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					ÉTAT,POLITIQUE ET
ÉCONOMIE DANS
LE MONDE ARABE
Samir Amin
1992
État, politique et économie dans le monde arabe.
        Samir AMIN

         Cette modeste contribution à l’ouvrage dirigé par Pablo Gonzalez CASANOVA (State and
Politics in the Third World) a seulement l’ambition de renforcer les thèses de synthèse importantes
proposées par notre doyen mexicain pour l’ensemble du tiers monde par quelques observations
inspirées de l’expérience du monde arabe.

I

        1. Je partirai de l’observation que le système capitaliste mondial est constitué par l’unité
contradictoire d’un système économique mondialisé (exprimé en termes synthétiques par
l’expression courante et abusive de marché mondial) et de systèmes politiques apparemment
autonomes (les États souverains).

         Bien entendu la mondialisation de l’économie en question n’est que tendancielle, bien que
s’approfondissant sans cesse au cours des phases historiques successives que ce système a
traversées. J’ai ajouté que le marché mondial était bidimentionnel (marché des produits et marché
des capitaux) donc tronqué par comparaison aux marché capitalistes nationaux qui sont
tridimentionnels (marchés des produits, des capitaux et du travail) et rapporté à cette caractéristique
le phénomène de la polarisation (le contraste centres/périphéries), de ce fait immanent au
capitalisme mondial réellement existant. Je ne reviens pas sur cette thèse que j’estime
fondamentale pour notre sujet1. Bien entendu la souveraineté des États ne peut être de ce fait,
absolue, et reste restreinte par l’interdépendance économique générale, même si cette
interdépendance est toujours inégale, du fait de la polarisation engendrée par l’expansion
capitaliste mondiale. La gestion de cette interdépendance est opérée conflictuellement au sein du
système des États, un concept nouveau dans l’histoire de l’humanité, imposé précisément par la
mondialisation économique propre au capitalisme2.

         Le capitalisme comme système mondial est le produit de cette contradiction. Cependant,
dans celle-ci, les positions des partenaires ne sont ni égales, ni même symétriques. Il y a dans ce
système des États qui façonnent activement son évolution et d’autres qui sont principalement
façonnés passivement par la mondialisation. Les conditions de la gestion de ce conflit immanent au
capitalisme sont elles mêmes passées par des phases successives dont les spécificités constituent
l’objet de toute analyse sérieuse de la nature et des fonctions de l’État moderne.

        2. Le modèle-type ancien de l’État (je dis «ancien» parce que, comme on le verra plus loin,
la nature et les fonctions définis dans ce cadre sont aujourd’hui mises en question par l’évolution
de la mondialisation) est fourni par les États-nations constitués historiquement d’abord en Europe
atlantique — le lieu de naissance des rapports capitalistes — puis étendus progressivement à


1   Samir AMIN :   La déconnexion, La Découverte, 1985.
2   Samir AMIN :   La faillite du développement, Harmattan 1991.
    Samir AMIN :   L'empire du Chaos, Harmattan 1991.
    Samir AMIN :   Capitalisme et Système monde, Revue Internationale de Sociologie, Janv.   1992.
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l’Europe centrale. Cette histoire, qui s’étend sur les trois siècles du mercantilisme (XVI à XVIIIe
siècles), cristallise à travers la Révolution française, le modèle de l’État-nation moderne dont j’ai
résumé les caractères de la manière suivante3 :

(i) L’État est fondé par l’hégémonie d’une bourgeoisie nationale, qui construit une économie
nationale autocentrée (intégrant le marché national dans les trois dimensions mentionnées plus
haut), non fermée sur elle-même mais au contraire agressivement ouverte sur l’extérieur, façonnant
sa domination sur des périphéries qui lui sont propres.

(ii) L’État nouveau tend à coïncider avec une autre réalité sociale, celle d’une nation définie
principalement par son homogénéité linguistique et culturelle. La constatation de ce fait n’implique
par que la nation aurait préexisté à l’État; en fait elle est largement produite par celui-ci.

         3. Le système mondial construit par et autour des États-nations bourgeois assume à la fois
la gestion (conflictuelle) des rapports entre ceux-ci et la domination sur leurs périphéries.

        Le système des États est d’abord et essentiellement un système européen, dont les étapes de
la constitution sont marquées par le traité de Westphalie (1648), mettant un terme définitif aux
concepts et pratiques de la chrétienté moyenâgeuse, puis le congrès de Vienne (1815) et le traité de
Versailles (1919). Il faudra attendre la création de l’O.N.U. en 1945 pour que ce système soit
étendu à l’ensemble de la planète. Ce système européen est érigé sur le socle des économies
nationales autocentrées, progressivement industrialisées à partir de la révolution industrielle des
débuts du XIXe siècle. L’espace européen-mondial constitue une économie capitaliste
internationale, au sens que l’autonomie des pouvoirs nationaux reste réelle et efficace (et dans ce
cadre l’État gère la monnaie nationale, la fiscalité, les barrières douanières). Au plan politique, le
système se propose de maintenir un équilibre européen entre les puissances constitutives qui sont
idéalement des États nationaux, à l’exception des Empires multi-ethniques russe et austro-hongrois
et de l’Empire ottoman, placés à la marge du système. Il reste que cet équilibre est relatif et
n’exclut ni l’hégémonie britannique qui se déploie outre mer, ni le conflit des impérialismes, pas
toujours contenu par le jeu des coalitions d’alliances qui cherchent à se neutraliser puisqu’il
conduira finalement aux deux guerres mondiales qui mettent un terme au système.

        Dans l’économie capitaliste internationale ainsi constituée les pays asiatiques et africains
ne sont pas reconnus comme dignes d’être traités en États souverains de même nature. L’espace
qu’ils occupent est traité comme un espace d’expansion des capitalismes nationaux européens et
façonné dans ce cadre en périphéries non industrialisées (par oppositions aux centres
industrialisés), soumis à des statuts politiques de dépendance coloniale et semi-coloniale.
Économie et politique agissent ici en complément l’une de l’autre pour s’opposer à toute évolution
en direction de la cristallisation d’une bourgeoisie locale capable de construire à son tour un État
national et une économie capitaliste industrielle et autocentrée.

         Simultanément se constitue en Amérique un système parallèle analogue, organisé autour du
centre national constitué par les États-Unis dont la prétention — manifestée dans la doctrine
Montoe (1823) — est double : protéger l’ensemble du continent des interventions européennes
(l’isolationnisme restera le concept dominant dans la politique des États-Unis jusqu’en 1945),
périphériser l’Amérique latine au bénéfice de l’expansion du capital nord-américain.




3   Samir AMIN :   La faillite du développement, opcit.
                                                                                                    3

II

        1. L’économie capitaliste internationale est donc fondée sur une contradiction immanente,
traduction de la polarisation qu’elle implique, qui oppose les peuples des périphéries aux
bourgeoisies dominantes à la fois à l’échelle des États centraux et des Empires formels ou
informels constitués autour d’eux. Cette contradiction anime la revendication de libération
nationale sur les trois continents (Asie, Afrique et Amérique latine) qui imposera l’universalisation
tardive du système, à partir de 1945.

         Ce mouvement de libération nationale reproduit dans les périphéries du capitalisme
mondial les ambitions de la construction d’États bourgeois nationaux, industrialisés et modernisés à
l’image de l’Europe et des États-Unis. Il est donc un mouvement bourgeois et capitaliste dans sa
dimension essentielle, même si, pour des raisons bien évidentes de mobilisation efficace des forces
sociales à son bénéfice, il apparaît comme un mouvement national (voire nationaliste) transgressant
les conflits d’intérêts sociaux, unificateur de la «nation». Ce dernier terme n’implique pas que cette
réalité — la nation— préexiste au mouvement qui pourrait se fixer seulement l’objectif de rétablir
ses droits, bien que cela soit effectivement le langage de l’idéologie nationaliste. Si en Europe
même la nation a été souvent largement la création de l’État, à partir de socles ethniques, culturels,
linguistiques et religieux tantôt relativement homogènes (ce qui facilite évidemment leur
cristallisation nationale), tantôt si hétérogènes que le projet national ne s’affirmera que par
l’éclatement de l’État pluri-ethnique, il en sera de même a fortiori en Asie et en Afrique.

         2. Je considère que tout l’espace des temps contemporains de 1800 à la crise en cours (à
partir des années 80 de notre siècle) est occupé par ce mouvement dont des phases successives
conservent par delà les spécificités de leurs manifestations, imposées par l’époque, la même nature
essentielle, en particulier dans le monde arabe. En Égypte, de Mohamed Ali (1802-1848) à Nasser
inclus, le projet reste identique à lui même, et ce même projet sera celui de toutes les classes
dominantes arabes, par delà la diversité apparente de leurs orientations, trop vite classées dans des
rubriques rigides (orientations dites libérales, c’est-à-dire acceptant ouvertement le capitalisme,
étatiste ou socialiste, prétendant construire des relations sociales franchissant les frontières du
capitalisme etc...). Je considère même que les projets de tous les pays d’Asie et d’Afrique (Chine,
Vietnam et Corée du Nord exclus) partagent cette même nature essentielle, dont le déploiement
s’affirme dans ce que j’ai appelé «l’ère de Bandoung» de 1955 à 19754. Je crois que, en dépit de la
spécificité de l’Amérique latine, constituées en États indépendants dès le début du XIXe siècle, le
projet de ses classes dirigeantes n’est pas différent.

