Sur la montagne des bergers Corses by eo0e167a

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									                               Dans la haute montagne Corse


Samedi 11 juillet 2009
Cela fait maintenant 7 jours que nous découvrons la Corse du Nord. Arrivés à Bastia, nous
avons fait des sauts de puce, restant 3 jours au camping à la ferme auberge Ulicetu de
Piétracobara puis autant à celui de l’exploitation oléicole U Pignottu d’Avapessa. Au menu,
une mise en jambes avec le sentier des douaniers de Macinaggio, des excursions vers le port
de Centuri, les villages de Cannelle, Barcaggio, Nonza, St Florent, St Antonino et celui en
ruines d’Occi. La Balagne, le désert des Agriates, le col de Salvi, la forêt de Bonifato, Ile
Rousse. Quelques baignades également et pour terminer, sortie avec notre kayak gonflable sur
le lac du barrage de Calacuccia jusqu’à la rivière Odo, finissant par nous interdire toute
remontée en raison des rochers.
Bref, les journées ont été bien remplies et nous nous installons maintenant au camping à la
ferme Acquaviva de Calacuccia. En fin d’après-midi, direction nos âniers afin de faire
connaissance. Josiane Gambini de « La Promenâne » nous accueille et nous en profitons pour
rencontrer la bavarde épouse de Noël, le berger de Vaccagha. Nous passons un bon moment
ensemble jusqu’à l’arrivée de Pascal, notre ânier. Grigette sera notre compagnon pour cette
nouvelle escapade. C’est un bel âne gris avec la croix de St André bien visible. Pascal a été
dans l’obligation de modifier ses plans puisque l’ânesse qu’il pensait nous confier a été
blessée et est tenue au repos. Il nous dévoile notre itinéraire et nous prodigue moult conseils,
avertissements et mises en garde. Nous le sentons tendu avec déjà trois ânes revenus blessés
de randonnée dont un est même resté aux bergeries de Vaccagha. Nous allons donc dans son
sens, en essayant de le rassurer, en lui expliquant que pour nous l’âne a une place particulière
dans nos randonnées, que son bien-être est primordial à nos yeux et que jamais nous n’avons
ramené un âne blessé. Nous sommes très loin de nous considérer comme des spécialistes de
l’âne mais pensons maintenant pouvoir agir et réagir correctement face aux situations diverses
et imprévues qui ne manquent pas de se produire dans ce genre de randonnée !...
Donc au passage, permettez-moi le coup de gueule suivant : l’âne s’il est un porte-bagage
bien pratique, est avant tout un animal devant être respecté. Des blessures dues au bât mal
fixé, à la longe parce qu’il a été tiré sans vergogne et sans retenue, aux antérieurs parce qu’il
est tombé après avoir visiblement porté la belle-mère fatiguée –j’en passe et des meilleurs-
sont tout simplement inadmissibles. Dans le même ordre d’idée, on ne perd pas le matériel
prêté par Pascal … De plus, le GR20 et la montagne Corse se méritent et on ne se lance pas
sans un minimum d’équipement et de pratique. Enfin, l’hébergement aux bergeries de
Vaccagha étant des plus sommaire, on ne vient pas se plaindre qu’il n’y a qu’une douche,
qu’un lavabo, que les toilettes sont dans la nature (le plus loin possible SVP en brulant ensuite
le papier WC) et que la source est en contrebas derrière l’arbre. Ou alors, on va dans un hôtel
à étoiles … Pour ma part, je me suis décrassé matin et soir au robinet en plein air de l’unique
lavabo, l’eau était certes froide mais vu la chaleur ambiante c’était plutôt un plaisir. Enfin, les
accros du portable ne viendront pas se plaindre que le réseau ne passe pas : quel luxe de ne
pas être joignable 24h sur 24h ! Ceci étant dit, revenons au fil de notre histoire.
Après avoir rassuré Pascal, nous prenons congé et lui offrons une bouteille de Bordeaux bien
de chez-nous. Touché, il nous promet une bouteille de vin corse à notre retour, la promesse
sera tenue (et bien tenue !) mais c’est une autre histoire…


Dimanche 12 juillet
Albertacce – Station de ski du col de Vergio – 16,5km – Etape de 8h30


