Histoire des Arts � Zola et l�art oratoire : � J�accuse�

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					Histoire des Arts – Zola et l’art oratoire : « J’accuse… ! » ou « la vérité en marche ».

    I.        L’affaire Dreyfus (1894-1906)

             En 1894, Alfred Dreyfus, en formation d’officier à l’Ecole polytechnique, est accusé d’avoir transmis
   dans un « bordereau » (une lettre) des secrets militaires aux Allemands. Dreyfus est arrêté et condamné à la
   déportation au bagne de Cayenne, en Guyane française.
   En 1897, le frère d’Alfred, Mathieu Dreyfus, découvre le véritable auteur du bordereau : le commandant
   Esterházy. Emile Zola s’engage dans la défense de Dreyfus et publie en janvier 1898 un article, « J’accuse »,
   dans le journal L’Aurore. Zola est condamné à un an de prison et à 3000 francs d’amende pour diffamation.
   En 1899, lors d’un procès en révision devant le conseil de guerre de Rennes, Dreyfus est condamné à dix ans
   de détention. Lors d’une seconde demande en révision, en 1906, il sera réhabilité et nommé chevalier de la
   Légion d’honneur.

II. Zola :

                                    - Biographie :

                                             Orphelin de père à sept ans, il doit abandonner ses études et pratiquer
                                    divers petits métiers avant d’entrer, en 1862, à la librairie Hachette, où il est
                                    employé. Vite chef de la publicité, il commence à écrire des contes, dont un
                                    volume paraît en 1864. C’est à son ami Paul Cézanne, qu’il a connu au collège
                                    Bourbon d’Aix-en-Provence où ils étaient élèves, qu’il doit de rencontrer des
                                    peintres tels que Monet, Renoir, Sisley, Pissarro et Manet. Décidé à vivre de sa
                                    plume, il démissionne de la librairie Hachette le 31 janvier 1866. Le scandale de
                                    la publication de certains de ses articles sous le titre Mes Haines et le soutien
                                    qu’il apporte à un peintre comme Manet le font connaître.
                                             Il commence à publier des romans, dont Thérèse Raquin, qui est sa
première réussite. Après la guerre de 1870, à laquelle il ne participe pas parce que, fils de veuve et myope, il n’est
pas mobilisable, il devient journaliste parlementaire. C’est le 22 juillet 1872, par la signature du contrat qui le lie à
l’éditeur Georges Charpentier lui assurant cinq cents francs par mois, que commence véritablement sa carrière
littéraire, qu’il mène de front avec le journalisme auquel il ne renonce pas. Peu à peu ses romans lui valent l’amitié
d’écrivains comme Flaubert, les frères Goncourt, Daudet et Tourgueniev. Le succès de L’Assommoir, publié en
1877, septième volume des Rougon-Macquart, lui confère à la fois la notoriété et l’aisance. Sa maison de Médan
devient, le jeudi où il reçoit, le lieu de rendez-vous de jeunes écrivains tels que Huysmans ou Maupassant.
         Ses grands romans, Nana en 1880, Au bonheur des dames en 1883, Germinal en 1885, l’Œuvre en 1886,
qui le brouille définitivement avec Cézanne, permettent au naturalisme de triompher dans toute l’Europe, où il est
traduit, et lui font gagner 80 000 ou 100 000 francs par an. Indigné par la dégradation du capitaine Dreyfus, le 5
janvier 1895, à l’Ecole militaire, il dénonce à la fin de l’année dans trois articles que publie Le Figaro les
campagnes de presse contre la République et les Juifs. Convaincu que le véritable coupable de l’affaire Dreyfus est
le commandant Esterhazy, qui est acquitté à l’unanimité le 11 janvier 1898, Zola publie dans L’Aurore deux jours
plus tard l’article « J’accuse ». Condamné à un an d’emprisonnement et à 3 000 francs d’amende, il doit quitter la

                                                           1
France le 18 juillet 1898. A son retour, en 1899, injurié, radié de l’ordre de la Légion d’honneur, abandonné par
une grande partie de ses lecteurs, il meurt asphyxié par le poêle de son bureau. Une foule rendit hommage pendant
ses obsèques à celui qui avait osé mettre en jeu sa notoriété au nom de la morale.

- Zola dans l’Affaire Dreyfus

        Le romancier intervient dans l'affaire Dreyfus à la fin de l'année 1897. Les campagnes de haine antisémite
incitent Émile Zola à s'engager en faveur des juifs. Son premier article est publié dès le lendemain dans Le Figaro.
Il est suivi de Le Syndicat le 1er décembre et de Procès-verbal le 5 décembre. Il le conclut par la phrase
prophétique, restée célèbre : « La vérité est en marche et rien ne l'arrêtera ». La « Lettre à la jeunesse » du 14
décembre 1897, adjure les jeunes Français de se battre pour la vérité et la justice. Le véritable traître en lieu et place
d'Alfred Dreyfus, le commandant Walsin Esterházy, est dénoncé puis jugé par un Conseil de guerre à Paris le 10
janvier 1898. Il est acquitté le lendemain. Après la condamnation d'un innocent, c'est l'acquittement du coupable, ce

qui amène Zola à la réaction. Elle fut extrêmement énergique.

