Lizy Agriculture 4
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C. L’eau et l’azote :
1/ Apports et rejets azotés :
a) Situation en Europe :
Les rejets en azote – et dans une moindre mesure en phosphore- sont considérables.
Afin d’obtenir des grains de blé riches en protéines, de nombreux agriculteurs inondent les
cultures de céréales d’azote. Non seulement, ils épandent de l’engrais organique (fumier,..)
mais en plus, par-dessus, ils appliquent des engrais minéraux !
Par contre, l’azote est l’ennemi du sucre et on constate que les producteurs de betteraves et de
vignes en font un usage bien plus raisonné/raisonnable.
Dans les régions où se concentrent les élevages hors sol (Flandres, Pays-Bas, Bretagne, Plaine
du Pô mais aussi Danemark, côte est de la Grande-Bretagne, Nord de l’Allemagne, Galice,…)
la situation est particulièrement préoccupante.
ex : Bretagne : 55% de la production porcine de l’hexagone.
ex : Plaine du Pô : 75 % des exploitations porcines de l’Italie.
Ces régions, productrices de fumier, ont trop éloignées des champs où celui-ci pourrait être
valorisé. Cet engrais naturel pourrait en effet couvrir une grande partie des besoins en azote
(et autres nutriments P, K, Ca,Mg) des plantes.
b) Situation en Belgique :
Sur le graphique suivant, c’est donc la Flandre qui explique le mauvais score de la Belgique.
N organique par pays
Situation de la Flandre : très préoccupante et d’ailleurs haute teneur en nitrates dans les eaux.
Situation en Wallonie :
La charge en bétail – et donc la production d’azote dans les effluents d’élevage - est élevée au
nord du sillon Sambre-Meuse. (200 à 300 kilos d’N par ha de SAU) et surtout dans la région
du pays de Herve (> 400 kilos d’N par ha de SAU). (v. cartes page 71).
On peut exprimer la production d’azote en :
- taux de chargement : soit nombre d’animaux /ha de SAU
soit nombre d’animaux par ha de superficie fourragère
- rapport entre effluents produits et effluents absorbables
NB : pour convertir un bovin, un porc ou un poulet selon son poids et sa physiologie, on parle
d’unité gros bétail (UGB).
2/ Contamination des nappes phréatiques :
Pour qu’il y ait pollution des nappes, il faut que les apports totaux (organiques et minéraux)
soient supérieurs aux capacités d’absorption des plantes et de stockage des sols.
La concentration des nappes aquifères en nitrates ne peut pas dépasser 50 ppm (à droite).
Valeur > 1 Aggravation
0< valeur <1 Statu quo
Valeur < 0 Amélioration
3/ Réglementations existantes :
a) Les contrats de rivière :
Les contrats de rivière – un par bassin versant de rivière - sont des protocoles d’accord entre
tous les utilisateurs de l’eau (publics et privés). Ils sont non contraignants car il s’agit de
recommandations qui visent à restaurer ou à valoriser les ressources en eau du bassin versant
mais par leur « caractère de pression morale », celles-ci ont des effets incitatifs réels.
b) Mesures particulières : zones de protection des périmètres de captage :
Dans la zone de captage, des périmètres de protection ont été déterminés, selon le temps de
diffusion des nitrates: 10 minutes/ 24 h/ 50 j.
Si une pollution devait avoir lieu dans la zone centrale, le temps de réaction pour éviter une
catastrophe serait hyper court (moins de dix minutes !). Pour éviter toute mauvaise surprise,
certaines mesures strictes ont été définies pour la zone de captage :
ex : pas de station service, pas de cuve à mazout, pas de puits perdus,…
ex : un minimum de pâturage car danger des déjections animales
Parfois, pour protéger les nappes phréatiques, on a même eu recours à des expropriations.
c) Zones vulnérables et Directives Nitrates :
Les Directives Nitrates imposent une limitation des apports azotés (organiques et minéraux) et
définissent des « zones vulnérables ».
Ce sont les « zones du territoire qui alimentent les eaux souterraines (et de surface)
- qui contiennent une concentration en nitrates supérieure à 50ppm NO3 /L
- qui risquent de contenir une concentration en nitrates supérieure à 50ppm NO3 /L si
des mesures adéquates ne sont pas prises.
Ces zones couvrent une fraction importante du dit territoire.
Ainsi, les Directives Nitrates imposent deux niveaux d’action :
- les zones vulnérables.
- le reste du territoire
Les zones vulnérables en Flandre couvrent toute la Flandre.