En montagne, les randonnées se déclinent en temps c’est-à-dire en heures. En ce qui nous
concerne, nous indiquons aussi le nombre de kilomètres parcourus (nous avons toujours notre
podomètre à la ceinture) car les nombreuses pauses que nous effectuons pour diverses raisons
(réajustement du bât, photos, rafraichissements et baignades, en-cas, regards contemplatifs sur
le paysage, pique-niques, etc., etc…) modifient notablement la durée du parcours. Bien que
20km en montagne diffèrent de 20km en plaine étant donné la difficulté du terrain, cela
apporte un élément supplémentaire pour appréhender l’étape.
Après avoir plié une seule tente puisque Gaëlle et moi (Olivier) avons dormi à la belle étoile,
nous chargeons et équilibrons au mieux les sacoches et nous présentons à 8h30 chez Pascal.
Grigette est rapidement bâté, les sacoches reposant sur les rabats métalliques et amovibles du
bât se rapprochant du bât de débardage. L’ensemble est solidement attaché par une longue
corde serrée ensuite avec l’aide d’un bout de bois faisant office de tourillon. Technique
montagnarde efficace mais je préfère mes sangles que je juge plus pratiques et à la pause de
midi, elles remplaceront la corde.
J’entends d’ici rigoler les muletiers et autres conducteurs, mais que voulez-vous, chacun ses
habitudes et je vous assure que les sacoches n’ont pas bougées d’un poil !
A 9h, nous prenons le départ et rapidement, Grigette nous teste. Plusieurs arrêts intempestifs,
blocages et il est difficile de le faire repartir, malgré je l’avoue quelques coups de bâtons sur
la croupe … totalement inefficaces et quelques coups de longe sur le museau. La badine, cré
vingt dieux, il n’y a rien de mieux que la badine fine et cinglante taillée dans une branche de
noisetier par exemple!
Après la pause, cela va beaucoup mieux et peut-être l’intonation grave de ma voix fait-elle
effet puisque cela suffit à le faire repartir. C’est d’ailleurs ce que me confirme une
sympathique famille Corse occupée à pique-niquer sur les bords d’une rivière vers laquelle je
suis descendu afin de me rafraichir. Ils m’appellent pour me proposer un verre de vin ou une
bière et même de manger un morceau ! J’opte pour un verre de vin rouge bien frais et nous
engageons la conversation. Le père m’explique ne pas avoir besoin du bâton et que
l’intonation de sa grosse voix corse est largement suffisante pour faire repartir le plus
récalcitrant des ânes. J’en prends donc note et durant les jours suivants, essaierait de « parler
corse » à notre grandes oreilles !
Joëlle descend également mais décline le petit rouge rafraichissant et nous rejoignons Gaëlle
gardant Grigette sur le bord du chemin.
Le parcours est sportif, pierreux à souhait et parfois délicat en raison de l’encombrement du
bât et de son chargement. Deux arbustes empêchant le passage seront coupés à la machette
afin d’éviter le débâtage complet (à chaque randonnée, je lui trouve toujours son utilisation !).
Nous ne résistons pas à une rapide baignade dans la rivière le Golo du côté de la bergerie de
Tellurga avant de rattraper le GR20 et d’atteindre notre étape de ce soir.
Nous récupérons la tente de La Promenâne à la réception du bar-Hôtel-restaurant, un seau
pour l’eau de Grigette et nous nous dirigeons vers l’aire de camping. Le propriétaire des lieux
me demandant comment s’est déroulée la journée avec notre Ferrari à quatre pattes. « Plutôt
bien », lui répondis-je, en ajoutant avec malice : « En guise de Ferrari, c’est plutôt genre 2CV
et même 2CV Corse ! ».
Durant cette randonnée, inutile de nous encombrer de notre tente puisque Pascal en a laissé
plusieurs à chaque étape. Ici nous la montons nous-mêmes mais à la bergerie de Vacaggha,
elles sont déjà montées avec les matelas à l’intérieur ! Des tentes très pratiques, très bien
conçues, je tenais à le préciser (note de Joëlle).
J’installe en premier lieu la clôture de Grigette avec les piquets et la bobine de fil que
j’emporte dorénavant dans nos bagages. Brossé, les sabots curés et un seau d’eau fraiche à
volonté, le grand luxe ! En début de soirée il aura droit à sa ration de grains.
Nous montons maintenant la tente et profitons de la douche afin d’éliminer la chaleur et la
poussière de la journée. Petite lessive de la journée et rapidement l’aire de camping se remplit
avec les nombreux randonneurs fréquentant le GR20. Quand on voit la taille de leur sac à dos,
on devine aisément le poids (minimum 12kg) et l’on se dit que notre choix de randonner
malin avec un âne est vraiment une excellente idée. Certes, nous ne pouvons pas faire le GR
en totalité mais qu’importe. Pour nous, randonner doit rester un plaisir et franchement, je ne
me vois pas marcher avec plusieurs kilos sur le dos, même si parfois comme le dira un
randonneur croisé, notre âne rajoute une difficulté différente à la marche…
Le soleil se couche derrière les montagnes et la température baisse rapidement de quelques
degrés aussi nous ne tarderons pas à nous coucher.


Gaëlle :
Après une nuit à la belle étoile, c’est le moment du départ. Le temps de se laver, de déjeuner,
de ranger et d’aller chercher notre « C.A.G.O » (Compagnon Aux Grandes Oreilles) qui
s’appelle Grigette. A ton avis, mâle ou femelle ? Et là, tu te dis : « Trop simple, c’est une
femelle ». Raté, tu es tombé dans le panneau, c’est un mâle        . LOL* !
Bon, un démarrage intéressant : plusieurs refus et arrêts brusques pour Grigette. Pour s’en
faire obéir, une seule technique : « parler en corse ». LOL ! Faut juste que mon « vieux »
fasse sa grosse voix - MDR* – ce qui marche sans problème. Vers la fin de la rando, papa a
eu un verre de jaja gratos par des corses (sympas faut l’avouer).
Sinon la journée s’est terminée sur des montées. Arrivée au camping à 17h30.


NDLR : Nous retranscrivons fidèlement les propos de Gaëlle et ceux qui sont habitués aux
adolescents de 14-15 ans ne seront pas surpris ! Pour les autres, un déchiffrage s’impose sur
les termes suivants :
LOL : difficile de traduire, chacun l’interprète comme il veut !
MDR : Mort de Rire
Mon vieux : mon Père en plus châtié. Gaëlle m’a quand même demandé si cela ne me gênait
pas et j’ai donné mon accord !


