fabrique haiku by kA22k6

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									Guillemette de Grissac, IUFM LA REUNION, 2008


             LA POESIE A L’ECOLE


DOSSIER PEDAGOGIQUE CYCLE III COLLEGE




             La fabrique du haïku
Guillemette de Grissac, IUFM LA REUNION, 2008.


      DOSSIER PEDAGOGIQUE A L’USAGE DES ENSEIGNANTS DU CYCLE III ET
      DU COLLEGE


              La fabrique du haïku


              Ce dossier comporte :
              I- Une introduction « Lire, écrire des haïkus »
              II- Une proposition de séquence
              III -Un choix de haïkus
              IV- Des poèmes en relation avec les thèmes traités
              V- Un atelier haïkus réalisé en 2008 avec des stagiaires (enseignants titulaires)
              VI- Des fiches techniques destinées aux élèves


              Le terme « fabrique » constitue une référence, ou plutôt un clin d’œil, au poète
      Francis PONGE, l’auteur de La fabrique du pré.


              I- Lire et écrire des haïkus*


              Pourquoi faire écrire des haïkus ?


              Un haïku, disait le poète Bashô (1644-1694), « c’est simplement ce qui arrive
      en tel lieu, à tel moment ». En donnant cette définition, le poète japonais dissipe les
      malentendus qui existent autour d’un genre poétique parfois considéré comme
      hermétique, porteur d’un sens caché inaccessible au profane. Le haïku est un court
      poème de 17 syllabes, au langage simple, qui donne à voir la nature et exprime les
      émotions qu’elle crée. Il est l’expression d’une relation, éphémère, spontanée entre
      l’homme et la nature. En un minimum de mots, il exprime UN RAPPORT AU
      MONDE. Il n’est pas rare que l’humour et même la trivialité soient présents dans le
      haïku. Le premier sens du mot « haïkai », nom originel du haïku, signifie
      « plaisanterie, drôlerie ».
       * Comment s’écrit le mot « haïku » ? Un haïku ? Un haïkai ? Et au pluriel : des
haïku ? On trouve parfois cette orthographe : des haïku, étant donné que le mot est
déjà un pluriel en japonais. Cependant, il me semble préférable, puisque le mot est
« acclimaté » dans notre langue, de lui faire suivre la règle générale des pluriels
français, de même que l’on écrit des « scenarios » de préférence à «des scenarii ».
J’écrirai donc : un haïku, des haïkus.


       Brièveté, simplicité, humour, liberté syntaxique : ces caractéristiques rendent
l’approche de ce genre poétique accessible à un jeune public : cycle 3, cf liste
ministérielle, et collège. Ainsi, ils ne rebutent pas les élèves en difficulté, mais il y a
d’autres raisons de s’intéresser aux haïkus. L’expression d’un rapport personnel au
monde, la virtuosité qu’ils peuvent requérir, les pistes culturelles et artistiques qu’ils
ouvrent, constituent autant d’arguments en leur faveur.
       La séquence qui suit a été expérimentée avec des élèves de 6° en grande
difficulté. Par ailleurs on trouvera une autre expérience, avec des élèves de 3°, dans le
n° 70 de la revue « Lire au collège. »


       On notera au passage que cet ouvrage, Cent onze haïkus, s’il est proposé par le
MEN dans la liste du cycle III, n’est en rien un « ouvrage pour la jeunesse ». Ainsi
l’on est sûr de proposer aux enfants autre chose qu’une littérature formatée,
« restreinte », faite pour eux. Au contraire, on leur donne accès à un patrimoine
mondial, proposé à tout lecteur, quelque soit son âge et le lieu où il vit.
       Enfin, on pourra travailler dans une perspective artistique en alliant la musique
(« haïku musical ») et/ou les arts visuels : entrer par exemple dans la séance par des
photographies, présenter ensuite la peinture de Hokusaï qui fait partie actuellement des
œuvres au programme en arts visuels. Hokusaï est loin d’être un contemporain de
Bashô (car il a vécu au XIX siècle ) mais sa peinture montre la place de l’homme dans
la nature, le rapport de l’homme à celle-ci : rapport de fusion, de domination (de la
nature par l’homme), fragilité de l’existence et des constructions humaines. Autant de
thèmes qui sont présents dans les haïkus et qui sont encore source de méditation
aujourd’hui.
       Comment aborder les haïkus ? Dans quelle perspective inscrire leur étude ?
       On fera d’abord un choix parmi les textes, en s’inspirant des ouvrages proposés
en bibliographie :
       - Haïkus, anthologie, collection « Points », Poésie, éditions Fayard.
       - Bashô, Cent onze haïkus édition l’Olivier (bilingue).
       Les textes de Bashô se trouvent aussi, et avec des illustrations, sur le net.
       On n’oubliera pas que le haïku est aussi un « concentré », une quintessence
d’un texte plus long. Ainsi la fabrique du haïku ne s’inscrit pas dans la précipitation
ou l’improvisation hâtive mais plutôt dans une technique d’élagage et de polissage
successifs.


