Premier tableau by 0D3p6Egh

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									                                         LE MUR




Cette pièce permet d’utiliser des masques.
Un atelier de fabrication de masques en bande plâtrée peut être mis en place pour les Zôtres
(masques-loups) et les 3 « maîtres » (Pouick / Pantalon, Doctor et Capitan) correspondent
aux 3 masques de maîtres de la commedia dell’arte.




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                                         Premier tableau

Place publique.
Les habitants (8 à 10) arrivent. Ils sont tristes, ils s’installent pour des activités qui semblent
les ennuyer : lire, écouter de la musique, écrire, faire des mots croisés, tricoter…
Musique de cirque
Arrivée des bateleurs (8 à 10). Ils portent tous un attribut sur le visage : masque neutre, nez
rouge, lunettes fantaisie, voilette… Ils ont des habits colorés.
(les lignes en gras sont dites par tout le groupe)

Place !
Place !
Place !
Place à la fête
Place au rire
Place au soleil
Au soleil
Plus de gris dans le ciel
Plus de gris dans vos cœurs
Nous venons vous faire rire
Vous faire rêver
Nous vous apportons le soleil
Le soleil
Suivez-nous dans notre monde
Notre monde de fantaisie
Notre monde de folie
Notre monde de soleil
De soleil
Place !
Place !
Place !

Les spectateurs s’installent et les bateleurs se mettent en place.

Monsieur Loyal : Mesdames et messieurs, bienvenue au spectacle grandiose et mirifique que
nous avons l’honneur de vous présenter ce soir ! Nous : la magnifique et talentueuse troupe
venue de l’autre bout du monde pour vous faire rêver, vous faire rire, vous émouvoir, vous…
Clown : Bon ça va durer longtemps ? Quand est-ce qu’on commence ?
Monsieur Loyal : Qui ose m’interrompre ? Allez, dehors et attendez votre tour !
Clown : Mon tour ? mais bien sûr, je vous le fais tout de suite mon tour !
Il veut pousser monsieur Loyal qui se rebiffe et lui donne un coup. Son nez rouge saute. On
voit alors qu’il porte un loup bleu
Exclamations de stupeur des spectateurs. Gêne des bateleurs.

Les spectateurs :

Vous avez vu ?
Vous avez vu son visage ?
Vous avez vu ses yeux ?



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La marque
Il a la marque
C’est un Zôtre
Tous
Ce sont tous des Zôtres !
Ils ont tous la marque
La marque
Ils viennent jusque chez nous
Ils vont nous envahir
Mais qu’est-ce qu’ils nous veulent ?
On est très bien sans eux
On n’a pas besoin d’eux
Ils ont la marque
La marque
La marque des Zôtres
Qui fait qu’ils ne sont pas comme nous
Qu’ils sont différents
Qu’ils n’ont rien à faire chez nous
Qu’ils doivent partir
Allez ouste
Dehors
Dehors les Zôtres
Laissez nous tranquilles
On ne vous a rien demandé
Retournez chez vous
Vous avez la marque
La marque
La marque des Zôtres
Dehors
Dehors !

Les Moa chassent les Zôtres.




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                                        Deuxième tableau

Un bureau de directeur
Entrée d’un valet (masque de Zôtre), et d’un masque de maître/Pantalon, costume, attaché
case, avec une cassette sous le bras.
Valet : Je vous en prie monsieur le directeur général supérieur grand maître de la Compagnie
Number One Pouik Travaux publics. Donnez-vous la peine de vous installer. Tout est prêt,
tout va bien, nos bénéfices ont encore augmenté et les commandes affluent…
Maître : silence, moustique bavard. Qu’avons-nous inscrit à notre agenda ?
Valet : Entretiens d’embauche, monsieur le directeur général supérieur grand maître de la
Compagnie …
Maître : ça suffit. Ne perdons pas de temps. Qu’on commence tout de suite !
(le valet sort)
Maître (seul) : Moi, Auguste Pouick, directeur général de la société Pouick Travaux publics je
sens que cette journée va être excellente. Ah ma cassette, ma bien-aimée cassette, il faut que
je t’ouvre une fois de plus, que je caresse ta douce chair de papier… (il ouvre la cassette et
sort un papier qu’il caresse amoureusement), il la déplie : c’est une courbe « Actions Pouick »
mais il l’a mise à l’envers et elle baisse)
Au secours ! à l’assassin ! on veut ma mort ! qui a fait basser mes actions ? qui a empoisonné
mon entreprise, ma fille, mon bijou précieux ?
(Le valet entre et remet la feuille dans le bon sens)
Maître : oh merci mon fidèle Brighella. Merci ! tu m’as sauvé la vie !
Valet : ce n’est rien, monsieur le directeur général supérieur grand maître de la Compagnie …
Maître : (il frappe du pied pour le faire taire) ça suffit, tu m’as sauvé la vie, c’est bien, mais tu
n’as fait que ton travail…
Valet : un petit peu plus quand même
Maître : oui, d’accord…
Valet : et à la fin du mois, vous vous en souviendrez… sur ma paye ?
Maître : Silence ! fais entrer les candidats