Lundi 13 juillet
Col de Vergio – Bergerie de Vaccagha – 16km – Etape de 8h30


Après un passage en forêt agréable, l’ascension commence. Dans un passage délicat,
particulièrement rocailleux avant la Serra San Tomaghiu, nous perdons les traces du GR et
nous fions aux cairns de loin en loin. Pascal nous avait pourtant prévenus : « Il faut toujours
suivre le balisage du GR et ne pas se fier aux cairns, mis en place par les randonneurs pour
indiquer les raccourcis ». C’est toujours comme cela, nous écoutons les conseils mais n’en
retenons qu’une partie !
Malheureusement, là où un randonneur bipède passera toujours, un âne ne grimpera pas
forcément et de cailloux en cailloux, nous nous retrouvons littéralement bloqués sur la pente,
avec Grigette refusant de faire le moindre pas dans quelque sens que ce soit. Olivier escalade
la pente et retrouve les traces du GR plusieurs mètres plus haut, il n’y a plus qu’à le suivre et
remonter à l’endroit où nous nous sommes trompés. Je m’en charge pendant qu’Olivier
entreprend de décharger Grigette qui allégé accepte de faire demi-tour et de rejoindre le
chemin. Il ne restera plus à Olivier qu’à faire l’âne afin de descendre dans la rocaille sur une
dizaine de mètres afin de récupérer les sacoches et tout notre fourbi pour ensuite remonter le
tout … à dos d’homme.
« Chacun son tour ! » semble penser Grigette, passablement détendu et attendant
tranquillement d’être rechargé. Ouf, tout est bien qui finit bien mais cela serait devenu
dangereux si nous nous étions entêtés…
Promis, juré, nous serons plus attentifs désormais …
Nous franchissons maintenant une crête sur un véritable chemin muletier de montagne. C’est
simple, si nous ne savions pas ce chemin franchissable par un âne, nous ferions demi-tour !
Dans ces situations délicates, Grigette montre toutes ses qualités. Certes, il est lent sur le plat
mais cela se révèle une grande qualité dans les passages difficiles. Il avance prudemment,
choisit les passages et progresse avec une grande prudence, et dextérité. C’est impressionnant
d’observer sa volonté, son calme et son assurance dans ces moments là. La longe très lâche,
Olivier le laisse choisir tranquillement son lieu de passage. Il pose un sabot, l’autre, les pattes
arrières suivent et les obstacles sont franchis les uns après les autres, courageusement. Il est
aussi fréquemment encouragé et caressé après les passages délicats. Un peu plus loin, un
corse nous donne les ordres à donner dans le patois local : « Tsé » pour avancer et « Psouka »
pour arrêter. Durant les jours à venir, la montagne va retentir des vigoureux « Tsé » gueulés
par Olivier et plus d’un randonneur a du se demander quel était ce fou hurlant de la sorte et
rompant le calme de ces montagnes !!!
Enfin, nous arrivons en vue du lac de Nino où nous avons décidé de faire la halte de midi ou
plutôt de 13h30. Superbe arrivée sur un lac somptueux aux alentours duquel se promènent
librement des vaches, des chevaux avec leurs poulains et des ânes. L’herbe est verte et grasse
et le sol spongieux. Grigette est déchargé et débâté et nous profitons d’une source claire pour
nous rafraichir. En effet, si deux courageux se baignent dans le lac, la présence d’algues et de
végétation aquatique rendent la baignade peu propice. La halte est revigorante, autant pour
Grigette que pour nous et Gaëlle est littéralement sous le charme des chevaux et des poulains
se laissant approcher sans aucune appréhension.
Les derniers kilomètres jusqu’à la bergerie de Vaccaghia seront tranquilles et sans aucune
difficulté. Enfin !
Nous l’atteignons en fin d’après-midi et sommes accueillis par Noël, le berger, en plein coup
de feu puisque deux groupes de randonneurs accompagnés viennent d’arriver. Dans un
premier temps, il nous faut trouver deux tentes libres parmi toutes les tentes installées autour
de la bergerie. C’est bientôt chose faite. Grigette est déchargé, débâté et attaché à un anneau.
En raison du nombre d’animaux présents (chèvres, mulets et vaches) Olivier ne peut
malheureusement pas installer son parc mais notre grande longe permet à Grigette quelques
mètres de liberté. Noël promet de le nourrir plus tard.
Les randonneurs présents se sont approprié les autres tentes non sans quelques récriminations
et jérémiades habituelles dans les groupes …
Côté sanitaires, c’est spartiate et rustique : 1 seule douche pour au moins une cinquantaine de
personnes, pas de coin WC et c’est dans la nature que chacun se soulage, le plus loin du camp
avec la règle de brûler le papier ce que beaucoup hélas ignorent ! Une source d’eau potable
quelques mètres en contrebas sous l’arbre et un évier pour la vaisselle et la lessive.
J’attendrais mon tour une bonne heure et demi avant de prendre ma douche après mettre
rafraichie à la source. Gaëlle de son côté attendra 20h que les randonneurs soient à table pour
accéder tranquillement à celle-ci et Olivier se lavera en maillot de bain à l’eau froide de
l’évier.
Ca parle fort, ça parle corse avec leur accent typique ! Noël organise 2 services pour le repas :
19h et 20h. Au menu : charcuterie, veau aux olives et fromages. Un fumet odorant sort de la
bergerie et ouvre l’appétit. De notre côté, l’âne nous permet d’être en autonomie mais nous en
profiterons pour acheter le fameux brocciu (fromage corse typique à base de lait de chèvre)
accompagné de sa carafe de vin rouge, cher à Olivier, à la pause du soir. Le fromage rappelle
légèrement la feta grecque mais en beaucoup plus goutteux. L’autre jour à l’Ile Rousse, j’en ai
mangé en omelette, délicieux !
Nous profitons de la musique et des chants corses. Le lieu est sympathique et bon enfant. Ca
parle, ça crie, ça braie… Tout cela est très vivant et malgré les commodités limitées, le cadre
enchanteur au milieu des montagnes nous fait tout accepter !
Un bémol pour Olivier surveillant Grigette du coin de l’œil et constatant qu’à 21h il n’a
toujours pas eu sa ration de grains pourtant disponible dans un fût derrière la bergerie et que
Pascal a pris le soin de faire héliporter en début de saison. Tant pis, au risque de se faire
rabrouer, il prend la musette mangeoire en toile et accoste Noël en lui demandant où est le
grain afin qu’il le nourrisse lui-même. Sans sourciller, celui-ci lui indique le fût derrière la
bergerie et Olivier se chargera lui-même de nourrir Grigette les deux soirs suivants. Depuis
que nous randonnons avec un âne, Olivier a pris l’habitude à l’étape de s’occuper en premier
lieu du bien-être de l’animal, par respect pour lui en raison de l’effort fourni dans la journée et
il accepte difficilement de déroger à cette règle !
Tardivement alors que le soleil est tombé et qu’il commence à faire plus frais, un couple
arrive et monte sa tente près des nôtres pendant qu’Olivier renoue avec un couple de
Québécois et leurs deux filles rencontrées lors de notre arrivée.
Il fait nuit lorsque nous regagnons nos tentes, bercés par les chants corses du berger, des
muletiers et des guides.


