france 1610 1715

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					     La France de 1610 à 1715 (Louis XIII et Louis XIV)



Bibliographie :

Bély L., La France moderne, PUF.
Bercé Y-M, La Naissance dramatique de l'absolutisme (1598-1661), Points Seuil.
Lebrun F., Le XVIIème siècle, A. Colin.
Leroy - Ladurie E., L'Ancien Régime, Plurielle.
Mandrou R., La France aux XVIIème et XVIIIème siècles, Nouvelle Clio.
Zysberg A., La Puissance et la Guerre (1661-1715), Points Seuil.




I/ Le règne de Louis XIII.

1) Louis XIII et Richelieu.


a) Les débuts du règne, 1610-1624.

        En 1610 : mort d'Henri IV. Le Chancellier Sillery demande au parlement de Paris de
déclarer Marie de Médicis, la reine-mère, seule régente pendant la minorité du nouveau roi.
Flatté d'une telle démarche, le parlement acquiesce aussitôt. Elle gouverna comme régente puis
jusqu'en 1614, comme chef du Conseil. Elle se laisse guider par les membres de son entourage,
surtout Concini, ambitieux plat et cynique, comblé d'honneurs (maréchal, marquis d'Ancre,
gouverneur de Péronne).Sous l'influence de Concini, elle s'oriente vers une politique
proespagnole et catholique. Sully en désaccord avec cette politique démissionna en 1611.

        Cela inquiète les protestants, malgré la confirmation de l'édit de Nantes. Il se regroupent
autour du duc Henri de Rohan, gendre de Sully et chef virtuel du parti protestant. Ils décident de
diviser le royaume en "cercles" dont les assemblées sont permanentes et obtiennent le maintien
des places de sûreté pour cinq nouvelles années. Les grands se rebellent : les princes de sang
Condé et Conti, princes du sang sont écartés du Conseil de Régence, mais aussi le duc de Guise
de la puissante maison de Lorraine, Gonzague de Mantoue... Pour les calmer, la régente dilapide
le trésor amassé par Sully. Mais ses largesses cessent faute d'argent. Pour calmer cette agitation,
la régente en 1614 convoque les Etats généraux. Mais les querelles entre les Ordres les
paralysent. De son côté, le clergé, dont le jeune évêque de Luçon, Richelieu, est l'un des
représentants les plus écoutés, souhaite la "réception" en France des décrets du concile du trente
mais se heurte au gallicanisme du tiers.

        La reine mère qui fait célébrer en novembre 1615 les mariages espagnols et s'en remet de
plus en plus à Concini, se trouve bientôt aux prises avec un nouveau soulèvement des grands :
en 1615 : Condé et Vendôme prennent les armes. Rohan lève des troupes protestantes. Concini
s'entoure d'hommes capables (Richelieu). Mais ces hommes sont discrédités. A la surprise
générale, c'est Louis XIII décide de prendre le pouvoir en main. Humilié, tenu à l'écart des
affaires, il s'est attaché à un noble provençal, Charles Albert de Luynes, qui l'a encouragé à faire
arrêter et juger Concini en fait, il est assassiné en 1617, puis il exile sa mère à Blois. Luynes
incite Louis XIII à rappeler "les Barons" et convoque à Rouen, une assemblée des Notables, en
décembre 1617. En 1620 : guerre de la mère et du fils : Louis XIII disperse les troupes rebelles
aux ponts-de-Cé près d'Angers et Richelieu favorise la réconciliation. Reste le problème
protestant, Louis XIII et son favori rétablissent le culte catholique d'Anjou en Béarn, ce qui
suscite des révoltes protestantes. Poitou, Saintonge, Guyenne et Languedoc sont soumis par la
force. En 1621 : mort de Luynes. Avec la résistance de Rohan à Montpellier, le roi doit concéder
le renouvellement de l'Edit de Nantes. Cette faiblesse témoigne de l'absence d'une ferme
direction des affaires du royaume. Réconcilié avec sa mère, celle-ci lui conseille de faire appel à
Richelieu qui est appelé au Conseil en 1624. Une nouvelle phase du règne commence.


b) Richelieu jusqu'au grand orage : 1624-1630.

        L'étroite collaboration du roi et de son ministre est à la base du régime ainsi institué.
Louis XIII est un personnage complexe, de santé médiocre aux nerfs fragiles, de caractère
timide, qui cultive des amitiés passionnées et platoniques avec Mlle de La Fayette, Cinq Mars,
Luynes. C'est un catholique fervent qui mène une vie austère et même ascétique. Il est conscient
de ses propres limites et n'a que peu de goût pour la politique et son éducation l'y a mal préparé.
Armand du Plessis de Richelieu est né dans une famille de bonne noblesse poitevine, est entré
dans les ordres non par vocation, mais pour conserver dans sa famille l'évêché de Luçon : il sera
pourtant toute sa vie un prêtre sans reproche. C'est tout autant qu'un homme de Cabinet, un
homme d'action, qui se souvient de s'être préparé d'abord à la carrière des armes. Par ailleurs,
gentilhomme orgueilleux et fastueux, il entretiendra un train de vie princier, faisant profiter
clients et parents de l'énorme fortune qu'il amasse. Richelieu se montra un remarquable
opportuniste sachant se plier aux circonstances et devant sans cesse compter, surtout jusqu'en
1630 avec les intrigues d'une cour qui s'efforce d'amener le roi à se débarrasser de son ministre.
C'est ainsi que face à un nouveau soulèvement des protestants entraînés par Rohan et son frère
Soubise, il négocie avec eux en février 1626 le traité de la Rochelle qui renouvelle celui de
Montpellier. Mais il sait déjouer les complots : ainsi le comte de Chalais est arrêté et exécuté en
1626 et le chancelier d'Aligre compromis doit laisser les sceaux à Marillac.

        En même temps, Richelieu, qui vient d'être nommé "surintendant de la navigation et
commerce de France" fait approuver par une nouvelle assemblée des Notables un programme
très complet de réforme du royaume. Mais la guerre de la Rochelle pendant deux ans durant
l'oblige à repousser ses projets. Il s'agit de briser la rébellion protestante mais aussi d'aider à la
construction d'une marine nationale. Si l'Angleterre agit ce n'est pas seulement pour protéger les
protestants mais aussi pour empêcher le roi de France "d'étendre sa monarchie sur l'Océan".
Après 13 mois de siège, la Rochelle abandonnée par Buckingham se rend en octobre 1628. Puis,
une expédition est détournée vers le Languedoc où Rohan tient le pays depuis deux ans. La
dévastation des Cévennes forcent les protestants à accepter les conditions du roi : l'édit de Grâce
signé à Alès en juin 1629 leur laisse les avantages religieux, civils et militaires accordés par
l'Edit de Nantes mais les prive de tous leurs privilèges politiques (assemblées) et militaires
(places de sûreté).

       Joint à ceci, une politique anti-habsbourgeoise, aggrave le conflit entre deux partis :
                - Le parti dévot derrière le garde des Sceaux, Michel de Marillac, Bérulle, Marie
de Médicis, Gaston d'Orléans, " Monsieur", qui veut extirper le protestantisme, aider la maison
d'Autriche. Il souhaite réaliser à l'intérieur les réformes notamment fiscales et judiciaires qui
remédieraient à la misère des classes populaires dont les nombreux soulèvements qui éclatent
en province sont la manifestation la plus éclatante. Le "code Michau" témoigne de ce souci de
réforme intérieur.
                - Le parti des bons Français est appuyé par Richelieu. Il veut éviter la confusion
de l'Eglise et de l'Etat, aussi bien dans le royaume à l'égard des protestants qu'à l'extérieur face
au danger que représente la politique ambitieuse des Habsbourg, qui nécessiterait la
mobilisation de toutes les ressources.

         Le roi hésite devant cette alternative fondamentale. Durant l'année 1630 les disettes,
accompagnées de révoltes populaires semblent donner raison au parti dévot. Mais en nov.
1630 : Marie de Médicis fait devant Louis XIII et Richelieu une scène violente, où elle pense
avoir obtenu le renvoi du cardinal : c'est le grand orage. Mais les semaines qui suivent la journée
des Dupes voient la déroute du parti dévot. Michel de Marillac est privé des Sceaux et exilé, son
frère le maréchal de Marillac est traduit devant une Commission extraordinaire sous le prétexte
de malversations et est exécuté, Marie de Médicis se réfugie aux Pays-Bas. Richelieu obtient la
confiance du roi, qui a fait son choix.


c) Richelieu et le régime de guerre (1630-1642).

        A partir de 1630, Richelieu subordonne toute la politique intérieure aux exigences de la
lutte contre les Habsbourgs, son premier souci est d'assurer l'autorité du roi et la tranquillité
publique. Il fait peupler les institutions existantes de ses créatures avec Bullion surintendant des
Finances, pierre Séguier garde des sceaux et chancelier. Le Conseil des affaires réunit les
ministres d'Etat. Le Conseil privé regroupe les 4 secrétaires d'Etat qui sont des exécutants zélés.
En province, Richelieu exige des gouverneurs une fidélité absolue. Il utilise de plus en plus les
intendants. Le Cardinal est au courant de toute grâce à une police efficace et il s'efforce de
diriger l'opinion notamment par l'intermédiaire de la Gazette (Théophraste Renaudot) qui
devient l'organe officieux du ministre.

        Les besoins financiers du régime sont énormes : pour y faire face aucune réforme
d'ensemble n'est tentée : l'édit de 1628 tendant à transformer les pays d'Etats en pays d'élections,
en y introduisant des "élus", officiers de répartition des tailles, est peu à peu abandonné après
1630. Les surintendants pratiquent une politique d'expédients qui ne réussit pas à enrayer
l'augmentation constante du déficit : emprunts, mutations monétaires, réductions des rentes,
augmentations des tailles et des gabelles et création de taxes nouvelles. Les problèmes
économiques intéressent Richelieu et il fait "siennes" les idées "mercantilistes" de Sully ou de
Laffemas. Mais les réalisations dans ce domaine restent limitées : tarifs douaniers et édits
somptuaires pour protéger les manufactures contre l'étranger. Intéressé par le sort de la marine,
il lance un énorme effort qui ne se relâchera pas pour doter la marine militaire d'une
administration régulière, d'un commandement efficace, de ports bien équipés capables de
construire et d'accueillir des flottes. De même l'armée est peu à peu reprise en main et
l'armement est modernisé (mousquets, canons).
d) Les résistances (1630-1642).