Défilé des candidats (le valet les fait entrer un à un, le maître les toise, dit une phrase et le
candidat refusé sort, poussé par le valet)
Trop petit
Trop racho
Trop lent
Trop énervé
Trop gros
Trop paresseux
(entrée d’un candidat qui a une casquette enfoncée sur les yeux)
Ah… Pas mal ! Prêt à travailler pour moi ?
(Le candidat fait un signe de tête positif)
Savez-vous construire les maisons ?
(Le candidat fait un signe de tête positif)
Les immeubles ?
(Le candidat fait un signe de tête positif)
Les murs
(le candidat ne comprend pas)
Les murs ! (il mime)
(Le candidat fait un signe de tête positif)



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Vous connaissez les conditions ? 10h par jour par tous les temps…
(Le candidat fait un signe de tête positif)
Un week-end sur deux …
(Le candidat fait un signe de tête positif)
Et le salaire ? Deux clopinettes par mois.
(Le candidat fait un signe de tête positif)
Eh bien c’est parfait… Tope-là vous commencez demain matin.
(le candidat s’approche et ôte sa casquette pour remercier. On découvre qu’il a le masque des
Zotres)
Maître : Quoi ? Un Zôtre ?
(le Zôtre est confus – le maître se frotte les mains)
Maître : Un Zôtre… Donc tu n’as pas de papiers…
(Le candidat fait un signe de tête négatif)
Et tu as besoin de travailler…
(Le candidat fait un signe de tête positif)
Tu as VRAIMENT besoin de travailler ?
(Le candidat fait un signe de tête positif)
Tu sais que je pourrais te livrer à la police ?
(Le candidat fait un signe de tête positif)
Mais que je suis bon, immensément bon et généreux ?
(Le candidat fait un signe de tête positif)
Alors dans ma grande générosité j’accepte de t’embaucher
(Le candidat s’agenouille pour remercier)
mais je prends des risques… et les risques ça se paie… Je suis contraint de changer les
conditions, je pense que tu peux le comprendre …
(Le candidat fait un signe de tête positif)
Alors 10h par jour
(Le candidat fait un signe de tête positif)
Et tous les week-end
(Le candidat fait un signe de tête positif)
Et pour le salaire… UNE clopinette, pas davantage !
(Le candidat fait un signe de tête positif)
Allez dégage, et au boulot ! sur le chantier des maisons, des immeubles, des murs !




                                      Troisième tableau

Scène de travail :
Construction d’un mur, le zôtre (+ 1 autre ?) parmi des Moa.
Gestes amples, synchronisés, sur un rythme donné par les tablas.
Accélération.
Les Moas s’énervent, ou tombent, ou partent, ou pleurent…
Seul(s) le (ou les) Zotre(s) résistent à la cadance jusqu’à un son qui marque la fin du travail.
Alors les Zôtres se regardent, satisfaits de leur travail et rythment un signe de reconnaissance




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                                      Quatrième tableau

La fête foraine.

Musique étrange.
Installation d’un périmètre rectangulaire
Un Moa entre et annonce, grave :
- Entrez, entrez dans notre grande fête foraine annuelle ! Tout est prévu pour que vous vous
amusiez en famille ! Ici vous connaîtrez les grands frissons, les merveilles venues du monde
entier et les éclats de rire jusqu’au petit matin ! Entrez entrez sur la piste des auto-
tamponneuses ! de l’émotion, du plaisir, et l’ivresse de la vitesse ! Roulez jeunesse !

