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									               Interview de l’Amiral Pierre LACOSTE, Président de la Fé.P.I.E.

                                    à l’initiative du
 Vice-Amiral (ret) Jean-Pierre VADET, Président du comité Intelligence Economique Sûreté
                                   Défense du CNISF.


                                              et de

 Jean-Michel NICOLAÏ, Ingénieur Professionnel de France, membre du comité Intelligence
                       Economique Sûreté Défense du CNISF.



  L’Amiral Lacoste : « la volonté des professionnels de l’Intelligence Economique de se
   doter d’une charte éthique m’a décidé à accepter la présidence de la Fédération des
                     Professionnels de l’Intelligence Economique. »




Vous souhaitez, conformément à l’engagement pris auprès des adhérents de la Fédération
des Professionnels de l’Intelligence Economique, quitter à la fin de l’année en cours, la
présidence de cette fédération.

Quel bilan présenterez-vous au terme de ces 18 mois passés au service d’une telle
entreprise ?


En réalité, il s’agit d’une période bien plus longue.

La création de la Fédération des Professionnels de l’Intelligence Economique résulte des
travaux menés par de nombreux professionnels au sein de l’A.F.D.I. ( ?), au cours de l’année
2004.

Ainsi, dès avril 2005, des projets intéressants existaient, et notamment les statuts provisoires
de la structure qui deviendrait très vite la Fé.P.I.E..

Quand ces professionnels, opérateurs indépendants privés, salariés du secteur public ou
parapublic et salariés de l’industrie, m’ont proposé de prendre la présidence de cette
syndication naissante, j’ai accepté cette responsabilité au regard du projet et de leur volonté
déontologique clairement affichée.

D’autre part, Alain Juillet, le Haut Commissaire à l’Intelligence Economique, souhaitait voir
s’organiser les acteurs de ce champ professionnel. Il fallait donc qu’ils se regroupent et qu’ils
s’organisent avant que l’état ne le fasse à leur place.

De ce point de vue, cette dynamique est plutôt une réussite.

Mais le bilan est contrasté.
En effet, il a été long et difficile de réunir un nombre important de professionnels pour
atteindre le niveau de représentation souhaité, en raison du manque de moyens matériels et
financiers, les ressources initiales promises ayant mis très longtemps à être obtenues.

L’assemblée générale des adhérents de cette fin d’année 2006, permettra cependant de
présenter un bilan opérationnel réel et des perspectives ouvertes pour continuer à développer
et structurer cette nécessaire syndication.



Si l’on considère qu’une profession se caractérise par plusieurs éléments fondamentaux
tels qu’une organisation professionnelle constituée sur le plan national, un référentiel de
compétences professionnelles, un cadre d’exercice, l’existence d’une documentation utile,
une formation adaptée, etc..

La professionnalisation des intervenants en Intelligence Economique était-elle une
nécessité pour les entreprises françaises et pour le pays ?

N’y avait-il pas avant la création de la Fé.P.I.E., une profession réellement identifiable ?


Oui ! Derrière le vocable « intelligence économique » se cache une grande variété
d’interprétations et de réalités diverses.

L’Intelligence Economique, c’est d’abord un changement de mentalité et de comportement
avec l’atout qu’a représenté l’arrivée des Nouvelles Technologies de l’Information et de la
Communication et le constat qu’un nombre croissant de nos compatriotes maîtrisent de mieux
en mieux ces nouveaux outils.

Depuis 1990, grâce à l’ouverture constatée à l’Université de Marne la Vallée, j’ai une
préférence pour la formulation « ingénierie de l’Intelligence Economique », car c’est à travers
des outils et des méthodes que l’on fait évoluer les comportements et les modes de
fonctionnement des acteurs économiques et sociaux.

Bien sûr, avant la création de la Fé.P.I.E., il y avait des activités professionnelles qui font
partie de l’Intelligence Economique, par exemple : la veille, l’analyse, le benchmarking, la
bibliométrie et la documentation. Autant de spécialités représentées par des professionnels
compétents, par des associations, dont il fallait structurer la visibilité et l’intégration dans le
champ de l’Intelligence Economique.

Un des premiers travaux en avril 2005 de la Fé.P.I.E. en constitution, a été d’établir la
typologie des métiers de l’Intelligence Economique, dont le résultat est présent sur notre site
« internet » : www.fepie.com .


Les professionnels qui adhèrent à la Fé.P.I.E., s’engagent à respecter la charte éthique des
professionnels de l’intelligence économique. Vous faites de cet acte fort, un élément
fondamental d’une réalité professionnelle constituée.
De quelle façon les professionnels concernés ressentent-ils cette obligation ?

Comment impacte un tel engagement sur les pratiques professionnelles ?


J’ai constaté, et c’est la raison de mon acceptation à cette prise de responsabilité, que les
professionnels de l’Intelligence Economique développaient la volonté de se doter d’une telle
charte, et de l’appliquer, en raison de l’existence de professions et d’activités qui sont trop
souvent assimilées à celles de l’Intelligence Economique proprement dite. Par exemple, si
j’appelle sur un moteur de recherche « intelligence économique » la plupart des réponses
proviendront de cabinets de détectives privés. L’existence de ces « officines privées »,
contribue à ternir l’image des professionnels auprès de l’opinion, des pouvoirs publics et des
entreprises.

Nous avons tenu à inclure dans les structures de la Fédération un comité d’éthique composé
d’un petit nombre de personnalités unanimement respectées qui représentent un lieu d’écoute
et de conseil. La charte a été rédigée par les professionnels eux-mêmes.

