Le Carnaval by 3g92726

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									               Epreuve de culture générale et expression

       Dossier sur le thème de la fête, réalisé par Madame Mickal ROPOLO, professeur
agrégé de Lettres modernes au lycée Jean Perrin à Marseille.


   1. Synthèse:

  Vous ferez une synthèse objective, concise et ordonnée des documents ci-joints
consacrés aux nouvelles pratiques festives.


Document 1 : “ Jeux de masques “, Partance n°5, septembre 1991

Document 2 : Chris PAULIS, Article Université de Liège

Document 3 : Harvey Cox, La fête des fous, Le Seuil, 1971

Document 4 : Peter BRUEGHEL dit “l’ancien”: le combat de carnaval et de Carême
           ( 1559)

   2. Ecriture personnelle:

   Vous répondrez d’une façon argumentée à la question suivante en vous appuyant sur les
textes du corpus et sur vos lectures personnelles:

   Selon vous, les fêtes collectives actuelles remplissent-elles les mêmes fonctions
qu’autrefois ?




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Document 1: Dossier Jeux de masques
Le masque comme accession à une nouvelle identité

  L'individu masqué devient un autre, puisqu'il n'est pas reconnu par les autres. C'est le principe rnême du
carnaval, qui mêle les êtres et les statuts et permet de faire ce que la vie quotidienne n'autorise pas à faire.
Chacun, cachant et perdant son identité, vit un “état second”. Partout dans le monde le carnaval a joué et joue
encore ce rôle.
   Plus encore que le déguisement, le masque est l'attribut essentiel du carnaval vénitien. Les premiers
témoignages de ce carnaval remontent à 1a fin du XIIe siècle. Dès lors, il ne cessera plus d'aller crescendo, pour
atteindre sa plus folle et logique apogée au XVIIIe siécle, au moment où la Sérénissime, déclinante, s'étour-
dissait dans les déliquescences de l'« aprés-nous-la-fin-d'un-monde ». La fête, alors, durait six mois. Toute la
ville, ou presque, se grimait, explosait dans une succession de réjouissances frénétiques qui se déroulaient aussi
bien dans la rue que dans les palais, chez les patriciens que chez les plébéiens. Le port du masque était si
généralisé qu'il fut interdit - en vain - dans les églises. Grâce à lui, et au déguisement, les barrières sociales
étaient abolies. L'humble devenait seigneur, le puissant bouffon. Hommes et femmes, jeunes et vieux, chacun
pouvait s'abandonner à ses pulsions, vivre ses fantasmes en toute impunité. La ville fusionnait, et ses autorités
laissaient faire, sachant fort bien que ce désordre contribuait au maintien d'un ordre plus subtil.

Le masque comme identité collective

Utilisation contemporaine de la tradition du masque ; en peignant leurs visages aux couleurs de leur club, ces
supporters témoignent d'une volonté d'appartenance : n'être plus des individus anonymes et différents mais les
membres d'un clan (le club, la ville) qui les exprime autant qu'eux le représentent.
Le masque n'est plus alors déguisement ; il affiche au contraire une identité de groupe qui abolit 1'individualité
et permet la communion collective.



Document 2 : entretien avec Chris Paulis

- Quelles sont les origines du carnaval ?
Depuis l'Antiquité, les êtres humains ont toujours fêté les changements de saison. Le carnaval est l'occasion
de chasser l'hiver pour laisser la place au printemps. De tout temps, c'est une période de libations, de folie s,
avec des déguisements monstrueux pour faire peur ou grotesques pour faire rire. II a toujours eu ce côté très
festif et exubérant. Les Grecs, !es Romains, les peuplades germaniques fêtaient déjà la fin de I'hiver, comme
les Incas. Les religions ont très vite compris l’intérêt de récupérer ces fêtes païennes et de leur donner une
représentation plus sacralisée. Parfois ce sont les circonstances qui rapprochent de I'Eglise. Par exemple au
Moyen Age à Stavelot, les moines «guindaillaient» le jour de la Laetare en se mêlant à la population locale
dans des réjouissances mi-sacrées mi-païennes. L'Eglise est ensuite intervenue pour interdire aux moines de
quitter l’abbaye á cette occasion. C'est l'origine des Blancs Moussis car en réponse, la population, déçue d e
ne plus avoir ces moines avec elle et pour provoquer I'Eglise, a imité la bure en portant le costume blanc
traditionnel que nousconnaissons aujourd'hui.
Dans le carnaval brésilien, on remarque une alliance entre !es traditions vaudoues et !es acteurs et les
organisateurs du défilé-spectacle.
-Hommes et femmes sont-ils égaux devant le carnaval ?
Non, il y a une répartition des rôles. Nous pouvons aujourd'hui marquer notre étonnement face à des formes de
ségrégation, mais c'est une situation qui remonte loin. Auparavant, seuls les hommes pouvaient investir l’espace
public ; ils étaient les dépositaires de la morale et des valeurs. Les femmes, elles, étaient chargées de I'accueil
dans les foyers. Ces rôles ne changent pas pendant le carnaval. Cela se remarque particulièrement bien dans le
carnaval de Binche. Seuls les hommes peuvent porter le costume de Gilles et défiler dans les rues, tandis que les
femmes aident leurs maris à s'habiller, à préparer le champagne et les repas, ... C'est une tradition qui,
aujourd'hui encore, est parfaitement respectée. Mais cette discrimination n'est pas catégorique puisque certains
carnavals ont toujours possédé des sociétés mixtes, comme par exemple les Haguettes ou les Longs-nez de
Malmedy, ou ont compensé en offrant un jour de liberté complète réservée aux femmes, comme le Jeudi des
Femmes à Eupen. Par analogie, d'autres carnavals se sont davantage ouverts aux femmes, comme à La Louviére
ou à Bouvy.