Des Moa s’avancent sur la piste. Ils ont peur de tout ce qui les entoure.
Arrivent deux Zôtres, heureux, qui profitent au maximum de l’attraction, essaient d’entrer en
contact avec les Moa qui refusent. Par contre, quand les Zôtres se retrouvent ils savent
rythmer leur signe de reconnaissance.
Deux autres Zôtres entrent et s’amusent.
Puis deux autres…
Puis deux autres…
Les Moas semblent submergés par le plaisir des Zôtres, ils ne bougent plus.
Un Moa arrive, mais ne peut plus avancer sur la piste.
Le Moa :
- Stop ! Arrêtez tout ! C’est inadmissible ! Je ne peux même plus m’amuser ! Et à cause de
qui ? De tous ces Zôtres qui occupent notre espace, qui respirent notre air, qui… qui… Qu’on
les mette dehors ! Que notre pays redevienne notre pays !
Des Moa gendarmes emmènent les Zôtres.

                                      Cinquième tableau

Réunion de crise.
Trois Moas masqués (Pantalon – Capitan – Doctor)

Pantalon / Pouick : chers amis, la situation est devenue intolérable. Nous sommes submergés
par les Zôtres qui sont de plus en plus nombreux… Il faut absolument faire quelque chose !
Doctor : Il faut avant de prendre une quelconque décision se donner le temps d’une analyse
complète de la situation, définir les raisons de la présence de ces populations primitives et
néfastes, mettre en place une stratégie planifiée et rigoureuse...
Pantalon : Oui… Oui… on sait tout ça. Mais qu’est-ce que tu proposes ?
Doctor : Je propose de prendre le temps d’une analyse complète de la situation, de définir les
raisons de la présence de ces populations primitives et néfastes, mettre en place une stratégie
planifiée et rigoureuse...
Capitan : Oh mais il m’énerve ! Moi j’ai une solution toute simple… Sabres, épées, et
baïonnettes ! (il mime en parlant) J’en vois un… je l’appelle… il approche… je
l’embroche… je l’occis… et je continue… (il refait son cirque, mélange ses gestes et en sort
exténué)
(deux Zôtres passent et vident les poubelles de la salle de réunion. Ils écoutent ce qui se dit)
Pantalon : Absurde. Ils se cachent, ils nous fuient… et ils courent plus vite que nous.
Capitan : Nous avons des soldats, des gendarmes, qu’ils les traquent, qu’ils les embrochent !
Et dans deux jours, place nette !
Pantalon : je suis sceptique, mais bon… puisque nous n’avons rien de mieux, essayons !


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                                         Sixième tableau

Le Capitan appelle ses soldats.
Il leur apprend la chorégraphie des « J’en vois un… je l’appelle… il approche… je
l’embroche… je l’occis… et je continue… »
Musique anachronique et au goût des jeunes (on peut essayer Madonna).
Le Capitan satisfait de ses soldats leur fait signe de sortir.

                                        Septième tableau


Dehors
Capitan – un Zôtre masqué, qui tient un grand sac et un bâton

Zôtre : Capitan, capitan, ne restez pas ici, ils vous cherchent !
Capitan : qui ça ?
Zôtre : Les Zôtres… ils ont appris les ordres que vous avez donnés aux soldats, ils veulent
votre peau…
Capitan : eh bien qu’ils arrivent, je les attends !
Zôtre : Ils sont nombreux, ils sont armés, vous n’avez aucune chance de vous en sortir…
Capitan : à ce point ?
Zôtre : oui, votre vie est en danger ! Mon dieu ! Une troupe arrive. Ils sont au moins vingt
Capitan : retenez-les le temps que je m’éloigne !
Zôtre : Trop tard ! Mais je vais vous aider… rentrez dans ce sac, je m’occupe d’eux.
Capitan : dans ce sac ?
Zôtre : oui, vite ils arrivent !
(le capitan rentre dans le sac)
Le Zôtre prend un accent : dis donc toi sais-tu où est ce fameux Capitan ? (sans accent) Ah
non mesdames et messieurs, je ne sais pas (accent) tu es de ses amis ? (sans accent) oui, et
j’en suis fier (accent) tu en es fier ? eh bien tu vas voir ce qu’on va faire de toi ! (sans accent)
vous pouvez faire ce que vous voudrez de moi… Je serai toujours un ami du Capitan (accents
différents) mais il nous nargue ! Occupons-nous de lui ! Il va voir ! Il a besoin d’une bonne
leçon ! (le Zôtre prend son bâton et frappe sur le sac en gémissant) (accent) Allez ça suffit,
c’est le Capitan que nous devons retrouver (il fait du bruit pour indiquer qu’ils partent puis
revient ouvrir le sac) Ah capitan, je suis mort ! ils m’ont roué de coups !
Capitan : Non c’est moi qu’ils ont frappé !
Zôtre : vous n’avez pas reçu le dixième des coups qui ont touché mon dos.
Capitan : c’est terrible ! ils vont nous réduire en bouillie !
Zôtre : votre idée n’était peut-être pas la meilleure…
Capitan : Peut-être pas non…