         L'opposition est le fait des grands et de la cour. Des complots incessants sont dirigés
contre le ministre et sont d'autant plus redoutable que des membres de la famille royale y sont
mêlés et n'hésitent pas à chercher des appuis auprès des ennemis de la France (Lorraine,
Espagne). En 1632 : Henri de Montmorency, gouverneur du Languedoc, prend la tête d'une
conspiration, avec Marie de Médicis, Gaston d'Orléans. Il est battu mais pardonné et relégué à
Blois. Le Comte de Soissons fomenta lui aussi une conjuration de même que Cinq Mars en 1642
: avec son ami de Thou il fut exécuté. Il voulait faire assassiner Richelieu, placer Monsieur à sa
place et signer la paix avec l'Espagne. Les résistances sont aussi le fait du clergé et des
parlements. Richelieu se méfie de l'ultramontanisme. Il entend obtenir du clergé l'obéissance et
l'aide financière. Par l'édit de 1641, il réglemente les droits et les devoirs des parlements.

        Les révoltes populaires résultent de la misère et de la pression fiscale, mais sont
soutenues par les nobles. Les plus graves sont en liaison avec de mauvaises récoltes : en 1635
en Guyenne et Languedoc; 1636-1637 (Croquants entre Loire et Garonne) ; 1639 (Nu-pieds en
Normandie) ; 1640 ; 1643 (tout l'Ouest du royaume). En 1642 : mort de Richelieu. Le roi garde
le même personnel ministériel. En 1643 : mort de Louis XIII. Il a eu le temps d'organiser un
Conseil de Régence (Anne, Monsieur, Condé, Mazarin, Séguier). Il meurt pieusement cinq
jours avant que le jeune duc d'Enghien ne remporte la victoire décisive de Rocroi.


2) Mazarin et la Fronde.


a) Anne d'Autriche et Mazarin (1643-1648).

        Anne d'Autriche demande au parlement de Paris de casser le testament du roi et de lui
accorder l'administration du royaume. Anne est d'intelligence médiocre et sans éducation
politique tout en étant entêtée. Elle choisit comme premier ministre Mazarin, qui vient du
service du pape et se lie d'affection pour la reine. C'est un personnage souple, insinuant,
hypocrite. Mais, il possède aussi le sens de la grandeur de l'Etat, et très travailleur mais aussi
d'une avidité beaucoup plus scandaleuse encore et possède un sens fastueux du mécénat. La
guerre extérieure à poursuivre et la détresse financière qu'elle entraîne constituent pour
Mazarin une succession d'autant plus lourde à assumer qu'il doit faire face en même temps à une
opposition qui croit pouvoir se manifester plus librement depuis la mort de Richelieu. Le duc de
Beaufort (roi des Halles : puissant à Paris) prépare un complot visant à faire assassiner Mazarin.
La Reine mise au courant de cette Cabale des Importants fait enfermer Beaufort et exiler
Vendôme.

        Mazarin essaie de se concilier la cour, et notamment le clan des Condé, en multipliant
les fêtes dans le goût italien, pourtant à Paris et en province, les nobles reprennent les habitudes
d'indiscipline et de libertinage de naguère. D'abord larvées, ces diverses oppositions se trouvent
exaspérées par les mesures financières qui prend Mazarin qui multiplient les emprunts forcés,
les diminutions de rentes, l'augmentation des impôts, crée des taxes nouvelles (édit du tarif de
1646 qui établit de nouveaux droits d'octroi sur les denrées pénétrant dans la capitale).Cela
accroît le mécontentement général que les nouvelles en provenance d'Angleterre ne font
qu'encourager. Les officiers profondément hostiles au renforcement de l'absolutisme
monarchique y joueront un rôle moteur. Le parlement de Paris prétendra jouer un rôle politique.
Les grands s'appuient sur toute une clientèle nobiliaire et essaieront de leur côté d'imposer leur
tutelle à la monarchie, n'hésitant pas le cas échéant à s'appuyer sur l'Espagne. Certains jouent un
jeu personnel (Condé, Retz). Enfin, la misère liée à l'accroissement de la pression fiscale et à un
infléchissement de toute l'économie créera dans les classes populaires une situation explosive,
que les Frondeurs sauront exploiter. Mazarin cristallisera contre lui toutes les oppositions. Mais
ils n'auront ni chef ni programme sinon le refus de régime de guerre imposé par Richelieu. Elle
est l'expression désordonnée mais redoutable d'une crise profonde de l'Etat, la société et de
l'économie.


b) La Fronde (1648-1653).

        La première fronde d'août 1648-mars 1649 est une Fronde parlementaire. Mazarin
décide en avril 1648 que les officiers des cours souveraines à l'exception de ceux des parlements
(Chambre des comptes, Cour des aides) devront racheter par l'abandon de quatre ans de gages le
renouvellement de l'épaulette. Le ministère espère se concilier ainsi les bonnes grâces du
parlement de Paris, mais ceux-ci se déclarent solidaires et les invitent à s'unir à eux pour
délibérer en commun sur la "réforme du royaume". Les magistrats se rassemblent dans la
Chambre Saint-Louis du palais, rédigent une charte en 27 articles. Ce texte tend à réduite à
néant l’œuvre de Richelieu en plaçant la monarchie sous le contrôle des officiers, est accueilli
dans l'enthousiasme par les Parisiens qui applaudissent surtout les articles d'ordre fiscal. La
régente fait semblant de céder, mais trois parlementaires sont arrêtés. 1.200 barricades à Paris
au moment de la victoire du jeune prince de Condé à Lens. En quelques heures, plus de 1200
barricades sont construites dans Paris et surtout au palais-Royal résidence de la reine.

         Mazarin tente de temporiser et conseille le compromis à la reine : la cour se transporte à
Rueil. Mazarin accepte les 27 articles. Il s'enfuie de Paris avec la reine, le roi, Gaston d'Orléans
vers Saint-Germain-en-Laye, protégé par les troupes de Condé en 1649. Le parlement prend en
main le gouvernement. L'armée royale de Condé fait le blocus de la capitale, défendue à la fois
par la milice bourgeoise renforcée par des bataillons populaires hâtivement constitués. Gondi,
le duc de Bouillon, Beaufort, les duchesses de Bouillon et de Longueville. Très vite, les
dissensions apparaissent chez les Frondeurs. La paix de Rueil promet un pardon général mais le
parlement s'engage à ne plus tenir de réunions communes avec les autres cours souveraines. En
août 1649 : retour de la reine et du roi à Paris. C'est l'attitude de Condé qui dans le courant de
1649 fait rebondir le mouvement et provoque la seconde fronde ou Fronde des princes. Grisé
par ses victoires, Condé veut remplacer Mazarin. Il est arrêté et enfermé, avec Conti et
Longueville (frère et beau-frère de Condé). Aussitôt, la guerre civile se rallume. En décembre
1650-septembre 1651 : union des deux Frondes, les parlementaires reprennent leur programme
de 1648 et nouent des accords secrets avec tous les mécontents : les condéens, Gaston d'Orléans
et sa fille Anne-Marie de Montpensier, Bouillon et son fils Turenne.

         Le parlement demande le renvoi de Mazarin, qui décide de partir, pour les diviser et se
retire chez l'électeur de Cologne. Les Frondeurs sont incapables de s'entendre. Condé se brouille
avec le parlement et Gondi qui vient d'être fait Cardinal et prend le nom de Retz, quitte la
capitale pour rejoindre ses partisans en Guyenne. Bouillon et Turenne font leur soumission. Ce
départ de Condé déclenche la dernière phase de la Fronde, la plus anarchique, la plus
désastreuse aussi pour le royaume, entre septembre 1651-août 1653 : Fronde condéenne. Le roi
s'installe à Poitiers. Condé entre en relation avec Madrid. La reine-mère et le roi quittent Paris et
s'installent à Poitiers pour mieux surveiller les rebelles. Condé entre le relation avec l'Espagne
et gagne à sa cause le Berry, l'Anjou, l'Aunis, la Saintonge, une partie du Poitou et plus tard la
Provence. En fait, il ne s'agit pas d'un front uni, mais d'une somme de mécontentements
d'origine diverse contre Mazarin et prenant le nom de Condé pour drapeau.

         Mazarin inquiet de la situation rentre en France avec 7.000 hommes recrutés à ses frais.
Mais son retour ne fait que compliquer la situation. A Paris, le parlement jette l'anathème à la
fois sur Condé et sur Mazarin. Pourtant Condé décide de quitter le Midi et tente de se rendre
maître de la capitale. Des batailles ont lieu à Paris, celle qui est décisive a lieu dans le faubourg
Saint-Antoine : Condé est sauvé in extremis par l'intervention de la Grande Mademoiselle qui
leur fait ouvrir la porte Saint-Antoine. Mais la situation à Paris est vite intenable. Condé se
brouille et fait terroriser la bourgeoisie et les magistrats ce qui se traduit par un massacre à
l'hôtel de ville. Devant les querelles des frondistes, le roi et la reine négocient avec la bourgeoise
parisienne et font leur entrée dans la capitale. Ils se montrent modérés dans la répression :
Gaston d'Orléans est une fois de plus reléguée à Blois. Retz est emprisonné. Les derniers
troubles en province sont réprimés dans les mois suivants, en Provence et à Bordeaux où le
gouvernement démocratique doit capituler. La Fronde, commencée cinq ans plus tôt, est
terminée.


c) La fin du ministère de Mazarin (1653-1661).

