doc V5 Fiche Un survivant de Varsovie by H73r0S

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									                        UN SURVIVANT DE VARSOVIE
                      Arnold Schoenberg (1874 – 1951)
                     La thématique : Arts, états et pouvoir
La problématique : Comment se souvenir pour dénoncer, pour ne pas
oublier, pour rendre hommage?

I – Arnold Schoenberg
       1 – Sa vie
C'est un compositeur, peintre (nombreux autoportraits), écrivain (pièces de théâtre, livres, poésies
et essais politiques) et théoricien autrichien né le 13 septembre 1874 à Vienne, et mort le
13 juillet 1951 à Los Angeles (États-Unis).
Son influence sur la musique du XXe siècle a été considérable.

        Arnold Schoenberg, aîné de trois enfants, doit quitter le collège à l’âge de seize ans, à la
mort de son père, pour s’engager dans la vie active. D’abord apprenti dans une banque jusqu’en
1895, il assumera ensuite diverses tâches lui permettant de se consacrer quasi exclusivement à la
musique. Il est violoniste et violoncelliste.
        Au début de sa carrière, Schoenberg est un compositeur très romantique, dépositaire d'une
tradition musicale essentiellement germanique. C'est un admirateur inconditionnel des
compositeurs Richard Wagner et de Johannes Brahms, de Mozart, de Beethoven et de Bach.
       Dès 1903, il enseigne à Vienne dans une école privée; l’activité de professeur restera au
cœur de toute son existence, de Berlin (1926, à l’Académie des Arts) à Los Angeles (UCLA jusqu’en
1944) et se prolongera à travers des cours privés.
Longtemps après ses premiers élèves Anton Webern et Alban Berg (1904), avec lesquels se forme
ce que l’histoire retiendra sous le nom de Seconde école de Vienne, de nombreux autres créateurs
suivront ses cours dont John Cage en 1935.
         L’année 1933 est décisive : il se reconvertit au judaïsme (à Paris, le 25 octobre) (abandonné
en 1898 pour le protestantisme afin d'échapper à l’antisémitisme furieux de l’Autriche et dans
l’espoir d’être mieux intégré à la société viennoise), il est membre d'un courant artistique que le
régime nazi considérait comme "dégénéré", Schoenberg est contraint de fuir son pays .
Il part définitivement pour les USA (Boston puis, pour raisons de santé, la côte ouest) ; s’il
américanise aussitôt l’orthographe de son nom (le ö devient oe) et écrit dorénavant directement
en anglais, il ne deviendra citoyen américain que le 11 avril 1941.
Exilé aux Etats-Unis, Arnold Schoenberg n'abandonne pas pour autant la composition puisqu'il
signe notamment « Concerto pour violon » et « Un survivant de Varsovie ».


       2 - Evolution de son langage musical
       Dans les années 1906-1907, il abandonne le langage tonal pour créer le mode de
déclamation appelé « mélodie parlée » (Sprechgesang) avec son œuvre intitulée
« Pierrot lunaire » (1912).                                                                            2
        Dans les années 1920, il est à l'origine d'une nouvelle technique qui consiste à créer une
composition à douze sons (une série), comme dans « Variations pour orchestre » (1928).
Il décréta que tout morceau devrait être basé sur une « série » de douze sons: do, do dièse, ré, ré
dièse, etc., jusqu'à si.
L'on peut donc faire se succéder ces douze sons dans l'ordre que l'on veut et l'on ne doit pas
répéter deux fois le même son avant d'avoir entendu les onze autres. La série peut ensuite être
utilisée par mouvement inverse, puis par miroir, être jouée à partir d'autres hauteurs, puis par
fragment, et enfin sous forme d'agrégation ( = superposition de plusieurs sons qui ne sonnent pas
forcément bien ensemble).
L'œuvre est donc construite à partir d'une série préalablement établie.

       3 - Seconde école de Vienne

La seconde école de Vienne est un mouvement musical du XXe siècle.
Le qualificatif de « seconde » fait référence à la première école de Vienne, qui désigne les
compositeurs Joseph Haydn, Wolfgang Amadeus Mozart, Ludwig van Beethoven et Franz Schubert.