                                        Huitième tableau

Réunion de crise (bis).
Trois Moas masqués (Pantalon – Capitan – Doctor)

Capitan : mon idée n’était peut-être pas la meilleure…
Pantalon : Peut-être pas non…


                                                 7
Doctor : il me semble en effet qu’elle présente certaines contre-indications majeures qui
peuvent avoir des conséquences difficilement calculables sur l’avenir de notre magnifique
pays, ce pays si prospère que nous envie le monde entier… (ils le font taire)
Capitan : mais qui en a une autre ?
Pantalon / Pouick : Moi peut-être … (les autres sont intéressés). Nous ne pouvons plus vivre
sur le même territoire qu’eux, c’est certain. Ils sont trop nombreux, ils font trop de bruit, ils ne
mangent pas comme nous, ils ne croient pas aux mêmes dieux… Nous ne pouvons plus nous
mélanger. Nous devons nous séparer. Nous sommes bien d’accord .
Les autres : oui, nous séparer …
Pantalon : Et qu’y a-t-il de mieux pour séparer ?
Capitan : une guerre !
Les autres : trop risqué
Doctor : un colloque, un séminaire, une table ronde, une négociation…
Les autres : trop long
Pantalon : Un mur !
Les autres Un mur ?
Pantalon : oui, un mur ! un beau mur bien épais avec nous d’un côté et eux de l’autre !
Doctor : et comment les ferons-nous passer de l’autre côté du mur ?
Capitan : le sabre, l’épée, la baïonnette !
Pantalon : mais non ! nous savons où ils habitent, nous savons où ils se cachent. Il suffira de
faire passer le mur entre leurs refuges et nos habitations !
Doctor : ça va le rallonger…
Pantalon : un peu…
Capitan : ça va coûter plus cher…
Doctor : et qui va payer ?
Pantalon : notre peuple veut la tranquillité et l’ordre. Cela a un prix. Ils seront heureux de tous
contribuer à leur sécurité.
Capitan : et qui va construire ce mur ?

Pantalon : quelqu’un qui sait construire les murs.
Les autres : vous ?
Pantalon : merci de me confier cette tâche qui va sauver notre peuple. Je vais me mettre de ce
pas au travail.




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                                       Neuvième tableau