       Comment aborder les haïkus ? Dans quelle perspective inscrire leur étude ?
       On fera d’abord un choix parmi les textes, en s’inspirant des ouvrages proposés
en bibliographie.


       « La cloche se tait -
       le parfum des fleurs en écho
       ah ! quelle soirée »
       Bashô


       Comme des chapeaux alignés
       des chaînes de montagne
       vent d’automne
              Shiki


       Les haïkus sont associés à l’évocation de la nature. Cette évocation
s’accompagne souvent d’un commentaire, signe de la présence discrète, amusée ou
attristée du poète.


       Après avoir contemplé la lune
                Mon ombre avec moi
                Revint à la maison
       Sodô


        Une fleur tombée
       Remonte à sa branche ?
       Non ! c’était un papillon !
        Moritake


        Moritake donne à voir une scène assez banale. C’est ce qu’on se dit peut-être
en lisant les premiers mots du poème. Pourtant, cette scène prend un tour inattendu.
Cette fleur, l’a-t-on bien observée? Sans doute pas : « c’était un papillon ! » La chute
du poème est une interprétation poétique de la réalité, une invitation à voir le monde
autrement. (1)
        Shiki, de son côté, choisit de rapprocher deux éléments ayant quelque chose en
commun mais appartenant à des mondes différents, macrocosme (les montagnes),
microcosme familier (les chapeaux). C’est aussi le principe de la métaphore. Le poème
se présente donc comme une invitation à des rapprochements inattendus, créant des
relations neuves entre les objets.


        On choisit donc d’étudier les haïkus dans une perspective qui incite les élèves à
« voir le monde autrement » en observant la réalité qui les entoure pour mieux
l’interpréter et y voir des relations inattendues, à la manière des poètes.


        II Pour une séquence de « poésie » (2) :


        La séance poursuit deux objectifs principaux : développer                            sens de
l’observation, acuité de l’œil et de l’esprit.
        Par une observation minutieuse de la réalité, l’élève pourra accéder plus
aisément à l’univers poétique. C’est un deuxième objectif, et sans doute le plus
important : aider les jeunes lecteurs à entrer en poésie, à saisir la justesse d’une
comparaison1, la beauté d’une métaphore, grâce à l’étude des haïkus.


            Première séance :

        1
            Selon P. Reverdy, la faculté majeure d’un poète consiste à « discerner, dans les choses, des
rapports justes mais non évidents qui dans un rapprochement violent, seront susceptibles de produire,
par un accord imprévu, une émotion que le spectacle des choses elles-mêmes serait incapable de
donner ».
        2 Cette séquence a été créée et expérimentée avec succès auprès d’élèves en difficulté au
CALE de Saint Leu ; elle m’a été transmise par Julie Darracq qui l’avait conçue et que je remercie pour
ce travail remarquable.
          Une entrée dans l’univers poétique grâce à l’observation du monde réel
          Objectif : Développer un regard de naturaliste / de poète
          A partir de la photographie d’une plante ou d’une fleur ou d’un animal
          Exemple
          L’enseignant présente la photographie d’une plante appelée « queue de chat »,
ou d’une fleur de carambole, ou autre photo « mystère » ; on peut travailler aussi avec
un élément naturel connu (un flamboyant, un animal ….).
          Annonce de l’objectif : découvrir le nom de cette plante/ fleur
          Ou : dire ce que l’on VOIT
          2. On demande aux élèves d’observer la photographie et de dire ce qu’ils
voient.
          Les observations sont notées au tableau. (couleur, forme …) ça à l’air collant,
c’est mou, c’est fragile …


          3. On incite les élèves à dire ce que cette plante/ fleur leur rappelle. On les
amène à faire des comparaisons avec des éléments de la nature.
          Exemple : piment rouge, pattes d’araignée, ver de terre, velours, aile de
papillon … D’autres comparaisons surgissent, y compris inattendues !


          4. Une fois le nom découvert, proposer une explication :
          Ex : les habitants de l’île ont donné à cette plante le nom « queue de chat » par
analogie.
          On propose alors aux élèves d’écrire à partir de cette découverte.


