LA PLACE DE LA CONCORDE
Comment le paysage urbain témoigne-t-il des transformations politiques durant
la Révolution française ?
L’exemple de la place de la Concorde
Bref historique :
1. Une place qui met en scène le pouvoir royal : la place Louis XV (1763-1792)
En 1748, la Ville de Paris décide d'ériger une statue équestre en l’honneur du roi Louis XV,
pour fêter son rétablissement après la maladie dont il a été atteint à Metz. Un concours
est lancé pour trouver le meilleur emplacement ; c’est l’architecte Ange-Jacques Gabriel
qui propose de retenir un lieu excentré, situé à l’ouest de la ville : une simple esplanade de
terre battue qui se situe entre l’extrémité du jardin des Tuileries et les Champs Elysées.
En 1753, un concours est ouvert pour l'aménagement de l'esplanade. Gabriel, Premier
architecte du Roi, est chargé d'établir un projet : il conçoit une place octogonale de 360
mètres de longueur et 210 mètres de largeur, largement ouverte : d'un côté elle s’ouvre
sur la Seine, et de l'autre, elle est fermée par deux palais monumentaux dessinés par
Gabriel (le ministère de la Marine et l'Hôtel Crillon, où la France a reconnu officiellement
en 1778 l'indépendance des Etats-Unis). Au centre se trouve le lieu destiné à la statue de
Louis XV qui est commandée depuis 1748 au sculpteur Bouchardon et inaugurée en 1763.
Les façades des deux hôtels nord sont achevées en 1775 (notamment par Soufflot). La
statue, détruite sous la Révolution, est connue par des dessins et des modèles réduits en
bronze qui indiquent que, rompant avec la tradition baroque, elle s’inscrit dans un courant
de retour au classicisme antique.
2. Un pouvoir royal fragilisé puis destitué : la place de la Révolution (1792-1795)
Dès le 12 juillet 1789, les bustes de Jacques Necker et de Philippe d'Orléans y sont
exhibés.
Le 6 octobre 1789, la famille royale, ramenée de Versailles à Paris par le peuple, fait son
entrée aux Tuileries en traversant la place Louis-XV.
Le 10 août 1792, Louis XVI et la famille royale quittent le château des Tuileries en
traversant le jardin pour se réfugier auprès de l’Assemblée législative qui siège dans la
salle du manège, à deux pas de la place Louis XV. La déchéance du roi est prononcée dans la
soirée. La statue de Louis XV est renversée le lendemain et envoyée à la fonte. La place
prend peu après le nom de Place de la Révolution.
Le 21 janvier 1793, Louis XVI est guillotiné sur la place.
Une effigie en plâtre de la Liberté remplace la statue royale détruite et, pendant une
année, elle devient le lieu des exécutions ordonnées par le gouvernement révolutionnaire.
Marie-Antoinette, les Girondins, Danton puis Robespierre et ses partisans y sont exécutés.
3. Terminer la Révolution, réconcilier le peuple : la place de la Concorde (1795)
Pour neutraliser ces terribles souvenirs, les Thermidoriens et le Directoire la rebaptisent
Place de la Concorde et le Premier Consul fait retirer l’effigie de la Liberté en 1800.
C’est dans cette période que les chevaux de Guillaume Coustou sont ramenés de Marly pour
en compléter la décoration (1795).
4. Restaurations, révolutions et guerre se lisent sur la place
Les Bourbons restaurés et surtout les ultras, veulent en faire le lieu de la commémoration
d’un roi-martyr en la nommant Place Louis XVI.
Mais la Révolution de 1830 interrompt leur projet architectural de chapelle expiatoire.
Louis-Philippe, qui souhaite clore le combat symbolique au profit de sa branche dynastique,
lui rend le nom de Place de la Concorde et choisit un monument politiquement neutre pour
orner son centre en y faisant en 1836 dresser l’un des obélisques de Louxor offert par
Mehmet-Ali cinq ans auparavant. Il fait ensuite adjoindre les statues allégoriques des
grandes villes françaises (Lille, Strasbourg, Lyon, Marseille, Bordeaux, Nantes, Brest et
Rouen) qui symbolisent l’unité du territoire autour de Paris.
De 1870 à 1918, la statue de Strasbourg est voilée de noir : la place porte le deuil de la
perte de l’Alsace-Lorraine.
Plan de Paris sous la Révolution :
Entoure en vert la place de la Révolution.
Entoure en rouge les Tuileries
On peut imaginer faire complète une partie du tableau suivant (en travail à la maison) ou placer chacun des documents au-dessus d’une frise
chronologique, afin de montrer comment la place de la Concorde s’est transformée selon les évènements.
Nature : estampe Nature : estampe Nature : estampe Nature : Gravure
Titre : Vue de l'ordre et de la marche des Titre : Fête de la liberté : le peuple de Paris Titre : Fin tragique de Louis XVI : Exécuté Titre : extraite de "Paris pittoresque", G.
cérémonies qui doivent être observées le jour de s'étant rassemblé avec un grand nombre de le 21 janvier 1793, Sur la Place de Louis Sarrut & Saint-Edme
la publication de la Paix à la Place de Louis XV Savoisiens à la place de la Révolution, ou l'on XV dite Place de la Révolution
avoit placé la statue de la Liberté sur le
piédestal de Louis XV on chanta un hymne à
la Liberté, en l'honneur de la libération des
Savoisiens
Date : 1763 Date : 1792 Date : 1793 Date : 1842
Nom de la place à cette date : Nom de la place à cette date : Nom de la place à cette date : Nom de la place à cette date :
Place Louis XV Place de la Révolution Place de la Révolution Place de la Concorde
Evènement représenté : Evènement représenté : Evènement représenté : Evènement représenté :
Fête en l’honneur du traité de Paris (1763) qui Fête en l’honneur de l’annexion à la France de Exécution du roi Louis XVI Aucun ; on distingue les chevaux de Marly,
met fin à la guerre entre la France, le Royaume- la Savoie, jusque là intégrée au royaume de installés en 1795.
Uni et l’Espagne. Piémont-Sardaigne.
Elle devient un nouveau département français.
Elément architectural qui marque la place : Elément architectural qui marque la place : Elément architectural qui marque la Elément architectural qui marque la
statue équestre de Louis XV statue de la Liberté (bonnet phrygien et pique) place : place :
la guillotine les chevaux de Marly
Sources des illustrations : Gallica