                                   La construction du mur

Pouick (un gong à la main) : mesdames et messieurs, chers compatriotes, je suis enchanté de
vous recevoir ce soir pour l’inauguration de notre magnifique mur de sécurité. Après des mois
d’efforts surhumains, les ouvriers de la société Pouick travaux publics sont enfin venus à bout
de ce chantier pharaonique que j’ai l’honneur de vous présenter en 10 diapositives.
Mais sans plus attendre, commençons, si vous le voulez bien…
(le mur est constitué de 8 comédiens figés. A chaque fois, musique de fanfare, puis gong pour
se figer, gong pour repartir)
    1. Le début du mur (deux debout, on installe un 3e, un autre transporté à l’horizontale…)
    2. Le milieu du mur (5 debout + 3 « ingénieurs » qui mesurent, vérifient…)
    3. La fin du mur ( les 8 debout)
    4. Le mur de notre côté ( 5 pour le mur, puis 3 Moa tristes)
    Le mur de notre côté, j’ai dit ! (les 3 font un sourire forcé)
    5. Le mur du côté des Zôtres ( 5 pour le mur, puis 3 Zôtres étonnés)
    6. (Pouick est fier) Ah, ils sont calmés, cette fois ! Allez encore une : LE MUR DU
         COTE DES ZOTRES ( 5 pour le mur, puis 5 Zôtres qui les chatouillent, le mur se
         gondole.)
    7. Une construction EXEMPLAIRE ( 6 pour le mur avec 2 gros trous)
      Exemplaire, j’ai dit (2 pour boucher les trous)
    8. Des ouvriers motivés (5 pour le mur, 3 qui somnolent en s’appuyant au mur)
         MOTIVES J’AI DIT ! (Les ouvriers sursautent et se mettent au travail)
    9. Un mur régulier et homogène (7 pour le mur, dont un petit) HOMOGENE ! Le petit
         monte sur les épaules d’un plus grand…
    10. Un mur d’une solidité à toute épreuve (un maximum de personnes + une eprsonne qui
         souffle dessus et le mur bouge)
    Pouick : Voilà mesdames et messieurs, grâce à la société Pouick Travaux Publics (et à
    l’argent de vos impôts), notre pays est maintenant protégé. Je vous remercie de votre
    attention.
    (Il sort, le mur tangue. Sortie)

                                        Dixième tableau

                                         Devant le mur

Arrivée de Pouick.

Pouick : quel plaisir de venir se reposer ici, les pieds dans le sable, avec devant soi un mur
parfait qui protège des rayons du soleil… Et puis ces magnifiques graffitis : « Gloire à
Monsieur Pouick, notre libérateur ». Ça c’est beau !
(Arrivée d’une femme avec ses deux enfants)
Enfant 1 : Non je veux pas y aller sur cette plage
Enfant 2 : C’est moche la plage, on peut rien faire !
Mère : Mais vous pouvez faire des châteaux de sable…
Enfant 1 : Tu parles ! avec du sable sec, ça tombe tout le temps !
Enfant 2 : et en plus les copains ils ne viennent même plus.
Mère : Ah ça suffit ! la plage, c’est fait pour jouer, alors vous jouez !
Enfant 1 : Nous on voudrait aller se baigner…


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Enfant 2 : mais on peut même plus à cause de ce mur…
Enfant 1 : il nous empêche d’atteindre la mer
Enfant 2 : il est nul ce mur !
(Pouick est étonné)
Mère : Taisez-vous, ne dites pas du mal du mur, je vais avoir des ennuis…
Enfant 1 : si on va le dire IL EST NUL CE MUR !
Enfant 2 : ON VEUT SE BAIGNER !
Enfant 1 : et puis il est moche le monsieur qui est dessiné dessus
Enfant 2 : il a un nez de rapace
Mère : chut… tenez, prenez votre pelle et jouez dans le sable…
Enfant 1 : Nous c’est une vraie pelle qu’on veut…
Enfant 2 : Avec une vraie pioche
Enfant 1 : pour le défoncer ce mur …
Enfant 2 : pour voir le soleil !
Les deux enfants: Ohé le soleil ! T’es où le soleil ? Tu peux passer au-dessus du mur ? tu peux
le faire fondre ? Ohé le soleil !
(la mère essaie de les faire taire. Deux vieillards arrivent. Pendant toute la conversation
Pouick écoute en se dissimulant)
Vieillard 1 : Ah « le soleil », tu te rappelles quand ils arrivaient et qu’ils disaient « Place au
soleil » ?
Vieillard 2 : Eh oui, c’était le bon temps…
Vieillard 1 : Le temps d’avant…
Vieillard 2 : Le temps d’avant le mur…
Vieillard 1 : Au moins ils savaient rire, eux…
Vieillard 2 : Tu te souviens de leur jeu ?
(ils essaient de refaire le jeu avec les mains, sans y arriver)
Vieillard 1 : Pour eux c’était facile…
Vieillard 2 : Nous on n’a jamais vraiment su …
Enfant 1 : De qui parlez-vous ?
Vieillard 1 : Chut, petit, on n’a pas le droit de parler d’eux
Vieillard 2 : C’est défendu par l’autre, là, celui du mur…
Enfant 2 : Pourquoi on n’a pas le droit de parler d’eux ?
Vieillard 1 : Vous en avez de ces questions…
Vieillard 2 : Vous comprendrez plus tard…
Enfant 1 : Allez, vous pouvez bien nous dire, personne ne nous écoute…
Vieillard 1 : Tu as raison, et puis à notre âge, on ne risque pas grand chose…
Vieillard 2 : (comme on dit un secret) Eux, ils s’appelaient les Zôtres
Vieillard 1 : On avait un peu peur d’eux, ça c’est vrai
Vieillard 2 : Mais ils étaient si amusants…
Enfant 2 : Et pourquoi ils sont partis ?
Vieillard 1 : Paraît qu’ils étaient trop nombreux…
Vieillard 2 : Alors on a construit le mur.
Enfant 1 : et ils sont où maintenant ?
Vieillard 1 : De l’autre côté…
Vieillard 2 : Tout autour…
Enfant 2 : Des fois on entend du bruit, de l’autre côté ?
Vieillard 1 : Oui, ça s’appelle le rire…
Vieillard 2 : Et la musique…
Enfant 1 : Pourquoi il n’y en a pas chez nous, de rire et de musique ?
Vieillard 1 : Paraît que ça fait perdre du temps…