La seconde école, quant à elle, désigne les compositeurs Arnold Schoenberg, Alban Berg et Anton
Webern, qui furent, au début du XXe siècle, les précurseurs de la musique contemporaine,
explorant l'atonalité ( = il n'y a plus de tonalité), le dodécaphonisme et le sérialisme.

Le dodécaphonisme, ou musique dodécaphonique, est une technique de composition musicale
imaginée par Arnold Schoenberg. Cette technique donne une importance comparable aux 12 notes
de la gamme et évite ainsi toute tonalité.

La musique sérielle est une extension du dodécaphonisme. Elle n'apparaît réellement qu'avec la
Klavierstück V de l'opus 23 de Schoenberg ; il s'agit ici de n'utiliser qu'une seule et unique suite de
12 sons (appelée série).
     dans sa forme originelle appelée aussi forme droite
     en récurrence (la série est prise par la fin) appelée aussi forme rétrograde
     en renversement (tous les intervalles sont imités en mouvement contraire, c’est-à-dire
        qu'un intervalle descendant devient ascendant et vice-versa) appelée aussi forme miroir
     en récurrence du renversement appelée aussi forme miroir du rétrograde

Arnold Schoenberg a dit à propos de ces nouvelles techniques de composition:
« On se rend rarement compte qu’il y a nécessairement un lien entre l’écriture des anciens et celle
des novateurs, qu’aucune technique nouvelle en art ne peut-être créée qui n’ait ses racines dans le
passé ».
Il voulait dire que même si on crée une musique nouvelle, elle a ses racines dans ce qu'ont fait les
compositeurs précédents.

       4 - Quelques œuvres
      « La Nuit transfigurée » (Verklärte Nacht) sextuor à cordes (1899)
      « Pelléas et Mélisande » (1903)
      des pièces pour piano
      « Pierrot lunaire » pour soprano et huit instruments solistes (1912)
      « Variations pour orchestre » 1928                                                            2
      « Moïse et Aaron » : opéra inachevé (1930-1932)
    « Un survivant de Varsovie » (1947)

       5 - Quelques citations d'Arnold Schoenberg:
• A propos du dodécaphonisme : « Mon invention assurera la suprématie de la musique
allemande pour les cent ans à venir ».

• A propos de l'antisémitisme, dans une lettre à Kandinsky (peintre russe) datée du 20 avril
1923 : « Ce que j'ai été forcé d'apprendre l'année dernière, je l'ai enfin pigé, et je ne l'oublierai
jamais. À savoir que je ne suis pas un Allemand, ni un Européen, pas même un humain peut-être
(en tout cas, les Européens me préfèrent la pire de leurs races), mais que je suis Juif... J'ai entendu
dire que même un Kandinsky ne voyait dans les actions des Juifs que ce qu'il y a de mauvais, et
dans leurs mauvaises actions que ce qu'il y a de juif, et là, je renonce à tout espoir de
compréhension. C'était un rêve. Nous sommes deux types d'hommes. À tout jamais ! »

• «Seul celui qui a des idées personnelles est capable de rendre hommage aux idées d'autrui. Seul
mérite un hommage celui qui est capable de rendre hommage à autrui.»




II – Un survivant de Varsovie
Cette citation d'Arnold Schoenberg pourrait servir d'introduction à la création de l'œuvre :
«"Se souvenir", voilà le premier pas vers "comprendre".»

       1- Genèse de l'œuvre

L'origine de l'œuvre est une suggestion faite à Schoenberg par la danseuse émigrée Corinne
Chochem de rendre hommage par une œuvre d'art aux victimes juives du troisième Reich
allemand. La collaboration avec Corinne Chochem ne se fit pas, mais le compositeur autrichien
développa le projet de son côté. Il reçut alors une lettre de la Fondation musicale Koussevitzsky qui
lui passait commande d'une œuvre. Il décida de répondre à cette commande par cet hommage. Il
composa Un survivant de Varsovie du 11 au 23 août 1947.

       2 – Création de l'œuvre

Il était sous-entendu que Serge Koussevitzky et l'orchestre symphonique de Boston donneraient la
première de l'œuvre, mais Kurt Frederick, chef de l'orchestre symphonique civique d'Albuquerque,
ayant eu vent du projet, demanda à Schoenberg s'il pouvait créer l'œuvre. Le compositeur accepta.
La première eut lieu le 4 novembre 1948 à l'université du Nouveau-Mexique à Albuquerque.

