Les peintres et la guerre
Otto DIX
Otto Dix est né le 2 décembre 1891 dans une famille ouvrière de Gera, près
de Dresde. Son intérêt pour l'art lui est venu, enfant, d'un cousin, Fritz Amann,
peintre régionaliste auquel il rendait souvent visite dans son atelier. Il reçoit
également une éducation artistique par sa mère, Pauline Louise Dix, qui
s'intéressait à la musique et à la peinture.
Otto Dix est apprenti peintre-décorateur dans la ville de Gera dès ses 14 ans.
Cinq ans plus tard, il fréquente l'Ecole des arts décoratifs de Dresde. . C'est là qu'il
apprend la déclaration de guerre de l'été 1914. A 22 ans, le jeune artiste se porte
volontaire, comme la plupart de ses contemporains. Non par patriotisme exacerbé,
mais, comme il le reconnaîtra plus tard, par « curiosité ». Car selon lui, « les
artistes ne doivent ni améliorer, ni bouleverser. Ils sont bien trop peu, ils doivent
juste témoigner ».
Otto Dix disait « Je suis une espèce de réaliste vous savez, qui doit tout voir de ses
propres yeux pour s'assurer que c'est comme ça... »
La Grande Guerre fut épouvantable et marqua toute la génération qui y participa.
Attaque au corps, mutilation, déchirement aussi bien physique que mental furent les
douloureuses conséquences du conflit
De cette expérience qui le bouleversera à tout jamais et qui marquera très
profondément l'ensemble de son oeuvre, Otto Dix réalisera environ 300 dessins. La
guerre fut un événement capital qui marqua définitivement sa conscience d'artiste,
La confrontation avec l'expressionnisme, le passage par Dada et par la
Nouvelle Objectivité, où il joue un rôle capital, marquent autant d'étapes dans une
œuvre qui se distingue par une critique féroce de la société. Face à la guerre ou aux
turpitudes de la grande ville, il cherchera dans ses oeuvres, le moyen de saisir le
réel dans toute sa violence.
Cette guerre qu’il a vue, qu’il a vécue, le hante. Dans les rues allemandes de la
République de Weimar grouillent les rescapés du conflit mondial et Dix les
représentent avec un réalisme saisissant.
''Invalides de Guerre Jouant aux Cartes''
En 1920, il peint ''Invalides de Guerre Jouant aux Cartes'' ,huile et collage
sur toile mesurant 110×87 cm le tableau est conservé à la galerie Nationale de
Berlin.
..
Ce tableau relate aux populations civiles les horreurs commises pendant la première
guerre mondiale. Ici, les amputés dans l’Allemagne de l’après-guerre.
Au centre du tableau on peut voir les trois personnages principaux jouer aux cartes.
Le premier personnage, celui de gauche est un homme. On ne peut pas lui
donner d’âge tellement sa peau est abîmée. Cet homme est disproportionné, il n’a
pas de bras, une jambe de bois et joue aux cartes avec le pied qui lui reste. De son
oreille part un tuyau qui lui permet d’entendre la conversation. Il doit avoir perdu
l’audition lors de la guerre.
Le second personnage, au centre, joue aussi aux cartes. Il lui manque une
partie de la peau de la tête: il a été scalpé. Il a deux moignons à la place des jambes
qu’il a perdues à la guerre. Si on regarde son corps on voit qu’il n’est fait que d’os,
il n’a pas de peau. Ce personnage a un oeil de verre et n’a pas d’oreille.
Le troisième personnage n’a pas de jambe , il est posé sur une sorte de socle
en fer. Contrairement aux deux autres personnages il a ses deux mains mais l’une
des deux est articulée comme un robot. Sur son veston il porte une croix
germanique: signe de ralliement des Allemands.
Ces trois caricatures sont donc vraiment exagérées. Ils sont difformes estropiés,
affreux.
Au s econd plan trois articles de journaux allemands font référence au conflit
Franco-Allemand pendant la première Guerre Mondiale .
Si on s’intéresse aux couleurs on voit qu’il n’y a pas de couleurs vives.
