle que Paul Valéry, aux ressources artistiques
importantes, la pratique amateur semble un axe très intéressant. Nombreux sont en effet les
étudiants qui pratiquent la musique, le théâtre, la danse, la peinture ou nombre encore de formes
d’expressions artistiques. Or, la vie étudiante ne permet que rarement ce type de pratique :
impossible lorsque l’on vit dans une chambre universitaire de 9m² d’installer un piano ou un
laboratoire photo. L’université doit s’efforcer que les pratiques artistiques survivent au départ
de la cellule familiale. Avant même de mettre en place des ateliers de pratique encadrée, il est
serait bon d’offrir aux étudiants des lieux spécialisés, en accès plus ou moins libre, afin que
cette phase si riche de la construction de l’individu n’étouffe pas ses volontés créatrices.
D’autres étudiants ont choisi la voie de la formation “ pré-professionnelle ” et sont en passe de
terminer le cursus d’un conservatoire ou d’une école des Beaux-Arts. Le niveau de ces
étudiants est une richesse que l’université doit développer. Elle doit permettre d’un côté à
l’étudiant de se confronter au “ métier ”, de se mesurer au public, en les mettant en position
d’artiste à part entière grâce à l’exposition de leurs œuvres, l’organisation de concerts ou la
publication de recueils à diffusion plus ou moins confidentielle. De tels projets seront sans
doute moins lourds à gérer si des partenariats sont mis en place avec les écoles concernées.
L’université peut par ailleurs tirer un bénéfice intéressant de ces artistes en devenir, en
proposant par exemple des monter des créations, d’illustrer des cours par des petites
performances ou d’organiser des classes de maîtres adaptées à l’université. Il convient
cependant de rester prudent quant à la participation d’étudiants à de tels projets : face à un
emploi du temps surchargé, l’attrait artistique ne peut suffire à inciter l’étudiant à la
participation. Il doit pouvoir tirer un avantage plus direct de ces expériences, soit en étant payé
(le recours aux étudiants ne doit en aucun cas être un moyen d’économiser un cachet), soit en


                                                70
intégrant de telles pratiques à son cursus universitaire ou extérieur (UE comptant pour un
diplôme ou mis en place d’équivalences plus justes). Mettre l’accent sur la pratique amateur
présente de nombreux avantages : permettre de pérenniser les pratiques artistiques des
étudiants, proposer un lien naturel entre création, savoir appris et diffusion, et mettre l’étudiant
dans les conditions réelles du métier d’artiste.


2. Choisir l’Art sans refuser l’éclectisme
Que ce soit dans le cadre des projets d’étudiants ou d’ateliers de pratique artistique, le service
culturel aura de nouveau une ligne de conduite difficile à tenir. Si elle est dirigée en priorité vers
les étudiants, il paraît naturel que l’action culturelle prenne en considération des pratiques de
loisir issues des “ modes d’expression minoritaires ” : musique amplifiée, bande
dessinée, “ arts ” urbains… Même si l’action culturelle veut se prévaloir avant tout d’une
destination artistique, il semble nécessaire que l’université encourage ces modes d’expression.
La valeur artistique de ces créations peut être discutée. En revanche, les bénéfices directs que
les étudiants peuvent tirer de ces pratiques sont incontestables : elles participent au
développement de la sensibilité et de l’inventivité de l’individu, lui offrent un moment de
détente et parfois de rencontre, et sont des passerelles importantes vers les arts traditionnels. De
plus, et contrairement à ce qu’écrit Jean-Louis Harouel 64 qui juge les “ arts nouveaux ”
“culturellement pauvres, infiniment inférieurs […] aux arts anciens ”, il me semble que ces
arts nouveaux sont un facteur de renouveau important pour l’art. Tout progrès technique fait
évoluer les arts (par exemple, chaque nouveau piano coïncide chez Beethoven à de nouvelles
caractéristiques d’écriture) et il paraît évident que les nouvelles technologies, une fois
assimilées, constitueront la base de nouvelles formes profondément artistiques. Il convient de
miser aussi sur la nouveauté, et l’université est sans doute l’institution la plus apte à
l’innovation, à l’expérimentation. Sans aller jusqu’à proposer la mise en place d’une innovation
organisée à l’université, l’enseignement supérieur doit permettre que la pratique artistique des
étudiants se développe, notamment dans ses formes les moins reconnues, afin que le continuel
renouveau propre à la création artistique puisse se perpétuer.


3. Rendre l’art à la vie
Déconnecter les pratiques culturelles des pratiques de loisirs ne présente que peut d’avantages :
cela permet dans le meilleur des cas d’apporter à l’action culturelle une justification incertaine,
qui trouve ses sources dans une sacralisation de l’œuvre telle que l’a pratiquée Malraux. Placée
sur son piédestal, l’œuvre ne peut inviter à la célébration festive. La seule distance alors
autorisée avec l’œuvre d’art est celle de l’infini respect. C’est oublier que l’œuvre d’art a été le
plus souvent voulue vivante par son créateur, et que son partage fonctionne beaucoup mieux
dans la convivialité : les schubertiades étaient beaucoup plus un rassemblement d’amis venus
écouter les dernières compositions des uns et des autres que la célébration respectueuse des
chefs d’œuvres de l’histoire de la musique. Avant de passer à la postérité, les grands génies
étaient avant tout des amateurs, et nombre de représentations de salons devaient être
d’interprétation moyenne (Debussy et ses amis improvisaient volontiers sur un mauvais piano,
réduisaient à quatre mains les grands opéras sans aucun scrupule). Il convient de réintroduire
les notions de plaisir, de convivialité et de rencontre dans la fréquentation culturelle, qu’une


64
     Dans : HAROUEL (Jean-Louis) – Culture et contre-culture, Paris, Presses universitaires de France, 1994, p.23




                                                       71
trop grande institutionnalisation a parfois plongé dans un sérieux qui malheureusement dessert
l’art et la culture. L’encouragement des pratiques amateurs, avec à la clef d’éventuelles
représentations ou expositions aux modestes prétentions peut favoriser ce rapprochement de
l’œuvre et du public. Ainsi, on peut envisager une série de performances au mois de mai,
préparant les élèves des classes supérieures de conservatoire à leurs examens, ou organiser en
octobre une exposition des œuvres récompensées par les écoles des Beaux-Arts. Par ailleurs, la
convivialité et la rencontre doivent être des prolongements constamment recherchés de tous les
types de manifestations culturelles : plus encore qu’ailleurs, l’explication, la discussion et la
réflexion doivent trouver leur place à l’université aux côtés des formes de performance
traditionnelles.


4. La rencontre comme moteur de l’action
Si l’action culturelle parvient à toucher assez de monde, elle deviendra un facteur important de
cohésion sociale pour l’université. La notion de lien social et en effet inséparable des idées de
rencontre, de partage et de convivialité qui doivent parcourir chaque projet d’action culturelle.
Développer la convivialité, en proposant un point de rencontre tel qu’un bar ou un salon de
discussion, est un moyen de renforcer le lien social universitaire, de lui faire franchir les
barrières qui séparent étudiants, enseignants, personnels administratifs et techniques. La
rencontre entre ces différentes composantes de l’université, et avec le public extérieur et les
artistes permettra également de lancer de nouvelles initiatives, de créer une dynamique qui
dépasse le cadre de l’université. La communication s’en trouvera également améliorer, le
bouche-à-oreille étant sans doute un moyen de communication des plus efficaces. Il peut alors
également se mettre en place cette circulation des doléances et des propositions, entre la base
active et le sommet décisionnel. Il convient de ne pas trop faire déborder l’action culturelle en
dehors de ses compétences : faire de la pratique culturelle un élément essentiel de la vie
universitaire est une nécessité, mais peut-être serait-il plus constructif pour ce faire de
développer des liens plus étroits avec le FAVE et le Conseil de la Vie étudiante, afin de jouer
sur une complémentarité évidente.


Les paradoxes qui émaillent le quotidien de l’action culturelle sont pour le moins nombreux.
Ménager des hautes ambitions et une approche pragmatique de la pratique culturelle implique
la prise en compte de ces paradoxes, afin de mieux les dépasser. Peut-être convient-il de
s’interroger sur le parcours des créations qui accède au statut d’œuvre d’art, et parmi elles de
celles qui accèdent au rang suprême “ d’œuvre majeure l’humanité ”. Sans doute
découvrira-t-on que nombre d’entre elles ont pris naissance indépendamment de toute idée trop
prétentieuse, et qu’elles étaient avant tout l’expression d’un loisir, d’un passe-temps dévorant
auquel l’artiste s’adonnait avec passion dès que cela lui était permis. Le potentiel essentiel de la
création future se trouve sans conteste dans la pratique amateur et pré-professionnelle. Sans
vouloir créer à l’avance des valeurs artistiques, l’université doit s’attacher à défendre cette idée,
à faire des loisirs un chemin qui mène à l’art.




                                             




                                                72
Les reflets changeant de l’action culturelle

La mise au point d’une politique culturelle est une étape essentielle du projet d’un
établissement. Elle permet de fixer un point de vue sur la culture, de privilégier un sens à donner
à l’action culturelle en milieu universitaire. Les choix que cela implique sont souvent difficiles,
parfois controversés, mais restent nécessaires à la légitimation de l’action culturelle. Celle-ci
doit faire avec quelques paradoxes inhérents à toute action culturelle : œuvrer pour le
développement culturel implique de se doter d’ambitions élevées, de construire une certaine
forme d’utopie, tout en gardant à l’esprit que l’action culturelle se construit pierre par pierre, en
réajustant sans cesse ses prétentions. A la recherche d’une efficacité toujours difficile à cerner
dans le domaine culturel, l’université doit permettre à la réflexion autour de la politique
culturelle de dépasser son cadre naturel pour déborder sur la pratique universitaire en
elle-même, ainsi que sur la création artistique actuelle avec le moins de parti pris possible.
Intégrée à la fois à la vie universitaire et à la vie de la cité, l’action culturelle de l’université
pourra trouver naturellement sa légitimation et sa pleine efficacité.

Lorsque l’on observe l’histoire politique des cinquante dernières années en matière culturelle, il
apparaît que ni l’attitude élitiste de Malraux, ni l’attitude de plus en plus “ tout-culturaliste ” de
Jack Lang ne sont satisfaisantes. Peut-être existe-t-il une troisième solution en matière d’action
culturelle, qu’il reste à dessiner. Cet exercice sera périlleux, mais seule la prise en compte des
paradoxes inhérents à l’action culturelle permettra d’éviter les voies traditionnelles de la
décision politique, inefficace en matière culturelle. Si culture et politique sont des domaines si
difficiles à concilier, c’est sans doute qu’ils fonctionnent de manière opposée : le spectaculaire
est tout sauf un gage d’efficacité pour l’action culturelle, dont le travaille doit se réaliser en
profondeur, au plus profond de l’individu, tandis que la politique doit obtenir des résultats
visibles pour être reconduite. S’investir dans une politique culturelle nécessite une foi qui seule
permet l’oubli de ses intérêts, indispensable à une action culturelle efficace.




                                                73
Ièr e conclusion i nt er médiaire


Une nouvelle réflexion autour des missions de l’université et de la place de la culture dans la
société permet de mieux situer le cadre dans lequel devra évoluer l’action culturelle à
l’université, les ambitions qu’elle peut légitimement se fixer et les paradoxes avec lesquels elle
devra composer.


La polysémie qui caractérise la notion de Culture fournit à l’action culturelle la justification
d’une action multiforme, à la limite du double jeu, toujours tiraillée entre la défense des formes
les plus élaborées de la Culture – et donc souvent les plus hermétiques – et la recherche de
formes d’expression plus libres et moins reconnues, indices d’un art en gestation dont nul ne
peut garantir une reconnaissance future. Seul le dépassement de ce conflit peut permettre à
l’action culturelle de s’étendre efficacement : en acceptant la pluralité des acceptions de la
culture et en orientant l’action culturelle vers les objectifs communs d’épanouissement de
l’individu, de recherche d’une nouvelle inventivité et du développement de l’esprit critique,
l’action culturelle peut espérer instaurer un nouveau rapport au Savoir et à l’apprentissage, dans
lequel travail payant et curiosité gratuite s’accordent pour mieux marier Education et Culture.


L’histoire politique de ces cinquante dernières années démontrent que ce mariage est loin d’être
une évidence, et qu’il faudra du temps pour que la construction de l’individu soit effectivement
vécue comme un processus global unique, touchant aussi bien à l’Education qu’à la Culture,
aux Sports ou aux Loisirs. Après les premières années d’un travail commun autour du concept
d’Education populaire, l’autonomie de la démarche culturelle est privilégiée sans pour autant
que la communion autour des valeurs artistiques tant souhaitée par Malraux se réalise. La
volonté d’une éducation au goût semble une voie plus sûre vers cette démocratisation culturelle
qui doit aujourd’hui passer par l’école, selon le ministre Jack Lang. La réconciliation entre
Culture et Education est en marche, mais au risque d’une confusion des rôles et des missions
dont l’action culturelle à l’université Paul Valéry devra à tout prix se préserver.


La réflexion autour de la Culture et de la transmission du Savoir permet également de mieux
saisir le rôle qu’est en mesure de tenir l’université dans la société. De la confrontation des
missions confiées par la loi à l’institution universitaire avec la réalité d’une pratique parfois
alourdie par le poids d’une tradition séculaire et d’une reproduction systématique d’une façon
de penser l’université naît le besoin urgent d’une réorientation de cette pratique universitaire,
dont l’action culturelle peut se révéler un outil efficace. Cet échange qui permettrait à
l’université d’encourager un nouveau rapport au Savoir et à la Culture permettrait en retour
d’offrir à l’université un nouveau rôle dans le processus culturel. A défaut de se prévaloir d’une
capacité de jugement sur ces œuvres en puissance et d’une quelconque légitimité dans le
processus de reconnaissance officielle, l’université devra s’efforcer de rechercher dans la quête
culturelle la propre raison d’être de son action culturelle, de retrouver dans sa mission de travail
de l’individu sur lui-même et sur son environnement la justification de la place de l’action
culturelle dans le système d’enseignement supérieur. Ainsi pourra-t-elle espérer proposer une
place nouvelle pour la Culture dans le processus de construction de l’individu et




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                                                       Ièr e conclusio n int er médiaire


diriger la pratique universitaire sur de nouvelles voies, plus proche de sa mission d’élévation du
niveau culturel de la nation et plus en phase avec un rapport au Savoir qui renoue avec la
tradition humaniste qui a présidé à la naissance de l’Université.


A travers cet ensemble de pistes de réflexion se dessinent les contours d’une action culturelle
universitaire aux particularismes très fortement marqués. La formalisation des objectifs
assignés à l’action culturelle et des grands principes que celle-ci devra défendre passe par la
rédaction d’un texte de politique culturelle approuvé par les instances dirigeantes de
l’université, légitimant par avance les réalisations que ce texte devra inspirer.




                                              75
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                                           I I è me Pa rtie




P ro p o s i t i o n s c o n c r è t e s




                 79
Introduction


Le premier exercice consistant à confronter des idées aux aspirations voisines était déjà une
chose assez délicate : les divergences sur la forme à donner à l’action culturelle trouvaient
toutes leur origine dans des ambitions nobles, et seule l’observation de la mise en pratique de
ses nobles idéaux était en mesure de démontrer les faiblesses de ces approches. L’action
culturelle nécessite en effet l’association permanente d’une réflexion poussée, mettant en
lumière les enjeux profond de la Culture et de ses notions connexes, et de l’expérimentation
pratique, qui tente de répondre à ces idéaux sans qu’une juste évaluation soit réalisable.


L’université Paul Valéry a couché sur le papier les idéaux qu’elle souhaite défendre. Le plus
délicat reste aujourd’hui à faire, puisqu’il s’agit maintenant de trouver les moyens à mettre en
œuvre pour répondre à cette première politique culturelle. Les obstacles seront nombreux, et
sans doute sera-t-il très facile de passer outre ce texte-phare. Seul un rappel constant et une
large diffusion des idées qu’il expose permettront à l’action culturelle “ en actes ” de ne pas
dévier du chemin tracé et de ne pas céder à une pratique universitaire qui, elle, s’est par bien des
aspects éloignée des idéaux humanistes qui l’ont fait naître.


De manière plus pratique, il s’agit surtout de préparer le Service Commun d’Action Culturelle à
supporter l’ensemble des compétences relatives à l’action culturelle sur le campus,
conformément aux statuts votés par l’université. Le SCAC a justement été créé pour gérer et
organiser l’action culturelle de l’UPV ; un quelconque détournement d’un des secteurs culturels
reviendrait à nier l’utilité d’un tel service, dont la création est pourtant encouragée par le
ministère, et mettrait à bas toute légitimité des décisions prises par le CA. Plutôt que de juger
par avance le SCAC incapable de gérer certains aspects de l’activité artistique et culturelle de la
fac, il serait sans doute plus juste de lui donner les moyens de l’efficacité et de la compétence.
Les choix concernant la gestion du futur Théâtre seront révélateurs du fonctionnement de
l’université et du niveau de confiance qu’elle accorde au SCAC65 : si cette gestion passe d’une
manière ou d’une autre par le SCAC, celui-ci pourra acquérir sa pleine légitimité et devenir un
acteur majeur du développement culturel de l’université. Si cette gestion lui était confisquée,
toutes les possibilités d’une action efficace s’effondreraient, condamnant ce Service commun à
une animation de façade préférant le futile à l’utile, le décoratif à l’artistique. Plus grave, ce
détournement accablerait l’université, mettant à jour la caducité des décisions prises au plus
haut niveau par des instances représentatives, et faisant la preuve que les orientations
essentielles à la vie universitaire ne passent pas par le plus grand nombre. Même si ce problème
purement technique de la gestion du théâtre est un pivot essentiel du développement futur de
l’action culturelle, il ne demeure qu’un exemple des difficultés organisationnelles auxquelles
doit se préparer le SCAC. Aussi est-il nécessaire de



65
   Il est en effet prévu, dans l’état actuel des choses, de confier la gestion du “ pôle théâtre/spectacle vivant ” à un
comité spécifique, placé directement sous la responsabilité de la commission culture et qui aurait en charge la
future salle de spectacles du bâtiment Jean Hugo et la mise en œuvre du projet qui l’accompagne. Voir infra pp. 91
et 96.




                                                         80
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se pencher dès maintenant sur un ensemble de questions concrètes afin de garantir au SCAC
une possibilité d’expansion de son action.
     Il s’agit en premier lieu de penser une organisation rationnelle du fonctionnement du
     SCAC, qui assure une bonne coordination entre les diverses composantes de l’action
     culturelles et qui fasse une place à toutes les compétences susceptibles d’enrichir le projet
     culturel de l’université.

     Une fois le fonctionnement du SCAC sensiblement aménagé, il conviendra de
     “ stabiliser ” le terrain de l’action culturelle, en posant la question de la gestion des lieux
     susceptibles de l’accueillir, en établissant les conditions des partenariats de l’université
     avec les acteurs extérieurs, et en étudiant quelle politique doit engager l’action culturelle
     vis-à-vis de son public potentiel.

     Il s’agira en dernier lieu étudier d’un peu plus près quelques points précis de l’action
     culturelle : l’on envisagera d’abord les solutions qui peuvent être apportées aux carences
     constatées en matière de communication ainsi que quelques autres détails relatifs à
     l’organisation transversale du SCAC, avant d’étudier secteur par secteur les pistes de
     travail qui s’offrent dès aujourd’hui à l’action culturelle.


De cette approche plus concrète de l’action culturelle à l’université Paul Valéry émergeront
quelques points de départ pour la réflexion pratique qui doit s’ouvrir cette année au sein du
SCAC et plus largement au sein de l’université. Une fois les fondations de l’action culturelle
parfaitement assainies, la construction du projet culturel de l’UPV pourra se dérouler dans des
conditions optimums d’efficacité. Malheureusement, le consensus qui préside à la naissance
d’une politique culturelle laisse bien souvent place à des dissensions lorsqu’il s’agit de mettre
en œuvre ce qui pour beaucoup devrait rester une utopie. L’intransigeance doit alors prendre le
dessus, afin que l’utopie ne disparaisse pas complètement de la pratique universitaire.




                                               81
82
                                                                                                       Chapitre 1


     Un fonctionnement à repenser




                                                 “ […] cette Université que tout le monde conteste en apparence, est à l’abri,
                                                 fondamentalement de la contestation. […] nous n’avons pour penser
                                                 l’Université que des pensées d’Université, des couples d’oppositions, des
                                                 dualismes d’Université. En sorte qu’on pourrait dire que, bizarrement le
                                                 système scolaire, lieu par excellence de l’examen, est une des institutions à
                                                 laquelle on accorde le plus sans examen. ”
                                                 Pierre Bourdieu66.




Le développement de l’action culturelle nécessite aujourd’hui que l’université Paul Valéry
s’interroge sur une nouvelle organisation de son Service Commun d’Action Culturelle, dont les
limites de fonctionnement ont aujourd’hui été atteintes. L’examen de ses statuts montre qu’ils
sont assez souples pour que se mette en place une organisation efficace, sous réserve
d’aménagements minimes ou d’une interprétation consensuelle de ses zones d’ombre. Cette
nouvelle organisation se fera nécessairement sur deux fronts : d’une part dans la recherche de
cohérence entre les différents postes de travail, que le Service Commun sera nécessairement
contraint d’ouvrir, et d’autre part dans la rationalisation des processus de décision interne au
SCAC. Les choix sont d’autant plus cruciaux qu’ils doivent prendre en compte le
développement futur du Service, et en particulier l’ouverture à venir du pôle théâtre. Des
décisions d’organisation prises aujourd’hui dépendent directement l’essor futur du SCAC et sa
capacité à développer des projets toujours plus ambitieux, tout en assurant le plus haut degré de
cohérence entre ses secteurs d’activité. Après la création du Service Commun d’Action
Culturelle, après la réflexion idéologique sensée guider ses projets, il s’agit aujourd’hui
d’assurer l’efficacité de son fonctionnement et de garantir pour le futur son aptitude à se
développer de manière harmonieuse et cohérente.




                                                   


66
  BOURDIEU (Pierre) – Contre les divisions scolastiques in L’Université au défi de la culture : Actes des Assises
culturelles de Toulouse-Le Mirail, Toulouse, ADDOC Midi-Pyrénées, avril 1991, p.34




                                                      83
A. Le fonctionnement actuel du service culturel


Les bases offertes par les statuts du SCAC sont assez saines pour permettre un fonctionnement
satisfaisant. Certaines zones d’ombres persistent cependant, qu’il convient d’éclairer pour
rendre le fonctionnement de cette structure un peu plus transparente. Si les rapports entre le
Conseil de gestion du SCAC et la Commission culture y sont assez bien réglés, la composition
de ses assemblées mérite d’être repensée. Il est en effet nécessaire de mettre en rapport leurs
missions et leur composition, afin de renforcer leurs compétences.


1. Le rôle du SCAC
Selon les statuts adoptés le 10 juillet 1998 par le Conseil d’administration de l’université Paul
Valéry67, le SCAC est chargé “ d’organiser et de gérer les activités culturelles et artistiques
universitaires ” (art.1). Il en découle les missions suivantes (art.2) :
        

          “ [Appliquer] la politique culturelle de l’université ;
          “ [Mettre] en œuvre les projets artistiques et culturels liés à la formation et à la
        recherche ;
         “ [Organiser] des évènements culturels à destination de la communauté universitaire
        et ouverts sur la cité ;
         “ [Gérer le] calendrier des manifestations, la logistique et la communication interne et
        externe ;
         “ [Proposer] des conventions ” avec tous les partenaires potentiels ;
         “ [Harmoniser] l’utilisation des équipements culturels. ”

Le SCAC est donc chargé de l’ensemble des aspects constitutifs au projet culturel
d’établissement. Seule lui “ échappe ” l’élaboration de la politique culturelle de l’université,
confiée à une instance supérieure : la Commission culture. Celle-ci définit les grands axes
d’action du projet culturel et charge le SCAC de trouver les moyens de la mettre en œuvre, par
le biais de son Conseil de gestion


2. Le rôle du conseil de gestion
Selon les statuts, “ le service commun d’action culturelle est administré par une instance
consultative dénommée conseil de gestion […] présidée par le président de l’université ”
(art.5) qui “ entend est approuve la programmation des activités que lui soumet le directeur
après consultation de la commission culture ” (art.6). Le flou principal de ce texte réside dans
ces deux articles : en effet, le Conseil de gestion est présenté dans la même phrase comme une
“ instance consultative ” en même temps qu’il est chargé “ d’administrer ” le SCAC. Or, le
Conseil de gestion peut difficilement être à la fois “ instance administrative ” et “ conseil
consultatif ”. Par ailleurs, l’administration d’un service est rendue d’autant plus délicate que sa
composition est pléthorique. Le deuxième point d’ombre réside dans les rapports entre le
Directeur, le Conseil de gestion et la Commission culture : le Conseil de gestion retrouve ici son
rôle d’instance consultative, puisqu’il “ entend et approuve la programmation des activités que
lui soumet le directeur ”. Il revient donc au Directeur de mettre sur pied une programmation, de


67
     Voir Annexe 3




                                               84
monter des projets. La véritable administration du SCAC, qui élabore le plan de mise en œuvre
de la politique culturelle, semble donc échoir à son Directeur. Le Conseil de gestion semble
d’autant plus “ court-circuité ” que son avis n’est sollicité qu’ “ après consultation de la
commission culture ”. Ce mode de fonctionnement paraît peu compatible avec la réactivité
immédiate que demande la mise en place de projets. Convoquer la Commission culture pour
approuver chaque projet alourdirait considérablement le fonctionnement de la structure et ne
“ collerait ” pas avec son rôle supérieur d’instance qui fixe les grands axes de la politique
culturelle. Sans doute le SCAC gagnerait-il en efficacité si l’université osait confier le pouvoir
d’élaboration à une personne qualifiée dans l’élaboration de projets culturels, ou mieux encore
à un binôme constitué d’un professionnel de la culture s’investissant à temps complet sur le
terrain culturel, et d’un professeur connaissant parfaitement les rouages de la machine
universitaire – comme cela s’est déjà vu dans d’autres universités. Le Conseil de gestion serait
là pour assister l’équipe de direction dans ses décisions et dans la mise en place de projets,
assurant un premier contrôle sur l’activité de la direction et pouvant infléchir ses choix. Même
s’il n’est pas fondamental de changer les statuts, les deux articles litigieux pourraient être
interprétés de la manière suivante :
               Article 5 : “ Le service commun d’action culturelle est administré par une équipe de direction
               assistée par une instance consultative dénommée conseil de gestion. Cette équipe de direction
               est placée sous la responsabilité directe du président de l’université ou de son représentant. ”

               Article 6 : “ Le conseil de gestion entend et approuve la programmation des activités que lui
               soumet l’équipe de direction. Il délibère et se prononce sur le budget et sur le compte
               financier. ”



3. Le rôle de la commission culture
Instance supérieure de l’action culturelle, la Commission culture est chargée “ [d’élaborer et
de fixer], en première instance, les grandes orientations de la politique culturelle de
l’université. Elle examine et donne son avis sur les projets […] et propose des priorités. Le
conseil de gestion se prononce sur ces propositions ” (art.13). Le “ court-circuit ” évoqué
précédemment est ici manifeste : le Conseil de gestion valide simplement les décisions de la
Commission culture. Or, ce contrôle direct de la Commission culture sur l’action culturelle
menée par le SCAC ne paraît pas conforme à sa destination première d’instance supérieure.
Une solution satisfaisante serait de confier ce premier niveau de contrôle au Conseil de gestion,
chargé de valider les choix d’administration courante de l’équipe de direction, et de confier à la
Commission culture un second niveau de contrôle, annuel celui-ci, qui influerait directement
sur les grandes orientations que la Commission doit donner, plus spécialement sur les choix
artistiques et politiques. On peut très bien imaginer que la Commission culture, réunie en début
d’année universitaire se prononce sur le bilan d’activité du SCAC de l’année passée, afin de
mieux redéfinir les priorités de l’action culturelle et de réajuster la politique culturelle de
l’université. Le Conseil de gestion et la Commission trouveraient alors des rôles très différents,
complémentaires : la composition de ces assemblées devront se conformer à ces rôles, dans un
soucis de plus grande efficacité.


