LE DOPAGE EN QUESTIONS by 4fItVny5

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									                              LE DOPAGE EN QUESTIONS

                                           par

                                 Claude-Louis GALLIEN

         Président de la Commission Nationale de Lutte contre le Dopage

      Membre du Bureau du Comité National Olympique et Sportif Français

                                         ______




Le dopage sportif ne doit pas être appréhendé seulement en référence à la santé. Il ne
faut pas non plus se limiter à une approche qui ne concernerait que le haut niveau. A
travers le problème du dopage sportif et de la lutte anti-dopage se pose en réalité la
question de la conception même du sport. Et cette question renvoie directement à un
débat beaucoup plus large et beaucoup plus grave qui est celui d’un choix de société.

En présentant les choses d’une façon certes réductrice et manichéenne, nous sommes
placés devant l’alternative suivante :

- Ou bien on admet que la société libérale, qui tend à s’imposer dans la plupart des pays
du monde, puisse glisser rapidement vers une logique toute entière fondée sur le profit
et la réussite individuelle.

Dans cette logique, on admet que le sport lui-même s’oriente de plus en plus vers le
spectacle et le profit, aux dépens de ses valeurs éducatives et ludiques; et que le
mouvement sportif institutionnel classique puisse être amené à céder une part
importante de ses prérogatives aux structures privées qui disposent du pouvoir de
l’argent. Le dopage devient alors admissible et même recommandé, en dehors de
quelques aménagements règlementaires destinés à éliminer les déviances les plus
extrêmes et les conséquences les plus voyantes.

- Ou bien on souhaite privilégier un modèle de société qui ne s’abandonne pas
complètement à une logique de profit et qui s’attache à préserver les notions de partage
et de solidarité. Dans ce modèle, la dimension humaniste et éthique du sport peut et doit
évoluer, certes, pour rester en adéquation avec l’évolution de la société, mais il convient
de rejeter absolument les compromissions qui aboutiraient à dénaturer
fondamentalement la notion même de sport. Ceci implique que le mouvement sportif
choisisse d’assumer totalement ses responsabilités, et sache s’imposer face aux
marchands de spectacle.

Une responsabilité majeure est alors de refuser le dopage, et de lutter contre cette
pratique de façon claire et déterminée, en éliminant les incohérences et les ambiguïtés.

C’est le deuxième terme de cette alternative qui est délibérément privilégié dans la
rédaction de ce document, destiné à tous ceux qui ont en charge des sportifs, à tous les
niveaux de pratiques: entraîneurs, éducateurs, formateurs, professeurs d’éducation
physique et professeurs de sport, mais aussi médecins du sport et professionnels de la
santé, responsables fédéraux et présidents et animateurs de clubs. Toutefois, pour que
ce texte n’apparaisse pas comme un "prèt à penser" verrouillé, un appareil de notes et
de commentaires contradictoires permet de mieux appréhender la diversité des faits et
des positions susceptibles d’enrichir le débat.
Claude-Louis GALLIEN




                  LES QUARANTE QUESTIONS QUE VOUS VOUS POSEZ

1/ Quelle définition peut-on donner du dopage sportif?

2/ Qui se dope dans le milieu sportif?

3/ Pourquoi les sportifs se dopent-ils?

4/ Pourquoi faut-il lutter contre le dopage des sportifs?

5/ Le dopage est-il compatible avec l’éthique sportive?

6/ Pourquoi les sportifs sont-ils les seuls auxquels le recours au dopage soit interdit?

7/ Quels sont les procédés ou les produits considérés par le mouvement sportif comme
susceptibles d’augmenter artificiellement les possibilités physiques d’un sportif en vue ou
à l’occasion de la compétition, et quels en sont les effets?

8/ Neuf questions sur l’érythropoïétine

9/ Dix questions sur la nandrolone

10/ Qu’appelle-t-on "hormone de croissance"?

11/ Le dopage sportif est-il réellement efficace?

12/ Le recours à des procédés et/ou à des produits dopants est-il réellement dangereux
pour la santé des sportifs?

13/ Les risques encourus du fait du dopage sont-ils les mêmes pour tous les sportifs?

14/ Tous les produits et procédés dopants sont-ils également dangereux et
condamnables?

15/ Peut-on mettre sur le même plan le dopage sportif et la toxicomanie?

16/ Est-il logique de classer le cannabis parmi les produits dopants interdits aux sportifs?

17/ On entend souvent dire que les dopeurs ont toujours "une molécule d’avance" sur
ceux qui luttent contre le dopage; est-ce bien exact?

18/ Existe-t-il des substances dopantes indétectables?
19/ Pourquoi ne recherche-t-on les traces de substances dopantes que dans les urines?

20/ Dans le cas d’un sportif français contrôlé positif à la nandrolone, on a dû effectuer un
test ADN, pourquoi?

21/ Est-il possible d’établir clairement où finissent l’entraînement et les soins médicaux,
et où commence le dopage sportif?

22/ Lorsqu’ils sont malades les sportifs ont-ils le droit d’utiliser des médicaments figurant
sur la liste des produits dopants interdits?

23/ Le sport est de plus en plus souvent associé au dopage ou à la médecine; peut-on
encore croire que la pratique sportive est bonne pour la santé?

24/ Peut-on envisager l’éventualité d’un dopage autorisé, sous contrôle médical?

25/ Faut-il réduire la liste des produits interdits?

26/ Faut-il renoncer à la lutte contre le dopage dans le sport?

27/ Le principe même de la lutte anti-dopage est-il toujours bien accepté dans le monde
du sport?

28/ Les sportifs sont de plus en plus nombreux à contester devant les tribunaux les
sanctions qui leurs sont infligées par le mouvement sportif dans le cadre d’affaires de
dopage; cette démarche est-elle légitime?

29/ Les sportifs dopés sont plutôt considérés comme des "victimes" que comme des
"coupables", est ce bien justifié?

30/ Les sportifs convaincus de dopage encourent-ils des sanctions pénales, ou relèvent-
ils uniquement de sanctions prononcées dans le cadre du mouvement sportif?

31/ Quelles sont les responsabilités respectives des employeurs, des médecins d’équipes
et des sportifs professionnels dans la pratique du dopage?

32/ Les sponsors et les médias ont ils une responsabilité, directe ou indirecte, dans le
dopage des sportifs?

33/ Y a-t-il des filières de pourvoyeurs pour les produits dopants à usage des sportifs?

34/ Quelle place la France occupe-t-elle dans le contexte international, en ce qui
concerne la lutte contre le dopage sportif?

35/ Quelles sont les procédures suivies en France dans les contrôles anti-dopage?

36/ Les pourcentages de sportifs contrôlés positifs sont toujours trés faibles, cela reflète-
t-il vraiment la situation?

37/ Les autorités administratives et les dirigeants du mouvement sportif sont
directement intéressés par les résultats obtenus par les athlètes de haut niveau; dans
ces conditions peut-on leur faire confiance pour gérer en toute équité la lutte anti-
dopage?
38/ Le traitement des affaires de dopage peut apparaître complètement incohérent aux
yeux du public, les incohérences sont elles réelles? quelles en sont les causes?

39/ Peut-on parvenir à harmoniser la lutte anti-dopage au niveau international?

40/ Sur quels points essentiels le nouveau projet de loi qui doit être voté en novembre
1998 est-il innovant par rapport à la loi du 28 juin 1989 relative au dopage?




1/ Quelle définition peut-on donner du dopage sportif?




Il n’est pas si simple de définir correctement ce que l'on entend par "dopage" en milieu
sportif. Le Comité International Olympique (C.I.O.) lui-même ne propose pas de
définition "officielle" de référence, se bornant à publier une liste (régulièrement mise à
jour) des produits ou des pratiques interdites.

En France, la loi n°89-432 du 29 juin 1989 indique dans son article 1er:

              Il est interdit à toute personne d’utiliser, au cours des compétitions et
              manifestations sportives (...) ou en vue d’y participer, les substances et les
              procédés qui, de nature à modifier artificiellement les capacités ou à
              masquer l’emploi de substances ou de procédés ayant cette propriété, sont
              déterminés par arrêté conjoint des ministres chargés des sports et de la
              santé.

Une définition - au demeurant assez ancienne, puisqu'elle fut rédigée en 1963 lors du
Colloque européen d'Uriage sur le dopage - est classiquement retenue:

              "Est considéré comme dopage l'utilisation de substances et de tous moyens
              destinés à augmenter artificiellement le rendement en vue ou à l'occasion
              de la compétition, ce qui peut porter préjudice à l'éthique sportive et à
              l'intégrité physique et psychique de l'athlète".

Au total, les points essentiels paraissent être les suivants:

              - Il existe des produits et des procédés considérés comme "dopants", dans
              la mesure où ils sont susceptibles de modifier artificiellement les capacités
              d’un sportif.

              - Ces produits ou procédés peuvent être utilisés au cours des compétitions
              elles-mêmes, ou en vue d’y participer.

              - L’usage de ces produits porte préjudice à l'éthique sportive.

              - L’usage de ces produits porte préjudice à l'intégrité de l'athlète.




                                      Commentaires
Alexandre de Mérode, Président de la Commission médicale du Comité International
Olympique (Le Figaro - 17/08/98)




Toutes les définitions scientifiques (du dopage) ont toujours été contestées par le monde
juridique qui en dénonce le caractère incertain, la science n’ayant jamais rien d’absolu.
Au C.I.O., nous avons construit notre système sur trois principes fondamentaux: la
protection de la santé de l’athlète, la défense de l’éthique médicale et de l’éthique
sportive, le maintien des chances égales dans la compétition. Ce qui nous a permis
d’établir cette fameuse liste qui est elle-même la définition du dopage. Tous les produits
qui y figurent sont dopants dés lors qu’ils servent contre l’un des trois principes. C’est
une définition pratique qui nous défend contre les agressions du juridique... qui fait son
métier.

2/ Qui se dope dans le milieu sportif ?

Il est tout à fait essentiel d’avoir toujours en mémoire le fait que le dopage concerne
deux populations bien distinctes: les sportifs de haut niveau (environ 2000 en France,
toutes disciplines confondues) dont on se préoccupe beaucoup et auxquels on fait
généralement référence quand on aborde les problèmes posés par le dopage, et la masse
des pratiquants sportifs (environ 13 millions) que l’on tend à ignorer bien qu’elle soit tout
aussi concernée.

Il est impossible de mettre en place une politique cohérente relative aux problèmes de
dopage sans prendre en compte ces deux populations, dont les comportements face à la
pratique sportive et au dopage sont trés fortement liés bien qu’ils soient par nature
extrêmement différents.




                                           Notes

Chiffres - Le dopage est trés loin de ne concerner que les sportifs professionnels
ou de haut niveau. En France, en 1997, sur 221 contrôles positifs, 27
concernaient des sportifs de haut niveau, tous les autres concernaient des
sportifs évoluant au niveau départemental ou régional.

                                      Commentaires




Dr Patrick Laure (Le Journal du Dimanche - 09/08/98)

Au plan international, 5 à 15% des sportifs amateurs reconnaissent utiliser des produits
dopants, toutes disciplines confondues. En France, un amateur sur dix reconnaît se doper
et 38% des sportifs interrogés disent connaître des dopés.

Une étude internationale publiée en 1997 révèle que prés de 5% des enfants sportifs
reconnaissent user de produits dopants. Aux Etats-Unis, l’âge moyen de la première prise
de stéroïdes anabolisants est huit ans. En France, entre 12 et 14 ans. C’était le cas en
Amérique du Nord il y a quelques années, la moyenne s’est donc considérablement
rajeunie? La prise de dopants s’est aussi féminisée. (...) En réalité, on s’aperçoit aussi
qu’un quart, voire un tiers des enfants qui prennent des produits incriminent leurs
parents...
3/ Pourquoi les sportifs se dopent-t-ils?

Les motivations, en ce qui concerne le dopage sportif, peuvent être trés diverses, mais
essentiellement les sportifs qui se dopent, le font par besoin d’ "exister", de se dépasser,
de se montrer meilleurs que les autres, de gagner, et ceci que ce soit au niveau du
quartier, du club, dans les compétitions les plus modestes ou dans les plus grandes
épreuves internationales.

Chez les jeunes le goût de la transgression vis à vis des règles sociales établies, associé
paradoxalement à la tendance à "faire comme les autres" au sein de sa catégorie d’âge
ou de "clan" peut jouer un rôle déterminant. Les jeunes les plus défavorisés, les plus
démunis, les plus frustes, sont aussi les plus faciles à influencer, à séduire et à berner.
La pression du milieu familial doit encore être prise en compte.

Le dopage peut constituer pour quelques sportifs une quasi nécessité professionnelle, le
seul moyen de rester au contact du haut niveau, fut-ce pour jouer les utilités en assurant
malgré tout un salaire, même médiocre.

Les champions appartenant à l’élite peuvent être tout à la fois crédules, astreints par
contrat à des efforts physiques qu’il ne peuvent assumer sans artifices, ou bien encore
indifférents aux conséquences à long termes d’un comportement qu’ils revendiquent
cyniquement comme un facteur librement accepté de leur réussite sportive.




4/ Pourquoi faut-il lutter contre le dopage des sportifs?

Si l’on choisit de ne pas prendre en compte les considérations relevant de l’ "éthique
sportive", qui peuvent être sujettes à des critères d’appréciation très diversifiés, il existe
deux raisons majeures de lutter contre le dopage des sportifs. La première touche à la
santé, la seconde est d’ordre social et éducatif.




Santé: Le dopage met en péril la santé de chaque sportif en particulier, quel que soit son
niveau de pratique et quel que soit la nature des produits et/ou des procédés utilisés.




Haut niveau - La pratique de haut niveau moderne est une pratique de l'extrême: les
entraînements, les déplacements, les compétitions poussent l'organisme aux limites de
ce qu'il est capable d'assumer. Les produits et les procédés dopants administrés dans le
cadre d’une préparation médicalisée visent à donner artificiellement à l’organisme les
moyens de résister à des charges extraphysiologiques. Le dopage aboutit donc à
perturber encore davantage les équilibres physiologiques naturels et à "gommer" les
réactions de défense de l'individu (fatigue, douleur, anxiété...), pour lui permettre d'aller
au delà de lui même. L'organisme peut en apparence supporter, pour un temps au
moins, les tensions auquel il est soumis, mais il n'oublie rien, il enregistre tout, et à
terme il apparaît que les altérations subies sont irréversibles.

Les "traitements" mis en œuvre sont souvent de longue durée (avant la compétition,
pendant la compétition, après la compétition) et les doses délivrées sont considérables,
infiniment supérieures à celles qui seraient administrées à des malades dans un cadre
thérapeutique, sans qu’on connaisse les effets à moyen ou long terme de telles
prescriptions totalement arbitraires. Par ailleurs, la plupart des stratégies de dopage
impliquent plusieurs types de molécules dont l’association illégitime peut conduire à des
effets contradictoires et dangereux.