Toutes les couleurs tournent autour du verdâtre, noir, et bleu foncé. On voit aussi
que les lignes du tableau sont très confuses. Elles sont toutes cassées. Il n’y a pas
d’équilibre dans le tableau. Ces lignes confuses et ces couleurs froides mettent le
spectateur très mal a l’aise
tout en l’amenant à accepter les idées du peintre.
La minutie avec laquelle il s’applique à représenter les mutilations
oblige le spectateur à un effort de représentation du réel, qui apparaît à ses yeux
presque irréel.
Le recours à la technique du collage renforce l’idée d’un assemblage des corps
réalisé à partir de pièces hétéroclites.
Les mutilations renvoient bien sûr à la violence subie pendant la guerre mais aussi
à l’impuissance des médecins à réparer les corps dont témoigne le recours à
l’appareillage prothétique. Celui-ci s’apparente à une forme de camouflage ou de
cache misère : il’agit de tenter de rendre invisible les destructions subies.
Le peintre met l’accent sur les visages et les mains. Mais les regards sont
vides et les prothèses ont privé les mains d’expression. Dix insiste sur cet aspect
pour mieux souligner l’anéantissement de l’homme.
L’utilisation du clair/ obscur nous révèle les corps d’anciens soldats dé-
membrés. Les corps sont coupés en deux, happés par la guerre.
Il ne s’agit plus que de reliquats de corps, conséquence de la folie guerrière.
Otto dix nous transmet le sentiment d’humiliation, de perte de dignité et d’absence
de reconnaissance, accentuée par la défaite.
Dix parvient à métamorphoser l’effroyable et le hideux en grotesque voire en
ridicule. Dans l’exhibition tout d’abord par les anciens combattants de leurs propres
mutilations, dans le fait qu’ils trouvent dans leurs blessures une fierté, une forme de
valorisation, voire d’héroïsation. Le joueur de droite porte d’ailleurs sa Croix de
Fer. La perte de dignité est poussée ici jusqu’à l’impudeur. Les corps ressemblent
à des marionnettes, à des pantins mécaniques,
Le jeu de cartes cimente la sociabilité des anciens combattants en
Allemagne, il rassemble les trois joueurs, telle une association macabre. Ici les trois
joueurs nous montrent leurs jeux. Ils semblent avoir les cartes en main, mais le
contenu est dévoilé indiquant que « les jeux sont faits ». Ces derniers étaient même
truqués puisque l’on remarque deux cartes identiques. Leur destin leur a échappé, il
était écrit.
L’expression des joueurs traduit également le sentiment qu’ils ont de leur propre
perte et que celle-ci est due à un hasard arbitraire et tragique. Les cartes sont ici
returnees comme le sont leurs enveloppes corporelles. Une précision méticuleuse
sur lequel repose le travail de représentation pictural du traumatisme de la guerre
par Otto Dix.
Dans ses oeuvres, Otto Dix ne fait preuve d'aucun respect pour les
combattants, ses anciens camarades. Loin d'exalter l'héroïsme, il dénonce la
sauvagerie destructrice et ne cesse de témoigner des effets de la guerre sur
l'homme, la nature et le patrimoine.
En 1919, le conflit terminé, Otto Dix s'inscrit à l'académie des Beaux-Arts de
Dresde où il rencontrera d’autres peintres et commencera à exposer
Divers procès vont lui être intentés à la suite de présentations de tableaux dont le
réalisme cru ne plait pas. Mais, grâce à l’intervention de ses amis peintres, il sera
aquitté.
En 1923, Otto Dix se marie avec Martha Koch. De cette union naît une fille : Nelly.
En 1924, il voyage en Italie (Florence, Rome, Naples, Sicile). Il fait paraître
le portfolio de gravures Kriegsmappe (La Guerre) chez Karl Nierendorf, galeriste et
éditeur à Cologne et Berlin.
En 1925, suivant la suggestion de Nierendorf, il s’installe à Berlin, se lie
avec le peintre Georg Grosz et l’acteur Heinrich George. Il peint une suite de
grands portraits représentatifs de la Nouvelle Objectivité dont celui de la
journaliste Sylvia von Harden.