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- Comment expliquer la popularité des carnavals dans le monde entier ?
Les carnavals ont un peu perdu de leur popularité dans les années 60-70 au nom précisément de l'égalité
hommes-femmes. Mais dès la fin des années 80, ils ont retrouvé toute leur vigueur. I1 faut voir dans ce regain
l'envie de la population de retrouver ses racines, d'exprimer son identité en replongeant dans son folklore pour
mieux le faire connaître et reconnaître. Les gens participent volontiers à cette tradition et veulent la transmettre à
leurs enfants.
Le carnaval est populaire aussi car c'est un rite festif marquant un arrêt dans la période de travail et il offre une
courte parenthèse dans l'année où tout est permis. Les dífférences sociales, de sexe, d'âge, ... sont aplanies
durant cette période, sous le couvert du masque et du déguisement. Certains y consacrent d'ailleurs des moyens
considérables, comme au Brésil, pour se parer des plus beaux déguisements. On «joue» au carnaval. C'est ce qui
lui donne son côté caricatural et comique, libertin et extrême, aidé en cela par les libations qui ponctuent les
journées de fête.




Document 3 : Harvey Cox, La fête des fous

  Car maintenant nous assistons à une renaissance de 1'esprit de fête et de fantaisie. Bien que nous n'ayons
pas de Fête annuelle des Fous, 1'affirmation de la vie et 1'impertinence folâtre autrefois incarnées en cette
journée-là bouillonnent à nouveau de nos jours. Comme prévu, évêques et patrons n'en sont guère heureux,
mais en tout cas cela a lieu. Cette renaissance de la fantaisie et de la fête, qui commence, est un bon signe.
Elle montre que notre époque redécouvre peut-être la valeur de deux composantes de la culture qui, toutes
deux, étaient jadis visibles dans la Fête des Fous. La première est la fête en elle -même, importante parce
qu'elle remet le travail à sa place. Elle suggère que le travail, bien que rémunérateur, n'est pas la plus haute
fin de la vie, mais doit contribuer à 1'accomplissement de la personne humaine. Nous avons besoin
d'interrompre le travail à date fixe pour nous souvenir que ce ne sont même pas un produit national brut
d'un montant astronomique et le plein emploi de tous qui peuvent apporter le salut. Les jours de fête, nous
cessons de travailler et nous goûtons ces gestes traditionnels et ces heures de franche gaieté sans lesquels
une vie ne serait plus humaine. La fête, comme le jeu, la contemplation et 1'amour, est une fin en soi. Ce
n'est pas un moyen.
    L'autre importante composante culturelle de la Fête des Fous est la fantaisie en tant que critique de la
société. Démasquer la vanité des puissants fait toujours paraître leur pouvoir moins irrésistible. C'est
pourquoi les tyrans tremblent devant les bouffons, et les dictateurs interdisent les chansonniers. Bien
qu'une occasion fixée pour le persiflage politique puisse être exploitée par les puissants pour rendre la
critique insignifiante, même une telle occasion ne doit pas exister. Du point de vue de 1'oppresseur, la
satire risque toujours de lui échapper ou de donner des idées aux gens, aussi est -il préférable de ne pas du
tout la tolérer.
    Ainsi la Fête des Fous avait implicitement une dimension radicale. Elle révélait la qualité arbitraire du
rang social et permettait aux gens de comprendre que les choses ne doivent pas toujours être telles qu'elles
sont. Peut-être est-ce pourquoi elle mettait mal à 1'aise ceux qui exerçaient le pouvoir et pourquoi, en fin
de compte, elle dut disparaître. Le droit divin des rois, 1'infaillibilité pontificale et 1'État tota litaire
moderne ont tous fleuri après que la Fête des Fous eut disparu.
    Aujourd'hui, au dernier tiers du xx e siécle, nous avons besoin de 1'esprit que représentait la Fête des
Fous. Dans une société avide de succès et d'argent, nous avons besoin que renaissent les fêtes
manifestement improductives et les célébrations expressives. En un temps qui a mis en quarantaine la
parodie et séparé la politique de 1'imagination, nous avons besoin de plus de fantaisie sociale. Nous avons
besoin pour notre époque et dans notre propre langage culturel de redécouvrir ce qu'il y avait de juste et de
bon dans la Fête des Fous. Nous avons besoin d'une renaissance de 1'esprit, et il y a des signes qui
1'annoncent.



Document 4 : Peter BRUEGHEL dit “l’ancien”: le combat de carnaval et de Carême
           ( 1559)
A consulter sur le site: http://www.pieter-bruegel.com/salles/carnaval.htm




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