Gaëlle :
Départ du camping à 8h45. Nous commençons sur un chemin agréable en descente. Au bout
de quelques kilomètres, le chemin est « hachement » moins agréable. C’est parti pour une
longue montée. Au lieu de suivre le balisage, nous avons suivi les cairns, MDR. En fait, ce
n’est pas vraiment mort de rire parce qu’on s’est retrouvé sur un chemin difficile.
Comprenant qu’ils s’étaient plantés, ils voulaient récupérer le chemin (le bon). C’est comme
ça que les complications ont commencé. Comme l’âne ne voulait pas faire demi-tour sur le
chemin en pente et rocailleux, pour le faire passer il a fallu le débâter (ça daille !). Après
avoir réussi à récupérer le chemin et rebâter Grigette, nous voilà reparti. A 13h30, nous
arrivons au lac et nous faisons la pause de midi. Franchement, ce lac c’était grave bien. Il y
avait gavé de chevaux, poneys, poulains et ânes, enfin, quelques uns. Pendant que nous
mangions, un joli poney blanc a pété à la figure du père, grave MDR. Puis vint le moment de
repartir (flûte alors, c’était bien avec les chevaux).
Nous repartons puis l’âne s’arrête d’un coup et maman qui n’a pas fait attention fonce dans
ses fesses (LOL). Arrivée à la bergerie à 17h00.
Je tiens à préciser une dernière chose : Grigette a eu droit à tous les noms : Grisette,
grémiette et pour finir, euh… attends je m’en rappelle plus… Oh et puis merde, t’as compris,
il a eu droit à plein de noms sauf au bon (moi, je l’appelle par le bon nom).


Mardi 14 juillet
Bergerie de Vaccagha – Lac de Gauvia – 11km500


6h45, il fait jour et les randonneurs guidés démarrent de bonne heure. Les québécois nous
quittent aussi un peu après. Quant à nous, nous décollons tranquillement après tout le monde à
8h45 avec Grigette bâté mais ne portant qu’un sac à dos avec pique-nique, eau, serviette de
bains et divers. Bref le minimum !
Nous montons au lac de Gauria sur un chemin sans difficulté particulière hormis le
franchissement d’une barre rocheuse à 1663m. Nous passons les ruines d’une ancienne
bergerie et arrivons à un gué que Grigette refuse absolument de passer. Nous avons beau
essayer plusieurs passages, tirer, pousser, gueuler, sortir la grande longe, rien n’y fait. Notre
bourricot a décidé que c’était sans lui !
De guerre lasse et avant de se mettre vraiment en rogne, nous décidons de le laisser là où il est
et de continuer sans lui. Pascal nous avait prévenu que l’accès final au lac se ferait sans lui,
mais pas si tôt ! Olivier le décharge, le débâte et nous l’attachons avec la grande longe aux
racines d’un arbuste solidement ancré dans le sol (espérons-le !). Nullement perturbé par notre
coup de gueule et visiblement satisfait de son refus, il se met à brouter l’herbe rase (vraiment
rase !) sans nous prêter la moindre attention.
Quelques minutes plus tard en traversant le gué, Olivier se fait surprendre par une véritable
patinoire car les algues ont rendu la pierre particulièrement glissante. Notre bourricot aurait il
comprit cela ? Plus tard Pascal nous confirmera que le passage était possible. Sacré bourricot !
Nous continuons tous les trois et la dernière portion est une paroi rocheuse où nous ne
sommes pas loin de l’escalade. A notre droite, la paroi abrupte sur laquelle coule une cascade.
Nous pensons trouver le lac un peu plus haut mais il faudra en fait continuer sur plusieurs
centaines de mètres, de rocher en rocher avant d’accéder enfin au sommet et le découvrir.
Le spectacle est grandiose et magique : le lac est encaissé entre les montagnes. Cela forme un
cirque sur les parois duquel on aperçoit plusieurs névés. Au fond, quelques vaches et l’on se
demande vraiment par où elles ont bien pu passer ?
Après une tête dans l’eau fraiche et claire du lac, nous pique-niquons sur place. Je vais
jusqu’au bout du lac où il y a les vaches. Je remarque des fougères et des belles dames,
insolites à cette altitude de 1860m (en fait, ces papillons peuvent être observables jusqu’à
2 000 m.). Le chemin continue plus haut et franchit une crête au dessus du lac. Nous
observons à la jumelle quatre randonneurs téméraires se dirigeant vers le sommet. Pour ma
part, je ne m’y risquerai pas sans cordage ! Mais la difficulté n’est peut-être pas si grande que
ça. Quelques fois, il faut être sur le sentier pour s’en rendre compte. Quelques fois, celle-ci est
difficile à évaluer et il peut être dangereux d’avancer sur un chemin inconnu au risque de ne
plus pouvoir ni avancer ni reculer. Mieux vaut aussi se fier aux indications des autochtones.
Si à midi, le ciel voilé nous a caché le soleil en refroidissant l’atmosphère, en ce début
d’après-midi les rayons tapent dur de nouveau et les baignades sont nombreuses. Il est l’heure
de prendre le chemin du retour et nous quittons ce lieu calme et serein très peu fréquenté.
J’appréhendais la descente mais en fait, elle se passe bien. Quelques passages difficiles pour
moi étant donné ma petite taille. Un passage particulièrement difficile où j’apprécie l’aide
d’Olivier qui me tend la main. J’avais un peu peur de me laisser emporter par mon élan et de
dégringoler la pente plus vite que souhaité et ne savais pas trop comment appréhender
l’obstacle. Ouf, enfin tous arrivés en bas ! Il fait si chaud que je redescends en short et maillot.
Nous retrouvons Grigette, toujours attaché au bout de sa longe en train de brouter tout ce qui
se trouve à sa portée. Il nous repère de loin et nous suit du regard sans cesser sa mastication.
Avant de rebâter, nous nous rafraichissons entièrement dans l’eau de la rivière, descendant du
lac. Bassine d’eau claire pour lui également.
Arrivés à la bergerie, nous laissons Gaëlle et l’âne afin de pousser jusqu’au refuge de
Manganu, visible de l’autre côté de la vallée (1 h aller/retour). Nous rajoutons ainsi 5
kilomètres à l’étape des 11 km d’aujourd’hui, journée tranquille !
A quelques centaines de mètres du refuge nous repérons le chemin pour demain, semblant être
à flanc de montagne mais ne présentant que peu de dénivelé. Nous souhaitons marcher
tranquilles sans les tracasseries de l’âne et décidons que demain sera une journée de repos
pour lui.
De retour à la bergerie et après le décrassage et la lessive, pendant que Joëlle patiente pour la
douche, j’achète un nouveau fromage et en profite pour échanger la carafe vide contre une
pleine. C’est un collègue du berger qui me sert, plus bavard et avec qui je réussis enfin à
discuter … un peu. Le berger pour sa part est toujours aussi fermé et je décide d’en prendre
mon parti. C’est vrai, j’aurais aimé le questionner afin qu’il me parle de sa vie de berger, de
son métier, de ses brebis, de ses difficultés, de l’amour de son pays. J’aurais ensuite pris
plaisir à vous faire partager tout cela…
Tant pis, je respecte son silence et son souhait de ne pas être importuné par des questions
peut-être indiscrètes.
Les « gros groupes » sont partis et ce soir, la bergerie est beaucoup plus calme.