En 1927, naît Ursus, son premier fils. La même année, Otto Dix est nommé
professeur à l'Académie des beaux-arts de Dresde. Il devient l’ami du
collectionneur Fritz Bienert, qui sera d’un grand soutien pour lui après 1933.
Son second fils, Jan, naît en 1928.
En 1929, à Paris, il participe à l’"Exposition des peintres-graveurs allemands
contemporains" à la Bibliothèque nationale.
Triptyque Der Krieg (La Guerre)
De 1929 à 1932 il exécute le triptyque Der Krieg (La Guerre) qui demeure
l'oeuvre la plus importante qu'ait suscitée la Grande Guerre, un triptyque composé
sur le modèle des maîtres anciens.
Aujourd’hui exposé à la Galerie Neue Meister de Dresde, le triptyque n’a pas été
composé sur commande mais fait partie de la démarche libératrice et dénonciatrice
qu’effectue Dix en transmettant ses souvenirs hérités de la Grande Guerre (quand
on lui demanda pourquoi il avait réalisé « La Guerre », il répondit « Je voulais me
débarrasser de tout ça ! » . Il ajoute, « “Le tableau a été réalisé dix ans après la
première guerre mondiale. J’avais, durant ces années, effectué de nombreuses
études afin de réaliser ensuite un tableau traitant de cet événement. En 1928, je me
suis senti prêt à aborder ce grand sujet dont l’exécution me préoccupa durant
plusieurs années. A cette époque d’ailleurs, durant la République de Weimar, de
nombreux livres prônaient à nouveau librement l’héroïsme et une conception du
héros qui avaient été poussés à l’absurde dans les tranchées de la première guerre.
Les gens commençaient à oublier déjà ce que la guerre avait apporté de souffrances
atroces. C’est de cette situation-là qu’est né le triptyque.” (Dix)
L’œuvre, entièrement figurative, est imposante : 204 cm x 204 cm pour le panneau
central, 204 cm x 102 cm pour les panneaux latéraux et 60 cm x 204 cm pour la
prédelle ; On y découvre tour à tour la montée au front, le champ de bataille (et la
mort), et le retour du front. Le spectateur s’y sent ainsi d’avantage intégré (elle se
présente comme une sorte de paysage dans son champ de vision).
La technique de la tempera sur bois, employée par Dix pour ce triptyque, rappelle
celle des anciens comme Jérôme Bosch et son Jugement Dernier.
Le panneau central
reprend la composition de La tranchée, une vision d'épouvante où un soldat, le
visage recouvert d'un masque à gaz, demeure seul vivant dans une tranchée
effondrée, près d'un abri renversé. Des cadavres achèvent de pourrir alors qu'un
squelette est demeuré accroché à la branche d'un arbre.
La peinture cultive l'illusionnisme jusqu'au morbide insupportable des chairs
putréfiées, des vers et de la gangrène. Les jambes d'un mort sont constellées de
pustules ou de blessures purulentes, comme les membres du Christ dans le retable
d'Isenheim. L'espace est saturé de corps, de débris, de formes déchirées. Il est
traversé par des verticales hérissées. Jusqu'aux cieux qui inquiètent : des nuées, des
tourbillons rougeâtres y circulent, signes de la catastrophe qui étend son empire à la
nature entière.
La forme du tryptique
Au Moyen Âge, la présentation des œuvres sous forme de triptyque se
développe au sein de l’art religieux européen. Le chiffre trois (trois panneaux)
représente la Sainte Trinité ( Père, Fils et Saint-Esprit). Il est de même souvent
possible de diviser le panneau central d’un triptyque dans le sens de la hauteur :
dans la partie supérieure on retrouve les cieux, les anges, les dieux, au centre les
personnages qui se « purifient » en vue de leur « montée » aux Cieux, dans la partie
inférieure le monde des Hommes.