4. La composition des assemblées
Une assemblée trop nombreuse n’aide guère à la prise de décisions : à force de vouloir être
représentatif de chaque constituante de la communauté universitaire, certains conseils sont
devenus incapables de prendre la moindre décision. Il est donc impératif de rendre la
composition des assemblées culturelles compétentes, afin que chaque réunion aboutisse à une


                                                   85
prise de décision. La Présidente de l’université ne pouvant être sollicitée pour chacune des
réunions, il est indispensable que le Directeur du SCAC ait entre les mains assez de pouvoir
pour que la prise de décision lui revienne, décision immédiatement validée ou invalidée par le
Conseil de gestion. Deux autres aspects doivent régir la composition de ces assemblées : la
compétence administrative et technique d’une part, la compétence artistique d’autre part. Une
solution serait de faire du Conseil de gestion une instance administrative et technique qui donne
un avis pratique sur la réalisation des projets, au risque de soumettre trop fortement les
décisions prises aux contraintes techniques de la gestion universitaire, difficilement compatible
avec le milieu culturel. Sa composition serait limitée aux personnels de l’université compétents
en gestion, en communication, un représentant de chaque conseil (Conseil d’administration,
Conseil scientifique et CEVU), un représentant des associations étudiantes, ainsi que l’équipe
de direction. Les choix artistiques courants seraient alors assurés par l’équipe de direction, qui
pourrait travailler avec les partenaires artistiques et culturels par le biais de “ bureaux ” dévolus
à un aspect particulier de la politique culturelle. Ces “ bureaux ” seraient bien entendus assez
souples pour accueillir toutes les personnes nécessaires à la mise en œuvre d’un projet68. La
Commission culture pourrait alors devenir un conseil artistique et politique chargé de donner
son avis sur les choix artistiques passés et à venir, ainsi que de donner des orientations de
politique culturelle prenant en compte le plan de développement global de l’université.
Siègeraient à la Commission culture les acteurs de la vie culturelle à l’université (représentants
des associations, membres actifs du SCAC), les représentants des Conseils d’université, le
responsable du pôle universitaire de Montpellier, le responsable du service culturel du CROUS,
des professionnels de la culture désireux de travailler avec l’université, des représentants
étudiants et enseignants s’investissant dans l’action culturelle. Si l’option de distribuer
compétences techniques et compétences artistiques entre les deux assemblées est validée, il
faudra veiller à ce que ces deux types de compétences soient représentées de façon équitable
dans chacune des assemblées. De manière générale, il convient de garder à l’esprit qu’un faible
nombre de personnes désireuses de s’investir dans l’action culturelle sera toujours plus efficace
qu’une pléthore de représentants les plus divers peu intéressés par le sujet.


5. Fonctionnement observé sur l’année passée
L’année 2000/2001 a été une année riche pour l’action culturelle à l’université : un texte de
politique culturelle a été rédigé et discuté avec de nombreux représentants d’institutions
culturelles de Montpellier, officialisant devant la Cité la volonté de l’université Paul Valéry
d’œuvrer pour la culture. La Commission, largement ouverte sur le monde artistique, a
démontré lors de ces discussions sa pleine efficacité 69 . Le premier rendez-vous entre
l’université et ses partenaires potentiels a eu lieu le 6 février 2001, pour une rencontre assez
formelle qui a permis à chacun de se présenter, et à l’université de présenter son Projet-théâtre.
La réunion suivante, le 24 avril 2001, a été l’occasion d’un débat animé entre les membres de la



68
   Dans un souci de transparence et lisibilité de l’action culturelle, la création de ces bureaux, leur composition et
leurs missions pourraient faire l’objet d’une déclaration officielle au Conseil de gestion, offrant reconnaissance et
légitimité à ses membres. Ainsi, l’on pourra faire en sorte que les discussions autour d’un projet tel que celui du
théâtre se passent entre quelques personnes tout à fait compétentes, tout en rattachant officiellement ces
discussions aux prérogatives du SCAC.
69
   Alors que cette assemblée étaient loin de réunir l’ensemble des représentants siégeant de droit à la Commission
culture.




                                                        86
commission, autour du texte de politique culturelle de l’université70. Très enrichissante, cette
réunion a permis à chacun d’apporter son éclairage sur le sens à donner à l’action culturelle,
d’exprimer ses craintes et ses aspirations. Cette discussion très constructive a démontré l’intérêt
de réunir des gens aux regards sur l’action culturelle très différents, qui cherchent à atteindre
des objectifs communs par des voies différentes. Le texte qui en résulte porte en lui des idées
fortes, ambitieuses pour l’université, et qui a réussi le tour de force de remporter l’unanimité de
la Commission culture. Reste au Conseil d’administration de l’approuver à son tour. Le
fonctionnement du Conseil de gestion a en revanche révélé de nombreuses défaillances, dues
principalement à une composition inadaptée. Certains membres officiels ne se sont jamais
présenté aux réunions du Conseil, démontrant le peu d’intérêt qu’ils portent à l’action
culturelle. A contrario, d’autres membres, présents dès qu’ils le pouvaient, ont démontré leur
volonté de s’impliquer activement dans l’action culturelle. Certains étudiants et enseignants,
extérieurs au SCAC se sont également beaucoup investis : la composition “ observable ” du
Conseil de gestion, déjà plus satisfaisante, a donc été dans la pratique assez éloignée de la liste
officielle. Cela a plutôt bien fonctionné, malgré la question récurrente sur les personnes
habilitées à voter. L’année à venir devra s’attacher à fixer plus clairement les règles d’exercice
du SCAC : il paraît indispensable que toutes les personnes désireuses d’œuvrer pour l’action
culturelle à l’université trouve une place plus ou moins officielle au sein du SCAC, en oubliant
tout conflit de personne, d’idées ou d’intérêts. Cette place pourra être trouvée soit au sein du
Conseil de gestion, soit au sein de “ bureaux ” spécifiques. La gestion du futur théâtre nécessite
que soit repensé en profondeur le fonctionnement du SCAC, afin d’assurer plus de transparence
et d’être un véritable outil fédérateur d’initiatives.


Si les statuts du SCAC offrent une assise satisfaisante au développement de l’action culturelle,
la pratique démontre qu’une interprétation variable de ce texte peut rendre son application
délicate. Ainsi, il conviendra d’alléger la composition du Conseil de gestion, trop pléthorique
pour une gestion “ au quotidien ” de l’action culturelle, et d’affiner celle de la Commission
culture, afin de créer une complémentarité entre ces deux instances. La répartition des rôles
devra ménager les deux aspects de l’action culturelle : l’aspect gestionnaire et l’aspect
artistique. Il reste à consolider l’organisation du SCAC, à le rendre à la fois plus souple et plus
performant, pour que des projets tels que celui du futur théâtre s’intègrent parfaitement à cette
structure sans lui faire perdre sa cohérence.




B. Les forces de travail du SCAC


La machine universitaire est loin d’être adaptée à l’action culturelle. Les mécanismes
budgétaires d’une université sont extrêmement contraignants, et le virement le plus minime
nécessite le plus souvent de s’y prendre quelques semaines à l’avance. La charge de travail dans
le domaine culturel est variable. Ainsi, l’action culturelle pourra faire appel en fonction de ses
besoins à des enseignants, des artistes, des étudiants pour des travaux spécifiques, et à des
intermittents du spectacle au statut à part. Longtemps jugée trop inadaptée, l’université a


70
     Voir annexe 4




                                               87
parfois préféré confier la gestion à une association, à la gestion plus souple. Le système
administratif de l’université peut cependant répondre aux contraintes du monde du spectacle, au
prix de quelques aménagements.


1. Un travail multiforme
Le travail demandé par un service culturel se divise principalement en quatre pôles :
          Accueil, information du public et communication ;
          Travail administratif (secrétariat et comptabilité) ;
          Conseil et accompagnement des projets étudiants et enseignants ;
          Conception et réalisation de projets ; travail avec les partenaires institutionnels et la
         communauté universitaire.
Une seule personne était en charge de ces quatre points, demandant de sa part un travail vaste et
difficile à organiser. Seul le dernier point pouvait être partagé avec le directeur du service et
quelques personnes n’hésitant pas à s’investir activement pour le service culturel. L’efficacité
de l’action culturelle nécessite de rationaliser cette charge de travail, rationalisation qui passe
inévitablement par la création de postes. Si la conception d’un ensemble de projets culturels
pour le SCAC, en partenariat avec la communauté universitaire, demande un travail à temps
complet assorti d’une importante période de réflexion et d’étude, d’autres pôles de travail
peuvent ne réclamer que des postes à temps partiels. Il convient de réfléchir dès aujourd’hui au
partage de ces postes, à leurs articulations avec des “ bureaux spécifiques ” : faut-il mettre en
place un secrétariat général pour le SCAC ou demander un poste spécifique pour le théâtre, une
future galerie d’art ou éventuellement le musée des moulages ? Faut-il charger une personne du
Bureau de la Communication de la promotion des actions du SCAC ou créer un poste au sein du
service culturel ? Ce personnel travaillera-t-il à la promotion des spectacles du théâtre ?
L’action du SCAC va naturellement s’étendre, et la rationalisation de son travail, la mise en
cohérence de ses différentes composantes sont des points cruciaux dont il convient de débattre
afin d’assurer un essor harmonieux à ce Service. Un service général coordonnant différents
bureaux semble être une piste intéressante. La création de “ bureaux ” spécifiques, même si elle
fait largement appel au bénévolat d’enseignants et d’étudiants, ne peut se passer de personnel
administratif et technique. Etendre l’action du service culturel et développer son efficacité
implique nécessairement la mise à disposition de ce personnel par l’université.


2. Le personnel supplémentaire
Entre bénévolat et poste fixe, l’action culturelle pourra trouver un soutien actif auprès
d’enseignants et d’étudiants prêts à offrir un travail d’appoint. Il est important de valoriser ce
travail, d’offrir une contre-partie à l’investissement humain réalisé. Dans le cas d’enseignants
qui participeraient à la mise en œuvre de projets, à l’encadrement d’étudiants dans le cadre du
SCAC ou qui participeraient à l’élaboration du contenu culturel de manifestations, il convient
de leur proposer une réduction d’horaire ou le paiement d’heures supplémentaires. Le recours à
des étudiants peut s’avérer utile, que ce soit pour leurs compétences en médiation culturelles et
communication (l’accueil d’étudiants de cette section au sein du SCAC est un axe à
développer), pour leurs compétences artistiques (cycle supérieur de conservatoire ou des
Beaux-Arts), techniques ou administratives. La contre-partie à offrir à ces étudiants peut
prendre la forme d’un temps partiel, d’une convention de stage, ou même d’une UE spécifique
pour les filières artistiques ou pour la médiation culturelle. Ce recours aux “ forces vives ” de
l’université ne doit pas devenir un moyen d’économiser sur les professionnels, mais doit
permettre avant tout d’impliquer un peu plus les usagers de l’université dans l’action culturelle.



                                               88
Rémunérer les enseignants et les étudiants qui s’investissent dans l’action culturelle n’a rien de
scandaleux : cela participe pleinement à la reconnaissance du travail effectué.


3. Le paiement des artistes
On a longtemps cru les établissements d’enseignement supérieur dans l’incapacité de payer
directement les cachets des intermittents du spectacle. La pratique la plus simple – plus
onéreuse et moins rapide – consistait à passer par des associations-relais telles que
Légi-spectacle. Il est en effet nécessaire pour payer les cachets des artistes d’être affilié aux
caisses spécifiques aux intermittents du spectacle. Or il s’avère que rien n’empêche l’université
d’y être affilié, comme à n’importe quel organisme de collecte des cotisations sociales, si ce
n’est une incompatibilité du logiciel de gestion. Comme l’a prouvé les universités de Paris 8 et
de Dijon, un effort d’organisation suffit à contourner cet obstacle. La marche à suivre, détaillée
par A+U+C71, est la suivante :
                 “ 1. L’université doit au préalable être inscrite aux caisses spécifiques des intermittents (Congés
                 Spectacle, ASSEDIC-Annecy, GRISS et AFDASS).

                 “ 2. Les bulletins de paie sont établis sur un logiciel spécialisé […].

                 “ 3. Les bulletins de salaire sont transmis au Service des Traitements où, en accord avec l’agent
                 comptable, une personne est spécialement chargée de ces paiements. Les chèques sont émis dans
                 un délai de quelques jours, et les charges correspondantes imputées au service culturel.

                 “ 4. Le service culturel établit les certificats d’emploi et autres attestations spécifiques. ”
Mettre en place un tel dispositif demande certes un effort de la part de l’université, mais qui
concourt à la reconnaissance de la spécificité de l’action culturelle et du statuts des artistes.
Cette reconnaissance est un préalable indispensable aux partenariats entre l’université et les
professionnels de la culture. Elle est par ailleurs très vivement recommandée par la loi, qui a
étendu l’obligation de détention d’une licence d’entrepreneur de spectacle aux établissements
publics depuis le 2 juillet 2000, licence qui implique l’affiliation de l’entrepreneur à ces caisses
spécifiques.


4. La licence d’entrepreneur de spectacle
Toute personne, association ou établissement public proposant plus de six représentations dans
l’année doit détenir la licence d’entrepreneur de spectacle, délivrée par la DRAC. La loi de 18
mars 1999 définit comme entrepreneur de spectacle toute personne “ qui exerce une activité
d’exploitation de lieux de spectacles, de production ou de diffusion de spectacles, […] quel que
soit le mode de gestion, public ou privé, à but lucratif ou non, de ces activités. ”72 Suivant la
logique de l’ordonnance du 13 octobre 1945 qui pose les obligations de protection des salariées,
la licence d’entrepreneur de spectacle doit assurer aux artistes le respect du droit du travail et de
la protection sociale des artistes. L’entrepreneur doit donc justifier de son affiliation aux
organismes sociaux propres aux intermittents du spectacle : Congés Spectacle,


71
   Association “Art+Université+Culture” – Vraie question pour un faux problème, mars 2001. Disponible sur :
http://www.auc.asso.fr et en Annexe 6
72
   Licence Obligatoire, texte rédigé par “Art+Université+Culture” disponible sur leur site : http://www.auc.asso.fr
et en Annexe 7




                                                       89
ASSEDIC-Annecy, GRISS et AFDASS. Le critère déterminant la nécessité d’une licence est
donc la “ présence physique d’au moins un artiste du spectacle percevant une rémunération ”,
excluant celui de la gratuité du spectacle. Le simple fait que des amateurs soient encadrés par un
professionnel (chef de chœur, chorégraphe, metteur en scène) suffit à rendre nécessaire la
détention de la licence. Trois types de licences cumulables peuvent être nécessaires en fonction
du cadre d’organisation des spectacles. Si l’université Paul Valéry travaille exclusivement dans
le cadre de lieux de spectacle dont elle assure elle-même l’exploitation, la licence de type 1 est
suffisante 73 . Par ailleurs, il est important de souligner que cette licence est personnelle et
incessible. Elle pourra être attribuée au responsable du service culturel, après demande auprès
de la DRAC et sous réserve que le respect des règles en vigueur soit garanti. Les établissements
ne respectant pas ces dispositions pourront être déclarés pénalement responsables et sont
passibles de sanctions sévères 74.


Si l’organisation du SCAC a été satisfaisante pendant ses deux premières années d’existence, la
volonté de développer son activité, avec notamment la mise en place du Projet-théâtre, oblige à
repenser ses modes de travail, à trouver une organisation cohérente capable de fédérer des
activités très diverses. La charge de travail augmentera nécessairement, et il est impératif de
réfléchir aux moyens de répondre efficacement à ces besoins variables en personnels. Par
ailleurs, l’université devra accepter de se plier aux règles qui régissent le travail des artistes, en
mettant en œuvre les moyens de leur rémunération et en acquérant une licence d’entrepreneur
de spectacle. Ainsi préparée à l’action culturelle, le SCAC pourra prétendre remplir ses
missions et hisser l’université parmi les institutions culturelles.




C. Quelle organisation pour le SCAC ?


Sans prétendre apporter des réponses définitives après une année d’observation du
fonctionnement de l’action culturelle à l’université Paul Valéry, il est possible de proposer un
type d’organisation, dont l’expérience seule est en mesure de tester l’efficacité. Le schéma
global est assez traditionnel, et plus qu’une organisation pyramidale, il tente de prendre la
forme d’un schéma en étoile : une administration et une direction générales au centre d’un
réseau de branches structurées dont chacun doit être en mesure de se développer sans mettre en
péril l’équilibre et la cohérence de l’ensemble.


1. Un pôle centralisateur
Il est indispensable que l’ensemble de l’action culturelle trouve en une équipe un pôle capable
de centraliser les initiatives, de les relier entre elles et qui permette une circulation efficace de
l’information. Le cloisonnement des projets et la fragmentation de la communication qui les
entoure sont néfaste à l’émergence d’une dynamique collective et sont un frein à la lisibilité de


73
  Voir Annexe 7 pour le détail des licences complémentaire.
74
  J’usqu’à 1MF d’amende, assortis de la fermeture de l’établissement ayant servi à commettre l’infraction,
d’affichage et diffusion de la sanction prononcée.




                                                  90
la politique culturelle. Il serait donc souhaitable que la direction du SCAC soit placée au centre
du dispositif culturel, qu’elle soit un maillon essentiel de la circulation des doléances du public
universitaire et des propositions du service. L’ingénieur d’étude recruté à la rentrée 2001
pourrait être un acteur majeur de cette circulation des propositions et servir d’interface entre
étudiants, enseignants, chercheurs, personnels administratifs et techniques, artistes,
professionnels de la culture et autres partenaires extérieurs. Travaillant en étroite collaboration
avec l’enseignant responsable du SCAC75, il le secondera dans la mise ne cohérence du projet
culturel de l’université. Ensemble, et avec les enseignants à l’origine du Projet-théâtre (Gérard
Lieber et Brigitte Boille), ils pourront réfléchir à une articulation pertinente entre la direction de
cette structure et le SCAC, dont l’indépendance absolue nuirait à une action culturelle globale
et cohérente 76 . De plus, les outils qui devront accompagner le développement de l’action
culturel dépassent largement le cadre du lieu de spectacle : billetterie intégrant les différents
dispositifs de réductions ; bureau de communication, de relation publique et d’information ;
paiement des intermittents ; personnel technique dédié à l’action culturelle etc.… Plutôt que
d’instituer une dichotomie entre spectacle vivant, confié à la direction du futur théâtre et “ le
reste ” de l’action culturelle, confiée au SCAC, il serait sans doute plus pertinent d’instituer un
pôle centralisateur entouré de plusieurs branches d’activités, telles que la gestion du théâtre, les
liens avec les associations et l’aide aux projets, le cinéma et l’audiovisuel etc.… Le pôle
centralisateur aurait un rôle de “ direction générale ” de l’action culturelle, s’assurerait de la
cohérence globale du projet d’établissement et serait l’interlocuteur privilégié des partenaires
extérieurs en matière d’action culturelle, conformément au statut du SCAC.


2. Le pôle théâtre
Le projet tel qu’il se présente actuellement laisse entendre que la direction du théâtre
travaillerait de manière autonome vis à vis du SCAC, prenant à sa charge la gestion du spectacle
vivant à l’université Paul Valéry, et laissant à celle du service culturel les autres aspects de
l’action culturelle. C’est du moins ce que laisse penser l’absence totale dans le projet tel qu’il a
été présenté de lien entre la salle de spectacle et la structure en place77. Qu’émerge l’idée d’un
démantèlement de l’action culturelle avant même la prise d’envol effective du SCAC est assez
surprenant : elle s’oppose directement à l’idée première de création d’un Service Commun
d’Action Culturelle, en le dépossédant des missions essentielles qui lui ont été confiées. D’un
point de vue légal, cela revient à contredire les principes adoptés par l’université lors du vote
des statuts du SCAC, et en premier lieu son article 1 :
                 “ Article 1 : Pour répondre à l’une de ses missions fondamentales […], l’Université Paul Valéry
                 crée un service général […] dénommé Service Commun d’Action Culturelle chargé d’organiser
                 et de gérer les activités culturelles et artistiques universitaires. ”
Il est dans ces conditions difficiles de mettre en place une direction du théâtre indépendante du
SCAC sans modifier ces statuts. La direction du théâtre devra donc dépendre du SCAC, sans


75
   Josiane Mas est l’actuelle directrice du SCAC
76
   Risque auquel s’ajoute celui de voir le Service Commun d’Action Culturelle déconnecté d’un outil majeur
d’action artistique.
77
   Présentant l’aide aux initiatives étudiantes par le théâtre, le projet évoque même une “ aide qui s’ajoute au
dispositif existant au sein du Service Commun d’Action Culturelle ” - Voir page 11 de l’Annexe 8. Une fois
encore, l’université semble sur le point d’ajouter une structure nouvelle à celles existantes, sans réfléchir à
l’intégration possible d’options nouvelles au système en place. La division semble à nouveau l’emporter sur
l’union, la mise en commun des objectifs et des compétences.




                                                     91
quoi ses statuts deviendraient caducs, laissant alors planer de graves interrogations sur la valeur
des textes votés par l’université. Sans doute la volonté d’intégrer pleinement la pratique
culturelle et artistique à la vie universitaire, notamment à l’enseignement et à la recherche,
est-elle à l’origine de cette idée. En effet, dans l’organisation telle qu’elle se préfigure, la
gestion du théâtre serait sous contrôle direct de la Commission culture, et donc au plus près des
instances dirigeantes de l’université. Or, rien ne semble s’opposer à ce que cette salle de
spectacles soit le moteur principal de l’action culturelle à l’université, qu’elle ait une équipe de
direction travaillant exclusivement pour le théâtre, tout en restant sous la responsabilité de la
direction générale du SCAC. La lisibilité du projet culturel de l’université ne peut être sacrifiée
au nom d’une peur d’un trop grand dirigisme de la part du SCAC. La véritable autorité en
matière culturelle reste détenue par la Commission culture, présidée par la Présidente de
l’université, et elle seule est en mesure d’infléchir réellement la direction donnée aux activités
du Théâtre.


3. De multiples “ bureaux de travail ”
Si certaines activités du SCAC peuvent nécessiter la création de véritables pôles plus ou moins
autonomes, mais travaillant ensemble à des objectifs communs (Théatre, Information et
communication, Musées et expositions par exemple), d’autres activités pourraient trouver dans
la création de “ bureaux de travail ” un mode de fonctionnement tout à fait satisfaisant. Plus
modestes que des “ pôles ” organisés autour d’une direction, ces “ bureaux ” permettraient
d’organiser l’action culturelle par secteur d’activités, à l’image des différents services d’une
DRAC. Ainsi pourrait-on imaginer différents “ bureaux ” pour le SCAC, en fonction des
demandes et des potentialités latentes à Paul Valéry, complémentaires de ce que pourra
proposer le théâtre : Cinéma et Audiovisuel, Musiques amplifiées, Ateliers de pratique amateur
(musique, danse, théâtre et café-théâtre…), Arts graphiques (BD, graf’, photographie…), Livre
et Littérature, Art contemporain, Histoire de l’art et Archéologie… Il ne faut pas hésiter à créer
un effet de tuilage entre certains bureaux. Ces rencontres pourront favoriser certaines initiatives
communes, les échanges d’idées, et participeront à la création de liens transversaux. Afin
d’assurer une certaine cohésion entre ces cellules d’action culturelle, il sera indispensable de
nommer un coordinateur, (notre futur ingénieur d’étude ?), travaillant en relation étroite avec la
direction du SCAC. Celui-ci pourra superviser les débats et permettre aux idées voisines de se
rencontrer. La nécessité d’un travail sur le long terme et le besoin profond d’impartialité
implique que ce coordinateur ne soit ni étudiant, ni enseignant d’une filière artistique. La
composition de ces bureaux devra miser sur la mixité des horizons, gage de richesse dans les
débats. La multiplication de “ relais ” à tous les niveaux de la pratique universitaire invite à
associer tous les étudiants, enseignants, chercheurs, personnels divers de l’université, acteurs
culturels extérieurs désireux de s’investir dans l’action culturelle. Sans souhaiter une
prolifération de ces bureaux, il convient d’encourager leur création, en particulier lorsque le
déficit d’un domaine d’activité est criant. Ainsi, deux personnes peuvent suffire à la création
d’un bureau “Livre et Littérature”, dans la mesure où elles sont passionnées et prêtes à
s’investir pour cette cause. Ces Bureaux de travail peuvent devenir l’outil idéal pour combler ce
type de déficit culturel, à condition de garantir une certaine souplesse de fonctionnement tout en
offrant une reconnaissance officielle au travail réalisé. Ainsi, on peut imaginer que le principe
de ces Bureaux sera approuvé par la Commission culture, et la création d’un Bureau et la liste
de ses membres soumis à l’approbation officielle du Conseil de gestion. Mais au-delà de la
création de structures figées par le vote d’un texte, il s’agit en premier lieu de mettre en place
une nouvelle organisation plus efficace pour le SCAC, misant sur les dynamiques individuelles
et un partage rationnel du travail.



