Ateliers de pratique et de cr�ation artistique dans les ECM

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2/15/2012
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							                   Ministère de la Culture et de la Communication
                Délégation au Développement et à l’Action Territoriale



                      Observation et analyse des usages
              des technologies d’information et de communication
                   dans les “ ESPACES CULTURE MULTIMEDIA ”


                  ATELIERS DE CREATION ET
                 D’EXPRESSION ARTISTIQUES
  DANS LES “                   ESPACES CULTURE MULTIMEDIA ”

                                    Etude thématique
                                               Serge Pouts-Lajus
                                                Octobre 2000


                    Etude réalisée avec le concours
                  de la Délégation aux Arts Plastiques

                                                Sommaire
Introduction....................................................................................................... 2

Définition et limites du champ........................................................................... 3

Questions d’organisation .................................................................................. 4

Trois exemples de créations............................................................................. 14

Eléments d’analyse du processus de création ................................................. 21

Conclusion........................................................................................................ 28




                                                        -1-
Introduction

Cette étude thématique sur les ateliers de création et d’expression artistiques est, après
celles sur l’initiation et la formation, les partenariats et les usagers collectifs, les usages
individuels en accès libre, les ECM et la politique de la ville, la cinquième à être réalisée
dans le cadre de l’étude d’observation et d’analyse des usages dans les Espaces Culture
Multimédia (ECM) commencée en 1999. Par rapport à celles qui l’ont précédée, cette
nouvelle étude exige un effort préalable de définition. Il est en effet utile de préciser les
principes qui ont présidé à la sélection, sous le titre “ ateliers de création et d’expression
artistiques ”, de certaines activités au sein de certains ECM ; c’est l’objet de la première
partie de l’étude. La deuxième partie traite des questions d’organisation spécifiques que
posent aux ECM la mise en œuvre de telles pratiques. La troisième partie constitue le
cœur de l’étude : à partir d’exemples observés sur le terrain, il s’agira d’analyser les
multiples formes du processus observé et, notamment, les différentes formes de
coopération qui s’établissent entre les usagers individuels ou collectifs des ECM, les
artistes qui interviennent souvent dans les ateliers et les animateurs multimédias.

Pour réaliser ce travail, des observations de terrain ont été conduites dans plusieurs ECM.
Pour cinq d’entre eux, c’est l’ensemble de l’activité de l’ECM qui a été considérée ; pour
les trois autres, seule une opération ponctuelle a fait l’objet d’une observation et d’une
analyse.

Les cinq premiers terrains sont :

-      L’école municipale d’arts plastiques Camille Claudel de Saint-Nazaire ;
-      L’école municipale d’arts plastiques de Saint-Cyr sur Loire ;
-      Le centre culturel – centre de création pour l’enfance de Tinqueux ;
-      La Maison du Geste et de l’Image de Paris ;
-      L’association Ars Longa de Paris.

Les trois projets ponctuels sont :




                                             -2-
-       La résidence de l’écrivain Mounsi au centre culturel Le Chaplin de
        Mantes-la-Jolie ;
-       Les haïkus multimédias réalisés à Marseille et à Mantes-la-Jolie à l’initiative des
        ECM de la Friche de la Belle de Mai, du Chaplin, du Fourneau et de Culture
        Commune ;
-       La borne multimédia C’est trop beau réalisée avec des classes primaires et des
        plasticiens par l’association Aymon Lire de Bogny-sur-Meuse.

Définition et limites du champ

Le texte de la Convention liant les ECM au ministère de la Culture et de la
Communication précise les diverses catégories d’activités qui doivent y être mises en
œuvre ; parmi elles : “ des animations et des ateliers permettant d’expérimenter, de
développer et d’encourager l’utilisation des nouvelles technologies comme outils de
création et d’expression artistiques (écriture hypertextuelle, graphisme, musique
électronique…) ”. Le champ couvert par l’étude n’est au départ balisé que par ces
quelques mots-clés : animation, atelier, expérimentation, création artistique, expression
artistique, nouvelles technologies. Il peut être sujet à de multiples interprétations du fait,
notamment, de la présence dans la liste de notions telles que création et art pour lesquelles
toute définition est sujette à discussion. L’ambiguïté et l’implicite dans le choix des
actions observées sont donc inévitables.

Les activités retenues ont la forme d’ateliers : des personnes participent collectivement et
le plus souvent dans un même lieu à la création et à la production d’une ou de plusieurs
œuvres 1 . Les notions d’expression et de création soulignent qu’il s’agira d’œuvres
originales et que l’accent sera mis sur le processus plutôt que sur le résultat. Aucune
condition particulière n’est exigée des personnes impliquées dans les ateliers. La partie la
plus délicate de la définition est celle qui qualifie d’artistique, l’expression et la création,
au sein des activités considérées. Il existe plusieurs façons de l’aborder ; on pourra par
exemple considérer que l’adjectif artistique renvoie à une catégorie spécifique d’acteurs,
les artistes, si la définition de l’art à laquelle on aura choisi de se référer est celle qui
associe l’art au statut de celui qui se dit artiste ou est identifié comme tel. Nous nous en
tiendrons à cette approche par la qualité des acteurs qui est la mieux adaptée à notre
propos : l’observation de terrain montre en effet que la participation conjointe d’amateurs
et de personnes ayant le statut d’artistes dans les ateliers de création et d’expression
artistiques est une question centrale pour la quasi-totalité des ateliers que nous avons
rencontrés. Cette question, si importante dans les faits, sera analysée en profondeur dans
la conclusion de l’étude, après la présentation des observations de terrain.

La nature objective et symbolique de l’œuvre originale qui résulte des activités des
participants de l’atelier doit également faire l’objet de quelques remarques préliminaires.
Les termes utilisés dans la convention (écriture hypertextuelle, graphisme, musique
électronique,…) ne sont qu’indicatifs. Il est bien connu que les œuvres créées à l’aide
d’outils multimédias sont, par nature, des œuvres hybrides où peuvent se rencontrer, très
imbriqués, textes, hypertextes, images fixes et animées, sons et musiques, fonctions

1
 Tout au long de l’étude, nous utiliserons le mot œuvre dans son sens le plus général, de produit résultant
d’une activité humaine intentionnelle et formant un tout complet, achevé, l’œuvre d’art n’étant qu’une
catégorie particulière d’œuvre.



                                                   -3-
interactives. Il existe d’innombrables combinaisons de tels supports de sens et on en
rencontre effectivement beaucoup parmi les œuvres créées dans les ECM. Nous n’avons
exclu de notre champ que les œuvres dont la musique est la composante centrale car la
création et la pratique musicales posent des questions importantes mais spécifiques qui
peuvent difficilement être mêlées à celles posées par d’autres formes d’expression ; une
étude thématique d’observation des usages dans le domaine de la musique mériterait
d’être réalisée. Les ateliers d’expression artistique retenus ici sont, parmi tous ceux
conduits dans les ECM, des ateliers consacrés à la création d’œuvres à dominante visuelle
ou littéraire.

Parmi les ateliers retenus, certains constituent une sorte de “ noyau dur ” car ils satisfont
sans ambiguïté à la formulation et à l’esprit de la convention. Ce sont les ateliers
pédagogiques des écoles d’arts plastiques, de la MGI ou du centre culturel de Tinqueux
dont le sujet est le développement de l’expression artistique d’un public d’amateurs
encadrés par des artistes ; ce sont aussi les résidences et projets d’artistes du Chaplin mais
également le projet “ C’est trop beau ” qui est à la fois l’une et l’autre, pratique éducative
et résidence d’artistes. Dans ces ateliers, l’ECM est le cadre et le support d’activités
suivies de création libre d’œuvres multimédias dont la nature artistique est attestée par la
participation d’artistes reconnus mais également par la volonté affichée des responsables
de l’institution : c’est de l’art parce que nous le disons. Mais à côté ou plutôt, autour de ce
noyau dur, à l’intérieur des écoles et dans d’autres ECM, certains ateliers ne satisfont que
partiellement à la définition, soit que leur orientation pédagogique ne soit pas entièrement
tournée vers la discipline artistique, soit que la nature artistique des œuvres créées soit,
plus que dans d’autres cas, sujette à discussion. Les ateliers de création de sites Web tels
qu’ils se déroulent à Saint-Nazaire, par exemple, sont d’abord des activités
d’apprentissage d’un outil de création de pages HTML (Dreamweaver), ensuite des
activités de création de telles pages, et en troisième lieu seulement des activités relevant,
peut-être, de la création et de l’expression artistique.

La coexistence d’une grande variété de situations dans une même étude est voulue : l’état
embryonnaire des pratiques observées, les effets imprévisibles d’hybridation des œuvres
causés par l’usage des outils multimédias et, sur le plan humain, la participation conjointe
d’artistes, d’amateurs et d’animateurs multimédias dans un même projet, discréditent à
l’avance toute idée de clôture stricte du champ. L’observation et l’analyse se doivent de
rester ouvertes parce que la réalité des pratiques l’est.



Questions d’organisation

Les problèmes posés par l’organisation d’ateliers de création et d’expression artistiques
dans les ECM seront analysés à partir de quatre exemples : l’association Ars Longa, la
Maison de l’Image à Paris (MGI), le centre culturel de Tinqueux et l’école municipale
d’arts plastiques (EMAP) de Saint-Nazaire. Les exemples ont été classés dans un ordre
progressif. Le premier, celui d’Ars Longa est, en quelque sorte, un cas extrême car
aucune de ses activités n’appartient à ce que nous avons qualifié plus haut de “ noyau
dur ”. Mais il permet, d’une part, de montrer que les ateliers ne constituent pas la seule
forme possible de contribution des ECM au développement artistique, d’autre part, de
mettre en évidence le continuum qui unit certaines formes d’initiation aux technologies



                                             -4-
avec la création et l’expression artistiques. Les trois autres exemples, tous des organismes
à vocation éducative, illustrent les problèmes d’organisation posés par la mise en œuvre
concrète des ateliers. L’apport des ECM est d’abord technologique, sur le plan matériel
comme sur le plan humain : les ateliers s’appuient sur l’exploitation des machines et des
logiciels de l’ECM mais aussi, la plupart du temps, sur ses moyens humains,
essentiellement le ou les animateurs multimédias. L’ECM assure toujours une fonction de
soutien incluant la mise à disposition de ressources techniques, le conseil, la formation et
l’accompagnement de projet. Mais, on le verra dans les exemples, des différences
notables apparaissent suivant la façon dont cette fonction de soutien est intégrée à
l’institution d’accueil.


L’exemple d’Ars Longa

L’association Ars Longa a été créée en 1996 par neuf amis disposant de compétences
diverses et complémentaires dans le domaine de l’art et des technologies. Ars Longa,
aujourd’hui installée, mais à titre provisoire, à la maison des métallos dans le 11 ème
arrondissement, travaille sur le quartier Belleville avec les artistes, individuels ou
organisés en collectifs, les établissements scolaires et la population dans son ensemble.
Les neuf fondateurs, tous bénévoles, sont attachés à la coexistence entre l’art vivant et
l’art numérique ; ils organisent régulièrement des rencontres, baptisées Metallomix, entre
des artistes de toutes disciplines et la population du quartier. L’association ne reçoit de
subventions que depuis 1998, date à laquelle elle est devenue ECM et a pu créer trois
emplois permanents.

Outre l’organisation des Metallomix, les activités d’Ars Longa se regroupent autour de
trois pôles :

-      l’ECM lui-même : activités traditionnelles d’accès public, d’initiation et de
       formation aux outils bureautiques et de création graphique dont le public est
       principalement un public de quartier ;
-      l’animation d’une galerie virtuelle (globalgallery.org) présentant les œuvres de 338
       artistes (juillet 2000) de l’Est parisien ;
-      des ateliers d’initiation et de création de sites Web et de photos numériques avec
       les élèves des écoles primaires et des centres aérés du quartier (voir le site
       ecoles.belleville.org).