         J’insiste sur ce point, parce que ma lecture des travaux concernant l’état et les expériences
de développement économique et social dans le tiers monde moderne m’amène à conclure que cette
permanence profonde de l’objectif a été généralement perdue de vue, l’accent étant mis davantage
sur les contrastes entre les phases successives du déploiement du projet.

        Par exemple, concernant l’Égypte, on repère les moments de flux du mouvement
(Mohamed Ali, 1800-1840, les gouvernements du Wafd dans l’entre-deux guerres, Nasser, 1954-
1970) et ceux de son reflux (l’époque des Khédives 1855-1882, puis l’occupation anglaise 18882-
1922, les dictatures des rois Fouad et Farouk de 1924 à 1952, le Sadatisme à partir de 1970).
L’observation est certainement correcte: les périodes de flux sont marquées par la tentative forte de
construire une économie et une société nationales modernisées et d’affirmer l’indépendance
politique du pays, celles de reflux par la soumission aux contraintes de la mondialisation capitaliste
(ouverture au commerce et aux capitaux alignement international, etc...). De là à conclure que le

4   Samir AMIN :   La crise de la société arabe, opcit.
                                                                                                      4

bloc social dominant est différent d’une phase à l’autre il n’y avait qu’un pas à franchir, qui l’a été
à mon avis trop rapidement. Au delà de cette alternance il y a progression, en partie tout au moins,
d’une phase d’essor à l’autre : Mohamed Ali se proposait de construire le capitalisme, Nasser le
socialisme, mais plus exactement je dirai que l’objectif était le même — moderniser et affirmer
l’indépendance — les moyens envisagés étant de nature capitaliste (mais étatiste) aux XIXe siècle,
de nature prétendue socialiste (mais non moins étatiste) à l’époque nassérienne. Les questions
véritables surgissent lorsqu’on s’est débarrassé du langage idéologique par lequel l’essor national
s’exprime. Je poserai donc ces questions dans les termes des interrogations suivantes:

(i) Sur quels classes et groupes sociaux le projet nationaliste s’appuie-t-il? Est-il correct de penser,
dans le cas égyptien, que Mohamed Ali s’appuie sur la bourgeoisie égyptienne, fut-elle à l’époque
embryonnaire, et Nasser sur le bloc populaire défini par la «Charte Socialiste» de 1961 (la classe
ouvrière, les paysans, les classes moyennes nationalistes)? J’ai proposé une autre lecture de
l’expérience de Mohamed Ali, qui en fait marginalise le rôle de la bourgeoisie égyptienne au profit
de celui de l’appareil d’État, comme Nasser le fait avec les classes populaires invoquées dans la
charte5.

(ii) Dans les phases de reflux la bourgeoisie a-t-elle toujours été compradorisée, c’est-à-dire
instrumentalisée par le capital central dominant? Aux époque successives du Khédive Ismail et
dans l’entre-deux guerres n’y a-t-il pas tentatives d’un développement capitaliste national
authentique acceptant néanmoins de s’inscrire dans le cadre des contraintes de l’interdépendance
mondiale? Et pourquoi ces tentatives ont-elles échoué? ou plus exactement n’ont-elles
véritablement rien réalisé? L’opinion que j’ai exprimée à ce sujet est qu’en effet, dans le cas
égyptien, les tentatives en question se sont heurtées à des limites atteintes rapidement (la dette
extérieure à l’époque Khédiviale, le poids de la présence britannique dans l’entre-deux-guerres,
etc...) et n’ont donc pas engagé le pays dans des directions irréversibles, débouchant de ce fait sur
une compradorisation (ou recompradorisation) qui devient la marque essentielle du système. Il reste
que l’expérience d’autres pays restitue sa validité à notre interrogation: les classes dominantes en
Corée du Sud ne sont-elles pas nationalistes (au moins autant que celles de nombreux pays du tiers
monde dits socialistes!) et n’ont-elles pas réussi à s’imposer dans le système mondial tout en
inscrivant leur stratégie dans l’interdépendance? Le pouvoir de la dictature militaire au Brésil a-t-il
été moins nationaliste que celui de la démocratie qui lui a succédé?

         Dans le monde arabe moderne, si l’expérience égyptienne est la plus longue, celle des
autres pays n’en diffère pas fondamentalement. Dans le Mashrek, depuis 1919, moment à partir
duquel se constituent les États héritiers de l’empire ottoman (Irak, Syrie, Liban), les alternances de
flux et de reflux du mouvement national n’en sont pas moins visibles. Dans les pays du Maghreb il
en est de même à partir des années 60 lorsque ces pays accèdent à l’indépendance. L’analogie entre
les projets de l’Algérie de Boumeddienne, de la Syrie et de l’Irak baathistes et de l’Égypte
nassérienne est évidente; et leurs limites, dérives et faillites non moins semblables. Et ici encore
l’opposition qu’on peut faire entre ces expériences et celles des pouvoirs arabes ayant fait une
option dite libérale (Maroc, Tunisie, Jordanie, Liban) comme des pouvoirs traditionnels et
archaïques de la péninsule arabique (Arabie séoudite, Koweit, Émirats, Qatar, Oman), est-elle aussi
tranchée qu’on l’a souvent dit: peut-on dire que les expériences radicales ont laissé des acquis plus
marqués que ceux qui ont été réalisés dans les États conservateurs et dits modérés? Ou bien, en
définitive, les uns et les autres ont approfondi l’intégration de leur société dans le système mondial,
et guère fait davantage, en dépit de la divergence de leurs discours et même des intentions?




5   Samir AMIN :   La crise de la société arabe, opcit.
                                                                                                      5

         En partant du point d’arrivée de ces évolutions, c’est-à-dire d’aujourd’hui, on est amené à
relativiser les contrastes entre les moments de flux et de reflux ou entre les politiques mises en
oeuvre par différents blocs de pouvoirs et, au contraire, à faire apparaître le relief que prend la
tendance générale qui constitue leur dénominateur commun. Je me rapproche sur ce plan du point
de vue défendu par Khaldoun Al Naqib6, avec lequel je partage cette insistance sur la permanence
du projet national. Dans cet esprit on proposera une grille de lecture des caractères essentiels
communs et des particularité spécifiques aux différentes trajectoires historiques du monde arabe.

       3. La question de la démocratie et de l’État autocratique, replacée dans ce cadre analytique,
prend une dimension nouvelle.

        Le discours dominant prétend que le capitalisme engendre naturellement la démocratie et
que celle-ci n’est possible que sur la base de celui-là. J’ai critiqué ce point de vue idéologique plat,
sans fondement scientifique en faisant les observations suivantes7:

(i) La révolution culturelle qui accompagne la naissance du capitalisme, de la Renaissance aux
Lumières et à la révolution française crée bien les conditions nécessaires indispensables pour le
déploiement de la démocratie dans son acceptation moderne, en mettant un terme à la dominance
métaphysique propre aux idéologies tributaires des époques antérieures.

(ii) Mais le capitalisme constitue un obstacle au déploiement démocratique qu’il enferme dans une
seule de ses dimensions — la gestion de la vie politique — tandis que l’administration de la vie
économique reste l’affaire de la propriété privée et des lois du marché. L’aliénation économiciste
propre au mode de production capitaliste enferme donc la démocratie dans des limites
infranchissables dans son cadre. Encore faut-il ajouter que ce déploiement de la démocratie
politique dans les centres capitalistes avancés est lui-même tardif et produit par les luttes populaires
et le mouvement ouvrier.

(iii) Dans les centres avancés eux-mêmes, cette démocratie politique est aujourd’hui en crise,
érodée par l’approfondissement de la mondialisation d’une part et la transformation de la société à
l’âge du capitalisme tardif en une «société de masse». On reviendra plus loin sur cette question.

(iv) La polarisation produite par l’expansion capitaliste mondiale exclut l’extension des pratiques
de la démocratie politique aux périphéries. Ici l’État autocratique est la règle, imposée par les
contradiction insurmontables engendrées par les distorsions dans l’accumulation propres aux
périphéries. Ce que j’ai appelé la «petite démocratie» apparaît ici comme l’exception, une sorte de
soupape de sécurité, propre aux moments transitoires de crise aiguë. Plus communément dans les
phases d’essor du mouvement de libération nationale la gestion politique prend ici la forme du
«populisme», qu’il faut soigneusement distinguer de la démocratie, et sur lequel on reviendra
également.

        4. L’expérience du monde arabe illustre parfaitement les difficultés de la démocratie à la
périphérie du système capitaliste mondial.