                                               92
4. Des “ services communs ” au sein du SCAC
La plupart des aspects techniques du travail du SCAC peuvent être communs à l’ensemble des
activités du service, quelque soit le pôle ou le bureau qui en exprime le besoin : service
comptable adapté à la rémunération des intermittents du spectacle (artistes ou personnels
techniques), service de communication et d’information, service de billetterie 78… Par ailleurs,
certaines missions spécifiques pourraient être confiées à des étudiants, issus notamment de
filières directement “ utiles ” à l’action artistique (médiation culturelle et communication,
sciences humaines, arts appliqués). Ceux-ci pourraient travailler sur l’Action culturelle en
elle-même : organiser la communication autour d’un événement précis, développer les liens
avec le service des relations internationales, guider les projets étudiants vers une réalisation de
qualité professionnelle, développer les liens avec les associations, élaborer l’ensemble des
supports de communication du service culturel, etc.… Associer de cette manière des étudiants
assez avancés n’est pas chose facile. Il convient de prendre certaines précautions afin de
garantir à la fois l’efficacité de ce type d’opération et la reconnaissance du travail effectué. Pour
rendre le travail directement efficace, il suffit de poser clairement les objectifs à atteindre
(rapport d’activité, réalisation d’un produit fini, enquête ou étude de caractérisation du
public…) en posant des contraintes strictes (durée de la mission, secteur culturel privilégié, état
des lieux précis et devis chiffré). La prise en considération du travail effectué pourra se
matérialiser soit sous la forme d’un stage rémunéré (même modestement), soit par la prise en
compte dans le cursus (aménagement d’une licence ou d’une maîtrise particulière pour la
Médiation culturelle par exemple). Par ailleurs, un encadrement minimum de ces étudiants
pourrait être proposé dans le cas où le travail demandé ne rentrerait pas directement dans le
cadre traditionnel des enseignements. Au-delà des manifestations culturelles, le SCAC a en
effet un travail important à réaliser dans les domaines extra-artistiques qui sont malgré tout un
élément essentiel de l’action culturelle.


La réorganisation du Service Commun d’Action Culturelle est inévitable. De l’intégration ou
non de la gestion du futur Théâtre va dépendre la légitimité profonde de cette structure,
première pierre de l’action culturelle à l’université Paul Valéry. Il est vrai que le virage s’avère
décisif : il s’agit de savoir si oui ou non l’université est prête à confier à son Service Commun
d’Action Culturelle les rênes de la pratique culturelle et artistique, de son développement et de
son intégration à la pratique universitaire. Pour une fois, l’université a l’occasion de mettre en
place un mode de fonctionnement inédit, de placer chaque acteur culturel potentiel sur un pied
d’égalité et de prouver sa foi dans le potentiel de chacun, en encourageant la bonne volonté de
tous sans prendre en considération les systèmes de pouvoir et les luttes d’influence. Espérons
que la volonté de marquer un territoire, de personnifier un projet qui accompagne parfois la
naissance de projets ne l’emporte pas sur le projet lui-même. L’université a la chance unique de
mettre en pratique des principes qui ont jusque là été détournés, le plus souvent de manière
inconsciente, en replaçant enfin l’étudiant au centre de la pratique universitaire. Qu’elle ne
gâche pas ce moyen inespéré de se débarrasser de cette pratique poussiéreuse qui fait d’elle une
“ République des professeurs ”, afin de retrouver un peu d’estime auprès de la communauté
non-enseignante.


78
  Pour laquelle il serait intéressant d’étudier les possibilités de mise en réseau avec les institutions culturelles de la
ville, les festivals, etc. afin de mettre en place un système de vente ou de réservation des places de spectacles, ainsi
que des cartes de réductions.




                                                          93
                                             




Miser sur la richesse humaine
Les textes officiels ne suffisent pas à définir avec précision le mode idéal de fonctionnement du
Service Commun d’Action Culturelle, dont la nature même du domaine d’activité impose une
grande souplesse de traitement. L’observation des systèmes d’autres universités démontre qu’il
n’existe aucune recette miracle : il existe en effet autant de modes de fonctionnement que de
services culturels, leur seul point commun étant de tenter de s’adapter à la spécificité de
l’université et de son projet. Le seul gage d’un travail efficace est de toujours replacer au centre
des préoccupations de l’action culturelle les idéologies humanistes de partage, de “ culture ” de
l’esprit et de progrès social qui ont présidé à sa naissance. Seul le rassemblement autour de ces
nobles objectifs est capable de dépasser les divergences de points de vue, de permettre à chacun
d’oublier ses implications personnelles et ses intérêts propres pour s’unir dans un projet qui
dépasse l’échelle d’une carrière universitaire. Les ambitions sont élevées, les moyens de toute
manière insuffisants. La véritable force d’une action culturelle universitaire résidera dans le
rassemblement communautaire qu’elle sera en mesure de produire. Ce rassemblement peut être
initié au sein même du Service Commun d’Action Culturelle, qui doit pouvoir accueillir toutes
les bonnes volontés. Si cette façon d’agir est tout à fait atypique pour un Service commun, elle
n’en est pas moins réalisable, à condition qu’une organisation rigoureuse soit préalablement
réfléchie, afin d’ouvrir l’action culturelle à tous. Car la vraie richesse de la culture ne peut se
trouver dans les moyens financiers, même s’ils sont nécessaires à la réalisation technique de
projets. La richesse culturelle ne peut naître que de la richesse humaine, et il est impératif que
l’action culturelle ne laisse aucun potentiel au bord de la route. L’université doit avant tout
œuvrer pour le développement de ces potentiels intellectuels et créatifs qu’elle possède en son
sein : c’est sans doute ce qui la distingue des autres institutions à vocation culturelle.




                                               94
                                                                                                      Chapitre 2


     Poser les premières pierres



                                            “ L’action culturelle n’a jamais été une théorie à l’état pur et pas davantage une
                                            simple pratique vaguement conceptualisée ; elle est […] une pensée en actes où
                                            la réflexion de tous ceux qui […] ont été impliqués dans la diffusion de la culture
                                            se sont mutuellement influencés. ”
                                            Jacques Rigaux79




L’énoncé d’une politique culturelle est certes un travail préparatoire nécessaire pour clarifier
les ambitions de l’université en matière d’action culturelle et pour se situer de manière
pertinente par rapport à l’activité de la cité. Le travail réalisé est tout à fait satisfaisant : les
ambitions affichées sont tout à fait dignes de cette respectable institution, et dessine pour
l’université les contours d’une action culturelle adaptée à sa spécificité et conforme à son
identité, posant ainsi les bases saines des partenariats futurs. Cependant, cette politique ne
prendra tout son sens que lorsque l’université aura traduit en actes ce qu’elle a couché sur le
papier. Certaines décisions doivent être prises dès que possible, afin de confirmer le Service
culturel dans les prérogatives qui lui ont été en principe confiées et réaliser les derniers
aménagements préparant le terrain des actions futures. Il s’agit tout d’abord de clarifier
l’articulation interne des lieux culturels existants et en devenir sur le campus, afin de rendre
plus visible et plus lisible le projet global de l’établissement. Seul cet assainissement préalable
de la situation peut garantir à l’université la reconnaissance extérieure indispensable à des
partenariats solides et à la pleine ouverture de l’université à la cité. La tradition universitaire et
l’image qu’elle a transportée sont si bien enracinées dans la société, que l’université doit
aujourd'hui se lancer activement dans la conquête de la Cité pour que la dynamique qu’elle
souhaite créer au niveau créatif puisse se répercuter au niveau du public, et que la réduction des
inégalités culturelles et sociales soit une réalité à l’université.




                                              




79
  RIGAUX (Jacques), Préface à l’ouvrage de Jean CAUNE : La culture en action. De Vilar à Lang : Le sens
perdu, Grenoble, P.U.G., 1992, p.8




                                                 95
A. Les lieux et leur articulation


La création d’un Service culturel à l’université doit nécessairement s’accompagner d’actes forts
concourant à la légitimation du Service. Cette légitimation de l’action culturelle passe en
particulier par la participation du SCAC à la gestion des lieux culturels du campus, puissants
signaux marquant l’entrée dans le territoire culturel. Cette mise en conformité de l’action
culturelle avec les principes adoptés par l’université ne s’est pas encore réalisée. Il est vrai que
la mise en place du SCAC doit s’accompagner d’une phase de “ montée en puissance ” de ces
prérogatives, indispensable à l’acceptation d’un nouvel organe universitaire qui, à plus ou
moins long terme, doit se substituer à une gestion au départ très nettement personnifiée.
L’intégration de l’ensemble des structures culturelles de l’université à un projet commun reste
malgré tout la condition première de la lisibilité de l’action universitaire, et de la légitimité du
Service commun qui en a la charge.


1. Le musée Empereur Antonin
Créé en 1890 et implanté au cœur du campus depuis 1966, le musée des moulages présente avec
ces trois cents pièces une des collections les plus riches de France. Malheureusement, ce large
panorama de statuaire et d’ensembles monumentaux (de l’art égyptien à l’art médiéval) reste
étranger à l’immense majorité des usagers de Paul Valéry. Ainsi, l’étudiant moyen de
l’université ne se verra proposé à aucun moment de son cursus de visiter ce qui est la fierté de la
faculté. A peine aura-t-il entendu dire que sous réserve de certains efforts de sa part, il pourrait
y pénétrer. Cette constatation est d’autant plus troublante que les filières d’archéologie sont
extrêmement active à Paul Valéry80. L’organisation de visites guidées plus régulières est une
obligation morale que doit se fixer l’université, afin de révéler enfin cette richesse à la
population du campus, ainsi qu’aux visiteurs extérieurs. Voir un musée si discrètement ouvert à
l’extérieur apporte en effet des arguments forts à ceux qui restent réticents à confier une mission
de diffusion culturelle à l’université. Pourtant, il ne paraît pas extrêmement difficile de trouver
des étudiants en histoire de l’art prêts à assurer quelques visites guidées dans la semaine, ou à la
demande. D’autres paramètres devront également être pris en considération : la création d’une
billetterie (rien ne semble s’opposer à fixer un billet d’entrée, notamment pour les extérieurs) et
une communication efficace, dirigée vers les usagers de l’université et vers l’extérieur. Ces
deux aspects techniques ne sont cependant pas propres à l’ouverture du musée : ce sont des
problématiques communes à l’ensemble des actions que peut initier le SCAC, et devront par
conséquent être sujettes à réflexion.


2. Le projet théâtre
La place du futur théâtre dans l’action culturelle sera tout à fait unique. La qualité de l’outil et le
projet pédagogique qui l’accompagne ont de quoi faire naître de grands espoirs. En effet, cette
salle de spectacles de dimension relativement modeste (250 places) constituera un outil unique
pour l’enseignement et la création artistique. A la fois “ outil pédagogique efficace ”




80
   L’association Néfrou fait un travail remarquable en faveur de la diffusion des connaissances en Egyptologie, et
la Paléo-Association fait régulièrement parler d’elle.




                                                      96
et “ instrument de haut niveau pour les usagers professionnels ”, le futur théâtre du bâtiment G
reprend à son compte les principes d’une action culturelle amitieuse :
                  “ - renouveler profondément la vie culturelle et artistique du campus,
                  “ - Créer une salle très spécifique sur Montpellier
                  “ - favoriser les échanges et l’ouverture. ”81

Son intégration à un bâtiment destiné à l’enseignement témoigne de la volonté de souder action
universitaire et action artistique. Ainsi, l’essence universitaire est au centre de chacune des
quatre missions confiées au théâtre :
       1.   Former les étudiants à une pratique artistique de qualité,
       2.   Enrichir les cursus d’enseignement de nouvelles pratiques artistiques,
       3.   Multiplier les contacts et les échanges avec le milieu artistique,
       4.   Soutenir et accompagner les initiatives étudiantes.
Cependant, l’intégration de la pratique artistique à la vie universitaire ne semble en aucun cas
justifier la séparation d’une branche “ spectacle vivant ” du reste de l’action culturelle, comme
le laisse présager le projet présenté à la Commission culture – et disponible en Annexe 8. Tel
que le projet se présente, une initiative étudiante visant à organiser un festival de musique
occitane devrait être relayée par le Théâtre, en charge du spectacle vivant. Or, ce type de
manifestation trouvera difficilement sa place dans la salle de spectacles pourtant dévolue au
Spectacle vivant, et nuirait à la lisibilité du projet global de l’université. Inversement, en
imaginant qu’un espace de convivialité jouxtant le théâtre soit installé, le partage des
compétences réalisé exclurait de nombreux types de manifestations qui ne font pas partie du
Spectacle vivant : rencontre autour d’un écrivain, “ apéro-philo ”, exposition photo, etc…. Il
convient en effet de garder à l’esprit qu’avant d’être une institution, un théâtre est avant tout un
lieu d’accueil des manifestations. Plus que n’importe quel organisme culturel, l’université peut
favoriser le mélanges des genres et des arts, dans la mesure où le lieu et son équipement
correspondent à la manifestation accueillie au théâtre. La distinction doit donc être trouvée
ailleurs que dans l’idée de spectacle vivant, à la fois trop restrictive et trop vaste. La solution
peut consister à fixer des exigences supérieures de qualité aux projets susceptibles d’être
accueillis par le théâtre, afin de fournir aux manifestations satisfaisant à ces obligations une
certaine forme de reconnaissance de la part de l’université. Le théâtre serait pour ainsi dire le
lieu de la reconnaissance officielle d’une certaine valeur artistique, un lieu à destination
fondamentalement artistique.


3. La maison des étudiants
Cependant, cette exigence d’excellence n’est pas forcément recherchée par les étudiants pour
tous les types de pratiques culturelles : on peut en effet préférer pour certaines pratiques les
critères de convivialité et de détente. La Maison des étudiants, et en particulier la salle
multifonction de sa première tranche, peut offrir un support intéressant pour ces activités de
loisir82. Si cette salle est équipée dans cette optique, elle pourrait devenir à la fois un lieu de
débat (avec des personnes invitées), de rencontre (qui ne se limitent pas au domaine culturel),


81
   Josiane Mas, Gérard Lieber et Brigitte Boille : “ Un théâtre à l’université Paul Valéry de Montpellier ”, projet
culturel du futur théâtre, Février 2001 – Disponible en Annexe 8
82
   Lors de la réunion de la Commission de la vie étudiante du 6 février 2001, la destination de cette salle n’avait pas
encore été fixée.




                                                        97
de représentation de petites formes, de projection de films (avec le concours du vidéo-club de
“l’écran et son double”, si celui-ci est finalement créé), etc.… Posé comme lieu d’ouverture sur
l’activité culturelle du campus et de la cité, comme espace convivial de discussion, la salle
multifonction, avec son bar aménagé, trouverait une justification complémentaire et pourrait se
démarquer des “ Cafet’ ” environnantes (celle de l’université, du Resto-U Vert-Bois et de la
cité-U Vert-Bois). La gestion du lieu, confiée aux étudiants, devrait dans ce cas autoriser la
participation du SCAC dans la programmation d’évènements, sans pour autant que celui-ci ne
prenne aucun contrôle sur la MDE. Fixer clairement la destination de cette salle83 est d’autant
plus urgent que de cette décision dépendent l’équipement de la salle et en grande partie sa
configuration intérieure. Si son aspect multifonction prime, son équipement devra être adapté à
tous les types de manifestations, dans les meilleures conditions possibles. Une petite estrade
pourrait être aménagée, avec rampe d’éclairage, équipements musicaux lourds (très bon piano
numérique, batterie, ensemble de sonorisation) pour les petites formes de musique, le
café-théâtre et les rencontres intimistes avec des musiciens professionnels ; Un écran, avec
vidéo-projecteur, lecteur DVD et ensemble haute-fidélité, adapté au home-cinéma, pourrait
servir à des projections quotidiennes de films et de documentaires à heures fixes, avec
occasionnellement des débats ; pour les “ apéros festifs ”, qui malgré tout ont tout à fait leur
place dans une salle polyvalente, la sonorisation pourra rejoindre les équipements haute-fidélité
et musicaux. Avec d’un côté la maison des étudiants, lieu de pratiques culturelles de loisir, et de
l’autre le théâtre, lieu à vocation artistique, l’université Paul Valéry disposerait d’un ensemble
cohérent d’outils complémentaires. Le SCAC devra alors s’efforcer de créer de multiples
passerelles entre ces lieux et leurs types de pratique, pour que les loisirs regardent l’art, et que la
fréquentation de l’art reste un moment de partage.



4. Des lieux à inventer
D’autres lieux sont à envisager pour le futur, afin que l’université puisse vraiment être un lieu
d’expérimentation et d’approfondissement des pratiques artistiques et culturelles pour les
étudiants. L’ouverture aux arts plastiques et graphiques passe nécessairement par la création de
lieux d’exposition. Comme pour le spectacle vivant, on peut envisager la création d’une galerie
d’art traditionnelle, répondant à toutes les normes de la muséologie, ainsi qu’un lieu plus
ouvert, propice à l’exposition de travaux d’étudiants, à la photographie ou aux “ arts
décoratifs ”. Ce lieu de découverte peut se trouver couplé à un projet de salon de discussion,
sorte de point de rencontre-réunion-information ouvert et convivial. Ce vaste hall d’accueil
permettrait aux étudiants d’être informé de la vie du campus, et trouverait une place toute
trouvée dans la seconde tranche de la maison des étudiants, en servant d’anti-chambre
commune au SCAC et aux services sportifs84. Dédié aux étudiants, ce lieu apporterait une
justification supplémentaire à la présence des services universitaires au sein de la Maison des
étudiants, et offrirait aux deux tranches qui se font face une vue symbolique assez intéressante :
la première tranche de la MDE serait le “ bastion ” des associations étudiantes, offrant
gracieusement en partage leur salle multifonction aux services universitaires ; la deuxième


83
   Et en particulier de décider si c’est un salle festive, destinée en premier lieu à accueillir les “ apéros étudiants ”
(la participation des seuls étudiants est alors possible), ou si elle doit intégrer des pratiques culturelles de loisir (le
SCAC devra donc être autorisé à y programmer des évènements).
84
   Aucun point d’information sur la vie étudiante n’existe. Par ailleurs, seul le hall d’accueil de l’administration,
avec ses trois ou quatre fauteuils, propose un espace… où s’asseoir.




                                                          98
tranche serait un domaine plus institutionnalisé, offrant elle aussi un espace de détente et de
rencontre destinés aux étudiants. Chacun possèderait ainsi une sorte d’enclave dans le territoire
voisin85. Par ailleurs, certaines actions plus expérimentales ou plus “ actuelles ” ne trouveront
dans aucun des lieux proposés un outil adapté à leur besoin. Que ce soit en plein air ou dans des
lieux plus insolites, ces manifestations nécessiteront la création de lieux de diffusion
éphémères, ou du moins réclameront le recours à des outils mobiles. La présence de structures
culturelles fixes ne devront pas empêcher cette recherche de lieux nouveaux, que cela réclame
de l’université l’achat ou la location des équipements mobiles. Car soutenir l’innovation dans le
domaine artistique impose que l’on accepte l’idée que les lieux tels qu’on les connaît sont le
reflet même d’un rapport à l’art traditionnel, et donc pas forcément aux formes artistiques en
gestation. Car si l’art est à (ré-)inventer, ses lieux d’expression le sont aussi.


5. Des salles spécialisées ?
Si la diffusion doit trouver des espaces adaptés, la pratique amateur et la création doivent eux
aussi avoir leur place sur le campus. La construction de salles spécialisées dédiées aux pratiques
artistiques et culturelles a été évoquée lors de l’élaboration du projet de la Maison des étudiants
- IIème tranche, mais a été balayée par la flambée des prix de la construction. Pourtant,
l’université Paul Valéry n’offre aucune salle de pratique amateur à ses étudiants, alors que son
potentiel créatif, gonflé par les filières artistiques, et sans doute le plus riche de toutes les
facultés de Montpellier. En comparaison, la faculté de Sciences possède un amphi aménagé
pour la répétition de son orchestre, avec piano, et ouvert pendant les week-ends et les vacances,
et propose des locaux pour les groupes rock ou jazz. De quoi faire pâlir de jalousie la filière de
musique de l’UPV. Certains équipements sont là, et ne demandent que des arrangements
minimes : l’ouverture de la salle de musique de 20h à 23h, par exemple, sous certaines
conditions, permettrait à des ensembles de répéter après les cours, et aux élèves de se rencontrer
“ artistiquement ” hors des cours86. D’autres équipements sommeillent faute de lieux où les
mettre à disposition des étudiants : selon des sources étudiantes, sept équipements de
labo-photos sont dans cette situation, faute de chambres noires. D’autres étudiants ont évoqué
la présence de matériel de montage et de projection de qualité professionnelle, sur pellicule, au
sein du département Arts du spectacle, et qui par peur de la détérioration par les étudiants (et
remplacés par le numérique dans le cadre des enseignements), ne sert plus à personne. Une
solution doit pourtant pouvoir être trouvée, afin que ces équipements soient mis à la disposition
des étudiants, de manière libre ou encadrée. Cela participe naturellement à la responsabilisation
de l’étudiant, à la recherche d’autonomie dans son travail, et à la libre expression de sa
créativité.




85
   Symbolique qui fonctionne à merveille avec l’idée de faire de la deuxième tranche un double en “ négatif ” de la
première tranche : les jardins et coursives deviennent des pièces de la maison, et les salles deviennent des jardins.
Le cylindre de la salle multifonction deviendrait un patio qui, transformé en puits de lumière, ferait un hall
magnifique… si du moins cette idée est toujours à l’ordre du jour.
86
   Le cursus de musique oblige à une pratique musicale individuelle ou collective. Or, de nombreux étudiants, qui
par ailleurs ne peuvent pas se payer les cours particuliers nécessaires à une “ bonne note ”, n’ont pas non plus les
moyens de la pratique personnelle, notamment, les très nombreux étudiants en cité-U. La seule solution pour les
étudiants est de monopoliser les salles du conservatoire et leurs pianos, parfois de manière illégale, pour un travail
individuel ou collectif (musique de chambre, jazz ou autre) qui souvent relève de la fac. Il serait temps que l’UPV
offre dans son enceinte les moyens de la pratique que par ailleurs elle impose.




                                                        99
La question des lieux dépasse très largement la problématique de l’espace de représentation (ou
de rencontre ou d’exposition) et de ses équipements. Ces lieux sont en effet la
“ personnification ” du projet culturel de l’établissement et de ses ambitions, le signal
permanent d’une action culturelle quotidienne, mais dont les manifestations visibles peuvent
être épisodiques. Une distribution claire du rôle de chaque lieu (principalement le Théâtre et la
Maison des étudiants) permettra avant même le lancement effectif de “ l’offensive ” culturelle
de rendre le projet cohérent : ainsi pourra-t-on clairement distinguer l’action artistique,
accueillie au sein du théâtre, de l’animation, accueillie à la MDE, deux aspects primordiaux
d’une action culturelle multiforme. Certes, d’autres lieux devront émerger à leur tour du projet
culturel de Paul Valéry, en particulier une salle d’exposition et des salles spécialisées. Mais la
création de nouveaux lieux reste un moyen d’action, en aucun cas une fin en soi. Il convient
donc de lutter contre l’habitude qui consiste à lancer des projets de construction à partir d’une
idée générale, pour réfléchir après coup à la destination précise et au fonctionnement de tels
lieux87. Pus que dans n’importe quel autre domaine, le projet culturel doit être à l’origine de la
création de lieux adaptés, répondant à des besoins exprimés et en devenir.




B. Des partenariats forts


La recherche de partenaires extérieurs n’est pas seulement pour l’université un moyen de
ramener à elle des compétences dont elle ne dispose pas dans son enceinte, un moyen d’étendre
son influence sur la cité et l’activité culturelle qui en émane. Il s’agit en premier lieu de
décloisonner l’approche de la culture, d’être avant tout un vaisseau capable d’accueillir et de
faire se rencontrer des approches différentes, parfois contradictoires du phénomène culturel.
C’est dans la richesse de cette rencontre que l’université peut espérer contribuer à faire naître un
nouvel élan culturel, de favoriser l’essor d’une culture unie, dont les nombreux visages se
regardent les uns les autres.


1. Avec les établissements d’enseignement artistique
La forte présence d’étudiants partageant leurs études entre l’université et les établissements
d’enseignement artistique sous tutelle du Ministère de la Culture invite tout naturellement à
favoriser un rapprochement entre ces deux types de structures. Certes, leur rapport à
l’apprentissage s’oppose l’un à l’autre sur bien des points, ce qui explique en partie la relative
indifférence qu’ils entretiennent entre eux. D’un côté, les conservatoires et écoles de
Beaux-Arts s’attachent à développer le potentiel personnel de chaque étudiant, avec patience
mais avec une exigence de résultats, de l’autre l’université essaie d’amener une masse
d’étudiant à un certain niveau de connaissances, en reconnaissant le droit à une divagation
enrichissante. Pourtant, nombre de leurs enseignements se rejoignent, sans pour autant qu’une
juste équivalence des niveaux soit mise en place, comme si chaque structure tentait de garder à



87
   La destination, et par conséquent l’équipement de la salle multifonction de la MDE, n’ont toujours pas soulevé
de débat approfondi, alors que les murs en sont déjà dressés, et que l’ouverture est imminente. Assez curieusement,
la distribution des locaux de cette même MDE aux associations étudiantes a soulevé des passions beaucoup plus
vives.