Enfin, il existe une "hiérarchie" dans cette pratique du dopage chez les sportifs de haut
niveau.

- Dans les sports les plus médiatisés, une petite élite de champions accède à un "dopage
scientifique" très surveillé par une équipe médicalisée utilisant des procédures
sophistiquées et des produits de bonne qualité, par ailleurs fort coûteux. Dans ce cas, les
risques d’accident à court terme sont relativement limités, même si les risques à moyens
ou long terme, qui sont inévitables , demeurent extrêmement lourds.

- Les sportifs qui restent en marge de l’élite internationale, ou qui pratiquent dans des
disciplines moins médiatisées où les moyens financiers sont plus limités, ne peuvent
prétendre bénéficier d’un tel niveau de suivi dans le cadre des pratiques de dopage. Les
procédures de traitement et leur surveillance, les doses administrées, la nature et la
qualité des produits, sont alors très aléatoires, ce qui peut entraîner des accidents dans
le court terme, sans préjuger des risques plus tardifs, toujours inévitables et très
importants.




Pratique sportive générale - La pratique sportive générale est, elle aussi, concernée par
le dopage, quel qu’en soit le niveau et qu’il s’agisse de sport de compétition encadré et
réglementé ou de sport de loisir pratiqué hors de tout contexte réglementaire.

Dans ce cadre les procédures de dopage sont le plus souvent anarchiques. L’adéquation
entre les substances (ou les procédés) utilisés et la pratique sportive est complètement
fantaisiste, de même que les doses administrées et les associations réalisées. L’origine
des produits, leur nature exacte et leur qualité sont trés sujettes à caution. Dans ces
conditions le dopage entraîne des risques d’autant plus élevés que l’absence de tout suivi
médical (dans la plupart des cas le fait d’avoir recours à des produits dopants est
dissimulé au médecin) conduit à ne prendre conscience que tardivement de la nature
réelle des accidents brutaux ou des pathologies développées.




Valeurs socio-éducatives: On peut s'interroger sur la validité des valeurs prêtées au
sport, dénoncer les aspects négatifs du phénomène sportif et gloser sur l'hypocrisie ou le
cynisme des institutions qui le gèrent, il n'en reste pas moins que l'image (ou
l'imaginaire...) du sport est un des trop rares bons reflets que nos sociétés ont d'elles
mêmes, et qu'elle peut être utilisée non seulement comme vecteur d'épanouissement
personnel, mais aussi comme outil d'éducation, de socialisation et d'intégration. Il est
donc essentiel de veiller à ce que cette image ne soit pas dénaturée, ni en définitive
brisée par des pratiques irresponsables, telles que le dopage.

A travers la représentation qu’en projettent les médias, les jeunes sont confrontés à une
société matérialiste libérale qui élève l’argent et le profit au niveau de l’éthique, valorise
à outrance la réussite individuelle au détriment des notions de partage et de solidarité, et
se montre trés permissive sur les moyens d'y accéder. L’école est en partie impuissante à
contrebalancer cette image travestie de la réalité de notre société, en particulier chez les
jeunes issus de milieux où le lien social est fragile.
Il se trouve que le sport, s"il fait trés normalement place à l’argent, ne fait pas du profit
une ambition prioritaire, qu’il est porteur d’objectifs qui impliquent que l’effort individuel
s’inscrive dans un contexte de solidarité et de partage, qu’il impose le respect de soi et le
respect des autres dans un cadre règlementaire contraignant mais librement accepté. Il
se trouve aussi que le sport fait encore rêver les jeunes, qui accordent aux champions
une extraordinaire valeur d’exemplarité.

Le sport est donc un outil éducatif puissant; soutenu par le charisme des sportifs de haut
niveau il peut contribuer à diffuser chez les jeunes un esprit de citoyenneté et
d’humanisme sans lequel notre société risque l’éclatement. S’il devait être banalisé,
ravalé au rang d’une activité essentiellement lucrative où toutes les dérives - dont le
recours au dopage - sont justifiées par le profit, alors il cesserait de faire rêver... et un
moyen essentiel de socialisation des jeunes serait perdu.




Le dopage est dangereux pour la santé des sportifs, il constitue une menace
pour le rôle d’outil éducatif que peut jouer le sport dans notre sociéte. Pour ces
deux raisons au moins il est impératif de lutter contre le dopage sportif.

                                           Notes

Sondage IFOP (publié par France Soir le 20/07/98) - Une écrasante majorité
des sondés (84%) est d’accord pour juger le dopage inadmissible notamment à
cause du mauvais exemple qu’il donne aux jeunes.

47% des personnes interrogées se disent peu ou pas choquées par les récentes
révélations sur les affaires de dopage.

Selon les tranches d’âge les réponses révèlent cependant une différence
essentielle. En effet 56% des moins de 35 ans déclarent ne pas être choqués:
ou bien les jeunes sont totalement déniaisés sur les pratiques du sport de haut
niveau, ou bien, ce qui semble être le cas pour une forte minorité (31% des 15-
24 ans), une partie des jeunes semble accepter le fait que la réussite en sport
passe par le dopage...

                                      Commentaires

Laurent Joffrin - (Libération - 17/07/98)




La conséquence de la grande tolérance (des autorités sportives) est connue: les coureurs
honnêtes ne font pas de performances. Les autres se changent en automates chimiques
et les "géants de la route", ces nains de la morale sportive, montrent aux gamins qui
viennent les applaudir que dans ce bas monde - ou au sommet des Alpes - il faut tricher
pour réussir.

Thierry Desjardins (Le Figaro -18/ 07/98)




Tout le monde est d’accord: il faut proscrire sans pitié - et de toutes les épreuves
sportives - la drogue. D’abord parcequ’il s’agit d’une tricherie. Ensuite et surtout
parceque ces "saloperies" mettent en danger la vie même des sportifs, et que ces sportifs
sont bien souvent les héros d’une jeunesse elle même parfois en danger.

Marie-George Buffet, Ministre de la Jeunesse et des Sports (Le Monde - 04/08/98)




Plus qu’une tricherie, le dopage est un détournement total de sens et de valeurs, au
moment où l’on attend du sport qu’il construise des repères, du lien social, de la
solidarité.




Jacques Séguela (Le Figaro -13/08/98)




L’évènement médiatique (la coupe du monde de foot ball) (...) véhiculait certaines
valeurs: la fraternité, le métissage et la victoire.

(...) Nous communiquons de plus en plus, et pourtant nous sommes de plus en plus
seuls. Le sport est un antidote à cette solitude et va devenir le premier média du
troisième millénaire.

(...) Il faut déjà nettoyer le sport du dopage et des affaires.

(...) Le foot ball nous a prouvé que le sport pouvait rassembler, mais à condition de faire
adhérer le public aux valeurs humaines du jeu.




5/ Le dopage est-il compatible avec l’éthique sportive?

Le dopage constitue une grave menace pour le sport dans toutes ses dimensions, c'est à
dire pour les valeurs éthiques, culturelles, éducatives et sociales qu'il véhicule, ainsi que
pour le potentiel économique qu'il représente désormais.

C’est aussi une menace redoutable pour la santé de tous ceux qui peuvent envisager d’y
avoir recours. Si la polémique actuelle sur le dopage vise essentiellement la pratique de
haut niveau et le sport professionnel, on doit se souvenir que tous les sportifs sont
concernés. Tous, et peut être surtout les plus jeunes et les plus modestes, doivent être
informés, convaincus et protégés.

Ceci étant, la notion même d'éthique sportive est floue et trés controversée. Les valeurs
sportives traditionnelles, revendiquées en particulier par la charte olympique:

       "L’Olympisme est une philosophie de la vie exaltant et combinant, en un ensemble
       équilibré, les qualités du corps, de la volonté et de l'esprit" ,

ne suffisent plus, en tous cas, à refléter la réalité du sport moderne. Après avoir fait, au
cours du semi siècle écoulé, une large place à la politique et à l'idéologie, celui-ci se
définit désormais par rapport à l'économie.
On peut s'interroger sur la validité des valeurs prêtées au sport, dénoncer les aspects
négatifs de la compétition sportive et gloser sur l'hypocrisie ou le cynisme des institutions
qui gèrent ses pratiques, il n'en reste pas moins que l'image (ou l'imaginaire...) du sport
est un des trop rares bons reflets que nos sociétés ont d'elles mêmes, et qu'elle peut être
utilisée non seulement comme vecteur d'épanouissement personnel, mais aussi comme
outil d'éducation, de socialisation et d'intégration. Il est donc essentiel de veiller à ce que
cette image ne soit ni dénaturée ni en définitive brisée par des pratiques irresponsables.

Cette attention à préserver l'image du sport doit porter sur trois composantes de la
pratique sportive, qui sont à la fois bien distinctes et trés étroitement liées:

- Le sport du plus grand nombre, qui peut être de niveau faible ou élevé, orienté vers la
compétition ou sur une activité de loisirs.

- Le sport de haut niveau, amateur ou néo-professionnalisé à divers degrés.

- Le sport professionnel, qui peut être de haut niveau, mais aussi de niveau moyen.




L'éthique sportive du plus grand nombre: Pour le plus grand nombre, le sport constitue
encore aujourd'hui un élément essentiel de l'équilibre physique et psychique de l'individu,
un espace culturel majeur, un outil éducatif puissant, un facteur de socialisation et
d'intégration.

La prise en compte effective de notions dérivées, telles que le potentiel idéologique ou
économique du sport, ne retire rien à ces valeurs "classiques", qui se réclament de la
morale et de la rigueur.

Bien au contraire, les sportifs de haut niveau - professionnels ou non - apparaîssent aux
yeux du plus grand nombre comme des héros positifs qui représentent légitimement
"l'excellence" des valeurs sportives. Ils sont tout à la fois l'image de la beauté du corps et
de l'équilibre de l'esprit, des exemples de rigueur et de travail. Leur réussite - y compris
sur les plans médiatique et/ou économique - fait d'eux des porteurs de rêve dans un
monde où beaucoup ont trop peu d'occasions de rêver.

Dans un tel contexte, le recours à des artifices pour améliorer les performances
individuelles constitue la négation même des valeurs positives qui fondent la nature
profonde du sport; la tricherie est incompatible avec l'esprit de rigueur et de travail, elle
rabaisse le rêve au niveau de la banalité sordide.

Le dopage est donc formellement récusé par l'éthique sportive telle qu'elle est
revendiquée par la majorité des pratiquants et par le public, et affirmée par l'institution
olympique, avec un certain angélisme non dénué parfois d'hypocrisie.

La portée de cet "interdit" est bien entendu générale, et les sportifs de haut niveau qui
sont les meilleurs agents de diffusion du message éducatif et culturel que le sport peut
contribuer à répandre, sont les premiers concernés, au nom de l'exemplarité.




L'éthique du sport de haut niveau et du sport professionnel: Les contraintes imposées par
la pratique professionnelle (ou en tous cas de haut niveau) d’un sport de compétition,
ainsi parfois que les objectifs visés, ne sont pas nécessairement compatibles avec la
morale sportive traditionnelle, dans ses aspects les plus rigoureux.

- Sur le plan des principes, peut-on vraiment reprocher aujourd'hui à un sportif
professionnel ou néo-professionnel d'être prêt à tout mettre en oeuvre pour attirer
l'attention des sponsors, des médias ou des organisateurs de spectacles?

- Sur le plan des méthodes, la frontière de la morale est-elle si bien définie entre un
hyper-entraînement - qui serait acceptable - et l'emploi de méthodes physiques
artificielles qui relèveraient du dopage? ou encore entre un suivi médical rigoureux - qui
serait recommandé - et un soutien biologique et chimique qui serait prohibé?

Une notion cependant demeure commune à tous les niveaux de pratique du sport et ne
saurait être remise en cause, parcequ'elle est fondamentale: Dans le cadre de leur
préparation, comme dans celui de la compétition, les athlètes doivent avoir des droits
égaux (sinon des possibilités réelles égales...), définis par des règles précises et protégés
par des contrôles crédibles et efficaces. Qui transgresse ces règles est un tricheur.

Ainsi, en situant l'éthique sportive à son niveau le plus réducteur, on pourrait considérer
que le fondement d'une règlementation antidopage doit viser à gommer les facteurs
possibles d'inégalités engendrés par le recours à des artifices, mais pas nécessairement
les artifices eux-mêmes...

Une éthique sportive spécifique de la pratique de haut niveau et/ou du sport
professionnel pourrait donc admettre la pratique du dopage (tous égaux, puisque tous
dopés...), et des voix s'élèvent pour suggérer la suppression pure et simple des contrôles
et des sanctions, en dénonçant l'hypocrisie et l'injustice d'une lutte anti-dopage
imparfaite.

Il est vrai que dans le contexte d'une société matérialiste libérale qui valorise à outrance
la réussite individuelle au détriment des valeurs de solidarité, et se montre trés
permissive sur les moyens d'y accéder, les considérations de santé et les concepts
traditionnels du sport olympique deviennent obsolètes. L'intérêt des multinationales du
sport médiatico-mercantile est de gérer totalement un sport professionnel de haut niveau
détaché des contraintes que maintient, fût-ce imparfaitement, le mouvement olympique.
Elles font donc pression pour que se développe une pratique sportive réduite au rang de
"produit commercial" et soumise aux seules règles du marché*. Ceux qui recommandent
l'abandon de la lutte anti-dopage ouvrent la porte à ce sport mercantile, sans âme et
sans projet autre que le profit. Compte tenu des intérêts qui sont en jeu, on peut se
demander s'il s'agit là d'une démarche seulement irresponsable, ou au contraire d'un
habile calcul...




Institution olympique et quadrature du cercle: L'institution sportive olympique (C.I.O.,
mais aussi fédérations internationales et fédérations nationales agissant par délégation
sous le contrôle des Etats) revendique à juste titre la gestion du plus haut niveau. Elle ne
saurait pour autant se désintéresser du "sport pour tous" (qui doit être le sport de
chacun). Pour cela il lui faut intégrer la dimension professionnelle du sport, tout en
préservant ses valeurs traditionnelles, en particulier celle de la solidarité qui permet
d'assurer, au niveau intradisciplinaire la formation initiale, et au niveau interdisciplinaire
la diversité des sports olympiques. La situation, qui relève de la quadrature du cercle, est
la suivante:

-Le mouvement sportif olympique a besoin du haut niveau pour faire passer le message
culturel et éducatif qu'il revendique et qui fonde sa légitimité. Ce message perd toute
crédibilité s'il est porté par des athlètes qui ne respectent pas eux-mêmes l'éthique
commune.

-La pratique de haut niveau implique des investissements financiers lourds. Ces
investissements ne sont consentis que dans le cadre d'une pratique extrême et
spectaculaire, qui peut être freinée par les considérations éthiques traditionnelles

-Dans le contexte du mouvement sportif olympique, si le sport de haut niveau perd son
label éthique, il perd aussi, avec sa crédibilité, l'essentiel de sa valeur médiatique, c'est à
dire de sa valeur économique, et donc pour finir les moyens de son développement.