       Les mouvements de libération nationale modernes qui se déploient à partir de la fin du
XIXe siècle contre la domination impérialiste directe et qui parviennent à imposer l’indépendance

6Khaldoun Al Naqib : cf bibliographie.
7Samir AMIN : La question démocratique dans le tiers-monde contemporain, Africa Development, vol
XIV, N° 2, 1989.
 Samir AMIN : L'eurocentrisme, opcit pp.
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des États du Mashrek après la première guerre mondiale (même si cette indépendance est encore
limitée par des traités inégaux) et ceux du Maghreb après la seconde, mettent en place des États
constitutionnels de démocratie limitée qui, à peine établis, sont dans l’impasse. Le mouvement de
libération, unifié autour de l’objectif de l’indépendance, se scinde immédiatement en tendances qui
reflètent les intérêts contradictoires des classes sociales locales. La droite, assise sur le soutien
dominant de la grande propriété agraire, des grands commerçants compradore et des notabilités,
accepte d’emblée le compromis avec les intérêts impérialistes dominants et craint plus que tout le
débordement des classes populaires victimes des effets économiques et sociaux de la polarisation
mondiale. La gauche se cristallise dans la forme autonome de partis socialistes et communistes, et
dans la radicalisation de tendances opérant au sein des partis issus de la libération nationale.

         Le conflit entre ces deux tendances remplit l’histoire du Mashrek de 1919 aux années 50, et
se manifeste en partie dans ceux du Maghreb plus tard, mais ici dans le cadre du système mondial
nouveau en formation. Dans les pays du Mashrek, la crise engendrée par ce conflit est permanente:
la droite ne peut gouverner d’une manière stable sans violer constamment son propre ordre
constitutionnel (car d’une part sa soumission au compromis impérialiste n’est pas acceptée par
l’opinion générale et d’autre part les conflits sociaux ne trouvent pas de solutions satisfaisantes); la
gauche parviendra-t-elle à mobiliser efficacement les classes populaires et à imposer à travers elle
un nouveau cours? Les avancées constantes de celle-ci, en dépit d’une répression permanente et
féroce, le font craindre tant aux bourgeoisies locales qu’aux puissances occidentales.

         Les coupes d’État militaires inaugurés par celui des Officiers libres en Égypte en 1952 puis
se succédant en série en Irak et en Syrie constituent le moyen par lequel cette crise est surmontée:
l’État autocratique nouveau met un terme à la dialectique du conflit droite/gauche. J’insiste
également ici sur ce jugement global, encore que j’éviterai de faire l’amalgame entre le nassérisme
et le baathisme (voir plus loin). Je le fais parce que l’interprétation dominante des régimes issus de
ces coups est qu’ils auraient représenté une victoire du courant radical, parce qu’ils ont liquidé le
pouvoir politique de la droite, entrepris une série de réformes importantes (réformes agraires,
nationalisations, etc...), et sont entrés en conflit ouvert avec l’impérialisme (refusant les pactes
militaires pronés par les États-Unis, choisissant la voie du «non alignement», voire même se
rapprochant de l’U.R.S.S., etc...). On oublie trop facilement que ces régimes ont également pris un
soin non mins attentif à liquider la gauche, soumise à une répression féroce. Ils ont ainsi fermé la
porte de l’avenir à ces forces de gauche et préparé objectivement à la fois la recompradorisation
maintenant en place et le désarroi des classes populaires face à celle-ci. On oublie aussi que les
États-Unis ont adopté des attitudes souvent favorables aux coups militaires, ont eux mêmes
préconisé les réformes agraires (qui liquidaient les clientèles politiques des la Grande-Bretagne!) et
n’on pas mal vu les nationalisations (qui ne touchaient pas leurs intérêts mais encore une fois ceux
de la Grande-Bretagne et de la France). Depuis 1950, les États-Unis s’étaient fixés l’objectif
d’éliminer les vieilles puissances coloniales de la région. Cela étant il est également évident que
par la suite les options de politique extérieure des nouveaux régimes du Mashrek et leur
rapprochement de Moscou ont modifié le jugement de Washington.

        On doit alors relire les réalisation du nationalisme radical dans cette perspective dont le
cercle est aujourd’hui achevé.

        Les réformes agraires avaient l’objectif principal de mettre un terme au pouvoir politique
de la droite ancienne tandis que leur contribution à l’amélioration de la condition de la majorité
paysanne est demeurée mineure: la grande majorité des paysans pauvres a été exclue des bénéfices
de la réforme (l’amélioration des conditions du métayage et du fermage n’a intéressé qu’un
minorité de cette majorité rurale), les politiques d’État ont imposé aux coopératives des systèmes
de livraison obligatoire à des prix inférieurs à ceux du marché perpétuant des termes de l’échange
internes défavorables aux ruraux, etc... Les seuls véritables bénéficiaires de ces réformes ont été les
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paysans moyens-riches, prenant le relai de l’ancienne grande propriété et devenant les soutiens
successifs de l’État autoritaire nationaliste puis de son successeur compradore.

         Les nationalisations avaient le même objectif principal d’affaiblir les positions politiques
de l’ancienne bourgeoisie. Elles n’ont pas apporté de grands changements au bénéfice de la classe
ouvrière, et ont même souvent été le prétexte pour réduire les droits de celle-ci. Elles ont par contre
été le moyen de renforcer la présence des classes moyennes nouvelles, issues des générations de
diplômés placés (souvent en surnombre) dans les activités peu productives d’administration du
secteur public, assurant ainsi également le soutien de ces classes à l’État autocratique. Ont-elles
tout de même limité les ingérences du capital étranger? La réponse est certainement positive pour
ce qui était de l’effet immédiat des mesures de nationalisations. Cependant, considérées dans une
perspective plus longue, ces mesures n’ont pas donné le résultat attendu. Car progressivement les
moyens de la domination impérialiste se sont déplacés de l’appropriation directe des entreprises au
contrôle indirect par la technologie et le financement. Or la nouvelle industrialisation, axée sur la
demande en développement des classes moyennes, a été placée d’emblée dans l’obligation de faire
appel aux technologie importées coûteuses, pour faire face au type de demande des classes
moyennes, façonnée par la mondialisation des modes de consommation, entraînant par là même un
besoin grandissant de capitaux8. Un moment allégée par l’aide soviétique, cette demande a dérivé
par la suite, avec le boom pétrolier, en direction d’un endettement extérieur massif. Mais ici encore
nuançons les appréciations, car il est vrai que les régimes de Nasser et de Boumeddienne et l’Irak
ont tenté de faire face au problème et amorcé à cette fin une politique de maîtrise technologique
qui, malheureusement, comme le reste a été démantelée soit après la Guerre du Golfe (pour l’Irak)
soit par les régimes égyptien et algérien, cédant devant l’offensive du capital occidental. De la
même manière on doit relever le fait que la responsabilité de l’endettement extérieur massif revient
aux régimes compradore associées au reflux du nationalisme radical.

        Cela étant l’une des raisons majeures qui ont conduit à atténuer la sévérité des jugements à
l’égard des États autocratiques du nationalisme radical est leur politique internationale de non
alignement et leur fermeté — apparente pour le moins — et parfois réelle sur le sujet de la
Palestine. Cela doit être porté à leur crédit; aussi il est vrai que ces États ont été traité en ennemis
par les puissances occidentales et que les agressions d’Israël ont joué un rôle important dans leur
chute ou leur dérive9.

         5. Toujours est-il qu’on peut lire aujourd’hui les réalisations de ces régimes comme ayant
eu pour résultat objectif principal le renforcement de la puissance et de l’autonomie de l’État par
rapport à la société, permettant ainsi à l’État autocratique non seulement de se reproduire sur la
base du nationalisme radical mais même de survivre au démantèlement de celui-ci, dans les mêmes
formes autocratiques et de se muer en État compradore (même si celles-ci ont été un peu diluées
par la crise du système).

        Ce fait invite à une réflexion plus générale sur la nature de l’État, assurant des fonction
complémentaires et contradictoires dans deux directions (i) la création des conditions de
reproduction des rapports de production fondamentaux pour la poursuite d’une forme historique de
la domination de classes (ici les rapports d’exploitation capitalistes au bénéfice du capital en
général, local et mondial); (ii) la création des conditions de reproduction des rapports sociaux (et ce
concept est plus large que celui des rapports de production) garantissant «l’intérêt général», c’est-à-
dire transgressant les intérêts sociaux conflictuels. Cette seconde dimension s’exprime dans ce

8 Voir notre analyse de "qui travaille pour qui? dans le monde arabe contemporain" in S.     Amin,
L'économie arabe contemporain, opcit.
9 Samir AMIN et all :      Les enjeux stratégiques en Méditerranée , Harmattan, à paraître   1992.
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qu’il est convenu d’appeler l’intérêt national, dont le contenu est celui que le compromis historique
capital/travail met en oeuvre dans l’État social-démocrate (le Welfare State) de l’Occident avancé
(qu’on peut aussi décrire, vu du point de vue de ses victimes — les peuples de la périphérie —
comme le compromis social-impérialiste). Mais dans les périphéries l’intérêt national en question
ne peut s’exprimer qu’au travers du conflit entre l’État local et l’impérialisme dominant. Or déjà la
contradiction entre les deux fonctions considérées donne, dans les centres développés, une
autonomie à l’État chargé de remplir simultanément des obligations conflictuelles. À fortiori dans
les périphéries où le conflit ouvert de ces fonctions donne à l’État une autonomie encore plus
marquée.