                                                      100
elle ses élèves sans se soucier de l’alourdissement infligé à leur emploi du temps88. L’essentiel
du partenariat à construire ne porte cependant pas sur le contenu des enseignements, mais sur
l’instauration d’un nouveau rapport à la pratique artistique chez ces étudiants en fin de cursus,
dont la grande majorité viendra grossir le cercle des “ amateurs éclairés ”, s’ils ne basculent pas
dans la pratique professionnelle. Or, la dynamique créatrice a besoin de ce cercle d’initiés
passionnés par la musique, la peinture, le théâtre, qui ont vécu la pratique de ces arts de
l’intérieur et qui par conséquent en possède la connaissance la plus vraie. Le travail commun de
l’université et des établissements d’enseignement doit consister à démontrer à ces étudiants que
leur niveau artistique leur donne un rôle à jouer dans la création, que même hors du circuit
professionnel doit se développer une pratique artistique amateur de qualité, qu’un
bouillonnement est possible sans soutien étatique. Alliée au conservatoire et aux Beaux-Arts
(ainsi qu’à toute autre école d’enseignement artistique de qualité, comme par exemple le JAM),
l’université doit être capable de favoriser la création et la diffusion artistique des productions
étudiantes et par les étudiants, tout en misant sur des prestations de qualité. Les professeurs
pourront volontiers y être associés, comme auteur, interprète, acteur, metteur en scène…
Confrontés aux conditions de travail des professionnels, ces “ grands étudiants ” travaillant
dans ces ateliers encadrés (dont le principe se rapprocherait de celui des résidences) auraient
ainsi une première expérience de la scène et du rapport au public.


2. Avec les institutions culturelles
La vie culturelle foisonne à Montpellier et dans ses environs, avec pas moins de quatre théâtres
(théâtres des treize vents, de Grammont, du château d’Ô, du Chai du Terral), trois salles de
musique actuelle (Rockstore, Victoire II, le Zénith), des salles du Corum (Opéra Berlioz et
Salle Pasteur) accueillant l’Orchestre national de région de Montpellier, et de l’Opéra
Comédie89. La danse trouve une place de choix à Montpellier au sein du superbe Couvent des
Ursulines et porte haut ses couleurs lors du festival très réputé “Montpellier Danse”. Le musée
Fabre est à juste titre une fierté de la ville, et le Languedoc-Roussillon a la chance d’avoir un
centre Régional des Lettres très impliqué dans la vie culturelle locale. L’éventail des
propositions est vaste, et déborde largement de cet échantillon d’institutions phares. Les
possibilités de partenariats n’en sont que plus riches, et les choix qui présideront à la naissance
de partenariats émaneront sans aucun doute d’envies réelles. La volonté de l’université de
s’associer à un travail réflexif sur la création artistique a ainsi remporté l’adhésion immédiate
de certaines institutions invitées à la commission culture, démontrant que des besoins restent à
exprimer, et que ces besoins peuvent être comblés par la rencontre de compétences
complémentaires. Dans sa forme la plus simple, le partenariat avec les institutions culturelles
peut se traduire par l’accueil de spectacles au sein du nouveau théâtre (comme c’est déjà le cas
avec l’Orchestre de Montpellier), ainsi que par la présentation en début d’année de l’activité du
lieu en question. Cependant, afin de renforcer la dimension universitaire dans ce genre de
rencontre, il serait intéressant d’associer systématiquement un “ éclairage intellectuel ” à la
performance, avec une conférence ou un débat autour du spectacle ou d’un thème qui peut en
être extrait. De même, rien n’empêche l’université de proposer une telle rencontre pour des


88
   Ainsi certains étudiants retrouvent-ils leurs professeurs de conservatoire à la fac pour le même contenu
d’enseignement, lorsque celui-ci n’est pas édulcoré, tout en étant soumis à l’obligation de présence pour pouvoir
passer l’examen partiel. Choisir l’équivalence reviendrait en effet à un 10/20, très en dessous du niveau réel de
l’étudiant de conservatoire.
89
   Sans compter les innombrables lieux plus intimistes mais très actifs (l’Antirouille, le Saxaphone…).




                                                     101
spectacles donnés dans la cité, comme c’est le cas à Avignon où l’université accueille le lundi
une rencontre conviviale lors de laquelle est présenté le concert de l’Opéra du vendredi.
L’échange ne peut en effet fonctionner qu’à double sens : pour que les institutions culturelles
s’investissent à l’université, il est indispensable que l’université s’investisse dans la Cité.


3. Avec la DRAC
Le partenariat avec la DRAC est actuellement en cours de construction, s’appuyant sur le
Projet-théâtre pour nouer des liens très forts. Il ne faut pas cacher que l’essentiel du partenariat
entre la DRAC et l’université réside dans une forte participation des services déconcertés du
Ministère de la Culture dans l’équipement et le fonctionnement de la salle de spectacles. Mais
bien heureusement, cette participation n’est que la partie visible de l’apport de la DRAC, qui
aide l’université à se fixer des ambitions hautement culturelles et à devenir un acteur reconnu
du développement culturel. Cet appui de choix donne une force supplémentaire à l’action
culturelle en milieu universitaire, une légitimation a priori lui permettant de se hisser d’emblée
parmi les institutions culturelles de la ville qui, elles, ont su prouver leur valeur sur le terrain, au
fil des ans. La convention prendra certainement la forme d’un cadre général dans lequel devra
s’inscrire l’action culturelle de l’université, soumise chaque année à une évaluation et à une
réactualisation : la DRAC devrait ainsi jouer un rôle important au sein de la Commission
culture. Le fonctionnement détaillé de ce partenariat se construira sans doute hors de la
convention. Pour honorer la confiance accordée par la DRAC et justifier le statut implicite que
celle-ci lui confère par avance, l’université devra nourrir une coopération de tous les jours avec
la DRAC, faire de ce service un conseiller privilégié l’aidant dans ses choix et dans ses rapports
avec le monde culturel extérieur. L’année écoulée a démontré que le partenariat qui se profile
suivra sans aucun doute cette forme, que le monde de l’enseignement et celui de la culture
sauront développer une coopération fructueuse.


4. Avec l’environnement universitaire
A la fois moyen d’ouverture vers l’extérieur, outil de rapprochement des compétences
universitaires et de décloisonnement du rapport au savoir pour les étudiants et les professeurs,
l’action culturelle doit permettre l’instauration de nouveaux échanges entre les différents sites
de Montpellier d’une part, et avec l’antenne de Béziers d’autre part90. Dispersées aux quatre
coins de la ville, les facultés de Montpellier (Lettres, Sciences, Droit, Pharmacie, Médecine)
n’ont pour l’instant mis sur pieds aucun dispositif en faveur de la vie étudiante de la ville. Le
Pôle universitaire européen de Montpellier œuvre cependant dans bien d’autres domaines,
comme par exemple l’ouverture et les échanges internationaux. Les échanges internationaux de
Paul Valéry en matière culturelle devront sans doute passer par le pôle, afin qu’ils s’inscrivent
dans un projet commun à l’échelle de la ville, échelon plus “ parlant ” sur le plan international
que celui de la faculté. Indirectement, l’organisation de tels échanges pourrait être un vecteur
important de rapprochement des différents sites par l’action culturelle, dont la coordination
serait confiée au Pôle européen. Le pôle aura également un rôle central à jouer dans la mise en


90
   Terrain d’expérimentation d’une nouvelle forme d’autonomie dès la rentrée 2001, le site de Nîmes, partagé entre
deux très beaux bâtiments (le Fort Vauban et Les Carmes), devrait conserver des rapports privilégiés avec Paul
Valéry. Notre université devra s’efforcer de conserver de liens privilégiés avec cette ancienne antenne, riche de
filières “ utiles ” à l’action culturelle, naturellement très active dans l’animation culturelle et très impliquée dans la
vie de la cité.




                                                          102
place de projets inter-universitaires ambitieux demandant une approche globale d’un
phénomène artistique précis, mettant en jeu les aspects artistique, ethnologique, social,
technique, physique, sensoriel, et pourquoi pas légal. Administrateur de la vie étudiante à
l’échelle régionale, le CROUS devra être un partenaire privilégié de l’action culturelle, en dépit
des quelques différends qu’a fait naître le projet du “ Pass-Culture ”. Non seulement partenaire
potentiel de la diffusion de spectacles et autres manifestations (co)produites par l’université, le
CROUS pourrait participer à la mise en place et à la gestion de salles spécialisées de pratiques
artistiques, afin que ce type de salles soient accessibles à tous les étudiants. On peut imaginer
que des salles co-gérées par le SCAC et par le Service culturel du CROUS, installées à
Vert-Bois, soient accessibles aux étudiants de l’UPV et qu’inversement, des salles spécialisées
installées sur le campus soient accessibles aux résidents de la cité-U. Une circulation de
l’information culturelle devra aussi être envisagée, afin d’améliorer une communication
toujours en déficit. La coopération de l’ensemble des établissements d’enseignement supérieur
et l’encouragement d’une vie étudiante à l’échelle de la ville demanderont du temps et de
nombreuses discussions, afin de mettre à plat les divergences de vues et de définir les termes
d’une action culturelle universitaire globale.


L’action culturelle ne peut fonctionner de manière autarcique, enfermée dans l’enceinte
universitaire. Elle a besoin de développer des partenariats solides pour compléter son tissu de
compétences, et rendre ainsi son approche de l’art et de la culture plus pertinente. L’université
doit pour cela rechercher le moyen d’être à la fois partenaire des établissements culturels de la
ville et un vecteur nouveau de rencontre de ses acteurs culturels entre eux. La vie culturelle
étudiante devra elle aussi dépasser les barrières des facultés afin de trouver à un niveau
supérieur le moyen de provoquer les échanges, dans l’espoir d’unifier une communauté
universitaire dispersée à travers la ville.




C. “ Grand public ” et cible stratégique


Il est indispensable de ne pas limiter l’ouverture de l’action culturelle ver le grand public à un
simple accueil lors de manifestations. Il est en effet nécessaire de mettre en œuvre un véritable
programme de conquête du public extérieur, programme d’autant plus difficile à faire accepter
que ce public n’est pas indispensable à la survie du Service culturel comme c’est le cas pour les
institutions traditionnelles. La justification de cette action volontariste est à trouver dans la
mission de diffusion culturelle et d’élévation du niveau culturelle de la nation que lui confie la
loi sur l’enseignement supérieur de 1984. Le rayonnement culturel de l’université ne sera
légitime que s’il opère pour la cité, et non pas seulement pour le lustre de l’université.


1. Politique tarifaire et public étudiant
Cet aspect de la politique culturelle est le plus souvent placé au centre des débats de l’action
culturelle, les réductions tarifaires étant présentées comme la panacée en matière de
démocratisation culturelle. Nombreux sont ceux qui croient en effet que le principal obstacle à




                                               103
la fréquentation des lieux culturels est d’ordre financier. Pourtant, tout tend à démontrer qu’il
n’en est rien : bien souvent, les difficultés financières permettent de faire descendre le prix
d’accès des concerts symphoniques en dessous du prix d’une place de cinéma91, tandis que des
places de cinéma peuvent être retirées gratuitement auprès des services sociaux. Par ailleurs,
toutes les observations concourent à affirmer que l’étudiant, comme tout autre individu, est prêt
à payer le prix juste pour des manifestations à la hauteur de ses attentes92. Ainsi, sans pour
autant remettre en cause l’utilité de ces systèmes de réductions tarifaires qui facilitent la
fréquentations des salles de spectacles et auxquels de nombreux étudiants sont très attachés, il
convient de rester prudent sur l’effet incitatif de ces dispositifs et s’accorder sur le rôle
secondaire qu’ils doivent jouer dans la politique culturelle d’une université. Assez
paradoxalement, le meilleur moyen de capter le public étudiant peut être de ne pas le considérer
comme un public particulier, nécessitant une sensibilisation particulière, mais de l’intégrer à
une stratégie globale qui cherche à rallier à la cause culturelle le plus large éventail de couches
sociales. A peu près représentative du reste de la société, la communauté universitaire devrait
être en mesure de se reconnaître dans une telle campagne de sensibilisation, ouverte sur
l’ensemble de la société.


2. Le public extérieur
L’action culturelle est un des principaux outils de l’ouverture de l’université sur la Cité. Le
SCAC est en effet un service universitaire parmi les mieux aptes à répondre aux missions de
“ diffusion des connaissances et des résultats de la recherche ” et de “ réduction des inégalités
sociales et culturelles ”. Ces missions induisent une ouverture de l’université sur la Cité, un
travail en profondeur dans sa direction dont une grande partie relève d’une forme de médiation
culturelle, que l’université est incapable de gérer sans une structure spécifique. La
communication devra en effet trouver une place de choix dans le fonctionnement du SCAC,
pour mettre en place une campagne de promotion efficace, dirigée à la fois vers la population
universitaire et vers la cité. Remplir la salle de spectacle à chaque représentation, faire le plein
pour chaque exposition doit être considéré comme un but essentiel de l’action culturelle. En
effet, s’il n’est pas vital pour l’université de remplir les caisses de l’action culturelle93, il est
indispensable de remplacer ce type de motivation par un autre encore plus ambitieux : offrir à
l’action culturelle une audience qui dépasse largement le cercle universitaire ou artistique de la
ville, et être un véritable outil démocratique d’accès à la culture. Comme nous l’a démontré
l’expérience Malraux, la possibilité du contact avec l’art ne peut suffire : une véritable
campagne de communication, d’incitation et d’explication doit être développée vers la Cité,
non pas seulement lors de manifestations culturelles, mais à longueur d’année afin de révéler à
l’ensemble de la ville le contenu hautement culturel du travail universitaire et les aspirations
républicaines de l’université. L’université ne peut se contenter d’offrir gratuitement à tous un
contenu culturel, elle doit surtout changer le regard sur l’université, pour que l’ouverture de
l’université à la cité soit vécue comme une réalité.



91
   L’exemple de l’Opéra d’Avignon est réellement remarquable : de nombreux spectacles sont accessibles à partir
de 30Frs à plein tarif et 15Frs au tarif réduit, pour une visibilité tout à fait honnête et une qualité d’interprétation
extraordinaire. Pourtant, la mixité sociale de sa fréquentation reste à être démontrer.
92
   LAURET (Jean-Marc) et BECQUET (Valérie) – Culture et Université, le partenariat entre institutions
culturelles et universités. Dijon, Les presses du réel, 1997 – p.100
93
   Bien que le SCAC doivent s’efforcer autant que possible de monter des projets rentables.




                                                         104
3. Les lycées et collèges
Collégiens et lycéens doivent faire l’objet d’une attention particulière dans le processus
d’ouverture de l’université. On peut en effet considérer que l’enseignement secondaire est un
moment clef pour la “ fixation ” de pratiques artistiques. En ce qui concerne le collège,
l’université pourrait fournir un renfort non négligeable au développement de l’action artistique
souhaitée par le gouvernement. On peut fort bien imaginer un ensemble d’actions de
sensibilisation des collégiens aux pratiques artistiques par des étudiants de filières spécialisées,
la création d’atelier de pratique ou toute autre forme alternative d’apprentissage au sein des
collèges. Ce type d’action, qui ne peut voir le jour que sous l’égide du rectorat, serait une forme
de pré-professionnalisation intéressante pour l’étudiant. Envisagées comme telle, ces
opérations devront induire une rémunération des intervenants, afin de valoriser un travail
délicat et d’éviter toute forme d’exploitation du vivier étudiant. A cette sensibilisation doit
s’ajouter au lycée une forme plus poussée de coopération, dans laquelle le travail des élèves
serait plus pris en considération. En effet, les filières de spécialités artistiques offrent des
productions tout à fait dignes d’intérêt, et l’université doit être en mesure de participer à leur
valorisation. L’accueil de ces productions au sein des équipements universitaires serait un signe
fort de reconnaissance du travail accompli, et participerait à une forme de solidarité du système
d’enseignement. Ces actions permettraient également d’attaquer “ à la racine ” le sentiment
général d’abstraction qui entoure l’université, très fort dans l’esprit des élèves du secondaire, et
contribuerait à réduire la fracture entre le secondaire et le supérieur – fracture qui compte sans
doute beaucoup dans le taux d’échec du premier cycle. L’ouverture sur l’école primaire est plus
délicate à mettre en place. L’essentiel de ce public nécessite en effet une programmation
adaptée, dont l’université peut difficilement se charger, mis à part dans le cadre d’action
s’adressant spécifiquement aux enfants. Si le travail en direction de ce “ public stratégique ” qui
formera la population étudiante de demain n’est pas spécialement du ressort de l’université,
celle-ci peut cependant réfléchir aux moyens d’un rapprochement des différentes composantes
du système éducatif, pour mieux en faire ressortir la continuité. Plus encore que cette
continuité, l’action culturelle de l’université doit pouvoir mettre en place une circulation entre
établissements, circulation qui même réduite peut créer une certaine unité de l’action culturelle
en milieu scolaire.


4. L’IUFM
Le rôle des futurs professeurs dans l’éducation artistique est primordial. En effet, plus qu’une
somme de connaissances du domaine artistique, c’est en premier lieu le goût pour les arts qu’il
s’agit de développer chez l’enfant. La pratique artistique est éminemment importante dans ce
processus de découverte de diverses formes d’expression. Le ministère de l’Education
nationale a bien compris l’importance de ce premier pas, et du besoin de former les professeurs
qui en seront chargés. L’action culturelle doit donc développer des liens forts avec l’IUFM et
faire de ses étudiants une cible privilégiée, afin d’offrir une ouverture culturelle suffisamment
large et solide pour permettre aux enseignants de demain d’élargir à leur tour le cercle de la
diffusion culturelle. En s’inscrivant dans une perspective ambitieuse d’élévation du niveau
culturel de la nation, l’université doit s’efforcer de trouver dans le réseau d’influence de la
société les relais utiles à l’élargissement de l’audience culturelle : l’école y tient une place
centrale et l’IUFM y devient la passerelle stratégique. L’action culturelle ne peut et ne doit en
aucun cas se limiter à la population étudiante, mais s’adresser à tous, tout en mobilisant plus
particulièrement les forces capables de relayer cette action à un niveau supérieur et à plus
grande échelle. En ce sens, les étudiants des IUFM doivent être considérés comme un potentiel
stratégique à stimuler autant que possible.



                                               105
La conquête du public est sans doute une des tâches essentielles des institutions culturelles. Si
le Service Commun d’Action Culturelle de Paul Valéry n’y est pas contraint par ses finances,
les missions confiées à l’université lui imposent cependant de trouver dans la cité l’audience la
plus large possible. Ne pouvant s’adresser à tous, l’université devra s’efforcer, conformément à
sa fonction de formation des individus et des futurs “ formateurs d’individus ”, de cibler plus
particulièrement une partie de son action sur les publics stratégiques, qui sera à son tour en
mesure d’entraîner un nouveau public vers les pratiques artistiques et la fréquentation
culturelle.




                                             




Une institution culturelle virtuelle
L’année qui s’annonce sera cruciale quant à l’avenir de l’action culturelle à l’université.
L’année universitaire 2000/2001 a démontré qu’une part non négligeable de la communauté
universitaire et des acteurs culturels de la Cité a pris conscience des enjeux soulevés par la
question culturelle et a su formaliser ces enjeux de manière unanime. Un pas a sans conteste été
franchi, mais l’essentiel reste à construire. Le consensus trouvé autour du texte de politique
culturelle sera certainement beaucoup moins éclatant lorsqu’il s’agira de l’illustrer par les actes,
et il y a fort à parier que l’habitus universitaire prendra alors le dessus sur les nobles idéaux
humanistes. Les décisions prises cette année en matière d’organisation du SCAC et de
répartition de ses compétences peuvent assurer la bonne marche de ce Service, à condition de
miser sur le long et de prendre en compte dès aujourd’hui son extension future. Aussi
convient-il de garantir une base saine pour le travail à venir, en soutenant très clairement le
regroupement de tous les aspects de la vie culturelle de l’UPV dans un Service culturel unifié
mais aux visages multiples, dans lequel chaque potentiel créatif pourra trouver sa place et
enrichir le projet culturel de l’université. La volonté d’accueil des compétences techniques et
artistiques, des potentiels créatifs et le partage de l’expérience culturelle sera un outil majeur du
décloisonnement interne de la pratique universitaire, mais également un enjeu majeur des
échanges futurs entre l’université et la Cité d’une part, et entre l’université et les autres
établissements d’enseignement d’autre part. En travaillant à une ouverture efficace de la
pratique universitaire sur l’extérieur, l’UPV n’ouvrira pas seulement son Savoir, mais
permettra au lien social de se renforcer, tant au niveau de la “ communauté d’enseignement ”
que de la “ communauté culturelle ”. L’action culturelle à inventer doit prendre en compte ces
dimensions : il s’agit beaucoup plus pour l’université d’être une plaque tournante des échanges
des savoirs et de confrontation des idées que de se poser comme une institution culturelle
supplémentaire, quand bien même la dimension universitaire serait mise en avant.
Paradoxalement, l’université doit aussi développer dans son action culturelle un certain
penchant pour l’abstraction, afin de se poser comme une institution culturelle virtuelle qui tire
sa force du pouvoir créatif de chacun – enseignants, étudiants, artistes, institutions culturelles –
sans pour autant revendiquer aucun droit de propriété sur les productions qu’elle a pourtant
matériellement rendues possibles.



                                                106
                                                                                                   Chapitre 3


   Quelques pistes



                                                           “ LE BRET, faisant le geste lancer un sac d’écus
                                                                       Comment ! le sac d’écus ?…
                                                                               CYRANO
                                          Pension paternelle en un jour tu vécus !
                                                                               LE BRET
                                          Pour vivre tout un mois, alors ?…
                                                                               CYRANO
                                                                       Rien ne me reste.
                                                                               LE BRET
                                          Jeter ce sac, quelle sottise !
                                                                               CYRANO
                                                                       Mais quel geste !… ”
                                          Edmond ROSTAND – Cyrano de Bergerac




Le SCAC a la chance d’avoir devant lui un vaste champ d’action encore peu exploré, dans
lequel pourra germer de nombre de projets originaux qu’il convient cependant de définir et de
hiérarchiser. Les quelques points présentés ici se veulent une base pour la réflexion qui,
espérons le, sera lancée dans l’année qui vient. Chacun de ces quelques exemples nécessite une
réflexion et une étude plus approfondie, afin que ce qui n’est qu’une idée se transforme en
projet. Il convient cependant de garder à l’esprit l’action culturelle ne doit pas hésiter à
expérimenter des nouveaux modes de fonctionnement, et qu’elle trouve une bonne part de sa
raison d’être dans la lutte contre les pratiques “ académiques ”. Ainsi, l’expérience censée
combler les carences du système d’information et de communication peut paraître peu
conforme à la norme universitaire. Pourtant, l’encouragement à la libre expression que cette
idée met en avant devrait être ressenti comme une obligation morale par la nation, et donc
promu par l’institution universitaire. Les projets qui suivent paraîtront bien plus sages, sans
doute parce qu’ils s’attachent à des questions plus techniques et plus matérielles, par
conséquent moins utopiques. Il s’agit en effet de proposer quelques modalités d’organisation
permettant au SCAC de mieux gérer certains aspects transversaux de l’action culturelle, au
niveau du calendrier des manifestations, du partage des tâches et des responsabilités et du
travail à engager avec les associations étudiantes. L’approche sectorielle tentera enfin de faire
émerger des secteurs-clefs quelques idées de projets qu’il conviendra de développer et
d’argumenter. Au SCAC de trouver ensuite dans l’ensemble de ces propositions des éléments
susceptibles de contribuer à un projet construit et cohérent.




                                            


                                               107
A. Une expérience pilote pour la communication


La communication est un élément déterminant du succès d’une manifestation culturelle. Les
carences actuelles devraient conduire l’université à s’interroger sur les moyens qu’elle met en
œuvre pour l’information et la communication dans son enceinte, pas exclusivement en matière
d’action culturelle. Inversement, l’action culturelle ne se limitant pas à l’enceinte universitaire,
il convient de réfléchir à la mise en place d’un système assez fiable pour relayer et animer
l’information intellectuelle et culturelle sur l’ensemble de la Cité. Elément essentiel de la
société d’aujourd’hui, la communication pourra faire l’objet d’un projet spécifique, permettant
l’immersion active de l’étudiant dans le monde de l’information, placé au cœur d’un nouvel
outil de communication efficace et pertinent.


1. Les carences de la communication traditionnelle
La communication est un élément crucial du projet culturel : sans communication efficace, pas
de public. La situation actuelle à L’UPV en matière de communication est assez affligeante. La
règle est en effet celle de l’affichage sauvage, et les associations étudiantes se sont fait une
spécialité des affiches scotchées sur les vitres 94 . Les panneaux de libre affichage, offrant
pourtant une surface confortable, ne suffisent pas à freiner la dégradation des bâtiments, pris
pour cible des colleurs d’affiches. Cependant, il s’agit dans ce cas plus de mesures touchant au
respect des lieux et à la citoyenneté qu’à l’action culturelle. La distribution de prospectus est
tout aussi anarchique, mais beaucoup moins envahissante pour les locaux de l’université. La
surenchère de papiers en tous genres n’a qu’un effet limité, et le SCAC doit se détourner de ce
type d’action. Quelques vitrines fermant à clef et placées à des endroits stratégiques (près de la
BU, à la MDE et au resto-U Vert-Bois par exemple) devraient suffire à faire passer les
messages visuels du SCAC – de telles vitrines pourraient aussi être mises à la disposition des
associations, pour assurer un relais à leurs communiqués “ officiels ”. La nécessité d’une
programmation prévue de longue date trouve aussi sa justification dans l’édition de
plaquettes-agendas comme en produisent les salles de spectacles, détaillant les grands
rendez-vous de l’année universitaire. De manière générale, le SCAC doit pouvoir trouver dans
les Services de la Communication de l’université (ou dans un service de communication propre
au SCAC) un appui solide à sa campagne de promotion. L’édition d’affiches de facture
professionnelle participe directement à une meilleure prise en considération des productions de
l’université, lui donnant le relief indispensable pour susciter l’envie de se déplacer, pour faire
sortir un spectacle du créneau de l’amateurisme. Par ailleurs, les actions du SCAC doivent
trouver un écho au-delà des services de l’université, pour les faire sortir de la confidentialité
universitaire et être perçus comme élément à part dans la pratique universitaire. Ce relais de
l’information par un média neutre permet de désolidariser l’action culturelle de la pratique
universitaire “ réservée ” aux usagers de l’UPV, de sortir l’action culturelle de l’enceinte
universitaire pour la re-situer dans la vie culturelle de la Cité.