(*) Le foot ball américain constitue un exemple extrême aux Etats-Unis, mais le base
ball, le basket ball, le foot ball, le golf, le sport automobile, le tennis et d’autres sports
encore, ont déjà un statut "libéral" trés particulier, qui tend à se répandre dans un
contexte "mondialiste" dominé par la notion exclusive de profit.

Il ne saurait être question pour le mouvement olympique, fut-ce au nom du libéralisme,
de déroger à l'éthique dont il est garant, et il doit veiller à ce qu'aucune transgression
majeure ne vienne mettre le sport en contradiction avec lui-même. Ceci impose donc
que l' interdiction du dopage soit maintenue pour tous, y compris pour le haut
niveau.

L'institution olympique peut, en revanche, reconnaître la réalité d'une éthique spécifique
du haut niveau professionnel qui ne soit pas être rigoureusement identique à celle que
véhicule le sport du plus grand nombre. Il importe que cette éthique soit codifiée avec
précision pour écarter toute ambiguïté. En particulier il faut rejeter absolument
l’idée que le dopage des champions pourrait devenir acceptable à condition
d’être considéré comme un simple "rééquilibrage biologique", c’est à dire
assimilé à un acte médical banal.

La gestion du phénomène "dopage" est un élément majeur de cette codification.
L'institution qui définit les interdits doit impérativement veiller à l'efficacité et à l'équité
de la lutte menée contre le dopage. Dans le milieu du haut niveau "olympique"
professionalisé, comme dans le sport professionnel en général, où les enjeux (sportifs et
financiers) sont énormes, il convient d'être absolument crédible pour faire accepter les
contraintes découlant de la lutte anti-dopage.

Par ailleurs, à ce niveau de pratique, extrêmement lourd de conséquences pour la santé
physique et l'équilibre psychique de l'individu, il est nécessaire de compléter les mesures
anti-dopage "répressives" par des mesures de prévention et d'assistance qui soient
elles aussi efficaces, équitables et acceptées par l'ensemble de la communauté sportive.
Ceci passe par un suivi médical adapté (encore une fois qui ne soit pas un dopage
"masqué"). Cela implique surtout une réévaluation par le milieu sportif lui-même
des charges d’entrainement et des rythmes de compétition.

L’enjeu est d’importance: les "grands" sportifs, ceux dont on parle, sont pour beaucoup
de jeunes malheureusement écartés d’autres références, les exemples à suivre. C’est
peut être d’ailleurs ce qui justifie encore le sport institutionnel et la haute compétition.
Cette exemplarité doit être préservée pour ce qu’elle comporte encore de valeurs
positives, et ne doit surtout pas être récupérée pour assurer la promotion de toutes les
non-valeurs qui polluent avec une arrogance de plus en plus indécente nos sociétés post-
modernes.

                                        Commentaires

Jean-Michel Faure (Ouest France - 19/07/98)
C’est l’espace sportif, où interviennent directeurs sportifs, médecins et sponsors, qui crèe
les conditions du dopage. (...) L’éthique du sport ne concerne pas seulement celui qui a
été pris la main dans le sac, c’est bien l’organisation globale de l’évènement sportif, dans
tous ses aspects, qui crèe les conditions du délit.

Gérard Dupuy (Libération - 03/08/98)




Peut être ce qui s’est cassé est-il situé entre deux cultures, deux perceptions de la vie et
de la société. (...) La démocratie est vertueuse mais la modernité est jouisseuse et nous
voulons - confusément - être à la fois modernes et démocrates. L’épreuve de vérité du
Tour de France tombe à pic pour rappeler à notre paresse que ce n’est pas simple.
Quelque chose quelque part s’est cassé parceque nous sommes éminemments cassants.

Christian Prigent (Libération - 04/08/98)




Jusqu’où un corps est-il un corps humain? Un corps dans lequel les globules s"affolent
sous l’aiguillon de l’EPO, est-ce encore un corps d’homme? Où se situe le seuil au-delà
duquel le corps modifié par la "diététique fine" et la pharmacopée d’avant garde n’est
plus tout à fait un corps d’homme? Quand et comment le corps excellent, magnifié par
l’effort, devient-il un corps ignoble, aliéné, malade? On ne s’étonnera pas que de telles
questions hantent un monde qui oscille entre les tentations eugénistes et les crispations
éthiques, l’hygiénisme écologique et le recours aux adjuvants chimiques, prothèses et
dopants divers. (...) Le corps du "champion" incarne de manière emphatique ce
questionnement. Voici en effet des corps refaits par la sculpture musculaire, la diététique
ascétique et les miraculeuses potions. On ne sait plus trés bien si y domine la maladie ou
la santé. On a plutôt la sensation d’une hypersanté - toujours prète à se retourner en
morbidité. (...) A partir de là, on doit faire face à une rude contradiction. D’une part on
s’excite sur le sport comme modèle d’hygiène physique et morale, comme vecteur
excellent d’éducation, d’intégration sociale et d’émancipation civique (...) Mais
l’expérience de la "performance athlétique" et les transformations qu’elle exige du corps
"humain" n’entrent pas vraiment dans ce cadre.

Le champion est artiste et oeuvre en même temps. Artefact sophistiqué dressé contre le
"naturel" (dont fait partie la santé commune). C’est donc un monstre. Mais un beau
monstre: il passe, comme on marche sur les eaux, à la limite repoussante et fascinante
de l’inhumain et il violente les notions précieuses: santé, beauté, hygiène, humanité.

Le champion surentraîné et chargé est certes un bouffon du pouvoir de la science et du
commerce réunis.

Si l’impératif catégorique est de respecter la santé et l’intégrité physique des sportifs, le
dopage, outre qu’il est tricherie, est crime. Si la loi n’est pas seulement celle-là, mais si
l’expérience est, à sa façon, vaguement démiurgique, alors l’artifice inhumain des
produits dopants fait partie, ni plus ni moins, et en tous cas au delà du Bien et du Mal, de
l’arsenal des techniques, des figures, par lesquelles un corps d’homme tente de
s’arracher à l’humanité moyenne du corps. Plus encore, le corps qui tente cela affirme,
en paradoxe, son surcroit d’humanité. Parceque se lancer dans des expériences si
exorbitantes, c’est pousser à bout cette négation du naturel qu’on peut aussi bien
appeler culture. (...) La lutte (nécessaire) contre le dopage est donc suspendue entre
deux éthiques. Une qui fait valeur absolue de l’humain (trop humain), l’autre qui fait
valeur du défi à l’humain, et d’une culture de l’artifice monstrueux comme paradoxal
garant de l’humain.

Christian Montaignac (L’Equipe - 01/09/98)




Le mal est fait qui hante, désormais, cette délicate relation entre nous, le public et le
sportif regardé. Tous ces jeunes gens déclinés en cassettes ou en cendriers ne sont que
du commerce. Le plus précieux, inestimable, le goût du merveilleux, menace d’être ruiné.
Il faut de l’enfance pour accueillir la grâce. C’est l’enfance du sport qui est en danger de
mort.

                                           Notes

Libéralisme US - Les instances sportives des Etats-Unis se préoccupent assez
peu des problèmes de dopage.

- La National Basket Association (NBA) n’interdit que la cocaïne et l’héroïne.

- La National Hockey League (NHL) interdit "toutes les substances
officiellement illégales", ce qui est pour le moins imprécis...

- La Major League Base ball (MLB) interdit la cocaïne, la marijuans, les
amphétamines, les drogues opiacés et les "stéroïdes durs".

- La National Football League (NFL) interdit les stéroïdes anabolisants, les
hormones de croissance, la gonadotrophine, les diurétiques et les produits
masquants.

Aucun contrôle inopiné n’est jamais pratiqué, et les contrôles officiels à
l’entraînement ou en compétition, assez peu fréquents, sont en général
regroupés pendant des périodes de relative inactivité ou de repos.




6/ Pourquoi les sportifs sont ils les seuls à qui le recours au dopage soit interdit
?

Plusieurs chroniqueurs font remarquer que seuls les sportifs font l'objet de mesures anti-
dopage, alors que le dopage est largement utilisé dans bien d'autres activités où il ne fait
pas l'objet d'interdits particuliers. Les étudiants, les artistes, les politiciens, les chefs
d'entreprises, bien d'autres encore seraient concernés...

Si quelques uns s'appuient sur cette remarque pour réclamer l'extension de la lutte anti-
dopage aux activités non sportives, d'autres ne manquent pas d'utiliser l'argument pour
réclamer la suppression des contrôles et des sanctions qui s'appliquent actuellement aux
sportifs.

En fait, dans un cas comme dans l'autre l'argumentation est assez spécieuse et ne
saurait être retenue, pour trois raisons majeures:

- Les produits utilisés comme dopants par les non sportifs représentent une gamme
relativement réduite de stupéfiants, d'excitants ou de calmants. Il est vraisemblable que
les anabolisants, les hormones de croissance ou l'érythropoïétine (pour ne citer que ces
produits, parmi les plus difficile à détecter, sur lesquels se focalisent les médias) ne
retiennent guère l'attention des non sportifs. On imagine mal André Malraux délaissant
l'opium au profit de la nandrolone !

- Les produits qu'utilisent les non sportifs pour accroître leurs "performances" ne sont pas
ignorés par la loi. Leur utilisation abusive est le plus souvent trés règlementée. Il s'agit
de médicaments (amphétamines, sédatifs...) dont la délivrance par un pharmacien est
subordonnée à l'existence d'une ordonnance médicale, ou de drogues interdites (héroïne,
cocaîne, canabis...); même l'usage du tabac et de l'alcool font l'objet de contraintes plus
ou moins fortes selon les pays (et d'interdits qui tendent à se développer). Il y a certes
des infractions: d'un strict point de vue de santé publique, elles appelleraient plutôt un
contrôle plus attentif qu'un plus grand laxisme.

- Enfin, il n'est pas légitime de "banaliser" la spécificité du sport. Il s'agit d'une activité
originale, trés particulière en ceci qu'elle repose justement sur l'existence et le respect
librement consenti de règles soumises à un arbitrage qui ne peut être contesté. De la
même façon qu'un rugbyman ne doit pas plaquer un joueur qui n'a pas le ballon, ou
qu'un boxeur ne peut frapper son adversaire en dessous de la ceinture, un sportif se voit
interdire le dopage. C'est cette exigence qui donne justement au sport une dimension
éthique et éducative exceptionnelle, s'en affranchir - fut-ce au nom du professionnalisme
et d'un intérêt financier bien compris - serait le dénaturer totalement.




                                       Commentaires

Dr Patrick Laure

Un produit de la performance c’est un produit que l’on prend pour réaliser au mieux un
projet professionnel, familial ou sportif. Les conduites dopantes sont un fait social de plus
en plus présent; en ce sens il y a peu de différence entre le dopage sportif et non sportif.




Thierry Desjardins (Le Figaro - 03/08/98)




Il faudra savoir où est la limite entre un produit "fortifiant" et un produit dangereux, donc
interdit. Cette frontière n’est d’ailleurs pas la même pour les uns et pour les autres. Et
dans une société où chacun prend désormais des pilules pour dormir, pour maigrir, pour
bronzer, pour passer des examens et même maintenant pour faire l’amour, les juristes
auront sans doute besoin d’avoir recours à des scientifiques, eux aussi, de trés haut
niveau.

Dr Daniel Blanc -Médecin du sport à Lausanne, médecin de Richard Virenque ( Le
Journal du Dimanche - 16/08/98)




Le sportif professionnel est le seul travailleur qui n’a pas sa propre liberté. Si vous, vous
avez besoin pour écrire d’être ivre-mort, ça vous regarde, on vous laissera faire. Le
sportif, lui, est censé être trop bête pour s’occuper comme il l’entend de sa santé.
7/ Quels sont les procédés ou les produits considérés par le mouvement sportif
comme susceptibles d'augmenter artificiellement les possibilités physiques d'un
sportif en vue ou à l'occasion de la compétition, et quels en sont les effets ?

On peut distinguer d’une part des méthodes physiques, et d’autre part des méthodes
pharmacologiques; les méthodes génétiques pourraient apparaître dans un proche
avenir:




Méthodes physiques:

Electrostimulation: La méthode consiste à placer des électrodes sur un muscle dans
lequel on fait passer un courant électrique sinusoïdal. Ce traitement permet d'obtenir un
accroissement de la force et de la puissance musculaire, en évitant la fatigue générale du
reste de l'organisme qu'entraînerait une séance de musculation classique.




Autotransfusion: La méthode vise à augmenter le nombre des globules rouges, donc le
taux d'hémoglobine du sang pour accroitre le niveau d'oxygénation des tissus. Dans le
cadre d'un programme d'entraînement bien défini (altitude+endurance), le sang de
l'athlète est prélevé à diverses reprises. Les globules rouges sont isolés, stockés, puis
réinjectés à ce même athlète à la veille de la compétition. Le traitement vise à
augmenter la capacité à l'effort submaximal et à accroître l'endurance.




Caissons hyperbarres: Des effets comparables à ceux obtenus par les séjours en altitude
et l’autotransfusion (accroissement du nombre de globules rouges) peuvent être obtenus
par des séjours plus ou moins prolongés en caisson hyperbarre.




Interventions corporelles diverses: D'autres méthodes de dopage à caractère trés
particulier peuvent être occasionnellement utilisées; on peut citer l’insémination en vue
de déclencher une grossesse programmée afin de modifier le statut hormonal d'athlètes
féminines, l'opération des artères coronaires permettant d'augmenter le débit sanguin,
les automutilations (boosting) pratiquées par les athlètes handicapés paraplégiques pour
déclencher une hyper réflexivité autonome.




Toutes les méthodes physiques présentées ci-dessus ne sont pas nécessairement
considérées comme "dopantes" au sens des règlementations, par ailleurs le recours à ces
méthodes à fin de dopage est parfois difficile à établir...

Méthodes pharmacologiques:

Anabolisants: On appelle ainsi des produits (hormones stéroïdes androgènes en
particulier) qui ont pour effet d'accélèrer le métabolisme des synthèses protéiques dans
l'organisme; les molécules les plus fréquemment utilisées sont la testostérone et la
nandrolone. Leur administration à l'athlète, couplée à une préparation physique
spécifique et à une alimentation adéquate, permet essentiellement d'obtenir une
augmentation globale de la masse, de la force et de la puissance musculaire. Ces
produits renforcent aussi l'agressivité et la résistance à la fatigue et à la douleur.




Hormones de croissance (hGh et IGF1): Les hormones de croissance accélèrent certains
métabolismes: augmentation des synthèses protéiques musculaires et réduction des
graisses de réserve. Leur administration favorise le développement de la masse
musculaire et un processus de restauration accélérée après lésion du muscle.




Tranquilisants: Les sédatifs ou les     -bloquants sont utilisés par certains athlètes pour
lutter contre l'anxiété, améliorer la coordination psychomotrice ou maîtriser le rythme
cardiaque.