        Le populisme est la forme historique par le moyen duquel l’État autocratique gère le conflit
des fonctions contradictoires qu’il doit assumer. Je renvoie ici le lecteur à des écrits antérieurs sur
ce sujet10. En s’autonomisant à l’extrême de la sorte, l’État développe une logique du pouvoir
propre qui finalement entre en conflit avec celle de l’accumulation. L’État soviétique est mort de
cette maladie. La faillite des États autocratiques dans le monde arabe et en général dans le tiers
monde n’est pas d’une nature différente.

         6. Il reste que les sociétés de la périphérie, confrontées comme elles le sont aux effets
dévastateurs de la polarisation mondiale, n’ont pas le moindre espoir de pouvoir opposer une
capacité de résistance à ceux-ci, a fortiori de se développer au point de transgresser la polarisation
capitaliste, si elles ne conduisent pas leur révolution dans toutes ses dimensions politiques,
économiques, sociales et culturelles. Sur ce dernier front de la culture j’entend par là la nécessité
d’opérer une rupture radicale avec la dominance métaphysique de l’idéologie tributaire. S’agissant
des pays arabes, islamiques, cette révolution implique une réinterprétation de l’Islam («protestante»
pourrait-on dire par analogie) réconciliant la croyance et la séparation des domaines de la vie
politique et sociale d’une part, de la religion d’autre part. Je définis le concept de laïcité de cette
manière11.

         Or l’histoire du combat sur le terrain idéologique et culturel est, dans le monde arabe, de ce
point de vue, celle d’un échec à la participation duquel la responsabilité de l’État autocratique n’est
pas étrangère. J’ai développé des réflexions allant dans ce sens ailleurs 12: la Nahda du XIXe siècle
est sur ce plan décevante. Afghani lui même n’exprime pas la conscience de cette exigence, et reste
enfermé par les limites de l’«ittihad» (l’effort d’interprétation dans le cadre de la pensée
traditionnelle), refusant l’«ibda» («l’invention» qui se traduit par un saut qualitatif permettant non
pas de donner des réponses nouvelles à des questions anciennes mais de formuler des questions
nouvelles). Ses successeurs — Mohamed Abdou, Rachid Reda — dériveront à droite de ce fait,
préparant le terrain à la remontée du traditionalisme (salafiya) qualifié à tort de «renaissance
islamique».

        Or sur ce front l’État constitutionnel antérieur au populisme autocratique avait amorcé un
dépassement des limites de la Nahda. Dans les faits de la vie sociale courante d’abord, en mettant
en place des pratiques de laïcité et de séparation de facto de la vie politique et sociale du royaume
de la religion (par l’adoption de législations modernisées etc...), accompagnant sinon une
démocratisation politique réelle, tout au moins au travers du simulacre de celle-ci, des pratiques de
tolérance religieuse et idéologique. Ces pratiques avaient ouvert la voie à des percées idéologiques
d’une portée inestimable, dont je prends ici pour exemples le plaidoyer en faveur de la laïcité de
Ali Abdel Razek (l’Islam et les fondements du pouvoir, 1925), des droits de la femme (exprimé dès

10 Voir note 7; S. AMIN : Trente ans de critique du système soviétique, à paraître.
11 Samir AMIN :      L'Eurocentrisme, opcit pp
12 ibid pp
                                                                                                    9

1908 par Kassem Amin), la désacralisation de l’histoire islamique officielle par Taha Hussein (à
propos de la littérature antéislamique, 1926) etc... Quelles qu’aient été les limites de ces percées,
elles amorçaient un dépassement de «l’ijtihad» et l’annonce d’un «ibda» possible. Or sur ce front le
nassérisme a constitué un recul indiscutable, interdisant la pensée libre et substituant au débat la
répression pure et simple, fut-elle celle des milieux islamistes traditionnels (les Frères Musulmans)
quand ils le gênaient sur le strict terrain du pouvoir, leur offrant en contre partie le monopole du
discours idéologique.

         7. L’idéologie du soviétisme — que j’ai critiquée ailleurs13 — a contribué à brouiller les
cartes, d’autant que le populisme du nationalisme radical en adoptait tous les aspects négatifs. Car
le soviétisme charriait dans la plus grande confusion à la fois les aspects positifs fondamentaux de
la révolution russe dont il était l’avatar (des réformes radicales sur tous les plans que les
expériences les plus avancées du tiers monde capitaliste n’ont jamais été capables de faire) et les
dimensions négatives que sa dérive a représentées (la construction d’un État autocratique, le parti
unique d’encadrement des masses paralysant leur intervention réelle dans la vie du pays, la
dépolitisation en parallèle au dogmatisme, la reproduction des rapports capitalistes dans la gestion
du secteur public, etc...). L’État autocratique du populisme nationaliste radical a repris à son
compte toutes ces pratiques négatives et la pensée progressiste s’est trouvée handicapée dans la
critique de celles-ci par son admiration du «socialisme» soviétique.

        8. On reviendra plus loin sur les résultats objectifs auxquels l’État populiste autocratique a
conduit dans le monde arabe, que je résumerai en une phrase: son action s’est inscrite dans un
approfondissement de la mondialisation capitaliste polarisante. Dans ce sens ces résultats ne sont
pas différents de ceux obtenus par d’autres régimes du tiers monde, qui n’ont pas développé les
mêmes ambitions et ne sont pas entré en conflit avec les puissances occidentales. La
compradorisation ultérieure n’est pas dans ces conditions, le produit d’une «contre-révolutions»,
mais bel et bien le point final d’une évolution accélérée, préparée par le nationalisme radical. Mais
avant d’en venir à une analyse de ces résultats qu’on replacera dans le cadre de l’évolution de la
mondialisation il nous paraît nécessaire de préciser davantage à la fois les spécificités de cette
histoire du monde arabe moderne et les particularités propres à chacun des États dont il se
compose.




13   Samir AMIN :   Trente ans de critique du système soviétique, art. cit
                                                                                                    10

III

         1. Si tous les États arabes sont de nature autocratique, il n’en demeure pas moins vrai que
les trajectoires historiques de leur constitution comme les structures des formations sociales des
pays arabes sont diverses.

        Si parmi les pays de la région, l’Égypte connaît la plus longue histoire moderne, c’est parce
qu’elle s’est débarassée de l’ottomanisme dès le début du XIXe siècle. Il reste que l’État nouveau
construit par Mohamed Ali repose sur un socle historique tributaire avancé que la modernisation
transforme sans détruire. C’est ainsi que la nouvelle grande propriété foncière est créée par en haut,
par l’État Khédivial, et d’emblée s’insère dans le capitalisme mondial par la production de coton
pour l’exportation. J’ai refusé le qualificatif de «féodal», attribué à cette classe dans la tradition
marxiste égyptienne14 et ai au contraire mis l’accent sur la fusion précoce des intérêts agraires —
compradore et étrangers. De ce fait l’Égypte prend une avance sur les autres pays arabes sur
laquelle on ne comprendrait ni les percées plus hardies de sa pensée libérale démocratique ni la
radicalisation populiste réelle ultérieure du nassérisme.

         Les pays du Mashrek (la Syrie historique d’une part, qui comprend le Liban, la Palestine et
la Jordanie, l’Irak de l’autre) ne se débarassent de l’ottomanisme que beaucoup plus tard et
lentement, au cours des années 20 et 30. Or l’État Khalifal ottoman tributaire-marchand s’était
construit ici comme un Empire prédateur, dont la décomposition favorisait la pénétration du
capitalisme étranger sans lui fournir un cadre efficace comparable à celui que constituait l’État
égyptien. D’autre part l’Empire était ici bâti sur un socle tributaire hétéroclite, composé d’une
mosaïque de communautés, de régions encore marquées par le tribalisme, et de ville dominées par
des patriciats locaux. Rien d’analogue avec l’homogénéité égyptienne dont le peule rural et urbain
ne connaît que la famille et l’État comme points de référence. Au Mashrek, l’État ottoman se
superpose à la multitude des organisations sociales locales dont il respecte l’autonomie.

         Les États nouveaux issus du partage de la région en 1919, héritent dans un premier temps
les fonctions de l’État ottoman; ils opèrent comme régulateurs — arbitres entre ces organisation,
collecteurs de taxe, intégrant verticalement toutes les communautés. Le concept même de
«majorités» (et partant de «minorités») est tout à fait étranger à ce système. Les communautés ne
deviendront «majorités» (ou «minorités») que tardivement, après la seconde guerre mondiale
lorsque l’État autocratique nouveau pseudo-national développera une idéologie d’homogénéisation
qui soit nie les différences et les droits qui y sont attachés, soit les instrumentalisent. L’ambiguïté
de l’idéologie panarabe qui désigne le nationalisme pan arabe par un terme spécifique, «qawmiya»,
qui le distingue des «nationalismes» locaux particuliers, qualifiés de «wataniya», notamment dans
son expression baathiste, vient de là. Par son aspect dominant — l’insistance sur la culture arabe
commune et l’intérêt objectif commun — cette idéologie a une vocation progressiste parce qu’elle
s’inscrit dans les exigences de notre époque: face au défi que la domination impérialiste représente
l’unité arabe est nécessaire. Mais par son association avec les pratiques de l’État autocratique
qu’elle inspire cette idéologie heurte frontalement les traditions d’autonomie des communautés.
L’État nouveau à partir des années 60 ne substitue pas l’unité populaire démocratique à la vieille
autocratie ottomane paternaliste, il modernise les pratiques de la dictature. Les relents fascistes de
son langage et de ses méthodes témoignent de cette impasse dans laquelle il enferme les sociétés de
la région, en Syrie et en Irak notamment, en dépit de ses réalisations tout à fait réelles:
industrialisation, urbanisation, éducation, etc... qui comme en Égypte et ailleurs (pratiquement dans
tout le tiers monde), revêtent la même significations: elles élargissent la base des classes moyennes
qui constituent le soutien de l’État autocratique nouveau. Il reste que, du fait de ces pratiques

14    Hassan RIAD : L"Égypte nassérienne, op cit.
                                                                                                   11

antidémocratiques, le problème des communautés resurgit avec la crise comme seule forme de
résistance possible. En contrepoint le pouvoir lui-même, en contradiction avec son propre projet
unificateur, est amené à dériver progressivement en direction de l’instrumentalisation des réalités
communautaires.