        Le sentiment qui prévaut dans le pays est la lassitude. La tranquillité n'est pas totale :
certains nobles escomptent toujours une victoire de Condé et des espagnols. Depuis Rome,
Retz, qui veut occuper le siège de son oncle, archevêque de Paris, agite le clergé Parisien. Le
dvp de l'affaire janséniste, inquiète et ce d'autant plus que beaucoup sont d'anciens frondeurs.
De plus plusieurs émotions populaires de type antifiscal se produisent dans l'Ouest. Pourtant
dans l'ensemble, le pays accepte la réaction absolutiste qui suit le retour et la victoire de Mazarin
qui s'appuie sur Séguier, le Tellier, Lionne, Nicolas Fouquet et son homme de confiance,
Colbert et fait surveiller la noblesse, prive le parlement de son droit de remontrance. L'échec des
ambitions nobiliaires et parlementaires aboutit au renforcement de l'absolutisme monarchique.

        Mazarin ne change rien à la politique financière qu'il confie à Fouquet. Celui-ci se croit
vite indispensable et il permet au Cardinal de reconstituer son immense fortune et édifie la
sienne menant à Saint Mandé et à Vaux le Vicomte une vie fastueuse. Mazarin marie ses filles
aux plus grands seigneurs du royaume mais il s'oppose "pour le bien du royaume" au mariage de
Louis XIV avec Marie Mancini : il prépare le mariage du roi, option sur la succession
d'Espagne. Le traité des Pyrénées, la rentrée en grâce de Condé et le mariage de Saint Jean de
Luz sont le couronnement de l'étonnante carrière de l'Italien qui meurt en 1661.


3) La société française dans la première moitié du XVIIème siècle.


a) Problèmes économiques et sociaux.

       La France au début du règne de Louis XIII est un pays prospère, certes l'économie rurale
est vulnérable, victime de crise de subsistance, mais dans son ensemble elle profite d'un
accroissement de la production globale. Plus net encore est l'essor urbain. Or l'expansion du
"long XVI ème siècle" se poursuit jusque vers 1630-40 avec sa hausse continuée. Pour être
essentiellement terrienne, la richesse de la noblesse n'en reste pas moins solide. A partir des
années 1630-1640 : difficultés économiques, dues à diverses causes : fardeau fiscal,
renversement de la conjoncture, crises de subsistance (1629-1631 ; 1636-1639 ; 1643-1644),
peste, méfaits des gens de guerre. La reconstruction fut lente dans les provinces touchées (Idf,
Picardie).


b) Les progrès de la réforme catholique et les débuts de la querelle janséniste.

        La France est aussi "le royaume très chrétien". Dès la fin des guerres de Religion, la
reconstruction spirituelle a commencé dans la ligne des décisions du concile de trente. L'élan est
donné dans les dernières années du règne d'Henri IV : les jésuites sont rappelés en 1603 (édit de
Rouen), en 1608, Introduction à la vie dévote de François de Sales. La mère angélique Arnaud
réforme à partir de 1609 l'abbaye cistercienne de port Royal des Champs : c'est le début de
l'invasion mystique, avec déjà le double courant de l'humanisme salésien et de l'augustinisme
bérulien. Cette renaissance catholique s'établit sur deux plans : le renouveau de la piété chez les
laïcs et la réforme du clergé.

        La réforme du clergé intéresse à la fois le clergé régulier et le clergé séculier. Les ordres
anciens se réforment peu à peu, tels les bénédictins de Saint Maur. Surtout des ordres nouveaux
multiplient les fondations : c'est un renouveau sans précédent depuis le XIII ème siècle.
                - Nouveaux ordres féminins : carmélites, calvairiennes, visitandines instituées
par François de Sales et Jeanne de Chantal, feuillantines, cisterciennes réformées, ursulines,
filles de la Charité fondées en 1603 par Vincent de Paul et Louis de Marillac qui se vouent
entièrement au service des pauvres.
                - Nouveaux ordres masculins : jésuites (influence considérable), oratoriens
(fondés par le père de Bérulle), lazaristes (prêtres de la Mission, fondés par saint Vincent de
Paul), eudistes : il s'agit plus de trois compagnies de prêtres que de véritables ordres religieux.
Tous se mettent au service de la renaissance catholique : formation du clergé, instruction,
prédication, missions.

        Les oratoriens et surtout les jésuites créent de nouveaux collèges pour oeuvrer à
l'instruction des prêtres mais sont relayés à Paris par Jean-Jacques Ollier, curé de Saint-Sulpice,
qui crée les sulpiciens, venant de tous les diocèses et formés à Saint-Sulpice. Lazaristes,
jésuites, eudistes, capucins : missions à l'intérieur (rechristianiser les foules, convertir les
protestants) soit à l'étranger. Ils sont épaulés par une élite de pieux laïcs, convertis par Vincent
de Paul ou Pierre de Bérule. L'un d'entre eux le duc de Ventadour, fonde en 1627 : Compagnie
du Saint-Sacrement (oeuvres de piété, charité, défense de la morale chrétienne par une action de
dénonciations auprès des magistrats des duellistes, des blasphémateurs, des libertins, des
protestants). Elle est interdite par Mazarin en 1660 (participation à la Fronde).

        La vie et l'oeuvre de Saint Vincent de Paul (1581-1660) résume presque tous les aspects
de la réforme catholique. Ce fils de paysan des Landes, est ami de Bérulle et de François de
Sales. Il crée la Congrégation de la Mission. Cette congrégation s'installe dans le prieuré de
Saint Lazare. Pour lui les œuvres de charité sont pour lui inséparables des oeuvres de foi et
d'enseignement. Il crée alors les dames et filles de la Charité en 1663. Puis il participe à la
création de l'hôpital général. Son rayonnement est tel qu'il devient le conseiller ecclésiastique
d'Anne d'Autriche. Il fait figure de chef moral de l'Eglise de France.
        Le succès des idées jansénistes est inséparable du climat de renaissance religieuse. Les
jansénistes sont l'objet de querelles. Mais à partir de 1643, les polémiques dégénèrent entre
ceux-ci et leurs adversaires, querelle qui intéresse bientôt une large fraction de l'opinion de
Paris, comme en province et inquiète bientôt le pouvoir. Le jansénisme est condamné par le
pape en 1653. Arnauld distingue le droit du fait : il convient en droit que les cinq propositions
faites dans l'Augustinus, mais il nie qu'en fait elles soient de Jansénius. La Sorbonne décide de
le rayer du nombre de ses docteurs. Les amis de port-Royal demandent alors à Blaise pascal de
porter le débat devant le public : les provinciales (1657) soulèvent les problèmes religieux,
comme la grâce et politiques comme le relâchement des jésuites. Les jansénistes sont
eux-mêmes divisés. Mazarin ne souhaite pas envenimer la querelle et il est conscient que le
jansénisme cache en fait une opposition à la monarchie absolue, dans l'attitude de certains des
amis de port-Royal, anciens frondeurs, nobles de robe, officiers, qui transfèrent dans le
jansénisme et son "refus du monde", leur opposition à la monarchie absolue. Mais il est en
conflit avec Rome et avec les dévots et ne souhaite pas leur donner satisfaction.


c) Paris et la province.

        Paris a pleinement retrouvé son rôle de capitale et connaît une extension forte dans ses
zones périphériques encore vide : le Marais et l'île Saint Louis, le faubourg Saint-Germain sur la
rive gauche. Henri IV et à un degré moindre Louis XIII témoignent d'un intérêt certain pour
l'aménagement de la capitale : la place Royale (actuellement, place des Vosges) en est le
meilleur exemple. En même temps, les souverains s'efforcent de coordonner et de stimuler les
travaux des particuliers : le Marais devient un quartier à la mode et sur la rive gauche le palais
du Luxembourg est construit par Marie de Médicis. De nombreuses églises dans le goût du jour
s'édifient notamment les chapelles de la Sorbonne et du Val-de-Grâce. Paris garde toutefois son
aspect médiéval avec ses rues étroites et sinueuses, sa circulation difficile le jour, son caractère
dangereux la nuit.

       Au-delà de la capitale, s'étendent des villes en provinces, très diverses. Beaucoup
conservent des franchises locales, octroyées lors de leur annexion à la Couronne et conservées,
comme la Bretagne, la Bourgogne, le Languedoc qui possèdent des Etats provinciaux.



II/ La France de Louis XIV de 1661 à 1685.


1) Le roi et le renforcement de l'autorité.

         En 1661 : mort de Mazarin. Louis XIV décide de gouverner sans premier ministre. Il
s'efforce dans tous les domaines l'autorité monarchique et d'appliquer la "maxime de l'ordre".


a) Le roi et la cour.

        Le Roi est orphelin très tôt et il a subit dans son enfance deux influences déterminantes :
celle de sa mère Anne d'Autriche qui lui a donné de profonds sentiments religieux, le sens de la
grandeur royale et celle de Mazarin après 1646 qui l'a convié aux conseils. En même temps les
tribulations de la cour l'ont profondément marqué. Le roi et d'une santé et d'une vitalité à toute
épreuve. Il est appliqué à son travail et prend plaisir à le faire. Il a une très grande maîtrise de
soi, il est doté d'un solide bon sens mais est très orgueilleux. Les théoriciens de l'absolutisme
sont Cardin Le Bret, l'évêque Bossuet, politique tiré de l'Ecriture simple, 1677. Le roi est la loi
vivante (Rex, Lex). Il est le lieutenant de Dieu sur terre ; cette conviction inspire toutes ses
actions, et sa personne devient l'objet d'un véritable culte s'exerçant dans le cadre de la cour.

        La cour reste itinérante jusqu'en 1682. Les princes de sang, Monsieur (Philippe
d'Orléans) sont écartés du pouvoir. La famille royale occupe le premier rang après le roi : il eut
six enfants avec la reine Marie-Thérèse mais un seul survivra, Louis dit le Grand Dauphin ou
Monseigneur. Le frère du roi, Philippe d'Orléans, Monsieur, épouse Henriette d'Angleterre puis
après sa mort la princesse palatine qui sera la mère du duc de Chartres. Mais le roi écarte son
frère de toute fonction. Les maîtresses du roi (Mme de Montespan) tiennent un rôle important à
la cour, mais ne jouent aucun rôle politique. Les courtisans se partagent les charges de la cour,
deviennent les ministres du culte monarchique.


b) Conseils et ministres.

