Robert Combas est le créateur avec Hervé Di Rosa de la « Figuration Libre» L'expression « figuration
libre » a été forgée au cours de l'été de 1981 par l'artiste Ben qui avait invité Robert Combas et Hervé
Di Rosa à exposer dans sa galerie de Nice (2 Sétois à Nice). Cette appellation qui, un an plus tard,
désignera une vingtaine d'artistes des années 1980, s'est finalement restreinte à quatre protagonistes,
tous peintres : Rémi Blanchard, François Boisrond, Robert Combas, Hervé Di Rosa. Aujourd'hui, il vit
et travaille à Ivry-sur-Seine.
Robert Combas apporte, dès son entrée aux Beaux-Arts en 1977, une esthétique originale et
novatrice. Alors que l’art conceptuel domine la scène artistique française, le jeune artiste prend le
contre-pied du courant dominant et s’attache à redéfinir l’utilisation de l’espace, de la couleur et de la
figuration. Partant du principe que tout a, de toute façon, déjà été fait, Robert Combas s’approprie
sans complexe les grands poncifs de l’art, et apporte ainsi de nombreuses possibilités à ses
contemporains et aux générations suivantes qui souhaitent emprunter la voie de la figuration. Cette
nouvelle esthétique apparaît chez Combas dès 1977 avec les batailles, sujet complet et toujours
d’actualité, puis se poursuit entre autres avec ses appropriations de la figure de Mickey. Il créera
ensuite le Pop Art Arabe. Sous ce terme de son invention, se trouvent des œuvres aux airs de
publicités « des pays sous-développés » marquées de fausses écritures arabes. Son esthétique est à
l’époque assez brute et influencée par tout ce qui occupe sa vie de jeune adulte : télévision, rock, BD,
sexe.
Robert Combas et Hervé Di Rosa sont originaires de Sète. C'est dans cette ville qu'ils créeront en
1979, en compagnie de Catherine Brindel (Ketty), la revue Bato, « œuvre d'art assemblagiste et
collective ». Parallèlement, Robert et Ketty forment avec Buddy (le frère d'Hervé), un groupe de rock,
Les Démodés, qui connut un succès d'estime dans le sud de la France. Alors que Combas poursuit
ses études à l'école des Beaux-Arts de Montpellier (où enseignent Dominique Gauthier et Daniel
Dezeuze), Di Rosa s'inscrit à l'École nationale supérieure des arts décoratifs de Paris. C'est là qu'il
rencontre François Boisrond. Par l'intermédiaire du père de ce dernier, ils font la connaissance du
critique d'art Bernard Lamarche-Vadel qui leur propose de participer à une exposition dans
l'appartement qu'il doit quitter (Finir en beauté, 1981). À cette occasion, Lamarche-Vadel leur présente
Rémi Blanchard, qu'il avait eu comme étudiant à l'école des Beaux-Arts de Quimper. Cette exposition,
à laquelle participèrent également Jean-Charles Blais, Jean-Michel Alberola, Denis Laget et Catherine
Violet, constitue le véritable point de départ de Figuration Libre. L'exposition 5/5, Figuration libre
France/USA organisée en 1984 par le musée d'Art moderne de la Ville de Paris consacre
officiellement cette mouvance en la confrontant à la génération des « graffitistes » new-yorkais (Jean-
Michel Basquiat, Crash, Keith Haring, Kenny Scharf). On peut mesurer à cette occasion ce qui réunit
mais aussi ce qui distingue les peintres américains et français. Dans le catalogue de l'exposition, Otto
Hahn, critique d'art pour le magazine L'Express, tente de définir les affinités des deux groupes : « Mon
intérêt pour les Américains, Jean-Michel Basquiat, Crash, Keith Haring, Kenny Scharf, et pour les
Français Rémi Blanchard, François Boisrond, Robert Combas, Hervé Di Rosa, auxquels s'ajoutent les
photographes Louis Jammes et Tseng Kwong Chi, ici regroupés sous le sigle de Figuration libre, vient
de la vitalité joyeuse qui se dégage de leurs travaux. Alors que la peinture déborde d'attitudes nobles
et de sentiments tragiques, le „puérilisme“ affiché des nouveaux venus donne le sentiment d'une
libération. » Cette nouvelle génération de peintres est animée par un enthousiasme et une
désinvolture qui contrastent radicalement avec la sévérité des années 1970 (art minimal et
conceptuel, Arte povera, Support-Surface, etc.). Cependant, à la différence de la Transavangardia
italienne et des néo-expressionnistes allemands, ces peintres ne se réfugient dans aucune nostalgie.
Ils s'inscrivent sans honte ni culpabilité dans l'actualité de leur temps, avec un style coloré, graphique
et simplifié inspiré de la bande dessinée, de la science-fiction, des dessins d'enfants et de la culture
des banlieues. Les artistes de Figuration libre restent cependant moins influencés par les graffitis que
les Américains. Leur peinture fait davantage référence aux « arts populaires » : les monstres et les
robots pour Di Rosa ; l'« art brut » et l'imagerie arabe et africaine pour Combas ; les contes et
légendes et le cirque pour Blanchard ; la publicité et les objets industriels pour Boisrond.