         On peut voir alors en quoi consiste d’une part le dénominateur commun aux pays de la
région et où se situent leurs différences spécifiques. Dans tous les cas l’État autocratique est
fortement autonomisé par rapport à la société, bourgeoise et populaire. Il est la «propriété de ceux
qui le détiennent» pour employer la formule forte de Azia Azmeh15. Mais en Égypte les détenteurs
de cette propriété ne sont d’aucune origine particulière, même si la minorité religieuse copte s’y
trouve marginalisée (du fait du renouveau de fanatisme associé au monopole du discours
idéologique des Frères Musulmans, alors que tous les partis laïcs, de droite et de gauche sont
interdits).

         En Syrie par contre l’État baathiste semble s’appuyer sur les Alaouites, en fait pour des
raisons purement conjoncturelles (le recrutement de l’armée dans la région alaouite pauvre). Mais
l’État syrien n’est pas du tout un État alaouite comme on le dit trop vite trop souvent — c’est-à-dire
favorisant réellement cette communauté; il est un État autocratique pansyrien dirigé par de
nombreux hommes d’origine alaonite. L’État syrien n’est pas approprié par les «minoritaires»
(Alaouites, Deir El Zor, Hauran) même si la majorité de ses cadres provient de ces régions, du fait
même que l’exclusion des bourgeoisies urbaines de Damas et Alep qui dominaient l’État
constitutionnel antérieur entraînait ipsofacto celle de la plupart des cadres en provenance de ces
milieux16.

         L’État irakien du Baath est d’une nature analogue, même si le rapport qu’il entretient avec
les différentes composantes du pays présente quelques particularités, entre autres du fait kurde.

         Pas plus que les autres communautés les Kurdes ne constituaient pas une «minorité» dans
l’Empire ottoman. Dans les Empires traditionnels khalifal, ottoman et persan, les paysans kurdes
(la région comptait alors parmi les moins touchées par le développement de l’époque) étaient traités
comme tous les autres, brutalement sans doute; mais la «féodalité» (ou les chefferies) kurde
participait au bloc des classes hégémoniques et a fourni, comme les autres segments de ce bloc, son
lot de dirigeants impériaux et même de dynasties. Le concept moderne de nation leur était étranger.
La modernisation, — tout à fait récente, largement postérieure à 1945, a donné une dimension
nouvelle au problème, par le simple fait de la scolarisation dans une des trois langues étrangères
pour les Kurdes (le turc, le persan, l’arabe), devenue la condition d’une mobilité sociale dans les
centres urbains en expansion. Or les pouvoirs des États modernes refusent de reconnaître qu’il y a
là un problème nouveau qui doit être réglé par la démocratie et l’autonomie. Le plus sauvage de ces
pouvoirs à cet égard est certainement celui d’Ankara. L’Iran et l’Irak n’ont pas toujours refusé de
faire quelques concessions à l’autonomie kurde, sur le plan linguistique et culturel, même si ces
concessions n’ont presque jamais intégré une pratique politique démocratique, refusée d’ailleurs à
l’ensemble des peuples de l’Iran et de l’Irak. Le pouvoir central de l’Irak, le plus fragile des trois
États de la région, a fait face à plusieurs reprises dans la période moderne à des rebellions kurdes,
qu’il a toujours réprimé brutalement. Cependant, à certains moments l’Irak a choisi la voie de la
reconnaissance de l’autonomie kurde. On oublie toujours de signaler que ces moments
démocratiques sont ceux dans lesquels le Parti communiste irakien et son allié le Parti
démocratiques kurde partageaient quelques responsabilités dans le pouvoir central 17.

15 Aziz AZMEH : cf bibliographie.
16 Ibid.
17 Samir AMIN et all : Les enjeux stratégiques en Méditerranée, op cit.
                                                                                                  12


        Il faudrait noter également que la prééminence exercée par les Sunnites dans l’État irakien
moderne remonte à l’époque ottoman dont le khalifat excluait les élites chiites. Cette domination a
été reprise par la monarchie hachémite établie à Bagdad en 1920. Elle n’a pas été véritablement
remise en cause par l’État baathiste, parce que l’armée irakienne, dont est issue la caste qui s’est
approprié l’État, provenait elle même des provinces sunnites (tandis que c’était l’inverse en Syrie:
les Français recrutaient l’armée dans les régions limitrophes et pauvres, éloignées de l’influence de
la bourgeoisie nationaliste de Damas et Alep, les Britanniques, en collusion avec la monarchie
hachémite, au contraire, écartaient de l’armée les provinces les moins intégrées dans les système du
pouvoir).

         Dans les deux cas les communautés posent problème lorsque, avec la modernisation
(éducation et urbanisation) elles apparaissent comme des obstacles éventuels au déploiement de la
toute puissance de l’État. Contrairement aux concepts proposés par Abdallah Laraoui les
communautés ne constituent pas des catégories trans-historiques18. Elles ont pris, avec la
modernisation, un contenu nouveau, explosif, qu’elles n’avaient pas dans les structures
traditionnelles de l’organisation du pouvoir.

         Des résultats tout à fait analogues sont d’ailleurs obtenus dans la plus démocratique des
pays de la région — le Liban. Comme l’a montré Fahima Charafeddine19, c’est la modernisation
Shehabiste des années 60 — une modernisation élitiste transcommunautaire, laïque et
démocratique, ouverte sur l’extérieur — qui, en brisant l’enfermement des communautés sur elles
mêmes (et leur encadrement par le système des notabilités qui se partageaient le pouvoir d’État
selon les règles précises du pacte national de 1943), fait surgir des ruines de la société
traditionnelle des classes nouvelles: à un pôle une bourgeoisie d’affaires et des couches moyennes
éduquées et urbanisées provenant de toutes les communautés, mais aussi à l’autre pôle des masses
lumpénisées issues de la désagrégation des régions rurales maronites et chiites, qui fourniront les
troupes des milices de la Phalange, de Amal et de Hezbollah.

         Même en Jordanie, dont l’État a été dès l’origine façonné en fonction du service direct de
l’impérialisme et du projet de création de l’enclave israélienne, on retrouve des problèmes
politiques analogues, produits par le même style de modernisation, aggravés ici par le reflux des
Palestiniens, qui constituent la majorité des nouvelles classes moyennes. La vulnérabilité
particulière dont souffrent ces classes moyennes palestiniennes explique que la monarchie
hachémite, appuyée par les forces de sécurité et l’oligarchie des chefs nomades, soit parvenue à
conserver le contrôle de l’État autocratique, en cooptant habilement une bourgeoisie compradorisée
et en se donnant le luxe d’une reconversion à la «petite démocratie».

        Lorsqu’on compare le nassérisme et le baathisme il faut donc tenir compte des spécificités
des différents pays de la région que nous venons d’analyser. Sans cette analyse on ne comprend pas
quelques-uns des aspects les plus inquiétants de la pratique baathiste, qu’on ne retrouve pas dans
l’Égypte nassérienne. La dérive du Baath accompagne alors nécessairement sa tentative désespérée
de conserver le contrôle de l’État autocratique dans une conjoncture de plus en plus défavorable,
mondialement, régionalement et à l’échelon des sociétés locales elles-mêmes. Le Baath a éliminé
les vieilles bourgeoisies citadines, détruit les organisations populaires et celles de la gauche
historique, promu des classes moyennes nouvelles rurales (de koulaks) et urbaines, semi-illétrées et
avides, tenté de faire des concessions aux pressions et du système mondial en offrant à une

18
 A. LARAOUI : cf bibliographie.
19
 Fahima CHARAFFEDDINE : Les guerres du Liban, in S. Amin et all, Les enjeux stratégiques en
Méditerranée, op cit.
                                                                                                          13

bourgeoisie mercantile néo-compradore médiocre le moyen de s’enrichir, mais il n’est pas parvenu
à gérer une alliance sociale intégrant ces classes moyennes, entre autre à cause de son heurt
constant avec le problème des communautés. Il ne lui restait plus alors que des moyens subalternes
pour perpétuer son monopole sur l’État: la dictature personnalisée à l’extrême autour d’un homme,
le recours au lumpen, etc... Simultanément plus ce système de pouvoir est dans l’impasse, plus il
est contraint de s’accrocher aux seules forces tangibles sur lesquelles il peut compter, s’enfermant
ainsi dans l’État provincial contre sa propre idéologie officielle (pan arabe). Le conflit entre la
Syrie et l’Irak s’explique à mon avis de cette manière et non comme on le dit trop souvent soit
«parce que les frères sont toujours les pires ennemis» soit parce que Damas et Bagdad devraient
nécessairement hériter du conflit Omeyyades/Abbassides.