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       3 – L'œuvre
http://www.youtube.com/watch?v=rGWai0SEpUQ&feature=player_embedded


a) Généralités

En 1933, Schoenberg revenu à sa foi d’origine, le judaïsme et s'exilé aux Etats-Unis; il a des
remords : celui ne ne pas être resté en Europe et d'avoir échappé à tout ce que les nazis ont fait
subir au peuple juif. C'est un peu le syndrome du survivant.
Infidèle à son peuple, il le rejoint à nouveau par l’antisémitisme subi et le devoir absolu de
solidarité envers tous ces gens morts dans les camps d'extermination. Schoenberg nous montre
à travers l'œuvre les étapes de l’anéantissement, mais aussi la survie du peuple en faisant
chanter « Shema Israël » à la fin de son œuvre.
La narration prend en charge l'histoire d'un survivant du ghetto de Varsovie durant la Seconde
Guerre mondiale, dans un camp de concentration. Le narrateur ne se rappelle pas comment il a
abouti dans les égouts de Varsovie. Un jour, dans le camp, les autorités nazies appelèrent un
groupe de Juifs. Le groupe tenta de se rassembler, mais il y eut une confusion, et les gardiens
battirent les Juifs âgés et malades qui ne pouvaient pas suivre les autres assez vite. Ils furent laissés
pour morts, et les gardiens demandèrent de refaire le compte, pour savoir combien seraient
envoyés vers les chambres à gaz. Les gardiens demandent un décompte de plus en plus rapide, et
l'œuvre culmine alors que les Juifs commencent à chanter la prière Shema Israël.
Le survivant de Varsovie pourrait symboliser l' engagement de Schoenbreg : social, historique et
religieux face aux évènements.

b) Structure

« Un survivant de Varsovie » (A Survivor from Warsaw, opus 46) est une œuvre pour narrateur,
chœur d'hommes et orchestre symphonique (cordes, bois, cuivres et percussions).
Schoenberg l’écrivit presque d’un seul jet en moins de dix jours en août 1947, bouleversé par le
récit d’un rescapé de la Shoah.
L'œuvre est d'un seul tenant et sa durée d'exécution est d'environ sept minutes. Le texte est en
anglais, avec quelques exclamations allemandes et le chœur final en hébreu.

Il s'agit d'un mélodrame c'est à dire d'une composition spécifiquement dédiée à un texte déclamé
(donc non-chanté)

                       A - Le texte:
Trois langues se mêlent:       - l’anglais du narrateur
                               - l’allemand pour le sergent nazi
                               - l’hébreu pour la prière finale

Il est globalement narratif avec quelques dialogues. Il est composé de 5 paragraphes et du Shema
Israel .
Les temps employés dans le texte sont le présent et le passé : les évènements racontés
appartiennent au passé mais leur souvenir est présent.
Le narrateur est un témoin pas très lucide qui a du mal à analyser ce qu'il a vu et entendu.
Les personnages du texte appartiennent soit à un groupe (celui des juifs ou celui des soldats) soit
ils représentent une fonction (le sergent et ses subordonnés). Mais l'individu en dehors du groupe
ou de sa fonction n'existe pas.                                                                     5
         • 1er paragraphe, le survivant dit ne pas savoir comment il s'est retrouvé dans les égouts
de Varsovie. L'atmosphère est incertaine; il exprime l'incompréhension.

       • 2ème paragraphe : l'action se passe dans un camp de concentration, dans un
baraquement. Le réveil des déportés est brutal et très matinal. Puis ensuite le narrateur exprime la
mélancolie, la nostalgie (il pense aux siens et ne sait pas ce qu'ils sont devenus). Il exprime sa
détresse de ne pouvoir dormir.

       • 3ème paragraphe : les déportés sortent du baraquement pour aller dans la cour du camp
d'extermination afin d'être comptés par les nazis. Il y a de la confusion et les gardiens frappent
tous ceux qui ne vont pas assez vite.
Les sentiments exprimés sont l'agitation, la nervosité, la violence, la cruauté.