Mercredi 15 juillet
Bergerie de Vaccagha – Lac de Creno – 14km800


Toujours aussi beau et chaud avec un petit vent frais bien agréable. Nous prenons la direction
du refuge de Manganu et partons sur notre droite au fond de la vallée. Le sentier aperçu hier
est certes rocailleux et à flanc de montagne mais lorsque nous sommes dessus, il se révèle
moins difficile qu’il n’y semblait. Nous sommes de toute façon satisfaits de marcher un peu
sans notre compagnon à grandes oreilles. Le sentier serpente entre les montagnes et suit la
rivière de Zoicu. Nous l’apercevons en contrebas et finiront par la rejoindre et la traverser sur
un pont en bois. La source de l’Oscazzu rencontrée en cours de route permet également de se
désaltérer et de faire le complément des gourdes. Après le pont, nous gagnons la forêt et en
profitant de l’ombre bienfaisante des arbres, arrivons bientôt au lac. C’est un beau petit lac,
différent des deux autres et entouré de grands conifères. La baignade y est interdite et des
allemands passant outre se font rappeler à l’ordre par les gardes surveillant depuis leur
cabane.
Des bouquets de roseaux accueillent libellules et demoiselles, des nappes de nénuphars roses
et blancs ajoutent au charme du lieu.
De nombreux promeneurs s’y retrouvent, le lac étant facilement accessible depuis Orto ou
depuis le parking au-dessus de Soccia. On y retrouve aussi des cavaliers et des familles avec
des ânes ou des poneys sur lesquels les enfants prennent place. L’endroit est également le
paradis des cochons alors que les vaches se prélassent sous les conifères.
Nous pique-niquons sur ses berges et repartons rapidement vers 13h ayant prévu de faire un
arrêt baignade à la rivière traversée ce matin.
Nous rentrons relativement de bonne heure à la bergerie, ce qui nous permet de régler la note
tranquillement et de prendre une douche sans faire la queue.


Gaëlle :
Ah houai, je précise qu’hier je n’ai pas écris parce que j’avais la diarrhée et que j’étais
« out ».
Donc oui, aujourd’hui nous avons été au lac de Creno. Le paradis des cochons (LOL).
Encore aujourd’hui, ce n’était pas une rando de « nioniotte ». C’est durant cette journée
qu’on se demande si dans la gourde c’est vraiment de l’eau (LOL)*.


*Note d’Olivier : Alors là, je ne vois vraiment pas ce qu’elle a voulu insinuer !