        Louis XIV s'entoure de collaborateurs, qu'il choisit non dans la noblesse ni le clergé
mais souvent des bourgeois, ou des robins fraîchement anoblis : 3 ou 4 ministres d'Etat, une
trentaine de conseillers d'Etat, une centaine de maîtres de requêtes qui seront d'autant plus
attachés à lui qu'ils lui devront tout. A l'issue de cette lente évolution, le Conseil du roi se trouve
en 1661 divisé en plusieurs sections spécialisées :

        - Le Conseil d'en haut est le conseil du gouvernement. Le roi y convoque qui il veut, on
y aborde les grandes affaires de politique intérieure et extérieure. Au lendemain de la mort de
Mazarin, le roi appelle Fouquet, le Tellier et Lionne mais en septembre1661 : le roi fait arrêter
Fouquet pour malversations. Colbert lui succède comme ministre d'Etat. En 1671, à la mort de
Lionne, Louvois (fils le Tellier) et Arnauld de pomponne (remplacé après sa disgrâce en 1679
par Colbert de Croissy) entrent à leur tour au Conseil.
        - Le Conseil des dépêches, regroupe tous les quinze jours en principe, le personnel
gouvernemental, notamment les secrétaires d'Etat
        - Le Conseil royal des finances est crée en 1661 en remplacement de la surintendance
qui s'occupe de tous les problèmes financiers
        - Le Conseil d'Etat ou privé ou des parties est moins un conseil de gouvernement qu'une
véritable assemblée présidée par le Chancelier et composée à côté des ministres d'Etat et des
secrétaires d'Etat, de magistrats professionnels : 30 conseillers d'Etat et 80 à 100 maîtres des
requêtes. Ce conseil a compétence administrative, législative, surtout judiciaire.

         Les principaux collaborateurs du roi sont :
                - Le chancelier, second personnage du royaume, est le garde des sceaux, il est
inamovible. Mais son rôle est secondaire. On y trouva Séguier et d'Aligre
                - Le titre de contrôleur général des finances est créé pour Colbert. Il dirige toute
l'activité économique.
                - 4 secrétaires d'Etat (Etranger, Guerre, Marine, Maison du roi) possèdent les
attributions qu'impliquent leur titre et conservent de plus un certain droit de regard sur
l'administration des provinces. On trouve par exemple Colbert à la Marine à partir de 1669 qui
s'adjoint son fils Seignelay
        Le roi favorise l'ascension de deux ou trois dynasties se serviteurs fidèles : les Colbert,
les Le Tellier, les Phélyppeaux. Deux hommes jouent un rôle de premier plan : Colbert et
Louvois. Colbert est le fils d'un marchant rémois est fut commis de Michel le Tellier, beau-frère
d'un de ses oncles. Le Tellier le recommanda à Mazarin qui en fit son homme de confiance. En
1661, Louis XIV le nomme intendant des Finances. Il est un travailleur infatigable et à un
caractère renfrogné, et vaniteux. Il amasse une fortune considérable et pousse les membres de sa
famille : il marie ses trois filles à trois ducs et pairs. Louvois fut associé très jeune à son père et
devient chef du département de la guerre en 1662. Il est aussi avide que Colbert. Son influence
sur le roi se traduit par une politique agressive.


c) Le rétablissement de l'ordre.

          Le désordre régnait partout écrit le roi dans ses Mémoires, en 1661. D'où une :
                 - surveillance des grands corps de l'Etat. La noblesse est domestiquée à la cour;
les assemblées du clergé son surveillées; les cours souveraines sont matées, les parlements
doivent enregistrer les édits sans délibération ni vote (1665). A la moindre velléité de résistance,
les parlementaires sont envoyés en exil, tels ceux de Rennes en 1675. Les Etats provinciaux
subsistent mais l'élection de leurs membres n'est plus libre, leurs pouvoirs deviennent purement
virtuels, il en est de même de l'Assemblée des communautés. Les villes sont privées du droit
d'élection de leurs principaux magistrats pour celles qui furent frondeuses, dans les autres les
élections sont très surveillées. A Paris, un nouveau magistrat est crée par édit de mars 1667, le
lieutenant général de police : le premier titulaire en fut Nicolas de la Reynie, homme énergique.
                 - réforme de la législation. Devant la diversité des pratiques juridiques en usage,
le roi et Colbert essaient d'établir une certaine unité législative. 6 grands codes sont créés (eaux
et forêts, criminel, commerce, justice, colonies, maritime, marchand...). Mais ils sont mal
observés.
                 - maintient de la tranquillité publique : en 1665-66, une Commission
extraordinaire du parlement de Paris va tenir à Clermont les Grands jours d'Auvergne pour
châtier un certain nombre de seigneurs brigands qui rançonnaient le royaume
                 - Les intendants deviennent les grands instruments de l'autorité monarchique; ils
sont rétablis après la Fronde et vers 1670, il y a dans toutes les généralités un intendant fixe, qui
devient d 'enquêteur administrateur. Il est intendant de justice, de police et de finances.


2) Le roi et les réalités économiques.


a) Les problèmes financiers.

        Colbert réussit à assurer un budget équilibré, grâce à une comptabilité sévère, durant les
années de paix de 1660 à 1672. Il s'acharne à diminuer les charges de l'Etat. . Il établit un Grand
Livre des recettes et un journal des dépenses à partir de 1667. Il s'efforce de diminuer les
charges de l'Etat. Il procède à des annulations de rente et en dix ans les charges de l'Etat sont
divisées par deux. Il augmente les recettes grâce à un meilleur rendement de l'impôt. La taille
est personnelle ou réelle (sur les biens). Les deux ordres privilégiés en sont exempts. Les impôts
indirects (douane, gabelle...) sont affermés, rapportent peu au roi. Colbert diminue la taille
personnelle, mais rend plus facile la perception. Le pdt des impôts indirects se trouve accru par
une étroite surveillance de ceux qui les afferment et les dons gratuits du clergé et de certaines
provinces sont augmentés.

        Avec la guerre de Hollande commencent des difficultés financières. Versailles entretient
de la cour. Pour faire face, Colbert augmente les impôts, recourt aux expédients (vente d'offices,
emprunts...). En 1680 : création de la Ferme générale pour la levée des impôts indirects. Cela
permet au roi de toucher les impôts en bloc, mais aggrave l'arbitraire de leur perception.


b) Projets économiques et premières réalisations.

        Il faut, pour enrichir le royaume, acheter peu aux étrangers et vendre beaucoup. Colbert
reprend ainsi les idées mercantilistes de Sully et Richelieu, appliqués aussi en Hollande ou en
Angleterre. Colbert développe la production manufacturière, la réglemente, ce qui est un fait
nouveau. Les problèmes agricoles ne l'intéressent que secondairement. Il souhaite que
l'agriculture puisse fournir aux villes pain et matières à bon marché. La production
manufacturière retient par contre toute l'attention de Colbert qui s'efforce de la développer :
chasse aux oisifs, imitation des productions étrangères, création de manufactures privilégiées
travaillant surtout pour l'exportation. Certaines manufactures sont d'Etat comme les Gobelins et
d'autres sont des manufactures royales qui appartiennent à des particuliers, mais reçoivent du roi
des privilèges importants comme des exemptions fiscales. La réglementation est le fait du
conseil du commerce qui publie à partir de 1666 des règlements généraux sur les manufactures.
La protection des manufactures françaises est assurée, en 1664, par un nouveau tarif douanier,
aggravé en 1667 qui arrive à prohiber presque tous les produits anglais et hollandais. Colbert
aurait souhaité réaliser l'unité douanière intérieure du royaume et notamment en direction des
grands ports d'embarquement. Il n'y réussit que partiellement par l'unification des "cinq grosses
fermes" en 1664. Des efforts sont faits pour la construction de canaux (canal des deux Mers
réalisé par Riquet). Pour favoriser les exportations, Colbert s'efforce de créer la Cie des Indes
Orientales, la Cie du Nord, la Cie du Levant, mais les résultats sont décevants et les positions
commerciales des Hollandais en France ne sont que peu atteintes. On s'achemine alors vers la
solution militaire.


c) Désillusions et réalités.

        Entre 1672-1678 (Nimègue) : guerre contre les Provinces - Unies. Pour Colbert,
l'indépendance économique du royaume ne se fera que par la destruction ou l'annexion des
Provinces - Unies. La Hollande sort du conflit affaiblie, mais pas vaincue. L'aide de l'Etat se fait
alors plus chiche pour les grandes compagnies après la guerre et seule la Cie des Indes
Orientales réussit à se maintenir. En fait, les difficultés financières après 1672 ne suffisent pas à
expliquer le demi-échec du colbertisme, que l'on peut expliquer par les causes suivantes :
                - l'intervention de l'Etat et la réglementation systématique imposées par Colbert
sont impatiemment supportés
                - puissance des concurrents étrangers.
                - indifférence des bourgeois pour le grand commerce maritime. Ils préfèrent
investir dans la terre, les offices. Les grands négociants préfèrent investir dans des entreprises
privées plutôt que dans les grandes compagnies dont ils redoutent le monopole.
              - crise monétaire, crise conjoncturelles : Baisse de la production des mines
américaines et raréfaction du numéraire en circulation en Europe et terrible famine en
1661-1663, conséquences aussi des hécatombes du temps de la Fronde.


3) Le roi et les affaires religieuses.

        Louis XIV entre en conflit avec le pape, lutte contre les jansénistes, révoque l'Edit de
Nantes, mais en cette politique le plus souvent décevante, l'Eglise de France poursuit avec
succès l’œuvre de réforme amorcée dans la première moitié du siècle.


a) Jansénisme et gallicanisme.

