L'EAU COMME FAIT SOCIAL by ge2rnlC

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                                      Magalie BALLATORE
                                            Sociologie
                        Laboratoire d’Economie et de Sociologie du Travail
                                              LEST
                                  Université de la Méditerranée
                                       ballator@univ-aix.fr


L’eau peut-elle être un objet d’étude pour la sociologie ? Bien sûr répondent les sociologues d’un
domaine relativement récent de la sociologie ; la sociologie de l’environnement. Avant d'être une
œuvre de génie civil, la gestion de l'eau est surtout une construction sociale. Dimension trop
souvent oubliée. Ils montre comment l'eau s'immisce dans les conflits d'intérêt, dans les oppositions
de force, et est aussi un instrument de résistance. Sa gestion reste un objet de pouvoir sur les sujets,
leurs activités et leurs imaginaires. Si partager l'eau c'est partager le pouvoir, posséder l'eau c'est
aussi posséder son pouvoir.


Ainsi dans un va-et-vient éternel entre l’Homme et la Nature, l’eau apparaît comme le véhicule
privilégié de formes de pensées et de conduite en société. Il existe une variété de logiques humaines
dans lesquelles l’eau peut être présente : la santé, l’urbanisme, l’économie, l’emploi, l’écologie, le
paysage.....mais aussi le civisme, l’éthique, la fraternité, la poétique, le religieux, la représentation
sociale,........ Les attentes en matière d’eau sont différentes d’un point du globe à un autre, mais les
problèmes à résoudre sont les mêmes pour tous.
En France, l’Académie de l’eau2 cherche à intégrer tous ces aspects multiples et veut développer de
nouveaux champs d’investigation scientifique et d’espoir humain. L’Académie de l’Eau a été créée
en 1993 sur l’initiative des six Agences de l’eau françaises et du Ministère chargé de l’eau et de
l’environnement. La mission qui lui a été assignée est de développer les réflexions transversales
entre le secteur de l’eau et tous les domaines où celle-ci intervient : villes, zones rurales, industrie,
santé, etc ...en utilisant les moyens modernes d’action gouvernance et gestion par bassin,
développement durable, etc ...et en s’appuyant sur l’information, l’éducation, la sociologie et
l’économie. Voici quelques exemples de travaux récent réalisés par l’Académie de l’Eau : Au cours
de l’année 1998, Participation à l’étude intitulée "L’eau associative ; quelles réalités et quels enjeux
autour de la gestion d’une ressource" par le laboratoire "Dynamique Ecologique et Sociale en

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   Titre emprunté à Corinne Berger et Jean-Luc Roques, L’eau comme fait social, transparence et opacité dans la
gestion locale de l'eau, l’Harmattan, septembre 2005
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  academie@oieau.fr - www.academie-eau.org et www.water-academy.org



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Milieu Deltaïque. Le Professeur Jacques Antoine (Cesem opinion) a de son côté travaillé sur les
problèmes que posent aux maires la gestion de l’eau au niveau municipal. Une intéressante
recherche, "Le rôle des femmes dans la gestion de l’eau domestique" est en cours de réalisation par
l’UATI.
L’ensemble de ces études sert de point de départ au programme "sociologie de l’eau" de l’année
1999. Une conférence débat du 25 mars 1999 a présenté un projet de Charte sociale de l’eau. Ainsi,
ces études concernant les différents acteurs de l’eau vont permettre de multiplier les regards et de
reconstituer la réalité du paysage social dans lequel doit s’effectuer la gestion des ressources
D’autres recherches théoriques et appliqués dans diverses instituts de recherche se sont multipliés
ces dernières années. Car depuis les années 1990, les structures intercommunales ont évolué vers
une intercommunalité de projet. Certains sociologues se sont alors interrogés sur l'impact de ces
nouvelles formes d'intercommunalité sur la gestion de l'eau potable, sur la gestion de l'eau dans les
zones humides, etc. La maîtrise de l'eau a aussi constitué un enjeu primordial pour les villes : l'eau
des fleuves dont il fallait assurer le franchissement et contenir les débordements, l'eau potable dont
il fallait approvisionner la population, les eaux usées dont il fallait organiser l'écoulement. Ces trois
principaux secteurs de la gestion de l'eau en ville ont généré la construction d'équipements qui
structurent l'espace. Ils ont aussi contribué à l'organisation des sociétés urbaines. Les thèmes d'étude
les plus souvent abordés sont : les rythmes de la gestion, les échelles des territoires concernés, les
perceptions de l'eau entre patrimoine, ressource économique et bien de consommation.
Se développe également de plus en plus des approches interdisciplinaires, mariant les sciences du
milieu et les sciences humaines et sociales, pour la compréhension et la facilitation de processus
décisions collectives sur la gestion de l’eau.