         Contrairement à une opinion banale répandue les sociétés de la péninsule arabique
n’étaient, avant l’époque moderne, ni indépendantes ni séparées du reste du monde arabo-islamique
et oriental. Il n’y a jamais eu d’État tribal dans cette région, mais seulement des sociétés organisées
sur une base tribale qui n’existaient pas comme des formes permanentes et autonomes mais comme
des segments d’une constellation tributaire — marchande plus large qui les intégrait. Khaldoun Al
Naqib et moi-même avons insisté sur ce point20: l’indépendance des États constitués dans la région
est un produit récent de l’expansion capitaliste qui, en désarticulant le système tributaire-marchand
arabo-ottoman par le recentrage de son exploitation nouvelle sur les régions agricoles peuplées et
les villes (l’Égypte, la Syrie, la Turquie), a marginalisé les nomades de la péninsule. Ceux-ci ont
réalisé, en tentant de se reconstruire comme société indépendante. Mais ils ne pouvaient guère
concevoir celle-ci autrement que fondée sur un retour passéiste au mythe de l’âge d’or des débuts
de l’Islam, et l’État séoudien qui en est sorti tient son archaïsme de cette origine. Dans ces
conditions la péninsule était vouée à être quart-mondisée comme toutes les autres régions mises à
l’écart de l’axe principal de l’expansion capitaliste, si ce n’est que la richesse de ses ressources
pétrolières l’a replongé brutalement — et tardivement — dans le tourbillon d’une intégration forte
au système mondial. Ce qui en est résulté est donc ce phénomène unique au monde de sociétés et
d’États à la fois archaïques et opulents (des PIB par tête de 10 000 dollars et plus!). Mais il ne
s’agit là que d’une richesse passagère appelée à disparaître lorsque les puits seront taris. Alors nous
verrons sans doute la région sombrer dans la quart mondialisation qui la guette.

        Il est intéressant de noter que d’autres sociétés arabes qui se sont trouvées exclues par la
désintégration du système tributaire marchand ancien ont réagi dans des formes analogues à celles
du wahahisme. Le Mahdisme au Soudan et le Senoussime en Lybie ont tenté de la même manière
de reconstruire leurs sociétés sur la base de l’indépendance et de la revivification de ce qu’avaient
été, dans leur interprétation mythologique, les règles de l’organisation sociale de l’âge d’or des
origines. Pour diverses raisons tenant à la logique de l’exploitation capitaliste, le Soudans et
d’autres régions arabes — la Mauritanie et la Somalie21 — allaient demeurer hors du champ
principal de l’expansion capitaliste et de ce fait n’ont pas évité la décomposition sociale qui
caractérise aujourd’hui tout le «quart-monde». Pétrole aidant la Lybie reproduit le modèle de la
péninsule même si pour des raisons politiques particulières on voit s’y développer une tentative —
désespérée par certains aspects — de populisme anti-impérialiste radical.

        Il est intéressant également d’observer que le pays de la péninsule qui fut de toutes les
régions arabes le moins intègre dans le système mondial — le Yémen — n’a pas été davantage
«quart mondialisé» mais au contraire paraît relativement mieux outillé pour résister éventuellement
à cette dégradation. Tandis que le sultanat d’Oman, dont on dit qu’il est un pays dont on avait

20Khaldoun AL NAQIB : L'État autoritaire dans le Mashrek, op cit. S. Amin: La nation arabe, op cit.
21La somalie et Djibouti, bien qu'États membres de la Ligue Arabe ne sont pas des pays arabes, si on accepte
que l'arabisme se définit par la culture et la langue arabes.
                                                                                                     14

oublié qu’il était une colonie anglaise, plongeait dans un temps record dans la périphérisation
accélérée, le Yémen septentrional, qui avait sauvegardé son indépendance, réagissait comme la
Lybie par une tentative de populisme anti-impérialiste. La quart mondialisation n’est pas donc
synonyme de «non participation» au système mondial. Elle est le produit des situations particulières
aux pays soumis aux formes les plus dévastatrices de l’exploitation capitaliste, occupant les
positions les plus subalternes dans ce système (et non en dehors de lui). Je renvoie donc ici à mes
développements concernant les différenciations au sein des périphéries et les destructions de celles
des périphéries qui ont perdu leur fonction dans le système mondial en évolution22.

        La constitution de l’État moderne au Maghreb a été retardée jusqu’à une période très
récente par le projet colonial français d’assimilation et de colonisation de peuplement. On y
retrouve néanmoins, dans un temps tardif et sous une forme condensée, les mêmes problèmes et les
mêmes impasses qu’au Mashrek.

        L’Algérie nouvelle, issue d’une guerre d’indépendance conduite par le plus plébéien des
mouvements arabes de libération (parce que la colonisation française avait plus qu’ailleurs réduit à
néant toute chance d’un développement bourgeois local), est entrée d’emblée — sous le régime de
Boumedienne — dans une expérience nationaliste radicale identique à celle du nassérisme jusque
dans ses détails (on peut comparer à cet égard la charte algérienne de 1965 à celle de Nasser de
1961). En dépit du souffle supplémentaire que la richesse pétrolière lui a donné, cette expérience a
trouvé rapidement les mêmes limites et a dérivé de la même manière.

        En Tunisie, la tradition bourgeoise a fait opter le pays pour un libéralisme économique
amical à l’égard des intérêts occidentaux. Néanmoins le bourguibisme ne reproduit pas l’État
constitutionnel de style mashrekien des années 20 à 50 mais construit d’emblée un État
autocratique de parti unique. Comme dans toute l’Afrique, accédant tardivement à l’indépendance
(en 1960), le soviétisme par son aspect le plus négatif paraît donner la clé de la solution, non
seulement dans les pays de nationalisme radical qui s’autoproclament socialistes, mais non moins
dans les États néocoloniaux. D’ailleurs l’idéologie de droite de l’impérialisme reprend à son
compte à l’époque la défense de l’État autocratique du parti unique (ou sans parti) au nom de
l’idéologie du développement («il faut d’abord se développer, la démocratie viendra ensuite»,
répète-t-on ici et là). Les avancées modernistes de la Tunisie (comme la laïcité, quelques droits
accordés aux femmes) sont imposées sans discussion par l’État et, de ce fait, fragilisées.

         Le Maroc parvient à combiner les aspects archaïques que la permanence de sa tradition
monarchique véhicule («le Roi Khalife», coupant ainsi l’herbe sous les pieds d’un mouvement
islamique qui bénéficie ailleurs de ses attitudes d’opposition apparente au pouvoir), la
compradorisation de sa bourgeoisie qui prend un poids grandissant dans la conduite réelle du pays
et les pratiques de l’État autocratique nouveau. Il entre pour ainsi dire d’emblée dans l’époque
actuelle de l’«infitah», avec sa «petite démocratie» et son alignement philo-occidental. Il paraît, de
ce fait, avoir été le pouvoir le plus «intelligent», comme s’il avait eu dès le départ l’intuition de ce
qui allait arriver aux autres!

        2. Au-delà donc des particularités des parcours historiques des États arabes modernes
apparaissent quelques traits communs forts qu’ils partagent d’ailleurs avec la plupart des États du
tiers monde contemporain.

        L’État n’est parvenu ici nulle part à acquérir une légitimité véritable. Celle-ci implique que
dans la société l’idéologie de la classe dominante soit aussi réellement l’idéologie dominante de

22   Samir AMIN : La faillite du développement, op cit.
                                                                                                   15

cette société. C’est bien le cas dans les pays du capitalisme central, et ce fait explique le double
consensus qui soustend la pratique de la démocratie politique bourgeoise d’une part et la régulation
de l’économie par la propriété et le marché capitaliste d’autre part. Mais cela n’est jamais réalisé
dans les périphéries du système capitaliste mondial réellement existant, où les destructions
économiques sociales et culturelles créées par l’accumulation rendent impossibles l’adhésion
profonde des classes populaires et de la nation au système. Le pouvoir n’est jamais véritablement
légitime aux yeux des citoyens, fussent-ils systématiquement dépolitisés par le despotisme qui est
ici la règle nécessaire pour la reproduction du système.

          Le pouvoir d’État dans les pays arabes est donc illégitime parce que la modernisation qui
constitue sa raison d’être est un échec, dans ce sens qu’elle ne parvient pas, du fait de la position
périphérique de la société dans le capitalisme mondial, à s’élever au niveau d’une modernisation
générale (et donc populaire) mais demeure superficielle et limitée à la minorité (modernisation
«élitiste»). Le titre de l’ouvrage de Bourhane Ghalioune — L’État contre la Nation — est, à cet
égard éloquent23. Cependant, à cause de la dépolitisation culturelle entraînée par la répression
continue et systématique de la gauche, l’État n’apparaît pas illégitime pour cette raison. Son
illégitimité est largement attribuée au fait qu’il a rompu avec les racines historiques de la société.
Le projet passéiste mythique de restaurer ce passé apparaît alors comme la réponse idéologique à
l’illégitimité de l’État moderne.