"Combas est ce que les dadaïstes ne pouvaient que faire semblant d'être. Son art, que l'on range
volontiers dans le mouvement général du "retour à la peinture", pourrait bien aussi avoir reçu quelque
autorisation lointaine de Dada... Refusant toute forme modelée par l'histoire culturelle, Combas
travaille obligatoirement à partir du stéréotype. Ses personnages sont les lieux communs de
l'imaginaire populaire : ceux un peu ringards à force d'être éprouvés, le militaire, le malabar, la fille,
héros des blagues qu'on se raconte, des gags-télé, - et ceux, plus jeunes, qu'on rencontre dans la
bande dessinée et le dessin animé, la superwoman aux gros seins et mitraillette au poing, tous les
objets et toutes les plantes humanisés qui ont des yeux, une bouche, des jambes. Combas cite aussi
ces fétiches qui encombrent les dessus-de-lit ou pendent aux rétroviseurs, vieilles peluches dont des
gâteux sentimentaux n'arrivent pas à se séparer. Un grand nombre de ces figures, dans leur caractère
et dans leurs attributs, se rapprochent aussi de l'Art Brut. En exagérant le stéréotype par des effets de
répétition ou de grossissement des symboles, le dessin de Combas révèle la vérité de ces
stéréotypes, une de ces vérités que les artistes marginaux, qui ne sont pas contraints par les mêmes
tabous que les autres, sont souvent seuls à avouer aussi crûment(…).Extrait : "Robert Combas,
L’enfance de l’art", Catherine Millet
"Prise dans le courant de la Figuration libre, la peinture de Robert Combas fut l'objet de débats
passionnés au tournant des années 1980. À plus d'un titre cependant, cette œuvre protéiforme se
distingue du « retour à la peinture » qui caractérise cette époque. Robert Combas s'est toujours méfié
des étiquettes que l'on a posées sur son art. De la Figuration libre, il ne conserve que l'épithète
« libre » ; de l'art brut, il ne conserve que « brut ». De l'art brut, il revendique la pureté ; de la
Figuration libre, l'impureté (...). En 1977, Robert Combas, encore étudiant à l'école des Beaux-Arts de
Montpellier, réalise une série de tableaux dédiée aux héros de Walt Disney. Alors que la plupart de
ses amis (principalement les frères Hervé et Buddy Di Rosa) étaient influencés par la bande dessinée
« branchée » de l'époque (dans la ligne de Bazooka), Combas choisit délibérément de rendre
hommage à la bande dessinée populaire et enfantine (Vaillant, Pif le Chien, Pilote, Tintin). Quand il
écrit sur une de ses peintures de 1978 : « Mickey n'est plus la propriété de Walt, il appartient à tout le
monde », Combas veut dire que c'est moins la bande dessinée en tant que telle (comme genre, ou
surtout comme style) qui l'intéresse, que ce qu'elle signifie dans l'imaginaire populaire. Combas
s'intéresse à ces univers parallèles parce qu'ils constituent une réserve créative et imaginaire toute
prête, dans laquelle il est possible de puiser facilement, sans faire appel aux alibis de l'inspiration".
Extrait : Bernard Marcadé,Universalis
"Combas : un artiste d’une espèce si particulière qu’on ne sait ni comment la nommer, ni comment la
définir. Un peintre, qui est aussi dessinateur, sculpteur, bricoleur d’objets, inventeur d’assemblages et
designer à l’occasion – aucun de ces mots ne va de soi, à commencer par « peintre ». L’un des
fondateurs de la Figuration Libre, la précision est connue – si ce n’est qu’il resterait à préciser en quoi
cette figuration est libre et de quel genre de figuration il pourrait s’agir. Et ensuite ? Un primitif ? Un
primitiviste ? Encore faudra-t-il s’entendre sur le sens de la notion. Et sur quelques autres
fréquemment employées à son propos, telles que : caricature, art brut, narration, burlesque. C’est dire
qu’il faut procéder lentement, reprendre l’analyse sans certitudes établies, faire comme si on n’avait
jamais rien lu de ce qui a été écrit sur lui, repartir des œuvres, repartir de ce qui se voit (...)" (extrait
d'un texte de Philippe Dagen, éditions Snoeck 2005)
Expositions récentes
2005
Mots d’oreille, Magazzini del Sale, Venise.
2006
Savoir Faire, Seoul Museum of Art, Séoul, Corée.
La force de l’art, Grand Palais, Paris.
2007
Kyongnam Museum of Art, Corée,
Asiana Museum, Daejon, Corée.
Chemin de Croix, Combas-Kijno, Hospice d’Hâvré, Tourcoing
2008
Robert Combas, Gana Art Center, Corée du Sud.
Qu’es aco ?, Fondation Vincent van Gogh, Arles.
Robert Combas, Le frimeur flamboyant", Maison européenne de la photographie, Paris.
2009
Freedom, Diversity ans oppression, Danubiana Meulensteen Art Museum, Bratislava, Slovaquie.
"À la revoyure", Espace jacques Villéglé, Saint Gratien (95)
Site officiel : http://www.combas.com