Même si les activités d’Ars Longa sont très intimement liées à l’art et aux nouvelles
technologies, aucune d’entre elles n’entre véritablement dans la catégorie des ateliers de
création et d’expression artistiques. Il s’agit peut-être là d’une situation intermédiaire.
L’orientation culturelle et artistique d’Ars Longa est, par exemple, très visible dans la
forme et le contenu des sites Web créés par les classes dans le cadre des animations
scolaires et qui sortent de la forme pédagogique ordinaire. Par ailleurs, une trentaine
d’artistes fréquentent régulièrement l’ECM et certains d’entre eux commencent à
s’intéresser aux technologies. Vincent Renault, l’un des neuf fondateurs d’Ars Longa,
note que l’évolution vers des activités plus créatives ne pourra se faire que lorsque
l’association aura emménagé dans un espace plus confortable que celui qu’elle occupe
actuellement.




                                           -5-
Ars Longa se trouve dans une situation particulière ; l’ECM y occupant une place
prépondérante, la question de son intégration au reste de la structure et de la cohérence
des orientations culturelles ne se posent pas, alors qu’ils sont importants dans les trois
autres exemples.


L’exemple de la MGI

La Maison du Geste et de l’Image est installée, depuis 1983, en plein cœur de Paris, dans
le quartier des Halles. Elle se définit comme un “ centre de recherche et d’éducation
artistique ”. La Ville de Paris en est le financeur principal avec la DRAC Ile de France, le
Ministère de l’Education nationale et le Conseil Régional d’Ile de France. La MGI
propose au public adolescent au sens large (12 à 20 ans) des ateliers de théâtre, vidéo, son,
photo et écriture, encadrés par des professionnels. La plupart des ateliers se tiennent
pendant le temps scolaire avec des classes et des enseignants (dans les disciplines Lettres
et Arts plastiques en général) de collèges et de lycées parisiens, dans le cadre d’un
protocole d’accord avec l’Académie de Paris. Des ateliers vidéo et théâtre sont également
proposés hors temps scolaire, le samedi, le mercredi et pendant les vacances2. Sur le plan
artistique, l’orientation de la MGI se veut contemporaine, transversale et ouverte aux
cultures du monde ; l’image vidéo et la photo y occupent une place importante.

Un ECM à été créé à la MGI en 1999. Baptisé micro/g@lerie, il occupe une pièce
relativement petite, donnant sur le boulevard de Sébastopol et astucieusement aménagée
pour recevoir 10 ordinateurs iMac et une quinzaine d’usagers installés confortablement ;
il est animé par Christine Châtelet. Les murs de l’ECM accueillent des expositions
temporaires d’artistes invités.

Tout comme celui de l’EMAP de Saint-Nazaire, l’ECM de la MGI est à la fois une
structure d’appui pour les ateliers de création de la MGI et une structure autonome
développant ses propres actions. En tant que structure d’appui, il est utilisé
ponctuellement pour des séances de recherche documentaire dans la thématique des
ateliers ou pour le traitement de photos numériques. Les activités propres de l’ECM
consistent essentiellement à proposer des modules d’initiation dans des plages de temps
relativement restreintes, le mercredi après-midi, le samedi après-midi et pendant les
vacances scolaires3. Mais cette offre est en principe réservée, comme les autres ateliers,
aux 10/20 ans domiciliés ou scolarisés à Paris. L’intégration de l’ECM dans la MGI est
jugée encore insuffisante par sa directrice Evelyne Panato et par Paul-Marie Gaire,
conseiller artistique et coordinateur des ateliers arts plastiques : “ Actuellement,
l’implication de l’ECM dans les ateliers est encore légère ; nous aurons des projets plus
importants à partir de l’année prochaine, notamment un projet européen sur le thème du
patrimoine architectural et une série de projets courts autour du multimédia avec les
ateliers. ”

Dans le courant de l’année scolaire 99/2000, un important projet, baptisé “ 2000
images ”, a été réalisé ; il préfigure ce que pourraient être de futurs ateliers qui
exploiteraient de façon coordonnée les moyens de l’ECM. Le projet dont la première

2
    Le prix de ces stages (5 jours) varie de 450 à 600 F.
3
    Le prix est de 50 F pour 6 modules d’une heure sur réservation.



                                                    -6-
partie a été réalisée au cours de l’année scolaire 1999/2000 prévoit la réalisation de 20
séries de 100 photos par 20 équipes constituées des élèves d’une classe d’un collège ou
d’un lycée de chacun des 20 arrondissements parisiens, chaque équipe étant encadrée par
un enseignant et un artiste photographe4. Ce travail s’est prolongé au cours de l’été avec
la réalisation d’un CD-ROM par Olivier Perrot et s’achèvera avec une série d’expositions
à la MGI et dans les mairies parisiennes.


L’exemple du Tinqueux

Tinqueux est une commune de 10 000 habitants appartenant à l’agglomération rémoise.
Le foyer culturel créé en 1960 est devenu un centre culturel en 1986 ; depuis cette date,
Michel Fréard en est le directeur. Le centre de créations pour l’enfance, comme son nom
l’indique, se consacre en priorité à l’éveil aux pratiques culturelles et artistiques des
enfants mais certaines de ses activités sont ouvertes à tous les publics : l’ECM, des
ateliers (photo, terre et céramique, danse moderne, musiques instrumentales, groupe
vocal, yoga, etc.) ainsi que des expositions d’art contemporain. Le prix des ateliers est de
265 F par trimestre pour les enfants (295 F pour les adultes, 565 F pour les ateliers de
musique instrumentale). Par ailleurs, le centre est un important producteur d’expositions
pour enfants ; ces expositions sont généralement conçues par Michel Fréard et fabriquées
sur place, dans un vaste atelier attenant au bâtiment principal. Le centre réussit à dégager
40% de son budget (4 MF) en ressources propres, la ville et l’Etat contribuant chacun
pour 25%, le reste provenant de la Région et du Département. Le centre emploie une
trentaine de salariés mais seulement 3 à temps plein et un emploi-jeune pour animer
l’ECM. Depuis 1996, le centre de créations pour l’enfance anime un plan local
d’éducation artistique dans 30 établissements scolaires touchant plus de 1 500 enfants de
maternelle et de primaire.

Sur le plan artistique, l’orientation est, comme à Saint-Nazaire, délibérément
contemporaine. Le jardin était le thème de l’année 1999-2000 qui s’est achevée par une
exposition conjointe avec l’école supérieure d’Art et de Design de Reims. Outre les
expositions, l’atelier de création et de fabrication d’expositions travaille régulièrement
avec des artistes contemporains. Ainsi, les panneaux des Trophées de Paix, œuvre de
Laurent Joubert, lauréat du concours organisé en 1995 par l’Union européenne pour le
nouveau bâtiment du Conseil à Bruxelles, ont été fabriqués par le centre de Tinqueux et
des élèves ébénistes du lycée professionnel Yser de Reims5. Plus récemment, l’ECM a
travaillé avec Basserode pour un projet artistique, en partie fondé sur l’usage du
multimédia, dans le cadre du 1% construction à Saint-Denis ; mais le projet n’a
malheureusement pas été retenu.

Le centre s’est très tôt équipé d’un studio de musique électronique animé par deux
enseignants ainsi que de postes informatiques pour la PAO ; en revanche, il n’a jamais

4
  Les 20 photographes sont : Emmanuelle Guillouet, Martine Mougin, Caroline Feyt, Dominique Léandri,
Olivier Perrot, Christophe Galatray, Martial Verdier, Dominique Léandri, Laurent Bouëxière,
Marie-Hélène Le Ny, Elisabeth Gilly, Véronique Ellena, Corinne Filippi, Rémi Vinet, Thierry Balanger,
Sylvie Lecallier, Armelle Maugin, Martin Becka, Maxence Rifflet et Evelyne Coutas.
5
  Ce travail a donné lieu à l’édition d’un livre, Demain quels drapeaux, Le livre des Trophées de Paix,
Editions Yellow Now, 1996, avec le concours du ministère de la Culture, Délégation aux arts plastiques
(FIACRE).



                                                 -7-
compté dans ses rangs d’enseignant artiste dans le domaine de l’image numérique. Le
centre a toujours employé des objecteurs de conscience. C’est sur l’un d’eux,
Jean-Baptiste Ohl, féru d’informatique, que s’appuiera Michel Fréard pour monter son
projet d’ECM : “ Je ne voulais pas répondre à une nouvelle demande, débrouiller les
gens, les initier ; pour nous, ce serait un piège. Il nous faut trouver une place qui soit liée
à l’enseignement artistique ; c’est cela que nous devons inventer. Internet pour Internet,
ça ne suffit pas ; il nous faut travailler avec des artistes. ”

Comme celui de Saint-Nazaire, l’ECM de Tinqueux opère à la fois comme centre de
ressources pour l’ensemble des ateliers de pratiques artistiques et comme structure
autonome développant ses propres activités d’initiation, d’accès libre et de formation à
des logiciels de création graphique. Le journal Dans la lune, réalisé à partir des créations
des enfants (textes et dessins) est mis en page à l’ECM par Virginie Legrand, graphiste,
enseignante à l’école et, par ailleurs, membre du collectif Fabrication maison.
Jean-Baptiste anime des ateliers d’initiation à l’informatique et à Internet (9 séances par
trimestre) dans le cadre du plan local d’éducation artistique : “ je leur apprends à
dessiner avec un ordinateur ; on commence par Paint ; on va ensuite chercher des images
sur le Web ; on fait des recherches graphiques ; comme on travaille sur le thème du
jardin, je leur ai fait dessiner ce qu’on appelle un ordinature, fait avec des éléments
naturels ”. Il existe également un club informatique qui s’adresse aux ‘mordus’ où une
série d’animations a été réalisée en langage Flash sur le thème de “ la famille tornade ”.
Après deux années passées à Tinqueux, Jean-Baptiste quittera le centre en juillet 2000
pour intégrer une start-up située en région parisienne. Pour lui succéder, Michel Fréard a
cherché et trouvé un jeune sorti d’une école d’art : “ il sera sûrement moins bon que JB
sur le plan technique, mais je préfère qu’il ait une bonne sensibilité artistique ”.

Michel Fréard s’est également assuré le concours de Pascale Simonin, professeur à
l’université Paris 8, surnommée “ Lara Croft ”, pour former tous les enseignants du centre
à partir de septembre 2000 et concevoir un site Web coopératif où les ateliers pourront
déposer leurs travaux (danslalune.asso.fr). Enfin, un projet de coopération avec
Jean-Philippe Halgand, artiste multimédia, devrait voir le jour en 2001.


L’exemple de l’EMAP – Saint Nazaire

Située en centre ville l’EMAP de Saint-Nazaire propose aux habitants de la ville et de sa
région près de cinquante ateliers de peinture, dessin, sculpture, céramique, bandes
dessinées, stylisme, design, gravure, histoire de l’art ainsi que trois ateliers consacrés au
multimédia. Tous les cours sont annuels, avec des sessions hebdomadaires, à l’exception
des trois ateliers multimédias qui sont trimestriels. L’atelier préparatoire réunit une
trentaine d’élèves de lycée (première et terminale) pendant un an ou deux pour les aider à
préparer le concours d’entrée dans les écoles d’art. Le public de l’école fait l’objet,
chaque année, d’analyses statistiques détaillées. L’effectif global, stable depuis 4 à 5 ans,
était, en 1999, de 632 élèves inscrits dont 224 adultes (35%), 112 adolescents (18%) et
296 enfants (47%). Le taux de renouvellement est d’environ 60%. Pour Chantal Bernard,
directrice de l’école depuis 10 ans, le nombre d’adolescents, souvent absents de ce type
d’écoles, est ici exceptionnellement élevé : “ peut-être à cause de notre approche très
contemporaine ”.