        Émile Zola avait préparé depuis plusieurs semaines un résumé de l’affaire Dreyfus. Le Figaro ayant refusé
ses derniers articles afin de conserver son lectorat le plus conservateur, l’écrivain se tourne vers L’Aurore. Il
termine la rédaction de l’article dans les quarante-huit heures suivant le verdict. Le numéro du jeudi 13 janvier
1898 de L'Aurore décuple son tirage. Les trois cent mille exemplaires s’arrachent en quelques heures. Cet article
est un brûlot, mais aussi la première synthèse de l’affaire Dreyfus, que le public découvre enfin dans sa globalité.
Le retentissement de l’article est considérable en France comme dans le monde. Zola s’expose personnellement à
des poursuites judiciaires afin de relancer le débat et de ramener l’affaire au sein d’une enceinte judiciaire civile. La
réaction du gouvernement ne se fait pas attendre, en assignant Émile Zola pour diffamation.

- Qui est Zola au moment où il intervient dans l’Affaire Dreyfus ?
- Quelle est la nature de son action ?
- Quelles conséquences en résultent ?
- Quel résultat obtient-il ?


III. « J’accuse… ! »

- Le texte :


                                                                LETTRE AU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE

                                                                                 Par EMILE ZOLA

                                                                          LETTRE A M. FELIX FAURE

                                                                             Président de la République

                                                             Mais cette lettre est longue, monsieur le Président, et il
                                                            est temps de conclure.



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J'accuse le lieutenant-colonel du Paty de Clam d'avoir été l'ouvrier diabolique de l'erreur judiciaire, en inconscient,
je veux le croire, et d'avoir ensuite défendu son oeuvre néfaste, depuis trois ans, par les machinations les plus
saugrenues et les plus coupables.

J'accuse le général Mercier de s'être rendu complice, tout au moins par faiblesse d'esprit, d'une des plus grandes
iniquités du siècle.

J'accuse le général Billot d'avoir eu entre les mains les preuves certaines de l'innocence de Dreyfus et de les avoir
étouffées, de s'être rendu coupable de ce crime de lèse-humanité et de lèse-justice, dans un but politique, et pour
sauver l'état-major compromis.

J'accuse le général de Boisdeffre et le général Gonse de s'être rendus complices du même crime, l'un sans doute par
passion cléricale, l'autre peut-être par cet esprit de corps qui fait des bureaux de la guerre l'arche sainte,
inattaquable.

J'accuse le général de Pellieux et le commandant Ravary d'avoir fait une enquête scélérate, j'entends par là une
enquête de la plus monstrueuse partialité, dont nous avons, dans le rapport du second, un impérissable monument
de naïve audace.

J'accuse les trois experts en écritures, les sieurs Belhomme, Varinard et Couard, d'avoir fait des rapports
mensongers et frauduleux, à moins qu'un examen médical ne les déclare atteints d'une maladie de la vue et du
jugement.

J'accuse les bureaux de la guerre d'avoir mené dans la presse, particulièrement dans L'Eclair et dans L'Echo de
Paris, une campagne abominable, pour égarer l'opinion et couvrir leur faute.

J'accuse enfin le premier conseil de guerre d'avoir violé le droit, en condamnant un accusé sur une pièce restée
secrète, et j'accuse le second conseil de guerre d'avoir couvert cette illégalité, par ordre, en commettant à son tour le
crime juridique d'acquitter sciemment un coupable.

En portant ces accusations, je n'ignore pas que je me mets sous le coup des articles 30 et 31 de la loi sur la presse
du 29 juillet 1881, qui punit les délits de diffamation. Et c'est volontairement que je m'expose.

Quant aux gens que j'accuse, je ne les connais pas, je ne les ai jamais vus, je n'ai contre eux ni rancune ni haine. Ils
ne sont pour moi que des entités, des esprits de malfaisance sociale. Et l'acte que j'accomplis ici n'est qu'un moyen
révolutionnaire pour hâter l'explosion de la vérité et de la justice.

Je n'ai qu'une passion, celle de la lumière, au nom de l'humanité qui a tant souffert et qui a droit au bonheur. Ma
protestation enflammée n'est que le cri de mon âme. Qu'on ose donc me traduire en cour d'assises et que l'enquête
ait lieu au grand jour !

J'attends.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l'assurance de mon profond respect.