Jeudi 16 juillet
Bergerie de Vaccagha – Casamaccioli – 23km500 – Etape de 9h30


Je suis debout à 6h et après un décrassage à l’eau froide, décide de changer Grigette de place
afin qu’il broute un peu plus d’herbe. Déplacé de plusieurs mètres et la longe fixée autour
d’un rocher, je reviens vers la tente. Mauvaise idée car quelques minutes après, en regardant
dans sa direction, je constate que notre âne a disparu. Quelques rapides enjambées et je
constate de visu que notre âne et sa longe se sont bien carapatés ! Montée d’adrénaline, coup
d’œil à droit : rien, à gauche : rien non plus. Je scrute la vallée et son vert pâturage : toujours
rien. Je me dirige vers l’arrière de la bergerie et ouf, notre Grigette a tout simplement rejoint
ses deux congénères et broute tranquillement à leur côté. Petite engueulade et je le ramène à
son point d’attache initial.
Cette anecdote était-elle le signe avant-coureur d’une journée mouvementée en péripéties ?
Sur le moment, je n’y prête pas attention et pourtant !...
A 8h30, nous prenons le départ pour la dernière étape et le retour sur Casamaccioli où l’ânier
doit nous récupérer.
Le ciel est bleu comme les autres jours et le soleil commence déjà à chauffer. Heureusement,
l’air d’altitude tempère son ardeur.
Normalement, pas de problème de balisage puisque nous devons suivre le balisage jaune et
être seulement attentif à un embranchement de chemin à ne pas partir sur le refuge de Sega.
La réalité en sera tout autre …
Nous serpentons sur un chemin grandiose, entourés de montagnes, avec la rivière courant en
contrebas. Sentier rocailleux à souhait, un moment d’inattention, une pierre non stabilisée
roule sous mon pied droit et c’est parti pour une belle entorse. La douleur vive et violente
s’estompe au bout de quelques minutes pour laisser la place à une douleur lancinante
permettant de se remettre en marche. Un gué apparaît bientôt et Grigette refuse absolument de
traverser. Il y a trois passages possibles avec quelques centimètres d’eau que nous essaierons
à tour de rôle mais rien à faire. Tirer, pousser, gueuler ne le fait pas avancer d’un pas. Avisant
un pont en bois à environ cinquante mètres et souhaitant ne pas m’énerver, je décide de m’y
diriger, espérant qu’il acceptera de le franchir. Seulement voilà, Môsssieur se campe sur ses
quatre sabots et décide de faire grève. Cette fois, pas d’alternative : il passera. Je déplie la
grande longe, la fixe à la balustrade et m’en sert de tire-fort. Rejoint par Joëlle et Gaëlle, nous
gagnons mètre par mètre et franchissons enfin l’obstacle. Pestant contre cet âne corse au
caractère bien trempé (tiens donc !) nous reprenons notre progression.
Le paysage fantastique nous fait bien vite oublier l’incident. Les montagnes sont envoutantes
avec leurs crêtes déchiquetées, leurs flancs abrupts, les tâches vert sombre des arbres
disséminés et la rivière coulant toujours en bas. Comme le chante si bien Jean Ferrat : »Que la
montagne est belle ». Belle mais rude et difficile d’accès, ici les paysages somptueux se
méritent.
De balise jaune en balise jaune, nous arrivons à l’embranchement menant au refuge de Sega
que nous laissons sur notre droite avec une vue magistrale sur la vallée. Nous montons
toujours et mon pied me fait de plus en plus souffrir. A un sommet entre deux cairns
imposants, nous faisons une halte pour attraper un doliprane et le « contrecoup de l’abbé
Perdrigeon ». Brave abbé avec sa recette miraculeuse contre les contusions. Bon d’accord, là
j’en rajoute quand même un peu ! Toutefois, en enlevant ma chaussure je découvre un
hématome de la taille d’un œuf de poule … bon, là aussi j’exagère un peu donc disons de la
taille d’un demi œuf. Je me rechausse en serrant bien les lacets. Et moi qui vantais à Pascal,
notre ânier, les mérites de la chaussure de trekking, légère et souple alors que lui est un
inconditionnel de la bonne grosse chaussure montante en cuir. J’ai l’air fin !
Petite pause fruits secs et eau fraiche bienvenus. Deux randonneurs nous croisent, ce seront
les seuls de toute cette longue journée.
Nous franchissons ensuite un ruisseau courant sur les rochers et oh surprise, Grigette passe
sans se poser de question. Salopiaud va !
Le balisage jaune se transforme en balisage orange et nous le suivons sur plusieurs mètres.
Jaune, on nous a dit jaune jusqu’au bout ! Bien que la carte nous indique de partir à gauche
donc là où nous sommes, le doute nous fait stopper et nous avisons un autre sentier en
contrebas indiqué par des cairns. Joëlle y va en reconnaissance en coupant au plus court au
milieu des buissons de cade qui labourent les jambes et retrouve le balisage jaune. Pas
d’hésitation, nous la rejoignons et l’empruntons. Malheureusement, nous arrivons bientôt
devant un à-pic impressionnant dans les rochers que Grigette ne pourra jamais franchir en
sécurité. Joëlle réussit à descendre et cherche en vain un passage.
De mon côté, je m’obstine, escalade les rochers au dessus, cherchant le passage mais sans
plus de succès. Première décision, je décharge entièrement Grigette afin d’essayer de trouver
un passage par lequel il pourrait descendre en limitant la casse. Peine perdue, c’est beaucoup
trop dangereux et il faut trouver autre chose. Retournant sur mes pas, je contourne sur
plusieurs mètres, avise un passage probable, descend et réussis à rejoindre le bas de l’obstacle.
De rocher en rocher, je rejoins la troupe et le ton monte rapidement. Nous commençons à
maudire notre ânier (Pardon Pascal !) nous entrainant sur un à-pic infranchissable, cette
randonnée tournant au n’importe quoi etc., etc. Le portable ne passe pas et nous ne pouvons
donc pas demander des précisions sur l’itinéraire. Joëlle menace de faire demi-tour, de
retourner à la bergerie et de revenir par le chemin de l’aller. De mon côté, je refuse de
capituler. Pensez donc : des belges ont fait le retour en 4h30 avec âne et adolescents alors, pas
question de s’avouer vaincus !
Gaëlle de son côté s’est assise et habituée à nos coups de gueule, attend tranquillement que
l’orage passe, pas du tout perturbée par la tournure des évènements.
Joëlle gueule un bon coup, ce qui a le mérite de me faire réfléchir à sa proposition. Elle
reprend la carte et en la consultant attentivement retombe sur l’embranchement du chemin,
dont l’un d’eux part sur la droite, se perdant au loin dans la montagne. Le doute n’est plus
permis : nous sommes partis sur celui-ci et notre chemin était celui sur lequel nous étions,
balisé maintenant en orange.
Rechargement de Grigette, demi-tour, récupération du chemin initial et je décide de partir seul
en reconnaissance sur plusieurs centaines de mètres. Je progresse parmi les rochers et les
cailloux et au fil des lacets, le chemin devient meilleur, semblable à une véritable voie
romaine. Le doute n’est plus permis – du moins j’essaye de m’en convaincre – il s’agit bien
du bon itinéraire, d’autant plus que du crottin le ponctue de loin en loin et qu’un rocher porte
l’inscription à moitié effacée « CASAM… ». Je fais demi-tour, récupère tout le monde et
nous voilà repartis. Nous continuons à monter, arrivons à un sommet, descendons dans la
forêt indiquée sur la carte et faisons halte près d’un ruisseau, non indiqué lui !
Grigette est déchargé, débâté de nouveau et à l’ombre des arbres pourra aussi faire une pause
bien méritée avec un quignon de pain rassis en récompense (ah, tant qu’on y est : jamais de
pain mou aux équidés car n’ayant pas la capacité de déglutir, ils peuvent s’en étouffer).
Courageux et sans se faire trop prier, il a continué sa progression et son ascension délicate
parmi la rocaille. Lentement mais sûrement, il choisit les passages avec minutie et nous
sommes admiratifs devant sa dextérité dans les passages délicats. Le rythme reste le même en
terrain plat, allure 2CV, ce qui a tendance à nous agacer car nous devons le solliciter pour le
faire accélérer. Comme le dira Pascal, son maître, le rythme lent en terrain plat lui permet de
récupérer des passages délicats et fatigants, aussi bien en montée qu’en descente. Il a tout à
fait raison mais c’est un point que Gaëlle et moi avons eu un peu de mal à assimiler. C’est
vrai que c’est un âne montagnard et que la marche en haute montagne comme ici est bien
différente de nos randonnées habituelles pendant lesquelles nous progressons plus rapidement.
La pause est prolongée pendant une heure afin de récupérer, de se baigner et de permettre à
mon pied plongé dans l’eau froide du ruisseau de dégonfler un peu et de ralentir la douleur se
faisant ressentir à nouveau.
Ah, j’oubliais une autre anecdote : une soudure du châssis métallique supportant une sacoche
vient de lâcher et j’ai pu heureusement faire une réparation de fortune à l’aide d’une mini
sangle. Amis randonneurs-âniers, n’oubliez jamais votre stock de cordes et sangles de
dimensions et longueurs différentes. Elles nous ont toujours été utiles à un moment ou à un
autre !
De nouveau nous nous remettons en marche et arrivons dans les pâturages où les vaches nous
regardent passer, indifférentes. Plus loin, un teckel brave Grigette en lui aboyant dessus et en
lui tournant autour. Il est récupéré par son propriétaire, qui avec un ami et des gamins ont
visiblement pique-niqué sur place au vu de la glacière à leurs pieds. Ce sont des corses,
connaissant bien Noël de la bergerie d’où nous arrivons puisqu’ils chassent souvent dans le
coin. Enfin, ils nous confirment être bien sur le bon chemin. Ouf !
Bientôt, nous atteignons le dernier sommet et découvrons loin en bas le lac de Calacuccia et
les toits des maisons de Casamaccioli. C’est parti maintenant pour une longue et éprouvante
descente de 800 mètres de dénivelés. Dur, dur, peut-être la portion la plus difficile. Joëlle
tombe deux fois à cause des petites pignes roulant sous les pieds. La chaleur est intense car
nous n’avons plus la fraicheur relative de l’altitude. Plus un souffle d’air et nous avons
l’impression d’être dans un four. Nous débouchons enfin sur une piste en terre que nous
suivrons sur deux lacets avant de reprendre le sentier balisé à travers la forêt. Eprouvant, très
éprouvant ; les kilomètres, la chaleur suffocante, la fatigue et les arrêts intempestifs de
Grigette nous mettent les nerfs à fleur de peau. De plus le sentier sans fin devient n’importe
quoi, se frayant un passage parmi les ronces nous labourant jambes et bras.
Enfin, nous ouvrons une barrière interdisant le passage des vaches et nous foulons les rues du
village de Casamaccioli. Il est 18h et nous sommes partis à 8h30. Si l’on compte une heure de
pause, les arrêts divers, le temps perdu avec notre erreur d’orientation, nous pouvons être
satisfaits : l’honneur est sauf !
Nous rejoignons la place de l’église et appelons Pascal afin qu’il vienne nous récupérer. En
l’attendant, Grigette est entièrement débâté, brossé, les sabots curés et installé à l’ombre d’un
arbre avec une bassine d’eau fraiche. Il peut commencer à brouter l’herbe rase, nullement
perturbé par cette longue étape.
Pascal arrive bientôt avec le van, suivi de son épouse en voiture. Mission accomplie, Grigette
n’est pas blessé et il est satisfait de son état. Ce ne sera pas la même chose pour deux ânes
récupérés en même temps et dont l’un est blessé. Le groupe était pourtant accompagné d’un
guide professionnel. Comme quoi…