                                             -8-
Tous les ateliers sont payants ; les tarifs sont calculés à partir des revenus mensuels de la
famille : ils vont, pour un atelier enfant, de 270 F (revenu mensuel inférieur à 5 644F) à
669 F (revenu mensuel supérieur à 26 086 F) et de 488 F à 1 237 F pour un atelier adulte.
Ce tarif s’applique également aux ateliers multimédias. Seul, l’accès libre (4h pas
semaine) est gratuit. Les 12 enseignants de l’école, recrutés sur concours, sont tous des
artistes poursuivant une activité de création personnelle. Pascal Raguideau qui, en plus de
certains ateliers, assure la coordination pédagogique de l’école aux côtés de Chantal
Bernard, exposait son travail, d’inspiration conceptuelle, en mars et avril 1999 au Grand
Café, un lieu d’exposition investi par le service d’art contemporain de la Ville.

L’informatique a toujours été présente à l’école. Les moyens accordés à l’ECM en 1999
ont permis d’acquérir 6 postes informatiques (iMac), des périphériques et des logiciels et,
surtout, de recruter un animateur, Nicolas Moreau, qui s’y consacre à temps plein. Un
enseignant, Olivier Moreels, lui-même artiste multimédia, anime l’atelier de création
assistée par ordinateur. Mais les équipements informatiques de l’école sont, de plus en
plus souvent, exploités ponctuellement dans le cadre des ateliers, dessin, peinture ou
même sculpture.

L’ECM n’a pas immédiatement trouvé sa place au sein des activités de l’école. Au cours
des premiers mois, les machines de l’ECM et celles de l’atelier multimédia pré-existant
étaient séparées. Pour des raisons à la fois pratiques et stratégiques, il a finalement été
décidé de les réunir dans une même salle et d’adapter le fonctionnement des ateliers et de
l’ECM en conséquence. Pour Chantal Bernard, cette formule permet, mieux que la
précédente, de maintenir la cohérence et la continuité des activités. Progressivement,
l’exploitation des machines par les enseignants de tous les ateliers s’est étendue.

Le spectre des fonctions de l’ECM dans l’école est donc très étendu :

-      activités propres de l’ECM animées par Nicolas Moreau : cycle d’apprentissage
       (initiation au réseau et aux logiciels), cycle de création (site Web), libre accès ;
-      ateliers de création multimédia de l’école animés par Olivier Moreels ;
-      ateliers de l’école animés par les autres enseignants ;
-      participation aux manifestations, expositions et interventions extérieures.

L’EMAP de Saint-Nazaire présente ainsi un exemple très complet d’intégration de
l’ECM dans les activités de sa structure d’accueil. La distribution entre les activités
propres de l’ECM s’adressant à des usagers extérieurs à l’école et celles que l’on peut
considérer comme des activités d’appui aux ateliers de l’école semble bien équilibrée.


Questions générales d’organisation

Les observations d’usages menées au cours des deux dernières années ont montré que
l’une des questions les plus importantes qui se pose aux ECM concerne l’articulation de
leurs activités avec celles de la structure d’accueil ; en particulier, le maintien d’une
bonne cohérence entre les orientations culturelles de l’organisme d’accueil et celles de
l’ECM. Ces cinq nouveaux cas en constituent des illustrations supplémentaires : les
responsables d’organismes dont la vocation est le développement des pratiques
artistiques souhaitent naturellement que les activités de leur ECM soient, le plus possible,



                                            -9-
consacrées à la pratique artistique. Or, cette exigence ne peut jamais être totalement
satisfaite car les ECM sont amenés, ne serait-ce que pour des raisons contractuelles, à
mettre en place des activités d’initiation à la technologie qui, par nature, ne peuvent pas
être directement assimilées à des activités artistiques. La cohérence est donc recherchée
dans deux directions ; d’une part, l’affirmation d’une dimension ou d’une finalité
artistique dans les activités propres de l’ECM : l’initiation, mais aussi le libre accès ou
l’apprentissage de logiciels ; d’autre part, l’intégration de l’ECM dans le fonctionnement
des autres ateliers de l’organisme. Enfin, la cohérence est recherchée dans l’équilibre
entre ces deux pôles. S’il est souhaitable que les moyens techniques et humains de l’ECM
soient exploités le plus possible par l’ensemble de la structure d’accueil, il ne faut
cependant pas en arriver au point où l’ECM deviendrait une sorte de “ service
informatique ” de l’institution ; il est donc nécessaire de lui préserver une relative
autonomie d’action et, par voie de conséquence, la possibilité de sortir du champ
artistique.


L’ECM et les autres ateliers

Les responsables des organismes incitent, autant qu’ils le peuvent, l’ensemble des
animateurs à se former à l’usage du multimédia afin que les ressources de l’ECM soient
exploitées de façon transversale et que le multimédia ne reste pas une activité particulière,
isolée des autres. Pour certains ateliers de la MGI ou du centre de création pour l’enfance
de Tinqueux, la relation avec l’ECM se limite à réserver dans le programme de l’atelier
quelques séances d’initiation à Internet et au multimédia au cours desquelles un
sous-groupe de participants est confié à l’animateur de l’ECM. Mais le lien avec le reste
du programme de l’atelier est généralement ténu. Pour le renforcer, il faut bien sûr que les
animateurs soient formés ou, du moins, sensibilisés, d’abord à la pratique du multimédia,
ensuite aux usages de création artistique ; mais ce n’est pas la seule condition. Il faut
également que soient mises en place, au cas par cas, des modalités concrètes d’intégration
de l’outil multimédia dans la discipline artistique.

Sur ce plan, l’EMAP de Saint-Nazaire fournit les exemples les plus convaincants. Les
enseignants de l’école sont de plus en plus nombreux à exploiter les ressources de l’ECM
dans le cadre de leur pratique d’atelier. Cela suppose, non pas des compétences
particulières en informatique, mais la capacité d’imaginer l’utilité du multimédia dans
une démarche d’expression artistique particulière. Cela suppose aussi un dialogue de
qualité avec l’animateur de l’ECM et un engagement personnel à ses côtés au cours des
séances qui se déroulent dans l’ECM. Ainsi, à Saint-Nazaire, Cathy Lemaire a réalisé
avec les petits de l’atelier dessin une grande fresque multimédia sur le thème du port à
partir d’images envoyés par deux globe-trotters Nazairiens dont l’école suit le tour du
monde, grâce à Internet (voir illustration) ; ceux de l’atelier sculpture, ont dessiné sur
l’écran, à partir de photos numériques, les chapeaux qu’ils ont ensuite réalisés “ en
vrai ” ; les élèves de Marie-Laure Vialle ont créé sur ordinateur, des affiches qui ont
ensuite été exposées pendant un mois sur 40 panneaux de la ville (voir illustration).
Pascal Raguideau a réalisé en 5 séances de 1h30 chacune, avec un groupe de 15
adolescents, une fresque 4mx3m représentant une scène d’atelier. La photo numérique
d’origine a été travaillée à l’ECM en utilisant la fonction vitrail de Photoshop avant d’être
peinte collectivement sur une affiche publicitaire retournée sur laquelle l’image était
vidéoprojetée (voir illustration).



                                           - 10 -
Dans les cinq organismes étudiés dont la vocation est la création et l’expression
artistique, l’intégration transversale du multimédia repose sur la volonté et les capacités
des enseignants et animateurs non-spécialistes, mais ce n’est pas tout ; on observe
également que le profil de l’animateur de l’ECM joue un rôle important.


Profil des animateurs

La tendance est claire : les ECM où l’on souhaite développer des pratiques artistiques
utilisant le multimédia cherchent toujours à recruter un animateur ayant une bonne
sensibilité à la question artistique, idéalement, un ancien élève d’une école d’art.

-          Nicolas Moreau, l’animateur de l’ECM à l’EMAP de Saint-Nazaire a fait deux ans
           aux Beaux-Arts du Mans et une licence en arts plastiques à Rennes ; il s’est
           ensuite formé à l’infographie, principalement de façon autonome, après avoir
           suivi quelques cours à l’université.
-          Philippe Guyot à l’EMAP de Saint-Cyr sur Loire est ancien étudiant des
           Beaux-Arts de Tours et de l’université Paris 8 (conception multimédia), artiste
           lui-même.
-          Christine Chatelet a fait des études d’histoire de l’art et de documentation ; elle
           prépare, parallèlement à l’animation de l’ECM de la MGI, un DEA sur la mise en
           valeur de l’art contemporain sur Internet.

On pourra également se référer à l’exemple du théâtre Saragosse de Pau où les animateurs
de l’ECM sont, l’un musicien, l’autre danseuse6.

Le profil idéal repose donc sur une formation de base en art complétée par une formation
aux techniques multimédias, en grande partie sous forme d’auto-formation, nécessaire
dans un secteur où les outils évoluent en permanence. Un tel profil permet à un animateur
d’ECM de lier l’usage de la technologie à des finalités artistiques, démarche qui n’a rien
de trivial pour une personne dont la qualification est principalement technique. On doit
évidemment se demander si des profils de ce type ne sont pas rares et très difficiles à
repérer. Mais ce n’est pas certain ; tout dépend en effet de la stratégie de recrutement. Il
sera de plus en plus difficile de trouver, parmi les jeunes dont la compétence principale
est l’informatique, des individus sensibles à la question artistique et susceptibles
d’accepter un travail relativement peu payé dans une institution culturelle. Il est en
revanche peut-être plus facile de trouver, parmi les jeunes ayant suivi une formation
artistique, par exemple dans une école d’art ou un département universitaire spécialisé,
des individus qui soient familiarisés avec l’usage d’outils multimédias et seront intéressés
par un travail dans le domaine culturel.

Le cas du centre de création pour l’enfance de Tinqueux confirme ces hypothèses. Malgré
la bonne volonté et l’excellent niveau en informatique de Jean-Baptiste, l’animateur de
l’ECM, et malgré la volonté du directeur, l’intégration transversale du multimédia dans
l’ensemble des ateliers de l’école a peiné à se mettre en place. Sans doute, les enseignants,
eux-mêmes parfois à court d’idée, n’ont-ils pas trouvé à l’ECM de quoi les convaincre.

6
    Voir l’étude thématique “ ECM et politique de la ville ” .



                                                     - 11 -
Lorsqu’en juillet 2000, Jean-Baptiste quittera l’ECM pour rejoindre une société
d’informatique, Michel Fréard trouvera sans difficulté, pour le remplacer, un ancien élève
d’une école d’art, ayant un profil qui paraît, au départ, mieux adapté au projet du centre.


Les activités propres de l’ECM

Lorsqu’un ECM appartient à un organisme dont l’activité globale est consacrée à la
pratique artistique, on peut s’attendre à ce que, par effet de contagion, les contenus et les
formes manipulées dans cet ECM soient, plus que dans d’autres, en relation avec l’art.
Comme on vient de le voir, cela est surtout vrai lorsque les animateurs des ECM ont
eux-mêmes une culture ou une sensibilité artistique. Ainsi, les séquences d’animation
créées par des enfants en stage à l’école municipale d’arts plastiques de Saint-Cyr sur
Loire dans le cadre des ateliers multimédias animés par Philippe Guyot ont-elles une
qualité particulière que l’on ne retrouve pas ailleurs (voir illustrations en annexe). De
même, dans les initiations à la découverte d’Internet à la Maison du Geste et de l’Image,
Christine Châtelet privilégie systématiquement l’exploration de sites de qualité consacrés
aux arts plastiques, à la photographie et à la vidéo.