       • 4ème paragraphe: nous sommes dans la cour du camp. Le narrateur a été blessé, il
est tombé par terre et est à moitié conscient. L'atmosphère dégagée par ce paragraphe est plutôt
calme.
       • 5ème paragraphe : dans la cour du camp, les soldats allemands comptent les juifs qu'ils
veulent envoyer à la chambre à gaz; on ressent une accélération progressive de l'angoisse.

        •Shema Israel : texte en hébreu: il s'agit de la profession de foi des juifs: «Écoute Israël,
l'Éternel est notre Dieu, l'Éternel est Un»


                       B - Analyse musicale

Nous avons écouté l'œuvre en entier mais nous avons travaillé plus particulièrement sur le dernier
paragraphe du texte et sur le Shema Israel.

               ■ Quelques éléments musicaux repérables

        Dans cette œuvre il y a une introduction instrumentale qui nous met tout de suite dans une
atmosphère de stress, d'angoisse, de malaise. Dès la première mesure, les fanfares des trompettes
(exemple musical N°1) nous font entendre de façon brutale un ensemble de douze notes.
L’orchestration est d’écriture dodécaphonique ou sérielle : technique d’écriture qui donne une
importance identique aux 12 notes de la gamme (touches blanches et noires du piano), et évite
ainsi toute tonalité (la musique est atonale).
La série dodécaphonique est conçue comme une succession de douze sons dans un ordre donné et
un son ne peut être rejoué que si les onze autres sons ont été entendus.

Schoenberg décrit le monde des camps et des égouts de Varsovie avec un grand réalisme , tant
dans la musique que dans le texte prononcé par le narrateur.
         On a l’impression de ne pas avoir de repères, d’être un peu perdu . On a une impression de
désordre, de confusion.
         Ce qu'on ressent à la 1ère écoute c'est une sensation de violence, d'angoisse, de malaise,
d'inquiétude. C'est étrange, bruyant, triste. On a l'impression d'être dans l'histoire; on est
oppressé.
         Les timbres instrumentaux sont agressifs.
         Il n'y a pas de thème. On n’arrive pas à chanter une mélodie mais on a l’impression        6
qu’il y a plusieurs éléments mélodiques joués par les différents instruments.
L’absence de thème et la confusion dans les instruments représentent l’horreur de la scène.

a) La voix :
       Il s'agit d'une voix de basse. Elle n'est pas tout à fait parlée: il s'agit d'un « parlé-chanté »
appelé Sprechgesang ( = technique vocale apparue au début du XX° siècle en Allemagne. Il s’agit
d’une technique mêlant le parlé et le chanté).
       Ex: «Reveille » (paragraphe 2 : « réveil »): (extrait musical N°2) les inflexions de la voix sont
                        mélodiques . Elles reprennent le motif mélodique de la fanfare du début. On
                        pourrait les traduire par le schéma suivant:
                    ___
              ___
       ___
       Re - vei - lle
           « Get out » (paragraphe 2 : « sortez »: (extrait musical N°3) idem

          « Nochmal von vorn anfangen! » (Recommencez !): (extrait musical N°4)
                      __
                          __
                 __           __

      __ __
     Noch - mal von vorn an-fangen (extrait musical N°5)

On a l'impression que le narrateur est un peu fou : Schoenberg par sa musique nous transmet le
traumatisme qu'ont dû vivre les déportés.

b) Les exclamations allemandes :
       Elles correspondent aux interventions du sergent allemand qui appelle et compte de
manière incessante les Juifs. Elles sont presque criées, donnant un effet de réalisme.
Une des interventions des soldats est en anglais : « They are all dead » (ils sont tous morts ) : cette
intervention est en anglais et non en allemand bien que ce soit un soldat nazi qui la dise car il s'agit
d'une constatation et non d'un ordre donné par le sergent allemand.

c) L’utilisation des instruments de l’orchestre et l’écriture musicale :
         Les familles instrumentales interviennent successivement et non en masse de sorte que l’on
ne perçoit pas vraiment l' orchestre comme un orchestre symphonique, sauf dans le Shema Israel.
L'emploi de certains instruments comme les trompettes, la caisse claire nous rappelle les camps et
le côté militaire.
L’utilisation de l’orchestre évoque les cris, les coups.
L'orchestre semble accompagner le narrateur, transcrire les émotions.