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Vieillard 2 : Que ça ralentit le travail…
Enfant 2 : Moi, je voudrais bien aller voir comment c’est de l’autre côté.
Vieillard 1 : Malheureux, t’avise pas de faire ça…
Vieillard 2 : et enlève cette idée de ta tête…
Mère : Eh, qu’est-ce que vous faites tous les deux ? Laissez ces gens tranquille ! Allez venez,
allez jouer près du mur …
(les enfants obéissent, s’éloignent en soupirant)
Enfant 1 : T’as rien senti ?
Enfant 2 : si, du sable sur ma tête …
Enfant 1 : du ciment…
Enfant 2 : Une pierre !
Enfant 1 : Regarde le mur…
Enfant 2 : il se fendille …
(Pouick se précipite )
Pouick : mon mur, mon solide mur !!! Qu’est-ce qui se passe ?
(Un Zôtre apparaît)
Zôtre : Beuh… c’est toujours aussi gris ici, je retourne chez moi…
Enfant 1 : Oh non monsieur, restez…
Enfant 2 : s’il vous plaît…
(la mère vient les reprendre, affolée)
Vieillard 1 : Allez faites plaisir aux petits…
Vieillard 2 : et puis à nous aussi…
Pouick : Disparaissez ! retournez chez vous ! Vite qu’on reconstruise…
Vieillard 1 : Oh vous ça va fermez-la !…
Vieillard 2 : et laissez nous vivre !
(d’autres Zôtres arrivent)
Pouick : Au secours ! c’est une invasion ! Vite le mur !
Vieillard 1 : Ah vous en voulez un mur ? Attendez (il le fait tomber)…
Vieillard 2 : On va vous en faire un sur ce côté
Vieillard 1 : et sur l’autre…
Vieillard 2 : et aux pieds…
Vieillard 1 : et à la tête…
Vieillard 2 : et par-dessus…
Vieillard 1 : et nous on aura la paix !
(Pouick est immobilisé, comme dans un caveau imaginaire)
Vieillard 2 : (aux Zôtres) c’était comment déjà votre truc avec les mains ?
(Ils apprennent aux deux vieux, puis aux enfants, puis à la mère, puis aux autres Moa qui
arrivent…La fête commence.)
Capitan (il arrive, agressif) : Qu’est-ce qui se passe ici ?
Un Moa : Occupez-vous plutôt de lui (il montre Pouick toujours immobile)
Capitan : Qu’est-ce qui vous arrive ?
Pouick : C’est un scandale ! Intervenez ! Faites charger la troupe !
(Ils se retournent mais ils sont entourés, alors ils se font discrets)
Docteur : Eh bien… quel vacarme… il me semble qu’avec un tel chahut la productivité de
notre industrie, pourtant reconnue et admirée par le monde entier, va…
Les autres : Oh ça suffit ! taisez-vous et venez avec nous
Ils reprennent la fête et peu à peu les « « maîtres » se mêlent à eux, jusqu’au salut final.




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