En dépit de la similitude des techniques utilisées (tempera sur bois, tout comme au
Moyen Âge), on constate au premier regard que La Guerre ne présente aucun
lyrisme religieux : le thème des tranchées est représenté froidement, de façon
prosaïque. Pire, si l’on décompose le panneau central selon la méthode évoquée
précédemment (cieux/espace sanctification/monde terrestre), on peut remarquer
plusieurs aberrations à l’art religieux : dans la zone des Cieux sont représentés en
général les dieux et angelots, or le rôle de l’angelot semble ici joué par un cadavre
lourdement suspendu à une poutre métallique (et drapé, contrairement aux angelots
plus classiques, d’un linge grisâtre et en lambeaux) qui pointe d’un doigt raidi le
passage obligé, la mort cruelle et douloureuse (et surtout la pourriture de
l’enveloppe charnelle).
Dans la partie centrale, les « futurs saints » sont un soldat nanti de son masque à
gaz et de son casque lourd, figure phare et presque allégorique de la Première
Guerre mondiale, ainsi qu’une dépouille criblée de balles et rongée par la vermine.
Enfin, le monde terrestre n’est qu’un charnier d’entrailles et boyaux disséminés sur
toute la largeur du panneau. On n’y retrouve pas une figure humaine
reconnaissable.
En utilisant les procédés spécifiques au triptyque religieux, Otto Dix en effectue
une parodie qui vise à mettre en avant la déshumanisation des soldats et l’ubiquité
de la mort dans les tranchées.
La composition
Si les lignes horizontales donnent une impression de calme et de tranquillité,
les verticales sont plus agressives et rendent compte de l’atmosphère stressante et
sans pitié qui régnait dans les tranchées.
Les obliques jouent aussi un rôle prédominant : bien que rythmant la composition,
certaines sont plus particulières. Les deux poutres qui retiennent le cadavre
suspendu possèdent une direction montante mais elles sont pliées : elles indiquent
donc l’échec d’une quelconque élévation vers les Cieux. La violence de la guerre
est reprise dans celle des lignes du tableau.
La perspective
On ne trouve au sein des trois panneaux du triptyque aucune ligne qui
n’établisse une stabilité. Tout n’est que désordre, débris de chair et de vie. Même la
construction en arrière-plan est détruite. Par ce «chamboulement» de la perspective,
l’artiste crée un rythme saccadé dans sa composition et renvoie à la perpétuelle
tension qu’engendrait la guerre de position.
L’histoire
Il est possible de "lire" dans le tableau de Dix : sur le panneau de gauche, les
soldats montent au front pour combattre (représentés de dos, ils semblent marcher
vers l’arrière-plan rougeoyant), au centre on trouve des ruines et des charniers qui
pourraient être signes qu’il s’agit là d’une ville en proie aux combats (cette
hypothèse est appuyée par les cadavres et les entrailles visibles au premier plan),
sur le panneau de droite ils fuient le front.
Il s’agit donc là d’un cercle vicieux et infernal, d’un éternel recommencement de
l’enfer : des soldats montent au front, combattent et meurent pour certains,
reviennent à l’arrière, se reposent, repartent au front avec des effectifs nouveaux,
combattent à nouveau et se font en partie à nouveau décimer. Otto Dix pointe ici du
doigt la dimension cauchemardesque de la première guerre mondiale mais aussi les
gigantesques pertes humaines (la troupe représentée sur le premier panneau s’étire
hors-champs, elle peut donc regrouper des centaines d’hommes… seuls deux
parviennent à s’en tirer). Dans La Guerre, l’Homme est représenté comme de la
chair à canon.
Lumière et couleurs
Les trois panneaux principaux du triptyque du peintre allemand sont éclairés
d’une lumière blafarde, qui semble presque « sélective ». Elle provient du coin
supérieur gauche de la partie centrale et atteint les deux panneaux extérieurs, créant
ainsi un lien entre les trois moments de la guerre que l’artiste évoque. En temps «
normal », une lumière blanche dont la source se situe dans le ciel ou tout au moins
dans la partie haute du tableau est plutôt « céleste », divine. Elle apporte la
connaissance et le bonheur. Ici, la connaissance est néanmoins offerte : on
découvre avec horreur les crimes commis pendant la Grande Guerre, comme si
Dieu jetait un regard désabusé sur les Hommes, fous, auxquels il a renoncé. Les
soldats, à droite, sont obligés de se secourir entre eux, ils sont voués à eux-mêmes.