      Ex: - entre le paragraphe 2 et le paragraphe 3, des fanfares successives annoncent « les
trompettes encore » du texte (extrait musical N°6)

           - à la fin du paragraphe 4 et avant le début du paragraphe 5 : le survivant est tombé à
terre, frappé très fort par les soldats et il est presque inconscient : l'orchestre joue dans une
nuance piano, des notes tenues, dans un registre médium (extrait musical N°7)                      7

Le compositeur a recours à toute une panoplie des procédés expressionnistes:
L'expressionnisme est l'un des mouvements artistiques les plus importants du 20ème siècle. C'est
une forme d’expression commune à des genres différents (peinture, musique).
Ce mouvement se développe dans les pays germaniques de 1900 à 1925.
Ce mouvement est caractérisé par une vision pessimiste de l'époque, déformant la réalité pour
exprimer une forte intensité expressive. Les artistes voulaient illustrer de manière extérieure
et visible leurs états psychologiques intérieurs. Ils exprimaient leurs angoisses humaines en
exagérant leurs sentiments.
Edvard MUNCH (peintre norvégien - 1863-1944) : « le cri » Un pionnier du mouvement
expressionniste


« Le cri »: peinture à l'huile et au pastel
d'Evard Munch réalisée en 1893


Munch décrit un univers angoissé au moyen de courbes
sinueuses et de couleurs soutenues.
«Je me promenais sur un sentier avec deux amis—
le soleil se couchait—tout d'un coup le ciel devint rouge sang—
je m'arrêtai, fatigué, et m'appuyai sur une clôture—il y avait
du sang et des langues de feu au-dessus du fjord bleu-noir
et la ville—mes amis continuèrent, et j'y restai, tremblant
d'anxiété—je sentais un cri infini qui se passait à travers l'univers.»

Les techniques expressionnistes employées par Schoenberg sont :
        le Flatterzunge (coups de langue répétés dans le jeu des instruments à vent) (extrait
           musical N°8) créant une atmosphère d'incertitude, de suspens,
        le jeu col legno ( = jouer avec le bois de l'archet sur les instruments à cordes frottées)
           (extrait musical N°9) créant une atmosphère lourde, pesante,
        le jeu en pizzicato ( = pincer avec les doigts les cordes des instruments à cordes frottées)
           (extrait musical N° 10)
        le jeu sul ponticello (= jouer directement sur le chevalet d'un instrument à cordes)
           (extrait musical N°11) créant une atmosphère de trouble

d) Le volume sonore :
Il est très varié . Il va de fortissimo à pianissimo avec des crescendo et des decrescendo. Il y a
souvent de brusques changements de nuances.

e) Les registres :
Tous les registres sont utilisés : du très aigu au très grave en passant par le médium .




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               ■ Analyse musicale du 5ème paragraphe
On a un sentiment d’accélération dans ce dernier paragraphe, évoquant le décompte des Juifs ,
et correspondant à la folie meurtrière des nazis voulant envoyer le plus de Juifs possibles à la
chambre à gaz.
        Après un 4ème paragraphe assez calme, le dernier est introduit par une arpège (= accord
dont on ne joue pas toutes les notes en même temps mais les unes après les autres) descendante
avec des notes détachées des cordes frottées suivie d'un trémolo ( = répétition rapide d’une même
note par des mouvements très brefs d’aller et retour de l’archet) des bois dans l'aigu, le tout dans
une nuance forte. (extrait musical N°12)


• Puis le début du texte du 5ème paragraphe est dit a cappella (= sans accompagnement
instrumental) afin d'être mis en valeur:
        ex: « Then I heard the sergeant shouting” (puis j'entendis le sergent crier)
On retrouve des extraits de phrases dites a cappella plus loin :
           « They started slowly » (ils commencèrent lentement)
           « wieviele ich zur Gaskammer abliefere! »


• L'orchestre souligne, accentue parfois le sens texte :
        ex: « Abzählen! » (comptez-vous) : le mot est précédé par 3 accords dissonants ( =
superposition de plusieurs sons pas très agréables à entendre): 3 syllabes pour le mot, 3 accords
qui le précèdent (extrait musical N°13). Ces 3 accords de l'orchestre vont du grave vers l'aigu. Le
mot est dit très fort, presque crié, mais en détachant les syllabes, accompagné par un trille (=
battement rapide entre deux notes conjointes) des bois (extrait musical N°14).
            « and irregularly: one, two, three, four” : ( et irrégulièrement : un, deux, trois, quatre) :
le décompte se fait irrégulièrement dans un tempo qui accélère avec un accompagnement en
pizzicato des cordes (= c’est pincer avec les doigts les cordes des instruments à cordes frottées)
dans une nuances piano (extrait musical N°15).
                Certains mots comme « Achtung ! » (attention) sont criés par le récitant et
l'orchestre introduit le mot par un accord dissonant joué très fort (extrait musical N°16).