          Deuxième séance : lire des haïkus
                 - Objectif lecture :
          A partir du texte de Moritake, être capable de lire un genre poétique qui se
caractérise par sa brièveté (un ensemble de trois lignes brèves), la simplicité des mots
utilisés, la présence de la nature (élément constitutif des « haïku de saison »)
          être capable de repérer une comparaison
          être capable de rechercher ce qui « motive » une comparaison, une métaphore


                  Lecture du haïku du poète japonais Moritake
          Une fleur tombée
          Remonte à sa branche ?
          Non ! C’était un papillon !

          I. Explicitation du sens du poème
          La première étape consiste à vérifier que le poème a été compris par tous.
                 La difficulté réside dans le repérage du participe passé « tombée ».
Cette difficulté peut être source de contresens. Afin de s’assurer que chaque élève a
une représentation claire du poème, on propose aux élèves une illustration. Il s’agit du
dessin d’un arbre. On prend soin de matérialiser le sol. Le questionnement qui suit vise
à expliciter le sens du poème.


          Où se trouve la fleur au début du poème ? Placez-la sur votre feuille. Ce
moment permet d’éclairer le sens du participe passé. Il indique que la fleur est sur le
sol, qu’elle est déjà tombée de la branche.
          Quel mouvement fait la fleur ? Relevez le mot qui montre qu’une action se
produit. Matérialisez ce mouvement par une flèche. Il s’agit de vérifier ensuite si les
lecteurs du poème ont compris que la fleur et le papillon sont une seule et même
chose.
          Est-ce qu’une fleur, dans la réalité, fait ce mouvement ? Est-ce vraiment une
fleur ?
          Quels sont les indices qui montrent que le poète revient sur son idée de départ ?
          Le poème est composé de deux mouvements. Une première perception, sous la
forme d’une interrogation (Fleur tombée ?…), suivie d’une correction : « Non ! C’était
un papillon ! ». L’usage de la modalité exclamative traduit la surprise, l’étonnement.

          2-Etude de la comparaison

                 A ce stade de la séance, il s’agit de comprendre ce qui motive la mise
en relation de deux éléments, « la fleur » et le papillon ». Cette mise en relation n’est
pas arbitraire, elle repose sur l’analogie définie comme « un rapport de ressemblance
établi entre deux choses, deux objets, deux mots ». Pourquoi le poète a-t-il cru voir
une « fleur » alors que c’est en fait un papillon ? En quoi se ressemblent-ils?
          Recherche des points communs : la forme (aile/ pétale), la couleur (plusieurs
couleurs possibles), la légèreté. L’objectif est de faire découvrir aux élèves que ce
haïku repose sur une comparaison implicite entre le papillon et la fleur.
       3 Lecture du haïku de Shiki


              Comme des chapeaux alignés
              Des chaînes de montagne
              Vent d’automne


              La lecture de ce poème permet de faire une distinction claire entre
comparé et comparant. Il s’agit de montrer que les deux éléments, « chapeaux
alignés » et « chaînes de montagne » jouent un rôle distinct. Le premier renvoie à
l’imagination du poète (le comparant), le second à un élément réel (le comparé).


       Troisième séance Ecriture


       Après lecture des textes de différents poètes japonais .
       - Objectif écriture : être capable d’écrire un haïku en respectant des règles de
composition (longueur, structure du poème, chute, nombre de syllabes)


       Objectif langue : être capable de construire une comparaison explicite ou/et
implicite


       On projette au tableau une image : (fleur d’hibiscus, de carambole, volcan,
chat, fleur de canne…)
       Recherche de comparants possibles (à quoi ça ressemble ?)
       Explicitation du comparé (qu’est-ce que c’est ?)
       Recherche de verbes de mouvement ou d’état.
       On rappelle la FORME du haïku : 3 vers
       Les caractéristiques : brièveté, densité, émotion.
        Ecrire un haïku à partir de tous ces éléments.


       Prolongements :
       - Initiation à la calligraphie japonaise avec un professionnel.
       - Découverte de la littérature asiatique : contes comme par exemple « Le génie
du pousse-pousse », « Le chat qui s’appelait Nuage » (albums) ; pour les plus grands :
« Comment Wang Fô fut sauvé » de Marguerite Yourcenar en Folio Junior (version
illustrée, abrégée), ou Imaginaire Gallimard.
       - Education artistique : les œuvres de Hokusaï, même si Hokusaï n’appartient
pas à la même époque que Bashô, il est intéressant de mettre leurs ouvres en relation
pour faire connaître un grand maître de la peinture japonaise, peintre de la nature et du
rapport des humains à la nature et qui est au programme, à l’école élémentaire, en arts
visuels.
       Bibliographie
       - Bashô, Cent onze            haïkus édition l’Olivier (bilingue) cf documents
d’accompagnement ministère, cycle 3, 2004.
       Les textes de Bashô se trouvent aussi – et avec des illustrations - en passant
par Google
           - Haïkus, anthologie, collection « Points », Poésie, éditions Fayard.
       - Lire au Collège, Sceren CRDP de Grenoble, n° 70, Printemps 2005 :
l’enseignant, avec une classe de 3°, travaille à un recueil de haïkus sur un thème.