Mais dans ces ECM comme dans tous les autres, les activités propres, c’est-à-dire
indépendantes des autres activités de l’organisme, sont, pour la plupart d’entre elles, des
activités d’initiation, de découverte et d’apprentissage dont l’objet principal n’est pas
l’art mais la technologie. Le domaine artistique n’y est, dans le meilleur des cas, qu’un
prétexte, parfois artificiellement imposé. Il faut cependant traiter à part les ateliers
consacrés à la création de sites Web dont on sait qu’ils sont partout très demandés. Ils
constituent, autour du noyau dur des activités qui relèvent sans ambiguïté de la pratique
artistique, une nébuleuse plus floue, plus libre, moins encadrée, où les contenus
techniques prennent le dessus ; mais il nous semble intéressant de poser sur ces activités
le même regard, attentif et ouvert. Dans l’encadré suivant, on trouvera évoqués quelques
exemples relevés à l’EMAP de Saint-Nazaire. Personne ne songera à prononcer le mot art
devant ces travaux d’amateurs qui ne sont que des prétextes pour apprendre à se servir
d’un outil technique. Il n’est pourtant pas interdit de penser que l’influence du lieu, des
images accrochées au mur, le goût de l’animateur, aient quelque influence sur la forme et
le fond de ce qui est produit là. De l’art, certes non - sauf à envisager la catégorie d’un
“ art brut multimédia ” -, mais de la création sous influence artistique, certainement…




                                           - 12 -
           Atelier de création de sites Web à l’EMAP de Saint-Nazaire

Le cycle de création de pages Web comporte 10 séances de 1h30 chacune réparties sur un
trimestre. Les séances ont lieu en soirée de 18h30 à 20h. Le prix d’un cycle varie de 71 F à 568 F
suivant les revenus familiaux. Nicolas, l’animateur, demande à chaque participant de proposer un
projet de site afin que l’apprentissage du logiciel de création de site Web, en l’occurrence
Dreamweaver 2, puisse se dérouler autour d’une réalisation concrète. En début de séance, il
présente une fonction particulière du logiciel puis passe de poste en poste pour donner des
conseils et répondre aux questions. Il est intéressant de souligner que, contrairement à beaucoup
d’autres animateurs, Nicolas lorsque des questions lui sont posées, ne prend généralement pas
la souris des mains de l’usager pour réaliser les manipulations à sa place ; en s’asseyant souvent
à gauche du poste de travail, mais sans que ce soit prémédité, il n’est pas tenté de se substituer
à celui ou à celle qui apprend. Sur le plan pédagogique, cette façon de faire est bien plus efficace,
mais elle oblige l’animateur à verbaliser davantage les consignes, ce qui n’est pas toujours facile.
Les questions techniques que se posent les participants sont souvent liées aux formats des
images. Une proportion importante des élèves du cycle de création sont des personnes équipées
à domicile mais qui éprouvent le besoin de se former dans un contexte comme celui de l’EMAP
qui leur apporte simultanément sociabilité et compétence technique.
Les exemples évoqués ci-dessous proviennent de deux groupes observés en octobre 1999 et en
mai 2000.

   Une jeune allemande, achevant en France ses études et réalisant, dans ce cadre un
    mémoire sur l’aménagement du territoire, crée un site Web pour l’AFPA où son ami travaille.
    Elle reconnaît que le site est un prétexte : “ je veux apprendre à faire un site ; ici, c’est bien,
    on n’est pas nombreux et on est libre. ”
   Un jeune homme, assez expérimenté, réalise un site humoristique, “ un peu délire ” comme il
    le dit lui-même. Il s’agit d’une parodie de publicité constituée de diverses composantes
    graphiques qu’il recherche et télécharge en utilisant un moteur de recherche sur le Web : un
                                                                                                     7
    quadrillage bleu pour le fond de page, une photo du pape et des images animées d’anges .
   Un couple : lui, connaît bien l’informatique ; sa femme, peintre amateur, souhaite réaliser une
    galerie virtuelle de ses œuvres, des aquarelles représentant des bouquets de fleurs, et
    espère pouvoir les vendre par ce biais.
   Une dame voudrait créer le site de l’association humanitaire pour laquelle elle milite. A titre
    d’exercice, elle conçoit et réalise un site sur le thème de la flûte traversière, l’instrument
    pratiqué par son fils.
   Un lycéen, en classe terminale, très expérimenté en informatique, souhaite créer le site de
    l’entreprise de son père, un club de remise en forme.
   Une jeune femme travaillant dans la restauration se dit fascinée par Internet : “ on peut
    communiquer avec le monde, je suis fascinée ; mais pour moi, c’est trop cher, je n’ai pas les
    moyens de m’acheter un ordinateur ”. Incitée par Nicolas à choisir un sujet, elle décide de
    travailler à un site d’histoire dont les contenus seront empruntés à un ouvrage sur l’histoire du
    XXème siècle qu’elle a apporté avec elle.
   Une enseignante d’arts plastiques en collège travaille sur un site consacré à l’architecture :
    “ je voudrais pouvoir intervenir sur le site académique d’arts plastiques ; notre collège sera
    équipé l’année prochaine, alors je me prépare. ”
   Une graphiste a réalisé un site sur le thème du port de Saint-Nazaire accompagné de textes
    de Jean Baudrillard.
   Un employé municipal, travaillant au centre horticole, a réalisé un monde virtuel baptisé
    Jajaland.




7
 Dans Yahoo, il trouve sans difficulté les séquences GIF animées qu’il recherche avec les mots clés GIF et
Angels.



                                                 - 13 -
Trois exemples de créations

Dans cette partie, sont présentés trois exemples d’activités ponctuelles dans trois ECM
différents. Si ces exemples ont été retenus, c’est que leur rattachement au domaine
artistique ne fait pas de doute. Ils montrent que ce domaine n’est pas l’apanage
d’institutions spécialisées : tout ECM a vocation à mettre en œuvre des ateliers de ce type.
Les trois exemples qui viennent, ajoutés à ceux qui précèdent montrent à quel point, dans
le seul secteur des arts visuels et de la littérature, la variété des formes et des contenus est
très étendue. Les analyses qui suivent la présentation de ces trois cas intègrent les
exemples traités dans la première partie de l’étude.


La résidence de Mounsi au Chaplin

Mounsi est écrivain. Il a publié quatre livres aux éditions Stock entre 1991 et 19988. Son
écriture est marquée par un destin, le sien, celui d’un Kabyle arraché à son village
d’Algérie en 1957. A la mort de sa mère, Mounsi, âgé de 7 ans, rejoint son père, ouvrier à
Billancourt. Il habite alors le bidonville de Nanterre où une génération muette accueille
ses enfants ; mais eux ne se tairont pas : “ nos pères ne criaient pas, ne s’expliquaient
pas. C’est ce silence qu’il vous est demandé de déchiffrer dans le hurlement des
enfants ”9. Le souvenir de son village, “ riche d’êtres aux gestes étincelants ”10, de sa
grand-mère, conteuse, qui “ parlait comme si rien dans le monde présent n’avait
d’importance, comme si la lumière de la légende brillait plus que le soleil visible ”11, de
Leïla et de ses yeux verts, tous ces souvenirs accompagneront Mounsi dans sa vie
d’enfant blessé, dans la délinquance, puis dans sa vie d’artiste et de créateur, musicien,
chanteur et compositeur d’abord, acteur et, enfin, écrivain aujourd’hui, cinéaste demain,
peut-être.

La rencontre avec François Girard, directeur du Chaplin12, a lieu au théâtre de l’Odéon,
lors de la lecture publique d’une pièce, Les terres de minuit. Après quelques expériences
de production vidéo, le principe d’une résidence au Chaplin sur le thème Ecrit/Ecran est
arrêté. La résidence se déroulera de novembre 1999 à avril 2000. Mounsi l’aborde “ à la
manière d’un jazzman. J’ai amené des amis, des compagnons de route, une conteuse, un
photographe ; ce sont les réactions des gens dans le lieu qui ont déterminé les formes de
la création ”. Pendant ces six mois Mounsi passera trois jours par semaine au Chaplin où,
avec les habitants du Val Fourré, il réalisera divers travaux d’écriture autour de ce thème :
les prisonniers écrivent sur les murs, sur quoi écrivez-vous ?

Pendant sa résidence, Mounsi a travaillé, entre autres, avec une classe d’art plastique du
collège André Chénier sur le thème des horizons ; il a écrit un conte avec les enfants du
centre de loisirs Jules Guesde, une chanson avec les adolescents d’un centre social et les
animateurs de l’atelier hip-hop, échangé des courriers avec une figure de Mantes-la-Jolie,
mémé Marcelle.

8
  La noce des fous, 1991 ; La cendre des villes, 1993 ; Territoires d’outre-ville, 1995 ; Le voyage des âmes,
1997. Les citations sont extraites des livres de Mounsi et d’entretiens réalisés avec lui.
9
  Territoire d’outre-ville, p. 17.
10
   Le voyage des âmes, p. 153.
11
   Le voyage des âmes, p. 35.
12
   Voir la monographie “ Partenariats et usagers collectifs ” pour plus de détails sur le Chaplin.



                                                   - 14 -
Dans le domaine du multimédia et en relation directe avec l’ECM, la résidence a été
marquée par deux événements montés en partenariat avec trois autres ECM, la Friche de
la Belle de Mai à Marseille, le Fourneau à Brest et Culture Commune à Loos en Gohelle :
réservoir d’écritures et les haïkus multimédias. Le réservoir d’écritures s’est déroulé
pendant la fête de l’Internet, le 17 mars, simultanément dans les quatre lieux. Dans
chacun d’eux, étaient réunis un auteur, l’animateur de l’ECM et le public convié à venir
participer à l’événement. Chaque auteur a au préalable écrit un début de texte illustré,
avec le concours de l’animateur. Ces quatre fragments ont été mis en ligne simultanément
sur le site Web de la Friche le matin du 17 mars. Tout au long de la journée, dans chaque
ECM, les auteurs, les animateurs et les visiteurs ont eu la possibilité d’ajouter une suite à
chacun des textes, constituant ainsi un ensemble qui se situe entre le cadavre exquis et la
fiction arborescente. Au Chaplin, Mounsi a écrit un texte qui commence ainsi : “ Il est
mort, par hasard, parce que une balle avait tracé une trajectoire qui traversait sa gorge,
ou son poumon. ” (voir illustrations et sélection de textes en annexe). La deuxième et la
troisième manifestation, les haïkus multimédias, se sont tenues quelques mois après à
Marseille ; elle sont présentées plus loin.

La résidence s’est achevée en avril par une installation multimédia intitulée
“ Monde-Planète ” au Chaplin. Un prolongement de la résidence est en projet, un site
Web ainsi qu’une publication imprimée. En juin, François Girard et Mounsi ont tiré
ensemble le bilan de la résidence, de ses succès et de ses échecs, mais surtout ils ont
cherché à analyser les questions spécifiquement liées au multimédia dans la création. On
trouvera dans l’encadré suivant quelques extraits de ce dialogue.


                 Résidence Mounsi au Chaplin – Eléments de bilan

François : Je t’ai trouvé timide avec le multimédia. Par exemple, tu n’as pas envoyé ta question
sur les listes de diffusion. Est-ce que ça veut dire qu’écrire à un grand nombre de gens inconnus,
ça n’a pas de sens, que c’est une abstraction ?

Mounsi : Pour moi, le multimédia, ça vient en dernier, après coup. La tradition, c’est la présence
des corps. Même modernes, on a besoin de la rencontre physique. Il faut sentir le lieu ; comme
dans le jazz, il faut se connaître avant de se sentir libres et improviser. Ce qui m’intéressait au
départ, c’était de réunir des fragments. Donc, pour moi, le multimédia, il était forcément à la fin.
Le peintre se tient toujours près de sa toile. S’il veut voir son modèle, il doit faire un mouvement
de recul. C’est pareil. Je ne vais pas tout de suite sur les choses ; je regarde, il me faut le temps
de sentir, de connaître, de me faire une idée du lieu, des gens. Tout ce temps fait partie de la
résidence.
Cette résidence, c’est un trait d’union, un reflet entre les gens du Val Fourré et moi.
Le multimédia est là, mais il ne sert à rien. En plus, à Mantes, il y avait une impossibilité de travail
avec les animateurs ; on a eu des rapports classiques, une juxtaposition, mais pas de réelle
rencontre. Aucun des deux animateurs multimédias n’a lu un de mes livres ; c’était à moi de les
amener. Alors, je suis revenu à mon travail d’écrivain et j’ai introduit des gens de l’extérieur.