         Nous touchons ici la dimension culturelle du problème. Je renvoie sur ce sujet à la thèse
que Fawzy Mansour et moi-même avons développée24. Contrairement à un préjugé communément
répandu l’Islam en soi n’est pas responsable de ce blocage passéiste de la pensée arabe
contemporaine. L’Islam, comme toute autre religion, est potentiellement capable de mutations lui
permettant de survivre, comme métaphysique à un changement social quelconque. Il pourrait donc
sortir de l’interprétation figée dans laquelle il se trouve jusqu’ici bloqué, et accepter — comme le
Christianisme l’a fait — la révolution culturelle des temps modernes qui a détroné la dominance
métaphysique dans la pensée sociale. Mais il ne l’a pas fait jusqu’ici parce que ni la bourgeoisie ni
des forces sociales plus radicales ne sont parvenues à l’imposer dans les conditions périphériques
du monde arabe. L’Islam figé présente alors le passé comme alternative au futur, le présent étant
inacceptable.

         Je situe également la problématique de l’unité de la nation arabe dans ce cadre
méthodologique25. Tandis que le courant idéologique «qawmi» (nationaliste unitaire) s’accroche à
une méthode idéaliste selon laquelle la réalisation de l’unité arabe restaurerait le passé — un passé
en partie réel, en partie mythique —, j’analyse cette unité comme une exigence objective du futur,
pour faire face au défi du monde moderne, bénéficiant de surcroît de facteurs historiques favorables
(l’unité culturelle et linguistique) renforçant les chances de cette possibilité.




23 Bourhane GHALIOUNE : cf bibliographie.
24 Fawzy MANSOUR : cf bibliographie.
   S. Amin : Vers une théorie de la culture, op cit.
25 Samir AMIN : La nation arabe, op cit.
   F. Charaffeddine : cf bibliographie.
                                                                                                    16

IV

        1. Le monde arabe contemporain présente l’aspect d’une mosaïque de 21 États, tous en
crise, composée de modèles-types qu’on pourrait classer en groupes reconnaissables: les États
populistes à la dérive (Algérie, Syrie, Irak, Yémen ?, Lybie?), les États technocratiques
philocapitalistes de «petite démocratie» (Égypte, Maroc, Tunisie, Liban, Jordanie), les États
archaïques d’apparence stable (Arabie Séoudite, Koweit, Émirats, Bahrein, Qatar, Oman), les États
du quart monde en décomposition (Mauritanie, Soudan, Somalie, Djibouti), un État encore sous
occupation étrangère (Palestine).

         Mais derrière cette variété se profilent des structures sociales qui ont été bouleversées au
cours du dernier demi-siècle d’une manière identique. Les formations sociales du monde arabe
prémoderne étaient certes diverses, constituées de régions rurales majoritaires, généralement
dominées par la grande propriété, d’un réseau de villes importantes gérées par des patriciats
urbains, de régions de nomadisme associé au commerce à longue distance. Mais ces formations se
complétaient en s’intégrant dans un ensemble tributaire-marchand organisé. La pénétration
capitaliste a désarticulé ce monde et, dans un premier temps l’a colonisé par morceaux en
soumettant chacun de ceux-ci à une logique propre qui lui faisait remplir une fonction particulière
dans le système global. Dans certain cas cette désarticulation condamnait telle ou telle région à
disparaître en tant que région arabe (tel était le projet de peuplement français en Algérie, comme
celui du Sionisme en Palestine), ou à être — à terme — quart-mondialisée. Dans d’autres elle
préparait, par une intégration forte au capitalisme mondial, l’évolution ultérieure qui allait conduire
à la situation actuelle.

        Cette situation est désormais celle d’un ensemble de sociétés largement urbanisées (plus de
la moitié de la population globale), dont les villes — insuffisamment industrialisées — sont de ce
fait «ruralisées», et dont les campagnes en crise (stagnation relative de la production, migration
massive) sont dominées par une paysannerie riche de koulaks. D’une manière générale ces sociétés
sont marquées par des classes et couches moyennes nombreuses qui ensemble représentent le tiers
de la population totale, rurales (koulaks) et urbaines, ces dernières produites par l’éducation et la
modernisation, employées dans des secteurs tertiaires compradorisés, souvent parasitaires et de
faible productivité. L’État autocratique moderne pèse de sa chape de plomb sur cette société qui a
perdu la maîtrise de son propre devenir. Or ce tableau est celui de tous les pays arabes, quelqu’ait
été le parcours de leur développement politico-social du dernier siècle. On retrouve ces mêmes
caractères en Égypte et au Maroc, en Algérie, en Syrie et en Irak, au Liban et dans les pays
pétroliers de la péninsule, et même — bien qu’atténués — dans les pays quart mondialisés.

        2. Ces transformations profondes que connaissent les sociétés arabes s’inscrivent dans une
évolution du système capitaliste global qui s’exprime tant au plan de la mondialisation qu’à celui
des structures internes des sociétés.

         Nous sommes entrés dans une nouvelle étape de la mondialisation26, amorcée après la
seconde guerre mondiale, dont les caractères qualitatifs nouveaux ont commencé à apparaître au
travers de la crise structurelle qui frappe le système depuis le début des années 70. L’ancien
système de l’économie internationale était fondé sur : (i) l’autonomie des différents centres
nationaux impérialistes en conflit permanent; et (ii) le contraste centres industrialisés / périphéries
non industrialisées. Le nouveau système qui se dessine est caractérisé au contraire par: (i)
l’interpénétration des économies centrales qui ont perdu leur autonomie nationale et se fondent
dans un capitalisme désormais véritablement mondialisé (par opposition au concept de l’économie

26   Samir AMIN : L'Empire du chaos, op cit.
                                                                                                    17

internationalisée) et (i) l’industrialisation — inégale — des périphéries et leur domination indirecte
par les moyens nouveaux du contrôle des marchés, de la technologie, des moyens financiers, etc...

        Ces transformations affectent profondément les sociétés des centres et le système politique
de leur gestion. Elles ont réduit l’importance relative des classes ouvrières industrielles, engendré
une explosion de classes moyennes nouvelles, remis en question l’autonomie de la gestion
nationale des compromis sociaux sur lesquels l’économie nationale développée autocentrée était
fondée. Les moyens nouveaux dont disposent le pouvoir et le capital ont conduit au delà même de
l’uniformation des modes de vie et de consommation (le modèle des «classes moyennes» qui
s’impose par les médias à l’ensemble de la société), à l’érosion de la pratique démocratique qui
était fondée sur les contrastes droite/gauche (conservatisme-classes bourgeoisies / réformes et
progrès-classes ouvrières). Au plan de la gestion du système des relations inter-Nations la
mondialisation constitue un défi nouveau. Le vieil équilibre des États-nations, fut-il déformé par
l’hégémonie globale d’une puissance particulière et des hiérarchies régionales, va-t-il céder la place
progressivement à la construction d’un système politique global, nouveau, cohérent avec les
exigences de la mondialisation économique? Ou bien la contradiction entre celles-ci et la
persistance des États et des nations loin de s’atténuer, s’exacerbera dans un série de conflits de plus
en plus chaotiques? Bien que ces questions, que j’ai abordées ailleurs, ne constituent pas à
proprement parler notre sujet ici, les réponses qu’on leur donne affectent directement l’avenir de
l’État dans le tiers monde.

        Car le tiers monde, dont le monde arabe, est lui aussi entré dans l’ère nouvelle de la
mondialisation. Les transformations politiques (l’indépendance) et sociales décrites plus haut en
sont l’expression, comme son éclatement en tiers monde «semi-industrialisé» (le coeur des
périphéries de demain) et émergence du quart monde (expression nouvelle des effets de destruction
permanents de l’expansion capitaliste mondiale). Mais si au centre la nouvelle «grande
transformation» se construit sur la base de la maîtrise de la révolution technique et scientifique par
les forces sociales dirigeantes, dans les périphéries on subit les effets de celle-ci, par
l’uniformisation des aspirations déterminantes des nouvelles classes moyennes, dans des conditions
qui ne permettent pas leur satisfaction.

         L’État dans le tiers monde, qui n’était déjà pas même parvenu dans l’étape antérieure de
l’expansion capitaliste mondiale à se construire à l’image de l’État bourgeois central, est condamné
à renoncer à ce projet qui avait animé un siècle de son histoire, parfois près de deux siècles. Dans
la logique de la nouvelle mondialisation il est appelé à devenir un État-compradore, facilitant le
façonnement de la nouvelle relation centres-périphéries par une série de politiques qui ont déjà
leurs noms: ajustement, dérégulation, privatisation, dénationalisation, priorité au service de la dette
extérieure, ouverture (à l’entrée des produits du centre, à la sortie des capitaux de la périphérie!
etc...). Cela exige le démantèlement du projet d’État national et la liquidation des vestiges
politiques de celui-ci. Il va s’en dire que l’effondrement du système soviétique a créé des
conditions favorables à cette offensive de l’impérialisme nouveau.