        Louis XIV se considère comme responsable devant Dieu du salut de ses sujets. Il se dit
"roi très chrétien" Il lutte donc contre les Turcs, les Barbaresques : il envoie des troupes contre
les Turcs à Candie en 1668-69. En même temps, il est très hostile aux jansénistes dont il met en
doute le loyalisme monarchique, il s'applique selon ses termes à "détruire le jansénisme".
                - 1661 : Formulaire condamnant le jansénisme, destiné à être signé par les
religieux, signé à Paris puis à port Royal mais y joignent une clause explicative
                - 1664 : le roi se rend à Port-Royal, somme les religieuses de signer le Formulaire
sans distinction du droit et du fait. Opposition : elles sont dispersées dans 12 couvents. Les
opposantes sont regroupées à Port-Royal des Champs étroitement gardé par la police

        Cependant, au sein même de l'épiscopat, quatre évêques décident de promulguer une
bulle visant à faire signer le Formulaire. Cela embarrasse le pape et le roi, inquiet de voir le pape
intervenir dans le royaume. Le pape Clément IX et Louis XIV signèrent un compromis. Cette
paix de l'Eglise, en 1688 amène une détente provisoire mais ne résout pas les problèmes de
fond. C'est un tournant décisif dans l'histoire du mouvement janséniste : elle fait cesser presque
toute controverse pour plus de trente années au cours desquelles le jansénisme consolide ses
positions à Paris et dans la province, dans la noblesse et la bourgeoisie parlementaire, dans le
bas-clergé et certains ordres religieux (oratoriens, bénédictins, dominicains).

        Face au Saint-Siège et au roi, l'Eglise de France revendique des libertés. Tout en
reconnaissant au pape une primauté, les gallicans considèrent qu'il n'a de pouvoir qu'à côté des
évêques. Ils veulent leurs propres revenus, une autonomie par rapport au roi. L'Eglise de France
entend bien aussi se défendre contre les empiétements du roi et affirmer son indépendance à
l'égard du pouvoir temporel. En fait celle-ci ne peut-être qu'illusoire, puisque, depuis le
concordat de 1516, la nomination aux grands bénéfices ecclésiastiques, notamment les évêchés,
appartient au roi (le pape accordant ensuite l'investiture spirituelle). Parallèlement à ce
gallicanisme ecclésiastique, se développe un gallicanisme politique : pour les légistes, le roi est
investi d'un sacerdoce royal, et à donc un droit sur les affaires ecclésiastiques, non seulement du
point de vue temporel mais aussi spirituel. Il peut notamment refuser de recevoir les décisions
pontificales considérées comme contraires aux "libertés de l'Eglise gallicane"

         En fait, le roi s'assure un haut clergé fidèle, et affirme son indépendance à l'égard du
pape. Suite à un incident mineur, en1662, Louis XIV confisque Avignon et le Comtat. Plus
grave est l'affaire de la Régale : le roi administre dans beaucoup de diocèses les revenus de la
régale (revenus des evêchés vacants). Il a voulu étendre ce droit à tous les diocèses, notamment
dans le Midi, poussé par Colbert qui cherche des revenus supplémentaires.. Il se heurta à
Innocent IX, défenseur des droits de la papauté. Le roi réagit en affirmant son autonomie à
l'égard de l'Eglise, par la Déclaration des Quatre articles, en mars 1682 mais évite la rupture
(aspect modérateur de Bossuet). Il doit être enseigné dans tous les séminaires. Suite à l'affaire
des Franchises, où le roi s'obstine en 1687 à ne pas renoncer au droit d'asile dont jouissaient les
quartiers des ambassades, le pape excommunie l'ambassadeur de France. Comtat et Avignon
sont de nouveaux envahis. La mort d'Innocent XI en 1689 va permettre la réconciliation
souhaitée par tous.


b) La révocation de l'édit de Nantes.

        Mazarin et Louis XIV ont bénéficié du loyalisme des protestants durant la Fronde. Mais
pour le roi, le retour à l'unité de foi est une préoccupation majeure. Vers 1660 : 1,5 millions de
protestants et 600 "églises" dans le Midi et l'Ouest et à Paris, sans compter les luthériens
alsaciens à qui l'édit de Nantes ne s'applique pas. On trouve des protestants dans tous les
milieux. Jusqu'en 1679, Louis XIV s'en tient au plan qu'il s'est tracé en 1661 et qu'il expose
lui-même dans ses Mémoires au Dauphin : il s'agit de réduire peu à peu les huguenots du
royaume, essaie de les diviser, de les convertir par la foi catholique. L'application restrictive de
l'Edit de Nantes se traduit par une série d'enquêtes sur les infractions commises par les
huguenots, l'obligation de procéder aux enterrements de nuit. Bossuet croit aux vertus de la
controverse mais s'il convertit Turenne les succès restent limités.

         A partir de 1679 l'attitude du roi se durcit peu à peu. Les considérations de politique
générale expliquent sans doute ce durcissement. Le roi se heurte à la coalition des puissances
protestantes (Angleterre, Suède, Provinces - Unies). Or, c'est à elles que les huguenots
demandent appui. De plus, il veut égaler le prestige de l'Empereur qui vient de défaire les turcs
en 1683, seul. Dans les années 1679-1685 : violence légale : suppression des chambres
mi-parties, exclusion des huguenots de tous les offices. Arrêts vidant l'édit de Nantes de son
contenu.
         1681 : violences militaires. Logement des dragons chez les huguenots les plus riches
(dragonnades). Conversions forcées. Il se laisse convaincre par Le Tellier des intérêts de
l'abolition de l'Edit de Nantes : cela permettrait de revenir sur les exemptions fiscales qu'on leur
a consenties pour faciliter leur conversion. Par ailleurs, la trêve de Ratisbonne laisse les mains
libres au roi en Europe.

         Le 18 oct 1685 : édit de Fontainebleau. Il est accueilli avec enthousiasme chez les
catholiques (nouveau Constantin selon Bossuet).110 à 300.000 religionnaires s'exilent
(artisans, manufacturiers, Banquiers...). Ceci suscite l'hostilité des puissances protestantes.


c) Le clergé et la vie religieuse.

        Le mouvement de réforme catholique se poursuit et s'approfondit : multiplication des
séminaires diocésains, souvent confiés aux jésuites et aux Sulpiciens. Le clergé est
intellectuellement et religieusement mieux armé. Catéchismes, retraites, missions, confréries
sont autant de formes de pastorale dont les effets sont sensibles à la fin de siècle : une piété plus
profonde, plus épurée se développe. L'usage de la communion fréquente se répand, ainsi que la
dévotion au Sacré-Coeur; les oeuvres de charité se multiplient. L'ornementation des églises
s'améliore avec l'apparition des retables dont la vogue est grande dans la France de l'Ouest. Ce
sont des illustrations des grands dogmes affirmés à trente : eucharistie, Rédemption,
communion des saints. Pourtant des ombres au tableau subsistent : le haut clergé est souvent
au-dessous de sa tâche, qui préfèrent résider à Paris plutôt que dans leur diocèse. Trop d'évêques
sont 'une excessive servilité à l'égard du souverain et des ministres : même Bossuet n'y échappe
pas totalement : grand orateur de cour, précepteur du Grand Dauphin, héraut de la monarchie de
droit divin, inspirateur de la déclaration de 1682, mais aussi administrateur consciencieux de
son diocèse de Meaux, il est un bon exemple de la situation univoque dans laquelle vivent les
meilleurs prélats de son temps, soucieux de réforme pastorale mais aussi de la grandeur du Roi
très Chrétien. Ombres aussi dans la ferveur des fidèles qui n'exclut ni la superstition dans les
campagnes, ni l'immoralité à la cour, ni la persistance du courant libertin n'en est pas moins
vivant (Aussy-Rabutin) et prêt à profiter d'un climat plus favorable.



III/ Louis XIV et l'Europe de 1661 à 1685.


1) La politique extérieure de Louis XIV : les buts et les moyens.

Cette politique répond au souci essentiel d'affirmer partout sa gloire et sa puissance. Il hésite
d'autant moins à recourir aux armes qu'il a fait de l'armée française la première armée romaine.


a) Les buts : "nec pluribus impar"
       - renforcer les frontières stratégiques (nord-est).
       - défense du catholicisme (contre les Turcs), mais il a refusé de se porter au secours de la
Chrétienté menacée par les Ottomans en 1683.
       - succession d'Espagne.
       - raisons économiques (guerre de Hollande).


b) Les moyens : la diplomatie.
        Le roi est très au courant de la situation de l'Europe grâce à un personnel diplomatique
de premier ordre que dirige le secrétaire d'Etat "aux étrangers" : ce poste est occupé par Hugues
de Lionne de 1663 à 1671, puis Simon Arnaud de Pomponne lui succède en 1671-79, jugé trop
timoré il est remplacé par un frère de Colbert, Charles Colbert de Croisy, inspirateur de la
politique des "réunions". Le roi utilise des "pensionnaires", sujets étrangers qui travaillent pour
la France, moyennant pension tels la duchesse de Portsmouth en Angleterre. Pourtant s'il
connaît parfaitement les cours, les princes, il ignore les peuples.


c) Les moyens : l'armée et la marine.
       L'armée est l'objet de toute la prédilection du roi. Il se plaît à passer les troupes en revue.
Il se montre à la tête des sièges, les transformants en spectacles. Le maître de l'armée est
Turenne, nommé maréchal général en 1660 (titre créé pour lui). Il s'appuie sur deux Ministres
de la Guerre très compétents, Le Tellier et son fils Louvois. Au lendemain de la paix des
Pyrénées, les troupes n'atteignent pas 40000 hommes. Louis XIV augmente rapidement les
effectifs à 200000 hommes en 1680. Il fait progresser son armée par divers moyens :
                - augmentation des effectifs, par le système du racolage (promesses,
violences...), mercenaires., mais on abandonne après 1674, l'habitude de lever le ban et l'arrière
ban de la noblesse.
                - discipline : elle est aussi stricte que possible et la paye devient régulière,
généralisation des uniformes, hôpitaux (construction de l'hôtel des Invalides en 1674).
                - haut commandement réorganisé : Louvois en 1675 établit l'ordre du tableau où
les officiers sont inscrits par ordre d'ancienneté
                - l'armée est réorganisée dans sa composition et dans son armement : infanterie
multipliée (2/3). Fusil a pierre s'impose, plus rapide
                - artillerie organisée (génie).
                - création d'un corps d'ingénieur, le génie qui est dirigé par Vauban ; il dirige plus
de 50 sièges, toujours avec succès, il fait construire près de 300 fortifications.
                - grands hommes de guerre : Condé et Turenne sont des disciples indirects de
Gustave-Adolphe et des partisans de la guerre éclair.
                - l'intérêt du roi pour la marine est moindre et en 1661, la marine ne dispose que
de 18 vaisseaux mais elle se redresse avec en 1670, 120 vaisseaux de ligne. L'édit de 1673,
organise définitivement l'inscription maritime, mais cet édit est peu appliqué : il faut recourir à
la presse.