François : Le multimédia, je crois, pourrait quand même devenir un enjeu d’écriture. Dans les
films de Godard, la voix-off, c’est le livre. Ici, la voix-off, c’est celle des habitants ; rien ne peut se
faire, dans ces lieux, sans que les gens participent. Pourquoi dans ce quartier, y aurait-il des
paraboles et pas Internet ? Pourquoi ces gens-là, au moins les enfants, ne pourraient-ils pas
investir cet espace-là ? Pourquoi ne pas aller plus loin avec cette génération ? Les matinées
scolaires et le théâtre amateur ne sont pas des réponses. Ca ne fait pas de nouveau public. La
rencontre artiste-public est la seule réponse au problème posé.




                                                  - 15 -
Avec le multimédia, les publics, habituellement, ne vont consulter que ce qu’ils connaissent déjà :
le foot, les Pokémons. D’où l’idée, en posant un écrivain là-dedans, d’introduire la question du
sens, de sortir des univers connus. Un Mounsi qui n’est pas usager du multimédia, pose
justement la question de ce que l’outil peut apporter.
[…]
Mounsi : Il y a eu à Mantes des rencontres magnifiques qui ont donné lieu à des fragments
totalement réussis. Pendant le réservoir d’écritures, on a échangé par mail avec des gens d’une
cité, à partir d’un fait divers : un enfant est mort ; c’est devenu une tragédie grecque.
La résidence, c’est cela : tisser, coudre des fragments, jeter des mots pour qu’ils fassent des
ronds plus loin.
Pour la suite, je dirais : il faudrait recommencer mais, cette fois, rester une année. Il faudrait, par
exemple, communiquer avec des prisonniers, aux Etats-Unis. La deuxième phase du projet serait
véritablement multimédia. L’écran m’intéresse, c’est un matériel intéressant. Je peux écrire sur
les images, sur l’écran ; mais pour la réalisation, il faut absolument une rencontre avec quelqu’un
qui connaît les possibilités du matériel. Alors, un rapport peut se tisser ; on est stimulé l’un par
l’autre ; et ce sont deux choses qui en sortent.




Les haïkus multimédias

Le haïku est un court poème de la tradition poétique japonaise ayant 3 vers de 5, 7 et 5
syllabes. Par extension, il a été suggéré d’appeler haïku multimédia, une petite pièce
artistique multimédia consultable sur le Web et réalisée par un tandem constitué d’un
animateur multimédia et d’un artiste. A ces deux premiers principes - brièveté de l’œuvre,
co-réalisation par un artiste et un technicien -, est ajouté un troisième : les haïkus sont
créés dans un contexte coopératif et d’un événement auquel collaborent plusieurs
organismes ; de plus, les artistes qui participent à la création d’un haïku peuvent provenir
d’horizons variés, art plastiques, littérature, théâtre, danse, etc. Brefs, multimédias,
interdisciplinaires, collaboratifs et consultables sur le Web, tels sont les haïkus
multimédias.

L’idée est née dans le cadre des “ Controverses d’Avignon ”, un événement organisé
chaque été depuis 1998 par Avignon-Public-Off avec des partenaires parmi lesquels on
compte la Friche de la Belle de Mai de Marseille, Culture Commune de Loos-en Gohelle,
la Friche Collectif 12 et le Chaplin de Mantes-la-Jolie. Les haïkus ont été créés au cours
de deux sessions, la première à Marseille en février, la deuxième à Mantes-la-Jolie en
avril. Emmanuel Verges, responsable de l’ECM à la Friche et Claudine Dussolier, l’une
des instigatrices des Controverses, en sont les principaux animateurs Les haïkus
multimédias sont visibles sur le site de la Friche (http://www.lafriche.org, voir également
une sélection d’écrans d’haïkus en annexe).

Le projet des haïkus multimédias repose, au plan artistique, sur un pari qui est le même
que celui sur lequel s’est bâti tout l’art électronique : un pari sur la capacité d’artistes à
s’emparer pour leur compte des potentialités offertes par les techniques numériques. Au
plan de l’organisation, les haïkus sont un pari sur la capacité d’artistes et d’animateurs
multimédias à travailler efficacement ensemble. Une expérience, observée en 1997 13, de
formation conjointe d’élèves d’écoles d’art et d’élèves ingénieurs par le LLE
(Laboratoire Langage Electronique) et le CNAM (Conservatoire National des Arts et

13
  “ Observation et analyse d’usages des réseaux ”, Ministère de la Culture et de la Communication, 1998,
pages 95-109.



                                                - 16 -
Métiers) avait montré qu’une telle coopération se heurtait à plusieurs obstacles parmi
lesquels :

-      le niveau insuffisant de culture artistique des élèves-ingénieurs ;
-      la difficulté des élèves-artistes à formuler clairement leur projet ;
-      des différences irréductibles entre les types de relation à la technique : empirique
       et focalisé sur les technologies émergentes pour les élèves-artistes ; systématique
       et spécialisé sur les technologies stabilisées pour les élèves-ingénieurs.

On retrouve certains de ces obstacles dans le processus de création des haïkus
multimédias mais dans une forme beaucoup moins exacerbée car le profil des animateurs
multimédias est très éloigné de celui des ingénieurs du CNAM. Yffic Cloarec,
informaticien à l’origine, aujourd’hui responsable de l’ECM du Fourneau à Brest, est un
informaticien atypique. Sa coopération avec Pascal Rome, metteur en scène, pour créer
l’haïku intitulé La fameuse histoire des tigres lilliputiens est sans ombre. Mais dans
d’autres cas, le contexte particulier des haïkus fait apparaître des difficultés particulières.

Le processus de création d’haïkus multimédias commence par une séance au cours de
laquelle les artistes définissent brièvement leur intention, le sens de ce qu’ils souhaitent
exprimer. Mounsi choisit un thème qui s’identifie à celui de sa résidence : “ murs de
Mantes, murs de la Friche, mur de l’écran, murmures ”. La première session de
Marseille se déoule, de son point de vue, de façon très satisfaisante : “ Avec Ghyzlaine,
on a fait un haïku sur les grafitis de Marseille, en écho à ceux du Val Fourré. J’ai
retouché ces grafitis comme le ferait un peintre ; j’ai repris des mots sur les murs, j’en ai
inventé d’autres, des phrases sur lesquelles je réécrivais ”. Mais la seconde session de
Mantes sera pour lui beaucoup moins réussie : “ A Marseille, nous étions tous dans la
même salle. Nous avons travaillé ensemble. Certains m’ont prêté leurs voix et moi j’ai
tourné une scène de danse pour un autre. A Mantes, quelques mois après, ça ne s’est pas
passé de la même façon. Le charme s’est rompu. Il n’y a pas eu de coopération entre
nous. Chacun était sur sa machine ; personne ne bougeait. A Marseille, on était tous
logés au même endroit, il y avait un climat de confiance. A Mantes, chacun allait de son
côté. C’est peut-être à cause de cela ; je ne sais pas. Peut-être, aussi, l’ambiance du Val
Fourré qui est assez dure. Ce sont des choses subtiles. ”

Dans une ambiance moins chaleureuse, le défaut de complicité et de complémentarité
entre l’artiste et l’animateur multimédia peut s’avérer fatal. Mounsi et Ghyzlaine finiront
par renoncer à créer ensemble un deuxième haïku. L’animatrice de l’ECM a été frustrée
tout autant que Mounsi par la divergence de leurs attentes respectives : “ Les artistes, on
ne peut pas réaliser toujours ce qu’ils demandent. Et puis, ils ne savent pas toujours ce
qu’ils veulent. Pendant la deuxième semaine, Mounsi a changé trois fois d’avis. Il voulait
autre chose qui n’avait rien à voir. C’était de l’improvisation. On ne pouvait jamais
finir ”.

En général, la coopération avec un animateur multimédia a été considérée positivement
par les artistes : “ l’association avec mon binôme, David, a été intéressante et il me
semble que nous avons réussi a trouver un terrain d’échange de propositions à la fois sur
le plan artistique et technique. L’idée, peut-être folle, de travailler en co-auteur me plaît
parce qu’elle dérange et déloge chacun de son endroit habituel. On doit se rendre clair,
même quand on ne peut pas, renoncer a certaines choses pour y revenir etc., et nous



                                            - 17 -
avons trouvé un mode de dialogue dans le faire. ” (Anna Mortley)14. Plusieurs artistes
expriment également un sentiment de frustration à l’égard de la technologie multimédia,
provenant le plus souvent du temps important qu’exigerait la maîtrise des potentialités et
des contraintes de la technique : “ j'ai ravalé mon stress et mes envies de meurtres nés de
mon incompétence technique et de mes envies de tout gérer. […] J'aurais aimé terminer
mon haïku correctement, j'aurais aimé travailler sur un laps de temps plus long et
connaître un peu mieux les possibilités et les incapacités de l'ordinateur ” (Corinne
Maziéro). Mais ces frustrations qui signalent un désir créatif inassouvi peuvent aussi être
perçues comme la promesse de développements à venir : “ si l’artiste peut, en amont,
évaluer ce qu’il est possible de faire en fonction des logiciels et s’il peut appréhender le
jargon propre à la création de site web, le travail avec le concepteur et la mise en place
des projets n’en seront que facilités. De plus, cela peut permettre de gérer plus justement
les frustrations de chacun ” (Virginie Blanc).

Les haïkus multimédias en sont à leur début et nul ne sait ce qu’ils deviendront.
Indépendamment de la qualité artistique des objets multimédias auxquels ils aboutissent,
les haïkus, les réservoirs d’écriture ou les carnets de fiction, dernière invention en date
des Controverses, se présentent tous avec cette dimension collective et événementielle
qui fait une partie importante de leur spécificité et exerce donc une influence majeure sur
leur qualité. Cette particularité est-elle essentielle ? Peut-on imaginer que, hors de tout
contexte, un artiste et un technicien du multimédia puissent s’associer n’importe où et
n’importe quand pour créer un haïku multimédia ? Ou bien les haïkus devront-ils, pour
préserver toutes les caractéristiques dont ils ont été dotés initialement, continuer à se
présenter comme un ensemble de performances collectives et datées ? Pour Emmanuel
Vergès, ils ne sont qu’un moment, une étape, un brouillon dans un mouvement de fond
qui pose deux questions capitales : “ comment les artistes peuvent-ils investir l’espace du
Web ? Et comment peuvent-ils le faire en travaillant avec des techniciens ou des
animateurs multimédias, mais aussi avec le public ? ”


C’est trop beau

L’association Aymon Lire de Bogny-sur-Meuse est à l’origine du projet C’est trop beau,
titre d’une borne interactive créée en 1999 par 170 élèves d’écoles (CM2) et de collèges
(6ème) encadrés par trois graphistes, Jean-Marc Bretegnier, Virginie Legrand et Stéphane
Courtois, un photographe, Olivier Pasquier, un concepteur multimédia, Antoine Denize,
le responsable de l’ECM, Erik Pilardeau et l’animateur multimédia, Frédéric Massiet. Ce
projet se prolonge en 2000 et 2001 avec la même équipe et dans des conditions
semblables mais avec une ambition plus grande : produire et éditer un cédérom. Enfin,
Jean-Marc Bretegnier est également à l’initiative du projet Passage en images dans lequel
plusieurs ECM et des établissements scolaires du secondaire se trouvent impliqués.