Stimulants: L'effet des "produits d'éveil": psychostimulants (amphétamines),
sympathomimétiques (éphé                        -stimulants, est recherché dans le court
terme. Les amphétamines, par exemple, permettent de fixer et d'améliorer la vigilance
dans le domaine précis de l'action en court, tout en abaissant le niveau général de
perception de l'environnement. D'une façon générale, l'administration de ces produits
entraîne un état d'euphorie et réduit la sensation de fatigue physique; elle permet à
l'athlète de se dépasser lors d'un effort intense qui l'amène au seuil de l'épuisement.




Corticoïdes: Ces molécules sont utilisées par les sportifs dans le but de développer un
état d'euphorie et de volonté, permettant de reculer les limites de la fatigue; leur action
anti-inflammatoire soulage la douleur.




Erythropoïétine (EPO): Cette hormone est un facteur de croissance des globules rouges
du sang. Son administration permet d'augmenter le taux de globules rouges circulants, et
donc d'améliorer le transport d'oxygène par l'hémoglobine vers les tissus, afin d'accroitre
l'endurance, la capacité à l'effort et la récupération. Des effets comparables sont
attendus de l’utilisation de molécules de perfluorocarnbone (PFC) ou de l’hémoglobine
réticulée.




Diurétiques et produits masquants: Les diurétiques sont utilisés pour perdre rapidement
du poids. Les produits "masquants" (probénicide par exemple) ralentissent l'élimination
de certaines molécules et sont utilisés afin d'abaisser le taux dans les urines de
substances interdites, et donc leur détection lors d'un éventuel contrôle.




Méthodes génétiques:

Depuis quelques années le dopage est entré dans une phase "génétique". Sans que les
risques de voir s'étendre ces méthodes dans l'immédiat soient trés grands, il faut
toutefois évoquer certaines possibilités qui ne sont plus du domaine de l'utopie, mais du
domaine des essais expérimentaux.

C'est ainsi qu'en 1995, une transfection de fibroblastes d'origine humaine en culture par
des plasmides contenant le gène de l'élastine a été réalisée. Une autogreffe de tels
fibroblastes transfectés sur un sujet sportif pourrait être envisagée avec pour objectif de
renforcer, par exemple, les ligaments croisés du genou, et de réduire ainsi des risques
d'accidents directs, relativement fréquents dans certaines disciplines. On ne dispose bien
sûr d'aucune donnée relatives à d'éventuels effets de ce type de manipulation dans le
long terme (éventualité de bloquages résultant d'un excès de production d'élastine ?)




8/ Neuf questions sur l’érythropoïétine

                        8-1/ Qu’est-ce que l’érythropoïétine ?

L'érythropoïétine (EPO) est un facteur de croissance hématopoïétique qui stimule au
niveau de la moelle osseuse la production et la maturation des globules rouges. On
distingue l’EPO endogène, normalement produite par l’organisme, et l’EPO de syhthèse,
fabriquée en laboratoire.




EPO endogène: L’EPO appartient à la famille des cytokines; c’est une glycoprotéine de
masse moléculaire 34 KDa qui est synthétisée par l’organisme humain adulte au niveau
des cellules de l’endothélium péritubulaire du cortex rénal et véhiculée par voie sanguine
vers les cellules cibles de la lignée érythrocytaire. Elle existe à l’état circulant sous
plusieurs formes qui diffèrent par leurs pourcentages de glycosylation: la partie protéique
de la molécule est toujours la même, ce sont les groupes de sucres (oligosaccharides) qui
lui sont associés qui sont variables.

La production rénale d’EPO est régulée par la concentration tissulaire en oxygène, la
sécrétion d’érythropoïétine est stimulée en particulier par un état d’hypoxie tissulaire.
D’autres facteurs stimulants peuvent intervenir, en particulier l’hormone de croissance.

La demi-vie de la molécule est voisine de 5 à 6 heures; la dégradation de l’EPO s’effectue
au niveau du foie et on peut considérer que moins de 10% de l’érythropoïétine sécrétée
par un sujet adulte sain est éliminée par les urines.

Le taux sérique moyen d’EPO endogène chez un sujet adulte sain est voisin de 10 à 20
mUI/ml (UI=Unité internationale).




EPO de synthèse: Il existe une érythropoïétine humaine de synthèse (érythropoïétine
humaine recombinante ou rHuEPO), fabriquée par les méthodes du génie génétique
depuis 1983, et commercialisée depuis 1986 (noms génériques: Erantin, Eprex, Erypo,
Recormon, Epogen, Marogen, Hemax, Globuren).

La rHuEPO est trés difficile à caractériser par rapport à l'EPO naturellement produite par
l'organisme, les différences éventuelles ne portant que sur la partie variable de la
molécule endogène (oligosaccharides).
La rHu EPO est prescrite aux insuffisants rénaux sous rein artificiel (hémodialysés), aux
nouveaux-nés prématurés, dans le traitement de divers types d’anémies (chez des
malades cancéreux et/ou atteints du Sida), ou en préalable à certaines interventions
chirurgicales lourdes; elle est administrée aux patients en injections intra-veineuses ou
sous-cutanées.




8-2/ Pourquoi l’EPO est-elle utilisée comme produit dopant, et quels sont les
effets recherchés?

La rHuEPO est détournée de son objet thérapeutique et utilisée comme produit dopant
essentiellement dans le but d’améliorer l’aptitude maximale de l’organisme à consommer
de l’oxygène (VO2max) dans le cadre en particulier de la pratique des disciplines
d’endurance (alpinisme, athlétisme de fond, cyclisme, football, natation, ski de fond);
dans d’autres disciplines (haltérophilie) l’objectif vise à mieux supporter l’accroissement
des charges d’entraînement.

L’effet recherché est d'augmenter le taux de globules rouges dans le sang circulant, et
donc la quantité d'oxygène délivrée aux muscles, ce qui doit permettre d’augmenter la
durée des entraînements et de supporter la multiplication des compétitions en
repoussant dans le temps la sensation de fatigue et en diminuant les temps de
récupération. En théorie (on ne dispose que de trés peu de données expérimentales
fiables, et les critères d’appréciation sont discutables) le "niveau de performance"
pourrait être augmenté de 10 à 15% chez un sportif suivant une cure de rHuEPO.

Le dopage par la rHuEPO se substitue à des méthodes particulières de préparation,
comme l’entrainement en altitude et les séjours dans des caissons hyperbarres.




8-3/ Comment et à quelles doses l’EPO est elle administrées aux sportifs dopés?

Les traitements peuvent être trés variables suivant les cas... il n’existe pas de protocole
standard et la discrétion est la règle. La rHuEPO est administrée en injections intra-
veineuses (assez rarement) ou sous cutanées (plus fréquemment), par cycles de
plusieurs jours, voire de plusieurs semaines ou quelques mois, à raison de 5000 UI
quotidiennement., ce qui correspond à environ 5 fois la dose thérapeutique administrée
ponctuellement à de grands malades.

Aucun médecin responsable ne devrait prescrire une "cure" de rHuEPO à un sujet sain et
en bonne santé; il s’agirait alors d’une infraction aux règles du code de déontologie
médicale, susceptible d’être sanctionnée par l’ordre des médecins.




8-4/ Comment peut-on se procurer de la rHuEPO en dehors du circuit médical
normal ?

En France, l’EPO n’est délivrée que par les pharmacies centrales des hopitaux, sur
prescription médicale (médecins spécialistes en cancérologie, néphrologie, hématologie).
Les produits utilisés à fin de dopage proviennent de détournements, ou sont achetés
dans d’autres pays d’Europe où la règlementation est plus laxiste (Suisse, Italie...) et le
produit distribué en pharmacie d’officine sur simple ordonnance. Le prix d’une dose de
4000 UI de rHuEPO dans le circuit légal est voisin de 100 F; sur le marché noir il oscille
entre 500 F et plus de 2000 F.




8-5/ La pratique du dopage par l’érythropoïétine entraîne-t-elle des risques
pour la santé des sportifs concernés?

La pratque du dopage par la rHuEPO est relativement récente (elle apparaît en 1988 aux
Jeux d’hiver de Calgary), et dans la mesure où elle est illicite on dispose de peu d’études
scientifiques précises sur le sujet.

On peut dire toutefois que les risques pathologiques liés à ce type de dopage sont
théoriquement élevés: une hypertension artérielle associée à l’augmentation de la
viscosité du sang due à la polyglobulie peuvent entraîner des insuffisances cardiaques,
des thromboses, des embolies pulmonaires et des lésions cérébrales susceptibles
d’aboutir à une issue fatale.

Les risques sont particulièrement grands à l’issue d’un effort physique prolongé
entraînant une forte déshydratation et chez les sujets endormis dont la fréquence
cardiaque est abaissée. Par ailleurs, l’association du dopage par le rHuEPO à d’autres
prises de médicaments, licites ou illicites (hormone de croissance, interleukine 3, anti-
agrégants plaquettaires, anticoagulants, vasodilatateurs périphériques), ou encore de
produits masquants (sérums hypotoniques), ainsi que l’utilisation de produits qui peuvent
être périmés, peut conduire à des accidents physiologiques imprévisibles.

On attribue à la prise d’érythropoïétine divers troubles présentés ponctuellement par des
sportifs: décès suspects de skieurs de fond et de cyclistes entre 1987 et 1990, syndrome
"grippal" manifesté par les cyclistes de l’équipe PDM sur le tour de France 1991,
insuffisances hépatiques et rénales observées chez d’autres coureurs cyclistes en 1998.

La réalité des risques encourus parait être confirmée par plusieurs cas de décès suspects
recensés chez des sportifs pratiquant des sports d’endurance depuis la mise sur le
marché de la rHuEPO.

Dans le long terme, on peut redouter que des traitements répétés par la rHu EPO,
pendant une période de quelques années aboutisse à perturber gravement les
mécanismes naturels de régulation de la production des globules rouges.




8-6/ Existe-t-il des méthodes fiables permettant de dépister le dopage par la
rHuEPO?

La rHuEPO figure sur la liste des produits interdits par le CIO depuis 1990, cependant il
n’existe pas en mai 1998 de méthodes permettant d’établir avec certitude l’usage illicite
de cette molécule.

Le problème de la caractérisation de la rHuEPO est en effet complexe, et se pose à deux
niveaux: d’une part la molécule produite par l’organisme de façon endogène est trés
semblable à la molécule de synthèse, et d’autre part l’EPO est trés rapidement éliminée
par l’organisme, alors que son effet physiologique (polyglobulie) est persistant dans le
temps.
Parmi les méthodes de dosage, immunologiques ou physico-chimique qui ont fait l’objet
d’études spécifiques, l’une des plus intéressante est basée sur l'évaluation du rapport des
récepteurs de la transferrine sur la ferritine. Ce test de dépistage a été proposé en 1996
par des chercheurs des Universités Paris V, Montpellier I et Québec (Gareau , Audran et
al.). Ce test nécessite une prise de sang (type de prélèvement qui est autorisé en France,
mais qui n'a jamais été systématisé par les instances officielles dépendant du ministère
de la Jeunesse et des Sports, et qui n’est pas admis dans de nombreux pays), par
ailleurs il s’agit d’une méthode indirecte qui ne dose pas directement l'EPO, mais un
"marqueur" (récepteur soluble de la transferrine). Les dépistages indirects de ce type ne
sont pas actuellement autorisés par la loi; celle ci impose que l’on mette en évidence soit
le produit lui-même, soit, dans certains cas, les molécules provenant de la dégradation
de ce produit (métabolites).

Une autre méthode (électrophorèse) basée sur des différences entre l’EPO endogène et la
rHuEPO portant sur les oligosaccharides associés à la partie protéique de la molécule est
également prometteuse; elle pourrait être appliquée à partir de prélèvements d’urine.




8-7/ En quoi consiste le contrôle sanguin mis en oeuvre depuis 1997 par l’Union
Cycliste Internationale ?

L'Union Cycliste Internationale pratique depuis 1997 un type de contrôle, qui n'est pas un
contrôle anti-dopage à proprement parler, mais un test d'évaluation de la concentration
en globules rouges du sang. Ce test, qui nécessite un prélèvement sanguin est appliqué
avec l'accord des coureurs concernés (consensus), sans bases juridiques formelles, avant
le départ d’une course.

Le test consiste en une mesure de l'hématocrite, c’est à dire du rapport de la masse (ou
volume) des globules rouges rapportée à la masse (ou volume) du sérum sanguin. Chez
l’être humain vivant au niveau de la mer, la valeur moyenne de l’hématocrite est voisine
de 45% .

L’hématocrite est voisin de 43% chez les hommes jeunes pratiquant une activité
physique régulière, il est de 48% chez les hommes âgés et sédentaires, de 39% à 44%
chez les femmes. Au cours d’un effort physique prolongé (marathon) entraînant une forte
déshydratation l’hématocrite peut atteindre des valeurs voisines de 55%.

A titre indicatif, des expériences réalisées chez des sujets masculins jeunes et pratiquant
une activité physique régulière montrent que des sujets traités à la rHuEPO (3 injections
sous cutanées de 30 UI/Kg par semaine pendant 6 semaines) ont un taux d’hématocrite
qui passe de 44% à 49,5%. Chez un sportif traité à la rHuEPO dans de telles conditions,
puis soumis à un effort physique prolongé entraînant une forte déshydratation (lors d’une
étape du tour de France un coureur perd jusqu’à 5 litres d’eau qui ne sont que
partiellement renouvelés), l’hématocrite peut atteindre 70%.

La mesure de l’hématocrite est effectuée avec des compteurs de type Coulter. En
pratique le sang prélevé est dilué dans un liquide conducteur de courant. La solution
circule dans une chambre de 100mm de diamètre, à travers un champ électrique.
Chaque cellule en passant dans la chambre déplace un volume égal de solution et
entraîne ainsi une variation de l'amplitude du courant. Les variations sont enregistrées et
transformées en données numériques; le nombre de variations enregistrées correspond
au nombre de cellules qui sont passées dans la chambre.
La valeur retenue comme "acceptable" par l'UCI a été établie à partir de mesures
effectuées sur 700 coureurs cyclistes de haut niveau; elle paraît élevée puisqu’elle est
voisine de 50% (il peut être tenu compte de divers éléments pour la définir plus
précisément).

Si l'hématocrite d’un coureur dépasse la norme établie par l’UCI, le coureur n'est pas
autorisé à prendre le départ et/ou peut être suspendu pour une durée de quelques
semaines..

Il s’agit donc d’une méthode de "prévention des risques" s’adressant à des sujets
susceptibles d’être dopés, et non d’une méthode de prévention ou de lutte contre le
dopage; son principal mérite en l’absence d’une alternative est la simplicité qui la rend
immédiatement applicable et une relative efficacité. On remarque cependant qu’elle ne
concerne jusqu’à présent qu’un trés faible nombre de coureurs au départ de quelques
courses seulement.