La Maison Méditerranéenne des Sciences de l’Homme -Université de Provence, associée aux
Universités d’Aix-Marseille III, Gênes, El Jadida et Sfax en Tunisie, propose cinq unités
d’enseignement, enrichies d’un glossaire, concernant le thème fédérateur Eau, territoire et société.
Au croisement de disciplines, ces unités traitent de l’histoire de l’eau, de l’environnement, de la
ville, des comportements culturels liés à l’eau et du thermalisme en Méditerranée. Autant de
modules décrits ici par des responsables scientifiques issus d’horizons disciplinaires et
universitaires différents. Ces enseignants-chercheurs (historiens, archéologues, sociologues,
anthropologues, ethnologues, géomorphologues, linguistes et géographes) ont mis en commun leur
savoir pour décliner le thème choisi dans sa réalité méditerranéenne.




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De la terre au territoire : histoire, archéologie et sociologie comparées de l’eau en
Méditerranée
L’histoire ancienne et récente des sociétés méditerranéennes témoigne du caractère primordial de la
médiation de l’eau dans l’appropriation d’une terre en territoire. Marqueur de ce dernier, souvent
(limites fluviales frontalières), symbole aussi du pouvoir (barrages, endiguements et canaux), l’eau
maîtrisée - captée, filtrée et redirigée - représente bien un enjeu social et politique autant que
technologique dont l’histoire mais aussi les usages contemporains exigent aujourd’hui d’être
rappelés et décrits avec la plus grande attention. Car à la maîtrise par les sociétés traditionnelles de
l’eau nourricière (hommes, animaux et plantes) a succédé progressivement sa captation
contemporaine à d’autres fins (urbaines, industrielles mais aussi touristiques). A un équilibre social
précaire - mais séculaire - fondé sur les usages collectifs de l’eau et son partage équitable - menace
de succéder désormais un désordre général dont l’eau sera(it) l’enjeu. L’étude historique et
comparative des usages - techniques, politiques et symboliques - de l’eau sera ici enrichie de
l’apport d’une enquête sociologique “multi rives”.
      Philippe Jockey
      Contact : pjockey@mmsh.univ-aix.fr


Histoire et sociologie de l’environnement
La question d’une prise en charge sociale du traitement de l’eau constitue un enjeu majeur pour les
sociétés contemporaines. Cette prise en charge mobilise à la fois des savoirs scientifiques et
techniques et met en jeu des formes historiquement situées de gestion politique de la ressource.
Cette question est ici abordée sous la double approche de l’histoire et de la sociologie de
l’environnement. Cette approche historique est complétée par l’exposition des enjeux
contemporains du traitement de l’eau. La mise en œuvre de techniques de dépollution et
d’amélioration qualitative de la ressource en eau ne peut se résumer à une approche strictement
technique. L’analyse de l’élaboration et de la diffusion de normes socio-techniques permet alors de
comprendre les dynamiques sociales en jeu dans la façon dont sont construits socialement les
enjeux environnementaux contemporains.
      Gerardo Brancucci
      Contact : brancucci@arch.unige.it
      Marie Jacqué
      Contact :marie.jacque@laposte.net


Le thermalisme en Méditerranée.