De retour à l’asinerie, Josiane nous offre des boissons fraiches – bien méritées – et nous
faisons le point sur la randonnée. Même si cela n’a pas toujours été facile, nous revenons
enchantés par ce circuit et par ce que nous avons découvert. D’ailleurs, plusieurs jours après,
à l’heure où nous écrivons ces lignes, je peux vous assurer haut et fort que cette randonnée
nous a laissé une grande impression de bonheur et de joie !
Nous trions les affaires, veillant à ne rien oublier du matériel prêté et prenons congé après que
Pascal, comme promis, nous offre une bouteille bien fraiche de Muscat Clos Petra Rossa de
J.F et F.Francisci de l’Ile Rousse. Vin biologique purement et simplement délicieux et qui ne
finira pas la soirée du camping Acquaviva où nous allons passer la nuit. (Dommage que nous
n’ayons plus du délicieux brocciu de Noël, le berger.)
De toute manière, devant se boire frais, il ne se serait pas conservé et nous avions besoin de
reprendre des forces !...
Gaëlle :
Ah houai, je vais enfin écrire pour la journée de jeudi. Oui je sais, il serait temps. Bon voilà,
çà commence à notre réveil, après avoir déjeuné et tout plier sans rien oublier (enfin
presque !).
La rando commence tranquille pour arriver à un ruisseau où bien sûr « monsieur l’âne » ne
veut pas passer. Donc, nous empruntons le pont (du moins essayons). C’est juste que Grigette
s’est pris une petite raclée pour qu’il puisse passer le pont (LOL). Donc, on marche et à un
moment, on se plante sur une bifurque qui nous mène dans les rochers où il se trouve une
paroi impossible à descendre. Les parents commencent à s’engueuler, histoire de mettre de
l’ambiance. Donc moi, je m’assoie en attendant que ça se calme. Bon, je passe les détails.
Après avoir réfléchi et observé la carte, nous prenons le bon chemin ? Vers 13h sûrement (me
rappelle plus) pause pique-nique à un ruisseau. Youpi, du frais (LOL). Puis, pour finir en
« coup de grave dingue », une super descente (LOL, c’est ironique). Donc, nous finissons sur
un chemin plein de ronces avant d’arriver à l’église de machin truc (j’ai oublié le nom).