Par ailleurs on peut craindre que le procédé ait contribué à "banaliser le recours à l’EPO;
de fait les sportifs dopés ont appris à se contrôler eux-même de façon à pouvoir
éventuellement se retirer de la course avant un contrôle qui risquerait d’être positif.




8-8/ Existe-t-il des méthodes permettant de fausser les contrôles du taux
d’hématorite?

Pour masquer les effets de l’EPO certains "soigneurs" pratiquent avant les contrôles du
taux d’hématocrite des saignées sur les sportifs dopés (500 ml), et leur font boire des
liquides hypotoniques (afin de provoquer une relative dilution du sang). Les sujets dopés
prennent aussi de l’aspirine pour faire baisser la vicosité du sang. Le plus "simple" est de
pratiquer des injections intraveineuses de sérum glucosé hypotonique, de façon à
abaisser artificiellement et immédiatement la concentration des globules rouges...




8-9/ Existe-t-il d’autres types de dopage comparables au dopage par l’EPO ?

Il existe d’autres méthodes de "dopage sanguin".

L’autotransfusion sanguine, largement pratiquée avant l’apparition de l’EPO consiste à
prélever le sang du sportif, à concentrer les globules rouges de l’échantillon qui sera
conservé au froid et réinjecté au donneur au moment voulu de façon à augmenter le
nombre de ses globules rouges. Le procédé est dangereux, à l’origine de chocs toxi-
infectieux et d’accidents divers.

Des produits (substituts sanguins ou "sang artificiel"), dont les effets attendus seraient
comparables à ceux de l’EPO, sont en cours d’essais cliniques et certains d’entre eux sont
déjà détournés à fin de dopage; c’est le cas de l’hémoglobine réticulée et des
perfluorocarbones (PFC):

L’hémoglobine réticulée est constituée par un support macromoléculaire associé à la
partie active des molécules d’hémoglobine naturelle qui lui permet d’assurer des
transports d’oxygène.

Les PFC sont des molécules de synthèse complexes capables de fixer l’oxygène au niveau
de leurs longues chaines carbonées.
Ces molécules, qui sont utilisées sous forme d’émulsions, transportent directement
l’oxygène, sans passer par la voie des globules rouges. Ces produits sont destinés à un
usage ponctuel en milieu hospitalier (actuellement encore à titre expérimental) et dans
des cas trés précisément définis (traitement des grands brûlés par exemple); on ignore
absolument comment l’organisme pourrait réagir à un usage massif; les essais effectués
indiquent qu’on doit redouter des problèmes cardiaques, des nécroses rénales et
hépatiques, ou encore des pancréatites. Enfin, compte tenu de la nature particulière dont
ils assurent les échanges gazeux et de leur instabilité, la réalité de leur efficacité comme
produit dopant est loin d’être avérée!

En fait, l’organisme réagit de lui même aux modifications de son environnement, en
particulier il répond à un état d’hypoxie en augmentant spontanément la production de
globules rouges. Les méthodes correspondant à un "dopage sanguin" sont donc par
nature extra-physiologiques et ne sauraient en aucun cas être assimilées à une
éventuelle nécessité de "rééquilibrage", en revanche elles risquent de perturber
dangereusement (et peut être durablement) les mécanismes naturels de compensation.




                                          Notes

Une vingtaine de morts - Dans les premières années qui ont suivi la mise sur le
marché de la rHuEPO (entre1987 et 1990) une vingtaine au moins de jeunes
athlètes (hommes et femmes) pratiquant des sports d’endurance (ski de fond et
cyclisme) et originaires de pays nordiques et des pays-bas, sont décédés
brutalement de suites d’embolies et de crises cardiaques. Ces décès ont été
considérés, sans qu’on puisse l’affirmer, comme les conséquences d’un dopage
à l’EPO.

Syndrome grippal - En 1991 l’équipe cycliste PDM quitte le tour de France, tous
les coureurs sont atteints d’un "syndrome grippal" accompagné de problèmes
intestinaux. Le coureur Uwe Raab confirme en 1996 que les coureurs avaient
été "soignés" avec un produit administré dans de mauvaises conditions. En
1997 une perquisition effectuée chez le médecin de l’équipe PDM, Wim Sabders,
apporte la démonstration qu’il administrait de l’EPO et de la cortisone (entre
autres produits dopants) aux coureurs dont il avait la charge.

Vol - Un lot de 130 flacons d’EPO (Eprex) a été dérobé au mois de novembre
1997 à la pharmacie du CHU de Poitiers. (17/07/98 La Nouvelle République)




Stocks - Le stock trouvé dans les bagages de deux soigneurs de l’équipe TVM à
Reims, le 04/03/98: 104 doses et deux "fioles" d’EPO.

Le stock trouvé à Neuville en Ferrain dans la voiture pilotée par le soigneur
Festina Willy Voet le 08/07/98: 235 doses d’EPO (Recormon 2000, Eprex 4000,
Erantin 2000)

                                      Commentaires

Dr Gérald Gémion, médecin chef à l’hopital de Lausanne (France-Soir 15/07/98)
Les dopés sont menacés de mort. A la mi-mai 1998, Mauro Gianetti, vice champion du
monde en 1996 a été hospitalisé en urgence. Il a passé 15 jours en soins intensifs, en
état de choc. Il avait trop pris de PFC, le dernier produit à la mode, et souffrait d’une
grave insuffisance rénale et hépatique. Il a failli en mourir.

On peut aussi citer le champion cycliste belge Johan Museeuw qui a souffert lui aussi
d’insuffisances rénales et hépatiques, comme tous ceux qui se gavent d’EPO ou de PFC.

Il est facile de se procurer de l’EPO, en particulier en Suisse. Une ordonnance d’un
médecin complaisant suffit; autrement, sur Internet on peut tout se procurer...




Marc Madiot, directeur sportif de l"équipe La Française des Jeux (France-Soir 16/07/98)

Il est exact que Mauro Gianetti a été victime d’un grave ennui de santé dans le tour de
Romandie, mais le communiqué des médecins de l’hopital universitaire de Lausanne ont
fait état d’une gastro-entérite, d’une insolation et d’un choc toxi-infectieux

Dr Jean-Pierre de Mondenard (Le Figaro - 25/07/98)




En 1996, le Professeur Francesco Canconi, physiologiste italien membre de la sous
commission "Biochimie et physiologie du sport" au Comité International Olympique
(C.I.O.), de la commission médicale de l’Union Cycliste Internationale (U.C.I.) et
préparateur de Francisco Moser lors de son double record de l’heure en 1984, est accusé
de dopage à l’EPO (érythropoïétine).

Un chercheur italien, Sandro Donati, entraîneur national d’athlétisme et rattaché au
Comité National Olympique Italien (CONI), démontre que le docteur Conconi - qui avait
été chargé par le CIO de mettre au point une méthode fiable pour déceler
l’érythropoïétine - était également un des experts en dopage de cette hormone la plus
recherchée par les sportifs de haut niveau.

Aujourd’hui, on comprend mieux pourquoi Conconi pendant cinq ans à chaque interview,
répondait que la mise au point du test de détection de l’EPO était pour bientôt, mais qu’il
fallait attendre un peu!

Dr Gérard Dine, Médecin hématologue, directeur de l’Institut de biotechnologie de Troye
(Le Point - 25/07/98)




Nous avons le moyen de savoir qui prend de l’EPO et qui n’en prend pas à 90%. En plus
du dosage de l’hématocrite, il faudrait vérifier les réticulocytes, l’hémoglobine, le
métabolisme du fer et le nombre des globules rouges, c’est à dire un dosage multi-
critères.




Laurent Dufaux, Coureur cycliste ( L’Equipe 28/07/98)
Je considère cela comme du dopage autorisé. Le taux hématocrite est fixé à 50% ? Alors
on fait en sorte de rester sous la limite.




Dr Massimo Testa, médecin du groupe Asics (L’Equipe 31/07/98)




Le taux d’hématocrite à 50% a été fixé pour préserver la santé des coureurs. Nous
n"avons pas pensé aux produits masquants.

Pour que l’EPO agisse, il faut en prendre beaucoup, il faut que la différence entre le taux
naturel (taux d’hématocrite) et le taux après injection soit vraiment significative. Un
coureur qui présente un taux d’hématocrite à 46 % ne gagnera rien à s’injecter de l’EPO.
Elle n’est efficace que quand le coureur a un taux d’hématocrite naturel trés bas, par
exemple de 36 ou 38.

Dr Daniel Blanc - Médecin du sport à Lausanne - médecin de Richard Virenque (Journal
du Dimanche - 16/08/98)




L’EPO, qui entre parenthèses n’est que la pointe de l’iceberg, des dizaines de milliers de
sportifs l’emploient couramment à travers le monde depuis dix ans. On n’a pas observé
tant de morts que ça ces dernières années.

(Il y a eu une quarantaine de décès au début des années 90 probablement dus à l’EPO),
c’est parcequ’on était au début; les dosages étaient mal faits et les coureurs se
soignaient seuls.

Je ne dis pas que (les coureurs) ne mourront pas dans vingt ans!

Quant aux risques virtuels... Pour le PFC, d’accord, je ne comprends pas comment un
type peut essayer ça.




Dr Bruno de Lignières, endocrinologiste à l’hopital Necker (Le Monde - 21/08/98)




Si une telle substance (l’EPO) améliore les performances mais nuit à la santé, tout le
monde est d’accord pour tenter de l’interdire. Mais, si un produit améliore à la fois les
performances et la santé, et de plus est indétectable, il est impossible d’obtenir
l’assentiment des professionnels pour en rejeter l’usage.




9/ Dix questions sur la Nandrolone

                          9-1/ Qu’est-ce que la nandrolone?
La nandrolone ou 19-nortestostérone (19-NT) est un stéroïde anabolisant androgène de
synthèse, dont la structure chimique correspond à celle d’une testostérone ayant perdu
un radical -CH3 (préfixe nor) sur le carbone 19, d’où son nom.

Elle est commercialisée sous divers noms génériques (Durabolin, Dynabolon,
Trophobolène...) et peut être utilisée en médecine humaine et vétérinaire.

Appliqué à l'homme, ce produit est prescrit sur ordonnance. Dans des cas de forte
déficience (amaigrissement, escarres, ostéoporose) il est prescrit en vue de favoriser
l'assimilation des protéines et de reconstituer la masse musculaire; il est alors délivré en
injections intramusculaires. Il peut être utilisé dans certains traitements
ophtalmologiques et se présente alors sous forme de collyres faiblement dosés. Il existe
d'autres formes de présentations adaptées à une administration par voie orale ou en
aérosol, dans des cas de surmenage ou en vue de lutter contre des états dépressifs par
exemple. En France la distribution de la nandrolone est actuellement limitée au milieu
hospitalier, dans d’autres pays où la règlementation est plus souple, la nandrolone peut
être délivrée dans les pharmacies d’officine.

Les spécialités pharmaceutiques ou vétérinaires contenant de la nandrolone sont
détournées de leur objet thérapeutique dans le cadre de pratiques de dopage sportif
(hommes, chevaux) ou d'accélération de la production de viande (bovins).

Dans le cadre du dopage, les buts recherchés sont d'augmenter la croissance musculaire,
d'améliorer la capacité d'entraînement, de renforcer la résistance à la fatigue et à la
douleur en vue, par exemple, de mieux supporter des périodes trés chargées en
compétitions, de compenser des affaiblissements physiques, de rattraper plus
rapidement des retards ou des interruptions du programme de préparation physique, à la
suite d’une blessure par exemple. Les effets attendus ne peuvent être obtenus que dans
le cadre d'administration de doses élevées pendant les périodes d’entraînement. Cette
pratique est interdite, et la nandrolone figure sur la liste des produits considérés comme
dopants par le C.I.O. depuis 1975.

Dans le contexte de l'élevage, l'administration de nandrolone aux animaux destinés à la
boucherie est utilisée pour accélérer la croissance musculaire, et donc produire
davantage de viande en un temps réduit. Cette pratique n'est pas autorisée en France, et
fait l'objet d'une règlementation stricte et d'une surveillance attentive dans les pays de la
Communauté européenne.

Les interdictions et les restrictions d'utilisation de la nandrolone sont justifiées par les
effets dangereux potentiels liés à une utilisation incontrôlée et non nécessitée par le
traitement de pathologies: l'organisme exposé à des doses illégitimes de nandrolone
risque de développer divers types d'affections: cancers, hépatites, diabète,
hypercholestérolémie, hypertension, troubles cardio-vasculaires, accidents tendineux et
musculaires, déséquilibres de la physiologie sexuelle (éventuellement stérilité),
perturbations de la croissance chez les jeunes et même troubles psychologiques profonds
(démence stéroïdienne).

Il reste que diverses questions se posent au sujet de la nandrolone; certaines d'entre
elles trouvent en fait des réponses assez simples, d'autres font actuellement l'objet de
controverses.




9-2/ Comment détecte-t-on un dopage à la nandrolone?
La détection d'un dopage à la nandrolone est en théorie relativement aisée. La
nandrolone est rapidement métabolisée par l'organisme, on peut donc la mettre en
évidence dans le sang mais il est exceptionnel qu’elle soit directement détectée dans les
urines. En revanche, les produits de dégradation de la nandrolone (métabolites), dont les
principaux sont la 19-norandrostérone (19-NA) et la 19-noretiocholanolone (19-NE), sont
aisément détectables aussi bien dans le sang que dans les urines.

La persistance dans le temps de ces métabolites est variable suivant les conditions de
l'administration (prise orale ou injection, prise unique ou répétitive, doses
administrées...), de quelques jours à quelques mois. A titre d’exemple on peut retenir
qu’après une injection intramusculaire de 25 mg de Durabolin à un sujet humain adulte
une analyse en spectrométrie de masse permet de retrouver des taux supérieurs à
20ng/ml de 19-NA dans les urines pendant plus de 6 semaines après l’injection; ces taux
vont ensuite en décroissant.

La présence de nandrolone, et/ou de métabolites de la nandrolone (19 NA et 19 NE) dans
les urines constitue un test positif entraînant sanction.




9-3/ L'analyse effectuée au laboratoire est-elle fiable? Les taux de métabolites
de la nandrolone détectés dans les urines sont ils significatifs?

Si l'on doit faire place à l'éventualité d'erreurs humaines, toujours possibles mais assez
faciles à identifier, il reste que les méthodes de purification et de détection utilisées dans
les laboratoires agréés par le C.I.O. sont fiables et bien maîtrisées; les résultats sont trés
largement reproductifs au sein d'un même laboratoire (avec toutefois des variations
possibles dans les tests inter-séries, de l’ordre de 5% à 15%), ce qui ne préjuge pas pour
autant de leur exactitude.

Des variations liées à des protocoles et à des étalonnages qui ne sont pas
rigoureusement identiques d'un laboratoire à l'autre sont susceptibles de générer des
différences quantitatives sensibles dans les résultats obtenus par des équipes différentes.