2) Les guerres victorieuses. 1661-1679.


a) Magnificence et diplomatie (1661-1667).

         Il fait respecter la prééminence des ambassadeurs français et demande au roi d'Espagne
de lui présenter des excuses pour avoir rompu cet ordre. Le roi s'efforce de resserrer les liens qui
unissent la France à de nombreux Etats afin d'isoler l'Espagne et l'Empereur dans la perspective
de la mort de Charles IV et de succession d'Espagne. En 1662 : alliance offensive avec les
Provinces - Unies. Il rachète Dunkerque aux anglais, aide les portugais. Il renouvelle une
alliance de neutralité avec les Habsbourgs. En Pologne, il marie le duc d'Enghein, fils du Grand
Condé, avec la nièce du roi Jean Casimir. La Lorraine est partiellement occupée dès 1661.

        Parallèlement à ce travail diplomatique, Louis XIV prépare très soigneusement la
succession espagnole. Il entend bien tirer parti, le moment venu des ambiguïtés du traité des
Pyrénées, le non-paiement de la dot de la reine Marie-Thérèse rendant caduque selon lui la
renonciation de celle-ci à l'héritage paternel. Au lendemain de la mort de Philippe IV en 1665,
Louis XIV fait publier un traité des droits de la reine, dans lequel, Louis XIV demande le droit
de dévolution Brabançon est étendu au droit international public et sert ainsi de fondement pour
réclamer au nom de Marie-Thérèse, une partie de l'héritage espagnol. Turenne et Louvois
préparent alors l'invasion des Pays-Bas. Mais la guerre anglo-hollandaise l'empêche d'intervenir
: en effet, il est tenu par le traité de 1662 d'aider la Hollande. Il n'envoie que quelques troupes en
Hollande.


b) De la guerre de Dévolution à la guerre de Hollande (1667-1672).
        La Guerre de Dévolution n'est en fait qu'une promenade militaire : les forces espagnoles
sont trop faibles : Turenne entre en Flandre. Louis XIV s'assure de la neutralité de l'Empereur
Léopold tandis qu'en 1668 : alliance Angleterre-Provinces-Unies, puis triple alliance (Suède).
Louis XIV fait alors occuper la Franche-Comté. Mais, le roi doit se résigner à la paix : en 1668 :
traité d'Aix-la-Chapelle. L'Espagne cède la Franche-Comté et une douzaine de places fortes
dans le Nord, immédiatement fortifiées par Vauban. Le roi ne songe plus qu'à se venger de la
Hollande : les Provinces - Unies deviennent l'adversaire à abattre; tout l'irrite dans cette
république de marchands calvinistes. Le tarif douanier de 1667 est en mesure anti-néérlandaise.
La guerre est préparée pendant 4 ans : les effectifs sont portés à plus de 100000 hommes mais la
flotte hollandaise commandée par Ruyter est redoutable. Sur le plan diplomatique, le roi
s'efforce de briser cette triple-Alliance : par un traité secret signé à Douvres en 1670 : le roi
d'Angleterre s'engage à aider la France et travailler au rétablissement du catholicisme. La Suède
devint une alliée en 1672. En 1672, l'ensemble de la Lorraine est occupé.


c) La guerre de Hollande et les traités de Nimègue (1672-1679).

          L'initiative est anglaise, en 1672 : Charles II déclare la guerre aux Provinces - Unies,
puis les Français franchissent le Rhin, pénètrent en Hollande. Mais les Hollandais ouvrent les
digues du Zuiderzee, ce qui force les Français à s'arrêter. La Hollande demande la paix, mais le
roi désire plus que ce qui est proposé, exige le rétablissement du catholicisme. Guillaume
d'Orange, élu stadhouter, redresse la situation, devient l'âme de la résistance et réussit à
redresser la situation. Ruyter bat la flotte anglaise. Les alliés ou les neutres se retournent : en
1674 : Charles II Stuart signe la paix séparée de Westminster avec la Hollande. Les opérations
se déplacent alors :
                  - 1674 : Louis XIV s'empare de la Franche-Comté.
                  - 1675 : Turenne est tué. Les Français doivent battre en retraite. L'essentiel de
l'effort français se porte sur les Pays-Bas. Vauban assiège les places les unes après les autres
                  - 1676 : la flotte hispano-hollandaise est battue en Méditerranée : Ruyter est tué,
Vivonne et Duquesne triomphent : la France est maîtresse de la Méditerranée

       Déçu de la politique orientale, le roi traite, un congrès s'ouvre à Nimègue. De plus, les
bourgeois hollandais aspirent à la paix. Trois traités successifs entre la France d'une part, les
Provinces - Unies, l'Espagne et l'Empereur en 1678-1679 aboutissent au rétablissement de la
paix. La Hollande ne perd rien de son territoire et obtient même l'abrogation du tarif douanier
français de 1667. Mais, l'Espagne cède la Franche-Comté, l'Artois, une partie de la Flandre et du
Hainaut. Louis XIV à réussi à consolider la frontière nord et est, qui devient cohérente. Louis
XIV restitue la Lorraine à son duc, Mons, Nancy et Longwy. Il fait figure d'arbitre de l'Europe,
même si les objectifs initiaux de la guerre n'ont pas été remplis.


3) Les réunions et la formation de la ligue d'Augsbourg (1679-1688).


a) Les réunions et la trêve de Ratisbonne (1679-1684).

        L'armée reste en alerte, et le roi remplace Pomponne par Colbert de Croissy. Le roi se
lance dans une politique d'annexions en pleine paix qui réussit à souder contre lui une nouvelle
coalition de presque toute l'Europe. La politique des réunions consiste à interpréter dans le sens
le plus large les articles des traités antérieurs, stipulant que les territoires cédés le sont avec leurs
dépendances : villages du Luxembourg avec l'évêché de Verdun ; Montbéliard avec la
Franche-Comté, Alsace... Cela est complété par l'occupation de la ville libre de Strasbourg en
1681 toute l'Alsace, excepté Mulhouse est française. Cela est accepté, car le roi laisse de
nombreux privilèges aux habitants.

        Cependant se développe une francophobie en Europe, notamment celle de la "nation
allemande". Alliance entre les Provinces - Unies, la Suède, l'Espagne, l'Empereur, certains
princes allemands. Louis XIV ignore les avertissements et prend le Luxembourg, Courtrai, fait
bombarder Gênes. En 1684 : trêve de Ratisbonne. L'Espagne cède quelques villes des Pays-Bas,
Luxembourg.


b) De la trêve à la guerre (1684-1688).

         La trêve de Ratisbonne marque le point culminant de l'expansion française. Selon le mot
de Saint-Simon, "ici finit l'apogée de ce règne, et ce nombre de gloire et de prospérité". Louis
XIV fait continuer de multiplier les gestes d'intimidation :
                - il réclame le Palatinat.
                - révocation de l'édit de Nantes, massacre des Vaudois sur les terres du duc de
Savoie
                - Louis XIV estime que le futur roi d'Espagne doit être un de ses petits-fils et
ainsi s'oppose à Léopold et à l'Autriche. Tous ces faits expliquent la formation en 1686 de la
Ligue d'Augsbourg, pour le maintien des traités de Nimègue et de Ratisbonne, entre l'Empereur
et plusieurs princes allemands auxquels se joignent les rois d'Espagne et de Suède pour leurs
terres d'empire. L'électeur de Brandebourg, Frédéric-Guillaime rompt de fait son alliance avec
la France et conclu secrètement un traité défensif avec Léopold pour vingt ans. Il s'est rapproché
de Guillaume d'Orange. Louis XIV poursuit ses provocations et l'affaire de Cologne est grave,
car elle touche directement l'Allemagne : Louis XIV tente de faire élire un protégé à l'électorat
de Cologne. Le pape se prononce contre. Louis XIV occupe le Comtat et Avignon. Il lance un
ultimatum à l'Empire dans lequel il lui donne trois mois pour accepter les "réunions". Le jour
même une armée française occupe le Palatinat, fait occuper l'évêché de Liège. La France déclare
la guerre à la Hollande. A la même époque, la révolution anglaise a entraîné la chute de Jacques
II, allié et client de Louis XIV, et la victoire de l'adversaire le plus acharné de celui-ci,
Guillaume d'Orange, bientôt reconnu roi d'Angleterre.



IV/ La dernière partie du règne de Louis XIV, 1685-1715.


1°) Les difficultés intérieures : la crise financière et économique.

        Les années 1682-86 sont l'un des tournants du siècle, après les années furent beaucoup
plus dures
              - 1682 : installation de la cour à Versailles
              - 1683 : mort de Colbert
              - 1685 : révocation de l'Edit de Nantes
              - 1686 : formation de la ligue d'Augsbourg
a) Le roi et la cour à Versailles.

        Le roi s'est un peu assagi après 1680. Après la mort de la reine Marie-Thérèse, il épouse
secrètement Mme de Maintenon, la veuve du poète Scarron qui à élevé les bâtards du roi et de
Mme de Montespan. Elle joue un rôle politique discret mais non négligeable : elle contribue à la
chute de certains ministres et s'efforce d'influencer Louis XIV vers une politique pacifiste et
dévote. Le roi s'installe définitivement à Versailles mais les fêtes n'ont plus le caractère de
licence et de fantaisie qu'elles avaient auparavant. La famille royale vit courbée sous l'autorité
du maître. Le Grand Dauphin, Monseigneur, est apathique et il eut trois fils, élèves de Fénelon :
le duc de bourgogne, le duc d'Anjou, le duc de Berry. Monsieur meurt en 1701 et son fils le duc
de Chartres devient duc d'Orléans; il est libertin mais cultivé et intelligent. Le Grand Condé
meurt en 1686. Deux bâtards furent légitimés : de duc du Maine et le comte de Toulouse. Des
deuils successifs viennent frapper la famille royale : mort du Grand Dauphin, puis le duc et la
duchesse de Bourgogne, tous victimes de la variole, puis leur fils aîné, le duc de Bretagne et
enfin le duc de Berry. L'héritier du trône est alors un enfant de 5 ans, le dernier fils du duc de
Bourgogne, le second duc d'Anjou, futur Louis XV. Le roi est impassible et se réfugie à Marly.