Du vendredi 17 au vendredi 24 juillet – Hors randonnée asine


Gaëlle nous avait dit : plus de randonnée ! Alors bien sûr, nous avons ralenti le rythme en
alliant balades tranquilles (est-ce possible en Corse ?!), visites, excursions et baignades. Deux
nouveaux campings : celui du GAEC St Pancrace à Corte (production excellente du fromage
de brebis) et La Spozata à Vico. Une frayeur non fondée puisque nous avons craint un
moment d’avoir perdu les photos de notre deuxième carte mémoire. Le Muscat de Pascal
était-il passé par là ?
Donc, en vrac : Corte et son défilé folklorique, les gorges de la Restonica, le lac de Mélo et
son parcours sportif. Circuit automobile de Corte à Vivario par la nationale 93 puis la D69
jusqu’à Ghisoni. Petite route corse particulièrement spectaculaire. Le défilé des Strette puis
celui de l’Inzecca. Les cascades des Anglais, du voile de la Mariée, d’Aïtone, la fontaine de
Bocognano, La vallée Scarpa, les forêts de pins Lacibios, Le golfe de Porto et ses calanches,
Cargèse et la plage d’Ancone etc., etc.
Visite du village quasi abandonné de Muna et rencontre avec un ancien du village, Jean
Nivaggioli, apiculteur à ses heures et à qui nous achèterons un pot de miel de maquis, un peu
cher mais toutefois succulent ! Particulièrement loquace, il nous parlera longuement de la vie
du village d’autrefois lorsqu’il était enfant et nous dévoilera les nombreuses histoires plus ou
moins secrètes et taboues de ce petit hameau décimé par la première guerre mondiale.
Le temps beau et chaud s’est transformé sur les deux derniers jours avec des records de
chaleur et une véritable canicule. Et tout ceci nous a amené à Ajaccio où le ferry-boat nous
attendait pour le retour !
En vrac également, nous avons aimé : l’accueil et la gentillesse de la majorité des Corses. Le
brocciu de Noël, le muscat offert par Pascal. Continuons avec le miel corse, les confitures de
cédrat, de clémentine et de myrte, les fromages de brebis et autres, les pâtisseries à base de
farine de châtaignes et à la figue. N’oublions pas bien sûr le soleil, le ciel bleu, la mer du Cap
Corse, les golfes aux eaux turquoises, la beauté des paysages, la majesté des montagnes et de
ses lacs, les forêts de pins etc., etc.
A l’opposé, nous n’avons pas aimé : Les buissons de cade qui écorchent les jambes, les
pierres qui roulent sous les pieds et blessent parfois ! Les maisons souvent décrépies.
Et plus sérieusement : le vent qui attise les feux et assèche tout. Les feux détruisant un si beau
pays et mettant en péril les personnes et les biens…


En conclusion, nous avons été sous le charme et remercions les Corses qui en se dévoilant un
peu nous ont fait partager l’amour de leur pays !
Pour nous imprégner de la Corse d'hier, nous avons dévoré le livre de Michèle Castelli :
"Marie Di Lola". Récit véridique de la vie de Marie, vous découvrirez une Corse attachante et
en apprendrez beaucoup sur la vie de l'Ile et de ses habitants. A découvrir absolument avant
votre départ afin de vous imprégner de l'âme Corse !
Origine du drapeau corse : la tête de maure, insigne identitaire de la Corse, est depuis le
Moyen-Age le symbole de la victoire des croisés sur les musulmans. On retrouve les traces de
cet emblème depuis 1297. Elle est d’origine Aragonaise où l’on retrouve 4 têtes de maures qui
entourent la croix des rois d’Aragon. C’est sous l’éphémère règne du roi Théodore que le
drapeau fait sa véritable apparition en 1736. Sous Pasquale Paoli elle est officiellement
adoptée en 1755. L’ « Histoire » dit que le bandeau, qui était à l’origine posé sur les yeux, fut
remonté en signe de libération de l’île, au contraire de la Sardaigne qui l’a conservé comme à
l’origine.

								
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