Les zones vulnérables définies en Région Wallonne sont :
- la commune de Comines
- la zone d’Hesbaye
- la zone des Sables du Bruxelliens (pollution par les nitrates a-lar-man-te !)
- la zone du Sud Namurois
- le Pays de Herve
(v. aussi feuille ci-après)
Zones vulnérables Crétacé de Hesbaye
Ans, Awans, Bassenge, Crisnée, Donceel, Faimes, Fexhe-le-
en Wallonie Haut-Clocher, Flémalle, Geer, Grâce-Hollogne, Hersal,
Juprelle, Liège, Oreye, Oupeye, Remicourt, Saint-Georges-sur-
Meuse, Verlaine, Villers-le-Bouillet, Visé et Waremme
Comines-Warneton
Pays de Herve
Aubel Olne
Blégny Dison
Dalhem Pepinster
Thimister-Clermont
Sables du Bruxelliens Herve
Anderlues, Beauvechain, Braine-le-Château, Braine-l ’Alleud,
L ’hypothèse de désigner le
Chapelle-lez-Herlaimont, Charleroi, Chastre, Chaumont- pays de Herve en zone
vulnérable fera l ’objet
Gistoux, Courcelles, Court-Saint-Etienne, Eghezée, Fleurus,
Sud Namurois d’une analyse ultérieure
Fontaine-l ’Evêque, Gembloux, Genappe, Grez-Doiceau,
Anhée Beauraing Dinant
Incourt, Ittre, Jodoigne, La Bruyère, La Hulpe, Lasnes,
Doische Erquelinnes Florennes
Les Bons Villers, Lobbes, Manage, Mont-Saint-Guibert,
Fosses-la-Ville Gerpines Hastière
Nivelles, Ottignies-Louvain-la-Neuve, Perwez, Pont-à-Celles,
Houyet Mettet Onhaye
Ramillies, Rixensart, Seneffe, Sombreffe, Tubize, Villers-la-
Philippeville Profondeville Walcourt
Ville, Walhain, Waterloo, Wavre
Wellin
D’après la Note au gouvernement du 19 juillet 2000 (propositions de mise en œuvre de la Directive 91/676 concernant la protection des eaux contres les nitrates à partir de sources agricoles)
Source: Géo-Agri
d) Réglementation actuelle en Région Wallonne :
Projet d’arrêté modifiant le livre II du Code de l’environnement constituant le Code de l’eau
en ce qui concerne la « Gestion Durable de l’Azote en Agriculture ».
Quelques définitions :
- « Fientes de volailles » : déjections (= excréments) de volailles qui peuvent être
humides, préséchées ou séchées.
- « fumier » : mélange solide de litière, d’urine et d’excréments d’animaux à l’exception
des effluents d’animaux. Il sera sec (> 24 % de MS) ou mou (<15% de MS).
- « fumier de volaille » : mélange composés de litières (copeaux de bois ou paille) et de
fientes de volailles.
- « compost de fumier » : fumier ayant subi un traitement mécanique d’aération
permettant sa décomposition aérobie. Il est dit « composté » lorsque sa température,
après être montée à plus de 60°C est redescendue à moins de 35°C.
- « lisier » : mélange d’excréments et d’urine, sous forme liquide ou pâteuse
- « purin » : les ruines s’écoulant des lieux de résidence des animaux.
- « restitution au pâturage » : quantité d’azote – et autres éléments- rejetés (en prairie)
par les animaux dans les excréments et les urines.
- « jus » ou « jus d'écoulement » ou « écoulement » : liquide provenant de source
agricole, à l'exception du purin et du lisier, susceptible de participer à la pollution de
l'eau par le nitrate et s'échappant par ruissellement de l'aire (ou du réservoir) où il est
produit ou stocké.
… mais aussi…
- « culture piège à nitrate » : ex : moutarde, colza.
couvert végétal ne contenant aucune légumineuse destiné à utiliser (par absorption
racinaire) l’azote encore présent dans les sols après une culture de céréales.
ex : sur une année, une culture de maïs occupe la terre pendant 5 mois et demi.
Ce couvert est implanté ou apparaît dès que possible après la récolte précédente et
recouvre le sol de manière satisfaisante (75 % de recouvrement du sol au moins à un
moment donné de sa croissance, sauf dans le cas de circonstances météorologiques
exceptionnelles).Cette culture sera ensuite détruite et rendra l’azote aux terres arables
destinées à recevoir une culture de printemps
- « taux de liaison au sol » (LS) : fraction exprimant, pour une exploitation agricole, le
rapport sur une année entre les flux d'azote organique et les quantités maximales
d'azote organique épandables sur les terres de l'exploitation.