       CHOIX DE HAIKUS


       La cloche se tait -
       le parfum des fleurs en écho
       ah ! quelle soirée


       Bashô


           Une fleur tombée
       remonte à sa branche ?
       Non ! C’était un papillon !
Moritake




Comme des chapeaux alignés
des chaînes de montagne
vent d’automne
                Shiki




Après avoir contemplé la lune
        mon ombre avec moi
        revint à la maison
                                 Sodô


Aussi grêles que clous
mes bras et mes jambes au souffle
du vent de l’automne
                             Issa
Au milieu de la vie
Au milieu de la mort
La neige sans répit


Santôka




Ma vie –
combien en reste-t-il encore ?
la nuit est brève
Shiki




Sur le pont suspendu
en désordre
les traits de la pluie fraîche
       Shiki




       Jour de bonheur tranquille
       le Mont Fuji voilé
       dans la pluie brumeuse


       Bashô


       - Un apologue zen rapporté par André Breton :
       Par la bonté bouddhique, Bashô modifia un jour avec ingéniosité, un haïkaï
cruel composé par son humoristique disciple Kikakou :


       Une libellule rouge
       arrachez-lui les ailes
       un piment


       Un piment
               mettez lui des ailes
       une libellule rouge !


       Haïkus composés par des poètes français contemporains


       Au ciel la lune brille laiteuse
       comme une perle
       au doigt d’une brune
       J Charpentreau


       Une perle
       au doigt du peuplier
       pleine lune                                             J H Malineau
       V Atelier haïkus, 2008-02-24, réalisé avec des titulaires (St Denis 5 , La
Réunion). En s’appropriant la technique, les stagiaires ont aussi apprécié le plaisir
d’écrire soi-même avant de faire écrire.


       Entre moutonnement vert et
       moutonnement gris
       déchirement bleu


       Du vert de la ravine vive
       du tréfonds de l’île
       envol de l’oiseau


       Fleur de liberté
       spirale de lumière
       plus rose est la vie


       La fleur ses pétales
       Ventilateur végétal
       Suave son parfum


       Douce lumière
       Les cryptomerias sont dorés
       L’air frais si pur


       La fleur surgit
       douceur fuyante de la vie
       contre les bas-fonds


       Au loin
       Un ballet de plumeaux
        fleurs de canne
Geste subtil
Arôme délicat vanille
Du bout des doigts


Chaleur du sable
couleur
odeur marine


Des milliers de diamants
valsent à l’infini ?
Non, c’est l’océan !


Le soleil s’avale
avec volupté
Je suis réchauffée


Une boule de glace
Vanille ou caramel
Non, c’était le soleil !


Mont incandescent
pleurs rouges et brûlants
noir destin néant


Cracheur de feu
le volcan splatch
mais la lave retombe


Lueur de bonheur
Rai de lumière
Enfouissement de nuit
       Des voix des mots
       Et enfin tout se réveille
       L’odeur du café


       Soleil sur son pelage
       ronrons de bonheur
       il se prélasse


       Raclement de chaise
       râpant lointainement
       les nerfs du bâtiment


       Ronron de clim
       endormissement d’assemblée
       studieusement active




       Partir et se rapprocher
       Tendre sourire
       Et regret de s’éloigner




       Que faire où aller ?
       Fondre ou s’envoler ?
       La vie quelle liberté ?


       Haïkus créés par : Audrey, Aurélie, Bernard, Daoud, Dominique, Laetitia,
Laurence, Marie-Thé, Mikaëlle, Pauline.




       VI- FICHES ELEVES
            1- Haïku et comparaisonTableau 1


    Image                  Ce qui                  Ce    à            Poi                Outil
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                                            compare            communs            comparaison




            2 Pour composer un haïku en prenant comme schéma celui de Moritake ( cf
     aussi J Charpentreau et JH Malineau) : chercher des animaux, des êtres animés qui
     ressemblent à des objets à du « non animé », (et vice versa) : ex : un lézard/ un
     diamant vert ; une étoile de mer/ une étoile ; une pomme/un ballon ; une fleur/un
     oiseau …


            Une fleur tombée
            remonte à sa branche ?
            Non ! C’était un papillon !


            1/ IL comportera une comparaison entre deux éléments (plante, animal,
     objet…)
            2/ Il se terminera par « Non ! c’était… »
            3/ Il fera trois lignes




            Cela                      une
ressemble à     fleur




        Verbe           rem
                onte




        Mais,           un
c’est en fait   papillon

								
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