         Versailles devient le siège du gouvernement et après la mort de Colbert, l'équipe léguée
par Mazarin à tout entière disparue. Le roi n'appelle que 3 à 4 ministres d'Etat au conseil d'en
haut qui excepté Pontachartrain, appartiennent presque tous soit au clan Le Tellier, soit au clan
Colbert. D'ailleurs, le roi gouverne de plus en plus seul, s'appuyant sur quelques grands commis.
Cette bureaucratisation de l'administration est sensible aussi en province avec le renforcement
de l'intendant dans les provinces.


b) La crise financière.

        Les déficits non résolus par Colbert, les guerres, les dépenses pour Versailles, les
pensions grèvent le budget. Les contrôleurs généraux successifs comme Pontchartrain,
Desmaretz ne déméritent pas mais les effets des augmentations fiscales (tailles, baux de la
ferme générale) sont en grande partie illusoire : les peuples présurés ne peuvent donner
davantage. Boisguilbert dans son Détail de la France (1699) et dans son Factum (1707), Vauban
dès 1694 et plus tard dans son projet d'une dîme royale (1707) dénoncent la malfaisance d'un
système fiscal basé sur l'inégalité, l'exemption et l'arbitraire et proposent l'adoption d'un impôt
universel et direct se substituant à la taille.
                 - en créant la capitation (1695), Pontchartrain reprend certaines de ces idées : les
sujets du roi seraient divisés en 22 classes mais qui comportent aussi des incohérence : elle est
annulée en 1698 mais rétablie en 1701
                 - en octobre 1701, au moment le plus dramatique de la guerre de Succession
d'Espagne, Louis XIV se résout à créer le dixième. Inspiré directement par les idées de Vauban,
mis en place par Desmaretz, cet impôt pèse sur tous les revenus et est égal au dixième de
ceux-ci. Très vite le clergé est autorisé à s'en racheter, et son exemple sera suivi par d'autres
catégories sociales.
                 - créant pendant la guerre, ces impôts survivent au rétablissement de la paix : ils
s'ajoutent à la taille mais leur produit est très inférieur à ce qui était escompté
        Le roi doit alors trouver des ressources exceptionnelles : on multiplie les émissions de
rentes à des taux de plus en plus onéreux pour l'Etat, on lance des loteries, on vend des lettres
d'anoblissement, on crée de nouveaux offices parfois inutiles. Les mutations de monnaies et le
développement du crédit sont également employés pour se procurer des ressources et pour
pallier la disette monétaire de plus en plus grave en France et en Europe. A partir de 1687, lois et
écus sont l'objet de perpétuelles manipulations, soit à la hausse soit à la baisse selon l'intérêt du
moment. Entre 1687 et 1715, on compte une quinzaine de mutations. Les tentatives pour
développer le crédit consistent d'abord à donner valeur de monnaie aux billets de commerce,
puis à lancer en 1701 des billets de monnaie, remboursables à court terme et portant intérêt.
Desmaretz tente de mettre sur pied une Banque royale, s'appuyant sur les receveurs généraux
(dont le protestant Legendre de Rouen) fondent à l'instigation du contrôleur général une Caisse
dite caisse Legendre garantis à la fois par le crédit de l'Etat et par celui des financiers fondateurs
de la Caisse. En fait, la monarchie aux abois dépend de plus en plus des gens de finance qui
construisent des fortunes scandaleuses au milieu de la misère générale. En 1718, le total de la
dette est de 2 Mds de livre. L'Etat est au bord de la banqueroute.


c) La crise de l'économie française.

        Les difficultés économiques françaises s'expliquent d'abord par l'état de guerre :
l'économie française est coupée de ses colonies après la défaite de la Hougue en 1692 et qui
touche aussi l'activité manufacturière qui souffre de la diminution des exportations. L'exode des
protestants touche certaines villes : à Rouen, à Lyon, à tours, à Sedan (où 400 familles quittent
la ville laissant 2000 ouvriers sans travail). De plus la conjoncture est mauvaise : baisse des
prix, des revenus, des salaires. Beaucoup plus graves encore sont les crises cycliques répétées,
crises classiques de l'économie ancienne, mais particulièrement fréquentes entre 1692 et 1713 :
crise de subsistance en 1698-99 puis en 1700-01 et 1707, 1709. Toutes ces causes expliquent le
déclin de l'économie française : déclin industriel, déclin commercial. La crise économique sous
les différents aspects provoque une misère générale. Les mendiants représenteraient près du
1/10 ème de la population selon Vauban.

        Toutefois, certaines régions et certains secteurs de l'économie connaissent une réelle
prospérité suite au commerce de longue distance : en 1700, le Conseil de Commerce est
réorganisé. La montée de Philippe V sur le trône de Madrid se traduit bientôt par l'ouverture des
colonies espagnoles au commerce français et par l'octroi à la Cie de Guinée du privilège de
l'Asiento. Les régions textiles (Picardie, l'Ouest, Languedoc) connaissent une prospérité qui
contraste avec le marasme général. Mais les clauses des traités de 1713 ferment l'Amérique
espagnole aux négociants français. La défaite française signifie l'abandon des grandes
espérances françaises en matière de commerce extérieur.


2°) Les difficultés intérieures : les affaires religieuses.


a) Ultramontanisme et quiétisme.

       Au lendemain de la mort d'Innocent IX, Louis XIV décide de trouver des
accommodements avec ses successeurs. C'est chose faite en 1693 : le pape accepte l'extension
du droit de régale et investit les évêques nommés depuis 1682, en revanche le roi et l'épiscopat
français rétractent la Déclaration des quatre articles dont l'enseignement ne sera plus
obligatoire. Cette solution est facilitée par Fénelon notamment qui voit dans les libertés de
l'Eglise gallicane un danger de "servitude" à l'égard du pouvoir temporel. Louis XIV lui-même à
évolué sous l'influence de Mme de Maintenon et de ses confesseurs jésuites, le roi devenu dévot
veut se rapprocher de Rome dont il a besoin pour lutter contre les diverses dissidences
religieuses.

       C'est le cas notamment dans l'affaire du quiétisme. Une dame de la cour, Mme Guyon
introduit en France certaines des idées du mystique espagnol Molinos selon lequel il faut
accorder moins d'importance aux pratiques et aux oeuvres qu'à la contemplation du "pur amour"
de Dieu. Fénélon et Mme de Maintenon sont séduits mais une Commission de Censure présidée
par Bossuet se réunit en 1695 à Issy et condamne le quiétisme. La querelle rebondit lorsque
Fénelon, nommé archevêque de Cambrai, publie en 1697 une explication des Maximes des
Saints dans laquelle il tente de justifier Mme Guyon. Bossuet réplique par la Relation sur le
quiétisme. Louis XIV demande au pape de se prononcer. En 1699, Innocent XII censure 23
propositions tirées des Maximes sans toutefois les qualifier d'hérétiques. C'est pour Bossuet une
demi-victoire. Fénelon est disgracié et exilé à Cambrai se soumet avec beaucoup de docilité et
de dignité. Les autres quiétistes imitent sa soumission.


b) Le second jansénisme.

        Il n'en est pas de même du jansénisme. Depuis 1699, les jansénistes n'ont rien renié de
leurs positions dogmatiques et morales. Quesnel, après la mort d'Arnauld et de Nicole, fait
figure de chef du "parti" avec un livre son Nouveau testament en français avec des réflexions
morales sur chaque verset qui rencontre un grand succès. Il reprend l'essentiel des idées de
Jansénius sur la grâce mais il défend aussi certaines idées gallicanes et les idées démocratiques
de Richer sur le rôle des curés aux côtés des évêques. Ce second jansénisme ou quesnellisme
diffère assez largement du premier et apparaît comme un ensemble redoutable et imbus
d'augustinisme, de gallicanisme et richerisme, capable de mettre en cause la primauté du pape.
Il rencontre un grand succès dans les milieux parlementaires en partie à cause de ces tendances
gallicanes et au sein du bas-clergé par ses tendances richéristes.

        En 1701, le conflit se rallume au sujet de l'affaire du Cas de conscience : peut-on
accorder l'absolution sur son lit de mort à un ecclésiastique qui accepte la condamnation des
cinq propositions, tout en gardant un silence respectueux sur leur attribution précise à
Jansénius. Louis XIV demande au pape Clément XI une condamnation formelle du silence
respectueux, qu'il obtient en 1705. Les 17 dernières religieuses de port-Royal-des- Champs
refusent de signer cette proposition et son dispersées quelques semaines plus tard. Le
monastère, l'église et le cimetière sont détruites quelques semaines plus tard. Clement XI
promulgue en 1713 la bulle Unigenilus qui condamne les 101 propositions extraites des
Reflexions morales du père Quesnel, après avoir hésité. La bulle soulève une vive opposition en
France, le parlement de Paris refusant, par gallicanisme, d'enregistrer la "constitution"
pontificale. L'épiscopat est divisé mais le roi impose l'enregistrement au parlement en 1714.
Louis XIV songe à traduite les évêques opposants devant un concile national mais sa mort fait
échouer le projet.


c) La question protestante.
        L'exode des protestants a été massif mais dans le royaume, ils restent nombreux et
opiniâtres en dépit de la fiction qui consiste à les désigner sous l'expression de "nouveaux
convertis". Louis XIV fait adopter en 1698 une déclaration selon laquelle il recommande
d'éviter toute contrainte dans l'application des principes de "ceux de la R.P.R". Cet
assouplissement n'arrête pas les violences. En 1702, les Cévennes se révoltent entre Mende et
Alès, entraînés par des prophètes (souvent des femmes ou enfants), encadrés par de petits
artisans, les paysans cénevols, les Camisars réussissent pendant près de trois ans (1702-05),
durant la guerre de Succession d'Espagne, à tenir en échec plusieurs armées royales. 20000
hommes furent nécessaires pour mettre fin à cette guerre impitoyable. La résistance des
Camisards confirme Louis XIV dans sa politique d'intolérance, mais le protestantisme reste
vivace, en clandestinité.


d) Le catholicisme au début du XVIII ème siècle.