Il pourrait s’agir de la lumière de la mort : indifférente, froide, sans âme et presque
moqueuse, elle paraît éclairer en priorité le cadavre pourrissant, enveloppe même
les héros de son voile laiteux et accueille les soldats montant au front.
Des couleurs qui établissent la signification du triptyque
"Pluie, boue et sang" : les récits des anciens poilus mettent souvent en avant ces
trois éléments comme les souvenirs les plus marquants de cette période d’horreur.
On retrouve dans le témoignage pictural d’Otto Dix les mêmes ressentiments
évoqués cette fois-ci par le biais d’images et de couleurs. Les trois couleurs
employées sont principalement le gris, le marron et le rouge (ocre).
On remarque clairement le ciel qui, sur les panneaux latéraux, se détache du reste
de l’œuvre : il est rouge et tourbillonnant. En premier lieu, on peut imaginer qu’il
s’agit d’une représentation de la ligne de front à feu et à sang. En allant plus loin
cependant, il est possible que l’artiste ait choisi de peindre ces nuages rouges
tournoyants pour suggérer une autre impression des soldats : celle que le « ciel va
leur tomber sur la tête », une sorte de vision apocalyptique qui suggèrerait que la
guerre est un cataclysme qui s’étend même aux éléments naturels.
Les différents acteurs de La Guerre
Chaque panneau du triptyque renfermait un ou plusieurs personnages.
Le premier panneau représente des hommes de dos équipé de leur paquetage : ils
sont en route pour le front. Dans cette position, ils ont pour but de représenter le
spectateur et de l’inviter (pour ainsi dire…) à entrer dans l’atmosphère de la toile et
à « vivre » le tableau, la Première Guerre Mondiale.
On discerne trois personnages notables sur le panneau central : le soldats à
gauche, le cadavre suspendu au centre et le corps décomposé à droite. On peut
penser que le combattant affublé de son casque et de son masque a gaz fait
référence à la déshumanisation des poilus : on ne voit chez lui rien d’humain, il
assiste à la guerre, à l’Enfer sans avoir l’air de broncher. Le cadavre suspendu joue
le rôle d'une sorte d'angelot macabre, il indique la direction de la mort en passant
par la souffrance, avec un rire qui paraît démoniaque. Au-delà de la symbolique
funèbre contenue dans le corps de droite, on peut y voir une certaine ironie : ce sont
les pieds en avant qu’il se dirige vers les cieux. Est-ce un rejet de la religion ? Il est
possible qu’il ait également pour but de dénoncer la cruauté féroce qui se met en
place entre les hommes de chaque bord dans le contexte guerrier : tout son corps est
criblé de balles, comme si l’on s’était acharné sur lui.
Sur le panneau de droite, on distingue trois personnages : le premier rampant au
sol, le second secouru par un troisième qui observe le spectateur. On a ici un
témoignage important du sentiment de fraternité qui unissait les soldats et qui était
indispensable à la survie : le soldat blessé au sol n’a aucun moyen de s’en sortir s’il
n’est pas assisté par un compagnon. Le personnage qui fixe le spectateur peut être
interprété comme Otto Dix lui-même, on retrouve en lui une sorte de « signature »
de sa présence dans l’œuvre.