Pour cette raison, une trés large marge de sécurité est toujours maintenue. C'est ainsi
que le C.I.O. a publié en août 1996 un texte de référence:

       "En ce qui concerne l’utilisation de techniques plus sensibles pour l’analyse des
       stéroïdes anabolisants, la possibilité de détecter de petites quantités endogènes
       (i.e. nandrolone, boldenone) ou de résidus (i.e. clenbutérol) des stéroïdes
       anabolisants a été soulevée au cours de la réunion des Chefs de laboratoire de
       mars 1996. Ce problème a donc été discuté à nouveau par la sous-commission
       "Dopage et biochimie du sport" du C.I.O. qui fait les recommandations suivantes:
       Le seuil quantitatif permettant d’établir une décision est d’environ 1 à 2 ng/ml
       pour chacun des deux métabolites recherchés; en dessous de ce niveau on ne doit
       pas considérer qu’il y a dopage potentiel.. Dans tous les cas, quand les
       laboratoires mettent en évidence des concentrations inférieures à 5-10 ng/ml, il
       paraît intéressant pour l’interprêtation des résultats et la comparaison avec
       d’autres analyses relatives au même compétiteur, de mentionner spécifiquement
       dans le rapport d’analyse qu’une faible concentration a été mise en évidence, et
       de préciser la technique de détection utilisée".

Une valeur de 1ng/ml est environ 10 fois supérieure au seuil de sensibilité des méthodes
performantes de détection utilisées dans les laboratoires de recherche fondamentale.
Ainsi, lorsqu'un contrôle fait apparaître un taux de 10 ng/ml dans les urines d’un sujet,
on se situe à un niveau 100 fois plus élevé que le seuil théorique de détection, la marge
de sécurité en ce qui concerne la réalité de l’observation est donc importantee.




9-4/ Est-il possible que d'autres produits qui auraient été administrés au sujet
contrôlé produisent des métabolites analogues à ceux de la nandrolone?

Oui, les métabolites de la nandrolone font partie d’une famille de molécules susceptibles
de résulter de la transformation de divers types d’hormones stéroïdes. Le 19-
norandrostenedione, par exemple, peut-être métabolisé en 19-NA; en règle générale
cependant les produits dont les métabolites sont analogues à ceux de la nandrolone sont
bien connus, ils figurent aussi sur les listes d'interdits.




9-5/ Est-il possible que l'ingestion de viandes provenant d'animaux traités par
la nandrolone soit à l'origine de la production par l'organisme humain de
métabolites de la nandrolone?

La pratique de traitement des animaux d'élevage par des anabolisants n'est pas autorisée
dans notre pays (et dans les états de l’Union européenne), et les contrôles vétérinaires
sont rigoureux; des fraudes sont néanmoins possibles.

Pour que l'ingestion de viande provenant d'animaux ainsi traités puisse se traduire chez
le consommateur par la production de métabolites de la nandrolone à des taux aussi
élevés que ceux qui sont observés chez des sportifs dopés il faudrait toutefois une
accumulation d'invraisemblances; pour la viande de boeuf par exemple:

- Que l'éleveur administre une dose trés forte de nandrolone à l'animal juste avant
l'abattage (ce qui serait absurde à tous points de vue).

- Que le consommateur ingère une quantité importante de viande prélevée au niveau
même où a été réalisée l'injection du produit (le cou, le museau ou la base de la queue
de l'animal), sans faire d'observations sur l'aspect ou sur le goût de la viande.

- Que le contrôle antidopage ait lieu trés peu de temps après l'ingestion, en effet
l’administration de nandrolone par voie orale donne lieu à une élimination par voie
urinaire plus rapide que dans le cas d’une administration par injection intramusculaire.

Même dans ces conditions, il paraît difficile d'envisager un enchaînement aléatoire
aboutissant à la détection de taux relativement élevés (+ de 10 ng/ml) de métabolites de
la nandrolone dans les urines de l’éventuel consommateur.




9-6/ L'organisme humain peut il synthétiser de façon endogène de la
nandrolone?

Les 19-norstéroïdes sont connus depuis les années 30, mais les travaux portant sur la
mise en évidence d’une production endogène de ces molécules chez l’animal et chez
l’homme remontent aux années 60.

Il a été démontré in vivo et in vitro que la nandrolone est synthétisée en petites
quantités:
- lors de l’aromatisation de la testostérone (hormone possédant 19 carbones) en 17       -
oestradiol (hormone possédant 18 carbones et un noyau A aromatisé) où justement
existe une perte du radical méthyl en C19,

-                                 -androsténedione en oestrone.

Par conséquent, c’est chez la femme enceinte, chez qui ces phénomènes sont exacerbés
après le 3ème mois de la grossesse, que l’on a mis en évidence pour la première fois des
quantités significative de 19-nortestostérone et de ses métabolites (19-NA et 19-NE) à la
fois dans le sang et dans les urines. Ce sont d’abord les cellules folliculaires ovariennes
qui effectuent cette synthèse; le relais est ensuite repris par le placenta. On sait que le
tissu adipeux et la moelle osseuse sont aussi des sites d’aromatisation des androgènes.

D’une façon plus générale, il apparaît que la nandrolone est synthétisée de façon
endogène par les femelles gravides de mammifères et que des métabolites de la
nandrolone (19-NA et 19-NE) sont pendant quelques mois excrétés dans les urines à des
taux et pendant des durées variables suivant les espèces (de l’ordre de 1 à 2 ng/ml en
moyenne chez la femme enceinte, exceptionnellement 5 ng/ml chez des sujets à 4 mois
de grossesse).

La question s'est posée de savoir si l'organisme mâle pouvait aussi synthétiser de façon
endogène la nandrolone et ses métabolites. C’est en 1969 que Bedrack et Samuels
(Endocr. 85, 1186-1195) ont, parmi les premiers, montré que le testicule est
effectivement équipé des enzymes nécessaires à cette synthèse; cependant les trés
faibles quantités produites rendaient la nandrolone et ses métabolites indétectables dans
le sang et les urines compte tenu des méthodes d’analyse disponibles. Bien qu’il n’existe
encore aucune démonstration directe d’une synthèse de nandrolone par l’organisme mâle
humain, l’hypothèse d’une faible activité de synthèse de nandrolone est donc
vraisemblable.

En juin 1998, une commission d’experts a conclu à l’existence d’une synthèse endogène
de nandrolone chez des sujets humains de sexe masculin en se fondant sur des preuves
indirectes: la présence de 19-NA et de 19-NE (qui sont bien des métabolites de la
nandrolone, mais qui peuvent aussi provenir de la dégradation d’autres molécules) dans
les urines de sujets n’ayant pas reçu une administration de nandrolone exogène. Si on
élimine quelques observations exceptionnelles et trés contestées, les résultats présentés
font apparaître que les taux de 19-NA et de 19-NE mis en évidence chez les sujets
témoins sont trés faibles (19-NA) ou pratiquement nuls (19-NE), de l’ordre de quelques
centièmes à quelques dixièmes de ng/ml ; ils se situent trés largement en dessous du
seuil de référence de 2ng/ml retenu par les laboratoires agréés par le C.I.O..

Si l’on prend en compte l’éventualité d’une production endogène de la nandrolone et/ou
de ses métabolites, on ne peut pas non plus exclure que cette synthèse soit déclenchée,
amplifiée ou au contraire diminuée par divers stimulus externes. Les études réalisées sur
des sportifs montrent assez clairement que les effets de l’exercice physique sur la
fonction hypothalamo-hypophyso-testiculaire se traduit par une baisse de la production
des androgènes; à l’inverse, la prise de certains produits dopants non clairement
détectables à l’examen pourraient être à l’origine d’une augmentation de la production et
de l’élimination par voie urinaire de 19 NA et/ou de 19 NE.




9-7/ Est-il possible que des sportifs puissent être dopés à leur insu par la
nandrolone?
C'est tout à fait possible. Il est relativement facile de faire absorber par voie orale, par
pulvérisation ou lors de massages, des préparations contenant de la nandrolone, sans
que le consommateur en soit averti, en mélangeant ces préparations aux boissons et aux
aliments, ou bien en les faisant passer pour des "compléments alimentaires
énergétiques" ou des médicaments autorisés (aérosols, onguents). Il est même possible
de procéder à des injections en trichant sur la nature du produit injecté.

Il faut bien comprendre que beaucoup de sportifs de haut niveau ont un comportement
trés immature vis à vis de leur entourage; ils ont l'habitude d'être "pris en charge" et
assistés pour de nombreuses activités de la vie courante, et font trés largement
confiance à l'équipe qui assure cette prise en charge, en particulier dans le domaine de la
préparation physique. Compte tenu des intérêts financiers mis en jeu, et malgré la
surveillance effectuée par les clubs, les fédérations et les responsables techniques, il se
peut que dans l'entourage des sportifs s'introduisent des partenaires douteux.




9-8/ Le dopage à la nandrolone est-il vraiment efficace?

Ce n'est pas absolument certain. La nandrolone n'est pas un produit "miracle"; dans le
cas où elle est utilisée par des sujets bien portants à des fins de dopage il faut savoir que
les effets attendus ne sont pas garantis si les doses, le mode d'administration et le
contexte d'entraînement ne sont pas soigneusement étudiés par des personnes
compétentes, ce qui est en définitive assez peu fréquent.




Le seul effet physiologique garanti à plus ou moins long terme est une altération de l'état
de santé du sujet dopé .




9-9/ Comment pourrait-on expliquer une recrudescence de cas de dopage à la
nandrolone, en particulier dans des disciplines qui n'étaient pas affectées
jusqu'à présent ?

Il faudrait vérifier qu'il y a effectivement recrudescence (ce n’est pas le cas en France
pour ce qui concerne les années 1996-1998); le fait est qu'on en parle davantage.

L'alourdissement des calendriers de compétitions, le niveau de plus en plus élevé des
performances demandées, le niveau de plus en plus élevé, lui aussi, des enjeux
financiers, pourraient expliquer que des sportifs, dans des disciplines de plus en plus
diversifiées, soient exposés au dopage par la nandrolone - consciemment ou à leur insu.

L'accès aux produits dopants peut-être facilité par le développement de nouvelles filières
d’information et de vente (internet), et par la prolifération autour des sportifs de haut
niveau d'équipes plus ou moins occultes de "préparateurs physiques" dont la compétence
et la moralité ne sont pas nécessairement contrôlées dans la mesure où ils se situent en
dehors de l’autorité des responsables techniques officiels.

Le renforcement des dispositions de lutte contre le dopage est sans doute aussi à
prendre en compte dans la détection en plus grand nombre de sujets susceptibles d'être
positifs.
9-10/ En 1998, dans plusieurs cas où la présence de métabolites de la
nandrolone a été détectée par le laboratoire d’analyse, les athlètes n’ont pas été
sanctionnés par les fédérations responsables, ou bien, s’ils l’ont été, les
sanctions prononcées ont été annulées par un tribunal administratif; comment
est-ce possible?

De tels dysfonctionnements résultent essentiellement de problèmes de forme. Les
règlementations du C.I.O., celles des fédérations internationales et certaines
règlementations nationales peuvent être différentes et éventuellement manquer de
rigueur dans leur rédaction (c’est en particulier le cas en ce qui concerne la nandrolone);
par ailleurs les procédures de contrôle et d’instruction du dossier peuvent avoir été
conduites de façon imparfaite. Ceci peut conduire à des contestations susceptibles
d’aboutir à l’abandon ou à l’annulation de sanctions éventuelles.




                                          Notes

Règlementations - La règlementation relative à la nandrolone est régie par (au
moins) quatre documents distincts, donnent des indications différentes dont
l’importance peut être majeure dans le débat, suivant l’interprétation qu’on
peut en faire:

- Suivant la règlementation française applicable en 1997, le produit interdit est
la nandrolone. La recherche porte donc (en principe) sur la nandrolone elle
même (dont on sait qu’elle est trés rapidement dégradées, et qu’il est
exceptionnel qu’on puisse la mettre en évidence dans les urines...), et elle est
d’ordre qualitatif.

- Un document, qui pourrait être le document de référence du CIO, indique que
le dopage est avéré dés lors qu’on met en évidence dans les urines la présence
de nandrolone ou d’un métabolite de la nandrolone. Dans ce cas la recherche à
effectuer et le résultat à prendre en compte sont de nature exclusivement
qualitative, mais portent à la fois sur la molécule interdite et sur ses
métabolites (dont on sait par ailleurs qu’ils ne sont pas spécifiques de la
nandrolone, ce qui ne contribue pas à éclaircir le débat).

- Un troisième document (Dictionnaire Permanent Droit du Sport - Code médical
du CIO), fait apparaître la nandrolone parmi les substances interdites (groupe C
- agents anabolisants), mais fait aussi mention de "substances apparentées",
qui seraient également interdites. On peut encore considérer que l’interdit est
purement qualitatif, il serait important de savoir ce qu’il faut entendre par
"substances apparentées" et la portée exacte de cette mention.

- Un autre document est une "recommandation" exposée dans une lettre du Dr
Segura (22/08/1996), qui ne parait pas avoir un caractère officiel ou à
proprement parler règlementaire. Cette recommandation définit un seuil pour
l’exploitation des résultats de l’analyse: en dessous de 2 ng/ml (métabolites de
la nandrolone dans les urines), il est indiqué qu’on ne devrait pas conclure à la
positivité, et que pour des taux compris entre 5 et 10 ng/ml le labo doit faire
état dans son rapport du fait que des faibles concentrations de ces métabolites
ont été observées, et préciser la technique d’analyse utilisée. La prise en
compte stricte de ce document au niveau des instances chargées de juger un
dossier de dopage par la nandrolone conduirait à modifier la lettre de la
règlementation en substituant un critère d’appréciation de nature quantitative à
la règlementation formelle fondée sur un critère uniquement qualitatif.
Il existe vraisemblablement d’autres textes de référence, propres à certaines
fédérations, ce qui contribue à créer un état de "flou juridique" trés favorable à
la contestation.




Contestations - La mesure de suspension (6 mois) prise à l’encontre de Henri
Guérin par la fédération française de football, pour dopage à la nandrolone, a
été annulée en juillet 1998 par le tribunal administratif.

La joueuse de tennis américaine Samantha Reeves contrôlée positive à la
nandrolone en décembre 1997 n’a pas été sanctionnée par la Fédération
internationale de tennis. La commission a conclut qu’elle avait "agi de bonne foi
en absorbant ce produit dont elle pensait qu’il pourrait l’aider à prendre du
poids".

Le lanceur de poids américain, Randy Barnes (champion olympique et champion
du monde) contrôlé positif à l’entraînement par la Fédération Internationale
d’Athlétisme Amateur (IAAF) ne nie pas avoir utilisé de l’androstènedione, mais
il considère que l’androstènedione n’est pas un stéroïde anabolisant et doit être
considéré comme un complément alimentaire banal. Il est soutenu par sa
fédération nationale, qui refuse d’appliquer la sanction.