Le projet décrit ici qui concerne la création de la borne interactive et les ateliers
préparatoires à la création du cédérom est donc un moment dans un processus large de
création d’œuvres multimédias dont le cadre institutionnel est celui d’un partenariat entre
des établissements scolaires, écoles et collèges, et des institutions culturelles, en

14
   Propos recueillis par Valérie Tartier, extraits d’un texte bilan des haïkus disponible à :
http://www.lafriche.org/manifeste/index_.html



                                           - 18 -
l’occurrence des ECM. Le projet a été soutenu financièrement par la DRAC de
Champagne-Ardennes dans le cadre d’un plan local de développement culturel et par la
Fondation de France ; une demande de soutien auprès de l’Education nationale est en
cours d’examen.


Déroulement

La borne interactive a été créée entre décembre 1998 et juin 1999, date à laquelle elle fût
présentée dans le hall de l’inspection académique. Le processus de création a connu deux
phases principales. Dans un premier temps, les trois graphistes ont encadré et animé une
série d’ateliers de création dans six classes de CM2 et une classe de 6ème à
Bogny-sur-Meuse, Thilay et Charleville. Certains de ces ateliers se sont tenus pendant le
temps scolaire d’autres en dehors et pour ces derniers, tantôt dans l’établissement
lui-même, tantôt à l’ECM de Bogny.

Au cours de ces ateliers, les 170 élèves impliqués ont été invités à constituer leur
“ micro-musée personnel ” fait de choses et de personnes auxquelles chacun est
sentimentalement attaché : une marchande de fleurs, un professeur de judo, un chasseur,
une coiffeuse ; pour les objets, par souci d’homogénéité, le projet s’est orienté vers les
doudous dans lesquels les émotions de l’enfance s’incarnent si bien. A partir de cette
collection, les enfants ont photographié, dessiné et écrit dans un cadre contraint par une
série de scénarios simples. Par exemple, chacun devait photographier lui-même une
personne de son entourage avec un appareil numérique et écrire un court texte de
présentation servant à justifier son choix. Dans un deuxième temps, le texte était lu et
enregistré sous forme numérique, la photo cadrée et un détail choisi pour être reproduit en
mosaïque sur l’écran (voir photo). Sept scénarios semblables ont été conçus et réalisés
collectivement.

La création d’une telle œuvre suppose une organisation rigoureuse. Les enfants sont les
auteurs exclusifs des dessins, des photos et des textes de la borne. Certains d’entre eux ont
participé, aux côtés des graphistes, du concepteur multimédia et de l’animateur de
l’ECM, dans le cadre des ateliers extra-scolaires, à l’importante phase d’intégration des
données : numérisation des dessins, mise au format des images, indexation, etc. La phase
finale de la production, programmation des fonctions interactives, intégration de
l’ensemble des données, test, a été effectuée en une semaine à l’ECM de
Bogny-sur-Meuse par Antoine Denize et Jean-Marc Bretegnier.

La borne a été réalisée avec des logiciels standards de production multimédia : Photoshop
et Director. Pour Antoine Denize, la difficulté d’emploi de ces outils professionnels
n’empêche pas leur utilisation par des enfants, dès lors que celle-ci est encadrée par un
adulte maîtrisant parfaitement bien le logiciel. Nous reviendrons sur cette question dans
la dernière partie de l’étude car elle se pose à tous les ECM pratiquant la production
multimédia avec des enfants et des débutants.


Qualité esthétique et pédagogique




                                           - 19 -
Antoine Denize tient à ce que le résultat final de ce travail, même s’il peut être diffusé
sous forme d’un cédérom, soit qualifié de borne interactive : “ Contrairement à un
cédérom, une borne interactive se consulte dans un espace public généralement debout et
sur une courte durée. ” Mais au-delà de cette distinction sur les modalités de diffusion de
l’œuvre, que peut-on dire d’elle ? D’abord, qu’elle est une œuvre collective, mais avec
une forte direction artistique : au talent spontané des enfants, s’est ajouté celui des
intervenants adultes qui ont, d’une part, exploité au mieux les contributions des jeunes
créateurs en leur conservant leur qualité expressive et leur authenticité, d’autre part,
imaginé des scénarios d’intégration et de présentation simples et originaux, réalisé enfin
une interface intuitive particulièrement réussie. Dans cette coopération entre un grand
nombre d’amateurs encadrés par des professionnels talentueux, chacun a trouvé
l’occasion de valoriser au mieux ses apports. Une telle démarche, si elle est rare dans le
monde de l’art, l’est moins dans celui de l’éducation : les fresques qui ornent certains
murs de récréation, les décors des fêtes de fin d’année sont souvent conçus de cette façon.

Sur le fond, la qualité de la borne repose principalement sur deux éléments : d’une part la
représentation d’objets et de personnages familiers, sortis, mais sans brutalité, de leur
intimité ; d’autre part l’accumulation d’un nombre important de ces objets et de ces
personnages. C’est ce que souligne Antoine Denize, en oulipien convaincu 15 : “ un
doudou, c’est peu de chose, mais une collection de 170 doudous, ça commence à devenir
intéressant ! ”. Le charme recherché dans cette accumulation d’objets dérisoires rappelle
les travaux de Christian Boltanski dans le domaine des arts plastiques ou celui des
Deschamps dans le spectacle vivant. On peut voir dans cette démarche une sorte
d’hommage rendu par des artistes à ceux qui sont restés dans l’ombre, une volonté
d’équilibrer la contribution des amateurs et celle des artistes.

On doit aussi s’interroger, puisqu’il s’agit aussi d’une œuvre conçue dans un cadre
éducatif, sur les qualités strictement pédagogiques du processus et de son résultat. Il
faudrait ici bien distinguer le bénéfice pédagogique réel retiré par les 170 enfants de
Bogny, Thilay et Charleville et celui, potentiel, que l’utilisation de la borne pourrait
procurer à des enseignants et des élèves n’ayant pas participé à sa création. Pour les
premiers, seule une évaluation spécifique auprès des enfants et de leurs enseignants
pourrait apporter une réponse. L’investissement constaté des enfants, l’enthousiasme
manifesté par certains, que ce soit sur le plan graphique ou technologique, sont des signes
encourageants. Erik Pilardeau, responsable de l’ECM et ancien instituteur, observe
cependant que l’implication des enseignants dans la démarche a sans doute été trop
faible : “ nous n’avons pas su les intéresser suffisamment ; ils ne suivaient généralement
pas les ateliers hors temps scolaire ; et puis, ils s’attendaient à ce qu’on fasse un cédérom
qui serait distribué à tout le monde à la fin ”. En ce qui concerne l’exploitation
pédagogique du produit final par des enseignants et des élèves étrangers à sa réalisation,
les arguments avancés dans un sens ou dans un autre ne peuvent être que spéculatifs. Sur
le plan didactique, la borne constitue, pour les enseignants tentés par la production
multimédia, un bon exemple de ce qu’il est possible de faire avec des enfants du primaire.
La participation de professionnels de bon niveau est, de toute évidence, un facteur décisif
pour la qualité du produit final. La démonstration de ce constat est importante car, très
souvent, la faible qualité technique et esthétique des réalisations encadrées par des
enseignants insuffisamment qualifiés sur le plan technique, méthodologique ou artistique
15
  Antoine Denize est l’auteur du cédérom “ Machines à écrire ”, conçu pour partie autour de l’œuvre de
Raymond Queneau.



                                               - 20 -
peut exercer un effet dissuasif sur ceux qui s’interrogent. Mieux vaut donc mettre sous les
yeux de ces enseignants des produits de qualité, comme celui-ci, qui les inspireront pour
leurs propres projets ou les aideront à bien choisir leurs intervenants extérieurs.

Pour les auteurs, la dimension artistique du projet reste cependant principale. L’invitation
à la navigation contemplative dans cette série de petits musées s’adresse, au-delà de toute
intention pédagogique, à une grande variété d’usagers, enfants et adultes ; la borne
interactive vise, comme toute œuvre d’art, à faire naître, chez le “ spectateur ”, une
jouissance et une émotion spécifiques. Dans le texte suivant, se référant, à d’autres
expériences réalisées avec l’association Aymon Lire16, ils tentent d’en préciser la nature :
“ En quoi les petites histoires de doudou, les souvenirs d’usine d’un vieux bonhomme, le
son du pilon de la Grosse Boutique ou le trajet du facteur d’un petit bled des Ardennes
peuvent-ils intéresser les petits et grands de Toulouse ou de Paris ? Quel plaisir peut-on
prendre à dériver le long de la Meuse, accompagné par des poèmes d’enfants qu’on ne
connaît pas, dans un pays qu’on ne connaît pas ? Peut-être le même plaisir que lorsqu’on
feuillette un album photo, ou une pile de lettres attachées d’une petite ficelle, trouvés au
fond d’une valise achetée aux puces. Le plaisir de frotter sa mémoire à celle de ces
inconnus qu’on voit vivre, vieillir au long des pages qu’on tourne, plaisir universel de
visiter ces petits musées de la mémoire et s’amuser avec leurs images, et, qui sait, de nous
mettre à interroger nous aussi nos fonds de poches. ”



Eléments d’analyse du processus de création

Les exemples observés suggèrent un certain nombre de réflexions et d’analyses qui sont
regroupées ici autour de quatre problématiques :

-        le rapport à la technique : le multimédia et ses technologies n’ont-ils pas tendance
         à étouffer la question du sens sous des problèmes de forme et des questions
         techniques ?
-        l’art des amateurs : quel statut donner aux pratiques artistiques amateurs ?
-        la relation artiste-amateur : quels sont les enjeux artistiques et éthiques de la
         coopération entre artistes et amateurs ?
-        la relation artiste-animateur multimédia : à quelles conditions la coopération
         entre un artiste et un spécialiste du multimédia peut-elle être réussie ?


L’art et la technique : effroi et jubilation

Effroi

La première problématique porte sur le rapport à la technique. Elle cache une controverse
que François Girard, directeur du Chaplin, mettant en quelque sorte le feu aux poudres,
pose dans les termes suivants : “ Face aux haïkus multimédias, je suis saisi d’effroi. Les

16
  Notamment, “ Petites illuminations ”, réalisé en 1997 ; inspirés par les poèmes d’Arthur Rimbaud, natif
de Charleville, des enfants ont participé à des ateliers d’écriture et exposé leurs poèmes sur les berges de la
Meuse.



                                                    - 21 -
gens se creusent la tête sur des questions techniques. Et j’ai du mal à trouver les
questions de fond. Parce que ça ne raconte rien. Rien de rien… ”. Le multimédia serait-il
donc un piège pour l’expression artistique ? La question du sens y serait-elle en
permanence étouffée par une fascination maniaque pour la forme, par une confrontation
sans fin avec des questions d’ordre technique ?

La question posée avec cette brutalité mérite d’être analysée finement car elle est
difficile. La question du rapport à la technique se pose à toute forme d’expression
artistique. Les formes traditionnelles, musique, danse, peinture, exigent la maîtrise d’une
technique difficile à acquérir. La qualité technique d’une œuvre n’est pas une condition
suffisante pour sa qualité artistique, mais elle en est toujours une condition nécessaire.
L’art transcende la technique et, en même temps, la contient. Le multimédia s’inscrit
simplement dans cette tradition : pour créer une œuvre multimédia, il faut bien maîtriser
la technique du multimédia. Pourquoi s’offusquerait-on donc davantage devant des
artistes multimédias ferraillant avec Photoshop que devant des pianistes peinant sur leurs
gammes ? Il est vrai que d’importants mouvements de l’art contemporain ont rejeté
l’habileté gestuelle et mis en valeur des formes d’expression débarrassées de la question
technique. Peut-être s’attendait-on à trouver le multimédia, technique contemporaine s’il
en est, aux côtés de ces avant-gardes. L’histoire des arts électroniques visuels, jeune mais
déjà substantielle, montre au contraire que la plupart des artistes multimédias ont un
rapport à la technique que l’on pourrait qualifier de traditionnel : l’excellence technique y
est souvent recherchée et revendiquée comme telle.