94
  Il suffit pour cela de jeter un œil sur la toute récente MDE, dont la façade vitrée est recouverte de logos
d’associations et d’affiches en tout genre, pour un résultat pas aussi artistique qu’on pourrait l’espérer.




                                                   108
2. Favoriser la communication directe
L’outil de communication le plus efficace reste le plus archaïque : le bouche à oreille. Pour
favoriser cette communication directe, il pourrait être intéressant de chercher des personnes
relais, qui communiquerait au début de certains cours la programmation à venir. Ces personnes
chargées de la promotion des manifestations du SCAC seraient régulièrement tenus au courant
de l’actualité du Service culturel, par exemple grâce une mailing-list internet par ailleurs
accessible à toute personne abonnée à cette liste de diffusion. Dans cette optique, il serait très
utile de mettre en ligne au moins une page WWWeb présentant l’activité du Service, les
personnes ressources (avec leur adresse électronique), éventuellement la programmation et un
système d’abonnement à une lettre d’information électronique. Avant même la mise en place
d’un tel système, le SCAC se doit d’améliorer dès la rentrée son système de communication.
Elle dispose déjà d’interlocuteurs privilégiés tels que les associations étudiantes, dont
l’essentiel est déjà pourvu de boîte aux lettres électroniques, ou dans le pire des cas d’une
adresse physique, rendant possible dès octobre la mis en place d’un bulletin d’information. La
circulation de l’information culturelle et la création de liens directs avec une partie des étudiants
peuvent être une réalité dès la rentrée 2001, et marquerait la première étape d’une ouverture
réelle du SCAC sur la vie étudiante. Installé dans la future tranche de la MDE, le SCAC pourrait
ensuite mettre en place un guichet d’information et contribuer à l’animation d’un espace
d’accueil, d’information et de rencontre dédié à la vie étudiante dans son ensemble (avec le
Service des Sports et les associations).


3. Un pôle d’information et de communication étudiant
Le désir de s’exprimer librement est manifeste chez l’étudiant. Un journal tel que Les Mô’dits
de l’Asso Lettres paraît assez représentatif de ce désir. Les sujets sont très variés, portant une
réflexion critique que l’on ne trouvera pas dans le Dit de l’UPV. Ecrit par des étudiants
s’adressant à des étudiants, il témoigne manifestement des préoccupations de beaucoup
d’étudiants. Malheureusement, ce type de publication ne présente pas l’encadrement nécessaire
à une réalisation de qualité professionnelle. Ainsi, malgré des articles pertinents, la facture de
l’ensemble reste trop “ amateur ” pour espérer une diffusion sur la ville et une juste prise en
considération par la population étudiante. Pourtant, un journal étudiant serait le bienvenu à
Montpellier qui, malgré l’effervescence de manifestations culturelles et un public étudiant
nombreux, ne propose rien de tel. Sans vouloir ramener à soi un journal étudiant, l’université de
Lettres Paul Valéry devrait pouvoir faciliter l’expression des étudiants. Reste à cibler le contenu
à privilégier : points de vue critiques sur l’actualité culturelle de la ville et de la région, textes
littéraires… Ce qui serait une opération risquée pour des groupes soumis aux contraintes de
l’économie pourrait être une façon audacieuse pour l’université d’affirmer son autonomie,
principe beaucoup plus ambitieux lorsqu’il s’agit de liberté de penser que lorsqu’il s’agit
d’autonomie financière. Créer un cadre solide pour un journal étudiant digne de ce nom,
échappant aux pressions politiques et financières, serait un moyen formidable pour échapper au
conformisme intellectuel qui s’est installé dans tous les médias français. Il répondrait à la fois à
la demande d’expression des étudiants (à laquelle une faculté de Lettres devrait pourtant
pouvoir répondre), offrirait une première approche du journalisme professionnel, et comblerait
le manque de communication autour de la vie intellectuelle et culturelle si riche à Montpellier.
L’université Paul Valéry pourrait relever le défi et participer à la création d’une association,
dont elle assurerait l’encadrement professionnel. L’obstacle majeur à la création de ce pôle
d’information étudiant résiderait principalement dans la dépendance matérielle de cette
association vis-à-vis de l’appareil universitaire, qui biaise un peu l’idéal de liberté totale
conférant à ce type de structure tout son intérêt.



                                                109
4. Centraliser l’information et la diffuser
Le plus gros du travail résiderait dans la collecte d’information sur la vie montpelliéraine, à la
fois travail d’investigation et résultat de connexions multiples avec les institutions et les acteurs
culturels de la ville. Une organisation rigoureuse permettrait à l’équipe d’étudiants encadrés par
des professionnels de se frotter aux réalités du journalisme, d’apprendre sur le terrain les
principes de ce métier, de la collecte d’information à sa diffusion. Cette diffusion pourrait se
faire par des types de médias multiples : site WWWeb, radio (en partenariat avec
Radio-Campus95), support papier, télé (avec ArtTV, de l’Ecran et son double). La difficulté
principale serait alors de rendre efficace la transmission entre le pôle d’information
centralisateur et les différents médias, sans que personne ne se sente dépossédé de son outil ou
de sa production. Ainsi, une personne ayant réalisé un reportage vidéo sur telle manifestation
culturelle pourrait collaborer à des déclinaisons diverses de ce reportage, adaptées aux
différents supports. Même si ce projet pilote nécessite une participation de l’ensemble des
structures d’enseignement supérieur de la ville, Paul Valéry pourrait donner la première
impulsion, en partenariat avec ses associations, et lancer ce projet sur la ville : les frais de
fonctionnements, l’équipement de la structure et la masse salariale seraient ainsi répartie entre
les établissements96.


La carence en matière de communication et d’information sur le campus est admise par tous ;
reste à savoir si l’université est prête à encourager la libre expression de ses étudiants, de leur
offrir les conditions matérielles d’une audience suffisante, qui plus est en sacrifiant son droit de
regard sur la production intellectuelle qui en émanerait. Il s’agit ici encore d’aménager un
terrain propice au renouveau culturel, à la circulation des idées, sans attendre ni retombées
directes, ni même une reconnaissance. Le désintéressement n’est plus aujourd’hui à l’ordre du
jour. Pourtant, bien des gestes gratuits peuvent se révéler payants pour les individus et pour la
société sur le long terme. Certains sont même persuadés que de tels gestes constituent la seule
attitude valable en matière d’action culturelle.




B. Approche transversale


L’action culturelle est déjà en route à Paul Valéry. Reste à proposer une organisation cohérente
dans laquelle chacun pourra trouver sa place sans perdre son identité, où chaque projet pourra
exister sans nuire à l’unité globale de l’action culturelle. L’action du SCAC, encore très
confidentielle, doit aujourd’hui se donner les moyens d’être visible pour tous, de poser son
territoire et d’affirmer plus clairement son identité. Cette identité se construira bien entendu
avec la mise en place d’une programmation annuelle, mais elle se construira d’abord dans sa
relation au monde universitaire, à travers la place qu’elle occupera dans la vie du campus.




95
  Si du moins son autorisation d’émission est reconduite.
96
  En proposant des espaces publicitaires ciblés (par exemple des espaces réservés aux institutions culturelles,
comme dans le bi-hébdomadaire culturel César), les différents supports pourraient réduire les coûts de ce projet.




                                                     110
1. Installer des rendez-vous
Le meilleur moyen d’assurer un niveau minimum de cohérence dans les manifestations relayées
par le SCAC est de mettre en place des rendez-vous réguliers, ordonnés par secteurs d’activités.
Ainsi sont déjà en place les jeudis de la photographie, ainsi que des projections de films sur l’art
programmées par Marguerite Seeberger le mercredi soir. Le projet théâtre envisage tous les
quinze jours une “ rencontre de midi ”, rendez-vous qui pourra prendre des formes très variées,
mais tirant son intérêt de l’attention demandée aux participants. La salle multifonction de la
MDE serait quant à elle un outil intéressant pour mettre en place des soirées “ scènes
ouvertes ”, qui permettraient de programmation de “ dernière minute ”, assez souples pour
accueillir des concerts, du café-théâtre, des matchs d’improvisation, et toute autre sorte de
performances, en priorité issue des pratiques étudiantes. A côté de ces rendez-vous réguliers
prendront place des manifestations plus événementielles, avec en premier lieu
la “ programmation lourde ” du théâtre, qui prévoit six spectacles par mois pendant six mois,
deux résidences par an (desquelles doit sortir une création) et deux temps forts d’échanges (un
festival international de théâtre universitaire ainsi qu’un moment privilégié d’échange pendant
l’été.) 97 La difficulté principale de la programmation du SCAC sera de remplir toutes les
“ cases ” du calendrier des manifestations, alors que le plus gros des productions – notamment
étudiantes – est monté pour la fin de l’année scolaire. Le SCAC devra impérativement préparer
sa programmation de rentrée, moment clef pour la sensibilisation des étudiants à la vie de
l’université, dès le mois de mai, quitte à demander à une équipe de redonner son spectacle au
mois d’octobre. La cohérence du projet doit beaucoup à l’organisation du calendrier, qui doit
tenter d’associer des rendez-vous fixes capables de fidéliser un public à des manifestations plus
inattendues capables de créer du mouvement dans la programmation.


2. Partager les responsabilités
Pour un observateur extérieur un peu naïf, il est surprenant de constater combien le
fonctionnement d’une université est assujetti aux conflits d’influences, à la défense d’intérêts
personnels plus ou moins surprenants, à un ensemble de petites rixes courtoises cachant mal
une lutte de pouvoir – chose peu avouable dans ce lieu où le seul but à atteindre est cessée être la
connaissance universelle. Loin d’être le domaine réservé des enseignants, cette recherche d’une
pseudo-emprise de choses immatérielles est très largement répandue dans les rangs associatifs.
Cette contagion effrayante charge tout débat de son lot de suspicions, transformant chaque mot
en soi-disant sous-entendu. Hallucination inévitable pour les non-initiés, ou réalité désastreuse
d’un débat irrémédiablement vicié ? Toujours est-il que les professeurs actifs à l’université se
méfient les uns des autres, les associations étudiantes cultivent le soupçon, et l’étudiant
anonyme se trouve bien impuissant. A peine caricaturale, cette présentation acerbe du
déroulement de bien des réunions montre combien le chemin sera long pour que l’action
culturelle se réalise pleinement. En effet, sans partage raisonnable des responsabilités en
fonction des compétences de chacun, l’action culturelle ne pourra atteindre sa pleine puissance.
S’appuyant sur la capacité d’initiative de chacun dans des secteurs très vastes, elle à besoin de
l’aide de tous ceux qui voudront s’investir, à condition de leur donner un minimum
d’encouragements. Ainsi, Nelly Lacince, très active dans le domaine de la danse, pourrait être
en charge de ce secteur très prometteur ; Marguerite Seeberger, qui propose presque chaque
mercredi des projections de films sur l’art pourrait être en charge d’un domaine touchant à l’art


97
     Pour les détails du Projet-théâtre, se reporter à l’annexe 8.




                                                           111
contemporain ou aux arts plastiques ; Gérard Lieber et Brigitte Boille, qui ont participé à
l’élaboration du projet théâtre, pourraient diriger le secteur théâtre et travailler à développer les
liens avec l’enseignement. Ces quelques exemples ne sont qu’un ensemble d’hypothèses
infondées, mais qui cherche à montrer ce que pourrait être le partage des responsabilités dans
l’action culturelle à l’université98. Nombreux sont en effet les enseignants qui s’investissent
hors de leurs cours (on peut également citer Bernard Grenier, président de l’association
d’égyptologie Néfrou, Sylvie Golgevit, chef de chœur à Ecume), souvent entourés d’étudiants
eux aussi très actifs. Il serait bon par exemple de discuter des termes d’une coopération avec
l’Ecran et son double pour l’audiovisuel et le cinéma, avec l’Asso-Lettres pour la vie du
campus en général, avec Ecume pour le chant choral et la musique d’ensemble, avec Néfrou et
la Paléo-association pour l’histoire et la préhistoire, etc. Les liens à nouer son tels qu’une seule
personne ne peut mener une telle tâche. La création de bureaux spécifiques et la nomination de
responsables de bureau compétents est sans doute la solution la plus adaptée99. La direction du
SCAC trouve dans ce partage son rôle accru, puisque c’est à elle qu’incombe alors de
concentrer ces forces dispersées, de centraliser les propositions et de mettre en cohérence les
multiples projets.


3. Les associations étudiantes
L’établissement d’une liste des associations étudiantes et de leurs activités est une tâche plus
difficile qu’il n’y paraît. Même parmi celles domiciliées à l’université, il est très difficile de
prendre contact avec certaines d’entre elles (L’Assos’Piquante par exemple, dont la
domiciliation a été approuvée le 17 octobre 2000 par le CAC est toujours injoignable).
Cependant, un certain nombre d’entre elles est assez actif pour qu’elles soient associées au
projet culturel de l’université. On peut notamment remarquer l’activité importante des
associations d’archéologie (la PaléoAssociation, Artefact et Néfrou), dont l’activité devraient
être reconnue et encouragée par le SCAC. L’AssoLettres, présidée par Germain ROBIN, se
veut ouverte à l’ensemble de la vie du campus. Le journal lancé cette année Les Mô’dits est
assez prometteur, même si l’encadrement n’est peut-être pas suffisamment stable pour assurer
une parution régulière et pérenne. As Known As (AKA) se veut elle aussi généraliste, même si
son action semble plus orientée vers le spectacle vivant, multidisciplinaire et plutôt festif.
MEDOC, association de défense et de valorisation de la culture occitane, a démontré cette
année qu’elle pouvait œuvrer avec succès pour la convivialité en organisant un repas de quartier
autour des vins nouveaux de pays. La musique était là pour rappeler que cette association est à
l’origine tournée vers la promotion de la culture occitane. Implantée à la sortie de l’antenne
universitaire de Béziers, LAC parle elle aussi occitan. Le succès de la Radio-Langa d’òc
Besièrs a démontré que la culture méditerranéenne avait de quoi séduire un large public, en
proposant des programmes touchant toutes les rives de la Méditerranée (culture occitane,
italienne, arabe, espagnole, catalane, corse, portugaise, française…). Issue de la filière Arts du
spectacle, l’Ecran et son double privilégie l’audiovisuel et le cinéma, même si son activité revêt
des formes variées : cirque, ateliers théâtre, animations pour les enfants hospitalisés, revue,
télévision avec ArtTV, soutien aux courts-métrages, projet de VidéoClub… L’ensemble vocal
(et épisodiquement instrumental) ECUME est à l’origine de productions ambitieuses : il a


98
   Pure spéculation visant à proposer une organisation possible, cette idée ne prend compte ni de la disponibilité
des personnes citées, ni de leur motivation à travailler pour le SCAC. Par ailleurs, la question inévitable d’une
compensation, financière ou autre, devra être posée.
99
   Voir supra p.92




                                                      112
monté il y a deux ans Candide de Berstein, donné à l’Opéra Comédie, et a donné cette année un
spectacle autour de Kurt Weil. Pour terminer, on peut citer l’association ArtKino, qui devait
organiser sur le campus le festival L’art dans tous ses états, offrant un cadre plus strict à cette
manifestation inaugurée l’an passé. Reste au SCAC à nouer des liens plus forts et plus
productifs avec ces associations pleines de bonne volonté, de prendre en considération leurs
activités pour qu’à leur tour elle s’intéressent aux propositions du SCAC.


Le SCAC part avec un handicap dans sa quête d’une reconnaissance interne, aussi bien parmi
les enseignants que parmi les étudiants. Au mythe de l’inutilité de l’action culturelle, ou du
moins de sa “ non-essentialité ”, s’ajoute un fond de soupçon, de mise en doute préalable qui
rend la légitimation de cet organe de l’université délicate. L’action culturelle sera jugée à
travers ses actes. Il convient donc de miser sur le rassemblement des compétences, sur une
entente amiable au sein d’un collège représentatif de l’université, au-delà de la représentativité
parfois trompeuse des conseils et commissions. Ce rassemblement devra trouver comme point
d’attache, comme nœud central la direction du SCAC, qui au-delà de ces conseils et
commissions devra être à l’écoute des doléances et des propositions de chacun.




C. Approche sectorielle


Cette dernière partie se propose de faire un rapide tour d’horizon des différents secteurs de
l’action culturelle. Ce découpage arbitraire n’est qu’un outil pour faciliter l’analyse et la
réflexion, et réduit les possibilités de travail interdisciplinaire que le SCAC se doit pourtant
d’encourager. On peut penser que certains projets spécifiques éprouveront à un moment ou à un
autre le besoin de travailler avec des secteurs voisins. Il appartiendra alors au SCAC de
concrétiser ce besoin de se rapprocher.


1. Théâtre
La salle de spectacles en cours de construction propose dans le projet qui l’accompagne des
perspectives telles que le secteur du théâtre n’a guère besoin que l’on s’étende plus100. Les
réticences déjà formulées concernent plus la façon dont cette salle sera gérée que l’aspect
pédagogique, à la fois ambitieux et réaliste. L’organisation reste cependant un enjeu crucial qui
dépasse le cadre de la gestion. Les choix qui seront faits conditionneront directement la
destination donnée au lieu, ses rapports avec les autres aspects de l’action culturelle
(notamment ses aspects techniques et pratiques), et par conséquent influeront inévitablement
sur le développement de ces autres approches culturelles. Par ailleurs, le domaine théâtral devra
prendre en considération l’activité de certains ateliers de théâtre amateur comme peut en
proposer l’Ecran et son double, ou l’association TAUST, implantée à la fac de sciences et qui
draine de nombreux étudiants de l’UPV. Plus tournées vers le café-théâtre, les productions de
ce type d’ateliers ne trouveront pas forcément leur place dans le théâtre du bâtiment Jean Hugo,
et pourront parfois se trouver plus à l’aise dans la salle polyvalente de la MDE. Il conviendra


100
      Voir annexe 8.




                                               113
également de rester à l’écoute de la production de certains groupes d’étudiants, indépendants
des universités et des associations, mais qui malgré tout sont à rapprocher du théâtre
universitaire. Fando et Lis d’Arrabal, mise en scène par Juliette Mouchonnat (étudiante en
maîtrise de théâtre) et donnée au Théâtre du Hangar en février 2001, témoigne de la place que
peut prendre les initiatives individuelles dans le processus de création. L’université, qui tend à
devenir un laboratoire de la création théâtrale, se doit d’encourager et de relayer la diversité des
propositions artistiques, surtout lorsque celles-ci se veulent indépendantes.


2. Musique
La musique est sans doute l’activité artistique la plus pratiquée par les étudiants, et pourtant peu
de choses sont en mesure de témoigner de la vivacité de cette pratique ou pour l’encourager.
Nombreux sont en effets les étudiants qui pratiquent la musique à haut niveau, au conservatoire
pour le classique ou au Jam pour le jazz. L’organisation de scènes ouvertes au étudiants dans la
nouvelle salle de la MDE permettrait peut-être d’accueillir cette pratique de qualité sur le
campus. Certes, l’équipement musical est coûteux101, mais le retard pris par l’université en la
matière est tel qu’il faudra bien à un moment ou à un autre songer à le rattraper. D’autres
domaines peuvent être explorés, à la suite d’expériences concluantes réalisées dans d’autres
universités. Le principe des Concerts-lectures, spécialité de l’université de Dijon, offre une
piste très intéressante, alliant performance musical, littéraire et théâtrale, le tout dans une
prestation de qualité professionnelle validée dans le cursus 102 . D’autres pistes elles aussi
novatrices peuvent être explorées : en s’orientant vers la création actuelle et la
pré-professionnalisation des interprètes, l’université pourrait trouver une voie originale
d’action et proposer aux conservatoires les termes d’une coopération fructueuse. Mariant la
résidence d’un compositeur à la résidence d’un petit ensemble instrumental constitué de grands
élèves de conservatoires et éventuellement d’enseignants interprètes, cette opération
consisterait à monter sur l’année universitaire une création musicale. L’œuvre créée serait
choisie à l’avance et recourrait à un nombre restreint d’exécutants. Ceux-ci seraient choisis sur
audition, s’engageraient à préparer la création dans des conditions professionnelles et seraient
en contrepartie assurés d’une validation d’UE intéressante pour eux. En ce qui concerne les
concerts donnés par l’Orchestre de Montpellier dans l’enceinte de l’université, il serait
intéressant de songer à organiser des sortes de “ causeries ” préalables aux concerts, afin
d’offrir une dimension plus universitaire à ces prestations. Ces rencontres pourraient par
ailleurs d’étendre à d’autres spectacles donnés en ville, et faire l’objet à la fac d’une
présentation allégée et conviviale. L’exemple d’Avignon offre pour cela une source
d’inspiration à prendre en considération. Enfin, le Jam, malgré son caractère privé, doit pouvoir
trouver les termes d’un partenariat avec l’UPV, notamment pour proposer une meilleure
approche du jazz, domaine musical de plus en plus important dans la préparation des concours
de recrutement de l’Education nationale, mais aussi pour élargir le champ de perception des
musiciens classiques, très nombreux dans la filière musique.




101
    Il semble en effet judicieux de prévoir dans ce cas un bon piano numérique (type Yamaha GrandTouch), une
batterie, et tout un matériel de sonorisation (à moins de miser dans un premier temps sur le créneau intéressant de
la performance acoustique). Il faut bien entendu prévoir aussi un espace scénique, un éclairage adéquate, et
inévitablement un local pour ranger le matériel mobile.
102
    Voir pour plus de détails la revue A+U+C n°7, Printemps 1993, p.2




                                                      114
3. Danse
La danse trouve une place privilégiée à Montpellier, dont une manifestation de choix est le
festival annuel Montpellier-Danse. Le Centre chorégraphique de Montpellier s’est montré lors
de la première réunion de la Commission culture très intéressé par les ambitions de l’université,
notamment en matière de recherche et de formation autour de la danse. Le théâtre a été reconnu
comme un outil prometteur pour les acteurs de la Cité. Reste à l’université de participer à
l’essor de la danse à Montpellier, domaine encore assez confidentiel pour qu’il devienne
élément phare de la vie artistique montpelliéraine. La création d’une filière danse à l’UPV
semble faire son chemin. Ceci complèterait admirablement l’éventail des filières artistiques de
la fac et offrirait un enseignement encore assez rare dans les universités françaises. La
possibilité de construire cette filière en partenariat avec le Centre chorégraphique peut être une
chance unique pour l’université de mettre en place un système d’enseignement original,
d’ouvrir réellement sa pratique sur l’activité de la cité et de miser dès l’origine du projet sur la
complémentarité des structures. Le prochain plan quadriennal nous dira si l’université su saisir
l’attrait de ce défi.


4. Arts littéraires
L’université Paul Valéry est de manière courante dénommée fac de Lettres. Pourtant, la place
de la littérature, même si elle est sans doute plus importante ici qu’ailleurs, reste en deçà de ce
que l’on pourrait espérer103. Le recul des filières traditionnelles (comme les Lettres modernes)
au profit de filières artistiques ou culturelles tel que le vit l’UPV ne semble pas une raison
suffisante pour expliquer ce manque de lecture, dont beaucoup s’accordent à dire qu’elle est le
vecteur principal de l’enrichissement culturel104. Ce vecteur est aujourd’hui très concurrencé
par les outils informatiques ou la télévision, qui contrairement à l’idée reçue n’ont pas le moyen
de se substituer matériellement au support papier et à l’écrit, mais le font reculer en occupant le
temps libre qui auparavant pouvait être dévolu à la lecture de loisir. Assez curieusement, s’il est
admis que les jeunes lisent peu, l’idée qu’ils lisent moins que leurs aînés reste à démontrer : la
massification a peut-être entraîné une baisse statistique du nombre de livres lus pendant l’année
par étudiant, mais a sans doute contribué à une augmentation globale de la place de la lecture
notamment chez les jeunes105. Cependant, les conclusions de l’étude menée à l’université du
Havre sur la lecture des étudiants sont assez inquiétantes : Bernard Ramé souligne dans cette
étude que la dangereuse dichotomie entre “ vie personnelle ” et “ vie professionnelle
étudiante ” observée depuis dix ans s’accélère106. La lecture, comme tout autre rapport au
savoir, se veut plus utilitaire, et se concentre sur les ouvrages directement payant pour les
études107. L’action culturelle devra donc encourager la lecture de loisir à l’université, ainsi que



103
    Voir l’étude très parlante Lecture des étudiants havrais de Bernard RAME, disponible sur le site de
Art+Université+Culture : http://www.auc.asso.fr
104
    Voir par exemple l’ouvrage de HAROUEL (Jean-Louis) – Culture et contre-culture, Paris, Presses
universitaires de France, 1994.
105
    Ces réflexions restent à être validées de manière scientifique.
106
    RAME (Bernard) – Lecture des étudiants havrais, disponible sur le site de “Art+Université+Culture” :
http://www.auc.asso.fr
107
    Bernard Ramé s’inquiète à juste titre de ce rétrécissement du champ culturel de l’étudiant : “ Nos étudiants
deviennent universitairement unidimensionnels. Cette unidimensionnalisation est socialement pénalisante car elle
se traduit par l’effacement progressif des données humanistes : l’étudiant citoyen est évacué, il n’est plus formé à
l’esprit critique autre que professionnel. À trop se professionnaliser, l’université perd son âme. L’universalité du




                                                       115
la production littéraire des étudiants. L’action du SCAC peut revêtir des formes multiples : on
peut imaginer l’organisation de cercles de lecture, dans lesquels serait abordée l’actualité
littéraire, la création d’un salon du livre, à condition d’affirmer une certaine spécificité pour un
type de manifestation assez répandu (pourquoi pas un salon centré sur la Science-Fiction ou la
production méditerranéenne ?), ou bien encore organiser des rencontres et des débats avec des
auteurs, des éditeurs et des journalistes. Un geste fort qui affirmerait la place du livre à
l’université serait d’accueillir sur le campus même un libraire ou un bouquiniste (au lieu que
celui du Bateau Livre reste aux grilles de l’université), qui ai fil des ans pourrait se transformer
en une Maison du livre (avec éditions universitaires, résidence d’écrivains, centre de
calligraphie, de l’illustration, et même de la BD). Cet espace, assez original dans une époque
qui préfère monter dans le train des Nouvelles technologies, permettrait sur le long terme de
mettre en place des diplômes spécifiques à l’université. Un tel outil aurait alors de réels moyens
pour encourager la création littéraire sur le campus et bien au-delà encore, et travaillerait à
démontrer que le livre n’a jamais cessé d’être un support moderne.