10/ Qu’appelle-t-on "hormone de croissance" et quels en sont les effets?

L’Hormone de croissance, HGH (Human Growth Hormone), ou somatotropine, est une
hormone polypeptidique de masse moléculaire 21000 Da, synthétisée par l’hypophyse
sous le contrôle de plusieurs autres facteurs (GHRH, somatostatine).

Cette hormone, qui intervient dans la régulation des métabolismes du glucose, des acides
aminés et des acoides gras, stimule la différenciation des cellules cartilagineuses
(chondrocytes) et adipeuses (adipocytes). En association avec d’autres facteurs (IGF-1
ou Insulin like growth factor), l’HGH contrôle la croissance osseuse; un déficit en HGH
chez le jeune enfant entraîne le nanisme, un excès conduit au gigantisme.

Son utilisation thérapeutique vise en particulier à corriger des graves retards de
croissance dus à des déficits endocrinologiques. Les premières hormones de croissance à
usage médical étaient préparées à partir d’hypophyses prélevées sur des cadavres
humains, et certaines préparations ont véhiculé la maladie de Creutzfeld-Jacob. Depuis la
fin des années 1980, l’hormone de croissance est produite par la technologie de l’ADN
recombinant (génie génétique). Elle est administrée par voie intramusculaire.




Dans le cadre du dopage sportif, l’HGH est utilisée en vue d’augmenter notablement,
sinon le volume du moins la puissance musculaire, en compensant des troubles du
métabolisme du glucose liés à l’effort et en facilitant l’incorporation et l’utilisation
cellulaire des acides aminés (action anabolisante).

L’injection d’hormone de croissance est associée à la prise de stéroïdes anabolisants. La
synergie entre les deux substances permet de réduire les doses (ce qui rend la détection
du dopage plus difficile) tout en augmentant les effets.
Le dopage par l’HGH est difficile à détecter. On utilise des méthodes immunologiques
pour mettre en évidence la présence de l’hormone dans l’urine et/ou le sang, et on peut
sans problème en mesurer la concentration. Cependant on ne sait pas faire la distinction
entre l’origine endogène ou exogène des molécules, et même si les taux observés
apparaissent parfois trés supérieurs à la concentration moyenne relevée chez des
témoins il est difficile de faire référence à une "norme".

On peut aussi identifier des signes indirects apparaissant au niveau du squelette (de la
face en particulier), l’usage abusif de cette hormone entraînant des dysharmonies dans le
processus de remodelage du tissu osseux, impliquant la destruction et la reconstruction
continue de la matrice intra-osseuse.




                                           Notes

Des doses d’hormone de croissance préparée à partir d’hypophyses humaines
prélevées sur les cadavres de sujets atteints de la maladies de Creutzfeld-Jacob
ont été récupérées frauduleusement après qu’elles aient été retirées du circuit
médical.

Ces produits contaminés ont été revendus à la fin des années 1980, et utilisées
à des fins de dopage. Compte tenu du laps de temps qui s’écoule entre la
contamination et l’expression de la maladie (un peu moins d’une dizaine
d’années), on pouvait craindre que des athlètes présentent les symptomes d’un
Creutzfeld-Jacob à la fin des années 1990.

En 1998, le décès d’un adepte du body-building atteint de la maladie de
Creutzfeld-Jacob a été annoncé dans la revue médicale britannique "Lancet".




11/ Le dopage sportif est-il réellement efficace?

Les articles de presse et les ouvrages les plus récents traitant du dopage, admettent
implicitement qu'il permet d'améliorer les performances des sportifs. Cette présentation
schématique est dangereuse dans la mesure où elle incite des athlètes à utiliser des
procédés ou des produits dopants, mais elle est aussi trés réductrice car l'efficacité du
dopage est trés loin d'être avérée dans tous les cas de figure.

L'efficacité éventuelle du dopage dépend d'abord de la pertinence du traitement adopté
avec des objectifs précis, puis de son adéquation à un programme d'entraînement et de
compétition qui doit être rigoureusement défini dans le cadre d'une discipline donnée.
Ceci implique un suivi constant par une équipe médicalisée compétente intégrée à la
structure technique, et entraîne nécessairement des coûts élevés. Même dans ces
conditions "privilégiées", il n'est pas certain que le recours au dopage soit un facteur de
progression, dans de trés nombreux cas il ne fait qu'amplifier les effets invalidants d'un
entraînement trop poussé et conduit à des interruptions fréquentes et à un
raccourcissement de la carrière sportive.

Aucun traitement ne saurait par ailleurs transformer un athlète aux capacités naturelles
médiocres, ou simplement moyennes, en champion de grande classe.
Les effets du dopage - qu'il s'agisse d'un traitement de longue durée ou d'une "cure"
ponctuelle - ne deviennent significatifs qu'au plus haut niveau, et à des degrés divers
selon les objectifs visés et les disciplines considérées.

Si le recours au dopage permet éventuellement de réaliser des "coups" en compétition et
de battre des records, il ne permet pas nécessairement à un athlète d'exploiter dans le
long terme toutes les potentialités dont il était naturellement porteur.

Enfin, il faut tout de même rappeler qu'il existe encore des sportifs dont les qualités
naturelles sont exceptionnelles et qui réalisent des performances de premier plan sans
avoir besoin d'une quelconque assistance chimique!




Le dopage "efficace" est donc hors de portée pour le plus grand nombre de ceux
qui pratiquent la compétition.

Une information préventive qui rendrait compte de ce fait trés simple permettrait sans
doute à de trés nombreux sportifs, jeunes ou moins jeunes, d'éviter de se fourvoyer.

Une telle information pourrait aussi développer l'idée que le recours au dopage est
toujours profitable en revanche, dés lors qu'on ne s'intéresse pas à l'individu mais à une
collection d'individus pratiquant au sein d'une "écurie sportive". Dans ce cas, en effet,
quels que puissent être les aléas individuels dûs au recours au dopage, un taux suffisant
de réussite au sein du groupe peut toujours être escompté, ce qui rend le système
rentable à mains égards, mais surtout au plan financier, l'aspect "humain" étant
pudiquement écarté.




12/ Le recours à des procédés et/ou à des produits dopant est-il réellement
dangereux pour la santé des sportifs?

On ne dispose pas d'études scientifiques et médicales suivies dans le long terme et sur
des populations importantes de sportifs dopés, qui permettraient d'établir formellement
une relation précise entre le recours à une formule particulière de dopage et l'occurence
de pathologies spécifiques. Il est clair que les risques dépendent de la nature des
substances utilisées, de la durée d’exposition du sportif à l’action de ces produits (dopage
ponctuel ou de longue durée), des conditions dans lesquelles les produits sont
administrés et de l’état général du sportif lorsqu’il est soumis à un dopage.

L'analyse de quelques cas bien définis portant effectivement sur des athlètes dopés, les
connaissances acquises par l'étude de cas cliniques comparables, et surtout les
recherches fondamentales effectuées en laboratoire sur les effets potentiels des
différents procédés ou produits utilisés comme "dopants" ne laissent toutefois subsister
que trés peu d'ambiguïté sur les risques encourus:




Dopage à court terme: Les procédés ou les produits susceptibles de produire des effets à
court terme sont utilisés de façon ponctuelle, parfois dans le cadre d'entraînements
particuliers, mais plus fréquemment peu de temps avant les compétitions, ou même
éventuellement durant les épreuves. Les risques encourus du fait de leur utilisation sont
encore accrus par le fait qu'ils exercent leur action dans des conditions d'effort intense
pour l'organisme.
- L'autotransfusion peut être trés mal supportée et s'accompagner d'infections et de
réactions pathologiques diverses si elle est pratiquée en dehors d'un contexte médical
sérieux. Même lorsqu'elle est contrôlée médicalement, cette pratique reste dangereuse;
elle peut être à l'origine d'accidents circulatoires graves.

- L'administration d'érythropoïétine (rHuEPO) provoque des phénomènes d'hypertension
et peut entraîner des thromboses vasculaires mortelles dans les conditions d'alternance
d'un effort intense suivi d'une phase de repos, liées à certains types d’entrainements ou
de compétitions.

-                    -bloquants, les produits d'éveil ou les corticoïdes sont toujours
dangereux lorsqu'ils sont administrés en dehors d'un cadre strictement thérapeutique.
Leur usage fait courir à l'athlète des risques physiques immédiats (problèmes cardiaques,
vasculaires, respiratoires, digestifs, neurologiques ou psychiques) et peuvent engendrer
des effets de diminution des défenses immunitaires, d'accoutumance et de dépendance
aux conséquences lourdes.

- L'usage de diurétiques est à l'origine d'hypotensions brutales, de troubles musculaires,
cardiaques et digestifs.




Dopage à moyen ou long terme: Il s'agit de procédés ou de produits utilisés durant les
périodes d'entraînement, essentiellement en vue d'accroître la masse musculaire.

- L'administration prolongée d'hormones (érythropoïétine, hormones de croissance,
hormones stéroïdes sexuelles anabolisantes) à posologie relativement élevée entraîne
directement ou indirectement des effets secondaires néfastes (lésions tendineuses,
claquages musculaires), sévères (hypertension, anomalies des caractères sexuels
physiques et/ou psychiques chez les adultes, troubles du métabolisme du calcium,
anomalies de la croissance chez les jeunes sujets), ou trés graves (accidents cardiaques
et circulatoires, insuffisances rénales et hépatiques, déclenchement de cancers,
impuissance ou stérilité, troubles de la grossesse et atteintes du foetus chez les femmes,
troubles psychologiques et démence).




                                          Notes

Avis du Comité Consultatif national d’Ethique pour les sciences de la vie et de la
santé (1993)

Tout dopage, c’est à dire l’utilisation de substances existant ou non dans
l’organisme à l’état basal, et notamment tout dopant endocrinien, comme
accompagnateur de l’entraînement intensif dans le but d’améliorer la
performance, est d’un point de vue médical éthiquement inadmissible et
condamnable, en raison de ses conséquences sur la santé.

Dopage à court terme ou ponctuel

Ce type de dopage était le plus répandu jusqu’aux années 1970 chez les sportifs
de tous niveaux, y compris chez les athlètes appartenant à l’élite et chez les
professionnels:
Au début du siècle, les coureurs cyclistes participant aux épreuves sur piste (six
jours) utilisaient pour se doper un mélange de caféine, de noix de cola, de
strychnine et d’arsenic, connu sous le nom d’ "american coffee".

En 1966, le coureur cycliste britannique Tom Simson est mort d’un collapsus
cardiaque sur le Tour de France durant une étape de montagne (Ventoux);
probablement à la suite d’une prise d’amphétamines.

Depuis les années quatrevingt, le dopage à court terme qui n’est plus pratiqué
que de façon occasionnelle par des sportifs de haut niveau, est encore répandu
chez les pratiquants plus modestes. Les produits utilisés le plus souvent sont
les "vitamines", les concentrés de caféine, les corticoîdes, les amphétamines,
les anabolisants, les stimulateurs d’hormones de croissance... parfois assemblés
pour former des mixtures étonnantes. Le "pot belge", version moderne de l’
"american coffee", est un mélange d’amphétamines, de cocaïne, d’héroïne, de
morphiniques divers, de caféine et d’antalgiques qui s’administre en injections
intra-veineuses.

Dopage à long terme

Le dopage "moderne" se fonde sur des stratégies trés élaborées en fonction des
objectifs visés (et aussi pour déjouer les contrôles). Des produits trés
diversifiés sont administrés à doses plus ou moins fortes tout au long de
l’année, en phase d’entraînement pour préparer la compétition, et pendant la
saison des compétitions pour atteindre les meilleures performances et
récupérer le plus rapidement possible.

Un exemple de stratégie dopante appliquée à un coureur cycliste professionnel
durant la saison 1997-1998 est rapporté par Yves Bordenave (Le Monde -
26/07/98):




décembre - La première semaine, la journée démarre à 8 heures par une prise
d’anabolisants (un cachet tous les matins), à quoi s’ajoute une injection de
testostérone en milieu de semaine. A partir de la deuxième semaine les doses
augmentent. Tous les matins, deux cachets d’anabolisants et toujours une
injection hebdomadaire de testostérone. En troisième semaine, la dose
quotidienne passe à trois cachets. pendant toute cette période la charge
d’entraînement augmente progressivement. La quatrième semaine, le
traitement se ralentit.




janvier - Début des injections d’EPO, un jour sur deux une injection de 2000 UI
pendant trois semaines.

Ensuite, les doses peuvent atteindre 4000 UI en deux injections par semaine. Ce
régime peut s’étendre jusqu’au mois de septembre-octobre; on peut y ajouter
ponctuellement des traitements aux hormones de croissance.




octobre - on arrête tout pendant trois semaines, et en novembre on reprend un
entraînement léger, sans produits.
Le coût du traitement est de l’ordre de 100 000 F à 400 000 F, y compris les
consultations médicales.




13/ Les risques encourus du fait du dopage sont-ils les mêmes pour tous les
sportifs?

Les dangers encourus ne sont pas les mêmes pour tous; il existe une sorte de
"hiérarchie" du dopage sportif. Dans tous les cas cependant les effets à long terme d’un
dopage régulier sont trés néfastes pour la santé.

La masse des pratiquants est plus fréquemment exposée à un dopage ponctuel; les
risques majeurs dans ce cas viennent de ce que la qualité et la pertinence des produits
utilisés est souvent trés mauvaise. Sans que les faits constatés soient trés fréquents, des
risques majeurs à court terme peuvent cependant être redoutés. Il n’y a guère de suivi
médical et lorsque des problèmes surviennent, leur origine n’est pas nécessairement bien
déterminée. Dans la plupart des cas ces accidents, qui peuvent être mortels, ne sont pas
attribués à un dopage sportif.

Les sportifs professionnels ou néo-professionnels de bon niveau régional ou national,
pratiquent plus fréquemment un dopage régulier de longue durée, avant, pendant et
après la compétition. Pratiqué de façon plus ou moins fantaisiste, dans des conditions de
médiocre suivi médical (ou en l’absence de suivi médical), et fondé sur l’utilisation de
produits dont l’origine, la nature et la qualité sont incertaines, ce dopage comporte des
risques élevés dans le court terme et dans le moyen ou long terme. Les pathologies ou
les accidents, qui peuvent être mortels, induits par ce type de pratique ne sont pas
toujours bien identifiés ou liés au dopage.

Les sportifs de haut niveau international pratiquant dans des disciplines bien médiatisées,
peuvent bénéficier de conditions plus favorables dans le court terme. Des "soins"
médicalisés, que d’aucuns préfèrent considérer comme un "rééquilibrage physiologique"
les mettent pour un temps à l’abri des plus gros accidents. En revanche les traitements
auxquels ils sont soumis sur des longues durées, associés à des contraintes extrêmes
d’entraînement et de compétition, sont à l’origine de nombreux problèmes de santé, et
constituent dans le moyen ou le long terme un facteur de risque à retardement qui est -
lui aussi - extrême.