Conclusion
Bien que l’on y reconnaisse des uniformes allemands, le triptyque de Dresde
n’est pas un tableau spécifiquement sur la guerre de 14-18, il a bien entendu une
portée universelle. Dix a pris soin de ne pas faire figurer d’ennemi : les soldats
survivants du carnage se retrouvent face à eux-mêmes et à leurs angoisses. Le
personnage immobile et énigmatique au centre du panneau du milieu, le visage
caché par un masque à gaz, n’a rien d’un héros d’épopée... Dans ses peintures et
dessins réalisés pendant le conflit, Dix s’était surtout attaché à montrer les effets
des combats sur la nature et les corps. Après la guerre, et en point d’orgue dans son
triptyque, c’est le message d’une souffrance indicible qu’il tente de faire passer. Le
but de cette oeuvre n'est pas de provoquer angoisse ou panique, mais "simplement
transmettre la connaissance du caractère redoutable de la guerre, pour éveiller les
forces destinées à la détourner".
En 1933, Ses ennuis vont vraiment commencer avec l’arrivée d’Hitler au
pouvoir. IL est rapidement destitué de son poste de professeur, classé parmi les
artistes “dégénérés”, il devient un exclu. Son art est jugé par les nazis répugnant,
antiallemand, judéo-bolchevique... Ses toiles “blessent le sens moral au plus haut
point, menacent le renforcement des moeurs et portent préjudice à la volonté de
défense du peuple allemand” (avis du ministre de l’intérieur de Saxe, 13 avril
1933).
Ses oeuvres sur la guerre, en particulier, provoquent leur colère : ils détestent
son pacifisme, ses représentations de soldats allemands vaincus, son refus de
représenter l’héroïsme guerrier.
Ses oeuvres sont retirées des musées allemands, certaines brûlées. Plusieurs de ses
toiles figurent dans l’exposition “d’art dégénéré” organisée par les nazis en 1937
pour illustrer leurs propres conceptions artistiques. Le triptyque, caché en lieu sûr,
échappera à la fureur nazie. Dix est persécuté par les nazis comme Kandisky ou
Max Beckman. Il est arrêté en 1938 et enfermé pendant deux semaines par la
Gestapo pour complot contre Hitler, puis il est relâché en 1939
Pour Dix commence la période de l’exil intérieur . Il va encore peindre
quelques toiles “engagées” comme “Flandres” ou “les sept péchés capitaux”, mais
qui ne seront connues du grand public que des années plus tard.
Pour échapper à la censure, il se cantonne à la fin des années 30 dans des
thèmes neutres : paysages, madones... “On m’a exilé dans le paysage”. Otto Dix ou
l’exemple d’un artiste vaincu par l’oppression: les nazis lui ont tout pris, ses
tableaux, sa liberté de création, et jusqu’à son talent.
En 1945, à l'âge de 54 ans, il est mobilisé dans le Volkssturm (troupe
territoriale) Il participe par obligation à la Seconde Guerre mondiale. Il sert sur le
front occidental en 1944-1945. Il est fait prisonnier en Alsace par les Français.
À la fin de la guerre et jusqu'à sa mort, Dix s'éloigne des nouveaux courants
artistiques allemands. Il ne s'identifie ni dans le réalisme social en RDA ni dans
l'art d'après-guerre en RFA. Il reçoit pourtant de hautes distinctions et des titres
honorifiques dans les deux états.
Otto Dix meurt le 25 juillet 1969 à Singen après un infarctus
Depuis les années 1970, la renommée du peintre allemand Otto Dix a
largement dépassé les frontières de son pays. Des rétrospectives à Milan, Paris,
Madrid ont permis au public international de reconnaître en lui l'un des artistes les
plus singuliers du xxe
Les Nazis et « l’art dégénéré »
les idéologues Nazis pensaient que l’art qui n’était pas fait d’images figuratives de
belle facture était l’oeuvre d’esprits pervers. La locution « entartete Kunst » vient
de Hitler et d’alfred Rosenberg, théoricien et porte-parole du parti Nazi. Les
« artistes dégénérés » ne pouvaient ni créer, ni exposer et de nombreuses oeuvres
d’art furent confisquées et brûlées. Une exposition itinérante d’art moderne et
abstrait (avec des toiles de Beckmann, Dix, Grosz,Kandinsky, Mondrian et
Picasso), financée par les Nazis, fut montée en 1937 pour montrer toute l’horreur
de l’art dégénéré. Cette initiative se retourna contre eux, mettant l’art moderne à la
portée des foules.
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