        La réforme catholique s'essouffle : le grand mouvement mystique du quiétisme
contribue à jeter un discrédit certain sur les différentes formes de mysticisme. L'ère des grandes
réalisations pastorales est close, tout au plus peut-on citer la fondation par J. A. de la Salle des
Frères des écoles Chrétiennes pour l'éducation des pauvres (1695) et les grandes missions de
Louis Grignon de Montfort en Poitou, Aunis. Les nouveaux courants de pensée : cartésianisme,
déisme, rationalisme, esprit de libre examen représentent pour l'Eglise et pour tout l'ordre établi
auquel elle est liée un redoutable danger que Bossuet, vieilli et désabusé, dénonce avec vigueur.
Certes, le danger n'affecte encore que quelques milieux littéraires Parisiens mais elle
annonciateur de nouvelles crises.


3°) Les dangers extérieurs.

        La guerre qui commence dans les derniers mois de 1688 et qui va durer plus de 25 ans
(sauf une courte interruption entre 1697 et 1702) oppose la France à deux coalitions
européennes successives et se déroule dans des conditions politiques et militaires bien
différentes de celles des années 1661-1684.


a) Les nouvelles conditions politiques et militaires.

        A partir de 1688, la France doit se battre contre presque toute l'Europe. La Ligue
d'Augsbourg cimentée par une série de traités particuliers, la Maison d'Autriche (Empereur et
roi d'Espagne), la Savoie et la plus grande partie de l'Empire (Bavière et le Brandebourg anciens
alliés de la France), enfin le bloc protestant anglo-hollandais animé par Guillaume d'Orange.
Après 1701, l'Espagne est l'alliée de la France mais est un allié faible, qu'il convient d'aider en
fait. L'Europe veut mettre un frein aux ambitions démesurées de Louis XIV. L'impérialisme
français se heurte désormais à d'autres impérialismes : les victoires sur les turcs assurent à
l'Empereur Léopold un immense prestige qui entend reprendre un rôle actif en Europe en
plaçant sur le trône d'Espagne un archiduc pour mieux souder les deux branches de la Maison
d'Autriche et reconstituer en quelque sorte "l'Empire" de Charles-Quint.

        Les conditions militaires ont elles aussi évolué. Sur terre, le problème majeur est celui
des effectifs. Pour le résoudre, Louvois décide d'organiser en 1688, la milice : 25000 miliciens
sont levés durant la Guerre d'Augsbourg, mais sont de faible valeur militaire. Grâce au racolage
et au mercenariat, le roi met sur pied une armée de 380000 hommes, de valeur très inégale.
Mousquet et pique sont définitivement remplacés par le fusil en 1701 complété par la baïonnette
à douille. Mais l'Europe coalisée a pour elle le nombre, des généraux aguerris comme
Guillaume d'Orange, le prince Eugène et Marlborough lors de la guerre de Succession
d'Espagne. Les armées sont moins manœuvrières qu'à l'époque précédente et l'on en revient à la
"stratégie des accessoires" : sièges des villes, stratégie de la terre brûlée. La "frontière de fer" de
Vauban permet à la France d'éviter les invasions. Les questions financières deviennent
prééminentes : l'épuisement des parties en présence explique largement le retour à la paix en
1697 et à nouveau en 1713-14.


b) La guerre de la Ligue d'Augsbourg et la paix de Ryswick, 1688-1697.

        Cette guerre se déroule à la fois sur le continent et sur la mer, mais dès 1693, les
opérations se ralentissent, cependant que s'ouvrent les premiers pourparlers de paix.
                - Louis XIV prend l'offensive sur le Rhin en 1688 dans l'espoir de les prendre de
vitesse et il dévaste le Palatinat (Heildelberg est brûlé).
                - Au même moment Jacques II est chassé du trône par Guillaume d'Orange. Les
coups de main de Jacques II en Irlande en 1689 ne durent pas et en 1690, l'escadre française est
détruite en 1690 à Béveziers.
                - La coalition s'organise et la guerre dégénère en un conflit long et difficile : les
combats se font au Luxembourg, dans les alpes, en Catalogne et sur mer la défaite de la Hougue
en 1692 est lourde pour les Français.
                - En 1693, des pourparlers sont engagés mais Louis XIV refuse de reconnaître
Guillaume III comme roi d'Angleterre. Par le traité de Turin, Louis XIV rend les territoires
conquis en Savoie et la paix est signée à Ryswick en 1697. Ces traités marquent le premier arrêt
dans la politique conquérante de Louis XIV : il accepte de restituer les réunions des années
1679-1689 à l'exception de Strasbourg et toutes les conquêtes de la guerre. De plus, les
Provinces - Unies se voient accorder d'importants avantages commerciaux. De plus, Louis XIV
rend à l'Angleterre les conquêtes faites à ses dépens en Amérique du Nord et reconnaît
Guillaume III tout en abandonnant tout soutien aux Stuarts. L'essentiel est sauvé (l'Alsace et
Strasbourg) mais le temps de l'équilibre commence.


c) La Succession d'Espagne et la Grande alliance de la Haye.

        Louis XIV a bien compris que les Etats européens ne le laisseraient pas prendre tout
l'héritage espagnol et commence les négociations qui ne sont pas acceptés par Charles II
d'Espagne soutenu par un parti national espagnol opposé à toute idée de partage. Dans son
testament, il interdit tout partage de l'Empire espagnol et désigne comme son successeur
Philippe duc d'Anjou, second fils du Dauphin à condition qu'il renonce à tous ses droits à la
couronne de France. Pour Louis XIV le choix est difficile, s'il accepte le testament de Charles II,
il viole le traité de partage de 1700. Dans les deux cas, c'est la certitude d'un conflit avec
l'Empereur. Le roi se décide alors à l'acceptation du testament.

       Au début, il semble que le calcul soit bon, la plupart des Etats européens, sauf l'Empire,
acceptent, reconnaissant le duc d'Anjou comme roi d'Espagne sous le nom de Philippe V. Mais,
Louis XIV fait des maladresses et fait reconnaître par le parlement de Paris les droits de
Philippe sur la couronne de France. Celui-ci d'ailleurs octroie des droits dans les colonies
espagnoles à la France, notamment l'asiento, ce qui mécontente anglais et Néérlandais.
L'empereur, l'Angleterre et les Provinces - Unies signent en sept 1701 le traité de Grande
alliance de la Haye par lequel ils entendent obtenir réparation et posent un ultimatum à Louis
XIV. Le triumvirat constitué par le Hollandais Hensius, l'Anglais Marlborough et le prince
Eugène de Savoie au service de l'Empereur se mettent en place, bientôt rejoint par le roi du
Danemark, l'électeur de Brandebourg et la plupart des princes allemands qui déclarent la guerre
à la France et à l'Espagne.


d) La guerre de Succession d'Espagne, 1702-1713.

        Au début, l'avantage revient à la France, puis les Franco-Espagnols connaissent dès lors
une série de revers : ainsi à Blenheim et à Ramillies. En cette même année 1707, le roi de Suède
Charles XII vainqueur des Danois, des Russes et des polonais semble devoir être l'arbitre de
l'Europe. En 1708, la France connaît une des années les plus sombres de la guerre. Malborough
vient mettre le siège devant Lille qui capitule et Louis XIV décide alors de faire des ouvertures
de paix. Mais les exigences des coalisés sont trop forte et Louis XIV refuse. A Villaviciosa, les
anglo-autrichiens emportent une victoire décisive en 1710. Le revirement de l'Angleterre, va
contribuer à sauver la France du désastre. L'opinion publique anglaise se lasse de la guerre et la
Reine Anne se brouille avec Marborough et sa femme, cependant que les élections donnent
l'avantage aux tories, partisans de la paix. Enfin, joseph Ier meurt sans héritier direct ce qui
modifie les données du problème espagnol. A Denain, Villars remporte une victoire en juillet
1712 qui permet à la France d'obtenir la paix dans des conditions honorables.


4°) La paix d'Utrecht et le nouvel équilibre européen.


a) Les traités d'Utrecht et de Rastadt, 1713-1714.

        Des traités sont signés à Rastadt et à Bade. Les clauses politiques de traités visent surtout
la Succession d'Espagne dont le problème a été à l'origine de la guerre : Philippe V est reconnu
comme légitime successeur de Charles II par tous sauf l'Empereur. Louis XIV s'engage à ne plus
soutenir les Stuarts et à accepter l'ordre de succession établi en Angleterre par l'Acte
d'établissement en 1701. Les clauses territoriales enregistrent le démembrement de la
monarchie espagnole : Philippe V ne conserve que l'Espagne et ses domaines coloniaux : il cède
Minorque et Gibraltar aux anglais et doit abandonner à Charles VI le royaume de Naples, la
Sardaigne, les présides de toscane, le Milanais et les Pays-Bas et à Victor-Amédée de Savoie la
Sicile. La France abandonne un certain nombre de possessions outre-mer à l'Angleterre. Les
clauses commerciales des traités intéressent directement l'Angleterre en lui accordant des
avantages de premier ordre : retour au tarif douanier de 1664, renonciation aux avantages
commerciaux consentis par Philippe V aux marchands français qui sont accordés aux anglais
notamment asiento. Si la victoire de la Grande alliance de la Haye n'est pas totale elle est
incontestable.


b) Le nouvel équilibre européen.
       - La France agrandie de Lille, de Strasbourg et Besançon à des frontières beaucoup
moins vulnérables qu'un demi-siècle plus tôt et à réussi à briser l'encerclement des Habsbourgs
en plaçant un bourbon sur le trône d'Espagne.
       - La monarchie autrichienne doit à ses victoires sur les turcs et sur les Franco - espagnols
de substantiels agrandissement en Hongrie, en Italie, aux Pays-Bas, mais cet état est peu uni.
       - L'Angleterre est devenue en 1714 une puissance de premier plan

        A côté, les autres Etats font figures de puissances secondaires : le déclin des Provinces -
Unies est relatif mais incontestable, mais aussi celui de la Suède, de la Pologne, de la Turquie et
de l'Espagne. Par contre, trois Etats semblent en pleine ascension : la Savoie, la Prusse et la
Russie.

				
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