14/ Tous les produits et procédés dopants sont-ils également dangereux et
condamnables?

Non, bien sûr, et c’est pour cette raison que l’échelle des sanctions encourues est
différente selon les cas. La sanction ne sera pas la même pour un athlète qui aura utilisé
ponctuellement un sirop anti-tussif à base de codéine, et pour celui qui aura suivi
pendant des mois une "cure" d’érythropoïétine et d’anabolisants.

Les commissions de lutte anti-dopage ont aussi une certaine latitude qui leur permet
éventuellement de tenir compte d’un ensemble d’éléments: un athlète récidiviste, ou
convaincu d’avoir tenté de frauder lors du contrôle s’expose à subir une peine plus lourde
qu’un tricheur occasionnel et maladroit, à la limite de la justification thérapeutique...
Il reste que la souplesse même du système répressif - parfaitement justifiée - laisse
place à quelques abus, et que le manque de cohérence apparent entre les sanctions
prononcées peut être trés mal perçu.

Dans ce contexte l’information et l’éducation jouent un rôle essentiel. Les dirigeants
sportifs n’ont pas toujours une connaissance complète et correcte des règlementations,
les médecins sont mal instruits des limites que la loi fixe à leur liberté de prescrire, les
athlètes ignorent beaucoup de leurs devoirs comme certains de leurs droits, et le public
n’a de la lutte anti-dopage qu’une connaissance parcellaire et floue.




15/ Peut-on mettre sur un même plan le dopage sportif et la toxicomanie?

Le dopage et la toxicomanie diffèrent en particulier par leurs finalités, mais les deux
types de pratique ont beaucoup de points communs et la limite entre les deux peut
apparaître assez ténue dans certains cas.

En schématisant de manière réductrice, on peut considérer que dans le dopage sportif,
l’objectif recherché à plus ou moins long terme est la performance, alors que dans la
toxicomanie on consomme dans le but de se procurer une jouissance, ou pour compenser
un manque, de façon immédiate.

Par ailleurs, dans le dopage sportif, les produits consommés sont de nature trés
diversifiée, une partie d’entre eux seulement entre dans la catégorie des stupéfiants;
alors que les produits utilisés dans le cadre de la toxicomanie sont presque tous des
stupéfiants.

Le dopage et la toxicomanie partagent effectivement quelques uns des produits utilisés
(héroïne, cocaïne, éphédrine, cannabis...), et peuvent aussi se rapprocher par le fait
qu’ils entraînent des effets de plaisir et de dépendance, d’enfermement sur soi et de
sensation de puissance. Ils ont encore en commun la clandestinité des trafics et des
filières, les comportements de transgression, les contrôles et la répression.

Au total on peut considérer que le dopage est une néo-toxicomanie spécifique des
sportifs, et qu’il peut constituer à terme, pour certains sujets fragiles, une porte d’entrée
à la toxicomanie tout court.




                                      Commentaires

Thierry Desjardins (Le Figaro - 03/08/98)




Les athlètes qui prennent des "trucs" sont des dopés, pas des drogués au sens vulgaire
du terme. Ca peut être tout aussi dangereux, ça doit être tout aussi interdit, mais la
démarche du champion qui écoute un médecin qui joue à l’apprenti-sorcier n’a rien à voir
avec celle d’un gosse qui se laisse entraîner par un dealer sur la route des paradis
artificiels.

Frédéric Nordmann, intervenant au centre de Méthadone Monte Cristo (Libération -
05/08:98)
Il faut savoir que 20% des patients qui fréquentent le centre Méthadone Monte Cristo
sont d’anciens sportifs. En répétant à l’infini les mêmes gestes jusqu’à l’anésthésie, en
vivant en groupes fermés, codifiés, ritualisés, sous la conduite d’un entraîneur-père, le
sport a fonctionné pour eux comme une première drogue dure. (...) A l’arrêt de l’activité
sportive, comment compenser la sécrétion moindre d’endorphines et l’apparition de la
douleur? Le sport par nature, fabrique plus de perdants que de gagnants, et personne ne
prend en charge le désarroi physique et moral de ces gens jeunes qui maîtrisent,
néanmoins, parfaitement leur corps.




16/ Est-il logique de classer le cannabis parmi les produits dopants interdits
aux sportifs?

La Commission médicale du Comité International Olympique (CIO) a décidé le 28 avril
1998 de faire figurer la marijuana et le canabis sur la liste des produits prohibés.

Le principe actif du cannabis (Cannabis sativa) est le -9-tétrahydrocannabinol ou THC,
une molécule qui s'adresse à des récepteurs à neuromédiateurs situés dans les cellules
du système nerveux central. Il s'agit d'un psychotrope, qui suscite la production de
dopamine au niveau de certaines structures cérébrales.

Pour schématiser on peut considérer que deux produits distincts sont consommés: la
marijuana, correspondant aux feuilles et au tiges de cannabis séchées et hachées, et le
haschich qui est la résine extraite des fleurs du cannabis (beaucoup plus active). Le plus
souvent la drogue (poudre de marijuana ou de haschich) est mélangée à du tabac, et
fumée. Une cigarette moyennement dosée, qui coûte à peu près 10 F, contient de 5 mg à
10 mg de THC. Les effets psychotropes du produit apparaissent à partir de 0,05 mg, c'est
à dire qu'une seule cigarette peut avoir un effet sensible sur un sujet adulte.

Les symptomes immédiats sont la dilatation des pupilles, l'accélération du rythme
cardiaque, une baisse de tension et une hypoglycémie.

Les effets enregistrés à court terme sont une euphorie plus ou moins marquée (état
d'ébriété), une augmentation de l'acuité visuelle et auditive, une modification de la
perception temporelle et spatiale et une diminution des réactions à la douleur.

A plus long terme l'usage fréquent et régulier du cannabis entraîne une perte d’attention
et de motivation, et sur le plan physiologique un relatif affaiblissement du système
immunitaire et de la capacité de résistance aux infections; il ne semble pas créer de
dépendance physique marquée mais en revanche il peut entraîner une dépendance
psychique (les réponses individuelles peuvent être variables). Pour les sujets les plus
fragiles et les plus exposés, soumis à des conditions d'environnement social
défavorables, cette dépendance psychique constitue une "porte d'entrée" pour un
comportement de délinquance et le passage éventuel à l'usage d'autres types de
stupéfiants.

En ce qui concerne les problèmes liés à la pratique du dopage, le cannabis apparaît
comme un cas particulier dans la mesure ou:

- Malgré son interdiction (en France) il est assez largement utilisé comme "produit
récréatif" (On estime qu'il y a en France 1,5 million de consommateurs "réguliers" de
cannabis).
- Il peut être utilisé comme produit dopant par certains sportifs.

- Son principe actif (le TSH) peut être retrouvé dans les urines un mois après la prise.

Il est donc difficile d'apprécier le contexte, les doses absorbées, les objectifs de prise du
produit ainsi que la période précise d'utilisation. Ces incertitudes sont soulignées par un
courant d'opinion, qui s'y réfère pour contester le fait que le cannabis soit plaçé sur la
liste des produits dopants (les mêmes, en général, plaident pour la dépénalisation en
France de l'usage "récréatif" du cannabis).

A la question: "Le cannabis doit il effectivement être considéré comme un produit
dopant ?", on peut toutefois répondre sans hésiter par l'affirmative.

Il est clair que des sportifs utilisent effectivement le cannabis avec pour objectif
d'améliorer leurs performances en compétition. Il s'agit en particulier de tennismen et
d'escrimeurs, ainsi que quelques pratiquants de sports d'équipes: foot ball, hand ball
(gardiens de but en particulier)... La classification officielle fait à juste titre entrer le
cannabis dans le groupe des produits "anti-douleurs", mais les effets dopants recherchés
par les sportifs sont aussi la libération de la libido, la lutte contre le stress et l'anxiété
avant, pendant et après la compétition, l'augmentation de diverses facultés de perception
sensorielle (à court terme), la capacité d'abstraction par rapport à l'environnement, ce
qui correspond bien à l'action psychotrope du TSH.

A la question: "Tous les sportifs qui ont été contrôlés positifs au cannabis
cherchaient-ils vraiment en utilisant ce stupéfiant à améliorer leurs résultats
sportifs, c'est à dire à se doper ?" on peut tout aussi clairement répondre par la
négative.

Il est trés vraisemblable que sur les 46 athlètes français qui ont été "positifs" au cannabis
en 1997 (soit 37,3 % des contrôles antidopages positifs (123), et 1,2 % de l'ensemble
des 3905 contrôles effectués), une grande majorité ne recherchait que les effets
"récréatifs" du produit.

Il reste que le cannabis est potentiellement un produit dopant, qu'il s'agit d'un stupéfiant
(interdit par la loi française parcequ'il est susceptible d'avoir des effets négatifs pour le
comportement et la santé de l'individu) et qu'il est un facteur de déstabilisation, en
particulier pour les plus jeunes et pour les plus démunis socialement.

Il est donc parfaitement légitime que le sport, qui est un outil d'éducation, d'intégration
et d'accomplissement individuel et social, proscrive l'usage du cannabis, tout comme il
proscrit d'ailleurs l'usage du tabac ou de l'alcool.

De ce point de vue la démarche du CIO est logique et cohérente.

C'est une règle, justifiée par une logique, et que les sportifs doivent accepter s'il veulent
"faire partie du jeu" et assumer leurs responsabilités citoyennes.




17/ On entend souvent dire que les dopeurs ont toujours "une molécule
d’avance" sur ceux qui luttent contre le dopage; est-ce bien exact?
C’est un argument que développent en particulier tous ceux qui souhaitent qu’on
supprime la lutte anti-dopage; ils prétendent que cette lutte est vaine et qu’il serait plus
simple de libéraliser le dopage dans le sport plutôt que de s’essouffler dans un combat
perdu d’avance.

Dans la réalité, il apparait d’abord que les laboratoires d’analyse anti-dopage agréés par
le Comité International Olympique (CIO) sont de mieux en mieux équipés, de plus en
plus performants, et que les produits dopants sont désormais détectés dans leur trés
grande majorité. Les progrès réalisés depuis 1968 (débuts des contrôles instaurés aux
Jeux Olympiques d’hiver de Grenoble) sont considérables, et perturbent notablement
l’activité des "dopeurs".

Il est vrai que ces derniers font preuve de beaucoup d’imagination pour détourner à des
fins de dopage, les molécules que les chercheurs mettent au point pour soigner les
malades. S’ils "prennent de l’avance", c’est en particuliers qu’ils ne s’embarassent
d’aucune précaution pour vérifier l’inocuité des produits qu’ils administrent aux sportifs.

Pour autant, il serait naîf de penser que les scientifiques qui sont capables de créer des
molécules nouvelles sont incapables de détecter leur présence illégitime dans
l’organisme. Dans les cas les plus difficiles la mise en évidence de ces produits est
possible... mais pas nécessairement dans les conditions imposées par la règlementation
anti-dopage... au moins dans un premier temps, car les laboratoires d’analyse finissent
toujours par rattraper leur "retard".




                                      Commentaires

Alexandre de Mérode, Président de la Commission médicale du Comité International
Olympique (CIO) - (Le Figaro - 17/08/98)




Nous disposons des financements nécessaires pour la recherche.

Pour la testostérone, nous disposons maintenant d’un test au carbone qui, juxtaposé à
l’analyse longitudinale (...) nous permettra une certitude.

Pour l’hormone de croissance nous cherchons depuis trois ans, nous avons dépensé 14
millions de francs (...)




18/ Existe-t-il des substances dopantes indétectables?

Il s’agit d’une présentation abusive des faits. En réalité, les substances dites
"indétectables" sont des substances qui ne peuvent pas être mises en évidence dans les
conditions actuellement imposées par la règlementation, où dont la détection serait
possible mais excessivement coûteuse.

Les substances dont la détection pose problème appartiennent aux catégories suivantes:

-Produits qui ne sont pas recherchés, parcequ’ils ne figurent pas sur les listes de
substances proscrites. C’est en particulier le cas de molécules en cours d’étude dans les
laboratoires pharmaceutiques (essais de phase I), dont l’ensemble des propriétés et/ou
contre-indications est encore mal défini, et qui ne sont donc pas commercialisées. Dans
bien des cas la présence illégitime de ces molécules est cependant mises en évidence, ce
qui peut conduire à les intégrer ultérieurement à la liste des produits interdits.

-Produits administrés à trés faible dose comme les corticoïdes de synthèse ou les -
agonistes anabolisants (clenbutérol). La détection de ces produits serait facilitée par la
disponibilité de volumes plus importants des échantillons d’urine prélevés; l’amélioration
constante des techniques d’analyse tend à réduire trés fortement le risque de ne pas
déceler ces types de substances.

-Produits exogènes, qui peuvent être difficiles à différencier, lors de l’analyse, des
molécules homologues synthétisés à l’état endogène par l’organisme humain: hormones
naturelles ou de synthèse telles que les stéroïdes anabolisants ou les hormones
peptidiques de type hormone de croissance (HGH), hormone chorionique gonadotrope
(HCG) ou érythropoïétine (EPO). Une façon de tourner la difficulté dans le cas où
l’identification précise est difficile, peut être de passer du principe d’une analyse
purement qualitative à un principe d’analyse semi-quantitative, ce qui impose le recours
- qui peut être contesté compte tenu de la variabilité individuelle - à des "normes" (cas
de la testostérone ou de la nandrolone).

-Les produits ayant des cinétiques d’élimination particulières qui les rendent
pratiquement indétectables dans les fluides biologiques au moment du prélèvement; on
peut associer à cette catégorie les supports moléculaires de l’oxygène (PFC, hémoglobine
réticulée). Des contrôles réguliers et répétés tout au long de l’année permettent toutefois
de mettre en évidence certaines de ces molécules.




                                     Commentaires

Alexandre de Mérode, Président de la Commission médicale du Comité International
Olympique (Le Figaro - 17/08/98)




Aujourd’hui l’EPO et l’hormone de croissance sont indécelables... sauf pour les douanes!




19/ Pourquoi ne recherche-t-on les traces de substances dopantes que dans les
urines?

Le prélèvement de quantités suffisantes d’urine est aisé et peut s’effectuer pratiquement
à tout moment; la méthode n’est pas invasive et ne fait pas courir le moindre risque au
sportif concerné.

L’urine est aussi l’un des fluides biologiques où s’accumule en quantités importantes la
plus large diversité des produits ingérés par l’organisme, ou des molécules (métabolites)
provenant de la dégradation de ces produits. L’analyse des échantillons d’urine constitue
donc une bonne méthode pour détecter directement - et éventuellement quantifier - la
plupart des produits dopants et/ou leurs métabolites.

Dans quelques cas - mais pas nécessairement dans tous les cas - des analyses de sang
portant sur des quantités limitées pourraient apporter des compléments d’information
utiles, ou donner des réponses que les analyses d’urine ne permettent pas d’obtenir. Les
règlements des fédérations int

								
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