5. Histoire et patrimoine
Le dynamisme des filières d’archéologie et d’histoire de l’art, associé à la présence sur le
campus d’un musée de moulages parmi les plus riches de France impose à l’université Paul
Valéry de tenir un certain rôle dans le domaine du Patrimoine et de l’Histoire. L’ouverture plus
large du musée Antonin et une médiatisation plus agressive s’impose, afin de justifier la place
d’un tel lieu dans l’enceinte universitaire. Car l’ouverture seule du musée ne peut suffire à cette
justification : elle doit nécessairement s’accompagner d’une valorisation de cette statuaire et
d’un travail pédagogique autour de l’Histoire. La multiplication des visites guidées,
éventuellement sur rendez-vous pendant la période creuse semble indispensable, car la situation
spécifique de ce musée ne peut en aucun cas dispenser un tel établissement de la démarche de
conquête d’un public que doit mener tout musée. Elle ne peut que l’inciter à en faire plus, à
développer une dimension supérieure dans l’approche de la collection : la dimension
universitaire. Celle-ci peut bien entendu passer par la rédaction d’un catalogue d’exposition, en
collaboration avec les filières “ utiles ” de Paul Valéry et des professionnels extérieurs, et par la
mise en ligne du contenu de cet ouvrage, conformément à l’idée de partage gratuit des
connaissances qui devrait guider le Service public d’Enseignement supérieur. A plus long
terme, on peut imaginer le recrutement d’un professionnel compétent en muséologie, chargé du
musée Antonin et de l’ensemble des expositions que sera susceptible d’organiser l’université
grâce au SCAC et aux filières d’art. Un espace d’exposition s’imposera alors, conjuguant
patrimoine historique (avec le musée Antonin) et art contemporain. On peut alors imaginer un
réaménagement total de l’Atrium, bâtiment qui accueille le musée Antonin, deux salles de
cours et un atelier d’archéologie – et qui présente une luminosité naturelle assez intéressante –
afin de le transformer en une galerie d’exposition digne de ce nom. La deuxième solution serait
de créer de toute pièce un musée sur le futur Campus St-Charles, en centre-ville, accueillant la
collection de moulages et toutes sortes d’expositions108.



savoir s’en trouve réduite. Elle sera donc, dans le cadre de la vie personnelle de l’étudiant, remplacée par un
savoir local composé, entre autres, de savoir tribal et se savoir familial ; il s’agit d’un savoir existentiel. ”
108
    Il paraît en effet plus simple de concentrer en un seul lieu le musée des moulages et une éventuelle galerie
d’exposition, afin de capter un public plus large, qui ne se déplacera pas forcément deux fois pour deux lieux
universitaires d’exposition, d’autant plus que le tracé du tramway n’a pas facilité l’accès à l’UPV.




                                                     116
6. Arts plastiques et nouvelles formes d’expression
La galerie d’exposition n’est cependant pas le seul outil de diffusion des arts plastiques et
graphiques. Certes, elle est le lieu privilégié de rencontre du public pour la sculpture, la
peinture, le dessin ou la photographie. Mais des aspects plus neufs de l’expression plastique,
encore placés sous la bannière des loisirs, doivent être encouragés : ainsi peut-on citer le Graf’,
adapté à l’exposition extérieure, la Bande-Dessinée, à rattacher aussi à l’univers du livre, le film
d’animation et les nouvelles formes d’expression liées à l’essor du numérique, transformant
l’outil informatique à la fois en support et en matériau de productions hybrides et novatrices.
Toutes ces modes d’expression doivent être encouragés par le SCAC, non pas en vue de leur
reconnaissance future, mais comme moyen actuel de développement de la sensibilité,
d’affirmation de la personnalité de l’individu et de son rapport au monde – donc comme forme
d’art au potentiel digne d’intérêt. Des outils peuvent être déployés : labos-photos, salles
multimédias équipées pour le traitement de l’image, le film d’animation ou la BD, commande
de fresque murale, etc.… La mise à disposition de salles spécialisées est un complément
indispensable au “ dirigisme ” des enseignements, qui ne peuvent fournir le support d’une libre
expression, et par conséquent ne sont pas le lieu le plus adapté à l’innovation artistique. La
diffusion des formes d’art contemporain traditionnelles sont sans doute moins problématiques,
l’utilité de cette démarche étant semble-t-il moins controversée que l’attitude ici évoquée. Le
travail réalisé par Marguerite Seeberger pour l’organisation de projections de films sur l’art est
tout à fait remarquable, malgré les incroyables difficultés matérielles et pratiques rencontrées
pour la préparation de chacun de ces rendez-vous. L’établissement d’un cadre plus solide, plus
stable et une plus grande reconnaissance du travail réalisé permettrait par ailleurs à ces
projections de drainer un public plus large, qui malgré tout semble fidèle. L’université pourrait
également faire en sorte qu’un débat soit systématiquement organisé, afin que la problématique
affichée lors de ces soirées soit réellement l’objet d’une rencontre, d’une discussion entre le
public et des intervenants.


7. Arts du spectacle
Filière aux étudiants très actifs, notamment par l’intermédiaire de l’association l’Ecran et son
double, les Arts du spectacle fournissent un potentiel d’action très large et très dynamique. Si le
département Théâtre se trouve en bonne place dans la politique culturelle de l’UPV, d’autres
branches très appréciées des étudiants doivent être prises en considération. Le cinéma, activité
de loisir très largement plébiscitée par les jeunes dans de nombreuses enquêtes sur leurs
pratiques culturelles, est également un domaine privilégié du “ passage à l’acte ” des étudiants.
Ainsi, chaque année apporte son lot de projets de courts-métrages (comme cette année Miroir
de Lionel Laget ou Dedans/Dehors de Erwan Augoyard, Eve Commenge et Sophie
Kovess-Brun), de rencontres autour de professionnels du cinéma ou d’aide à la fréquentation
cinématographique (séances à prix réduits au Diagonal Campus à deux pas de la fac, projet d’un
vidéo-club, etc.). Malheureusement, le dynamisme de ces passionnés de cinéma n’a
apparemment suscité aucune franche reconnaissance de la part de l’université, même si les
subventions restent régulières109. Ces trois aspects de l’action culturelle (approche du monde


109
    On peut même observer une certaine réticence de la part du Service culturel de subventionner
systématiquement les opérations de l’Ecran et son double, qui “ à cause ” de son dynamisme, rafle une bonne
partie du budget alloué aux projets étudiants. Une solution serait de pousser plus avant le partenariat, pour
éventuellement mettre sur pieds une convention visant à développer de manière rationnelle le secteur Cinéma /




                                                   117
professionnel, aide à la création et diffusion) peuvent être appuyés par le SCAC notamment par
la mise à disposition de matériel professionnel. Très coûteux, le matériel de tournage et surtout
de montage représente de loin la plus grosse partie du budget d’un court-métrage. L’acquisition
d’un banc de montage numérique professionnel par exemple permettrait au SCAC de proposer
un outil indispensable pour le cinéma et l’audiovisuel. Un matériel de bonne qualité serait en
mesure d’intéresser bien des projets extérieurs à l’université qui, une fois ces projets
sélectionnés pour leur dimension universitaire ou artistique, pourrait être mis à disposition ou
loué selon la disponibilité du lieu110. Par ailleurs, le SCAC devra s’efforcer de trouver un terrain
d’entente avec les filières artistiques et certaines associations afin de “ rentabiliser ” au
maximum l’utilisation d’équipements spécialisés lorsque ceux-ci sont inutilisés (banc de
montage professionnel sur pellicule, labo-photo, etc.). Le cinéma présente également l’intérêt
supplémentaire d’être par nature fédérateur de nombreux domaines artistiques : jeu d’acteur,
décors, costumes, musique, mise en scène, sont autant de paramètres favorisant la rencontre
entre les filières et l’élaboration de projets à visée transversale. Les autres dimensions qui
peuvent être développées avec la filière arts du spectacle sont très nombreuses. Il conviendra
donc, dans ce secteur plus que dans n’importe quel autre, de suivre le potentiel et les envies de
chacun, et de s’appuyer sur le dynamisme existant pour tenter de faire de cette filière le lieu
privilégié de l’interdisciplinarité.


8. Acteurs de la médiation et filières “ utiles ”
L’approche par secteur artistique provoque inévitablement la rencontre entre un domaine de
l’action culturelle et un pan d’une filière d’enseignement, qui recèle par essence un ensemble de
compétences humaines adaptées au secteur en question, et un public plus naturellement porté
vers ce secteur. Les filières artistiques et littéraires ne sont pas les seules à pouvoir participer à
la construction de l’action culturelle. Celle-ci nécessite un ensemble de compétences beaucoup
plus large, qui touche naturellement à la Médiation et à la communication, mais également aux
arts appliqués (pour l’élaboration des plaquettes d’information, les affiches, et plus
généralement à la création d’une identité visuelle pour le SCAC), aux Sciences humaines et
sociales (pour la caractérisation d’un public, des études sur les pratiques artistiques des
étudiants et autres enquêtes), et à toutes sortes de compétences techniques plus spécialisées. La
multiplication des contacts avec les enseignants de ces filières permettra de mieux cerner les
intérêts que l’action culturelle est en mesure de mettre en jeu, afin d’offrir aux étudiants un
terrain privilégié d’expérimentation professionnelle, et au SCAC de trouver des outils capables
d’aiguiser la pertinence et l’efficacité de son action. L’essentiel du projet culturel de
l’université restant à construire, il convient de développer dès que possible de tels contacts,
pour associer ces compétences à la phase préparatoire du projet : enquête sur les attentes des
étudiants en matière de pratique et de manifestations culturelles, création d’une identité visuelle
pour le SCAC, mise en place d’un dispositif de communication efficace et opérationnelle dès
l’année à venir, médiation en direction des lycées et collèges à plus long terme, etc… Avant
même les filières artistiques, les filières “ utiles ” sont des alliés incontournables de la mise en

Audiovisuel. Ce serait par ailleurs un bon moyen d’expérimenter une coopération d’égal à égal entre institution
universitaire et association étudiante, ou même de proposer à une organisation étudiante une autonomie contrôlée
dans le développement d’un secteur culturel, sous réserve d’un cadre d’action stricte, d’un encadrement
professionnel et d’un bilan d’activité soigné.
110
    Permettant à terme de rentabiliser cet investissement. En effet, rien ne semble s’opposer à ce que le Service
culturel s’inscrive aussi dans une logique marchande, dans la mesure où cette logique reste secondaire, loin
derrière sa mission de défense et de promotion de l’art et de la culture.




                                                     118
œuvre de la politique culturelle, et seront les plus sûrs garants d’une réelle efficacité de l’action
culturelle, de sa mise en cohérence et de sa pertinence.


L’approche sectorielle permet de rendre plus rapidement l’action culturelle efficace, de rendre
visible l’action du SCAC aux yeux de la communauté universitaire avant même son plein
exercice en creusant les premiers sillons du projet culturel dans des champs d’action très
différents. Les quelques pistes énoncées ci-dessus ne fournissent qu’une base de réflexion très
parcellaire, chaque projet évoqué nécessitant un travail plus approfondi mettant en lumière les
ses conditions de faisabilité. Ces différents travaux de réflexion, le SCAC peut les mener de
front. Il suffirait pour cela de soustraire le fonctionnement du SCAC à la logique universitaire
traditionnelle, et d’oser accorder sa confiance à des personnes motivées par l’action culturelle,
indépendamment de toute question de statut, d’implication dans les leviers du pouvoir ou de
légitimité électorale que chacun sait fort contestable. Chaque branche confiée à un comité
spécifique, la direction générale du SCAC pourrait alors s’atteler pleinement à la coordination
de ces différents secteurs d’activité, à leur rencontre et à la cohérence d’ensemble du projet.




                                             




                                                119
Un bouillonnement organisé
Le découpage des domaines de compétence du SCAC tel qu’il a été réalisé dans cette partie de
notre réflexion offre sans doute à l’action culturelle une gestion à la fois plus proche du terrain,
grâce à la mise en place de relais au plus près des acteurs potentiels de l’université, et plus
“ productive ”, puisque le réseau ainsi formé s’attache à développer des projets dans des
domaines très différents. Le grand danger d’une telle organisation, qui sépare d’une part les
grands axes transversaux d’action (communication et information, liens avec les associations,
organisation de la programmation), et d’autre part des secteurs artistiques, réside dans une trop
forte autonomie de ces différents domaines, dans un trop grand cloisonnement. Chacun devra
donc garder à l’esprit que le travail réalisé pour un secteur donné ne trouve sa justification que
dans le fait qu’il nourrit l’action culturelle dans son ensemble, et qu’une des finalités de cette
action culturelle est justement de lutter contre le cloisonnement universitaire : cloisonnement
entre vie “ scolaire ” et vie individuelle et sociale, cloisonnement entre les disciplines,
cloisonnement entre enseignement, recherche, et vie artistique pour les professeurs,
cloisonnement entre apprentissage du savoir et mise en situation du savoir (dans le monde
professionnel ou dans la pratique artistique). L’ouverture de l’université doit donc avoir lieu.
Mais cette ouverture ne peut se limiter à une fenêtre sur l’extérieur : il s’agit en premier lieu
d’abattre toutes les cloisons qui séparent les différents enseignements, les travaux de
recherches, la vie sociale de l’étudiant, pour que l’université, dans sa globalité, ne soit plus
qu’un lieu unique de confrontation au Savoir sous toutes ses formes, de regard critique sur la
culture, et par le regard qu’elle porte sur lui, sur le monde. En quelque sorte, l’action culturelle
doit mettre en place une organisation capable de développer chaque parcelle du terrain culturel
de manière rationnelle et cohérente, tout en favorisant un joyeux amalgame entre les différentes
approches de la culture, à tous les niveaux et dans des directions parfois opposées.




                                               120
                                                     I I è me co nclus io n i nter mé dia ire



L’action culturelle doit en permanence associer réflexion idéologique et mise en œuvre
pratique. Aussi convient-il d’être intransigeant lors de la mise en pratique des idées approuvées
unanimement, afin qu’aux idéaux exposés réponde un projet qui respecte scrupuleusement les
engagements pris. Ainsi, l’examen des résultats de l’action culturelle pourra être suffisamment
juste pour que la réorientation annuelle de la politique culturelle puisse jouer pleinement son
rôle, améliorant d’année en année le projet universitaire.


Cette intransigeance provoquera sans aucun doute certains heurts qu’il faudra encaisser au nom
du respect des directives approuvées par les instances universitaires - Commission culture puis
Conseil d’Administration en ce qui concerne le texte de politique culturelle.


Plus cette mise en pratique des idéaux si vivement défendus sera rapide, plus le signal sera
puissant et clair : le SCAC est en effet encore dans une période de gestation, et s’est contenter
pour l’instant de demi-mesures, chose tout à fait compréhensible lorsque l’on connaît le pouvoir
d’inertie de la machine universitaire. Cependant, certains actes forts peuvent prendre le pas sur
des moyens humains et financiers dont on sait qu’ils sont longs à être débloqués, affirmant par
les actes et explicitement le franc soutien que l’université accorde au développement du SCAC
de manière implicite.


Il s’agit donc de rendre visible le domaine de compétence, en rattachant clairement ce qui
dépend de l’action culturelle au SCAC, conformément aux motivations qui ont présidé à la
naissance de ce service. Du musée Antonin à la salle de spectacles du futur bâtiment Jean Hugo,
en passant par la salle multifonction de la Maison des Etudiants, le SCAC doit pouvoir trouver
sa place dans chaque lieu culturel du campus. Il en va de la légitimité du Service Commun, et
plus largement de la validité des décisions prises par le CA.


Loin de vouloir faire du SCAC une cellule unique de “ pouvoir ” culturel imposant de manière
verticale ses volontés à quelques acteurs culturels autorisés, il s’agit plutôt de rendre possible
une coordination de type horizontale, de favoriser la circulation des idées et la rencontre des
projets en tentant de casser autant que possible le cloisonnement de la pratique culturelle et
universitaire. Une organisation rigoureuse est indispensable pour permettre de développer cette
rencontre des compétences et pour accueillir tout ce que l’université, dans sa globalité, est en
mesure d’offrir à la culture.


Si une organisation sectorielle semble indispensable à une plus grande efficacité et un plus
large contact avec la population universitaire, la direction du SCAC devra trouver le moyen de
compenser ces divisions toujours dangereuses en supervisant l’ensemble des actions engagées
et en mettant en place un réseau d’animation et d’échanges entre ces secteurs d’activité. Cette
ouverture interne de la pratique universitaire sur elle-même ainsi que sur les richesses humaines
“ extra-universitaires ” encore cachées par les enseignants et les étudiants


                                              121
I I è me co nclus io n i nter mé dia ire



marquera un important virage du développement de l’université. L’UPV doit encourager au
maximum ce premier degré d’ouverture, qui permettra au Savoir de trouver une nouvelle
justification chez l’étudiant, et espérons le, dans la société.
Le second degré d’ouverture devra s’établir entre l’université et son environnement. Une
parfaite ouverture de l’action culturelle universitaire sur la cité nécessitera une lente
construction des liens avec les institutions extérieures ainsi qu’un travail en profondeur sur les
moyens de communication, de diffusion et de promotion de l’université. Ce travail nécessite
que l’on s’interroge dès aujourd’hui sur les solutions à proposer, en tentant là encore de
décongestionner et de décloisonner des approches qui restent souvent isolées les unes des
autres. Les missions de l’université réclament de sa part que cette ouverture ne s’opère pas
seulement en direction d’un public quasiment conquis d’avance (élèves et professeurs de
conservatoires et écoles des Beaux-Arts, professionnels de la culture et institutions
culturelles…). L’ouverture doit s’opérer vers tous, conformément à l’idéal d’une culture
élaborée et reconnue du plus grand nombre, ce qui implique une politique parfois agressive de
conquête du public, ou tout du moins d’une approche de la culture pédagogique qui invite à
connaître un peu plus.


La tâche est d’autant plus ardue qu’il s’agit de réfléchir aujourd’hui à l’action culturelle de
demain, alors que l’action présente n’est qu’en phase de gestation. La réflexion doit en
permanence prendre ce train d’avance sur la réalisation pratique, à condition que cette réponse
pratique voit effectivement le jour dans le wagon suivant.




                                              122
123
124
                                        Conclusion




La création du Service Commun d’Action Culturelle en 1998 a marqué la naissance d’une
action culturelle à l’université Paul Valéry de la manière la plus officielle qui soit. Les deux
années qui ont suivi ont permis au SCAC de prendre ses marques, ce service se contentant alors
de soutenir financièrement certains projets d’étudiants ou d’enseignants sans qu’une politique
culturelle globale ait été préalablement établie par l’université et sans que lui soit véritablement
donnés les moyens de l’élaboration d’un projet construit.


Le texte de politique culturelle a été élaboré au cours de l’année par la Commission Culture et
reste en attente de son adoption par le CA, laissant alors le champ libre au SCAC pour sa mise
en œuvre. L’ingénieur d’étude recruté à la rentrée 2001 sera en toute logique chargé, aux côtés
de Josiane Mas (directrice du SCAC), d’élaborer un projet culturel concret et détaillé capable
de traduire en actes les principes édictés par la Commission Culture et adoptés par l’université.
Deux difficultés majeures vont se présenter au SCAC lors de l’élaboration de ce projet : il
s’agira de définir clairement les modes de fonctionnement du futur Théâtre et les conditions de
son intégration au sein du SCAC, ainsi que la destination précise de la salle multifonction de la
Maison des Etudiants et le rôle que le SCAC peut prétendre y jouer.


Ces questions peuvent paraître de prime abord purement techniques, accessoires, et par
conséquent ne nécessiter qu’une réponse d’ordre pratique. Or, à travers le problème de
l’articulation de ces deux lieux essentiels à l’action culturelle et de leur projet respectif
transparaissent des questions beaucoup plus générales faisant entrer en jeu l’ensemble des
paramètres de la pratique universitaire. En effet, avec la gestion des lieux et leur destination
sont posées toutes les questions qui touchent au rôle de la Culture à l’université, aux rapports à
établir entre Culture et Savoir, entre les pratiques artistiques et les enseignements. On ne peut
proposer des solutions pour l’action culturelle sans soulever ce type d’interrogations. A chacun
de ses actes, l’université répondra à une de ces questions théoriques ou idéologiques,
témoignera un peu plus de la manière dont l’université pense son rôle, et contribuera




                                               125
inévitablement à construire son identité, à définir sa place et son rôle dans la société. Sans doute
est-ce là le sens profond de l’action culturelle et que Jacques Rigaux a parfaitement synthétisé
lorsqu’il en parle comme d’une “ pensée en actes ”111.


L’action culturelle doit donc accorder une égale importance à l’approche réflexive de la Culture
et à sa mise en œuvre pratique, l’une et l’autre se répondant sans cesse.


La réflexion autour de la Culture et ses questions connexes relatives à l’éducation, aux modes
d’apprentissage, au sens de l’art ou aux pratiques amateurs fait inévitablement intervenir une
part importante d’utopie dont l’université ne peut refuser d’être le siège. En s’interrogeant sur le
sens de la Culture, l’université s’interroge sur l’homme et son rapport au monde. Car malgré la
multitude des définitions possibles de la Culture, c’est dans la capacité de l’homme à donner du
sens à son environnement que peut être trouvée la clef de la compréhension de ce concept, dont
la diversité des modes d’expression masque trop souvent la profonde concordances des
aspirations. Culture et Education portent en eux la même utopie, même si les voies privilégiées
pour y parvenir ont été souvent divergentes. Cette utopie, l’Education et la Culture la défendent
au jour le jour dans le processus de construction de l’individu que leurs institutions sont censées
mettre en œuvre et accompagner. En effet, en travaillant sur l’épanouissement et la maturation
de chaque individu, les établissements d’enseignement travaillent indéniablement à la
construction de la société de la manière la plus intime qui soit. C’est en cela que l’université
trouve une place essentielle dans la société : chargée de la formation des futurs formateurs de la
population du pays – en plus des missions d’élaboration, de conservation et de diffusion du
Savoir – l’université a entre ses mains le pouvoir de faire progresser la nation. Certes, ce
progrès reste latent, et rien ne semble diriger l’action traditionnelle de l’université dans cette
optique, mis à part la loi Savary de 1984 que beaucoup semblent avoir oubliée. C’est pourquoi
l’action culturelle, plus que n’importe quel autre organe universitaire se doit de reprendre à son
compte cette utopie qui sommeille au cœur de l’université, afin de faire évoluer les choses,
lentement et imperceptiblement, mais en ayant parfaitement conscience des potentialités réelles
de cette institution.


Pour révéler efficacement ses potentialités, l’université devra être capable de proposer un projet
global pour l’action culturelle qui prenne en considération toutes les dimensions possibles de
son développement. Pour cela, il paraît indispensable d’assainir le terrain d’exercice du SCAC,
aussi bien au niveau interne qu’externe. Il s’agira d’une part de réactualiser de manière
pertinente ses modes de fonctionnement et de répartition des charges de travail, et d’autre part
de fixer clairement la destination de chaque lieu culturel du campus, afin d’organiser la
complémentarité des lieux d’accueil de l’action culturelle. Au-delà de l’aspect purement
pratique d’une telle réorganisation, cette première étape permettra de mesurer le niveau de
confiance que veut bien accorder l’université à son Service culturel et les ambitions réelles que
l’UPV voudra lui confier. Il en va de l’avenir de l’action culturelle, de ses possibilités
d’expansion et de sa légitimité. Une fois réglée la question des lieux, de leur gestion et de leur
articulation, le SCAC pourra envisager une réelle ouverture de l’action culturelle sur son


111
   RIGAUX (Jacques), Préface à l’ouvrage de Jean CAUNE : La culture en action. De Vilar à Lang : Le sens
perdu, Grenoble, P.U.G., 1992, p.8




                                                   126
environnement. Il devra ainsi rechercher les termes d’une coopération pertinente avec les
institutions de la ville, mais également mettre au point une stratégie de conquête des publics de
la cité. En effet, la véritable légitimité de l’action culturelle passera par une reconnaissance
extérieure, de la part des professionnels mais aussi du reste de la population. Au centre de cette
conquête se trouve la question de la communication, question périphérique à la culture et
pourtant essentielle dans la société contemporaine. La question de la communication déborde
très largement des limites de l’action culturelle et même de l’UPV. Il y a là pour l’université un
véritable défi à relever pour que la communication et l’information devienne à la fois un moyen
d’affirmation de l’autonomie de l’université et un vecteur formidable de son identité. Cette
identité que l’action culturelle contribue très nettement à véhiculer devra trouver de multiples
résonances dans le projet culturel qui sera construit. Le projet culturel devra nourrir des
spécificités marquantes et adaptées aux attentes de la communauté universitaire. La grande
difficulté pour l’action culturelle est en effet que même s’il existe de très nombreuses
expériences, variées et pertinentes, aucun model pré-formaté ne peut être imposer aux
particularités de notre université. L’action culturelle se construit au jour le jour, en trouvant sur
le terrain le moyen de répondre à de nobles idéaux, en mêlant sans cesse raisonnement
théorique et expérimentation pratique.


Si l’université accepte de renouer avec certaines aspirations, si elle joue le jeu d’une
coopération totale et confiante de l’ensemble de ses compétences, alors pourra-t-on espérer
donner un semblant de visage à l’utopie. Les enseignements tirés de ce premier demi-siècle de
politique culturelle invite à la modestie. En effet, nul besoin d’espérer qu’une telle utopie
aboutisse pour que l’université et les acteurs de la Cité s’engagent sur la voie du changement.
Nul besoin non plus de prôner un changement radical de la pratique universitaire, dont
l’enseignement demeure malgré toutes les attaques qu’il peut subir un enseignement de qualité,
dispensé dans de bonnes conditions et dans un esprit démocratique et égalitaire qu’il convient
de saluer. Cependant, une certaine ouverture est possible, un autre rapport au savoir peut être
développé, débarrassé de toute idée utilitariste, et qui encourage à connaître sans autre but que
la connaissance. C’est dans cette optique qu’a été créée l’université il y a presque huit-cents
ans, et c’est baignée de ce rêve illusoire que l’université doit repenser sa place dans la société,
afin de mieux remplir ses missions traditionnelles d’élaboration, de conservation et de diffusion
du Savoir, mais aussi afin de mieux jouer son rôle d’enrichissement spirituel et de construction
des individus dont elle a la charge. Car c’est par ces esprits qui traversent l’université que passe
le progrès de la nation.