• L'orchestre annonce parfois l'atmosphère :
        ex: avant le 2ème « Abzählen! » (comptez-vous) : on entend une sorte de tapis sonore
pianissimo des cordes frottées qui jouent des trémolos ( = répétition rapide d’une même note par
des mouvements très brefs d’aller et retour de l’archet), provoquant un effet d'angoisse,
préfigurant l'issue finale pour le Juifs (extrait musical N°17).


• La fin du dernier paragraphe, à partir de « They began again, first slowly: one, two, three, four, »
jusqu'à « they began singing the Shema Yisroel », il y a des plus en plus d'instruments, les nuances
sont de plus en plus fortes, les cordes accompagnent en pizzicato pour souligner le compte
irrégulier des Juifs; on note également que le rythme devient de plus de plus rapide, qu'il y a une
accélération du tempo et une montée du registre vers l'aigu, pour finalement éclater sur le Shema
Israel.
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                ■ Analyse musicale du Shema Israel :
C'est le texte principal de la liturgie juive. Cette prière est récitée matin et soir, pour les agonisants,
pour la Bar Mitzvah (aussi appelée communion juive; c'est l'âge auquel le jeune garçon juif
atteint sa majorité religieuse, en principe à 13 ans)
Le texte : « Ecoute, Israël ! L’Eternel, notre Dieu, est le seul Eternel.
             Tu aimeras l’Eternel, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force.
             Et ces commandements que je te donne aujourd’hui seront dans ton cœur.
            Tu les inculqueras à tes enfants, et tu en parleras quand tu seras dans ta maison,
           quand tu iras en voyage, quand tu te coucheras et quand tu te lèveras. »

Cette prière est en hébreu.
C'est une affirmation de la Foi. Le texte utilise le futur: les Juifs, quoique les nazis puissent leur
faire, transmettront cette Foi à leurs enfants.
Le fait que Schoenberg enchaîne cette prière au texte précédent montre que les Juifs, bien qu'ils
vont mourir, veulent une dernière fois montrer aux nazis que de toutes façons, il y aura un après ;
qu'ils auront beau les tuer, il y aura toujours des Juifs. C'est une façon pour eux de s'opposer aux
nazis et de montrer leur dignité. C'est le seul moyen pour eux de s’opposer aux allemands et
d’affronter la mort . La seule issue pour eux est de clamer leur Foi et d’exister en tant qu’individu.


Cette prière s'enchaîne directement avec le texte précédent, et vient en conclusion du grand
crescendo de la fin du 5ème paragraphe. On a une impression de puissance, de noblesse et cette
intervention du chœur nous donne des frissons.


La prière est chantée par un chœur d'hommes à l'unisson ( = toutes les voix chantent la même
chose en même temps avec les mêmes notes et le même rythme) : car les déportés sont unis et
subissent tous le même sort d’où qu’ils viennent et quelques soient leurs origines sociales.
Toutes les familles instrumentales de l'orchestre symphonique (cordes, bois, cuivres et percussions)
sont utilisées en même temps au début de la prière, renforçant cette idée de puissance.


Dans le Shema Israel, on n'a pas l'impression que l'orchestre accompagne le chœur, mais qu'il y a
plutôt une opposition entre les deux.
C'est comme si on avait deux entités qui s'affrontent : le chœur des Juifs et l'orchestre qui peut-
être dans l'esprit de Schoenberg représenterait le groupe des nazis.