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Fait social et culturel avéré depuis l’époque antique, le thermalisme a d’abord été considéré comme
une pratique hygiénique et thérapeutique où pureté/santé de l’âme et pureté/santé du corps sont
indissociables, avant d’être vu comme un instrument de bien-être et de confort corporel. Que ce soit
dans le monde musulman ou en Grèce ancienne, en Europe contemporaine ou dans la république et
l’empire romains, il procède généralement d’une vision symbolique, voire religieuse du monde.
L’eau de source, issue des profondeurs, est souvent liée aux notions de fécondité/destruction,
pureté/pollution, mort/résurrection. Fournie par des divinités infernales ou des phénomènes
telluriques chargés de significations par les populations, l’eau du thermalisme se voit attribuer une
valeur guérisseuse qui donne naissance à un ensemble de moyens médicaux, hospitaliers, sociaux et
culturels plus ou moins comparables dans l’ensemble du bassin Méditerranéen.
      Antonio Guerci
      Contact : aguerci@nous.unige.it
      Sophie Bouffier
      Contact : sbouffier@mmsh.univ-aix.fr


Ville et eau en Méditerranée
Les études de cas concernent à la fois les adductions (pour l’Antiquité grecque, les puits ou citernes
privées face aux fontaines et aqueducs publics témoignant de gestions diverses du mode
d’alimentation en eau), la canalisation des cours d’eau, l’assèchement des zones humides urbaines,
les techniques de drainage, les techniques d’évacuation des eaux usées, l’apparition des collecteurs
des égouts et l’histoire du traitement des eaux usées.
De nos jours, la gestion urbaine de la ressource en eau témoigne d’une remise en cause des formes
de l’action publique, en particulier à travers une privatisation des services publics et un rôle accru
accordé aux ONG dans la gestion des ressources naturelles.
Dans ce cadre, la pérennité d’une gestion durable de l’eau est présentée comme reposant sur la
responsabilité individuelle de chaque citoyen. Une part importante de ces dispositifs politiques vise
alors à rendre possible l’expression de cette responsabilité individuelle par des actions
d’information, de communication et d’éducation. On analysera ainsi les enjeux sociaux et
idéologiques de la gestion de l’eau dans les communautés urbaines.
      Sophie Bouffier
      Contact : sbouffier@mmsh.univ-aix.fr


Comportements culturels liés à l’eau et pathologies infectieuses et parasitaires



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Introduction à l’étude des déterminations sociales et culturelles des risques pathologiques liés à
l’eau. L’eau constitue un milieu dans lequel peuvent se développer, à un certain moment de leur
cycle, des organismes pathogènes (générateurs de parasitoses comme par exemple la bilharziose,
avec les cercaires libérés par leur hôte aquatique, la planorbe, ou susceptibles de transmettre des
maladies infectieuses, comme l’anophèle porteur de malaria). Au-delà de l’effet direct des
contraintes environnementales, les rapports à l’eau des sujets humains obéissent à des
déterminations sociales et culturelles qui installent des différences de risques pathologiques entre
les groupes (délaissés des eaux stagnantes, aménagements hydrauliques, déversement des selles
dans les rivières, lessives ou baignades dans des pièces ou des cours d’eau contaminés…).
     Jean-Luc Bonniol
     Contact : bonniol@mmsh.univ-aix.fr


« Les mots de l’eau » : glossaire multilingue
Ce glossaire multilingue est un outil de consultation pour le public qui accède aux modules
didactiques mis en ligne sur la plateforme INTERREG III B. La terminologie essentielle des
modules, inhérente au domaine de l’eau, est produite en quatre langues (arabe, espagnol, français,
italien), ce qui permet une mise en parallèle des modules et du répertoire terminologique.
Pour chaque terme et selon le modèle des répertoires internationaux, tels que Eurodicautom
(service de traduction de l’U.E.) ou le Grand Dictionnaire Terminologique (Office de la Langue
Française du Québec), le glossaire présente une fiche terminologique qui offre au consultant une
description précise et exhaustive du terme-vedette contenant, d’une part, une description du point de
vue linguistique (catégorie grammaticale, rapports avec les autres termes du même domaine,
synonymie, hyperonymie) et, d’autre part, une description du point de vue conceptuel (définition,
note technique/encyclopédique)
Il est important de souligner que, dans une perspective d’intercompréhension multiculturelle,
chaque fiche ne permet pas la traduction du terme par le renvoi à une autre fiche équivalente, mais
correspond à une recherche terminologique spécifique, effectuée pour chaque terme et dans chaque
langue concernée.




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