                                                127
128
129
130
                                     Bibliographie




Ouvrages traitant du rapport Culture / Université :
   Collectif - L’Université au défi de la culture : Actes des Assises culturelles de Toulouse-Le
    Mirail, Toulouse, ADDOC Midi-Pyrénées, avril 1991

   LAURET (Jean-Marc) et BECQUET (Valérie) – Culture et Université, le partenariat entre
    institutions culturelles et universités, Dijon, Les presses du réel, 1997

   PATRIAT (Claude) – Eloge de la perturbation. Dijon, Les presses du réel, 1993



Ouvrages traitant de l’université
   ALLEGRE (Claude) - L’âge des savoirs : pour une renaissance de l’Université. Paris,
    Gallimard, 1993

   ASER (Association de réflexion sur les Enseignements Supérieurs et la Recherche) -
    Quelques diagnostiques et remèdes urgents pour une université en péril. Paris, Raison
    d’agir, 1997.

   BOURDIEU (Pierre) et PASSERON (Jean-Claude) – Les héritiers, les étudiants et la
    culture. Paris, Editions de minuit, 1964

   BOURDIEU (Pierre)- Homo Academicus. Paris, Editions de minuit, 1984.



Ouvrages traitant de la culture et des politiques culturelles
   Collectif - Institutions et vie culturelles. Paris, La documentation française,1996

   CAUNE (Jean) : La culture en action. De Vilar à Lang : Le sens perdu, Grenoble, P.U.G.,
    1992

   CUCHE (Denys), La notion de culture dans les sciences sociales, Paris, La Découverte,
    1996

   CHOMBART DE LAUWE (Paul-Henry) – Images de la culture, Paris, Payet, 1970

   DIDIER-MOULONGUET (Lise) - l’acte culturel. Paris, L’Harmattan, 1998.

   FUMAROLI (Marc) – L’Etat culturel, essai sur une religion moderne, Paris, éditions de
    Fallois, 1991



                                              131
   HAROUEL (Jean-Louis) – Culture et contre-culture, Paris, Presses universitaires de
    France, 1994

   LEVI-STRAUSS (Claude) – Race et histoire, Paris, Denoël, 1987

   MOULINIER (Pierre) – Les politiques publiques de la culture en France, Collection “Que
    sais-je ?”, Paris, Presses Universitaires de France, 1999


Rapports et documents de travail
   ATTALI (Jacques) – Pour un modèle européen d’enseignement supérieur. Ministère de
    l’Education nationale, février 1998

   DOMENACH (Claude) – “ Action culturelle en milieu universitaire ”. Ministère de la
    Culture, Direction du Développement culturel, février 1984, disponible sur le site
    http://www.auc.asso.fr.

   RAME (Bernard) – Lecture des étudiants havrais, disponible sur le site de
    “Art+Université+Culture” : http://www.auc.asso.fr

   Université Paul Valéry – Contrat quadriennal de développement 1999-2002, disponible à la
    DIVIC.


Déclarations, discours et textes officiels
   LUCIER (Pierre) - L’Université, maison de la culture - Allocution de prononcée le 11
    décembre 1997 à la Maison de la Culture de Trois-Rivières, disponible sur le site
    http://www.auc.asso.fr et en annexe 1.

   Loi n° 84-52 du 26 janvier 1984 sur l’enseignement supérieur – Journal Officiel du 27
    janvier 1984.

   Partenariats Education – Culture. Dossier de presse du 9 Avril 1999 présenté par Catherine
    Trautmann et Claude Allègre, disponible sur le site d’Art+Université+Culture :
    http://www.auc.asso.fr

   Allocutions de Catherine Trautmann (ministre de la Culture et de la Communication) et
    Claude Allègre (ministre de l’Education nationale, de la Recherche et de la Technologie),
    réunis le 9 avril 1999 autour du thème “ Les partenariats éducation – culture ”, disponible
    sur le site d’Art+Université+Culture : http://www.auc.asso.fr


Articles et dossiers
    Art+Université+Culture (renseignements : http://www.auc.asso.fr).
     N° 2-3, hiver 1991 : BERAUD André : L’ingénieur et l’art / l’ingénieur artiste, pp. 21 et
       22 – ROUYER (Philippe) : Politique culturelle et contrats quadriennaux, pp.17 et 18
     N° 5, été 1992 : Dossier : Les lieux culturels en milieu universitaire, création et gestion
     N° 7, printemps 1993 : Gros plan – La musicologie se met en scène : les concerts
       lectures, pp.2 à 6


                                              132
     N° 8, été 1993 : CHENE (Janine) – Une UV libre : la philosophie et les événements de la
      culture, p.12
     N° 12, été 1994 : Gros plan – Des artistes à l’université : en résidence, pp. 2 à 8

    Les cahiers d’Art+Université+Culture (renseignements : http://www.auc.asso.fr).
     N° 3, décembre 1995 : Dossier : A quoi sert la carte culture ? pp.10 à 15
     N° 4, janvier 1996 : Art et science : Faux amis, vrais parents, pp.6 et 7
     N° 5, février 1996 : Cultures en apesanteur (Les sorties et pratiques culturelles des
       jeunes), pp.10 et 11
     N° 6-7, mars-avril 1996 : Dossier : Etat des lieux, pp.14 à 35
     N° 12-13, Janvier 1997 : ADER (Jean) – Genèse d’une utopie laïque, pp.10 à 12
     N° 19, Août-septembre 1996 : Dossier : Des Œuvres à l’œuvre (panorama de l’action
       culturelle conduite par les Crous), pp.6 à 31
     N° 21-22-23, février, mars, avril 1998 : Numéro spécial – Acteur Usager : la
       participation des étudiants à l’action culturelle universitaire


Ressources internet annexes
    Association “Art+Université +Culture” : http://www.auc.asso.fr
     Textes officiels
     Discours
     Rapports
     Etudes
     Manifestes

    Ministère de l’Education nationale : http://www.education.gouv.fr
     L’éducation artistique – Dossier documentaire, juin 2001
     Chiffres clefs de l’enseignements supérieurs
     B.O. N°31 du 30 juillet 1998 : L’éducation artistique et culturelle de la maternelle à
       l’université.

    Ministère de la Culture : http://www.culture.gouv.fr
     L’éducation artistique et culturelle pour tous – dossier de presse du 14 décembre 2000.

   La     mission   de    l’éducation     artistique   et    de      l’action   culturelle     :
    http://www.mission-culture.org




                                             133
134
                                         Annexes




      I.      Discours


Annexe 1 .................. L'Université, maison de culture, par Monsieur Pierre    p.137
                            Lucier, président de l'Université du Québec




      II.     Textes officiels et circulaires


Annexe 2 .................. Circulaire conjointe DES-DDF : Daniel Bloch,            p.141
                            Hélène Mathieu – 25 juin 1992
Annexe 3 .................. Statuts du Service Commun d’Action Culturelle –         p.143
                            Université Paul Valéry
Annexe 4 .................. La politique culturelle de l’Université Paul Valéry –   p.147
                       Texte élaboré par la Commission Culture du 14 mars 2001




      III.    Textes et documents divers


Annexe 5 .................. L’enseignement supérieur artistique et culturel :       p.151
                            Année 1999-2000, Note d’information du MEN 01.14
Annexe 6 .................. Vraie question pour un faux problème, par               p.157
                            l’association “Art+Culture+Université”
Annexe 7 .................. Licence obligatoire – texte de synthèse rédigé par      p.159
                            “Art+Culture+Université”
Annexe 8 .................. Un théâtre à l’université Paul Valéry de Montpellier,   p.161
                            projet rédigé par J. Mas, G. Liebert et B. Boille




                                              135
136
                                                                                                Annexe 1



                            L'Université, maison de culture112

Notes pour l'allocution prononcée par Monsieur Pierre Lucier, président de l'Université du Québec, lors
de la cérémonie de remise de doctorats honoris causa sous l'égide de l'Université du Québec à
Trois-Rivières, à la Maison de la Culture de Trois-Rivières, le 11 décembre 1997.


Monsieur le Recteur,
Mesdames et Messieurs de la Direction et du corps professoral de l'Université du Québec à
Trois-Rivières,
Madame et Monsieur les diplômés de ce jour,
Distingués invités,
Mesdames, Messieurs,

Je vous dirai d'abord ma joie d'être ici avec vous pour cette remise de doctorat honorifique à Madame
Aimée Leduc et à Monsieur Louis-Edmond Hamelin. Je me joins avec un vif plaisir à l'hommage qui leur
est rendu ce soir et qui consacre l'appréciation dont ils sont l'objet dans la communauté universitaire.
Acceptez, Madame, Monsieur, mes très cordiales félicitations.

C'est dans la Maison de la Culture de Trois-Rivières que nous tenons, ce soir, cette séance académique
de remise de grades d'honneur. Et c'est par des activités à caractère culturel et artistique que se
poursuivront ensuite nos moments de fête et de réjouissance. Cet amalgame de lieux, d'institutions et
de genres est particulièrement heureux et n'est sans doute pas dû au seul hasard des circonstances.
Permettez que je m'en inspire très directement pour partager brièvement avec vous quelques idées et
quelques convictions personnelles sur l'université considérée comme maison de culture.


1. La culture : deux approches qui se rejoignent

Des pans entiers de bibliothèque ont été écrits et s'écrivent encore sur ce qu'est la culture. C'est que la
culture est à ce point englobante et révélatrice des couches les plus profondes de la vie humaine qu'on
en vient vite à penser que, lorsque la vie se fait humaine, tout y est culture en quelque façon, sous un
angle ou sous un autre — le plus signifiant, à vrai dire. Se dégage ainsi une première série de définitions
et de cadres d'analyse qui voient dans la culture l'ensemble des manières de vivre, de sentir, de penser
et de s'exprimer qui distinguent un groupe d'un autre et qui concernent toutes les facettes de la vie — le
logement, l'habillement et l'alimentation tout autant que l'aménagement du territoire, l'organisation
sociale, l'expression artistique, le discours politique et les rites religieux.

Cette vision large et compréhensive de la culture en exaspère parfois certains, qui estiment que, lorsque
“ tout est dans tout ”, on finit par ne rien dire ni cerner d'un peu précis. Il arrive ainsi qu'on préfère une
deuxième série de définitions, plus spécifiques, et désignant ce qui, dans toutes les manifestations
d'une collectivité humaine, constitue une expression explicite, une construction de signes comme on en
trouve dans l'expression proprement artistique. C'est cette culture dont s'occupent traditionnellement et
spécialement les ministères et organismes voués aux “ affaires culturelles ”, aux “ milieux de la culture ”,
aux “ milieux artistiques ” : littérature, théâtre, musique, peinture, danse, cinéma, etc. y figurent alors en
place centrale.




112
      Texte disponible sur le site WWWeb de “Art+Université+Culture” : http://www.auc.asso.fr




                                                      137
Je n'ai pas l'intention de vous entraîner ce soir dans quelque analyse des avantages et des
inconvénients liés à l'une ou l'autre de ces approches. Sans doute parce que ce n'est ni le lieu ni l'heure.
Mais, plus fondamentalement, parce que j'ai toujours estimé qu'il n'est pas très fécond de pratiquer une
telle opposition. Il me semble, en effet, qu'il y a, de l'une à l'autre de ces approches, une parenté et une
continuité anthropologiques plus pressantes et plus porteuses que bien des distinctions jugées
commodes pour baliser l'usage courant des mots.

Entre la culture entendue au sens très large que j'ai évoqué et la culture désignant les domaines de
l'expression artistique, il y a une unité profonde, qui tient essentiellement à ce que l'une et l'autre
pointent vers un certain aménagement humain de la réalité et prennent appui sur l'intention de
signification qui s'y traduit, à des degrés variables de conscience ou de spontanéité, à des degrés
variables de recherche esthétique et selon des canons de beauté tout aussi variables. Même les actes
et les fonctions les plus élémentaires de la vie — naître, manger, dormir, se vêtir, se reproduire, mourir
— sont toujours et inéluctablement réalisés “ d'une certaine manière ”. Et cette “ manière ”, bien au-delà
de la seule adaptation aux conditions climatiques ou à d'autres impératifs du même genre, est toujours
plus ou moins directement liée au discours fondateur qui explique, illustre, justifie la trajectoire
historique du groupe considéré et cherche même à établir le sens de la vie humaine. Le récit historique,
le mythe, l'idéologie, la religion trouvent sans doute là la raison de leur constante résurgence, ainsi
qu'en témoigne la puissance toujours actuelle de la Bible, d'Homère, de Shakespeare, de Cervantès, de
Goethe et de quelques autres très grandes sources.

Les gestes les plus simples de la vie quotidienne sont ainsi presque toujours “ stylisés ”, “ ritualisés ”, et
renvoient dès lors au sens que les groupes humains donnent à la vie individuelle et collective, voire à la
signification dernière qu'ils donnent à l'univers, à son avant, à son après. N'est-ce pas ce que nous
révèlent nos expériences de rencontre et de dépaysement culturels ? N'est-ce pas en étant accueillis
dans des groupes humains, dans des foyers, dans des fêtes collectives, ou tout simplement en
marchant dans les villes, dans les marchés publics, dans les lieux de culte que, à l'occasion de voyages,
nous sommes le plus interpellés par les différences dans la façon de signifier les choses ? Même
l'histoire, qui est une lecture organisée des événements, n'est-elle pas aussi profondément culturelle et
ne sert-elle pas ultimement notre façon de vivre le présent et l'avenir bien plus qu'elle ne traduit quelque
culte pour la restauration fidèle du passé ?

Je me surprends à avoir utilisé deux fois le mot “ culte ”. Le mot m'est venu sans préméditation, je vous
l'assure, mais, comme cela est fréquent en écriture, cet apparentement sémantique n'est pas vraiment
fortuit. “ Culture ”, “ culte ” : à défaut d'être étymologiquement pleinement vérifiable, l'homologie saute
aux yeux, tout autant que la présente “ liturgie ” et que les vêtements d'office romains que nous portons
ce soir. Et elle renvoie justement à ce que j'essaie de cerner comme étant le fil conducteur qui relie les
deux approches de la culture : quelque chose qui évoque la manière dont nous exprimons et “ stylisons
” les gestes de la vie, le plus souvent spontanément dans la vie quotidienne, très explicitement et en
voulant “ faire ¦uvre belle ” dans l'expression rituelle et artistique, dont le but est précisément d'exprimer
et de célébrer l'une ou l'autre dimension de l'expérience humaine. Plus encore, l'utilitaire se fait
lui-même artistique, esthétique en tout cas, social même : c'est ainsi que le vêtement, d'abord protection
contre le froid ou la chaleur, devient “ mode ”, voire haute couture ; que la nourriture devient art culinaire
et gastronomie ; que les objets d'utilité courante deviennent “ design ”, parfois même symboles.

L'art est ainsi partie prenante d'une construction culturelle qui englobe toutes les productions humaines,
celles qui sont dans la pierre comme celles qui se transmettent par tradition orale, celles qui nous
imprègnent quasi mécaniquement par le seul fait que nous évoluons dans un milieu architectural donné
aussi bien que celles auxquelles l'école nous initie systématiquement. Pédagogies convergentes à la
vérité, ainsi que l'exprime ce merveilleux concept grec de la “ paideia ”, que nous traduisons
correctement par le mot “ culture ”. Les Grecs étaient convaincus que culture et pédagogie renvoient
l'une à l'autre. Ils estimaient à cet égard que, par sa disposition générale, par ses constructions, par ses
monuments, par ses rues, par ses places et ses parcs, la ville est elle-même tout entière “ pédagogie ”.
La culture est pédagogie de part en part, aimait à répéter le regretté Fernand Dumont. Et cela vaut
assurément pour tous les discours, les scientifiques aussi bien que les artistiques, qui tentent de rendre
compte de la vie humaine et de l'univers où elle évolue, et auxquels on s'initie à la faveur de démarches
pédagogiques qui tiennent à la fois de la transmission et de la réinvention.


2. L'université et la culture



                                                    138
Vous aurez compris que c'est là que je voulais en venir : quel que soit l'angle sous lequel on la
considère, l'université est culture. Elle n'est même que cela, en définitive, culturelle de part en part et de
multiples façons.

Culturelle, l'université l'est d'abord par toutes les formations littéraires et artistiques qu'elle offre et dont
elle fait progresser les fondements, le discours analytique, les techniques même. À des degrés divers et
avec des insistances qui ont varié selon les époques et qui varient encore selon les milieux, leurs
besoins et leurs ressources, l'université occidentale a toujours fait sa place à la culture littéraire et
artistique. Les “ arts ” — au sens augustinien, il est vrai — ont même été au c¦ur des premières
fondations universitaires médiévales, tout comme des premières chartes universitaires, royales ou
pontificales, octroyées en terre québécoise. Et ils donnent toujours leur nom à nos degrés universitaires
— le baccalauréat “ ès arts ”, la maîtrise “ ès arts ”. Les arts et la culture artistique sont donc tout à fait
chez eux à l'université, dans ses programmes et ses activités de formation comme dans sa vie
institutionnelle et dans ses préoccupations. Ils constituent un des volets dans lesquels se déploie la
mission de l'université.

Plus globalement, l'université est aussi “ culturelle ”, en ce qu'elle est elle-même une expression de la
façon dont la société se pense, se conduit et s'oriente. En ce sens, l'université est une des productions
les plus déterminantes de notre culture. Sous des visages très diversifiés, à travers des déclins et des
renaissances multiples, l'université incarne et signifie toujours la confiance faite à l'intelligence, au “
Logos ”, et à sa capacité de comprendre, d'inventer et de faire avancer la connaissance quand on sait lui
ménager un espace de liberté et de libre confrontation. Elle illustre la conviction que c'est en y
séjournant un certain temps qu'on se prépare le mieux à participer efficacement à la grande ¦uvre
collective de la survivance et au progrès de l'aventure humaine. En cela, l'université est elle-même un
monument culturel dont l'essor n'a été ni possible ni même pensable dans toutes les cultures.

Culturelle, l'université l'est encore en ce qu'elle est un des lieux majeurs de conservation du patrimoine
culturel de la collectivité. Selon son âge, elle est, bien sûr, plus ou moins elle-même musée ou ¦uvre
architecturale patrimoniale. Mais toujours, à tout le moins par ses bibliothèques et ses centres
d'archives, par ses habitudes de compilation documentaire, par son service de la mémoire, elle fait
partie des institutions culturelles de la collectivité. Elle fait toujours œuvre de “ tradition ” — “ tradere —,
“ to trade ”, au sens actif où on “ livre ” quelque chose à quelqu'un, où on le lui “ traduit ”, où on le lui
lègue. On de doit pas s'étonner de la voir tenir des galeries d'art, des installations muséales, des
théâtres, des salles de concert et de cinéma, et collaborer étroitement avec ceux qui, ailleurs dans la
ville, gèrent ce genre d'équipements culturels. Sa mission de transmission culturelle la conduit tout
naturellement à ce compagnonnage étroit. Même quand elles sont à vocation plus technologique, les
grandes universités ont cette préoccupation pour l'histoire et pour le traitement muséal de la science et
de la technologie. Il y a même de grands centres d'arts et métiers qui portent fièrement le nom de “
conservatoire ” et qui constituent des détours obligés pour ceux qui s'intéressent à la culture.

Culturelle, essentiellement culturelle, l'université l'est surtout en ce que toute son activité se déploie à
l'intérieur des langages et des codes de signes à travers lesquels les humains s'appliquent à faire
avancer leur intelligence du monde et de la réalité humaine. À tous ses niveaux, il est vrai, l'école
introduit au monde des signes : dès le bas âge, elle enseigne à parler, à lire, à écrire, à compter, à vivre
dans la société, à se situer dans l'espace et dans le temps, à s'approprier l'héritage culturel, à
communiquer — grâce aux anciennes et aux nouvelles technologies. Mais le propre de l'université, c'est
sans doute la prise en compte réflexive de ces savoirs, de ces méthodes, des règles de fonctionnement
de tous ces langages. Dans tous les secteurs du savoir, l'université est ainsi plongée dans la culture.
Elle s'y meut quand elle pratique et développe les hypothèses et les théories des sciences naturelles,
les axiomes et les démonstrations de la logique et des mathématiques, les paradigmes et les concepts
des sciences humaines et sociales, les structures et les règles de fonctionnement des langues et des
cultures, la signification de l'affirmation religieuse, les trames d'explication de l'histoire, l'explicitation des
particularités de la culture nationale. Elle s'y meut tout autant quand, en formation proprement
professionnelle, elle établit les schèmes d'interprétation qui sous-tendent les gestes d'intervention. C'est
vrai en génie comme en chiropraxie, en psychopédagogie et en formation à l'enseignement comme en
gestion d'entreprise : au cœur de chaque geste professionnel, il y a un moment proprement interprétatif
qui est de l'ordre de l'explication du monde bien plus que de la seule efficacité technique et qui repose
sur une certaine compréhension des lois de la nature, voire de la destinée humaine.




                                                      139
Dans toutes les disciplines et dans tous les champs de formation, l'université se meut ainsi dans la
culture, c'est-à-dire dans l'organisation, l'interprétation et l'expression de la nature. Elle évolue dans le “
construit ” humain, qu'elle a même la mission d'affiner, d'approfondir, de développer, de prolonger. Sans
doute certains domaines sont-ils visiblement plus proches de l'expression culturelle et artistique. Mais il
serait singulièrement réducteur de penser que les sciences de la nature, plus mathématiques et plus
abstraites en apparence, n'évoluent pas tout autant dans la pénétration et l'expression de la réalité,
comme aussi dans l'héritage de la culture. À telle enseigne même que des scientifiques et des
épistémologues n'ont pas rougi d'identifier la “ beauté d'une explication ” parmi les critères de vérité,
établissant ainsi une troublante jonction entre le scientifique et l'esthétique. Et que dire de tous ces gens
de sciences, les Russell, les Rostand, les Heisenberg, les Monod et tant d'autres, que leur itinéraire a
inexorablement conduits au seuil de l'interrogation métaphysique ? Oui, décidément, à moins de
dégénérer dans quelque modèle marchand, l'université est tout entière culturelle, et c'est même comme
cela qu'elle est utile, irremplaçable même.

Les deux universitaires que nous honorons aujourd'hui sont des gens de culture. L'un et l'autre ont
consacré leur carrière à faire progresser notre compréhension du monde, de la vie humaine et de ses
mécanismes individuels et sociaux, de même qu'à étoffer les fondements et les perspectives d'une
intervention éclairée et efficace sur la réalité, auprès des personnes et des collectivités. Je salue leur
importante contribution à l'affermissement de la compétence culturelle de notre société.

L'accueil que la Maison de la Culture de Trois-Rivières accorde ce soir à l'Université du Québec à
Trois-Rivières est dès lors plein de sens. Elle-même maison de culture, l'université est ici chez elle,
comme y sont chez eux nos deux docteurs de ce soir. J'y trouve, avec elle, avec eux, une sorte
d'invitation amicale à renouer avec cela même qui définit la mission de l'université. Merci de nous
accueillir ici ce soir.

Et merci de votre attention.




                                                    140
                                                                                            Annexe 2


                                    Circulaire DES-DDF
Daniel Bloch, Directeur des enseignements supérieurs ; Hélène Mathieu, Déléguée au Développement
et aux formations. 25 juin 1992.

Le Ministre d'État,
Ministre de l'Éducation nationale et de la Culture
à
Mesdames et Messieurs
Les Recteurs d'académie
Les Directeurs régionaux des affaires culturelles
Les Présidents des universités et des instituts nationaux polytechniques
Les Directeurs des instituts universitaires de formation des maîtres

Objet : Action culturelle des établissements d'enseignement supérieur. Soutien aux projets
pour 1992-1993.

Dans le cadre de sa récente réorganisation, la Direction des enseignements supérieurs s'est dotée d'un
bureau chargé des activités culturelles. Il a pour mission d'aider les établissements d'enseignement
supérieur à mettre en œuvre une politique culturelle, d'encourager et de soutenir leurs initiatives dans
ce domaine.

Les œuvres universitaires mènent déjà une action en ce sens à travers les CROUS, qu'il s'agisse des
clubs de résidence ou des maisons d'activités culturelles (MAC) ou plus récemment du programme
Culture-Action et de la création du Fonds d'Aide aux projets Étudiants (FAPE).

Il est souhaitable que tous les établissements d'enseignement sipérieur fassent de l'action culturelle un
des axes de leur développement dans le cadre de leur contrat avec l'État.

C'est pourquoi la Direction des enseignements supérieurs et la Délégation au Développement et aux
Formations, rattachées dorénavant à un ministère unique, ont défini ensemble les conditions dans
lesquelles peut s'élaborer une politique des établissements :

- L'action culturelle doit impliquer toute la communauté universitaire, étudiants (y compris de
premier cycle), enseignants-chercheurs, personnels ATOS et engager l'établissement. Il appartient
aux responsables (Président ou Directeur, Conseils) de prendre les dispositions nécessaires pour
encourager la participation des enseignants, des personnels ATOS (incitations catégorielles) et des
étudiants (comptabilisation des activités culturelles dans leur cursus).

- Seule la diversité des activités proposées est susceptible d'attirer le plus grand nombre de
participant, couvrant la totalité ou une partie du champ artistique (en s'appuyant, lorsque c'est possible,
sur les enseignements et la recherche artistique), mais aussi la culture scientifique et technique.

- Pour réaliser une production culturelle et artistique de qualité, les établissements auront
certainement intérêt à s'adjoindre le concours de professionnels (artistes, comédiens, réalisateurs
audiovisuels...)

- L'action culturelle, naturellement ouverte sur l'environnement culturel extérieur, devra susciter des
partenariats divers (CROUS; Direction régionale des affaires culturelles, collectivités territoriales,
institutions culturelles, entreprises...) et s'adresser à l'ensemble de la communauté universitaire, mais
aussi à un extérieur aux établissements, contribuant ainsi à développer les relations entre l'université et
la ville.