- LSI : taux de liaison au sol inter = azote produit dans l’exploitation
- LSG : taux de liaison au sol global = flux d’azote organique entrants et sortants
ex : contrats d’épandage entre agriculteurs, la MO valorisée en agriculture.
- LS-Zone vulnérable = taux de liaison au sol en zone vulnérable
- « prairie permanente » : terre consacrée à la production d’herbe - et d’autres plantes
fourragères herbacées pérennes - qui ne font pas partie du système de rotation des
cultures de l'exploitation depuis cinq ans ou davantage.
NB : En zone vulnérable, les prairies permanentes ne peuvent être labourées qu'entre
le 1er février et le 31 mai.
L’arrêté comprend une série de définitions importantes et réglemente :
1. les conditions de stockage et de manutention
- des fertilisants,
- des effluents animaux,
- des matières végétales
- des jus d’écoulement
2. l’épandage des fertilisants (organiques et minéraux).
1/ Conditions de stockage et de manutention :
Interdiction de rejet de fertilisants ou de jus d’écoulement dans les égouts ou les rivières !
Une capacité de stockage des effluents liquides (lisiers et purins) correspondant à six mois de
production est imposée… afin de pouvoir répondre aux limitations d’épandage (Ainsi, on ne
peut pas épandre sur les champs dès que la cuve à lisier déborde !).
Stockage de fumier au champ : bien réglementé et notamment…
- uniquement si fumier pailleux (car moins de jus d’écoulement)
- obligatoirement à plus de 20 mètres…
- d’une eau de surface
- d'un ouvrage de prise d'eau
- d'un piézomètre (trou permettant le prélèvement et l’analyse d’eau)
- d'un point d'entrée d'égout public
2/ Conditions d’épandage :
2.a) des fertilisants organiques :
Il faut tout d’abord faire la distinction entre :
- - « fertilisants organiques à action rapide » :
caractérisés par une proportion élevée de N disponible rapidement après épandage
comme lisiers, purins, effluents de volailles, jus d’écoulement
- - « fertilisants organiques à action lente » : action sur 1,2 ou 3 ans
caractérisés par une faible proportion de N disponible au moment de épandage
comme fumiers de bovins et de porcs, composts de fumiers
La législation est un peu plus souple pour ce genre de fertilisants organiques.
Interdiction d’épandage de fertilisants organiques :
- sur sol enneigé
- sur sol saturé en eau
- à moins de quatre mètres d’un cours d’eau ou d’eau de surface
- sur une culture de légumineuses (Elles ont la capacité de fixer l’azote de l’air et
n’ont pas besoin d’engrais azotés !).
- juste avant ou juste après une culture de légumineuses
- sur un terre arable en pente (c’est-à-dire > 15° de pente ; code R)
… et en particulier pour les fertilisants à action rapide : c’est interdit…
- sur un sol gelé
- sur terre non couverte de végétation, quelle qu'en soit la pente, sauf si l'effluent est
incorporé au sol dans les 24 heures suivant son application.
2.b) Périodes d’épandage de fertilisants organiques et minéraux : (v. tableau annexe)
1° Sur prairie (à lire)
L'épandage de fertilisants minéraux, de fertilisants organique à action rapide à l’exception des
restitutions au sol par les animaux au pâturage, ainsi que de fumier mou est interdit du 16
septembre au 31 janvier.
Toutefois, dans le cas de prévisions météorologiques autorisant le respect des articles 202 et
203, l'épandage de fertilisants organiques à action rapide ainsi que de fumier mou est autorisé
du 16 janvier au 31 janvier, à concurrence de 80 kg d’azote par hectare au maximum.
2° Sur terre arable (à lire)
L'épandage de fertilisants minéraux, de fertilisants organiques à action rapide et de fumier
mou est interdit du 16 octobre au 15 février
Du 1er juillet au 15 octobre, l'épandage de fertilisants organiques est uniquement autorisé sur
- sur des parcelles destinées à recevoir une culture d'hiver implantée à l'automne
- sur une culture « piège à nitrate » implantée avant le 15 sept et détruite après le 30
- après récolte d’une culture à paille à concurrence de max 80 kg d’azote par hectare à
condition que la totalité des pailles soit incorporée (à ces apports de fertilisants).
Conclusions : (à connaître)
- fertilisants « minéraux » et « organiques rapides » strictement interdit en hiver car il y
a peu d’évaporation en absence de plantes et c’est la période de rechargement des
nappes aquifères précaution contre la pollution de celles-ci.