Cet argument ne met pas un terme à la controverse car les observations de terrain,
notamment celles qui ont été faites dans les écoles d’arts plastiques, montrent que le
multimédia semble exercer, par rapport à d’autres techniques, une fascination singulière.
C’est ce que constate à son tour Chantal Bernard, directrice de l’EMAP de Saint-Nazaire :
“ le multimédia, c’est comme la BD, les gens se focalisent ; une fois qu’ils ont commencé,
on ne peut plus les décoller ”. On pourrait compléter cette remarque en soulignant que
cette fascination touche davantage les hommes que les femmes et davantage les enfants
que les adultes, ce qui renvoie à des considérations sociologiques et psychologiques sans
rapport direct avec la question de l’art. La participation à un atelier de pratique artistique
peut n’être qu’un prétexte pour certaines personnes qui ne seraient en fait motivées que
par la technologie ou par les jeux vidéos. Chaque fois que cela se produit, et il est clair que
cela se produit, y compris dans des exemples que nous avons cités ici, l’“ effroi ”
qu’éprouve François Girard est justifié. Mais il faudrait encore dépasser ce niveau
psychologique pour comprendre, au fond, ce qui fait la spécificité de l’art multimédia
dans son rapport à la technique.


Jubilation

Pour donner un début de réponse, il faut se rapprocher d’un artiste multimédia, par
exemple d’Olivier Moreels qui anime les ateliers de création multimédia à l’EMAP de
Saint-Nazaire. Après des études aux Beaux-Arts de Nantes, Olivier a pratiqué diverses
activités dans un laboratoire photo ou comme régisseur de théâtre tout en poursuivant son
travail d’artiste, photo, multimédia, musique. Depuis septembre 1999 il expose ses
travaux dans divers lieux et donne 4h1/2 de cours à l’EMAP. Son rapport à la technique
est typiquement celui d’un artiste, pratiquant systématiquement l’apprentissage inductif,



                                            - 22 -
à l’opposé de la démarche du technicien : “ Je pratique beaucoup, je me casse les dents
en essayant. C’est assez créatif ; les erreurs permettent de détourner, de faire des choses
imprévues. Je ne lis jamais les manuels ; c’est une question de temps : on n’a pas le
temps. On prend ce qui nous intéresse, on va dans la direction de notre projet. Je
transmets cette façon de faire aux élèves. Je connais des étudiants qui n’utilisent qu’un
logiciel ; ils le connaissent parfaitement. Mais les nouveaux outils annulent les
précédents. Par exemple, la nouvelle version de Photoshop n’a rien à voir avec la
précédente. Nous, on veut utiliser plusieurs logiciels, donc, on va vite. ”

En octobre 1999, Olivier travaille avec une douzaine d’adolescents sur le thème de la
grimace. A partir d’une photo numérique, chacun utilise des fonctions particulières de
Photoshop pour déformer les traits du visage, changer les couleurs, ajouter des éléments
grotesques. Au cours de la séance, de façon surprenante, l’ambiance est plutôt
concentrée. Olivier, fidèle à la ligne qu’il s’est fixée, laisse chacun faire à sa guise, activer
des fonctions inconnues, courir le risque d’effets aléatoires. Mais en y regardant de près,
on constate qu’il lui arrive d’intervenir d’une façon déterminante, notamment pour
interrompre les manipulations. Olivier surveille les écrans, il s’approche et dit : “ tu
devrais t’arrêter maintenant, c’est bien comme ça ”. Car s’il existe un piège
informatique, c’est bien là qu’il se tient : dans la tentation toujours offerte de ne jamais
arrêter, d’ajouter, de corriger, d’améliorer, sans fin. Tout l’art, si l’on peut dire, c’est de
savoir s’arrêter au moment opportun. Et effectivement, les visages déformés qui ont été
imprimés puis affichés sur les murs de l’atelier sont, presque tous, intéressants, originaux,
sans surenchère visuelle.

L’atelier “ grimaces ” s’est tenu quelques jours avant l’inauguration officielle de l’ECM à
l’occasion de laquelle, une exposition des travaux réalisés à l’école a été montée. A la
même époque, une œuvre de Christian Boltanski, “ les enfants de Dijon ” (1986),
appartenant au musée des Beaux-Arts de Nantes était exposée dans une chapelle voisine
de l’école, la galerie des Franciscains. Cette œuvre est composée d’une série de portraits
photographiques d’enfants, accrochés sur les murs de la chapelle et reliés entre eux par
des guirlandes électriques aux ampoules à filament d’un jaune blafard. Il n’en fallait pas
davantage pour donner l’envie à Olivier de réaliser, pour l’exposition à l’ECM, un
pastiche gai et irrévérencieux de cette œuvre grave : les portraits réalisés pendant l’atelier
“ grimaces ” ont été accrochés aux murs d’un couloir de l’école et reliés entre eux par une
guirlande de Noël achetée au bazar du coin : les enfants tristes de Dijon sont devenus les
enfants joyeux de Saint-Nazaire…

Début 2000, Olivier anime un autre atelier de création de pages Web. Au départ, aucune
orientation n’est donnée aux participants, adolescents et adultes, ni quant à la forme, ni
quant au contenu : “ faites ce que vous voulez, éclatez-vous ” leur dit Olivier. Chacun
choisira donc le sujet et la mise en forme qu’il voudra 17 . Mais, comme dans le cas
précédent, l’intervention d’Olivier sera décisive, non pas, cette fois, pour marquer le
moment de l’arrêt, mais pour réunir tous ces “ petits boulots ” dans un même ensemble
et composer une œuvre collective cohérente. Un site dont il réalisera lui-même la
structure et les pages d’accueil sera ouvert sur Wanadoo. Le thème retenu est celui des
bouteilles à la mer : chaque page personnelle devient un message enfermé dans une
bouteille qui sera lancée dans l’océan du Web. Pour que l’effet soit pleinement réussi, il

17
     Voir en annexe une sélection de pages malheureusement privées de leurs effets d’animation.



                                                  - 23 -
faut que l’adresse URL du site devienne elle-même un message mis en bouteille ; mais
cette fois, il s’agira d’une vraie bouteille, lancée dans la vraie mer, au large de
Saint-Nazaire, avec ce seul message : http://perso.wanadoo.fr/bouteilles/ici.htm
Malheureusement, pour des raisons pratiques liées au naufrage de l’Erika, ce projet de
lancement ne pourra pas se réaliser. Une autre solution, tout aussi poétique sera
finalement adoptée : des étiquettes portant l’adresse du site, attachées à de petites pinces,
seront épinglées discrètement au bas des manteaux des visiteurs de l’exposition de fin
d’année et partout dans la ville.

Pour qualifier sa démarche, Olivier dit : “ il faut que ce soit ludique ”. On retrouve dans
les haïkus multimédias réalisés par l’équipe du Fourneau cette même dimension, joyeuse,
jubilatoire. Ce qu’Olivier transmet à ses élèves, c’est une certaine relation à la technique,
décomplexée, irrespectueuse, exploitant sans retenue les possibilités d’un logiciel, ses
effets prévus et imprévus. Par une approche inductive des outils et le soutien toujours
disponible d’un animateur expérimenté, des enfants et des adultes débutants en
informatique réussissent à utiliser des outils comme Photoshop ou Director pourtant
dotés de fonctions nombreuses et réputées difficiles. Antoine Denize et Frédéric Massiet
ont appliqué les mêmes principes pour la borne C’est trop beau à Bogny : “ Nous avons
travaillé avec Director. A chaque étape, on montre aux enfants la fonction qui nous
intéresse, comment il faut s’y prendre. Et ils se débrouillent très bien seuls, sans
problème. Ca ne servirait à rien de travailler des logiciels spécialisés pour les enfants ou
les débutants. Ce serait du temps perdu et ça limiterait les possibilités. ” Dans le même
esprit, Pascal Raguideau à Saint-Nazaire explique : “ je crois surtout aux petits logiciels
tout simples comme Dubbler 2 pour l’animation, I-movie pour le montage vidéo ; ça
s’apprend en une heure au maximum avec des enfants de 8 ans ”. Le recours à des
logiciels “ professionnels ” est, en définitive, une condition nécessaire pour que les
amateurs, les artistes et les animateurs multimédias puissent travailler ensemble.

La mise en évidence d’une forme particulière, jubilatoire, de relation à la technique ne
suffira pas à calmer les inquiétudes exprimées plus haut à propos du risque de disparition
du sens dans l’expression artistique multimédia. Bien au contraire : cette relation
jubilatoire n’encouragerait-elle pas à se satisfaire de contenus indigents au prétexte qu’on
s’est bien amusé avec un outil attrayant ? Pour poursuivre l’analyse, on ne peut éviter de
considérer avec attention la qualité des acteurs. Dans les ECM, le travail porte sur
l’expression artistique d’amateurs, enfants, adolescents et adultes. Or, le statut de l’art des
amateurs reste difficile à définir : comment ne pas le limiter à un art d’apprenti et
comment éviter de ne le percevoir que par comparaison, forcément défavorable, avec
celui des artistes reconnus ? L’art des amateurs ne peut-il être qu’un art d’élève ou un art
“ moins bien ” que celui des vrais artistes ?


L’art des amateurs : un art pluriel encadré

Les amateurs ne se définissent pas eux-mêmes comme des artistes. On considère
généralement que les œuvres qu’ils créent, bien qu’elles entretiennent un certain rapport
avec l’art, ne sont pas, à proprement parler, des œuvres d’art. Mais depuis l’invention de
l’art brut, on sait que des considérations plus subtiles peuvent être introduites à l’intérieur
de ces découpages trop simples.




                                            - 24 -
Les ateliers de création et d’expression artistiques observés dans le cadre de l’étude,
présentent deux caractéristiques notables : le processus de création d’œuvres y est
toujours inscrit dans une démarche collective et il est toujours encadré par une personne
pouvant se prévaloir du statut d’artiste. Les œuvres créées dans ces ateliers doivent donc
être considérées et appréciées, sur le plan artistique, à l’échelle de ce collectif : non pas
telle grimace ou telle page html créée à l’école de Saint-Nazaire, mais leur réunion dans
un pastiche de Boltanski ou dans un site perdu sur le Web ; non pas tel poème mais le
réservoir d’écritures dans son ensemble ; non pas tel haïku multimédia mais la collection
de tous les haïkus créés simultanément à Mantes, Marseille, Loos et Brest. Assumer cette
dimension collective dans le travail des amateurs n’empêche pas d’y reconnaître la
présence d’éventuels éclats individuels, signes d’une inspiration subite ou d’un talent en
gestation. Ainsi, le visiteur du réservoir d’écritures ou du site bouteilles à la mer
croisera-t-il sur son chemin un fragment exceptionnel, chargé d’émotion. Mais ce
fragment n’exprimera pleinement sa valeur que logé au sein de l’œuvre collective qui lui
a servi de matrice. C’est à cet ensemble que la question du sens doit être posée. C’est à ce
niveau également qu’intervient l’encadrant, l’artiste mis, pour l’occasion, en position de
guide d’un groupe d’amateurs avec pour mission d’organiser leur travail commun pour
lui donner un sens, une expression qui peut alors, éventuellement, être qualifiée
d’artistique. La réalité des pratiques observées dans les ECM n’est pas une juxtaposition
de démarches individuelles mais une démarche collective encadrée.

De ce point de vue, l’exemple le plus convaincant est certainement celui de la borne
“ C’est trop beau ”. Chaque image, chaque photo, chaque texte contenu dans le cédérom
n’est en lui-même porteur que d’un infime fragment de sens ; et le sens de cette œuvre
unique dépasse de beaucoup la seule addition du sens de tous les fragments dont elle est
composée. Dans cette opération, l’artiste joue un rôle essentiel et l’opération ne peut être
considérée comme réussie que si la relation entre lui et ceux avec qui il a travaillé l’est.