- Enfin, il est souhaitable que l'établissement dispose de lieux adaptés à ces activités, soit au sein
même de l'établissement ou du campus (amphithéâtre aménagé pour le spectacle, salle d'exposition,
bibliothèque, Maison des activités culturelles, maison de l'étudiant...), soit à l'extérieur, en passant
convention avec des institutions culturelles voisines ou des collectivités territoriales.



                                                  141
- La conception, la mise en œuvre et la gestion de la politique culturelle de l'établissement nécessite la
désignation d'un responsable ayant l'appui du président (ou du Directeur) et des Conseils, capable
d'assurer la liaison avec les ouvres universitaires, le secteur culturel, les partenaires extérieurs et de
faire             appel                 aux          concours               de             professionnels.
Il serait souhaitable qu'il s'entoure d'une équipe composée de représentants de la communauté
universitaire, notamment des étudiants, ouverte aux représentants du CROUS et de la Direction
régionale des affaires culturelles, ainsi qu'à des personnalités extérieurs, représentants du secteur
culturel, des collectivités territoriales proches...
Il devrait également disposer d'une structure de gestion opérationnelle.

Le mise en œuvre de projets s'inscrivant dans le cadre de ces orientations sera soutenue par le
Ministère selon les modalités suivantes :

- pour les services de l'Éducation nationale, attribution d'une subvention globale dans le cadre du
contrat Établissement/Ministère lorsque l'état d'avancement du projet le justifie et que le calendrier de
signature du contrat ou de révision à mi-parcours le permet, ou aide spécifique de la Direction des
enseignements supérieurs (DESUP) aux projets qui ne peuvent être inscrits dans les contrats et aux
projets en cours d'élaboration (soutien incitatif).

- pour les services de la Culture, attribution d'une subvention de la Direction régionale des affaires
culturelles (DRAC), et si possible établissement d'une convention entre la DRAC et l'établissement
d'enseignement supérieur.

Paris, le 25 juin 1992

Pour le Ministre et par délégation,
Daniel Bloch
Directeur des Enseignements supérieurs
Hélène Mathieu
Déléguée au Développement et aux Formations




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                                                                                             Annexe 3


                    STATUTS DU SERVICE COMMUN D’ACTION CULTURELLE
                             - SOUMIS A L’APPROBATION DU CA -
                      approuvés par la commission des structures du 14-10-98


Vu la loi n° 84-52 du 216 janvier 1984 modifiée,
Vu le décret n°95-550 du 4 mai 1995 relatif aux services généraux des universités
Vu les statuts de l’Université Paul Valéry adoptés le
Vu la délibération du Conseil d’administration de l’Université Paul Valéry du 10 juillet 1998

L’Université Paul Valéry adopte les statuts suivants :

Article 1
Pour répondre à l’une de ses missions fondamentales définie par la loi sus-visée, l’Université Paul
Valéry crée un service général de l’université dénommé Service Commun d’Action Culturelle chargé
d’organiser et de gérer les activités culturelles et artistiques universitaires.

Article 2
Le service commun d’action culturelle assure les missions suivantes :
    - il met en application la politique culturelle de l’université définie par les conseils de l’université,
        après consultation de la commission culture, et arrêtée par le Conseil d’administration ;
    - en particulier, il met en œuvre les projets artistiques et culturels liés à la formation et à la
        recherche, en concertation avec les différents partenaires internes, notamment les UFR,
        départements et filières de formation, les personnels enseignants et non-enseignants, les
        étudiants et associations étudiantes, les services généraux communs ;
    - il organise des évènements culturels à destination de la communauté universitaire et ouverts
        sur la cité : arts du spectacle, spectacles vivants, cinéma, conférences, expositions, accueil
        d’artistes en résidence, master-class, etc… ;
    - il assure la gestion du calendrier des manifestations, la logistique et la communication interne et
        externe, en concertation avec le service de la communication ;
    - il propose des conventions avec les Ministères et leurs services déconcentrés, le Pôle
        universitaire européen de Montpellier, le CROUS, les collectivités territoriales, les institutions
        culturelles, et tout autre partenaire ;
    - il harmonise l’utilisation des équipements culturels.

Article 3
L’université affecte au service commun d’action culturelle les moyens (subventions ministérielles ou
issues d’autres organismes, ressources propres, locaux, personnels) lui permettant d’assurer ses
missions.

Article 4
Le service commun d’action culturelle gère l’ensemble des moyens mis à sa disposition d’une part par
l’université et d’autre part par l’Etat et ses services déconcentrés, les collectivités territoriales.
Le service commun d’action culturelle gère également les ressources propres dont il peut disposer
(recettes des spectacles, locations de matériels et locaux, prestations de services, sommes prévues
dans le cadre de conventions, subventions diverses, etc…).

Article 5
Le service commun d’action culturelle est administré par une instance consultative dénommée conseil
de gestion et présidée par le président de l’université ou son représentant.

Article 6
Le conseil de gestion entend et approuve la programmation des activités que lui soumet le directeur
après consultation de la commission culture de l’université. Il délibère et se prononce sur le budget et
sur le compte financier.



                                                   143
Article 7
Le conseil de gestion est convoqué par le président, soit sur sa propre initiative, soit à la demande du
directeur du service, ou d’un tiers des membres du conseil de gestion. La convocation doit être envoyée
huit jours à l’avance. Le conseil se réunit au moins deux fois par an.

Article 8
Le conseil de gestion comprend :
    - le Président de l’université,
    - les vice-présidents,
    - le directeur du service,
    - 2 enseignants élus par le CA,
    - 2 personnels IATOS élus par le Ca,
    - 4 étudiants élus par le CA,
    - un représentant de chacune des U.F.R. désigné par leurs conseils,
    - une personnalité extérieure élue par le CA sur proposition de la commission culture.

Sont membres de droit à titre consultatif :
   - l’Agent comptable de l’université,
   - le Secrétaire général de l’université,
   - le directeur du SCUAS,
   - le directeur de la DIVIC,
   - les directeurs pédagogiques des sites délocalisés de l’Université ou leurs représentants,
   - le Directeur régional des affaires culturelles.

Article 9
Le mandat des membres désignés ou élus s’achève à la date du renouvellement de l’instance qui les a
désignés.
En cas d’empêchement définitif ou de démission d’un membre du conseil de gestion, un remplaçant est
élu ou désigné dans les mêmes conditions par l’instance compétente dans un délai maximum de deux
mois. Le mandat du remplaçant prend fin à la date à laquelle aurait normalement expiré le mandat du
membre qu’il remplace.

Article 10
Le conseil de gestion peut inviter toute personne dont la compétence est jugée utile.

Article 11
Le directeur du service est le Vice-président chargé des affaires culturelles, élu en assemblée des trois
conseils.
A défaut, le directeur est nommé pour une durée de trois années par le Président après avis du CA.
En ce cas, le mandat du directeur prend fin soit à échéance, soit sur décision du Président après avis du
C ; le mandat est renouvelable.

Article 12
Sous l’autorité du président de l’université, le directeur est responsable de la bonne marche du service
et de la mise en œuvre de la politique culturelle de l’université.
Le directeur,
    - exécute les décisions examinées par le conseil de gestion,
    - veille à la bonne gestion des moyens mis à la disposition du service,
    - propose les mesures nécessaires à l’exécution des missions du service,
    - dirige les personnels affectés au service.

Le directeur représente le service commun d’action culturelle dans les différentes instances de
l’université. Délégué par le président, il peut représenter l’université auprès des structures nationales et
locales concourant aux objectifs définis à l’article 2 ci-dessus. Il présente annuellement aux conseils un
rapport d’activité et un bilan financier pour l’activité écoulée ainsi qu’un programme d’action et un projet
de budget pour l’année à venir. Il prépare le projet de budget du service.
Le directeur peut être désigné en qualité d’ordonnateur secondaire pour l’exécution du budget du
service commun d’action culturelle. Il peut recevoir délégation de signature du président de l’université




                                                   144
dans la limite des missions du service. Il soumet à la signature du président les conventions concernant
le service.

Article 13
Le service commun d’action culturelle est assisté, pour l’accomplissement de ses missions, par la
commission culture de l’Université Paul Valéry dont la composition est fixée par les statuts de
l’université. Celle-ci est présidée et convoquée par le président ou son représentant. Elle élabore et fixe,
en première instance, les grandes orientations de la politique culturelle de l’université. Elle examine et
donne un avis sur les projets qui lui sont soumis et propose des priorités. Le conseil de gestion se
prononce sur ces propositions conformément à l’article 6 des présents statuts.

Article 14
Les présents statuts peuvent être modifiés selon les modalités de révision en vigueur à l’Université Paul
Valéry.

Article 15
Les présents statuts prennent effet dès leur approbation par le Conseil d’administration de l’université.




                                                   145
146
                                                                                           Annexe 4

                   La Politique culturelle de l’Université Paul Valéry
                (Texte élaboré par la Commission culture du 14 mars 2001)




A - L’université, établissement culturel

1- Rappel de la loi n° 84-52 du 26 janvier 1984 sur l’enseignement supérieur :
“ L’université contribue […] à l’élévation du niveau scientifique culturel et professionnel de la nation et
des individus qui la composent ” et à “ la réduction des inégalités sociales et culturelles ” (art. 2).
“ Le service public de l’enseignement supérieur a pour mission le développement de la culture et la
diffusion des connaissances et des résultats de la recherche. Il favorise l’innovation, la création
individuelle et collective dans le domaine des arts, des lettres, des sciences et des techniques ” (Art.7).

2- L’université Paul Valery réaffirme le rôle essentiel que doit tenir l’action culturelle à l’université,
comme élément déterminant de la construction de l’individu, d’enrichissement personnel et collectif, et
comme élément formateur du regard critique sur le monde.

3- L’université Paul Valery réaffirme sa volonté de devenir un acteur majeur du développement
culturel, conformément aux missions que lui confie la loi, dans le respect de l’identité universitaire et
des fonctions propres à chaque institution.



B - Objectifs et axes d’action prioritaires

1- L’action culturelle favorise le développement de l’éducation artistique, les échanges entre
étudiants, enseignants-chercheurs, personnels IATOS, l’ensemble des personnels non enseignants et
artistes de tous horizons, au sein de l’université et plus largement dans le cadre inter-universitaire,
national et international. Elle vise à faire du campus universitaire un espace ouvert sur le monde, lieu
unique de confrontation et de reconnaissance de la diversité culturelle française et étrangère.

2- La dynamique créée autour de la culture doit offrir à une université Lettres, Langues, Arts, Sciences
Humaines et Sociales en pleine mutation le moyen de repenser son rôle dans la société et ses modes
de fonctionnement, en intégrant la donnée culturelle à tous les niveaux de formation, de recherche et
de professionnalisation et en recherchant la complémentarité des établissements culturels.

3- Lieu par excellence de l’élaboration et de la transmission des savoirs et des mémoires,
l’université Paul Valery souhaite mettre ses compétences au service de la création en favorisant les
pratiques artistiques et culturelles des étudiants par l’accueil d’artistes professionnels, leur
proposant un espace de recherche et de confrontation critique à l’abri des contraintes économiques.

4- L’université Paul Valery encourage le développement de la pratique amateur, soutient les projets
d’étudiants et favorise l’animation du campus par les étudiants.

5- L’action culturelle favorise le développement de formations spécifiques aux fonctions et métiers
artistiques ou culturels (filières existantes ou à créer).




                                                  147
C- Mise en œuvre de la politique culturelle

1- Le Service Commun d’Action Culturelle (SCAC) est chargé de la mise en œuvre de la présente
politique culturelle définie par la commission culture et arrêtée par le Conseil d’Administration. Son
conseil de gestion élabore un projet culturel, organise et gère les activités culturelles et artistiques de
l’université.

2- Le SCAC accompagne, conseille, met en relation les différents porteurs de projets et recherche
les moyens de leur mise en œuvre. Il travaille conjointement avec les étudiants, les
enseignants-chercheurs, les personnels IATOS, l’ensemble des personnels non enseignants et les
professionnels du monde artistique et culturel.

3- Le spectacle vivant accueilli au sein du théâtre du futur bâtiment Jean Hugo sera géré par un conseil
artistique, composante du SCAC, chargé de la gestion de la salle de spectacle.

4- Le théâtre offrira les conditions d’une pratique artistique professionnelle. Il sera un outil de formation,
un lieu de production, d’échange, d’expérimentation et un espace d’ouverture culturelle pour tous les
étudiants.

5- Le SCAC soutiendra toutes les initiatives pour valoriser les autres lieux d’activité culturelle du
campus et pour en faire surgir de nouveaux.

6- La politique culturelle ne pourra se développer qu’avec une équipe de techniciens formés et
valorisés ; ils sont la pierre angulaire de tous les projets.



D- Participation des étudiants

1- Représentés dans chaque conseil et commission participant à la définition du Projet culturel de
l’université, les étudiants sont directement associés à l’élaboration du projet culturel mis en œuvre par le
SCAC.

2- La coopération entre services universitaires et associations d’étudiants sera en permanence
recherchée pour assurer à la fois la pérennité des structures et la responsabilisation de l’étudiant.

3- L’université apporte un soutien financier et technique aux projets culturels d’étudiants, et se
montre attentive au niveau d’exigence et à la cohérence de ces projets. Le SCAC s’efforcera de
multiplier les relais de médiation et d’action pour qu’une circulation de propositions s’établisse entre
étudiants et service culturel.

4- La Maison de l’étudiant sera à la fois un foyer d’accueil, de pratique, d’animation, et une passerelle
vers d’autres manifestations artistiques.



E- Partenariats extérieurs

1- L’université encourage la mise en place de partenariats entre son Service Commun d’Action Culturel,
les autres établissements ou institutions universitaires et les acteurs culturels extérieurs, français ou
étrangers, institutions, collectivités et établissements d’enseignement, dans le respect des fonctions et
de l’identité de chaque partenaire.

2- Une convention sera signée avec la DRAC Languedoc-Roussillon afin d’établir les modalités
d’intervention du Ministère de la Culture dans les orientations artistiques, les modes d’action, les
ambitions culturelles de l’université.

3- Des conventions bi ou pluri-partites seront signées avec les institutions culturelles afin d’établir les
modes de coopération entre université et acteurs extérieurs. Cette coopération concerne aussi le
volet culturel des conventions signées par le Service des Relations Internationales avec les



                                                    148
partenaires étrangers ; elle mise sur la complémentarité des structures existantes afin d’associer de
manière originale les objectifs communs de formation, recherche, démarche artistique, et médiation
culturelle.


F- Moyens

- L’université Paul Valéry doit inventorier les besoins ; à partir de là, il lui faut trouver les moyens de
développement de sa politique culturelle ; ce qui implique la recherche de partenaires financiers, la
définition d’objectifs et d’étapes. La commission culture et le SCAC pourront donner une cohérence à
un ensemble d’actions qui seront soumises à évaluation.




                                                  149
150
                                                                    Annexe 5


Ministère de l’Education nationale - Note d’information               01.14
L’enseignement supérieur artistique et culturel – Année 1999-2000     Mars




                                     151
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                       Vraie question pour un faux problème113
                                                  mars 2001


Sous le titre “ Impayables artistes ? ” (que nous avions déjà utilisé pour une journée d'étude à
l'Université Paris 10 - Nanterre au mois de janvier 1997), nous avons procédé à une enquête auprès des
services culturels des universités, afin de faire le point sur les différentes modalités de paiement des
intermittents. D'où il ressort que ce que l'on croyait impossible est en réalité tout à fait praticable.



On a longtemps cru qu'il était impossible à un établissement d'enseignement supérieur de payer des
cachets à des intermittents du spectacle. Il faut dire que les universités y ont longtemps mis de la
mauvaise volonté. L'information qui nous est parvenue de l'université Paris 8 constitue donc une petite
révolution dans le monde de l'action culturelle universitaire : on apprend en effet qu'à
Vincennes-Saint-Denis, les intermittents sont rémunérés selon les règles de l'art.

On sait que le statut spécial des intermittents du spectacle impose des contraintes particulières à
quiconque prétend employer des artistes, notamment en ce qui concerne les charges sociales. Or, dans
leur immense majorité, les établissements d'enseignement supérieur ne sont pas affiliés à tous les
organismes de collecte des cotisations sociales. A fortiori, ils ignorent les caisses spécifiques aux
intermittents. De ce simple fait, il leur est impossible de rémunérer des artistes correctement,
c'est-à-dire de telle sorte qu'ils puissent bénéficier des avantages liés à leur statut.

Cet obstacle est d'ordre purement technique. Il est pourtant souvent avancé à des fins politiques :
“ l'impossibilité ” ainsi établie de rémunérer des artistes pour des prestations de type spectaculaire
contribue en effet à limiter (ou à détourner) au cadre des formations le recours aux artistes
professionnels. Une façon comme une autre d'exprimer l'opinion, encore trop répandue dans la
communauté universitaire, selon laquelle les artistes n'auraient rien à faire sur les campus.

De nombreuses universités ont néanmoins réussi à développer une politique culturelle faisant appel à
des artistes professionnels. Pour ce faire, elles ont dû développer des trésors d'imagination afin de
contourner la difficulté. Recours à des associations-relais, ponction injustifiée dans le quota d'heures
complémentaires, partenariat, réglement d'honoraires... ou encore refus de paiement : les solutions
mises en place sont souvent astucieuses mais parfois contestables, sinon du point de vue du droit, au
moins en regard des principes. Elles ont en tout cas en commun d'être insatisfaisantes sur un point
essentiel : aucune d'entre elles ne permet aux universités de rémunérer des artistes en tant que tels
— c'est-à-dire pour un travail artistique —, et non pas comme des accessoires plus ou moins bien
assimilés, souvent plus embarassants que désirables.

Pour preuve qu'il n'y a là que mauvaise volonté et faux prétextes, l'exemple de Paris 8 : on y paye des
cachets sans que l'université y perde son âme. L'administrateur adjoint du service d'Action Culturelle et
Artistique a bien voulu nous communiquer la méthode employée :
     1. L'université doit au préalable est inscrite aux caisses spécifiques des intermittents (Congés
     Spectacles, ASSEDIC-Annecy, GRISS et AFDAS).
     2. Les bulletins de paie sont établis sur un logiciel spécialisé, par une personne formée à ce type de
     tâche.



113
      Texte rédigé par “Art+Université+Culture”, disponible sur leur site WWWeb : http://www.auc.asso.fr




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    3. Les bulletins de salaire sont transmis au Service des Traitements où, en accord avec l'Agent
    comptable, une personne est spécialement chargée de ces paiements. Les chèques sont émis
    dans un délai de quelques jours, et les charges correspondantes imputées au budget du service
    culturel.
    4. Le service culturel établit les certificats d'emploi et autres attestations spécifiques.
Pour qu'un tel dispositif fonctionne, il faut évidemment que l'université reconnaisse la particularité du
statut des intermittents et accepte d'organiser ses services en conséquence. Quoiqu'il en soit, et quels
que soient les objectifs, affichés et non-dits, il n'est plus possible désormais de prétexter une
quelconque impossibilité technique, juridique ou d'organisation. Car on ne voit pas ce qui pourrait
s'opposer à reproduire ailleurs ce qui est fait à Paris 8.

Reste ensuite à régler la question de la licence d'entrepreneur de spectacles. Celle-ci garantit aux
artistes, justement, qu'un employeur est à même de s'acquitter des obligations sociales spécifiques aux
intermittents. Elle a fait l'objet d'une réforme récente, selon laquelle un établissement public ne peut
organiser régulièrement des spectacles professionnels sans en être détenteur (voir notre rubrique “
Références / Textes officiels ”).

        I.M.




                                                  158
                                                                                                Annexe 7



                                       Licence obligatoire114

Depuis le 2 juillet 2000, les établissements publics qui exploitent un lieu de spectacles, ou produisent ou
diffusent plus de six spectacles par an, sont tenus de détenir une licence d'entrepreneur de spectacles.
C'est ce qu'indique le décret du 29 juin 2000 pris en application de la loi du 18 mars 1999 modifiant
l'ordonnance du 13 octobre 1945 relative aux spectacles. Les universités qui tombent sous le coup de
cette réglementation doivent donc être affiliées aux caisses sociales des intermittents du spectacle.
Circulaire n° 2000/030 du 13 juillet 2000, ministère de la Culture, B.O. n° 120, novembre 2000.



Parmi les objectifs de l'ordonnance du 13 octobre 1945, il y a la garantie du respect, par les
entrepreneurs de spectacles, de leurs obligations en matière de protection des salariés. C'est pourquoi
l'attribution de la licence est subordonnée au respect du droit du travail et de la sécurité sociale : les
attestations d'immatriculation aux organismes de protection sociale des intermittents (Congés
Spectacles, GRISS, AFDAS et URSSAF) sont exigées pour la délivrance et le renouvellement de la
licence.

Cette obligation, qui ne portait au départ que sur les entreprises commerciales, a été étendue aux
associations en 1993. Les universités n'étaient donc concernées que lorsque leurs lieux culturels
étaient gérés par une association, comme c'était le cas alors à Dijon, comme ça l'est encore à Nantes ou
à Aix-en-Provence. En contrepartie, les intermittents avaient la garantie d'être rémunérés
conformément à leur statut, sans que l'établissement soit contraint d'être affilié aux caisses sociales
— démarche à laquelle les agents comptables ne se prêtent pas volontiers.

La loi du 18 mars 1999 étend entre autres aux établissements publics l'interdiction d'exercer sans
licence la profession d'entrepreneur de spectacles. Un entrepreneur de spectacles vivants est une
personne “ qui exerce une activité d'exploitation de lieux de spectacles, de production ou de diffusion de
spectacles, [ …] quel que soit le mode de gestion, public ou privé, à but lucratif ou non, de ces activités. ”
Le texte “ s'applique aux spectacles vivants produits ou diffusés par des personnes qui, en vue de la
représentation en public d'une œuvre de l'esprit, s'assurent la présence physique d'au moins un artiste
du spectacle percevant une rémunération ”. Il n'est donc pas possible de se retrancher derrière la
gratuité des manifestations pour échapper à cette contrainte, puisque le seul critère déterminant est la
rémunération des artistes.

Il y avait auparavant six types de licences. Cette distinction est abolie : les entrepreneurs de spectacles
sont maintenant classés en trois catégories qui ne sont pas incompatibles entre elles :

           1. les exploitants de lieux de spectacles aménagés pour les représentations publiques ;

           2. les producteurs de spectacles ou entrepreneurs de tournées, qui ont la
           responsabilité d'un spectacle et notamment celle d'employeur à l'égard du plateau
           artistique ;

           3. les diffuseurs de spectacles qui ont la charge dans le cadre d'un contrat, de l'accueil
           du public, de la billetterie et de la sécurité des spectacles, et les entrepreneurs de
           tournées qui n'ont pas la responsabilité d'employeur à l'égard du plateau artistique.



114
      Texte rédigé par “Art+Université+Culture”, disponible sur leur site WWWeb : http://www.auc.asso.fr




                                                      159
Les universités disposant d'un lieu qui accueille des manifestations artistiques professionnelles doivent
donc être titulaires de la licence de 1ère catégorie. La circulaire précise que cela vaut pour les lieux
permanents comme pour les locaux aménagés temporairement. Selon les cas, ces mêmes universités
devront également détenir une licence de 2ème et de 3ème catégorie. Celles qui n'ont pas de lieu de
représentation mais produisent des spectacles ou en assurent la diffusion “ clé en main ” devront pour
leur part détenir une licence de 2ème ou de 3ème catégorie.

La loi et son décret d'application ont été rédigés de telle sorte que l'établissement responsable d'un lieu
ne puisse se retrancher derrière un éventuel dispositif de sous-traitance ou de gestion déléguée. Le
texte prévoit en effet que l'entrepreneur de spectacles est soumis aux mêmes obligations s'il agit “ seul
ou dans le cadre de contrats conclus avec d'autres entrepreneurs de spectacles vivants […] ”. Il peut
s'agir de contrats de location, de vente ou de co-réalisation, ou encore de co-production. Dans certains
cas, l'exploitant de la salle devra détenir également une licence de 2ème et de 3ème catégorie.

Par ailleurs, la qualité d'entrepreneur de spectacles ne s'apprécie plus uniquement en fonction de
l'activité principale de l'établissement. Seul est pris en compte désormais le seuil de six spectacles par
an : en-deçà, il est possible d'exercer une activité d'entrepreneur de spectacles sans licence. Il est
toutefois obligatoire d'en faire une déclaration à la préfecture au moins un mois avant la représentation.
Dans ce cas, l'organisateur pourra avoir recours au Guichet unique pour rémunérer les intermittents.

L'organisation de spectacles amateurs est elle aussi plus strictement encadrée. Ce type de spectacles
est exclu du champ d'application de ces textes par l'absence de rémunération des artistes. Toutefois, ce
n'est plus le cas (au-delà de six spectacles par an), dès lors que les amateurs sont encadrés par des
professionnels : chef de chœur, chef d'orchestre, metteur en scène… On notera que la notion de
représentation est entendue au sens strict d'une prestation dans un lieu, à un moment, et pour un
spectacle donné. Une série de spectacles donnée dans la même journée ne peut être considérée
comme une seule représentation.

Les conditions d'attribution de la licence sont définies de façon à garantir les capacités du titulaire à
respecter les règles en vigueur dans les professions du spectacle. C'est pourquoi la licence est
personnelle et incessible. C'est pourquoi aussi, dans le cas d'un établissement public, elle peut être
attribuée au responsable — directeur ou chef de service — désigné par l'organe délibérant prévu par
les statuts. Ainsi, la qualité de fonctionnaire, tout comme la qualification d'activité non principale pour un
établissement d'enseignement et de recherche, ne peuvent plus être avancées pour refuser l'attribution
d'une licence… de même qu'elle ne constituent plus des arguments valables pour ne pas en faire la
demande.

En cas de non-respect de ces dispositions, les établissements publics peuvent être déclarés
pénalement responsables. Ils sont passibles d'amende (jusqu'à 1 MF), de fermeture de l'établissement
ayant servi à commettre l'infraction, d'affichage et diffusion de la sanction prononcée.

Ces mesures sont applicables depuis le 2 juillet 2000. Les établissements disposaient d'un délai de trois
mois, soit jusqu'au 2 octobre 2000, pour déposer leur demande de licence. Pour constituer les dossiers,
il convient de s'adresser à la Direction régionale des affaires culturelles de référence.




                                                    160
                                                 Annexe 8

                                                 Février 2001




Un théâtre à l’université Paul Valéry de Montpellier




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