EMILE ZOLA


- Son analyse


        Cet extrait est la conclusion de l’article .
        C’est pourquoi sa fonction est plus « rhétorique » que proprement argumentative : les véritables preuves
ont été développées en détail dans le corps de l’article. Nous n’avons ici que la récapitulation des principales idées
(les accusations, les valeurs au nom desquelles elles sont portées).

                                                           3
Traits
                        Nommer et définir les procédés                                  Citer les exemples
caractéristiques
Le ton                                                                                  « Je n’ignore pas que je me mets sous le coup »
catégorique
                                                                                        « C’est volontairement que je m’expose »

                                                                                        « J’attends »

                                                                                        « L’acte que j’accomplis ici »

                                                                                        « J’accuse »
                                                                                        Le pronom sujet de première personne apparaît
                                                                                        14 fois dans le texte. Sa présence dès le titre ,
                                                                                        exceptionnelle, est frappante pour le lecteur.
Le style                                                                                « Moyen révolutionnaire »
emphatique
                                                                                        « Explosion de la vérité »

                                                                                        « Une campagne abominable »

                                                                                        « Protestation enflammée »
                                                                                        « La passion de la lumière »

                                                                                        « Le cri de mon âme »

                                                                                        « L’explosion de la vérité »
Les procédés                                                                            « Mensongers »
du ton
polémique                                                                               « Frauduleux »

                                                                                        « Crime juridique »

                                                                                        « Violé le droit »

                                                                                        « Esprits de malfaisance sociale »

                                                                                        « Abominable »
                                                                                        « A moins qu’un examen médical ne les déclare
                                                                                        atteints d’une maladie de la vue et du
                                                                                        jugement ».
Le rythme                                                                               « J’accuse » (répété 8 fois)
vigoureux                                                                               8 alinéas
du texte




Le ton catégorique du texte


    Zola utilise fréquemment des ------------------------------------------------------------------------------------------------------
    --------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------


    De plus, ---------------------------------------------------------------- ------------ dans ces expressions, confirme cette idée
    --------------------------------------------------------------------------- ----------------------------------------------------------------.


                                                                      4
    Zola entend faire sentir au lecteur qu’il met tout son poids d’homme de lettres reconnu dans la bataille pour la
réhabilitation de Dreyfus.


Le style emphatique


    L’ ---------------------------------------- est un procédé qui sert à exagérer : par exemple, Zola dit                « moyen
révolutionnaire » au lieu de moyen exceptionnel, « explosion de la vérité » au lieu de la révélation de la vérité.


    Elle permet de rendre encore plus solennel cette déclaration de guerre à l’injustice : « une campagne
abominable », « protestation enflammée », « moyen révolutionnaire ».


    La ---------------------------------------, apporte le----------------------------- indispensable à ce genre d’envolée
oratoire : « la passion de la lumière » ; « le cri de mon âme », « l’explosion de la vérité ».


Les procédés du ton polémique


        Le choix d’ ---------------------------------------------------------------------------------------- met   en   cause   les
personnes. Zola ne mâche pas ses mots.


        L’ ----------------------------------- est mise à contribution pour mettre les rieurs de son côté, quand il affirme
que les trois graphologues ont menti. Ici, par exemple, l’excuse apparente (« à moins que… ») cache une injure
aggravée (ils sont peut être fous ou mal voyants)


Le rythme vigoureux du texte


        Scandé par l’ -------------------------------------       de « j’accuse », « musclé » par une construction en
---------------------------------------------------------------- (8 alinéas , 25 lignes), le rythme du texte se veut dynamique et
percutant : il souligne l’importance du crime (« accuser » est mis en valeur chaque fois), l’urgence de sa
dénonciation et la détermination de Zola.




        Ce texte est un bon exemple d'éloquence oratoire, mise au service d'une cause généreuse.
        Par son intervention dans l'affaire Dreyfus, Zola s'inscrivait dans une tradition d'engagement politique de
l'intellectuel illustrée notamment par Voltaire au XVIII° siècle, Hugo au XIX°.
        Ces écrivains ont su à l'occasion consacrer leur savoir-faire, leur habileté rhétorique, à combattre
l'intolérance, l'injustice. Ils ont mis leur célébrité au service de la cause défendue.




                                                                   5
IV Prolongements :

- Pour obtenir des renseignements sur Alfred Dreyfus et sur l’Affaire : http://www.assemblee-
nationale.fr/histoire/dreyfus/dreyfus-chrono.asp

- Pour lire le texte dans son intégralité : www.cahiers-naturalistes.com/jaccuse.htm

- Pour connaître le combat livré par Voltaire : se renseigner sur l’affaire Calas, http://www.site-
magister.com/afcal.htm

- Pour connaître ceux menés par Hugo : abolition de la peine de mort, instruction gratuite et obligatoire,
droits de la femme http://www.victorhugo2002.culture.fr/culture/celebrations/hugo/fr/




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