A la fin de ce chœur, c'est l'orchestre qui conclut : les déportés Juifs ont été exterminés.
Cependant quand on écoute cette fin, on n'a pas l'impression de la fin d'une œuvre musicale: c'est
comme si on restait en suspension. Il y a comme une sorte de résonance.
Peut-être est-ce le symbole musical voulu par Schoenberg, symbole de la survie du peuple juif
malgré les persécutions nazis? (extrait musical N°18)




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       4 – Conclusion
        « Un survivant de Varsovie » nous montre l'attitude d'engagement social, historique et
religieux de Schoenberg face aux événements.

       Dans cette œuvre, la musique n'a aucune raison d'exister sans le texte. En effet, la musique
semble au premier abord, désordonnée, sans rythme, sans mélodie. Ce chaos musical est
volontaire et représente le chaos du monde de l’époque.

        On trouve dans cette œuvre beaucoup d'ingrédients expressionnistes:
        - intensification de tous les éléments musicaux: des registres exploités dans les
extrémités de l’échelle sonore (du très grave au très aigu),
- des contrastes brutaux de nuances,
- une tension constante,
- une musique atonale (= sans tonalité),
- le parlé chanté instable et arythmique (= sans rythme défini) pour le narrateur.
Sous la voix, la musique ne participe pas à l’exagération du « Sprechgesang », elle crée simplement
le climat qui convient au texte en variant les combinaisons instrumentales.

       Il est certain qu'une telle musique ne peut pas être jolie et délicate. Qu'on apprécie ou pas
cette musique, on ne peut pas rester insensible: on ressent de très fortes émotions.




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III - Œuvre pouvant être mise en parallèle :
                                                     « Le pianiste » de Roman Polanski


       On peut parler du film : « Le pianiste » film réalisé par Roman Polanski, sorti en 2002. Il est
adapté du roman autobiographique de Władysław Szpilman.


        L'histoire racontée dans ce film est une histoire vraie, vécue par un pianiste juif polonais qui
l'a racontée dans un livre après la seconde guerre mondiale.
Le texte raconté dans « Un survivant de Varsovie » a été inventé par Schoenberg d'après des
récits de survivants de la Shoah.


          Le film raconte l'histoire du pianiste juif polonais Władysław Szpilman, issu d'une famille
modeste. L'histoire se déroule à Varsovie, pendant la Seconde Guerre mondiale.
Lorsque les nazis s'emparent de la ville, ils commencent par supprimer au fur et à mesure tous les
droits des juifs, puis finissent par les regrouper dans un ghetto. Les conditions de vie y sont
effroyables, la nourriture rare et chère, des morts gisant à même le sol.
Des tracts illégaux circulent dans le ghetto et Wladyslaw (le pianiste) rencontre de temps à autre
les membres d'un petit groupe dissident, jusqu'au jour où les nazis les assassinent tous.
Wladyslaw rencontre une chanteuse qui l'aidera tout le long.
Władysław travaille comme ouvrier, tandis que sa famille est déportée.
Il essaie tout de même de fournir des armes à ses camarades juifs qui résistent aux Allemands. La
confrontation est terrible, laissant encore beaucoup de traces dans l'esprit du musicien.
Wladek est hébergé par des résistants qui lui apportent régulièrement, en secret, de quoi survivre.
Il finit par tomber gravement malade alors même que les Soviétiques s'apprêtent à attaquer
Varsovie.
Il trouve quelque temps refuge dans un hôpital déserté, puis dans une maison en ruines peu avant
la libération de la ville.
Mourant de faim et de soif, il se cache des Allemands dans un petit grenier, mais finit par être
découvert par un officier allemand, Wilm Hosenfeld, et Władysław croit sa fin toute proche.
Sa passion pour la musique va le sauver lorsque l'officier découvre que Szpilman est pianiste. Il lui
offre à boire et à manger. Avant que les Soviétiques ne prennent la ville, l'officier part, lui laissant
son manteau d'hiver.
Władysław exulte lorsqu'il voit les uniformes soviétiques s'approcher de lui. Mais, le prenant pour
un Allemand, ils commencent par lui tirer dessus avant de se rendre compte qu'il est effectivement
polonais.
L'officier allemand est, quant à lui, fait prisonnier par les Russes, mais Władysław, ne connaissant
pas le nom de son bienfaiteur, ne pourra lui venir en aide.

Władysław Szpilman fait partie des rares survivants du ghetto, ayant énormément souffert de
la famine, de la guerre et des exactions des nazis.




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