Qualité et éthique dans la relation des artistes avec le public

L’analyse de la relation des artistes avec le public dans les ECM conduit à distinguer
quatre types de contexte :

-      les visites d’artistes qui viennent dans un ECM pour y montrer une œuvre ou
       réaliser une performance ;
-      les résidences d’artistes comme celle de Mounsi à Mantes-la-Jolie ou les haïkus
       multimédias ;
-      les ateliers à vocation de production coopérative comme C’est trop beau, le
       réservoir d’écritures.
-      les ateliers à vocation éducative comme ceux qui se tiennent dans les écoles de
       Saint-Nazaire et de Saint-Cyr-sur-Loire, le centre culturel de Tinqueux ou la MGI.

Les ECM invitent régulièrement des artistes ; ce sont par exemple les expositions du
centre de création pour l’enfance de Tinqueux ou de la MGI, citées plus haut. L’EMAP de
Saint-Nazaire a produit, à l’occasion de l’inauguration de l’ECM et d’une exposition de
fin d’années, des performances avec Nicolas Simarik, étudiant post-diplôme aux
Beaux-Arts de Nantes (voir une illustration de cette performance en annexe). Dans le cas
des résidences, l’artiste invité définit son projet, il en assume la responsabilité, il en est



                                            - 25 -
l’auteur. De la même façon, tous les textes produits à Mantes-la-Jolie, hormis ceux du
réservoir d’écritures, sont de Mounsi. François Girard insiste pour écarter tout risque de
confusion avec un atelier d’écriture : “ l’écriture s’alimente des discussions avec les
gens ; mais c’est Mounsi qui écrit ”. Les haïkus multimédias sont réalisés par deux
créateurs, chacun dans sa spécialité, mais la logique reste la même. Tous ces cas,
correspondent à une forme traditionnelle de relation entre l’artiste et le public : l’artiste
assume son statut de créateur responsable, le public, celui de spectateur.

Le public ne devient véritablement acteur de la création en contribuant à ses contenus que
dans le cadre des ateliers. Pour bien analyser la relation qui s’établit alors entre les
participants de l’atelier et l’artiste qui les encadre, il faut distinguer suivant que l’objectif
principal est de produire une œuvre collective ou bien de développer l’expression
artistique des participants. Dans le premier cas, la priorité est mise sur le résultat, dans le
second sur le processus. Lorsque l’objectif principal est éducatif, ce qui compte n’est pas
la valeur du produit final mais celle de la démarche, dans toute son étendue. On ne peut
s’empêcher de rapprocher ce renversement des priorités et celui que l’on peut observer
dans certaines formes de l’art contemporain : avec les performances par exemple, l’œuvre
n’est plus un objet fini obtenu au terme du processus de création ; elle est incorporée au
processus au point de s’identifier avec lui. On comprend mieux alors pourquoi, à
Saint-Nazaire, à Tinqueux, à Saint-Cyr-sur-Loire et à la MGI, la démarche éducative qui
est fondamentalement celle de ces organismes s’accommode si bien, du moins avec les
publics jeunes et adolescents, d’une approche artistique très contemporaine.


Qualité

Dans un dispositif qui réunit au sein d’un même projet plusieurs amateurs encadrés par un
artiste ou par un éducateur spécialiste de la création, la question de la qualité18 de l’œuvre
ou des œuvres créées, quelle que soit leur forme, peut être posée mais elle doit l’être en
pleine connaissance des conditions et des objectifs de la démarche. On peut faire
l’hypothèse que l’importance de la contribution de l’artiste dans le processus de création
influence la qualité de l’œuvre. Deux exemple évoqués plus haut illustrent cette
hypothèse. Dans le cas du site bouteilles à la mer, Olivier Moreels ayant pris le parti de
laisser les élèves s’exprimer avec une très grande liberté, il ne sera pas difficile de repérer
sur le site des pages que l’on jugera laides, ratées ou sans intérêt. A l’inverse, dans la
borne C’est trop beau, les éléments graphiques ont certes été entièrement réalisés par les
enfants mais dans un cadre beaucoup plus contraignant fixé et contrôlé par les animateurs
ce qui explique le caractère beaucoup plus homogène des éléments graphiques visibles
sur l’écran. La part prise par les artistes dans ce travail a été objectivement plus
importante que dans le cas de bouteilles à la mer. La borne est plutôt l’œuvre de deux
artistes réalisée à partir de travaux d’enfants ; le site est plutôt un ensemble d’œuvres
d’enfants réunies par un artiste.

La qualité visuelle de la borne est-elle pour autant supérieure à celle du site ? Cette
question a en réalité peu d’intérêt. On peut autant aimer la rigueur et le charme de la borne
que les surprises et l’esprit de liberté du site. La touche finale d’Olivier pour le site n’est
18
   On ne considère ici que la dimension visuelle et graphique de l’objet créé, en évitant de se prononcer sur
sa valeur artistique, affaire de spécialiste, et sans doute sans grand intérêt pour des travaux d’amateurs dont
l’ambition principale reste éducative.



                                                    - 26 -
pas moins réussie que celle, plus continue, d’Antoine et de Jean-Marc pour la borne. Et il
est inutile de préciser que les enfants de Saint-Nazaire ont, collectivement, autant de
talent que ceux de Bogny.


Ethique

Lorsqu’une œuvre résulte d’une rencontre et d’une collaboration, le principe éthique
commande que la contribution de chaque participant soit reconnue, d’une façon ou d’une
autre, au sein de l’œuvre. Une telle reconnaissance dépend de la façon dont les tâches, les
responsabilités, les intentions, auront été partagées entre les participants tout au long du
processus de création. Tout projet collectif suppose un maître d’œuvre. Cette contrainte
d’organisation introduit une dissymétrie fondamentale au sein du groupe. Pour que
l’éthique soit respectée, il faut que le maître d’œuvre, à aucun moment, n’abuse de cette
dissymétrie, soit en imposant ses vues et en n’ayant avec les autres participants qu’un
rapport d’autorité, soit en exploitant de façon un peu cynique leurs productions
intermédiaires pour servir ses seuls objectifs 19 . Aucun argument rationnel ne peut
prétendre venir à bout des problèmes d’éthique. C’est leur caractéristique ; on les pose en
acceptant par avance qu’ils restent ouverts.

Jean-Marc Bretegnier, responsable du groupe Fabrication maison, lorsque l’on s’étonne
devant lui des modifications importantes apportées au projet Passage d’images20 dont il
est l’initiateur, s’en explique dans ces termes : “ Au départ, c’était notre projet, notre
programme. Mais il fallait que les gens se l’approprient. Il a donc fallu le faire évoluer ”.
Et lorsqu’on lui fait observer qu’il aurait peut-être dû laisser la forme du projet plus
ouverte dès le début, sa réponse est inspirée par des considérations pratiques difficilement
contestables : “ dans ce cas, on n’aurait pas pu convaincre, ni les financeurs, ni les gens,
de participer ”. De son côté, Stéphane Courtois, l’un des graphistes animateurs du projet
C’est trop beau observe avec une certaine lucidité : “ lorsqu’on a une série de séances
programmées avec les enfants, je ne leur dis pas toujours au départ quel est l’objectif
final ; si je le fais, ils vont droit au but et cherchent à l’atteindre tout de suite, dès la
première séance ”.

Face à ces questions, les pédagogues confirmés de Tinqueux, Saint-Cyr-sur-Loire ou de
Saint-Nazaire sont bien sûr plus à l’aise. La priorité qu’ils donnent à l’objectif éducatif les
protège des manquements à l’éthique. Mais cette protection n’est pas absolue. Des projets
réalisés dans ces écoles peuvent être plus proches de C’est trop beau que de Bouteilles à
la mer. Les artistes enseignants sont en effet soucieux de la qualité de l’œuvre finale,
qu’elle soit individuelle ou collective, car ils savent qu’elle est un facteur important pour
entretenir la motivation des élèves et, par conséquent, l’efficacité éducative de la
démarche. A chaque moment, l’enseignant se trouve en position de donner le coup de
pouce, de suggérer l’idée qui fera la différence ; il faut du talent et du doigté pour n’en
faire, dans ce registre, ni trop ni trop peu si l’on veut éviter que le talent du pédagogue ne
soit pas confondu avec celui du créateur qu’il est aussi. Pascal Raguideau, par exemple,

19
   Cette question pourrait aussi bien être posée aux artistes dont les installations reposent sur la contribution
des spectateurs, par exemple lorsque des messages envoyés par Internet s’affichent sur une grande roue
tournant sur les Champs Elysées ou sur un monument du Champ de Mars…
20
   Projet de création coopérative impliquant plusieurs ECM et d’autres institutions culturelle ; le projet
commencé en 2000 à la maison de l’image à Strasbourg se poursuivra au cours de l’année 2001.



                                                    - 27 -
lorsqu’il réalise, avec ses élèves, une fresque représentant une scène d’atelier sait que le
moment où seront arrêtés les paramètres de la fonction vitrail dans le traitement de
l’image par Photoshop est un moment clé de la démarche : l’image obtenue ne doit être ni
totalement abstraite, ni trop explicitement réaliste. Ils sait qu’il doit éviter de choisir
lui-même ces paramètres ou même de les induire ; il se contentera d’intervenir pour que la
décision soit maintenue ouverte jusqu’à ce que tous les participants, lui compris, jugent
que l’effet obtenu est satisfaisant.


Conclusion

Les ateliers de création et d’expression artistiques forment, avec l’initiation et l’accès
libre, la troisième des principales catégories d’activités des ECM. Ces ateliers ainsi que
l’accès à des contenus culturels en-ligne et hors-ligne revêtent une importance
particulière car ce sont eux qui distinguent le mieux les ECM des autres centres d’accès
publics existants ou projetés. Ils sont donc appelés à jouer un rôle essentiel de
renforcement du réseau des ECM et d’affirmation de la présence de l’art et de la culture
dans le réseau élargi des lieux d’accès publics.

Les études de cas et les analyses précédentes montrent que tous les ECM, même ceux
dont l’orientation culturelle semble éloignée du champ des arts plastiques, sont appelés à
mettre en place des ateliers de création et d’expression artistiques, soit sous forme de
résidences d’artistes, soit sous forme de coopérations avec d’autres ECM ou avec des
organismes extérieurs au réseau. Les exemples déjà nombreux dont l’étude ne donne
qu’un aperçu trop partiel ouvrent des perspectives prometteuses.

En suivant cette voie, en devenant des producteurs d’œuvres collectives et d’événements
culturels, les ECM affirment leur présence dans le champ artistique contemporain. Mais il
s’agit d’une présence singulière, originale à plusieurs titres. D’abord, sur le plan culturel :
en développant les pratiques artistiques fondées sur l’exploitation des technologies
d’information et de communication, les ECM montrent que le multimédia est, non
seulement une voie d’accès à des formes culturelles établies, mais en lui-même
susceptible de faire naître des formes nouvelles dont la technique ne serait pas
injustement exclue. Ensuite, sur le plan social : en faisant entrer des amateurs, jeunes et
adultes, comme acteurs de la création dans le champ de l’art contemporain, les ECM
participent à nourrir le débat sur la relation que l’art et les artistes vivants entretiennent
avec la société dans son ensemble et, en particulier, avec les catégories sociales pour
lesquelles ce lien est le plus faible. Enfin, sur le plan artistique : la coopération entre des
amateurs et des artistes reconnus, à l’intérieur de cadres institutionnels et
organisationnels adaptés, fait advenir des œuvres artistiques multimédias d’un nouveau
type ; l’histoire décidera de la place et de la valeur qui leur sera accordée.




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