- Si terres arables, de début juillet à mi-octobre, permission de fertilisants organiques si
présence de cultures « piège à nitrates ».
2.c) quantités maximales d’azote épandables :
L'épandage de fertilisants n'est autorisé que pour couvrir les besoins physiologiques en azote
des végétaux en veillant à limiter les pertes d'éléments nutritifs.
En prairie, l'apport azoté total ne peut jamais dépasser, sur une année, 350 kg par hectare,
en ce compris les restitutions au sol par les animaux au pâturage.
Sur une année et pour toute la surface agricole déclarée de l’exploitation selon son affectation
en terre arable ou en prairie, les apports d'azote organique ne peuvent dépasser
- une moyenne de 115 kg N org /ha sur les différentes parcelles de terre arable
- une moyenne de 230 kg N org /ha sur les différentes parcelles de prairie
… restitutions au sol par les animaux au pâturage comprises.
L'apport maximum d' N organique par parcelle de terre arable est fixé à 230 kg Norg/ha/an.
2.d) Que faire de l’excédent d’azote organique :
L’agriculteur qui ne dispose pas des surfaces suffisantes pour épandre ses effluents d’élevage
doit soit les exporter, soit adopter une démarche dérogatoire.
2.d) épandage en zones vulnérables :
Dans les zones vulnérables, sur une année et pour toute la SAU de l’exploitation, les apports
d'azote organique ne peuvent dépasser une moyenne de 170 kg par hectare de SAU
+ quelques mesures complémentaires
3/ Evaluation des quantités d'azote produites par animal :
Le taux de liaison au sol interne (LSI) de l'exploitation est calculé selon la formule suivante :
Azote organique produit (kgNorg.) (+ azote organique importé – azote organique exporté)
( [superficie de prairies x 230(kgNorg./ha)] + [superficie de terres arables x 115(kgNorg./ha)])
L’N organique produit est calculé sur base des cheptels et de leur production « légale » d’N :
Production annuelle d'azote par catégorie animale après déduction des pertes inhérentes au
stockage et en tenant compte du vide sanitaire pour les porcins et les volailles.
Types d'animaux kg N/tête.an
Vache laitière 90
Vache allaitante 66
Autre bovin de plus de 2 ans 66
Bovin de moins de 6 mois 10
Génisse de 6 à 12 mois 28
Génisse de 1 à 2 ans 48
Taurillon de 6 à 12 mois 25
Taurillon de 1 à 2 ans 40
Ovin et caprin de moins d'1 an 3,3
Ovin et caprin de plus d'1 an 6,6
Equin 56
kg N/place.an
Truie et truie gestante 15
Verrat 15
Porc à l'engrais et cochette 7,8
Porc à l'engrais et cochette sur litière biomaîtrisée 4,5
Porcelet (de 4 à 10 semaines) 1,9
Poulet de chair (40 jours) 0,27
Poule pondeuse ou reproductrice (343 js) 0,60
Poulette (127 jours) 0,27
Coq de reproduction 0,43
Canard (75 jours) 0,43
Oie (150 jours) 0,43
Dinde, dindon (85 jours) 0,81
Lapin mère (mise bas + engraissement) 3,6
Lapins à l’engrais 0,32
Autruche et émeu 3
4/Conclusions :
Il n’y a pas de correspondance entre la cartographie des sols contaminés en nitrates (>50ppm)
et la cartographie des cheptels en Région Wallonne. Les sols – et les nappes phréatiques –
peuvent être très contaminés… alors que les animaux d’élevage sont peu nombreux.
La contamination des eaux souterraines par les nitrates résulte surtout de l’utilisation erronée
d’engrais minéraux ‘par-dessus’ les fertilisants organiques. Heureusement, les apports de ces
deux sources d’azote sont maintenant réglementés et plafonnés.
Le prix des engrais minéraux (passé récemment de 0,45 à 0,65 € du kilo) est ridiculement bas
alors que leur production (captage de l’azote de l’air) est coûteuse en énergie.
La quantité d’azote utilisée sur un champ dépend :
- des habitudes d’épandage régionales
- de la qualité du sol
- de la culture.
Rappels :
- L’azote étant l’« ennemi du sucre », il est utilisé de façon réfléchie sur des cultures
de chicorée, de betteraves et sur les vignes.
- Si on utilise trop d’azote sur les cultures de blé, celui-ci « verse ».
- Vu sa tolérance naturelle à l’azote, les cultures de maïs, « cultures poubelles » ont
reçu des quantités invraisemblables d’engrais azotés et cette pratique explique sans
doute bien des pollutions de nappes.
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