        L’État nouveau suppose la cristallisation d’un bloc social local compradore hégémonique,
dont les formes sont bien entendues variées selon les conditions locales. Mais dans tous les cas
cette hégémonie nouvelle est fondée sur l’abandon de l’idéologie du développement telle qu’elle
avait été formulée au cours de ses vingt-cinq «belles années» (1950-1975), au bénéfice d’un
développement «dual» accepté (le discours sur le «secteur informel» témoigne de cette soumission
acceptée). Le modèle type de l’État convenant parfaitement à ces fonctions existe déjà, précisément
dans ceux des pays du tiers monde qui sont les mieux placés dans la course au développement
périphérique nouveau (la Corée du Sud, Taïwan, certains pays de l’Asie du Sud-Est). Il s’agit
                                                                                                      18


comme l’a montré notre collègue Suthy Prasartset27, d’un État autoritaire assis sur trois principes
fondamentaux: (i) la satisfaction des appétits de consommation des classes moyennes; (ii) la
gestion technocratique «a-politique» du système économique (déguisée par la soumission aux
impératifs du marché et de la compétition); (iii) le maintien de l’ordre (la répression des classes
populaires exclues des bénéfices du système) par le moyen de la priorité donnée aux concepts dits
de «sécurité nationale» (une sécurité dirigée vers l’intérieur, non vers l’extérieur). L’idéologie
dominante tente de légitimer l’ensemble de ces pratiques par l’accent qu’elle met sur le concept de
«gouvernabilité» (en anglais governance), tandis que celui de développement «soutenu»
(sustainable) est réservé à la rhétorique néohumaniste, des Verts entre autres.

        Il est bien évident que la démocratie n’a pas de place dans la logique de cette nouvelle
mondialisation. Les explosions démocratiques ici et là sont seulement le produit de la crise
d’ajustement aux contraintes nouvelles, le résultat d’un échec, non pas seulement celui des
populismes radicaux du tiers monde (et j’ajouterai des pays de l’Est dit «socialistes»), mais
également dans les pays du quart monde et dans ceux de la classe intermédiaire semi-industrialisés
qui n’ont pas réussi comme certains pays d’Asie à s’imposer dans la compétition mondiale. Je
range les pays arabes dans ce groupe, peut-être aux côté de l’Amérique latine et de la nouvelle
Europe de l’Est.

        3. Le monde arabe occupe une place particulière et délicate dans l’ensemble nouveau en
construction.

        Certes en termes de développement économique ses résultats sont ternes et moyens plutôt
que brillants, comme l’on montré les travaux poursuivis dans le cadre du programme du Forum du
Tiers Monde28: l’échec agricole et la dépendance alimentaire grandissante, l’industrialisation de
sous-traitance de seconde classe, l’absence de maîtrise technologique sont là pour en témoigner.

        Vu du point de vue des centres dominants l’intérêt du monde arabe n’est pas situé dans les
possibilités qu’offrirait son industrialisation, mais presqu’exclusivement dans la richesse de ses
ressources pétrolières, en premier lieu celles du Golfe. Ce fait transfert le centre de gravité des
enjeux dont il est l’objet du plan économique à celui de la politique mondiale. La Guerre du Golfe
a montré l’importance de l’enjeu que représente le contrôle de la région, y compris bien entendu
dans la compétition entre les États-Unis et leurs concurrents européens et japonais.

        La Guerre du Golfe occupe de ce fait une place importante dans le déploiement du projet
de «nouvel ordre mondial américain». Certes le succès — ou l’échec (plus probable à mon avis) —
de ce projet dépendra de facteurs nombreux et de conflits internes et externes qui se déroulent et se
dérouleront ailleurs qu’au Moyen-Orient, entre autres de l’évolution de l’Est européen et de la
Russie, des réactions de leurs peuples et classes dirigeantes à la latino-américanisation à laquelle
ces pays seront rapidement soumis, de l’évolution de la construction européenne, menacée à mon
avis d’enlisement, l’Allemagne faisant cavalier seul, et d’une manière générale des réactions de
refus des peuples du tiers monde à la soumission compradore.


27   Suthy PRASARTSET :      Contribution aux ouvrages du Forum du Tiers Monde sur la
                             Transnationalisation et l'État. Également contribution de George   ASENIERO
à ces ouvrages.
28 cf    S. Khenass : Le défi énergétique en Méditerranée, Harmattan, 1992.
         H. Ait Amara :     L'agriculture méditérranéenne dans les rapports Nord-Sud,
         Harmattan, 1992.
         F. Yachir :    La Méditerranée dans la révolution technologique contemporaine,
         Harmattan, 1992.
                                                                                                    19

        Dans ce cadre l’évolution de la situation au Moyen-Orient occupera une place qui n’est pas
négligeable. Dans l’immédiat on peut déjà dire que la Guerre du Golfe a achevé de délégitimiser
tous les régimes arabes, tant les régimes modérés ou antérieurement radicaux fondés sur le
nationalisme développementaliste que les régimes archaïques du Golfe qui, répétant l’attitude du
khédive égyptien en 1882, ont appelé l’occupation militaire étrangère pour sauver leurs trônes.
Mais au profit de qui cette délégitimation va-t-elle jouer? Au profit de l’illusion passéiste
islamiste? À celui des classes dirigeantes compradorisées en place qui, faute d’alternative de
gauche crédible, stabiliseront — provisoirement — leur pouvoir?

         Dans l’ordre ancien les classes dirigeantes nationalistes (modérées et radicales) arabes
avaient développé un concept de la sécurité régionale fondée sur le respect mutuel de leurs États,
membres de la Ligue arabe, mettant l’accent sur un degré de solidarité minimale face à Israël,
laissant néanmoins une marge de manoeuvre suffisante pour que certains de ces États puissent
jouer la carte du non alignement actif et du soutien soviétique, d’autres s’en abstenir. Cet ordre
n’existe plus, du fait de l’effondrement soviétique, de l’occupation américain du Golfe et du projet
nouveau de paix avec Israël (si le sionisme consent à s’y ajuster, ce qui est loin d’être acquis). À sa
place les puissances occidentales (États-Unis et Europe) avancent le concept de «Conférence pour
la sécurité et la Coopération en Méditerranée», sur le modèle de la Conférence d’Helsinki qui a
présidé à la reconquête de l’Est. Derrière les grandes déclarations en faveur de la paix, de la
démocratie, etc., il faut voir que ce projet s’inscrit parfaitement dans l’ordre mondial nouveau
envisagé. Il vise en effet à promouvoir l’interdépendance économique au profit évident du
capitalisme dominant et la suprématie d’Israël (banalisée par le moyen de la «normalisation»). Le
conflit euro-américain s’inscrit dans ce cadre; mais l’inconnue concernant son issue est grande: les
Européens développeront-ils, pour briser le contrôle direct des États-Unis sur le monde arabe, une
véritable alternative politique méditerranéenne? Les classes dirigeantes arabes en saisiront-elles
l’occasion pour regagner une marge de manoeuvre?29

        4. L’objet de cette étude s’arrête aux questions que nous y avons posées. Dessiner les
termes d’une alternative véritable impliquerait des développements qui sortent de cet objet. Je me
contenterai donc ici de rappeler les trois grands principes sur la base desquels cette alternative peut
être conçue:

(i) La déconnexion est incontournable, à condition bien entendu d’accepter la définition de ce
concept que je propose («soumettre les rapports externes à la logique des exigences d’un
développement interne à contenu social populaire et progressiste») et de savoir que les stratégies de
sa mise en oeuvre ne peuvent perpétuer celles d’un passé résolu, mais doivent tenir compte des
transformations profondes qui ont affecté le système mondial. Il n’y a pas d’alternative réelle à
cette option: après le Nouvel Ordre Économique International. l’O.P.E.P. a montré les limites — et
désormais les illusions — de l’action collective au sein du système de la mondialisation capitaliste.

(ii) La lutte pour la démocratisation réelle des États, des sociétés, des cultures et des organisations
(particulièrement de la gauche) s’impose, dans le monde arabe comme dans tout le Tiers Monde,
comme une exigence prioritaire. Les conditions n’existent plus pour une répétition des expériences
populistes radicales du passé, dont les limites historiques ont maintenant démontré la fragilité.

(iii) Les luttes conduites aux différents plans nationaux doivent être articulées à un combat, au plan
international, pour la construction d’un système polycentrique d’interdépendance et renforcées par
la reconstruction d’un internationalisme des peuples face à celui du capital.


29   Samir AMIN et all : Les enjeux stratégiques en Méditerranée, op cit.
     S. Amin : L'Empire du chaos, op cit.
                                                                                               20

BIBLIOGRAPHIE


        Cette étude doit beaucoup aux travaux entrepris dans le monde arabe au cours des dernières
années sur le sujet de l’État, entre autres ceux conduits dans le cadre des programmes du Forum du
Tiers Monde (cf ci-dessous Amin, Azmeh, Charaffeddine, Ghalioune, Mansour, Yachir), du Centre
d’Études de l’Unité Arabe (Beyrouth, directeur: Kheireddine Hasseeb, cf ci-dessous Al Naqib, Al
Ayoubi, Dimassi, Ibrahim, Salameh), de l’Institut de Développement Arabe (Beyrouth, directrice:
Fahima Charaffeddine). Ces titres sont repris parmi d’autres dans la bibliographie succincte qui
suit.

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