A ce propos, la Fédération ne revendique aucun pouvoir de sanction. C’est l’affaire des
pouvoirs publics. Mais elle disposera d’un moyen discrètement dissuasif quand l’annuaire
qu’elle publiera sera devenu une référence professionnelle reconnue, de telle façon que ceux
qui n’y figureront pas ne bénéficieront pas de la garantie que les clients sont en droit
d’attendre.



Le Conseil National des Ingénieurs et Scientifiques de France a créé un comité
« Intelligence Economique Sûreté de Défense » présidé par l’Amiral Vadet. De nombreux
professionnels y participent activement en tant qu’ingénieurs ou scientifiques et y
développent des travaux sur les vulnérabilités des entreprises.

En quoi, selon vous, les ingénieurs peuvent-ils servir l’intelligence économique française ?

Ont-ils une réelle spécificité à développer en ce domaine ?


Evidement, les ingénieurs sont au premier rang de ceux qui peuvent et doivent promouvoir
l’Intelligence Economique à cause d’abord de leur tradition de compétence professionnelle.
Ils savent qu’on ne peut pas tricher avec les questions de sécurité, les exigences de la qualité,
de la fiabilité, de la rigueur intellectuelle et professionnelle.

Néanmoins, mon expérience m’a montré qu’ils sont tenus de prendre en compte les
dimensions humaines, sociales, médiatiques. J’ai l’expérience vécue de certaines questions de
sécurité industrielle où la méconnaissance de certains facteurs psychologiques et sociaux a
provoqué de graves échecs en dépit de l’excellence des solutions techniques ; et pour ma part
je me réfère à cette tradition hautement respectable de l’éthique de l’ingénieur pour proposer
qu’en matière de prestations de service en Intelligence Economique, il y ait les mêmes
exigences de professionnalisation, de labellisation et de certification des compétences.
La formation en intelligence économique est très embryonnaire au sein des écoles et
universités françaises. Cependant des expériences sont menées, par exemple à l’Université
de Marne la Vallée, avec un réel effort en direction de la jeunesse, y compris par
l’apprentissage.

Y a t-il réellement place, en France, pour les jeunes diplômés d’une école d’ingénieurs ou
d’une université, en tant que professionnels de l’intelligence économique ?


Votre question me fait grand plaisir parce que je suis passionné de formation depuis toujours.
Un des acquis majeurs que m’a laissé la Marine, c’est l’exemple d’une organisation qui du
début à la fin de la carrière pratique une formation continue et variée.

L’expérience de l’Université de Marne la Vallée est celle d’une formation qui propose à des
promotions constituées de 1/3 d’étudiants en voie directe et de 2/3 de professionnels désireux
de se recycler dans ces métiers, la possibilité de devenir des acteurs au service de
l’Intelligence Economique professionnelle.

D’autre part, début 2005, la publication d’un « référentiel de formation en Intelligence
Economique » par Monsieur Alain Juillet a représenté à mes yeux une avancée considérable.
C’est un apport majeur qui structure la complexité des activités d’enseignement et de
formation en ces domaines. Le référentiel présente la grille des principales finalités de
l’Intelligence Economique : la compétitivité mondiale, le management des entreprises, des
risques et des enjeux, la maîtrise et le partage des informations et des connaissances, la prise
en compte des intérêts immatériels, l’influence et la contre influence.

Ce document est parfaitement clair ; l’enseignement et la formation sont faits pour donner à
de jeunes professionnels des compétences labellisées par de bons diplômes. Et c’est là
l’intersection avec les compétences des professionnels établis.



De nombreuses institutions publiques ou privées proposent des formations continues pour
les professionnels souhaitant s’engager en intelligence économique. La plupart de ces
formations se développent essentiellement à un niveau conceptuel et politique.

Est-ce suffisant ?

Quelles recommandations feriez-vous en termes opérationnels ?


Tout en reconnaissant l’importance et l’intérêt des multiples actions d’initiation à
l’Intelligence Economique, il ne faut pas les confondre avec le travail exigeant d’un bon
formateur, d’un bon enseignant, d’un bon chercheur.

Est-ce suffisant ? Il ne faut pas confondre initiation et enseignement. Nous avons inscrit dans
les structures de la Fé.P.I.E., un collège formation qui réunit autant de groupes de travail
formels et informels, destinés d’une part à approfondir entre professionnels des questions qui
leur sont spécifiques et qui relèvent d’une syndication professionnelle. On a parfois pu
reprocher à certains enseignants ou formateurs d’être tellement investis dans les
problématiques de l’offre qu’ils ont alors tendance à oublier les problématiques des besoins et
de la demande des « clients » de l’intelligence économique.

« Voyez comme mon enseignement est bon ! Mais à quoi bon si ça ne répond pas aux attentes
des utilisateurs ».

Il n’y a pas que des consultants indépendants qui pratiquent l’intelligence économique.
Comme Monsieur Jourdain qui faisait de la prose sans le savoir, beaucoup d’entrepreneurs,
grands ou petits, ont depuis longtemps appliqué ces principes ou ces méthodes.

Beaucoup d’organismes de la sphère publique ou de l’industrie privée ont d’excellents
professionnels de l’Intelligence Economique parmi leurs collaborateurs, d’où ma conviction
personnelle du besoin d’échanges et de contacts pour une meilleure compréhension
réciproque.



Propos recueillis le 1er décembre 2006

								
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